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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 05:20
Albin Michel, 2020

Albin Michel, 2020

J'aimais les "Livres dont vous êtes le héros". Chaque scène se terminait sur un suspense et il fallait décider de la suite de l'histoire. Tourner à gauche dans le Temple interdit, ou bien à droite ? Prendre le trésor maudit ou passer son chemin ? Dans ces aventures on était toujours maître de la situation...

C'est la première fois que je lis cet auteur dont j'ai pourtant beaucoup entendu parler sur internet par les fans de thrillers. J'ai donc profité des vacances pour la découvrir. 

 

Telly et Sharlah ont appris très jeunes à se débrouiller seuls dans leur vie quotidienne, et à faire face à un père violent et une mère soumise et incapable d'assumer son rôle, tant elle est sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. Mais un soir pas comme les autres, la situation déborde et Telly qui est pourtant un tout jeune garçon de 9 ans, tue son père... puis sa mère.

Après cette terrible soirée, durant laquelle les enfants ont perdu leurs deux parents, ils sont tous deux placés séparément dans des familles d'accueil. Sharlah qui n'avait que 5 ans au moment des faits et qui a eu le bras cassé par son frère, a désormais peur de Telly, tout du moins c'est ce qu'elle déclare alors qu'elle est encore à l'hôpital.  On interdit donc à Telly de s'en approcher.

 

Des années plus tard, alors que Sharlah, 13 ans, va être adoptée par un couple aimant, une série de meurtres ébranle la région. Quel rapport y-t-il entre la tuerie de la station service et le meurtre de la famille d'accueil de Telly ? Tout pousse à croire que Telly, bientôt majeur, est directement impliqué dans cette sombre affaire. Les traumatismes du passé ont-ils refait surface ?

 

Les enquêteurs sont d'autant plus inquiets qu'ils découvrent des photos de sa sœur dans ses affaires, certaines la présentent avec une cible au milieu du front. Ils décident de mettre la fillette à l'abri tandis que la chasse à l'homme s'organise.  

Les parents adoptifs de Sharlah sont sur l'affaire : Pierre Quincy est un ex-profiler du FBI à la retraite, appelé en renfort par le shérif pour l'aider à élucider les crimes. Quant à Rainie, en tant qu'ancienne policière, et mère d'adoption,  sa place est toute trouvée.

Mais comme habituellement dans les thrillers, il ne faut pas se fier aux apparences ! 

J'ai l'impression que je devrais faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
Le passé est un luxe que ne peuvent pas s'offrir les enfants placés. Nous sommes trop occupés à vivre dans l'instant. Si j'ai autrefois eu des pensées au sujet de mes parents, je ne m'y plonge plus. Si j'ai eu des émotions devant le geste de mon frère, je ne les éprouve plus.
Je me demande si Telly avait lui aussi tiré un trait sur le passé. Jusqu'à ce matin...

Une des fausses idées les plus répandues concernant le pistage de fugitif voudrait que ce soient les limiers eux-mêmes qui tombent miraculeusement sur le râble de leur cible. Mais même expérimenté et travaillant en terrain connu, un pisteur comme Cal ne pouvait progresser qu'à un kilomètre à l'heure. Etant donné que le fugitif se déplaçait, lui, à cinq kilomètres à l'heure, Cal et ses coéquipiers n'avaient guère de chance de le rattraper...

Après un début du livre qui nous place aussitôt du côté des enfants maltraités et traumatisés, le lecteur est traversé par le doute, un doute efficace grâce à l'alternance des voix des différents protagonistes, au style fluide et sa façon bien à elle d'amener les différents rebondissements. 

Tout cela fait de ce roman un véritable page-turner remarquablement bien construit, bien que de façon tout à fait classique et déjà connu, ce qui ne m'a pas gênée du tout. 

L'auteur sait nous toucher avec des mots justes qui nous parlent de l'enfance maltraitée, des difficultés de s'adapter à différentes familles d'accueil, de la confiance jamais totalement retrouvée, et des traumatismes de l'enfance difficiles à oublier.

Un auteur à découvrir donc, pour les amoureux de thrillers, même si ses fans pensent que ce roman n'est pas son meilleur, et s'adresse davantage à des jeunes adultes, j'ai passé un très bon moment de lecture !

...si j'en suis encore au point de me demander comment on devient une famille, en revanche je sais déjà comment en perdre une. Je sais exactement ce qu'il faut pour briser une famille. Et se retrouver privée de ses deux parents...
L'assistante sociale avait raison : une famille ne se construit pas en un jour.
Mais il suffit d'un instant pour la détruire.

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 05:20
HarperCollins, 2020

HarperCollins, 2020

Il n'est pas d'accord. Sa mère est douce avec lui. Même s'il s'en défend, il aime encore quand elle le prend dans ses bras pour déposer un baiser sur son front. A côté d'elle, son père est un vrai bourrin, dur au mal, sans une once de romantisme. Ils sont comme la lumière et les ténèbres.

Owen Maker est un homme "transparent" qui mène une vie bien rangée dans une petite ville de l'État de Washington. Pourtant il a vraiment une vie difficile depuis son divorce. Son ex-femme Sally avec qui il partage la maison familiale, scindée désormais en deux parties, lui mène en effet la vie dure. Elle n'accepte pas leur séparation et fait des tentatives de suicide répétées dès qu'il essaie de mener une vie normale. De plus, ses ex-beaux-parents ne cessent de le supplier de revenir vivre avec elle, passant outre ses propres sentiments, et comme il travaille toujours comme vendeur de voiture chez son beau-père, dont il est le vendeur préféré (sous-entendu, car lui rapportant le plus d'argent) cela complique encore les choses. Mais rien ne le fera revenir vivre avec Sally, de ça il en est certain : il supporte de moins en moins sa vie de "captif" et ne désire qu'en changer.

Owen passe souvent de mauvaises  nuits. Il fait de terribles cauchemars qui deviennent de plus en plus effrayants au fil du temps. Ils seraient d'après le neurologue qui le suit, des réminiscences de son passé. Il a en effet été retrouvé grièvement blessé au fond d'un ravin, alors qu'il était un jeune adolescent et ne se souvient de rien, ni de l'accident, ni de son identité ou de sa vie d'avant. Comme personne de sa famille ne s'est jamais manifesté, il n'a jamais cherché à quitter la région, espérant toujours découvrir d'où il vient. 

 

Lorsqu'il rencontre par hasard la jolie Jenna, une jeune policière, il n'en revient pas... et tombe immédiatement amoureux. Mais, alors que cette rencontre lui apporte une lueur d'espoir, tout se complique...

Le FBI et la police découvre des traces de son ADN sur une scène de crime ! Tout semble l'accuser et comme il sort très peu de chez lui, personne ne peut confirmer son alibi. Sa vie devient alors un enfer, car tout le monde en est persuadé, il ne peut être que le terrible tueur en série, recherché depuis des années dans la région, surnommé Twice, parce qu'il enlève toujours deux victimes à la fois, les séquestre, et les viole... avant de les relâcher quand il n'a plus besoin d'elles, quelques jours ou des années après...mortes mais toujours habillées comme le jour de leur disparition.

Vous vous en doutez, Owen ira de surprise en surprise et lui qui voulait tout savoir sur ses origines, en aura pour son argent... mais à quel prix ! 

Un hurlement d'épouvante retentit quelque part dans la maison. Un cri qui se transforme vite en appels au secours. Son cœur martèle ses côtes comme s'il voulait s'échapper de sa cage thoracique. A présent, les cris de détresse se sont mués en suppliques qui la tétanisent et lui font monter les larmes aux yeux. Une sorte d'instinct primaire l'alerte : on n'émet pas ce genre de sons sans avoir une raison viscérale de le faire.

Voilà un thriller psychologique haletant dont la lecture m'a permet de découvrir cet auteur que je n'avais pas encore lu mais dont j'avais beaucoup entendu parler. Dans ce thriller, l'auteur aborde le thème de l'enfance et de ses cicatrices, souvent indélébiles, le thème de l'oubli et de l'émergence parfois inattendu des souvenirs et des traumatismes. Elle plonge dans la psychologie du tueur en série et cherche à comprendre comment et pourquoi il est devenu un psychopathe. A quel moment dans la vie, tout peut déraper et quel choix se présente alors. Le tueur en série, dont elle dresse le portrait, a ses raisons,  ses travers, son propre mode de fonctionnement...

En dehors du tueur en série et d'Owen, le lecteur va croiser toute une série de personnages, surtout féminins et entrer dans leur psychologie...mais il ne faudra pas se fier aux apparences !

En parallèle de l'histoire, le lecteur fait connaissance avec Mary, une des captives de Twice. Elle nous parle de son enlèvement, de ses conditions de séquestration et des violences subies ce qui rajoute à l'horreur de la situation. 

Bon je l'avoue, j'ai deviné très vite certains aspects de l'histoire, mais j'ai passé un très bon moment de lecture parfait pour les vacances. 

 

Un grand merci à Alex qui m'a donné envie de découvrir ce titre et cet auteur. Vous pouvez aller lire son avis ci-dessous...

Une graine pourrie a été plantée dans le cœur de ce garçon. Dans le terreau de sa haine, elle germe, tant et si bien qu'elle ravage tout ce qu'il aurait pu devenir.

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 05:16
La Manufacture de livres, 2016

La Manufacture de livres, 2016

Ici, c'est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l'obscur. Un pays d'argent à trois rochers de gueules, au chef d'azur à trois étoiles d'or.
Ici, c'est le Plateau.

Car aucun homme sain de corps et d'esprit n'est en mesure d'offrir quoi que ce soit à cette terre et, prenant conscience d'une telle évidence, il peut y demeurer, la servir en quelque manière, chevaucher les montagnes, dépenser un bonheur asservi durant le temps d'une existence et puis pourrir dans la vallée.

L'histoire se passe dans un hameau situé sur le plateau de Millevaches.

Il n'existe que quelques maisons éloignées du bourg. 

Là vivent Judith et Virgile, un couple de fermiers âgés. Ils se débrouillent comme ils peuvent depuis que Judith perd la tête. Ils ont dû en particulier se défaire de leur troupeau de vaches, car cela devenait trop compliqué pour Virgile de les traire seul. 

Judith se rend bien compte lors de ses brusques accès de conscience, que rien ne va plus pour eux. En plus, ils n'ont jamais eu d'enfants.

Par contre, ils ont élevé comme si c'était leur fils, Georges, leur neveu devenu orphelin à cinq ans, après que ses parents se soient tués dans un accident de la route. Ils ont fait ce qu'ils ont pu pour l'aimer, lui donner tout ce dont il avait besoin, mais ils n'ont pas compris que devenu ado, il aurait aimé partir loin, préférant ses livres et voir le monde plutôt que de rester là, dans ce hameau, trop proche de ses "fantômes".

D'ailleurs il n'a jamais voulu depuis qu'il est devenu adulte, s'installer dans la maison de ses parents, et il a préféré mettre une caravane sur son terrain.

Les non-dits plombent leurs relations familiales, des non-dits dont le lecteur peu à peu comprendra toute l'ampleur. 

 

A côté de cette famille en souffrance, il y a le nouveau venu au hameau, Karl, qui a beaucoup de choses à cacher de son passé. C'est un ancien boxeur qui est venu se perdre-là pour oublier tout le mal qu'il a fait lorsqu'il était jeune et fougueux.

Mais le piètre équilibre qu'ils sont arrivés à maintenir entre eux, et l'amitié qui s'est nouée entre Karl et Virgile va voler en éclat :  Cory, la nièce de Judith décide de venir passer quelques temps chez eux.

Elle ne sait pas où aller, étant donné qu'ils sont sa seule famille, et elle fuit désespérément un compagnon devenu brutal qui lui a fait vivre l'enfer. Elle arrive toute meurtrie sans prévoir ce qu'elle va provoquer...

 

En effet, la carapace derrière laquelle chacun d'eux  se cachait, va s'effriter peu à peu, devenant chaque jour plus fragile, d'autant plus qu'un mystérieux chasseur les observe de loin à travers la lunette de son fusil, ajoutant encore au suspense.

 

Comme un fils, ou presque. La relation ne coula jamais de source. Chacun demeura toujours à distance respectable, sûrement pour ne pas avoir trop à donner, ni trop à recevoir, et en quelque manière se préserver ainsi de sa propre imposture...

Et désormais, il y a cette femme qui fertilise le granit et grandit les couleurs. La représentation musicale du monde, la sensation de l'entendre, d'en faire enfin partie. Exister ailleurs et autrement que par la terre qu'il cultive. Ensemencer autre chose qu'un champ ingrat. S'émerveiller du jour qui se lève. Passer de la folie au courage sans y perdre son âme.

Voilà un roman que j'ai lu juste avant le confinement et qu'il était temps que je vous présente. Il me fait entrer pour la seconde fois dans le monde de Franck Bouysse, dont j'ai lu dernièrement le magnifique roman, "Né d'aucune femme". 

 

Dans "Plateau", l'auteur nous fait vivre dans une ambiance de campagne encore une fois particulière. Les êtres sont rudes, taiseux, mais généreux et capables d'écouter leurs prochains, de comprendre et d'accepter leurs différences.

Il y a des passages succulents, comme par exemple, les dialogues entre Virgile, qui est un véritable mécréant, et Karl qui ne jure que par Dieu. 

J'ai aimé et trouvé très émouvantes, les rares rencontres entre Georges et son oncle Virgile. La colère de l'un face à la vie, et la sagesse de l'autre qui jusqu'au bout ne lui dira rien de ce qu'il a juré de ne jamais lui révéler,  nous offrent des temps très forts de lecture. 

 

La nature est superbement envoûtante et l'auteur nous la décrit avec beaucoup de poésie. Mais la vie quotidienne des hommes est dure et faite d'un éreintant labeur quotidien.

L'auteur sait particulièrement bien nous faire entrer dans cette histoire de famille addictive, emplie à la fois de folie et de tragédie, et peuplée de personnages terriblement humains et authentiques.  

J'ai aimé son écriture à la fois simple et recherchée, et l'usage qu'il fait de notre belle langue française.

Il est certes une vérité humaine qui promet son lot de chagrins à chaque génération, s'ajoutant aux malheurs accumulés par les générations anciennes. Il y a l'ordre des choses et il y a les rafales imprévisibles qui balaient nos vies...

Le vent serpente sous des ardoises cassées par la grêle, entre les bardeaux grillagés d'un antique séchoir à maïs, ricoche sur les accroches en porcelaine qui relient des fils électriques, flagelle la façade en pierres de la maison, fait battre un volet, et s'en va...

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 05:17
Michel Lafon, 2019

Michel Lafon, 2019

La nuit fut chargée d'une armée de mauvais rêves qui se déversèrent sur Avalone et les communes avoisinantes. Les souvenirs avaient été ravivés, comme autant de croque-mitaines sortant des placards et de sous les lits.

Voilà longtemps que je voulais découvrir la plume d'Olivier Norek. 

Et bien entendu, ces derniers temps la lecture d'un polar me tentait...alors dans ma pile en attente, c'est celui-ci que j'ai choisi pour passer un bon moment de lecture. 

Les vieilles bâtisses vivent. Qu'elles soient immergés ou non, elles parlent la nuit, grincent, frottent, se contractent ou se dilatent. Sous l'eau, le son se ressent plus qu'il ne s'entend...
Si les pierres des murs avaient un message à transmettre à Hugo, une alerte ou une mise en garde, il était prêt à l'entendre. Il s'assit donc simplement sur l'un des fauteuils de la salle de réunion aquatique, ferma les yeux, respira le plus doucement possible et tendit l'oreille. Par son silence, la maison l'invita à poursuivre...

Le polar démarre tragiquement par une fusillade d'une rare violence durant laquelle Noémie Chastain, capitaine à la PJ de Paris, est gravement blessée à la tête. Elle se retrouve défigurée pour toujours.

Adriel, son ami du moment, la délaisse ne pouvant supporter son nouveau visage mais heureusement les quelques amis restants cherchent à l'aider à franchir le cap de sa convalescence du mieux possible et à se reconstruire. 

Lorsqu'elle veut reprendre son travail, elle découvre que même son chef désire l'écarter du service. Elle n'est pas dupe : tous les jours elle rappellera désormais à son équipe les risques du métier.

 

Là voilà détachée pour un mois à Decazeville, un commissariat où il ne se passe jamais rien et qui a en charge plusieurs communes limitrophes. Elle est censée justifier par sa présence et le rapport qu'elle doit faire, la fermeture du service. 

Là-bas, elle est accueillie avec curiosité mais comme une héroïne, tout le monde bien entendu ayant eu vent de son histoire tragique. Mais elle doit apprendre à vivre et à mener une nouvelle équipe dont elle ne sait rien, alors qu'elle nage elle-même en plein doute. 

Alors qu'elle pensait vivre un mois tranquille, rien ne se passera comme prévu vous vous en doutez !

 

Contre toute attente, le corps d'un enfant disparu depuis plus de 25 ans est découvert par un pêcheur, flottant dans un fût remonté mystérieusement en surface.

Sous les eaux du lac, les ruines de l'ancien village, submergé lors de la mise en eau du barrage, ont bien des secrets à révéler...dont personne ici, ne veut. 

Nos expressions faciales ne nous sont d'aucune utilité personnelle, ce ne sont que des informations que nous affichons pour qui veut nous comprendre...

Chacun réagit comme il peut, plus ou moins bien, avec plus ou moins de classe, de surprise, de malaise ou de franc dégoût. Une moitié de son visage avait marché sur une mine, c'était son problème et pas celui des autres. Elle ne pouvait pas demander à tous ceux qu'elle croisait de décrocher un prix d'interprétation.

Voici un polar très prenant que j'ai eu un immense plaisir à découvrir. Dès les premières lignes, le lecteur est happé par l'histoire et n'a qu'un désir, ne pas être dérangé pour poursuivre sa lecture. ça tombe bien en ce moment ! 

 

La plume de l'auteur y est pour beaucoup bien entendu. Des chapitres courts, des descriptions réalistes, une étude psychologique très fine des personnages...tout cela n'est que prétexte à nous parler de nos sociétés, de la lâcheté des hommes, de la difficulté à se reconstruire après un drame, tel que le vit Noémie, mais aussi tels que le vivent les parents des enfants disparus.

 

Noémie est un personnage féminin très fort qui nous touche beaucoup. Forcément le lecteur éprouve immédiatement de l'empathie pour elle. Tout est dit sur sa souffrance psychologique, sa difficulté à s'accepter telle qu'elle est devenue, l'impossibilité de s'aimer et donc de s'ouvrir aux autres.

L'auteur choisit de la décrire avec ses forces et ses faiblesses, son cynisme et sa capacité d'auto dérision, son agressivité protectrice...mais tout cela ne nous la rend que davantage sympathique au fil des pages. 

 

Un auteur à découvrir absolument, si vous aimez les polars ! 

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 06:19
Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche, 2017

Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche, 2017

Il s'était fait le serment des cinq étoiles. Celui de leur maître à tous, le grand Gengis Khan, à la veille de traverser le fleuve jaune pour attaquer la ville tangoute de Lingzhou. Il avait vu s'aligner dans le ciel du dernier bivouac cinq astres célestes et avait pris ce signe pour un avertissement. Pour conjurer ce mauvais sort annoncé, il avait alors fait une promesse aux esprits. Ne plus tuer aveuglément et n'ôter la vie qu'à ceux qui prendraient les armes contre lui...

Voici le troisième et dernier opus de la série dont le héros principal, Yeruldegger, est un commissaire d'Oulan-Bator. Vous pouvez lire les chroniques précédentes ICI (1) et ICI (2), si le coeur vous en dit.

Les trois tomes sont désormais parus en poche et cette trilogie peut donc être un joli cadeau de noël pour les amateurs du genre. 

 

Le lecteur le retrouve fatigué et usé par sa lutte incessante contre le crime. Il a quitté Oulan-Bator pour se retirer dans la steppe et méditer. Pour cela, il a planté sa yourte au cœur du désert de Gobi où il tente d'oublier la belle Solongo qu'il aime tant mais si maladroitement.  

Mais décidément le destin encore une fois en a décidé autrement.

Il avait décidé de tourner le dos à son passé de flic, mais sa tranquillité sera de courte durée : le voilà sollicité pour résoudre plusieurs affaires intrigantes qui se déroulent près de chez lui.

D'abord, il y a Tsetseg venue lui demander de l'aider à retrouver sa fille disparue depuis plusieurs mois à présent.

Puis Odval, qui vient de découvrir que son amant, un géologue travaillant pour le BRGM français, vient d'être assassiné, et sa yourte entièrement détruite.

Enfin, il y a le jeune Ganbold qui a découvert un charnier au coeur de la steppe...

 

Mais ce n'est que le début !

En effet, les morts s'accumulent non seulement en Mongolie mais aussi à l'étranger.  L'intrigue part dans différentes directions et s'expatrie jusqu'à New York, au Québec, en France et en Australie. Bien évidemment, les différents événements sont comme d'habitude, reliés entre eux, vous vous en doutez...

 

Bien qu'il ne veuille pas s'engager, et désire avant tout se tenir éloigné de ces crimes, Yeruldegger va se retrouver en plein cœur d'une révolte mongole contre les compagnies minières locales...et se mettre à la poursuite d'une superbe femme fatale, Madame Sue, qui règne d'une main de maître sur des entreprises internationales plus que mafieuses, et arrive à corrompre tout un pays, au détriment bien entendu des populations locales, ce que notre héros, vous le savez bien, ne peut laisser faire.

Il reçut la vision de cette vallée détruite comme une agression, et la confirmation de ce qui distillait depuis longtemps une longue tristesse en lui. Rien se servait décidément plus à rien...
Rien ne repousserait plus sur ces herbes stériles, écrasées sous les remblais, brûlées par les acides et lessivées par les ruissellements. Plus aucun troupeau ne viendrait y pâturer. Des chevaux sauvages s'y briseraient les antérieurs, les yeux fous de panique, en trébuchant dans les trous d'eau sous les orages. Et les loups écœurés n'oseraient même plus dévorer leurs carcasses encore vivantes, effrayés par la cruauté des hommes envers leur propre territoire...

Encore une fois Ian Manook nous enchante par la beauté et la poésie qui se dégagent de ses descriptions des grands espaces et des coutumes de ce pays fascinant qu'est la Mongolie. Un pays qui aujourd'hui a du mal à préserver ses traditions face à la modernité qui l'envahit et attire de plus en plus les jeunes générations.

Mais cette modernité n'a pas que du bon et implique, en même temps que le capitalisme et le pouvoir de l'argent, l'entrée du pays dans des magouilles mafieuses impliquant les politiques les plus haut placés.

 

Le roman nous fait sombrer dans le réalisme, l'actualité,  où la noirceur et la violence, comme dans ces précédents opus, peuvent choquer par moment le lecteur. 

Personnellement quelques rares longueurs ont entaché mon plaisir de lire.

Comme l'indique le titre, l'amour et le sexe sont très présents dans cet opus où l'amour et la mort se côtoient. La "mort nomade", faisant référence à l'amour nomade, c'est-à dire à la tradition qui prévaut dans la steppe de profiter des rencontres fortuites sans arrière pensée. 

 

Voilà donc un roman noir, très noir, parfaitement rythmé et qui sait nous offrir aussi quelques passages emplis d'humour. Son côté écolo rappelle à quel point la nature a été là-bas comme ici, ravagée par l'industrie, pourtant pourvoyeuse de travail. 

 

L'émotion est au rendez-vous car s'il arrive encore à résoudre les affaires et à arrêter les méchants dont on connait assez vite l'identité, Yeruldelgger cette fois, va devoir affronter de nombreuses pertes et laisser derrière lui tout ce qu'il aimait le plus, mais chut...je ne vais pas vous en dire plus !

 

C'est la fin de la trilogie et même si ce roman-ci est d'après moi nettement en-dessous des deux précédents opus, je ne regrette pas de l'avoir lu car il clôt la série par une fin ouverte, qui laisse au lecteur la possibilité d'imaginer une suite possible...

Les Occidentaux se rattachent aux morts, mais nous, nous nous rattachons au monde. Ils sont dans le culte du souvenir, nous dans celui de l'oubli. Le but de la mort nomade, c'est d'oublier le mort jusqu'à l'endroit même où on l'a laissé. Pour ne vivre qu'avec son esprit, toujours, partout, où qu'on soit...

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 06:21
Albin Michel, 2015 /Le Livre de Poche, 2016

Albin Michel, 2015 /Le Livre de Poche, 2016

Les moines du Septième Monastère de Shaolin étaient des légendes vivantes. Ceux qui en connaissaient l'existence les redoutaient. Ceux qui les rencontraient étaient terrifiés de la puissance physique et morale qu'ils représentaient. Leurs combats étaient toujours justes et ils ne faisaient d'exception à cette règle que pour défendre l'un des leurs, quitte à le punir eux-mêmes par la suite, de façon toujours plus sévère et plus impitoyable que ne l'aurait fait la justice.

Voici la suite des aventures d'Yeruldelgger dont le premier opus est présenté ICI !

 

L'hiver est rude dans les steppes glacées, et le pays est victime pour la troisième année consécutive du malheur blanc, le terrible dzüüd qui fait suite à des étés courts et caniculaires, et vitrifie la steppe prise entre blizzard et brouillard. 

La Mongolie est à l'abandon et considérablement appauvrie durant cette période post-soviétique.

Les villes sont polluées, les habitants s'enfoncent dans la pauvreté, et la corruption est partout. Le lecteur découvrira au cours de sa lecture, Krosnokamensk, une de ces villes à la dérive, connue pour ses mines d'uranium à ciel ouvert, ses quartiers emplis d'ouvriers mongols désœuvrés, où traînent de vieux nomades imbibés de vodka. Et Mardaï, surnommée la ville secrète, car elle ne figurait encore sur aucune carte quinze ans après le départ des soviétiques.

- On ne tue pas trois bidasses parce qu'ils ont volé un yack.
- On les a éliminés pour que leurs petites conneries n'attirent pas l'attention sur des conneries bien plus grosses.

Et nulle part, comme il l'avait tant espéré, un signe de Nerguii, son maître à penser du Septième Monastère.
- Il m'abandonne. Il me laisse à mes colères et ne viendra pas à mon aide. Cette fois il veut que je m'affronte. Je vais devoir descendre plus bas que moi-même et je ne suis pas certain d'en avoir la force. Mon âme n'est plus en harmonie avec l'âme de ce pays. En s'effritant, il m'érode. Il m'use. Ce que je perds en force d'âme, je vais devoir le gagner en colère. C'est ce qu'il veut me pousser à apprendre. C'est le message de son silence...

 

L'inspecteur Oyun est appelée sur une scène de crime. Un yack gît, le corps complètement glacé sur un mystérieux cavalier et son cheval. Gourian, un militaire du coin est chargé de l'accompagner. Elle va succomber à ses charmes, elle qui s'était promis de ne plus jamais laisser un homme s'approcher d'elle.
 

Pendant ce temps, ailleurs, au milieu de la steppe glacée,  dans un lieu protégée du massif de l'Otgonrenger, Yeruldelgger accompagne un passionné de rapaces, le "professeur" Boyardjian, toujours suivi  par Grandgousier, son yack apprivoisé qui accourt dès qu'il le siffle. Le "professeur" ne manque pas d'imagination et donne le nom d'auteurs français du siècle des Lumières, Voltaire, Diderot Montesquieu... à ces gypaètes ! Il a aussi créé un musée dédié à la faune et la flore de la région. En observant les oiseaux à la jumelle, tous deux découvrent un corps suspendu à la falaise.

 

Yeruldelgger est commissaire à la Criminelle d'Oulan-Bator, en Mongolie. Comme toujours, les ennuis pleuvent sur lui. Il se fait arrêter, et accuser du meurtre de son indic, une femme qu'on le soupçonne d'avoir également pris pour maîtresse. Il sera heureusement assez vite relâché. Mais qui a organisé cette arrestation ? Est-il victime d'un complot ?

Lui s'inquiète plutôt de la disparition du gamin de la victime. Elle l'avait adopté pour le sortir de la rue. En même temps que lui, un autre enfant a disparu : c'est Gantulga que le commissaire connait bien puisqu'il l'a en quelque sorte adopté lui-aussi, en le confiant à un monastère Shaolin.

 

Son enquête va le mener à la frontière russe et jusqu'en Europe, en France, au Havre exactement, sur la piste d'enfants disparus...piste suivie aussi par Zarzavadjian, un inspecteur arménien, qui découvre que les gamins sont séquestrés dans des containers. Zarza, qui apparaît dans la série pour la première fois ainsi que Soulzic, le journaliste trop curieux, a lui-aussi, comme Yeruldelgger, été mis de côté parce qu'il dérangeait. Il travaille aujourd'hui dans l'inspection des gares, des trains et donc des containers...

Mon avis...

 

Malgré le plaisir que j'ai eu à lire ce thriller, j'ai trouvé l'intrigue un peu plus embrouillée que dans le premier tome, comme vous vous en doutez les trois enquêtes vont se recouper. Il faut impérativement à mon avis, lire ce roman sans grandes interruptions sous peine de se perdre dans les lieux et les machinations. 

Heureusement que l'on connaît bien les personnages puisqu'on les a presque tous déjà rencontrés dans le premier opus. Le lecteur retrouve en effet, des personnages récurrents dans la série aux côtés de l'inspectrice Oyun. Il y a Gantulga, un des gamins rescapé du conteneur ; Solongo, le médecin légiste, amoureuse de Yeruldelgger ;  et surtout celui dont tout le monde a peur, et qui est recherché par tous car il représente la clé de tous les meurtres et trafics... Erdenbat. 

Même si on les connait déjà, ils font tous l'objet d'un portrait psychologique remarquablement bien brossé. 

 

J'ai trouvé que certains passages étaient très durs à lire, comme par exemple, les scènes de torture et les attaques dans les steppes glacées.

L'ambiance de ce roman noir est vraiment pétrifiante. Les morts dans ces étendues glacées n'ont rien de douces...

A la peur qui habite les hommes, s'ajoute la présence des loups qui protègent mystérieusement Yeruldelgger de ses ennemis.

Il y a aussi tous ces militaires qui survolent les lieux en hélicoptère pour parvenir à réaliser leur sombre trafic et n'hésitent pas à se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. Oyun en paiera le prix. 

 

Ce qui est intéressant, et là on sent bien que l'auteur est un journaliste passionné, c'est que se mêlent dans le roman, problèmes contemporains, coutumes ancestrales (j'ai adoré toutes ces références au peuple mongol), descriptions fabuleuses des paysages, et bien entendu grand intérêt pour des personnages pétris d'humanité et des ennemis totalement pourris, cruels et prêts à tout pour survivre..

Un auteur à découvrir pour les fans de thrillers ! 

Rien de ce qu'il venait de faire ne ressemblait à l'homme qu'il avait été. C'est à eux qu'il ressemblait maintenant. Il était devenu comme eux. Pire peut-être.
Mais il devait bien ça à Colette.

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19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 05:18
Albin Michel, 2013/ Le Livre de poche, 2015

Albin Michel, 2013/ Le Livre de poche, 2015

Il ne ressentait absolument aucune peur. Ni de l'immensité enivrante qui l'entourait, ni des animaux sauvages qui peuplaient ces bois préservés, ni de la nuit ou du froid qui pouvaient le rattraper. Il n'éprouvait qu'une grande sérénité à être là, enfin seul, ignoré de tous...

Oyun se demandait pourquoi sa belle Mongolie semblait aussi délabrée. Partout, quand elle traversait les banlieues et les villages, elle ressentait cette expression étrange d'un abandon résigné. Comme si le quotidien des gens, dans ce pays immense et magnifique, s'étriquait dans un présent rabougri avec pour seule ambition de survivre aux jours qui passent. Elle ne savait pas dire si le pays de l'intérieur était un chantier à l'abandon, ou une construction en décomposition.

En quelques jours au monastère, il avait perdu la colère et retrouvé la force. On n'apprend pas seul et l'adversaire aussi est un partenaire. Sa force fait la nôtre, cette force qui détruit ce que la colère ne fait qu'emporter...

Depuis le temps que j'avais noté le nom de cette trilogie dans mon carnet de lecture, il était temps que je me décide à la découvrir...

 

Yeruldelgger, notre personnage principal est commissaire à la criminelle de Oulan-Bator. Alors qu'il est déjà sur une enquête particulièrement horrible impliquant le meurtre de trois industriels chinois, Mickey, le directeur de la police judiciaire, l'envoie à l'autre bout du pays dans les steppes du Kentii.

Yeruldelgger en revient bouleversé. En effet, la découverte d'une toute petite fille enterrée dans la steppe, avec son tricycle, l'a rendu fou de colère (et de tristesse masquée)  car cela lui rappelle la mort de sa petite Kushi, une mort qui le hante toujours cinq ans après, car elle n'a jamais été élucidée. 

Depuis rien ne va plus pour lui, sa femme est à la limite de la folie, Saraa, sa fille aînée le déteste lui reprochant ce qui est arrivé. Sa petite Kushi a en effet été kidnappée pour faire pression sur lui et l'obliger à lâcher une affaire de corruption, ce qu'il n'a pas voulu faire.

C'est donc un homme intègre mais brisé que nous découvrons...et empli de colère.

 

Mais Yerulgelgger est bien décidé à ne pas se laisser faire et même si les Chinois veulent accaparer l'affaire, bien entendu pour l'étouffer, lui ne veut rien laisser au hasard d'autant plus qu'il découvre très vite que les deux affaires sont liées et que quelqu'un de son équipe est impliqué. 

Heureusement Oyun son équipière lui offre son soutien sans faille, et Solongo le médecin légiste, bien plus encore. 

Mais il va falloir que Yeruldelgger renoue avec les traditions de son pays et le monastère où il a passé ses meilleures années pour qu'il retrouve un peu de son équilibre et de sa force, car les deux enquêtes convergent vers un personnage hautement puissant et dangereux, qui n'est autre que son propre beau-père... et ce que Yeruldelgger va découvrir à ce sujet, fait froid dans le dos.

C'est un thriller très prenant, souvent sombre, classique dans sa mise en forme mais terriblement réaliste. Heureusement car ce premier tome est un pavé de 542 pages !

A noter : ce thriller a reçu une douzaine de prix. Il a été le polar le plus primé de l'année 2014...

 

Les personnages font l'objet d'une minutieuse description psychologique et les méchants sont de vrais méchants qui ne nous déçoivent pas et ils sont même capables de perpétrer de parfaites horreurs.

Vous êtes prévenus !

Certains passages sont assez violents d'ailleurs certaines personnes d'après les critiques lues sur internet, n'ont pas supporté et ont abandonné la lecture dès la scène, particulièrement réaliste, qui se passe dans les tunnels de la ville. 

 

Mais moi qui pourtant n'aime pas la violence, ce n'est pas ce qui m'a le plus marqué lors de ma lecture, c'est l'ambiance qui m'a conquise.

Le cadre, les paysages, les traditions vous emmèneront au cœur de la Mongolie du début du XXIe siècle, avec ses contradictions, sa corruption et le contraste surprenant entre tradition et modernité. 

Vous entrerez dans la Yourte en n'oubliant pas d'enjamber le seuil avec le pied droit. Puis vous vous arrêterez un instant du côté gauche, réservé aux invités en attendant qu'on vous propose d'entrer plus avant. 

Vous dégusterez les plats typiques de là-bas et apprendrez même à les cuisiner et à les manger dans la plus pure tradition. 

Vous découvrirez aussi la vie moderne qui a obligé des milliers de famille à quitter le mode de vie nomade, pour s'entasser à la périphérie des villes dans leur yourte certes, mais dans un cadre de vie tellement éloigné de leurs habitudes que c'est d'une grande tristesse de les savoir là... 

Vous serez horrifiés de voir à quel point les chinois et les coréens se sont peu à peu accaparés toutes les richesses du pays, même si ce n'est pas l'essentiel du sujet. 

L'immersion dans ce décor fabuleux participe donc à l'ambiance de cette lecture...

 

A noter l'auteur aime bien les fins car il a choisi comme titre des chapitres... leur dernière phrase, tout comme il a choisi de prendre son véritable nom par la fin ( Manoukian) pour choisir son pseudo.

 

Je vous propose de découvrir les chroniques d'Hélène et de Yves qui eux l'avaient lu en...2013 !

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 05:28
Métaillé, 2015

Métaillé, 2015

Le blizzard faisait rage sur le glacier.
Il ne voyait rien devant lui, parvenait tout juste à distinguer la boussole au creux de sa main. Même s'il l'avait voulu, impossible de faire demi-tour. La tempête lui cinglait le visage, criblant sa peu de flocons durs et froids venus de toutes les directions. Une épaisse croûte de neige s'était formée sur ses vêtements et, à chaque pas, ils s'enfonçaient jusqu'aux genoux. Il avait perdu toute notion du temps...

En 1945, avant de s'écraser à la surface du plus grand glacier d'Islande, le Vatnajökull, les hommes présents dans le bombardier allemand ont juste le temps d'apercevoir une ferme en contrebas et deux hommes en train de les observer. Persuadés qu'ils sont tout à côté, l'un d'entre eux, le plus gradé, décide de rejoindre la ferme, malgré la violente tempête de neige et le blizzard qui en peu de temps, ensevelit l'avion et le fait disparaître à tout jamais. Il a menotté à son poignet une mallette métallique, et porte dans sa main une boussole. Il n'arrivera jamais à la ferme et les secours ne parviendront que plusieurs jours après sur les lieux et se retrouveront dans l'incapacité de retrouver la moindre trace de l'appareil.

 

Les années suivantes, plusieurs campagnes seront menées pour tenter de retrouver le bombardier disparu, comme avalé par le glacier. Pour ne pas alarmer les islandais, elles auront lieu dans le plus grand secret, et sous des prétextes divers. 

 

En 1999, grâce aux nouveaux moyens de prospection, par photos satellites, et grâce aussi à la fonte du glacier, un morceau de carlingue est repéré. Aussitôt des soldats de la force spéciale d'intervention de l'armée américaine sont déployés sur les lieux, dans le plus grand secret, prétextant auprès du gouvernement islandais qu'il ne s'agit que d'un simple entrainement.

Pendant cette mission ultra secrète, au mépris de toutes  les règles politiques internationales en vigueur, ils doivent dégager puis démonter la carlingue à toute vitesse, et sans toucher à rien de ce qui se trouve à l'intérieur, héliporter les restes jusqu'à la base militaire de Keflavik. Tous sont sous les ordres de Ratoff, un américain "cinglé" et particulièrement sadique.

 

C'est alors que deux jeunes randonneurs, appartenant à un groupe de secouristes de Reykjavík,  s'approchent trop près des lieux, ils vont être immédiatement torturés et jetés pour morts au fond d'une crevasse. L'un d'entre eux a eu le temps, juste avant d'être capturé par les soldats, d'informer Kristin, sa sœur, une avocate sans histoire, de sa surprenante découverte et de la présence de nombreux soldats installés sur le glacier...

Celle-ci folle d'inquiétude, va chercher à en savoir plus : son frère ne répond plus au téléphone ! De plus, elle apprend que celui-ci n'est pas revenu à la base. Elle va réussir à se faire aider et à en apprendre davantage sur cet avion mystérieusement inconnu de tous les islandais...

Que contenait-il ? Des documents secrets ? De la drogue ?Des lingots d'or ?

En même temps que Kristin, le lecteur imagine tous les possibles au fur et à mesure des découvertes, des indices, des recoupements...

 

Bravant le danger, Kristin va tout faire pour se rendre sur les lieux, se jeter dans la gueule du loup si je puis dire, mais gagner le glacier ne sera pas de tout repos pour elle...

Ayant achevé sa lecture, il resta planté au milieu de la tente, abasourdi, enveloppant d'un regard vide les documents, la mallette, les passeports et le journal du pilote. Il lui fallu un long moment pour saisir toutes les implications et les replacer dans le contexte de ce qu'il savait déjà. Il examina à nouveau les signatures, passa en revue tous les noms mentionnés. Ils lui étaient très familiers...

L'Histoire n'est qu'un tissu de mensonges_nous le savons bien, vous et moi. Il y a eu tant de dissimulations, tant de choses inventées de toutes pièces ; nous avons dit la vérité sur des mensonges, et menti sur la vérité, enlevé telle chose pour la remplacer par telle autre. C'est notre job. Vous m'avez dit un jour que l'histoire de l'humanité n'était rien d'autre qu'une succession de crimes et de malheurs. Et bien, c'est aussi une succession de mensonges savamment construits.

Ce roman fait partie des premiers écrits de l'auteur (son troisième je crois, paru en Islande en 1999 et édité en France en 2015). Il présente donc quelques maladresses, mais il est riche en rebondissements.

L'auteur réinvente la Grande Histoire à sa façon, tout en nous faisant plonger dans certains éléments réels de la vie quotidienne des islandais. Il montre bien les contradictions des islandais qui se sentent sécurisés par la présence de l'armée américaine, tout en ne voulant pas des soldats sur leur territoire. Il montre aussi à quel point le comportement des jeunes femmes lors de ce que les habitants appelaient "la situation", provoque encore de vives réactions parmi la population, des années après la fin de la guerre. 

Les américains n'ont pas non plus le beau rôle. 

Kristin est un personnage attachant qui porte un amour démesuré à son petit frère dont elle s'est beaucoup occupée en étant jeune et dont elle se sent responsable depuis la mort de ses parents. Elle est tenace et intelligente, entourée par un panel de personnages et d'amis qui vont l'aider (et en payer les conséquences pour certains). Bien entendu il y a quelques raccourcis un peu faciles, comme le fait qu'elle arrive à dévier les tueurs partis sur ses traces  mais, nous sommes dans une fiction n'est-ce-pas ?! 

 

Même si la fin que je ne vous raconterai pas, peut vous surprendre, le suspense est au rendez-vous et vous n'aurez qu'une envie en commençant votre lecture, ce sera de connaître le secret enfoui depuis tant d'années au cœur de ce désert glacé. 

Bien entendu, des indices seront semés sur votre route et des vérités historiques que l'on pensait acquises pour toujours, seront remises en question de manière inquiétante...La théorie du complot n'est pas loin ! 

Encore un thriller à dévorer en vacances où le temps d'un week-end pluvieux, si vous aimez l'ambiance nordique de cet auteur islandais. Et, si vous n'avez pas le courage de le lire, vous pouvez désormais l'écouter, puisqu'il existe en livre audio. 

Bonne lecture ! 

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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 05:24
Sonatine, 2015

Sonatine, 2015

Franck et Antoine, écrivait-il [le professeur], vivent une relation exclusive qui rend impossible toute idée de séparation. Ils se sont fondus en un individu unique, même s'ils continuent à s'affranchir l'un de l'autre. Pour le moment ce que désire l'un, l'autre le voudra...

La jeune Elodie Favereau est retrouvée morte chez elle dans son appartement de Boulogne-Billancourt, sauvagement assassinée. Ce sont les voisins qui ont donné l'alerte. L'enquête est facile pour le commissaire Robert Laforge, dépêché sur les lieux, trop facile. L'assassin a laissé tombé sa capuche devant une vidéo de surveillance, alors qu'il s'apprêtait à se débarrasser d'une hache_l'objet du crime_ dans une bouche d'égout du quartier. Il est bien entendu rapidement identifié : il s'agit du fiancé de la jeune fille, Antoine Deloye. 

 

Très vite, il va être placé en garde à vue et interrogé par Laforge, connu pour sa compétence et son professionnalisme. Mais le jeune homme clame haut et fort son innocence !

C'est alors qu'Etienne Brunet, l'adjoint du commissaire, découvre qu'Antoine a une copie conforme : son frère jumeau... Ce sont en effet des jumeaux homozygotes que rien ne peut différencier, ni leur aspect, ni leur ADN, ni même leurs empreintes digitales car ils souffrent tous deux d'une maladie génétique rare et ils sont nés, sans...

 

De plus, tous deux connaissaient la jeune fille (et couchaient peut-être avec elle), et tous deux ont le même alibi : ils disent avoir passé la soirée avec un ami, qui lui même, une fois questionné avoue ne plus être sûr du tout de savoir avec lequel des deux il était...

 

Les enquêteurs perdent patience quand Antoine se met à accuser son frère jumeau...et vice versa ! Forcément pour le commissaire et son équipe, il y en a un qui ment.

Lequel des deux est le véritable bourreau ?

 

Evidemment je ne vous dirai rien de plus, juste que ce sera un bon casse-tête pour les enquêteurs...et pour nous lecteur.

C'est un thriller troublant qui se lit très vite, parfait pour des vacances ou un week-end d'automne pluvieux. L'auteur, que j'avais découvert et apprécié en lisant "Hortense", présenté ICI, nous fait encore une fois entrer dans son univers empli de personnes troubles et malfaisantes.

 

Le suspense est bien présent et la vérité est révélée à la toute fin du roman (même si je l'avais deviné avant, je l'avoue). Mais ce n'est pas le crime en lui-même, ni le déroulement de l'histoire qui est important avec Jacques Expert : c'est la psychologie des personnages et la façon dont il nous tient en haleine...

 

Ici encore, on retrouve une voix off qui nous raconte la venue au monde, puis l'enfance de ces deux jumeaux bien particuliers. La fin est ouverte et donne à penser qu'il y aura une suite mais non, en fait ce sera à nous de l'imaginer.

Un roman parfait pour passer un bon moment...L'automne est là et les jours raccourcissent, profitez-en bien ! 

 

Séparément, leurs enfants étaient des anges. Ensemble, ils devaient se l’avouer, ils prenaient des allures de démons.

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 05:21
Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche 2017

Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche 2017

La glace formait un épais verre noir à la surface de l'eau. Des bulles d'air gelées y couraient comme des colliers de perles brisées. Les fentes ressemblaient à du papier de soie froissé.
...
Le silence était irréel.

Ici, il n'y a presque plus de jeunes. Rien que nous autres, les vieux. Les enfants sont en ville, ou au sud de la Suède. Ils se disputent pour savoir qui va devoir entretenir la maison de famille dont ils ont hérité. Ils ne se donnent pas la peine de la vendre, et ne viennent jamais au village, même pas l'été. Les maisons s'écroulent.

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le corps d'une jeune fille est retrouvée dans la rivière. C'est Wilma ! Elle et son copain Simon ont mystérieusement disparu à l'automne précédent. Ils étaient partis plonger, mais personne ne savait où exactement. Et ils ne sont jamais rentrés chez eux. 

 

L'autopsie révèle que la jeune femme a été déplacée car l'eau contenue dans ses poumons ne provient pas de la rivière. 

Peu de temps après le mystère s'épaissit encore, car sa voiture est retrouvée dans la forêt, mais avec trop peu d'essence pour retourner à la ville.

 

Où peuvent être allés plonger les deux jeunes gens ?

Que cherchaient-ils ?

D'où proviennent les traces de peinture verte retrouvée sous les ongles de Wilma ? 

 

Les enquêteurs vont minutieusement éplucher les indices mis à leur disposition... 

La substitut du procureur de Kiruna,  Rebecka Martisson, et les inspecteurs Sven-Erik Stalnacke, Fred Olsson et Tommas Rantakyrö, sous les ordres d'Anna-Maria Mella, vont enquêter sans relâche, malgré la mauvaise ambiance qui règne au cœur de l'équipe.

Les enquêteurs vont être obligés de remonter le temps... d'éplucher l'histoire de ce petit coin d'apparence tranquille, et de mettre à jour certains événements de la dernière guerre mondiale que tout le monde voudrait bien oublier et effacer. Il est question alors de la collaboration de la Suède, soit disant neutre, avec l'Allemagne nazie, de trahisons et de la mystérieuse disparition d'un avion allemand, jamais arrivé à destination...

Rebecka court en suivant la trace du scooter sur la rivière. C'est comme une bande de glace luisante sur la neige meuble. Elle est un jeune élan aux pattes tremblantes. Le loup est tout proche. Ses membres sont épuisés d'avoir pataugé dans la neige profonde. Elle peine à se maintenir sur la trace...

Dans ce thriller, le froid, les tempêtes, les longues nuits du nord sont propices à créer une ambiance glaciale qui ajoute au mystère.  

Encore une fois l'auteur me surprend par la finesse de ses analyses psychologiques. Chaque personnage est étudié dans les moindres recoins de son âme, ses faiblesses comme ses forces, et son cheminement au cours de l'enquête.

 

Cette fois, la construction est différente et originale car l'auteur donne la parole à sa jeune victime. C'est Wilma qui nous raconte en effet sa propre mort, au tout début du roman, sans pour autant nous dévoiler l'identité de ses bourreaux.

Ainsi le lecteur en sait davantage que les enquêteurs et le décalage est intéressant, car cette construction est très efficace pour nous tenir en haleine.

Wilma, morte, s'amuse ensuite à rendre visite à d'autres personnes, comme par exemple son arrière-grand-mère qu'elle soutient dans son chagrin...mais elle sème aussi quelques indices chez les autres. 

Difficile de vous en dire davantage sans dévoiler l'intrigue. 

Même si j'ai deviné en cours de lecture qui pouvait être responsable de ces crimes, puisque certaines personnes qui risquaient de trop parler sont à leur tour assassinées, les motivations nous échappent jusqu'au dénouement final.

 

Je me pose sur le ponton à côté de Hjalmar. Il a treize ans et sa joue est écarlate. Les larmes coulent le long de son visage, alors qu'il se dit qu'il ne va pas pleurer. Puis vient la colère. Elle le saisit avec une telle violence qu'il en tremble...
La colère en lui pèse comme du fer. Il se lève en titubant presque...

 

Après "Horreur boréale" (que je n'ai pas encore lu), "Le sang versé"(idem) et "La piste noire" que je vous ai présenté sur le blog..."Tant que dure ta colère" poursuit la série de Rebecka Martinsson.

Il précède "En sacrifice à Moloch"présenté aussi sur le blog qui m'a permis de connaître l'auteur.

Mais pour les adeptes, je précise que tous les romans peuvent se lire séparément.

 

Asa Larsson est considérée comme la reine du polar suédois. Si vous aimez ce genre littéraire, vous passerez un excellent moment de lecture...j'en suis certaine. 

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 06:26
XO Editions, 2012 / Poche, 2015

XO Editions, 2012 / Poche, 2015

Servaz fut tout à coup convaincu que la mise en scène de la centrale n'était pas le geste d'un dément échappé de l'Institut, mais bien un acte conscient, prémédité, planifié...

Cette vallée était d'une beauté terrassante, qui transit Servaz. Une atmosphère de conte de fées.
C'était ça : une version moderne et adulte des sinistres contes de fées de son enfance. Car, au fond de cette vallée et de cette forêt blanche, songea-t-il en frissonnant, c'était bien des ogres qui les attendaient.

Selon Kohlberg, le sens moral d'un individu s'acquiert par paliers successifs au cours du développement de sa personnalité. Aucune de ces étapes ne peut être sautée. Une fois un stade moral atteint, l'individu ne peut revenir en arrière : il a acquis ce niveau pour la vie...
Enfin, ces [six] étapes sont communes à l'ensemble de l'humanité, elles sont les mêmes quelles que soient les cultures, elles sont transculturelles.

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, près de la station touristique de Saint-Martin, les ouvriers d'une centrale hydroélectrique installée à 2000 mètres d'altitude, découvrent le cadavre d'un cheval décapité, pendu à la falaise. 

Le cheval appartient à Eric Lombard, un milliardaire connu dans la région pour sa passion des chevaux.

 

La centrale est située à côté d'un Institut psychiatrique, l'Institut Wargnier où sont enfermés de dangereux criminels. Aussitôt les inspecteurs chargés de l'enquête émettent des doutes sur son système de sécurité.

Le commandant Servaz est surpris d'être appelé pour cette enquête. Il va tout de suite comprendre que quelque chose ne tourne pas rond dans cette mise en scène macabre. 

 

A l'institut, Xavier le nouveau directeur affirme que les détenus ne peuvent pas en sortir, or de l'ADN appartenant au machiavélique psychopathe Julian Hirtmann, accusé d'avoir violé et tué des dizaines de jeunes femmes, est retrouvé sur les lieux.

Le jour même Diane Berg, une jeune psychologue suisse vient se former pour un an à l'institut. Très vite, elle découvre qu'on lui cache certaines choses, que quelqu'un se rend dans l'unité A en pleine nuit, et que des médicaments sans aucun rapport avec les traitements, pourtant douteux, administrés aux détenus, disparaissent mystérieusement.

Angoissée, elle ne peut pourtant s'empêcher de fouiner, car sa curiosité l'emporte sur sa peur. Elle va finir par se mettre en danger...

Pendant ce temps, les tempêtes de neige n'arrangent pas le travail des enquêteurs. Tout se complique quand le corps du pharmacien du village est retrouvé pendu sous un pont.

 

Le procureur Cathy d'Humières qui dirige le parquet de Saint-Martin, demande au commandant Servaz de lui prêter main forte. Il se fait donc aider par son équipe, le capitaine Irène Ziegler, et ses adjoints Samira Cheung et Vincent Espérandieu, deux de ses coéquipiers habituels.

Mais le mystère s'épaissit au fur et à mesure des découvertes...

Le meurtre a-t-il un rapport avec les "suicidés" dont personne ne veut lui parler ?

Est-ce une simple vengeance ? 

 

Ce premier roman a obtenu de nombreux prix, dont le célèbre Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac. Il a été adapté pour la télévision et la série est parue sur M6 en janvier 2017. 

J'ai eu du plaisir à retrouver les enquêteurs que j'avais découvert lors de mes précédentes lectures. L'intrigue est savamment menée, le suspense bien présent, et les indices distillés juste quand il faut, pour permettre au lecteur de rebondir. 

 

Les voix du commandant Servaz et de Diane, la jeune psychologue récemment arrivée à l'institut, alternent pour nous guider vers la résolution des différents meurtres...

Comme d'habitude l'auteur en profite pour livrer quelques-unes de ses réflexions sur notre monde moderne. Cette fois ce sera essentiellement sur les problèmes liés aux traitement psychiatriques, mais il n'oublie pas au passage les médias et bien d'autres sujets que vous découvrirez au cours de votre lecture...

 

Un thriller incontournable... si vous aimez ce genre de lecture !

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 06:15
XO Editions, 2017

XO Editions, 2017

Que Rousseau aille se faire foutre, pensa Servaz, les enfants n'ont besoin de personne pour être cruels, méchants, hypocrites : ils ont ça en eux, comme le reste de l'humanité. C'est l'inverse qui se passe : au contact des autres, on apprend parfois à devenir meilleur et, avec un peu de chance, on le reste toute sa vie.

...une biche avait surgi en bas de la colline.
Silencieuse, précautionneuse, lente. Telle une apparition. Mais une apparition magnifique, noble. Elle avait émergé des bois à découvert, cou tendu, prudente. Le petit Martin n'avait jamais rien vu d'aussi beau. C'était comme si la nature entière retenait son souffle. Comme si quelque chose allait survenir, qui briserait cette magie en mille morceaux. Servaz s'en souvenait : il avait le coeur qui battait comme un tambour.
Et, de fait, quelque chose s'était passé. Un claquement sec. Il n'avait pas compris tout de suite ce que c'était. Mais il avait vu la biche se figer puis tomber...
C'était le premier coup de feu qu'il entendait, mais pas le dernier.

Rien ne vaut la lecture d'un bon polar pour se changer les idées pendant un week-end de mauvais temps...

Après "Glacé" que je n'ai toujours pas lu, "Le cercle", et "N'éteins pas la lumière", que je vous ai déjà présentés sur le blog, Bernard Minier nous plonge dans un nouveau thriller haletant où nous retrouvons nos héros favoris...

Comme vous le voyez la série du "Commandant Servaz" peut se lire dans le désordre ! En effet dans chacun des romans, lorsque l'auteur revient sur les événements passés, il nous donne assez d'éléments pour les comprendre. 

 

Une inspectrice norvégienne, Kirsten Nigaard, est déposée sur une plate-forme pétrolière en mer du Nord : une technicienne qui travaillait sur la base, a été retrouvée assassinée lors de son congé à terre. 

Un des hommes n'est pas rentré et Kirsten met peu de temps à découvrir dans sa cabine toute une série de photos en rapport avec le commandant Martin Servaz. L'absent n'est autre que Julian Hirtmann, le tueur en série que Martin n'a toujours pas réussi à faire arrêter et qu'il poursuit depuis des années.

Ce terrible psychopathe a-t-il voulu leur tendre un piège ?

Pourquoi a-t-il suivi récemment Martin chez lui et pris ces clichés ?

Qui est Gustav, ce petit garçon de 5 ans à peine, qui apparaît sur une des photos ? 

Kirsten va immédiatement être envoyée en France pour chercher à démêler cette étrange histoire. 

 

Encore une fois, l'auteur nous tient en haleine, même si j'ai trouvé ce thriller un peu en dessous des deux autres que je viens de citer. 

Le psychopathe est un personnage effroyablement présent dans l'histoire. Il disparaît aussi subitement qu'il apparaît, déroutant de plus en plus les enquêteurs, créant une peur irrationnelle chez ceux qu'il poursuit et les amenant à avoir des comportements imprévisibles...

La tension psychologique est extrême ! 

 

Mais, Julian Hirtmann n'est pas le seul à être tordu dans l'histoire et à faire accuser les autres à tort...il y a aussi des flics véreux qui ne pensent qu'à leur carrière. En effet, les magouilles même à l'intérieur de la police sont bien présentes et bien entendu c'est le commandant Servaz qui va en faire les frais. 

Il apparaît toujours à la fois très fort, et trop sensible voire fragile. Il se fait toujours avoir de toute façon et accuser à tort mais c'est ce qui nous le rend si attachant. De plus dans ce roman qui ne manque pas de rebondissements, nous allons trembler pour lui car il va être grièvement blessé dans des circonstances que vous laissent découvrir, et tomber dans le coma...

Mais bien entendu je n'en dirai pas davantage ! 

 

Nous nous retrouvons avec plaisir, au cœur des Pyrénées enneigées, mais aussi, à Saint-Martin-de-Comminges, là où les deux hommes, le commandant et le psychopathe se sont rencontrés pour la première fois. 

Comme d'habitude, l'auteur profite du roman pour mettre en avant certains travers de notre société, comme par exemple, les problèmes rencontrés par la Justice. Il nous parle aussi de la chasse et de la cruauté des hommes...

 

Voilà encore une fois un excellent thriller qui se lit d'une traite. Le lecteur regrette juste d'être obligé de dormir un peu...enfin cela ne tient qu'à vous de passer une nuit blanche ou pas ! 

 

Retrouvez encore une fois l'avis de Eve sur son blog. Elle est fan !

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 06:23
XO Editions, 2012 / Pocket, 2013

XO Editions, 2012 / Pocket, 2013

Tout le monde a ses secrets, tout le monde a quelque chose à cacher, et personne n'est uniquement ce qu'il paraît.

C'est en lisant pendant les vacances de noël, le premier roman de Bernard Minier, "Glacé", que j'ai réalisé que je ne vous avais pas encore présenté celui-ci que j'ai pourtant lu cet automne. Il était temps... avant que j'oublie de le faire ! 

 

L'histoire se passe à Marsac, une petite ville du sud-ouest envahie par ses nombreux étudiants qui représentent l'élite de la région...

Un des professeurs de la plus prestigieuse des écoles locales (fictive) est retrouvée sauvagement assassinée. Elle était belle, "brillantissime" et très courtisée. On la retrouve morte noyée dans sa baignoire et l'assassin a pris la peine et le temps de la ligoter consciencieusement avant d'ouvrir le robinet.

Hugo, un de ses élèves est retrouvé sur les lieux, en état de choc, assis au bord de la piscine où se trouvent répandues une multitude de poupées que la victime collectionnait, et qui flottent à présent dans l'eau, comme des noyées. 

Il a été drogué.

Est-il coupable ou innocent ? Tout l'accuse !

 

Le commandant Martin Servaz, ce héros cabossé par la vie que j'avais déjà croisé dans "N'éteins pas la lumière" est mis sur l'affaire.

Ce qu'il ne sait pas en fait, c'est que cette affaire va prendre une tournure vraiment personnelle et le replonger dans un passé douloureux qu'il a vainement tenté de fuir. La mère de Hugo est en effet son plus grand amour de jeunesse. Il n'a pas réussi à l'oublier, ni à guérir de sa trahison. 

De plus, lui-même a été élève dans cette prestigieuse école et sa fille Margot y poursuit actuellement ses études. Elle connaît tout le monde, élèves comme professeurs et cela ne va pas tarder à lui procurer des ennuis.

 

L'affaire se corse lorsque Servaz reçoit un mail signé par les initiales d'un sérial-killer évadé depuis peu de prison, qu'il a lui-même fait arrêter...

Ce qui ajoute au suspense, c'est qu'une voix "off", nous met  sur la piste d'un dangereux psychopathe, en donnant la parole à une jeune femme emprisonnée, dont le lecteur ne connaîtra l'identité qu'à la toute fin du roman.

Mais bien sûr, je ne vous dirai rien de plus ! 

 

Lorsqu'elle avait senti la tiédeur du soleil sur ses bras nus et ses épaules, deviné sa lumière à travers le sac, respiré l'odeur de la terre et des champs encore humides, le parfum des fourrés en fleurs, entendu le ramdam des oiseaux au lever du soleil, elle avait été près de s'évanouir...

Il savait que le poids de l'humanité est fait des actions additionnées de chaque homme et de chaque femme...

 

"Le cercle" est le second thriller que je lis de Bernard Minier.

Ce roman fait suite à "Glacé" que je viens de terminer et que je vous présenterai bientôt ! Comme les romans peuvent se lire séparément, cela ne pose pas de problème.

Bien évidemment, je ne vous donnerai pas la signification du titre, ni ne vous direz l'importance dans l'histoire de ce fameux "cercle", ni pourquoi ou comment il va se retrouver au centre de l'enquête. 

Ce que j'aime chez Bernard Minier, c'est cette façon qu'il a de nous balader entre faits réels et fiction, son côté machiavélique, ses réflexions politiques poussées qui étayent le roman et sa façon bien à lui de nous ancrer dans la réalité. 

Il sait décrire les faiblesses humaines, la jalousie, la trahison, le désir de vengeance, la lâcheté, la peur, sans porter aucun jugement.

Mais il s'engage par contre totalement, en nous livrant ses réflexions sur notre société moderne et ses travers, comme en particulier lorsqu'il nous parle du port d'arme, des conditions inhumaines de vie en prison, du rôle négatif des publicitaires dans le monde d'aujourd'hui...entre autres ! 

 

Je ne peux que saluer également, la finesse avec laquelle il analyse la psychologie du sérial-killer. Le passage où celui-ci "joue avec sa victime" dans la forêt est tout à fait glaçant. 

 

J'ai été touchée par sa façon de parler avec beaucoup de réalisme de l'enfance maltraitée, à travers le personnage de David, mais aussi des blessures de la vie, de la perte d'un être cher et de la difficulté de se débarrasser de certains souvenirs trop douloureux.

 

Enfin j'aime aussi ce commissaire meurtri par la vie, hanté par son passé, et en manque de reconnaissance, qui cache ses faiblesses derrière une façade bourrue, alors qu'il déborde de tendresse et d'amour pour ses proches et d'empathie pour les victimes et leur famille.

Un excellent thriller à ne pas rater ! 

 

D'autres avis ci-dessous...chez Eve et Mimi. 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 05:26
Robert Laffont / La Bête noire, 2018

Robert Laffont / La Bête noire, 2018

Les cimes enneigées dominaient une forêt millénaire, surgissant comme des lames opaques d'un épais tapis d'arbres. Elles faisaient penser aux géants de la mythologie, elles vous obligeaient à lever la tête, avec une sensation de vertige dans l'âme. Au fond des sous-bois, entre les pins des Alpes et les ronciers de myrtilles, jaillissaient des torrents aux eaux transparentes qui s'écoulaient avec agilité entre les rochers, les stalactites et une mousse odorante...

 

Voilà un thriller qui nous fait voyager en Italie, et nous emmène au fin fond d'une vallée de montagne, dans le petit village fictif de Travesi, resté longtemps loin de tout. 

Là, les habitants savent garder les secrets, c'est le moins qu'on puisse dire, et ils savent même les enfouir au plus profond de leur mémoire durant des décennies...

Mais lorsqu'un  habitant du village est retrouvé mort, dans des circonstances mystérieuses faisant l'objet d'une mise en scène particulièrement énigmatique et morbide, le froid des montagnes et la peur s'installent rapidement parmi eux...

 

Teresa Battaglia, la commissaire chargée de l'enquête, va devoir mener ses investigations toute seule, heureusement aidée par une équipe qui, malgré ses remarques acerbes et son caractère acariâtre, lui voue une indéfectible fidélité.

Seul, le petit nouveau Massimo Marini, a du mal à s'y faire mais, il saura découvrir les failles qui expliquent pourquoi Teresa est une personne pourtant forte et indépendante, mais que l'on a très envie de protéger...

 

Dès le départ, Teresa est persuadée qu'elle doit faire face à un tueur en série et cherche à dresser son portrait psychologique. Mais lorsque d'autres victimes sont découvertes, encore vivantes, elle doit se rendre à l'évidence : elle a fait erreur sur toute la ligne. Il ne s'agit pas d'un tueur ! 

Mais le savoir ne lui simplifie pas du tout la tâche, au contraire, et vous ne découvrirez qu'à la toute fin du roman qui est le coupable...

 

Lucia craignait ce moment : c'était l'heure où les fantômes faisaient leur apparition dans le bois. Elle avait dit à sa mère qu'il était arrivé quelque chose en lisière de la forêt de pins, mais cette dernière ne l'avait pas crue.

 

Le suspense est donc maintenu jusqu'au bout, même si nous nous doutons bien, en tant que lecteur, que les indices semés sur notre chemin seront tous utiles pour la compréhension de l'histoire, nous n'en devinons pas pour autant les zones d'ombre. 

 

Les chapitres sont courts et les époques alternent.

D'abord le récit des événements d'aujourd'hui nous permet de participer à l'enquête, ensuite la voix-off de l'assassin nous fait entrer dans son état d'esprit. Puis nous faisons quelques sauts dans les années 80, dans une cabane située au cœur de la forêt de Travesi, mais là, chut...je n'en dirai pas plus. Et enfin, nous nous rendons fréquemment en Autriche, durant les années 70. Là, le lecteur se retrouve plongé dans l'ambiance glauque d'une mystérieuse école où sont menées des expériences secrètes...Les personnes qui y travaillent, sont tenues d'obéir sans discuter à cette simple devise : "Vois. Observe. Oublie."

L'effet est immédiat : le lecteur a envie de tourner les pages pour savoir ce qui se passe dans l'époque qu'il vient de délaisser !

 

Les personnages sont plutôt sympathiquesTeresa qui apparaît comme quelqu'un de détestable a priori, s'avère être passionnée par son travail de commissaire. Elle est d'une grande empathie pour les victimes. Le regard qu'elle porte en particulier sur les enfants et leur mode de survie m'a beaucoup touché. 

Le jeune Massimo en fait trop pour se faire accepter par l'équipe mais on voit bien qu'il est tombé sous le charme de sa supérieure. Il en devient touchant lui-aussi. 

 

C'est de plus un roman qui aborde plusieurs thèmes intéressants et souvent douloureux, comme la maltraitance, la solitude, l'absence d'amour parental, l'importance du groupe chez les enfants et d'un modèle à imiter,  la solidarité...et qui nous montre que les bourreaux sont souvent aussi des victimes. 

Le style est proche des romans nordiques. On y retrouve une certaine lenteur et une ambiance glaciale. 

 

C'est un roman psychologique que j'ai lu avec plaisir.

Il m'a manqué cependant, un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir pour en faire un coup de cœur. Quelques maladresses ou incohérences, peut-être un problème de traduction (des ronciers de myrtilles ça existe ?) ou trop de découpages peut-être, qui m'ont empêché d'entrer totalement dans l'ambiance. J'ai eu l'impression par moment de rester trop en dehors de l'histoire, à d'autres d'y être en totale immersion...mais pas de quoi faire des cauchemars tout de même, je vous rassure. 

 

Peut-être ces individus-là perçoivent-ils le monde mieux que moi, fit-elle dans un murmure. Ils voient l'enfer que nous avons sous nos pieds, alors que nous autres, nous ne voyons que les fleurs qui poussent sur la terre. Leur passé les a privé d'un filtre qui, au contraire, nous a été transmis.

Les voix des victimes l'accompagnaient à tous les instants de la journée et, dans la noirceur de la nuit, elles s'élevaient avec plus de force. Elles ne lui permettaient jamais de se reposer, tant que le coupable ne serait pas démasqué et que ce cercle de mort ne serait pas brisé.

La vie faisait peur, quand on regardait en face ce qu'elle pouvait être vraiment, mais elle demeurait sacrée, inviolable, une aventure extraordinaire qu'il convenait d'affronter avec le cœur battant à tout rompre et un sentiment d'émerveillement qui ne pouvait s'éteindre, même devant la douleur la plus déchirante.

 

Je remercie Babelio de m'avoir proposé ce thriller dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle...

Cela m'a permis de découvrir ce jeune auteur.

Je lirai ses prochains romans avec plaisir puisque d'après ce qui est annoncé, celui-ci n'est que le premier opus d'une série, dont les différents tomes se liront séparément, et qui tournera autour de  la formidable Teresa, cette héroïne si surprenante, mais si humaine et emplie d'empathie, qu'elle en devient au fil des pages, très attachante.

Ce jeune auteur qu'on appelle déjà en Italie la "Donato Carrisi au féminin" est donc à suivre...

 

tous les livres sur Babelio.com

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 05:25
XO Editions, 2014

XO Editions, 2014

DU FOND DE LA NUIT et du sommeil montent des voix que nous aimerions ne jamais percevoir. Elles sont comme des rappels des peurs de l'enfance-quand une fois la lumière éteinte et la porte refermée, chaque objet de la chambre, chaque forme pouvait se charger en monstre ; quand, du fond de notre lit-ce canot de sauvetage sur les flots inquiétants de la nuit-, nous étions affreusement conscients de notre vulnérabilité et de notre petitesse. Ces voix nous rappellent que la mort fait partie de la vie et que le néant n'est jamais très loin. Que tous les murs que nous élevons autour de nous ne sont guère plus solides que la maison de paille et la maison de bois dans le conte des "Trois petits cochons".

 

Il était temps que je me décide à lire un thriller de Bernard Minier. Depuis le temps que j'en entendais parler !

J'ai donc profité des vacances pour m'attaquer à un de ses romans (un pavé en fait) et j'ai passé un excellent moment, je vous l'assure...

 

 

Christine Steinmeyer, animatrice à Radio 5, découvre une lettre anonyme dans sa boîte aux lettres, le soir de Noël, alors qu'elle s'apprête à partir réveillonner chez les parents de Gérald, son fiancé.

Dans cette lettre, une personne inconnue déclare qu'elle va se suicider...

Inquiète, mais persuadée que cette lettre lui a été adressée par erreur, elle se décide à quitter son domicile non sans avoir fait au préalable le tour de ses voisins pour les questionner.

 

Mais lorsque le matin du 25 décembre, un de ses auditeurs à la radio l'interpelle en l'accusant de n'avoir  rien fait pour sauver cette personne, elle comprend qu'elle était bien la destinatrice de cette missive...

Comment cet homme peut-il être au courant de son contenu ? Qui est-il ? Et pourquoi ?

 

Dès le lendemain, les incidents se multiplient et transforment la vie de la jeune femme en véritable enfer...

La police la prend pour une folle et est persuadée qu'elle a écrit la lettre elle-même ; quelqu'un s'introduit chez elle et utilise son propre ordinateur pour envoyer des mails compromettants ; elle perd son emploi suite à une plainte pour harcèlement déposée par sa stagiaire (qui a reçu toute une série de mails très évocateurs) ; et Gérald, qu'elle aime sincèrement, semble plus intéressé par sa jeune thésarde que par ce qu'il lui arrive à elle...

Lui aussi la croit profondément perturbée.

 

En parallèle, le lecteur suit la convalescence de Martin Servaz, un commandant soigné pour dépression après avoir perdu tragiquement sa femme....

Pourquoi a-t-il reçu la clé d'une chambre d'hôtel où un suicide a eu lieu, un an avant ? Quelqu'un veut-il le mettre sur la voie d'une piste non exploitée ?

Alors qu'il est en arrêt maladie, il va bien falloir qu'il sorte la tête de l'eau s'il veut comprendre, et cela à l'insu de sa hiérarchie...

Bien évidemment, vous l'aurez compris les deux affaires sont liées !


 

Un choix délibéré. Cet hôtel avait une signification. Dans la mise en scène de Célia Jablonka, il était important. Tout comme l'Opéra...Est-ce que les gens de la Sécurité publique s'étaient préoccupés de ces détails ? Ou est-ce qu'ils avaient classés l'affaire en un tour de main ?
(...)
Enfin, les deux questions les plus importantes : qui lui avait envoyé cette clé un an après ? Et pourquoi ?

 

Voilà un thriller haletant qui nous invite à nous interroger sur nos proches...

Sont-ils ce qu'ils semblent être ?

Sommes-nous tous manipulés sans le savoir ?

Tout ce qui nous arrive est-il lié au simple hasard ?

Il se lit d'une traite tant on désire savoir comment cette jeune femme forte, au caractère bien trempé, brillante et charismatique, va réussir à se sortir de cette descente aux enfers programmée...

Jusqu'au bout (enfin presque !) le lecteur fait des suppositions, accuse telle ou telle personne de son entourage et la surprise est de taille quand il découvre que la folie peut passer toute une vie inaperçue.

 

Si vous êtes passionnés par l'espace, sachez que certains des personnages gravitent dans le milieu des explorateurs, les fameux "space cowboys" et que vous aurez du plaisir à découvrir une partie de l'entrainement des cosmonautes, leur vie quotidienne, et la tension qui précède l'envol...

Bien sûr étant donné que l'histoire se passe à Toulouse, les habitants de la région la trouveront encore plus réaliste, puisqu'ils pourront marcher dans les pas des personnages et s'assoir avec eux à la terrasse des cafés !

Evidemment puisque tout au long du roman vous allez écouter des airs d'Opéra, il vous faudra réviser vos classiques...

Et puis, si j'ai bien compris, les habitués de l'auteur retrouvent ici un personnage attachant, l'enquêteur Martin Servaz, tenace, sensible et si humain et que j'ai eu un grand plaisir à rencontrer et à côtoyer dans ces pages...

 

C'est donc un thriller à découvrir absolument !

Je suis conquise par cet auteur dont je rechercherai d'autres titres dès la rentrée...et puis le thème du harcèlement que j'avais découvert dans un autre thriller, "Juste une ombre" de Karine Giebel, n'était pas facile à traiter, il faut bien le dire, et l'auteur s'en est formidablement bien sorti.

 

Son père, même s'il s'en défendait, même s'il le dissimulait et s'il était persuadé d'avoir équitablement réparti les démonstrations de son amour paternel, avait continûment préféré Maddie. A dix ans déjà, avec son petit cerveau immature, Christine l'avait instinctivement compris.
D'autant plus ironique que, physiquement c'était elle qui lui ressemblait le plus...

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 05:25
Belfond, mars 2018

Belfond, mars 2018

Vulnerant omnes, ultima necat

Maman disait de moi que j'étais un ange. Un ange tombé du ciel.
Un ange tombé de haut. Tombé si bas.
Ce que maman a oublié de dire, c'est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.

 

De Karine Giebel j'avais lu et beaucoup aimé "Juste une ombre" un thriller haletant que j'avais avalé d'une traite ou presque lorsque je l'ai emprunté en médiathèque et présenté sur ce blog, en avril 2013 (déjà !). Depuis je n'avais jamais rien lu tant il m'avait secoué... 

Mais lorsque Babelio m'a proposé ce titre dans le cadre d'une masse critique exceptionnelle, j'ai accepté tout de suite pensant que j'étais poursuivie en quelque sorte par le sujet de l'esclavage, un sujet que j'ai pas mal abordé ces derniers temps dans mes lectures. 

J'ai été fortement surprise de le recevoir très vite d'une part mais aussi de constater qu'il avait plus de 700 pages...un monstre donc. 

 

C'est un roman qui se lit dans la foulée, pas d'une traite, non ce serait impossible mais l'histoire est tellement prenante et bien ficelée que lorsqu'on le commence, on n'a plus qu'une seule envie...celui de le terminer.

 

Bienvenue dans l'horreur...

 

 

J'ai cherché la définition du mot "aboli" dans le dictionnaire d’Émilien. Abolir, ça veut dire supprimer quelque chose.
Donc l'esclavage n'existe plus. Interdit, dans le monde entier.
C'est une bonne nouvelle, mais il devrait y avoir des gens chargés de vérifier qu'il ne reste pas d'esclaves dans les buanderies.
Dommage qu'ils n'aient pas pensé à ça lorsqu'ils ont "aboli" l'esclavage.

 

Le père de Tama la vend pour une bouchée de pain alors qu'elle n'a pas encore 9 ans. Elle est censée aller à l'école, étudier et avoir un bel avenir devant elle. Il doit se remarier et a déjà confié la petite fille à sa tante car il ne peut plus s'en occuper. Alors, pour lui, cela apparaît comme la meilleure des solutions...

Elle quitte pour toujours son Maroc natal et se retrouve dans une famille parisienne, d'origine franco-marocaine, loin des siens, et de ceux qui l'aimaient et qu'elle aimait. 

Exploitée par la famille, à peine nourrie avec les restes des autres, obligée de se laver à l'évier à l'eau froide, Tama est privée totalement d'instruction et de liberté. Elle ne peut sortir de la maison, elle pourrait en effet se sauver mais, sans papiers et dans un pays qu'elle ne connaît pas, où irait-elle ?

Elle s'occupe donc de la lessive, du ménage, de la cuisine et de toute la famille y compris du bébé qui vient de naître.

C'est une esclave...et elle est traitée comme telle. 

Courageuse, elle va avoir la volonté d'apprendre à lire et à écrire toute seule, en cachant les livres qu'elle emprunte aux enfants, derrière la machine à laver, dans la buanderie où elle dort la nuit. 

 

Mais un jour, le père de la famille commence à lui tourner autour !  

Tama doit quitter cette famille où elle était maltraitée certes, mais où elle avait ses repères, pour être confiée aux bons soins de Mejda, une personne particulièrement machiavélique et violente, qui fait tout pour la couper de ceux qui l'aiment...tout en la  faisant travailler encore davantage, jour et nuit. 

 

Mais le pire n'est pas dans les coups qu'elle reçoit, ni dans le travail qu'elle fournit, non, le pire pour Tama c'est la souffrance psychologique, le fait qu'on mente à son père pour lui soutirer davantage d'argent en lui faisant croire que Tama a commis des bêtises, le fait qu'il ne sache rien de ses conditions réelles de vie, qu'elle ne puisse jamais lui parler ni lui écrire, pour lui dire qu'elle l'aime et qu'elle pense à lui tous les jours. 

 

De cette période de son enfance, elle ne se remémorera que des bribes de bonheur, toujours de courtes durées, un bout de chocolat pour noël, la tendresse du petit Vadim, l'amour que lui portait la vieille Marguerite, la dame du lundi, qui l'a prise en pitié.

Le reste...ce n'est que servitude entre deux coups...

 

Quelle place a t-elle dans ce monde se demande-t-elle ? 

Un jour, Izri, le fils de Medja découvre que sa mère la maltraite. Battu pendant des années par son propre père, il décide d'intervenir et d'installer Tama chez lui pour la soustraire à son bourreau. 

Tama n'a qu'une envie c'est d'être aimée...et d'aimer en retour. Elle  va, en confiance, lui offrir son coeur pour le meilleur et pour le pire...

 

Mon père s'appelait Darqawi. Je l'aimais. Malgré les coups, les insultes. Malgré tout. Simplement parce qu'il était mon père. Parce qu'entre deux crises de démence, il savait être bon et juste. Et même tendre.
Mon père s'appelait Darqawi. Je l'aimais.
Et je l'ai tué...
Depuis je vis avec son fantôme et les plaies qu'il m'a laissées, aussi profondes que l'infini.

 

En  parallèle, l'auteur nous raconte la vie de Gabriel.

C'est un tueur. Il vit dans les Cévennes près de Florac dans une ferme reculée, loin du monde et cache au monde entier la souffrance qui l'habite. Lana, sa fille unique a été violée et assassinée dans un train. Personne dans le compartiment n'a essayé de l'aider et de la tirer des griffes de ses violeurs. 

Depuis il est devenu esclave à sa manière, puisque obsédé par son désir de vengeance. Ancien flic, il sait se servir de ses armes et a encore accès à tous les renseignements qu'il veut. Alors il décide, méthodiquement d'éliminer chacune des personnes se trouvant dans le compartiment au moment du meurtre de sa petite Lana...

 

Mais un matin, il découvre dans l'étable attenante à la maison, une jeune fille d'une vingtaine d'année, grièvement blessée.

Impossible pour lui d'appeler une ambulance ! Persuadé qu'elle va succomber à ses blessures dans la nuit, il la transporte dans sa chambre, la soigne et tente de la réchauffer.

Les jours passent, elle ne retrouve toujours pas la mémoire mais peu à peu, le tueur s'attache à elle. Il n'arrive pas à la "supprimer".

Pourtant il a déjà creusé sa tombe dans la forêt...

La jeune femme sans le savoir, par sa seule présence, sa jeunesse, son innocence,  brise peu à peu, l'épaisse carapace de cet homme meurtri, une carapace qui, en se fissurant, le met à nu, ce qui commence aussi à le mettre sérieusement en danger...

 

Qui est-elle ? 

Quels événements violents et douloureux a-t-elle vécu, au point d'en devenir amnésique ?

 

D'où vient-elle et par qui est-elle poursuivie ?

 

Vous le saurez en lisant ce thriller haletant...

 

Dès les premières pages du roman le lecteur sait que l'esclavage moderne sera le sujet principal du thriller, avec son lot de violence abjecte, ses dérives, et ses conséquences...

Les deux histoires parallèles font passer le lecteur de l'horreur absolue (la façon dont est traitée la petite Tama est inqualifiable) à la vie quotidienne d'un assassin, d'un tueur dangereux que l'on trouve finalement plutôt doux et sentimental à ses heures...enfin vous comprendrez que dans son cas, c'est tout relatif. 

Le contraste est absolu et nous cherchons immédiatement les liens qui peuvent unir les deux histoires, liens qu'on ne peut deviner et qui nous emmènent sur de fausses pistes. 

 

L'auteur sait parfaitement distiller les nombreux détails, nous présenter les différents protagonistes en nous montrant leurs forces et leurs faiblesses, faire entendre leur voix. Nous nous attachons aux uns tout en détestant les autres sans prévoir jamais ce qui pourrait advenir...mais les revirements sont nombreux.

Ici point de méchants d'un côté et de gentils de l'autre, ce serait trop simple !

Chacun peut basculer à tout instant d'un côté ou de l'autre, rendant dangereuse toute élucubration superflue !

 

Le destin de Tama nous rappelle à chaque instant que d'autres petites filles ou jeunes filles vivent des faits similaires en Europe en ce moment même où vous lisez ces lignes. Les autres personnages sont tous des écorchés vifs à qui la société n'a pas fait de cadeaux et qui n'en feront pas non plus à leur entourage...

 

L'auteur ne s'éloigne jamais très longtemps de la réalité et nous oblige à entrer dans cette sombre histoire dont on voudrait par moment se défaire et s'éloigner, tant elle est violente, et émotionnellement éprouvante, mais c'est impossible, elle vous colle à la peau...

C'est là la force du roman, qui nous oblige à aller plus loin et jusqu'au bout.

Impossible de perdre le fil au cours de ces 736 pages.  

Quand les deux histoires se rejoignent, le lecteur sait que le drame est proche, que le terme de l'histoire, tant redouté, est inéluctable, et que la suite sera encore davantage insoutenable et peut être encore plus sombre...

Et nous restons anéantis par tant de souffrances et la tête pleine de questions.

Où en est l'esclavage moderne ?

Comment les hommes peuvent-ils commettre de telles horreurs et engendrer tant de souffrances qui en appellent d'autres, encore plus violentes ? 

Quand arrête-t-on d'être un être humain pour devenir un bourreau ?

Quand arrête-t-on d'être un être humain pour devenir un esclave et vivre comme une bête ?

 

Il n'y a qu'un peu plus de 5 ans qu'une loi en France est inscrite dans le code pénal...que 5 ans !

C'était en août 2013...c'était hier.

 

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 06:26

J'ai six ans, je suis dans le refuge et je t'écris des mots qui volent...

Élise / Luca Tahtieazym

 

Voilà un roman que j'ai lu il y a déjà pas mal de temps, et que j'hésitais à vous présenter. Je ne l'aurais jamais lu si je l'avais croisé en médiathèque et si j'avais lu la quatrième de couverture avant...autant que vous le sachiez avant d'aborder l'histoire. 

Mais Rebecca l'a encensé sur son blog et je l'ai donc téléchargé en toute confiance, sur ma liseuse sans trop avoir de détails sur l'histoire car elle en donne très peu sur son blog. Juste parce que je sais qu'elle adore l'auteur... 

 

L'histoire

Élise est une petite fille de 6 ans, intelligente et curieuse. Elle adore les livres et découvre le monde qui l'entoure à travers des contes merveilleux, des documentaires qui la ravissent et des romans que Mama Sim lui apporte dans le refuge.

Très vite, le lecteur comprend que cette adorable fillette, qui a une telle soif d'apprendre et veut toujours en savoir plus sur ce qui l'entoure, est séquestrée dans une pièce dont elle ne sort jamais, et qu'elle appelle le refuge, qui est en fait une dépendance isolée d'une grande ferme de la région charentaise...

 

Pourquoi est-elle enfermée ? Qui est Achille, qu'elle doit appeler "papa" et que veut-il ? Quel rôle joue Mama Sim dans cette histoire ?

Vous ne le saurez qu'à la fin du roman lorsque toutes les pièces du puzzle machiavélique se seront mises en place. Et ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus...

 

Le roman est très bien écrit et bien construit. Autant vous dire que le suspense est ménagé jusqu'au bout.

Chapeau à l'auteur d'ailleurs, soit dit en passant et à tout point de vue, pour ce roman qui aborde la privation de liberté, les abus sexuels, la maltraitance d'un point de vue totalement inhabituel.

 

Juste une parenthèse pour vous dire que ce type de sujet ne me tente pas du tout, parce que je le juge assez atroce et glauque en lui-même, pour ne pas en rajouter dans la littérature, ni en faire une sorte de promotion dans les blogs en en parlant. 

La plupart des parents ont de multiples angoisses à ce sujet donc, et je ne déroge pas à la règle, il est inutile de vous dire que j'ai eu souvent du mal en cours de lecture tellement les propos sont  réalistes.

Mais je dois reconnaître qu'une fois entrée dans la lecture, je n'ai pas pu le lâcher, j'ai eu envie de tourner les pages pour savoir ce qui arrive après, et c'est pour cela que je l'ai terminé, pour savoir tout simplement si la petite fille s'en sort...

 

La petite Élise est incroyable et avec ses incessantes questions, elle va réussir à bousculer l'ordre établi et  devenir en grandissant "celle qui ne renonce jamais".

 

Le lecteur découvre son histoire par de constants aller-retour entre passé et présent. 

Les années passent et se déroulent lentement devant le lecteur... anéanti.

La découverte de ce monstre qu'est Achille est particulièrement éprouvante.

En effet, cet homme au charisme certain, cache bien son jeu et jamais au fil du temps, même en prenant de l'âge, il ne se départira de son but, ni de ses sombres desseins. 

 

Alors, autant que vous le sachiez, rien ne vous sera épargné d'autant plus que le roman est écrit à la première personne et que l'emploi du "je" donne l'impression que la petite Élise témoigne en direct.

Mais je vous rassure pourtant sur un point, plus de choses sont suggérées en fait que racontées. C'est subtil ! 

Le seul point négatif, à part le sujet, c'est que j'ai trouvé qu'il y avait de temps en temps un décalage entre l'âge de la petite fille et ses propos car, je ne crois pas qu'une fillette parlerai ainsi, même une fillette très intelligente. 

 

Ce roman est présenté comme un thriller psychologique, j'ai envie de vous dire à la fois oui et non !

Pour moi, ce n'en est pas un, tout simplement parce que les faits et les rebondissements sont trop proches d'une réalité, malheureusement existante, mais il peut se  lire en effet comme un thriller, de la même façon qu'il pourrait aussi bien toucher les amateurs de faits divers...

A vous de choisir !

Voilà...vous êtes prévenus !

 

Voilà encore un livre qui entre dans le challenge de Philippe, "Lire sous la contrainte'. 

Le titre de mon livre devait contenir un des sons suivants :

 

 

 

Vous pouvez lire ci-dessous l'article de Rebecca...

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 06:37
Belfond Noir, 2018

Belfond Noir, 2018

Erika n'en crut pas ses oreilles.
- Me protéger ?
- Comme si vous ne saviez pas comment ça marche !
L'Establishment gagne toujours. Nous l'avons vu tous les deux. Vous manquez de preuves irréfutables. Alors s'il vous plaît, quittez la partie, sauvez votre carrière. Parfois, il faut accepter de lâcher prise.
- Navrée, monsieur, c'est non. Trop facile. Cinq femmes sont mortes et leurs assassins s'en tireraient pour la seule raison qu'ils appartiennent à l'Establishment ? Et pour quoi ? Pour qu'ils puissent se faire encore plus de fric ?
...
- Mon boulot m'a déjà tout enlevé ou presque. Mark. Une vie que j'aimais, dans le Nord, entourée d'amis. Ma maison...Le sens moral est la seule planche de salut qui me reste...

 

Malgré le froid intense et la neige qui paralysent Londres, Lee se rend à pied à son travail tout proche...

Alors qu'il s'approche du hangar à bateaux, près du lac gelé du Horninam Museum, il entend un téléphone sonner. Quand il voit l'appareil, persuadé qu'il pourra en tirer un bon prix, il s'engage sur la glace pour tenter de le récupérer.

Mais alors qu'il approche, il fait une macabre découverte : le corps d'une jeune femme est pris dans la glace !

Il n'a pas le temps de réaliser ce qu'il lui arrive que la glace se rompt sous le poids de son corps...

 

L'enquête va être confiée à la brillante Erika Foster, nouvellement arrivée sur son poste après de terribles problèmes personnels qui l'ont beaucoup affaibli, puisqu'elle est en deuil. Elle vient en effet de perdre son mari dans le cadre d'une terrible intervention policière et elle se sent responsable. 

L'affaire est tout de suite délicate à traiter car la jeune fille de 23 ans, retrouvée morte, n'est autre qu'Andréa Douglas-Brown, la fille d'un riche industriel, portée disparue. 

Que faisait cette jeune fille, riche et privilégiée, dans ce quartier mal famé, alors qu'elle était attendue par son frère et sa soeur pour aller au cinéma ?

 

La tâche d'Erika Foster ne sera pas de tout repos pour faire éclater la vérité...car la jeune fille avait ses secrets et sous ses apparences de jeune fille mondaine, promise à un riche jeune homme, bien sous tout rapport, bien que pas très beau, elle fréquentait assidûment certains lieux pas vraiment recommandables de la ville. 

Mettre le nez dans ses affaires n'est pas sans danger pour l'enquêtrice...

Elle subit en effet la pression de la famille Douglas-Brown qui semble prête à bien protéger ses secrets, et celle de son patron, qui tient à sa place, et qui finit par lui retirer l'enquête.

Erika n'est pas une femme à abandonner. Aidée par deux de ses collègues, qui sont persuadés qu'elle est sur la bonne piste, elle va persister tout de même et montrer à tous de quoi elle est capable...

 

Voilà un thriller époustouflant et que je n'ai pas lâché jusqu'à la dernière page.

Certes on a déjà vu ce type d'histoire et d'enquête, mais l'important dans un thriller ce n'est pas le sujet, mais bien l'ambiance, le suspense et les qualités d'écriture qui permettent de rendre crédible le déroulé des événements. 

Et là je me suis laissée prendre avec grand plaisir ! 

Le rythme est soutenu, l'écriture fluide, l'histoire bien découpée et les nombreux rebondissements ajoutent au suspense...On a beau échafauder des plans, rien ne se passe comme on le prévoyait. Les rapports entre la presse et les policiers sont bien décrits, comme les pressions politiques subies par l'équipe. 

De plus, le personnage d'Erika force le respect. Son instinct et son énergie à toute épreuve vont faire des merveilles dans cette enquête. Son intégrité permettra de dévoiler bien des secrets de cette famille apparemment intouchable et qui sait menacer s'il le faut, ceux qui veulent casser leur carapace et dévoiler la face cachée de leur vie privée. Les personnages secondaires sont également bien présents. 

Il faut reconnaître aussi que la fin m'a surprise car rien ne me laissait entrevoir l'identité de l'assassin et donc j'ai été bluffée...

L'auteur prépare une suite...et je serais ravie de retrouver à nouveau Erika Foster, et ses collègues pour une nouvelle enquête. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Belfond de m'avoir permis de découvrir cet auteur et ce premier roman traduit en français. Un excellent moment de lecture, parfait pour se détendre, pour qui aime les thrillers bien sûr ! 

 

Elle [Erika] ravala son chagrin. Cette vie heureuse et douce, au côté d'un mari et entourée d'enfants, elle l'avait frôlée du bout des doigts. Au lieu de la saisir à pleines mains, elle avait sans cesse repoussé le bonheur. Et infiniment peiné Mark.
Aujourd'hui c'était irrattrapable. A jamais

A quoi devait-elle que Moss ait sonné à sa porte juste au moment où tout allait basculer ? Au destin ? Pourquoi sa vie avait-elle été épargnée et pas celle de Mark ? Lui, si bon, bien meilleur qu'elle. Gentil, patient, et brillant officier de police. Il s'était fait une place dans ce monde. Et puis il avait fait tant de bien autour de lui et il en aurait fait tellement plus encore...
Alors pourquoi elle et pas lui ?

Elles aussi ont connu une mort cruelle...
Si je vous dis tout ça, c'est parce que j'attends de vous que vous oubliez la position sociale de ces femmes. Que vous ne fassiez pas ce que nous faisons jour après jour dans ce pays : diviser les gens et les enfermer dans des catégories. Ces femmes sont nos égales, elles sont toutes des victimes et elles méritent toutes le même engagement de notre part.

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 05:44
Editions du Rouergue, 2017

Editions du Rouergue, 2017

C'est là en regardant le prêtre dérouler ses prières au bout de la nef, que tout s'est mélangé dans ma tête. Comme si d'un coup je faisais le point sur ma vie et sur le monde autour de moi. J'ai pensé à ce métier, à notre pitoyable armée de travailleuses sociales, avec nos outils bancals et notre bonne volonté pour réparer des situations humaines qui nous dépassent...

 

Je ne savais pas en empruntant ce thriller dans les rayons de la petite médiathèque de mon village, qu'il avait obtenu le Prix Landernau du Polar au printemps dernier. 

 

Dans une région isolée des Causses, Evelyne Ducat, une femme de 48 ans, mariée à un enfant d'ici qui a fait fortune à Paris avant de revenir vivre dans la région, disparaît mystérieusement. On retrouve sa voiture au bord de la route le lendemain matin, face à un chemin de randonnée qu'elle aimait emprunter seule même par mauvais temps. En ce jour glacial de janvier, les recherches s'organisent...

Mais après quelques jours, la réalité s'impose : il y en a des endroits pour cacher un cadavre dans cette nature hostile où seules quelques fermes isolées se dressent courageusement !

Le décor est planté. Seules les bêtes apportent un peu de réconfort à ces éleveurs dispersés et très seuls. 

 

A-t-elle été victime de la tourmente ? 

Cinq voix nous répondent, cinq voix solitaires, la parole de chacune donnant des réponses aux questions laissées en suspens par les autres.

 

Tandis que le lecteur découvre la vie bourgeoise d'Evelyne Ducat, les rancunes ancestrales entre voisins, les non-dits amoureux au coeur des couples du village, et les secrets inavoués, les enquêteurs n'ont pas une seule piste et comptent bien sur l'assistante sociale du village, pour récolter quelques indices et même soutirer quelques rumeurs, lors de ses visites chez les agriculteurs du coin. D'ailleurs c'est elle qui prend la parole en premier.

Le puzzle machiavélique, se met en place et comme il ne faut jamais se fier aux apparences, il nous emmènera bien loin de là, dans un endroit où les rêves de bonheur répondent au nôtres, à leur façon.

Est-ce le début de l'histoire et de cette spirale infernale ou la fin, vous aurez peut-être la réponse en lisant ce thriller...

 

Là-haut, quand la nuit est installée pour de bon, c'est le pire. C'est là que tu réalises vraiment. T'es sous les draps, encore à moitié habillé dans ce grand lit qui connaît que toi et tout autour tu sens le poids de cette baraque que la vie a désertée avec les années...

 

Ce roman est construit avec beaucoup d'originalité puisque, tour à tour, il donne la parole à ceux qui, de près ou de loin, se sentent responsables de la disparition d'Evelyne. Tout les accuse, mais le lecteur ne saura qu'à la fin qui est le véritable coupable...

Le ton, le style, les univers changent en fonction des témoignages et c'est ce qui donne sa force à ce roman choral, d'une grande intensité dramatique, où la vie des uns et des autres s'imbriquent, avec une logique implacable.

Cinq voix en mal d'amour, cinq personnes qui feraient n'importe quoi pour  se sentir moins seuls et être aimés, enfin...

Un thriller époustouflant, à lire absolument pour les amateurs du genre !

 

Colin Niel, que vous pouvez retrouver sur sa page Facebook ICI et que je n'avais encore jamais lu, est l'auteur de trois autres polars, tous primés ! 

 

En fait dans cette région qui n'était pas la mienne, j'ai toujours été un étranger. Une pièce rapportée. Ce n'était pas que les gars n'étaient pas sympas avec moi, non, j'aimais bien aller chasser avec eux à l'automne c'est vrai. Mais souvent ils me faisaient sentir que je n'étais pas d'ici...

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 06:08
Actes sud, actes noirs, 2013

Actes sud, actes noirs, 2013

On commet souvent l’erreur de ne pas vouloir déranger celui qui pleure. On pense qu’il lui faut du calme et de la tranquillité, qu’on doit le laisser en paix. C’est totalement faux. L’être humain est un animal de meute. Il a besoin d’être entouré, il a besoin de proximité, de chaleur et du contact d’autrui.

Je n'ai jamais dit que les chats n'avaient rien vu. J'ai seulement dit que moi, je n'avais rien vu. Mais Marilyn, elle, elle a vu une voiture tôt, très tôt le samedi matin, elle était assise à la fenêtre de la cuisine. Elle n'arrêtait pas de cracher, elle était déchaînée.
- Marilyn a vu une voiture ? Quelle marque ? Dit Martin en décidant de ne pas tenir compte de l'absurdité de sa question.
Grip le regarda avec pitié.
- tu crois que les chats connaissent les marques de voiture, toi ?

 

Annie vient de s'enfuir de chez elle, terrorisée et les mains pleines de sang, en emmenant avec elle Sam, son jeune fils.

Elle se réfugie dans le seul endroit où elle se sent chez elle, sur l'île de Graskär, une île dont elle a hérité de ses parents. Son père y était gardien de phare et elle y a passé son enfance. Elle n'a pas peur de s'y retrouver seule avec son fils bien que cette île, soit surnommée par les gens du pays, "l'île aux esprits" : elle serait hantée par des gens ayant habités l'île, et donc morts depuis des années.

 

Quelques jours plus tard, la police retrouve Mats Sverin assassiné. Il était revenu vivre à Fjällbacka depuis quelques mois, abandonnant son ancien travail pour revenir vers sa ville natale. Lorsque  Patrick Eldström et son équipe tentent d'en savoir plus sur son passé, ils se heurtent à un mur de silence. 

Mais il se trouve que, juste avant de mourir, il est allé rendre visite à Annie, son amour d'adolescent.

 

Erica, malgré la naissance de ses jumeaux, ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête, en parallèle de celle de Patrick. Elle connaissait bien Mats car elle était en classe au lycée avec lui et avec Annie. 

Elle tente aussi d'aider sa soeur qui a perdu son bébé...

 

L'enquête piétine :  Mats n'avait aucun ennemi, tout le monde l'aimait. Seul son ancien travail, dans une association d'aide aux femmes battues, aurait pu lui attirer des ennuis.  

 

La plupart des hommes qui battent leur femme ou leurs enfants ne comprennent pas qu’ils agissent mal. A leurs yeux, c’est la femme qui est en tort. Il s’agit de pouvoir et de contrôle. Et, s’ils menacent quelqu’un, ce sont les femmes, pas les structures d’accueil.

 

Ce que j'en pense...

 

Comme d'habitude, l'auteur s'amuse avec ses lecteurs : rebondissements, flashbacks, ennuis familiaux...

Mais cette fois, elle distille aussi un petit brin de fantastique. En effet, en parallèle avec l'histoire, le lecteur découvre la vie quotidienne d'Emelie, venue vivre sur "l'île aux esprits "au XIXe siècle, dès son mariage avec le gardien de phare de l'époque. Très seule et isolée de tous, maltraitée par son mari, elle trouve un réconfort dans la présence silencieuse des esprits qui l'entourent, vivent sur l'île avec elle et, lui parlent.

Annie, revenue vivre sur l'île, voit elle aussi réellement les esprits et croise des personnes disparues depuis fort longtemps qui ont habité l'île...dont justement, Emelie et son fils. Ils semblent d'ailleurs vouloir la mettre en garde et lui dire quelque chose qu'elle ne comprend pas. 

 

Comme d'habitude, Camilla Läckberg sait parfaitement analyser ses personnages avec beaucoup de finesse psychologique, nous donner envie d'en savoir davantage sur eux et sur leur vie quotidienne. 

La thématique générale du roman est la violence faite aux femmes et aux enfants. En plus d'Annie, qui a fuit la violence de son mari qu'on retrouvera assassiné, le lecteur va croiser des femmes, prêtes à retourner vivre avec leur bourreau pour apaiser leur culpabilité ; à vivre cachées loin de leur pays et de leur famille ; des fratries brisées comme Viviane et son frère Anders qui n'arrivent pas à oublier leur enfance meurtrie par leur beau-père ; sans oublier bien sûr, Emelie et son fils Gustav  qui ont vécu dans un autre siècle mais cloîtrés sur l'île, sans avoir le droit ni de voir personne, ni d'en sortir.


 

On jouait aux billes et au foot à la récré. On était des enfants. C’était tout simple. Aujourd’hui, tout le monde est tellement pressé d’être adulte. Il faut fumer, baiser, picoler et je ne sais pas quoi d’autre encore avant même d’entrer au collège…

 

Une autre thématique abordé dans le roman est la difficulté de faire son deuil qui peut aller jusqu'au déni.

Mais je ne vous en dirai pas plus, de peur d'en dévoiler un peu trop...

 

Voilà...ce titre est le dernier roman de la série que je lis. Sans nul doute je lirai le prochain opus sans problème, quand il sortira (peut-être l'an prochain). Je ne suis pas encore lassée !

Il faudra bien qu'un jour ou l'autre l'auteur trouve une façon de clore la série mais en attendant, même si ce roman aborde un thème difficile, cette lecture reste une excellente lecture de vacances. 

 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 05:44
La sirène / Camilla Läckberg

Comment avait-il pu se leurrer ainsi ? Il avait vécu retiré pendant tant d'années qu'il s'était cru autorisé à sortir à nouveau. Même en recevant les lettres, il avait continué à se persuader que c'était fini, qu'il ne craignait plus rien.

 

Comme je vous l'ai dit, en vacances et avec la chaleur, je ne lis que des romans de détente, facile à lire mais plaisant et les romans policiers ont donc une place privilégiée dans ma pile de l'été.

 

J'avais promis de terminer la série de Camilla Läckberg et "La sirène" est l'avant-dernier titre que je n'ai pas lu. Donc bien sûr lorsque je l'ai trouvé à la médiathèque ainsi que celui qui lui fait immédiatement suite, "le gardien de phare" je les ai emporté tous les deux !

 

Alors que mère s'approchait, père s'accroupit devant lui. Ses yeux étaient grands ouverts et effrayés quand il dit à voix basse, le visage tout près du sien : "On ne parlera jamais de ça. Et si jamais tu recommences, je te chasserai tellement vite que tu n'entendras même pas la porte claquer derrière toi. Compris ! Tu ne la toucheras plus jamais."

 

Tandis que Patrick Hedström et son équipe tentent de résoudre la mystérieuse disparition de Magnus Kjellner afin d'apporter des réponses à sa famille (A-t-il été enlevé ? Est-il parti de son plein gré ? Est-il mort ?), Erica Fälck aide Christian Thydell à publier son premier roman, intitulé "La Sirène", qui s'avère être un grand succès dès sa sortie.

Christian est nerveux lors des interviews mais bientôt Erica découvre que c'est en fait parce qu'il reçoit régulièrement des lettres anonymes de menace depuis qu'il a commencé à écrire.

Erica, enceinte de ses jumeaux, n'aime pas rester en marge d'une affaire. Sa curiosité naturelle la pousse toujours à chercher à en savoir plus. Alors, elle en subtilise une et décide de chercher à percer ce mystère d'autant plus qu'elle voit bien que cela met Christian dans un embarras croissant et que l'angoisse monte de plus en plus. 

Mais voilà qu'on retrouve le corps de Magnus pris dans la glace. Il a été assassiné, cela ne fait plus aucun doute. Or les deux hommes étaient amis.

Quel rapport y-a-t-il entre l'assassinat de Magnus et les lettres anonymes reçues par Christian ? 

Alors que l'enquête piétine, des accidents surviennent parmi les proches, suffisamment graves pour inquiéter tout le monde... 

 

Depuis la veille cependant, elle se perdait en conjectures. Était-ce à cause de cette ombre qu'il n'était plus là ? Quelle en était l'origine ? Pourquoi ne lui en avait-il pas parlé ? Elle avait cru qu'ils se disaient tout, qu'elle savait tout de lui, comme il savait tout d'elle. Et si elle s'était trompée, si elle avait vécu dans une totale ignorance ?

 

C'est un des meilleurs de la série. Le suspense est incroyable et les ficelles déjà utilisées par l'auteur dans ses autres livres,  se font vite oublier !

Je comprends que certains lecteurs se lassent puisqu'il est vrai que maintenant on connaît toutes les ficelles. Mais c'est justement ce qui est rassurant et...reposant en vacances. 

Le lecteur entre dans la vie de quatre couples amis, qui ont chacun leur façon de fonctionner...Comme d'habitude,  l'auteur va croiser deux époques. Le présent, dans les chapitres qui constituent le corps du roman et de courtes digressions qui reviennent sur des événements passés qui, peu à peu, permettent au lecteur de comprendre des éléments de l'histoire du personnage central.

Bien sûr, j'avais deviné certaines choses mais, cette fois, je reconnais que la fin m'a bluffé car je ne m'attendais pas du tout à ça ! 

Il faut dire qu'avec Camilla Läckberg on pénètre en douceur dans la psychologie des personnages. Elle est très fine en matière de détails et d'analyse de ces personnages. Je pense que son roman est suffisamment bien documenté pour que ce qu'elle nous propose comme explication, soit plausible.

En tous les cas, elle implante ses personnages dans la vraie vie, nous les décrit avec humour et beaucoup de justesse... c'est ce qui fait je crois le succès de sa série. 

J'aime la façon dont elle nous livre ses personnages, tels quels avec leurs défauts et bien sûr leurs grandes qualités. Ils sont si humains et si proches de nous !

Seul bémol, les frasques d'Erica enceinte de ses jumeaux pourront en lasser certains. Mais ce sont de très courts passages qui reviennent assez fréquemment au cours du roman. Pourquoi met-elle ainsi sa santé en danger et pourquoi cache-t-elle toujours à Patrick qu'elle enquête par derrière ?

Moi je la trouve vraiment incroyable !

Comme chaque fois la toute fin du livre nous donne envie d'en savoir plus (une façon de préserver l'envie du lecteur de connaître la suite). Mais cette fois-ci le suspense monte d'un cran et là, je reconnais que pour la première fois je suis très contente d'aborder le tome suivant dans la foulée...

Donc, vous saurez la suite très vite, puisque je suis déjà en train de la lire ! 

 

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard /Série Noire 2016

Gallimard /Série Noire 2016

 

Ce roman est présenté comme la suite du roman intitulé "Du sang sur la glace" que j'ai chroniqué sur le blog (voir le pertinent commentaire de Domi en dessous de cette chronique, à propos de l'emploi ce "verbe"...) et qui m'avait permis de découvrir l'auteur. En fait, même s'il reprend certains personnages du roman précédent, les deux titres peuvent se lire séparément sans soucis. 

 

Nous voilà partis au fin fond du Finnmark, la province la plus au nord de la Norvège, le pays des "Samis", une région sauvage et désertique où les habitants ont des croyances ancestrales : ce sont tous ou presque des laestadiens.

Là-bas, la violence conjugale n'affole personne et les mariages arrangés sont légion. Mais la culture same est en perdition et les habitants ont de plus en plus de mal à vivre de l'élevage des rennes ou de la pêche en mer.

Aussi tombent-ils fréquemment dans les pièges de l'alcool. 

Les jeunes d'aujourd'hui ne veulent que des boissons gazeuses, du coca. Des scooters des neiges. Des hot-dogs. La gnôle, la pulka et la viande de renne, tout ça, bientôt, ce sera terminé. Nous sommes en perdition. Eh oui.

Je descendis de l'autocar au milieu de la nuit. Plissai les paupières face au soleil. Il lambinait au nord, au-dessus d'une île. Rouge, éteint. Comme moi. Derrière lui, encore de l'eau. Et ensuite, le pôle Nord. Peut-être était-ce là un lieu où ils ne me trouveraient pas.

 

Un autocar s'arrête à Kasund, dans un minuscule village du bord de mer. Jon Hansen en descend. Il fuit Oslo...

Devenu recouvreur et liquidateur pour le plus gros trafiquant de drogue d'Oslo, que tous appellent le "Pêcheur", Jon a eu le culot d'empocher la prime sans supprimer la cible... mais la cible au lieu de disparaître, a parlé. Il faut dire que Jon avait des circonstances atténuantes car d'une part, il n'avait jamais tué un homme et d'autre part, il avait besoin de cet argent pour faire soigner sa petite fille atteinte de leucémie. 

 

Maintenant c'est trop tard pour avoir des regrets et le voilà arrivé au bout du pays avec la mort aux trousses... En chemin, il a changé de nom et est devenu Ulf. 

Dans ce village du bout du monde, il découvre qu'une autre vie est possible : les habitants bien que très méfiants sont prêts à rendre service. C'est le cas de Léa qui a perdu son mari en mer et de son fils Knut, un gamin qui adore qu'on lui raconte des blagues.

Un certain bonheur s'installe, fait de vie quotidienne, d'espoirs, d'échanges culturels avec les habitants. Peu à peu son destin à lui, sans qu'ils le réalisent, va influencer le leur, imposant de modifier leurs habitudes et leurs croyances. 

Car le Pêcheur n'oublie jamais...

 

Rien de pire qu'une balle dont on ne sait pas quand elle va arriver...

 

C'est un thriller court mais passionnant et bien rythmé qui se lit presque d'une traite. Il est empreint d'humour et l'intrigue est plaisante et bien menée.

L'auteur nous livre ici une sorte d'hommage aux grands maîtres du roman noir américain qui l'ont inspiré et lui ont permis d'être connu dans le monde entier pour sa série des aventures de l'inspecteur Harry Hole (que je n'ai encore jamais lu). 

 

Je me souviens que je me fis la réflexion que j'avais vu plus de ciel pendant mes jours et mes nuits ici que pendant toute ma vie.

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 06:41
Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

Denoël / Collection "Sueurs froides", 2016 / Prix Landerneau Polar 2016

 

Voilà le second thriller de Sandrine Collette que je lis. Depuis le printemps dernier, suite à la lecture de son roman "Des noeuds d'acier"  que j'ai chroniqué que ce blog, plusieurs titres de cet auteur sont dans ma liste à lire et je ne m'étais pas encore décidée pour l'un d'entre eux...

 

C'est chose faite avec son dernier roman paru en janvier dernier.

 

L'histoire

 

Au fin fond des paysages arides et sauvages de Patagonie, celle qu'on appellera tout au long du roman, la mère, tente d'élever seule ses quatre fils depuis que son mari est parti...

Il y a d'abord les jumeaux, Joachim et Mauro, puis celui que tous surnomme "le débile", Steban, parce qu'il a perdu la voix après avoir assisté à une scène particulièrement choquante et enfin le petit dernier, Rafael, enfant maltraité par ses frères et maudit par sa mère pour être né quelques mois seulement après le départ du père...

 

Des quatre fils, il [Rafael] est le meilleur cavalier. C'est pour cela que la mère lui confie de plus en plus souvent la surveillance des bêtes, pour cela, et parce qu'elle peut l'envoyer seul, lui que ne demande jamais que ses frères l'accompagnent...
Au début Mauro le suivait à cheval, étrier contre étrier jusqu'à la grande barrière. Un silence effrayant, de ceux qui précèdent les tempêtes. Son regard brutal sur Rafael, sur le porte-fusil sanglé à la selle_ à croire qu'il allait s'en saisir, épauler. Tirer. Pan.

 

La mère est la seule dans la région à tenter de survivre en élevant comme avant du bétail de toutes sortes, la plupart des estancias aux alentours se contentant d'élever des brebis pour la laine, afin de tenter de faire face aux gros domaines qui se développent un peu partout.

Mais sur ses terres arides et battues par les vents, les bovins peinent à engraisser et ne rapportent que peu d'argent.

 

Malgré sa fierté d'être propriétaire du domaine, la mère n'en peut plus des journées épuisantes et sans fin qui lui permettent à peine de faire vivre sa famille dans la misère. 

Elle a pourvu toute seule à l'éducation de base des enfants, et ils savent tous lire et compter. Mais ils sont taiseux, violents et sauvages. Il faut dire qu'elle les tyrannise, distribue les coups, leur interdit tout plaisir, sans jamais leur donner d'affection ou de gestes tendres. Elle doit se faire obéir à n'importe quel prix et n'accepte aucune discussion. Même les grands la craignent...et leur vie de jeunes gens tourne uniquement autour des animaux et du travail harassant de la ferme. 

 

Pourtant avec son oeil de mère toujours à l'affût, elle les connaît bien et enregistre tout et, à sa façon, elle les protège du monde extérieur et de ses tentations.

Elle seule descend donc à la ville pour acheter des vivres, voir le banquier et lorsqu'elle en ressort folle de rage car elle n'a plus rien malgré le travail quotidien, elle part boire un coup tout en s'adonnant au poker pour se consoler. 

 

Un jour, elle perd toutes ses économies au poker et pour se refaire, elle joue son fils, Joachim... et perd. 

Resté seul, Joachim s'assied sur son lit. Mauro lui manque, et la mère, et même le petit et l'autre débile ; il voudrait pleurer pour enlever la boule de sa gorge, respirer mieux. Mais rien ne vient, qu'une sécheresse qui lui fait frémir le cœur et lui laboure les joues, quelque chose de mort dans sa poitrine, parce que tous aussi, à l'estancia, ont refermé la porte sur lui. Il espérait...il a attendu en vain.

 

 

Joachim va vite se rendre compte que la liberté a parfois du bon, que son travail moins harassant qu'auprès de la mère est rémunéré, et que les étrangers lui accordent plus d'attention que ne l'a jamais fait sa propre famille depuis toujours...

 

Pendant ce temps, à l'estancia, la situation empire parmi la fratrie et Mauro, le second jumeau qui ne supporte ni la séparation d'avec son frère, ni le geste de la mère,  s'en prend de plus à plus souvent à Rafael qu'il déteste pour n'être pas encore capable d'assurer sa charge de travail.

La tension monte inexorablement...

 

Mais des événements imprévus vont modifier le cours des choses. Rafael va garder espoir et croire, dans sa naïveté de jeune garçon, qu'il pourra apporter un peu de joie et de légèreté dans la famille...

Mais est-ce le bonheur qui va enfin entrer au coeur de l'estancia ou l'enfer sur terre ? 

 

Vous le saurez en lisant ce palpitant thriller psychologique...

 

Il joue à nouveau avec l'eau, la bouscule, à marche forcée, et sort sur la rive, revient en bondissant, jusqu'à ce que la pression sur ses jambes le déséquilibre et le fasse tomber. Alors le cœur battant, essoufflé d'avoir trop ri et trop braillé, il se laisse flotter à quelques mètres du bord, surveille qu'il a toujours pied. La lumière l'exalte, ricoche sur le lac, sur les bosquets, sur le presque sable. Il ferme les yeux et une étrange mélodie vient le bercer...

 

Ce roman est terrifiant tant il semble au lecteur toujours se situer sur un fil ténu entre la haine et la violence, voire l'absence totale d'humanité des personnages, et d'autre part, l'attachement puissant qu'ils ont à cette terre hostile et inhospitalière, où ils ne connaissent que souffrance physique et accumulation de malheurs, une terre façonnée par les vents glacials et incapable de les faire vivre convenablement.

 

Les personnages sont tous dépeints avec beaucoup de psychologie ce qui fait de ce roman un roman social, proche du témoignage, mais aussi un thriller haletant, qui se lit d'une traite et où le lecteur est malmené comme le sont les personnages, persuadé qu'il n'y aura point d'issue heureuse à ce terrible huis-clos familial. 

 

Le personnage de la mère est sacrée. Aucun ne se permet de la juger : elle est LA MÈRE, un point c'est tout. Elle gère l'estancia, leur attribue leur criollos quand ils en ont l'âge, répartit les tâches quotidiennes, prépare les repas et ne prend jamais parti pour défendre l'un ou l'autre des frères.

 

Peut-être aurait-elle dû accepter, pour les selles. Ce refus-là a été de trop, elle le sent bien. Mais faire marche arrière à présent, impossible, ils auraient la main sur elle, définitivement, et ils demanderaient encore plus. Des têtes de cochon, voilà ce qu'elle a récolté, et pourtant, elle a joué de la trique, mais il en fallait davantage, semble-t-il, et elle a eu l'âme trop sensible...

 

Les paysages sont décrits avec une justesse incroyable et beaucoup de poésie. Le lecteur galope aux côtés des criollos, crinières au vent, ces puissants chevaux qui savent rabattre les bêtes du troupeau pour les ramener vers l'estancia et qui sont indispensables à la survie des exploitations.

 

C'est un roman très fort et très dur qui se dévore d'une traite et que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la dernière page, mais même alors, une fois le roman refermé, les personnages nous poursuivent comme nous poursuivent le vent, le silence et la solitude de la steppe...

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 08:50
Actes sud junior (2013)

Actes sud junior (2013)

Jill, 15 ans, voudrait être une adolescente comme les autres...

Mais suite à une maladie, elle est devenue aveugle. Elle est scolarisée dans un institut spécialisé pour jeunes aveugles où elle poursuit brillamment ses études.

En pleine crise d'adolescence, un soir où ses parents la laissent seule avec sa petite soeur, elle se rend au parc, escalade la grille, et surprend une bagarre. Ce qu'elle entend lui glace le sang : deux voix d'hommes menaçent un troisième, puis des coups, et enfin, une voix faible appelant à l'aide.

 

Mais son escapade tourne mal, en voulant se dépêcher de descendre pour porter secours, Jill perd l'équilibre, tombe brutalement sur le dos et se blesse. Lorsque les pompiers arrivent sur les lieux, pas de trace d'un quelconque blessé à terre. Personne ne la croit : elle est simplement choquée, disent les médecins, la devinant fragile sous ses airs bravaches, et ils lui prescrivent du repos, avant tout.

 

Mais à partir de ce jour-là, pourtant, rien ne sera plus comme avant... 

Quand Jill dort, elle se met à rêver en couleur (le lecteur sait que c'est impossible), voyant des lieux très détaillés dont elle n'a pourtant aucun souvenir précis, et des gens qu'elle ne connaît pas, dont un mystérieux garçon au sweat bleu.

Ces rêves sont-ils prémonitoires ?

Un jour de shopping avec Ada, sa meilleure amie, voilà qu'elle se retrouve en plein coeur de son rêve et que leur route croise celle du garçon !

 

Alors il n'y a plus qu'une solution pour la petite équipe de mal voyants qui constituent ses seuls amis : mener l'enquête. 

Les jeunes vont se retrouver dans un beau pétrin, au coeur d'un vol non élucidé et face à de dangereux malfaiteurs...

Et de plus le mystérieux garçon, dont maintenant ils connaissent le nom, est en danger...de mort. 

Jill n'a plus qu'une idée en tête, fuguer pour tenter de le sauver.

C'est un thriller très prenant qui nous plonge dans l'univers sombre des malvoyants et nous fait vivre de l'intérieur leur "vision" du monde.

L'intrigue est très prenante et bien ficelée, même si elle est sans surprise. L'intérêt principal du roman réside ailleurs.

 

Avant d'écrire cette histoire, Jo Witek a séjourné à l'Institut National des Jeunes Aveugles et s'est imprégnée de l'ambiance de cette école. Elle a pu observer ainsi le comportement des jeunes, ainsi que leur façon de devenir autonomes...

On sent que ses personnages sonnent juste, que ce soit Jill ou les personnages secondaires. 

Les relations amicales entre jeunes sont celles de tous les ados, mais l'auteur fait preuve de beaucoup de psychologie pour décrire les relations familiales particulières, les inquiétudes des parents et les tensions ou complicités au sein de la fratrie.

Et le monde des voyants en prend pour son grade....

Cela donne beaucoup de véracité au récit. 

Jill est très attachante. Et même si elle présente quelques difficultés à appréhender le monde autour d'elle, elle nous surprend maintes fois dans ce roman par sa perspicacité, sa ténacité et son courage. 

Un roman très intéressant pour les ados à partir de 13 ans. 

 

 

Extraits de "Rêves en noir"

Jo Witek a démarré sa carrière en étant comédienne et conteuse. Puis elle s'est mise assez rapidement à l'écriture de scénarios, puis à la presse écrite.

Elle a ensuite commencé à écrire essentiellement pour la jeunesse et pour les ados. Elle écrit aussi bien des romans que des documentaires, parus aux Éditions de la Martinière Jeunesse.

"Rêves en noir" est son second thriller après "Peur express" que j'avais beaucoup aimé en 2012. 

Elle réside actuellement à Pézenas dans le Languedoc.

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