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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, Folio/ 2014

Gallimard, Folio/ 2014

Plus d'une fois, au cours de ma vie, j'ai fait ce que je n'avais pas décidé, et ce que j'avais décidé, je ne l'ai pas fait...
Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n'exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et sont les miens de façon tout aussi autonome que ma pensée est ma pensée, et ma décision, ma décision.

Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant...

"Le liseur" est un roman complexe et dérangeant dans lequel on retrouve plusieurs thèmes. On peut le diviser en deux parties comme s'il s'agissait de deux histoires distinctes et pourtant elles sont étroitement liées comme vous le verrez par la suite.

 

L’histoire se passe dans l'Allemagne d'après-guerre...

Michaël Berg, le narrateur, est un tout jeune homme de 15 ans quand il tombe malade en se rendant au lycée. Alors qu'il est pris d'un malaise et de vomissements dans la rue, une jeune femme va l'aider à se rafraîchir et le raccompagner chez lui. Michaël a une jaunisse qui va l'exclure de la vie pendant de longs mois.

Une fois remis, des mois après donc, sa mère l'oblige à aller remercier la jeune femme, c'est Hanna. Elle est belle, elle a trente-cinq ans, et le jeune homme qui est hanté par son souvenir, va revenir plusieurs fois chez elle jusqu'à ce que tous deux entament une relation plus intime. Il devient son amant. L'apprentissage de la sexualité et de la sensualité avec cette femme si douce et tendre, mais mystérieuse, est pour lui une belle découverte qui marquera toute sa vie,  tant elle est forte au niveau de son ressenti et de l'idéalisation qu'il en fait, sans doute lié à son jeune âge et à leur vingt ans de différence.

Pendant six mois, il va revenir tous les jours chez elle et suivre tout un  rituel qu'elle lui a imposé, tout comme elle lui impose ses horaires de visite. Il va lui faire à sa demande, la lecture à haute voix, puis ensuite seulement, ils feront l'amour et ce scénario se répète à chacune de leur rencontre.  

Un jour Hanna quitte subitement la ville sans le prévenir.  Le jeune homme ne s'en remettra jamais et n'arrivera ni à l'oublier, ni à fonder une véritable relation avec une autre femme, ce qui sera le drame de sa vie... un drame accentué par la suite de l'histoire. 

 

Sept ans après alors que le narrateur fait un stage durant ses études de droit, il retrouve Hanna dans le box des accusés, parmi cinq criminelles toutes jugées pour avoir été gardiennes dans un camp de concentration. 

Accablées par ses codétenues, Hanna n'arrive pas à se défendre et écopera de la plus lourde peine : la détention à perpétuité.

Or Michaël le sait, certains chefs d'accusation ne tiennent pas, car Hanna cache un lourd secret, qu'il vient de découvrir comme une évidence pendant le procès : elle ne sait ni lire ni écrire et ne peut donc pas avoir rédiger le rapport qui est la pièce maîtresse de l'accusation.

Doit-il intervenir pour alléger sa peine ?

Lâchement, il n'en fera rien car il ne peut entacher sa future carrière en  dévoilant son attachement à Hanna.  Mais pour comprendre la réaction d'Hanna, qui a préféré se taire plutôt que de subir une honte publique, en dévoilant son illettrisme, ainsi que la sienne, Michaël se met à écrire leur histoire...

 

A la moindre menace, je capitulais aussitôt sans condition. J'acceptais tous les torts. J'avouais des fautes que je n'avais pas commises, reconnaissais des intentions que je n'avais jamais eues. Lorsqu'elle devenait froide et dure, je mendiais pour qu'elle redevienne gentille, qu'elle me pardonne, qu'elle m'aime. Parfois j'avais l'impression qu'elle souffrait elle-même de ses excès de froideur et de raideur...

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus...

La première partie ne doit pas être occultée par la seconde, même si finalement elle nous révèle, la clé de ce qui va suivre, et c'est là toute la force de ce roman.  

L'auteur nous parle d'amour, d'un amour véritable et sincère,  auréolé certes de mystère, mystère qui sera éclairé par la seconde partie, mais qui explique l'attitude des différents personnages, l'apparente lâcheté de Michael, comme les silences d'Hanna, sa dureté occasionnelle et son incapacité à se défendre contre des accusations infondées. 

Le roman touche du doigt le problème de l'illettrisme et de la honte ressentie par ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui les exclut du monde. Hanna préfère cacher ce secret plutôt que de le dévoiler ce qui l'innocenterait en partie. 

 

Mais le principal sujet du roman reste celui abordé dans la seconde partie : c'est la question de la responsabilité ressentie par les générations futures, en ce qui concerne les actes perpétrés par les générations passées, qui ont soutenu le régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Michaël est -il responsable des actions commises par Hanna dans sa vie antérieure ?

Doit-il se sentir coupable d'être tombé amoureux d'elle... sans se douter un seul instant des crimes qu'elle avait commis pendant la guerre ? 

 

C'est en tous les cas, une lecture dérangeante quand le lecteur découvre (en même temps que le narrateur) qu'Hanna, en tant que gardienne de camp, a commis des actes horribles pendant la guerre. Alors qu'elle travaillait chez Siemens, et qu'on lui proposait une promotion, qu'elle a décliné pour n'avoir pas à avouer son secret, elle choisit de s'engager dans les SS en 1943. Elle est coupable d'avoir participé à cette violence incommensurable mais bien entendu ce qui est troublant, c'est que son parcours n'est pas celui qu'on imagine d'un bourreau.

Malgré toute l'horreur du procès et des faits qui lui sont reprochés, le lecteur se positionne du côté du narrateur et de son ressenti, de ses contradictions. Il aime toujours Hanna et ne peut en son fort intérieur la juger, et pourtant toute sa génération abhorre (et nous aussi) les actes commis par les nazis pendant la guerre.

D'ailleurs, l'auteur n'apporte pas de réponses aux nombreuses questions que le lecteur formule en découvrant que lui non plus n'arrive pas à croire à la totale culpabilité de la jeune femme et aimerait qu'elle se défende davantage. Hanna nous touche malgré nous, alors qu'on la sait pourtant capable du pire.

Les criminels nazis ne méritent pas d'être aimés et pourtant nombreux sont les bourreaux qui ont eu une famille qui ne s'est jamais doutée de leurs crimes. L'auteur en nous mettant devant cette contradiction nous oblige à comprendre le ressenti de toute une génération de jeunes allemands, d'après-guerre, qui s'est trouvé confrontée à un problème majeur de devoir "juger" les actes de leurs parents. 

La fin du roman que je ne vous raconterai pas apporte encore plus de trouble et de questionnements. C'est là toute l’ambiguïté de ce roman qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats ce qui explique que ce soit une oeuvre souvent proposée au lycée. 

Un livre à découvrir...

 

Un film éponyme a été tiré de ce roman en 2008. Perso, je n'ai pas eu l'occasion de le voir au cinéma et je le ferai maintenant que j'ai lu le livre car j'aime toujours découvrir une oeuvre en lisant d'abord le roman.

Depuis quelques années je laisse notre histoire tranquille. J'ai fait la paix avec elle. Et elle est revenue, détail après détail, et avec une espèce de plénitude, de cohérence et d'orientation qui fait qu'elle ne me rend plus triste...

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 06:19
Stock, 2019

Stock, 2019

Brest est notre cassure, la sienne, la nôtre, la capitale du séisme, Brest est ce qui nous reste, l'eau s'est refermée, le mystère a été bu. "Informer, c'est déjà trahir", murmurait-on durant la guerre. Nous ne parlerons jamais de la disparition de Paol, c'est un "blanc" dans nos conversations, nous évitons ses états de service, ses garnisons, jusqu'à ses adresses à Saigon, à Brest, à Kergat.
Longtemps, je ne sus quasiment rien de lui hormis ces quelques bribes arrachées, ces miettes. Elles menaient toutes au gouffre de l'Allemagne nazie.

Prix Giono 2019

 

Longtemps l'auteur n'a pas su grand chose de Paol, son grand-père, arrêté par la Gestapo début septembre 1943, suite à une dénonciation, emprisonné et torturé, avant d'être envoyé en Allemagne où il mourra en 1944 en déportation dans les camps.

 

Personne ne sait exactement de quoi il a été accusé. Il ne rentrera jamais chez lui. Le silence s'abat alors sur sa famille, sur Jeanne, la grand-mère mais aussi Pierre, le père de l'auteur.

L'auteur nous parle alors de l'histoire familiale, de l'oncle parti en Angleterre pendant la guerre, porteur de divers documents rangés dans des boîtes étanches, pour ne revenir que des années après.

De Pierre son père, envoyé en pension après le drame et qui est devenu mutique, ne parlant jamais du passé, ni de son enfance.

 

Avec courage, l'auteur se lance dans de longues recherches dans les archives, questionne, cherche des témoignages de ceux qui ont côtoyé Paol ou qui le connaissait. Il tente ainsi de recouper les informations et de comprendre les rouages de l'histoire. 

 

En chemin il retrace donc aussi la grande Histoire. 

Il nous parlera en particulier du camp de Dora où de 1943 à 1945, 60 000 prisonniers, dont Paol, ont travaillé dans des sous-sols humides pour fabriquer et cacher les V2, ces ancêtres des fusées américaines, des missiles dont l'armée nazie avait bien besoin pour gagner la guerre.

C'est un camp dirigé entre autres par Wernher von Braun, qui après la guerre, comme la plupart des chercheurs allemands deviendra  "un honorable citoyen" et fuira l'Allemagne pour devenir citoyen américain en 1955. Il est avec son équipe, le père de la fusée Saturne et a bâti son empire américain sur les milliers de prisonniers morts en déportation...

 

N'en déplaise à Von Braun et à son sourire triomphal, sa conquête des étoiles avait dû franchir d'abord la porte des enfers. Les prisonniers de Dora en firent les frais, Paol parmi eux. Comment l'oublier en regardant le ciel ?

 

J'ai découvert l'auteur il y a deux ans avec "Fortune de mer" dont j'ai parlé sur ce blog ICI, un court mais intense polar qui se passe sur l'île d'Ouessant.  Jean-Luc Coatalem venait d'obtenir le Prix Fémina 2017 pour "Mes pas vont ailleurs" que je n'ai pas encore lu, et le Grand Prix de la Langue française en 2017 également.  

Dans "la part du fils", l'auteur dit vouloir apporter des réponses à Pierre, son père qui n'a jamais voulu remuer le passé. Il tente d'ailleurs quasi désespérément d'établir un dialogue avec lui, de comprendre ses larmes muettes, de permettre au petit garçon à qui on a volé son enfance d'exprimer enfin sa peine, et de mettre des mots sur l'incompréhension. Mais il cherche aussi ces réponses pour lui-même, car être le petit-fils de Paol n'est pas plus facile quand on ne sait rien de son passé. 

 

Le ton employé par l'auteur est d'autant plus bouleversant qu'il ne cherche en aucune manière à nous émouvoir. Il décrit certaines scènes avec une telle distance qu'elles en deviennent encore plus poignantes. 

Peu à peu, de lectures d'archives en témoignages de toute sorte, il reconstitue l'histoire de son grand-père et nous entraîne dans sa quête. 

J'ai aimé le suivre dans ses doutes et ses réflexions personnelles... j'ai aimé la force de ce roman intimiste qui nous emmène, vous l'aurez compris, bien au-delà de l'histoire personnelle de l'auteur. 

Paol avait connu la Grande Guerre et s'était battu à Verdun en 1916, puis avait fait la Guerre d'Indochine en 1929, avant de s'engager dans la résistance...comme tant d'autres. 

N'oublions pas tous ces héros qui comme Paol ont donné leur vie pour notre liberté. 

J'étais toujours ému par les photos de lui prises à la fin de 1929, comme indiqué au verso d'une écriture serrée et pointue, où les consonnes sont parfois plus grandes que les voyelles. Elles étaient devenues le catalyseur de ma rêverie. Celle notamment où Paol est assis sous un palmier hirsute. Elle fait partie de trois images saigonnaises, tel un découpage de film de cinéma muet...

La vérité d'un homme, ce peut être aussi sa souffrance. Mais même si elle était insoluble, insécable, jamais partagée, elle pesait sur moi par contrecoup. Ce poids de mémoire close était devenu le mien. J'en restais meurtri, dépossédé de ma propre histoire. Qu'aurai-je pu faire sinon la remonter, l'éclaircir et la raconter ?

Ne rien tenter de savoir, n'était-ce pas les abandonner les uns et les autres, et me perdre à mon tour ?

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 06:11

En tout homme se perpétue la mémoire de l'humanité entière. Et l'immensité de tout ce qu'il y a à savoir, chacun le sait déjà. C'est pourquoi il n'y aura pas de pardon...

Actes Sud, 2010

Actes Sud, 2010

Voici un livre que j'avais lu lors de sa sortie en 2010 et que je désirai relire et présenter sur ce blog, blog que je n'avais pas encore à l'époque de ma première lecture.

 

Messieurs, dit-il, la souffrance et la peur ne sont pas les seules clés qui ouvrent l'âme humaine. Elles sont parfois inefficaces. N'oubliez pas qu'il en existe d'autres. La nostalgie. L'orgueil. La tristesse. La honte. L'amour. Soyez attentifs à celui qui est en face de vous. Ne vous obstinez pas inutilement. Trouvez la clé. Il y a toujours une clé.

Aujourd'hui encore, je me demande par quelle aberration vous avez pu vous persuader que vos actions étaient meilleures que les miennes. Vous aussi, vous avez cherché et obtenu des renseignements, et il n'y a jamais eu qu'une seule méthode pour les obtenir, mon capitaine, vous le savez bien, une seule, et vous l'avez employée, tout comme moi...

L'auteur s'est inspiré d'un épisode réel de la bataille d'Alger. Il s'agit de l'arrestation de Larbi Ben M'hidi, un des chefs de la rébellion, responsable de terribles attentats (ici il prend le nom de Tahar).

Dans un cadre sordide et sombre, dont le lecteur ne devinera pas l'emplacement exact, il dresse le portrait de trois hommes réunis par la grande Histoire, et qui souffrent chacun à leur manière de ce qu'ils sont devenus.

 

Le héros principal du roman est le Capitaine Degorce, un chrétien convaincu, pris de remords pour ce qu'il a fait, et qui n'arrive pas à surmonter sa honte. Il n'arrive pas non plus à avouer ses fautes à sa femme, qu'il aime par-dessus tout, mais dont il reste éloigné depuis si longtemps qu'il ne sait plus comment lui avouer ses crimes. Il s'en tient donc à des propos totalement futiles dans les lettres qu'il envoie à ses proches. Son principal défaut, outre le fait qu'il donne les ordres, c'est donc en plus d'être hypocrite, qu'il se justifie sans cesse de ses actes, se posant des questions inutiles, cherchant ainsi une rédemption à laquelle il pense pouvoir prétendre. 

 

Le lieutenant Andreani, se sent méprisé par le capitaine qui lui donne toutes les basses besognes. Il ne rêve que de se venger de celui qu'il a beaucoup trop admiré dans le passé. Et c'est 50 ans après qu'il va s'adresser à celui-ci et lui exprimer tout son mépris, tout en laissant dans ses propos transparaître par moment une certaine douceur, pour celui qu'il a tant aimé. 

 

Tahar, enfin, est un prisonnier respecté pour son intelligence et dont la sagesse et la sérénité vont profondément marquer le Capitaine Degorce...qui en oubliera ce qu'il a fait. 

 

Le thème de la torture et de la conscience des bourreaux qui la pratiquent n'a rien d'original, mais toute la force de ce roman provient du talent de Jérôme Ferrari, de son style et de son écriture particulière, et de cette manière époustouflante qu'il a de nous faire entrer dans son récit et de nous rapprocher suffisamment des personnages pour que nous nous posions des questions en même temps qu' eux. 

 

C'est un roman intemporel très profond je trouve, sur le bien et le mal, le courage et la lâcheté des hommes, les limites entre la liberté ou sa privation, la culpabilité et la compassion, et l'espoir possible d'une rédemption.

L'auteur a voulu nous parler de manière générale des actes odieux perpétrés en temps de guerre et de leurs conséquences sur les victimes, comme sur les bourreaux, ce qui bien entendu n'excuse rien.  

 

La construction de ce roman très littéraire est complexe mais abordable, car l'auteur sait parfaitement bien orchestrer son récit en faisant alterner les deux voix, celles du capitaine Degorce et d'Andréani, l'exécuteur des tortures. 

C'est un roman fort qui n'est pas facile à lire tant le sujet est douloureux car il nous décrit la noirceur des hommes... mais je trouvais important d'en parler ici. 

Le sang des nôtres et le sang que nous avons répandu ont été depuis longtemps effacés par un sang nouveau qui sera bientôt effacé à son tour...

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 06:16
Métaillé, 2019

Métaillé, 2019

Des événements authentiques sont à l'origine de ce roman. Les personnages ne sont pas inventés.

Ne vous fiez pas aux souvenirs des hommes âgés. Avec nos souvenirs nous essayons de corriger les échecs de notre vie, c'est pour cette seule raison que nous nous souvenons. C'est grâce aux souvenirs que nous nous apaisons vers la fin de notre vie.

Il y eu tous les jours des entretiens, ou plutôt des interrogatoires. Au moins deux fois par jour j'étais convoqué pour une demi-heure ou pour dix minutes dans un bureau et je devais répondre à toutes sortes de questions. Au bout de trois jours les questions se répétèrent et je répétai à chacun la même histoire, je n'avais pas fui, mais j'étais seulement allé en France pour améliorer mon français, et passer le baccalauréat, ce qui m'était interdit chez moi parce que mon père avait possédé autrefois une usine.

Konstantin n'a jamais connu son père, mort quelques mois avant sa naissance, à la fin de la guerre.

Très vite alors qu'il grandit dans une petite ville d'Allemagne de l'Est (mais l'Allemagne n'est pas encore coupée en deux, le mur n'a été érigé qu'en 1961), il va comprendre que même si son père faisait partie des personnes importantes de la ville car il avait une usine prospère qui proposait du travail à tous les habitants, il a aussi une face cachée inavouable...

En effet, le père a fait partie des SS et a commis des actes inacceptables, tellement horribles qu'il a été jugé criminel de guerre et exécuté à la fin de la Seconde Guerre Mondiale par les troupes communistes polonaises. 

 

A la suite de ces événements,  la mère se bat pour reprendre son nom de jeune fille et le donner à ses enfants.

Elle voit son avenir complètement bouché. Le pouvoir soviétique lui interdit d’enseigner alors qu’elle parle plusieurs langues. Elle doit donc aller faire des ménages.

Elle fera tout pour cacher à ses deux fils, le personnage odieux qu'était leur père et qu'elle a profondément aimé du temps où il ne l'était pas. 

Après avoir cherché à comprendre comment ce fils d'enseignant, d'une famille droite et croyante, a pu ainsi se faire enrôler dans les troupes nazis, elle décide de l'oublier pour le bien de ses enfants.

Mais les autres sont là, ils n'oublient pas et ne cessent de rappeler aux enfants le passé de leur famille, même ceux qui faisaient partie des anciens collaborateur du père et en ont bien profité.

 

Konstantin étouffe dans cette vie étriquée, se voit interdire l’accès au lycée alors qu’il est le meilleur de la classe. Il ne veut pas être obligé de faire un apprentissage, seul avenir possible pour lui et décide alors à 14 ans, de tout quitter et de gagner la France, en cachette de sa mère.

Là-bas, il va se faire embaucher dans une librairie de livres anciens, comme traducteur, et va passer deux ans, protégé par des hommes intègres, eux-aussi au lourd passé : ils ont été résistants et envoyés dans des camps. 

 

Un jour, Konstantin n'en peut plus de garder secret le passé de son père, qu'il voulait oublier en venant ici : il décide de regagner son pays. Il a obtenu, grâce aux cours du soir, la première partie du baccalauréat et ldoit beaucoup à ces hommes qui lui ont fait confiance...

Mais lorsqu'il arrive à la frontière, tout est devenu plus compliqué car le "mur de Berlin" vient d'être dans la nuit matériellement érigé...il sera matériellement construit plus tard. Le jeune homme doit d'abord répondre à de multiples questions, pour prouver qu'il n'est pas un espion tentant de repasser la frontière.

Le retour ne sera pas facile... et sa vie professionnelle et personnelle seront en permanence meurtries par l'existence de ce père qu'il n'a pas connu. L'ombre de ce père et le souvenir de ses actes le hanteront jusqu'à la fin de ses jours...

Les enfants sont-ils responsables des actes de leurs parents ?

C'est un roman initiatique, non dénué d'une pointe d'humour malgré la gravité du sujet et une certaine distance prise par le narrateur. Nous suivons Konstantin, ce jeune garçon sympathique et débrouillard dans sa quête de poursuivre ses études, ce qui lui est refusé dans son pays, puis plus tard dans son combat quotidien pour avoir une vie professionnelle plaisante.

 

C'est un roman bien écrit, très prenant qui se lit comme un roman d'aventure tout en nous plongeant dans 60 ans d'histoire de l'Allemagne. Il nous fait réfléchir à ce que nous voulons faire de l'avenir, tout en n'occultant en rien la mémoire historique indispensable. 

Les effets durables d'une guerre même terminée n'ont pas à influer sur le devenir des générations futures. Et pourtant...

 

Le roman est construit de manière originale, puisqu'on retrouve tout d'abord Konstantin à la retraite, mais poursuivi par une jeune journaliste qui veut l'interroger pour écrire sur lui parce qu'il a été directeur du lycée le plus prestigieux de la ville. Il est marié et sa femme doit bientôt partir en cure car elle vient de subir une opération grave de la colonne vertébrale. Lui bien entendu ne veut pas du tout entendre parler de cet entretien qui ferait ressortir encore une fois son passé.

Le lecteur entre ensuite dans sa vie de petit garçon et n'aura de cesse d'arriver à la fin du roman pour comprendre les raisons de son refus.

 

Konstantin est un personnage sympathique courageux et réaliste, qui va toujours de l'avant et ne passe pas son temps à s'apitoyer sur son sort. C'est une des raisons pour lesquelles il rencontre des gens qui vont l'aider à se sortir de toutes les situations, parfois rocambolesques, dans lesquelles il tombe. Sa droiture, le fait qu'il croit à son droit d'oublier ses origines, vont l'amener à ne plus fréquenter son propre frère qui lui, à l'inverse, considère son père comme un héros...

 

Cette lecture m'a rappelé des souvenirs personnels, lorsque que j'étais étudiante, j'avais réalisé que les jeunes allemands des années 70, portaient en eux la culpabilité de ce que leur pays nous avait fait, à nous français, alors qu'ils n'étaient pas nés.

Comment bâtir sa propre histoire de vie quand un de nos parents a commis des actes ignobles ?

Est-ce normal qu'un enfant paie pour son père ? 

Est-ce normal que tout un peuple souffre et porte la responsabilité d'actes passés ? 

Comment ne pas oublier les actes commis, sans faire peser le poids de la culpabilité sur les descendants ?

Les choses auraient-elles été différentes si le petit Konstantin et sa famille avait vécu à l'Ouest ?

Evidemment, il est important de se poser ces questions, même si personnellement je n'ai pas à rougir du passé de ma famille, je comprends que cela ne soit pas facile pour ceux qui eux, ont à en rougir... 

 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 06:18
P.O.L. 2019

P.O.L. 2019

J'aime penser que Vicente et Rosita vivent en moi, et qu'ils vivront toujours dans le souvenir de mes enfants qui ne les ont jamais connus...

Il avait commencé à penser, sans forcément le dire à ses amis, que de toute façon ça ne servait à rien de savoir, d'être informé : était-il possible de faire quelque chose à douze mille kilomètres de distance ?

Comme tous les juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif.

Depuis 1928, année où Vicente Rosenberg a quitté sa Pologne natale pour émigrer en Argentine, il a fondé une famille, a eu trois enfants et travaille dans un magasin de meubles florissant que son beau-père lui a légué pour les aider.

Rosita, sa femme, ne sait pas grand chose de son passé et il n'a jamais voulu le lui raconter. Elle lui a demandé maintes fois de partir chercher sa mère, vieillissante, restée avec ses deux autres enfants en Pologne. Mais au fond, Vicente n'a jamais réellement voulu qu'elle vienne vivre avec eux, il n'a pas cherché à la persuader de venir s'installer elle-aussi en Argentine. Il était trop content d'avoir réussi à prendre son indépendance. 

Il sait pourtant être gentil avec elle, lui écrit de temps en temps et lui envoie des photos des enfants, mais il ne répond pas pour autant à chacune de ses lettres.  Finalement sa vie lui convient comme elle est...

 

L'année 1940 arrive...

Avec des amis juifs, exilés comme lui, Vicente se demande comment interpréter les quelques rares nouvelles qui leur parviennent de l'Europe et en particulier de leur pays la Pologne, souvent d'ailleurs plusieurs mois après.

Là-bas, la situation est catastrophique et va en s’aggravant : les nazis  s'emparent des biens des juifs puis après les avoir pillés, les confinent dans le ghetto de Varsovie, où plus de cent mille personnes ne tarderont pas à mourir de froid, de faim ou de maladie, et où les survivants encore plus nombreux encore, sont condamnés à être fusillés ou déportés...Mais ça Vicente et ses amis ne le savent pas encore. 

 

Vicente se fait de plus en plus de souci pour sa famille d'autant plus qu'il ne reçoit que rarement à présent, des nouvelles de sa mère. La dernière lettre est particulièrement alarmante et il ne la fera d'ailleurs jamais lire à personne : Vicente comprend en la lisant que sa mère est en train de mourir et qu'il ne peut plus rien faire à présent pour elle... 

Alors, au lieu d'en parler il choisit de se taire, il se replie sur lui-même et sombre dans la dépression, s'éloignant de ses amis et de sa famille, passant la nuit à jouer au poker et à perdre le plus souvent les recettes de son travail de la journée au magasin.

Mais il ne peut à présent se livrer à sa femme,  lui raconter tout son passé et pourquoi il a eu tellement honte, enfant puis plus grand, des moqueries de ses camarades, parce qu'il était juif... Il ne peut lui expliquer pourquoi il a fui son pays et sa famille, il aurait fallu qu'il lui en parle bien avant, et non pas aujourd'hui que tous les mots ne servent plus à rien, alors il préfère se taire...

 

Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. Ce que dire veut dire. Ce qu'un mot désigne, ce qu'un nom nomme. Oublier que les mots, parfois, forment des phrases...

...s'il est une image que Vicente aurait voulu cessé d'imaginer à partir du moment où il avait lu les premières descriptions des camps, c'est celle de sa mère nue, éreintée, exténuée, alors qu'elle entrait dans ces douches qui n'étaient pas des douches.

Le narrateur (=l'auteur) est le petit-fils de Vicente et de Rosita. Il cherche à comprendre le pourquoi de ce silence familial qui est devenu le sien...et qui l'étouffe depuis sa naissance.

Il nous raconte par petites touches, les événements qui ont traumatisé sa famille. Le sujet n'est pas nouveau et il y a eu beaucoup de romans écrits sur le ghetto de Varsovie et la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que sur la montée du nazisme, les Camps de concentration et leur ignoble dessein... 

Cette fois-ci, l'originalité de ce livre si je puis dire, à la fois témoignage et page d'histoire, c'est que le héros principal se trouve à des milliers de kilomètres de l'Europe puisqu'il vit en Amérique du Sud. 

 

Lorsque Vicente apprendra à la fin de la guerre que sa mère est morte dans le camp de Treblinka II, il ne s'en remettra pas et toute la famille portera ce terrible deuil depuis ce temps-là. 

 

J'ai été touchée par cette histoire douloureuse. Les références historiques sont nombreuses et le lecteur suit la mise en place du régime nazi en parallèle de la vie quotidienne plutôt tranquille au départ, de Vicente et de sa famille à Buenos Aires, puis  nous assistons impuissant à sa lente plongée dans la dépression, entrecoupée de moments de colère et d'une culpabilité qui ne le quittera plus jamais.

 

Les non-dits sont terribles et le silence alors parle plus fort que les mots. Il décrit de manière encore plus bouleversante la souffrance indicible qui envahit ainsi Vicente au fur et à mesure qu'il s'enferme dans ce "ghetto intérieur", cette  culpabilité destructive du survivant... 

 

J'ai eu par moment envie de secouer Vicente qui aurait peut-être au début de la guerre eu encore le temps d'aller chercher sa famille et de les aider à venir vivre avec lui. Car non seulement il y a sa mère mais, sa sœur et aussi son frère et sa propre famille. Il ne fait rien et ensuite, nous savons bien avant lui que c'est déjà trop tard. Qu'il n'a plus le temps... Il faut dire aussi que Vicente se pose beaucoup de questions sur son identité juive, mais n'obtient pas beaucoup de réponses, ce qui brouille aussi son ressenti et sa vision des événements. 

 

L'auteur a une belle plume, sensible, pudique et émouvante. Il ne nous épargne aucun détails que ce soit sur la guerre, le ghetto, la déportation et la prise de conscience à distance de l'horreur des exterminations, ou qu'il s'agisse de la dépression de son grand-père et de ses conséquences sur sa grand-mère et les enfants...donc par retombée, sur lui et sa fratrie. 

 

Vous l'aurez compris le sujet principal de ce roman-témoignage est bien cette autre forme de violence vécue pendant les guerres, cette culpabilité qui envahit les survivants, pour ne plus jamais leur permettre d'oublier que eux sont en vie, alors que leur place aurait dû être auprès de ceux qui ne sont plus...

Un roman-témoignage nécessaire, à lire forcément quand vous en aurez envie. 

Il avait été un homme comme tant d'autres hommes, et soudain, sans que rien n'arrive là où il se trouvait, sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient...

Je vous invite à aller lire la présentation de ce livre proposé par Alex sur son blog. C'est elle qui m'a donné envie de le découvrir et par chance il était juste devant moi sur le présentoir de la médiathèque et venait à peine d'être couvert et équipé pour le prêt ! Il m'attendait donc...

Et n'hésitez pas à découvrir la biographie de l'auteur ci-dessous, sur le site de l'éditeur...

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 06:16
Gallimard / Du monde entier, 2014

Gallimard / Du monde entier, 2014

La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas passer à autre chose, bon sang ?

Je vois tellement de femmes, ici, qui s'accrochent toutes. Qui s'accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu'elles s'accrochent aux photos qu'elles conservent ou aux fragments d'enfance qu'elles apportent avec elles et déposent sur cette table.
...
Toutes redoutent de les laisser partir...

 

Les cinq jours précédents le 11 novembre 1920, à Londres, l'Angleterre attend l'arrivée du soldat inconnu, rapatrié de France.

Cet hommage douloureux est nécessaire car il unira la nation autour de la peine des familles, toutes touchées par cette terrible guerre.

Il y a les familles qui ont perdu un être cher, mais aussi celles qui ont récupéré un des leurs, vivant mais tellement meurtri dans sa chair, blessé grièvement ou amputé, traumatisé à cause des horreurs vécues et des compagnons de route disparus.

Les vivants se sentent aujourd'hui exclus de cette société où ils ne trouvent plus leur place.

 

Parmi ces familles endeuillées, trois femmes cherchent toujours comment faire face à leurs souffrances, afin de pouvoir continuer à vivre.

Il y a Ada qui a perdu Michael, son fils, dans des circonstances qu'elle ignore toujours car elle n'a reçu aucune explication. Elle se croit folle car elle le voit et l'entend, et ses visions l'isolent des autres et en particulier de son mari, qui souffre lui-aussi à sa façon.

Le lecteur apprendra au cours de sa lecture ce qui s'est réellement passé pour son fils. 

Il y a Evelyn Montfort, qui a perdu son fiancé, tué par un obus, et ne s'en remet pas. Elle essaie de comprendre Ed, son frère qui la fuit et est revenu de la guerre, mutique et renfermé. Il faut bien dire qu'en tant que capitaine, il en a vu des horreurs lui-aussi. 

Evelyn travaille au bureau des pensions et reçoit toute la journée, d'anciens soldats pour lesquels elle monte un dossier. Là-bas, elle va croiser Rowan Hind qui a besoin d'elle pour retrouver un certain Edward Montfort. 

Affolée à l'idée que son propre frère soit recherché, Evelyn va refuser de l'aider...tout en cherchant à en savoir plus. 

Il y a aussi Hettie qui travaille au Hammer-Smith Palais, où elle danse toute la soirée sur des airs de jazz et espère un jour y rencontrer l'amour, comme son amie Di. 

C'est Fred, son frère qui lui cause du souci, en restant enfermé dans sa chambre, sans chercher de travail depuis qu'il est rentré. Elle doit faire vivre toute la famille et il ne lui reste même pas de quoi s'acheter une robe.

C'est alors qu'elle rencontre Ed, qui boit trop mais danse divinement bien malgré sa jambe de bois...

 

Trois femmes, trois destins qui s'entremêlent, nous avons déjà vu ça dans des romans et ce n'est pas très original, mais l'auteur nous présente leur histoire avec beaucoup de justesse et de pudeur.

Ce n'est pas un roman très gai mais pour les vivants, heureusement... l'espoir apparaît d'un avenir meilleur.

 

"Le chagrin des vivants" nous le connaissons tous à travers notre propre histoire familiale car si nous sommes-là, c'est bien parce qu'un de nos ancêtres est revenu de cette terrible guerre, meurtri, blessé mais vivant. 

Le "travail de deuil", c'est autant accepter la disparition de l'être aimé, que celui ou celle qu'on a été et qui n'existe plus ; c'est aussi accepter que les rêves qu'on a eu ne se réaliseront jamais et comprendre que sans ce repli sur soi, aucune place ne peut être faite, ni pour la vie qui attend, ni pour d'autres possibles. 

 

J'ai trouvé intéressant de connaître le vécu de ces femmes à la fin de la Grande Guerre. Il y a peu de livres sur le sujet et que savons-nous finalement de ce qu'elles ont ressenti...

La partie documentaire, en italique dans le texte racontant comment le soldat inconnu a été choisi, déterré et ramené jusqu'en Angleterre apporte un plus dans ce roman. 

C'est un roman facile à lire, qui reste léger par rapport à d'autres sur le même sujet. Il était dans ma liste à lire depuis très longtemps...et je ne regrette pas de l'avoir découvert. Il y a quelques passages touchants mais je regrette de ne pas être entrée réellement dans l'histoire de ces femmes formidables ce qui ne m'arrive quasiment jamais lors de mes lectures. 

Je reste donc "un peu" déçue par la forme trop simple et trop bien bâtie, et par le fond trop peu approfondi, mais aussi par le fait que finalement ces trois femmes auraient pu se rencontrer puisque leurs trois histoires sont liées, ce qui n'est pas du tout le cas dans le roman. Dommage, j'aurais trouvé vraiment intéressant qu'elles le fassent. 

C'est un roman que j'ai eu du plaisir à découvrir tout de même. Au moment  de rédiger cette page, j'ai eu beaucoup de mal à trouver des extraits, sortis de leur contexte, je les trouvais trop fades. Par contre, j'aime beaucoup la couverture. 

 

En ce 11 novembre 2019, bien éloigné des commémorations de l'année dernière, je me devais de découvrir enfin cette lecture en hommage à mes grands-pères...et à tous ces soldats qui se sont battus pour notre liberté, et en souvenir de mes grands-mères, qui elles aussi ont souffert à leur manière. 

Retrouvez l'avis d'Hélène ci-dessous. Sans le faire exprès j'ai vu que j'avais choisi le même extrait qu'elle ! Il faut croire que ce passage nous a plu...

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 05:23
Albin Michel, 2017 / Le livre de Poche, 2018

Albin Michel, 2017 / Le livre de Poche, 2018

Alice espérait tellement que quelque chose se passerait en ouvrant cette valise : un déclic, un signe. Peut-être se souviendrait-elle du visage de sa mère? Un objet pouvait-il procurer ce genre de réaction? Au moment de faire le dernier pas, elle s'arrêta. Elle avait si peur que la valise soit vide qu'elle ne pouvait plus marcher. Elle chercha le regard de Jeanne et se surprit à bâiller.
- N'aie pas peur, mon lapin, l'encouragea sa nourrice. Vas-y, ouvre-la.

 

L’histoire commence en mai 1943 à Salies-de-Béarn. C’est la guerre et Alice qui a 5 ans, vit à la campagne avec Jeanne, sa nounou. La vie est simple dans les campagnes et rythmée par celle des bêtes. La petite fille est entourée de tendresse ce qui compense un peu l'absence de ses parents. 

Malgré la méchanceté de certains enfants à l'école, le fait qu'elle n'ait pas le droit de s’éloigner de la ferme, ni de parler aux gens qu’elle ne connait pas, Alice est heureuse…

L’enfance est là avec ses rêves, l’envie d’aller chercher les œufs dans le poulailler toute seule, comme une grande, puis l’eau au puits (il faut traverser la route et faire bien attention de ne pas renverser l'eau en chemin), l’affection pour Crème son chaton, l’école et ses jeux.

 

Alice voudrait surtout savoir pourquoi sa maman à elle n’est pas là, pourquoi elle l’a abandonnée en lui laissant une petite valise contenant quelques habits de bébé et un journal montrant des photos prises en Espagne, et signées par un mystérieux  Vago…Elle se pose beaucoup de questions.

Jeanne tente de lui expliquer ce qu'elle peut comprendre, mais en ce temps-là les adultes ne donnaient pas de détails aux enfants. De nombreux "pourquoi" restent donc sans réponse : "parce que c’est la guerre" lui dit Jeanne pour toute explication.

Justement Alice ne sait pas trop ce que cela veut dire "la guerre", jusqu’à ce qu’elle voit Thomas, un de ses camarades de l’école, emmené par les allemands...

 

La guerre se termine et Alice voit ses camarades de classe partir les uns après les autres, avec leurs vrais parents. Elle s’aperçoit qu’elle n’était pas la seule, à être placée chez une nounou dans la région. Mais sa mère à elle ne revient toujours pas et elle a peur.

Et puis un jour, une voiture est là, deux femmes sont assises dans la cuisine et l'attendent. La première lui parle, elle est assistante sociale, l’autre...c'est Diane, sa mère. Alice doit quitter Jeanne pour toujours et les suivre à Paris. C'est un drame pour elle. De plus, sa mère est fluette, pâle, et muette, loin de la femme superbe dont Alice avait rêvée, ni de la femme courageuse que Jeanne lui avait décrite…une femme-fantôme qui ne la regarde pas et ne lui parle pas. 

 

Là-bas d’autres surprises attendent la petite Alice, et malgré l'amitié qui se noue entre elle et le petit Jean-Joseph,  elle va vivre une grande solitude dans une ville qui lui fait peur, mais où elle ne restera pourtant que peu de temps avant de partir à New-York, retrouver son père qui s'est remarié. De l'autre côté de l'atlantique, elle n'est pas la bienvenue et il lui faudra encore se poser des questions pour tenter de comprendre pourquoi... 

Peu à peu, elle va réussir à apprivoiser son oncle Vadim, devenu aveugle pendant la guerre, suite à un accident. Tous deux ne vont avoir plus qu'une seule idée en tête, rejoindre la France ...

 

Alice passait des heures sur le pont. Le vent giflait son visage, s'infiltrait dans ses cheveux. Elle était si proche de l'eau qu'elle pouvait en sentir quelques gouttes, lorsque les vagues étaient hautes. C'était dans le vacarme de la foule et des hélices qu'elle parvenait à oublier...

- Je ne partirai pas sans toi.
Il la serra dans ses bras. Ils restèrent ainsi un long moment, plus rien d'autre ne semblait compter. Vadim caressait ses cheveux. Il lui disait qu'elle était une personne magnifique, qu'elle deviendrait une femme extraordinaire. Qu'elle était la seule à ne pas voir en lui qu'un aveugle.

 

Dès les premiers chapitres du livre, le lecteur comprend le désarroi de cette petite fille intelligente et courageuse. On la suit pendant quatre années, jusqu’à ses 9 ans date à laquelle elle découvrira sa véritable identité, grâce à sa mère qui lui a écrit tout ce qu’elle voulait savoir dans un carnet, avant de mourir, parce qu’écrire, c’est plus facile que de parler quand tout va si mal.

Le regard qu’Alice porte sur les événements, ce que nous, lecteurs nous comprenons de ses mots d’enfants, est une façon tout à fait originale de nous faire entrer dans son histoire…et dans celle de sa famille.

Mais pour l'auteur qui en est à son premier roman c'était un pari risqué, si je puis dire, car comment rendre véridique les propos d'une enfant. L'auteur y arrive tout à fait bien, dans la première partie du livre qui sonne juste, un peu moins dans la seconde... En effet au départ du roman, le personnage d'Alice est crédible, mais à partir du moment où elle part à Paris, puis à New York, je n'ai plus du tout trouvé véridique son ressenti, ni son vécu. Le roman devient en effet rempli d’invraisemblances dont je ne vous dresserai pas la liste. Le style est un peu trop simpliste et finalement je ne peux que constater que je suis restée en dehors de cette partie-là de l'histoire, sauf dans la toute fin que j'avais certes devinée, mais qui m'a néanmoins touchée. 

J'ai du coup un avis mitigé...mais je ne regrette pas cette lecture pour autant. 

Vous aurez compris que Diane, la mère d’Alice sort des camps, qu’elle a du mal à survivre au traumatisme et qu’en plus elle est malade. Il est évident que renouer un lien avec son propre enfant, recréer une famille, a été pour tous les rescapés des camps et leur famille, une nouvelle épreuve.

J'ai aimé cependant, le début du roman et dans la toute fin, la relation emplie de tendresse et d'admiration, qui se noue entre la petite Alice et Vadim, ce qui donne l'occasion à l'auteur de nous livrer ses plus belles pages. 

 

Pour conclure, je dirai que c'est un roman facile à lire, malgré le sujet. Les personnages sont attachants. Il peut être lu dès l’adolescence (je dirai vers 13 ans) et sa lecture peut même permettre aux ados de découvrir les conséquences de la guerre, autrement. Vous pouvez donc sans problème partager cette lecture avec eux...

De plus, l'auteur connaît son sujet et les invraisemblances ne concernent pas les faits historiques qui sont au contraire justes et bien amenés. C'est le personnage d'Alice qui est en décalage avec les événements vécus. Elle est très mature pour son âge (trop par moment même pour l'époque), et malgré ses angoisses de petite fille, j'aurai aimé éprouver davantage d'empathie pour elle...ce qui n'a pas été le cas (dans la seconde partie, je me répète mais c'est important). 

 

Aujourd'hui, j'ai été longue...mais je voulais rendre hommage, à travers la présentation détaillée de ce livre, à tous les enfants rescapés de la guerre qui ont vécu des jours douloureux et ont vu leur enfance brisée à jamais.

N'oublions pas que ce jour férié est là pour commémorer la signature de l'armistice, le 8 mai 1945, signature qui a mis fin à  la Seconde Guerre Mondiale.

N'oublions jamais !

De toute façon où qu'on aille, les hommes sont toujours aussi violents, stupides et égocentriques. Ils ne se contentent pas d'avoir raison. Ils veulent imposer aux autres le fruit de leurs certitudes. Ils tuent père et mère par orgueil, par fierté nationale, et se font piéger par des frontières qu'ils ont eux-même inventées...Et comme l'homme a besoin de frontières, de limites, les guerres ne cesseront jamais...

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 05:20
JC Lattès, 2017

JC Lattès, 2017

J'ignorais qu'il faut traverser ce genre d'événement tragique_ la perte de ce qu'on a de plus précieux au monde_pour mesurer ce que le corps et l'âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même.
J'ignorais que lorsque cela arrive, il ne reste plus qu'à constater combien les efforts pour s'y préparer ont été inutiles.

 

L'histoire débute au Havre en 1941. La population, déjà meurtrie par la présence des allemands, se retrouve sous les bombardements anglais. Les femmes, les enfants et les vieillards n'ont qu'une solution pour sauver leur peau, fuir le plus loin possible de ce désastre.

Tous les hommes valides sont déjà partis à la guerre. C'est l'exode !

 

Le lecteur découvre une famille unie, parmi tant d'autres...
Émelie et Muguette sont deux soeurs, très proches l'une de l'autre malgré leurs différences. Elles sont toutes les deux mariées et ont chacune deux enfants.

 

Émelie est plutôt organisée et courageuse. Elle est mariée à Joffre qui a abandonné la navigation pour entretenir avec elle une école de la ville. Tous deux sont très fiers de leur travail et de leurs enfants, Jean et Lucie qu'ils élèvent strictement. 

Muguette, elle, est plus rêveuse, insouciante, frivole et extravertie que sa soeur. Son mariage avec Louis est différent. Elle l'admire beaucoup mais fait passer le bonheur de ses enfants, Joseph et Marline, avant lui.  Il faut dire que si Joseph est toujours plein d'humour Marline, elle, est devenue mutique depuis le début de la guerre...

Les deux soeurs se décident à quitter la ville. Nous les suivons dans leur fuite avec leurs enfants, et les difficultés ne manquent pas en chemin...

 

Leurs corps gisaient face contre terre, l'homme et la jeune fille, serrés l'un contre l'autre à quelques mètres du talus.
J'ai cru d'abord qu'ils dormaient, j'étais si fatiguée, depuis plus de quatre heures nous marchions chargés comme des animaux : dormir me semblait une idée logique.

 

En quelques semaines, l'insouciance qui régnait dans les familles n'est plus qu'un vieux souvenir.

Après la capitulation, quand toutes les familles sont autorisées à rentrer à la maison, Joffre est démobilisé et revient honteux de la défaite. Ces quelques semaines de guerre l'ont changé et Émelie ne le reconnait plus.  De plus, l'école est réquisitionnée par les allemands et elle se révolte de le découvrir si servile... Tous deux entrent alors en conflit. Lui qui était si droit et si intègre, voudrait rester fidèle à ses idées mais, pour sauver sa famille, il sera obligé de jouer un double jeu, à l'insu de sa femme qui se met à le détester. 

 

Chez Muguette rien ne va plus non plus. Louis a été fait prisonnier et Muguette le languit. La maison fortement détériorée après un bombardement, laisse passer le froid et l'humidité mais Muguette ne veut pas s'éloigner. Elle tombe gravement malade et le médecin découvre qu'elle est atteinte de tuberculose. Une seule solution : elle doit partir se soigner en sanatorium. Émelie décide alors d'inscrire Marline et Joseph, pour un départ en Algérie où ils seront accueillis dans des familles françaises et bien nourris, en plus d'être tenus loin de la guerre. Les quitter est un véritable déchirement... 

 

Comment faire autrement avec cette guerre qui s'éternise, les bombardements incessants des alliés sur la ville, et la peur à chaque instant de mourir ensevelis dans les caches... 

 

Une partie de moi espérait encore que c'était une mise à l'épreuve, mais l'autre partie était assez raisonnable pour comprendre que je m'étais trompé sur papa. C'est le problème avec les gens qui ne parlent pas beaucoup, on a vite fait d'interpréter de travers, on leur prête les intentions qui nous arrangent, surtout quand ces gens-là comptent énormément pour nous...

 

C'est un roman choral, dans lequel chacun des personnages prend la parole pour nous raconter comment il perçoit cette guerre.

Les propos s'entrecroisent et le lecteur comprend peu à peu le courage qui par amour, oblige certains à se taire (et les silences n'en sont que plus intenses).

Le lecteur ressent la douleur des séparations, la colère de ceux qui ne comprennent plus leurs proches, la solitude et l'espoir qui les animent et les sauvent...

Les bombardements sont incessants, le rationnement est un problème de tous les jours et qui prend de plus en plus d'énergie, mais la résistance s'organise.

La vie quotidienne durant la seconde guerre a été difficile pour tous mais encore plus dans certaines zones, comme Le Havre où se déroule l'histoire car 80 % de la ville a été rasé par les alliés pour faire fuir les occupants nazis. 

 

Voilà un roman empli d'humanité où par amour, chacun des personnages prend des décisions qui vont fortement influer sur le bonheur ou le malheur de ses proches mais les forcera à rester debout quoi qu'il advienne. 

Les personnages sont attachants bien que j'ai été surprise par la grande naïveté d'Émelie, qui pas un instant ne se doute que son mari lui cache quelque chose et joue un double jeu pour les protéger. Les femmes étaient certes tenues à l'écart dans beaucoup de familles, mais quand même ! 

 

Ce que j'ai aimé dans ce roman touchant, c'est que l'auteur ne juge pas des actes des uns ou des autres. Il expose les sentiments et les circonstances particulières qui ont obligé les personnes à prendre des décisions difficiles et à mentir à leur proche...

J'ai découvert un auteur dont j'ai beaucoup entendu parler dans la blogosphère et que je ne connaissais pas encore.

C'est chose faite à présent... et je continuerai sans doute à le lire de temps en temps.

 

La guerre était une immense vague qui nous portait de creux en crêtes, gare à ceux qui quittaient l'écume, ils seraient envoyés par le fond.

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 06:29

 

Peut-on avoir un coup de coeur pour un roman terrible et poignant qui nous parle des drames de la seconde guerre mondiale ? Ma réponse est oui...

Il y a eu tant de parution sur ce sujet que j'ai failli passer à côté de celui-là.

Une amie lectrice me l'avait conseillé et la chronique éclairée de Zazy (dont vous trouverez le lien, en fin d'article) m'a convaincu. 

Dans ce roman, l'auteur a choisi de faire revivre les derniers instants du régime nazi...un pan de l'histoire connu, un sujet terrible, traité ici avec beaucoup d'originalité.

 

Les Editions de l'Observatoire, 2017

Les Editions de l'Observatoire, 2017

"Vous aurez une vie de reine et puis...et puis...Mais qu'est-ce c'est ...?"
La vieille cartomancienne s'était rejetée en arrière, levant des yeux de folle.
"Non ! Non...c'est affreux ! "
Magda rumine le souvenir de cette sorcière arc-boutée sur sa cyphose.
"C'est affreux ! Non...Partez, partez !" ordonna-t-elle en plaquant ses deux mains dans le dos de Magda, pour se débarrasser d'elle et de tout ce qu'elle charriait. C'était il y a trente ans.

Elle voudrait savoir ce qu'on dira d'elle plus tard. Quelle image laissera-t-elle dans la mémoire du siècle ? Elle n'a jamais blessé personne. Elle n'a jamais haussé la voix. Elle a été à la hauteur. Elle s'est battue. Elle a menti. Elle a collé au personnage qu'on avait voulu faire d'elle. Digne de son rôle.

 

Ce roman reprend en effet l'histoire bien connue de Magda Goebbels, celle qui a été surnommée la première dame du IIIe Reich. Dans Berlin assiégé, Magda Goebbels, épouse du ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels, doit descendre dans le bunker d'Hitler avec ses six enfants.

 

Là, tous les dignitaires nazis se terrent comme des rats, attendant de vivre leurs derniers instants. L'ambiance est lourde. Elle a gravi avec eux les échelons du pouvoir. Elle a été adulée par le peuple, montrée en exemple et a pu oublier son enfance.

Elle s'apprête aujourd'hui à mettre fin à ses jours...

Mais avant, elle a encore des choses terribles à accomplir, et elle est assaillie par le doute. Elle qui a toujours voulu être parfaite et qui a d'ailleurs donné l'image de la famille parfaite, selon les critères nazis, va devoir affronter ses peurs. 

 

Le lecteur fait plus ample connaissance avec sa vie passée, son enfance sans père, sa vie solitaire dans un pensionnat en Belgique, puis, son adoption par le nouveau mari de sa mère, le sien ne l'ayant jamais reconnu. Nous revivons son entrée dans le parti nazi, puis sa propulsion au sein de l'entourage d'Hitler...

 

Pendant ce temps, des centaines de femmes, d'hommes et d'enfants parmi lesquels Aimé, Fela, Judah et bien d'autres, marchent vers une destination inconnue.  Ils sont épuisés. Ils ont survécu à la folie des camps de la mort...

Leur camp vient d'être libéré par les russes mais rien n'est terminé pour autant pour eux, car ils vont devoir encore se battre pour survivre, subir la violence des soldats qui veulent effacer toute trace de leur existence, et celle de la population locale allemande.

 

Parmi eux, une enfant silencieuse accompagne Fela, sa mère...c'est Ava. Elle est juive, elle se cache et tente de porter secours à celle qui l'a cachée et protégée depuis des années. Sa mère a été grièvement blessée à la jambe suite aux expériences qui ont été pratiquées sur elle dans le camp, par des médecins nazis.

Nous les suivons dans leur périple, nous voyons l'histoire se dérouler à travers ses yeux d'enfants.

La petite Ava sait que Fela transporte avec elle un grand secret, un trésor même...des lettres de déportés passées de mains en mains depuis leur départ.

Parmi cette correspondance, il y a les lettres écrites à sa fille, par un certain Richard Fredländer, le père adoptif de Magda Goebbels. Elles sont très précieuses pour l'Histoire...mais ça, Ava ne le sait pas encore, mais elle le pressent.

Richard Fredländer a fait partie des premiers déportés et n'a pas survécu à la folie. Les lettres, seuls passages fictifs du livre,  nous en apprennent un peu plus sur son arrestation, sa déportation à Buchenwald et sa survie dans les camps ainsi que les conditions terribles de vie de tous les déportés. 

Ces lettres font le lien. Elles sont enfermées dans un rouleau de cuir et deviennent au fil du récit le symbole des milliers de voix qui ne peuvent plus s'exprimer pour raconter l'horreur vécue, et pour qu'on ne les oublie pas...car si les voix s'envolent, les écrits restent. 


 

Ma fille,
J'aimerais tant que mes mots aient un de sens à tes yeux. Non qu'ils aient du poids. Je n'y prétends pas. Je souhaiterais qu'ils retiennent un instant ton attention et confondre ton silence avec un simple malentendu.
Mes lettres sont des boomerangs. Elles me sont toutes revenues...

 

Magda Goebbels aurait pu sauver son père : elle ne l'a pas fait pour se préserver, et parce qu'elle avait menti sur ses liens éventuels avec des juifs...

Aucun jugement n'est porté ni sur elle, ni sur ses actes, sur les actes des nazis en général, mais un lent cheminement de la pensée permet au lecteur de mieux appréhender sans toutefois ni les accepter, ni les prôner, les actes de cette femme devenue la femme la plus connue du IIIe Reich. 

Elle a balayé d'un revers de main, par pure ambition ceux qu'elle avait aimé (et ceux qui l'avaient aimé), non seulement son père adoptif Richard Friedländer, mais aussi son premier et grand amour, Haïma Viktor Arlozoroff, assassiné en 1933 à Tel-Aviv.

Elle nous apparaît comme une femme froide, calculatrice et détestable jusqu'au bout et encore plus, par son acte final, celui de sacrifier ses enfants qui n'y étaient pour rien. L'aîné, Harald, sera sauvé parce qu'il a été fait prisonnier.  Il sera le seul survivant. Aujourd'hui, vous trouverez facilement cette information sur le net, il est devenu riche et possède la plupart des actions du groupe BMW.

Je n'ai éprouvé aucune empathie pour elle et je suis sans doute naïve, mais j'ai été choquée de lire, ici ou là, que certains lecteurs en avaient eu...

Elle avait voulu être une autre, par pure ambition, apparaître comme une femme modèle. Mais au fond d'elle, elle voulait être plus moderne et libre que les femmes du peuple qu'elle méprisait. 

Son destin l'a rattrapé... 


 

Elle a porté beaucoup d’enfants. Sept en tout : Harald, Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Les prénoms des six derniers commencent par un « H », à la gloire de ce régime qui a fait d’elle une grande dame. Celui aussi de Harald, son aîné, né quand rien n’était encore, avant le putsch de la Brasserie, avant les premiers faits divers qui feraient parler d’eux. Ses enfants servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l’Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle.

Combien de femmes ont osé avant elle ? Pourvu que l'Histoire retienne son sacrifice. Qu'on ne parle d'elle que comme de la dernière grande dame. Et que personne, jamais, ne souille cette image-là ! Elle voudrait que tout meure en surface. Qu'il ne reste plus rien. Plus de mémoire. Rien.

 

L'auteur est journaliste. Il nous livre ici un premier roman poignant, basé sur des faits réels,  un témoignage différent de tout ce que nous avons pu lire jusqu'ici sur les camps, richement documenté. 

La construction du récit est très intéressante. Trois voix, trois regards sur les événements, trois femmes d'âge et de conditions différentes. L'écriture toute en finesse ne pourra que vous toucher et vous surprendre jusqu'à la fin. 

J'ai été captivé par la façon dont l'auteur aborde cette terrible histoire avec la bonne distance et des mots simples mais terriblement humains. La rencontre d'Ava avec la journaliste Lee Meyer, inspirée de Lee Miller, fait partie des moments inoubliables de ce roman poignant.

Lire ce livre...c'est notre devoir de mémoire, pour ne pas oublier que des rêves de milliers de déportés ont été piétinés. Ils sont là bien présents entre les lignes et nous avons du mal à les effacer. 

 

Ava pleure des larmes rentrées, enfouies. Elle crie, elle hurle sans émettre un seul son parce qu'elle retient tout dedans, au bide, au creux, dans la paume de ses mains serrées comme les mâchoires d'un étau. Elle est toute seule maintenant.

 

Vous pouvez lire l'avis de Zazy ci-dessous...

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 06:29
Editions des Monts d'Auvergne, 2012

Editions des Monts d'Auvergne, 2012

 

Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur et voilà qu'elle vient d'obtenir un prix pour son dernier roman "Cueilleuse de thé" publié aux Editions Charleston en 2017. 

Alors bien sûr je n'ai pas pu m'empêcher de chercher un de ses écrits dans les rayons de la bibliothèque et je suis tombée sur celui-ci. 

Quand il avait reçu sa feuille de route, deux jours plus tôt, il n'avait manifesté ni violence, ni rancoeur. Il était monté sans mot dire au grenier, avait descendu la vieille valise en bois et commencé à faire ses paquets.
- Quand le tour d'Antonin viendra, il prendra le grand sac en toile, avait-il décidé, sans montrer la moindre émotion ni dans le ton de sa voix, ni dans ses gestes toujours calmes et posés.

Cette acceptation de la mort par toute une population l'angoissait . L'Union Sacrée, lisait-on dans les journaux. Tous unis contre l'ennemi, La mère patrie était en danger, il lui fallait des héros. Toujours plus de héros, plus de sacrifices. La guerre était-elle un Minotaure géant qui exigeait son quota de victimes quotidiennement ?

Tu sais, Mellie, la force des hommes, c'est de faire croire aux femmes qu'elles ne sont pas capables. Elle fera comme nous toutes, elle apprendra.

 

Clémence et Jean-Martin coulent des jours heureux dans la ferme située sur le plateau de Saint-Jean, au-dessus de Saint-Etienne. Clémence descend au marché à la ville pour y vendre des légumes, cultivés avec patience sur leurs terres.  Antonin l'aîné des enfants, a 19 ans en 1914 et travaille avec son père à la ferme. Il en faut des bras pour abattre tout le travail surtout en été ! Celse le plus jeune des fils a préféré se faire embaucher à la mine mais le soir il donne aux lapins, nettoie les clapiers ou aide à la traite. Quand à Perline, la seule fille, amoureuse des mots, elle est devenue institutrice dans l'institut privée du village. 

 

C'est l'été et tout le monde est au champ lorsque les cloches se mettent à sonner à la volée : c'est la guerre !

Jean-Martin part le premier et la vie à la ferme s'organise. Maintenant qu'il est parti, Perline, après avoir préparé sa classe, rejoint tous les jeudis sa mère, pour l'aider à ramasser les légumes qu'elle descendra vendre à la ville. Mais un mois seulement après le départ du père, c'est au tour d'Antonin d'être appelé.

Heureusement avant leur départ, la famille a accueilli deux enfants de l'assistance publique, Mathias en âge d'être placé, mais aussi sa jeune sœur Lucille dont il ne voulait pas être séparé. Tout compte fait Clémence ne regrette pas d'avoir eu bon cœur, même s'il lui faut nourrir, loger et habiller deux enfants au lieu d'un : ils lui tiennent compagnie et apportent une aide inestimable, car il a bien fallu s'organiser en l'absence des hommes.

 

Les femmes sont solidaires et reprennent peu à peu les métiers délaissés par leur mari. Si Clémence a su tout de suite bien gérer la ferme et les cultures d'autres à l'inverse ont eu quelques difficultés...Mais finalement Augustine a accepté de prendre la place de son mari au café ; la boulangère a eu du mal à faire le pain malgré le fait qu'elle connaissait les gestes par cœur, mais tout le monde est content de ses dernières fournées ; Ernestine a remis sans problème en marche les métiers à tisser et Mellie, la femme du facteur a pris sa tournée...

Et tout cela bien avant que le gouvernement ne leur demande à toutes de le faire !

 

Perline est un jour obligée d'accepter un travail de secrétariat et comptabilité dans les entreprises Fougerolles.  Elle abandonne avec regret sa classe, mais découvre un  autre monde, celui de l'usine.  Le poids de la hiérarchie, les horaires impossibles, les  conditions de travail déplorables et surtout, les gestes grossiers du contremaître qui profite de son autorité pour tripoter les jeunes filles qui n'osent se plaindre de peur de perdre leur travail, horrifient la jeune fille mais elle sait se défendre et faire valoir son travail.  

Peu à peu tous les hommes du village disparaissent les uns après les autres, laissant les femmes anéanties et le pays exsangue, après cinquante-deux mois de conflit.

 

Alors bien sûr avec le courage dont toutes les femmes ont fait preuve, c'est normal que certaines se révoltent quand elle voit les hommes reprendre peu à peu, un peu plus de leurs pouvoirs, une fois revenus de la guerre.

Elles se sont senties libres et indépendantes, capables de prendre des décisions en l'absence des hommes et pensent que la société devrait leur témoigner davantage de respect. Or les héros...ce sont les hommes qui se sont battus, et ceux qui reviennent n'aspirent qu'à une seule chose, un retour à la normale.

Perline espérait que les femmes ayant eu de nouvelles responsabilités, et soutenu l'économie du pays, obtiendraient un peu plus de considération...

Elle se rebiffe !

 

Elle était congédiée.
Malgré ses diplômes et ses compétences, elle n'avait été qu'une remplaçante. Si elle avait occupé un poste à responsabilité, c'était grâce à la guerre. Avec le retour des hommes, la lutte était inégale. Il n'y avait pas d'emploi pour elle. Quelles que soient ses qualités, son expérience, elle devait s'effacer pour laisser la place. Elle avait cru que le monde allait changer, que les femmes auraient un rôle à jouer dans la société d'après-guerre.
Son erreur de jugement lui apparut soudain dans toute son ampleur.

 

Voici une chronique familiale toute simple qui se déroule durant la Première Guerre Mondiale, dans un petit village d'Auvergne situé sur les hauteurs de Saint-Etienne. 

L'auteur nous relate avec beaucoup de réalisme la vie quotidienne de cette région de France pendant la guerre. Mais de guerre, on ne parle pas, non...l'action se passe au coeur des villages. 

 

Le lecteur (re)découvre le travail des champs, dans les usines ou dans les mines au début du XXe siècle. La vie quotidienne malgré les conditions de travail difficiles est toute douce et personne ne s'en plaint, mais la grande guerre pointe son nez, et sa violence apporte chagrin et désespoir dans les familles. Il faudra bien que les femmes fassent tourner la ferme, ou bien se rendent à l'usine pour apporter trois sous à la maison.

A une époque où les communications modernes n'existaient pas encore, le village perdu sur son plateau, n'était pas pour autant isolé de la grande ville proche. 

 

J'ai trouvé cette plongée dans le monde rural tout à fait plaisante, et j'ai pris un réel plaisir à cette lecture, portée par des personnages vivants, simples et attachants. Chacun des personnages pourraient être un de nos ancêtres. 

C'est l'occasion de découvrir de beaux portraits de femmes...dont Perline, une héroïne au caractère bien trempée qui sait se défendre et saisir les opportunités de la vie. 

Le récit est étayé de recettes auvergnates, de mots en patois expliqués en bas de page, et le lecteur retrouvera avec plaisir les petits métiers d'antan, oubliés ou abandonnés aujourd'hui mais qui ont fait partie de la vie quotidienne de nos parents et grands-parents.

 

Voilà un roman du terroir qui ne manquera pas de plaire aux amateurs du genre, mais aussi à ceux qui s'intéressent à l'histoire de notre pays, à la Première guerre mondiale et à la cause des femmes...

C'est mon modeste hommage du jour à la Commémoration de l'armistice de 1918, qui a mis fin à la Première Guerre Mondiale.

 

 

Quand il n'y aura plus d'hommes, affirmait Antonin, un soir, à un camarade que cette guerre trop longue rendait fou, plus d'hommes, rien que des enfants et des vieillards, il faudra bien que ça s'arrête.Même si les femmes continuent à fabriquer des milliers et des milliers d'obus par jour.

 

L'auteur, connue au départ pour ses nouvelles, propose ici son premier roman. Après avoir vécu et fait ses études secondaires dans la région de Saint-Etienne, elle est devenue, enseignante d'histoire-géographie. Désormais à la retraite, elle vit en Provence dans les Bouches-du Rhône. 

Elle aime la nature, et nous le montre bien dans son roman, mais aussi les randonnées et le jardinage. 

Après "Le printemps des femmes" en 2012, elle a publié "Le vent souffle où il veut" en 2014.

Puis "Perline, Clémence, Lucille et les autres" (Nouveaux Auteurs, 2014) Lauréat du Prix du Jury, Femme Actuelle 2014 où l'on retrouve les héroïnes du Printemps des femmes. 

Son dernier roman vient de paraître en 2017. 

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:13
Actes sud 2013

Actes sud 2013

D'abord viennent les images. La première suit le hurlement d'une sirène en pleine nuit. Dehors, de l'autre côté de la fenêtre, dans le champ étroit entre les bâtiments, des ombre mouvantes, ployées. Une ombre atteint la baraque, y pénètre. Mila ne regarde pas...elle fixe la femme. Le visage de la femme. Les os...

 

"Kinderzimmer" est un roman très dur mais qu'il est indispensable de lire.

Il raconte le quotidien de femmes déportées et enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Suzanne Langlois, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour témoigner de ce qu'elle a vécu dans les camps. Comment peut-elle répondre aux questions de ces jeunes avides de savoir, en restant au plus près des faits historiques, mais tout en préservant une part de leur insouciance...

 

Tenir du charbon, cette masse noire, grasse et friable, c'est tenir un coeur dans ta paume. Mila se demande combien d'heures de vie supplémentaire contient chaque morceau...

Dehors il fait un temps splendide. L'année dernière on dit qu'il a neigé jusqu'en juillet. Mais le ciel est clair en ce mois de juin, transparent, figé dans une éternité de bleue de cobalt. Un temps à pique-niques. A baignades...

 

Sous le nom de Mila, elle faisait partie d'un réseau de résistants parisiens.

Lorsqu'elle est arrêtée en 1944, elle est enceinte et a juste 22 ans.  

Parmi les quarante mille femmes, venues de toute l'Europe et détenues au camp de Ravensbrück,  Mila vient d'arriver lors du dernier convoi...une petite jeune femme perdue au milieu de l'horreur.

Dès les premières heures, elle pressent qu'elle va devoir se cacher et taire sa grossesse. Elle a peur. Elle ne sait rien de ces choses-là. Personne ne lui a expliqué comment se déroulait une grossesse, une naissance...mais si elle parle, elle meurt.

 

Alors il lui faut supporter comme les autres, l'appel de nuit avant 4 heures du matin dans le froid, les bagarres et les vols, les maladies dont personne ne sait jamais rien mais qui emportent ses camarades de baraquement, la saleté, la puanteur des locaux et des corps, et...la faim insoutenable.

 

Mais entre certaines femmes la solidarité se met en place et l'une d'entre elles va découvrir la grossesse de Mila et chercher à l'aider.

Mila découvre alors la "Kinderzimmer", la chambre des nourrissons, un endroit où les bébés sont abrités loin de leur mère, où la plupart meurent, de faim, de froid, ou de manque de soins mais où certains survivent.

Pour Mila, il y a cet espoir, certes ténu, mais bien réel...garder son enfant, le mettre au monde tient du miracle, mais devient sa raison de vivre et de se battre jusqu'au bout... pour lui.

 

Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

Un roman-témoignage grave et bouleversant dont on ne peut, en tant que femme mais aussi d'être humain, sortir indemne tant il est éprouvant...

Le lecteur voit tout de suite que l'auteur sait de quoi elle parle et que la fiction ne peut en aucun cas faire oublier les faits. L'écriture dépouillée et sans détours inutiles nous plonge dans l'horreur. 

 

Je ne vais pas vous sortir des chiffres, vous dire combien ont été internés, hommes, femmes ou enfants dans ces camps, combien y ont laissé leur vie et combien en sont revenus. Car les chiffres pour effroyables qu'ils soient, ne disent rien...

Les romans, les témoignages, les faits, les mots eux, qu'ils soient fictions ou témoignages, nous parlent davantage...même s'ils ne nous épargnent pas, même s'ils sont insoutenables.  

 

Un livre fort, indispensable, pour ne jamais oublier... 

 

 

Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. Ou plus exactement : tu nous as fait peur. En fait ils ont peur d'elle. De ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre. Ils disent nous aussi on a eu faim, et froid. Elle sait que c'est elle qui doit revenir au monde, leur monde, reprendre la vie où elle l'a laissée, où ils la lui ont laissée. Comme avant...

 

Je sais que certains d'entre vous ne veulent pas lire de livres sur ce sujet et je respecte leur choix, mais pour moi, il est indispensable à l'approche du 8 mai, de ne pas oublier les horreurs de la dernière guerre, ceux qui ont vécu cet enfer des camps, y ont perdu la vie, ou qui en sont revenus, meurtris à jamais.

 

Un autre avis à lire sur le blog de Violette...

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 07:27
Sabine Wespieser Editeur 2016 / roman traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Sabine Wespieser Editeur 2016 / roman traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Depuis l'embrasure de la porte, sous un croissant de lune, il regarda l'homme descendre la bretelle avec la glace qui craquait sous ses pas, de plus en plus discrets quant il franchit le pont, s'éloignant du fracas de la rivière en direction d'une rivière soeur presque aussi rapide. Il aspira des bouffées d'air, histoire de se préparer, sachant que maintenant le bar allait se remplir et qu'il lui faudrait donner un compte-rendu minutieux de la rencontre.

 

J'adore cet éditeur et je me laisse souvent tenté par les romans qu'il publie. 

Je connaissais  Edna O'Brien, cette grande romancière irlandaise, pour avoir lu et beaucoup aimé, bien avant d'avoir ce blog, son roman "Vents et marées" qu'il faudra que je relise d'ailleurs un jour.

C'est donc tout naturellement que j'ai emprunté celui-ci, sans même lire la quatrième de couverture.

Dès l'ouverture du livre, le ton est donné et il suffit de lire la citation ci-dessous, qui ouvre en exergue le roman... pour entrer dans le vif du sujet.

 

Le 6 avril 2012, pour commémorer le vingtième anniversaire du début du siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, 11 541 chaises rouges furent alignées sur les huit cent mètres de la grand-rue de Sarajevo. Une chaise pour chaque Sarajévien tué au cours des 1 425 jours de siège. Six cent quarante-trois petites chaises représentaient les enfants tués par les snipers et l'artillerie lourde postés dans les montagnes à l'entour.

 

L'histoire raconte l'arrivée d'un parfait inconnu, originaire du Montenegro, à Cloonoila, un petit village perdu d'Irlande où personne ne s'arrête jamais.

Vladimir Dragan y est accueilli chaleureusement par les habitants et s'installe comme guérisseur. 

Il exerce très vite une sorte de fascination sur la population et surtout sur toutes les jeunes femmes. 

Il faut dire que les seules occupations des habitants sont les réunions au pub pour y boire une bière, et le club de lecture. 

 

Fidelma est mariée à un homme plus âgé. Jack et elle tiennent un magasin où elle s'ennuie maintenant que l'autoroute permet aux habitants de se rendre plus facilement à la ville. Ils n'arrivent pas à avoir d'enfants. 

Quand, dans le cadre du club de lecture, dont Fidelma est présidente, une lectrice explique le profond ennui qu'elle a ressenti à la lecture de la mythique et merveilleuse histoire d'amour entre Didon et Enée...Vladimir Dragan intervient...il subjugue tout le monde ! 

Fidelma est conquise et tombe follement amoureuse de lui.

 

Rien de plus banal me direz-vous ?

 

Barbu, avec un long manteau noir et des gants blancs, il se tient sur le pont étroit, observe le courant qui rugit, puis regarde autour de lui, apparemment un peu perdu, sa présence étant la seule curiosité dans la monotonie d'un soir d'hiver en ce trou perdu glacial qui passe pour une ville et s'appelle Cloonoila.
Longtemps après, d'aucun rapporteraient d'étranges événements ce même soir d'hiver : les aboiements fous des chiens, comme s'il y avait du tonnerre, et le timbre du rossignol dont on n'avait jamais entendu si à l'ouest le chant et les gazouillis...

 

Et bien vous vous trompez car, Vladimir Dragan est arrêté et les habitants découvrent avec consternation et horreur que celui qu'ils admiraient tant, est un des pires criminels de guerre qui soit, qui a fui son pays après avoir commis d'horribles massacres et torturé des milliers de personnes, pendant la guerre civile.

Recherché par toutes les polices, il devra être jugé au Tribunal international de la Haye pour "crime contre l'humanité". 

 

C'est alors que Fidelma, qui a découvert qu'elle était enceinte, se retrouve au centre de la tragédie. Il n'y a pas que la police qui a poursuivi Vladimir Dragan jusqu'en Irlande. Certains hommes le recherchent aussi pour se venger. 

 

Comment survivre à la violence que Fidelma va subir ? Elle choisira de fuir son village et la honte pour tenter de se reconstruire à Londres où le lecteur la retrouvera parmi d'autres immigrés...

Les habitants se remettront-ils un jour de leur culpabilité d'avoir si bien accueilli cet assassin ? 

Et le vieux mari de Fidelma, lui pardonnera-t-il un jour sa trahison ?

 

Dans tous mes rêves il y a du sang. Il jaillit de la pompe à Cloonoila, où plusieurs femmes attendent de remplir leurs seaux. Elles me reprochent la malédiction terrible que j'ai attirée sur leur village. Il suinte des matelas et se répand sur le sol, dans le hall et dans le couloir qui mène à l'appartement...

 

C'est un roman très violent mais qui, et c'est là toute la subtilité de l'écriture de l'auteur, garde toujours espoir en l'humanité.

 

Le vrai sujet de ce roman n'est pas la guerre civile qui vous l'aurez compris, est celle de l'ex-Yougoslavie, même si le personnage de Vladimir Dragan est en effet le double fictif de Radovan Karadzic...que l'on a dénommé le "boucher des Balkans". 

L'auteur s'attache davantage à nous montrer comment une femme intelligente, cultivée et curieuse arrive, ainsi que toute la population d'un village, à se faire berner par un charlatan charismatique certes, mais surtout manipulateur et psychopathe. 

 

L'alternance entre les moments insoutenables et la beauté des descriptions de la nature ou des rencontres, permet au lecteur de ne jamais se complaire dans l'horreur.

L'auteur sait mettre ce qu'il faut de poésie et souvent aussi, d'humour au bon moment, pour éviter au lecteur de lâcher le livre. 

 

Un livre et un auteur à découvrir absolument ! 

 

Épuisé et hagard, il était comme un personnage soudain mis à nu. Assis à quelques centimètres l'un de l'autre sur ce rondin, elle le voyait rassembler visiblement ses forces pour être l'homme enraciné hésitant qu'il semblait toujours être, l'homme pour qui la nature était tout. Elle [Fidelma] pense : Il a fait ça pour moi...il a fait ça pour me donner du courage, et elle lui fait un signe de tête par déférence.

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 07:10
Le monument en mémoire du Maquis de Saint-Anne

Le monument en mémoire du Maquis de Saint-Anne

Ils sont morts pour nos libertés, sachons nous souvenir et soyons dignes de leur sacrifice.

 

Je ne pouvais pas terminer la visite du plateau de Manivert, que nous avons commencé la semaine dernière et sur lequel se trouve  la Chapelle Saint-Anne de Goiron et la grotte fortifiée de la Baume sans vous parler de l'histoire plus récente de cet endroit magnifique. 

Sur le plateau, se trouve en effet un monument particulier, témoignage bouleversant des événements de la Seconde Guerre Mondiale...c'est un monument aux morts pas comme les autres, qui ne ressemble pas à ceux que nous voyons au coeur de nos villages, enfin pas tout à fait. 

Il mesure 17 mètres de haut, se voit de loin de presque tous les villages de la  vallée et dès qu'on approche du plateau. 

Il a été érigé en mémoire à tous les Résistants des cantons alentours (Aix-en-Provence, Salon-de-Provence, Roquevaire) mais aussi pour tous les disparus de la région.

 

Le monument se voit dès qu'on accède à la petite route pour monter sur le plateau...

Le monument se voit dès qu'on accède à la petite route pour monter sur le plateau...

 

Façonné entièrement en pierre de Rognes, la pierre locale, 272 noms y ont été gravés sur des plaques. Chaque année une commémoration a lieu en juin, sur place, et de nombreuses personnes s'y déplacent par devoir de mémoire. 

 

Un peu d'histoire...

 

Sur ce plateau isolé de la vallée, un maquis s'était installé sur les hauteurs : le maquis de Saint-Anne. Les hommes qui s'étaient regroupés le 5 juin 1944, sous le mot d'ordre "Méfiez-vous du toréador" venaient de toutes les communes environnantes des deux côtés de la vallée et en particulier des villages de Rognes, de Lambesc, de La Roque-d'Anthéron, de Charleval.

Ces hommes se préparaient depuis des mois, se réunissant clandestinement dans des lieux tenus secrets.

350 hommes faisaient partis de ce maquis.

 

Le dimanche 11 juin, à l’entrée ouest de Lambesc, les Allemands tentent d’intercepter une voiture et une camionnette qui transportent des armes pour le maquis. Les maquisards répliquent et une sentinelle allemande est tuée. C'est le déclenchement des hostilités.

Dans l’après-midi, par représailles, un détachement allemand arrête vingt-cinq hommes dans le village. Heureusement, les vingt-cinq hommes sont relâchés dans la soirée.

 

Mais, dans la nuit du 11 au 12 juin, des centaines de soldats allemands investissent les villages alentour et bloquent les chemins d’accès à la chaîne des Côtes. Au matin du 12 juin 1944, des personnalités du village sont arrêtées et emprisonnées, leur maison pillée ou incendiée. 

Dans l'après-midi, le feu est mis dans les collines et les maquisards sont obligés de se replier, mais certains sont pris. 

 

Les arrestations continuent toute la journée dans les villages. Suite aux rumeurs de rafle qui avaient le plus souvent lieu la nuit, les hommes en âge de travailler se repliaient dans les collines la nuit et redescendaient dans leur village le jour.  Ce sont eux que les allemands arrêtent au fur et à mesure de leur repli. Et les exécutions commencent aussitôt...

Les troupes allemandes prennent finalement d'assaut le plateau de Manivert.

Heureusement, la plupart des hommes n'étaient pas là, certains s'étaient déjà regroupés plus bas, d'autres plus loin dans la vallée, mais il n'y avait pas que des maquisards parmi eux... 

 

Les allemands amèneront d'autres prisonniers de la région sur les lieux et ils seront exécutés eux-aussi en pleine campagne...

 

Une stèle se retrouve devant la chapelle Saint-Anne de Goiron...

 

La stèle située devant la Chapelle

La stèle située devant la Chapelle

 

De nombreuses petites plaques commémoratives, souvent encore fleuries aujourd'hui, sont dispersées sur le plateau, mais aussi, ici ou là, dans la campagne environnante et on les découvre en se promenant ce qui permet d'expliquer l'histoire aux enfants.

Des plaques commémorativesDes plaques commémoratives

Des plaques commémoratives

 

Si vous habitez la région et que vous vouliez en savoir plus sur ces événements...vous pouvez consulter le recueil ci-dessous ou le site consacré au maquis de Saint-Anne et monter  sur le plateau à l'occasion.

Le cadre est magnifique, calme et poétique et... chargé d'Histoire. Un lieu parfait pour se recueillir un instant en pensant à toutes ces vies brisées. 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:20
Photo de couverture Chrysis, à 15 ans !

Photo de couverture Chrysis, à 15 ans !

Il arrive très rarement, qu'on ait la chance et le bonheur de vivre un grand amour au cours de sa vie. Il arrive, encore plus rarement, que cet amour survive, perdure jusqu'à ce que la mort sépare ceux qui s'aiment...

 

 

L'auteur mélange ici réalité et fiction pour nous conter une belle histoire d'amour à partir d'un tableau français qu'il a acheté en 2007 chez un antiquaire de Nice, pour l'offrir à sa compagne, gravement malade et qui mourra quelques mois plus tard.

L'oeuvre intitulée "Orgie" (1928) est un tableau fascinant qui a été peint par une très jeune artiste qui a réellement existé, Chrysis Jungbluth, dont le nom et les oeuvres sont tombés dans l'oubli. Sur le tableau, on peut voir un groupe d'hommes et de femmes de toutes couleurs, quasiment nus, trinquant dans la joie au bonheur de vivre. Chrysis elle-même s'est représentée dans un coin du tableau. 

Après s'être documenté sérieusement sur elle, l'auteur se laisse aller à imaginer sa vie d'artiste, ses rencontres, son attitude durant les années folles et l'évolution personnelle qui a été la sienne avant la réalisation de cette oeuvre d'art qui lui a permis d'être reconnue en tant que peintre, à une époque où les femmes ne comptaient pas en tant qu'artiste.

Ce livre est aussi un bel hommage d'amour à celle qui partagea sa vie et à cette période de l'Histoire moderne comprenant la Grande Guerre et les Années folles...

 

Voilà le lecteur plongé, dès le début du roman, au tout début du XXème siècle, au moment précis où un jeune américain, Bogey Lambert, quitte son ranch natal pour aller combattre les allemands et rejoindre l'armée française. Il est jeune, c'est un boxeur et excellent tireur, et il vient de découvrir qu'il avait des ancêtres français. Ses parents n'ont que lui car il est fils unique mais vont le laisser partir. Il traverse sur Crazy Horse, son cheval, la totalité du continent américain pour se rendre à New York, où il va attendre pendant des mois pour réaliser son rêve, qu'un bateau français lui permette d'embarquer pour l'Europe...

 

Au même moment ou presque, Gabrielle quitte avec ses parents ses Vosges natales. Son père est colonel et est parti au front. Depuis sa plus tendre enfance, à chacun de ses retours auprès des siens,  il initie sa fille à la peinture...

C'est à la fin de la guerre qu'il va lui conter, alors qu'elle est une toute jeune adolescente, la légende qui entoure le "courrier cow-boy",  un soldat pas comme les autres, courageux et téméraire, entré dans la Légion étrangère, qui, sur son cheval a amené durant toute la guerre les informations  importantes d'un endroit à l'autre, sans jamais avoir peur des lignes ennemies, mais qui un jour a mystérieusement disparu...

 

Nos hommes se mirent à l'acclamer tandis qu'il traversait le no man's land, poursuivit mon père. De temps en temps, ils disparaissaient, son cheval et lui, dans les nuages de fumée et de terre soulevés par les explosions des tirs d'artillerie tout autour d'eux, mais ils réapparaissaient tout de suite après, comme par miracle.

 

Gabrielle est une adolescence fantasque et souvent difficile. Elle aime par-dessus tout la liberté et rêve à un avenir où la femme aurait toute sa place.

Suite à la lecture d'Aphrodite, une lecture interdite à l'époque, mais découverte en secret dans la bibliothèque familiale, elle décide de se faire appeler Chrysis.

Ce soir-là, Gabrielle connu une nouvelle naissance, sous le nom de Chrysis, et comme une affirmation constamment réitérée de sa libération, elle choisit d'adopter ce nom. Tout le reste de sa longue vie, elle signerait toutes ses oeuvres Chrysis Jungbluth, même ses travaux à l'atelier, malgré la désapprobation manifeste du professeur Humbert, qui savait l'origine de ce nom.

 

Elle vit désormais à Paris et elle est subjuguée par la ville et surtout "le village", c'est-à-dire Montparnasse, avec ses écrivains, ses artistes en tout genre et le vent de renouveau de l'après-guerre...Il faut dire qu'elle n'a que 18 ans et découvre à peine la vie.

Elle a réussi à entrer à l'Atelier de Peinture des élèves femmes de l'Ecole des Beaux-arts (seule école d'art ouverte aux femmes à l'époque) et travaille sous la direction de Jacques Ferdinand Humbert, un professeur exigeant et malcommode dont les colères sont mémorables, qui remet à sa place cette jeune fille arrogante mais, il va s'en apercevoir très vite, si douée et passionnée. 

Elle étudie sérieusement la peinture mais va mener une double vie et bousculer les a-priori de sa famille  quand elle découvre par hasard, la vie nocturne.

 

Mais voilà que le hasard met sur sa route Bogey Lambert, le "cow-boy" revenu de l'enfer après 8 ans passé dans un hôpital quelque part en Grande-Bretagne...et qui traîne son ennui et sa déprime dans les bars de la ville où il s'installe en journée pour tenter de mettre de l'ordre dans sa mémoire et écrire ses souvenirs. Elle croque son portrait sans qu'il la voit et va être irrémédiablement attirée par ce jeune homme si mystérieux qui semble ne pas la voir...

Alors que Chrysis se met à travailler dans une maison close, pour y effectuer des croquis érotiques mais aussi y découvrir les joies de sexualité, elle y retrouve Bogey, qui lui y assure la sécurité toutes les nuits.

 

Tous deux vont apprendre à se connaître et vivre une folle passion...

 

Le monde lui paraissait encore merveilleux, riche d'aventures, de promesses et d'espoirs infinis, plein de couleurs, de sensualité, de lumière et de rires, et c'était cela qu'elle voulait saisir dans ses peintures.


 

J'avais énormément aimé la lecture de "Mille femmes blanches", du même auteur,  bien avant d'avoir ce blog. D'ailleurs maintenant que la suite intitulée "La vengeance des mères" vient de sortir, il faudrait que je le relise peut-être...

 

Voilà deux époques qui s'entrecroisent, celle de la guerre de 14-18, de la vie quotidienne des poilus et de leurs souffrances, du deuil des familles et du désastre dans lequel cette guerre a plongé le pays, et celle du Paris d'après-guerre, des années folles légères et pleines de vie, où artistes, marginaux, bohèmes se cherchent une raison de vivre dans une ambiance unique de plaisir sans tabou.  

Les chapitres alternent, s'entremêlent...la vie des personnages est d'abord décrite en parallèle, puis les vies de nos deux héros se rejoignent pour quelques chapitres très forts. 

Bogey Lambert est un cow-boy très attachant dont la candeur nous émeut et qui nous apparaît aussitôt sympathique. 

 

Comme toujours, Jim Fergus ne se contente pas de nous conter une histoire...

J'ai été charmée dès les premières lignes par le souffle romanesque de ce roman et je me suis laissée emportée par ces deux héros, si fragiles et volontaires à la fois, si démunis face à la vie, mais qui sauront le temps de leur rencontre, se découvrir, se soutenir, panser leurs plaies pour rebondir, enfin libres, vers l'avenir qui les attend...

 

Ce roman est en fait un hymne à l'amour, à la liberté de penser, à l'émancipation des femmes...et ce conteur fabuleux qu'est l'auteur, nous dévoile encore une fois ici son immense talent et sa capacité à nous faire entrer dans l'Histoire avec un grand H.

 

Cette lecture est pour moi aussi un hommage à tous les poilus, à mes grands-pères qui sont revenus de la Grande Guerre, meurtris mais pleins de courage pour continuer à avancer et sans qui je ne serais pas là...

Je me suis promis de lire chaque année un roman sur ce sujet au moment de la commémoration du 11 novembre. Je sais que cela peut paraître idiot, mais c'est aussi une façon de ne pas oublier ce qu'ils ont vécu...

 

Ces deux dernières années, il avait écrit de nombreuses lettres à sa famille, mais de plus en plus, à mesure que la guerre se prolongeait et que les destructions s'étendaient, les mots commençaient à lui manquer. Il avait fini par en conclure que les combats ne pouvaient être évoqués par de simples vocables, que la guerre pouvait seulement être décrite par le grondement assourdissant des obus qu'on largue, le vrombissement de l'artillerie qui approche, le fracas des explosions et le crépitement des tirs de mitrailleuses, accompagnés du refrain incessant qui rythmait ces sons élémentaires du carnage, les hurlements des soldats blessés ou à l'agonie.

 

Vous trouverez ci-dessous une bibliographie (non exhaustive) sur la Première Guerre Mondiale et deux romans très forts et qui m'ont beaucoup marqué, parmi mes lectures passées...

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 06:12
Stock 2007 Prix Goncourt des Lycéens 2007

Stock 2007 Prix Goncourt des Lycéens 2007

On ne se rend jamais compte combien le cours d’une vie peut dépendre de choses insignifiantes, un morceau de beurre, un sentier que l’on délaisse au profit d’un autre, une ombre que l’on suit ou que l’on fuit, un merle que l’on choisit de tuer avec un peu de plomb , ou bien de l’épargner...

Je ne sais pas si l’on peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle.

 

Je n'avais jamais lu le rapport de Brodeck depuis sa sortie et ce n'est pas faute d'en avoir entendu parler...En principe, j'aime beaucoup les prix Goncourt des Lycéens. Ce sont des romans "coup de poing" qui dérangent et sont toujours riches en émotion.

D'autres part, j'aime aussi Philippe Claudel qui nous offre des romans forts et marquants. J'ai d'ailleurs déjà chroniqué sur ce blog, La petite fille de Monsieur Linh et Les âmes grises.

Ce sont des romans indémodables que l'on peut lire tout au long de la vie en dehors de l'engouement des débuts.

 

L'histoire 

Nous ne savons pas où se passe l'histoire sans doute dans un village de montagne à la frontière allemande, mais nous devinons bien sûr, au fur et à mesure de la lecture, que cela se passe juste après la guerre. 

Brodeck est chargé par les habitants du village de rédiger un rapport car lui seul a fait des études et sait écrire correctement. De plus il travaille pour une administration qui lui demande d'écrire des rapports sur la nature, sur les plantes et les animaux qui l'entourent. 

Dans ce rapport, il devra dire toute la vérité sur les derniers événements survenus au village, l'exécution collective inévitable ("l'Ereigniës") de "l'Anderer" (= l'autre), un étranger dont on ne saura ni le nom, ni d'où il venait, qui s'est installé quelques temps au village. Le lecteur découvre, horrifié qu'il a été exécuté, uniquement parce qu'il était différent...

Brodeck, dès le départ nous précise...

 

Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien.

 

En effet lui seul n'était pas présent ce soir là...

Lui qui espérait oublier tout ce que lui et sa famille ont enduré pendant la guerre va être obligé de révéler, non seulement la mémoire du village, mais aussi ce qu'il lui a été impossible de raconter pendant toutes ces années et qui explique l'acte ignoble commis par les villageois...

Lui-même a été envoyé dans un camp parce qu'il était étranger...Les gens du village l’ont eux-mêmes désigné pour "acheter leur tranquillité" avec l’occupant. 

C'est toujours simple de regretter après coup ce qui s'est passé. Ça ne mange pas de pain, et ça permet de se laver les mains et la mémoire, à grande eau, pour les rendre pures et blanches.

 

Brodeck a en effet été recueilli par Fédorine. Elle l'avait trouvé, tout jeune enfant, dans un village totalement dévasté où il était le seul survivant. Il était arrivé au village, quillé sur une charrette. Tous deux  s'étaient installés dans une cabane que les villageois avaient prêté et ils étaient restés. 

Mais pendant son absence, un autre drame est survenu : parce qu'elle a voulu défendre des jeunes filles, Emélia sa femme a été violentée et laissée pour morte et en a perdu la raison et la vue...Fédorine a veillé sur elle toutes ces années et aussi sur la petite Poupchette, née du viol et qui est leur raison de vivre à présent, tant elle apporte de vie, de joie et d'espoir dans ce monde violent. 

 

O petite Poupchette… certains te diront que tu es l'enfant du rien, que tu es l'enfant de la salissure, que tu es l'enfant engendrée de la haine et de l'horreur. Certains te diront que tu es l'enfant abominable conçue de l'abominable, que tu es l'enfant de la souillure, enfant souillée déjà bien avant de naitre. Ne les écoute pas, je t'en supplie, ma petite, ne les écoute pas. Moi je te dis que tu es mon enfant, et que je t'aime. Je te dis que de l'horreur nait parfois la beauté, la pureté et la grâce. Je te dis que je suis ton père à jamais. Je te dis que les plus belles roses viennent parfois sur une terre de sanie. Je te dis que tu es l'aube, le lendemain, tous les lendemains et que seul compte cela qui fait de toi une promesse. Je te dis que tu es ma chance et mon pardon. Je te dis ma Poupchette, que tu es toute ma vie.

 

Brodeck est le seul du village a être revenu des camps où il était considéré par les gardiens comme "Chien Brodeck".

Les habitants du village lui en veulent-ils pour ça ?

Se sentent-ils menacés par sa présence ?

Ou à l'inverse est-ce Brodeck et sa famille qui doivent avoir peur d'eux à présent ?

Les gardes s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck mais "Chien Brodeck".

 

C'est un roman remarquablement écrit qui nous prend aux tripes dès les premières lignes. Une fois le décor planté, on ne peut plus le lâcher.  Mais il est, inutile que je vous le précise, très très sombre car il nous parle de la noirceur de l'âme humaine et de la sauvagerie de cette période de l'Histoire.

Rien n'est précisé, tout est implicite ce qui rend les événements encore plus présents car ils prennent sous la plume de Philippe Claudel, une forme d'universalité effrayante. 

 

C'est par petites touches successives, comme les pièces d'un puzzle que le lecteur apprend et comprend le vécu des personnages, leur traumatisme, les raisons de leur révolte ou de leur violence. Pas une seule fois l'auteur ne juge, il expose des faits, nous laisse la liberté de penser...

Encore une fois, nous retrouvons la trace des conséquences de la peur et constatons qu'elle rend les hommes fous, cruels et inhumains...

 

Un roman difficile à résumer, à lire absolument si vous ne l'avez pas déjà fait ! 

Il a obtenu plusieurs prix :

- Le prix Goncourt des lycéens en 2007. 

- Le prix des Libraires du Quebec en 2008 (dans la catégorie "romans hors Quebec") 

- Le prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2009.

 

Il était temps que je le lise...et même si certains passages sont très difficiles, je ne regrette pas la lecture de ce roman bouleversant. 

A lire dès 16 ans.

 

A noter : En 2015 et 20016 sont sortis les deux tomes de l'adaptation en BD de ce roman. Une BD toute en noir et blanc de Manu Larcenet, qui a reçu pour cette oeuvre le Prix Landernau 2015. 

 

L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager.

N'oublie pas que c'est l'ignorance qui triomphe toujours, Brodeck, pas le savoir.

Ce qui est dans les livres n'existe pas toujours. Parfois les livres mentent, vous ne pensez pas ?

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:30
Edilivre, 2016

Edilivre, 2016

Oui, la bourgeoisie avait failli, livré l'appareil productif à l'occupant nazi, avait honteusement collaboré. La France prolétarienne, au contraire, avait payé de son sang et de ses larmes son tribu à la libération du pays.

 

Nous voilà de nouveau à Paris où nous retrouvons ces femmes et ces hommes, devenus les héros discrets de "Clair-obscur", le précédent roman de Stéphane Bret que j'ai chroniqué sur ce blog en mars dernier.

Le lecteur les retrouve tous avec un certain plaisir...presque tous je devrais dire, car il y a les absents que personne ne peut oublier. 

 

Les français déblaient les ruines, le ravitaillement alimentaire normal n'est toujours pas rétabli et les prix continuent de grimper. De plus, la production industrielle a du mal à rebondir...mais la guerre est désormais finie, et c'est ce qui compte.

Les français arriveront-ils à se remettre de ses séquelles ? 

La France est elle capable de se redresser ?

Ce n'est pas certain mais l'espoir est bien présent...

 

Arlette Gravier, cette jeune femme émouvante qui s'était engagée dans la résistance et qui a été déportée, a du mal à se réadapter à la vie "normale"malgré toute l'aide apportée par son entourage.

René Bertin, son compagnon, rencontré pendant l'occupation, l'a attendu et son amour pour elle est resté intact.

Arlette revoit aussi de temps en temps, pour une simple rencontre amicale, Arnaud Larribe qui avait fini par rejoindre la Résistance et avait travaillé en secret dans le même réseau qu'elle. Maintenant il rêve de fonder un cabinet d'architecte. Cela tombe bien car la reconstruction du pays est en marche.

Damien Rubot, syndicaliste engagé et militant communiste est toujours ouvrier à l'usine Citroën. Pour lui, comme du temps du Front Populaire, son parti ne peut que profiter de l'après-guerre, pour transformer enfin durablement le pays.

 

Leur vie quotidienne est emplie d'espoir, celui d'une ère nouvelle. L'environnement quotidien est profondément modifié par les nouvelles avancées technologiques de l'époque, comme par exemple l'entrée de la télévision dans les foyers, par les nouveaux moyens de communication, des journaux qui sont publiés comme "Le monde" ou "Le Nouvel Observateur". Côté mode, des maisons de couture comme Christian Dior ouvrent. L'industrie n'est pas en reste et de nouvelles voitures font leur apparition comme la 2 CV chez Citroën et la 4 CV chez Renault par exemple.

De plus la démocratisation de la culture est en marche, le théâtre et le cinéma s'ouvrent au grand public...

 

A cela se rajoute de grandes avancées sociales qui prennent la suite de celles du Front populaire : les femmes vont voter pour la première fois de leur vie le 29 avril 1945 lors des élections municipales ; la Sécurité sociale devient obligatoire pour tous les salariés, également cette année-là.

Mais tout n'est pas rose pour autant dans le monde...

 

Seul, Karim Djadel, ancien ouvrier et soldat de l’Armée française, déchante au lendemain de la guerre, et ne revient pas à l'usine. Lui qui avait cru à une sorte de fraternité d'armes, à cette complicité qui leur avait permis d'être tous unis dans la lutte contre le nazisme, entre alors dans la clandestinité peu de temps après sa démobilisation. Il va bientôt rejoindre le FLN...car la guerre d'Algérie se profile à l'horizon. 

 

Mais les événements se mélangeaient, se bousculaient dans les colonnes des journaux, se télescopaient sans que l'on pût établir une hiérarchie sûre parmi eux, sans que l'on fût certain de leur véritable signification. N'était-ce pas le temps d'un relâchement, d'une vie moins marquée par les tourments, les privations, les aléas de l'adversité ?

 

Ce dernier roman de Stephane Bret s'inscrit dans la lignée du précédent. Il nous livre ici un superbe hommage à ces hommes et ces femmes le plus souvent anonymes qui se sont battus pour nos droits sociaux et qui ont contribué à modifier profondément la vie de milliers de salariés. 

 

Il retrace bien les espoirs de cette époque non seulement d'un monde meilleur, mais surtout d'un monde plus juste, plus humain où tous les individus auraient droit à un logement décent, un travail et une vie "normale"...une période où tous croyaient au progrès non seulement technologique, économique, culturel mais aussi et surtout social, dans la lignée des décisions du Front populaire et de Léon Blum, cet homme politique (et écrivain) intègre dont on oublie trop souvent de parler

 

C'est un roman facile à lire et richement documenté, qui permettra à nos ados de mieux comprendre non seulement cette période de l'après-guerre, mais aussi celle des années 50-60 qui est celle de mon enfance, celle où mes parents étaient de jeunes adultes pleins de projets et eux-aussi, confiants en l'avenir une période où les valeurs qu'ils ont défendues et m'ont transmises, trouvent leur source...

Les adultes le liront avec plaisir s'ils aiment cette période de l'histoire et ils découvriront sans doute à sa lecture certains événements oubliés...et toute une liste de films à (re)voir ! 

 

Vous pouvez retrouver l'auteur sur la page facebook  qui est consacré au livre ou visionner la bande-annonce du roman qui vous mettra immédiatement dans l'ambiance...

 

Je remercie l'auteur de m'avoir permis de découvrir son roman.

D'autres, plus réalistes ou plus cyniques, c'est selon, crurent voir en cette fin d'année 1962 un autre présage : celui du début d'une période au cours de laquelle la France déposait enfin les armes et allait entamer une phase de renaissance, en abandonnant l'art de la guerre près de quinze ans après ses voisins... L'espérance de tous n'était pas ajournée, ni vraiment démentie. L'Histoire lui avait accordé un sursis.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 06:29
Gallimard,2015

Gallimard,2015

Pendant un demi-siècle, nous nous sommes rêvés bienveillants, généreux, charitables. humanitaires, en somme. Les conflits étaient ailleurs, lointains, et les citoyens qui, ici, voulaient s'engager le faisaient avec les idéaux d'Henri Dunant : humanité, impartialité, neutralité.
Ces dernières années, cet humanitaires pacifique a cédé plusieurs fois la place à un engagement militaire...
Ce roman met en scène ces contradictions...

Depuis "Rouge Brésil" prix Goncourt 2001, je n'avais jamais plus rien lu de cet auteur, membre de l'Académie française depuis 2008...Il était temps !

 

Pourquoi veut-on aider les autres ? Quel but poursuivons-nous ?

Faut-il mieux leur apporter des vivres, des vêtements et des médicaments ou de quoi se battre et se défendre ?

 

 

Durant l'hiver 1995, pendant la Guerre de Bosnie, cinq personnes à bord de deux gros camions se rendent en ex-Yougoslavie, pour rejoindre Kakanj, afin de porter secours à des réfugiés cachés dans les fours de l'usine qui jouxte une mine. 

A leur bord, quinze tonnes de matériel, convoyé grâce à une association humanitaire lyonnaise.

Les paysages enneigés sont sublimes de beauté, la route est facile et la guerre semble loin, si ce n'est le passage de ces fameux check-point ou postes de contrôle qui provoque de plus en plus d'angoisse dans le groupe.

Là, les petits chefs locaux jouent aux caïds et veulent avant tout avoir le pouvoir. Ils sont prêts à tout pour terroriser les convoyeurs et répondent à la moindre provocation de leur part.

D'un point de vue métaphorique, le check-point est aussi devenu le symbole du passage d'un univers à un autre, d'un ensemble de valeurs donné à son contraire, de l'entrée dans l'inconnu, le danger peut-être.

 

L'ambiance au sein du groupe, déjà tendue depuis le début du voyage, devient très vite explosive, suite au passage d'un de ces check-point.

Marc, un ancien casque bleu, provoque sans raison, les hommes armés en sifflotant et met ainsi la mission en péril.

Dès lors, rien ne va plus...

Lionel, le responsable de l'expédition qui joue au petit "chef", se retrouve dépassé par la situation et devient nerveux. Il décide de scinder les équipes en place (et fume joint sur joint pour se calmer). Il fera désormais équipe avec Alex. Lui aussi est un ancien casque bleu : il connait bien la région. Marc et lui ont servis dans cette zone ce qui explique qu'ils affichent une assurance factice.

En fait, si Alex ne cache rien, dès le départ, de sa véritable motivation_retrouver Bouba qu'il a connue lors de sa précédente mission et qu'il aime_ pour  Marc, les raisons de son voyage restent très floues.

Vauthier, le mécanicien du groupe, assez féru en mécanique pour réparer la casse n'est pas du tout net lui non plus. Est-ce un flic chargé de les surveiller, un espion venu en repérage...je vous le laisse découvrir !

Maud, la seule femme du convoi et la plus idéaliste, tente de trouver sa place parmi les hommes. Maintenant qu'elle fait équipe avec Marc, elle va découvrir qu'aider les autres n'est pas tout à fait ce qu'elle avait imaginé.

 

Vous l'aurez compris : les motivations pour faire partie du convoi humanitaire sont toutes différentes. 

 

Le groupe ne met pas beaucoup de temps à s'apercevoir que les deux anciens militaires leur cachent quelque chose...

Dans ce huis-clos, mobile certes, la violence voire la haine va faire peu à peu partie du quotidien, lorsque les masques tombent enfin, sur les véritables motivations des hommes et surtout lorsqu'ils apprennent que Marc a caché des explosifs dans un des camions afin de les amener sur le terrain pour faciliter l'explosion d'un des ponts stratégiques, faisant ainsi courir des risques inconsidérés à la mission humanitaire...

 

Maud s'était reprise et avait rejoint les autres. En attendant le médecin, elle trouva la force de regarder de nouveau le groupe macabre qui s'étalait sur le sol. Et, à cause des mots qu'Argelos avait prononcés, elle vit les choses différemment...Maintenant elle distinguait des êtres particuliers. Elle reconnaissait en eux d'anciens vivants...des femmes et des enfants qui respiraient, marchaient, mangeaient peu de temps auparavant.

 

Ce roman est en fait un thriller psychologique. Le suspense est maintenu jusqu'à la fin et les revirements de situation permettent de ne jamais s'ennuyer.

C'est un roman très documenté qui se lit facilement même si, pour les besoins de la cause, l'auteur a inséré dans l'histoire une aventure amoureuse qui certes y trouve sa place et permet de relier les événements entre eux, mais n'est pas le nerf de l'histoire. 

J'ai trouvé la fin très triste car bêtement je ne pensais pas que la violence entre eux iraient jusque là.

Aucun des convoyeurs d'ailleurs ne sortira totalement indemne de cette expédition...

 

 

Ils roulaient dans une campagne morne où traînaient encore des brumes. Il y avait peu de villages dans cette partie de la Krajina. De temps en temps, ils apercevaient une maison détruite, les murs éventrés par des obus, les poutres calcinées. Ils croisèrent une charrette de foin tirée par un tracteur sans âge, qui roulait au pas...

 

La construction du roman est classique et linéaire : seule fioriture...le prologue est repris et se poursuit dans la dernière partie du roman qui en contient quatre.

 

C'est un roman qui porte plusieurs messages et ne peut nous laisser indifférents. 

Il permet de comprendre les différentes motivations qui animent ceux qui s'engagent dans une ONG.

Il explique les contradictions, l'impuissance parfois de ces mêmes ONG.

Il  nous interroge sur le bien-fondé de leur aide, dans le monde d'aujourd'hui. 

 

L'auteur, lui-même engagé et pionnier de Médecins Sans Frontières, sait de quoi il parle !

Il a choisi de retracer l'histoire de la guerre en Bosnie vingt ans après, plutôt que de nous parler des conflits actuels dans le monde.

Il s'est inspiré d'ailleurs d'un de ces voyages humanitaires, près de Kakanj.

Mais son interrogation sur le bien-fondé de l'aide humanitaire par temps de guerre a le mérite d'ouvrir le débat, sans apporter aucun jugement ni une seule réponse.

 

Y a-t-il encore une place pour la neutralité de l'action humanitaire aujourd'hui ?

Faut-il armer les populations opprimées pour qu'elles puissent se défendre ?

A quoi sert de leur apporter aide vestimentaire, médicaments ou nourriture pour les voir ensuite se faire massacrer quelques jours plus tard...

 

Dans sa postface, l'auteur ouvre ce débat.

Aux lecteurs d'y réfléchir...

Maud se demandait si les humanitaires, Lionel par exemple, aimaient vraiment les victimes. Ou si, à travers elles, ils n’aimaient pas simplement l’idée de pouvoir aider quelqu’un, c’est-à-dire de lui être supérieur. Mais c’était une autre question.
– En tout cas, dit Marc, c’est autrement plus difficile d’aimer des combattants, des gens debout, qui se battent et qui ne tendent pas la main pour être nourris.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 12:30
Le Lombard, 2012

Le Lombard, 2012

Pour ne pas oublier...

 

Aujourd'hui 8 mai est un jour férié et un jour de commémoration.

C'est en effet un jour important qui a signifié la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, suite à la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie et à l'annonce de sa capitulation, signée le 7 mai 1945. 

C'est l'occasion de se rappeler aussi, que la capitulation n'est pas la paix puisqu'il faudra 4 mois supplémentaires et le largage de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki (les 6 et 9 août 45), pour que le Japon capitule enfin (le 2 septembre 1945) et que les milliers de soldats qui se battaient encore là-bas rentrent chez eux. 

 

Le 8 mai est surtout un jour où nous nous devons de rappeler à nos enfants (ou petits-enfants) que certaines horreurs de la guerre ne doivent pas être oubliées...C'est notre devoir de mémoire. 

Mais voilà une tâche bien difficile.

Cette BD qui est une petite merveille, pourra nous aider. 

Peut-être la connaissez-vous déjà, car elle est sortie en 2012 ?

Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre.

Primo Levi

 

L'histoire... 

 

Elsa n'arrive pas à dormir. La petite fille se lève et trouve Dounia, sa grand-mère, dans le salon. Dounia a l'air si triste, en regardant ses vieilles photos, qu'Elsa veut la consoler et la questionne...

Dounia décide de lui confier son histoire, alors qu'elle n'avait jamais pu le faire pour son fils. 

Avec des mots simples, elle va raconter à sa petite-fille, l'histoire de leur famille juive pendant la Seconde Guerre Mondiale.

 

C'était il y a bien longtemps, au début de la guerre, Dounia était une petite fille heureuse de vivre et qui ne savait pas qu'elle était juive. 

Elle avait des amies et allait à l'école.

Mais un jour, ses parents lui expliquent qu'elle doit porter une étoile jaune cousue sur ses vêtements. Pour la protéger, son père lui raconte qu'on leur a demandé de devenir une famille de shérifs et qu'il a accepté sans leur demander leur avis.

 

Une des planches de l'album

Une des planches de l'album

 

Bien sûr, Dounia se rend très vite compte que ce n'est pas vrai et que ses parents lui ont menti.

A partir de ce jour, tout va changer pour elle : la maîtresse lui demande de s'asseoir au fond de la classe et ne l'interroge plus même si elle lève le doigt, ses camarades ne veulent plus jouer avec elle, son copain Isaac ne revient plus à l'école... et finalement ses parents décident de la retirer de l'école.

 

Une nuit, la milice débarque à la maison et les arrêtent. Ses parents ont juste eu le temps de la cacher dans le double fond d'une armoire et elle n'a pas le temps de leur dire qu'elle les aime de tout son coeur. Elle a peur et ne sait pas si elle va les revoir un jour. 

 

Heureusement, dès le départ de la milice, une voisine aimante va la prendre en charge, puis la cacher à la campagne chez Germaine...

 

Maman n'arrêtait pas de dire qu'elle m'aimait. Elle le disait tellement que ça me faisait peur.
Et puis...papa aussi, il a dit qu'il m'aimait fort et que j'étais sa petite fille chérie...
Moi aussi, j'avais envie de leur dire que je les aimais fort fort fort...
Mais je n'ai pas eu le temps.

 

C'est une BD indispensable pour appréhender cette période de l'histoire avec tous les enfants à partir de 10 ans.

Bien sûr vous, vous connaissez l'histoire : le port obligatoire de l'étoile pour tous les juifs, les humiliations, les dénonciations, la vie dans la clandestinité, les rafles, la peur,...

 

Mais comment peut-on raconter tout cela à des enfants ?

Comment trouver les mots justes pour raconter l'indiscible ?

Et leur parler des pires horreurs dont les hommes sont capables ?

 

Le lecteur est immédiatement touché par le récit de Dounia enfant et le lien très fort qu'elle a avec sa petite-fille lui permet de raconter son enfance sans donner trop de détails.

Ce qui n'est pas raconté, est suggéré ou montré en images...

 

C'est une BD en forme d'hommage à la générosité humaine et à tous les Résistants...pour ne jamais oublier toutes ces personnes, anonymes, qui au péril de leurs vies, ont permis de sauver des familles et des milliers d'enfants de la mort. 

 

Cette BD est une petite merveille de délicatesse...un grand espoir à transmettre aux enfants d'aujourd'hui : la vie est précieuse et nous devons tout faire pour préserver la paix...

 

Réalisée en collaboration avec l’APJN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie), ce témoignage bouleversant s’avère d’une justesse incroyable.

 

Une exposition pédagogique est à la disposition des écoles, des collèges, des bibliothèques.

Elle a été construite à partir de la BD et propose 10 panneaux très bien illustrés. Vous pouvez la visualiser en totalité sur le site de l'APJN. L'expo est accompagnée par des livrets pédagogiques que vous pourrez télécharger sur le site.

 

Elle est parfaite pour le collège mais peut être visitée dès l'âge de 8-9 ans avec un accompagnement adulte ou dans le cadre de l'école.

Le panneau numéro 4 parlant de la vie quotidienne.

Le panneau numéro 4 parlant de la vie quotidienne.

Qui sont les auteurs ?

 

Marc Lizano, le dessinateur, est né en 1970. Il a d'abord fait des études à Rennes, puis a travaillé pour la presse (Bayard, Milan) puis dans la littérature jeunesse, avant de se lancer dans la BD.

Il sait créer des dessins expressifs, profondément sensibles et humains, mais tout en simplicité...

Les bouilles rondes des personnages, allègent le témoignage et le rendent accessible aux plus jeunes. 

Aujourd'hui, Marc Lizano se refuse à entrer dans une catégorie et écrit aussi bien des histoires pour les grands que pour les petits. N'hésitez pas à consulter son site ICI et sa page facebook.

 


Loïc Dauvillier, le scénariste, se lance d'abord dans la micro-édition et crée les éditions Charrette. Puis il se met à écrire pour la jeunesse puis pour les adultes et devient scénariste.

Depuis 2015, il développe le projet "il était une fois..." qui propose des lectures, des concerts et des spectacles dessinés...ainsi que des expositions.

Vous pouvez faire connaissance avec lui sur son site ICI.

 

Greg Salsedo, le coloriste est né en 1984. Après des études de commerce qui ne le passionne pas, il se penche vers l'infographie et se passionne pour la création web, la colorisation de BD, et la photographie... Il a plusieurs projets en cours, entre autre avec son frère Frédérik.

Vous pouvez consulter leur site commun Ici et leur page facebook...

 

Cette BD a obtenu le Prix des écoles au Festival de Lys Les Lannoy en 2012, une mention spéciale du jury oecuménique en 2013, et le prix de littérature jeunesse "L'échappée lecture" en 2013, également.

 

Bonne lecture à tous !

La dame m'a expliqué que je devais changer de nom.
Elle disait que Dounia Cohen, ça faisait trop juif !
Elle disait aussi qu'en ce moment, les gens n'aimaient pas les juifs.
Mais bon...ça, j'avais déjà compris.
Alors, j'ai dit que j'étais d'accord.

L'enfant cachée / Marc Lizano, Loïc Dauvillier et Greg Salsedo

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7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 07:07
Éditions de l'olivier, 2014 / Prix LIVRES INTER 2015

Éditions de l'olivier, 2014 / Prix LIVRES INTER 2015

 

Jacob Melki est un ange sur terre : tout le monde l'aime et l'admire. Il aurait pu avoir du mal à trouver sa place dans l'existence, vu que sa mère lui a donné le prénom d'un de ses frères mort en bas âge...mais non, Jacob a un destin à part. 

 

Juif de Constantine, il est beau et chante merveilleusement bien. Ses professeurs l'admirent et toutes les femmes de sa famille le vénèrent. 

Il n'a pas besoin d'élever la voix comme le font son père, son oncle ou ses grands frères, pour être respecté par tous et faire oublier la honte d'être pauvre et exclu de  ce monde.

 

Il faut dire que la vie n'est pas toujours facile pour ces juifs Séfarade qui vivent à Constantine et doivent travailler sans relâche pour faire vivre leur famille. Ils s'entassent à plusieurs dans des appartements insalubres et ne parlent qu'arabe tant ils sont bien intégrés à ce pays qui est devenu le leur. 

 

Mais à partir de cet été 1944, tout va changer...

Jacob est appelé sous les drapeaux, alors que le lycée se termine à peine, pour y effectuer son service militaire et il doit quitter les siens.

Pourtant il avait un temps été exclu du lycée, parce qu'il était juif, suite aux lois prônées par le gouvernement de Vichy et on avait renié sa nationalité française...

Le voilà tout d'abord, parti pour faire ses classes, au fin fond du désert du Togourt.

Jacob se retrouve avec des camarades de son âge, des conscrits arabes, français ou juifs...

Il découvre la vie en commun, le partage et la promiscuité, auxquels il faut s'habituer, mais aussi et surtout l'amitié.

 

Puis, il va devoir participer à l'effort de guerre et en particulier, au débarquement en Provence et quitter sa chère terre natale...pour rejoindre les troupes de la première armée du Maréchal De Lattre de Tassigny, chargé de libérer la France.

  

Jacob et ses camarades vont découvrir et parcourir la France du sud au nord, de la Provence à l'Alsace et libérer les villes sur leur passage. Ils ne savent rien de ce pays et de ses coutumes, ni ce pays des leurs d'ailleurs, mais ils seront acclamés comme des héros.

Jacob se souvient seulement de ce qu'il a appris à l'école et, pour lui, la France, c'est quelques passages appris par coeur, un poème de Victor Hugo par exemple...

 

Mais la guerre n'a rien à voir avec l'imaginaire et l'enfance.

La violence est partout et Jacob tuera sans réfléchir pour ne pas être tué à son tour. Il verra tomber ses camarades un à un...sans avoir le temps de les pleurer. Il découvrira la peur, la faim, la saleté et acceptera de se battre aux côtés des tirailleurs marocains lorsque son régiment sera décimé. 

 

Mais dès qu'il a un instant, il rêve à ce qu'il fera quand il retournera chez lui, s'il ressort vivant des combats. Il traversera le pont de Sidi M'Cid, c'est sûr ! Il se mariera et aura des enfants et il découvrira l'amour...

 

Comment expliquer alors qu'après s'être battus ensemble, tous ces jeunes, juifs, français ou arabes d'Algérie, qui ont su vivre pendant un siècle sans heurts, aient pu se déchirer et s'entre-tuer jusqu'à creuser un gouffre infranchissable entre les communautés ?

 

 

 

 

Valérie Zenatti nous donne ici un magnifique roman sur l'identité, le déracinement, la séparation et la mort.

J'avais déjà beaucoup apprécié son roman paru en 2005 "Une bouteille dans la mer de Gaza"

 

C'est dans sa façon bien à elle d'aborder les personnages de ses romans et de les faire vivre sous nos yeux, que l'auteur nous touche en plein coeur. 

Elle ne nous dit jamais ce qu'on doit penser ou ressentir. Non ! ce sont ses personnages qui nous font entrer dans leur ressenti et dans leur vie quotidienne.

 

Chaque phrase est dite juste avec les mots qu'il faut.

Jacob nous parle avec ses mots à lui,  de ses rêves et de ses désirs, et c'est cette naïveté de jeune homme à peine sorti de l'enfance, cette fraîcheur et cette lucidité qui nous touchent. 

Et pourtant dans ce roman, la violence de la guerre est là mais elle nous est contée avec le regard d'un "enfant".

La vie est là, à chaque page et le lecteur en sort meurtri à l'idée que le destin fasse tomber dans l'oubli, le héros de ce livre...

 

Car au-delà de Jacob, c'est l'histoire de l'Algérie qui nous est contée. Celle d'ados jamais sortis de chez eux qui sont partis se battre pour la France. Ils étaient juifs ou musulmans et se sont battus aux côtés de français pour libérer notre pays. 

Ils ont laissé des mères éplorées et meurtries qui les ont cherché de caserne en caserne, le panier empli de victuailles, sans que personne ne les informent jamais en les regardant en face, de la destination de leur fils...sans savoir que bientôt cette foutue guerre allait précipiter leur propre exil et le départ de leur pays pour toujours.

 

Il faut savoir que l'auteur a construit cette histoire à partir d'une photo de famille et des souvenirs que sa grand-mère Madeleine (la belle-soeur de Jacob) lui a raconté. 

Ce grand-oncle Jacob, entré dans la légende familiale parce qu'il n'est jamais revenu de la guerre où il a été tué au combat, "mort pour la France" en 1944, au coeur de la forêt des Vosges, lui a permis de s'interroger, à travers ce récit à la limite de la fiction et de l'autobiographie, sur le devoir de mémoire qui est le nôtre.

 

Elle qui s'est rendue sur les lieux où a vécu son grand-oncle, sa grand-mère et ses arrière-grands-parents, a su nous restituer la ville de Constantine comme si nous y étions, et nous aussi, nous pouvons être envahi par le "goût du citron sur la langue", car la mémoire est en effet ancrée dans nos papilles, dans les odeurs ou les bruits que les souvenirs racontés par nos ancêtres nous ont permis d'évoquer et qu'ils nous invitent à transmettre à notre tour...

 

Un livre à lire dès l'adolescence...

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 09:30
Edilivre, 2015

Edilivre, 2015

La guerre est là et les allemands envahissent la France : ils ont maintenant atteint la capitale. Le roman débute le 17 juin 1940 alors que le Maréchal Pétain s'adresse aux français pour les informer de la composition de son nouveau gouvernement.

 

Arlette Gravier est employée dans un grand magasin du quartier de la Madeleine, les Trois Quartiers. Tous les soirs, elle écoute Radio France en pensant à tous ses amis partis à la guerre et dont elle n'a plus de nouvelles. Parmi eux certains sont communistes et ont participé avec elle au Front populaire en 1936.  Que sont-ils devenus…Bertrand, rencontré dans les années 30 et dont elle était amoureuse ? Damien Rubot ? Julien Massis ?

Le 18 juin, alors qu'elle écoute la radio d’une oreille distraite pour tenter de quérir quelques nouvelles, elle entend, incrédule et fascinée à la fois,  le discours d’un certain général…C'est l'appel du 18 juin 1940.

 

A Paris, ville occupée, les allemands sont partout et leur présence divise la population. 

 

Il y a ceux qui s’obstinent chaque jour à paraître invisible et à ne s’occuper que de leurs affaires : se rendre à leur travail et faire ce qu’on leur dit, sans faire de vague, trouver à manger pour leur famille malgré les tickets de rationnement et les queues interminables devant les magasins d’où parfois ils reviendront bredouilles.

 

En fait ce qui caractérisait ces premiers mois de guerre, d'occupation ennemie, c'était surtout pour la population, la survenance d'immenses problèmes matériels de toutes sortes : les actes les plus ordinaires engendraient des difficultés monstrueuses...p.23

Il y a ceux qui s’interrogent sur les disparitions, sur les bruits qui courent, ceux qui écoutent Radio Londres en cachette et qui décident de se fondre dans la nuit, de raser les murs pour ne pas se faire remarquer et de s’engager…pour sortir le pays de ce chaos.

Arlette Gravier est de ceux-là. Elle assiste, impuissante à la dégradation du pays. Elle entend les rumeurs qui font état de dénonciations et de ces convois qui emmèneraient des juifs.  

Alors qu’elle a rencontré René Bertin, dont elle tombe amoureuse, elle ne peut refuser d’entrer dans la Résistance.

Elle qui est depuis longtemps incapable de "s’intégrer dans le moule" et d’avoir la vie que la société attend d’une femme : le mariage, les enfants, le rôle de mère…devient Mado et commence avec ce surnom une deuxième vie…

Instaurer une étanchéité totale, un cloisonnement irréprochable, une séparation de tous les instants entre ces vies, changer de rôle : petite vendeuse modèle dans la journée, amante délicieuse avec René le soir, membre d'une organisation non encore identifiée le reste du temps...( p.45)

 

Enfin, il y a ceux qui choisissent de se mettre du côté de l’ennemi, se pensant ainsi à l’abri, et qui n’hésitent pas à s’afficher dans les soirées aux côtés des allemands, à s’amuser, à sortir dans des lieux de débauches, voire à se faire entretenir…

Anne Laroche est de ceux-là : elle préfère fricoter du côté ennemie, de ses "amis allemands" comme elle les appelle en public. Et elle s’affiche aux bras de gradés allemands, s’enivrant sans honte.

 

Éprouvait-elle du dégoût, un soupçon de réticence à pénétrer cet univers, à impliquer sa vie d'une manière on ne peut plus voyante, dans cette démarche ? Anne Laroche ne se posait plus de questions depuis juin 1940, et jusqu'à preuve du contraire, il n'y avait pas de motifs fondés pour remettre ces orientations en question ; elles étaient efficaces, elles faisaient leurs preuves...

L'heure était à l'abandon, à tous les sens du terme.(p. 36)

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain, va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

Comment ne pas entrer en résistance dans ces temps troublés où tout s’écroule autour d’eux ?

 

Mais... à qui peut-on réellement se fier en ces temps de guerre où tous les films diffusés au cinéma sont devenus films de propagandes, où les gendarmes participent aux arrestations, où Radio Paris est devenue collaborationniste, où on rassemble des familles entières de juifs au Vélodrome du Vel d’Hiv et, enfin, où certaines femmes n’hésitent pas à se vendre pour un manteau qui les réchauffera du froid glacial de cet hiver sans fin ?

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil…et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

 

Mon avis

 

Le lecteur retrouve dans ce roman certains personnages dont il avait (peut-être ?) déjà suivi la vie quotidienne et les engagements dans "L’embellie".

C’est ainsi que le lecteur suit un moment Julien Massis qui travaille toujours comme employé chez Renault à Billancourt mais fera partie des victimes du bombardement de mars 1942. Puis ce sera Damien Rubot, qui est ouvrier chez Citroën au quai de Javel. Il s’engagera dans la résistance et deviendra un membre actif.

La plupart ont fait connaissance en 1936, au moment du Front populaire et, ils se sont posé de nombreuses questions suite à son déclin.

 

Le lecteur les retrouve maintenant au début de la guerre dans Paris qui va vivre des mois de privation, de violence et le couvre-feu tous les soirs...Chacun d’eux va réagir aux évènements en fonction de ses engagements passés.

 

 

Voilà un roman richement documenté sur cette période trouble de l’histoire (un de plus me direz-vous). Mais celui-ci a cela de particulier qu’il est vu de l’intérieur, à travers le vécu de gens simples faisant partie du monde ouvrier.

Le lecteur participe à leurs interrogations, à leurs doutes et à leurs choix…

Ils n’ont que Radio Londres et les paroles de ce mystérieux Général de Gaule pour espérer, ce général qui semble parler "seul" mais soulèvera des montagnes…

 

La guerre, même si nous ne sommes pas au front, est omniprésente. Les batailles sont invisibles mais non moins glorieuses et pleines d’espérance.

 

Et si certains y laisseront leur vie, d’autres devront malgré tout assumer leur choix.

 

J’ai aimé suivre Arlette dans ses prises de conscience et dans son engagement quotidien, dans ses doutes et ses bonheurs de femme, mais aussi ses inquiétudes. 

L'auteur nous livre-là un superbe portrait de femme. Au départ elle ne s’engage pas pour sauver son pays, mais bien parce que c’est sa conviction profonde qu’on ne peut subir sans se révolter. Elle est la fidèle représentation de ce que les gens simples ont vécu pendant la guerre. Rien n’était dit, il fallait deviner à travers les rumeurs la part de vérité, et faire des choix difficiles qui pouvaient à chaque instant mettre sa vie en danger.

 

Comment retrouver la clarté après avoir vécu l’obscurité ?

Un roman, facile à lire et prenant qui peut être lu dès l’adolescence.

Il est découpé en deux parties : « Victorieuse obscurité » et « Incertaine clarté », rendant parfaitement claire l’intention de l’auteur de montrer cette ambiguïté si particulière à la Seconde Guerre Mondiale.


 

Une autre circonstance le frappa : les cloches de Paris sonnaient toutes ensemble le tocsin, pour fêter la libération de la ville. Damien Rubot dut essuyer les larmes qui coulèrent sur son visage : lui, athée, pur produit d’une éducation dont la religion était absente, était bouleversé par ce fond sonore désormais associé pour toujours dans son esprit à la libération de Paris.( p.99)

L’auteur

 

Stéphane Bret, âgé de 63 ans, réside à Boulogne-Billancourt. Il connaît donc parfaitement l'environnement de son roman. Il collabore régulièrement aux blogs littéraires : La Cause Littéraire, Babelio, Critiques Libres, Lecteurs Orange, Benzinemag.

"Clair-obscur" est son cinquième roman. 

 

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 08:10
Today we live / Emmanuelle Pirotte

Dans les Ardennes belges dévastées par la Seconde Guerre mondiale, Renée est une petite fille juive âgée de 7 ans. Elle a perdu ses parents et a vécu pendant longtemps dans un institut. Là-bas, au château de Soeur Marthe, sa meilleure amie Catherine qu'elle aimait tant, et qui dormait lors de l'assaut, a été tuée.

Pas Renée... Depuis, elle a été recueillie par différentes familles.

Mais c'est difficile de cacher un enfant juif en ces temps de guerre et de délation.  La dernière famille prend peur : les SS sont aux portes du village. C'est la contre-offensive allemande et les nazis ne doivent pas la trouver chez eux, car ils ont pour ordre de faire, lors du retrait des troupes, le plus possible de dégâts parmi les civils et n'hésiteraient pas à les tuer tous.

Le père la confie donc au curé. Puis le curé l'emmène en direction de la forêt pour se cacher. Mais que va-t-il faire de l'enfant ? Où vont-ils aller ?

Lorsqu'il rencontre deux américains, il n'hésite pas un instant à leur confier Renée...

 

Mais tous deux ne sont pas de vrais américains : ce sont des SS infiltrés dans les troupes américaines, chargés de désorganiser les troupes ennemies en place, et d'apporter des renseignements précieux à leur camp. 

Ils doivent donc exécuter la petite juive sans tarder.

 

Au dernier moment, lorsque Mathias la met en joue, il ne peut pas tirer : c'est son compagnon Hans qui s'effondre dans la neige. Qu'a-t-il vu dans le regard noir de l'enfant qui lui a fait dévier son tir ?

Mathias ira chercher au plus profond de lui-même les raisons de son geste, mais fera tout au quotidien pour protéger l'enfant à qui il s'attache de plus en plus...

 

C'est difficile de ne pas être touchée par cette petite fille aux grands yeux et aux magnifiques cheveux noirs bouclés, si forte pour son âge et si fragile à la fois, qui porte sur le monde qui l'entoure et cette affreuse guerre, un regard d'une lucidité déconcertante pour son âge, mais qui dort toujours avec son doudou de chiffons.

De plus, elle ne se plaint jamais et accepte toutes les situations courageusement.

Son intelligence est tout à fait extraordinaire, elle s'adapte à tout et comprend très vite la complexité des événements.

Par intuition, elle ressent aussi avec beaucoup de justesse, les sentiments ambivalents des adultes. Elle comprend leur peur et sait que cela peut s'avérer dangereux pour elle et pour eux.

 

Après avoir passé quelques jours cachés dans une cabane abandonnée, Mathias confie Renée aux deux familles qui se sont réfugiés dans une cave, dans la ferme de la famille Paquet...

 

Mais, inquiet, ne pouvant vivre si loin d'elle, il revient à la cave après quelques jours d'errance.

 

Entre temps, des "compatriotes" (des américains) s'y sont eux aussi installés. Ils veulent tout savoir de lui et le questionnent sans discontinuer. Ils l'observent sans cesse pour vérifier qu'il est bien américain, même s'il se dit d'origine canadienne par sa mère, ce qui explique qu'il parle très bien français.

Alors Mathias vit de plus en plus dans la crainte d'être démasqué...la crainte de parler allemand dans ses rêves. Il se méfie en particulier de Dan, un vrai américain qui est tombé fou amoureux de Jeanne Paquet qui, elle, du haut de ses dix-huit ans, n'a d'yeux que pour lui, le beau et mystérieux Mathias...

 

L'auteur alterne le récit  de la survie quotidienne dans la cave qui offre une vision tout à fait réaliste de l'état d'esprit de la population en cette fin de guerre, les rencontres violentes entre les SS et la population des petits villages, et les flashbacks où Mathias raconte sa rencontre avec les indiens alors que blessé, il a été soigné avec patience par Chihchuchimâsh...

 

Car Mathias n'a pas toujours vécu en Allemagne, ni fait parti des allemands engagés.

Un beau matin, il a quitté l'Allemagne et Hitler pour rejoindre le pays natal de sa mère, le Canada. Là-bas, il espérait trouver une certaine sérénité en parcourant les grandes étendues glacées et en devenant trappeur.

Au coeur de la forêt subarctique, il a rejoint un petit groupe de chasseurs-trappeurs qui vivaient de la vente de peaux et qui, comme beaucoup de blancs chassaient sans grand respect pour les animaux tués.

C'est la raison pour laquelle Chihchuchimâsh, qui voyait autre chose en lui,  a persisté à vouloir lui apprendre la vision indienne de la chasse. Elle l'a initié à la langue des indiens Cris  [les "Crees" en anglais qui vivent en Amérique du Nord]. 

Mathias a fini par retourner vivre dans sa cabane de trappeur puis en 1939, il est reparti pour l'Allemagne et s'est engagé...mais quelque chose au fond de lui avait définitivement changé.

 

C'est un premier roman.

 

L'auteur exerce le métier de scénariste. Elle a d'ailleurs une écriture particulièrement fluide et enchaine,  avec facilité,  les différents "tableaux".

Mais elle prend le temps de nous laisser voir les personnages tels qu'ils sont, dans leurs contradictions, leurs ambivalences, leurs pensées intimes. Personne n'apparaît uniquement bon ou mauvais. 

 

Chacun émet des doutes, des interrogations sur cette guerre qui n'en finit pas, sur ces horreurs qui changent les hommes à jamais...Tous attendent une paix qui tarde à venir.

Chaque personne n'a qu'une envie au fond d'elle-même, c'est de retrouver une certaine sérénité et la vie quotidienne d'avant.

 

Mais rien en pourra jamais être comme avant. Les certitudes s'envolent !

Les bourreaux apparaissent parfois si démunis qu'ils en deviendraient sympathiques et en tous les cas, plus humains.

C'est cela qui est troublant dans ce roman.

 

Le lecteur voit les événements sous plusieurs angles différents et sans porter aucun jugement car le roman donne une vision très réaliste des différents protagonistes.

 

Enfin il faut noter que l'auteur appuie son roman sur des faits réels : le récit de la contre-offensive allemande en 1944 ; la force de l'opération Grief, initiée par Skorzeny, qui permit à des milliers de SS entrainés de se faire passer pour des américains et de tuer des villages entiers lorsqu'ils débusquaient des juifs cachés parmi la population.

 

A lire à partir de 15 ans...pour le point de vue différent qu'il apporte sur la Seconde Guerre Mondiale.

 

Today we live / Emmanuelle Pirotte

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 08:02

 

La période de l'année s'y prête... Je dédie cette petite bibliographie sans prétention, à la mémoire de mes grands-pères.

 

J'ai en effet envie cette année de me pencher sur cette période de l'histoire qui tombe dans l'oubli chaque année un peu plus, au fur et à mesure que les familles vieillissent, et que les jeunes générations n'ont plus que le cours d'histoire pour leur en parler.

La littérature joue ici un rôle important dans le devoir de mémoire. J'ai lu certains de ces livres depuis fort longtemps, d'autres ont été utilisés régulièrement dans mon travail avec les élèves, pour d'autres enfin, je les ai noté parce qu'ils sont incontournables même si je ne les ai pas encore lu...mais peut-être en connaissez-vous certains ?

 

Aujourd'hui c'est le 11 novembre, jour férié,  en commémoration de la signature, le 11 novembre 1918, de l'armistice qui a mis fin à quatre années de combats sanglants durant lesquels plus de 9,7 millions de militaires ont été tués dans les tranchées ou autres lieux.

En tout, avec les civils, cela a fait près de 18,6 millions de morts. Et je ne tiens pas compte des nombreux blessés, ni de l'épidémie de "grippe espagnole" de 1918, la pandémie la plus mortelle de l'histoire qui a tué à elle seule des milliers de personnes, affaiblis par la malnutrition.

Je n'aime pas spécialement les commémorations et je préfère de loin célébrer l'armistice qui annonce la paix, plutôt que de célébrer la guerre...voilà pourquoi je choisis cette date pour cette chronique !

 

Mes grands-pères sont miraculeusement revenus de la guerre, bien amoindris et blessés dans leur chair et dans leur coeur. Je pense à eux aujourd'hui, à ceux qui faisaient partis de ma famille et qui ne sont pas revenus, mais aussi de façon plus large et généreuse à tous les poilus qui se sont battus pour leur "patrie" ...

 

Rien n'est plus terrible que la guerre et la violence qui en découle.

Si mes grands-pères avaient su qu'aujourd'hui encore, la guerre serait à l'ordre du jour dans de nombreuses zones du monde et que des milliers de réfugiés viendraient chercher asile en Europe pour la fuir, ils auraient certainement perdus espoir dans l'humanité...

 

J'ai une pensée "émue" pour ceux qui se sont battus en pleine jeunesse pour leur patrie (on les avait conditionné pour ça), pour une cause qui les dépassait le plus souvent (ils croyaient tous être rentrés pour fêter noël en famille), contre d'autres jeunes de leur âge contre qui ils n'avaient pas d'animosité particulière, et surtout pour faire leur "devoir" (que signifie ce mot aujourd'hui pour nous et les jeunes générations ?).

Malgré ce qu'ils avaient vécu, ceux qui sont revenus, nous ont appris la tolérance et le pardon et ont su nous donner espoir en un avenir meilleur et nous transmettre des valeurs fondamentales de vie en communauté.

 

Je précise que le seul de mes grands-pères que j'ai connu, qui avait eu les pieds gelés dans les tranchées de la Marne et ne pouvait quasiment plus marcher car il n'avait plus qu'un petit orteil à un pied et heureusement le gros à l'autre, ne nous a jamais parlé des horreurs qu'il avait vécues.

Le silence devant les enfants était obligatoire dans ma famille et comme il est mort lorsque j'avais 11 ans, je ne sais pas grand chose de ce qu'il a pu vivre au quotidien.

Seules restent quelques rares photos d'époque...et surtout les livres.

 

Pour nous, qui avons vécu dans un certain confort, et encore plus pour les générations futures, cela nous paraît presque invraisemblable d'imaginer les conditions de vie durant ses quatre années de guerre dans le froid, dans la boue, avec la faim et la peur au ventre...

Se pencher sur cette période de l'histoire ne peut que nous ouvrir vers plus d'humanité.

En 1999, lors de l'éclipse totale de soleil, nous sommes allés dans les Ardennes avec nos enfants. Nous nous sommes rendus à Verdun et à l'ossuaire de Douaumont. Nous avons tous été fortement impressionnés par ce que nous y avons vu. Mon fils aîné, alors jeune adolescent, a trouvé cette visite plus explicite que des pages et des pages de livres d'histoire...et de cours, même bien documentés.

 

A noter : 

Le dernier soldat allemand, Erich Kästner, est décédé le 1er janvier 2008 à l'âge de 107 ans.

Le dernier combattant français, Lazare Ponticelli, est mort le 12 mars 2008 à 110 ans.

Delfino Borroni, dernier survivant italien, est décédé le 26 octobre 2008 à 110 ans.

Le dernier soldat survivant de la Première guerre mondiale est mort en Australie en 2010 à l'âge de 110 ans. Il s'agissait du britannique Claude Choules. Il avait été engagé à 14 ans dans la Royal Navy.

 

La commémoration du centenaire de la guerre 14-18 qui a débuté en 2014, ne se terminera qu'en 2018, par la commémoration de la signature de l'armistice.

J'ai donc le temps de compléter cette petite bibliographie d'ici là.

 

 

Pour les moins de 10 ans... quelques albums ou petits romans

 

- Rendez-vous au Chemin des Dames - avril 1917 / Yves Pinguilly

(à partir de 6-7 ans)

Transis de froid dans les tranchées, trois soldats vont participer à la grande offensive lancée par le général Nivelles le 16 avril 1917. Heureusement, ils sortent vivants de l'attaque si meurtrière qui a eu lieu sur le plateau du Chemin des Dames, un des plus tragiques champs de bataille de la guerre de 1914-1918. Quand ils apprennent que leur permission tant attendue est supprimée, ils décident de se révolter et de faire la grève de la guerre...

 

- Zappe la guerre / Pef (plus de 8 ans)

Des soldats reprennent vie et sortent du monument aux morts dans l'état où ils sont tombés, un siècle plus tôt. Dans les rues, ils découvrent la ville moderne, la télévision et ses images de conflits... Ils rencontrent aussi un enfant, à qui ils racontent ce qu'ils ont vécu.
Devenu un album de référence, un livre fort autour de la Première Guerre mondiale et des horreurs de la guerre en général.

 

 

 

 

 

 

- Mort pour rien / Guy Jimenes (plus de 8 ans)

 

Ce récit est inspiré de la bataille de la Meuse, dernière bataille de 1914-1918. Un soldat meurt alors même que l’armistice vient d’être instauré. Au-delà de la mort absurde de ce soldat vue à travers le regard de son ami épargné, c’est aussi toute la difficulté du retour et de la réadaptation qui est évoquée, dans une France meurtrie au lendemain de la guerre.

 

 

- Lulu et la grande Guerre / Fabien Grégoire (plus de 9 ans)

 

 

 

Saint Julien, village français, le 1er août 1914. Comme tous ses habitants, la petite Lucienne prépare la fête du village. Mais voilà tout à coup que l'atmosphère change. Il se passe des choses bizarres. Le curé et le maire traversent la place à grands pas, le visage sombre. Et soudain, le clocher de l'église se met à sonner le tocsin. Les habitants accourent pour lire les grandes affiches que le garde-champêtre est en train de coller sur les murs : Mobilisation générale. Charles, le frère de Lucienne, a vingt-deux ans. Il vient de finir ses trois années de service militaire. "Je vais devoir partir, ma Lulu. Je vais aller me battre contre les Allemands", dit-il à sa sœur. Les journaux prétendent que les Allemands seront rapidement vaincus et que la guerre ne durera pas. Mais les lettres que reçoit Lulu de son grand frère disent le contraire...

 

- Carnet de poilu - leur vie racontée aux enfants par Renefer (à partir de 8-9 ans)

Pour sa fille de huit ans, Renefer, artiste et soldat sur le front, a raconté et dessiné la vie quotidienne des poilus dans les tranchées. Ce témoignage de première main unique, publié à l'identique cent ans après sa réalisation, a une portée universelle : il s'adresse aux générations futures, à tous les enfants et donc aussi à nous, enfants, petits enfants et arrière-petits-enfants de la génération sacrifiée.
En plus du fac-similé du carnet de Renefer, cet ouvrage propose une biographie inédite de l'artiste illustrée d'oeuvres, témoin de son style (du Paris 1900 jusqu'aux paysages d'Ile de France), des lettres du front illustrées, ainsi qu'une sélection de ses principales oeuvres de guerre (eaux fortes, lithographies).

 

 

À la fois dessinateur, graveur, illustrateur et peintre paysagiste, Raymond Fontanet, dit Renefer (1879-1957) est un artiste complet dont les oeuvres sont aujourd'hui présentes dans les musées et collections. Durant toute la Grande Guerre, il dessine sans discontinuer et exécute de nombreuses gravures 'Sur le Front' de Verdun, 'Pendant le Combat' dans la Somme, des "Hauts-de-Meuse en Alsace".

Certaines d'entre elles serviront à illustrer "le Feu" d'Henri Barbusse paru chez Gaston Boutitie en 1918.
Gabrielle Thierry, artiste peintre, qui présente cet album magnifique, a créé l'association Renefer pour défendre l'oeuvre du peintre, un poilu "comme les autres" pendant la guerre de 14-18.

 

 

 

- Il s’appelait le soldat inconnu /  Arthur Tenor (à partir de 9 ans)

 

Quand il était petit, François rêvait d'être soldat. Puis la guerre de 1914 a éclaté et il est parti se battre, la «fleur au fusil», fier de défendre son pays. Mais il a rapidement découvert la dure réalité des champs de bataille, l'horreur des tranchées, la sauvagerie des hommes. Il a surtout connu une fin tragique, comme de nombreux soldats, et son nom s'est perdu dans la boue de Verdun. C'est ainsi qu'il est devenu... le Soldat inconnu.

 

 

- Le fils du héros / François Charles (à partir de 9 ans)

1918. La guerre s'achève. À quoi bon ? se demande Valentin dont le père est mort au combat. À quoi bon être le fils d'un héros quand on est un orphelin livré à un avenir incertain ? À quoi sert une médaille militaire quand la guerre a tué votre père ? Quand ni les honneurs ni les discours ne le feront revenir ? Mais une rencontre inattendue va bouleverser la vie de Valentin..

 

 

- Frères de guerre / Catherine Cuenca (plus de 9 ans)

 

 

 

L'Allemagne déclare la guerre à la France. La mobilisation générale est décrétée. Eugène rêve de faire partie de l'aventure, mais il n'a que seize ans. Avec Matthias, son meilleur ami, ils fabriquent de faux papiers et réussissent à se faire engager. Ils partent ensemble pour le front, mais, très vite, sont séparés. Chacun de leur côté, ils découvrent l'horreur de la guerre, dans l'enfer des tranchées...

 

 

 

- Le secret du dernier poilu / Catherine Cuenca (plus de 9 ans)

L’arrière-grand-père de Laura, Eugène Ruy, est le dernier des Poilus de la Grande Guerre. La petite fille aime l’interroger sur ses souvenirs de guerre et sur la fraternisation des soldats français et allemands le 24 décembre 1914. Alors qu’il regarde une émission sur les derniers survivants de la Première Guerre mondiale, Eugène devient livide. Il a reconnu un des soldats allemands. Animée par la curiosité, Laura aimerait comprendre ce qui a touché son arrière-grand-père. Au cours d’une promenade, il va lui confier un véritable secret…

 

 

- Comment parler de la Grande Guerre aux enfants / Sophie Lamoureux (à partir de 10-11 ans accompagné d'un adulte)

Quels ont été les enjeux et les conséquences la guerre 14-18 : l'Allemagne était-elle la seule responsable du déclenchement des hostilités ?

Quels rôles ont joué les intérêts économiques ?

En France, la IIIe République n'a t-elle pas tout fait pour obtenir sa revanche après son humiliante défaite de 1870 ?

L'auteure invite les adultes à "réviser" ces événements historiques pour entamer un dialogue avec les plus jeunes pour qui cette "Grande Guerre" appartient au siècle dernier !

Mieux comprendre cette période est crucial car l'Histoire nous livre un enseignement précieux pour mieux comprendre le présent.

Quinze fiches illustrées par des documents d'époques (photographies, carte, affiches) permettent d'engager un dialogue sur des sujets comme la guerre industrielle, les poilus, les coloniaux engagés dans le conflit, ou ce qu'était vraiment la guerre des tranchées...

 

Pour les 10 - 15 ans

 

 


- Cheval de guerre / Michael Morpugo (plus de 10 ans)

 

 

Un cheval raconte sa vie à la première personne. Ses premiers souvenirs remontent au jour où sa mère et lui ont été vendus et séparés pour toujours. Lui, a été acheté par un fermier alcoolique qui le maltraite. Heureusement, le fermier a un jeune fils âgé de 13 ans, Albert, qui prend le poulain en affection et le surnomme Joey. Ensemble, le jeune garçon et le cheval grandissent à la ferme. Un soir d'été, on apprend que la guerre est déclarée contre l'Allemagne. Le père d'Albert emmène alors Joey au village pour le vendre à l'armée britannique sans prévenir son fils. Quand Albert arrive, c'est trop tard.
Il est trop jeune pour s'engager dans l'armée...Albert et Joey se retrouveront-ils ?

 

 

- La marraine de guerre / Catherine Cuenca (à partir de 10 ans)

Etienne a 23 ans. Il est soldat et depuis deux ans il se bat sur le front, dans les tranchées. A chaque instant, il fait l'expérience de la peur, de la souffrance, de la mort, mais aussi de l'amitié et de la solidarité de ses compagnons. Comme d'autres soldats, il a une marraine de guerre qui lui envoie colis et lettres réconfortants. Un jour, pendant une permission, il décide de la rencontrer...

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- Promenade par temps de guerre / Anne-Marie Pol (à partir de 11 ans)

Victor, un adolescent de 14 ans, vit avec ses copains dans un orphelinat depuis que la guerre a commencé en 1914. Pour lui, la vie est injuste mais ce qu'il ne sait pas encore, c'est que son père est mort sur le front. Victor s'interroge sur son avenir : retrouvera-t-il son père ? Pour cela il part à sa recherche à travers la France.

 

 

 

 

 

 

Le journal d'Adèle (1914-1918) / Paule de Bouchet (+ de 11 ans) 

 

Jeudi 30 juillet 1914. Adèle commence enfin le journal qu'elle a reçu pour Noël : un ami auquel elle peut raconter sa vie, confier ses espoirs, ses craintes et ses secrets.
En ce 1er août 1914, les cloches de l'église de Crécy se mettent à sonner le tocsin à toute volée, c'est la guerre! Le journal que tient Adèle l'aidera-t-il à avoir moins peur? Ses frères mobilisés reviendront-ils à la ferme? Reverra-t-elle Lucien, son filleul de guerre, venu un jour en permission? Qu'adviendra-t-il de sa meilleure amie ?
Les années passent dans le petit village de Bourgogne, rythmées par les travaux des champs, les nouvelles du front. La guerre tue, mutile les soldats, affame les gens de «l'arrière», endeuille les campagnes. Adèle grandit et rêve de devenir institutrice dans un monde meilleur...

 

 

- Trois frères dans la grande guerre : Correspondance inédite  / Annie Collognet-Barrès (plus de 11 ans)

Une famille dans la grande guerre c'est une correspondance unique, un récit épistolaire vrai et touchant au cœur de la Première Guerre Mondiale. Ils sont cinq, cinq frères d'une famille paysanne de l'Ariège que la Première Guerre mondiale va séparer. Si Joséphin et Zéphirin ne sont pas envoyés au front, Jean-Baptiste, Henri et Justin découvrent les tranchées et les horreurs de la guerre. À travers une centaine de lettres, des illustrations inédites et des notions historiques, le quotidien des soldats et de leur famille est dépeint avec justesse et sincérité.

 

 

 

 

- Verdun 1916 : un tirailleur en enfer / Yves Pinguilly

Tierno vit dans un petit village près de Conakry. Bon élève à l'école des blancs, il obtient une bourse pour étudier à Dakar. Mais le bateau qui l'emmène va le conduire contre son gré jusqu'à Marseille, mêlé à un groupe d'engagés plus ou moins volontaires, arrachés à leurs villages pour aller "apprendre la guerre" en France. Car nous sommes en 1916, et le but ultime du voyage, c'est Verdun et son champ de bataille. Tierno quitte donc un paradis pour l'enfer des tranchées ; là souffrent et meurent pêle-mêle poilus, tirailleurs, gradés, qu'ils soient lâches ou courageux, riches ou pauvres, noirs ou blancs. Tierno s'en sortira en héros, gradé et médaillé, mais son compagnon, Aboubakar le fils de roi, disparaîtra à Verdun, comme tant d'autres anonymes...

 

 

- 14-18 : Une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageux / Thierry Dedieu (à partir de 11-12 ans)

Un album  presque sans paroles, en hommage aux poilus, avec des images violentes et réalistes, pour dire la guerre là où les mots ne sont plus.

Une minute de silence à nos arrières grands-pères courageux. Cette minute de silence correspond aux conditions presque réelles de lecture de l'album.

Cet album singulier dénonce la douleur muette des combattants ainsi que la solitude et les interrogations dont souffraient les proches. Un véritable hommage à nos grands-parents et arrières grands-parents, victimes et héros de la «Grande Guerre».

 

 

 

- Le bruit du vent / Hubert Mingarelli (à partir de 12 ans)

Sur son île battue par les vents, Vincent rêve du continent et de ses mystères. Il attend impatiemment le retour de son père et des hommes du village partis pour la Grande Guerre. En cachette, il tente de remettre à flot un vieux canot échoué, mais qui pourra lui apprendre à naviguer? Un jour, son père revient. Muré dans le silence de ses insoutenables souvenirs, il est incapable d'aider son fils. A force de ténacité, Vincent réussira-t-il à franchir les jetées ?

Livre actuellement épuisé...A emprunter en médiathèque ou au CDI du Collège.

 

 

 

- Soldat Peaceful - Michael Morpugo  (+ de 12 ans)

Thomas Peaceful, dit Tommo, a 16 ans en 1914 lorsque son frère aîné Charlie est enrôlé dans l'armée anglaise pour partir sur le front français. Malgré son jeune âge, Tommo décide de partir aussi. Alors que Charlie a été condamné à mort pour insubordination et qu'il vit ses dernières heures, Tommo raconte leur enfance marquée par la mort tragique de leur père, son amour démesuré pour son frère, les premiers émois avec Molly, leur amie d'enfance. Puis, la guerre, l'horreur des tranchées, les bombardements et enfin, la condamnation à mort.

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- Le dernier ami de Jaures / Tania Sollogoub (plus de 12 ans)

 

Rue de la Tour à Paris, une fenêtre éclairée sous les toits. Derrière cette fenêtre, un homme écrit un éditorial pour le journal L’Humanité. Il s’appelle Jean Jaurès. Ses écrits, ses prises de position, son désir profond de changer le monde l’ont mis en danger d’être assassiné. Le peuple de Paris a juré de le protéger. Ils sont jeunes ou vieux, ils s’appellent Suzanne, Lucien, Mallavec, Paul.
En cette fin du mois de juillet 1914, ce peuple-là ne veut pas de la guerre, et personne n’y croit vraiment. Paul a 15 ans, et son esprit est dévoré par l’amour fou qu’il éprouve pour Madeleine, une jeune fille de la bourgeoisie à qui il n’est pas censé adresser la parole.
Ce soir-là, rue de la Tour, en gravissant les marches qui mènent à la chambre de Jaurès, Paul ignore que cet homme va non seulement lui accorder sa confiance, mais devenir le confident de son secret, et lui donner la force de changer son destin.

 

 

- Mon père est parti à la guerre / John Boyne (plus de 13-14 ans)

 

La première guerre mondiale vue au travers des yeux d'un jeune garçon : Alfie. Le père d'Alfie rompt sa promesse et s'engage dans l'armée pendant la première guerre mondiale. Quatre ans plus tard, la guerre fait rage et le jeune garçon ignore si son père est vraiment parti en mission ou s'il a disparu à jamais.Tout le monde semble savoir ce qui lui est arrivé mais le secret reste bien gardé. Devenu cireur de chaussures à la gare de King's Cross de Londres, Alfie va enfin découvrir la vérité au hasard d'une de ses rencontres et partir pour la mission la plus importante de sa vie...

 

 

- Capitaine Conan / Roger Vercel  (+ de 14 ans)
1918. Les Balkans. L'armée d'Orient remporte sur les Bulgares la victoire du Mont Sokol, notamment grâce à l'action des nettoyeurs de tranchées. Deux jeunes officiers font cause commune contre la médiocrité de la hiérarchie militaire et le soudain désœuvrement où la paix les plongent. Mais l'un, Conan, est l'une de ces bêtes de guerre et l'autre, Norbert, doit porter accusation contre certains de ses hommes devant le tribunal militaire. La plus sincère amitié peut-elle résister lorsque surgit l'affrontement ?

 

 

- Le grand théâtre / Colette Blanluet (à partir de 14 ans)

Quelques jours après l'assassinat de Jaurès, c'est la mobilisation générale de la guerre 14-18. Gaston Parmentier, directeur d'école primaire, doit partir en laissant la direction de l'école et ses quatre fils à son épouse Emilie. Parviendra-t-elle à assumer cette lourde charge avec en arrière plan la grande guerre, bouleversante et cruelle...

Livre épuisé à emprunter en bibliothèque.

 

 

 

- La vie tranchée / Bénédicte Des Mazery (plus de 15 ans)

 

 

Louis Saint-Gervais, soldat réformé pour blessure est affecté au service du contrôle postal. Il doit lire et censurer les lettres de ses camarades restés au front. Mais comment peut-on rester indifférent à ces cris de souffrance et de détresse qui sont de véritables appels au secours...

Arrivera-t-il à désobéir à ses supérieurs ?

 

 


- J'ai saigné / Blaise Cendrars (plus de 15 ans)

En 1915, le narrateur est amputé du bras droit, puis conduit à l'hôpital de Châlons-sur-Marne pour y être soigné. Là, il est confronté à la souffrance de ses compagnons, mais rencontre également des femmes au grand coeur, telle l'infirmière en chef, Madame Adrienne...Dans ce court récit autobiographique, Cendrars raconte les souffrances et le chaos engendré par la Grande Guerre et rend hommage à ceux qui, par leur courage et leur générosité, l'ont transformé en aventure humaine.L'édition Classiques & Cie Collège.

 

Soigneusement annoté, le texte de la nouvelle est associé à un dossier illustré, qui comprend :- un guide de lecture, avec des repères, un parcours de l'oeuvre en 7 étapes, un groupement de documents sur le thème de la guerre,- une enquête documentaire : La médecine au front pendant la Première Guerre mondiale".

 

 

- Paroles de poilus-  lettres et carnets du Front 1914-1918 / Jean-Pierre Guéno (plus de 15 ans)

Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Ils ont quitté leur famille, leur métier, leur vie pour partir à la guerre.
A leur famille, du fond des tranchées, ils écrivent leur peur, leur désespoir ou leur espérance...

 

     

 

 

 

Ces trois livres édités par Librio sont également parus en Album-BD chez Soleil Éditeur.

 

 

 

 

 

 


- Mon papa en guerre - Lettres de poilus- Mots d'enfants 1914-1918 / Jean-Pierre Guéno (plus de 15 ans)

Extraits de lettres, de journaux intimes et de récits autobiographiques échangés pendant la première guerre mondiale, entre les pères partis au front et leurs enfants.

 

- Paroles de Verdun / Jean-Pierre Guéno (plus de 15 ans)

L'enfer de Verdun : Au jour le jour, durant ces dix longs mois, les combattants ont écrit à leur famille ou à leurs proches, et leurs lettres révèlent en direct la tragédie de cet événement. Jean-Pierre Guéno en a réuni un florilège, qui témoigne de l'endurance de ces hommes à la boue des tranchées, à la faim, à la soif, au désespoir, et à l'incompétence des élites militaires, celle de Joffre par exemple, qui fit désarmer les forts de la ville six mois avant la ruée allemande. " Verdun " est une bataille à somme nulle: 301 jours d'affrontements sévères pour, au final, raccompagner les Allemands à la case départ, laissant la Meuse tel un immense champ voué au carnage jusqu'en novembre 1918. Restent l'humanisme, la formidable bravoure des poilus, à la fois victimes et héros.

 

- Carnets de Verdun / Laurent Loiseau (plus de 15 ans)

 

Verdun garde les cicatrices des 26 millions d'obus qui ont laminé les collines, fracturé les roches et rayé de la carte neuf villages. Sur quatre hommes qui montent au front, un seul revient indemne. Crapouillots, brancardiers, médecins-major ou mitrailleurs, ils en ont tenu le journal. Cette sélection de lettres aux familles et de carnets de guerre, souvent rédigés sur le vif, parfois remaniés après les combats, provient des archives des mémoriaux de Péronne et de Verdun.
 

 

 

Pour les adultes et ados de + de 16 ans

 

- Dans la guerre / Alice Ferney

 

 

Jules doit partir au front. Il quitte en ce mois d'août 1914 sa ferme landaise où vont l'attendre les siens : sa femme et son jeune fils, son frère et sa mère, son chien. Il sait qu'il confie sa femme à une mère qui ne l'a jamais acceptée. Prince, son colley, qui se meurt sans son maître, ne tarde pas à le rejoindre au combat et à devenir un héros. Tandis que Jules souffre tant de l'horreur de la guerre qu'il ne sait pas comment la relater dans ses lettres, sans effrayer les siens, Félicité, sa femme, attend un second enfant de lui...

 

 

 

- A L'ouest, rien de nouveau /Erich Maria Remarque

Paul Bäumer est un jeune allemand. Engagé volontaire à 17 ans en même temps que toute sa classe, il verra, un à un, ses anciens camarades d'école, ainsi que ses plus proches camarades de régiment mourir. Ce livre, réaliste et pudique est un plaidoyer contre la guerre..

 

 

 

 

- La Guerre de 14-18 / François Rivière (recueil en trois parties)

Août 1914. Des millions d'hommes partent au front pour combattre. Ils ont entre dix-huit et quarante ans...Parmi eux les auteurs de ce recueil qui nous apportent ainsi leurs témoignages revisités. Contient :

  • Le feu / Henri Barbusse
  • Les croix de bois / Roland Dorgelès
  • L'équipage / Joseph Kessel
  • Orages d'acier / Ernst Jünger
  • Education héroïque devant Verdun / Arnold Zweig
  • la randonnée de Samba Diouf / Jérôme Tharaud

 

 

- Le feu / Henri Barbusse.

 

 

 

 

 

Pendant la première guerre mondiale, la vie quotidienne des soldats Volpate, Lamuse et de leurs camarades, pris dans la sale guerre malgré eux... Ils racontent l'horreur, la peur au ventre, leurs camarades qui tombent les uns après les autres...

Prix Goncourt en 1916, Le feu est le témoignage poignant de l'horreur des tranchées par un survivant. Il reste un chef-d'œuvre de la littérature de guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Les croix de bois  / Roland Dorgeles.

Pendant la guerre de 14-18, les nouvelles jeunes recrues arrivent par wagons entiers sur le front . Ils vivront, jour après jour, l'horreur de la guerre avec son lot de morts, d'angoisses et de souffrances dans les tranchées...

 

 

- L'équipage / Joseph Kessel

 

 

Herbillon, s’engage dans l’aviation car cela a toujours été un rêve pour lui. Mais pour cela, il doit quitter sa compagne auquel il tient beaucoup. Arrivé au camp d’aviation, Herbillon se fait de nombreux amis qui sont aussi ses équipiers. Il se lie particulièrement d’amitié avec un dénommé Maury, et découvre qu’ils aiment la même femme, Denise. Ce lien va encore plus les rapprocher alors qu’il devrait les éloigner...

 

- La percée, roman d'un fantassin 1914-1918 / Jean Bernier

Ce roman est le meilleur roman de guerre si on se place du côté de l'historien. Il a reçu le Prix "Clarté" en 1920.

 

 

- Le chemin des âmes / Joseph Boyden

1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l'engagement dans l'armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l'enfer des champs de bataille en France...

 

 

 

 

 

 

- Voyage au bout de la nuit / Louis Ferdinand Céline

Bardamu s’engage dans l’armée en 1914, et est confronté à la guerre. A la fin de la guerre, il découvre l’Afrique et le colonialisme. Puis ce sont les Etats-Unis où il connaîtra l’amour de Molly, une prostituée. Bardamu regagne Paris où il continue ses études de médecine. Devenu docteur, il sera confronté à la misère et à la mort, qu’il aura tenté de fuir depuis la Grande Guerre...

 

- Les champs d'honneur / Jean Rouaud

Prix Goncourt 1990

Ils sont morts à quelques semaines d'intervalle : d'abord le père, puis la vieille tante de celui-ci, enfin le grand-père maternel. Mais cette série funèbre semble n'avoir fait qu'un seul disparu : le narrateur, dont le vide occupe le centre du récit. C'est à la périphérie et à partir d'infimes indices (un dentier, quelques photos, une image pieuse) que se constitue peu à peu une histoire, qui finira par atteindre, par strates successives, l'horizon de l'Histoire majuscule avec sa Grande Guerre, berceau de tous les mystères.

 

 

 

 

- J'étais médecin dans les tranchées / Louis Maufrais (témoignage)

 

Août 1914. Louis Maufrais, étudiant en médecine, pense présenter l'internat quand la guerre éclate. Il rejoint alors le front et découvre les tranchées. Il va y rester quatre ans. Quatre ans pendant lesquels il côtoie la mort les pieds dans la boue et les mains dans le sang, jour et nuit enterré au fond de postes de secours secoués par le souffle des obus. Quand il a un moment de repos, il prend des notes, photographie, pour raconter la souffrance, celle de ses camarades, la sienne, mais aussi l'amitié, le burlesque, l'absurde. De l'Argonne au Chemin des Dames en passant par Verdun et la Somme, la Grande Guerre racontée au jour le jour et illustrée - fait rarissime - de photos prises par l'auteur du texte.

 

 

- Jules Matrat. Charles Exbrayat

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- Un long dimanche de fiançailles / Sébastien Japrisot

 

Mathilde, jeune paralysée, a rencontré Jean à l'âge de treize ans et très vite l'amour les a gagnés. Parti sur le front lors de la Première Guerre mondiale, Jean est livré en pâture au camp ennemi pour avoir fumé une cigarette de nuit. Porté mort, Mathilde ne veut croire à la version officielle et entame une longue série de recherches pour retrouver l'homme qu'elle aime et découvrir l'horrible réalité de la guerre.

 

 

- Cris / Laurent Gaudé

 

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : " l'homme-cochon ". A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes

 

 

- Le grand troupeau / Jean Giono

Il débute par ces mots :

" La nuit d'avant, on avait vu le grand départ de tous les hommes. C'était une épaisse nuit d'août qui sentait le blé et la sueur de cheval. Les attelages étaient là dans la cour de la gare. Les gros traîneurs de charrues on les avait attachés dans les brancards des charrettes et ils retenaient à pleins reins des chargements de emmes et d'enfants.

Le train doucement s'en alla dans la nuit : il cracha de la braise dans les saules, il prit sa vitesse. alors les chevaux se mirent à gémir tous ensemble...

 

 

- La chambre des officiers / Marc Dugain

 

1917. La vie sourit à Adrien, un ingénieur officier. Mais au début de la guerre, un éclat d'obus le défigure. Il devient une "gueule cassée". Adrien n'ira plus dans les tranchées, il ne connaîtra pas le froid, la faim, la peur ou les rats. Il est hospitalisé dans une chambre d'officiers. Un endroit où aucun miroir ne permet de connaître son visage détruit. Il va rester cinq ans dans cet hôpital, cinq ans pour penser à l'avenir, à l'après-guerre, à sa fiancée...

 

 

- En attendant minuit - Claude Michelet

Le mercredi 20 décembre 1916 à 22 heures, Marthe tricote à la ferme près de Brive pendant que Jean, son mari, est de garde dans les tranchées dans la Somme. Ils sont séparés depuis presque vingt-huit mois, à 700 kilomètres l'un de l'autre, mais pendant trois jours leurs pensées vont se rejoindre comme dans un dialogue à distance.

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- L'Adieu aux armes / Ernest Hemingway

 

Frédéric Henry, jeune Américain volontaire dans les ambulances sur le front d'Italie, pendant la Première Guerre mondiale, est blessé et s'éprend de son infirmière, Catherine Barkley. Avec Catherine, enceinte, il tente de fuir la guerre et de passer en Suisse, où le destin les attend.

Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d'amour.

 

 

 

- Les âmes grises / Philippe Claudel

Prix des Lectrices de Elle 2004 et Prix Renaudot 2003

Nous sommes en 1917 dans une petite ville de province. Toute la société des notables est présente et tient son rôle. Le maire, le juge, le procureur, le flic, le médecin… tous font rouler depuis des années l’agréable train-train de la comédie sociale faite d’amicaux échanges. C’est curieux, même la Grande Guerre ne semble pas avoir bousculé les positions et les habitudes de chacun. Tout reste bien en place dans l’immuable tranquillité de la bourgeoisie sûre d’elle-même. Pourtant tout bascule lorsqu’une fillette de 10 ans est retrouvée morte dans l’eau. La petite Belle-de-Jour, comme on l’appelle. Tous la connaissent, elle servait au Rébillon, la seule brasserie restaurant du coin. "Bien, bien, bien…" reprend le juge, tout content d’avoir un meurtre, un vrai à se mettre sous la dent, un meurtre d’enfant en plus, et de petite fille pour couronner le tout. Dès lors, le soupçon gagne et rogne les âmes grises de nos notables. En premier lieu le procureur qui habite au château, juste à côté du lieu du meurtre…

 

- La peur / Gabriel Chevallier

Gabriel Chevallier, que l’on reconnaît sous les traits de Jean Dartemont, raconte la guerre de 1914-1918 telle qu’il l’a vécue et subie, alors qu’il n’avait que vingt ans. Le quotidien des soldats – les attaques ennemies, les obus, les tranchées, la vermine – et la Peur, terrible, insidieuse, « la peur qui décompose mieux que la mort ». Parue en 1930, censurée neuf ans plus tard, cette oeuvre, considérée aujourd'hui comme un classique, brosse le portrait d’un héros meurtri, inoubliable.

 

 

 

 

 

 

 

 

- La pitié dangereuse / Stefan Zveig

En 1913, dans une petite ville de garnison autrichienne, Anton Hofmiller, jeune officier de cavalerie, d'origine modeste, est invité dans le château du riche Kekesfalva. Au cours de la soirée, il invite la fille de son hôte à danser, ignorant qu'elle est paralysée. Désireux de réparer sa maladresse, Anton accumule les faux pas... pris de pitié pour l'infirme, il multiplie bientôt ses visites. Edith de Kekesfalva cache de plus en plus mal l'amour que lui inspire le bel officier, qui lui ne s'aperçoit de rien, jusqu'au moment où il sera trop tard...

 

- La main coupée de Blaise Cendrars

C'est une évocation vivante et dramatique de la Grande Guerre de 14-18. L'auteur prélève dans sa mémoire les bribes de la vie et de la mort de ses compagnons de combat, des hommes ordinaires, tragiques ou cocasses, échappant à toute vision héroïque ou édifiante...

Blaise Cendrars rend hommage aux hommes qui se sont battus avec lui durant la Première Guerre mondiale et, tout en évoquant l'atrocité des carnages, nous offre une inoubliable leçon d'amitié et de courage.

 

- La Grande Guerre / Pierre Miguel ou autre titre de l'auteur

 

Quelles sont les causes de la Première Guerre mondiale ?

Pourquoi l'a-t-on qualifiée de "Grande" ?

Quel est son héritage dans l'histoire de l'Europe ?

A combien s'élève le nombre de tués ?

Plonge dans la vie de tes ancêtres grâce à de superbes reconstitutions historiques illustrées et découvre tous les détails de leur quotidien. Avec La Vie privée des hommes, remonte le fil de l'histoire de l'humanité et réunis une incontournable collection de référence !

 

 

 

 

- Ceux de 14 / Maurice Genevoix (recueil de textes)

 

- L'initiation d'un homme : 1917 / John Dos Passos

Martin Howe, est un jeune homme américain. Son entrée de plain-pied dans la Grande Guerre va lui faire griller les étapes et le faire entrer dans l'âge adulte. Il nous raconte ses découvertes, les atrocités, ses réflexions avec un regard d'enfant...

Roman autobiographique : l'auteur décrit dans ce roman largement autobiographique qui est quasiment un journal de guerre, son engagement comme ambulancier volontaire de l'armée américaine durant la Grande Guerre.

 

 

- Johnny s'en va t-en guerre /Dalton Trumbo

Chef-d'œuvre de la littérature antimilitariste, ce roman a pour héros un soldat américain de la guerre de 1914-1918 atrocement mutilé par une explosion. Devenu ce mort vivant dont l'âme s'agrippe à un corps qui n'est plus, il incarne, avec une puissance narrative stupéfiante, l'horreur vécue de toute guerre. Publié au début de la Seconde Guerre mondiale, ce livre mythique était lu dans les meetings pacifistes pendant la guerre du Viêt-nam. Encore et toujours d'actualité, il constitue sans doute la plus violente, la plus crue des dénonciations de la guerre.

 

- Il est minuit docteur Schweitzer / Gilbert Cesbron

A emprunter en Médiathèque

 

 

- Les soldats de la honte / Jean-Yves Le Naour

 

C'est par la révolte d'un paysan, Baptiste Deschamps, qu'a été révélé le sort atroce qu'on réservait aux poilus atteints du syndrome du shell shock, ces soldats qui n'avaient pas résisté psychologiquement à l'épreuve du feu et que l'on avait retrouvé pétrifiés, l'air hagard, parfois même fous. En haut lieu, on les appelait les " embusqués du cerveau ", soupçonnés d'être des simulateurs. Pour le prouver, on les soignait à coups de décharges électriques. Les Français n'en auraient sûrement jamais rien su si Baptiste Deschamps n'avait été traduit en justice parce qu'il refusait d'être brutalisé. L'affaire fit scandale et ouvrit la boîte de Pandore des traumatismes de guerre. Jean-Yves Le Naour donne ici toute la mesure de ce drame méconnu à travers le récit tragique et émouvant de ces soldats de la honte. En quelques années, Jean-Yves Le Naour est devenu l'un des meilleurs historiens de la Grande Guerre, à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages.

Les Soldats de la Honte a reçu le Grand Prix du livre d'histoire Ouest-France-Société Générale.

 

 

Du théâtre...

- Le voyageur sans bagage / Jean Anouilh

À la fin de la Première Guerre mondiale, Gaston est retrouvé amnésique. Il est recueilli par le directeur d'un asile qui l'emploie comme jardinier. Il est cependant réclamé par plusieurs familles, dont la famille Renaud, à laquelle il est confronté. D'un caractère gentil, Gaston découvre avec horreur l'identité qu'on lui attribue : personnage violent et sans scrupule. Il ne se reconnaît pas dans ce portrait de l'enfant et l'adolescent qu'il aurait été..

 

 

Et de nombreuses BD entre autres :

 

- C'était la guerre des tranchées / Tardi (et autres titres sur la guerre)...

 

- Série les Godillots / Olier et Marko 

Au cours de la Grande Guerre, dans une escouade de seconde ligne, deux soldats sont chargés de s'occuper de la "roulante", la cuisine itinérante, et du ravitaillement en nourriture des tranchées du front. Pour y acheminer la soupe, le café et les patates, ils doivent malheureusement traverser une zone placée sous le feu d'un mitrailleur ennemi surnommé "le Croquemitaine" par les Poilus en raison du grand nombre de victimes qu’il a déjà infligées dans les rangs français. Mais, dans ce no-man's-land, ils font une rencontre inattendue qui va bouleverser leur destin et leur permettre de mettre au jour une sinistre combine au sein de la tranchée B12...

 

Cicatrices de Guerre / Noredine Allam

 

22 auteurs de BD se penchent sur le thème de la guerre. Chacun d'entre eux nous livre avec sasensibilité et son style, sa propre représentation de cette guerre.

Du front à l’arrière, du début du conflit à son issue, les histoires illustrent par petites touches le quotidien de la population pendant la première guerre mondiale : la vie dans les tranchées, les gueules cassées, les mutineries de 1917, les déserteurs, mais aussi les affaires des industriels ou la correspondance avec les familles et le quotidien des enfants loin des combats…

15 histoires courtes et bouleversantes avec en vis à vis, un document inédit issu des collections de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne.

 

 

Retrouvez ICI une bibliographie plus complète de BD sur la Grande Guerre.

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 16:00
Gravé dans le sable / Michel Bussi

Pour les 70 ans du Débarquement en Normandie, l'auteur offre à ses lecteurs la réédition de son premier roman, un bel hommage aux soldats américains, morts lors du débarquement en Normandie pour une guerre qui n'était pas la leur.

 

Ce roman (écrit en 1994) a en effet été précédemment publié sous le titre "Omaha Crimes", en 2007 aux Éditions des Falaises.

Épuisé, il vient de faire l'objet d'une réédition en octobre 2014, aux Presses de La Cité.

 

Ce roman a obtenu de nombreux prix :

- prix Sang d’encre de la ville de Vienne, 2007
- prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens, 2008
- prix littéraire lycéen de la ville de Caen, 2008
- prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières, 2008
- prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre, 2008

 

Il s'agit d'un polar ayant pour thème le Débarquement, thème déjà largement visité par la littérature. Mais pourtant à sa lecture, je n'ai eu aucune impression de déjà vu...

Voici l'histoire...

 

Le 6 juin 1944, sur les côtes normandes, un groupe de 188 soldats terrifiés, composant le 9° Rangers, s'apprêtent à prendre d'assaut la Pointe-Guillaume en Normandie.

 

Trois jours plus tôt, alors qu'ils sont déjà en mer, leurs supérieurs ont préparé l'assaut...

Il leur faudra faire sauter à la dynamite la fortification  qui empêche l'accès à la falaise. Les vingts premiers soldats qui débarqueront seront "sacrifiés" : ils seront immanquablement tués puisque totalement à découvert lors du premier assaut.

De plus, ils devront réaliser la prouesse de ramper sur la plage avec le matériel, de placer les charges qui permettront de réaliser une brèche dans  le mur, puis de retourner vers leurs camarades pour ne pas être blessés par l'explosion...

 

Les supérieurs, dont le lieutenant Dean, décident (pour simplifier ou par sadisme ?) de fixer l'ordre de débarquement des soldats par tirage au sort.

 

Les numéros de 1 à 188 sont placés dans un casque et chaque soldat, lorsqu'il se sent assez de courage pour se lever, tire un numéro dans le silence respectueux de ses camarades.

 

Oscar Arlington n'a pas plus envie de mourir que les autres mais il a de l'argent (sa mère est sénatrice au Congrès). Il échange sa place (n° 4) contre celle de Lucky Marry (n°148)  en échange d'une forte somme (1,44 millions de dollars) qu'il s'engage à lui verser dès son retour (ou que sa mère Emilia Arlington lui versera s'il meurt). Le pacte est scellé par un contrat écrit devant deux témoins amis, Alan Woe et Ralph Finn. Bien sûr, leurs supérieurs n'en sauront rien : ils n'auraient jamais permis cela.

 

Mais Lucky qui avait toujours été chanceux jusque là, est tué au cours de sa mission. Il arrive juste avant de mourir, à placer ses explosifs et à faire une brèche dans le mur, ce qui permet à ses camarades de grimper la falaise. 

Sa délicieuse fiancée, Alice Queen, le pleure...

 

Lison Munier qui habite le petit village proche de Château-le-Diable, retrouve un soldat blessé : c'est Alan Woe : elle le soigne et les deux jeunes gens tombent amoureux. Il n'a plus de famille aux États-Unis et décide de déserter, de rester en France et se fait donc "porter disparu". Il s'installe avec Lison au village. Ils sont s'occuper pendant vingt ans du bar du coin.

 

Vingt ans après, en 1964, lors d'une commémoration en Normandie,  alors qu'Alice revient sur les lieux du débarquement pour la deuxième fois, après avoir séjourné un certain temps en Australie, puis être retournée aux États-Unis, elle apprend que Lucky avait échangé sa place.

 

Bien décidée à faire valoir ses droits de "veuve" et à réclamer cet argent à Oscar Arlington, elle contacte dès son retour la mère de ce dernier...Mais Oscar vient d'être retrouvé mort dans sa voiture quelques jours plus tôt.

La mère d'Oscar refuse que son fils soit traité de lâche. Elle est persuadée qu'il ne s'est pas suicidé comme le mot qu'il a laissé à côté de lui (et qu'elle cache aussitôt) le laisse supposer.

Elle pense qu'Alice ment...

 

Alice, de son côté, est bien décidée à rétablir l'odieuse vérité qui a coûté la vie à son fiancé et cherche à mieux comprendre pourquoi il a accepté de signer ce terrible pacte.

Elle ne le fait pas pour l'argent mais pour l'honneur. Elle fait donc appel à Nick Hornett, un détective privé et le charge de retrouver les soldats survivants et en particulier Ralph et Alan, les deux témoins en possession du fameux contrat.

 

Mais les choses se compliquent ...

 

En Normandie, Alan quitte subitement Lison pour se rendre aux États-Unis mais, malgré sa promesse, il ne revient pas et cesse même de lui donner des nouvelles.

Aux États-Unis, Alice échappe de justesse à l'explosion de son appartement, puis Nick Hornett est grièvement blessé...

 

Le sort s'acharne sur Alice qui semble attirer les accidents, voire les morts.

 

 

Mon avis

 

C'est le premier roman que je lis de cet auteur donc je ne peux pas le comparer aux suivants, déjà parus.

 

C'est un roman, non pas sur la guerre, ni sur le débarquement en Normandie, mais sur les dégâts collatéraux de la guerre : la souffrance des familles, le traumatisme des soldats, les villages dévastés, les populations qui doivent tout reconstruire...et surtout les mères, veuves et fiancées éplorées, persuadées qu'elles ne pourront plus jamais aimer et être aimer et qui veulent, par amour, honnorer à tous prix les disparus.

 

Mais attention, c'est un thriller !

 

Dès les premières pages, le lecteur est mis dans l'ambiance. Les premières scènes du débarquement sont très réalistes et émouvantes.

Le lecteur est pris aux tripes et entre dans l'engrenage : il veut savoir et ne lâchera plus le livre !

 

Les personnages recherchent tous quelque chose, c'est ce qui les rend si attachants.

Pour l'amour de sa vie, Alice veut faire éclater la vérité quitte à mettre sa vie en danger, Emilia, sauver l'honneur de la famille et celui de son fils, Lison connaître le secret d'Alan et être sûre que son amour est sincère...

Nick veut tout faire pour être aimé par Alice, Ralph, lui, ne veut plus jamais être humilié comme il l'a été durant la guerre...et Ted Silva le tueur à gages, coiffeur veut devenir célèbre, enfin !

 

Quant aux autre personnages, vous les découvrirez en lisant le roman car je vous en ai assez dit !

 

C'est un roman très bien écrit, une enquête haletante, le tout dans un contexte historique et politique et dans une ambiance, très réaliste.

 

Quand le lecteur est certain d'avoir trouvé une piste, de nombreux rebondissements l'obligent à revoir sa copie et à s'interroger à nouveau sur les intentions réelles des personnages. Le suspens est garanti !

Il vous faudra attendre les toutes dernières pages pour connaître le dénouement.

 

Malgré les passages qui parlent du débarquement et de la guerre ce n'est pas un livre triste. Certaines pages sont remplies d'humour comme par exemple, celles où Nick nous livre ses sentiments pour la belle Alice dont il est tombé fou amoureux : un pur délice... ou bien celles qui décrivent les discussions de comptoir, au café "Le Conquérant" de Château-le-Diable, au coeur de ce pittoresque petit village de Normandie devenu célèbre, bien malgré lui.

 

Pour moi c'est sûr, je vais lire d'autres romans de cet auteur... et grâce à la chronique de Velidhu, j'ai l'embarras du choix !

 

 

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 08:09
Le cahier des mots perdus / Beatrice Wilmos

Septembre 1940 à Marseille.

 

Jeanne, 11 ans, se retrouve toute seule alors que la nuit tombe. Sa mère, Blanche vient d’être prise dans une rafle dans le café où toutes deux ont attendu si longtemps que Thomas vienne les retrouver.

Maintenant Thomas et Blanche sont partis dans le camion. La petite fille doit tenter de rejoindre la chambre d’hôtel. Elle circule seule et angoissée dans le dédale des ruelles obscures qu'elle ne reconnaît pas, tentant de retrouver le chemin vers l'hôtel où toutes deux séjournent depuis quelques jours seulement.

Dans la chambre d’hôtel, alors qu’elle guette le retour de sa mère, Jeanne cherche à comprendre et se souvient…

 

Voilà une semaine qu’elles sont arrivées à Marseille…pour retrouver Thomas. Mais la petite fille sait bien que sa mère ne lui a pas tout raconté et qu’un mystère plane autour de lui.

 

La première fois qu’elle a vu Thomas, il venait  d’arriver à la Villa. C’était l’été et le début des vacances scolaires, il faisait chaud et Jeanne avait 7 ans. Paul, son grand-père, l’avait prévenu que leur ami allemand souffrait de migraines…

Dans la maison près d’Ollioules, Jeanne ne pouvait ni jouer, ni crier, ni faire craquer les marches de l’escalier…Elle avait alors été saisie d’angoisse à l’idée que sa mère ne l’aime plus, lui préfère cet étranger, blessé au visage et souffrant.

 

Thomas venait de passer trois ans dans un camp de concentration…Libéré,  il avait d'abord été assigné à résidence, n’avait plus ni appartement, ni affaires personnelles. Des amis l’avaient aidé à fuir et à franchir les frontières. Voilà comment, après un long séjour en clinique pour se soigner, il était arrivé chez eux.

 

Mais tout ça  Jeanne l’apprendra beaucoup plus tard...

 

Lorsque trois ans plus tard, en 1939,  Thomas revient chez eux, Jeanne est jalouse de la joie de sa mère… "Quand Thomas est là, Blanche n’y est pour personne" avait dit Paul en lui souriant.

Et Thomas s’était installé dans une petite bergerie proche de la Villa. Fernand, leur voisin avait même accepté de lui donner un petit travail, par amitié pour Paul, alors qu’il n’aimait pas du tout les allemands. Blanche s’absentait souvent pour aller le voir. Parfois des amis de Thomas venaient déjeuner. Eux aussi avaient fui l’Allemagne.

 

Un jour son grand-père accepte de lui raconter l’histoire de Thomas. Sa femme, Mathilde et lui ont fait sa connaissance chez un ami, alors que toute la famille était en vacances en Italie : Blanche avait tout juste dix ans.  Thomas habitait alors à Berlin : il était poète, écrivait des nouvelles et des articles pour des journaux. Plusieurs étés de suite, ils se sont ainsi retrouvés avec plaisir en vacances et sont devenus amis. Thomas est devenu "leur hôte de vacances". Et puis Mathilde est morte en 1925. Blanche n'avait que 15 ans…

 

Un jour Esther arrive  et s’installe avec Thomas… Elle est la femme d’Heinrich, le meilleur ami de Thomas, qui est mort.

Et puis arrive septembre 1939 : c'est Seconde Guerre mondiale. 

Paul décide que Blanche et Jeanne resteront avec lui à la Villa au lieu de retourner à Paris. Les étrangers ont ordre de se rassembler dans un camp de regroupement au fort d’Antibes. Thomas obéit et s’y rend de lui-même. Paul réussit à le faire libérer : il a un logement et un travail après tout et ce n’est pas un espion !

 

Mais c’est la guerre et Thomas est arrêté à nouveau et interné au Camp des Milles près d’Aix-en-Provence. Puis il réussi à s’enfuir, passe à la villa rapidement. Il apprend qu’il est autorisé à émigrer aux États-Unis. Quelqu’un doit l’attendre à Marseille pour lui donner des papiers en règle pour partir. En attendant il doit se cacher et surtout ne pas se faire arrêter…

 

Voilà comment Blanche et Jeanne se sont retrouvées là-bas, à Marseille, parce Blanche voulait le revoir avant son départ…

Elles l’ont attendu tous les jours dans ce bar sur le port.

 

Dans la chambre d’hôtel, Jeanne n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se souvient du cahier de sa mère, dans lequel elle écrivait sans fin, pour occuper ses après-midi pendant que Jeanne dessinait, en attendant Thomas.

 

Dans le carnet, Jeanne va faire des découvertes et en particulier, mieux comprendre ce que les adultes ne lui ont jamais dit : le souvenir d'autres étés à la Villa lorsque sa mère avait son âge, que Mathilde, sa grand-mère était encore en vie et que Thomas était encore libre, avant que le système nazi, auquel il s'est opposé, ne cherche à le détruire...

 

Ce que j’en pense

 

Ce récit, d'une petite fille de onze ans qui découvre le monde compliqué des adultes et les difficultés de vivre et d’aimer en temps de guerre, est tout à fait émouvant parce que les drames et les horreurs sont vécus à travers ses yeux d'enfant.

 

Elle nous raconte l'amour impossible de sa mère pour Thomas, un ami de la famille qui lui, en aime une autre, Esther, qu'il s'est promis de protéger coûte que coûte.

De plus, l’histoire se passe en partie dans notre région, ce qui ne gâche rien…

 

C'est aussi l'histoire d'une autre petite fille (Blanche) qui admire l'ami de ses parents et qui en grandissant transforme cette admiration d'enfant en amour d'adolescente, puis d'adulte.

Un amour exclusif qui balaie tout sur son passage et veut oublier les souffrances endurées par l'être aimé, au point de devenir injuste (voire odieuse) avec celui qu'elle aime.

Blanche est prête à tous les sacrifices, même celui de sa propre fille qu'elle emmène vers le danger sans arrière pensée.

Je n'ai pas du tout aimé son personnage si égocentrique et jaloux qu'elle en devient odieuse, si irresponsable aussi qu'elle est prête à abandonner sa fille, pour partir avec celui qu'elle aime.

 

C'est surtout l'histoire d'un jeune homme brillant et libre, amoureux de son pays et qui n'accepte pas la montée du nazisme.

Le personnage de Thomas est en effet au centre du récit.

Déporté, torturé, exilé, blessé au plus profond de lui-même il continuera à résister mais perdra ses amis les plus chers avant de trouver refuge chez ses amis français qui le sauvent mais ne peuvent le guérir de ses souffrances, ni lui rendre sa patrie, ni empêcher que les français le considèrent comme un ennemi.

 

Une manière d’aborder la seconde guerre mondiale différemment et de se plonger dans le destin tragique des résistants allemands dont on parle si peu dans la littérature.

Un très beau texte qui se lit très facilement dès 14 ans.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 17:02
Pas pleurer / Lydie Salvayre

Ce roman a reçu le Prix Goncourt 2014.

Lydie Salvayre est la onzième femme (seulement...) à obtenir un Prix Goncourt depuis la création du prix en 1903 !

 

Dans ce roman, l'auteure aborde la Guerre civile espagnole mais selon la vision et les souvenirs de sa propre mère Montse. A 90 ans, celle-ci évoque pour sa fille, ses souvenirs d'adolescente et ces journées de juin 1936 qui l'ont marquée à jamais.

Elle habitait alors avec sa famille, dans un petit village de Catalogne, (La Fatarella ?), village reculé dans les terres, où la plupart des habitants ne savaient ni lire ni écrire, seulement travailler la terre et se soucier des récoltes d'amandes ou d'olives, enchaînés qu'ils étaient par les traditions,  à leur lopin de terre desséchée.

 

Les idées libertaires des jeunes affolent d'ailleurs les anciens dont le père de Montse. Les conflits sont tels que les jeunes n'ont pas le choix : Montse, éprise de liberté et de soif de vivre va partir avec son frère José à Barcelone...

Ils vont vivre quelques jours extraordinaires.

Alors qu'ils ont à peine plus de 15 ans Montse, ses amis et son frère  vont découvrir que, s'ils apprécient la liberté, la Révolution a semé aussi trop de cadavres.

José, choqué, désabusé et déçu décide de rentrer au village avec son ami Juan.

Elle, qui est restée à Barcelone, va tomber amoureuse, pour une nuit, d'un poète en partance pour la Révolution...

 

"Montse n'est jamais sortie, pour ainsi dire, de chez elle. Elle n'a jamais lu de romans d'amour qui instruisent les adolescents sur les choses du sexe et les autres. Elle a grandi dans une famille puritaine, campagnarde et totalement ignorante du monde, persuadée que toutes les épouses devaient, par décret, la boucler, persuadée que tous les pères de famille étaient autorisés, par décret, à cogner femme et enfants, élevée dans la crainte de Dieu et du diable qui prend mille masques trompeurs, mon enfant, et parfaitement dressée à obéir et se soumettre".

 

Elle reviendra au village, enceinte d'un bébé qu'elle n'a pas vraiment désiré, ne sachant pas le nom du père (elle n'a eu le temps de lui demander que son prénom) et rêvant qu'il va pouvoir la retrouver, alors qu'elle ne lui a jamais dit, ni son nom de famille, ni celui de son village...

 

Il faudra que sa famille (surtout sa mère) arrange rapidement un mariage avec Diego qui a toujours été amoureux d'elle, et qui en plus est riche, ce qui ne gâche rien, pour sauver l'honneur de la famille.

 

Mais Diego (communiste)  et responsable du village a toujours été opposé à José (anarchiste). Les deux hommes se fâchent. Les familles du village se déchirent, la fractule idéologique est trop forte et dresse les hommes les uns contre les autres, les obligeant à se rallier derrière l'un ou l'autre des beaux-parleurs.

 

Montse est trop jeune pour comprendre tous les enjeux de la bataille...

Elle accepte de se marier avec Diego et elle, qui était la fille d'une "mauvaise pauvre", va devoir s'adapter à sa nouvelle vie dans une famille qui a des manières, des idées et des coutumes différentes. Au début le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne se sent pas du tout à sa place.

 

C'est au milieu de ce désastre qu'elle va mettre au monde sa petite fille Lunita. Puis peu à peu elle va découvrir les gens qui l'entoure, leurs motivations, leurs faiblesses et changer du tout au tout sa vision du monde.

Mais il lui faudra tout quitter avec sa petite fille pour rejoindre la France. Durant ce qu'on appelle la "Retirada", elle marchera, jour et nuit pendant un mois, pour rejoindre la frontière salvatrice, se cachant dans les fossés, sa petite fille sous elle dès l'annonce d'un bombardement, avant d'être enfin accueillie dans un camp puis de pouvoir retrouver Diego, son mari.

 

L'autre voix qui s'élève est celle de Bernanos qui, depuis Palma de Majorque se révolte et s'indigne.

Il veut montrer le rôle joué par les responsables religieux qui bénissent les massacres, massacres qui sur de simple suspicions font des milliers de morts, simples gens arrêtés et emmenés souvent au milieu de la nuit pour être exécutés.

Tout cela perpétré par les Franquistes et soutenu, au nom de la foi et selon la volonté de Dieu, par les croyants et religieux... Il faut absolument lutter contre les Rouges, ces villageois, ces "mauvais pauvres".

Bernanos, plutôt traditionnaliste  qui soutenait Franco au départ (il était d'extrême-droite, membre de l'Action française, monarchiste et catholique pratiquant), ne peut en découvrant la haine et toutes ces exactions, que s'indigner. Il écrira son livre qui fera scandale "Les grands cimetières sous la lune" (paru en 1938), livre anti-franquiste très décrié à l'époque. Il y évoque aussi la vague de solidarité sans précédent qui amène les ouvriers français à soutenir les "copains" espagnols, un soutien qui le bouleverse. Il décrit ce qu'il voit avec un certain courage alors que les catholiques espagnols préfèrent le crime à la vérité. Bernanos ne cessera pas de s'interroger à ce sujet : pourquoi les hommes n'ont-ils pas le courage de dire la vérité et même de "percevoir la réalité", même si elle contredit leurs opinions, les mettant ainsi en péril face à eux-mêmes ?

 

"A Palma de Majorque, rien ne révoltait plus.
Devant les meurtres par milliers, devant la barbarie effroyable, devant les tracasseries écoeurantes imposées aux familles des exécutés, devant l'interdiction abjecte faite aux épouses de porter le deuil des fusillés, la population majorquine restait comme hébétée.
Il faudrait bien des pages, écrivit Bernanos, pour faire comprendre qu'à la longue, ces faits, qui n'étaient mis en doute par personne, ne soulevaient plus aucune réaction. "La raison, l'honneur les désavouaient ; la sensibilité restait engourdie, frappée de stupeur. Un égal fatalisme réconciliait dans le même hébétement les victimes et les bourreaux".
Bernanos découvrait, le coeur défait, que lorsque la peur gouverne, lorsque les mots sont épouvantés, lorsque les émotions sont sous surveillance, un calme, hurlant, immobile s'installe, dont les maîtres du moment se félicitent. "

 

Ce que j'en pense

 

Ce roman n'est pas un cours d'histoire sur la Guerre civile espagnole même si certains épisodes précis y sont retranscrits, en particulier à travers les pensées et les paroles de Bernanos. Montse, de son côté, évoque plutôt l'ambiance libertaire de l'époque, peu connue d'ailleurs et peu décrite dans les livres d'histoire.

Sur le site suisse "Le temps", dans les pages "Culture" ICI, l'auteure parle de son livre et dit  :

"Les gens ne savent pas que l’Espagne a vécu pendant quelques mois – en tout cas des milliers de villages et plusieurs grandes villes – sur le mode libertaire. Avec des villages transformés en communes, sans pouvoir central, sans tribunaux, sans églises, sans argent. Ça a fonctionné ! On imagine la menace pour l’ordre bourgeois et pour l’ordre communiste, aux yeux de l’Europe dont on espérait le soutien."

 

 

Ce qui est intéressant dans ce roman, c'est que les événements sont décrits selon le point de vue du peuple et à travers les souvenirs de Montse. Elle réécrit peut-être l'histoire et l'embellit sans doute à cause du sentiment de nostalgie qu'elle éprouve en racontant sa jeunesse, mais cela donne à voir une certaine vérité car elle parle avec ses tripes. Bien sûr, elle exagère souvent et cela donne une note d'humour qui allège les événement plus dramatiques.

 

Le lecteur découvre des personnages passionnés chacun à sa façon : José le frère de Montse, Diego le mari, le père de Diego... Il découvre une histoire d'amour impossible à l'époque : deux jeunes gens issus de milieux sociaux différents et de clans politiques opposés ne pouvaient pas se marier.

 

L'évocation des souvenirs de jeunesse de la mère est tout à fait émouvante, même si le lecteur peut être surpris qu'elle ait attendu tout ce temps pour dévoiler à sa fille qui était son père et l'histoire qui a précédé la naissance de sa soeur aînée. [C'est en fait après la mort de sa mère que l'auteur a écrit le roman].

 

C'est d'autant plus émouvant que cette mère ne se souvient de rien de récent, mais peut décrire avec détails ces années-là, d'autant plus précisément qu'ils ont été vécus intensément.

 

Ce qui est émouvant aussi c'est de voir que l'auteure qui, enfant avait honte de sa mère, parce qu'elle n'était pas comme les autres, ne parlait pas comme les autres puisqu'elle utilisait cette étrange langue qu'est le fragnol_ la marque des étrangers, la marque de ceux qui avaient fui la guerre civile pour venir s'établir en France, y trouver n'importe quel boulot, y survivre, y élever leurs enfants et les nourrir_lui rend ici un superbe hommage en transcrivant cette nouvelle langue vivante, poétique et en la rendant accessible...

 

C'est avec une infinie tendresse que l'auteure nous dévoile cette mère qu'elle admire à présent. Le roman est d'ailleurs étayé de phrases en fragnol, plutôt compréhensibles d'ailleurs, de phases totalement en espagnol, pas toujours faciles à comprendre dans les détails pour ceux (comme moi) qui ne le parlent pas, mais dont le sens général est cependant tout à fait compréhensible dans le contexte.

 

Ce fragnol montre au lecteur comment mère et fille ont réussi à communiquer tout au long de leur vie, en inventant cette langue bien à elles_cette  nouvelle langue, mélange de leurs origines et témoin d'une réelle complicité.

 

Les registres de langues sont variés et certaines de ces phrases sont inachevées créant un rythme propre à ce roman particulier où plusieurs voix s'entrecroisent.

 

Certains lecteurs sur le net disent être choqués que le Prix Goncourt propose un texte contenant des passages vulgaires en particulier lorsque la mère parle de religion...

Il faut se remettre dans le contexte de l'époque : La religion avait une telle emprise sur les personnes que, soit les gens du peuple étaient pieux à l'extrême, soit ils avaient une attitude tout à fait blasphématoire...

Peut-être est-ce pour cela que certains passages, violents verbalement, n'ont pas été traduits ?

 

C'est en tous cas un roman qui m'a beaucoup touchée et qui me donne envie d'en savoir plus sur la guerre civile espagnole et de continuer à me documenter pour me faire ma propre idée.

Je suis sûre qu'il en sera de même pour tous les lecteurs.

 

Qui est l'auteur ?

 

Lydie Salvayre est fille de réfugiés espagnols. Son père s'est engagé dans les troupes du général Lister afin de protéger les réfugiés qui ont marché jour et nuit (comme Montse dans le roman) fuyant les bombardements avant d'atteindre enfin la frontière.

 

Elle dit que tous ces souvenirs vécus par sa famille ont refait surface alors qu'elle commençait la lecture du livre de Bernanos " Les grands cimetières sous la lune" bien après la disparition de sa mère et alors qu'elle découvrait cet auteur (que son inconscient lui interdisait de lire jusqu'à présent à cause de ce qu'il était) pour la première fois.

 

En exerçant le métier de pédopsychiatre, elle avait déjà rendu une forme d'hommage à son père Diego et mieux compris les dégâts occasionnés durant sa petite enfance (décrite dans le roman) et qui expliquent sans doute que plus tard, malgré la sécurité rencontrée en France, il soit toujours resté un "exilé" et est vécu toute sa vie "en souffrance"...

 

"Accueillir la vérité d'où qu'elle vienne, même si c'est d'un endroit qui vous gêne affreusement, il n'y a rien de plus beau."

 

Et le titre, d'où vient-il ?

 

 

"Dans un texte, Marina Tsvetaïeva se plaint – auprès de Pasternak je crois. Elle dit qu’elle a faim, qu’elle a froid. Et tout à coup, elle s’arrête et elle dit: «Pas pleurer». J’ai trouvé que c’était une belle posture existentielle, littéraire, philosophique. J’ai donc écrit le livre puisque j’avais un titre…», plaisante Lydie Salvayre.

 

Sa mère et son père, non plus, n'ont "pas pleurer" lorsqu'ils ont quitté leur pays pour toujours...

 

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