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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 05:55
Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

Du Monde Entier / Gallimard, août 2016

 

Sebastian von Eschburg est originaire d'une famille aisée qui appartient depuis des générations à l'aristocratie et a donné son nom au village d'Eschburg-le-Château, situé entre Salsbourg et Munich. 

Il habite dans le superbe manoir construit au XVIIIe siècle par ses ancêtres,  où sa mère élève des chevaux.

Personne ne s'occupe réellement de lui : sa mère s'adonne à sa passion et son père travaille, se saoûle ou passe son temps dans son bureau et à ses parties de chasse.

A dix ans, Sebastian est envoyé en pension en Suisse, là où tous ses ancêtres ont fait leurs études secondaires. 

Un été, alors qu'il est venu passer ses vacances chez ses parents, son père se suicide et c'est le jeune Sébastian qui découvre découvre son corps. 

Sebastian s'était assoupi dans le fauteuil. Quand il entendit la détonation, il dévala les escaliers dans la pénombre, traversa en toute hâte le vestibule du rez-de-chaussée, trébucha, se meurtrit le genou, fila sans désemparer le long du couloir qui conduisait au bureau de son père. Il ouvrit brusquement la porte...

"Nous avons encore le temps" lui avait dit son père.

 

Sa mère nie le suicide et lui parle d'un terrible accident.  

Sebastian va s'enfermer dans son imaginaire. Il a depuis l'enfance un don particulier pour percevoir les couleurs...c'est ce qu'on appelle la synesthésie, une perception particulière qui lui fait voir le monde différemment des autres.

 

Sa mère ne va avoir qu'une hâte c'est de vendre la demeure et de refaire sa vie, ce qu'elle fait quand Sebastian atteint ses 16 ans. 

Sebastian qui s'entend mal avec son beau-père va essayer d'oublier son enfance , la mort brutale de son père et le manoir où il adorait vivre, en se plongeant dans l'art.

Il se consacre alors à la photographie et suit une formation chez un photographe célèbre, avant d'ouvrir son propre studio à Berlin.

 

Il travaille beaucoup sur la beauté et photographie de nombreux artistes, mais il montre aussi la solitude des hommes et n'a rien contre un peu de sexe, puisqu'il photographie aussi beaucoup de nus, dont Sofia sa maîtresse, qui semble être la seule à le comprendre. 

Ses photographies sont très originales : elles montrent que vérité et réalité sont deux choses totalement différentes et en sont même effrayantes.

Mais cela plaît et il devient célèbre a seulement 25 ans. 

Tout bascule alors qu'il est au sommet de sa gloire... le jour où Sebastian est accusé d'avoir tué une jeune femme dont on a retrouvé des traces de sang dans sa voiture et qui aurait appelé les secours alors qu'elle se trouvait enfermée dans la malle.

 

Le policer chargé de l'interrogatoire le menace, tandis que le procureur Monika Landau se retrouve au coeur de l'affaire. Malgré les preuves, aucun coprs n'est retrouvé et l'identité de la victime reste inconnue.

Mais Sebastian avoue le crime... 

 

Un interrogatoire est une entreprise bien délicate songeait Landau. Pourquoi le suspect passerait-il aux aveux , s'il réfléchit ne serait-ce qu'un instant, il s'apercevra qu'il n'a rien à y gagner. Un homme n'avoue qu'il a commis un crime que s'il a un bénéfice à en retirer...

 

Konrad Biegler, un célèbre avocat de Berlin accepte de se charger de sa défense, et de prouver l'innocence de son client, alors que lui-même est amoindri par un événement récent : il vient d'être victime d'un sérieux burn-out et se remet avec peine de sa dépression... 

 


"- Je voudrais que vous me défendiez comme si je n'étais pas l'assassin.
- Comme si vous n'étiez pas l'assassin ? Qu'est-ce à dire ? Est-ce que c'est vous, oui ou non ?
-Est-ce si important ?"
C'était une bonne question. Et la première fois qu'un client la lui posait.

 

C'est un roman surprenant à bien des égards.

Est-ce un problème de traduction... j'ai trouvé que la première partie manquait de fluidité.

C'est vrai que de nombreux événements se succèdent, mais l'alternance des rythmes ne facilite pas la lecture. 

La description trop poussée de certains personnages qui ne s'avèreront d'aucune utilité ni pour l'histoire, ni pour l'ambiance, ainsi que certains détails m'ont même ennuyé. 

Il en est de même pour tout ce qui concerne la technique photographique. Certes ces détails peuvent peut-être passionner un photographe, mais n'apportent rien au récit, ni à la résolution de l'affaire. 

 

Ce qui est intéressant par contre, c'est la manière dont le personnage se plonge dans sa passion (la photographie) pour essayer d'échapper à la réalité du monde qui l'entoure. L'art est un refuge, la photographie lui permet de mettre une distance entre lui et le monde qui le fait souffrir, mais ne va pas suffire à le rendre heureux.

Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une brève introduction mettant en scène Louis Daguerre, l'inventeur de la photographie, l'auteur montrant par là son intention de porter aussi une reflexion sur l'image, certes, mais surtout sur le regard du photographe. 

 

Le suspense démarre réellement au niveau de la seconde partie lorsque  le crime est révélé et le héros accusé. A partir de là, le lecteur veut connaître la vérité et n'aura de cesse de suivre les pérégrinations et les réflexions de l'avocat qui cherche à comprendre.

Est-ce vraiment la jeune demi-soeur de Sebastian qui a été assassinée ? 

 

Mais là encore j'ai été déçue : l'avocat est un personnage sans aucune profondeur et le lecteur est même étonné qu'il réussisse à résoudre une telle énigme et à prouver l'innocence de son client. Là encore beaucoup de problèmes surgissent lors de la lecture...

L'histoire de la torture arrive comme un cheveu sur la soupe. Elle aussi n'est pas crédible dans la mesure où le policier n'était pas seul lors de l'interrogatoire. Comment le procureur a-t-il pu tolérer de telles menaces ? Ce fait est plus que surprenant !

Le fait que l'accusé ait semé un certain nombre d'indices sur sa route, avant son accusation, n'est absolument pas crédible non plus !

Mais le lecteur, en bon public, est prêt à oublier ce détail...ce qui lui permet même d'être surpris quand il découvre toute la vérité sur l'affaire.

Certains personnages sont totalement imaginaires alors que nous avons cru à leur existence et vice versa. 

C'est à la fois amusant et déconcertant car cela nous interpelle sur la notion de vérité, de culpabilité, mais aussi de crime et sur notre propre façon d'anticiper les événements et de les imaginer.

Car vérité et réalité sont forcément différents...

C'est ce que l'auteur a voulu nous montrer comme le ferait le regard porté par le photographe sur le monde.

 

Malgré le manque de fluidité de la première partie (122 pages / 224 ) qui empêche finalement le lecteur d'éprouver une quelconque empathie avec le héros, malgré le manque de crédibilité de l'histoire, j'ai finalement eu du plaisir à lire la seconde moitié du roman.

Pour moi ce n'est absolument pas un roman policier, car il n'y a pas véritablement d'enquête. L'avocat doit résoudre des énigmes dans une sorte de jeux de piste...que l'assassin présumé lui a laissé avant d'être inculpé.

 

Malgré l'originalité de la construction de l'histoire, je garde un avis mitigé sur ce roman mais je tiens à remercier les Éditions Gallimard et Masse critique de Babelio pour m'avoir permis de découvrir cet auteur et ce roman en avant-première de la Rentrée Littéraire 2016.

 

tous les livres sur Babelio.com

 

L'auteur est avocat de la défense au barreau de Berlin depuis 1994.

Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont deux ont été traduits en français et ont reçu un succès international. 

Crimes et Coupables (nouvelles)

L'affaire Collini

Le présent roman paru en 2013 en allemagne est traduit de l'allemand par Olivier Le Lay

 

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 06:46
Actes sud / Actes noirs, 2015

Actes sud / Actes noirs, 2015

 

Dans les années 60, dans le petit village de Finsterau en Bavière, un ivrogne déclare connaître le véritable coupable d'un double meurtre perpétré presque 20 ans auparavant. 

L'aubergiste n'y croit pas au départ mais le lendemain, une coupure de journal est retrouvée dans le porte-feuille de l'homme...qui est malencontreusement tombé derrière une chaise. 

Sur la photo illustrant l'article, le procureur Augustin paraît bien jeune, mais il est parfaitement reconnaissable.

Il vient souvent ici prendre une bière. 

L'aubergiste décide de lui répéter les mots du vagabond. 

C'est le père de la jeune Afra qui a été accusé du meurtre et il purge sa peine dans un asile de fou. 

 

Augustin accepte de réouvrir l'enquête. Pendant que les différents témoins s'expriment sur l'affaire, chapitre après chapitre, le lecteur prend connaissance des multiples dépositions ou rapports qui s'accumulent dans le dossier.

 

La jeune Afra tombe enceinte d'un soldat français, soldat qui bien sûr comme tant d'autres, ne saura jamais qu'il a eu un fils.

Elle est bien obligée de revenir chez ses parents en cette année 1944...

Elle a perdu son emploi et tout le monde la rejette pour avoir fricoter avec l'ennemi. 

 

Faut pas perdre de vue son intérêt personnel, n’oublie jamais ça. Le Français me sera plus utile qu’une bonne femme. J’ai besoin de bras, à la ferme comme à la maison. De gens à qui le travail ne fait pas peur. Je me fous complètement d’où ils viennent, les gens, et le Français, il ne me coûte presque rien.

 

Elle avait quitté le foyer des années plus tôt pour aller chercher du travail en ville et s'éloigner de l'extrême pauvreté de ses parents, Johann et Theres Zauner, les "sans terre" comme on les appellait dans le village. 

 

Très pauvres mais cependant très croyants, ils la recueillent tout en ayant honte de son comportement. Malgré sa grossesse, ils lui mènent la vie dure et même après la naissance du petit Albert, les disputes avec son père sont incessantes...et de plus en plus violentes. 

 

Un jour où la mère s'est absentée pour la journée, Afra et le petit Albert, âgé de deux ans à peine, sont retrouvés morts...

 

 

- Tu sais, Afra, je finirai par t'avoir. T'auras pas le choix. Des pauvres diables comme vous, des crève-la-faim, et ton père qui commence à travailler du chapeau. Tu peux bien me jeter dehors aujourd'hui, je vais te dire une chose, je reviendrai. je te montrerai ce que c'est un homme, un vrai. Et tu sera contente que je revienne...

 

Tout le village accuse Johann, le père. Condamné à une peine de 10 ans, il sera ensuite interné dans un asile, vu son état mental, à la demande expresse du procureur...

 

L'affaire est close !

Chez nous, on ne meurt pas assassiné, ni par un inconnu, ni encore moins par son propre père. Quand on meurt, on meurt dans son lit, que ce soit de maladie – de phtisie par exemple – ou en couches, ou simplement de vieillesse, parce qu’il est temps de s’en aller. Il peut arriver, même si c’est rare, que quelqu’un ait un accident sur son lieu de travail.

 

Voilà un polar tout à fait passionnant presque trop court (à peine 109 pages) d'un auteur que je connaissais absolument pas.

Les propos sont intenses et l'analyse des comportements humains sans concession.

Ce petit village d'après-guerre fait comme il peut pour se sortir de la pauvreté et des traditions qui l'empêchent d'évoluer vers davantage d'ouverture aux autres et de modernité.

La simplicité des gens se fait complice d'une accusation erronée...

Le coupable idéal ayant été trouvé, personne ne relève les indices démontrant le contraire, même les personnes chargées de l'enquête.

 

 

J’ai appris qu’il y a des raisons très différentes d’avouer un crime, et qu’on peut même avouer de manière très convaincante un crime qu’on n’a jamais commis. Il est parfois difficile de reconnaître la vérité, et il arrive que des policiers pourtant consciencieux n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre, ils ne sont pas différents des autres gens.

 

Le personnage principal qui est filigrane tout au long du roman est bien sûr celui de la jeune femme assasinée sauvagement avec son petit garçon.

Mais même si elle est bien la seule à nous parler de sentiments, et s'il est touché par l'horreur du carnage, le lecteur ne s'attache à aucun personnage, reste en dehors comme s'il s'agissait d'un simple reportage...

Cette façon d'appréhender les faits est tout à fait intéressante et j'ai passé un bon moment de lecture avec ce petit roman, très bien mené et idéal pour une soirée tranquille !

Un auteur à découvrir...pour les amateurs de polar !

 

Il ne savait pas combien de temps il avait déjà passé dans cette pièce. Ils l'avaient arrêté et emmené ici. Lorsque la voiture avait démarré devant la maison, il s'était retourné et avait regardé par le pare-brise arrière. Le linge, toujours sur les cordes, était comme un mur blanc infranchissable. Le vent était tombé...

 

Andrea Maria Schenkel est née en 1962 à Ratisbonne en Allemagne.

 

Elle est surtout connue pour son premier roman, inspiré d'une histoire vraie, "La ferme du crime" paru en 2006. Il s'agit de l'histoire de l'assassinat d'une famille entière de fermiers dans le hameau de Hinterkaifeck, en Bavière. Les faits se sont déroulés en 1920 et l'affaire n'a jamais été élucidée. Mais elle a replacé les événements dans les années 50. Ce roman-témoignage-reportage décrit avec précision le monde rural conservateur et catholique de l'époque. 

Plus tard, lorsqu'ils lui demandèrent : "Pourquoi le gamin ?", il leur répondit :
- Quand une chatte meurt, on tue ses petits.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 07:42
"Chacun meurt seul" est la traduction littérale du titre allemand

"Chacun meurt seul" est la traduction littérale du titre allemand

 

Hans Fallada est le nom de plume de l'écrivain Rudolf Ditzen, né en 1893 à Greifswald (dans le Nord-est de l'Allemagne) et mort en 1947 à Berlin.

 

Dans tous ses romans, Hans Fallada décrit la vie des petites gens. On y retrouve aussi beaucoup de références à sa propre vie. En effet Rudolf Ditzen a vécu une vie plutôt mouvementée et instable. 

Originaire d'un milieu aisé (son père était avocat puis est devenu juge), il tue un camarade lors d'un duel : il a 18 ans !

Accro à la morphine et à l'alcool, il passera une partie de sa vie entre hôpitaux psychiatriques, cures de désintoxication, ou même prisons car son addiction à la morphine en particulier lui joue des tours : il est tantôt violent, tantôt voleur.

Entre deux, il travaille ou écrit des romans.

Marié une première fois, il tire sur sa femme lors d'une querelle et fait à nouveau un séjour en hôpital psychiatrique en 1944. 

Il souffre du régime nazi et de la censure qui a touché plusieurs de ses livres. Il a du se cacher durant toute la guerre. 

Puis en 1947, il publie "Seul dans Berlin" à Berlin-Est.

Peu de temps après la sortie de son livre, affaibli par ses excès de drogue et d'alcool, il décède d'une crise cardiaque. 

 

 

Dans ce dernier roman, comme il nous le précise dans la préface, l'auteur relate l'histoire vraie d'un couple d'allemand, Elise et Otto Hampel, exécutés en 1943 pour des actes de résistance à la prison de Plötzensee. L'auteur a pris connaissance du dossier à la fin de la guerre en consultant les archives de la Gestapo. L'écriture de ce roman est une commande, qui a pour but de montrer le courage de la population contre le régime nazi. 

 

Il écrit son roman en quelques mois à peine mais son roman est un véritable chef-d'oeuvre, un livre essentiel qui aborde cette période sombre de l'histoire à travers le regard et la vie quotidienne de gens du peuple, tous citoyens allemands. 

 

Selon Primo Levi... 

Hans Fallada est le nom de plume de l'écrivain Rudolf Ditzen, né en 1893 à Greifswald (dans le Nord-est de l'Allemagne) et mort en 1947 à Berlin.

 

Dans tous ses romans, Hans Fallada décrit la vie des petites gens. On y retrouve aussi beaucoup de références à sa propre vie. En effet Rudolf Ditzen a vécu une vie plutôt mouvementée et instable. 

Originaire d'un milieu aisé (son père était avocat puis est devenu juge), il tue un camarade lors d'un duel : il a 18 ans !

Accro à la morphine et à l'alcool, il passera une partie de sa vie entre hôpitaux psychiatriques, cures de désintoxication, ou même prisons car son addiction à la morphine en particulier lui joue des tours : il est tantôt violent, tantôt voleur.

Entre deux, il travaille ou écrit des romans.

Marié une première fois, il tire sur sa femme lors d'une querelle et fait à nouveau un séjour en hôpital psychiatrique en 1944. 

Il souffre du régime nazi et de la censure qui a touché plusieurs de ses livres. Il a du se cacher durant toute la guerre. 

Puis en 1947, il publie "Seul dans Berlin" à Berlin-Est.

Peu de temps après la sortie de son livre, affaibli par ses excès de drogue et d'alcool, il décède d'une crise cardiaque. 

 

 

Dans ce dernier roman, comme il nous le précise dans la préface, l'auteur relate l'histoire vraie d'un couple d'allemand, Elise et Otto Hampel, exécutés en 1943 pour des actes de résistance à la prison de Plötzensee. L'auteur a pris connaissance du dossier à la fin de la guerre en consultant les archives de la Gestapo. L'écriture de ce roman est une commande, qui a pour but de montrer le courage de la population contre le régime nazi. 

 

Il écrit son roman en quelques mois à peine mais son roman est un véritable chef-d'oeuvre, un livre essentiel qui aborde cette période sombre de l'histoire à travers le regard et la vie quotidienne de gens du peuple, tous citoyens allemands. 

 

Selon Primo Levi, 

Seul dans Berlin" est "l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie.

Et la quatrième de couverture nous dit...

Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

 

Tout d'abord censuré lors de sa première parution dans la partie de l'Allemagne qui allait devenir la RDA en 1947, la version intégrale du roman est parue en 2014 chez Denoël dans une version non censurée, traduite par Laurence Courtois pour la première fois depuis sa première parution en France en 1967.

C'est celle que j'ai eu en main. 

 

Une émission de France culture : "Hans Fallada : une vie, une oeuvre" du 29 janvier 2013, produite par Mathieu Garrigou-Lagrange raconte la vie de l'auteur et le destin tumultueux de cette oeuvre, dont Denoël racheta les droits "pour une somme misérable" et qui suscite depuis un regain d'interêt en Allemagne (290 000 exemplaires depuis 2011 : source Actualitte), mais également à l'international.

 

 

 

 

C'est un roman incontournable à lire absolument, sans être rebuté par ses quelques 730 pages...

 

 

L'histoire débute à Berlin en 1940. La France vient de capituler et Hitler est au sommet de sa gloire tandis que tous ses partisans fêtent la victoire, partout dans le pays ...

 

Dans un des quartiers de Berlin, au coeur d'un immeuble de la rue Jablonski, vivent toutes sortes de gens.

Parmi eux des juifs, des délateurs, des nazis, des bavards ou des taiseux...des peureux ou des courageux.  

Ils vivent sans réellement se voir tant ils ont peur du régime mais le destin va en décider autrement...et tous les personnages vont se croiser à un moment ou à un autre dans le récit. 

 

Au premier étage, il y a un vieux juge à la retraite mais au grand coeur. 

Puis la famille Persicke, qui fêtent la victoire sur la France à coup de schnaps, et terrorisent tout l'immeuble car ils font tous partis des SS. Leur plus jeune fils, Baldur est le plus terrible d'entre eux car il va bientôt entrer à l'école des futurs cadres nazis et en est très fier. 

Tout en haut, vit  Frau Rosenthal,  une vieille dame juive très discrète,  dont le mari a été emmené en camp de concentration et qui redoute par dessus tout la venue des nazis. 

Tout en bas de l'immeuble vit un affreux malfrat, dont la femme se prostitue, et leurs enfants : c'est Borkhausen...

 

Et puis il y a les Quangel, les deux héros de l'histoire...

 

Une mauvaise nouvelle vient d'arriver chez eux : une lettre leur annonçant le décès d'Ottochen, leur fils unique, mort pour la patrie. 

Tout s'écroule pour le couple. Ils perdent tous leurs repères et en veulent terriblement à Hitler. Anna s'effondre et fait le reproche à Otto d'avoir trop aimé le Führer

Le même jour Otto, employé comme contremaître, dans une usine de meubles qui fabrique maintenant des cerceuils, perd son emploi et redevient un simple ouvrier. On a mis à sa place un bon à rien, paresseux mais appartenant au parti ! 

Avec la disparition de leur fils, disparaît leur raison de vivre et d'espérer des jours meilleurs.  Alors il n'en faut pas plus à Otto et à Anna pour trouver un moyen de dire leur colère. 

Eux si discrets jusqu'à présents, se révoltent...mais sans éclats.

Pour oublier leur peine et trouver un but à leur quotidien, Otto va se mettre à écrire des cartes sur un coin de table, à sa façon, avec ses mots à lui... des cartes contre le Führer, qu'ils vont disséminer dans toute la ville, pendant près de deux ans...avant que la Gestapo qui enquête sans relâche ne découvre qu'ils en sont les auteurs.

Otto et Anna qui ne sont pourtant pas des résistants, le deviennent à leur manière. Ce geste anodin devient un acte de rebellion courageux et important dans le contexte.  

Ils espèrent secrètement créer un mouvement de révolte et freiner la bonne marche de la machine nazie.

Mais les gens qui découvrent les cartes ont si peur, que presque toutes les cartes atterrissent sur le bureau de la Gestapo où le commissaire Escherich, chargé de l'enquête, les conserve tout en plaçant sur une grande carte de Berlin, un petit drapeau sur les lieux exacts où elles ont été retrouvées.

276 cartes seront ainsi transmises et répertoriées.

Le commissaire Escherich pense qu'avec de la patience il finira par découvrir par qui elles ont été écrites. Mais son supérieur, le général SS Prall, ne l'entend pas de cette oreille.

Prall décide d'écarter Escherich de l'enquête et l'enferme au cachot pour insubordination. Mais son successeur est encore plus incapable de résoudre l'affaire.  

Escherich est donc remis en piste avec la menace de retourner en bas au moindre faux-pas. Il réussira à arrêter Otto...

 

Alors commence pour le couple Quangel un long chemin, peuplé de solitude et de violence, raconté dans la dernière partie du roman : la vie quotidienne en prison, les interrogatoires musclés pour les inciter aux aveux, même des fautes qu'ils n'ont pas commises, jusqu'au jugement...

Leur façon d'affronter les interrogatoires et leur dignité à l'approche de la mort est une véritable leçon de courage et un engagement supplémentaire dans la résistance.

 

Le roman relate aussi l'arrestation des personnes aimées et innocentes, proches du couple comme par exemple, le frère d'Anna ou la douce Trudel, la fiancée de leur fils qui avait simplement croisé un jour Otto sur sa route, bien après la mort de son fiancé. 

 

D'autres personnages interviennent de manière importante dans le récit comme par exemple, celui de la factrice Eva Kluge qui se sauve de Berlin pour aller vivre à la campagne chez sa soeur et de son mari Enno qui, à cause de ses petites combines va se retrouver pris dans les filets de la Gestapo et être accusé à tort d'avoir écrit les cartes...

 

 

Mon avis

 

C'est un livre éprouvant dont le lecteur ne peut sortir indemne tant il est fort et réaliste. Il mérite qu'on s'arrête un instant sur sa lecture. 

L'écriture est toute simple et les mots sont d'autant plus poignants que les faits sont racontés sans aucune colère. 

 

Le roman nous parle de ces gens simples qui doivent composer avec la guerre, la vie quotidienne et la peur de mal faire car leurs actes, à chaque instant peuvent les faire arrêter et envoyer en camp de concentration.

Ces citoyens allemands vivent dans la terreur, la violence et l'humiliation quotidienne. Ils ont perdu leur libre arbitre et sont devenus des êtres soumis et obéissants. Leurs actes de résistance sont d'autant plus courageux qu'ils sont enrolés de force et forment une masse silencieuse que rien ne semble plus jamais devoir atteindre.

Ils sont capables de tout, même de dénoncer un ami ou un membre de leur famille. Ils surveillent leurs proches, leurs voisins ou leurs collègues de travail.

Certains sont des lâches, d'autres se révoltent dans l'ombre et bravent les interdits au péril de leur vie et de celles de leurs proches. Certains collaborent avec le parti d'autres y adhèrent par crainte, mais se font oubliés ou fuient. 

Ceux qui résistent le font à leur manière sans engagements visibles, seulement par des actes quotidiens comme le font les Quangel. Ce sont de vrais héros !

 

Il y a beaucoup de violence dans ce roman, de morts, de tortures, de suicides... 

On y découvre la barbarie nazie vue du côté des citoyens allemands, juifs ou pas. Car tout est prévu pour contrôler la population, l'humilier, l'enroler dans les différentes organisations du parti qui noyautent tout le pays et ainsi mieux asseoir le pouvoir et freiner la révolte. 

 

C'est un livre qui nous rappelle que notre liberté de tous les jours a été acquises par des êtres engagés qui se sont battus pour leurs valeurs morales et ont décidé de ne pas tout accepter pour avoir encore la liberté de penser, de rire, de s'exprimer et de marcher en toute liberté dans la rue.

 

L'auteur rend un vif hommage à tous ces inconnus qui ont bravé la mort pour agir et dont la grande Histoire a souvent oublié les noms.  

 

Le roman se termine heureusement sur une note d'espoir car au milieu de tous les morts et de tous les renoncements, un jeune ado ose se rebeller et refuser que son avenir heureux soit compromis...

Mais chut je ne vous dirais rien de plus sur lui, ni sur le lien qu'il a avec les différents personnages du roman.  

 

Une autre chronique que j'aime beaucoup sur le blog de Mimi,  "Mes petites boîtes"

Bande annonce du film (sortie prévue en 2016)

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