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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 06:17
Gallimard Jeunesse, 2019

Gallimard Jeunesse, 2019

L'effondrement de l'arche dans la mer de nuages avait provoqué un débordement tel qu'Ophélie n'en avait jamais observé. C'était une tornade presque immobile, grondante de tonnerre et d'éclairs, épaisse comme une éruption volcanique, qui formait une brèche d'obscurité sur la pâleur du matin...

Elle a toujours su qu'elle était appelée à sauver le monde.
...Elle a toujours pensé que, si l'humanité est à ce point agressive et belliqueuse, ce n'est pas tant par haine des autres que par peur de sa propre fragilité. Si chaque personne au monde était capable d'accomplir des miracles, elle cesserait de craindre son voisin.
Des miracles voilà ce qu'il leur faut à tous.

Voici le quatrième tome (et la fin) d'une série, "La Passe-miroir" que j'ai découverte en 2017. Cette série s'adresse aux adolescents, jeunes adultes et bien entendu aux fans adultes de romans fantasy.

J'ai lu les trois premiers tomes durant l'été 2017 : Les Fiancés de l'hiver (1) ; Les Disparus du Clairdelune (2) ; et La Mémoire de Babel (3).

A cette époque, le tome 4 n'était pas encore paru : il m'a donc fallu attendre pour le lire et surtout pour  le trouver à la médiathèque. 

Petit rappel : L'univers créé par l'auteur est constitué d'arches, chacune dirigée par un "esprit de famille". Chaque famille possède des dons qui lui sont propres. Ophélie, l'héroïne de la série, est une passe-miroir, elle peut  changer d'endroit en traversant n'importe quel miroir, et elle ne se retrouve pas toujours là où elle voudrait aller, mais souvent là où sa pensée l'emmène ! 

Elle a aussi le don de "lire les objets" avec ses mains d'où l'importance pour elle de porter des gants car sinon sa vie quotidienne serait invivable.  De plus, elle fait partie de la famille des animistes ce qui lui donne le don supplémentaire d'animer les objets. Dans le tome 3, elle a fui son arche pour rechercher Thorn, son mari, parti se réfugier  sur Babel. Tous deux se sont retrouvés et doivent maintenant mener à bien leur mission dans la plus grande discrétion...

 

Rien ne va plus sur Babel, les effondrements se multiplient entrainant la disparition de quartiers entiers et des gens qui y vivaient, bouleversant l'équilibre de l'arche.  

Les dirigeants décident alors de ficher (en les marquant avec un tampon, en leur faisant passer une visite médicale...) tous ceux qui ne sont pas natifs de l'arche et qui sont arrivés récemment. Ils décident de les expulser...

Ophélie est bien décidée à trouver qui est responsable de ces catastrophes, elle est certaine qu'il s'agit de "l'Autre" qu'elle a libéré sans le savoir, alors qu'elle était une toute jeune adolescente, lors de son premier passage à travers un miroir. 

Mais comment le trouver puisqu'elle ne sait pas à quoi il ressemble. Thorn va l'aider. Il se fait muter à l'observatoire des Déviations pour y travailler. Ophélie décide de s'y faire interner de son côté, sous prétexte d'en apprendre davantage sur les "Inversés" ces gens pas comme les autres que les familles rejettent parce que trop difficiles à comprendre. Elle va donc participer au protocole alternatif qui comporte plusieurs niveaux. Elle fera des comptes-rendus réguliers à Thorn qu'elle retrouve en secret en s'échappant la nuit de sa cellule-chambre où elle se sent de plus en plus seule. Mais cette solitude lui permet de réfléchir...

 

C'est alors qu'Ophélie découvre pour la première fois l'importance des échos, des échos en rapport avec la fameuse Corne d'Abondance.

A quoi sert-elle ? Quel rapport entre l'Autre, la Corne d'Abondance et Dieu ? Quels liens unissent Ophélie et Eulalie dont elle visite régulièrement l'ancienne chambre en rêve ? Quels liens unissent Eulalie et l'Autre ?

Pourquoi certains personnages, vivants actuellement sur Babel, semblent être des clones d'autres personnages disparus ?

 

Autant de mystères qu'Ophélie devra résoudre, pour découvrir qui menace la stabilité du monde et des arches, mais aussi qui elle est vraiment et qu'elle est sa mission sur terre, enfin dans cet univers. 

 

Le lecteur découvre que le monde et chacun des êtres vivants qui le peuplent, sont composés d'un endroit et d'un envers, un opposé, souvent caché. Souvent ce double se détache et forme une ombre. Pour certains personnages, un écho de leur personne peut être réalisé et c'est lui que les autres voient tant qu'ils restent en possession de leur code, seul garant de leur réalité.

Vous voyez que rien ne sera simple pour Ophélie car elle devra découvrir qui se cache derrière chacun des personnages croisés sur sa route, savoir à qui elle pourra se fier, qui pourra l'aider. Pour cela le reflet de la personne dans un miroir sera révélateur de sa vraie nature, n'oublions pas que le miroir joue un rôle tout au long de la série et qu'il est le symbole de la connaissance.

Je n'ai jamais déformé la vérité, mais je ne l'ai pas révélée en entier non plus. C'est là une notable différence...

Tout d'abord je tiens à dire que je reste admirative des univers créés par l'auteur dans cette saga, de son imagination débordante et des valeurs dont elle imprègne ses romans. 

C'est encore une fois une lecture à plusieurs niveaux que le lecteur n'abordera pas de la même façon selon son âge. Forcément à 14 ans, il y aura des éléments incompris.

Les thèmes abordés dans cette série sont en effet multiples, ils vont de la quête d'identité, la nécessaire confiance en l'autre, l'amitié, les secrets de famille, mais aussi la croyance en Dieu entre-autre...

 

Est-ce parce que j'ai trop attendu entre la lecture du tome 3 et du tome 4, j'ai lu cette suite avec plaisir, mais j'ai moins aimé ce tome que les précédents, tout en trouvant que la fin ouverte était une excellente idée pour clore la série. De nombreuses questions restent sans réponse et nous obligent à réfléchir, à repartir en arrière pour mieux comprendre. 

Ce tome est par moment difficile à suivre et je me suis demandée si les ados n'allaient pas s'y perdre un peu, surtout dans les dernières pages ou pourtant  peu à peu chacun des mystères trouve une explication logique.

 

Le lecteur est heureux de suivre Ophélie et Thorn dans leurs recherches de la vérité, et de retrouver des personnages vus précédemment dans les premiers tomes. J'ai aimé revoir à la fin tous ceux que j'avais aimé dans les tomes précédents. 

Bref,  j'ai donc trouvé que ce tome était plus complexe que les précédents pour des ados. Mais il n'en reste pas moins que ce tome était indispensable pour clore la série en beauté, faire le lien entre passé, présent et futur. Le lecteur doit faire confiance à l'auteur, et à Ophélie, pour passer d'un monde à l'autre, traverser les miroirs, accepter de rester coincer entre les deux parfois : elle sait où elle nous emmène même si nous ne savons rien de ses intentions. 

La fin laisse libre cours à notre imagination et c'est une fin à laquelle je ne m'attendais pas, mais elle me donne envie de relire un jour l'ensemble tant je suis consciente des milles petits détails, oubliés ou jugés insignifiants au cours de ma lecture, que je n'aurais pas dû occulter !

Une série à lire et à relire dès 14 ans. 

...un monde où l'homme n'aura plus jamais à être domestiqué par l'homme ni aliéné par les contingences matérielles. D'où viennent les guerres ? Quelle est l'origine des conflits ? De l'insatisfaction. Derrière les idéologies, il y a toujours une motivation matérielle.

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 06:15
Denoël / Sueurs froides, 2019 / Le Livre de Poche 2020

Denoël / Sueurs froides, 2019 / Le Livre de Poche 2020

De là où Nun, Nin et elle, se tenaient, encore en surplomb, la ville pauvre leur apparaissait tel un puzzle sans ordre. Si on plissait les yeux, on aurait pu croire que des milliers de petits papiers déchirés avaient été jetés pour abriter des humains, mais c'étaient des toits, de toutes les teintes, de toutes les formes, de tous les matériaux possibles, émiettés au gré des arrivées et des trouvailles, des rebuts et des déchets, des maisons oui.

Au fin fond du Népal, Mara vit seule dans sa cabane isolée dans la forêt. Depuis qu'elle est veuve, elle se nourrit comme elle peut, de plantes et de ce qu'elle arrive à braconner. 

Un soir, elle découvre un petit garçon attaché à un arbre en pleine jungle, à la merci des bêtes sauvages qui sortent dès la nuit tombée. Sans réfléchir, elle l'emmène avec elle. Le lendemain c'est une petite fille terrorisée qu'elle découvre à son tour, attachée à l'arbre.

 

Pour la première fois, Mara comprend qu'elle doit fuir et emmener les deux enfants à la ville, non seulement pour se cacher mais pour les sauver.  Elle ne comprend ni leur nom, ni leur langue, ni ce qui leur est arrivé, car elle ne sait pas d'où ils viennent, mais ce qu'elle comprend, c'est qu'elle a contrarié les plans de leur kidnappeur.

Là-bas, dans le bidonville où elle s'est installée, rien ne va comme elle l'espérait. Elle effectue sans relâche de menus travaux de couture, qui ne lui rapportent rien, car jamais parfaits aux yeux de celui qui l'emploie et l'exploite. Les petits en grandissant se rallient  à des bandes de gamins qui volent tout ce qu'ils peuvent, pour ramener quelques présents ou un peu d'argent chez eux.

Mais le jour où Nun rentre la langue brûlée, elle prend les devants et décide de rentrer "chez elle" mais avant, elle doit faire ce qui la poursuivra toute sa vie : pour la sauver, elle abandonne Nin devant l'hôpital non sans l'avoir cruellement blessée auparavant pour les obliger à la soigner, puis à la faire adopter...

 

Des années après, le lecteur découvre Lior, une femme exceptionnelle dont le seul défaut est sa pugnacité et son amour pour la chasse. Au Kamtchatka, au milieu des volcans, elle participe à une chasse à l'ours organisée avec un guide. Le groupe est constitué de quelques amis, de personnes inconnues et d'Hadrien, son compagnon, qui la suit partout par amour, alors qu'il n'aime pas du tout  la chasse.

 

Là, pendant des jours, le groupe va suivre la piste d'un ours pas comme les autres, malin, intelligent, plus humain que les hommes, un ours qui n'hésite pas à protéger un de ses congénères plus petit, et surtout à charger et à tuer pour faire fuir ces êtres à deux pattes qu'il abhorre. 

Mais très vite l'ours se rend compte qu'il n'est pas arrivé à les faire tous fuir...Derrière lui une frêle silhouette, déterminée, bien décidée à se venger, mais discrète, marche dans ses pas. Elle se fond dans la nature, elle est douée et dangereuse et plus proche de l'animal que de l'homme, c'est Lior !

L'ours la mènera au bout d'elle-même et l'obligera à renoncer un temps à ce qu'elle aime le plus, pour retourner sur son passé et enfin vaincre ses peurs d'enfant.

Dans sa hâte de gravir la montagne, le petit ours ne voit pas que l'autre, marche exactement dans ses traces, recouvrant ses empreintes de ses pattes colossales. Il ne le voit pas griffer le sol par endroit, brouillant leurs pas, tournant en rond pour rendre la piste illisible. Il ne comprend pas non plus pourquoi, une heure plus tard, en arrivant au bord d'une rivière, le gros ours le pousse dans l'eau...

Voilà encore une fois un roman passionnant d'un auteur qui ne m'a, à ce jour, jamais déçue. J'ai été happée dès les premières pages par cette histoire d'une tension extrême, et j'ai donc suivi Mara et les deux enfants, Nin et Nun, avec beaucoup d'empathie, puis découvert bien entendu les liens qui les unissent aux autres personnages.

 

Le livre est bâti en trois parties dont un prologue, quelques pages à peine pour permettre au lecteur de connaître Mara et sa vie dans le bidonville de Pokhara. Ensuite la seconde partie constitue le plus gros du roman, c'est la traque de l'ours. Le lecteur fait connaissance avec Lior et découvre qui elle est. Puis il lui faudra retourner vers l'enfance de Lior pour mieux comprendre les sources de sa motivation profonde, d'où vient ce regard particulier, cette façon d'apparaître plus vivante aux yeux des autres, lorsqu'elle chasse.

 

L'auteur fait parler ses personnages ce qui nous permet d'entrer dans leurs pensées et leurs points de vue. Ainsi l'ours s'exprime aussi et nous livre son ressenti sur les hommes, sur la traque qu'il subit, sur cette jeune femme téméraire qui le suit. 

 

C'est une magnifique histoire pleine de suspens et d'humanité, qui nous emporte là où l'auteur veut nous emmener, sur les traumatismes enfouis durant l'enfance et les blessures profondes qui offrent un terreau à nos peurs et à nos angoisses d'adultes. 

C'est un merveilleux voyage en terre népalaise dans un décor paradisiaque, des forêts encore peuplées de bêtes "sauvages" dont les tigres, et des terres quasi vierges de toute présence humaine.

Mais c'est aussi une plongée réaliste et nécessaire, mais révoltante, dans la vie quotidienne de toute une population exploitée, dans la vie d'enfants dont personne ne se soucie quand ils disparaissent, car leur famille est trop soulagée d'avoir une bouche de moins à nourrir.

 

Enfin, c'est une plongée "écœurante" au sein de ce groupe de français très riches, aux motivations diverses, qui se régalent d'effectuer des voyages-safaris, durant lesquels avec un guide, donc sans risque, ils pourront vivre quelques instants chargés d'adrénaline, avant de laisser libre cours à leur désir de tuer. Et en cas de problème, un coup de fil et hop, un hélicoptère viendra les chercher !

Malgré cela et l'ambiance particulière au sein de ce groupe, le lecteur se sent tout de suite proche de Lior et d'Hadrien car ils ne sont pas comme les autres. 

 

Un livre dont encore une fois, le lecteur ne sortira pas indemne.

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 06:19
Michel Lafon, 2017

Michel Lafon, 2017

- Cherchez pas, ça n'existe nulle part ailleurs, et dans aucun texte de loi. C'est du fait maison Calais, spécialité locale. ...donc avec cette appellation de réfugiés potentiels, ni on ne les arrête, ni on ne les aide. On les laisse moisir tranquilles en espérant qu'ils partiront d'eux-mêmes.
- Je vois qu'on a beaucoup réfléchi à trouver comment ne rien faire.
- Pour ma santé mentale, j'ai oublié d'y penser.

J'ai découvert la plume de l'auteur au printemps dernier en lisant "Surface" présenté ici. Et je m'étais promis de continuer à le découvrir en lisant de temps en temps un de ses romans.

Voilà un livre coup de poing qui se lit d'une traite tant le sujet sensible ne peut nous laisser indifférents. 

Ils empruntèrent un sentier de sable, tournant de nombreuses fois dans diverses directions jusqu'à ce qu'Adam ne sache plus se repérer dans l'espace. Au détour d'une cabane en palettes de bois, ils se retrouvèrent dans un campement d'une dizaine de tentes en cercle, autour d'un grand feu bordé de pierres.
- Bienvenue chez les Soudanais, mon ami.

Il les comprenait, ces regards qui lui disaient de ne plus attendre, de ne plus espérer, de se raisonner avant de devenir fou, d'accepter pour ne plus se battre. Il les comprenait et les voyait défiler, derrière ses paupières closes...

Il faut dire que le roman commence par une scène choquante que je ne vais pas vous décrire pour autant : le lecteur est sur un bateau de migrant, quelque part en méditerranée.

Très vite, on se retrouve aux côtés des pelleteuses qui démantèlent le camp de migrants de la Jungle de Calais. Le décor est posé.

 

Le lecteur découvre alors la vie quotidienne d'Adam obligé de fuir son pays en guerre, la Syrie meurtrie... sous la dictature de Bachar-al-Assad. Il a envoyé en France sa femme Nora et sa petite fille Maya pour les mettre en sécurité avant lui, et il les rejoint à présent à Calais. Mais personne n'a vu arriver sa famille. Il va donc les attendre-là pendant de longs jours, puis de longues semaines...qui s'éternisent.  

Ce qu'il découvre avec horreur, lui qui était flic dans son pays, c'est la manière inhumaine dont sont traités les migrants, venus de tous les pays du monde, c'est la violence qui règne dans la jungle, c'est la police qui n'ose plus y mettre les pieds pour faire respecter les lois. 

 

Adam ne peut s'empêcher d'intervenir...pour sauver un petit soudanais des griffes de ses violeurs. C'est à l'hôpital qu'il fait la connaissance de Bastien, nouvellement arrivé à la gendarmerie de Calais, une gendarmerie délabrée et oubliée par les autorités, où les hommes, fatigués et sans illusions, doivent régler des problèmes qui les dépassent, les laissant meurtris par leur propre image et leurs propres actes.

Bastien ne peut rejeter la demande d'aide d'Adam, quitte à lui-même se mettre en danger, alors que toute la brigade ne demande qu'à fermer les yeux sur les agissements au sein de la jungle. 

"Ombre" était dans la Jungle.
Son arrivée était attendue, et deux hommes vinrent à sa rencontre, intimidés. Même si personne ne connaissait sa véritable identité et s'ils étaient peu à avoir déjà vu son visage, sa réputation le précédait. Il était le recruteur de Daesh. Celui qui, disait-on savait lire les âmes...

Un roman noir, très noir qui relate la réalité de la vie dans la jungle, au sein de laquelle un recruteur de Daech s'est infiltré. L'enquête n'est pas oubliée mais n'est finalement qu'un prétexte pour faire entrer le lecteur dans ce bidonville géant. 

L'auteur décrit avec réalisme, mais beaucoup de pudeur et de délicatesse, la vie quotidienne des migrants, leur solitude, leurs espoirs. Il décrit aussi le travail fait par les organisations humanitaires, les difficultés pour les policiers de trouver leur place entre les ordres donnés venus d'en-haut, loin de la réalité, et ce qu'ils voient tous les jours...qui les ramènent à leur impuissance, et les incitent à baisser les bras. 

La violence morale et physique est partout, et le sort des enfants nous apparait particulièrement injuste bien entendu, porté par le petit Kilani que nous suivons au quotidien puisque devenu, le petit protégé d'Adam. 

L'auteur adopte tout de suite le ton juste. Il ne prend jamais parti, ne culpabilise personne et pourtant il nous touche en plein cœur et nous refermons ces pages avec un sentiment de honte et d'impuissance mêlées.

 

C'est un livre-choc qui s'inscrit dans la réalité de notre société d'aujourd'hui et porte un regard sans concession sur des événements que personne ne veut voir.

Si l'auteur parle de la jungle et en fait le sujet principal de son roman, si les deux mondes sont bien, d'un côté le pays d'origine des migrants en guerre la plupart du temps, et de l'autre le nôtre en paix qui n'offre aux migrants comme accueil que celui de la Jungle de Calais, un monde décevant mais fantasmé, l'auteur n'oublie pas pour autant de parler des riverains et des habitants d'une ville dépossédée de sa vie propre. 

Un roman à découvrir et un auteur à suivre, assurément, il était temps que je le lise et je ne suis pas prête de l'oublier.

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 06:19
Gallimard jeunesse

Gallimard jeunesse

Quand vous choisissez un chemin parmi beaucoup d'autres, tous ceux que vous laissez de côté disparaissent comme des bougies qu'on souffle, et c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. Pour le moment, tous les choix qui lui étaient offerts existaient simultanément. Mais les maintenir en vie ne signifiait pas agir. Il |Will]devait prendre une décision.

Ce dernier  opus de la célèbre trilogie, "A la croisée des mondes", fait suite aux deux premier tomes : "Les Royaumes du Nord" et "La Tour des Anges". Attention donc, si vous comptez lire ces romans, je révèle certains éléments de l'histoire dans mon résumé. 

 

Pour la sauver dit-elle, mais aussi pour mettre à exécution ses plans machiavéliques, Lyra a été enlevée par sa mère, Mme Coulter, qui l'a emmené dans son propre monde, au sein des gigantesques montagnes de l'Himalaya.

Là, cachées dans une grotte, elle lui donne tous les jours une drogue qui la plonge dans un profond sommeil. Ama, une fillette du village vient leur apporter de la nourriture. Elle va comprendre très vite que Lyra est droguée et retenue prisonnière.

 

Will s'est lancé à sa recherche et passe d'un monde à l'autre grâce à son poignard magique. Il est aidé dans sa tâche par deux anges rebelles, Balthamos et Baruch qui sont venus lui demander de rejoindre rapidement Lord Asriel, afin de l'aider à vaincre l'Autorité. Devant son refus, ils ont choisi de ne plus le quitter d'une semelle. 

Quand Will retrouve Lyra et arrive à l'emmener avec lui, il découvre qu'elle est bien décidée à mener à bien une périlleuse mission, descendre dans le monde des morts. Lyra veut revoir Roger et se faire pardonner ses erreurs, tandis que Will veut revoir son père. Les deux amis se mettent en route, ne sachant pas ce qui les attend là-bas.

Lyra est dévastée, car elle doit laisser Pan sur les rives, mais les deux enfants iront jusqu'au bout et réussiront à ouvrir une fenêtre qui permettra aux morts de retrouver leur liberté.

Ce que les deux enfants ne savent pas encore c'est que le sort commun à tous les mondes connus, est lié au destin de Lyra. D'après une prophétie, transmises par les sorcières, Lyra sera un jour soumise à la tentation, et elle influera ainsi par son choix décisif, le devenir des mondes qui l'entourent. 

Bien entendu Metatron, le Régent de l'Autorité, veut empêcher la réalisation de la prophétie, et l'Eglise s'y oppose également. Tous deux n'hésiteront pas à supprimer Lyra : elle est donc en grand danger. Mais les parents de Lyra veillent : ils vont oublier leurs griefs pour essayer de sauver la vie de leur fille...qu'ils aiment plus que tout. 

 

Pendant ce temps, Mary Malone, une scientifique que Lyra a rencontré et qui vient du même monde que Will est arrivée dans un pays étrange où les habitants, les mulefas, se déplacent sur des roues fabriquées avec les cosses d'un arbre magique. Mais malheureusement pour eux, tous les arbres sont condamnés à disparaître les uns après les autres. Mary découvre que la poussière est responsable de ce phénomène, et que ce qu'elle appelle les Ombres (la Poussière créée par les êtres humains eux-mêmes) fuient vers le néant, anéantissant tout espoir pour les adultes de poursuivre une vie normale libre.

Lyra faisait la chose la plus cruelle qu'elle ait jamais faite, et elle se haïssait, elle haïssait ce geste ; elle souffrait pour Pan et avec Pan, elle souffrait à cause de Pan, tandis qu'elle essayait de le poser sur le sol glacé, obligée de décrocher ses griffes plantées dans ses vêtements, en pleurant à chaudes larmes...

Comprenez bien une chose...La poussière n'est pas une matière immuable. Il n'en existe pas une quantité bien définie. Ce sont les êtres dotés d'une conscience qui la fabriquent, ils la renouvellent en permanence, par leurs pensées, leurs sentiments, leurs réflexions...en accédant à la sagesse et en la transmettant. Et si vous aidez toutes les autres personnes de vos mondes respectifs à faire de même, en leur enseignant à apprendre et à se comprendre, à comprendre les autres et la manière dont fonctionnent les choses, en leur montrant comment être bons et non cruels, patients, joyeux et non maussades, et surtout, comment garder un esprit ouvert, libre et curieux....Alors ils produiront suffisamment de Poussière pour remplacer celle qui s'est échappée par une fenêtre.

Ce dernier tome de la trilogie de Philip Pullman a obtenu le prestigieux prix Whitebread en 2001, lors de sa sortie outre-manche.  C'était la première fois dans l'histoire des prix littéraires que ce prix était attribué à une œuvre de littérature jeunesse. 

Les lecteurs vont retrouver avec plaisir Will et Lyra, les suivre dans leurs aventures. Ils vont revoir aussi Serafina Pekkala, la reine des sorcières, Iorek Byrnison, l'ours en armure devenu roi, Lord Asriel et ses espions pas plus grands que la main et beaucoup d'autres personnages déjà croisés dans les tomes précédents. 

 

Une analyse complète de l'oeuvre de Philip Pullman, de sa symbolique, des différents niveaux de lecture, est en ligne sur Wikipedia ICI. Si vous avez la curiosité de suivre le lien, vous découvrirez que l'auteur aborde des thèmes intemporels comme l'importance du rite de passage entre l'enfance et l'âge adulte, le triomphe de la connaissance sur l'ignorance, la lutte contre l'autorité afin d'acquérir son libre-arbitre, la mort, la liberté, les croyances, religieuses ou pas, le bien et le mal, l'amitié et l'amour...entre autres ! 

 

Mais bien évidemment pour les jeunes lecteurs, enfants et adolescents, la trilogie reste avant tout une belle série de fantasy, composée de trois romans d'apprentissage, emplis de magie et de rebondissements, à découvrir dès 10-11 ans. 

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 06:23
La servante écarlate / Margaret Atwood

J'aimerais croire que ceci est une histoire que je raconte. J'ai besoin de le croire. Il faut que je le croie...
Si c'est une histoire que je raconte, je peux choisir son dénouement. Donc, il y aura un dénouement...

Voilà une dystopie déjà lue au début des années 90 que j'ai eu beaucoup de plaisir à relire récemment, vu que j'envisage enfin de lire la suite, sortie seulement l'année dernière...enfin si les médiathèques envisagent de rouvrir leur porte. 

Dans ce roman pas comme les autres qui a marqué ses lecteurs à jamais lors de sa parution, l'auteur nous fait entrer dans un monde futur qui fait froid dans le dos tant il pourrait devenir le nôtre un jour.

 

La République de Gilead a été fondée récemment par des fanatiques. Dans cette société particulière, les femmes sont séparées en groupes distincts selon qu'elles soient ou non capables de procréer, car là est bien le problème majeur de cette société : la stérilité touche tous les milieux et plus personne n'est capable de l'enrayer. La pollution, l'usage massif de produits chimiques, les maladies ont anéanti les chances de voir naître des enfants viables et capables eux-mêmes de se reproduire un jour. 

 

Defred dont on ne saura jamais le vrai nom, fait partie des "servantes écarlates", ces femmes fertiles qui ont déjà pu donner la vie. Elles sont devenues des esclaves au service des plus riches.

Le couple qui a accueilli Defred n'est pas plus mauvais que les autres. Ils appliquent les règles voilà tout, et si Defred est bien réduite à être leur esclave sexuelle, elle n'en est pas moins bien nourrie ou surveillée car toutes les chances doivent être mises de leur côté pour qu'un jour le Commandant et son épouse puissent avoir la joie de devenir parents à leur tour...

 

Defred, de sa chambre monacale, se souvient du temps d'avant, quand elle menait une vie normale, libre, avec son compagnon et sa petite-fille adorée, jusqu'au jour où tout a basculé dans l'horreur et où ils ont tenté vainement de se sauver...

En même temps, elle nous raconte son histoire, sa vie d'aujourd'hui et comment elle en est arrivée là.

 

Vous êtes une génération de transition, disait Tante Lydia. C'est pour vous que c'est le plus dur. Nous savons quels sacrifices sont attendus de vous. C'est dur quand les hommes vous humilient. Pour celles qui viendront après vous, ce sera plus facile...

Tous les soirs en allant me coucher, je me dis : Demain, je me réveillerai dans ma maison à moi, et tout sera comme avant.
Cela n'est pas arrivé, ce matin non plus.

Voilà un roman glaçant et glauque à souhait. L'auteur nous fait entrer peu à peu dans ce monde et chacun des événements nous fait pénétrer un peu plus dans l'horreur de la situation. Par petites touches et autant de retours en arrière, le lecteur prend conscience que le monde d'avant était tout simplement le nôtre et que tout ce qui est décrit pourrait bien arriver un jour...

Un roman intemporel tout à fait d'avant-garde puisqu'il a été écrit il y a plus de 30 ans par un auteur que je me suis promis de lire plus souvent. 

A lire absolument que vous soyez fans du genre ou pas.

J'ai vraiment eu du plaisir à le relire et j'espère pouvoir très bientôt me procurer la suite. 

...souvenez-vous que le pardon est aussi un pouvoir. Le mendier est un pouvoir, le refuser ou l'accorder est aussi un pouvoir, peut-être le plus grand de tous.

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 06:18
La Tour des Anges (tome 2) / A la croisée des Mondes

La Tour des Anges (tome 2) / A la croisée des Mondes

Voici le second volet de la trilogie commencée ici, une trilogie que j'avais découverte à sa sortie et déjà beaucoup aimé, que j'ai relu donc pour en parler avec ma petite-fille qui termine le tome 3 en ce moment, une sorte de lecture commune qui nous permet de communiquer autour de la lecture.

Dans ce tome, un nouveau personnage apparaît, c'est Will. Il est bien décidé à fuir sa maison où de mystérieux hommes en noir, se sont introduits après avoir harcelé sa mère. En pleine nuit, il arrive à les éviter non sans avoir provoqué la chute de l'un d'entre eux dans l'escalier. Persuadé de l'avoir tué, une fois sa mère mise à l'abri, il s'enfuit.

 

C'est durant sa fuite que de façon tout à fait accidentelle, il passe dans un autre monde, et rencontre Lyra. Dans ce monde-là, à Cittàgazze, seuls les enfants vivent tranquilles ; les adultes sont tous attaqués par des spectres qui les dévorent mais que les enfants ne voient même pas et comme ils n'en ont pas peur, ceux-ci ne les attaquent pas.

Lyra décide de faire confiance à Will bien que son instrument magique, l'aléthiomètre, qu'elle seule est capable de déchiffrer, lui dise qu'il s'agit d'un assassin. Elle décide de l'aider à retrouver son père, disparu lors d'une expédition dans le Grand Nord il y a des années. Will qui s'est emparé d'un écritoire contenant des lettres écrites pas son père, est persuadé que celles-ci contiennent de nombreuses informations, et que ce sont celles-ci que les mystérieux cambrioleurs recherchaient chez lui.

 Il va pour plus de sûreté, les confier à Lyra...

Mais celle-ci n'est pas au bout de ses peines. Il faudra d'abord que les deux enfants pénètrent dans la tour des anges, puis se laisse guider par leur intuition pour mener à bien, coûte que coûte, leur mission. 

 

Voilà le lecteur happé par l'histoire et fasciné par l'immersion dans ces mondes imaginaires. Tout nous paraît tellement réel que nous nous prenons au jeu. Les personnages sont sympathiques et Lyra gagne en maturité au fil de l'histoire. Encore une fois je ne vous dirai rien des personnages imaginaires qui interviennent dans l'histoire pour les aider, ni des rebondissements qui rendent le récit exaltant. Ce serait dommage de vous gâcher le plaisir de la découverte...

C'est donc un second tome qui ne déçoit pas le lecteur et l'invite à poursuivre l'aventure, d'autant plus que la fin laisse nos héros dans une situation bien inquiétante...mais évidemment je ne vais pas vous en dire davantage !  

- Qui es-tu ? demanda-t-il ?
- Lyra Parle-d'Or.
- Tu vis ici ?
- Non, répondit-elle avec véhémence.
- On est où ici ? C'est quoi cette ville ?
- J'en sais rien. Tu viens d'où ?
- D'un autre monde. Il est rattaché à celui-ci. Où est ton daemon ?
Will ouvrit de grands yeux. C'est alors qu'il assista à un phénomène extraordinaire : le chat bondit dans les bras de la fille et se métamorphosa !

Je vous ai parlé du pouvoir que possèdent,paraît-il, nos philosophes, celui d'ouvrir les portes d'autres mondes. Et bien certaines personnes pensent que, parfois, ils laissent une porte ouverte, par inadvertance. Je ne serais pas surpris si des voyageurs venus d'autres mondes parvenaient jusqu'ici de temps à autre. Après tout, nous savons bien que les anges passent par ici.
- Les anges ? dit Serafina. Tu les as déjà évoqués tout à l'heure. Nous n'en avons jamais entendu parler. De quoi s'agit-il ?
...ce sont des Guetteurs. Ce ne sont pas des êtres de chair comme nous, ce sont de purs esprits. Ils transportent les messages venus du ciel, telle est leur mission.

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 06:19
Albin Michel, Terres d'Amérique / 2020

Albin Michel, Terres d'Amérique / 2020

Malgré les rumeurs, Nickel était une école et pas une sordide prison pour mineurs. Son avocat lui avait dit qu'il avait eu de la chance. Un vole de voiture c'était du sérieux. Comme il l'apprendrait plus tard, la majorité des garçons étaient ici pour des infractions sans gravité-des délits vagues, inexplicables. Certains étaient des orphelins, pupilles d'un Etat qui n'avait pas d'autre endroit où les caser.

Voilà un roman dont on a beaucoup parlé à cette rentrée et que j'ai pu lire dès le mois d'octobre, car une amie me l'a gentiment prêté. Ainsi je n'ai pas eu à le réserver à la médiathèque ni à attendre.

 

J'avais adoré découvrir le précédent roman de l'auteur, "Underground Railroad" qui relatait le périple d'une jeune esclave évadée d'une plantation en Géorgie, que je vous ai présenté sur le blog ICI. L'auteur avait déjà obtenu le prestigieux prix Pulitzer en 2017 pour ce titre. J'imagine qu'il ne s'attendait pas à recevoir à nouveau ce prix pour "Nickel Boys" cette année.  

Il pensa longtemps à la lettre que Martin Luther King Jr avait écrite dans sa cellule de la prison de Birmingham, cet appel puissant qu'il avait composé derrière les barreaux...Elwood n'avait ni papier, ni crayon, rien que des murs, et il était à cours de belles pensées sans même parler de sagesse ou d'éloquence...
Durant ces heures interminables, il se débattait avec l'équation du révérend King. "Jetez-nous en prison, nous continuerons de vous aimer...."

L'histoire se passe en Floride au début des années 60, dans une société soumise aux lois ségrégationnistes.

Le jeune Elwood Curtis est un garçon sérieux qui adore écouter les discours de paix et de tolérance de Martin Luther King. Il travaille bien en classe et gagne de l'argent dans un bureau de tabac-épicerie pour aider Harriet, sa grand-mère qui l'élève seule, depuis que ses parents ont mis les voiles une nuit...

Alors qu'il entre à présent à l'université et qu'il se rend à ses premiers cours en faisant du stop, fier de pouvoir réaliser ses rêves,  il est pris par un jeune noir qui vient de voler la voiture. Ils vont être tous deux arrêtés et personne ne pouvant prouver son innocence, tous deux condamnés. Elwood est envoyé dans une école disciplinaire pour jeunes adolescents délinquants, la Nickel Academy.

Sa vie bascule...

 

Là-bas, jeunes hommes noirs ou blancs doivent retrouver le droit chemin pour devenir des citoyens honnêtes. Mais dans les années 60, les dirigeants de ce genre de centre de redressement ne s'embarrassaient pas des droits de l'homme. C'est l'enfer que découvre le jeune adolescent du côté des bâtiments noirs. Les blancs bien qu'emprisonnés eux-aussi, sont traités différemment. La nourriture des noirs est détournée et alimente un trafic juteux, les châtiments ne sont pas les mêmes et conduisent certains jeunes noirs à la mort, une mort qui sera cachée aux familles, à qui on annoncera que le jeune a fugué et n'a pas été retrouvé. 

 

En parallèle de l'histoire que nous raconte Elwood, le lecteur découvre la vie quotidienne dans l'école, le niveau misérable des cours qui leur sont donnés, la cruauté et la violence des gardiens, les travaux d'intérêt général, les emprisonnements et bien entendu les sévices. 

Il découvre aussi comment, de nos jours, des découvertes invraisemblables ont été faites sur cette école : un cimetière non officiel a révélé que de nombreux corps y avaient été ensevelis, autant de preuves directes de l'horreur vécue par ces jeunes qui avaient le plus souvent commis des actes infimes, ou rien du tout, et qui n'étaient fautifs que du seul fait d'être nés noirs et la plupart du temps, d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. 

Elwood apprendra d'ailleurs à ses dépens que l'entraide n'existe pas et qu'il vaut mieux fermer les yeux sans chercher à comprendre ce qui se passe autour de lui et sans vouloir aider son prochain.  Il mentira à sa grand-mère pour qu'elle ne sache jamais rien des sévices qu'il a subis, ni des humiliations liés à sa condition de jeune homme noir. Il restera digne quoi qu'il arrive pour lui faire honneur et garder foi dans les paroles de Martin Luther King.

Il trouvera cependant une aide inattendue auprès de Turner...la fin nous réserve une surprise que nous n'avions pas vu venir. Mais je ne vous en dirais pas davantage. 

La majorité des garçons qui connaissaient l'existence des anneaux dans les troncs sont morts aujourd'hui. Le fer, lui, est toujours là. Rouillé. Profond dans la pulpe des arbres. Il parle à qui veut l'écouter.

Ce roman est une fiction, certes, en ce qui concerne les personnages, mais il s'inspire de faits réels. L'auteur décrit en effet des événements réels qui sont survenus à "l'Arthur G.Dozier School for Boys", une école ouverte en 1900 dans la ville de Marianna en Floride. Il dit avoir découvert l'existence de cette école en 2014 en regardant un reportage à la Télé. 

Pendant 109 ans, des garçons ont été envoyés là-bas, certains pour des faits graves (vols ou agressions) d'autres pour avoir simplement fugué, séché l'école, ou fumé. Certains n'avaient que 5 ans. Ils y restaient jusqu'à leur 18 ans, âge où ils étaient relâchés sans formation, ni travail, ni argent et souvent sans famille vers qui se tourner. Tous n'ont pas survécu aux conditions de vie inhumaines, aux sévices corporels, aux humiliations, et à la violence des relations entre garçons ou à celle des gardiens. Ceux qui ont survécu, ont pu témoigner. L'auteur s'est inspiré de leur histoire et des récits fait autour de la "maison blanche", surnommé ainsi par les adolescents, une bâtisse qui était en fait la chambre de torture, et dont beaucoup ne sont pas ressortis vivants. 

 

Ce livre est un hommage à ceux qui ont perdu la vie (plus d'une centaine de corps ont été retrouvés dans le cimetière officieux) et à ceux qui ont dû se reconstruire ensuite.

C'est un roman très fort qui ne peut nous faire oublier ce qui se passe encore aujourd'hui, cette violence perpétrée outre atlantique mais aussi chez nous, sur des êtres humains parce qu'ils sont différents. 

 

Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, nous découvrons Elwood enfant et la vie heureuse qu'il mène avec sa grand-mère. La seconde, terrible, décrit la vie quotidienne à Nickel.  La troisième partie mêle présent et passé : les souvenirs d'Elwood remontent à la surface lorsqu'il voit dans les années 2000, des images à la TV révélant une macabre découverte faite autour de l'école, le cimetière officieux. Cette partie-là demande au lecteur de bien se concentrer sur ces divers événements poignants qui s'enchainent pour mettre au jour le destin tragique vécue par Elwood...

Les lois raciales n'ont pas fini de faire parler d'elles aux Etats-Unis. L'horreur des conditions de vie décrites dans ce roman fait froid dans le dos. Les injustices, les erreurs judiciaires, sous prétexte de couleur de peau, sont injustifiables à mes yeux.

 

Un livre bouleversant d'un auteur bien décidé à faire le tour de la question raciale aux Etats-Unis et qui encore une fois, ne pourra que marquer ses lecteurs.

Il existait quatre manières de sortir de Nikel.
Un : purger sa peine. Habituellement, celle-ci était comprise entre six mois à deux ans, mais la direction avait le pouvoir discrétionnaire d'accorder une libération anticipée...
Deux : une intervention du tribunal. L'évènement magique...
Trois : la mort. Eventuellement de "cause naturelle", quoique aidée par les conditions sanitaires déplorables, la malnutrition et une impitoyable kyrielle de négligences...
Quatre, enfin : on pouvait s'enfuir. Tenter le coup et voir ce qui se passe...

Même morts, les garçons étaient un problème.
Le cimetière clandestin se trouvait dans la partie nord du campus de Nickel, sur un demi-hectare de mauvaises herbes entre l'ancien garage et la déchetterie de l'école.
...
Lorsque le cimetière clandestin fut découvert, Elwood sut qu'il serait obligé d'y retourner. Le bosquet de cèdres au-dessus de l'épaule du journaliste à la télé raviva la chaleur sur sa peau, le chant strident des cigales. Ce n'était pas si loin. ça ne le serait jamais...

L'avis de Keisha ci-dessous...

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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 06:12
L'Asiathèque, 2020

L'Asiathèque, 2020

L'auteur Chi Ta-wei est un auteur de romans Fantastique et de Science-fiction, connu mondialement. Il s'est toujours engagé pour défendre la cause homosexuelle sur l'île de Taiwan. Il a été découvert en France lors de la sortie en 2015 de son roman, "Membranes", que je n'ai pas lu.

 

"Perles" est un recueil de nouvelles "queer". Il a fallu que je cherche la signification exacte de ce terme sur internet car je l'avoue, je n'en avais qu'une vague définition. Je vous renvoie sur le net si vous voulez en savoir davantage. 

Mais qu'importe les mots, ces nouvelles nous emmènent dans le monde particulier de l'auteur, un monde qui laisse une large place à l'imaginaire, un monde peuplé de personnages tous aussi originaux les uns que les autres : des faunes, des sirènes, des androïdes et autres créatures... Ces mondes nouveaux ressemblent étrangement au nôtre, mais diffèrent par la réflexion que ses habitants humains ou pas, effectuent au quotidien pour essayer de se sortir de trop de technicité, de trop de normes, de trop de superficialité dans les rapports humains.

L'auteur nous invite à inventer d'autres relations entre personnes et à réfléchir sur le genre, le sexe et sur notre rapport à l'autre. C'est un recueil dont certaines nouvelles ont été écrites il y a 20 ans, à l'aube de l'an 2000, et qui s'avère déjà d'une grande modernité en ce qui concerne le regard porté sur notre société, ses tabous et ses aprioris. 

 

A la fin de chacune de ces nouvelles, l'auteur propose en guise de postface, une courte analyse de ses écrits, et il nous décrit précisément les circonstances de leurs créations. Il donne aussi des clés pour mieux comprendre le message qu'il a voulu adresser aux lecteurs.

Ce court texte m'a bien aidé à réaliser toute la teneur de son engagement. Mais néanmoins, je le reconnais, je n'ai pas tout compris des références littéraires ou cinématographiques dont il s'est inspiré dans certaines de ses nouvelles. A relire un jour donc pour aller plus loin ! 

La première nouvelle, intitulée "Perles" est celle qui a donné son nom au recueil.  Elle permet de se mettre dans l'ambiance, mais j'avoue l'avoir relu à nouveau, après avoir terminé le recueil pour l'apprécier vraiment, car j'avais l'impression d'être passée à côté lors de ma première lecture.

Dans un monde post-apocalyptique, très différent du nôtre, tous les parents ont disparu suite à l'intervention des "Trois étoiles", des mystérieux extraterrestres en forme de globes qui ont déversé sur la terre une pluie mauve. Deux hommes adultes s'installent ensemble et nouent une relation sans tabou dans ce nouveau monde devenu plus tolérant. Mais la FPI (la fréquence des rapports intimes) n'est pas la même pour tous les deux et bientôt l'un des deux fait une autre rencontre ce qui dans cette société ouverte n'est pas un problème. Je ne vous dirai rien de plus, juste que ces personnages qui n'ont rien d'humain car leur corps s'emboîte comme des legos, nous parlent avec leurs propres mots, de tolérance, de différence, d'adaptabilité à l'autre...

Une belle leçon de vie et d'amour.

Pourquoi les parents ont tous disparus : parce que ce sont toujours eux les responsables directs des angoisses, des peurs et des cauchemars de leurs enfants (et sous-entendu donc, de leurs aprioris).

Depuis le Ravage, il était né chez les survivants une crainte existentielle selon laquelle n'importe quel type de relation intime pouvait conduire à une catastrophe. Tout individu doté d'un peu de bon sens préférait se constituer en unité close, refusant de s'ouvrir aux autres.

Dans "L'après-midi d'un faune", le lecteur entre dans un univers plus réaliste. A-so s'éloigne de chez lui le jour de son anniversaire pour se rendre à la campagne.  Là, il rencontre son double. Ils deviennent un temps très proches à tel point que K (qui est fan de Kafka) lui offre une belle montre à gousset qui a appartenu à sa famille. Mais cette montre est en quelque sorte diabolique...car elle va le pousser à commettre l'irréparable et A-so sera poursuivi par la culpabilité et n'arrivera plus à rien dans sa vie.

Un texte déroutant mais intéressant qui aborde le sujet de l'attachement à un être qui pourrait être considéré comme notre double ou bien plutôt comme l'autre facette de nous-même, et deviendrait donc indispensable à notre vie future au fur et à mesure qu'on le découvre, d'où l'impossibilité de le détruire sans nous détruire nous-même. Je ne sais pas si je m'explique bien ! 

Le tic-tac de la montre à gousset ressemble à un rire cruel et moquer, réveillant sans relâche ses angoisses, l'empêchant d'oublier cette histoire cauchemardesque. Dans ses souvenirs c'est ainsi que tout a commencé...

"La guerre est finie" est la nouvelle que j'ai préféré dans le recueil. 

Je reconnais qu'elle est beaucoup plus abordable quand on ne connait pas l'univers de l'auteur. Il faudrait commencer d'ailleurs pas sa lecture dans le recueil. Le lecteur part cette fois encore dans le futur, oh pas très lointain parce que nous sommes en 2025 et que nous faisons connaissance avec Meimei, un être humanoïde  "aDome" qui a été créé de toute pièce pour satisfaire son mari, un soldat parti faire la guerre stellaire.

Meimei est triste de ne savoir rien faire toute seule et elle s'ennuie quand son mari est absent. Elle a été créée je le rappelle, de toute pièce en fonction de ses goûts et ses fantasmes à lui. Un jour, elle rencontre par hasard Lola, une "aDome" comme elle qui sait cuisiner, s'occuper, penser par elle-même, bref être indépendante. Alors que peu à peu toutes deux sympathisent et deviennent inséparables, le mari de Meimei rentre car la guerre est finie. C'est alors que Meimei réalise qu'elle n'est que la proie de son mari. Elle le quitte pour s'installer avec Lola.

J'ai eu du plaisir à découvrir cette  nouvelle où le lecteur entre peu à peu dans les pensées et dans le corps de cet être fabriqué de toute pièce, mais qui n'a rien à voir avec un robot. Le ton est tout en pudeur et il y a des moments emplis de poésie quand toutes deux montent sur le toit et découvrent les étoiles et donc les beautés du monde extérieur. Nous sommes dans de la SF mais Meimei, bien que totalement artificielle est capable de penser et de comprendre que son bonheur n'est pas auprès de son mari trop conformiste et égoïste, mais bien auprès de Lola qui seule la respecte et l'accepte comme elle est, avec ses qualités et ses défauts.

Une belle découverte ! 

En 2020, un après-midi de printemps, quelqu'un m'a mise en service, en posant ses lèvres sur le miennes...ais

Dans "Eclipse" l'auteur nous raconte dans un futur encore une fois post-apocalyptique, la vie de deux frères dont on ne saura pas le nom. Il y a le Grand et le Petit ! Tous deux s'amusent dans le château d'eau qui se trouve sur les toits...et sont très proches, mais un jour Petit Frère disparait et la vie devient différente pour Grand Frère qui a perdu son jumeau. La ville est envahie par des insectes de toutes formes et le Grand s'amuse à les capturer pour les enfermer dans le château d'eau où ils trouvent avec bonheur chaleur et humidité et se multiplient. Beaucoup de gens se nourrissent de ces insectes ce qui est interdit car dit-on les gens peuvent contracter une maladie très grave en les avalant...

Au moment de son départ Petit Frère a remis à son frère jumeau, une boîte emplie de dessins les représentant tous les deux, nus, or il avait été le seul à poser. Pourquoi son frère les a-t-il dessinés ensembles, qu'est-ce que cela signifie ?

Je pense n'avoir pas tout compris lors de la lecture de cette nouvelle inquiétante mais riche en symboles. D'après moi, la maladie évoquée serait le SIDA et les deux frères les deux faces d'une seule et même personne.

La  nouvelle "Au fond de mon oeil, au creux de ta paume, une rose rouge va bientôt s'ouvrir" est celle dont le titre m'a le plus attiré car je l'ai trouvé plutôt poétique mais cela ne reflète en rien l'histoire.

Un préposé est mandaté pour enquêter sur une nouvelle drogue très puissante, le miroir noir. Cette drogue est fabriquée par une multinationale, la SM. Bien entendu une autre multinationale intervient aussi dans l'affaire en s'opposant à la SM. J'avoue que je me suis totalement perdue dans cette nouvelle déroutante. L'usage de cette drogue entraine des effets surprenants, modifiant en profondeur la nature des hommes...c'est tout ce que je peux vous dire en résumé.

Enfin, la dernière nouvelle, "la comédie de la Sirène", nous permet d'entrer dans le monde de Disney dont vous connaissez tous je pense la version de la Petite Sirène. Un Prince échoué sur une plage découvre une de ces charmantes et envoutantes créatures et bien entendu, elle va succomber à ses charmes. mais pour devenir une femme ordinaire il lui faut un baiser...

Le recueil se termine en beauté et légèreté avec cette fable qui ne manque pas d'humour et qui fait intervenir le narrateur au cœur même du récit. C'est une fable bien entendue totalement antiféministe, mais cela n'enlève en rien le plaisir des petites filles de la découvrir dans le monde de Disney et le nôtre d'en lire cette nouvelle version, revue et corrigée.

Elle voulait se métamorphoser en humaine. Mais voilà : à en croire les légendes, toutes celles qui, jadis, avaient nourri pareilles intentions avaient connu une fin tragique.

Un recueil que j'ai donc trouvé inégal mais que j'ai eu du plaisir à découvrir.  Si vous êtes fans de SF ou de littérature asiatique, n'hésitez pas à lire des auteurs taiwanais, ils aiment la culture française et de nombreuses références de notre culture étayent toujours leurs écrits. 

Les nouvelles ont été traduites du chinois par Olivier Bialais, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay et Pierrick Rivais, une tâche pas facile pour eux que je salue ici.

Merci à l'éditeur pour sa confiance et pou son envoi ! 

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 06:26
Les Royaumes du Nord 1

Les Royaumes du Nord 1

Moins d'une demi-heure plus tard, l'expédition prenait la direction du nord. Sous un ciel peuplé de millions d'étoiles et une lune aveuglante, les traîneaux bringuebalaient bruyamment sur les ornières gelées et les pierres, jusqu'à ce qu'ils atteignent les champs d'un blanc immaculé à la périphérie de la ville. On n'entendit plus alors que le craquement de la neige durcie et le grincement du bois.

Publié pour la première fois en France en 1998, le premier volet de la trilogie de Philip Pullman a propulsé son auteur sur le devant de la scène littéraire jeunesse. 

Allongée sur sa couchette, elle repensa à cet ours sauvage et puissant, à l'insouciance avec laquelle il buvait cet alcool violent, à sa solitude dans sa petite cabane miteuse. Comme c'était différent d'être un humain, se disait-elle, avec un daemon à qui l'on pouvait parler ! Dans le silence du bateau immobile, sans les grincements permanents du métal et du bois, sans le vrombissement du moteur ou le fracas de l'eau contre la coque, Lyra sombra peu à peu dans le sommeil aux côtés de Pantalaimon qui dormait sur son oreiller.

Lyra, 11 ans à peine, est assez solitaire. Elevée au sein du très austère mais prestigieux Jordan College, au sein de l'Université d'Oxford,  elle passe son temps à déambuler dans les couloirs avec son ami Roger dont les parents travaillent dans les cuisines. 

Dans ce monde où vit Lyra tous les "humains" sont toujours accompagnés d'un petit animal domestique qui ne peut s'éloigner d'eux sous peine d'en mourir, leur daemon. Celui de Lyra s'appelle Pantaleimon (Pan pour les intimes) et ne la quitte jamais. Comme celui des autres enfants, il change sans cesse d'apparence selon l'humeur de sa propriétaire. Son rôle est de protéger les enfants, mais aussi de leur servir de conscience, de discuter avec eux, de les aider à résoudre les problèmes rencontrés dans leur vie quotidienne. C'est aussi leur plus grand ami. Lorsque les enfants grandissent, le daemon finit par adopter sa forme définitive, et il n'en changera plus par la suite. 

 

Un soir, alors que les Erudits sont réunis et que Lord Asriel, l'oncle de Lyra, vient leur rendre visite, Lyra ne peut s'empêcher de s'introduire en cachette dans une armoire pour écouter les discussions des adultes. Elle découvre alors pour la première fois l'existence de la "Poussière", une particule élémentaire invisible qui semble être attirée par les adultes et qui selon l'Eglise, serait la conséquence du Péché originel. Par contre les enfants, encore innocents, ne l'attirent pas. Des expériences sont menées pour comprendre pourquoi.

 

Un soir, Mme Coulter, une femme charmante que Lyra ne connaissait pas, vient chercher la petite fille pour l'emmener à Londres. Le Grand Maître de Jordan College qui a promis à Lors Asriel de toujours veiller sur elle, ne peut s'y opposer. Il a juste le temps de remettre à Lyra un mystérieux instrument dont elle va devoir apprendre à se servir seule. Il s'agit d'un aléthiomètre, capable de répondre à de multiples questions, si on sait les lui poser et en interpréter les réponses...

Tout le monde s'intéresse subitement à Lyra sans qu'elle comprenne pourquoi. Est-ce parce qu'elle possède ce mystérieux instrument ? Parce que Lord Asriel est son tuteur ? A cause de son ami Roger qui a disparu ? 

Lyra va découvrir que sous son charisme Mme Coulter cache un esprit diabolique. Elle comprend que les enlèvements d'enfants que les habitants attribuent aux "Enfourneurs",  sont en fait totalement commandités par Mme Coulter et qu'elle a donc une responsabilité non seulement dans les disparitions des enfants, mais aussi dans les expériences qui ont lieu dans le Grand Nord.

Lyra décide alors de se sauver !

 

Son périlleux voyage ne fait que commencer car vous vous en doutez je ne vous dirai rien ni des affreuses découvertes que va faire Lyra concernant le devenir des enfants, ni de ce qui va lui être révélé de sa petite enfance, ni des liens qui l'unissent à Mme Coulter ou à Lord Asriel, ni des personnes qui vont se retrouver sur sa route pour l'aider dans son entreprise incroyable...ni de ce qui l'attend au bout du voyage.

Voilà le premier volet d'une trilogie que j'avais lu à sa sortie à l'époque où j'étais encore bibliothécaire...ça date à présent. Je l'ai relu ensuite quand je suis entrée dans l'enseignement pour partager mes lectures avec les élèves, et maintenant je viens de la relire en même temps que ma petite-fille qui s'est passionnée pour cette histoire et qui l'a préféré à Harry Potter, c'est dire. 

Ce sont des romans de fantasy, prenants et agréables à lire. 

Dès le départ, Philip Pullman nous fait pénétrer dans un monde parallèle qui ressemble au nôtre par certains côtés ce qui rend la lecture à la fois déroutante et fascinante. On pourrait situer l'histoire en Angleterre durant le XIXe siècle. C'est dans un monde peuplé de créatures fantastiques que le lecteur pénètre mais rien ne l'étonne, car tout semble crédible et terriblement réel puisque ces créatures vivent aux côtés de personnages à visage humain.

A noter cependant : il y a beaucoup de personnages et de lieux différents. Je pense qu'il faut donc avoir au moins 10-11 ans pour mieux se retrouver dans l'histoire et l'apprécier.

A suivre donc...

 

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 06:21
Denoël 2020

Denoël 2020

Et le son ? Il n'y a pas le son ?
- Bien sûr que si. Il suffit de monter le volume.
Papa avoua cependant que le réglage du son dépassait ses compétences. Après tout, il dirigeait une agence de pompes funèbres. Rien dans son métier ni dans ses courtes études ne l'avait préparé à l'installation d'un récepteur de télévision. Ce fut maman, plus dégourdie, qui identifia parmi les trois molettes de l'appareil celle qui agissait sur le son.

Ici aucun risque d'éboulements ni d'avalanche, guère à craindre des humeurs de l'eau, ni des convulsions du sol. Voilà, sans doute, ce qui vaut au Luxembourg son classement flatteur dans la liste des nations les moins exposées aux catastrophes naturelles...
Si donc les Luxembourgeois ont peu à craindre des colères de la Terre et de l'hostilité des éléments, ils peuvent légitimement redouter le zèle de leur administration. Notre famille, devait l'apprendre à ses dépens.

Papa m'avait dit que notre métier, c'était de nous occuper des morts. Mais une chose était le mot ; une autre, le mort en vrai. Qu'est-ce qu'on pouvait faire, de ce monsieur dans sa boîte ?

La coïncidence a fait qu'il y a quelques jours je suis tombée par hasard en médiathèque sur ce roman un peu particulier dont j'avais entendu parler sur des blogs. Connaissant l'auteur de nom, mais ne l'ayant jamais lu, je l'ai bien évidemment emprunté tout de suite. 

 

Le roman commence d'une manière fort plaisante et dynamique en juillet 1969, alors que le monde entier s'apprête à visionner les premiers pas de Louis Armstrong sur la lune. Toutes les familles ont fait installer la télévision et il en est de même dans celle de Gabriel, qui n'est pas encore né.

Ce soir-là, l'orage est terrible et son père Robbe monte sur le toit pour réparer l'antenne qui s'est couchée à cause du vent, malgré les protestations de Vala, sa femme. Il est foudroyé... Suivront des semaines de souffrances, une longue convalescence et un handicap qui anéantira à jamais moralement, cet homme solide et volontaire. Gabriel sera conçu pendant sa convalescence dans des circonstances que je vous laisse découvrir.

 

Il arrive dans une drôle de famille, c'est le moins qu'on puisse dire.  La famille Spautz tient une agence de pompes funèbres dont les locaux se situent dans...leur propre maison. Tout jeune enfant, Gabriel voit tout, entend tout, même s'il ne comprend pas tout. La maison est organisée pour recevoir les familles, le sous-sol pour faire la toilette des morts, et les parents qui ne peuvent pas toujours le faire garder, l'emmènent souvent avec lui, comme d'ailleurs sa sœur plus âgée.

 

En fait, le père ne rêve que de le voir reprendre l'affaire familiale qui est passée, raconte-t-il de génération en génération.

Mais Gabriel, n'a pas la vocation. Si pour Janelle, sa sœur, le métier est un métier comme les autres, pour lui, il n'en sera jamais ainsi. Sa sensibilité naturelle le porte à s'éloigner de la mort, qu'il côtoie depuis sa plus tendre enfance, et il n'a aucune envie d'être un jour à la tête de l'entreprise "Lumière-de-l'Est".

Alors que devenu adolescent, son père l'inscrit d'office dans une école spécialisée aux métiers funéraires, il taille les cours pour aller s'amuser comme c'est bien normal de le faire à son âge.

Mais là-bas, il va faire des découvertes étonnantes sur le passé de sa famille et découvrir que son père lui a depuis toujours menti sur l'histoire familiale...mais bien entendu je ne vais pas vous révéler de quoi il s'agit.

 

Dans nos civilisations occidentales parler de la mort est encore tabou, c'est bien vrai et ce livre m'a donc surprise par la légèreté avec laquelle l'auteur aborde le sujet.

Il y a en effet beaucoup d'humour dans ce roman : voir les choses à travers les yeux de Gabriel enfant, puis adolescent, change forcément le regard que l'on porte sur les événements et les descriptions parfois très précises des différentes opérations qui entourent la prise en charge des défunts.

Je n'ai pas aimé personnellement entrer à ce point dans les détails, que je connaissais pourtant, hélas, comme beaucoup d'entre nous. Je ne trouve pas d'ailleurs que ces détails apportent beaucoup à l'histoire. 

Mais heureusement ce n'est pas le centre du sujet. 

J'ai aimé par contre suivre Gabriel, le voir lutter pour se construire et trouver sa propre voie au sein de cette famille pas comme les autres. J'ai aimé ses questionnements. Je l'ai trouvé sympathique et attachant et le lecteur d'ailleurs développe beaucoup d'empathie pour lui au fil de l'histoire. 

J'ai aimé les rebondissements qui nous révèlent la nature profonde du père et la véritable histoire familiale et ses secrets inavoués. 

 

C'est un roman initiatique, bien écrit, décalé et intéressant qui m'a permis de connaître un peu mieux l'auteur, mais je pense que j'oublierai sans doute très vite ce roman, vu le sujet. Il m'a donné cependant envie de lire d'autres titres de l'auteur.

Bien que j'ai donc un avis mitigé sur cette lecture, c'était le jour ou jamais pour que je vous le présente, en ce jour des Morts, au lendemain de la Fête de la Toussaint, jour où nous pensons tous à ceux que nous aimons qui ne sont plus parmi nous, autrement que dans nos cœurs...

 

L'auteur Olivier Bleys a écrit une trentaine de livres, romans, essais, récits de voyage, bandes dessinées. Ses écrits ont été traduits dans une dizaine de langues et certains ont obtenu des prix littéraires. Il a un parcours intéressant et atypique. Il est élu Membre de la Société des Explorateurs français et effectue depuis 2010 un tour du monde à pied, par étapes. 

Il a réalisé des carnets de marche multimédia pour la région Nouvelle-Aquitaine que vous pouvez découvrir sur le site ICI.

De plus, depuis 2014, il est Chevalier des Arts et des Lettres. Vous pouvez lire sa biographie complète ci-dessous. 

Si vous ne voulez pas, vu le sujet, lire ce roman, ce que je comprends tout à fait, je suis bien certaine que vous en trouverez un autre à votre goût dans sa bibliographie. 

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 05:13
Gallmeister, 2018

Gallmeister, 2018

Les voiliers et les femmes. Quelque chose disjoncte chez les hommes, à ce niveau-là. Il y a quelque chose de si irrésistiblement féminin dans les voiliers, que les hommes oublient que ce sont des objets. Sinon pourquoi les plus bourrus loups de mer baptiseraient-ils leur bateau "Roxanne" ou "Juliette" ? Ce n'est pas seulement de l'amour, c'est du désir...

Les bateaux ont-ils une âme ? Apparemment. Du moins, leur essence se mêle-t-elle à celle de leur propriétaire. Et de même que les gens finissent par ressembler à leur chien, ils finissent par ressembler à leur bateau.

Les bateaux abandonnés racontent des histoires. Des gens ont la tête ailleurs, ils sont licenciés, ils tombent malades ou divorcent et leurs bateaux évoquent des vies tristes et compliquées ; les bâches bleues masquent temporairement le déclin, jusqu'à ce que le vent change de direction...

Pendant une course, il dictait non seulement les manœuvres du bateau, mais aussi l'ambiance et les émotions. S'il plaisantait, nous nous détendions tous, mais pas question de le distraire intentionnellement...

Au coeur de la baie de Seattle, la famille Johannssen se passionne pour la voile depuis des générations. Le grand-père dessine des bateaux,  le père les construit, la mère passionnée de physique et de mathématiques étudie leur trajectoire, la force du vent sur les voiles et la poussée de l'eau. Les enfants suivent le mouvement et effectuent sans rechigner (ou presque) les sorties du dimanche par tous les temps. Ils n'ont pas le choix et doivent eux-aussi être passionnés coûte que coûte.

Mais la passion ne suffit pas ! Ni Bernard, l'aîné, ni Josh, le cadet n'arrivent à la cheville de Ruby, la petite sœur. Elle, quand elle navigue, elle fait corps avec l'eau et le vent, et sait se glisser entre les bateaux pour gagner les courses.

Mais un jour Ruby se dérobe lors d'une course et refuse de la gagner. La famille ne survit pas à cet échec et se disperse. 

 

Le lecteur les retrouve tous, des années plus tard. Bernard est parti faire le tour du monde et ne donne quasiment pas de nouvelles, en fait il est en fuite. Ruby, après des années en Afrique à tenter de sauver le monde, s'isole dans une communauté. 

Josh est le seul à s'occuper de ses parents. Il travaille désormais sur un chantier naval où il passe ses journées à retaper de vieux bateaux pour des passionnés souvent désargentés, mais qu'il essaie d'aider à réaliser leur rêve.  Il passe son temps libre en soirée à faire des rencontres pour tenter de trouver l'âme sœur, sans résultat probant et, le lendemain, il amuse bien ses collègues de travail en leur racontant sa soirée.

 

La mère devenue enseignante se perd chaque jour davantage dans ses recherches qui lui permettent de fuir un quotidien qui la fait trop souffrir. Elle voue un culte passionné à Einstein qui aimait aussi les bateaux.  Le père en veut à la terre entière. Il devient de plus en plus irascible et taciturne. Et le grand-père dessine toujours des bateaux. Ses petits-enfants l'adorent et c'est un personnage terriblement attachant, un doux rêveur en fin de compte. 

Un jour, le père ramène à Josh un des premiers bateaux (un Joho 39) ayant appartenu à la famille et lui demande (lui ordonne plutôt) de le remettre en état pour que tous participent à une ultime course, la célèbre Swiftsure. Au départ Josh n'y croit pas et se rebiffe, mais son père le harcèle chaque jour davantage pour arriver à ses fins. 

Quand le jour de la course arrive, tous en attendent finalement quelque chose, mais rien ne se passera comme prévu...

Sur l'eau, nous nous sentons compétents, exaltés, et le bonheur dure jusqu'au moment où nous débarquons, quand nous trébuchons sur le trottoir, que nous ne trouvons plus nos clés de voiture, que nous ne nous souvenons que notre jardin est envahi de mauvaises herbes...

- Je dirais au contraire que Josh est le membre le plus ambitieux de notre famille...
- C'est lui, a-t-elle poursuivi, qui voit toujours ce qu'il y a de mieux chez chacun de nous...
- Et c'est lui aussi qui croit qu'il peut réparer tout ce qui est cassé, même s'il sait que ça cassera encore, probablement. C'est notre confident et notre complice, et je parie qu'il en fait autant pour un tas d'autres gens. Il essaie toujours, même quand c'est peine perdue, de se débrouiller pour que chaque chose, chaque personne, reste intacte. Voilà son ambition.

Il faut aimer la mer, et si possible la navigation, pour apprécier vraiment ce roman. 

Cependant, la voile n'est pas le sujet principal malgré les apparences. L'auteur décrit merveilleusement bien les ambiances qui règnent au sein de la marina, sur le chantier de construction, sur le pont d'un bateau,  comme au sein de cette famille aimante bien que pas du tout comme les autres. Les difficultés de communication sont bien présentes et les silences parfois lourds à porter, mais l'amour qui les unit est bien là à chaque instant dans les actes de chacun. 

 

J'ai peur que toutes les descriptions et tous les termes techniques gênent certains lecteurs. Perso je n'ai pas trouvé ça trop long car je connaissais la plupart d'entre eux, ayant fait un peu de voile quand j'étais ado et ayant dans ma famille, plusieurs membres passionnés par la navigation. 

Si on passe outre ces descriptions techniques, on découvre un roman prenant, drôle et touchant qui nous parle de l'emprise d'une passion (ici la voile) sur les membres d'une même famille, et de ses conséquences dans leur vie, une passion qui les unit au départ, mais qui va finir par les séparer peu à peu. 

 

J'ai aimé que ce soit Josh, le plus calme et sensible de la famille qui raconte leur histoire. Il décrit leurs relations conflictuelles avec beaucoup de finesse, car comme en mer, l'humeur de ses proches peut passer du calme à la tempête.  Mais la tendresse dont il fait preuve envers sa fratrie et ses parents, transparaît à chaque page. Sa personnalité est très attachante car il est en plus très généreux et capable de donner beaucoup de lui-même pour des inconnus, pour ses amis ou sa famille. 

J'ai aimé découvrir cette famille dont tous les membres finalement s'aiment, mais se déchirent car ils ne savent pas comment se parler vraiment...sauf sur un bateau. 

J'ai aimé la kyrielle de personnages secondaires qui entoure les membres de la famille.  

J'ai apprécié autant les moments d'humour, et parfois le cynisme des personnages et donc des dialogues, que les moments émouvants. 

 

Pour aimer ce roman, il faut donc se laisser porter "face au vent" afin d'arriver à franchir la ligne d'arrivée sans encombre, mais attention la fin est poignante, vous êtes prévenus. 

Une belle découverte que cet auteur que je ne connaissais pas. Je la dois encore une fois  à Hélène. Merci à elle de m'avoir donné envie de découvrir cet auteur et ce titre.  

N'oubliez jamais que ces histoires varient en fonction de la personne qui les raconte et qu'aucun récit des premiers exploits de Ruby sur l'eau n'échappe aux contestations. Le problème vient en partie du fait qu'un grand nombre de ses prouesses n'étaient pas crédibles...Et ainsi que l'on prouvé les pêcheurs et les marins à travers les siècles, avec l'aide des reflets, des mirages et du rhum, le curseur de la vérité est situé plus bas quand on est sur l'eau.

Je suis en pause vacances pour les jours à venir ! 

A bientôt donc...

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 05:20
Éditions Le Pommier, 2015 / Collection Math'Attak !

Éditions Le Pommier, 2015 / Collection Math'Attak !

Aujourd'hui, je vous présente encore un livre documentaire pour la jeunesse qui prouve que s'amuser en faisant des mathématiques, c'est possible et c'est même recommandé pour faire aimer cette matière aux enfants. On oublie souvent de leur expliquer que nous utilisons les mathématiques tous les jours sans forcément le savoir. 

 

Tous d'abord, les enfants sont invités à découvrir les "héros" qui ont inventé les mathématiques qui étaient tous, il faut bien l'avouer, un peu fous. Ils apprendront plein de détails sur les circonstances de leurs découvertes. 

Ils se régaleront à lire de nombreuses anecdotes pleines d'humour, et seront invités à résoudre des énigmes, à faire travailler leur logique, à créer des tours de magie, avec des objets ou des jeux qu'ils ont le plus souvent à la maison, comme les dominos par exemple ou une simple bande de papier.

 

Ils joueront aussi avec les chiffres ou les tables de multiplication...et apprendront à se servir d'un calendrier, à couper un gâteau en 7 parts égales, et autres astuces toutes aussi amusantes les unes que les autres. 

Vous l'aurez  deviné, tout est fait pour aiguiser leur curiosité ! 

 

Voici donc un petit documentaire ludique à mettre entre toutes les mains dès 9 ans. Vous avez le choix car dans la même collection, de nombreux titres sont déjà parus et ont tous beaucoup de succès.

A noter, ce documentaire plaira aussi aux collégiens comme nous le suggère DocBird sur son blog. Vous pouvez aller lire son avis ci-dessous. Merci encore une fois à elle, pour ces suggestions de lecture toujours appréciées par les enfants. 

L'auteur Kjartan Poskitt est né en 1956 en Angleterre. En plus de ses nombreux ouvrages pour la jeunesse, il est connu dans le monde anglo-saxon car il présente aussi une émission de vulgarisation scientifique à la télévision. 

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 05:20
Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Voilà une lecture parfaite pour se détendre en vacances ou le temps d'un week-end pluvieux. 

J'avais déjà lu dans les années 1990-2000 quelques romans de Françoise Bourdon, mais rien récemment. Aussi durant les vacances d'été, j'ai eu envie de faire un break pour changer un peu des polars. Et comme je venais de faire quelques excursions en Ardèche, celui-ci s'imposait. 

L'usine constituait pour Colombe, une véritable prison. Elle était rivée douze heures par jour à sa machine dans une atmosphère extrêmement humide afin que le fil casse moins souvent. Colombe travaillait au dévidage sur les flottes, des écheveaux de cent grammes de soie grège. Après que des camarades avaient mouillé les flottes pour permettre un meilleur dévidage, la jeune fille plaçait chacune de ces flottes sur une roue en bois nommée tavelle. La flotte se dévidait et s'enroulait sur une bobine, le roquet....
Ses doigts s'activaient tandis qu'elle songeait au printemps à la ferme.
Si seulement la terre avait été de meilleure qualité !

Belle Épine, c'est une belle demeure sur les hauteurs de Privas, à laquelle on accède par une double rangée de châtaigniers plantés au début du XIXe siècle dans ce magnifique coin de l'Ardèche, mais c'est aussi le symbole de la réussite de la famille Meyran.

 

Honoré, que tous appellent le "maître" a toujours marché dans les pas de ses ancêtres. Il a repris l'entreprise familiale, une usine de moulinage prospère où il fait travailler sans relâche ses ouvrières. 

Mais le malheur s'abat sur la famille quand Irène, sa femme meurt en mettant au monde son plus jeune enfant, laissant Antonin et Gabriel, le dernier-né, orphelins de mère et donc aux bons soins de Malie, la gouvernante et d'Adeline, la grand-mère. 

 

Les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus différents. Antonin n'est heureux que lorsqu'il peut lire tranquillement dans la bibliothèque de son grand-père, tandis que Gabriel en grandissant suit le chemin de son père et ne désire qu'une chose, c'est que le domaine lui appartienne un jour, à lui seul.

Mais Honoré qui place tous ses espoirs et ses ambitions dans son jeune fils, ne se rend pas compte (ou ne veut pas voir) que celui-ci est un être mauvais dans l'âme et qu'il crée beaucoup de souffrance autour de lui et en particulier à la filature, où il n'hésite pas à abuser des jeunes filles vierges, dont Colombe que le lecteur suivra tout au long du roman.

 

Pendant ce temps Antonin décide de quitter le domaine, de se marier et de fonder sa propre entreprise. Il se lance dans la confection de marrons glacés et de crème de marrons, s'épanouit dans son travail et au sein de sa famille.

A l'inverse pour Gabriel, devenu extrêmement dépensier et violent, la vie va ressembler, d'année en année, à une véritable descente aux enfers.

 

Ce roman est à la fois un roman du terroir et une saga familiale. Il nous fait découvrir les conditions de vie de différentes familles, riches ou plus pauvres, au XIXe siècle, en Ardèche. L'amour de la terre des ancêtres est bien présent et avec lui, le souci de la succession des terres et des propriétés chez les plus riches. Le lecteur passe de la riche demeure des Meyran aux plus humbles maisons des campagnes. Il découvre de nombreux détails sur les différents métiers évoqués. 

Les personnages sont bien décrits et bien entendu le lecteur s'attache à certains, tandis qu'il en exècre d'autres comme l'odieux Gabriel par exemple. 

 

Mais le sujet principal de ce roman c'est bien la condition féminine. La manière dont les femmes étaient traitées par certains hommes, imbus de leur personne et ne cessant d'abuser de leur pouvoir, est totalement révoltante. Le lecteur suit en particulier la vie de Colombe et devine à travers ses malheurs, le sort qui attendaient toutes celles qui se retrouvaient enceinte. Leur "faute" les poursuivait toute la vie. 

 

Je ne cache pas que j'ai passé un bon moment de lecture. L'écriture est agréable et fluide et j'ai appris beaucoup de choses sur ces métiers oubliés. La fin du roman m'a cependant laissée sur ma faim, j'en espérais une autre...

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 05:13
Fleurus 2015

Fleurus 2015

Voilà encore aujourd'hui un livre pour la jeunesse. Il s'agit, comme le mentionne le titre, d'apprendre à se servir d'un compas pour dessiner. Il faut donc être en âge de tenir le compas correctement et de le manipuler sans danger pour les personnes proches.

Les enfants vont apprendre à dessiner des rosaces, donc des fleurs et des bouquets ; des figures géométriques (comme des étoiles ou des pentagones)  ; des dessins décoratifs (comme des frises ou des labyrinthes)  ; des animaux et des paysages...puis à les colorier ou les peindre avec les couleurs de leur choix. 

Ils pourront bien évidemment se perfectionner en faisant des figures de plus en plus complexes, en coloriant leur réalisation, en bricolant des objets puisque des modèles de masques sont proposés à la fin, et même la création d'un attrape-rêve. 

 

C'est donc un livre documentaire indispensable pour s'initier au dessin et à la géométrie sans en avoir l'air. Il développe la concentration, la patience et la minutie, tout en laissant place à l'imaginaire car une fois maîtrisée une des figures, d'autres sont faciles à réaliser avec la même technique. 

Le style est simple et clair et le livre est séparé en grandes parties bien distinctes.

 

Le plus : Pour chacun des modèles de dessin ( une cinquantaine environ), expliqués pas à pas, il est mentionné le niveau de difficulté. 

Les rabats de la couverture forment d'un côté une règle graduée, de l'autre, une équerre, bien utiles pour la réalisation de certaines figures. 

 

C'est donc un livre à utiliser dès 9 ans (l'utilisation du compas je crois bien commence en cycle 3) et à partager avec la fratrie car je suis bien certaine qu'il plaira bien au-delà.

 

L'auteur Laurent Stefano est infographiste alors forcément les lignes et les courbes, il connaît mais lui les utilise sur un écran d'ordinateur...

 

Merci à Docbird de m'avoir fait découvrir ce livre parfait pour un cadeau, d'ailleurs je viens de l'offrir à mon petit-fils qui a eu 9 ans en septembre, ça tombait bien. 

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 05:16
Gallimard, 2020

Gallimard, 2020

Quand elle était petite, au moindre chagrin, pour la consoler, je lui chantais "Mon p'tit loup" de Pierre Perret et, au lieu de l'apaiser comme on était en droit de l'attendre de cette chanson, ...cette chanson la faisait pleurer encore plus, d'autant que, pour ne rien arranger, j'avais moi-aussi les larmes aux yeux...

Commençons la semaine si vous le voulez bien, avec ce roman plein d'humour et de tendresse. Il vous fera passer un très bon moment de lecture, si vous êtes sensible à l'humour de l'auteur bien entendu, car rien n'est plus personnel que l'humour.  

Ressenti par les uns à des degrés divers, il peut  laisser parfois les autres de marbre. C'est ainsi ! 

 

De Fabrice Caro dont j'ai découvert l'humour décalé avec ses BD ICI et ICI, je n'ai lu pour l'instant qu'un seul roman "Le discours" présenté ICI sur le blog alors que celui que je vous présente aujourd'hui est son troisième. 

 

Dans "Broadway", le lecteur suit la vie quotidienne et les réflexions d'Axel, un héros comme les aime l'auteur : étourdi, maladroit et fantasque mais adorable et tellement humain.

Axel a tout pour être heureux : une femme, deux enfants, un pavillon dans une banlieue et un travail qui lui permet de vivre normalement. 

Il a aussi des rêves qui ne sont pas forcément ceux des autres mais qui suffisent à briser la monotonie de sa vie.

Bref à 46 ans tout allait bien pour lui, jusqu'à ce jour où tout bascule parce qu'il reçoit une petite enveloppe bleue de la Sécurité Sociale. C'est la campagne de prévention pour dépister le cancer colorectal. Il est stupéfait car il n'a pas encore 50 ans, l'âge où ce courrier parvient habituellement dans les boites aux lettres de ses amis et voisins. Au début, cette enveloppe lui rappelle une petite lettre bleue reçue alors qu'il était adolescent et amoureux, mais très vite elle va devenir pour lui une véritable obsession. 

Tout s'enchaine alors pour aggraver son ressenti. Axel est convoqué au collège parce que son fils de 14 ans a dessiné deux de ses professeurs dans une pause dégradante ; sa fille de 18 ans déprime car elle est en plein chagrin d'amour, et l'oblige, lui qui est athée à aller brûler un cierge ; des amis de sa femme leur proposent de partir en vacances à Biarritz ensemble, pour faire du paddle ; et leur "gentil" voisin le traque à tous instants car c'est à eux à présent de lancer les invitations  pour l'apéro obligatoire trimestriel...Or rien ne va plus, il n'a en pas envie du tout ! 

 

Dépassé par les événements et par sa vie familiale, Axel ne sait pas réagir comme il le faudrait.

Il ne peut... aller parler à son fils pour répondre à la demande de sa femme, quasi parfaite, elle, en toutes circonstances ; aller s'excuser auprès des professeurs de son fils ; dire non à ses amis.  Il cafouille, se trompe de destinataire quand il envoie des textos, fantasme au lieu d'agir, imagine les rêves des gens qu'il croise, s'imagine lui-même parti Argentine pour fuir cette vie devenue bien trop compliquée pour lui...là-bas il serait un héros admiré par tous ! 

Pourquoi nous évertuons-nous à n'effectuer que des actes pourvus de sens ? Pourquoi une existence qui n'en a aucun devrait-elle être constituée d'une suite ordonnée de faits rationnels, et pourquoi ne nous mettrions-nous pas subitement à courir dans la rue...

Chaque événement porte en lui sa comédie autant que sa tragédie, tout est affaire de contexte...

Pourquoi Broadway me direz-vous ? C'est le titre d'un spectacle pour enfant qu'il avait été obligé d'aller voir quand sa fille, encore petite, y jouait ! 

 

Voici un livre qui invite à rire de nous-même car nous ne manquerons pas de nous reconnaître dans certaines des pensées ou des actes d'Axel. Pas dans toutes heureusement, car Axel est un inadapté social. Il est incapable de dire non, mais dès qu'il fait un choix, il le regrette immédiatement. De plus, il ne peut imaginer aucune situation sans voir aussitôt le pire, et souvent en effet le pire se produit mais quand ce n'est pas le cas, il n'en est pas forcément plus heureux pour autant. 

 

Tout cela vu de notre fauteuil est forcément amusant et je l'avoue j'ai beaucoup ri, ce n'est pas très gentil pour le héros, mais c'est ainsi.

Par contre, je pense qu'il faut apprendre à se laisser aller et à accepter quelques exagérations pour apprécier vraiment cette lecture, entrer dans les délires du héros, le suivre dans ses pensées, ses réactions forcément décalées...

S'il savait accepter la vie comme elle vient et ne pas se faire autant de soucis, ce serait finalement beaucoup moins drôle !

 

Grâce à beaucoup de finesse, à un ton détaché, à des descriptions réalistes et qui sonnent toujours juste, l'auteur sait provoquer beaucoup d'empathie pour son personnage.

Mais ne vous y trompez pas, c'est aussi un roman plus profond qu'il n'en a l'air car il parle de crise existentielle, de questionnements sur l'existence, de vie en société, et des enfants qui grandissent si vite que les parents un beau matin, découvrent des êtres qu'ils ne reconnaissent pas toujours, et ne savent plus comment gérer.

 

Un livre qui m'a fait du bien en ces temps de morosité ambiante, j'espère qu'il en sera de même pour vous ! 

 

Rien ne ressemble jamais à ce qu'on avait espéré, rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu, le résultat est toujours à des années-lumière de ce qu'on avait projeté, nous sommes tous dans une comédie musicale de spectacle de fin d'année, dans un "Broadway" un peu raté, un peu bancal, on se rêvait brillants, scintillants, emportés...on se regarde impuissants et résignés...mais on continue de se persuader qu'atteindre son but est la règle et non l'exception.

...et je roule et je fume la vitre ouverte, la cigarette aux lèvres, et chaque bouffée me rapproche un peu plus de que je suis autant qu'elle m'éloigne de ce que j'ai voulu paraître et je roule sans bien savoir où je vais mais sachant parfaitement où je ne vais pas et ça suffit à me faire sentir vivant pour la première fois depuis longtemps...

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 05:13
In "Transpositions hasardeuses" eMmA MessanA 2020 (œuvre de l'auteur)

In "Transpositions hasardeuses" eMmA MessanA 2020 (œuvre de l'auteur)

Vous êtes nombreux à connaître le blog d'eMmA et à avoir du plaisir à découvrir ses créations en particulier ses encres, ses collages et ses aquarelles. C'est toujours avec une infinie gentillesse qu'elle va répondre à vos commentaires et accueillir vos remarques. 

 

Tout son blog et ses créations respirent la douceur, la tendresse, la tolérance, l'humanité et le plaisir du partage. Elle sait nous surprendre, nous émouvoir et faire renaître en nous, la sensibilité et l'émerveillement de notre petite enfance.   

D'ailleurs, elle est déjà l'auteur de plusieurs livres pour la jeunesse, dont "Et toi ? C'est quoi ta couleur" que je vous ai présenté ICI sur mon blog.

Si vous voulez en apprendre davantage sur elle, vous pouvez aller lire sa biographie sur son blog ICI. 

 

Je ne pouvais passer sous silence la publication prochaine de son quatrième livre, en hommage à sa maman disparue depuis peu :  "Transpositions hasardeuses", un recueil de poèmes, illustré d'encres et de collages dans les tons de bleu...

Le recueil sera préfacé par Yves Duteil et vous pouvez découvrir la couverture du recueil ci-dessous. 

Si vous le souhaitez, vous pouvez dès à présent participer à la prévente ICI. 

Vous trouverez très bientôt son recueil à la vente sur le site de l'éditeur ICI, chez votre éditeur personnel et autre circuit de distribution habituel. 

 

Je vous invite à découvrir son blog dans lequel vous trouverez entre autres, tous les détails concernant la publication (lien ci-dessous) mais beaucoup d'autres merveilles qui embelliront votre vie. 

Vous pouvez aussi lire la présentation de cette publication plus en détails sur le fichier- joint. 

Voilà un recueil que nous allons être nombreux à attendre avec impatience et qui sera un merveilleux cadeau à offrir ou à s'offrir...

Merci eMmA  ! 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 05:15
Rivages, 2020

Rivages, 2020

C'est ainsi qu'il débarqua au Chili, à Valparaiso, en pleine guerre du pacifique, dans un pays qu'il ne savait pas placer sur une carte et dont il ignorait tout à fait la langue. A son arrivée, il rejoignit la longue queue qui s'étirait devant un entrepôt de pêche avant d'atteindre le poste de douane...
Quand vint son tour, l'agent lui demanda, sans lever les yeux sur lui :
- "Nombre ?"
Ne comprenant rien à l'espagnol, mais convaincu d'avoir deviné la question, il répondit sans hésiter :
- Lons-le-Saunier.
Le visage de l'agent n'exprima rien. Avec un geste fatigué de la main, il nota lentement :
"Lonsonier".

Alors qu'en 1871, la France se relève à peine des événements sanglants de la Commune, dans les campagnes, le phylloxera décime les vignobles, anéantissant des années de dur labeur, et ruinant des familles entières.

Dans ce contexte de désastre, un jeune jurassien quitte alors sa terre natale avec un seul cep de vigne en poche et quelques francs, et embarque  pour l'Amérique. Il voudrait s'installer en Californie, mais le destin l'obligera à débarquer plus tôt que prévu à Valparaiso. Rebaptisé "Lonsonier" au moment de son enregistrement administratif par le service de l'émigration, le patriarche s'établit dans ce pays paradisiaque et y plante son cep de vigne... Il se marie alors avec Delphine, fait prospérer ses vignobles et s'installe dans la maison qui va devenir la maison familiale et presque le lieu de toute l'histoire, car elle va passer de génération en génération.

 

Mais la Première Guerre Mondiale se profile à l'horizon, et leurs trois fils embarquent pour la France, fiers de leurs origines,  se sentant solidaires du destin des autres soldats français. Seul Lazare en reviendra...meurtri, un poumon en moins, et culpabilisé de n'avoir pas pu sauver ni ses frères, ni un voisin chilien d'origine allemande parti se battre lui-aussi, mais pour le camp ennemi. 

A son retour, amaigri et malade, Lazare quitte un temps le giron familial et sa mère dépressive, pour tenter de se retrouver.

C'est au fin fond du pays Mapuche, qu'il rencontrera celle qui deviendra sa femme, Thérèse. Passionnée par les oiseaux depuis toujours, Lazare fera installer une volière dans le jardin de la maison familiale, où Margot, leur fille,  verra le jour entourée de ces charmants volatiles.

Est-ce à cause de sa naissance particulière, de la passion de sa mère pour les oiseaux ou parce que le vieux chaman lui fera vivre une expérience de lévitation qu'elle vouera une passion sans borne à l'aviation et y consacrera une partie de sa vie ? Elle partira se battre aux côtés des alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et devra faire ses preuves contre le machisme ambiant, pour réaliser son rêve et devenir enfin aviatrice.

 

A son tour, son fils Ilario Da, qui sera conçu dans des conditions que je ne vous dévoilerai pas pour vous laisser découvrir toute la magie de ce roman qui mêle aussi à la réalité, le mystère et les légendes du Chili, poursuivra le destin extraordinaire de cette famille pas comme les autres. Il grandira au sein de l'entreprise familiale de son grand-père mais se révoltera, intègrera le MIR (Mouvement de Gauche Révolutionnaire) et s'opposera à la dictature de Pinochet. Il sera emprisonné et torturé. Ce sont des pages douloureuses et bouleversantes que le lecteur découvre à la fin du livre et d'autant plus qu'il s'agit du récit des tortures et de la vie quotidienne du propre père de l'auteur. 

Mais l'histoire de la famille ne s'arrêtera pas là ! 

Un mardi, alors qu'il cueillait des pommes dans un pré, la peau de bique sur les épaules, un choc dans le dos le projeta à terre et deux serres puissantes s'enfoncèrent entre ses omoplates...
C'était une buse bleue des Andes qui, depuis ses hauteurs, confondue par sa peau de bique, avait piqué sur lui comme elle venait de débusquer un rongeur. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, il entendit une voix en espagnol :
- Excusez-la. Elle vous a pris pour un renard.

Voilà un roman captivant qui m'a transporté pour un voyage formidable entre le Chili et l'Europe, en à peine 208 pages. L'auteur nous brosse le portrait d'un siècle de vie quotidienne d'une famille (sa famille) déracinée au Chili mais qui se sent toujours redevable envers son pays d'origine.

Les chapitres sont courts et nous présentent chacun un personnage différent. J'ai aimé la façon dont l'auteur nous décrit les membres de la famille, les hommes plutôt timides et maladroits mais aussi fiers de leurs origines, les femmes, indépendantes et prêtes à mener à bien leurs projets. Les personnages sont décrits avec réalisme, mais semblent pourtant tous être sortis d'une fable ou d'un conte. 

 

Aux côtés des membres de la famille, l'auteur nous décrit toute une galerie de personnages hauts en couleur, comme El Maestro, le père de Thérèse, originaire de Sète, qui n'hésite pas à créer un orchestre symphonique en plein pays Mapuche ou Aukan, le chamane guérisseur qui va sauver Lazare pour revenir des années après aider Margot à trouver sa voie. Il suit la famille durant toutes les générations et sait guérir les plaies physiques mais aussi les plaies de l'âme. Il y a aussi la famille Danovsky, tous rabbins de génération en génération sauf le fils, Ilario, qui se comportera en héros au péril de sa vie. Enfin, dans l'usine d'hosties, le discret Hector Bracamonte qui n'hésitera pas à se dénoncer par respect pour la famille qui dans le passé lui a offert un travail et à manger.

 

Et tout au long de l'histoire, la famille se raccroche à la seule bribe de mémoire familiale que le patriarche a bien voulu leur raconter de leur passé, l'existence d'un mystérieux oncle français, Michel René...

 

Tous ces personnages réels ou imaginaires, ont une histoire fabuleuse qui pourrait à elle seule être le sujet d'un roman. Ils sont terriblement humains, fantasques mais déterminés et à la fois, tellement fragiles qu'ils en sont touchants. 

En peu de mots, l'auteur les rend vivants et nous fait partager leur quotidien, leurs désirs, leurs drames. Mais à ces drames tellement réalistes, chacun d'eux étant concernés par la grande Histoire, se mêlent beaucoup de fantaisie et d'humour, les légendes du Chili, des personnages mystérieux. Mais chut, je ne peux vous en dire davantage, sans dévoiler l'histoire. 

Ce décalage donne beaucoup de plaisir à la lecture. Le lecteur a envie de connaître la suite et aimerait même s'attarder, en apprendre davantage sur chacun. Il est presque frustré de ne pas rester un peu plus longtemps auprès d'eux...et les quitte à regret. 

 

Que va devenir la génération suivante se demande-t-on en terminant le roman ?

Et derrière cette saga familiale... c'est tout le devenir des immigrés français que le lecteur découvre.  On oublie souvent que des français aussi sont devenus des déracinés, obligés de tout reconstruire ailleurs et de connaître les souffrances de l'exil. 

Un beau roman autobiographique que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir et qui mérite à mes yeux d'obtenir un prix littéraire...

Margot brava les regards grivois des mécaniciens, les sous-entendus, l'humour leste, et se défendit contre les capitaines qui essayaient de la séduire pour leurs récits d'accidents. Elle dut se battre avec entêtement et virtuosité pour conserver les vingt centimètres de cheveux qu'autorisait le règlement et qu'elle préserva comme une dignité féminine. Au bout d'un mois, elle réclama son baptême de l'air...

En ces temps, la Villa Grimaldi n'était qu'un parc ténébreux. Les cellules étaient disposées en ligne comme de petits cabanons en lambris, les unes à la suite des autres, avec pour seule fenêtre, une ouverture au plafond...

A noter, ce roman s'inspire largement de la vie de l'auteur. Il dit l'avoir écrit en hommage à son père et à son arrière-grand-père. C'est pour eux et pour sa fille Selva qu'il nous livre un peu de son histoire familiale. 

L'auteur s'est en particulier inspiré des écrits de son propre père incarcéré et torturé, qui a fuit le Chili pour revenir s'installer en France. Il a comblé les manques dans l'histoire familiale en s'inspirant de personnages réels et des mythes qui ont bercé son enfance. 

La dédicace de l'auteur est explicite : 

"A Selva, toi qui es la seule à connaître la suite". 

Le lieutenant apparut. Il se pencha vers Thérèse et posa un genou à terre.
- Est-ce que vos oiseaux sont communistes, Madame ?
Thérèse releva le menton vers le lieutenant et croisa son regard arrogant. Alors il dégaina un pistolet de sa ceinture et tira sur le premier oiseau qui s'avança du grillage. Toute la volière s'affola...

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:15
Gallimard, 2018 / Poche, 2019

Gallimard, 2018 / Poche, 2019

Il y a des moments où ce qui nous entoure et semble devoir servir de décor à notre vie pour l'éternité_ un empire, un parti politique, une foi, un monument, mais aussi simplement des gens qui font partie de notre quotidien_ s'effondre d'une façon tout à fait inattendue...

A partir du mois d'octobre 1976 et jusqu'en 1979, lorsque je revins vivre à Naples, j'évitai de renouer une relation stable avec Lila. Mais ce ne fut pas facile. Elle chercha presque tout de suite à revenir de force dans ma vie ; moi je l'ignorai, la tolérai ou la subis. Bien qu'elle se comportât comme si elle désirait simplement m'être proche dans un moment difficile, je ne parvenais pas à oublier le mépris avec lequel elle m'avait traitée.

Voici le dernier opus de la saga d'Elena Ferrante, "l'amie prodigieuse" que j'ai enfin terminé pendant les dernières vacances. Il était temps que je vous le présente ici.

 

Lenù alors qu'elle semblait avoir enfin réussie à laisser derrière elle son enfance, qu'elle a à présent tout pour être heureuse, est devenue un écrivain célèbre, a épousé un professeur d'Université et est mère de deux adorables petites filles, Dede et Elsa,  plaque tout, pour vivre une vie tumultueuse avec Nino, son ami d'enfance, dont elle a toujours été amoureuse. Même les lecteurs ne la croyaient pas capable de le faire !

 

Entre deux rencontres à Milan, Florence ou Naples, Nino et Lenù voyagent beaucoup mais des événements imprévus vont obliger Lenù à quitter définitivement Florence pour revenir habiter à Naples où elle se rapproche de Lila. Bien qu'éloignée de son amant, elle lui reste encore totalement soumise et a toujours autant de mal à se concentrer pour se remettre à écrire. C'est finalement un ancien manuscrit non publié et qu'elle va ressortir du placard, qui va la sauver et lui rendre la confiance de son éditeur.

Lila qui vit toujours avec Enzo (tous deux ont ouvert leur propre entreprise informatique) prend très mal les agissements de Lenù et ne mâche pas ses mots. 

C'est alors que Lenù apprend qu'elle est enceinte, Lila aussi... 

 

Lors du terrible séisme de novembre 1980, qui ébranle profondément Milan, Lila, qui a eu très peur, fait promettre à Lenù de ne jamais l'abandonner, même si dans ses propos elle lui fait parfois du mal. Lenù qui se sent investie depuis l'enfance par le besoin de protéger son amie, la prend au mot et lui pardonne à nouveau toute sa cruauté.

Déjà que leurs grossesses les avaient considérablement rapproché, les deux jeunes femmes  se retrouvent unies à nouveau... 

 

En fait, tout bougeait...Mais même maintenant que j'y réfléchissais à la lueur des propos de Lila si bouleversée, je savais que l'effroi ne parvenait pas à l'enraciner en moi...Tout ce qui m'arrivait allait passer, mais moi, oui moi, je resterais toujours là, immobile...

J'eus beaucoup de mal à accepter la mort de ma mère. Je ne versai pas une larme et pourtant la douleur que j'éprouvais dura longtemps, et elle ne m'a peut-être jamais quittée...Aussitôt après l'enterrement, je me sentis comme lorsqu'on est surpris par une violente averse et qu'on regarde autour de soi, sans pouvoir trouver un abri.

C'est un tome beaucoup plus dramatique que les précédents car les deux amies vont être frappées de plein fouet par des drames imprévus qui vont ébranler leurs convictions, les rapprocher un temps pour ensuite les séparer à nouveau.

Il y a comme le prédit le titre beaucoup de perte, celle des illusions amoureuses d'abord mais aussi celle des idéaux politiques. Il y a aussi la perte de l'enfance et du monde qu'elles ont connu mais aussi la perte d'êtres chers...le lecteur est totalement pris par l'histoire tant amicale que sociale. 

 

Si ce quatrième opus débute par la description détaillée des déboires de Lenù et traine un peu en longueur, très vite, l'auteur rebondit nous permettant encore une fois d'entrer dans l'intimité de leur relation amicale complexe, mais sans devenir voyeur pour autant. C'est l'heure des bilans et des prises de conscience pour les deux amies. 

En Italie, ce sont toujours les années de plomb et Lila qui s'aperçoit que Gennaro, son fils, se drogue fait tout pour lutter à sa façon, contre le trafic qui sévit dans le quartier. Mais elle ne peut lutter à armes égales :  la corruption et les trafics en tous genres font des ravages dans le quartier, et la camorra veille. 

 

Le temps est donc venu pour le lecteur de quitter définitivement ces deux  formidables femmes d'avant-garde, qui se sont battues pour se sortir de leur milieu social, ont réussi à leur façon leur vie tout en regrettant des tas de choses qu'elles auraient voulu réussir aussi,  et se retrouvent à présent totalement démunies devant le temps qui passe, leurs enfants qui s'éloignent et la vieillesse qui les attend.

Elles sont si humaines, si émouvantes, si fragiles devant les imprévus qui jalonnent leur vie que nous avons du mal à les quitter.

Car à la fin de ce tome cela fait près de 60 ans que nous avons fait leur connaissance, alors que Lila venait tout juste de jeter la poupée de Lenù dans la cave, pour prouver qu'elle n'avait peur de rien et qu'elle était la plus méchante des deux, mais pour aussi la provoquer, déjà, la faire réagir, éprouver son calme en se montrant cruelle, et la faire sortir de sa zone de confort, une relation qui entre elles deux n'a jamais cessé d'être compliquée mais fusionnelle...ce qui explique sans aucun doute que leur amitié ait survécu  aux vicissitudes de la vie. 

Elle possédait une intelligence qu'elle n'exploitait pas : au contraire, elle la gaspillait comme une grande dame pour qui toutes les richesses du monde ne seraient que signe de vulgarité. C'était cela qui avait fasciné Nino : la gratuité de l'intelligence de Lila. Elle se distinguait de toutes les autres parce que , avec grand naturel, elle ne se pliait à aucun dressage, à aucune utilisation, et à aucun but.

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 05:15
Enquêtes au musée / Enquêtes au Museum/ Laurence Talairach

Voilà encore une série jeunesse sympathique ! Elle est destinée aux enfants de 8 à 11 ans et dès 6 ans accompagnée d'un adulte. 

Pour info : Ce qui m'a étonné sans que je trouve une explication au départ c'est que la série lue par mes petits-enfants (en format numérique) s'intitule "Enquêtes au musée" (Editions MultiMondes). J'ai constaté en faisant des recherches sur internet qu'elle existait en format papier et epub (Quatre tomes seulement sont disponibles). Mais j'ai découvert que la série s'appelait "Enquêtes au Muséum" (Editions Plume de carotte) en format papier (Vingt-deux titres disponibles dont les quatre précédents).

Réponse : Dans un des commentaires mis gentiment sur le blog, j'ai eu la réponse que je n'avais pas trouvé sur le net : "Enquête au Muséum" est la série publiée en France aux Editions "Plume de Carotte" ; "Enquête au musée" est celle publiée au Québec par les éditions Multimondes. "Seuls 4 des 22 titres ont pour l'instant traversé l'Atlantique" !

C'est cette dernière série qui était donc proposée en prêt en version numérique par ma médiathèque. 

L'auteur Laurence Talairach est professeur des universités à Toulouse- Jean Jaurès. Elle enseigne la littérature victorienne, tout en étant chercheur en Histoire des Sciences et des Techniques au Centre Alexandre Koyré.

Elle a publié de nombreux ouvrages avant de se décider à écrire pour les enfants afin de leur donner envie d'aller explorer les musées et d'apprendre davantage sur les sciences, tout en partant à l'aventure ! 

Ces livres sont de petits romans d'aventures qui, dans chacun des tomes, permettent aux plus jeunes de faire peu à peu connaissance avec le monde des Musées scientifiques, d'apprendre la nature de leurs collections souvent cachées, mais aussi leurs missions qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre par les enfants.  

Le lecteur retrouve les mêmes personnages dans chacune des aventures :

D'abord il y a Zoé, dont les parents, ornithologistes ont mystérieusement disparu en mer lors d'une mission scientifique,  alors qu'elle était bébé. C'est la meneuse du groupe. Il faut dire aussi qu'elle espère toujours trouver dans les musées des indices qui lui permettraient d'en apprendre davantage sur la disparition de ses parents. Laissée très libre par sa vieille tante, elle entraîne avec elle son amie Alice, qui est obligée de tirer derrière elle, non seulement son petit frère Clarence mais aussi un petit chinchilla dénommé, Archibald qui bien entendu ne passe pas inaperçu...et a son importance dans les histoires. 

L'intervention du petit frère qui pose de nombreuses questions innocentes permet d'expliquer avec précision (et humour) beaucoup de détails sans avoir l'air.

Les jeunes lecteurs les retrouvent avec grand plaisir pour vivre avec eux de nouvelles aventures.

Le plus : Des chapitres courts, une écriture précise mais simple, de l'aventure, des personnages authentiques, et un lieu bien décrit comme si on y était. Au passage les jeunes lecteurs apprendront du vocabulaire grâce au lexique placé à la fin de chacun des tomes. 

Instructif et agréable à lire ! 

Dans le tome 1, "Au pays des oiseaux qui ne volent pas", les enfants explorent le musée d'Histoire naturelle pour la première fois.

Alice a un exposé à faire sur l'oiseau de son choix. Zoé décide donc de lui montrer les oiseaux de Nouvelle-Zélande aujourd'hui disparus ou en voie d'extinction. Elle emmène donc son amie à la bibliothèque du musée où elle a repéré un livre d'ornithologie. Mais les enfants se retrouvent enfermés...

Les jeunes lecteurs vont découvrir la fragilité de la faune endémique de la Nouvelle-Zélande : les kiwis, moas, kakapos en particulier, et remonter l'histoire de ces oiseaux qui ne volent pas, jusqu'aux dinosaures ! Ils vont comprendre  la responsabilité des hommes dans leur extinction. 

Zoé avait déjà découvert que ses parents étaient passés par l'île de Bacan, une île aux papillons géants qui faisait partie de l'archipel des Moluques. Il lui restait donc à découvrir s'ils avaient arpenté d'autres îles...

Enquêtes au musée / Enquêtes au Museum/ Laurence Talairach

Dans le tome 2 "La galerie des vampires", les enfants explorent une cave lorsqu'ils ont l'impression d'être frôlés par des êtres volants silencieux mais non moins inquiétants... Ils décident alors de pénétrer dans le musée d'Histoire Naturelle pour apprendre davantage de choses sur les vampires, non pas les buveurs de sang que l'on retrouve dans certaines histoires et qui font tant peur à Clarence, mais les chauve-souris !  Ils vont bientôt découvrir qu'ils ne sont pas seuls dans le musée et que les réserves ont toutes été vidées. C'est alors que Clarence se retrouve tout seul dans le noir et dans le silence complet, quasiment assourdissant...

Bien entendu, les trois enfants vont faire de belles découvertes et en apprendre davantage sur les mammifères volants et beaucoup d'autres animaux inconnus. 

Enquêtes au musée / Enquêtes au Museum/ Laurence Talairach

Dans le tome 3 : Dans l'œil du cyclope

Les enfants retrouvent avec plaisir Zoé, toujours à la recherche d'indices pour découvrir  pourquoi et comment ses parents ont mystérieusement disparu. A côté de Zoé, Alice son amie toujours suivi de son petit frère Clarence ont décidé cette nuit-là de partir explorer les collections de l'université. 

Clarence est toujours terrifié par des monstres ce qui, la nuit, l'empêche de trouver le sommeil. Les deux amies sont persuadées que dans les collections de l'Université de la ville, se trouvent de nombreux restes des cyclopes, ces effroyables mangeurs d'hommes. Elles espèrent ainsi prouver au petit garçon que les cyclopes ne sont que des créatures fantastiques et qu'ainsi il n'a rien à craindre et peut dormir tranquille.

Mais quand ils arrivent à s'introduire dans les salles contenant les collections...ils découvrent de terrifiantes créatures conservées dans des bocaux et des salles entières remplies de squelettes. C'est là qu'il remarque un étrange petit homme qui travaille la nuit à la lumière d'une lampe. 

Vous vous en doutez, les enfants ne sont pas au bout de leur surprise !

Dans ce tome les enfants vont faire le lien entre les légendes et les découvertes paléontologiques (comme c'est le cas ici pour l'éléphant nain qui vivait au Pléistocène). Au passage, ils feront connaissance avec des personnages appartenant à la mythologie grecque (comme Polyphème par exemple). 

Enquêtes au musée / Enquêtes au Museum/ Laurence Talairach

Dans le tome 4, "le papillon du bout du monde"...

Les enfants découvrent qu'il existe des papillons  géants aussi gros que des oiseaux. Les voilà en train d'explorer une serre tropicale. Ils découvrent que certaines brindilles sont en fait d'étranges insectes qui ont appris à se cacher en mimant la nature alentour pour échapper à leurs prédateurs. 

Ils vont découvrir les théories de l'évolution par la sélection naturelle en partant sur les traces d'un étrange papillon, la phalène du bouleau. Au passage, ils feront connaissance avec deux grands hommes : Charles Darwin et Alfred Russel Wallace.

 

Une série à suivre donc, mais ce n'est pas certain que je vous en reparle un jour, j'ai tellement de livres en attente de trouver une place ici...voilà pourquoi j'ai préféré ne faire qu'un seul article pour les quatre premiers tomes. 

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, 2017 / Folio, 2018

Gallimard, 2017 / Folio, 2018

"Devenir". Ce verbe m'avait toujours obsédée, mais c'est en cette circonstance que je m'en rendis compte pour la première fois. "Je voulais devenir", même sans savoir quoi. Et j'étais "devenue", ça c'était certain, mais sans objet déterminé, sans vraie passion, sans ambition précise. J'avais voulu devenir quelque chose- voilà le fond de l'affaire- seulement parce que je craignais que Lila devienne Dieu sait quoi en me laissant sur le carreau. "Pour moi, devenir, c'était devenir dans son sillage". Or je devais recommencer à devenir mais pour moi, en tant qu'adulte, en dehors d'elle.

Après "Enfance, adolescence" et "Le nouveau  nom" présentés sur ce blog depuis longtemps, il était temps que je poursuivre la tétralogie de "l'amie prodigieuse" commencée en 2016 et que je la présente ici. 

En fait, j'ai profité des vacances pour me replonger dans la saga et enfin la terminer. 

Je me souvenais de beaucoup de choses, mais lors de ma relecture, j'ai trouvé encore plus subtil la manière dont l'auteur parle entre les lignes de cette amitié passionnelle entre les deux petites-filles, puis de son évolution quand elles grandissent et deviennent jeunes filles, puis adultes. 

Et pourtant, même lorsque je vivais dans d'autres villes et que nous ne nous voyions presque jamais, même lorsqu'elle ne me donnait pas de nouvelles selon son habitude, et que je m'efforçais de ne pas lui en demander , son ombre me stimulait, me déprimait, me gonflait d'orgueil ou m'abattait, sans jamais me permettre de trouver l'apaisement...
Je voudrais que Lila soit là, et c'est pour ça que j'écris

Dans ce troisième tome, nos deux héroïnes sont rentrées dans l'âge adulte à présent, elles ont 30 ans et chacune suit son destin mais si elles restent liées par un lien qui apparaît comme indestructible, la vie néanmoins les sépare, et Lénù fait tout pour s'éloigner de l'emprise psychologique que Lila a sur elle, sans toutefois y parvenir. 

 

Si vous désirez lire la saga et que vous ne l'avez pas encore fait, rendez-vous plus bas dans la page pour lire seulement mon avis ! 

 

Eléna (Lenù) qui a terminé ses études à l'Ecole Normale de Pise, vient de publier son premier roman. Le succès est à sa porte. Elle se marie et s'installe à Florence avec Pietro, devenu professeur d'université, tandis qu'Adèle sa belle-mère, s'occupe de la promotion de son livre, qui s'avère être très vite un succès.

Dans ce roman, elle décrit ses premières expériences sexuelles et Lenù est stupéfaite de voir que pour ses lecteurs, il semble se résumer à ces passages -là, choquants pour certains _vu le puritanisme ambiant en Italie à cette époque.  Dans une société bien pensante et surtout très croyante où aucune jeune fille n'est sensée connaître les relations sexuelles avant le mariage, son roman apparaît particulièrement d'avant-garde.  

Mais Lénù se retrouve enceinte et incapable d'aligner trois mots pour continuer à écrire. Pas facile d'être auteur à la maison tout en élevant ses filles (elle en aura deux). Elle se sent coincée, inutile, incapable de poursuivre sa carrière littéraire.

Les révoltes féministes se profilent à l'horizon et grâce à la sœur de Pietro, Mariarosa, Lenù se retrouve sur le devant de la scène, bien décidée elle-aussi à participer à sa manière.

 

Pendant ce temps-là, Lila qui a quitté Stefano et s'est enfuit avec Enzo en emmenant son fils Gennaro, trouve du travail dans l'usine de Bruno Soccavo, un ami de Nino Sarratore rencontré lors de leur vacances au bord de la mer. Elle se fait exploitée et harcelée comme les autres employées de l'usine de salaison : les conditions de travail sont inhumaines, et la révolte gronde parmi les ouvriers. Mais Lila veut rester en retrait, elle ne veut pas risquer de perdre son travail. Elle rejette en bloc, les petits bourgeois qui mènent le mouvement de leur maison remplie de livres "avec vue sur la mer".

 

Ses rencontres avec Lenù sont teintées d'agressivité. Toujours aussi directe et cruelle, Lila a le don de pousser son amie à bout pour la faire réfléchir car Lenù est plus indolente. En agissant ainsi, Lila pense l'obliger à donner le meilleur d'elle-même.

Lenù à l'inverse, admire toujours aussi passionnément son amie, qui a toujours été brillante et elle la jalouse souvent, ce qu'elle regrette bien entendu ensuite, mais sa sincérité nous touche.  

 

Leur amitié sonne juste : elles ont été élevées dans le même quartier pauvre et ont cherché à s'en sortir par des moyens différents mais en accord avec ce que le destin leur a réservé et ce que leurs parents ont accepté. Pas facile de franchir l’ascenseur social pour Lenù, qui sans cesse doit se mesurer aux autres comme elle l'a fait durant sa jeunesse avec Lila. C'est avec Nino à présent, qu'elle a retrouvé par hasard, qu'elle se compare, redoutant de ne jamais arriver à avoir autant de connaissances que lui, ni arriver à sa hauteur...ce faisant elle oublie qui elle est, tout comme l'orgueilleuse Lila, va renoncer peu à peu à ses propres rêves.

 

Les deux amies bien qu'éloignées géographiquement ont renoué une relation passionnelle, parfois chaleureuse, parfois destructrice...elles se rapprochent et se déchirent au gré des événements et de leur personnalité. 

Engagées dans la lutte des classes et le mouvement de libération des femmes, les deux jeunes femmes sont obligées d'avancer dans leur vie coûte que coûte, et surtout d'assumer leur choix.

Les années 60-70 ne vont pas être de tous repos pour elles deux ! 

Lila éprouva encore une fois le plaisir anxieux de la violence. Oui, pensa-t-elle, tu dois faire peur à ceux qui veulent te faire peur, il n'y a pas moyen, c'est coup pour coup, ce que tu me voles je te le reprends, et ce que tu me fais, je te le fais à mon tour.

Mon avis

 

Dans ce tome, le lecteur suit encore une fois avec passion le destin des deux amies.

C'est un roman plus politique, engagé, très féministe qui montre bien les difficultés pour Lenù de concilier vie de couple, enfants et métier. Pour Lila, la vie quotidienne n'est pas rose non plus, maintenant qu'elle n'a plus l'argent de Stefano et qu'elle doit travailler en usine, tout en faisant garder son fils. Toutes deux se posent des questions sur leur condition de femmes.

C'est un roman très réaliste qui sent le vécu. L'auteur a elle-même du traverser des années difficiles en même temps que son pays.  En Italie, ce sont les années de plombs et à travers le récit de la vie quotidienne de nos deux héroïnes, le lecteur va découvrir toute une partie de l'histoire de ce pays : les contestations au travail et dans les Universités, les mouvements féministes, la violence qui devient la seule manière de s'exprimer (la situation dégénère entre les fascistes soutenus par la mafia et les gauchistes).

 

Dans ce contexte politique et social agité, l'auteur sait nous parler avec finesse et sensibilité de cette amitié, complexe, parfois pesante et tumultueuse, mais néanmoins sincère et qui dure depuis l'enfance. Elle sait aussi nous décrire avec intelligence et pudeur, les difficultés vécues pour se sortir d'un milieu social et d'un quartier qui vous collent à la peau, quoi que vous fassiez pour chercher à améliorer votre condition. 

Malgré les difficultés de la vie, Lenù (donc l'auteur) nous livre ses plus belles pages sur l'amitié, une amitié qui n'est pas cependant dans ce tome-ci, au centre du récit.

 

Vous l'aurez compris, c'est encore un tome très prenant, certes plus politique que les précédents mais qui nous rappelle que les années 60 en Europe et donc aussi en Italie ont été des années de remaniements importants de nos modes de vie et de nos traditions. 

Un tome indispensable qui nous donne envie de poursuivre la série en lisant le quatrième opus, ce que j'ai fait dans la foulée, profitant des vacances d'été. 

Au fil des ans, il nous était arrivé trop de choses pénibles, parfois même atroces, et pour retrouver le chemin des confidences, il aurait fallu que nous nous disions trop de pensées secrètes. Or moi, je n'avais pas la force de trouver les mots, et elle, qui avait peut-être la force de le faire, elle n'en avait pas l'envie, ou bien n'en voyait pas l'utilité.
Mais je l'aimais toujours autant...

A chaque fois que quelque chose semblait établi dans notre relation, tôt ou tard on découvrait que ce n'était en fait qu'une situation provisoire, et bientôt un changement se produisait dans sa tête, nous déséquilibrant elle comme moi. Je n'arrivais pas à comprendre si ces paroles étaient un moyen de me demander pardon, ou si elles n'étaient que mensonge, dissimulant des sentiments qu'elle se souhaitait pas me confier, ou encore si elles préparaient un adieu définitif...

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, Folio/ 2014

Gallimard, Folio/ 2014

Plus d'une fois, au cours de ma vie, j'ai fait ce que je n'avais pas décidé, et ce que j'avais décidé, je ne l'ai pas fait...
Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n'exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et sont les miens de façon tout aussi autonome que ma pensée est ma pensée, et ma décision, ma décision.

Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant...

"Le liseur" est un roman complexe et dérangeant dans lequel on retrouve plusieurs thèmes. On peut le diviser en deux parties comme s'il s'agissait de deux histoires distinctes et pourtant elles sont étroitement liées comme vous le verrez par la suite.

 

L’histoire se passe dans l'Allemagne d'après-guerre...

Michaël Berg, le narrateur, est un tout jeune homme de 15 ans quand il tombe malade en se rendant au lycée. Alors qu'il est pris d'un malaise et de vomissements dans la rue, une jeune femme va l'aider à se rafraîchir et le raccompagner chez lui. Michaël a une jaunisse qui va l'exclure de la vie pendant de longs mois.

Une fois remis, des mois après donc, sa mère l'oblige à aller remercier la jeune femme, c'est Hanna. Elle est belle, elle a trente-cinq ans, et le jeune homme qui est hanté par son souvenir, va revenir plusieurs fois chez elle jusqu'à ce que tous deux entament une relation plus intime. Il devient son amant. L'apprentissage de la sexualité et de la sensualité avec cette femme si douce et tendre, mais mystérieuse, est pour lui une belle découverte qui marquera toute sa vie,  tant elle est forte au niveau de son ressenti et de l'idéalisation qu'il en fait, sans doute lié à son jeune âge et à leur vingt ans de différence.

Pendant six mois, il va revenir tous les jours chez elle et suivre tout un  rituel qu'elle lui a imposé, tout comme elle lui impose ses horaires de visite. Il va lui faire à sa demande, la lecture à haute voix, puis ensuite seulement, ils feront l'amour et ce scénario se répète à chacune de leur rencontre.  

Un jour Hanna quitte subitement la ville sans le prévenir.  Le jeune homme ne s'en remettra jamais et n'arrivera ni à l'oublier, ni à fonder une véritable relation avec une autre femme, ce qui sera le drame de sa vie... un drame accentué par la suite de l'histoire. 

 

Sept ans après alors que le narrateur fait un stage durant ses études de droit, il retrouve Hanna dans le box des accusés, parmi cinq criminelles toutes jugées pour avoir été gardiennes dans un camp de concentration. 

Accablées par ses codétenues, Hanna n'arrive pas à se défendre et écopera de la plus lourde peine : la détention à perpétuité.

Or Michaël le sait, certains chefs d'accusation ne tiennent pas, car Hanna cache un lourd secret, qu'il vient de découvrir comme une évidence pendant le procès : elle ne sait ni lire ni écrire et ne peut donc pas avoir rédiger le rapport qui est la pièce maîtresse de l'accusation.

Doit-il intervenir pour alléger sa peine ?

Lâchement, il n'en fera rien car il ne peut entacher sa future carrière en  dévoilant son attachement à Hanna.  Mais pour comprendre la réaction d'Hanna, qui a préféré se taire plutôt que de subir une honte publique, en dévoilant son illettrisme, ainsi que la sienne, Michaël se met à écrire leur histoire...

 

A la moindre menace, je capitulais aussitôt sans condition. J'acceptais tous les torts. J'avouais des fautes que je n'avais pas commises, reconnaissais des intentions que je n'avais jamais eues. Lorsqu'elle devenait froide et dure, je mendiais pour qu'elle redevienne gentille, qu'elle me pardonne, qu'elle m'aime. Parfois j'avais l'impression qu'elle souffrait elle-même de ses excès de froideur et de raideur...

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus...

La première partie ne doit pas être occultée par la seconde, même si finalement elle nous révèle, la clé de ce qui va suivre, et c'est là toute la force de ce roman.  

L'auteur nous parle d'amour, d'un amour véritable et sincère,  auréolé certes de mystère, mystère qui sera éclairé par la seconde partie, mais qui explique l'attitude des différents personnages, l'apparente lâcheté de Michael, comme les silences d'Hanna, sa dureté occasionnelle et son incapacité à se défendre contre des accusations infondées. 

Le roman touche du doigt le problème de l'illettrisme et de la honte ressentie par ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui les exclut du monde. Hanna préfère cacher ce secret plutôt que de le dévoiler ce qui l'innocenterait en partie. 

 

Mais le principal sujet du roman reste celui abordé dans la seconde partie : c'est la question de la responsabilité ressentie par les générations futures, en ce qui concerne les actes perpétrés par les générations passées, qui ont soutenu le régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Michaël est -il responsable des actions commises par Hanna dans sa vie antérieure ?

Doit-il se sentir coupable d'être tombé amoureux d'elle... sans se douter un seul instant des crimes qu'elle avait commis pendant la guerre ? 

 

C'est en tous les cas, une lecture dérangeante quand le lecteur découvre (en même temps que le narrateur) qu'Hanna, en tant que gardienne de camp, a commis des actes horribles pendant la guerre. Alors qu'elle travaillait chez Siemens, et qu'on lui proposait une promotion, qu'elle a décliné pour n'avoir pas à avouer son secret, elle choisit de s'engager dans les SS en 1943. Elle est coupable d'avoir participé à cette violence incommensurable mais bien entendu ce qui est troublant, c'est que son parcours n'est pas celui qu'on imagine d'un bourreau.

Malgré toute l'horreur du procès et des faits qui lui sont reprochés, le lecteur se positionne du côté du narrateur et de son ressenti, de ses contradictions. Il aime toujours Hanna et ne peut en son fort intérieur la juger, et pourtant toute sa génération abhorre (et nous aussi) les actes commis par les nazis pendant la guerre.

D'ailleurs, l'auteur n'apporte pas de réponses aux nombreuses questions que le lecteur formule en découvrant que lui non plus n'arrive pas à croire à la totale culpabilité de la jeune femme et aimerait qu'elle se défende davantage. Hanna nous touche malgré nous, alors qu'on la sait pourtant capable du pire.

Les criminels nazis ne méritent pas d'être aimés et pourtant nombreux sont les bourreaux qui ont eu une famille qui ne s'est jamais doutée de leurs crimes. L'auteur en nous mettant devant cette contradiction nous oblige à comprendre le ressenti de toute une génération de jeunes allemands, d'après-guerre, qui s'est trouvé confrontée à un problème majeur de devoir "juger" les actes de leurs parents. 

La fin du roman que je ne vous raconterai pas apporte encore plus de trouble et de questionnements. C'est là toute l’ambiguïté de ce roman qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats ce qui explique que ce soit une oeuvre souvent proposée au lycée. 

Un livre à découvrir...

 

Un film éponyme a été tiré de ce roman en 2008. Perso, je n'ai pas eu l'occasion de le voir au cinéma et je le ferai maintenant que j'ai lu le livre car j'aime toujours découvrir une oeuvre en lisant d'abord le roman.

Depuis quelques années je laisse notre histoire tranquille. J'ai fait la paix avec elle. Et elle est revenue, détail après détail, et avec une espèce de plénitude, de cohérence et d'orientation qui fait qu'elle ne me rend plus triste...

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 05:15
L'an vin(G)t ou l'ennemi invisible / Eglantine Nalge

...Il ne faut pas que nous donnions du souci à nos enfants nous concernant. Alors que dirais-tu de prendre une petite lichette de ce rosé bien frais que je sais même pas où tu l'as trouvé et qui est arrivé ce matin ?
- Bonne excuse Honorine, mais "vaï" pour le rosé, mais alors une lichette que des fois tu ne retrouves pas le chemin de la chambre !

Un peu de légèreté aujourd'hui malgré le sujet, car voilà un court roman tout à fait jubilatoire, encore sur le thème du (de la COVID) écrit par une blogueuse  que beaucoup d'entre vous connaissent déjà. Vous pouvez aller visiter son blog ICI.

 

Remarque : Vous n'êtes pas obligés de lire ou de commenter si le sujet de mon article ne vous intéresse pas, vous me connaissez je ne vous en voudrais pas, d'autant plus que je fais de même chez vous !  

 

Comme elle le dit si bien elle-même dans l'avant-propos de son livre...

Qui suis-je pour prétendre écrire sur ce virus, envahissant, angoissant, et en même temps insaisissable, qui gravite autour de nous alors que je n'ai aucune connaissance en matière de médecine, et que les scientifiques tâtonnent, disent et se contredisent au point qu'il est difficile d'avoir un aperçu simple des événements. 

C'est pourquoi elle a choisi de ne pas en parler elle-même mais de laisser s'exprimer des personnages que nous connaissons bien  parce qu'elle nous les a déjà présentés sur son blog. 

Vous serez heureux d'apprendre que vous allez retrouver dans ses pages, M'âme Eglantine et son chat Horace, avec qui cette dernière engage des débats philosophiques toujours passionnés, qui nous enchantent par leur finesse, leur humour et leur vue particulièrement réaliste de la nature humaine et de la situation. 

Vous allez aussi retrouver le charmant couple formé par Honorine et son mari Honoré, assommés pour ne pas dire "escagassés" tous deux par l'invasion de ce virus invisible qui fait dire à notre président que "c'est la guerre". Pour eux qui l'ont connue forcément vous le comprendrez, ces mots ont une autre résonance et l'angoisse risque bien de s'installer...

 

Le sujet est bien cerné et le tout, étayé d'apparentes digressions, qui ne sont pas du tout hors sujet en fait, de cogitations silencieuses, si je puis dire, de remarques acérées et de mots en provençal (avec l'accent) qui raviront les nostalgiques du sud. 

 

Que vous dire de plus sans dévoiler le sel de l'histoire... sinon que la manière dont le thème est traité est très réjouissante et que j'ai passé un excellent moment de lecture, malgré la gravité du sujet. 

 

Et puis promis, je ne compte rien présenter de plus sur ce virus, deux la même semaine c'est déjà beaucoup trop, mais avouez que je ne pouvais pas faire l'impasse sur la présentation de ce dernier, ne serait-ce que pour vous donner envie de mieux connaître Eglantine et ses écrits pleins de vie.  

Houlà ! Ce n'est pas la joie aujourd'hui, aussi je vous suggère de fermer les yeux et de vous laisser vous enfoncer dans une douce sieste, ça ira certainement mieux au réveil !
- Je crois que je vais t'écouter Horace, demain est un autre jour !

Et en rédigeant cette page, je réalise que je ne vous ai jamais parlé de son précédent ouvrage "Lorsqu'Eglantine raconte...Bavardages indiscrets", si vous préférez découvrir l'écriture d'Eglantine sur un autre sujet, voici sa présentation sur son blog ICI. "Promis", je le ferai un jour, tout le problème est...quand !

Et en attendant, vous pouvez découvrir la présentation faite par Martine, sur son blog, en cliquant sur le lien ci-dessous...

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 05:12
Renaissance du livre 2020

Renaissance du livre 2020

Il est trop bien et il se dit qu'un premier avril, c'est le bon moment pour faire des blagues à la con sous la couette. Il dit à Léa :
- J'sais pas comment font les autres, mais faire l'amour à un mètre cinquante...J'ai beau être gâté par la nature, c'est quand même pas simple, hein...
Et Léa de pouffer...

Voilà un livre sur un sujet que je m'étais pourtant promis de ne pas lire...le(a) COVID.  Nous y pensons déjà tous les jours à chaque instant de notre vie et nous n'avons pas fini d'en entendre parler ! 

Mais il se trouve que lorsque je suis passée à la médiathèque de mon village, il était tout seul sur le portoir des nouveautés (les autres livres étaient mis en quarantaine les pauvres) et la bibliothécaire m'a dit qu'elle l'avait beaucoup aimé et que le sujet principal n'était pas le virus mais bien autre chose...

Sitôt emprunté, sitôt lu !

 

Il faut dire que c'est un roman très court (127 pages), facile à lire,  écrit par un collectif d'auteur à la manière du jeu inventé par les surréalistes,"cadavre exquis" : un premier auteur commence à écrire l'histoire, les autres la continuent, tout en gardant une cohérence. Le lecteur ne sait pas qui a écrit quoi. 

Ce sont tous des auteurs belges qui sont également chroniqueurs ou animateurs de radio.  Il y a Adeline Dieudonné, Eric Russon, Jérôme Colin, Myriam Leroy, et Sébastien Ministru. Ils ont écrit l'histoire sous la forme d'un feuilleton quotidien diffusé  sur les ondes dans le cadre de l'émission de radio de la Première, "Entrez sans frapper", une émission que je ne connaissais pas. 

Les illustrations intérieures représentant le virus sous la forme d'un monstre, ainsi que la couverture, sont signées Arnold Hovart.

Le plus : Les droits d'auteurs et bénéfices de ce livre sont versés à 3 associations : L’Ilot, Cœur SDF et La Plateforme Citoyenne BXLRefugees.

Des centaines de gens, des milliers peut-être, enterrés à la va-vite, comme on jette une poubelle dans un camion-benne. Des gens qui ont aimé, pleuré, qui ont chanté des chansons, lus des livres, vu plusieurs fois le même film parce qu'il y avait une scène qui les faisait rire aux éclats, des gens qui avaient une recette familiale de spaghetti à la carbonara ou de tarte au citron. Qui avaient des photos dans leur portefeuille. Des gens qui se retrouvent aujourd'hui, alignés dans un trou que des hommes blancs vont reboucher...
La gorge de Léa se serre. Jusqu'à lui faire mal. Sa vue se brouille mais elle passe la manche de son pull sur ses yeux...

Maria se sent nulle. Et puis coupable aussi de ne pas pouvoir aider sa fille. Il y a des parents qui y parviennent mais pas elle. Alors, elle s'en veut. Et ça rajoute encore à son mal-être d'être confinée depuis dix jours. Et puis la petite, elle se sent nulle aussi.

L'histoire...

 

Elle s'appelle Léa, il s'appelle Antoine. Hier, ils ne se connaissaient pas, mais devant les événements de ce printemps 2020, ils ont décidé de se choisir un partenaire sur Tinder pour une dernière nuit. Elle travaille comme caissière en intérim, et attend qu'on l'appelle en renfort, lui est carrossier, et décide de ne plus répondre aux appels de son patron.

La Belgique se confine et tous deux restent ensemble alors que ce n'était pas prévu, qu'ils ne savent rien l'un de l'autre et que la distance de sécurité entre eux n'existe plus.

Dans leur immeuble, la vie continue... c'est la solitude pour certains, les difficultés du quotidien pour les autres, les applaudissements du soir ensemble, pour remercier les soignants et le silence insupportable à certains moments.

Le lecteur découvre peu à peu la vie de ce jeune couple, celle du voisinage mais aussi celle du facteur qui livre non stop des colis et grimpe les étages jusqu'à épuisement. Les gens se croisent, à distance...et une certaine solidarité s'installe peu à peu, doublée le plus souvent de méfiance.  Les rapports humains changent.

De temps en temps dans le texte, le décompte quotidien des événements en Belgique recentre le roman sur la triste réalité des jours. 

 

J'avais peur que ce roman soit très lourd à porter. Et bien ce n'est pas le cas du tout.

Il est réaliste et reprend bien la chronologie des événements du printemps dernier.

Les auteurs nous décrivent le sentiment d'incompréhension ressenti face à certaines décisions prises par nos gouvernements, relatent sans complaisance, les incohérences graves et les manquements dans la gestion de la crise sanitaire.

Ils nous parlent à travers les personnages, de notre ressenti quotidien, de cette impression d'étouffer et de manquer de liberté, de la peur de l'autre qui se développe, de l'ennui parfois vécu par certains, de la perte de confiance dans les médias et les médecins devenus trop médiatiques, des difficultés des parents en télétravail, obligés de devenir enseignants pour leurs enfants, de la peur de la contamination (car on ne sait pas d'où elle peut arriver), de l'inquiétude pour les proches, mais aussi  des côtés positifs du confinement, comme avoir plus de temps à soi.

 

Les auteurs se sont centrés sur les ressentis, les situations vécues différemment par chacun, et non pas sur le virus, ce qui donne à ce roman une dimension universelle. C'est un roman qui reste donc profondément proche de l'humain. Il y a de l'humour, des passages émouvants, beaucoup d'humanité et une vision de nos réactions humaines très réalistes, même si elles ne sont pas toutes belles à voir. Le style est léger et plaisant. 

Il ne faut pas oublier que le texte a été écrit pour être lu à haute voix à la radio ce qui lui donne beaucoup de rythme et fait que le lecteur ne s'ennuie pas. Il y a  également beaucoup de dialogues ce qui rend sa lecture accessible, même aux jeunes lycéens.

 

Malgré le sujet, j'ai passé un bon moment de lecture. Ce livre permet de prendre du recul par rapport à ce que nous avons tous vécus ou ressentis, différemment certes,  mais vécus tout de même, par rapport à ce satané virus qui est toujours là, mais a révélé beaucoup de choses de notre nature humaine au grand jour, ce qu'il ne faudra pas oublier...plus tard. 

Merci aux auteurs d'avoir joué le jeu pour nous raconter cette histoire d'amour au temps du confinement. 

Hypnotisée par les cercles concentriques qui se forment dans son mug, elle pense à des choses idiotes. Des choses qui ne sortiront pas d'ici...Qui resteront entre elle, et son bol de café au lait. Elle pense qu'un garçon qui a pu réparer son chauffe-eau est un garçon capable d'entretenir la chaleur et qu'il fera un bon père. Elle pense qu'un homme qui a voulu sauver un autre homme devant elle ne peut être qu'un type bien.

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 05:45
Edition Play Bac

Edition Play Bac

Lecture Jeunesse aujourd'hui...

La série des "Kinra girls"s'adresse aux plus de 9 ans, et peut-être lue au-delà jusqu'à 11-12 ans. C'est une série qui plaira davantage aux filles et qui a beaucoup de succès depuis 2011, date à laquelle est paru le premier tome. Bien entendu tout un commerce a fleuri autour de la série et un site est dédié à ses fans ! Je me méfie en principe de ce genre de série entourée de publicité, mais il se trouve que ma petite-fille les adore et que je lui en ai offert quelques-uns depuis deux ans à présent. Elle a su très bien m'expliquer pourquoi...

"Les Kinra sont cinq filles, toutes originaires d'un pays différent, originales donc car elles nous font découvrir les façons de vivre de leur pays. Elles sont indépendantes et ne parlent presque jamais de leur famille. Elles sont scolarisées dans un collège international de jeunes filles : l'académie Bergström. Elles sont douées, intelligentes, ont toute une personnalité attachante et se complètent merveilleusement bien... du coup il y en a forcément une qu'on admire, une à laquelle on voudrait ressembler, une qui n'est pas parfaite comme nous. Et ce n'est pas toujours la même à chaque fois ! Tout ça permet de savoir comment on réagirait dans la même situation, de rire, de savoir qu'on a le droit de se tromper." Voilà en gros ce qui ressort de notre partage sur cette série !

 

Les personnages...Il y a Kumiko, la japonaise, douée pour la peinture et qui aime aussi la photo et la mode ; Idalina, l'espagnole, joueuse de guitare et passionnée de flamenco ; Naïma, l'afro-américaine, qui elle se passionne pour le cirque ; Rajani, d'origine indienne qui s'intéresse aux danses de son pays ; et enfin, Alexa l'australienne, qui veut avant toute chose devenir championne d'équitation et vous vous en doutez qui adore...les chevaux ! 

Comme vous le devinez, les filles n'auront aucun mal à s'identifier à l'une d'entre elles !

 

Ce sont de courts romans d'aventure qui montrent que ces filles douées n'ont pas froid aux yeux. On peut être une fille et avoir de multiples passions, s'intéresser aux autres, être intelligents et drôles, et partager avec générosité notre savoir-faire. Ce sont des romans qui s'éloignent de certains clichés encore en cours dans notre société. 

J'ai trouvé que des valeurs intéressantes étaient mises en avant comme, l'entraide, l'humilité, la solidarité, l'acceptation des autres et de ses différences culturelles, l'amitié...

 

Dans ce tome 9 l'histoire est simple : les filles comptent bien continuer à explorer les sous-sols des bâtiments de l'école, d'autant plus que d'importants travaux sont prévus qui vont les empêcher de le faire les jours suivants. Mais une nouvelle élève arrive en cours d'année et perturbe leur plan. Il faudra bien pourtant qu'Alexa qui la prend tout de suite en grippe, arrive à lui tendre la main, car la pauvre Singrid, timide et réservée, et plutôt sauvage, a eu sa part de souffrance. Elle ne demande qu'à se faire des amies...

Ce qu'elles vont découvrir ensembles est tout à fait étonnant ! Cela leur donnera l'occasion d'en apprendre davantage sur une des œuvres de Léonard de Vinci, mais chut, je ne vous dirais pas laquelle, quoi que, en regardant de près la couverture, vous en aurez sans doute une petite idée. 

 

Ce que j'ai aimé, outre les valeurs décrites plus hauts, c'est aussi les légendes et coutumes de chacun des pays que les filles apprennent aux autres membres du groupe lors de leurs échanges.

Dans ce tome, par exemple Rajani, explique aux autres suite à un cours de danse, comment diriger la pensée vers un endroit du corps, tout en respirant profondément. Elle s'appuie sur l'enseignement des yogis de son pays pour les aider à se concentrer. Les explications sont ludiques et adaptées aux jeunes lecteurs. Les mots difficiles sont expliqués à la fin permettant d'enrichir son vocabulaire. 

Les illustrations sont sympas, colorées et dynamiques.

Chaque livre de la série raconte une histoire indépendante de la précédente mais qui rappelle pas mal de faits des tomes précédents. Les jeunes lectrices auront forcément envie de lire tous les tomes même si c'est dans le désordre. 

 

Le plus  : Dans chaque roman, un petit dossier permet d'approfondir une question autour d'un personnage célèbre : ici Léonard de Vinci. Et les lectrices sont contentes de retrouver l'équipe formée par les Kinra ce qui est l'occasion de lire toujours plus et en prenant du plaisir à le faire et n'est-ce pas le plus important, surtout en vacances. 

Et un joli marque-page est accroché dans chacun des livres, ce qui ne gâche rien.

Vingt-six tomes sont sortis à ce jour...et ils sont tous traduits en plusieurs langues. Une belle façon de faire lire les enfants tout en voyageant et en vivant des aventures sympathiques, finalement pourquoi s'en priver et sur le site vous trouverez pleins de recettes sympathiques et d'idées à partager...entre filles ! 

Les auteurs...

Moka écrit surtout pour la jeunesse et j'ai toujours aimé les valeurs véhiculées dans ses romans, mais aussi sa plume pleine de tendresse, ses mots qui sonnent justes, et cette façon bien à elle de raconter des histoires qui provoque aussitôt beaucoup d'empathie pour ses personnages et donne au lecteur l'impression de vivre avec eux leurs aventures. Elle a une imagination débordante et sait particulièrement bien amener le jeune lecteur à trouver lui-même des solutions pour réduire les conflits, oublier ses craintes et avancer dans la vie. 

 

Anne Cresci, l'illustratrice travaille pour la presse et l'édition. Elle s'inspire des enfants qui l'entourent pour créer ses personnages ! Et elle réussit donc à nous les rendre sympathiques. Je ne la connaissais pas et je l'ai découverte avec plaisir lors de cette lecture d'été partagée en famille.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 05:20
Albin Michel, 2020

Albin Michel, 2020

J'aimais les "Livres dont vous êtes le héros". Chaque scène se terminait sur un suspense et il fallait décider de la suite de l'histoire. Tourner à gauche dans le Temple interdit, ou bien à droite ? Prendre le trésor maudit ou passer son chemin ? Dans ces aventures on était toujours maître de la situation...

C'est la première fois que je lis cet auteur dont j'ai pourtant beaucoup entendu parler sur internet par les fans de thrillers. J'ai donc profité des vacances pour la découvrir. 

 

Telly et Sharlah ont appris très jeunes à se débrouiller seuls dans leur vie quotidienne, et à faire face à un père violent et une mère soumise et incapable d'assumer son rôle, tant elle est sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. Mais un soir pas comme les autres, la situation déborde et Telly qui est pourtant un tout jeune garçon de 9 ans, tue son père... puis sa mère.

Après cette terrible soirée, durant laquelle les enfants ont perdu leurs deux parents, ils sont tous deux placés séparément dans des familles d'accueil. Sharlah qui n'avait que 5 ans au moment des faits et qui a eu le bras cassé par son frère, a désormais peur de Telly, tout du moins c'est ce qu'elle déclare alors qu'elle est encore à l'hôpital.  On interdit donc à Telly de s'en approcher.

 

Des années plus tard, alors que Sharlah, 13 ans, va être adoptée par un couple aimant, une série de meurtres ébranle la région. Quel rapport y-t-il entre la tuerie de la station service et le meurtre de la famille d'accueil de Telly ? Tout pousse à croire que Telly, bientôt majeur, est directement impliqué dans cette sombre affaire. Les traumatismes du passé ont-ils refait surface ?

 

Les enquêteurs sont d'autant plus inquiets qu'ils découvrent des photos de sa sœur dans ses affaires, certaines la présentent avec une cible au milieu du front. Ils décident de mettre la fillette à l'abri tandis que la chasse à l'homme s'organise.  

Les parents adoptifs de Sharlah sont sur l'affaire : Pierre Quincy est un ex-profiler du FBI à la retraite, appelé en renfort par le shérif pour l'aider à élucider les crimes. Quant à Rainie, en tant qu'ancienne policière, et mère d'adoption,  sa place est toute trouvée.

Mais comme habituellement dans les thrillers, il ne faut pas se fier aux apparences ! 

J'ai l'impression que je devrais faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
Le passé est un luxe que ne peuvent pas s'offrir les enfants placés. Nous sommes trop occupés à vivre dans l'instant. Si j'ai autrefois eu des pensées au sujet de mes parents, je ne m'y plonge plus. Si j'ai eu des émotions devant le geste de mon frère, je ne les éprouve plus.
Je me demande si Telly avait lui aussi tiré un trait sur le passé. Jusqu'à ce matin...

Une des fausses idées les plus répandues concernant le pistage de fugitif voudrait que ce soient les limiers eux-mêmes qui tombent miraculeusement sur le râble de leur cible. Mais même expérimenté et travaillant en terrain connu, un pisteur comme Cal ne pouvait progresser qu'à un kilomètre à l'heure. Etant donné que le fugitif se déplaçait, lui, à cinq kilomètres à l'heure, Cal et ses coéquipiers n'avaient guère de chance de le rattraper...

Après un début du livre qui nous place aussitôt du côté des enfants maltraités et traumatisés, le lecteur est traversé par le doute, un doute efficace grâce à l'alternance des voix des différents protagonistes, au style fluide et sa façon bien à elle d'amener les différents rebondissements. 

Tout cela fait de ce roman un véritable page-turner remarquablement bien construit, bien que de façon tout à fait classique et déjà connu, ce qui ne m'a pas gênée du tout. 

L'auteur sait nous toucher avec des mots justes qui nous parlent de l'enfance maltraitée, des difficultés de s'adapter à différentes familles d'accueil, de la confiance jamais totalement retrouvée, et des traumatismes de l'enfance difficiles à oublier.

Un auteur à découvrir donc, pour les amoureux de thrillers, même si ses fans pensent que ce roman n'est pas son meilleur, et s'adresse davantage à des jeunes adultes, j'ai passé un très bon moment de lecture !

...si j'en suis encore au point de me demander comment on devient une famille, en revanche je sais déjà comment en perdre une. Je sais exactement ce qu'il faut pour briser une famille. Et se retrouver privée de ses deux parents...
L'assistante sociale avait raison : une famille ne se construit pas en un jour.
Mais il suffit d'un instant pour la détruire.

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