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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 06:10
Éditions du Rouergue, 2016

Éditions du Rouergue, 2016

Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.

 

Prune et Merlin se sont éloignés de la ville pour s'installer en campagne dans une vieille maison à retaper du Sud-Ouest, mal fichue mais pleines de promesses lorsqu'ils auront pu enfin y faire tous les travaux nécessaires. C'est exactement  la maison qu'ils ne voulaient justement pas acheter. 

En attendant, Merlin installe son atelier, un endroit indispensable pour le dessinateur, auteur et aquarelliste animalier de talent qu'il est. Il a en particulier écrit et illustré une série de BD à succès, Wild Oregon et en est déjà au XIIIe tome. 

 

Le couple coule des jours heureux mais la vie sait particulièrement être cruelle. Voilà que Laurent, son meilleur ami meurt subitement.

Le monde de Merlin s'écroule. Au-delà du chagrin, il ne sait pas comment se remettre à écrire car Laurent lui a inspiré le personnage de Jim Oregon, le héros de sa BD. Un personnage bien présent, donc, sorte d'ours solitaire mais très attachant, dont le seul défaut est d'être un peu porté sur la bouteille.

L'inspiration s'envole et Merlin ne sait plus comment faire vivre son héros, s'il doit poursuivre sa série ou tout arrêter... 

 

Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.

 

Mais Laurent qui connaissait bien Merlin, lui a laissé un testament dans lequel il lui demande de faire en sorte que son personnage (Jim Oregon, donc) vive une intense histoire d'amour avant de disparaître... 

Et en plus de lui faire rencontrer le grand amour, Laurent demande à Merlin de se débrouiller pour que pour cette unique fois de sa vie, il ne gâche pas tout, comme il a su si bien le faire de son vivant.

Comment transformer un personnage solitaire et bourru en amoureux transi, soit-il dans une BD ?

Merlin ne sait plus que faire et s'enlise chaque jour davantage, sans pouvoir écrire à nouveau ou dessiner, une seule page...

 

Je vais mal, ils vont mal. Je vais bien, ils vont bien. Et réciproquement. C’est là que ça devient difficile à comprendre.
[Merlin parlant de ses personnages de BD]

 

Vous l'aurez compris, une facette du roman concerne le problème de la création artistique...et l'ingérence de la fiction dans la réalité. L'auteur s'amuse à nous faire passer d'un monde à l'autre et lorsque le personnage de la BD prend le pas sur la réalité, le roman bascule dans le loufoque...

Comme vous l'avez deviné aussi, Merlin est un enchanteur et un vrai. Il est si humain et terriblement attachant ! Sa façon de transformer sa vie en planche de BD est absolument unique. 

 

Le personnage de Prune n'existe qu'à travers le regard de Merlin. Elle est là et bien présente et c'est important pour lui. Il l'aime et elle le lui rend bien. Elle installe le nid, décore la maison, repeint les murs, bêche le futur jardin potager mais Merlin est tellement en dehors du réel, qu'il croit qu'elle creuse une piscine...

Les personnages secondaires ne sont pas en reste : excentriques, colorés, réalistes mais un brin déjantés eux-aussi ! Ma préférence va bien évidemment à l'oncle Albert qui, à bientôt 93 ans, décide de se séparer de sa femme devenue insupportable pour couler des jours heureux avec une vieille femme de son âge, pleine d'humour et de tendresse.  

Le style est enlevé mais très poétique.  Les chapitres très courts sont bien rythmés et le texte est étayé d'extraits de BD et de dialogues écrits ou rêvés...

 

C'est un roman drôle et tendre, dans lequel on entre comme si on rendait visite à des amis. Il n'a pourtant rien de superficiel. On y trouve de vraies réflexions sur la vie, la mort,  le temps qui passe, l'amour et le couple, et l'importance de l'amitié. 

On y retrouve aussi l'humanité et la bienveillance chères à l'auteur. 

 

Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abîmes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.

 

Je connais peu Marie-Sabine Roger pour ses romans d'adulte car je n'avais lu jusqu'à présent que "Trente-six chandelles" l'année dernière et "Vivement l'avenir", au tout début de mon blog.

Par contre, je l'adorais dans ses écrits de jeunesse.

J'ai eu un immense plaisir à lire ce dernier titre et je remercie Mousse de me l'avoir conseillé.

Malgré la tristesse du sujet et l'émotion omniprésente, c'est un livre qui vous mettra de bonne humeur et qui se lit avec le sourire, voire pour certain passage en riant carrément, ce qui ne fait pas de mal. 

 

Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:13
Actes sud 2013

Actes sud 2013

D'abord viennent les images. La première suit le hurlement d'une sirène en pleine nuit. Dehors, de l'autre côté de la fenêtre, dans le champ étroit entre les bâtiments, des ombre mouvantes, ployées. Une ombre atteint la baraque, y pénètre. Mila ne regarde pas...elle fixe la femme. Le visage de la femme. Les os...

 

"Kinderzimmer" est un roman très dur mais qu'il est indispensable de lire.

Il raconte le quotidien de femmes déportées et enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Suzanne Langlois, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour témoigner de ce qu'elle a vécu dans les camps. Comment peut-elle répondre aux questions de ces jeunes avides de savoir, en restant au plus près des faits historiques, mais tout en préservant une part de leur insouciance...

 

Tenir du charbon, cette masse noire, grasse et friable, c'est tenir un coeur dans ta paume. Mila se demande combien d'heures de vie supplémentaire contient chaque morceau...

Dehors il fait un temps splendide. L'année dernière on dit qu'il a neigé jusqu'en juillet. Mais le ciel est clair en ce mois de juin, transparent, figé dans une éternité de bleue de cobalt. Un temps à pique-niques. A baignades...

 

Sous le nom de Mila, elle faisait partie d'un réseau de résistants parisiens.

Lorsqu'elle est arrêtée en 1944, elle est enceinte et a juste 22 ans.  

Parmi les quarante mille femmes, venues de toute l'Europe et détenues au camp de Ravensbrück,  Mila vient d'arriver lors du dernier convoi...une petite jeune femme perdue au milieu de l'horreur.

Dès les premières heures, elle pressent qu'elle va devoir se cacher et taire sa grossesse. Elle a peur. Elle ne sait rien de ces choses-là. Personne ne lui a expliqué comment se déroulait une grossesse, une naissance...mais si elle parle, elle meurt.

 

Alors il lui faut supporter comme les autres, l'appel de nuit avant 4 heures du matin dans le froid, les bagarres et les vols, les maladies dont personne ne sait jamais rien mais qui emportent ses camarades de baraquement, la saleté, la puanteur des locaux et des corps, et...la faim insoutenable.

 

Mais entre certaines femmes la solidarité se met en place et l'une d'entre elles va découvrir la grossesse de Mila et chercher à l'aider.

Mila découvre alors la "Kinderzimmer", la chambre des nourrissons, un endroit où les bébés sont abrités loin de leur mère, où la plupart meurent, de faim, de froid, ou de manque de soins mais où certains survivent.

Pour Mila, il y a cet espoir, certes ténu, mais bien réel...garder son enfant, le mettre au monde tient du miracle, mais devient sa raison de vivre et de se battre jusqu'au bout... pour lui.

 

Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

Un roman-témoignage grave et bouleversant dont on ne peut, en tant que femme mais aussi d'être humain, sortir indemne tant il est éprouvant...

Le lecteur voit tout de suite que l'auteur sait de quoi elle parle et que la fiction ne peut en aucun cas faire oublier les faits. L'écriture dépouillée et sans détours inutiles nous plonge dans l'horreur. 

 

Je ne vais pas vous sortir des chiffres, vous dire combien ont été internés, hommes, femmes ou enfants dans ces camps, combien y ont laissé leur vie et combien en sont revenus. Car les chiffres pour effroyables qu'ils soient, ne disent rien...

Les romans, les témoignages, les faits, les mots eux, qu'ils soient fictions ou témoignages, nous parlent davantage...même s'ils ne nous épargnent pas, même s'ils sont insoutenables.  

 

Un livre fort, indispensable, pour ne jamais oublier... 

 

 

Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. Ou plus exactement : tu nous as fait peur. En fait ils ont peur d'elle. De ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre. Ils disent nous aussi on a eu faim, et froid. Elle sait que c'est elle qui doit revenir au monde, leur monde, reprendre la vie où elle l'a laissée, où ils la lui ont laissée. Comme avant...

 

Je sais que certains d'entre vous ne veulent pas lire de livres sur ce sujet et je respecte leur choix, mais pour moi, il est indispensable à l'approche du 8 mai, de ne pas oublier les horreurs de la dernière guerre, ceux qui ont vécu cet enfer des camps, y ont perdu la vie, ou qui en sont revenus, meurtris à jamais.

 

Un autre avis à lire sur le blog de Violette...

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 06:19
Mercure de France, 2016

Mercure de France, 2016

Le soir même, je me met à pleurer et Paul me console. Il me répète : Tu pars quand tu veux. Mais ce que je veux, c’est rester avec lui et retrouver Vincent, aller jusqu'au bout du voyage et rentrer demain. Partir, rester.

 

Lili a 20 ans au début des années 80 lorsqu'elle embarque sur le Horus avec son frère Paul.

Lili et Paul ont toujours été très proches. Lui quitte sans regret Alice, la jeune femme qu'il aime, n'espérant pas qu'elle attende son retour. Lili, elle, vient de tomber amoureuse de Vincent et regrette déjà de le laisser derrière elle...mais elle a besoin de se sentir libre, loin de toute attache familiale. Faustine, la meilleure amie de Lili les accompagne et tous trois doivent retrouver Benjamin à Dakar qui les aidera à faire la traversée.

 

Paul a beau avoir toujours été passionné de voile, traverser l'Atlantique, même en passant par la côte africaine et le Sénégal, ce n'est pas pour autant de tout repos.

Il faut essuyer des tempêtes et d'un port à l'autre, les étapes sont parfois plus longues que prévues et toujours éprouvantes. 

Aussi personne n'a le temps de s'ennuyer : ils lisent, écrivent et rencontrent aux escales des tas de gens avec qui ils sympathisent le temps de quelques dîners ou autres soirées communes. Parfois ils font même un petit bout de chemin (enfin de voilier je devrais dire) ensemble ou s'installent dans des coins paradisiaques.

 

Pourtant les absents sont très présents et Lili va devoir se résoudre à rentrer à Bordeaux, où elle doit retrouver Vincent.

Mais alors que son frère Paul continue seul son périple, elle va découvrir que ce qu'elle a vécu lors de cette traversée, l'a transformé à tout jamais...

Pourra-t-elle retrouver une vie dite "normale" ?

 

Un bonheur sourd m'empêche de trouver le sommeil. L'impatience que j'éprouvais, enfant, me revient. C'était l'été, le soir, dans mon lit ; j'essayais de fermer les yeux sans succès, la perspective de la journée suivante me débordait.

 

Ce livre au rythme très lent est un roman initiatique.

Ne vous attendez pas à lire une odyssée ou un récit de voyage palpitant...il n'en est rien ! 

Cette jeune femme qui raconte de manière quasi linéaire son voyage, n'est qu'un prétexte pour l'auteur de parler d'elle, de cette jeune femme qu'elle a été, constamment en proie à des doutes existentiels et à un sentiment de manque.

Partagée entre deux cultures, Lili devra enfin se résoudre à dire les mots que personne n'a jamais voulu prononcer, à parler avec son père de l'exil qui a marqué sa famille et l'a conduit à ne jamais se sentir pleinement bien, là où elle se trouve...car à n'être jamais nulle part à sa place. 

 

C'est donc un beau sujet pour un roman intimiste qui nous montre les faiblesses de cette jeune femme, ses interrogations et ses doutes alors qu'à plus de vingt ans, elle n'a pas encore trouvé sa place ni affectivement, ni professionnellement et qu'elle se cherche encore...

 

Ce roman est facile à lire et ceux qui aiment la voile et la mer, y trouveront leur compte car beaucoup de passages relatent les manoeuvres et les difficultés de navigation, liées aux aléas du climat local. 

Moi je l'ai trouvé simplement facile à lire. Le ton sonne toujours juste et j'ai été touchée par cette jeune femme adulte certes, mais encore si fragile.

J'aurais aimé par instant davantage de profondeur...mais ce roman ne montre-t-il pas, tout simplement, l'insouciance qui est le propre de la jeunesse ?

C'est le premier roman que je lis de cet auteur et j'avoue que j'aimerais bien poursuivre encore un peu le voyage auprès d'elle.

 

Les trois bateaux se sont retrouvés, nous nous mettons à la cape pour passer la nuit loin des récifs et approcher au matin. j'aime quand on fait ça, qu'on immobilise le bateau sans jeter l'ancre car la chaîne n'y suffirait pas, juste avec le foc à contre-vent. J'aime l'idée que le bateau se stabilise, se transforme en îlot.

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:30
Grasset, 2016

Grasset, 2016

J'ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
Je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné (...)
Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon(...)
Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question.

 

Cet essai, écrit par un amoureux de la langue française, débute par une carte...celle de tous les lieux dont il va nous parler dans son livre avec une mention spéciale pour trois endroits, le Congo où il est né et qui est le "lieu du cordon ombilical", la France où il a étudié qui est la "patrie d'adoption de ses rêves" et les USA et en particulier la Californie, "un coin depuis lequel je regarde les empreintes de mon errance", un lieu où il enseigne la littérature en faisant salle comble à chacune de ses interventions...

Dans ce livre qui se lit comme un roman, Alain Mabanckou nous fait voyager d'un pays à l'autre, d'un lieu à l'autre et d'une rencontre à une autre,  tout en nous contant comme il sait si bien le faire mille anecdotes toutes plus émouvantes, amusantes, surprenantes les unes que les autres.

 

Que ce soit dans un colloque, une conférence, une table ronde, un avion ou lors d'un festival...et même dans la rue, il nous fait part de ces rencontres qui l'ont marqué, lui ont parfois apporté des réponses ou ont été source d'inspiration pour ses romans.

Ainsi il lui est arrivé de s'endormir en pleine conférence alors qu'il attendait depuis longtemps d'écouter la parole de Le Clézio sur les peuplades oubliées dans le monde, d'interviewer dans l'avion de retour, Edouardo Manet,  de partager des recettes de cuisine avec Dany Laferrière rencontré à Montréal ou de discuter dans la rue, de sa descendance africaine avec un clochard de La Nouvelle-Orléans. 

 

Ce livre est un véritable hommage à la langue française, cette langue qu'il aime tant. Il nous prouve que le français n'appartient pas qu'à la France (c'est la seconde langue parlée dans le monde après l'anglais) et que la poésie est toujours vivante même si elle connaît une désaffection évidente. Elle apparaît aussi dans les romans que nous aimons, les contes que nous lisons à nos enfants, les pièces de théâtre que nous allons voir... "c'est le parfum qui enveloppe notre inspiration" dit-il dans la vidéo que je vous ai mis en bas de page. 

 

Mais au-delà de la langue c'est de culture qu'il nous parle...car la langue véhicule des pensées et des émotions différentes selon l'endroit, l'âge, ou le métier des personnes croisées. 

 

Nous rencontrons avec lui des gens célèbres :  Le Clézio, Edouard Glissant, Gary Victor, Dany Laferrière, Henri Lopes, Camara Laye, Mongo Beti, Bessora, Jean-Joseph Rabearivelo, Jacques Rabemananjara, Rachid O., Ernesto Sabato, Léonardo Padura, Jean Métellus et plein d'autres comme par exemple Sony Labou Tansi (Marcel Sony), un professeur d'anglais qui écrit en français dans son cahier à spirales...

Nous croisons aussi de parfaits inconnus qui ont en commun avec nous, d'aimer la langue française, ou des francophiles comme Douglas Kennedy qui prendra des cours de français pendant des mois, pour maîtriser la langue et pouvoir la parler avec les francophones rencontrés lors de ses voyages. 

 

Mais c'est avant tout, une sorte d'autobiographie où  Alain Mabanckou nous raconte sa vie à travers les autres...

On retrouve avec plaisir sa bienveillance, le ton non dénué d'humour, où la tolérance et le plaisir de la découverte de l'autre priment. 

Vous l'aurez compris c'est un livre empli de fraternité et d'humanité à lire que vous soyez amoureux de la littérature et de notre langue ou pas.  

Il se lit comme une longue confidence et tout au long de sa lecture vous aurez l'impression que c'est un ami qui nous parle de ses passions, de ses espoirs, et de ses découvertes.

De plus, il nous donne envie de faire connaissance avec les auteurs que nous ne connaissons pas...

 

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 06:04
Le Cherche midi, 2016

Le Cherche midi, 2016

 

Comme je vous l'ai annoncé lorsque je vous ai parlé du livre "Mille femmes blanches", j'ai lu le second volet écrit par Jim Fergus quinze ans après et paru l'automne dernier. 

Dès la couverture, que personnellement je trouve magnifique, le lecteur entre dans l'ambiance du roman. Sur cette couverture en effet, c'est Pretty Nose qui est représentée, une indienne arapaho (tribu amie des cheyennes). Son regard est magnifique mais il nous montre une sorte de renoncement et de grande tristesse comme si elle voulait nous annoncer qu'elle sait la fin de son peuple toute proche...

L'histoire nous plonge encore une fois dans les guerres indiennes, celle des Blacks Hills (entre 1876 et 1877) opposant l'armée US aux  Lakotas (les Sious) et leurs tribus amies, les Cheyennes et les Arapahos.  Nous assistons, impuissants à l'avancée inéluctable de l'histoire et à la bataille de Rosebud Creek durant laquelle  Sittting Bull, Little Wolf et Crazy Horse se sont battus contre Cook et Custer...

 

Encore une fois l'auteur livre ici un puissant hommage à la culture amérindienne. Il a bien sûr réalisé des recherches abondantes pour être au plus près de la réalité de l'époque. La plupart des personnages, comme dans le premier tome ont réellement existé. Les batailles bien sûr nous sont connues mais elles sont racontées du point de vue des indiens et non pas des blancs. Il nous parle de la condition de ces femmes méprisées et utilisées par le gouvernement, et du rôle qu'elles vont avoir à jouer dans leur destinée.

Encore une fois, il va opposer les deux cultures indiennes et américaines. 

Nous retrouvons avec plaisir ce peuple pacifique qui vivait en harmonie parfaite avec la nature, dans le respect de ce qu'elle lui offrait.  Eux qui pensaient que l'homme blanc ne voyait et ne comprenait que la surface des choses, étaient d'une grande richesse spirituelle. 

Encore une fois, le lecteur est pris par les descriptions de ces paysages fantastiques et sauvages, tant convoités par les colons blancs, prêts à tout pour les conquérir. A l'époque on ne parlait pas encore de génocide...

 

Quand un jeune enfant meurt...ce moment-là détermine la suite. Tout ce qu'il y avait avant, ce que nous étions, ce qu'il était, tout ce qu'il aurait pu devenir, et nous avec lui, tout cela disparaît, effacé comme un coup de craie sur un tableau noir. Et nous disparaissons ensemble.

 

Le roman commence exactement là où s'arrêtait le précédent...

Pendant l'hiver 1875-1876, le camp de Little Wolf vient d'être attaqué : c'est un massacre et May, l'auteur des carnets du premier tome a été mortellement blessée. Cependant quelques-unes des femmes de la tribu, dont certaines sont blanches, ont pu se sauver. Elle fuient avec leurs enfants dont la plupart vont mourir de froid durant le trajet. 

 

Jim Fergus leur donne entièrement la parole.

Nous les suivons à travers leurs écrits. C'est alternativement les soeurs Kelly, survivantes à la fin du premier tome, et Molly Mc Gill qui fait partie du second convoi de femmes blanches, qui nous racontent les événements.

Margaret et Susan Kelly ont refusé de regagner la civilisation. Traumatisées par la perte de leurs jumelles, elles veulent se venger des blancs qui ne leur ont fait que du mal depuis toujours. Cela devient leur nouvelle raison de vivre et ce à quoi elles se raccrochent au quotidien. Mais cette vengeance est-elle bien nécessaire ? Elles vont pourtant s'engager dans la guerre et rejoindre la tribu de Sitting Bull... 

 

Les femmes convoyées vers le territoire des Cheyennes dans le cadre du projet FBI, toujours en cours, vont être enlevées par les Sioux dès leur arrivée. Elles vont réussir à se sauver et s'unir aux soeurs Kelly pour combattre elles-aussi, d'une part afin d'assurer leur survie, mais aussi parce qu'elles ne veulent pas retourner chez elle. Il leur faudra s'adapter à leur nouvelle vie, comme l'avaient fait avant elles, les femmes du premier convoi. 

 

Molly est un personnage différent de May et le lecteur doit apprendre à la connaître. Courageuse, téméraire et emplie de douceur, elle sait nous toucher lorsqu'elle nous raconte sa propre histoire.

Bien sûr le lecteur se doute bien qu'elle va tomber amoureuse de Hawk le mystérieux sang-mêlé qui lui aussi a perdu femme et enfant (nous sommes dans une fiction !) et qui parle sa langue. 

 

Nous suivons ces femmes dans leur vie quotidienne jusqu'à la veille de la célèbre bataille de Little Big Horn au cours de laquelle Custer perdra la vie mais malheureusement de nombreux indiens aussi, même si ce sont eux qui seront déclarés vainqueurs, bataille que l'auteur nous racontera sans nul doute dans le prochain opus.


 

Dois-je réellement croire qu'il [Hawk] saura où je me trouve, qu'il viendra me délivrer ? Qu'il sait se transformer en faucon ? Qu'il vole ?...
La seule chose dont je sois sûre, c'est qu'il imite à la perfection le cri du rapace, au point que l'on ne fait pas la différence. Et il donne l'impression que cela vient du ciel. Mais voler ? Suis-je devenue folle ? Cela défie la raison et tout ce que nous savons du monde physique...
Mais la raison, le monde physique, le réel lui-même sont d'un autre ordre chez les natifs...

 

J'ai trouvé ce roman un peu en dessous du précédent.

Ce n'est pas lié à la construction qui pourrait lasser certains, car il est bâti sur le même principe du journal intime.

Non... c'est plutôt que je n'ai pas retrouvé chez ces femmes la même force que celle que May déployait.

Pourtant les personnages restent crédibles et vivants. Le début est un peu lent à se mettre en place et la fin laisse présager une suite que l'auteur a d'ailleurs annoncé ce qui est surprenant 15 ans après.

Jim Fergus dit que c'est en parcourant à nouveau ces grands espaces qu'il aime tant, qu'il a eu envie de se remettre à écrire... mais surtout pour que personne n'oublie cette période de l'histoire, ces peuples magnifiques qui ont vécu là et que l'homme blanc a voulu exterminer.

 

Malgré tout, j'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je lirai la suite sans problème tant l'auteur sait mettre en avant la parole de ces femmes, les liens d'amitié et de solidarité, leur décision de combattre auprès des hommes et la culture indienne que j'aime tant. 

Jim Fergus introduit son second roman en faisant se rencontrer (bien sûr, c'est une fiction) le fils de celui qui a publié les carnets de May, avec une étrange jeune femme capable de prendre l'apparence qu'elle souhaite et dont vous comprendrez, à la fin du livre, de qui elle est la descendante...

 

Les Cheyennes croient que tout ce qui s'est passé quelque part continue d'exister dans la terre...depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu'aux derniers chants de mort des mourants...Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:29
Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

 

Le temps du Printemps des Poètes se termine ce week-end et je ne pouvais pas clore cette quinzaine un peu particulière sur ce blog sans vous parler d'un grand poète qui s'est intéressé de près à la négritude.

Il s'agit d'Aimé Césaire que vous connaissez tous, je pense.

 

D'abord je vous laisse découvrir deux de ces poèmes. Il en a tant écrit que le choix a été difficile ! 

Le premier poème vient de paraître dans un recueil de littérature jeunesse, présenté en format album...

 

 

Chanson de l’hippocampe (extrait)

Aimé CÉSAIRE

Recueil : "Moi, laminaire"

 

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d’amours supputées

mal arrachés au sifflement des mares

un jour rétif

nous t’enfourcherons

et tu galoperas petit cheval sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

 

 

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

 

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, l'écouter ci-dessous en entier...

 

Le second poème est extrait de "Cahier d'un retour au pays", un recueil paru pour la première fois en 1947 chez Bordas et réédité plusieurs fois depuis. 

 

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile (extrait)

Aimé CÉSAIRE

 

*************

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l’épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi-même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d’initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.

Faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine…

 

Aimé Césaire, un poète mondialement reconnu

 

Si vous voulez découvrir d'autres poèmes, vous pouvez consulter le site de poésie française, Wikipoèmes et en particulier les pages qui lui sont consacrées. 

 

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Il est mort en 2008 à Fort-de-France. 

Il fait partie d'une grande famille de sept enfants. Sa mère est couturière et son père instituteur. C'est sa grand-mère, qui savait lire et écrire comme peu de femmes de sa génération, qui lui enseigne le goût de la lecture et lui donne envie d'écrire.

Après des études en Martinique, il obtient une bourse pour étudier à Paris en 1931. C'est là qu'il va devenir ami avec Léopold Sedar Senghor et cette amitié durera toute leur vie. 

Il fera paraître son premier cahier en 1939 et fondera la revue "Tropiques. Dès 1945, il devient maire de Fort-de-France. 

C'est un grand poète, dramaturge et écrivain mais aussi un homme politique important qui a joué un rôle considérable dans le concept de négritude, qu'il a partagé avec Léopol Sedar Senghor. Opposé au colonialisme il a lutté toute sa vie pour l'égalité des droits entre les peuples. 

Sa poésie a été dès le départ saluée par André Breton et Jean-Paul Sartre avant de devenir aujourd'hui internationalement reconnue. 

 

Ecoutez-le nous parler un très court instant de la négritude...

 

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, cet article est le dernier concernant le Printemps de Poètes 2017 sur le thème Afrique(s).

MERCI à ceux qui m'ont suivi pendant cette quinzaine ! 

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 07:08
Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Dans les années 90, ensanglantées par le terrorisme, la littérature m’a sauvée. Elle était le refuge de mon adolescence. J’ai eu la chance de grandir dans la maison de mon grand-père qui était libraire. Je ne dormais plus dans ma chambre mais dans l’arrière salle de sa boutique, au milieu des livres.

Il se peut que le ciel se porte

sans rides ni ratures

et que tu crois tout, encore possible

dans le recommencement

 

Ou que ce nuage qui moutonne

par-delà la montagne

bouscule les ombres qui se succèdent

derrière une vitre embuée

 

Il se peut que le monde soit vaste

et que tu écrives sur ses déserts

une rencontre qui n’attend pas

que revienne la crue

 

Ou que le fleuve ne lave rien

de la mémoire, des étoiles et du doute

ou que la mer ne soit finalement

qu’une autoroute trop peuplée

 

Il se peut encore

que tout recommence

dans le possible

avec tes rides et tes ratures

rejaillir un être neuf

 

Il se peut

Samira Negrouche

Texte inédit pour Terres de femmes (2009)

 

 

Samira Negrouche est actuellement en résidence à l'espace Pandora à Vénissieux (près de Lyon pour ceux qui ne connaissent pas) et elle sera l'invitée des itinéraires poétiques de Saint Quentin en Yvelines. 

Née en 1979 à Alger où elle réside encore, cette jeune poète et traductrice est reconnue internationalement pour sa poésie mais également ses textes en prose et ses essais.

Elle est une des plus talentueuses voix de la jeune génération d'auteurs du Magheb.

Passionnée par Rimbaud et par les grands auteurs algériens du XXe siècle, elle revendique le droit d'écrire en français.

Le français est une langue algérienne...
Il existe une spécificité algérienne : la langue française n’est pas la langue des élites financières et bourgeoises contrairement à d'autres pays du Maghreb. Là-bas, le français est enseigné dans des établissements privés et onéreux. En Algérie, le français est la langue du peuple et les études primaires et secondaires sont en français. La cassure survient à l’université. Les sciences sont enseignées en français mais les études littéraires, les sciences humaines et sociales, sont en langue arabe ! En conséquence, la réflexion sociale se pense en arabe mais tout le reste se fait en français.

 

Elle a abandonné son métier de médecin par amour des mots et milite au sein d'associations culturelles et littéraires. 

Elle a obtenu ses premiers prix en 1996 et fonde en 1999 l'association CADMOS qui lui permet d'organiser de nombreuses rencontres littéraires autour du patrimoine culturel méditerranéen. Elle collabore avec de nombreux artistes visuels, ou musiciens et crée en 2016, Bâton/Totem.

Elle est très active pour faire connaître et aimer la poésie, et participe à de nombreux festivals, et à des ateliers d'écriture ou de traduction en milieu scolaire et universitaire...

De part sa naissance elle est trilingue, ce qui déjà n'est pas donné à tout le monde et elle se passionne pour les langues dans lesquelles elle excelle. Ainsi elle peut traduire aussi bien de l'arabe que de l'anglais vers le français.

Elle est l'auteur entre autres oeuvres de "A l'ombre de Grenade" (2003) ; "Le jazz des oliviers" (2010) et "Six arbres de fortune autour de ma baignoire" (2017)

Je vous propose de découvrir cette jeune femme sur la vidéo ci-dessous...et d'écouter son message de tolérance et d'ouverture sur les autres et sur la nécessaire différence. 

 

 

ou bien de suivre sa résidence à Vénissieux sur la page facebook de l'événement...

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:08
Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Harmonie Dodé Byll Catarya est une jeune poète passionnée des mots et une slameuse reconnue et charismatique. 

Née au Bénin en 1991, elle a été très jeune diplômée d'un Master en comptabilité, contrôle et audit.

En 2013, elle devient championne du Bénin Slam et s'engage dans l'écriture, ce qui la révèle au grand public.

C'est la première femme slameuse du Bénin.

Son recueil de poésie "Art-Mots-Nid" est paru aux Éditions du Flamboyant. Elle a participé également à la première anthologie de poésie féminine au Bénin. 

A Paris pour ce printemps des poètes, elle participera à la Lecture-rencontre, organisée le 18 mars prochain au Quai Branly, entre autres projets.

Si vous avez la chance d'habiter la capitale, n'hésitez pas à vous renseigner, pour la rencontrer...par exemple, elle sera demain 11 mars à la Médiathèque Marguerite Yourcenar pour un atelier d'initiation au slam et à la poésie. Si ça vous tente. 

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Sur le sable…

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers

Sont tombées ; je les observe, couchée

Sur une natte façonnée à ma manière

Mes pores vibrent de cet air

Doux et frais ; le temps est magnifique

L’inspiration se frôle à ce bruit

Paradoxe effectif dans un univers mirifique

C’est le soleil qui, délicieusement luit

Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc

Les yeux se régalent sous les élans

De la beauté du paysage.

Les ondes marines me parviennent

Elles me portent un message

Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent

Ces mots marquant mon passage

Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.

C’est le mystère de l’écrivain

Partout, sa plume s’agite

L’univers lui, crépite

A sa guise, ses devoirs de devin

Il est un esclave de la nature

Qui chante sans cesse ses aventures.

 

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 07:16
Éditions de l'Olivier, 2016

Éditions de l'Olivier, 2016

Enfant, je grandis donc devant Spyridon qui marinait devant sa tranche de cervelet, un père court-vêtu vivant comme un célibataire, et une mère quasiment mariée à son propre frère qui aimait dormir contre sa sœur et devant les litanies de la télévision. Je ne savais pas ce que je faisais parmi ces gens-là et visiblement, eux non plus.

 

J'ai eu beaucoup d'hésitation avant d'emprunter ce livre car je savais par avance que le sujet n'était pas facile puisqu'une de mes amies l'avait présenté lors de notre Cercle de Lecture mensuel. Comme d'habitude, je voulais me faire ma propre idée sur la question...

Le début du livre est assez léger.

 

Paul Katrakilis vit aujourd'hui en Floride où il est devenu joueur professionnel de pelote basque dans un club de parieurs. 

Il est, semble-t-il, le plus heureux des hommes puisqu'il a des amis, des activités, un bateau et une vieille voiture et surtout que ses fantômes sont loin de lui. 

Comment en est-il arrivé là, lui qui a fait des études de médecine, comme son père avant lui, et son grand-père ?

Pourquoi n'a-t-il presque plus de contact avec son père ?

 

Le lecteur va apprendre peu à peu la douloureuse histoire de cette famille frappée de folie où tout le monde (ou presque) s'est suicidé.

D'abord il y a eu Spyridon, le grand-père, un médecin de Staline qui a conservé toute sa vie dans le formol, une tranche du cerveau du grand homme ; puis l'oncle et peu de temps après Anna, la mère qui entretenait avec son frère des rapports inhabituels et peut-être incestueux.

Et voilà qu'au milieu du bonheur, alors que Paul vient à peine de sauver des eaux, Watson, qui va devenir son plus fidèle compagnon, on le convoque au Consulat : Adrian, son père, vient de se donner la mort lui-aussi. Voilà Paul obligé de rentrer immédiatement à Toulouse pour les formalités...

 

Paul a toujours entretenu des rapports lointains avec son géniteur mais, au moment de son enterrement, il va découvrir un grand nombre d'inconnus et être surpris de son aura.

Puis alors qu'il est retourné au Mexique, des événements imprévus comme une longue grève des joueurs de pelote basque, suivie par une très grande déception sentimentale, vont obliger Paul à retourner à Toulouse où il s'installe dans la maison familiale et accepte de reprendre le cabinet paternel_ce que tout le monde attendait impatiemment.

Il exercera ainsi pendant près de dix ans, retournant de temps en temps pour quelques jours de vacances, voir ses amis outre-atlantique.  

 

C'est durant ces années qu'il va découvrir deux étranges carnets noirs, glissés dans le bureau de son père, qui lui dévoilent en détails ses activités et surtout, font montre de sa véritable personnalité.

Se met alors en place pour Paul, une suite d'événements qui l'amèneront peu à peu vers son inexorable destin.

 

Il n'y a rien de ridicule à pleurer la mort de son chien. Nous avions partagé nos vies et Warson était bien plus proche de moi que mes parents ne l'avaient jamais été. Nous avions un langage commun, nous nous comprenions et, un an après sa disparition, je guettais encore le bruit de ses pattes quand il dévalait l'escalier.

 

On ne choisit pas sa famille, tout le monde le sait, et fuir n'est pas forcément une solution durable. Notre héros Paul en fait, dans ce roman, la douloureuse expérience puisque l'histoire familiale va le rattraper.

C'est un roman désespérément mélancolique que j'ai apprécié, car l'écriture de l'auteur est simple et fluide, émouvante et étayée de pointes d'humour, malgré la gravité du sujet.

 

Mais il y a deux bémols qui m'ont empêché d'apprécier en totalité sa lecture. 

Le sens du détail, qui est un des charmes de l'écriture de l'auteur, s'est avéré être carrément ennuyeux lors de sa description, certes très réaliste de la longue grève des joueurs de pelote basque qui, du coup, m'est apparue d'autant plus longue.

La lente résignation de Paul face à ce passé familial dont il ne réussit pas à se défaire, est concevable pour le lecteur au vu de son vécu, mais incompréhensible en regard des événements heureux qu'il a pu vivre en Floride.

La fin du coup m'est apparue peu crédible car je ne suis pas arrivée à accepter qu'alors que des amis l'attendent en Floride, et qu'il se sent si seul en France, il ne retourne pas vivre là-bas, pour y couler des jours heureux.

Alors voilà...par rapport aux précédents livres de l'auteur que j'ai pu lire dans le passé, bien avant d'avoir ce blog, je suis donc plutôt déçue par le déroulement, trop pessimiste, des événements. 

Moi je veux croire Monsieur Dubois, que tout être humain a le pouvoir de modifier le cours de sa vie en contrant le destin familial...

 

 

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 07:09
Jean-Claude Lattès, 2016

Jean-Claude Lattès, 2016

 

Cécile Renan est une femme qui a tout pour être heureuse : elle est non seulement superbe mais riche et célèbre. Étant actrice, elle connaît de nombreuses personnes haut placées, des ministres et même le président de la République !

Mais un mal-être permanent l'empêche d'en profiter...

 

Un soir où elle se sent particulièrement mal et souffre de douleurs insupportables, elle appelle un médecin, puis prise de honte, annule sa demande. Mais celui-ci arrive quand même : il est beau, il est doux, il s'occupe d'elle et elle en a tant besoin qu'elle se laisse aller à cet instant merveilleux où elle peut redevenir un petit enfant qui n'a pas de soucis et peut se laisser dorloter.  

 

Troublée, dès le lendemain, elle va chercher sa trace pour le remercier de s'être ainsi occupé d'elle. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il est iranien. C'est alors qu'elle découvre avec stupeur que son appel a bien été annulé et qu'on ne lui a envoyé aucun médecin.

Qui est venu chez elle ainsi en pleine nuit ?

A-t-elle tout imaginé ?

 

En recherchant le mystérieux médecin, elle va rencontrer Kamal, un épicier iranien, qui a une famille merveilleuse, pleine de joie de vivre, et très humaine.  Peu à peu Kamal va entrer dans sa vie et la transformer... 

Au départ, Kamal pense que la fréquentation de son épicerie, par cette artiste célèbre, va être un plus pour lui et qu'il rendra ainsi jaloux tous ses concurrents. Mais peu à peu, il va réellement se soucier d'elle, lui faire rencontrer d'autres personnes, et la sortir de situations difficiles sans jamais poser de questions. 

 

Cécile découvre qu'au-delà de son monde plein d'argent, de son fiancé_le bel Alfonso_richissime qui élève des purs-sangs et, de tout ce luxe qu'elle côtoie quotidiennement, existe un monde simple, mais plein d'humanité, où chaque être humain a son importance et où la richesse n'est pas dans ce qu'on possède, mais dans ce qu'on est. 

 

Un beau sujet, certes souvent visité en littérature, mais qui me plaisait bien et un titre attirant qui m'a fait tendre la main pour emprunter ce livre en médiathèque.

 

Le seul bémol est que je ne suis pas du tout entrée dans l'histoire...par ailleurs agréablement écrite. 

Quel dommage, car je ne connaissais pas cet auteur et je reste sur un a-priori négatif !

Seuls les personnages comme Kamal, sa femme, sa famille et ses amis, m'ont paru crédibles et souvent drôles. On retrouve d'ailleurs tout le long du livre cette ambiance bienveillante et chaleureuse des familles orientales ainsi que l'humour et la joie de vivre qui les entourent. 

Par contre, les maux de cette "pauvre Cécile", riche mais malheureuse, qui prend des tas de médicaments pour oublier ses peines et ses souffrances terribles, dues à sa vie trop superficielle et trop ennuyeuse, m'ont plutôt agacé, même si je reconnais qu'elle est seule. Je dois l'avouer, tout ce qui lui arrive ne m'a absolument pas touché car son personnage ne m'a pas du tout intéressé. 

Une chose est sûre,  je ne suis pas entrée dans l'univers de l'auteur ! Je me suis donc pas mal ennuyée moi aussi et, pour tout vous dire j'ai lu la fin carrément "en diagonale". 

Si je vous en parle quand même, c'est parce que j'ai vu ici ou là sur internet que certains lecteurs avaient adoré, d'autres au contraire n'ont pas réussi à terminer le roman et se sont arrêtés bien avant  d'atteindre le premier tiers. Donc je me place au milieu et je serais ravie de connaître votre avis si vous le lisez un jour...

 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 07:45
Mon Petit Éditeur, 2017

Mon Petit Éditeur, 2017

 

Nous avons tous rêvé un jour de repartir en arrière pour tenter de modifier le cours de notre destin...

Et si nous n'avions pas pris telle ou telle décision, si nous n'avions pas fait telle rencontre à tel moment précis, si nous avions habité ailleurs, fait d'autres études, vécu dans une autre famille ou tout simplement à une autre époque...

Quelle aurait été notre vie ?

C'est ce que nous propose de vivre, Stéphane Bret dans la première partie de son livre "Triplicata", une première partie constituée de trois nouvelles qui nous permettent d'entrer dans la vie du héros, dénommé S., un jeune adolescent, à l'aube de devenir adulte et de prendre en main son avenir.  Mais dans chacune de ces nouvelles, la décennie à laquelle appartient S., ses rencontres, ses lieux de vie, ses études vont le mener sur des chemins différents et le faire évoluer vers d'autres possibles.

Y gagnera-t-il davantage d'humanité ? Je vous laisse le découvrir...

 

Au détour de l'aventure, le lecteur de ma génération va reconnaître ici ou là des événements de notre jeunesse, notre éducation, la censure, les années post-68 plus permissives, les livres où les films qui nous ont permis de découvrir le monde...

Cette plongée dans le passé de notre adolescence et de nos années d'étudiants, pour ceux qui ont eu la chance de faire des études, a été pour moi un véritable délice.

 

Se fondre dans la masse, observer l'anonymat des règles édictées par des inconnus, renoncer à la part de soi-même la plus précieuse, la plus créative, la plus émouvante. C'était l'impératif à atteindre...Être éduqué équivalait alors à mourir un peu.

 

Dans la première version de sa vie, S. a été élevé dans l'excellence, sa famille pensant ainsi le préparer à réussir en tout et à s'approcher de plus en plus de l'élite. Mais sa curiosité naturelle le pousse à observer les gens et il constate très vite que ce qu'il voit n'a rien à voir avec ce qu'on lui a fait croire dans son enfance. La société évolue dans ces années d'après-guerre et les jeunes gens se cherchent une nouvelle façon de vivre, différente de celle préconisée par leurs parents. Aussi lorsque S. rencontre Anaïs, une femme insolente et si élégante, altière même et beaucoup plus âgée que lui, et qu'elle lui affirme qu'il est déjà, de par sa tenue et ses lectures, le reflet de ce qu'il va devenir plus tard, il décide de préparer sa mutation et de se décharger des nombreux préjugés liés à son éducation...

 

...S. avait pu effectuer, en direct, un constat rédhibitoire : la pratique des chiffres, des courbes de croissance, des taux de rendement, mutilaient gravement un homme, s'il ne prenait pas l'infime précaution d'installer en quelque sorte un univers de sauvegarde, un escalier de secours en cas d'incendie, un monde dans lequel l'évasion et le plaisir n'avaient pas perdu droit de cité.

 

Dans sa seconde vie, nous sommes plutôt vers la fin des années 60 et durant les années 70. Le monde entier cherche à laisser derrière lui les vieux principes archaïques, tant en matière d'éducation qu'au niveau des arts et de la création en général. De nombreuses censures continuent à ralentir la vie intellectuelle. Mais la télévision devient peu à peu un moyen incontournable de faire entrer la culture dans tous les foyers.

L'époque est à la révolution sociale et politique. S., jeune adolescent, découvre avec bonheur la librairie "La joie par les livres" à Paris. Il va y faire la rencontre d'une jeune étudiante en psychologie. Elle lui fait connaître divers auteurs, dont Wilhelm Reich, qui bouleverse le jeune homme et changera sa vie et ses aspirations en profondeur...

 

Il eut le sentiment que l'on s'adressait à lui, intimement, personnellement, que l'auteur débusquait tous les faux-semblants derrière lesquels les hommes s'abritaient pour mieux dissimiler leur désarroi et les accompagner vers la réalisation de leurs désirs.

 

La troisième version est plus courte. S. nous emmène dans le monde de l'argent et de l'apparence. Il n'a qu'une envie c'est devenir un "tueur" , rechercher les rassemblements "people" et dominer autrui par son argent afin de séduire de plus en plus souvent et facilement des jeunes femmes afin de vérifier ainsi son pouvoir...

Arrivera-t-il à réussir sa vie tout de même ? 

 

Ces trois nouvelles constituent une intéressante réflexion sur la vie et les choix que nous sommes amenés à faire.

Elles nous permettent de plonger dans les décennies passées et de revivre les différentes options qui ont été offertes aux jeunes (d'un milieu aisé et citadin) en fonction des orientations de la société mais aussi de l'évolution du monde à tous points de vue.

J'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je pourrais même dire que j'ai savouré ce petit recueil, au ton souvent désuet, qui je trouve est d'une grande profondeur. Les souvenirs de ma propre jeunesse, de ses découvertes culturelles et de ses nombreuses interrogations ne sont bien sûr pas étrangers à ce plaisir de lecture, bien que je ne sois pas issue du même milieu social que le héros.

 

 

La seconde partie du recueil, "Des vies en abyme" nous permet de lire une nouvelle tout à fait originale.

Quels sont les liens qui unissent les différents personnages ? Est-ce leurs interrogations qui les rapprochent, le fait d'avoir besoin les uns des autres ou d'être tous un peu perdus dans leur vie ?

En fait, encore une fois, il n'y a pas de hasard... 

Tous ces êtres qui mettent à jour leurs failles alors qu'à priori, ils ont tout pour être heureux, ne peuvent que nous toucher et nous amener à nous interroger sur ceux qui nous entourent, nos amis, notre famille ou nos connaissances...

Est-ce nous qui avons besoin d'eux pour exister et se sentir plus forts, ou l'inverse ? Quels sont les liens cachés et tus qui nous relient aux autres ?

 

René Lecerf, ancien magistrat, (il était juge d'application des peines) s'est toujours demandé où est le juste milieu en matière de justice. Son indépendance d'esprit l'a obligé à prendre une retraite anticipée. Farida sa compagne est avocate. Après une première rencontre houleuse et des débats passionnés, ils vivent ensemble depuis une décennie et forment un couple agréable qui suscite de nombreuses jalousies dans leur entourage.

 

Farida était fière d'avoir réussi à aimer cet homme, et d'avoir réussi à tisser des liens à nuls autres pareils.

 

En fait, s'ils organisent souvent des dîners, c'est parce que cette convivialité, ces repas entre amis, leur renvoient une image positive d'eux-même. Pourtant il n'en a pas toujours été ainsi, et leur vie a souvent été chaotique. Farida en particulier, qui a pris pour modèle, Gisèle Halimi s'est toujours battue pour le droit des femmes et la liberté dans le couple. D'origine tunisienne, son enfance n'a pas favorisé son émancipation et seul son oncle l'a soutenu lorsqu'elle a voulu réaliser ses rêves...

Ce soir-là, ils attendent Céline, une amie divorcée, libraire passionnée qui s'interroge en se préparant pour la soirée, sur le rôle que tous deux ont joué dans son existence. N'est-ce pas à cause d'eux finalement, qu'elle s'est sentie souvent inférieure et jalouse de leur couple, et qu'elle doit de vivre encore seule, en reniant son homosexualité latente ? 

 

En fait, chacun reformule les événements de sa vie à sa manière. Ce qui est humain... c'est de toujours s'attribuer le beau rôle !

Un petit recueil à découvrir... 

Je remercie l'auteur de sa confiance qui m'a permis de le découvrir en avant-première. 

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 07:01
Grasset 2016

Grasset 2016

Il s'appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres.

 

A Manhattan, en 1969, Werner Zilch est en train de dîner avec Marcus son meilleur ami et associé, lorsqu'il voit passer une charmante jeune femme qui apparaît, pour lui le séduteur-né, comme étant LA Femme De Sa Vie (LFDSV !). 
 

C'est elle, il en est certain. Dés lors, il la poursuit sans relâche, prêt à tout pour entamer avec elle une relation quelle quelle soit, quitte à mettre de mauvaise humeur Marcus qui a peur de le voir gâcher  un rendez-vous vital pour eux deux... 

Il faut dire que Werner et Marcus sont à la tête d'une entreprise de construction et de réhabilitation d'anciens bâtiments, située en plein coeur de Manhattan ce qui doit bientôt leur rapporter beaucoup d'argent. Le père de Marcus, qui est lui-même à la tête d'un cabinet d'architecte, les conseille comme il peut. 

Alors ce n'est pas le moment de tout gâcher ! 

 

Werner a toujours été assez instable mais c'est un jeune homme drôle et très charismatique. Adopté par deux parents aimants qui ont respecté la volonté de sa mère biologique de lui garder son prénom et son nom de naissance, il a été longtemps déboussolé de ne pas connaître ses origines. 

Aujourd'hui, devenu adulte, il vit en colocation avec Marcus avec qui il partage, travail, ambition et soirées animées dans un Manhattan en ébullition. 

 

Werner, pugnace, va réussir à rencontrer Rebecca (pour cela il n'hésitera pas à emboutir sa voiture) et va débuter avec elle, une relation complexe, passionnée et indescriptible.

Mais les deux jeunes gens vont malheureusement être rattrapés par leur passé...

 

Je l’observais avec une telle attention qu’alertée par un instinct animal, elle croisa mon regard et s’immobilisa une fraction de seconde. Dès qu’elle tourna ses yeux insolents vers moi, je sus que cette fille me plaisait plus que toutes celles que j’avais pu connaître ou simplement désirer. J’eus l’impression qu’une lave coulait en moi, mais la jeune femme ne sembla pas troublée, ou, si elle le fut, mon étincelante créature avait suffisamment de retenue pour ne pas le montrer.

 

A côté de la vie trépidante à Manhattan, le lecteur fait un saut dans le passé et se retrouve à Dresde en février 1945, en plein bombardement.

Des immeubles s'écroulent, des blessés sont amenés sans discontinuer auprès des médecins, infirmiers et soldats qui ne savent plus où donner de la tête, ni comment les soigner ou même seulement soulager ceux qu'ils ne peuvent plus sauver.

 

Une nouvelle bombe fit trembler les murs et tomber des morceaux de ciment sur la tête de Marthe. La peur chassa ses souvenirs. Dans cette cave qui , à ce rythme allait devenir son tombeau, l'infirmière n'avait aucune information sur l'ampleur des dégâts; Sa belle-soeur était seule en ville, sur le point d'accoucher.

 

Là, au milieu du chaos, on leur amène Luisa Zilch, une jeune femme grièvement blessée aux jambes, qui est sur le point d'accoucher...et de mourir.

Elle les supplie de sauver son bébé : c'est Werner, le lecteur le sait tout de suite. 

Dès cet instant, le lecteur comprend une seule chose : il ne pourra plus lâcher le livre, car il veut savoir comment ce petit enfant né en pleine guerre, qui va être sauvé car nourri par une jeune femme qui vient de perdre elle-même son bébé dans le bombardement, qui va avoir la chance d'être retrouvé par sa tante, Marthe, qui le cherche sans relâche, sera ensuite abandonné pour être finalement adopté sur le sol américain.

 

Pourquoi est-il considéré comme le dernier des nôtres ?

Quelle est l'histoire de sa famille ?

Werner, est-il prêt à découvrir ce qu'il va être bientôt obligé, par amour pour Rebecca, de sortir des décombres ?

 

Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j'étais résolu à me forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d'où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m'obligeait à me plier, genoux au menton, dans les bus et au cinéma. J'étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L'envie de prouver qui j'étais, l'envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et, s'il le fallait, la crainte, me brûlait.

 

Voilà un roman qui mélange la fiction et les faits historiques.

Ce livre plonge le lecteur dans l'horreur de l'Allemagne nazie. J'avais oublié le nom et l'histoire de ces savants du IIIe Reich, obligés de quitter leur pays pour être "récupérés" en quelques sortes par les américains.

L'opération "Paperclip", qui a réellement existé, consistait à exiler en Amérique des scientifiques nazis (pour ne pas les laisser aux mains des russes à qui ils auraient pu dévoiler  leurs recherches) et ce, afin de récupérer les armes secrètes du IIIe Reich. 

 

Voilà un livre qui montre bien l'époque complexe qu'a été la fin de la guerre. Il nous décrit des personnages attachants, meurtris ou, au contraire, répugnants parce que violents et devenus des bourreaux...

Il nous permet de nous interroger sur l'importance de nos origines et de la transmission familiale qui nous empêche souvent d'échapper à notre passé. 

 

Malgré une construction plutôt classique qui ne m'a pas dérangé, deux histoires entrelacées qui se rejoignent... j'ai été happée par l'histoire de ce jeune homme qui cherche ses origines et les trouvera. Le lecteur se retrouve en effet aussitôt impliqué dans l'histoire comme s'il était devenu un témoin important et qu'il se porte garant de la vérité jusqu'à ce quelle soit révélée...

 

Ce livre n'est pas pour autant un coup de coeur. Si certains passages m'ont vraiment subjugué, l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens de milieux trop différents, même si elle est tout à fait passionnée et emplie de sensualité, présente quelques longueurs qui alourdissent le déroulé des événements. Ainsi en est-il du long sommeil de Rebecca (certes visant à lui faire accepter l'inacceptable) qui débouchera sur un réveil brutal et inattendu, et sur la révélation du pourquoi de sa longue disparition...Mais je vous laisse en découvrir les raisons. 

 

Un tout "petit" bémol donc, pour un roman qui a obtenu le prestigieux Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2016 et qu'il faut lire absolument. 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:20
Stock 2017

Stock 2017

A mes sourcils froncés, elle comprit d'emblée qu'elle n'allait pas s'amuser tous les jours. Que je serais un ronchon. En même temps elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même : comment aurait-elle pu avoir un bébé dans le coup, elle qui était comtesse ? Les Rupignac étant l'une des plus vieilles familles de France, il était normal que je sois dès ma naissance un bébé démodé, un antimoderne, un croûton dans la malle...

 

Le héros de ce roman pas comme les autres est né en 1985 dans une famille issue de la noblesse depuis de longues décennies, les Rupignac... Le petit François va souvent passer la journée chez le général à la retraite, son grand-père et la duchesse, sa grand-mère et bien sûr comme tous les enfants du monde, il adore ses grands-parents. 

Sa famille noble influence considérablement sa vision des choses et ne l'aide pas vraiment à s'intégrer dans le monde d'aujourd'hui. Il en devient rebelle, mauvais élève et mauvais garçon...

Heureusement qu'une fois casé en pension, il va faire la connaissance de Pierre, un garçon plus rebelle que lui, mais très cultivé et mystique à ses heures. Devenus étudiants, ils vont créer le "Club des vieux garçons", une sorte de société secrète privée qui se réunit à ses débuts, chez la grand-mère puis, au sous-sol du célèbre Jockey Club, grâce à l'entre-gens dont François bénéficie. Dans ce club qui n'est toutefois pas exclusivement réservé aux garçons, toute relation autre que platonique et intellectuelle, est formellement exclue. 

 

François va engloutir une partie de la fortune familiale grâce aux dons financiers de son oncle Albert, un vieux célibataire sans enfants, passionné de safari et chasseur hors pair. Le champagne coule à flots et les beuveries philosophiques durent tard, souvent jusqu'au petit matin...

François se sent chez lui au milieu de tous ces célibataires qui, comme lui, vivent décalés par rapport à la société tout en refusant de s'y insérer. Une génération de jeunes plutôt perdue, car à la recherche de repères que pour la plupart du temps les familles ont oublié de leur donner...

Ils sont tous devenus désabusés et... très alcooliques, prêts à renier leurs origines tout en tapant dans la caisse, puisqu'après tout elle est là et bien remplie.

Dix ans plus tard, François va se rendre compte de son erreur...des années perdues, des excès de boissons et de toutes ses extravagances passées. 

 

Différemment désabusés, nous aspirions tous les deux, à l'anarchie- une anarchie qui restait à définir.
Ce mot usé était à réinventer. Nous ne voulions pas d'une anarchie anarchiste, d'une anarchie anarchique, chiquée, d'une anarchie classique et scolaire. Nous la voulions neuve, ambiguë, déconcertante, déconnectée de toute idéologie. En un mot : artistique.

 

Un livre qui ne m'a pas trop tenté au départ, vu que ce milieu ne m'intéresse pas du tout, mais que j'ai lu finalement sans aucun déplaisir.

 

J'ai trouvé quelques longueurs dans sa seconde partie, mais j'ai beaucoup ri durant la première ! La vision décalée de ce milieu, auquel sans nul doute appartient l'auteur, est tout à fait savoureuse...

Le jeune garçon n'a pas son pareil pour nous conter les frasques de son grand-père, la découverte de la demeure du vieil oncle Albert, qui s'entoure de trophées de chasse, la visite du très chic Jockey Club...

 

Le personnage de la grand-mère dont le petit-fils va s'occuper, suite au départ de ses parents pour la Suisse, est celui qui m'a le plus touché.

Elle vit dans son monde, révolu et vieillot, ne peut parler avec sa gouvernante que de ducs et de duchesses, à tel point que François est obligé de construire à la pauvre Félicité, une sorte d'arbre généalogique précis pour quelle puisse entretenir la conversation.

 

Il est remarquable de signaler que le personnage de François sonne toujours juste et que par moment, il nous arrive de le détester comme par exemple quand il montre à quel point le matériel n'est pas un problème du tout pour lui, c'est sûr, il est plein au as et peut dilapider la fortune familiale sans crainte...c'est un puits sans fond et il dépense d'autant plus facilement cet argent qu'il n'a fait aucun effort pour le gagner (et peut-être les siens aussi...mais ça personne ne le sait et il ne nous le dit pas !).

L'instant d'après, il nous touche par ses intentions, vis-à-vis de sa grand-mère qu'il adore et dont il s'occupe avec beaucoup de tendresse. Ou bien nous surprend par ses échanges avec Pierre, qui est son opposé en tout mais pour qui il éprouve une véritable amitié sincère et passionnée. 

 

Voilà un auteur que je n'aurais sans doute jamais lu spontanément, si Babelio ne me l'avait pas proposé...

Aurais-je des a-priori ?!

J'y ai découvert avec plaisir un humour caustique et une façon très british de pointer les travers de ce milieu très aristo-un peu bobo-et plutôt intello ! 

Un livre qui, sans problèmes, saura trouver ses lecteurs...

 

Nombreux furent les fous rires et les quiproquos qui émaillèrent nos journées, comme le jour où Félicité proposa une partie de sept familles, et où ma grand-mère s'indigna de ne pas trouver les Rupignac dans le jeu de cartes...

 

L'auteur est un fervent admirateur de Patrick Modiano. On le décrit comme un jeune auteur plutôt timide et discret. Comme son héros, il appartient à une illustre famille...

Il a fait des études de lettres et s'est mis à écrire très jeune, dans des magazines et en particulier dans Technikart, une revue culturelle décalée qui porte un regard cynique sur notre société. 

En 2010, il publie son premier roman "Les vies Lewis", un roman très remarqué et d'une grande qualité littéraire. 

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:10
Le livre de Poche, 2016

Le livre de Poche, 2016

Ce qui est extraordinaire chez les gens, c'est leur capacité à prendre un sourire pour une invitation à discuter.

 

Ce petit roman, très court, a été publié en 2015 chez Michel Lafon, après avoir été édité en auto-édition l'année précédente. Très vite il s'est imposé comme un immense succès de librairie et a séduit plus de 200 000 lecteurs, y compris hors de France.

Donc, on peut dire que ce roman a su trouver ses lecteurs. 

Souvent je me méfie de ces livres à succès !

Mais la plupart des membres du Cercle de lecture dont je fais partie, avait décidé de lire un roman "léger" à succès, pour tenter de comprendre pourquoi ce type de roman peut se retrouver en tête des ventes du livre de poche (d'après le magazine "Lire")...

Nous nous sommes donc réunis cette semaine et notre avis a été unanime ! Personne autour de la table n'a aimé ce roman. Nous l'avons tous lu sous la contrainte,  sans aucun déplaisir toutefois, mais sans y trouver non plus, un quelconque intérêt sauf celui de passer deux heures au coin du feu sans prise de tête un week-end pluvieux...

Nous l'avons tous trouvé trop invraisemblable, empli de clichés et en tous les cas beaucoup trop caricatural.

Du coup le battage médiatique autour de ce livre et en particulier le "Absolument fabuleux" signé Cyril Collard et mentionné sur le bandeau  du livre, nous est apparu vraiment exagéré... 

Il ne faudrait pas trop pousser "Mémé dans les orties"tout de même...

 

Donc si au début Ferdinand n'avait pas fait exprès de contrarier ses voisines, désormais il prépare ses coups et se fait un malin plaisir de leur mener une vie impossible...

 

Ferdinand, un vieil octogénaire devenu avec l'âge grincheux, solitaire et mécontent de tout, habite un immeuble parisien typique, peuplé uniquement de vieilles femmes seules. Il a divorcé et n'a jamais pardonné à sa femme de le tromper avec...le facteur. Sa fille est partie s'installer à Singapour, et ne lui est donc pas d'un grand secours. Et la distance aidant, comme il n'a jamais voulu voyager, il ne connaît presque pas son petit-fils.  Heureusement qu'il a Daisy, sa chienne adorée. 

Mme Suarez,  la concierge de l'immeuble trouve mille façons d'ennuyer le vieil homme...qui le lui rend bien. Elle voudrait surtout que Ferdinand quitte définitivement les lieux pour aller vivre en maison de retraite.

Un jour Daisy se fait renverser par une voiture...

Ferdinand est dévasté de chagrin et en devient suicidaire. Pourtant, grâce à l'intervention inattendue de Juliette, une petite voisine de 10 ans, nouvellement arrivée et de la voisine d'en face, Béatrice, une extraordinaire vieille dame, le vieil homme va être tenté peu à peu de reprendre goût à la vie et de devenir plus sociable...

 

Voilà donc un roman "feel good", qui fait du bien paraît-il... Sûr qu'il ne peut pas faire de mal ça je vous l'assure. 

C'est un roman léger, sans prétention vous l'aurez compris, qui est empli de bons sentiments. C'est écrit simplement et compréhensible par tous. 

Je n'ai malheureusement pas été conquise, ni par l'histoire, ni par les événements trop invraisemblables à mon goût et tirés par les cheveux.

 

Les personnages, non plus, n'ont pas su me séduire...car ils tombent tous, à un moment donné, dans la caricature.

La petite Juliette, âgée de seulement 10 ans qui apparaît dans le roman soudainement alors que tout le monde ignorait son existence dans l'immeuble, ne m'a pas conquise tant son personnage et ses actes dans l'histoire sonnent faux. Elle agit et parle trop comme une adulte.  

Je n'ai pas trouvé crédible non plus, les frasques que Ferdinand commet en réponse aux attaques de la concierge (bien que parfois je me suis surprise à sourire); ni la disparition de sa chienne Daisy (et les événements qui vont suivre_du jamais vu !) ; ni l'intervention de Marion, sa fille, qui fait surveiller Ferdinand à distance par Mme Suarez, comme par hasard...

Le seul personnage qui finalement m'a amusé, est celui de Béatrice, la voisine d'en face, une vieille femme hyper-active, moderne, libérée et qui s'accepte comme elle est. Elle est même geek à ses heures...

 

Donc en conclusion je dirais que le sujet était intéressant car ce livre a le mérite de parler de la solitude et de l'isolement de la vieillesse et de montrer que les relations intergénérationnelles sont possibles et bénéfiques pour chacun.

J'ai trouvé dommage qu'avec une telle belle idée de départ,  l'auteur soit tombé dans la caricature et dans l'invraisemblance. Les ingrédients auraient pu donner un bon roman et ce vieux Ferdinand, acariâtre et agaçant qui ne parle jamais à personne même pour dire bonjour, aurait pu être attachant...

 

Toutefois, le grand avantage de ce roman est que vous pouvez le lire dans le train ou le métro ou bien avec vos jeunes enfants qui jouent aux indiens à côté... vous ne perdrez pas le fil !

Ceci explique peut-être que sur Babelio, ce livre soit plébiscité par beaucoup de jeunes adultes. Est-ce une façon pour eux d'exorciser leur peur de la vieillesse ? de se distraire avec un livre facile ? Je ne détiens pas la réponse...

 

Jamais eu de bol, moi avec les femmes !
- Mais dans quel siècle vous vivez, Ferdinand ? Aucune femme ne tolérerait un pour cent de vos actions ou de vos paroles ! Ou alors il faudrait la choisir amnésique...
Et puis arrêtez de tout mettre sous le signe de la malchance. Les femmes vous quittent, car vous les faites fuir. Point !

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 06:58
Serge Safran Éditeur / 2017

Serge Safran Éditeur / 2017

Parfois, je vois les trains et ils passent ; d'autres fois c'est l'inverse, ils passent et je les vois.

 

Je ne connaissais Jean-Philippe Domecq que de nom. Aussi, lorsque Babelio m'a demandé si je voulais tester son dernier livre, je n'ai pas pu dire non. Vous me connaissez maintenant et vous savez que j'ai des lectures très variées. 

 

J'ai découvert en fait que "Deuxième chambre du monde" est le troisième roman d'un cycle intitulé "La Vis et le Sablier" qui comprend "Cette rue" (Fayard 2007) et "Le jour où le ciel s'en va" (Fayard 2010). Ce n'est pas une suite donc il peut être lu séparément. 

 

C'est l'histoire d'un homme très seul, dont la vie est rythmée par le travail, la routine du quotidien, les rencontres avec sa petite amie du moment et ses rares sorties hors de son immeuble parisien. 

Alors comme il s'ennuie, il passe son temps à observer et à s'observer, à réfléchir à haute voix, à analyser sa vie et celle des autres. Et comme il a une sensibilité particulière, il voit des choses que personne ne peut voir...

Un soir tout va changer pour lui : il entrevoit par la fenêtre une ombre projetée sur le mur d'en face, juste au-dessus de sa propre fenêtre, sans nul doute, une silhouette féminine qui n'apparaît, bien sûr, que lorsque la lumière de la chambre s'allume. Il se met alors à attendre la nuit, il guette les pas au-dessus de sa tête, il parle seul et ne vit plus que pour cette apparition éphémère et la personne qu'il imagine être derrière. Il en devient obnubilé jusqu'à l'obsession...

 

Un court roman, riche en réflexions et en dialogues qui m'a profondément surprise tant le style de l'auteur est particulier.

Dès les premières pages, les phrases nous apparaissent quasiment toutes sans queue, ni tête. Elles sont courtes ou trop longues, à la fois littéraires et quasiment scientifiques, très poétiques ou désaccordées.

L'auteur vraisemblablement s'amuse beaucoup : il inverse les mots ou parfois les oublie. Il ne termine pas ses phrases ou les répète différemment ce qui en change le sens...mais le lecteur s'y habitue très vite !  

Très vite donc, on découvre la réflexion philosophique qui se cache derrière l'histoire, somme toute banale. On est surpris par l'humour décalé et inattendu, voire carrément désopilant et surtout par ce personnage plein d'étrangeté qui vit en dehors de la réalité...

La fin bien sûr, nous éclaire et nous surprend !

 

Je la rouvre, cette porte, et je m'essuie les pieds en sortant. Là, j'ai un arrêt. Heureusement, que je l'ai eu. Mais l'arrêt a duré, porte en main. Comment m'en sortir je viens de m'essuyer les pieds pour sortir, pour sortir, que va penser le préposé ?... Que j'ai trouvé sale son local ? Aussi sale au moins que dehors, puisque je me suis essuyé les pieds en sortant exactement autant qu'en entrant ?! Que je me suis essuyé les pieds du local où il travaille, lui ! Qu'il entretient, si ça se trouve ! Où il accepte de travailler, en tout cas ! Dont il a la responsabilité pleine et entière, si ça se trouve !...

 

L'auteur est surtout connu pour ses essais (il en a écrit une quinzaine), ses critiques de l'art et de la critique littéraire française...

Il a écrit aussi des romans ou des récits pour adultes et quelques biographies.

Il a été rédacteur de "Quai Voltaire", une revue littéraire et membre du comité de rédaction de la Revue "Esprit", une revue d'idées, qui existe depuis 1932. 

Wikipedia fait d'ailleurs de cette revue la définition suivante :

Esprit est une revue intellectuelle française fondée en 1932 par Emmanuel Mounier à la recherche d'une troisième voie humaniste entre le capitalisme libéral et le marxisme. Après guerre, elle essaie de faire naître une "nouvelle gauche".

Wikipedia

 

"Généraliste et soucieuse de l'intérêt général, elle se consacre à décrypter les évolutions de la politique, de la société et de culture, en France et dans le monde."

 

L'auteur qualifie lui-même son dernier livre de métaphysique-fiction, et il sort d'ailleurs chez le même éditeur (Serge Safran) un livre où il explique de quoi il s'agit. Un éditeur remarquable qui sait trouver des auteurs originaux et des écrits de qualité et proposer au lecteur un véritable voyage en littérature...

Personnellement je n'avais jamais entendu ce terme et j'ai voulu bien sûr en savoir plus...Et bien je vous rassure, je n'ai pas vraiment compris ce que c'était mais je vais essayer de vous l'expliquer ! 

Toujours d'après wikipedia, la métaphysique est une science philosophique qui "questionne d'abord sur l'existence des choses ou des événements tels qu'ils nous apparaissent et qui tente ensuite de décrire et d'expliquer ce qui existe vraiment". 

La métaphysique-fiction serait donc un genre romanesque nouveau à l'exacte croisée entre "notre perception métaphysique de la vie qui se nourrit de nos acquis, et la construction de nouveaux espaces fictionnels".

 

Si vous voulez en savoir plus sur cet auteur, retrouvez-le sur son blog...

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:17

Je suis un sacrificateur.
N'importe où d'ailleurs nous avons disparu. Il fallait ces montagnes lugubres, les croyances ancrées dans notre sang, pour que le métier survive à cette époque ; il faut être bon aussi. Car je ne suis pas un sacrificateur parmi d'autres : je suis le meilleur.

Six fourmis blanches / Sandrine Collette

 

Un homme gravit la montagne...

Dans ces bras il tient une chèvre choisie avec soin parmi le troupeau. Il s'apprête à accomplir la cérémonie du sacrifice en la jetant du haut de la falaise. En bas, une famille l'attend et à son côté parfois, tout un village.  

Tous pourront dormir tranquilles : les mauvais esprits se sont éloignés !

Nous sommes en Albanie, dans un pays où les préjugés et les croyances d'un autre siècle font la loi. Mathias exerce un métier qui terrifie ses proches : il est un des rares sacrificateurs du pays.

 

Je ne sacrifie jamais en vain...
Tuer est un art qui se maîtrise, une communication avec la nature, l'animal et les dieux. Pas un acte barbare, non : un présent pour consacrer un mariage, un anniversaire, un baptême, un départ. Une requête. Une prière. Avec la conscience que rien ne nous est dû, mais que derrière l’offrande, nous attendons un retour. Pauvre équilibre dont nous sommes toujours les dupes. Du sang pour un peu de bonheur.

 

C'est alors que Mathias est bien ancré dans sa routine tranquille que Carche, un mafieux local lui demande de s'occuper de son petit-fils, qui aurait le don lui-aussi...

Ce que Mathias ne sait pas encore, c'est que sa vie va basculer et qu'il va se retrouver obligé de fuir à travers les montagnes pour tenter de rejoindre la frontière. 

 

A des kilomètres de là, Lou contemple les silhouettes de ses camarades de cordée, partis comme elle pour trois jours de trek en montagne, qu'ils ont tous gagné par tirage au sort. Les voilà avec Vigan, leur guide, qui connaît la montagne comme sa poche.

Six silhouettes qui se perdent dans ce magnifique paysage blanc...six fourmis minuscules. Ils sont venus là pour se sentir vivre, enfin libres parmi ces magnifiques montagnes.

Lou est accompagnée d'Élias son petit ami. Il y a aussi un autre couple, Arielle et Lucas et deux  célibataires, Marc et Étienne. Tous comprennent dès le départ que Vigan ne leur fera pas de cadeau. Il est rude, taciturne et s'occupe uniquement de l'essentiel sans rien dévoiler ni de lui-même, ni de sa vie en montagne.

 

Evidemment que nous sommes tous repartis avec Vigan...
Vigan ne me voit pas, traçant la piste devant moi. Je le surveille aussi. Peut-être quelque chose s'est-il effrité aujourd'hui, et j'ai compris qu'il pouvait nous planter là au milieu de la montagne_ je n'en suis pas certaine cependant, mais le doute s'est insinué, il l'a instillé lui-même. Je tire régulièrement la corde, comme si de rien n'était pour vérifier qu'il ne l'a pas détachée. Qu'il ne va pas disparaître...

 

Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que dès le lendemain une terrible tempête, imprévue par les organisateurs du trek, va ravager la région et que pour ces citadins en mal de sensations nouvelles, ce sera le début de l'horreur.

La mort rôde et ne les lâchera pas, d'autant plus qu'ils sont terrifiés, épuisés et affamés...

Un refuge. Dieu. Le mot sonne étrangement doux, inattendu_alors il y en a donc, aussi loin et aussi haut. Cela me fait un élan chaud dans le corps, j'ai presque envie de rire, pour la première fois depuis le déjeuner, et les autres aussi...

 

J'avais décidé d'explorer les autres romans de Sandrine Collette suite à mes précédentes lectures comme "Des noeuds d'acier" et "Il reste la poussière" .

Ces deux lectures m'avaient beaucoup marqué.

Encore une fois l'auteur nous offre un thriller  à couper le souffle...

Le lecteur plonge immédiatement dès les premières pages dans l'aventure et dans l'horreur. Tout le talent de l'auteur réside à faire des deux histoires parallèles...une seule. Bien sûr, on comprend très vite que les deux histoires vont se rejoindre, mais on ne devine pas ni quand, ni comment, ni pourquoi...

L'auteur est très douée pour faire monter le suspense et l'angoisse du lecteur va crescendo. L'oppression le gagne au fur et à mesure que la montagne devient de plus en plus hostile. 

 

Vingt secondes plus tard, il m'a fait glisser au bord de la crevasse, évitant mon regard pour ne pas lire la peur qui m'envahit ; juste sa main sur ma tête pour m'encourager, et son murmure, "Je sais que tu vas réussir. Tu es une fille exceptionnelle. Je me retrouve les jambes balançant dans le vide, engloutie dans une opacité effrayante, cherchant désespérément des points d'appui sur la roche et la glace...

 

Les personnages sont encore une fois psychologiquement bien décrits et ils nous deviennent si familiers que l'on frémit à côté d'eux.

De plus, le ton employé par l'auteur n'est pas du tout le même quand c'est Lou qui parle et nous narre l'expédition, ou bien Mathias qui raconte sa fuite et la traque dont il fait l'objet...tous deux à la première personne. 

Encore une fois, la fin nous laisse pantelants et nous poursuit longtemps...

C'est vraiment un auteur à lire et à découvrir si vous aimez les romans à suspense.

 

Autour de moi l'eau est plus claire que je ne m'y attendais, d'une pureté irréelle. J'ai bien fait de plonger. Jamais je n'aurais su à quoi ressemble l'eau d'un lac au printemps. Jamais je n'aurais vu la glace briller par en dessous, tels des milliers de diamants façonnés.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:10
Kyrielle, 2017

Kyrielle, 2017

Lorsque la lune se pose sur l'eau.
Parfois comme un oiseau.
Parfois comme un caillou.

 

Ce livre est un dyptique que Véronique Biefnot et Francis Dannemark ont imaginé ensemble, à partir d'une idée de Véronique Biefnot, qui l'a également illustré. Le scénario complet est donc signé Biefnot-Dannemark.

Le livre 1, "Place des Ombres", a été écrit par Véronique Biefnot. Elle y présente les personnages et met en scène le mystère qui les entoure. Le livre 2, "Après la brume", a été écrit par Francis Dannemark. Il se déroule vingt ans après et le lecteur y trouvera certaines réponses...

 

Vous pouvez imaginer plus facilement l'ambiance de l'histoire en venant lire des extraits sur leur site

 

Parfois, je suis la lune.
Les oiseaux.
L'ami de l'eau.

 

Le premier roman débute en 1980, mais l'histoire elle, vous l'avez deviné, bien avant...

Lucie est étudiante en lettres et se sent seule au milieu de cette ville où elle vient de s'installer.

Elle n'aime pas prendre part aux nombreuses fêtes étudiantes et n'arrive pas à s'intégrer dans un groupe. Ses parents sont partis vivre en Italie, suite à une mutation de son père, et elle se sent un peu abandonnée loin d'eux.

 

Elle prend beaucoup de plaisir à lire "Les fleurs du mal" de Charles Baudelaire, un exemplaire datant de 1868, qu'elle a trouvé chez un bouquiniste. Elle a été tout de suite fascinée par la couverture et la dédicace emplie d'amour, datant de 1910, et adressée  à une certaine et mystérieuse Garance...

Son ressenti, ses émotions répondent comme un écho aux vers du poète. 

 

Lucie aime beaucoup se rendre au parc dès la fin des cours. Là elle se sent apaisée par la présence des arbres et de la nature. Mais un soir où elle s'est aventurée un peu plus loin que d'habitude dans la ville, elle se perd et ses pas l'amènent jusqu'à une très vieille herboristerie, une boutique située "Place de la montagne aux Ombres" au rez-de-chaussée d'un vieil immeuble délabré, tenue par un très vieil homme, Évariste Jussieux. 

 

Alors qu'elle vient de connaître une vive et incompréhensible déception sentimentale, durant laquelle son petit ami, Pol l'a abandonné sans donner d'explication, Lucie retourne voir le vieil homme et sans savoir pourquoi se confie à lui. 

Aussi, lorsque celui-ci lui propose quelques temps après, de s'installer dans un appartement situé au dernier étage de l'immeuble dans les anciennes chambres de bonnes, elle accepte aussitôt.

Une amitié pleine de tendresse va naître entre le vieil homme et la jeune fille. Mais celle-ci peu à peu perd le contact avec la réalité. Elle s'éloigne de ses quelques connaissances, ne va plus en cours, arrête d'écrire à son amie Maud et fait d'horribles cauchemars, durant lesquels une mystérieuse voix, lui parle. 

 

Quelle est l'origine de ces bruits qui peuplent ses nuits ? 

Pour quelle raison les fissures du vieil immeuble gagnent-elles du terrain ? 

D'où proviennent les violentes douleurs qui lui nouent le ventre ? 

Et pourquoi Mme Latourelle, la propriétaire ne sort-elle jamais de chez elle ?

 

La lourde porte avait claqué dans son dos. Lucie eut beau actionner le bouton de l'interrupteur à plusieurs reprises, le hall d'entrée resta obstinément plongé dans le noir. A tâtons, elle se dirigea vers l'escalier.Avançant avec précaution, une main plaquée contre le mur, l'autre tendue devant elle, elle atteignit la première marche de marbre et, s'agrippant à la rampe, gagna le large palier du deuxième étage...
elle fit deux pas puis s'arrêta, pétrifiée...un léger bruit de respiration parvenait de la droite.

 

Ce que Lucie ne sait pas, c'est que des décennies auparavant, des événements tragiques ont eu lieu dans cet immeuble et qu'en s'y installant elle a réveillé des démons, restés tapis tout ce temps dans les lieux.

C'est alors qu'elle se sent si seule et désemparée qu'elle s'aperçoit qu'un grand chien très affectueux s'est mis à la suivre, comme s'il voulait la protéger d'un danger imminent.

L'animal s'avançait vers elle d'un pas égal, réduisant calmement la distance qui les séparait. Cette fois la jeune femme décida de ne pas fuir. Et cette fois il ne se précipita pas, comme s'il avait senti qu'elle acceptait la rencontre. Il s'arrêta face à Lucie.

 

Maud, arrivée sur les lieux pour revoir son amie, réussira-t-elle à découvrir ce que Lucie n'a pas eu le temps de comprendre avant le drame ?

Et quels terribles liens secrets existent-ils entre les événements d'aujourd'hui et ce qu'elle-même va vivre vingt ans après ?

Car le mystère s'épaissit...

 

Parfois quelqu'un me parle.
Je n'ai pas de mots.
Parfois quelqu'un m'entend.

 

Voilà un roman à suspense, saupoudré d'un peu de surnaturel, de beaucoup de mystère et traversé par de belles et romantiques histoires d'amour, qui se lit avec un immense plaisir comme tous les livres que j'ai pu lire auparavant de ces deux auteurs (en solo et en duo) et bien qu'il soit d'un style tout à fait différent. 

Dans celui-ci le passé et le présent se mêlent pour former une histoire étrange où il n'y a aucune place au hasard...car, vous l'avez deviné, tous les événements sont reliés entre eux.

Dès les premières pages, le suspense est au rendez-vous et le lecteur se laisse emporter par l'histoire...

Les personnages sont très attachants et nous entraînent dans leur sillage. 

L'intervention des animaux n'est pas anodine. Il en est ainsi du chien que l'on retrouve à travers les âges mais aussi d'une corneille, d'un renard...qui interviennent à plusieurs moments du récit. 

 

Seul dans son théâtre d'ombres et de silence, Emile Marage alluma une bougie qu'il posa sur la table avant de s'asseoir, face à sa tribu figée. Figée dans l'attente des mots qu'il allait prononcer...Comme ils avaient été patients, le renard et le chat sauvage, comme ils avaient retenu leurs ailes, les oiseaux du jour et de la nuit, les papillons, comme ils s'étaient tenus tranquilles, les lucanes cerfs-volants, les cétoines dorées ! La voix du vieil homme surgit enfin : "Vous l'avez vue, n'est-ce pas ? J'aurais pu aimer quelqu'un. J'aurais pu être aimé. J''aurais pu avoir une petite fille comme elle"...

 

L'écriture et les poèmes jouent un rôle très important : une partie de l'histoire est révélée dans le carnet de Garance, les romans sont imprégnés d'extraits de poèmes de Baudelaire et de références littéraires, et la poésie est aussi entre les chapitres, car de courts poèmes de trois vers, proches des haïkus viennent soutenir les propos et se retrouvent au coeur des deux romans, en miroir. 

La structure est importante puisque les deux romans se répondent et que les événements se répètent, comme si les personnages échangeaient à travers le temps. 

C'est un roman très bien écrit qu'encore une fois, j'ai lu avec beaucoup de plaisir. 

Je remercie les auteurs de m'avoir fait confiance en me proposant la lecture de leur livre en avant-première, puisque sa sortie n'est annoncée que pour le mois de février.

 

Une autre fois je serai du bois.
L'arbre où se posent les oiseaux.
Je serai l'eau de la rivière.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 07:20
Coup de coeur des Lecteurs 2015

Coup de coeur des Lecteurs 2015

Une maison ne pouvait pas être menaçante, c'était évident !
Ce n'était pas une entité.
Juste un assemblage de pierres, de mortier, de bois et d'ardoises.

 

Je ne sais plus qui m'a parlé de ce roman et comme je voulais lire quelque chose de facile pendant les dernières vacances, j'ai acheté ce titre d'Isabelle Rozenn-Mari. Un auteur dont je n'avais jamais rien lu auparavant.

Je savais qu'elle avait reçu le "Coup de coeur des Lecteurs" 2015, prix décerné par Amazon lors de la remise des Prix de l'Auto-Edition 2015.

Bon d'accord Amazon n'est pas au départ une librairie, mais je considère que ses lecteurs sont des lecteurs comme les autres et donc que ce prix était à découvrir.

Je n'ai pas regretté un seul instant cette lecture de vacances...

 

Pourquoi tant d'émotions ? Se questionna-t-elle.
Cette maison n'était rien pour elle. Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle l'avait vue pour la dernière fois.
Cela n'avait pas de sens...

 

Rose est obligée de revenir dans la maison de son enfance dont elle vient d'hériter, après la mort de sa grand-mère. Mais elle compte bien la vendre rapidement, car sa vie est désormais ailleurs. Elle est en effet devenue outre-atlantique, une romancière à succès. 

Depuis le décès de ses parents, alors qu'elle n'avait que huit ans, elle vit à New York. C'est son oncle qui l'a élevé. De sa vie d'alors, elle n'a jamais eu aucun souvenir et tout le monde a pensé que le traumatisme de la disparition de ses parents et son déracinement expliquaient son absence de mémoire. 

A 26 ans, elle ne pensait pas que, de revenir sur les lieux ici à Port-Lanay, provoquerait chez elle autant de bouleversements...

 

D'abord il y a la maison dans laquelle elle désire aussitôt s'installer pour y faire un peu de tri en attendant la mise en vente. Dès le départ, elle ressent de fortes ondes néfastes comme si les murs et les objets voulaient lui parler. Ensuite il y a tous ces bruits étranges, ces ombres qui semblent vouloir s'approcher de plus en plus près d'elle, cette odeur persistante de violette qui semble la poursuivre...

La maison serait-elle hantée comme le croient les habitants du village ?

Quels secrets se cachent derrière ses lourdes tentures ?

 

Et puis, il y a aussi tous ces gens dont elle n'a aucun souvenir et qui semblent se rappeler parfaitement d'elle. 

D'abord sa propre famille qu'elle n'a jamais revu depuis le drame. Sa tante, la soeur jumelle de sa mère, qui l'a toujours tenu à distance et sa cousine, au comportement déluré qui ne cesse pas de la surprendre. 

Il y a Alex, son ami d'enfance, devenu avocat qui s'occupe de la succession. Alex, plein de charme et très prévenant, qui décide de l'entourer de sa sollicitude et de l'aider à traverser cette étape difficile. Il devient vite le seul refuge de Rose qui se confie à lui, éprouvée comme elle est par tous les événements. Elle va bien sûr tomber amoureuse, tandis que le lecteur devenu de plus en plus méfiant à cause de ce qu'il apprend au fur et à mesure de sa lecture, s'inquiète pour elle. Alex est-il réellement fiable et sincère ? 

Le lecteur s'inquiète d'autant plus que la famille d'Alex a une attitude différente et certains membres semblent même détester Rose, comme c'est le cas de la mère. Quand au père et au frère d'Alex, on peut dire que leur comportement, très masculin, et leur façon de regarder Rose, met le lecteur plutôt mal à l'aise.

 

Malgré les difficultés, Rose décide de rester pour obtenir des réponses à ses nombreuses questions...en fait elle y est obligée mais je ne vous dirai pas pourquoi ! 

Mais aura-t-elle pour autant le courage d'aller au devant des secrets de famille ?

Pourquoi son oncle lui a-t-il menti pendant toutes ces années ? 

 

 

Jusqu'ici, je faisais de nombreux cauchemars la nuit. Des rêves dont je ne me souvenais jamais. Mais à présent, c'est ma vie qui s'est transformée en un long et douloureux cauchemar et je sais que je suis prise au piège.
Je ne peux pas fuir cette maison...

 

Ce thriller psychologique, saupoudré d'un peu de surnaturel et d'horreur, est un roman haletant au suspense époustouflant et se lit d'une traite ! Ah j'oubliais...il contient quelques scènes d'amour aussi. 

 

J'ai aimé ressentir la peur de Rose lorsqu'elle est dans la maison.

Cela m'a rappelé l'époque où, encore enfant, il fallait pour rejoindre ma chambre que je passe devant la chambre de mes parents, ouverte mais obscure, car mal éclairée par la lampe du couloir comme c'était souvent le cas à l'époque. Avec ma soeur, tous les soirs d'hiver (pourquoi seulement en hiver ?) nous passions devant cette porte ouverte en frissonnant et en criant pour nous faire plus peur encore. Puis le rituel était d'arriver la dernière quand la première avait déjà éclairé notre chambre et de regarder minutieusement sous nos lits, avant de nous glisser dans les draps chauffés par la bouillotte provençale (un galet de la Crau emmailloté dans un vieux pull)..."Elles sont fadades" (ce qui veut dire "un peu folle") disait alors ma mère en riant et en venant nous border...Jouer à se faire peur est souvent délicieux quand on est enfant !

 

Bon revenons à  ce roman, bien rythmé et très prenant... 

Rose est un personnage très attachant. Elle est douce, intelligente, agréable...mais plutôt timide. Ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est rester dans l'ombre et passer inaperçue, ce qui bien sûr ne va pas arriver car dès son retour au pays, les langues vont bon train et elle va se retrouver au centre de l'intérêt de chacun.

La petite ville avec son ambiance particulière de province, ses rumeurs et ses non-dits, joue vous l'avez compris, un rôle important dans l'ambiance générale du roman.  

Les personnages sont tous très bien décrits psychologiquement et bien présents dans le roman, même ceux que nous ne trouvons pas du tout sympathiques, comme le frère et le père d'Alex par exemple, ou la cousine...qui est l'opposé en tout de Rose. 

 

Le style est clair et fluide. L'auteur joue avec nous, juste ce qu'il faut pour créer le suspense et rendre l'histoire crédible. Et l'histoire d'amour qui unit Rose et Alex, malgré son côté bien prévisible, permet de se détendre un peu et de donner un peu de douceur et de passion à l'ensemble. 

 

Isabelle  Rozenn-Mari a choisi l'autoédition pour se faire connaître et remporte un franc succès. "Souviens-toi Rose" est son cinquième roman...

Un roman à lire pour se détendre et passer un bon moment. 

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 07:25
Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

À l'école primaire, une insulte infâme était d'être traité d'intello ; plus tard, être un intellectuel devient presque une qualité. Mais c'est un mensonge : l'intelligence est une tare.

 

Je vous ai déjà parlé de ce roman à deux reprises sur ce blog...parce qu'il est pour moi incontournable et qu'il me rappelle d'excellent souvenirs...

La première fois, c'était dans une bibliographie que j'ai mis en ligne l'année dernière, sur le thème des romans d'humour pour ados, et la seconde, lorsqu'une troupe de théâtre que les lyonnais doivent bien connaître, la Nième Compagnie,  m'a gentiment invité à aller voir la pièce de théâtre qui se jouait à Paris et en tournée et que vous vous en doutez, je n'ai pas pu aller voir. 

 

Or ce roman de Martin Page, il se trouve que je le connais depuis sa sortie en l'an 2000, année où je travaillais dans un lycée professionnel.

Nous faisions alors chaque année, avec une enseignante de français, un atelier de "critique littéraire en herbe" et la libraire du coin sélectionnait des livres pour les soumettre à cette classe de carrossier, comme vous vous en doutez, une classe où peu d'élèves aimait la lecture de gros pavés. 

De nombreux débats ont eu lieu autour de ce petit roman et il a été lu par tellement de jeunes que j'ai dû en acheter plusieurs exemplaires...C'est vous dire ! 

Voilà pourquoi ce petit livre me rappelle de bons souvenirs...

 

Parmi les cadeaux que le père noël a mis dans mes petits souliers, ce livre est arrivé par la poste, envoyé par quelqu'un que j'aime beaucoup (et que je remercie encore ici) et qui se reconnaîtra, alors que j'étais en vacances en Auvergne. Comme certains d'entre vous le savent, je suis partie bien avant noël et pendant plus de dix jours. C'est à mon arrivée que je l'ai trouvé qui m'attendait bien sagement dans son enveloppe, posée sur ma table basse par mon adorable voisine qui était venue s'occuper de mes chattes...et rentrer mon courrier.

Bien sûr j'ai eu envie de le relire, non sans avoir remercié l'expéditrice par le formulaire de contact de son blog (car je n'avais pas son mail, la cachottière) et en lui envoyant de petites choses que j'avais préparé moi aussi pour elle, et puis... vous vous en doutez, j'ai pris tout mon temps pour le savourer ! 

 

 

-Pourquoi n'as-tu plus d'amis?
-Ils ont moisi. Je n'avais pas remarqué qu'ils avaient une date de péremption.

Comment je suis devenu stupide / Martin Page

Bien sûr, il y a des gens qui auront lu Freud, Platon, qui sauront jongler avec les quarks et faire la différence entre un faucon pèlerin et une crécerelle, et qui seront des imbéciles. Néanmoins, potentiellement, en étant en contact avec une multitude de stimulations et en laissant son esprit fréquenter une atmosphère enrichissante, l'intelligence trouve un terrain favorable à son développement...

 

Le héros du livre s'appelle Antoine et a 24 ans. C'est un jeune homme intelligent pour ne pas dire brillant, mais qui se sent très seul...

Bardé de diplômes dont certains, il faut bien l'avouer, sont complètement inutiles, il réalise que l'intelligence ne fait pas le bonheur, en tous cas le sien.

Alors il va essayer de changer de vie et surtout d'arrêter de penser. Car c'est en fait sa trop grande lucidité qui lui joue des tours, cette façon qu'il a de toujours tout décortiquer et tout analyser... 

 

 

Enfant, son ambition avait été de devenir Bugs Bunny, puis plus tard, plus mature, il avait voulu être Vasco de Gama. Mais la conseillère d'orientation lui demanda de choisir des études qui figuraient sur les documents du ministère.

 

Il songe à devenir alcoolique mais tombe dans un coma éthylique au premier verre : il ne supporte pas l'alcool et puis ne devient pas alcoolique qui veut...

Il s'intéresse au suicide, mais finalement en déduit que la mort ne l'intéresse pas. Car s'il reconnaît qu'il ne désire plus vivre, il ne désire pas non plus mourir. 

Alors il décide, vous l'avez deviné... de devenir stupide.  

Faut-il avoir recours à une lobotomisation ? une indigestion de télévision ? la fréquentation d'une salle de sport ?

 

Je n’ai jamais été sportif ; les dernières compétitions importantes qui ont fatigué mes muscles sont les concours de billes à l’école primaire dans la cour de récréation. Mes bras, mon souffle court, mes jambes lentes ne me permettaient pas de faire les efforts nécessaires pour taper dans une balle avec efficacité ; je n’avais que la force de fouiller le monde avec mon esprit. Trop chétif pour le sport, il ne me restait que les neurones pour inventer des jeux de balles. L’intelligence était un pis-aller.

 

Il choisit de changer de métier pour devenir un "sale con". L'idéal est de travailler dans une société de courtage et de prendre deux petits cachets d'Heurozac qui vont lui permettre de s'empiffrer de BigMac, de s'installer dans un loft branché, et d'acheter une grosse voiture... sans culpabiliser ni se poser aucune question.

Mais deviendra-t-il heureux pour autant ?

 

Ne comptez pas sur moi pour vous décrire en détails, les mille péripéties vécues par notre jeune Antoine. Cet anti-héros, très attachant saura vous surprendre. 

Dans ce roman, où l'auteur explore les travers multiples de notre société dans laquelle toute personne sortant de la norme est rejetée, vous trouverez matière à réfléchir en toute légèreté...car il est à la fois drôle et profond. 

C'est un petit roman très court (124 pages exactement) qui vous fera passer un agréable moment, mais un roman intelligent car tout le monde en prend pour son grade. J'ai beaucoup ri ! 

J'invite les enseignants à faire lire cet auteur talentueux à leurs élèves, car avec un accompagnement il peut être lu dès la troisième...et donc bien sûr au lycée.

 

Tout le monde a des choses à dire sur les femmes, les hommes, les flics, les assassins. Nous généralisons à partir de notre propre expérience, de ce qui nous arrange, de ce que l'on peut comprendre avec les faibles moyens de nos réseaux neuronaux et suivant la perspective de notre vision. C'est une facilité qui permet de penser rapidement, de juger et de se positionner.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 07:36
Stock 2015

Stock 2015

Pour moi, ils n’étaient pas tout à fait morts. Ils n’étaient plus dans la vie. Ce n’était pas la même chose.

Notre vie n’est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l’unique exemplaire d’un livre, pour certains d’entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d’une écriture sage et appliquée, pour d’autres d’un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d’autres plus ou moins raturés, pleins de reprises et de repentir.

 

Dans ce roman philosophique très évocateur, l'auteur donne la parole, à un quinquagénaire qui, arrivé au mitan de sa vie, a peur de vieillir... Il a un beau métier : il est cinéaste et écrivain, mais il est inquiet pour l'avenir.

Sa vie va être bouleversée lorsqu'il apprend que son meilleur et unique ami a une maladie grave. Il laisse alors libre cours à ses peurs, à ses regrets et à ses pensées.

Son ami Eugène est producteur de cinéma et il aime la vie. Il a eu cinq enfants avec cinq femmes différentes, parce qu'il n'a jamais pu s'empêcher de tomber amoureux.

Sa maladie est plus grave qu'il n'y paraît, mais il va tenter de prendre ça avec légèreté et  de continuer à vivre.

Comment le narrateur, pourra-t-il accepter de vieillir, d'être moins aimé , de ne pas réussir tout ce qu'il entreprend dans la vie et surtout de perdre aussi rapidement, en tout juste un an, son ami de toujours ? 

"Pourquoi tombe-t-on malade", se demande-t-il ? 

Qu'est-ce qu'être vivant ?" Respirer ? Etre amoureux ?

C'est qu'avant, il y a déjà eu Agathe, l'enfant mort-né qu'il a eu avec Florence, sa femme.  Malgré l'amour immense qu'ils avaient l'un pour l'autre, leur couple n'a pas résisté.

Et maintenant, qu'en sera-t-il de celui qu'il forme avec sa jeune voisine Elena...

 

 

En Indonésie, il existe une île où les habitants, le peuple Toraja, perpétuent une tradition séculaire : ils enfouissent au coeur d'un tronc d'arbre les petits corps des enfants trop tôt décédés et qui n'ont pas vécu au delà de quelques mois. Ainsi, ils continuent à grandir en même temps que l'arbre...

Cette pratique est le point de départ de ce dernier roman de Philippe Claudel, un auteur que j'apprécie beaucoup qui a écrit des livres très forts et qui encore une fois, bouscule les idées reçues, ici sur la mort..et la vie.

Une cavité est sculptée à même le tronc de l'arbre. On y dépose le petit mort emmailloté d'un linceul. On ferme la tombe ligneuse par un entrelacs de branchages et de tissus. Au fil des ans, lentement, la chair de l'arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait monter vers les cieux, au rythme patient de la croissance de l'arbre.

 

Philippe Claudel nous offre-là une longue méditation philosophique sur la place que la mort occupe dans notre vie, ou comment sa présence modifie notre perception des choses.

Au fil du récit, le lecteur comprend qu'Eugène accompagne le narrateur, aux côtés des autres disparus et qu'ensemble, ils l'aident à accomplir son oeuvre...

Au-delà des sujets douloureux qu'il aborde, c'est un roman très positif qui parle surtout de la vie, de l'amour, de l'amitié, de l'attachement aux êtres qui nous entourent...et aussi de ce que nous sommes pour les autres et ce que les autres sont pour nous, mais aussi de que nous garderons de nos proches et qu'ils garderont de nous...

 

Y-a-t-il une part de vécu dans ces propos ? Certainement, même si l'auteur s'en défend. Car, c'est en ayant à l'esprit la vie et la mort de son meilleur ami, l'éditeur Jean-Marc Roberts, décédé en 2013, que Philippe Claudel a imaginé les personnages de ce roman. 

 

Écrit avec une belle plume, pudique, facile et même souvent légère et poétique, ce roman est lui aussi une sorte d'arbre du pays Toraja, un hommage à ceux qui ont disparu mais surtout un hymne à la vie, très différent et beaucoup moins noir que les précédents romans de l'auteur. 

 

Ce très beau livre est cependant à lire à un moment de votre vie où vous avez le moral, bien que je pense qu'il puisse aider à "faire son deuil" d'une certaine façon.

 

La mort d'Eugène ne m'a pas seulement privé de mon meilleur et seul ami. Elle m'a aussi ôté toute possibilité de dire, d'exprimer ce qui en moi s'agite et tremble. Elle m'a également fait orphelin d'une parole que j'aimais entendre et qui me nourrissait, qui me donnait, à la façon dont opère un radar, la mesure du monde que, seul désormais, je ne parviens à prendre qu'imparfaitement.

Poursuivre sa vie quand autour de soi s’effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c’est savoir survivre et recomposer.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:10
Librinova, 2016

Librinova, 2016

Il tendit une enveloppe à Tamarra. Elle la prit tremblante sans savoir quoi en faire...
A l'intérieur, il y avait des photos. Elles représentaient des groupes de femmes. L'une d'entre elles retint son attention. En gros plan, une jeune femme vêtue de noir. Elle était grande et mince. Ces yeux, elle s'en souvenait très bien...

 

Tamarra, étudiante en droit a été retrouvée inconsciente dans le bureau de Mauriany, un avocat chez qui elle effectuait un stage. Le problème est que celui-ci a été assassiné et que l'enquête a révélé qu'il trempait dans des affaires un peu louches.

Or, impossible pour Tamarra de se souvenir de quoi que ce soit, ni de cette nuit-là, ni des semaines qui ont précédé l'événement. Elle souffre d'amnésie partielle.

Tout le monde suppose qu'elle a vécu quelque chose de traumatisant que son inconscient a décidé d'oublier.

Mais est-ce normal qu'elle ait l'impression d'être surveillée en permanence ? Et d'où viennent ces affreux cauchemars qui hantent ses nuits ?

 

Quand elle apprend qu'elle est enceinte, alors qu'elle n'a pas de petit copain, son monde finit de s'écrouler...

C'est alors que la mémoire lui revient, en partie et qu'elle décide de n'en rien dire à personne. 

 

Tapies dans l'ombre, d'étranges créatures la surveillent et attendent l'enfant à naître. Qui sont-elles ? Que veulent-elles ? Et quels sont leurs pouvoirs ?

Et qui sont ces personnes autour d'elle qui jouent un double-jeu ?

Comment séparer les gentils, des méchants ?

 

Tamarra n'est pas au bout de ses surprises et...le lecteur aussi ! 

 

Il est possible que durant ces semaines vous ayez vécu une succession de situations difficiles, et ce qui s’est passé ce jour-là a certainement atteint votre limite. Ce que vous avez dû vivre pendant cette journée a simplement été la goutte qui a fait déborder le vase, si je puis dire. À partir de ce moment, votre inconscient a cherché à se protéger, estimant qu’il ne pouvait pas en supporter davantage.
— Au point de ne me souvenir de rien ?
— Vous savez, parfois certaines choses nous touchent tellement que sans s’en rendre compte on les enfouit au plus profond de soi.
— Mais, s’emporta Tamarra, je veux me souvenir !

 

Amateurs de fantasy, ce livre est fait pour vous...d'autant plus que le suspense est au rendez-vous et que si par malheur vous le commencez, vous n'aurez qu'une envie : le terminer le plus vite possible ! 

Impossible en effet de lâcher ce roman tant le destin de Tamarra nous interpelle et le lecteur entre avec plaisir dans l'univers de l'auteur, un univers fantastique très novateur. 

 

Ce roman est en effet empli de mystère, de surnaturel, de mythes et de légendes. 

Vous allez ainsi voyager de nos jours en Ecosse puis rendre visite aux Incas, puis vous reviendrez en Europe au temps de l'Inquisition...oui, vous savez bien, au temps où les sorcières étaient brûlées vives sur le bûcher.

Bien sûr, si en plus je vous dis que vous allez rencontrer des démons en tous genres et une sorte de confrérie secrète, je vois de là que certains diront "c'est pas pour moi" !

Et bien moi, je dois encore avoir une âme d'adolescente, parce que bien que ces démons pour certains ne soient pas franchement sympathiques (d'autres sont beaux à tomber...mais je ne vous dirai pas qui) et bien je reconnais sans honte avoir pris un immense plaisir à lire ce livre.

 

Il n'y avait aucune inscription dessus, aucun dessin ne pouvant susciter un quelconque intérêt. Pourtant ce qu'il contenait était le plus précieux des trésors qu'elle n'ai jamais possédés.
Elle l'ouvrit lentement. L'intérieur était recouvert de velours noir et en son milieu reposait un cristal de roche. Killa l'effleura timidement du doigt...
Des siècles auparavant, c'était à cette pierre qu'elle avait dû son salut. Aujourd'hui elle avait encore besoin de son aide.

 

Ce roman entre dans la catégorie des "page-turner", pour les amateurs du genre.

En plus ce qui ne gâche rien, il est bien écrit et très fluide.  

Le suspense et le mystère sont donc au rendez-vous et les nouveaux éléments sont amenés avec beaucoup de doigté. Les personnages sont attachants et nous voulons connaître leur destin. 

Et du coup comme tous les lecteurs de ce premier tome, j'attends la suite avec une certaine impatience...

 

Ah oui, j'ai oublié de vous dire que c'est le premier roman que j'ai lu sur ma liseuse. Un événement donc à tous points de vue. Mon seul regret est de n'avoir pas pu acheter le livre-papier (et oui mon budget ne me le permettait pas sinon je l'aurais fait avant puisqu'il est sorti depuis plusieurs mois maintenant) et donc, je n'ai pas pu avoir le joli marque-page qui allait avec.

 

Si vous voulez contacter l'auteur, dont c'est le premier roman, pour offrir ce livre à un de vos proches par exemple, vous pouvez vous rendre sur son blog ici. 

 

 

Vous pouvez aussi visiter le blog de Yolaine qui habite le Québec et qui est l'auteur de la couverture de ce livre, que personnellement je trouve très belle...

Pas vous ?

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 07:36
Crépuscule du tourment / Léonora Miano

Etre femme, c’est serrer les dents à l’intérieur, s’accrocher un sourire sur le visage. C’est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari.

 

Voilà un roman choral qui donne la parole à quatre femmes qui sont toutes d'une manière ou d'une autre, attachées au même homme...Dio, toujours absent. 

C'est la mère qui ouvre le roman, puis vient Amandla, son ancienne fiancée, Ixora, sa future femme et enfin Tiki, sa jeune soeur. Le destin de ces femmes se croise, leurs voix se font écho, leur permet de se rencontrer mais jamais ce qu'elles ont à lui dire ne pourra être prononcé de vive voix. Parfois elles nous racontent des faits similaires mais selon leur point de vue personnel. 

Toutes ont un lourd secret à porter dans leur coeur, un secret qui ne leur permet pas d'être heureuse, une blessure d'enfance ou de jeunesse, mais surtout le poids de l'histoire personnelle du pays, celui de l'esclavage, de l'asservissement des femmes et du colonialisme...

Il s'agit d'un roman quasi contemporain car il se passe dans les années 2010. 

 

L'air est aussi pesant que les anciens fardeaux, ces blessures souterraines dont on ne guérit pas. Les tenir secrètes, ce n'est pas seulement se garder de les dire. C'est en quelque sorte les nourrir. C'est à l'ombre que s'épanouissent certaines douleurs. C'est dans le silence que fleurissent ces obsessions qui deviennent le moteur de nos existences. Je sais nommer l'épine qui, logée en moi depuis le plus jeune âge, est ma torture et ma boussole.

 

Dio, héritier d'une famille riche et noble, décide de rentrer chez lui après des années d'absence qu'il a passé au Nord, où il pensait trouver tolérance et bonheur mais où seul le racisme et la solitude l'attendaient.

Le Nord, c'est le continent européen ! Le Nord... d'un pays d'Afrique qui ne sera jamais nommé mais qui pourrait être le Cameroun vu que l'auteur est originaire de là-bas...

Mais Dio ne revient pas seul sur les terres familiales. Il ramène avec lui Ixora, une jeune femme, la veuve de son meilleur ami, qu'il désire épouser bien qu'elle n'ait pas de "généalogie", comme le lui fait remarquer aussitôt sa mère, et de plus, elle a déjà un petit garçon...

La mère que tout le monde appelle "Madame" avec déférence prend aussitôt en grippe la jeune femme.  En effet, pour elle qui connaît ses origines, épouser une "sans généalogie" s'est brouiller les voies du sang, modifier le statut social de la famille acquis au cours d'années de lutte, faites de sacrifices et de renoncements.

Ces personnes sont forcément des descendants de l'esclavage.

Alors, pour elle qui voit déjà son fils comme un renégat qui a refusé d'occuper son rang et de fréquenter des gens de son milieu social, il n'existe qu'une seule solution, c'est l'empêcher d'épouser Ixora et pour cela, elle n'hésitera pas à avoir recours à une "sorcière"...

Mais Madame qui a forgé son caractère, pour enfouir de graves blessures, qui a supporté la violence et les coups de son mari, n'en sortira pas non plus indemne...

 

...c'était moi qui avait rompu, mais que veux-tu j'étais lancée, tu m'avais forcée à dégainer, à tirer plus vite que mon ombre, et j'opérais à l'aveuglette, ivre de mon propre verbe, me libérant au fond d'un poids sans rapport avec tout cela, l'objet des querelles est souvent au-delà, on le sait mais c'est peine perdue, si la raison l'emportait toujours nous serions des dieux pas des humains.

 

Le lecteur entre dans le destin de ces quatre femmes africaines, dans leurs désirs les plus secrets, leurs envies d'être aimées et d'aimer. Quatre voix différentes qui sont autant de monologues...un cercle très féminin et très sombre avec ces traditions d'un autre âge, ces confessions et ces secrets... 

Elles sont toutes quatre aux prises avec leur famille, leur solitude, la douleur et le doute. Leur vie est imprégnée de la grande Histoire qui a laissé des traces indélébiles et les empêchent de s'ouvrir vers une modernité nécessaire mais qui leur fait cependant renier leurs origines, leurs langues, leurs traditions.

Leur prison est tout à fait oppressante...

Dans leurs paroles qui ne seront jamais entendues par le principal intéressé, elles tentent de s'expliquer pourquoi Dio, cet homme qu'elles étaient prêtes à aimer, les a fui.

Ainsi un jour, elles comprennent que c'est uniquement par lâcheté et surtout par peur...en particulier peur du rôle assigné aux hommes dans ce pays.

Dio est un homme qui au fond n'accepte pas que sa famille fasse partie, à la fois des bourreaux, puisque du côté des colons et des victimes, puisqu'elle a perdu son identité, sa langue, sa culture...

Il retourne ses propres manques contre les femmes qui l'entourent... car il a très peu d'estime pour lui-même. Dans ce pays hélas, on est un homme, un vrai, uniquement lorsqu'on soumet une femme devant tout le monde et si elle n'accepte pas la soumission...on la bat ! 

 

Ce que j'ai à te dire aujourd'hui...c'est que j'ai trouvé ma tranquillité, "ma personne", au coin d'une rue, là où la ville débouche sur le quartier des femmes sauvages, ce lieudit Vieux Pays, et, du fond du coeur, je voudrais que tu connaisses cela, mon ami, toi aussi, un jour, je voudrais que tu n'aies pas assassiné tes possibles.

 

Pourtant, s'accepter c'est une façon de se reconstruire, de soigner ses blessures et donc de pouvoir vivre au grand jour...à la lumière. Et pour s'accepter et accepter de vivre il faut pouvoir parler.

Ce qu'elles font...


 

 

L'ombre et la lumière ne sont pas si disjointes qu'il nous plait souvent de le penser. Elles sont l'envers et l'endroit d'une même étoffe.

 

C'est un roman qui reste difficile à lire. J'ai trouvé certains passages très durs tant au niveau de la teneur des propos que du contenu, sans doute par manque de connaissances culturelles ou historiques sur le pays. Ces difficultés ne m'ont pas empêché de le lire jusqu'au bout et je tiens à soulever sa grande valeur littéraire et culturelle.

La cause des femmes est un combat de tous les temps et toujours d'actualité. Comment accepter que de nos jours tant de femmes ne sachent pas ce que veut dire le mot liberté et vivent encore sous le joug d'un homme violent prêt à tout pour asseoir son autorité...

J'ai cependant  préféré la lecture de "Contours du jour qui vient", du même auteur, chroniqué ici sur ce blog...qui avait obtenu, il y a déjà dix ans, le prix Goncourt des Lycéens.

 

Je sus très tôt que la terre où l'espèce humaine vit le jour s'appelait Kemet. Que nous étions des Kémites. Pas des Noirs. La race noire n'avait été inventée que pour nous bouter hors du genre humain. Justifier la dispersion transatlantique. Faire de nous des biens meubles que l'on achèterait à tempérament. Des bêtes que l'on marquerait au fer rouge avant de les baptiser selon le rite chrétien. Nous résiderions désormais entre l'objet et l'animal. Tel est le sens du nom racial dont on nous affubla. Jamais il ne fit référence à nos trente-six carnations. Je ne comprends pas que nous soyons si nombreux à nous définir ainsi.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 07:21
Flammarion / Prix Renaudot 2016

Flammarion / Prix Renaudot 2016

Comment est-ce possible ? Une fille fait les quatre cent coups, se trimbale dans la vie juchée et peinturlurée et tout à coup se met à avoir soixante ans.

 

J'ai découvert Yasmina Reza en lisant son premier livre qui s'intitulait "Conversations après un enterrement" paru chez Actes Sud-Papiers en 1992.

Entre nous, il me semble que c'était hier !

Depuis je n'ai plus rien lu d'elle à part "Art", paru en 1994 que nous faisions lire chaque année aux adolescents lorsque je travaillais en Lycée pro. Ces deux oeuvres de théâtre sont très connues et ont reçu le Prix "Molière". 

Je savais qu'en plus de ses oeuvres théâtrales, Yasmina Reza avait aussi écrit des scénarios sans pour autant m'être penchée davantage sur la variété de ses écrits.

Je ne connaissais donc aucun de ses romans et bien sûr comme beaucoup d'entre vous, cela s'imposait que je lise le dernier, paru en août, et qui a obtenu cet automne le Prix Renaudot, un roman qui se rapproche étrangement du théâtre, cher à son coeur... 

 

A partir d'un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c'est sexy, quand tu la fais à soixante, c'est chiant.

 

Elisabeth n'a pas une vie très trépidante bien qu'elle ait un métier intéressant mais qu'elle a renoncé à expliquer aux autres, ingénieur brevets à Pasteur.

Elle supporte mal d'avoir dépassé la soixantaine. Elle vient de perdre sa mère et se complaît un peu dans les regrets et les souvenirs de jeunesse...un amour envolé avec lequel elle faisait de la photo, des balades entre amis, des soirées arrosées, la jeunesse quoi qui n'est plus et ne reviendra jamais ce qu'elle accepte mal et la remplit de mélancolie. 

De ces années de jeunesse passées, elle garde un amour inconditionnel pour le photographe Robert Frank et son album "The Americans" publié pour la première fois en 1959 dans lequel il a immortalisé l'Amérique des années 50, celle qui faisait tant rêver les français.

Elisabeth décide un peu sur un coup de tête d'organiser une soirée chez elle, une sorte de "fête de printemps" qui réunira sa soeur et ses amis ainsi que ceux de son mari et pourquoi, pas le couple du dessus, Jean-Lino et Lydie avec lequel elle a récemment lié connaissance. Lydie pourrait même chanter lors de la soirée, vue que c'est une ancienne chanteuse de cabaret reconvertie en thérapeute. Et Jean-Lino est maintenant pour elle, devenu un véritable ami, lui, l'italien juif, exilé et toujours à la recherche de ses origines. Ils ont maintes fois unis leur solitude ; ils montent ensemble aux étages sans prendre l'ascenseur, lui parce qu'il a peur des lieux clos, elle pour préserver sa ligne ; ils sont allés ensemble aux courses ; il lui a fait quelques confidences concernant ses rapports difficiles avec le petit-fils de Lydie dont il essaie sans succès de se faire aimer ; et de plus ils pourront prêter des chaises ! 

 

La soirée se déroule sans encombre ou presque, chacun des convives ayant à coeur de se comporter tel qu'on l'attend de lui. 

Mais alors que tout le monde est parti et qu'Elisabeth et son mari se retirent dans leur chambre, décidant de ranger l'appartement le lendemain matin, la sonnerie de l'entrée les oblige à ouvrir leur porte à un Jean-Lino sous le choc qui leur annonce qu'il vient d'étrangler sa femme...

Pourquoi, Lydie qui militait assidûment contre le broyage d'innocents poussins vivants et qui s'est toujours intéressée à la cause animale, a-t-elle eu l'idée d'envoyer un coup de talon à Eduardo, le chat de Jean-Lino, qui plus est un chat malade, qui a des calculs rénaux et ne comprend que l'italien...

La soirée vient de tourner au drame : suspense, rebondissements, imprévus et interrogatoires vont être désormais au rendez-vous...

 

 

 

L'auteur nous offre ici un roman très proche du théâtre...et un véritable huis-clos, dans la lignée de ces oeuvres précédentes.

Comme dans "Art", un rien va faire déraper la soirée ! 

Dans ce milieu bourgeois et très décalé, où il est de bon ton de sauvegarder les apparences, l'hypocrisie des relations humaines et les multiples non-dits nécessaires à la vie en société, sont montrés du doigt avec un certain cynisme et beaucoup d'ironie. 

Les objets jouent un rôle très important comme la grosse valise rouge dans laquelle Jean-Lino va tenter de faire entrer Lydie, le manteau trop court et le bonnet...mais aussi les chaises et les verres, objets de discussion lors de la préparation de la soirée. 

 

Le stylo était posé en travers. La lampe avec son abat-jour safran était allumée. Je n'avais jamais vu son écriture. Ces mots écrits pour mémoire, finement penchés, m'ont fait sentir l'existence de Lydie plus que n'importe quel instant de sa présence physique. Le geste de noter, les mots eux-mêmes et l'inconnu de leur destination.

 

Les animaux ne sont pas en reste puisque c'est à cause du chat que la dispute du couple tourne au drame. C'est aussi parce que Lydie tient sans cesse des propos écolo trop poussés (en parlant sans cesse des poulets et des conditions de leur élevage) que Jean-Lino s'est moqué d'elle durant la soirée, provoquant le rire de l'assemblée à ses dépens ce qu'elle n'a pas particulièrement  apprécié...

C'est un roman accessible à tous, qui se lit vite et avec intérêt car la plume acérée de l'auteur est un véritable plaisir littéraire.

Bien que j'ai trouvé la mise en scène, fort intéressante, il m'a semblé qu'il manquait dans ces pages, un petit quelque chose, et je suis donc restée sur ma faim.

Pour un prix Renaudot et vu que j'avais adoré les deux pièces de théâtre qui ont été primées, je m'attendais à mieux de la part de cet auteur...mais peut-être que justement, j'en attendais trop ! 

 

Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C'est l'image d'eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l'excitation d'être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d'autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l'infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j'entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l'irrémédiable.

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