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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 05:45
Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Le monde, il ne l'avait peut-être jamais vu. Mais ça faisait vint-sept ans que le monde y passait sur ce bateau : et ça faisait vingt-sept ans que Novecento, sur ce bateau, le guettait. Et lui volait son âme.

 

En 1900, sur un bateau qui traverse l'Atlantique et fait escale à Boston,  Danny Boodmann, un des marins du bord, trouve un nouveau-né, bien installé dans une boîte d'emballage de citrons posée sur un piano. Il a sans doute été abandonné par une des immigrées dans l'impossibilité de le garder avec elle et ne sachant rien de ce qui l'attendait à terre.

 

Le nourrisson a environ dix jours et ne pleure pas.

Le géant noir tombe immédiatement sous le charme du bébé, persuadé que l'enfant a été mis là uniquement pour lui, et d'autant plus que sur le carton, il y les initiales T.D.( qu'il interprète comme voulant dire "Thanks Danny").

N'est-ce pas un signe du destin ?

Il baptise le bébé Danny Boodmann (=son nom à lui), T. D. (=thanks Danny) Lemon (=citron)  à cause de la caisse, et Novecento (=1900), en l'honneur de la nouvelle année qui débute ! 

 

Lorsque Tim Tooney, le narrateur, débarque sur le Virginian en 1927, afin d'être engagé comme trompettiste, il fait la connaissance de celui qui depuis le temps a été baptisé "Novecento" tout court, et tous deux deviennent amis.

 

Novecento est un musicien hors pair qui joue de la musique divinement bien sans partition, ni aucune connaissance particulière. Et chose surprenante pour la plupart des personnes se trouvant à bord, il n'est jamais descendu du paquebot.

Mais faut-il parcourir le monde pour le connaître ? 

 

Un jour monte à bord l'inventeur du jazz, le grand Jelly Roll Morton. Il est venu là uniquement pour rencontrer Novecento, dont tout le monde parle et il bien décidé à le provoquer "en duel"... musical. 

 

Les désirs déchiraient mon âme. J'aurais pu les vivre, mais j'y suis pas arrivé.
Alors je les ai ensorcelés.
Et je les ai laissé l'un après l'autre derrière moi.
...
La terre qui était la mienne, quelques part dans le monde, je l'ai ensorcelée en écoutant chanter un homme qui venait du Nord, et en l'écoutant tu voyais tout, tu voyais la vallée, les montagnes autour, la rivière qui descendait, la neige l'hiver, les loups dans la nuit, et quand cet homme eut fini de chanter, alors ma terre, où qu'elle se trouve, a été finie à jamais.

 

Ce court texte a été écrit pour le théâtre. Il se déguste tout en se lisant très vite. 

C'est une sorte de conte philosophique d'une grande poésie car rythmé par la musique et le mouvement incessant des vagues.

Le lecteur a l'impression d'être sur le bateau. Il écoute la musique, entend les vagues se briser sur la coque, et c'est tout juste s'il n'aperçoit pas à l'horizon, lui-aussi, l'Amérique !

L'histoire de ce pianiste "le plus grand du monde" qui n'a jamais quitté le paquebot où il est né, est passionnante surtout lorsque l'on comprend que ce n'est pas la gloire qu'il recherche.

Ce qu'il veut, finalement c'est ne faire qu'un avec la mer, "sa" mer. 

Le narrateur trouve toujours les mots justes pour nous faire partager son histoire.

 

Ce texte en forme de monologue a été joué au théâtre par André Dussolier. 

Un film intitulé "La légende du pianiste sur l'océan" (1998) a été tirée de cette courte histoire. Vous pouvez visionner la bande-annonce du film ci-dessous. 

 

Il avait du génie pour ça, il faut le dire. Il savait écouter. Et il savait lire. Pas les livres, ça, tout le monde le peut, lui, ce qu'il savait lire c'était les gens. Les signes que les gens emportent avec eux : les endroits, les bruits, les odeurs, leur terre, toute leur histoire

 

J'ai découvert l'auteur à l'automne dernier avec son dernier roman "La jeune épouse" qui ne m'avait pas convaincu. Je comprend mieux après la lecture de ce court texte très poétique, que l'auteur ait obtenu plusieurs prix...

 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:00
Inutile de venir frapper à ma porte...

Inutile de venir frapper à ma porte...

 

Cet article est programmé et je ne pourrais pas aujourd'hui venir sur vos blogs car je serais loin de chez moi et très occupée...

 

En effet, aujourd'hui est un jour exceptionnel où le virtuel rejoint pour moi la réalité puisque je vais rencontrer deux personnes qui me sont chères parmi mes amies virtuelles : il s'agit de Mimi et de Maryse que beaucoup d'entre vous connaissent déjà...

Si ce n'est pas le cas, je vous invite à aller les visiter. 

 

Que d'émotions en perspective ! 

 

Ne comptez tout de même pas sur moi pour vous mettre des photos de cette rencontre, vous savez que ce n'est pas mon style. Par contre si le temps le permet je vous montrerai où nous nous sommes retrouvées.

Ce jour, nous serons connectées toutes les trois en pensée à une merveilleuse blogueuse que beaucoup d'entre vous connaissent déjà ! Non seulement elle est douée de ses mains, nous fait visiter sa région, mais en plus elle écrit des poèmes.

 

C'est parce qu'elle va beaucoup nous manquer aujourd'hui que je tiens tout particulièrement à la mettre à l'honneur, en publiant dans mes pages, un de ses poèmes qui parle de ma Provence, comme je n'aurais jamais su (ni pu) le faire moi-même. 

A-t-elle vu ma maison en rêve ? 

 

Quelle me pardonne ici de lui avoir emprunté ce poème SANS son autorisation...cela m'était impossible car on ne prévient pas quelqu'un d'une mise à l'honneur, n'est-ce pas ? 

Voilà son poème pour celles et ceux qui ne l'ont pas encore lu.

 

Un mas en Provence


L’air s’est chargé d’odeurs, de thym et de garrigue,

Quand le soleil brûlant a surgi du coteau,

Seul dans le coin du ciel un fil d’argent navigue :

On croirait voir soudain l’écume d’un bateau.

Puis c’est l’or qui ruisselle et coule à la fontaine

D’une eau qui s’éclabousse en perles sur ma chair,

L’ombre de la cité me parait bien lointaine

Quand je demeure ici, dans ce monde si clair.

Les volets bleus sont clos et la porte est ouverte

Juste ceinte d’un voile où s’amuse le vent,

Pas un son, un écho, la cour semble déserte

Elle qui s’offre aux jeux, aux rires si souvent.

Ce petit mas perdu n’a qu’une seule route

Qui serpente et s’attarde à l’horizon vermeil,

Alors sans un regret ni sans l’ombre d’un doute

Venez donc recueillir l’instant de son éveil.

http://nell-touche-a-tout.over-blog.com/2015/09/un-mas-en-provence.html

 

N'hésitez pas à aller lui rendre  visite et à lire ses autres poèmes.

Pour cela, à partir de la page d'accueil du blog, il suffit de taper sur la catégorie "Poèmes"...et vous y êtes !

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:29
Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

 

Le temps du Printemps des Poètes se termine ce week-end et je ne pouvais pas clore cette quinzaine un peu particulière sur ce blog sans vous parler d'un grand poète qui s'est intéressé de près à la négritude.

Il s'agit d'Aimé Césaire que vous connaissez tous, je pense.

 

D'abord je vous laisse découvrir deux de ces poèmes. Il en a tant écrit que le choix a été difficile ! 

Le premier poème vient de paraître dans un recueil de littérature jeunesse, présenté en format album...

 

 

Chanson de l’hippocampe (extrait)

Aimé CÉSAIRE

Recueil : "Moi, laminaire"

 

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d’amours supputées

mal arrachés au sifflement des mares

un jour rétif

nous t’enfourcherons

et tu galoperas petit cheval sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

 

 

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

 

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, l'écouter ci-dessous en entier...

 

Le second poème est extrait de "Cahier d'un retour au pays", un recueil paru pour la première fois en 1947 chez Bordas et réédité plusieurs fois depuis. 

 

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile (extrait)

Aimé CÉSAIRE

 

*************

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l’épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi-même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d’initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.

Faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine…

 

Aimé Césaire, un poète mondialement reconnu

 

Si vous voulez découvrir d'autres poèmes, vous pouvez consulter le site de poésie française, Wikipoèmes et en particulier les pages qui lui sont consacrées. 

 

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Il est mort en 2008 à Fort-de-France. 

Il fait partie d'une grande famille de sept enfants. Sa mère est couturière et son père instituteur. C'est sa grand-mère, qui savait lire et écrire comme peu de femmes de sa génération, qui lui enseigne le goût de la lecture et lui donne envie d'écrire.

Après des études en Martinique, il obtient une bourse pour étudier à Paris en 1931. C'est là qu'il va devenir ami avec Léopold Sedar Senghor et cette amitié durera toute leur vie. 

Il fera paraître son premier cahier en 1939 et fondera la revue "Tropiques. Dès 1945, il devient maire de Fort-de-France. 

C'est un grand poète, dramaturge et écrivain mais aussi un homme politique important qui a joué un rôle considérable dans le concept de négritude, qu'il a partagé avec Léopol Sedar Senghor. Opposé au colonialisme il a lutté toute sa vie pour l'égalité des droits entre les peuples. 

Sa poésie a été dès le départ saluée par André Breton et Jean-Paul Sartre avant de devenir aujourd'hui internationalement reconnue. 

 

Ecoutez-le nous parler un très court instant de la négritude...

 

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, cet article est le dernier concernant le Printemps de Poètes 2017 sur le thème Afrique(s).

MERCI à ceux qui m'ont suivi pendant cette quinzaine ! 

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 07:19

La poésie pour exister n'attend que notre regard...
Andrée Chedid

 

Aujourd'hui je vais vous parler du "Prix Andrée Chedid du poème chanté". Ce prix est organisé par le Printemps des poètes chaque année. 

Le président d'honneur est bien sûr Matthieu Chedid. 

Ouvert aux sociétaires de la SACEM, les candidats se voient proposer trois textes à mettre en musique.

Le prix est décerné durant le Printemps des poètes mais le lauréat sera attendu ensuite lors des Francofolies de La Rochelle que certains d'entre vous connaissent sans doute, et qui auront lieu du 12 au 16 juillet prochain, pour la remise officielle de son prix...et s'y produire en concert.

En 2017, trois poèmes de Rouben Mélik, Laurence Vielle et Salah Al Hamdani étaient proposés aux candidats...

 

Si vous voulez lire ces textes, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous...

 

Prix Andrée Chedid du poème chanté

 

La lauréate est la jeune Élise Mélinand qui a interprété le poème "J'écrirai" de Salah al Hamdani (extrait de "Bagdad Mon Amour", Editions le temps des cerises).

Vous pouvez écouter la chanson lauréate sur le site du Printemps des poètes...en cliquant sur le lien ci-dessous...puis sur l'année, car bien sûr cette chanson est protégée par des droits et je n'ai pas pu vous mettre un lien direct sur le site. 


Je ne connaissais pas cette jeune chanteuse...

Elise Mélinand  est cette année, candidate à l'émission "The Voice" dans l'équipe de Mika. Ceux qui suivent cette émission (dont je ne fais pas partie) la connaisse donc et pourront même en dire davantage dans les commentaires s'ils le désirent. 

 

Vous pouvez découvrir son univers musical en visitant le lien ci-dessous...et une de ses chansons et si cela vous plaît d'autres vous attendent sur youtube ! 

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 07:30
Rue du monde/ Collection Couleur carré, mars 2017

Rue du monde/ Collection Couleur carré, mars 2017

Sa danse était la pirouette des hirondelles et des libellules dans le beau temps.

 

Petite Lune est la plus vieille femme du village que l'on voit passer au bord du chemin. Elle marche tout doucement, toute courbée et ratatinée, avec l'aide d'une canne.

Mais le saviez-vous qu'elle n'a pas toujours été ainsi ?

Il y a bien longtemps maintenant, elle a été jeune, belle et agile...et elle a même été la meilleure et la plus merveilleuse danseuse de la région.

Et ce que vous ne savez pas, c'est que malgré la vieillesse et son corps qui l'oblige à se mouvoir tout doucement, dans son coeur, elle continue toujours à sautiller...

 

Voilà un album magnifique à la fois poème et conte, superbement illustré par Frédéric Sochard qui vous emmènera jusqu'en Afrique. 

Le texte poétique et très rythmé vous donnera envie de danser ! 

J'ai trouvé que cet album était une belle façon, très émouvante mais pas triste du tout, d'aborder le thème de la vieillesse avec des enfants. 

 

Danse petite lune / Kouam Tawa et Fred Sochard

 

Koum Tawa est né à Bafoussam, au Cameroun en 1974. Très tôt il se consacre à l'écriture de textes poétiques ou dramatiques.

Il a écrit une trentaine d'oeuvres poétiques ou dramatiques et une quinzaine de ses pièces sont mises en scène dans son pays mais aussi en France, au Canada ou au Japon.

Il a reçu de nombreuses distinctions dont le premier prix ACCT de littérature africaine pour la jeunesse en 1997 et a été lauréat du programme "Visa pour la création" de CulturesFrance. 

En 1998, il participe à l'aventure Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis autour de la coupe du monde de football, puis il rejoint le projet de théâtre itinérant Eyala Pena, avec Barbara Boulay comme metteur en scène.

Il réside toujours au Cameroun mais il se déplace souvent pour animer des ateliers d'écriture. Il a été en résidence à Limoges (2001) et à Paris (2007), puis à Rennes (2011) mais également pendant trois mois au Japon, où il a participé à un projet d'écriture. Mais il s'est rendu également aux États-Unis et bien sûr en Afrique... 

 

Retrouvez ci-dessous un des poèmes de Koum Tawa, publié sur le site du Printemps des Poètes...

 

J’aurais aimé être une reine

J’aurais aimé être une reine. Avoir une grande cour. Des hommes et des femmes autour de moi. Les uns pour me servir, les autres à ma charge.
J’aurais aimé être une reine. Avoir une voix qui compte. Dire « je veux » et avoir. Dire « je peux » et pouvoir. Dire « c’est ça » et c’est ça.
J’aurais aimé être une reine. Être de mon temps. Adhérer au monde. Tenir tête à la nuit. Faire corps avec l’espoir.
J’aurais aimé être une reine. Triompher de moi-même. Être la chance des autres.

J’aurais aimé être une reine. Avoir un nom qui dure, une danse qui me porte.
Je me serais au moins permis le rêve si la mort qui n’a pitié de personne n’avait fait de moi la petite dernière qui se cherche sans savoir s’il lui faut monter ou descendre.

Kouam Tawa, Cameroun (1974 - )
Extrait de Elles(s), Editions Lanskine, coll. Ailleurs est aujourd’hui, 2016

 

et d'autres sur le blog de "Terres de femmes".

 

Fred Sochard l'illustrateur de l'album, est né en 1966. Il grandit à Nantes face à la gare de triage.  Puis il étudie les Arts décoratifs à Paris. Il abandonne son travail d'infographiste pour devenir illustrateur de presse et pour la jeunesse. Son amour pour l'art aborigène, indien ou africain se retrouve dans ses dessins. 

Sa page facebook est ICI.

Mais vous pouvez aussi le retrouver sur son site perso ci-dessous et sur le blog de médiapart pour ses dessins de presse qui ne manquent pas d'humour. 

 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 07:21
La double page du magazine Phosphore

La double page du magazine Phosphore

 

Depuis trois ans déjà, le printemps des poètes et le magazine Phosphore organisent en partenariat un jeu autour de la poésie.

Le magazine propose aux lycéens une dizaine de textes dans ses pages et invite les jeunes à voter pour leur préféré, celui qui les touche mais aussi celui qui correspond à leur vision de la jeunesse, à leurs attentes et à leurs rêves de jeunes de 17 ans. 

Ce poème devient ainsi le poème de leur 17 ans...et chaque année ce poème est ensuite publié dans les pages du journal pendant le printemps des poètes. (et lu lors d'une animation à Paris). 

Cette année le poème lauréat est "Ma vie est une chanson" de Francis Bebey.

Je vous le transcris ici car sur la double page illustrée du magazine, c'est difficile de le lire...

 

  

 

 

 

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds "Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil"

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi

Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t’emmener au pays d’où je viens
Où j’ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de l’amour
De la terre avec le soleil

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi.

Francis Bebey (1929 - 2001)
L’Harmattan éditeur

 

 

En 2015 le poème lauréat était "Avant de naître" de Ian Monk.

En 2016, "Inconnu n'est pas étranger" de Yvon le Men. 

 

On est pas sérieux quand on a 17 ans / Partenariat Printemps des Poètes-Phosphore

 

Qui était Francis Bebey, le lauréat de cette année ?

 

Né en 1929 à Douala, il est initié au chant par son père, un pasteur protestant qui joue lui-même de l'accordéon et de l'harmonium. Il n'écoute en famille que Bach ou Haendel mais va découvrir grâce à son voisinage, les musiques traditionnelles de son pays qui deviendront sa passion. 

Il joue d'abord du banjo puis de la guitare et quitte le Cameroun dans les années 50 pour venir résider à Paris où il s'inscrit à la Sorbonne pour passer sa licence d'anglais. C'est durant ses études qu'il fréquente et devient l'ami de Manu Dibango

Francis Bebey décide ensuite de partir aux États-Unis pour étudier le journalisme. Il va là-bas composer sa première pièce pour guitare. 

 

Il devient alors journaliste et reporter de radio en Afrique et en France, puis responsable du département de musique de l'UNESCO. 

En 1968 son roman "Le fils d'Agatha Moundio" est récompensé par le Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire" et la même année, il se produit en concert à Paris, au centre américain. 

En 1974, il décide de se consacrer uniquement à la création et à la composition musicale mais aussi à l'écriture de poèmes, de contes, de nouvelles et d'articles de presse.

En 1977, il obtient le Prix SACEM de la chanson française. 

C'est par ses chansons humoristiques qu'il attire le public mais très vite, celui-ci est conquis. Il se produit partout, sur tous les continents dans des lieux prestigieux. 

 

Résolument moderne, musicien libre et créatif, il a osé tous les instruments de la guitare classique à la flûte pygmée. 

Ce grand poète, écrivain, auteur-compositeur interprète camerounais nous a quitté en 2001 mais fait toujours partie des précurseurs qui ont permis la reconnaissance des musiques africaines.

 

Pour en savoir plus sur lui, je vous invite à lire sa biographie racontée par ses enfants...

 

 

Et à écouter (car ce n'est pas une vidéo) ces quelques extraits de guitare...mais vous avez le choix sur youtube si vous ne le connaissez pas. 

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 07:33
Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Je n’ai pas de frères de race,
ni de religion, ni de communauté,
pas de frères de couleur,
pas de frères de guerre ou de combat,
je n’ai que des frères de Terre.

Extrait / Michel Baglin

 

Voici un petit recueil de poésies, de comptines et de paroles de chansons qui s'adresse aux collégiens à partir de 12 ans.

 

En quatre chapitres : "Je ne suis pas du bon côté" ; "De mon peuple décimé" ; "Debout et libre" ; "Chaque visage est un miracle"...le lecteur découvre une quarantaine de poèmes d'auteurs variés qui parlent de la tolérance, de la différence, d'égalité entre les hommes, de solidarité et de respect.

Les auteurs mettent en cause le racisme, l'antisémitisme ou l'esclavage, et toutes les discriminations raciales mais toujours, et c'est important, après leurs cris de souffrance arrive une note d'espoir. 

Ils sont originaires de tous les pays ou presque et sont métis, noirs, blancs, indiens, juifs, aborigènes...

Ce sont soit de grands noms francophones comme Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Pierre Perret, Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas, Robert Desnos, Andrée Chedid, Tahar Ben Jelloun, Maram al-Masri...soit des auteurs moins connus. 

Le lecteur fait ainsi le tour du monde, tout en découvrant des textes magnifiques et forts, mais faciles à lire et à comprendre.

 

A la fin de chaque texte, un court encadré reprend en quelques mots l'essentiel de ce que le lecteur doit savoir sur l'auteur et les circonstances dans lesquelles il a écrit ce poème. 

A côté de cette brève biographie, d'autres encadrés rappellent les lois, ou donnent des extraits de discours. 

 

Dans un dernier chapitre intitulé "Des mots pour le dire" certains des thèmes abordés sont repris pour inviter à une réflexion plus approfondie.

Puis, des pistes bibliographiques sont proposées...pour en savoir plus. 

 

Voilà une petite anthologie pédagogique incontournable car d'une grande richesse qui incite au mieux vivre ensemble dans un petit format parfaitement adapté aux jeunes. 

 

Chants du métissage / Pierre Kobel

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 07:21
Édouard Maunick et le Prix de poésie qui porte son nom

…il est tard dans mes yeux
pour faire le tour du monde
mes livres sont rangés
plus de voyages à lire
que l’envers de l’exil...

Je viens pour te guérir de l’espérance et dire que la nuit n’a jamais existé.Je viens pour te délivrer de l’insupportable bonheur d’aimer. La nuit, c’est ce que nous avons créé. Un signe pour nous rencontrer entre les autres fleurs.

 

Nous continuerons toute la semaine à parler poésie...

Désolée pour celles et ceux qui n'apprécient pas mais je trouve que le Printemps des poètes est l'occasion rêvée de parler de poésie 15 jours par an. Sinon je ne le fais qu'occasionnellement lorsque je découvre un jeune auteur ou que je (re)lis un recueil.

 

Une de mes découvertes de cette année, en parcourant les pages consacrées au Printemps des Poètes 2017, a été de constater que la liste des Prix de Poésie francophone était terriblement longue et que je n'en connaissais que très peu...

C'est surprenant tout de même que ces prix ne soient pas davantage relayés dans les médias alors que l'automne nous apporte chaque année son lot de prix littéraires, tous incontournables ou presque...que certes nous lirons ou pas, mais qui ont l'avantage de nous faire connaître de nouveaux auteurs ou de débattre autour de ceux que nous connaissons déjà. 

 

Je vous rassure, je ne vais pas vous transcrire la liste de ces nombreux prix que vous retrouverez dans son  intégralité sur le net, si cela vous intéresse.  

Le site du Printemps des poètes vous propos d'ailleurs un récapitulatif des derniers prix décernés, actualisé au fur et à mesure sur le site, avec des archives des années précédentes...

 

Mais je vais vous parler brièvement d'un des derniers prix littéraires de poésie qui a vu le jour en 2016 : c'est le Prix de Poésie Edouard Maunick.

Cela m'a donné envie de mieux connaître ce poète...

 

Édouard Maunick et le Prix de poésie qui porte son nom

 

Qui est Édouard Maunick ?

 

Ce grand poète et écrivain mauricien est né en 1931 dans une famille métisse. 

Tout d'abord bibliothécaire à Port-Louis, il s'installe à Paris en 1960 où il travaille à la Coopération radiophonique tout en publiant des articles dans des journaux francophones. Il entre à l'UNESCO en 1982 et devient en 1985, membre du Haut Conseil de la francophonie, puis ambassadeur de Maurice dans  l'Afrique du Sud post-apartheid. 

Mais sa vie de journaliste et diplomate ne l'empêche pas d'écrire. Il a publié son premier recueil en 1954 et continuera à publier régulièrement. 

Ses poésies sont empreintes de son sentiment de solitude et rappellent la persécution de ses ancêtres africains.

On le qualifie souvent de poète de l'exil...ce qui en dit long. 

 

Il a reçu de nombreuses et prestigieuses distinctions au cours de sa vie dont le Prix Tchicaya U Tam'si en 1989, le Grand Prix de la Francophonie de l'Académie Française en 2003, puis le Grand Prix Léopold Sedar Senghor. 

C'est donc un bel hommage à ses concitoyens qu'il offre en créant ce prix littéraire de poésie, ouvert à tous les mauriciens, habitant l'île ou pas. 

Le premier lauréat de ce prix sera donc récompensé en 2017...

 

Si vous voulez en savoir plus sur Edouard Maunick je vous invite à visiter ce site où vous trouverez en plus de sa biographie complète, sa bibliographie et de nombreux liens vers des entretiens...

 

 

Si vous voulez en savoir plus sur le prix de poésie Édouard Maunick, créé en 2016 pour la première fois, vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous...

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 07:08
Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Dans les années 90, ensanglantées par le terrorisme, la littérature m’a sauvée. Elle était le refuge de mon adolescence. J’ai eu la chance de grandir dans la maison de mon grand-père qui était libraire. Je ne dormais plus dans ma chambre mais dans l’arrière salle de sa boutique, au milieu des livres.

Il se peut que le ciel se porte

sans rides ni ratures

et que tu crois tout, encore possible

dans le recommencement

 

Ou que ce nuage qui moutonne

par-delà la montagne

bouscule les ombres qui se succèdent

derrière une vitre embuée

 

Il se peut que le monde soit vaste

et que tu écrives sur ses déserts

une rencontre qui n’attend pas

que revienne la crue

 

Ou que le fleuve ne lave rien

de la mémoire, des étoiles et du doute

ou que la mer ne soit finalement

qu’une autoroute trop peuplée

 

Il se peut encore

que tout recommence

dans le possible

avec tes rides et tes ratures

rejaillir un être neuf

 

Il se peut

Samira Negrouche

Texte inédit pour Terres de femmes (2009)

 

 

Samira Negrouche est actuellement en résidence à l'espace Pandora à Vénissieux (près de Lyon pour ceux qui ne connaissent pas) et elle sera l'invitée des itinéraires poétiques de Saint Quentin en Yvelines. 

Née en 1979 à Alger où elle réside encore, cette jeune poète et traductrice est reconnue internationalement pour sa poésie mais également ses textes en prose et ses essais.

Elle est une des plus talentueuses voix de la jeune génération d'auteurs du Magheb.

Passionnée par Rimbaud et par les grands auteurs algériens du XXe siècle, elle revendique le droit d'écrire en français.

Le français est une langue algérienne...
Il existe une spécificité algérienne : la langue française n’est pas la langue des élites financières et bourgeoises contrairement à d'autres pays du Maghreb. Là-bas, le français est enseigné dans des établissements privés et onéreux. En Algérie, le français est la langue du peuple et les études primaires et secondaires sont en français. La cassure survient à l’université. Les sciences sont enseignées en français mais les études littéraires, les sciences humaines et sociales, sont en langue arabe ! En conséquence, la réflexion sociale se pense en arabe mais tout le reste se fait en français.

 

Elle a abandonné son métier de médecin par amour des mots et milite au sein d'associations culturelles et littéraires. 

Elle a obtenu ses premiers prix en 1996 et fonde en 1999 l'association CADMOS qui lui permet d'organiser de nombreuses rencontres littéraires autour du patrimoine culturel méditerranéen. Elle collabore avec de nombreux artistes visuels, ou musiciens et crée en 2016, Bâton/Totem.

Elle est très active pour faire connaître et aimer la poésie, et participe à de nombreux festivals, et à des ateliers d'écriture ou de traduction en milieu scolaire et universitaire...

De part sa naissance elle est trilingue, ce qui déjà n'est pas donné à tout le monde et elle se passionne pour les langues dans lesquelles elle excelle. Ainsi elle peut traduire aussi bien de l'arabe que de l'anglais vers le français.

Elle est l'auteur entre autres oeuvres de "A l'ombre de Grenade" (2003) ; "Le jazz des oliviers" (2010) et "Six arbres de fortune autour de ma baignoire" (2017)

Je vous propose de découvrir cette jeune femme sur la vidéo ci-dessous...et d'écouter son message de tolérance et d'ouverture sur les autres et sur la nécessaire différence. 

 

 

ou bien de suivre sa résidence à Vénissieux sur la page facebook de l'événement...

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:08
Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Harmonie Dodé Byll Catarya est une jeune poète passionnée des mots et une slameuse reconnue et charismatique. 

Née au Bénin en 1991, elle a été très jeune diplômée d'un Master en comptabilité, contrôle et audit.

En 2013, elle devient championne du Bénin Slam et s'engage dans l'écriture, ce qui la révèle au grand public.

C'est la première femme slameuse du Bénin.

Son recueil de poésie "Art-Mots-Nid" est paru aux Éditions du Flamboyant. Elle a participé également à la première anthologie de poésie féminine au Bénin. 

A Paris pour ce printemps des poètes, elle participera à la Lecture-rencontre, organisée le 18 mars prochain au Quai Branly, entre autres projets.

Si vous avez la chance d'habiter la capitale, n'hésitez pas à vous renseigner, pour la rencontrer...par exemple, elle sera demain 11 mars à la Médiathèque Marguerite Yourcenar pour un atelier d'initiation au slam et à la poésie. Si ça vous tente. 

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Sur le sable…

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers

Sont tombées ; je les observe, couchée

Sur une natte façonnée à ma manière

Mes pores vibrent de cet air

Doux et frais ; le temps est magnifique

L’inspiration se frôle à ce bruit

Paradoxe effectif dans un univers mirifique

C’est le soleil qui, délicieusement luit

Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc

Les yeux se régalent sous les élans

De la beauté du paysage.

Les ondes marines me parviennent

Elles me portent un message

Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent

Ces mots marquant mon passage

Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.

C’est le mystère de l’écrivain

Partout, sa plume s’agite

L’univers lui, crépite

A sa guise, ses devoirs de devin

Il est un esclave de la nature

Qui chante sans cesse ses aventures.

 

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 07:28
Ismaël Savadogo, un jeune poète en résidence d'écriture à Paris

J’écris seulement des phrases
sorties d’une nuit noire et difficile ;
et je vois, une fois le jour venu,
tout ce que l’ombre retient.

 

Ismaël Savadogo fait partie des plus jeunes poètes francophones, mis à l'honneur par le Printemps des poètes. Né en 1982, à Abidjan, il commence à écrire durant ses études de philosophie qu'il abandonne la seconde année et, pour s'occuper il publie dans des revues littéraires comme "L'intranquille" et "Traversées" .

C'est en 2015 que paraît son premier recueil "le sable de la terre" Editions du Lavoir Saint-Martin, d'où est extrait le poème que je vous propose aujourd'hui. 

Accueilli en résidence d'artistes par le Printemps des Poètes et la mairie de Paris, il restera en France jusqu'en avril et participera à des rencontres, comme celle qui aura lieu le 18 mars prochain au Théâtre du musée du Quai Branly, à Paris

Il sera à ce moment-là aux côtés de grands poètes et auteurs africains...comme par exemple, Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Tanella Boni et la jeune Harmonie Dodé Byll Catarya, dont je vous parlerai bientôt...et bien d'autres. 

 

Pour trouver là où

nul ne se souvient

 

commencer par chercher

vers un autre angle

ne serait-ce qu’une heure

chaque jour.

 

On voudrait être

dans l’endroit où l’on vole,

 

le ciel alors serait peut-être

moins souvent parti ;

 

faire entrer des enfants

s’ils peuvent tirer des étoiles,

 

si la tâche d’attendre la nuit

ne les sépare pas encore de nouveau

de ce qu’ils rêvent.

 

Extrait de "Le sable de la terre"/Ismaël Savadogo

 

 

Découvrez un de ses poèmes encore inédit, offert au Printemps des poètes...

Ismaël Savadogo, un jeune poète en résidence d'écriture à Paris

 

D'autres poèmes seront bientôt en ligne sur le site de "D'ailleurs-poésie". 

Ombre de la nuit, ombre du matin,
dans quel état nous revient le jour ?

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 07:00
Photo prise sur le blog de l'auteur (http://fkeita2013.blogspot.fr/)

Photo prise sur le blog de l'auteur (http://fkeita2013.blogspot.fr/)

Je me souviens d’un rêveur qui chantait le fleuve.
Il disait que le fleuve est source de bonheur.
De bonheur mais aussi d’espoir inouï.

Fatoumata Keïta, l'écrivaine malienne engagée

 

Née en 1977 au Mali, Fatoumata Keïta est titulaire d'une maîtrise en socio-anthropologie et d'un DEA en socio-économie du développement. Elle est aussi rédactrice de scripts radiophoniques.

Fatoumata Keïta se définit elle-même comme "une poétesse engagée et révoltée par tout ce que nos politiques font vivre aux populations". Résolument moderne, elle propose de poser un autre regard sur son pays natal. 

Sa première oeuvre parue chez NEA en 1998, s'intitulait "Polygamie, gangrène du peuple".

Depuis elle a toujours continué à écrire des poèmes, des nouvelles et même un roman "Sous fer" où elle aborde le thème de l'excision. 

Elle est lauréate du 2e prix de la première Dame du meilleur roman féminin à la seconde édition de la Biennale des Lettres de Bamako.

Elle est également lauréate du Prix Massa Makan Diabaté 2015 de la rentrée littéraire du Mali et du 2e prix du meilleur roman de l'Afrique de l'Ouest.

Elle écrit aussi des "poèmusiques" c'est-à-dire des poèmes mis en musique par Aba Diop.

Toute son oeuvre parle de la société malienne, de la liberté d'expression, du poids des traditions et de la condition de la femme. Ce qu'elle veut, c'est interpeller les consciences tout en aidant son pays à bâtir son avenir. 

 

En novembre 2016, elle a publié, avec le photographe Michel Calzat un carnet de voyage poétique qui mêle ses poèmes aux photos prises sur les bords du fleuve Djolibà à Ségou et auprès des Bozos du village de Géini.  

 

J'aimais cet homme qui chantait le fleuve...

J'aimais cet homme qui chantait le fleuve...

 

Je vous invite à la découvrir et ce sera mon hommage personnel à toutes les femmes en cette Journée internationale de la femme

 

Pour mieux la connaître, retrouvez-la sur son blog...

 

OU écouter ce poème porteur d'espoir qui s'intitule "Demain"...

Lecture du poème intitulé "Demain", par Fatoumata Keïta

 

OU encore, si vous avez un peu de temps,  un de ses premiers poèmes, "Laissez-moi parler", un poème qu'elle a écrit lors de ses années de lycée et qui se trouve sur le premier CD regroupant ses poèmes mis en musique.

Le poèmusique "Laissez-moi parler"

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 07:14
Tchicaya U Tam’si, la seconde voix majeure de la poésie africaine

Mon destin écorché éclate de soleil, il ne faut plus dormir je sonne les réveils.

 

Poète, romancier et dramaturge, Tchicaya U Tam'si est un écrivain célébré au Congo mais peu connu en France. Il est pourtant une des voix incontournables de la poésie africaine.

Né à Mpili en République du Congo en 1931, il passe son enfance à Pointe-Noire. Son père, Jean-Félix Tchicaya, est instituteur et très érudit. Il rêve de voir son fils devenir magistrat. 

A 15 ans, le jeune Gérald-Félix quitte le Congo : son père vient de devenir le premier député noir qui va représenter l'Afrique équatoriale à l'Assemblée Nationale, de 1944 à 1958.

 Il deviendra plus tard, une figure majeure de la décolonisation. 

 

L'adolescent abandonne ses études au grand désespoir de son père pour se livrer à différents petits métiers et surtout se mettre à écrire. Il fréquente assidûment les cafés littéraires de la Rive Gauche. 

Il fait paraître ses premiers poèmes dès 1955 dans un recueil intitulé "Le mauvais sang", alors qu'il n'a que 24 ans... des poèmes largement inspirés de Rimbaud qu'il admire et qui lui vaudront son surnom de "Rimbaud noir". 

 

C'est en 1957, que Gérald-Félix Tchicaya, prend le pseudonyme de U Tam'si qui veut dire "petite feuille qui parle pour son pays". Le "mauvais garçon" devient donc Tchicaya U Tam'si. 

Malgré ses études faites en France, le poète reste très attaché à sa culture d'origine et il se qualifie lui-même non sans humour, de "poète congaulois".

Après l'indépendance de son pays natal, alors qu'il est retourné y vivre, il prend la direction du Journal local "Congo" avec son ami Patrice Lumumba, premier ministre de la République Démocratique du Congo. Mais ce dernier est brutalement assassiné ce qui oblige Tchicaya U Tam'si à retourner en France. Là, le poète va alors s'occuper d'éducation et travailler auprès de  l'UNESCO jusqu'en 1986.

Il se consacrera ensuite uniquement à l'écriture de romans, jusqu'à sa mort en 1988. 

 

Sa poésie qui s'est démarquée très tôt de la négritude et n'a jamais reflété l'exotisme africain attendu, a toujours été mal comprise par les critiques européens et a fait de lui un poète mal aimé.

Lui, était simplement épris de liberté et voulait n'être qu'un simple poète et pas forcément un poète "africain"...pourtant sa poésie est fortement enracinée en Afrique, mais par rapport à Léopold Sedar Senghor, il doute de l'avenir de son pays et lorsqu'il se tourne vers le passé, il ne voit que traite des noirs et colonialisme. 

Sa poésie est donc nettement plus pessimiste et parfois violente, tant elle est empreinte de ses doutes et de ses souffrances, de la douleur de l'exil et de son impuissance à sauver sa terre natale. 

On le considère aujourd'hui comme le poète le plus représentatif de la poésie africaine moderne.

 

Tchicaya U Tam’si, la seconde voix majeure de la poésie africaine
Tchicaya U Tam’si, la seconde voix majeure de la poésie africaine

Présentation d'un de ces romans "Ces fruits si doux de l'arbre à pain"...

 

Si vous avez la chance d'habiter à Paris, ne ratez pas aujourd'hui même à 12 heures, la lecture à la Comédie française de poèmes de Léopold Sedar Senghor et de Tchicaya U Tam'si. 

Tous les renseignements sont sur le document ci-dessous...

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 07:15
Photo wikipedia

Photo wikipedia

 

Femme nue, femme noire

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté

J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux

Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi,

Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné

Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle

 

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est

Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur

Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

 

Femme noire, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali

Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire

A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

 

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel

Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

 

 

Femme nue, femme noire

 

Poème extrait du recueil "Chants d'ombre"

Ce poème sur la négritude revendique le langage et la culture du continent noir.

Publié après la seconde guerre mondiale en 1945, c'est une ode à l'amour et à la femme en général mais surtout à la femme africaine et à sa terre natale...

 

Léopold Sédar Senghor, une voix majeure de la poésie africaine

La poésie ne doit pas périr. Car alors, où serait l'espoir du Monde ?

Léopold Sédar Senghor, une voix majeure de la poésie africaine

 

Biographie

 

Léopold Sedar Senghor naît en 1906 dans une petite ville côtière du Sénégal, au sein d'une famille catholique et francophone.

Il obtient facilement le baccalauréat après des études à la mission catholique de Ngasobil, au collège Libermann et au cours d'enseignement secondaire de Dakar.

Ayant obtenu une bourse d'étude, il va poursuivre ses études en France dès 1928, à Paris, au lycée Louis-le-Grand puis à la Sorbonne. C'est là qu'il rencontre Aimé Césaire. Il sera également l'ami de Georges Pompidou.

Il est reçu à l'agrégation de grammaire en 1935 puis enseigne à Tours de 1935 à 1938.

Alors qu'il suit des cours de linguistique négro-africaine à l'Ecole pratique des Hautes études et à l'Institut d'ethnologie de Paris, il est mobilisé en 1939 dans l'infanterie coloniale (alors qu'il a été naturalisé français en 1932), puis il est fait prisonnier en 1940.

Réformé pour maladie en 1942, il participe à la Résistance.

Il va alors occuper la chaire de langues et civilisations négro-africaine à l'école nationale de la France d'outre-mer.

C'est en 1945 qu'il publie son premier recueil de poésie "Chants d'ombre" et qu'il fait son entrée en politique. Élu député du Sénégal à l'Assemblée nationale, il sera plusieurs fois réélu jusqu'en 1956.

Quinze ans plus tard, il deviendra le premier président de la République du Sénégal en 1960, suite à la proclamation de l'indépendance du pays et le restera jusqu'à 1980, date à laquelle il met fin avant son terme, à son cinquième mandat.

Premier africain à être élu à l'Académie française en 1983, il devient un des pères de la francophonie. Il était donc normal qu'il soit mis à l'honneur durant ce Printemps des poètes.

 

Léopold Sédar Senghor a été notamment (informations copiées du site BABELIO):

- médaille d'or de la langue française

- grand prix international de poésie de la Société des poètes et artistes de France et de langue française (1963)

- médaille d'or du mérite poétique du prix international Dag Hammarskjoeld (1965)

- grand prix littéraire international Rouge et Vert (1966)

- prix de la Paix des libraires allemands (1968)

- prix littéraire de l'Académie internationale des arts et lettres de Rome (1969)

- grand prix international de poésie de la Biennale de Knokke-le-Zoute (1970)

- prix Guillaume Apollinaire (1974)

- prince en poésie (1977)

 

Les racistes sont des gens qui se trompent de colère.

Léopold Sédar Senghor, une voix majeure de la poésie africaine

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:30
Aujourd'hui débute le 19e Printemps des poètes (4 au 19 mars 2017)
Aujourd'hui débute le 19e Printemps des poètes (4 au 19 mars 2017)

 

Aujourd'hui, samedi 4 mars 2017, débute le 19e Printemps des poètes sur le thème "Afrique(s)".

J'aurais donc l'occasion de vous parler dans les jours qui viennent de quelques poètes africains francophones. 

Comme d'habitude, je m'attacherai davantage à ne parler que de poètes peu connus...

Le thème choisi cette année met en avant l'oeuvre de Léopold Sedar Senghor et de Tchicaya U Tam'si, deux voix incontournables de l'Afrique dont je vous parlerai en début de semaine prochaine.

Le Printemps des poètes est aussi l'occasion de rappeler que l'année 2017 est celui de l'anniversaire de la mort de Jacques Prévert, il y a quarante ans et de rendre hommage à ce talentueux poète français. 

Pour en savoir plus sur cette manifestation nationale et internationale, vous pouvez consulter le site officiel en cliquant sur le lien ci-dessous... 

 

 

Ou bien, visionner la courte vidéo de présentation ci-dessous...

Vous pouvez aussi rechercher un événement dans votre région : toutes les médiathèques et les Centres culturels proposent des animations autour de la poésie.

 

Pour rendre un premier hommage à Jacques Prévert dont nous avons toute l'année pour parler, je vous propose aujourd'hui l'écoute d'un de ses poèmes que je trouve magnifique, "Rappelle-toi Barbara" interprété par Serge Reggiani.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 07:05
Éditions Philippe Picquier, 2015, traduit du japonais par Elisabeth Sutsugu

Éditions Philippe Picquier, 2015, traduit du japonais par Elisabeth Sutsugu

Force m'est d'admettre que le poète le plus heureux qui soit ne saurait chanter avec autant d'ardeur que l'alouette, sans la moindre distraction, oublieux du passé comme de l'avenir, tout entier à sa joie.

 

Ce livre, d'une rare poésie, est comme un rêve éveillé. C'est un véritable voyage au coeur de la création artistique et de la beauté, à lire à petite dose pour en apprécier toute la douceur et la légèreté.

La rivière sablonneuse coule sous un petit pont qui n'a même pas trois mètres de large, elle déverse sur la plage les eaux de printemps. Et quand les eaux printanières rejoignent la mer printanière, à travers les mailles des innombrables filets mis à sécher en désordre, s'échappe un vent tiède qui souffle sur le village, répandant une troublante chaleur odorante. Alors enfin, comme après une longue attente, comme un sabre émoussé, on voit la couleur de la mer.

 

Le narrateur est peintre et poète. Il n'est pas en manque d'inspiration mais veut se plonger dans l'ambiance propice à la création.

Pour cela, une fois arrivé le printemps, il quitte la ville et s'enfonce à pied dans la montagne, avec son matériel de peintre.

Il va s'installer dans une auberge perdue où, il est l'unique voyageur et où,  il espère, qu'aucune passion humaine ne viendra plus le déranger, ni l'agitation de la ville le perturber. 

Mais c'est sans compter sur la mystérieuse jeune femme qui occupe les lieux et dont la vie semble pleine de mystère. Les découvrir va hanter son esprit...

Réussira-t-il à peindre le tableau de ses rêves ?

 

Une chose effrayante, si on la regarde telle qu’elle est, devient un poème. Un événement terrible devient une peinture, à condition que je l’éloigne de moi pour le considérer tel qu’il est. C’est ainsi qu’un chagrin d’amour devient une œuvre d’art.

 

 

Ce roman est un texte subtil sur l'art et la création, sur la place de l'artiste dans le monde moderne, sur le regard que l'artiste porte sur les êtres humains ou la nature environnante...

Une belle lecture, mais pas du tout facile malgré les apparences car déjà, entrer dans l'histoire est assez laborieux et puis, c'est un livre impossible à lire d'une seule traite.

Mais une fois imprégné de cette poésie, vous le quitterez à regret car c'est aussi un livre empli de légendes et de mystères...

Le lecteur met du temps à suivre ce poète artiste, mais il sortira de ce chemin, grandi et capable de trouver réflexion et beauté, dans la nature et dans sa vie quotidienne, en chacun des cailloux du sentier, en chaque petite fleur ou coin de ciel, en chaque être croisé...

Sôseki l'appelait son roman-haïkus car le texte est interrompu par de magnifiques haïkus...

 

Chanson du cocher
Passent les printemps
Sur les cheveux toujours plus blancs

L'automne est là
Qui dépose la rosée sur les susuki
Le sentiment qui m'habite
Pèse par trop
Sur mon coeur

 

L'édition que j'ai emprunté en médiathèque, est étayée de nombreux tableaux tous magnifiques, dont la couverture déjà vous donne un aperçu, et d'une grande délicatesse, issus d'une édition japonaise de 1926 en trois rouleaux où figurait le texte calligraphié de Sôseki et les peintures intégralement reproduites dans ce magnifique livre.

 

Les yeux levés vers le ciel
Je compte les étoiles du printemps
Une deux trois

 

Kinosuke Natsume dont le nom de plume connu est Sôseki (qui signifie "obstiné") (1867-1916) est un des plus grands écrivains de l'ère Meiji, où le Japon passe en quelques années de la féodalité à un statut de nation moderne parmi les plus avancée.

Il succède à Lafcadio Hearn à la chaire de littérature anglaise de l'Université de Tokyo, avant de la quitter pour s'adonner exclusivement à l'écriture. Il publie romans, essais, récits de voyage et, toute sa vie, a capturé dans des haïkus la grâce des instants vécus.

Sôseki a écrit plus de 2 500 haïkus...

 

Mais les herbes aquatiques qui stagnent au fond de l’eau, attendrait-on cent ans, restent immobiles. Elles se tiennent pourtant en alerte, prêtes à bouger, appelant du matin au soir le moment où elles seront touchées, elles vivent dans cette attente, par cette attente, concentrant dans leurs tiges le désir de générations innombrables, sans pouvoir s’animer jusqu’à ce jour, elles vivent, incapables de mourir.

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 07:35
Stock, 2016

Stock, 2016

Et c'est bien l'extraordinaire magie des livres que d'être de vivants tombeaux grâce auxquels, toujours, on peut entendre la voix de celles et ceux dont les yeux sont désormais clos et les bouches muettes.

Préface de Philippe Claudel

Je n’étais encore qu’une enfant quand ma grand-mère est morte. Elle vivait avec nous, ou plutôt c’était nous qui vivions avec elle, même si les grands-parents nous avaient cédé l’aile la plus vaste de la maison pour occuper les appartements de l’est, qui regardaient la montagne et recevaient les premiers le soleil.

Les petits livres sont plus durables que les gros : ils vont plus loin.

 

J'ai fait la découverte de ce petit livre au gré de mes balades dans la médiathèque.

Voilà 80 pages qui se lisent en une petite heure. L'auteur ne suit aucune chronologie et le lecteur se laisse porter par la poésie des mots, sans savoir où l'auteur va le mener...Une balade poétique et nostalgique au pays de cet écrivain discret mais en perpétuelle recherche de liberté. 

 

Il s'agit plus d'un récit que d'un roman, d'une sorte de recueil de souvenirs de jeunesse et d'adolescence, d'un témoignage d'une partie de la vie de l'auteur.

 

L'auteur nous raconte son grand-père, les vignobles, les vendanges et les paysages qui ont marqué sa jeunesse.

Il nous fait voyager de son enfance à son adolescence, mêle rêves et réalité et nous raconte les balades à vélo avec ses amis vers le Revermont, les rencontres qui ont été importantes pour lui tout au long de sa vie, les soirées mémorables où avec ses amis, dans le bistrot de la belle Mercedes dont ils étaient tous amoureux, il partageait le plaisir de l'ivresse et la découverte des bons vins, les discussions animées mais aussi leurs silences, et enfin  son amour des mots, des livres et de la littérature.  

 

J’aime le vin que je bois, lorsque il mérite son nom. Dans ma cave, il n’y a pas de vin. Il n’y a que d’heureuses espérances. De troublantes expériences.

Je n’ai pas trouvé la poésie dans le vin, mais le vin dans la poésie... Mes amis sont morts en Algérie ou se sont suicidés...Il me reste le silence.

Mes amis lisent peu, sinon des romans de gare, les jours de pluie. Ce que je dois à la lecture, le trouvent-ils dans le vin ? Je n'ai pas leur expérience atavique de la vigne. Ce paysage, il a beau m'être le décor d'une vie, me reste justement assez étrange pour m'inspirer le songe d'un ailleurs qui serait ici. Je me sens en quelque sorte dépositaire de nombreux ailleurs possibles, dont la perfection me satisfait en me torturant parfois comme une douleur dentaire. Je m'éprouve vivant dans la mesure où ces ailleurs me protègent de je ne sais quelle débâcle de l'âme.  Et les mots qui me viennent, je le soupçonne, ne disent hélas que trop peu ce qu'ils seraient affectés à dire Le démon du vin – j'entends l'être familier, intime, qui habite la vigne – a-t-il quelque parenté avec celui de la littérature ?

 

C'est le dernier roman écrit par l'auteur et il est teinté d'une certaine nostalgie et des regrets de l'enfance... Sans doute l'auteur  se savait-il malade.

Le récit est découpé en courts chapitres, et se lit vite, mais l'écriture à la fois concise et poétique ne vous laissera pas indifférent. 

De plus, le livre est merveilleusement préfacé par Philippe Claudel, qui rend ici un lumineux hommage au grand poète disparu en 2014, dont l'oeuvre immense, composée d'une quarantaine d'ouvrages a été  couronnée par de nombreux prix. 

L'auteur a reçu entre autre, le Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son oeuvre et le Grand prix de poésie de l'Académie française en 2012.

 

Je regarde mes compagnons s'éloigner lentement, et le regret d'une chose que nous aurions dû conserver (mais quelle chose ?) me hante et me consume. De cette chose précieuse impalpable et fuyante, nous ne concevons la nécessité qu'après l'avoir perdue, et ce doit être cela, oui, qui témoignerait, pour peu que nous ayons la patience et la force d'en mesurer les contours, d'une forme de nostalgie qui serait la vie même.

Lumineuse et blonde vendange tardive d'une poésie élevée pendant quarante années, ce livre permet de retrouver l'ami fragile, la maigre silhouette, la voix basse et chaude, éraillée mais si douce, son amour des mots, ceux des autres plus que les siens...

Philippe Claudel dans la préface du livre

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:11
Dernières roses du jardin (...de ma voisine !)

Dernières roses du jardin (...de ma voisine !)

 

Roses d’automne

 

Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

 

Dans sa corbeille d’or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l’arrière-saison.

 

Les bosquets sont ravis, le ciel même s’étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d’automne,
Les boutons, tout gonflés d’un sang rouge, fleurir.

 

En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C’est l’âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s’exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d’amour.

 

Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l’épine
De l’illusion morte et du bonheur défunt.

 

 

Nérée Beauchemin

Source Poetica 

 

Charles-Nérée Beauchemin est un écrivain et médecin de campagne québecois.

Il est  né à Yamachiche au Québec le 20 février 1850.

Après ses études primaire et classique, il fait des études de médecine à l’Université Laval de Québec. (1870-1874)

Nérée Beauchemin est considéré comme l’un des premiers écrivains du terroir. 

En 1884, avec la publication de son poème "le lac"  dans le journal "La Patrie", il entame une collaboration qui durera vingt ans. En 1896, il devient membre de la société royale du Canada.

Son œuvre poétique est simple, patriotique et intimiste. Ses vers présentent le monde harmonieux qui entoure le poète. Les thèmes de l’art, la beauté, la nature, la religion et la fidélité y sont largement développés. Sa poésie visuelle le rapproche des Parnassiens.

Ses œuvres sont essentiellement contenues dans deux recueils, "Les Floraisons matutinales" (1897) et "Patrie intime" (1928). L’ensemble sera couronné par la médaille de l’Académie française en 1930.

Il meurt à Yamachiche où il a toujours vécu le 29 juin 1931.

Le 22 octobre 1950, la Société Royale et l’Académie canadienne-française, se font représenter à Yamachiche aux cérémonies d’hommages qui célèbrent le 100éme anniversaire du poète.

 

Source Les poètes.net

 

Il est encore temps de venir nous rejoindre chez Magda !

Il est encore temps de venir nous rejoindre chez Magda !

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 06:35
Edilivre 2014

Edilivre 2014

Cette fois-ci je parlerai sans fard
Avant qu’il ne soit trop tard
Pour que tombent les masques
Ainsi que les porteurs de casques
...

Extrait de "Misère de terre", page 43

 

Voilà une jeune poétesse que je viens de découvrir depuis peu en me plongeant dans son recueil. Pour l'apprécier, comme à mon habitude, tous les jours j'ai lu quelques poèmes  avec ravissement, il faut bien le dire. 

Cette jeune femme d'origine ivoirienne pour qui écrire est un besoin essentiel, nous livre ici son coeur...

 

Elle écrit pour se souvenir, pour se confier ou pour se faire pardonner. Ses poèmes sont le reflet de sa vie, de son ressenti face aux événements qui ont marqué son quotidien, son adolescence et sa vie sentimentale. Elle cherche ainsi à mieux se connaître et à assumer sa vie de jeune femme célibataire mais libre.

 

Elle se livre à nous comme elle le ferait dans un journal intime et cette façon qu'elle a d'écrire, qui s'inspire de faits réels et d'émotions ressenties, la rapproche de ses lecteurs et nous touche en plein coeur tant ses mots sonnent justes.

 

Elle nous livre ainsi ses maux(mots) de jeune femme, nous parle de la difficulté de naître "femme", mais aussi d'amour et de passion, de solitude, et de la tristesse de ne plus aimer ou de parfois, être délaissée ou quittée. Malgré sa jeunesse, ces mots parlent de désillusion, de doute, de douleur ou de nostalgie, mais aussi du poids de l'absence.

Elle nous parle de son ressenti en tant que femme de couleur et de la difficulté de faire face au racisme.

 

Ses poèmes, très rythmés, sont parsemés de pointes d'humour, d'espérance, et de rêves.

 

Un joli recueil à découvrir ou à offrir qui saura toucher tous les publics dès l'adolescence...

 

 

Je n’ai pas peur de l’avenir
Mais de ce que je peux devenir
Si ma part d’ombre prend le dessus
Me métamorphose à mon insu
...

Extrait de "Moi et l'Autre" p. 56

Lecture du poème intitulé "L'homme caméléon"

Mon itinéraire

D’où je viens, les gens sont gais
L’homme a la main sur le cœur
Il n’existe pas d’éternelle rancœur
D’où je viens, il y a une singulière paix
Où je suis, les gens sont distants
Courent après le temps
Où je suis, l’immoralité est applaudie
La solidarité s’abâtardit
Où je suis, je me sens à l’étroit
Le lendemain est un jour d’effroi
Où j’irai, il n’y a ni pauvre ni fortuné
Aucune trace d’hilotes ou d’illuminés
Là-bas, l’égalité des races n’est pas un leurre
Chaque peuple est reconnu à sa juste valeur

Mon itinéraire, p. 76

 

Née à Bingerville en Côte d’Ivoire, Grâce Minlibé est passionnée de lecture depuis sa tendre enfance. À l’adolescence, elle s‘essaie à l’écriture. En découvrant les vertus de la poésie, elle décide d’utiliser ce genre littéraire aux formes variées pour exprimer ses maux et ses espérances.

"Chimères de verre" est le premier recueil de poèmes de l'auteure. Il est paru en décembre 2014.

Son blog est à visualiser ICI et sa page facebook !

Quand les pétales de rose tombent
Ne les laisse pas traîner sur le chemin
Recueille-les entre tes mains
...

Extrait de "Douces pétales de rose" p.13

Présentation de son recueil et de ce qui l'a poussé à écrire ces poèmes

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 07:01
Cent sonnets insignes allant vers...

Cent sonnets insignes allant vers...

Voilà un titre à double sens qui nous met aussitôt dans l'ambiance de ce recueil de poésie que l'auteur a du mal, par modestie, à nommer ainsi, mais qui nous donne à lire cent sonnets empreints de fantaisie.

A cela s'ajoute, une couverture magnifique qui donne aussitôt envie d'ouvrir le livre...

Amoureux ou pas de la langue française, laissez -vous séduire par ce recueil qui puise son inspiration dans notre vie quotidienne...

 

J'ai pris du temps pour savourer ces sonnets un à un et pour cela, j'ai emmené ce recueil avec moi en vacances. Rien de mieux pour me mettre de bonne humeur dès le matin.

J'ai lu ses poèmes dans tous les sens, car pourquoi lire un recueil de poèmes du début à la fin, franchement rien ne nous y oblige, d'autant plus que le titre nous incite plutôt à le faire dans n'importe quel sens.

J'ai profité de la présence de mes petits enfants, pour leur lire certains poèmes...

Je vous l'ai déjà dit, j'adore lire la poésie à haute voix car c'est ainsi que la musicalité des mots apparaît dans toute sa beauté.

Et dans ce recueil je n'ai pas été déçue, car je suis allée de surprise en surprise.

 

Dès l'ouverture du recueil, j'ai été touchée de voir que l'auteur me l'avait dédicacé. Une attention particulièrement délicate par les temps qui courent, où l'intérêt prime souvent sur les rapports humains, et l'individualité sur le partage. 

 

 

Ensuite, les premiers vers  du recueil, m'ont plu tout de suite !

 

Ces sonnets sont des sourires

en réponse à

tes sourires

qui me donne encore et encore

envie d'écrire

et de sourire.

 

Tous les poèmes du recueil sont le reflet du regard que l'auteur porte sur le monde agité qui nous entoure, un regard réaliste et pétillant, plein de malice et de légèreté qui nous invite à entrer dans un monde empli de fantaisie mais où la langue française est bien présente. Le recueil est d'une grande diversité car les poèmes abordent différents thèmes que je vous laisse découvrir...car je ne peux tous les citer. 

 

Certains sonnets abordent le même sujet, d'autres se suivent... (comme les sonnets philosophiques 21-22-23 intitulés "Thèse-Antithèse-Sainte-Aise") ou se poursuivent (c'est comme vous le sentirez !)...d'autres enfin se répondent.

Aux sonnets s'accrochent, au fil des pages, quelques acrostiches comme dans le sonnet 41 par exemple, "Horaires d'été" dont la première lettre de chaque ver, lu verticalement donne  "JUIN AOUT ÉTÉ ÉTÉ" ou dans le sonnet 45, par exemple, "Fleuves et mots passants"  qui donne ALLO ALLO BIP BIP...

Certains nous font voyager comme le "Sonnet pour les gondoles" _sonnet 19.

D'autres sonnets sont écrits en hommage à un personnage, poète ou non, ayant écrit des sonnets ou pas, comme "Voyelles délinquantes (hommage à Rimbaud)"_sonnet 94, ou par exemple, "C'est leste Ernest"_sonnet 34, en hommage à Céleste Pesteleste, une danseuse.

Certains sonnets sont très modernes et nous parlent du monde technologique bien présents dans notre vie ("Innovation"_ sonnet 12 ; "Ah! la télé"_sonnet 44). 

 

Le lecteur sent que l'auteur adore "jouer avec les mots" et qu'il a l'habitude d'organiser des Ateliers d'écriture. Ces poèmes sont en effet très évocateurs et les images qui se bousculent à leur lecture sont autant d'incitation au rêve...à la redécouverte de la nature, des animaux et en particulier des oiseaux, que vous ne regarderez plus jamais comme avant je vous l'assure. 

Jouer avec les mots, nous invite à porter, nous aussi, un autre regard...

Jouer avec les mots, nous invite à sourire.

Jouer avec les mots, nous incitera peut-être à écrire ?

C'est ce que souhaite l'auteur en tous cas...

La fin du recueil nous propose d'ailleurs une recette que je garderais secrète et qui peut en effet nous donner envie d'aller plus loin. Promis je la testerai un jour !

 

En tous les cas, ces sonnets qui sont "des espèces de poèmes imparfaits" (René Rapin), sont autant d'invitations à relire la poésie d'autres grands poètes qui se sont essayés à l'écriture du sonnet comme Dante Aligheri, Baudelaire, Rimbaud...et parfois les ont publiés et réunis par cent !

D'ailleurs dans la postface très documentée, l'auteur propose à ceux qui veulent en savoir plus de revenir un temps sur l'écriture de ces sonnets et sur ces poètes imaginatifs qui dans le passé en ont écrits...

 

Ce recueil est donc à lire et à relire et je vous l'assure vous ferez à chaque lecture, de nouvelles découvertes...

N'hésitez pas à le prêter à vos ados qui le trouveront certainement très "sympa" et très moderne.  

Si vous êtes enseignants, si vous ne savez pas comment aborder ce thème avec vos élèves, n'hésitez-pas une seule seconde. Il est facile à utiliser en classe pour jouer avec les mots et inciter les élèves à faire de même. 

Que vous soyez passionnés par la poésie ou pas, ce recueil est  fait pour vous !

 

 

Cent sonnets insignes allant vers... vous invite donc à aller où vous voudrez, au fil de vos envies !

 

 

J'ai vraiment du mal à choisir des extraits et cela fait déjà plusieurs fois que je change d'avis : pourtant il faut bien que je me décide.

D'abord je vais vous mettre celui que ma petite fille de 7 ans a adoré. C'est le sonnet 29. 

 

 

J'écris

J'écris parce que je sais pas
Compter, j'écris car je sais pas
Danser, j'écris car je sais pas
Chanter, j'écris car je sais pas

Jouer du piano des dix doigts
J'écris car j'ignore les lois
Car je sais pas scier du bois
Et j'ai cassé ma deux-cent-trois.

J'écris pour une île et sa crique
J'écris pour partir en Afrique
J'écris car j'ai peur des poneys.

J'écris car j'ai très peur de l'eau
J'écris car je suis dactylo
J'écris pour pondre des sonnets.

 

Ensuite, et bien...soit je les choisis tous, soit, et là vous devez me faire confiance, j'ouvre le recueil au hasard et l'heureux élu est...

Le sonnet numéro 40 ! 

Jongler avec les mots

Jongler avec les mots, les aligner
Laisser danser le stylo sur la feuille
Laisser courir pour le plaisir de l'oeil
Quelque trouvaille aimable, maligne et

L'inattendu finit par survenir
Savourer le temps petit à petit
Dévorer la vie à plein appétit
Sans s'inquiéter des drames à venir.

Machiner la grammaire à l'infini
Tant pis si ce sonnet est mal fini
Et si l'on ne peut gloser tout autour

Sans ce soucier de la fin qui finit
Concocter des sonnets à l'infini
Ainsi que le faisaient les troubadours...

Pour tout vous dire, j'avais déjà entendu parler de cet auteur sur deux blogs amis lorsque l'auteur m'a contacté pour me proposer la découverte de son recueil (et j'en profite pour le remercier de m'avoir permis de faire cette découverte)...mais je ne me souvenais plus qui !

 

En réfléchissant un peu j'ai retrouvé les blogueurs en question...

Vous pouvez donc lire les avis de :

- Bernie du blog Bernieshoot.

- Caroline, du blog Juste m'échapper qui a également réalisé une interview de l'auteur (sa première !).

Tous deux l'ont également aimé...

 

Qui est Pierre Thiry ?

 

C'est un romancier et un poète français né en 1962...

Titulaire d'un master en Sciences Humaines et Sociales et d'une maîtrise de droit, il se forme à l'animation d'Ateliers d'écriture auprès du CICLOP. 

 

Son plus grand défaut : Il ne peut pas s'empêcher d'écrire ! Il écrivait déjà de petites nouvelles lorsqu'il était étudiant...Bon je vous l'accorde, c'est pas un défaut mais il fallait bien que je lui en trouve un !

Sa plus grande qualité : Il aime jouer avec les mots. Vous vous en doutiez ?! Comme je l'ai déjà dit, il anime des ateliers d'écriture et il sait rester à l'écoute de ses lecteurs.

 

Il est aussi l'auteur de deux romans :

"Le mystère du pont de Gustave-Flaubert"et "Ramses au pays des points-virgules".

et d'un conte pour enfants :

"Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines", illustré par Myriam Saci.

Depuis la parution de son recueil de sonnets, il travaille à l'écriture d'un nouveau roman. 

 

Il a été vendeur de disques, administrateur  du Centre d'Art et d'Essai de Mont-Saint-Aignan dans la banlieue de Rouen, spécialisé dans les Arts de la scène :danse, concert, ou théâtre contemporain.

Il aime flâner chez les bouquinistes, jouer du violoncelle qu'il a appris au Conservatoire de Rouen, écrire le soir à la lueur d'une chandelle... 

[Source : BABELIO  et la page de l'auteur]

 

Vous brûlez d'en savoir plus sur lui, n'hésitez pas à consulter les deux sites de l'auteur sur wordpress et e-monsite...ainsi que sa page facebook. 

 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:09

 

Je ne voulais pas terminer mon tour d'horizon (non exhaustif) des poètes peu connus du XXe siècle sans parler d'une écrivaine et poétesse qui aurait pu tomber totalement dans l'oubli si une partie de ses oeuvres n'avait pas été découverte par hasard dans un grenier.

Il s'agit de Mireille Havet...

Mireille Havet, la poétesse maudite de l'entre-deux guerre

Je serai abracadabrante jusqu'au bout.

 

Mireille Havet est une poétesse et écrivaine française. 

Née en 1898 dans les Yvelynes, elle est morte à 34 ans (en 1932) au sanatorium de Montana (en Suisse). 

 

C'est la seconde fille d'un peintre, Henri Havet et de Léoncine Cornillier. La famille évolue dans un milieu artistique qui marque la jeune Mireille. Elle assiste à des débats littéraires animés, rencontre des écrivains, des peintres et des idéologues...parfois féministes.

 

Mais la vie familiale est difficile. Le père, en effet, est dépressif et c'est la mère qui doit assumer toutes les charges. Il est finalement hospitalisé et mourra en 1912, laissant la famille dépourvue de moyens financiers.

Mireille n'a que 14 ans et passera sa courte vie à avoir peur de tomber elle-même dans la "folie". 

 

Depuis l'âge de 7 ans, elle écrit. Mais à 14 ans (1912), elle se met à écrire des poèmes et des textes en prose. Elle sera renvoyée du collège à cause de ses écrits, jugés trop d'avant-garde.

D'avant-garde, elle le sera à peu près sur tout...Sa famille heureusement la soutient.  

 

Guillaume ​Apollinaire qui est un ami de la famille, la fait connaître dans le milieu littéraire parisien. Il la surnomme d'ailleurs la "petite poyetesse" et ils entament une correspondance assidue.

Il fait publier ses poèmes dans les "Soirées de Paris" (1914) alors qu'elle n'a que 15 ans. 

 

Puis c'est au tour de Jean Cocteau de lui témoigner son admiration. Plus tard, il partagera avec elle les nuits de rêves et d'opium.

 

Enfin Colette va devenir son amie, après avoir préfacé son premier recueil de contes fantastiques et de poèmes, "La Maison dans l'oeil du chat", paru en 1917.

 

Puis en 1922, Mireille Havet publiera un roman "Carnaval", qu'elle a écrit en 15 jours et qui sera sur la liste du Goncourt. Elle a alors plus de 20 ans. 

 

Mais entre-temps, la guerre a mis fin brutalement à tous ses espoirs. Elle y a perdu des amis, dont Guillaume Apollinaire et pas mal de ses illusions de jeunesse. C'est en 1913, qu'elle va d'ailleurs commencer à écrire son journal. Elle y décrira les états d'âme d'une jeunesse meurtrie, partagée entre la joie d'être en vie et l'angoisse d'être survivante...

Car après-guerre, rien ne sera plus comme avant.

 

Nos maîtres sont morts et nous sommes seuls.

 

Mireille Havet adorait sortir dans le monde...et son journal intime est aussi le reflet de la vie parisienne durant les années folles. Mais cette génération qui s'est amusée plus que de raison jusqu'à s'étourdir et à perdre la capacité de réfléchir, était avant tout une génération meurtrie par la guerre, il ne faut pas l'oublier, et cela explique d'ailleurs tous les excès...

 

Elle a un peu plus de 20 ans, elle aime par dessus tout vivre la nuit et les nuits parisiennes la comblent. Elle commence une liaison exaltante mais peu secrète avec la comtesse de Limur. 

Elle s'inspirera de leur aventure pour écrire son roman "Carnaval", dans lequel elle reprendra l'histoire de trois personnages, un couple (le couple de Limur) et un tout jeune homme naïf (elle-même)... 

 

Elle était homosexuelle, l'assumait et ne s'en cachait pas, ni dans ses écrits, ni dans sa vie quotidienne, ce qui était rare à l'époque.

Elle développera souvent dans ses textes et poèmes, cette ambiguité des sentiments, ses doutes, mais aussi ses humiliations. Malgré tout, l'opinion des autres l'indiffère : jeune femme amoureuse de la vie, volage et féroce, elle se fera entretenir par des femmes plus fortunées qu'elle, en mal d'amour ou d'aventures, ou par des amies égarées comme elle qui rechercheront les plaisirs de l'après-guerre.

 

Eprise de liberté, elle voulait vivre sa vie sans masque, comme elle l'entendait et tenait à ce que tout le monde le sache...ce qui était difficile dans une époque peu préparée aux incartades du "beau sexe". 

 

Je voudrais que grandir et devenir une femme ne soit pas synonyme de perdre sa liberté.

J'aime la vie. Elle me monte à la tête, elle m'envahit.
Elle surpasse ses promesses comme une maîtresse follement amoureuse

...Les horizons ne sont pas des mythes
Ils sont là pour être traversés ! vaincus ! Livrés !
Tous les secrets des montagnes,
toute la langueur des rivières,
toute la force mystique de l'océan indomptable
et le désert, qui noie, mieux que l'onde
sont pour nous.

Pour Toi : Voyageur désirable !
Que rien n'harasse et que rien ne déçoit :
avec ta besace grise sur ta hanche
ton dur bâton !
Sans arme ! Et sans fortune !
Livré au ciel, comme Jésus-Christ
Le fut aux hommes,
Livré avec le seul vêtement
de ta chair : à la source
qui coule en chantant
sur tes reins...

Extrait du poème "C'est ce désir du monde"

 

En amour comme dans la vie en général, en permanence insatisfaite, c'est peu à peu dans la drogue, que la jeune poétesse va se réfugier au détriment de sa passion d'écriture. Elle sait ce que la prise de stupéfiants lui offre et elle se méprise de ne pas réussir à y renoncer ce qui aggrave son addiction. 

 

Elle égare d'ailleurs le manuscrit de son second roman "Jeunesse perdue" qui ne sera jamais retrouvé.

 

Elle tente plusieurs désintoxications sans succès. Et elle y perdra ses amis et son argent pour s'engager dans une vie de misère, de maladie et de solitude.

 

... je souffre d'aimer trop et je souffre que l'on m'aime. Je souffre d'être si exigeante et si difficilement heureuse. Je souffre de cette différence qu'il y a entre la vie quotidienne et celle que j'imagine. Je suis incorrigible et ne me résigne à aucun arrangement.

Je m’enlise et volontairement m’aveugle et m’assoupis. On me le reproche ! Et, cependant, grâce à cela je vis, je peux vivre en souriant, sans mécontentement, sans reproche ! Que le cœur y soit, peu importe.

J'ai perdu ce qui faisait de moi un poète et je suis devenue un être avec toutes les paresses, toutes les lâchetés, tous les désirs des êtres que la vie a domestiqués, asservis sous son poing de fer, courbés sous le joug de l'argent, de l'amour et de l'ennui.

J’avais du talent encore, et de l’ambition. Je n’avais pas été malade et je croyais à l’amour. La vie s’ouvrait, centrale comme un livre à son milieu, et j’y entrais, appuyant mon présent et mon avenir sur des bases qui paraissaient incontestables et dignes de foi. J’avais la jeunesse enfin, et confiance dans les autres et en moi.

 

L'histoire a bien failli ne pas retenir le nom de Mireille Havet.

Heureusement, juste avant sa mort, elle avait confié ses carnets manuscrits à son amie Ludmila Savitzky, une traductrice franco-russe connue, morte en 1957.

 

On la redécouvre en 1995, lorsque l'héritière de son amie, par hasard, en traquant une fuite d'eau dans le grenier de la maison familiale dont elle a hérité, trouve une vieille malle qu'elle n'avait jamais ouverte, appartenant à sa grand-mère : à l'intérieur, le journal intime de Mireille Havet, écrit entre 1913 et 1929. 

 

Les cahiers étaient tous soigneusement numérotés, les pages annotées. Le journal semblait prêt à être publié et quasiment pas raturé.

Aussitôt, les éditions Claire Paulhan se charge de la publication de ce sulfureux journal intime.

 

C'est la révélation ! 

On y découvre une artiste douée, visionnaire par le regard acéré qu'elle porte sur notre société moderne à la dérive, libertine et capable de transgresser tous les tabous...des milliers de pages brûlantes qui enflamment les lecteurs et le monde littéraire, mais des pages d'une poésie rare qui sont celles d'un véritable écrivain, qu'elle nourrira de sa vie personnelle, certes, de ses déboires amoureux aussi, mais également de ses voyages et de ses escapades loin de la vie parisienne...Un témoignage d'une époque révolue, vu par les yeux d'une féministe accomplie. 

 

La vie, c'est un endroit où l'on meurt...

 

Vous pouvez lire quelques compilations d'articles de presse écrits dans les années 2000, suite à la découverte de son journal. 

 

Et l'hommage qui lui est rendu dans le magazine littéraire "Nuit Blanche", par patrick Bergeron dans lequel vous trouverez de nombreux extraits de ses textes et de ses poèmes.

LE PETIT ESCALIER DE SAINT-CLOUD

C'était un petit escalier, tout petit. Il n'avait que trois ou quatre marches, mais ces trois ou quatre marches en valaient bien des quarantaines d'autres par leur beauté. Elles étaient recouvertes de mousse, mais surtout de monceaux de feuilles mortes tout en or. Il était bien content, le petit escalier et il n'en demandait pas plus pour être heureux et de bonne humeur. Et depuis des années, il savourait cette joie si simple et si pure d'être recouvert de feuilles mortes et d'admirer la nature. Car il l'admirait ! il trouvait splendide le trou fait dans le feuillage par lequel il pouvait regarder un morceau de ciel bleu. Il adorait sa grande sœur, la statue, qui se reflétait dans l'eau glauque du bassin et les beaux troncs des arbres entourés de lierre rouge.

Quand les gens venaient visiter ce coin isolé du parc de Saint-Cloud et que, par hasard, ils disaient : « Ah ! le joli petit escalier, montons ses vieilles marches de pierre », il ressentait une joie énorme, mais pas d'orgueil ; aussi sa joie était-elle très pure et lui était-il très heureux.

C'est une tout petite histoire que celle de ce petit escalier, mais c'est celle de tous les gens modestes qui savent être heureux par eux-mêmes et par la beauté du ciel qu'ils voient.

Revue Les Soirées de Paris n°26-27

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 09:09
Nicolas Diéterlé (1963-2000)Nicolas Diéterlé (1963-2000)

Nicolas Diéterlé (1963-2000)

 

Nicolas Diéterlé est un poète, peintre et dessinateur français né en 1963. 

 

Il est issu d'une famille de missionnaires et de pasteurs protestants. Il passe son enfance au Ghana puis au Cameroun, où son père est chirurgien dans un hôpital de brousse de l'église protestante. Ses parents ont quatre enfants. Nicolas est le second.

En 1973, la famille quitte l'Afrique pour rejoindre la France. Cette séparation avec la terre natale sera très douloureuse pour le jeune Nicolas. En Afrique, il vivait proche de la nature et cela lui manque. 

 

Il fait ses études secondaires à Grenoble. Il est passionné de lecture, de musique classique et de dessin.

 

En 1981, il s'installe à Paris pour y poursuivre des études d'Histoire de l'art à l'Ecole du Louvre. 

Il n'aime pas la ville et dans son journal "intime", écrit entre 1981 et 1982, il montre son mal de vivre.

Il poursuit ses études et obtient en 1986 un diplôme à l'institut d'études politiques.

Entre temps, il voyage et se rend plusieurs fois en Irlande et à New York d'où il revient déçu par la ville.

Puis, il sera objecteur de conscience pendant deux ans jusqu'en 1989, avant d'entamer sa vie professionnelle en tant que journaliste free lance.  Il espère devenir un jour, critique littéraire ou critique d'art. 

 

Il sera ensuite rédacteur en chef d'une revue (que je connais bien), spécialisée dans l'environnement "Valeurs vertes".  

Il collabore ensuite à "Témoignage chrétien", puis à d’autres revues. 

Il retournera en Afrique pour de brefs séjours durant les années 90 ce qui renforcera sa nostalgie pour ce pays.

 

En mars 2000, il s’installe dans le sud-est de la France, dans l'arrière-pays niçois, à Villars-sur-Var. Il trouve dans ce petit village, un cadre propice à l'écriture et au dessin auxquels il consacre désormais sa vie.

 

Souffrant de grave dépression, il se donne la mort le 25 septembre 2000.

 

"Je veux mourir. Trop de souffrances. Mais je ne regrette rien. Pas d'amertume. Jusque dans la mort, je bénis la Vie qui surpasse la vie" écrit-il dans son journal spirituel le 19 septembre. 

 

Lecture de Patricia Grange au cours de la soirée poésie organisée par la délégation Aquitaine de la Société des Poètes Français pendant le Printemps des Poètes 2012

 

Il nous laisse une oeuvre immense, composée de textes, de récits, de proses ou de vers qu'il n'a jamais désiré publier de son vivant. Malgré la publication de certains volumes qui paraissent parfois inachevés, de nombreux inédits subsistent. 

 

Son oeuvre est très marquée par le thème de l'enfance...

Être comme l’enfant qui, perdu dans une forêt, aperçoit en levant la tête l’enchevêtrement infini des branches qui se perdent dans les hauteurs.

Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)
Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)
Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)

Nicolas Diéterlé (http://www.pierre-et-oiseau.fr/wp/oeuvres-picturales-2/enfants/)

Mille diamants s’éparpillaient sur la rivière, en une profusion joyeuse Et moi qui me baignais, j’étais l’un d’eux, je n’étais pas plus grand et pas moins éclatant qu’un diamant L’eau venait vers moi avec cette vivacité heureuse qui la caractérise, elle, la toujours-jeune, la vierge éblouissante, puis elle m’entourait de ses bras légers pour que je brille avec plus d’éclat encore N’étais-je pas son enfant qui voulait grandir sans frein, parmi l’étincellement de ses frères, et ne m’aidait-elle pas à croître, grâce à l’huile du consentement dont elle imprégnait mon âme autrefois déchirée par les cailloux du remords et maintenant pacifiée, baignant dans une lumière sans lacunes ? (l’Aile pourpre, p.36-37)

Ah, comme les enfants sont heureux, qui savent que la vie se dresse tout entière vers le haut, pareille à une fontaine .

 

Il parle beaucoup dans ses oeuvres de la nature qui l'entoure...

 

 

Au fond de moi, j'ai l'impression d'être immobile, d'une immobilité suspendue, magique, à la façon dont un oiseau planant très haut dans les airs nous semble immobile, à nous qui le regardons depuis la terre.

Pour moi, la montagne, le ciel, l’arbre... ne sont pas que la montagne, le ciel, l’arbre Ce sont des présences, de hautes présences éblouissantes, et je suis leur frère, leur compagnon
le soleil contre la fenêtre de ma salle de bains forme un visage sans traits, une face essentielle

Les arbres, le soir, retiennent la nuit dans leurs bras avec une telle force qu’il semble que rien ne pourrait la leur arracher, pas même le jour revenant
Mais le jour revient, et les arbres, s’illuminant de tendresse, libèrent la nuit .

 

Il parle aussi souvent des rêves et de la mort dans ses poèmes, bien que en tant que croyant, il n'en ait pas peur.  Il a été marqué durant son enfance par l'engagement de sa famille dans le protestantisme.

 

Il se décrivait lui-même comme un "moine et un poète" et ses écrits sont empreints de sa croyance.

 

Quand tu écris « oiseau », rien qu’« oiseau », imagine quel oiseau bariolé se met à respirer en toi, te brûle les poumons.

Ne vois-tu pas que c’est l’âme qui resplendit ainsi en toi et autour de toi ?

 

Vous pouvez aller au devant de ce poète peu connu et de son oeuvre en vous rendant sur le site de l'Association Nicolas Dieterlé "La pierre et l'oiseau".  

 

Vous pouvez aussi lire l'hommage qui lui a été fait à Paris lors du Printemps des poètes 2011.

 

Je vous invite aussi à visionner la vidéo ci-dessous et à écouter quelques-uns de ses poèmes...

 

Une très belle vidéo de textes de Nicolas Dieterlé mis en images par Joëlle Thienard.

 

Bibliographie non exhaustive (pour une bibliographie plus complète rendez-vous sur le site de l'association).

 

Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...
Quelque recueils de poèmes et récits...

Quelque recueils de poèmes et récits...

 

En dehors de ses oeuvres écrites, Nicolas Diéterlé n'a pas plus voulu montrer au public ses nombreux dessins et peintures.

 

De son vivant, il ne fera que deux expositions de ses oeuvres à Paris, puis en Bretagne. 

 

Il laisse pourtant plus de 500 peintures et dessins. De nombreuses expositions ont eu lieu ces dernières années pour faire connaître son oeuvre monumentale. 

 

Dans ces oeuvres, encore une fois la nature est omniprésente, les oiseaux et autres animaux, les insectes et les fleurs...

 

 

 

On retrouve les arbres et des personnages tout en légèreté qui effleurent le ciel.

Apparaissent dans ses oeuvres, sans doute des anges sous forme de personnages peints en jaune. 

 

        

 

 

 

 

Son oeuvre picturale n'est pas triste : elle respire la sérénité et la douceur de vivre.

 

Ces tableaux n'ont pas de titre (sauf les oeuvres exposées) comme ses poèmes n'ont pas toujours de ponctuation...

 

Ils proviennent tous du site de l'association que je vous invite à aller visiter...

 

Je les publie ici sans autorisation. Bien sûr si cela devait gêner quelqu'un qu'il m'en fasse part au plus tôt par le formulaire de contact de ce blog, je les retirerai aussitôt.

Cependant, ce serait dommage que je sois obligée à le faire, car il me semble que le printemps des poètes est un bon moment pour faire connaître au plus grand nombre, les oeuvres de ce jeune artiste tôt trop disparu...

...peu importe ton talent, mais dessine avec une âme d’enfant. De cette façon le dessin fera du monde une enfance.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 08:14
Photo (http://www.poetesses.fr/greki-anna-1931-1966)

Photo (http://www.poetesses.fr/greki-anna-1931-1966)

Les morts sont des héros qui servent de noms de rues, de clairons, d'alibi, d'oubli...

Espace Pédagogique Contributif

Avec la rage au cœur

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

C'est ma manière d'avoir du cœur à revendre

C'est ma manière d'avoir raison des douleurs

C'est ma manière de faire flamber des cendres

A force de coups de cœur à force de rage

La seule façon loyale qui me ménage

Une route réfléchie au bord du naufrage

Avec son pesant d'or de joie et de détresse

Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

 

A fond de cale à fleur de peau à l'abordage

Ma science se déroule comme des cordages

Judicieux où l'acier brûle ces méduses

Secrètes que j'ai draguées au fin fond du large

Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

 

Là où les hommes nus n'ont plus besoin d'excuses

Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire

Ils m'ont dit des paroles à rentrer sous terre

Mais je n'en tairai rien car il y a mieux à faire

Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

Avec la rage au cœur aimer comme on se bat

Je suis impitoyable comme un cerveau neuf

Qui sait se satisfaire de ses certitudes

Dans la main que je prends je ne vois que la main

Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne

C'est bien suffisant pour que j'en aie gratitude

De quel droit exiger par exemple du jasmin

Qu'il soit plus que parfum étoile plus que fleur

De quel droit exiger que le corps qui m'étreint

Plante en moi sa douceur à jamais à jamais

Et que je te sois chère parce que je t'aimais

Plus souvent qu'a mon tour parce que je suis jeune

Je jette l'ancre dans ma mémoire et j'ai peur

Quand de mes amis l'ombre me descend au cœur

Quand de mes amis absents je vois le visage

Qui s'ouvre à la place de mes yeux - je suis jeune

Ce qui n'est pas une excuse mais un devoir

Exigeant un devoir poignant à ne pas croire

Qu'il fasse si doux ce soir au bord de la plage

Prise au défaut de ton épaule - à ne pas croire...

 

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris

De mes amis coupent la quiétude meurtrie

Pour toujours - dans ma langue et dans tous les replis

De la nuit luisante - je ne sais plus aimer

Qu'avec cette plaie au cœur qu'avec cette plaie

Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

 

Grenade désamorcée la nuit lourde roule

Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente

Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle

Je pense aux amis morts sans qu'on les ait aimés

Eux que l'on a jugés avant de les entendre

Je pense aux amis qui furent assassinés

A cause de l'amour qu'ils savaient prodiguer

 

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

 

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

 

 

************

 

Colette Anna Grégoire (Anna Gréki) est née à Menaa en Algérie en mars 1931.

Sa famille est d'origine française et son père est instituteur. Il l'initie très vite à la culture de ce pays et à sa beauté.

Elle est élevée au milieu d'une communauté berbère chaoui et se trouve très tôt confrontée à la misère des algériens.  

Elle portera un regard très lucide sur leurs conditions de vie et les dérives de la colonisation ce qui expliquera son engagement ultérieur. 

Elle passe une enfance heureuse et fréquente l'école primaire du village de Collo, puis poursuit des études secondaires à Skikda (Philippeville).

 

Alors qu'elle est à l'université à Paris, elle interromp ses études pour retourner en Algérie et participer activement au combat et à la lutte pour l'indépendance.

Devenue à son tour, par conviction, institutrice à Annaba (Bône) puis à Alger, elle milite au Parti Communiste algérien. 

Membre actif des "Combattants de la Libération", elle sera arrêtée par les parachutistes de Massu en 1957, torturée puis emprisonnée à la prison civile d'Alger, tranférée au camp de transit de Beni Messous en 1958, et ensuite expulsée d'Algérie (sans doute parce qu'elle était française).

 

Elle rejoint alors Jean Melki, son mari, à Tunis.

C'est là-bas qu'elle publiera son premier recueil de poèmes "Algérie, capitale Alger" qui sera préfacé par Mostefa Lacheraf avec traduction arabe de l'ensemble des poèmes par Tahar Cheriaa.

Son recueil sera publié par la Société nationale d'éditions et de diffusion tunisienne et Pierre Jean Oswald à Paris.

 

 

Anna Gréki, la poétesse emprisonnée

 

Elle rentre enfin en Algérie lors de la proclamation de l'indépendance, reprendra ses études et deviendra professeur de français au lycée Abdelkader d'Alger. 

 

Mais le destin l'attend ce jour de janvier 1966 où elle meurt tragiquement à 35 ans, laissant son oeuvre inachevée...

 

Son second recueil a été publié à titre posthume. Il s'agit de "Temps forts" (Présense africaine, 1966).

D'autres poèmes sont connus car ils ont été publiés en particulier, dans une revue "Révolution africaine", un hebdomadaire créé par le FLN. en 1963.

 

 

Anna Greki a été une des premières femmes poètesses algériennes a avoir pris la parole. 

Elle est devenue le chef de file des poètes et écrivains qui se sont engagés et ont milité pour que l'Algérie soit libre et indépendante. 

Elle était très attachée à sa terre natale, une région à la fois sauvage, aride et montagneuse mais très belle. Elle a écrit de très nombreux poèmes sur sa terre.

 

Même en hiver le jour n’était qu’un verger doux
Quand le col du Guerza s’engorgeait sous la neige
Les grenades n’étaient alors que des fruits - seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c’était l’instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroën.
Aucune des maisons n’avait besoin de portes
Puisque les visages s’ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n’existait pas puisque l’on y dormait.

C’était dans les Aurès...

Extrait de "Même en hiver"...

 

C'est la raison de son engagement politique : le vécu quotidien, les liens qu'elle a tissées avec ses camarades, lui permettent de tenir à distance le futur, la guerre et la haine.

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Éprouvées parce qu'elles sont quotidiennes.

 

Elle rêve de rétablir une société plus humaine avec ses poèmes et fera connaître les revendications des Algériens...

Je cognerai encore trois fois
A votre porte
La première fois pour dire que j'existe
Depuis que le pain existe
La deuxième fois pour dire que j'existe
Puisque par moi vous existez
La troisième fois ce sera pour vous dire :
Il n'est pas de granit
Que n'use le vent et la pluie
Et mon vent à moi c'est ma faim
Ma pluie à moi c'est ma soif
Prenez garde
Je ne veux plus être orphelin.

 

Elle rend hommage aux femmes, aux mères et aux compagnes, qui luttent avec courage aux côtés de leurs maris, de leurs pères ou leurs frères et qui le font en silence car la société ne permet pas de les mettre en avant... et dénoncera aussi le calvaire des Algériennes emprisonnées à Barberousse, la prison d'Alger où elle a elle-même séjournée.

 

Et ces femmes fières d'avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

 

 Ce sera un jour...

 

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Eprouvées parce qu'elles sont quotidiennes.

Avec des mots brûleurs du ciel
Avec des mots traceurs de route
Qui font du bonheur une question de patience
Qui font du bonheur une question de confiance.

Et ces femmes fières d'avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

Forte comme une femme aux mains roussies d'acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu'ils se reposent...

 

************

 

 

Dans ses poèmes, elle parle aussi des enfants qui souffrent et dénonce leurs conditions de vie pendant la guerre.

 

Colère devant l'enfant courant devant la guerre
Jusqu'aux frontières
Depuis sept ans sans s' arrêter
S' il ne se couche dans la terre

Sa poésie et toute son oeuvre forment un chant à l'amour

et à la vie, rempli d'espoir...

On n’invente jamais seul

La patience, la confiance

Nous tenons leurs fruits en main

Grâce à des millions d’amis

Qui furent patients, confiants

Longtemps avant nous pour nous.

http://146075-abderahmane-djelfaoui-ressuscite-anna-greki.html

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 07:58
Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brutJules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut
Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut

Jules Mougin, facteur-poète et figure de l'art brut


Le comptable du ciel
A beau compter et recompter
Il lui manque toujours une étoile.
C’est le facteur rural
Qui l’a retrouvée
Entre la Chaussée d’Antin
Et le Revest de Brousses.
Je vous prie d’en aviser
Le Préfet de Police.

 

Jules Mougin, né en mars 1912  à Marchiennes (Nord), décède en Provence, à la maison de retraite de Caireval  à Rognes, en novembre 2010 à l'âge de 98 ans.

Son père travaillait en usine et sa mère était femme de ménage. Avec son certificat d'études en poche, le jeune Jules, âgé de 13 ans, entre aux PTT comme "facteur télégraphiste" à Paris.

 

Puis par concours, il est ensuite nommé "agent-manipulant" et travaille au tri manuel des lettres dans un gros service de tri parisien. Mais au moment de la visite médicale obligatoire, le médecin découvre qu'il est tuberculeux, ce qui l'oblige à une longue convalescence.

 

A  Paris, il fréquente le "Musée du soir", ouvert depuis mars 1935, et créé par l'écrivain Henry Poullaille. Ce dernier se battra toute sa vie pour faire découvrir des auteurs issus du milieu prolétaire.

 

En 1945, après la guerre, sa signature apparaît dans la revue "Maintenant" dirigée par Poullaille, une revue antimilitariste et libertaire.  

 

Son écriture est dit-il : "Ce qu’il y a de plus vivant, de plus rebelle, le cœur gouverne"...

 

 

Très tôt, Jules Mougin écrit des textes vivants où il est question d'usines ; il nous parle de révolte, de l'urgence de crier à la face du monde, contre notre monde qui ne fabrique qu'injustice et peur, contre la guerre, contre les morts inutiles...

 


Toutes ces jolies petites croix sur les assassinés ! Ces rangées si bien rangées ! Ces alignements si bien alignés ! La guerre, cette immonde dégueulasserie, soigne bien ses morts !


La mitraille résonnait. Sa clameur s’étendait des murailles de Chine aux îles du Pacifique.
Un feu d’artifice embrassait le firmament.
Des fumées éclipsaient le soleil.
Des hurlements couvraient la voix des chiens.
On répétait souvent : « Demain ».
Les murs des échoppes vacillaient.
On se donnait la main pour avancer les canons.
On s’écrivait des lettres anonymes.
L’ironie gagnait quand Monsieur-Mensonge survint.
On vit sur les marchés des légumes contrefaits et des collectes catastrophiques.
De graves messieurs hochaient leur tête dénudée.
Des monocles soulignaient les regards haineux.
On se vendait.
On découvrit une nouvelle planète.
A la fin, un grand brouhaha sur la place (surtout quand on voulut peindre le tréponème pâle).
On y voyait des rats, des bouledogues endiablés, vociférer les commères.
Des croquemitaines en rupture de ban, des gnomes, des baguettes magiques, des laiderons aux seins, des pantouflards, des crapauds, des violons Ingres [sic], des tabliers raccommodés, des bagatelles, des alchimistes, un tas d’affaires incommodes, une pierre philosophale, des gens rassis, des mystérieux phénomènes, des techniciens à la recherche des ténèbres, des boutiquiers sans façon, d’anciens champions d’échecs.
Le monde à l’envers.
Un marmot gentil comme tout, un petiot frileux, un petit garçon grand comme ça, si petit qu’on ne le voyait plus, un petit fou de rien du tout, assis à califourchon sur une borne disait :
— J’ai faim.

Extrait de "La place"

 

Puis ses oeuvres changent...

Son écriture va devenir dit-il sa "fontaine éternelle, curieuse de lumière, présence à l'autre"...

 

Dans certains de ses textes, il nous parle de son enfance dans un milieu très modeste certes, des moments heureux comme les jeux avec sa fratrie, mais aussi  des moments où toute la famille rêvait d'un avenir meilleur...qu'elle n'a pas eu. 


Dans ce temps-là, Loti n’était pas mort, ni France. Millerand pouvait être encore Président de la République. Les copains d’école échangeaient des billes contre les poignées de marks. La France applaudissait Carpentier. La gueularde n’existait pas : on achetait des postes à galène. Au cinéma Récamier, on passait des films à quatre ou cinq épisodes. La salle applaudissait les musiciens.
Maman faisait des ménages pour je ne sais plus combien de l’heure...


Mon père était ouvrier d’usine, pointier de son métier. Je ne peux dire s’il était meilleur que les autres hommes de son âge. Avant sa maladie, nous nous déplacions avec lui. Je connus ainsi les Ardennes, l’Anjou et le Nord. Nous devions partir au Havre, quand la mort nous l’enleva. J’ai un peu hérité de son vagabondage. Je n’aime pas rester sur place… Peut-être ça lui permettait, ces départs, d’espérer une autre vie un peu moins pénible, un peu plus humaine.

 

Dans d'autres textes, il nous parle de ses chagrins, de la mort de son père en 1922, atteint de tuberculose, ou de la perte d'autres êtres chers comme celle de son neveu en particulier. 

 

L'originalité de Jules Moulin est d'écrire sur n'importe quel support : lettres, dessins, enveloppes, cahiers d'écolier, buvards, mais aussi de graver sur la roche de sa cave troglodyte  de Chemellier  (Maine et Loire) proche de la maison où il vivait avec Jeanne, sa femme. 

 

Il y avait gravé des poèmes sur son "Mur vivant des Assassinés" et y organisait des rencontres littéraires. 

 

 
La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a
La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a

La cave troglodyte / Photo extraite du site (http://c-pour-dire.com/jules-mougin-dans-la-grotte-de-lafp/)a

 

 

 

J’aime les pierres

 

 

J’aime les pierres

 

Les lisses comme des cheveux

 

Les bleues comme des yeux

 

Et les rondes qui font penser

 

Aux joues des oiseaux.

 

C’est peut être un morceau d’étoile,

 

Une pierre,

 

Un morceau de cœur, peut être…

 

J’admire et j’écoute.

 

Jules Mougin

 

(Extrait "Les poèmes ont des oreilles")

 

 

 

L'été le couple se rapproche du Luberon où vivent les enfants et petits-enfants et loue une maison de village au coeur de Lambesc (13).

 

L'été le couple se rapproche du Luberon où vivent les enfants et petits-enfants et loue une maison de village au coeur de Lambesc (13).

 


Lambesc ! Ses rues dotées de noms de maréchaux... m'écrit-il de son escale provençale le lundi 3 avril 1989 sur un beau papier "bleu de charrue". Il est vrai, aussi, que Madame de Sévigné n'a pas été oubliée ! Lambesc ! Pierre Michon (sa vie de Joseph Roulin) m'a appris que Roulin, mon aîné, mon "collègue" était né ici ! Hier encore, j'étais chez une petite-nièce du facteur... Je badais ! Je questionnais... Cette dame m'a montré quelques copies de documents. Il y eut deux frères facteurs, celui d'Arles, ah ! Et celui de Lambesc. L'ami de Van Gogh, c'est celui d'Arles, Joseph ! à la si belle barbe ! Remué, je l'étais ! Le suis encore en écrivant ces lignes...

La République des Lettres

 

Jules se décrivait comme un écrivain prolétaire, adepte de l’Art brut. Ecrire pour lui, c'était vivre. 

 

Giono, Dubuffet, Calaferte, Clavel, et bien d’autres encore comptent parmi ses amis. Il entretenait avec eux une correspondance assidue.

 

Il nous reste près de 40 000 lettres et une trentaine d'ouvrages, en plus des écrits taillés dans la roche, et sans compter ses dessins à l'encre de chine, ses objets fabriqués pour le plaisir...

Des milliers de pages n'ont jamais été publiées, des cartons entiers remplis de notes et de graphiques n'ont jamais été ouverts...

 

Après sa mort, le journal "Libération" dira en hommage à son talent :  "Il a fait avec les mots de la langue française ce que le Facteur Cheval a fait avec des pierres". 

 

L’épitaphe sur sa tombe est : "Je suis né en 1912, mon père est mort, ma mère est morte".

 

Vitrine décorée d'une maxime de Jules Mougin (http://123catherine.com/2011/10/12/jules-mougin-le-facteur-etoile/)

Vitrine décorée d'une maxime de Jules Mougin (http://123catherine.com/2011/10/12/jules-mougin-le-facteur-etoile/)

On ne perd pas son temps en écoutant son cœur.

Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...
Quelques unes de ses œuvres...

Quelques unes de ses œuvres...

 

Bibliographie 

 

- "À la recherche du bonheur", éditions Debresse, 1934

- "Usines", Le Sol clair, 1940

- "Faubourgs", 1945, (compte d'auteur)

- "Poèmes", éditions Robert Morel

- "Lettres et cartes postales", éditions Robert Morel

- "La Grande Halourde", éditions Robert Morel, 1961

- "Mal de cœur", éditions Robert Morel, 1962

- "Le Comptable du ciel", éditions Harpo &, 2011.

- "Chaissac-Mougin : une correspondance". Editions Travers-Philippe Marchal. 2012

 

Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...
Quelques uns de ses livres...

Quelques uns de ses livres...

 

 

 Comme si j'avais la Paix...

 

 dans mon cœur

 j'ai tapissé le bureau avec une étoffe claire

et j'ai placé dessus

 l'image de mon pays,

peinte, o la belle image

 par Serge Fiorio, de Montjustin.

 

Comme si j'avais la Paix

Dans mon cœur

J'ai mis de la lumière

Au bureau d'Écouflant.

 

Jules  Mougin (1960)

Jules MOUGIN, facteur et poète dans Le Maine et Loire (1964)


Je voudrais ne pas crever idiot ! Pouvoir aimer, encore, après ma mort !

 

 

Un spectacle "Merci facteur" a été réalisé en 2011, à partir de ses poèmes et de ses textes, mise en scène par Hubert Jégat, musique et chant Richard Graille...

 

 

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 09:18
La première biographie d'Angèle Vannier paraît demain, 16 mars 2016, aux Editions Cristel

La première biographie d'Angèle Vannier paraît demain, 16 mars 2016, aux Editions Cristel

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de pavots avaient maculé mes pieds nus

Les soirs où les bergers m'appelaient dans la ronde

Pour passer le furet de ma main dans leurs mains

Furet des bois jolis furet des vieux jardins.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de chênes avaient appris à mon corps nu

Cette haute caresse où l'écorce connaît

La façon d'arracher aux jeunes filles blondes 

Des gouttes de bonheur de quelque sainte plaie.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de bêtes avaient partagé mon cœur nû

Dans les hautes futaies habitées par la lune

Trop de sangliers forts à renifler l'oronge

Trop de biches mes sœurs effrayées par leurs songes

Trop de martins-pêcheurs gonflés d'humides chants

Délivrés par leurs becs en baisers trop savants.

 

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Mais l'homme au bras marin me parla de l'écume

Et l'humus des forêts fut le sable des dunes

Et les bergers laissant leurs troupeaux de moutons

Au premier loup venu gardèrent des poissons

Le nez du sanglier fouilla le goémon

La biche apprivoisa chaque lame de fond

Et les désirs des fûts chantèrent un navire

Que les oiseaux pêcheurs voilèrent sans rien dire

De leurs ailes tendues à des ciels inconnus.

 

Je suis née de la mer et ne l'ai reconnu

Qu'au bras de mon amour et ne l'oublierai plus.

 

"Je suis née de la mer" Angèle Vannier

Je n'ai pas fait exprès de vous présenter des poètes extraordinaires mais peu connus. 

J'ai simplement choisi dans la liste publiées sur le site du Printemps des Poètes ceux que je ne connaissais pas... et voilà le résultat !

Je continuerai mes investigations encore pendant quelques jours  !

 

Certains poètes ont eu une vie difficile mais ils se sont servis des difficultés de leur vie pour nous parler avec leurs mots et nous émouvoir...

 

 

 

 

Angèle Vannier, dont vous trouverez  une biographie complète sur le site, francopolis, consacré aux poètes et à la poésie francophone, est une poétesse, née en 1917 à Saint-Servan et morte en 1980 à Bazouge-la-Pérouse.

 

Elle passe une enfance heureuse dans un milieu essentiellement féminin. Sa mère la confie en effet à la grand-mère alors qu'elle n'est qu'un bébé de 8 mois. Elle y est choyée comme une reine. 

Pour mieux la nourrir puisque c'est la fin de la Première Guerre mondiale ?  Parce que la mère ne pouvait plus s'en occuper ? Angèle ne saura jamais pourquoi...

 

Elle est élevée par sa grand-mère qui vit dans la demeure familiale, "Le Châtelet" à Bazouges-la-Pérouse, avec sa belle-soeur : toutes deux sont veuves. Avec elles vivent deux autres femmes, la tante d'Angèle (fille de la grand-mère), très pieuse, et Amélie, la servante. 

Angèle vivra au milieu de ces quatre femmes jusqu'à l'âge de 8 ans. Amélie la berce d'histoires et de légendes...

Elle retrouvera ensuite ses parents à Rennes où elle sera scolarisée. Mais elle reviendra chaque été chez sa grand-mère où elle retrouve avec joie son amie Anne.

Alors qu'elle est étudiante en pharmacie, Angèle devient subitement aveugle suite à un glaucome : elle a 21 ans.

Elle décide alors de retourner vivre dans la maison de sa grand-mère. Là-bas, alors que sa grand-mère et la belle-soeur sont morte, elle passera un an auprès de sa tante et d'Amélie, la servante de son enfance, pour apprivoiser le monde nouveau dans lequel elle est obligée de vivre à présent. 

 

S’ils venaient du bout du monde
Avec leurs petits couteaux
Dont la pointe est sans défaut
Pour tuer mes yeux nouveaux
……….
Je lâcherais mes bons chiens
Sur leurs gueules d’assassins
Et m’endormirais tranquille
Aux plis de ma bonne ville.

 

Là-bas, puisqu'elle ne peut plus écrire, Angèle Vannier dicte ses poèmes et elle passe le reste de son temps à marcher dans la forêt, retrouvant peu à peu goût à la vie.

 

Son amie vient lui lire des poèmes se trouvant dans la revue "Le goéland" à laquelle elle est abonnée. Elle y découvre ceux de Théophile Briant. Elle envoie à la revue ses propres poèmes qui seront publiés et elle reçoit même le prix de poésie.

C'est Théophile Briant qui va préfacer son premier recueil de poèmes "Les songes de la lumière et de la brume" (1946) et la faire connaître. 

 

Angèle veut vivre comme tout le monde, sans apprendre le braille et sans sa canne blanche et, elle voit ça comme un défi. 

Mais elle a peur de ne pas connaître l'amour et de ne pas être aimée. 

Ah ! comment voulez-vous qu’on s’aime
Sans se regarder dans les yeux ?

Elle retourne à Rennes, fréquente la faculté des Lettres, anime des émissions sur Radio-Rennes avec Pierre-Jaquez Helias. 

 

En 1947, elle part à Paris, seule, bien décidée à vivre et à rencontrer d'autres poètes.

Elle rejoint le cercle des poètes de Saint Germain-des-prés. Elle se rend chez Lipp (la brasserie bien connue) et y rencontre  Germaine Beaumont, Charles le Quintrec, Luc Bérimont et Maurice Fombeure....et bien d'autrs personnalités de l'époque. 

Elle écrit des chansons et des poèmes et fait la connaissance d'Edith Piaf : toutes deux deviennent amies.

 

En 1955, Angèle écrit pour Edith Piaf "Le chevalier de Paris" qui sera mis en musique par Philippe Gérard et obtiendra le premier prix de la chanson française, puis fera le tour du monde en plusieurs langues et donnera lieu à de nombreuses reprises.

Elle va aussi rencontrer Paul Eluard et, avec lui,  le surréalisme qui marquera son oeuvre. Il va d'ailleurs préfacer ainsi (voir ci-dessous) son second recueil de poèmes "L'arbre à feu" (1950)

 

Le soleil et l’azur, les fleurs, les fruits, les blés,
le visage des hommes, leur rêve et leur effort, leur amour et leur peine,
la lente convulsion des mers et la rouille des continents,
Angèle Vannier, aveugle, préserve tout de l’ombre. Merveilleusement.

Paul Eluard dans la préface de "L'arbre à feu"

En 1973, alors qu'elle a 56 ans, elle retourne s'installer dans son village d'enfance et crée le spectacle "La vie toute entière" avec le harpiste Myrdhin.

Ce harpiste hors-norme, qui sait interpréter le répertoire traditionnel et créer des compositions personnelles, l'accompagnera dans  ses tournées à travers l'Europe.

 

DE MA VIE
De ma vie je n’ai jamais vu
Plus beau visage que sa voix
Ses yeux portent l’âme des eaux
Blessées à mort depuis des siècles
Par le silence des grands bois
Son front descend de la lumière
Comme l’Égypte du mystère
Et sa bouche a juste le poids
Le poids terrible du bonheur
Que pouvait supporter mon cœur.

Angèle Vannier Extrait, Poèmes choisis 1947-1978, Rougerie, 1990

 

Elle nous laisse une oeuvre poétique magnifique où il est question du mystère des êtres et des choses...des êtres que ses yeux ne pouvaient pas voir mais qu'elle-même, poétesse aveugle, voyaient par delà la cécité et que nous, clair-voyants ne savons plus reconnaître. 

 

Dans ses poèmes, elle met en scène ses souvenirs d'enfance dans la grande demeure où Amélie, la servante, lui racontait des histoires de loups, de sorcières et de princesses et où la grand-mère, lui chantait des comptines. Elle parle aussi de sa tante très croyante qui faisait vivre la maisonnée dans une atmosphère étouffante. 

 

Son oeuvre a su évoluer au cours de sa vie : elle s'est libèrée et a su créer un monde de sensations, d'odeurs de couleurs...elle qui n'y voyait plus, un monde de mystère pas toujours facile à comprendre fait de ruptures de ton, de mots juxtaposés dans lesquels, elle fait de nombreuses références à la Bretagne, à ses mythes, à la nuit, aux mystères, à la couleur bleue (de la mer ? ou de la nuit ?) 

 

 

Mes yeux fondirent dans ma bouche
Je pris la nuit comme un bateau la mer

"Le sang des nuits"

Bibliographie [source wikipedia]

 

- Les Songes de la lumière et de la brume, Éditions Savel, préface de Théophile Briant, 1947

- L'Arbre à feu, Éditions Le Goéland, préface de Paul Éluard, 1950

- Avec la permission de Dieu, Seghers, 1953

- À Hauteur d'ange, La maison du poète, 1955

- Choix de poèmes, Seghers, 1961

- Le Sang des nuits, Seghers, postface d'André Guimbretière, 1966,

- La Nuit ardente, Flammarion, 1969 (roman autobiographique)

- Théâtre blanc, Rougerie, 1970

- Le Rouge cloître, Rougerie, 1972

- L'Âtre utérin, revue Clivages no 2, 1974

- Profil de l'énigme ou Femme pluriel, revue Nard no 6, 1975

- Ordination de la mémoire", Rougerie, 1976

- Poésie verticale I, Éditions Roche sauve, 1976

- Poésie verticale II, Éditions Roche sauve, 1977

- L'Écharpe rouge et les chiens bleus, revue l'Immédiate no 10, 1977

- Otage de la nuit (essai) suivi de Parcours de la nuit (poèmes), Éditions Librairie bleue, 1978.

- Brocéliande que veux-tu?, Rougerie, 1978

- Dites-moi vous, Juan, revue Europe, 1981, réédité en 2012, Éditions La part Commune

- Poèmes choisis, anthologie 1947-1978, Rougerie, 1990

Femmes abandonnées n'attendez pas de moi
Que j'ajoute une larme et ma charge de froid
Au puits déjà trop plein dont vous êtes la source
Et vers lequel à l'heure où les enfants partagent
Leur croissant du matin avec l'ange du soir
Monte griffes rentrées la femelle du loup
Du loup qui court le guilledou.
"Il est sage qu'on marche à pattes de velours
Lorsqu'on cherche à laper quelque relent d'amour"...

Extrait de Poèmes choisis, anthologie 1947-1978, Rougerie 1990

L'Association "La voix est libre" propose dans ses stages d'apprentissage des lectures de poèmes d'Angèle Vannier afin de "faire un tour dans le jardin des autres", stages qui s'adressent aux amateurs et aux professionnels du monde du spectacle...

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