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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 05:56
Albin Michel, 2016

Albin Michel, 2016

J'ai renié Dieu depuis longtemps, je le maudis chaque jour de ma vie et je le maudirai jusqu'à mon dernier souffle. Car malgré les cathédrales qu'on lui a construites, malgré les millions de prières qu'on lui adresse, il ne s'intéresse pas aux hommes, en réalité, il n'est qu'un impuissant, un dieu de pacotille. Peut-être que Vincent l'a entrevu, mais je ne le crois pas. Vincent a peint ce monde de façon bien plus belle que lui ne l'a créé.

Ce que je vois n’est ni banal ni paisible, ce sont les blés et les arbres qui vibrent comme s’ils étaient vivants et passionnés de vivre, avec le vent qui les bouleverse, le jaune qui s’agite de partout et le vert qui tremble...

 

A la fin du XIXe siècle, à Auvers-sur-Oise, le Docteur Gachet élève seul ses enfants, depuis le décès de sa femme.

Selon les principes de l'époque, il envoie Paul en pension dans une prestigieuse école, tandis que Marguerite, sa fille aînée qui vient pourtant d'obtenir le baccalauréat, est promise au fils d'un riche pharmacien de la ville qui doit reprendre les affaires  de son père.

Marguerite ne veut pas se marier mais son père ne lui demande pas son avis.  Elle rêve de devenir peintre, mais il lui est impossible d'entrer aux Beaux-Arts car  aucune fille ne peut s'y inscrire.

 

Elle étouffe dans cette famille dénuée d'amour, sa mère étant décédée alors qu'elle n'était qu'une enfant, personne ne peut intercéder en sa faveur et elle, qui a l'esprit ouvert, rêve de s'affranchir des convenances et de choisir sa destinée. Alors elle décide qu'elle partira en Amérique. 

Mais l'époque n'est pas favorable à l'émancipation des filles, et son père a sur elle une grande emprise psychologique qui ne fait qu'accentuer son désir de liberté. 

 

C'est alors qu'elle croise Van Gogh. Il a 37 ans. Nous sommes en 1890 : il vient d'arriver dans la ville pour consulter le Docteur Gachet, suivant ainsi les conseils de son frère Théo. Il sort de dépression et redoute les rechutes de sa maladie. Il s'installe à l'auberge de la ville et, il peint.

 

Marguerite est aussitôt subjuguée par la beauté de ses œuvres.

Que lui importe que Van Gogh ne soit pas connu et qu'il soit même critiqué par ses pairs. Il peint un tableau par jour et ne se satisfait jamais de ses créations. Marguerite admire les couleurs que les autres détestent. Elle se moque que ses dessins ne reflètent pas le réel mais ce qu'il ressent...et aimerait arriver un jour à faire de même. 

Elle le suit partout et lui voue une admiration sans borne tandis que peu à peu, elle tombe amoureuse de lui. 

Marguerite ignore alors qu'elle sera son dernier amour.

 

La peinture ne s'apprend pas, les leçons ne servent à rien !
N'aie pas peur de te mettre en danger, de te casser la figure et de souffrir. Trouve ton chemin seule, tu n'as besoin de personne pour être peintre, regarde ce que tu as devant toi, ferme les paupières, et peins ce que tu vois à l'intérieur de toi. Et si tu ne vois rien, s'il n'y a rien, arrête de peindre.

 

Jean-Michel Guenassia nous révèle dans ce roman une version surprenante des derniers jours de la vie du peintre. Dans sa postface, il précise qu'il s'est inspiré des recherches et des découvertes plus ou moins récentes pour réécrire sa fin tragique.

Le grand intérêt du roman est en effet d'être étayé de documents, d'articles de presse qui sont de véritables leçons d'histoire car reproduits tels quels, de lettres de Vincent à son frère Théo dont j'avais lu il y a très longtemps la correspondance, bien avant d'avoir ce blog. 

L'auteur réinterprète donc à sa façon et éclaire d'un jour nouveau, les documents de l'époque et les circonstances supposées de la mort du peintre. Cette version des faits a le mérite de permettre au lecteur de s'interroger...

 

Certains des personnages ont réellement existé et tout le monde sait que le peintre est décédé d'une blessure par balle. 

Mais Van Gogh, qui avait plein de projets en tête, s'est-il réellement suicidé ? Des doutes sur son suicide ont été émis dès le début du XXe siècle.

Si ce n'est pas un suicide, qui lui a alors tiré dessus ?

Pourquoi ne l'a-t-on pas transporté à l'hôpital ?

Autant de questions qui trouvent des réponses possibles dans ce roman...

 

C'est Marguerite, maintenant âgée, qui raconte son histoire d'amour avec le peintre. Le fait qu'elle emploie le "je" comme si elle nous offrait ses confidences, renforcent l'impression de véracité et donne le ton du roman. 

Le chemin de Van Gogh a-t-il réellement croisé celui de Marguerite, lors de son séjour à Auvers-sur-Oise  ? Nul ne le sait...et il ne parle pas de cette idylle dans ses lettres à Théo. Tout ce que nous savons c'est qu'elle est par deux fois présente dans ses tableaux. Mais peut-être Van Gogh a-t-il voulu simplement faire plaisir au Docteur Gachet qui le recevait,  en faisant le portrait de sa fille...

 

Le Docteur Gachet, présenté comme l'ami des impressionnistes, l'était-il vraiment ? Lui qui fréquentait les milieux artistiques parisiens, qui invitait de nombreux peintres à venir dans son atelier, installé dans le grenier de sa maison et qui devint l'ami de Pissarro, de Renoir, de Monet, de Cézanne, et de Van Gogh était-il un faussaire comme certains l'ont supposé ?

Quoi qu'il en soit à la fin de sa vie, il possédait une incroyable collection de tableaux offerts par ses amis, en échange de ses soins. 

 

Si je n'ai pas trouvé l'idylle entre Marguerite et Van Gogh d'un quelconque intérêt, j'ai par contre adoré, les moments où l'art prend toute la place, où Marguerite découvre la peinture de Van Gogh et nous la décrit.  Ces passages sont magnifiques et très poétiques. C'est si réaliste que je voyais sans peine le peintre choisir ses couleurs, assis là,  au bord du champ de blé ou de la rivière...

Ce roman reste donc avant tout, un superbe portait de Van Gogh, peintre décrié en son temps mais devenu un de nos plus grands artistes contemporains. Un peintre qui n'était pas fou et qui nous a laissé une oeuvre extraordinaire.

C'est pour toutes ces raisons que ce livre est à découvrir, si vous aimez Van Gogh...

 

Un jour, ce journal sera découvert, et cette histoire sera révélée. Pour qu'elle reste secrète, comme elle l'a été jusqu'à ce jour, il aurait fallu que je brûle ce carnet, mais je ne peux m'y résoudre, car il constitue l'unique lien qui me relie à lui et, dans ces pages, je peux relire notre histoire et retrouver ma jeunesse.

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 05:41
L'intérêt de l'enfant / Ian Mc Ewan

- Je vais vous dire pourquoi je suis là, Adam. Je veux m’assurer que vous savez ce que vous faites. Certains vous trouvent trop jeune pour prendre une telle décision et croient que vous êtes sous l’influence de vos parents et des anciens. D’autres pensent que vous êtes extrêmement intelligent et doué, qu’on doit vous laisser aller jusqu’au bout.

 

A l'âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est un juge pour affaires familiales renommé. 

A Londres où elle exerce, les cas de problèmes relevant du droit de la famille sont nombreux. Lorsqu'un cas compliqué se présente à elle, elle n'arrive pas toujours à s'en détacher et sa vie professionnelle prend une telle ampleur que son mari se sent délaissé... 

C'est par exemple à elle de choisir quand les parents ne sont pas d'accord, "dans l'intérêt de l'enfant", ce qu'elle excelle à faire mais ce qui n'est pas toujours simple.

 

Ainsi, elle doit décider pour deux jeunes filles juives si elle donnera raison à la mère qui veut les scolariser dans un lycée juif ordinaire où la mixité est la règle, ou au père qui préfère une école plus rigide où sont exclus les nouveaux moyens de communication, internet donc, mais aussi la télévision, les vidéos et la mixité.

Cela de la même façon qu'elle a décidé dans le passé de séparer deux frères siamois en sachant qu'un des deux allaient forcément mourir... pour permettre à l'autre de vivre. 

 

Le roman commence par présenter plusieurs affaires et par nous montrer Fiona en action au cours de ces journées bien remplies. 

Mais c'est au moment où elle prend connaissance de la décision de Jack, son mari d'avoir une relation avec une femme plus jeune, et peut-être de la quitter pour toujours, qu'elle réalise que sa vie professionnelle a toujours empiété sur sa vie personnelle, à moins que ce soit elle qui se soit laissée ensevelir par un trop plein de travail pour oublier ses peines. 

 

C'est alors que se présente, un dimanche soir où elle est de garde, une affaire compliquée et urgente puisqu'il s'agit d'un problème de vie ou de mort. Le jeune Adam Henry atteint d'une forme grave de leucémie, doit subir en urgence une transfusion sanguine. Or ses parents, comme lui-même s'y opposent ...Ils sont témoins de Jéhovah et Adam aura bientôt 18 ans et pourra décider lui-même de son traitement médical.

 

Les choses ne sont pas aussi faciles qu'il y paraît au premier abord et après avoir entendu les différentes parties, Fiona décide, ce qu'elle ne fait jamais, de se rendre à l'hôpital pour entendre le jeune homme. Elle désire comprendre qu'elle est la part de l'influence familiale et, celle de sa réflexion personnelle, face à sa maladie et à sa probable mort...

 

Comprend-il bien les conséquences du refus de la transfusion ?

Est-ce sa volonté personnelle ? celle de ses parents ?

Ou bien est-ce celle de sa communauté religieuse ?

 

Elle découvre un adolescent attachant, plein de vie, qui apprend à jouer du violon sur son lit d'hôpital, écrit des poèmes romantiques et, ce qui étonne beaucoup Fiona, qui est particulièrement mûr pour son âge. 

 

Juger c'est prendre des risques et parfois, se tromper...

Juger c'est s'impliquer et Fiona va le faire au-delà de ce qu'elle se croyait capable de réaliser...

 

Où commence et où s'arrête l'intérêt de l'enfant ?

Dans le respect des convictions religieuses de sa communauté, donc de ses parents, ou bien dans le traitement proposé par les médecins ?

 

 

Combien de pages, dans combien de jugements, avait-elle consacrées à ce terme ? L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent n'est une île. Elle croyait que que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ? Il était venu la retrouver, cherchant ce que tout le monde cherche, et que seuls les gens qui croient à la liberté de pensée, et non au surnaturel, peuvent donner. Du sens.

Elle croyait faire entendre la voix de la raison dans des situations sans espoir. Plus généralement, elle croyait aux dispositions du droit de la famille. Dans ses accès d’optimisme, elle voyait une preuve significative du progrès de la civilisation dans le fait que la loi plaçait l’intérêt de l’enfant au-dessus de celui des parents.

 

Ce roman est très intéressant à plus d'un titre.

 

D'abord au-delà du cas particulier de ce jeune homme, le lecteur prend conscience de la difficulté du travail de juge, surtout dans ces cas extrêmes qui impliquent d'entrer dans la vie familiale, mais aussi dans le mode de pensée des différents protagonistes, dans leurs croyances religieuses ou leur philosophie de vie. 

 

La question de savoir où se situe exactement l'intérêt de l'enfant, est très bien posée.

Elle nous poursuit longtemps après avoir refermé le livre. Peut-on considérer l'intérêt de l'enfant en dehors de son environnement, de sa vie sociale, de son intégration dans notre société...

Où est sa réelle liberté de choisir ?

 

Dans ce court roman qui se lit très vite, l'auteur nous offre une ambiance particulièrement oppressante. Je n'avais jamais rien lu de lui, mais avais noté plusieurs titres, et la lecture de celui-ci, me donne envie d'en découvrir d'autres.

 

La finesse avec laquelle l'auteur développe, à travers la parole du juge, les divergences de croyances,  les notions de respect et de tolérance, de dignité (même pour un adolescent mineur) et la décision des parents en cas de fin de vie de leur enfant, est tout à fait remarquable. 

J'ai aimé aussi l'étude psychologique des personnages. 

 

Le roman pose bien le problème de la neutralité d'un juge, qui, quel que soit son professionnalisme, est avant tout un être humain... 

 

A noter : Toutes les prises de décision d'un juge sont articulées autour du "Children Act de 1989".

 

Il ne supportait pas de la regarder pendant qu'il parlait, ni qu'elle-même le regarde. Il porta ses mains à son front, en visière.
"J'ai une question à vous poser. Quand vous l'entendrez, vous la trouverez ridicule. Mais s'il vous plaît, ne refusez pas catégoriquement. S'il vous plaît, dites que vous allez réfléchir.
- Oui ?"
Il s'adressa au plateau de la table. "Je veux venir habiter chez vous."
Elle attendit la suite...

 

A lire aussi, l'avis éclairé de Violette sur son blog...

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 05:30
Sonatine, octobre 2017

Sonatine, octobre 2017

J'écris ceci à l'instigation de mon avocat, M.Andrew Sinclair, qui depuis mon incarcération ici à Inverness m'a traité avec un degré de civilité que je mérite en aucune façon...

Je m'appelle Roderick John Macrae. Je suis né en 1852 et j'ai vécu tout mon temps dans le village de Culduie, dans le Ross-shire. Mon père, John Macrae, est un fermier estimé au sein de la paroisse, qui ne mérite point d'être sali par l'ignominie des actions dont je suis l'unique responsable...

 

Alors qu'il fait des recherches sur ces ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à un de ces ancêtres.

En 1869, à Culduie, un village isolé des Highlands, Roderick Macrae, âgé de 17 ans est arrêté pour avoir commis un triple homicide.

 

Dans un document, où il a consigné les faits, alors qu'il se trouvait emprisonné en attente de son procès, Roderick relate la vie quotidienne difficile de sa famille, la dureté de son père, le harcèlement que la famille a dû subir de la part de la principale victime, M.Mackenzie, surnommé Lachlan le Large, et surtout le jour où il a commis ses meurtres. 

Avait-il perdu momentanément la raison ?

Avait-il prémédité ses meurtres ? 

L'auteur pour nous aider à nous faire notre propre opinion, et reconstituer le puzzle des événements, nous transmet en direct toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports médicaux, et surtout récit de Roderick...

 

Alors... innocent ou coupable ?

A vous de trancher, mais ne croyez pas vous en tirer à si bon compte, je vous promets que ce ne sera pas si facile...

 

Les habitants de ce village possèdent dans l'ensemble un physique de souche inférieure, étant de petite taille et d'apparence généralement repoussante, ceci vraisemblablement dû à la fréquence des unions consanguines, comme en atteste la présence de certains patronymes dans la région...

 

Ce livre, présenté comme un thriller par l'éditeur, n'en est pas un pour moi. 

C'est en fait un roman social et historique qui nous montre comment était appliquée la justice au temps de la peine de mort, et lorsque les maladies mentales étaient peu connues.

Il invite le lecteur à s'interroger sur un système judiciaire d'un autre temps,  mais aussi sur la difficulté pour des êtres socialement brimés, de ne pas  avoir recours à la violence, quand ils ont besoin de se faire entendre.

Un sujet encore malheureusement trop souvent d'actualité. 

 

La couverture est très attirante et le sous-titre "Documents relatifs à l'affaire Roderick Macrae" laisse entendre qu'il s'agit d'une histoire vraie...

En fait, il n'en est rien, c'est bien un roman et l'auteur s'amuse avec ses lecteurs, en nous faisant naviguer entre réalité et fiction, et en nous faisant douter.

Tout n'est que prétexte à nous laisser croire qu'il va nous parler d'un simple fait divers, dont il aurait juste modifié certains éléments pour les rendre davantage compréhensibles. Le meurtre, les documents, les témoignages et le déroulement du procès, sont pure fiction, bien qu'ancrés dans la réalité d'une époque historique bien réelle.

 

Dès le départ, le lecteur sait que Roderick est en prison, et qu'il écrit son propre récit des faits, à la demande de son avocat, Andrew Sinclair. Le jeune homme s'exprime bien et avec intelligence. 

L'auteur alterne le passé et les extraits du récit de Roderick avec les moments que celui-ci partage dans sa cellule avec ses visiteurs, son avocat et les médecins venus l'observer. 

 

Le lecteur découvre les terribles conditions de vie des paysans des Highlands. Quand on est allé dans cette région d'Ecosse et que l'on connaît la beauté et l'âpreté des paysages sauvages, on imagine sans problèmes à quel point la vie des paysans devait y être difficile au XIXe siècle.

Ils vivaient à l'époque dans des conditions féodales, obligés de travailler durement, recevant des pénalités en cas de problème, ne pouvant prélever sur la nature que ce qu'ils étaient autorisés à prélever.

La violence régnait partout, les jeunes filles étaient fréquemment victimes de viol et les hommes étaient humiliés ouvertement de manière totalement inhumaines.

Le village constituait une petite communauté souvent sécurisante où tout le monde se connaissait, s'entraidait, se tolérait ou se détestait, la pauvreté exacerbant les jalousies et les rancœurs...

 

Alors bien sûr, quand le lecteur découvre la vie de ce jeune homme cultivé et intelligent, mais naïf, et prend connaissance des malheurs qui se sont abattus sur sa famille dès la mort de la mère, il ne peut s'empêcher de penser qu'aujourd'hui le système judiciaire saurait lui trouver quelques circonstances atténuantes.

Il s'interroge et recherche aussi quelle autre solution avait Roderick à part  la violence, pour se défendre... La victime harcelait la famille, faisant tout pour aggraver leur pauvreté en leur collant des amendes pour des actes qui avaient toujours été considérés dans le passé comme naturels. 

 

Tout dans ce roman que j'ai lu avec plaisir, est très réaliste et très bien documenté. On reste assez consterné devant les analyses psychologiques et les déductions faites par les médecins de l'époque pour prouver que Roderick était en pleine possession de ses moyens au moment des meurtres. La criminologie en était à ses débuts et les analyses psychiatriques à leurs balbutiements...

Les temps ont fort heureusement bien changé ce qui n'excuse en rien la violence des meurtres, mais permet, j'ose le croire, de mieux les comprendre et  peut-être d'en prévenir certains. 

 

A lire, si vous aimez ce mélange de social et d'histoire sur fond de crime...

A noter : ce roman a été finaliste du Booker Price en 2016. 

 

Il me demanda si je regrettais ce que j'avais fait. Je lui répondis que non et que, de toute façon, cela importait peu puisque, regrets ou pas, ce qui était fait ne pouvait être défait.

 

Un grand merci à Babelio et à l'opération masse critique pour m'avoir permis de découvrir ce roman, le premier de cet auteur écossais à être traduit en français.

 

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 05:57
Gallimard, 2009 / Folio, 2010

Gallimard, 2009 / Folio, 2010

Je suis né quand j'ai pu un jour le ceinturer de mes bras et l'appeler Papa sans qu'il ne fasse rien d'autre que me passer sa main dans les cheveux.

Tu m'aimais tout bas, sans effusion comme on murmure pour ne pas troubler l'ordre des choses. Tu m'aimais tout bas sans le dire, sans éprouver le besoin d'élever la voix.

C'est une phrase qui m'a ravagé, dans cette lettre incroyable de retenue et de lucidité chez cet homme qui avait décidé de se tuer et qui , sans trembler, avait écrit à chacun de ses fils et à quelques proches...
"Chapeau Eric, il a fait du chemin le gamin du Grand-Parc"

 

Tout le monde connaît  Eric Fottorino un journaliste très médiatique, que j'ai vu et entendu maintes fois à la télévision, et un écrivain passionné de cyclisme depuis son adolescence.

L'auteur a écrit de nombreux romans ou récits et plusieurs ont obtenu des prix littéraires. 

Il est vrai que le Jury de "Elle" sélectionne souvent des romans forts qui me plaisent...Du coup je n'ai pas hésité un seul instant à emprunter celui-ci, lorsque je l'ai trouvé à la médiathèque et que j'ai su qu'il avait obtenu en 2010, le Prix des Lectrices de Elle. 

 

Dans ce récit bouleversant, Eric Fottorino tente de comprendre pourquoi son père, ce kinésithérapeute si doux, si généreux et doué de ses mains,  a mis fin à ses jours brutalement.

Avant de comprendre, et peut-être d'accepter, ce geste inattendu et si douloureux pour ceux qui restent, l'auteur va explorer la moindre parcelle de leur relation et réfléchir à ce qu'ils ont réellement partagé durant leur vie commune.

Il nous parle donc de ce père adoptif, Michel, qui après avoir épousé sa mère, lui a donné son nom et l'a élevé, en l'absence de son père biologique, rejeté par la famille de sa mère parce qu'il était juif et marocain.

Le lecteur découvre un père discret et pudique qui grâce à son amour et sa présence silencieuse, va l'aider à grandir et à devenir un homme responsable de ses choix...

 

Les souvenirs heureux resurgissent, la tante Zoune, les vacances en famille, la joie immense de pouvoir dire enfin "papa" et les virées à vélo où il faut serrer les dents pour se dépasser et enfin voir dans les yeux de son père...de la fierté. Le jeune Eric, moqué parce qu'il n'a pas de père, et que sa mère élève seule vient de trouver enfin son héros... 

De sa Tunisie natale son père adoptif avait gardé un teint mat et l'amour de la mer et du soleil, mais surtout une certaine nostalgie, et des souvenirs de son propre père et de son enfance, très forts. Le jeune Eric se les approprie et devient lui aussi un tunisien déraciné. 

Maintenant devenu orphelin, il ne lui reste plus que sa propre famille, ses jeunes frères et la lettre écrite par son père à chacun de ses trois fils, reçue post-mortem. Il lui reste aussi, pour penser à lui, les personnages de ses propres romans auxquels il a donné les traits et le caractère de son père. 

 

Voilà un récit empli de nostalgie, mais d'une rare sensibilité sous la plume d'un écrivain masculin. Il en a fallu de la souffrance, enfouie au fond du cœur de ce petit banlieusard de la cité du Grand-Parc à Bordeaux, pour aujourd'hui écrire des mots aussi beaux.

Ce récit intimiste prend un caractère universel car il nous interpelle sur les liens du sang, la force de l'amour filial, la profondeur des non-dits et le manque, si vif, ressenti lors de la disparition d'un de nos parents. 

 

C'est un bel hommage à son père mais toutes les questions non abordées durant leur vie commune, resteront sans réponse à jamais, comme celles du pourquoi de ce geste et les regrets de ne pas avoir su être là à temps pour l'en empêcher...

"Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil", cette phrase de Montherlant mise en épitaphe est terrible...

En tous les cas, l'auteur, lui, a eu un besoin vital d'écrire et de dire son ressenti avec ses mots à lui, pour ne pas oublier. 

Un très beau livre à lire de préférence, un jour où vous avez le moral...

Vous pouvez lire l'avis d'Ecureuil bleu ci-dessous.

 

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 05:44
Editions du Rouergue, 2017

Editions du Rouergue, 2017

C'est là en regardant le prêtre dérouler ses prières au bout de la nef, que tout s'est mélangé dans ma tête. Comme si d'un coup je faisais le point sur ma vie et sur le monde autour de moi. J'ai pensé à ce métier, à notre pitoyable armée de travailleuses sociales, avec nos outils bancals et notre bonne volonté pour réparer des situations humaines qui nous dépassent...

 

Je ne savais pas en empruntant ce thriller dans les rayons de la petite médiathèque de mon village, qu'il avait obtenu le Prix Landernau du Polar au printemps dernier. 

 

Dans une région isolée des Causses, Evelyne Ducat, une femme de 48 ans, mariée à un enfant d'ici qui a fait fortune à Paris avant de revenir vivre dans la région, disparaît mystérieusement. On retrouve sa voiture au bord de la route le lendemain matin, face à un chemin de randonnée qu'elle aimait emprunter seule même par mauvais temps. En ce jour glacial de janvier, les recherches s'organisent...

Mais après quelques jours, la réalité s'impose : il y en a des endroits pour cacher un cadavre dans cette nature hostile où seules quelques fermes isolées se dressent courageusement !

Le décor est planté. Seules les bêtes apportent un peu de réconfort à ces éleveurs dispersés et très seuls. 

 

A-t-elle été victime de la tourmente ? 

Cinq voix nous répondent, cinq voix solitaires, la parole de chacune donnant des réponses aux questions laissées en suspens par les autres.

 

Tandis que le lecteur découvre la vie bourgeoise d'Evelyne Ducat, les rancunes ancestrales entre voisins, les non-dits amoureux au coeur des couples du village, et les secrets inavoués, les enquêteurs n'ont pas une seule piste et comptent bien sur l'assistante sociale du village, pour récolter quelques indices et même soutirer quelques rumeurs, lors de ses visites chez les agriculteurs du coin. D'ailleurs c'est elle qui prend la parole en premier.

Le puzzle machiavélique, se met en place et comme il ne faut jamais se fier aux apparences, il nous emmènera bien loin de là, dans un endroit où les rêves de bonheur répondent au nôtres, à leur façon.

Est-ce le début de l'histoire et de cette spirale infernale ou la fin, vous aurez peut-être la réponse en lisant ce thriller...

 

Là-haut, quand la nuit est installée pour de bon, c'est le pire. C'est là que tu réalises vraiment. T'es sous les draps, encore à moitié habillé dans ce grand lit qui connaît que toi et tout autour tu sens le poids de cette baraque que la vie a désertée avec les années...

 

Ce roman est construit avec beaucoup d'originalité puisque, tour à tour, il donne la parole à ceux qui, de près ou de loin, se sentent responsables de la disparition d'Evelyne. Tout les accuse, mais le lecteur ne saura qu'à la fin qui est le véritable coupable...

Le ton, le style, les univers changent en fonction des témoignages et c'est ce qui donne sa force à ce roman choral, d'une grande intensité dramatique, où la vie des uns et des autres s'imbriquent, avec une logique implacable.

Cinq voix en mal d'amour, cinq personnes qui feraient n'importe quoi pour  se sentir moins seuls et être aimés, enfin...

Un thriller époustouflant, à lire absolument pour les amateurs du genre !

 

Colin Niel, que vous pouvez retrouver sur sa page Facebook ICI et que je n'avais encore jamais lu, est l'auteur de trois autres polars, tous primés ! 

 

En fait dans cette région qui n'était pas la mienne, j'ai toujours été un étranger. Une pièce rapportée. Ce n'était pas que les gars n'étaient pas sympas avec moi, non, j'aimais bien aller chasser avec eux à l'automne c'est vrai. Mais souvent ils me faisaient sentir que je n'étais pas d'ici...

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 05:55
Bamboo, 2016

Bamboo, 2016

T'as une idée d'où ça se trouve ça... Arequipa ?
- Aucune idée !"
37559 victimes mortelles plus tard, le monde entier savait situer Arequipa sur une carte.
Mais vous savez comment ça va...
"Les pauvres gens"...
On s'émeut, on compatit, puis on oublie...
Après tout, qu'est-ce qu'on en a à foutre du Pérou et des Péruviens ?

Parfois je me demande... tout cet amour qu'on a pas donné... qu'est ce qu'il devient ? Je veux dire... personne n'a jamais pensé à installer des conteneurs pour le recycler ? Vous savez comme pour les piles ou les vieux papiers.

 

Un tremblement de terre vient de faire plus de 37 000 victimes au Pérou et des milliers d'orphelins, dans un lieu que personne ne sait situer sur une carte, Arequipa.

Une situation qui ne semble pas vraiment perturber le quotidien des français qui ne se sentent pas vraiment concernés. C'est le cas de deux retraités, Gabriel et sa femme Maryse. C'est si loin de chez eux le Pérou !

 

Mais Alain, le fils de Gabriel, et Lynette sa femme, vont les faire changer d'avis...

Ils ont décidé d'adopter une petite fille et un beau jour Qinaya, 4 ans, débarque dans leur vie.

Choyée, entourée d'amour, celle-ci va très vite combler ses parents et sa grand-mère, mais Gabriel, bourru comme à son habitude, ne compte pas s'attacher à la fillette. C'est sans compter sur le charme de la petite fille...

Lui qui n'a jamais pris le temps d'être père "parce qu'il travaillait" va devoir accepter de devenir grand-père...

 

Album p. 27 (photo du net)

Album p. 27 (photo du net)

 

Les auteurs nous offrent un album sublime, empli de tendresse et d'humanité. Les relations intergénérationnelles sonnent toujours justes et le lecteur ne peut que se sentir attendri par la petite fille, et touché en plein coeur aussi, par ce grand-père maladroit, qui va se transformer en papy gâteux.  

 

Les dialogues ne manquent pas d'humour et la fin, inattendue m'a laissée abasourdie, regrettant d'avoir laissé le tome 2 sur la table de la médiathèque...et espérant en secret que personne n'aura eu l'idée idiote de l'emprunter avant mon prochain passage. 

 

Quant au graphisme, à la fois drôle et émouvant, c'est une pure merveille ! 

 

album p.51 (photo du net)

album p.51 (photo du net)

À quoi sert Noël quand il n’y a pas d’enfant dans la maison...

L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite.

 

Vous pouvez lire l'avis de Violette ci-dessous...

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 05:21
Editions la Baconnière, 2017

Editions la Baconnière, 2017

"Didi..." commença-t-il enfin, utilisant son surnom de petite fille. Mais la douceur de sa voix ne la rassura pas. Cette douceur était une entourloupe, un serpent qui s'enroulait lentement autour de son cou. D'un coup, elle eut très peur, comme si elle savait déjà que ce qu'il allait lui demander serait impossible...
Elle se mit à pleurer...
Vous allez fuir, toi et Alina. C'est une chance inespérée...
- Si tu reviens, je te tue de mes propres mains, dit-il dans un souffle...

"Vous êtes un modèle d'intégration parfaitement réussie" lui avait- on dit. En ressentait-elle de la fierté ? Certainement. Mais elle n'était pas stupide, elle savait reconnaître une admiration feinte, une autre façon de lui dire "tu n'es pas d'ici".

 

Le roman débute en 1979 dans la  Roumanie communiste de Ceaucescu. Ion ouvre sa fenêtre et se fait piquer par une guêpe (ou une abeille, il ne sait pas)...juste une semaine avant l'arrivée, pour les vacances, de ses deux petites fille Dina et Alina, habitant la ville proche. 

C'est le début d'une série noire pour la famille. Suite à la fièvre occasionnée par la piqûre, Ion, malgré les injonctions au calme d'Ibolya, sa femme, se met à délirer et à dire n'importe quoi à voix haute : il critique ouvertement les communistes et use de mots interdits, semant le trouble dans sa famille, puis la peur dans tout le village.

Au départ, tout le monde tente de couvrir les mots injurieux en criant plus fort encore que lui, mais vient un jour où plus personne ne peut le protéger : il est tabassé par des inconnus, puis peu de temps après... on vient l'arrêter. 

Par qui a-t-il été dénoncé pour avoir proféré des injures à l'encontre du gouvernement ? Personne ne le saura jamais...

 

C'est alors que Viorel Cioban, son gendre, qui jusqu'à présent ne se posait aucune question sur sa vie quotidienne, se met à observer autour de lui. Il voit les arbres dans les vergers entourés de barbelés, non pas pour les protéger des oiseaux comme il le pensait jusqu'à présent, mais pour que les fruits ne soient pas volés par des gens affamés. La misère s'accentue autour de lui, le silence et le manque de liberté deviennent de plus en plus une souffrance pour le peuple obligé de se taire et d'obéir...

Alors que Viorel et sa famille bénéficient d'un régime alimentaire de faveur, grâce à Alina, qui a intégré l'équipe roumaine junior de tir, ils sont dénoncés aux autorités parce qu'une bonne odeur de cake traverse la porte de leur appartement. En Roumanie, du temps de Ceaucescu, tout plaisir est interdit... Chacun doit se priver pour son pays et tout contrevenant est sévèrement puni. Pour Viorel, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

 

Alina s'est mise à faire du tir avec son grand-père et c'est pour elle une véritable passion. Elle vient d'être sélectionnée pour un championnat international et doit partir bientôt en Suisse. Dès cette annonce, Viorel n'a plus qu'une seule idée en tête. Dina doit impérativement accompagner sa soeur. Il impose cette idée à l'entraîneur  : c'est avec Dina, ou pas, qu'Alina ira disputer le championnat international. Ses conditions sont miraculeusement acceptées.

 

Alors Viorel peaufine son plan : il veut obliger ses filles à ne plus jamais revenir en Roumanie, en espérant qu'elles puissent avoir une vie meilleure. La Suisse leur ouvrira les bras, il en est sûr, car elles ne sont encore que des enfants.

Elles partent en mai 1980...sachant qu'elles ne reviendront pas et ne reverrons sans doute jamais plus, ni leur pays, ni leurs parents...

 

Le lecteur les retrouve des années après, en 2016.

Dina, restée célibataire et sans enfants, s'occupe de son neveu, Johan, un jeune adulte en difficulté psychologique depuis 2002, date à laquelle il a perdu ses parents ( Alina sa mère et Grégoire, son père) ainsi que Paul, son jeune frère, dans un terrible accident de la circulation. Dans la voiture se trouvait aussi une mystérieuse jeune fille que personne ne connaissait...Jadrija. 

 

Peu à peu, le lecteur va au fil des pages, revivre les années manquantes et suivre les deux soeurs dans leur vie quotidienne, leur arrivée, leur intégration, leur réussite et leurs échecs...

Johan va mal. Il vit de l'argent de ses parents, dont il a hérité après l'accident et ne cherche même pas de travail. Sa tante s'occupe toujours de lui mais ils ne font que se disputer, elle voulant sans cesse lui parler de sa mère et de sa famille, lui refusant absolument de parler du passé.

Pourtant un  jour, malgré tout, il décide de retourner sur les lieux de l'accident...

 

Il enlève son casque et ses gants. Et maintenant quoi ?
Bien sûr qu'il ne peut pas se souvenir de l'endroit. Il n'y a rien qui ressemble plus à un bout d'autoroute qu'un autre bout d'autoroute. Il s'attendait à quoi ? A des marques dans le bitume ? Des traces de pneus...
Quinze ans qu'ils sont morts et voilà ce qu'il reste : rien. Et il s'en fout. Les morts sont morts. Fin de l'histoire.

 

J'ai aimé la construction du roman en cinq chapitres qui nous parlent tous de la terre natale (donc du sol) :  argile, sable, calcaire, humus...et terre sont les titres des chapitres. 

J'ai aimé que le roman soit davantage centré sur Johan et ses difficultés à vivre que sur l'arrivée des soeurs en Suisse. Ce qu'elles ont vécu au quotidien est raconté ici ou là par petites touches au cours du roman. 

J'ai aimé l'analyse psychologique des personnages et la rudesse des caractères qui cachent d'infinies souffrances.

 

J'ai également aimé, sans aimer les faits en tant que tels, vous vous en doutez, la façon dont l'auteur dévoile au fil des pages, ce qui se passait en Roumanie : la misère, les conséquences de la dictature dans la vie quotidienne des gens, l'absence totale de liberté, puis la découverte des horreurs après la chute de Ceauscescu, les terribles conditions de vie des enfants dans les orphelinats, les réseaux qui ont permis l'adoption de milliers d'orphelins, devenus au fil du temps, pour certains, trafics d'enfants... 

 

Je n'ai pas aimé que les soeurs ne s'entendent pas mieux à l'âge adulte que lorsqu'elles étaient jeunes adolescentes en Roumanie. Certes, leur personnalité a toujours été opposée, et leur mode vie est maintenant très différent : l'une a réussi dans la vie, alors que l'autre ne roule pas sur l'or, l'une a des enfants, alors que l'autre n'a jamais pu en avoir. C'est triste de constater que la distance entre elles deux n'a fait que s'accentuer, alors que l'exil aurait pu les rapprocher...

 

J'ai pris en peine le jeune Johan qui s'est tant blindé pour oublier l'accident dont il est l'unique rescapé, que plus rien ne l'atteint, ce qui l'empêche d'être heureux. Il ne veut rien savoir de ses origines, ni de ses parents, ni entendre les souvenirs de Dina sur leur famille, ou sur la Roumanie. D'ailleurs Alina, sa mère qui voulait s'intégrer à tel point qu'elle a modifié la dernière lettre de son nom, devenant Aline, ne lui en parlait jamais...Le sujet était tabou !

 

J'ai été surprise par la dernière partie du roman durant laquelle Johan recherche au fin fond de sa mémoire des traces de ce jour fatidique où il a perdu son enfance et son insouciance à jamais...

 

L'auteur revient dans ce roman, sur sa propre histoire familiale, ce qui explique qu'il ressemble davantage par moment à un témoignage. En effet, d'origine roumaine, c'est elle qui a vu ses parents fuir à l'étranger avant de pouvoir les rejoindre. Elle vit aujourd'hui à Genève et enseigne les Arts visuels. C'est son second roman. 

Merci à Babelio et à l'éditeur, de m'avoir fait permis de découvrir ce roman grâce à l'opération Masse Critique de septembre.

 

Le mot "juste" est un mot qu'elle emploie copieusement, il tourne sur sa langue avec délice...Jamais elle ne le dit à la légère, elle respecte ce mot plus que nul autre et elle ne l'étalerait pas sans qu'il soit parfaitement approprié. Ses nombreuses années de militantisme l'ont confrontée à des désillusions, des erreurs, des aveuglements et tant de luttes de pouvoir. Mais toutes ces années lui ont aussi appris qu'il était nécessaire, encore et toujours, de se révolter. Et la conscience de cette nécessité était nichée profondément dans son histoire.

tous les livres sur Babelio.com

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 05:00
Thebookedition.com, 2017

Thebookedition.com, 2017

 

Depuis hier, un nouveau livre vient de paraître chez un éditeur que certains d'entre vous  connaissent bien, Thebookedition.com.  Il s'agit d'une anthologie...

J'entends de là certains d'entre vous râler.

Encore un livre Manou ! Mais tu lis trop, on ne peut pas te suivre, notre liste est trop longue...

 

Mais là, vous avez tout faux parce que ce livre-là, pour une fois, je vous en parle alors que je ne l'ai pas encore lu, et puis parce que ce n'est pas une lecture comme les autres, c'est un voyage...d'ailleurs c'est son titre "Voyage"

 

Il a été conçu par une multitude d'auteurs connus ou pas, qui ont offert un peu de leur temps, et BEAUCOUP DE LEUR COEUR, pour proposer une de leur création, un texte, une photo...

 

 "Les Anthologies éphémères" sont nées en 2011 pour soutenir l'Association "Rêves", une association qui permet à des enfants gravement malades de réaliser leur rêve.

Le projet est de faire sourire un enfant, de lui permettre d'oublier sa maladie. 234 enfants attendent toujours de voir leurs rêves se réaliser...
 

Une nouvelle anthologie éphémère vous invite au...Voyage

 

"Voyage" est la cinquième anthologie déjà parue...

Tous les bénéfices générés par la vente de ce titre, mais aussi des quatre précédents, toujours disponibles, sont directement versés sur le compte de l'Association. 

 

Cette anthologie, comme les précédentes,  a été réalisée grâce aux productions de blogueurs ou de personnes sans blog, touchées par l'action de l'Association et soucieux de participer à un projet commun, initié et porté par Quichottine, que beaucoup d'entre vous connaissent. 

 

Je sais bien qu'acheter un livre reste pour certains d'entre vous quelque chose qui n'est pas une priorité. Je vous comprends, les temps sont durs pour tout le monde.

Mais savoir qu'un enfant attend quelque part...peut vous aider à prendre une décision.

D'ailleurs, sur le site de l'Association rêves, vous pouvez aller voir les derniers rêves réalisés, et même ceux qui l'ont été près de chez vous : Alicia rêvait d'aller à la mer, Paghy aussi, ils y ont passé une semaine en famille ; Tony rêvait d'aller au Futuroscope ; Yoan de rencontrer Florent Pagny ; et c'est grâce à la présence de César dans les tribunes que les bleus ont gagné la coupe du monde, vous ne le saviez-pas ?

 

 

Alors, si je vous en parle aujourd'hui sur mon blog c'est aussi pour que vous puissiez vous-même en parler autour de vous et partager éventuellement sur vos réseaux sociaux. 

Pour information, les 7 et 8 octobre prochains, seront les Journées Nationales des Rêves...une belle occasion de participer ! 

 

Une souscription est ouverte en ligne jusqu'au 15 octobre. Au delà, pour vos cadeaux de noël, vous pourrez vous procurer l'anthologie à un prix supérieur. 

Tous les détails, un court résumé et un extrait sont visibles à partir du lien  ci-dessous...

 

Un bon début de semaine à tous ! 

 

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 05:40
Editions du Rouergue, 2017

Editions du Rouergue, 2017

Notre âge d’or était là, dans ces soirs où un peu moins voûté que la veille je passais sans entraves au travers des forêts, m’en allant retrouver ma reine le visage plein de sueur et de gratitude, ma reine qui avait jeté ses études aux orties et m’attendait nue dans notre chambre austère, avec un petit sourire en coin.

 

Vingt-ans après que sa femme Lily, soit partie avec leurs enfants, un homme se rappelle des derniers mois de leur vie commune.

Alors qu'elle a refait sa vie, et qu'il ne sait plus rien de ses trois fils, il ne peut effacer de sa mémoire, son amour pour elle qui occulte toute sa vie d'aujourd'hui. Mais il ne lui en veut pas, il l'aime toujours...

 

Dans les années 80, ils s'étaient installés dans ce petit hameau de montagne avec leurs deux enfants en bas âge. Lui est élagueur et un enfant du pays. Elle s'occupe des enfants, ayant abandonné ses études sur un coup de tête.

Un bébé est en route quand elle a un accident, nécessitant une courte hospitalisation, mais heureusement la grossesse se poursuit sans encombre. Lui mesure la perte qu'il aurait pu avoir, cela le déstabilise, elle à partir de ce jour-là, ne sera plus jamais la même.

Mais est-ce bien sûr que tout ait démarré à cause de ce jour-là ? Ou bien est-ce lorsque Lily revoit cette amie d'enfance à qui tout réussit et chez qui elle fait une "fugue" de quelques jours...

Lily est une jeune femme intelligente et sensible, mais instable et fragile. Le plus souvent sous médicaments (des barbituriques), en cachette de sa famille. Elle traverse sa vie sans la voir vraiment, s'appuie sur lui qui a des épaules solides pour deux, gère tout ce qu'il peut, la protège, s'occupe des enfants quand elle n'y arrive pas, en plus de son travail au-dehors. Il peut compter sur les grands-parents, mais elle les rejette alors qu'elle a besoin d'eux.

Elle s'isole, décide de reprendre des études pour passer un concours, s'installe dans les combles qu'il aménage pour elle, révise et s'absente de plus en plus souvent.

Leur couple est en péril mais il ne le comprend pas. Elle a tout abandonné pour lui depuis son adolescence où ils ont tout bravé pour avoir le droit de s'aimer, mais le quotidien l'étouffe à petit feu et elle rêve d'un ailleurs loin de là...sans lui ! 

Ils se sont connus à l'adolescence et ont bâti leur vie sur des motivations opposés sans le savoir, et pour combler les manques de leur propre histoire familiale. Mais Lily souffre au plus profond d'elle-même et passe par des hauts et des bas de plus en plus insurmontables. La remontée est de plus en plus difficile et par peur de se noyer définitivement, elle programme son départ.

Il ne voit rien venir...

Resté seul dans sa jolie maison de pierre aménagée pour elle, au coeur des montagnes, il n'éprouve aucune rancoeur mais n'arrive pas à vivre...

Pourquoi a -t-elle voulu le quitter ?

Et lui... pourquoi n'a-t-il jamais cherché à revoir ses trois garçons ? 

 

 

Elle avait toujours un pied dans ses limbes, des absences que les gosses lui faisaient remarquer quand à table, elle en oubliait de manger, toute prostrée devant son assiette. Thierry surtout qui lui réclamait alors un bécot de sa petite voix de souris.

Dans cette vie en dent de scie, il arrivait que Lily souffrit trop pour s'occuper correctement de deux enfants à la fois.Soit elle pressentait son angoisse et le matin me demandait de faire un crochet par la maison de ses parents, soit le plus souvent, elle luttait hardiment jusqu'à la dernière minute et dans un sanglot s'emparait du téléphone en décomptant mentalement les six ou sept cent secondes qui la séparaient désormais de sa prise de cachets ; et que ce fût son père ou sa mère à l'autre bout, l'échange était plus que lapidaire...

 

C'est un premier roman empli de douceur et de tendresse, paisible, mais très mélancolique et parfois même pesant. Il est très réaliste et sonne toujours juste. 

 

J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire au début et j'ai trouvé quelques longueurs ici ou là, mais la poésie du texte, les descriptions des paysages, les bruits de la vie quotidienne assourdis par la neige, les passages où le narrateur relate l'amour de son métier, sa vie avec le groupe d'élagueur et son union avec les arbres et la nature, m'ont conquise. 

 

Ce jeune couple isolé en apparence est en péril, parce que incapable de gérer seul ses failles. Tous deux sont tout à fait attachants d'autant plus que le lecteur entre dans leur vie privée, au coeur des relations familiales, avec les grands-parents, les amis, les collègues de travail, les gens du village qui les entourent et sont très présents dans le roman. 

Par exemple, il y a beaucoup de digressions autour de la gestion de la forêt, des touristes qui envahissent la vallée, des difficultés de l'entreprise d'élagage, et de celles privées des collègues de travail, mais aussi de leurs projets personnels ou professionnels. Les pages où le narrateur parle de la relation, toute faite de confiance mais sans paroles, qui se noue avec son patron sont parmi les plus belles du roman. 

 

Il n'y a pas de suspense puisque le lecteur connaît l'issue dès le départ, mais l'auteur fait une analyse très juste et très fine de la psychologie des personnages.

Aucune violence ne filtre jamais à travers les propos de cet homme délaissé.

Où quelle soit, quoi qu'elle fasse, il est heureux de son bonheur et ne désire rien d'autre. 

N'est-ce pas la plus belle preuve d'amour qui puisse exister ? 

Une belle leçon de vie, en tous les cas, et un jeune auteur à découvrir...

 

J'avais beau savoir que j'étais blessé et que ma blessure parlait à ma place, il y avait désormais ce soupçon logé en moi qui heure après heure devenait plus lourd, plus ramifié : à savoir que sevrée du Nembutal, la vraie Lily était fade, inconsistante ; que ces récits n'étaient que du vent et que je m'étais trompé...que des années durant j'avais aimé un leurre, un mirage...

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 05:52
Gallimard Jeunesse / 2017

Gallimard Jeunesse / 2017

Il sera une fois, dans pas si longtemps, un monde qui vivra enfin en paix.
En ce temps-là, il y aura de nouveaux hommes et il y aura de nouvelles femmes.
Ce sera l'ère des miracles.

D’un geste décidé, elle coupa maladroitement sa tresse qui retomba sur le sol avec la lourdeur d’une botte de foin. Ophélie observa le résultat dans la vitre cassée et eut l’impression de se retrouver avec une colonie de points d’interrogation dressés sur la tête. Ses cheveux, délivrés de leur poids, s’étaient mis à boucler dans tous les sens. Elle les avait laissés pousser depuis l’enfance mais, curieusement, lorsqu’elle jeta cette partie d’elle-même dans un sac de mauvaises herbes, elle ne ressentit rien de particulier. Rien, hormis une soudaine impression de légèreté. À croire que ce n’étaient pas ses cheveux qu’elle venait de couper, mais le cordon qui l’enchaînait à son ancienne vie.

 

Voilà deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur Anima sans aucune nouvelle de Thorn. Ses moindres faits et gestes sont épiés et elle commence à étouffer sérieusement sous les conseils de ses proches...

Où Thorn a-t-il bien pu aller se cacher ?

L'a-t-il complètement oublié ?

Ophélie se laisse dépérir au grand dam de sa famille qui l’exhorte à réagir et à ne plus penser à lui...

 

Grâce à tout ce qu'elle a appris dans le tome précédent, et en particulier à la rencontre que je tairai secrète, car sinon je vous dévoile la fin du tome 2, Ophélie réussit à s'enfuir d'Anima avec l'aide d'Archibald qui lui fait franchir une Rose des Vents, pour se rendre seule sur Babel où elle change d'identité et devient Eulalie.

 

Sur cette arche, elle découvre un monde multiculturel surprenant, à la fois très moderne, voire d'avant-garde et très codifié, ayant par exemple un système de castes, des tenues vestimentaires imposées par la loi, des mots interdits à ne jamais prononcer... 

Tout contrevenant est violemment puni et toute opposition au régime dictatorial, réprimée sans détour.

 

Au départ, elle se méfie de tout le monde jusqu'à ce qu'elle rencontre Ambroise et se lie d'amitié avec lui. Grâce à lui, elle poursuit son but et va réussir à intégrer une prestigieuse école "La Bonne Famille" dont le principe de base est "Faire savoir et savoir-faire", afin de devenir une apprentie-virtuose.

 

Au sein de la Bonne famille se côtoient des personnages aux pouvoirs très différents. La concurrence est rude et personne ne lui fait de cadeau.

Je ne vais pas vous en dire plus cette fois car c'est justement là-bas que se cache tout ce qu'il y a d'important à découvrir dans ce tome...

Vous avez juste à savoir que sa formation est épuisante, qu'en cas d'erreur elle devra effectuer de nombreuses corvées sur ses heures de sommeil, et que ses connaissances et sa curiosité naturelle, vont l'amener à se confronter à de sérieux problèmes. De plus, les dangers sont partout et un mystérieux tueur élimine certaines personnes trop curieuses, devenues sans nul doute, gênantes.

 

Mais, malgré les dangers, Ophélie sait qu'au coeur de Babel se cache un secret qu'elle veut à tout prix découvrir, même au péril de sa vie.

Son enquête la mènera-telle auprès de Thorn ?  

Je vous laisse le découvrir par vous-même...

 

En parallèle, le lecteur apprend qu'Archibald tente toujours de retrouver le pays natal d'Hildegarde, une arche disparue et, Victoire, la filleule d'Ophélie grandit sur la Citacielle, auprès de sa mère Bérénilde et de Tante Rosaline, venue la rejoindre.

La petite ne marche toujours pas et ne parle pas, mais comprend tout, et sa rencontre avec Farouk, son père, n'est pas sans surprise...

 

Alors... prêts à visiter Babel, à prendre votre envol sur un tramoiseau et à entrer dans la gigantesque bibliothèque de la Bonne Famille ? 

 

La remarque déstabilisa si bien Ophélie qu'elle rata une marche et termina l'escalier de marbre sur le postérieur. Les avant-coureurs l'enjambèrent les uns après les autres sans un regard. Elle ne les voyait elle-même plus qu'à moitié ; elle avait perdu un verre de lunettes dans sa chute. Alors qu'elle tâtait les marches, le corps cuisant d'une douleur humiliante, une main enluminée lui tendit ce qu'elle cherchait.
-Mediana, de la deuxième division de la compagnie des avant-coureurs, se présenta officiellement la garçonne.

Il m’a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lecture qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante.

 

J'avais peur de me lasser en abordant ce troisième tome, et d'être déçue vu que j'avais beaucoup aimé les deux premiers opus : il n'en est rien ! Ce tome est à la hauteur des précédents et le suspense va crescendo. De plus, l'auteur entre davantage dans la psychologie des personnages ce qui n'est pas pour me déplaire.

Nous retrouvons avec plaisir sa créativité débordante, son style incomparable qui nous fait vivre aux côtés des personnages comme si c'était nos proches. L'action et les rebondissements sont au rendez-vous, bien que le début du roman soit plus lent que dans les précédents opus. Les personnages secondaires apportent tous un plus à l'histoire, car ce sont les relations humaines qui sont au centre du roman. 

Ophélie est devenue plus adulte et le lecteur la voit évoluer vers plus d'assurance.

Il lui en faudra du courage et de la force pour venir à bout de toutes les embûches qui se dresseront sur sa route. D'ailleurs ce tome est centré sur son évolution personnelle, ses doutes et ses espoirs. 

 

Il nous reste encore une foule de questions dont nous attendons avec hâte les réponses dans le quatrième volume, car finalement ce troisième tome ouvre la porte à une foule de questions et apporte peu de réponses. 

Le fait en particulier que toute l'action (ou presque) soit centrée sur Ophélie nous laisse un peu sur notre faim par rapport à la lecture des deux premiers opus et, en fait, on aimerait en savoir davantage sur ce qui se passe ailleurs, sur les autres arches... 

Par contre, la découverte de cette nouvelle arche, apporte son lot de réflexion et de surprises au lecteur. 

 

Voilà une saga "coup de coeur" qui fait espérer au lecteur qu'il n'aura pas trop à attendre la sortie du quatrième tome.

A offrir absolument à vos grands ados, au risque de vous laisser prendre au piège !

Vous êtes prévenus...

 

Je suis exigeant, rabat-joie, maniaque, asocial et estropié, énuméra-t-il d'une voix terrible. Vous pouvez me prêter tous les défauts du monde, mais je ne vous autorise pas à me traiter d'égoïste

Quand Thorn s’écarta finalement, le souffle court, ce fut pour clouer un regard de fer dans ses lunettes.
- Je vous préviens. Les mots que vous m’avez dits, je ne vous laisserai pas revenir dessus.

La seule véritable erreur est celle qu'on ne corrige pas

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 05:36
Philippe Rey, 2017 / Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Philippe Rey, 2017 / Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Je veux rester à la maison car la prison me manque. Oui, c'est la vérité, la taule me manque. Titta, Stefano, la puanteur des chiottes, le matelas pourri, le trou devant lequel je fumais...je comprends à présent à quel point cela me protégeait. Certes, je m'y sentais une nullité, mais j'étais en bonne compagnie.

Ces baraques n'existent plus. Il n'en est pas resté la moindre trace, car les efforts des pauvres gens ne laissent jamais de traces. Les manuels scolaires n'en ont pas conservé non plus le témoignage...

 

Ninetto, 57 ans, est incarcéré à Milan depuis 10 longues années.

Là, dans la cellule dont il va bientôt sortir, il repense à son enfance passée en Sicile, au temps où il était surnommé "sac d'os" par ses camarades de classe, tant il était maigre. 

Heureux à l'école malgré les moqueries de ses camarades, féru de poésie, le jeune Ninetto, âgé de 9 ans est pourtant obligé d'aller travailler aux champs avec son père lorsque sa mère tombe subitement malade. Ils sont pauvres, les médicaments coûtent chers et ne servent à rien, et même l'instituteur, leur voisin, ne peut rien faire pour lui. Il a faim, il est maltraité et tout le monde autour de lui trouve ça normal. 

 

C'est alors qu'il fait la connaissance d'un ami de son père,  Giuvà qui économise pour partir à Milan et propose de l'emmener avec lui. Poussé par son père à quitter la Sicile, il va très vite, alors qu'il n'a que 10 ans, trouver un boulot de coursier pour une blanchisseuse. Mais la vie à Milan est misérable. Rien n'est simple et tout se gâte quand Ninetto découvre que Giuvà s'est approprié l'argent que le père lui avait remis pour prendre soin de lui et qu'il ne manque de rien...

Il décide alors de se débrouiller seul...jusqu'à l'âge requis pour entrer à l'usine, où il trouvera un emploi chez Alfa Romeo et où il travaillera à la chaîne plus de 30 ans. 

 

En parallèle de son récit de vie, Ninetto nous parle de sa vie en cellule où ils vivent entassés à sept personnes dans un manque absolu d'intimité.

 

Mais quand l'heure de la sortie tant attendue a sonné, malgré son désir de retrouver rapidement du travail, et la tendresse dont l'entoure Magdalena, sa femme, Ninetto voit bien que  tout a terriblement changé... et qu'il lui faut réapprendre à vivre dans ce monde qu'il ne reconnaît plus.

 

Je ne suis pas poète, je le sais. Et je ne le deviendrai pas, maintenant que j'ai cinquante-sept ans et que je me sens vieux. Autrefois, pendant que je trimais ou marchais dans la rue, il m'arrivait de me dire de beaux mots et j'avais l'impression qu'ils formaient un poème.

Le train qui descend n'est pas le même que le train qui monte. C'est une autre histoire. Ses voitures vides sont éloquentes, elles disent le vide de la région vers laquelle on se dirige. Vide de travail, vide d'occupations, vide des gens qu'on pense revoir et qui ne sont plus là.

 

C'est petit à petit que le lecteur comprend pourquoi Ninetto est en prison, ce qu'il a fait est impardonnable, bien sûr, mais se comprend au regard de ce qu'il a vécu dans le passé. Tout le drame de sa vie nous apparaît. Son grand besoin d'amour et son désir de protéger les siens à tout prix expliquent son geste.

Les pages où il parle de son enfance, de la misère de sa famille puis des années de lutte en ville pour subvenir à ses moyens sont bouleversantes de réalisme. Je reconnais que je ne savais pas, ce qui est rappelé en fin d'ouvrage, qu'à la fin des années 50 et au début des années 60, l'émigration enfantine en Italie était aussi importante, tandis qu'en France, à cette époque-là, les conditions de vie étaient différentes. 

 

Malgré le contexte difficile, ce livre n'est pas pour autant triste du début à la fin. S'il est teinté de nostalgie et parle beaucoup de pauvreté, de solitude, d'exil, et d'immigration et nous ramène aux problèmes d'aujourd'hui, il est aussi empli d'humour et de malice. 

 

Au delà de l'histoire développée dans le roman et des explications sur la vie quotidienne de cette famille exilée, ce livre est un témoignage émouvant et réaliste des difficultés vécues par ces enfants pauvres, obligés de quitter leur famille et leur région natale pour tenter de survivre en ville. Il est normal que de nombreuses blessures et traumatismes aient perturbé leur vie durant, ces garçons calabrais ou siciliens qui ont connu la solitude, la faim et, la plupart du temps, l'exploitation par des adultes sans scrupule, voire la maltraitance.

 

Il faut souligner que peu de livres retracent le parcours de ces êtres meurtries, de ces milliers d'ouvriers venus grossir les effectifs des usines du pays à bas coûts et dans des conditions dignes de l'époque de Zola.

 

Ce roman est remarquablement construit et ne peut nous laisser indifférent. C'est à la fois une chronique sociale de l'Italie d'après-guerre mais aussi un roman sur l'exil, sur la réadaptation après une incarcération dans un monde devenu méconnaissable, et sur le besoin vital de se retrouver auprès des siens et de transmettre quelque chose à sa descendance, pour laisser une trace de son passage sur terre et se dire qu'on n'a pas vécu tout ça pour rien...

 

 

Moi je serais bien allé chercher un pauvre petit diable quelque part sur la planète. peu m'importait qu'il vienne d'un autre ventre et d'une autre semence que la mienne. L'affection et la protection que je lui aurais offertes auraient suffi pour qu'il devienne mon fils. Sans la terre chaude, sans les mains du paysan, sans le soleil, une graine ne signifie rien, les gens devraient le savoir.

 

Marco Balzano est né à Milan en 1978, où il vit et travaille comme professeur de lycée. Ses deux premiers romans, couronnés par plusieurs prix, ont reçu un très bel accueil. Avec "Le dernier arrivé", succès critique et de librairie, Marco Balzano a remporté le prix Campiello 2015, l'un des plus prestigieux prix littéraire italien.

Un auteur à découvrir absolument ! 

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 06:00
Presses de la cité, 2016

Presses de la cité, 2016

Will ne s'était pas attendu à ce que Lily soit la première à déménager. Il avait pensé qu'elle resterait auprès de lui, il avait même compté là-dessus, sur sa présence rassurante jusqu'au moment où il bouclerait ses bagages et lui ferait ses adieux...
Il lui restait quatre jours à rester tout seul.

 

Cela fait longtemps que Mimi me conseillait de lire la série de romans policiers d'Elisabeth George.

J'ai donc profité de la grosse chaleur du mois d'août, pour suivre son conseil et me plonger aux heures les plus chaudes dans la lecture de ce gros pavé de plus de 600 pages, qui est tout de même le dix-neuvième de la série.

Je vous rassure, je ne pense pas lire tous les tomes, ou alors ce sera occasionnellement !

 

Voilà un roman idéal pour les vacances... 

 

Je regrette de ne pas avoir tout de suite suivi tes conseils. J'avais besoin d'une thérapie pour traverser ce deuil. J'ai réfléchi à ce qui me bloquait, plus que tu ne saurais l'imaginer, et la seule explication que je vois est celle-ci : la mort de Will m'a anéanti parce que je me reprochais de ne pas avoir pu l'empêcher.

 

De quoi ça parle ? 

 

Le sergent Barbara Havers, est sous surveillance étroite, suite à son comportement lors du précédent opus qui se passait en Italie ("Juste une mauvaise action"), comportement dont on ne saura rien. Elle a même au-dessus de sa tête une épée de Damoclès_une demande de mutation faite par Isabelle Ardery, son chef, pour un patelin au fin fond du pays.

Faire partie de Scotland Yard, cela se mérite ! 

Cela ne fait pas du tout rigoler son coéquipier, Thomass Lynley qui trouve que depuis cette histoire, l'esprit de Barbara tourne au ralenti et qu'elle n'est pas du tout au top de sa forme. Mais la commissaire est intraitable et décide de ne pas revenir en arrière.

 

Voilà que pour redorer son blason, Barbara Havers est envoyée à Cambridge, enquêter sur le décès de Clare Abott, une féministe célèbre, auteur de nombreux ouvrages connus.

Le sergent Winston Nkata l'accompagne : il est chargé de l'épauler, mais aussi de la surveiller et doit fournir un rapport quotidien à Londres. 

Tous deux vont découvrir, suite à l'insistance de l'éditrice de la victime, Rory Statham, que Clare Abott n'est pas morte d'une simple crise cardiaque, comme l'ont supposé tout d'abord les médecins.  

 

Quelques temps auparavant, l'assistante de Clare Abott, Caroline Godrace, a perdu tragiquement son plus jeune fils qui s'est jeté du haut d'une falaise alors qu'il campait avec sa fiancée, Lily, et que tout semblait bien se passer pour ce jeune couple. Pourquoi a-t-il commis cet acte impensable qui meurtrit tous ses proches ? Qu'a découvert Lily dans le carnet intime de Will qui l'oblige à harceler à présent Caroline, au point qu'elle est interdite de visite à son domicile ? Quel lien existe-t-il entre ces différentes affaires ? 

Voilà Barbara et Winston bien empêtrés tous deux dans cette terrible enquête...

Ils vont mettre à jour un bien glauque secret de famille.

 

En parallèle de l'enquête et de ses rebondissements, le lecteur fait connaissance avec l'équipe et la vie privée des différents protagonistes s'il ne l'a pas déjà fait en lisant les tomes précédents, ce qui était mon cas...

 

 

En fait, j'ai un avis mitigé sur cette lecture d'été.

Je n'ai pas du tout été gênée de ne pas avoir lu les précédents opus car l'enquête policière est le centre du roman

 

Ce qui est négatif, c'est qu'il faut attendre la page 170 pour que les événements se bousculent et que l'on découvre enfin des morts, puisque c'est le but n'est-ce pas d'un roman policier... ! 

Je n'ai pas ressenti le plaisir légitimement attendu :  j'ai trouvé que l'histoire s'étirait un peu trop en longueur.

J'ai même lu je l'avoue, certains passages en diagonale, ce que je ne fais jamais depuis que je suis à la retraite et surtout depuis que je ne fais plus partie de comités de lecture qui m'obligeaient à lire rapidement un trop grand nombre de livres. Habituellement je fais cela quand je veux connaître plus vite la suite. Mais là ce n'était pas pour ça ! 

Je n'ai pas du tout, non plus, ressenti l'immense plaisir que j'éprouve à la lecture des romans policiers de Camilla Läckberg, ce qui ne veut pas dire que ce roman d'Elisabeth George soit inintéressant, bien entendu. 

 

Ce qui est positif, c'est que l'auteur prend le temps de mettre en place les différents personnages qui auront un rôle à jouer dans le roman.

Dommage pour moi, car les trois personnages qui avaient réussi à me toucher sont ceux qui disparaissent des écrans : Will, parce qu'il se suicide ; Lily, sa compagne, parce qu'on ne parle plus d'elle ou presque jusqu'à la fin ; et la principale intéressée, Clare Abott, la féministe qui est retrouvée morte empoisonnée.

Je me suis donc fait avoir en beauté et je reconnais donc-là, que le scénario est bien monté !

L'analyse psychologique des personnages est également très intéressante. D'ailleurs le frère de Will est psychologue. On n'en attendait pas moins. 

 

Mais, il m'a manqué un petit quelque chose pour ressentir un plaisir total lors de cette lecture, malgré le suspense et les zones d'ombre qui s'éclairent peu à peu. L'auteur brouille les pistes ce qui peut être intéressant, mais comme l'intrigue est un peu trop tarabiscotée, je me suis perdue par moment et j'ai trouvé non seulement qu'il y avait des longueurs, comme je vous l'ai déjà dit, mais que certaines conclusions étaient trop peu crédibles.  

Je tenterai lors de prochaines vacances, la lecture d'un autre tome pour voir si cette impression se reproduit car ce ressenti, est peut-être tout simplement parce qu'il me faut faire plus ample connaissance avec l'équipe des enquêteurs...

 

L'auteur d'origine américaine est mondialement connue depuis son premier roman "Enquête dans le brouillard" sorti en 1988. Elle est surnommée "la reine du crime".

Si j'ai lu dans le passé, lorsque j'étais bibliothécaire, un de ses romans, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne m'aura pas marqué ! Enfin, c'est à vérifier... si un jour je retrouve ce fameux carnet que je cherche dans mes archives personnelles depuis plusieurs mois où je notais à l'époque toutes mes lectures.

 

Je vous invite à lire un autre avis sur ce roman, chez Laramicelle, ci-dessous...

 

Il aimait les fils de Caro - il les avait toujours aimés -mais, n'étant pas leur père, il ne pouvait pas avoir la sensation d'être amputé d'un avenir. Caroline n'arrivait pas à comprendre ça. Elle considérait que s'il avait fait son deuil, c'est qu'il n'avait pas aimé Will. Impossible de lui enlever cette idée de la tête. Au bout du compte, il leur était désormais plus facile de s'éviter que de se regarder en face en essayant de sonder leurs émotions réciproques.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud, 2015

Dargaud, 2015

Il a un truc en travers de la gargagnole, ton paternel. Quelque chose qu'est pas passé. Quand il était petiot c'était un amour, et puis, à l'adolescence, c'est devenu une sorte d'Attila en baskets.

 

Le tome 3 commence bien mal pour notre petit groupe de sexagénaires et leur entourage...

Mimile et Antoine gardent Juliette lorsque des pluies torrentielles s'abattent  sur le village.  La maison de Sophie prend l'eau, et la rivière en contrebas du village déborde, provoquant l'inondation d'un lotissement et de nombreux embouteillages. Voilà qu'en plus Sophie, qui revient d'un spectacle de marionnettes, tarde à rentrer...

 

Tandis qu'Antoine va porter secours, en râlant, à Berthe, la vieille folle des ravines, dont les bêtes risquent de se noyer, Mimile fait un malaise laissant la petite Juliette seule dans la maison, en train de s'égosiller dans sa chambre. 

 

Pendant ce temps à Paris, Pierrot se retrouve en garde à vue, suite à une manifestation. Le problème est qu'il est déguisé en abeille...

C'est alors que Sophie rentre chez elle, après moultes  péripéties, que je ne vous raconterai pas et elle trouve Juliette endormie d'épuisement...et surtout Mimile par terre. Il ne lui reste plus qu'à appeler le SAMU.  

 

Tu commences à me courir sur l'endive, à toujours poser des questions sur la préhistoire ! T'es marionnettiste ou archéologue ?
Tu ferais mieux de t'occuper de l'avenir !

 

Avec ce tome 3, la pression monte d'un cran pour nos trois compères ! 

Cette fois, c'est autour de Mimile d'être au centre du récit...

Le lecteur va enfin apprendre pourquoi il a tout quitté subitement en 1955, y compris son équipe de rugby, pour partir en Australie et devenir un baroudeur, et même un chasseur de trésors à ses heures.

Il faudra d'abord attendre qu'il sorte de son coma pour l'écouter nous raconter son histoire et savoir comment il a rencontré  le vieil Errol qui le cherche partout.

 

Dans ce tome-là, les auteurs font ressortir de vieilles querelles de village, des actes dont les trois compères ne sont pas très fiers et sur lesquels ils osent enfin porter un regard critique. Bien qu'ils soient souvent de mauvaise foi, il faut le reconnaître, cela leur arrive d'avoir des regrets...Et puis, vu qu'eux-même sont loin d'avoir été irréprochables, ils feraient mieux de garder leurs conseils pour eux !

 

Il y a donc un peu moins d'humour et davantage de gravité dans ce troisième tome mais il est aussi beaucoup plus riche en émotions et en humanité.

Les dialogues sont toujours aussi pimentés mais sous la rigolade, c'est du sérieux et on parle d'actualité : la délocalisation, le chômage, la protection des abeilles,...mais aussi la solitude de la vieillesse et ses dérives, les erreurs de jeunesse et les conflits entre génération.

Les dessins pleins de vie et fourmillant de détails, ne pourront que vous combler et puis, ce qui est délicieux, c'est que tout le monde en prend pour son grade ! 

Difficile de résister donc et de ne pas attendre avec impatience la sortie du tome 4 en novembre prochain...

 

Politiquement, ton grand-père, il dit que des âneries du matin au soir! Alors l’hiver, encore, ça va, les journées sont courtes...

Si les abeilles pouvaient se défendre toutes seules...

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud 2014

Dargaud 2014

L'anarchie c'est pas le bordel, mon cher ! C'est l'ordre, moins le pouvoir, nuance.

 

Dans le premier tome, présenté hier sur ce blog, nous avions fait la connaissance de nos "vieux fourneaux". Et c'est en particulier Antoine qui était mis à l'honneur. Nous avions aussi rencontré Sophie, sa petite-fille qui, rappelez-vous, attendait un bébé.

 

Dans ce tome 2...

Sophie a mis au monde une petite Juliette avec qui elle refait le monde.

Encore une fois un secret va surgir dans la vie d'un de nos protagonistes et le replonger dans son passé et, les vieux amis vont tenter de l'aider, pour éclairer les événements d'un regard neuf.

C'est maintenant au tour de Pierrot d'être mis à l'honneur. On va en apprendre davantage sur lui et mieux comprendre sa personnalité et son engagement militant.

 

Mais qui a bien pu envoyer tout cet argent à Pierrot à destination de son collectif anarchiste "Ni yeux, ni maître"  ?

Vous, lecteur vous le saurez dès les premières pages (et si je vous le dis vous allez découvrir la fin du tome précédent) mais lui, n'en sait rien et n'en parle à personne, car, il est persuadé qu'il s'agit de son amour de jeunesse, Ann Bonny, qui refait surface et dont il n'avait plus jamais eu de nouvelles.

Mais la personne qui est derrière cet envoi,  n'est pas celle qu'il croit... La lettre envoyée avec les billets, a bien été signée, Ann Bonny, parce que c'est le nom d'une femme pirate célèbre. La personne ignorait tout simplement qu'Ann Bonny avait réellement existé dans la vie de Pierrot, et que c'était le surnom de celle qu'il avait aimé, et qu'il avait attendu des années durant.

Pierrot en est tout chamboulé et ses souvenirs reviennent le hanter.

C'est l'occasion pour le lecteur de plonger dans les années 60 où il se retrouve à Paris, en pleine guerre d'Algérie, alors que des manifestations contre l'OAS se multiplient dans l'hexagone... 

 

Tandis que Pierrot disparaît, Antoine qui avait rendez-vous avec lui, débarque à Paris pour la grande Manif et se retrouve seul, sans Mimile qui a quitté la maison de retraite pour se rendre auprès de Sophie et de Juliette... 

 

Vieillir tue...

 

Au fait, je ne vous ai pas dit que "fourneau" en argot cela voulait dire... "crétin" !

Bon ce n'est pas très flatteur pour notre génération, mais c'est ainsi que pour apprécier ce tome, il faut avoir connu ces temps de militantisme, autour des années 68, ou en avoir beaucoup entendu parler durant notre adolescence.

 

Mais il faut bien reconnaître que ces soixante-huitards attardés qui ont vieilli, certes mais gardent le coeur et l'idéalisme de leur jeunesse, ils nous touchent parce que justement, ils sont su garder leur fraîcheur. 

Donc, sauf si votre pensée et votre coeur penchent vraiment à droite, et dans ce cas vous n'apprécierez pas certains passages de ce tome (vous êtes prévenus), vous trouverez encore, beaucoup de tendresse et d'humanité,  de l'humour, des dialogues inénarrables, des personnages forts en gueule mais si touchants qu'on en redemande...

Tous trois veulent toujours aller de l'avant et vivre, ici et maintenant. Soit vous les suivez, soit vous les regarderez de loin, à vous de choisir ! Mais quoi que vous fassiez, ils vous feront rire et découvrir la passion qui les anime...

Moi je voudrais bien que Pierrot, Mimile et Antoine me racontent encore des histoires de leur passé parce qu'ils nous parlent des femmes et des hommes qui se sont battus pour la liberté et qu'il ne faudrait pas les oublier. 

 

Les lieux sont décrits de manière spectaculaire...

Qui n'a pas rêvé qu'un lieu comme "l'île de la Tordue", où vivent plusieurs générations ensemble dans l'entraide et la tolérance, existe vraiment...

La critique de notre société de consommation est finement menée, comme dans le scénario à la boulangerie, autour de la baguette de pain. C'est tellement réaliste que le lecteur ne peut qu'en rire et je vous assure que vous ne pourrez plus jamais demander une baguette à votre boulangère, et qu'elle vous demande de choisir entre quinze sortes différentes aux noms biscornus, sans y penser !

De nouveaux personnages apparaissent dans ce tome, mais je vous laisse les découvrir...

Inutile, en effet que je vous décrive les frasques de celui que l'on surnomme "human bomb" et qui possède en effet une arme de destruction massive qui fait fuir tout le monde sur commande ; ni de Baba, l'organisateur des attentats gériatriques (bon je vous rassure, ils sont tout à fait inoffensifs et ne tuent personne) ; ni non plus de Francine de la RocheBonnefoy, aristocrate et anarchiste, si, si...il faut me croire, ça existe et en plus passionnée d'informatique !   

 

Cette BD totalement anticonformiste a obtenu en 2015 le prix des Libraires. 

Alors demain, si vous le voulez bien... je vous parle du tome 3 ?

Et en attendant, vous pouvez lire l'avis d'Hélène ci-dessous...

 

Tout le deuxième étage, ce sont des étudiants fauchés qu’on héberge. Alors là grosse sélection, parce qu'on reçoit beaucoup de dossiers, tu t'en doutes...
- C'est quoi les critères ?
- Déjà, il faut étudier des matières totalement baroques. Musicologie, philosophie, l’art étrusque, l’histoire antique…. Les trucs que le monde libéral qualifie d’inutiles, quoi…

Vous savez où vous pouvez vous la carrer, votre fleurimeuline du Papé ?

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud 2014

Dargaud 2014

Je pense que pour des vieux flibustiers, vous avez de beaux restes...

 

Voilà une BD dont j'ai énormément entendu parler depuis sa sortie et que je me suis décidée à emprunter en médiathèque, vu que pour une fois  les trois tomes étaient disponibles en même temps, une vrai chance !

Je vais donc aujourd'hui et les deux jours prochains vous les présenter...

Je sais que certains d'entre vous n'aiment pas lire des bandes dessinées. Pourtant je vous assure que ce type de fresque sociale ne pourrait pas être racontée de manière aussi réaliste, sur un autre support.

C'est un pur régal...

 

L'histoire...

 

Trois amis d'enfance, maintenant septuagénaires, se retrouvent pour l'enterrement de Lucette, celle qui jeune femme a su faire battre leur coeur d'adolescents. 

Il y a Pierrot qui a toujours été un syndicaliste et un activiste engagé. Il est aujourd'hui à la tête d'un groupe d'aveugles, "Ni yeux, ni maître" qui sévit surtout sur Paris et s'incruste dans les dîners mondains, réunions politiques et autres lieux stratégiques pour y mettre la pagaille.

Il y a Mimile, placé aujourd'hui dans une maison de retraite, mais qui a été à ses heures un aventurier hors pair, et a parcouru le monde en bateau.

Puis il y a Antoine, le veuf, celui qui a eu la chance d'épouser la pétillante Lucette, dont tout le monde était amoureux.

 

Lucette en son temps avait quitté subitement le "Laboratoire Garan-Servier", la plus grosse entreprise pharmaceutique de la région, pour créer un théâtre de marionnettes "Le loup en slip", et donner du plaisir autour d'elle, théâtre que vient de reprendre Sophie, leur petite-fille, aujourd'hui enceinte de 7 mois.

 

Mais voilà qu'au lendemain des obsèques, Antoine, est convoqué chez le notaire pour lire le testament laissé par sa femme. Il découvre une lettre où celle-ci lui annonce qu'elle a eu une relation avec son ancien employeur, qui réside aujourd'hui en Toscane et est atteint de la maladie d'Alzheimer. 

Voilà Antoine parti aussitôt sur les routes, comme un fou, en direction de l'Italie...et en possession de son fusil.

Que compte-t-il en faire ? Il y a tout lieu de s'en inquiéter... surtout lorsqu'on sait que son ancien patron le détestait parce qu'il avait monté contre lui tous les ouvriers de l'usine et les avait incité à réclamer leurs droits ? 

A ses trousses, vous vous en doutez, et dans le camion rouge pas du tout discret du théâtre de marionnettes, Mimile, Pierrot et Sophie vont  tenter de le rattraper avant qu'il ne fasse une très très grosse bêtise...

 

 

 

Je vais vous dire le fond de ma pensée, les cons. Si y avait pas Sophie, j'prendrais une louchée de bonbons Garan-Servier avec un litre de poire et j'men irais retrouver ma Lucette.

Et voilà comment passe une vie, tiens. Quarante piges à charger des camions dans cette saleté d'usine à bonbons. De la drogue légale à pleines palettes.
J'aurais dû me barrer à vingt ans comme toi, mon Pierrot.

- J'aurai préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite..
...
- Non mais je rêve. C'est quoi, ce délire rétrojaloux ?

 

Ce que j'en pense

 

Tout a été dit sur cette BD décalée, dont les héros sont des vieux flibustiers qui en ont vu d'autres dans leur vie, et ne s'en laissent pas compter. Les dialogues sont savoureux et l'histoire aussi attachante que les personnages. 

J'ai adoré faire connaissance avec nos trois lascars. Les auteurs nous offrent des personnages haut en couleur, au vocabulaire on ne peut plus cru et imagé, sans jamais tomber pour autant dans la caricature_enfin un tout petit peu quand même mais c'est si drôle...

 

C'est un album plein d'humour et d'humanité qui nous propose de poser un regard tendre, doux et pudique sur nos trois vieillards, soudés par une solide amitié, qui fait chaud au coeur tant elle a franchi les ans, et qui les unit pour le meilleur et pour le pire. 

Un véritable coup de coeur pour moi !

Une BD qui a su m'émouvoir et me faire rire aux éclats. Le suspense est entier puisqu'à la fin de ce tome : on n'a qu'une hâte, c'est de découvrir le tome suivant, ce que j'ai eu la chance de pouvoir faire tout de suite... 

 

Si vous voulez en savoir davantage sur les auteurs de cette série, dont le tome 1 a reçu le Prix du Public à Angoulême, en  2015, je vous invite à cliquer sur les liens ci-dessous.

Pour tout savoir sur le dessinateur Paul Cauuet, dont je découvre les dessins réalistes et bourrés de détails truculents dans ce premier tome...

 

 

J'avais déjà fait connaissance avec le scénariste Wilfrid Lupano, dans une BD  "Le singe de Hartlepool", que je vous ai présenté sur ce blog et que j'avais beaucoup aimé. C'était déjà une BD sociologique et philosophique, à l'humour grinçant...

Vous pouvez lire sa biographie, ci-dessous pour en savoir davantage sur lui. 

 

Et c'est toujours intéressant de lire l'avis éclairé de Mimi et de Violette sur le tome 1  (et les tomes suivants) de cette série...

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:13
La couverture, magnifique  a été réalisée par Matthieu Biasotto

La couverture, magnifique  a été réalisée par Matthieu Biasotto

Celui qui sauve une vie, sauve un monde.

 

Le roman débute à New York en pleine tempête...

Thomas Gordon, journaliste d'investigation au New-York Daily News doit sortir de chez lui pour tenter d'atteindre l'immeuble du médecin le plus proche, car les communications sont coupées depuis plusieurs jours et son fils, Andy, est gravement malade... Mais au moment où il aperçoit enfin la porte de l'immeuble, c'est l'accident et nous le retrouvons trois mois après, dans le coma...dans le box 7 de l'hôpital.

Margaret, l'infirmière qui s'occupe tous les jours de lui depuis trois mois, lui parle à  haute voix, persuadée qu'il va bientôt revenir parmi les vivants. C'est ce qui arrive le jour où elle décide de lui faire écouter un magnifique CD de musique classique.

Kate, la femme de Thomas et Ellen, sa fille, sont bouleversées par ce retour attendu mais inespéré. Elles ne lui avouent pas tout de suite que si Andy ne vient jamais le voir, c'est parce qu'il est devenu... aveugle.  

 

Alors que Tom est rentré chez lui et se remet peu à peu, il va découvrir qu'il n'est plus le même. D'étranges visions l'envahissent sans prévenir et il subit toutes les nuits des cauchemars épouvantables dans lesquels le hante le visage de deux petites filles jumelles.

Puis son état s'aggrave et son angoisse monte d'un cran, le jour où il s'aperçoit que ses visions se réalisent. Traumatisé, incapable de comprendre ce qui lui arrive, persuadé qu'il devient fou, il va finir par s'en ouvrir à Ben, son meilleur ami, journaliste d'investigation comme lui, qui va tout faire pour l'aider à y voir plus clair sur ces phénomènes paranormaux qui l'accablent.

Mais Tom n'est pas pour autant au bout de ses surprises...

 

Que ses cauchemars soient des messages, ou bien qu'ils soient simplement là pour lui révéler ce que sa conscience retenait prisonnière, que venaient-ils lui apprendre ?...
Il devait chercher plus loin. Chercher des indices...

 

En parallèle de l'histoire de Tom, le lecteur se retrouve à Paris à l'automne 1940. La ville est assiégée. Les juifs doivent se faire recenser et les listes d'attente devant les magasins pour s'approvisionner, sont de plus en plus longues.

Des familles entières de juifs sont arrêtées, ou obligées de fuir la violence et la haine. Il vaut mieux  se méfier de son voisin et même parfois de ses amis. 

 

Le jeune Simon Lewendel, encore lycéen, assiste effaré, à une arrestation en pleine rue. Terriblement choqué, alors que pourtant il est responsable de sa famille depuis que son père a été bloqué dans le sud de la France, suite à une ordonnance allemande interdisant aux juifs de regagner la zone occupée, il décide de s'engager dans la lutte et de rejoindre un groupe de résistants.

Ses deux soeurs, Pauline et Renée sont de jeunes musiciennes prodiges qui sont entrées au Conservatoire et ne peuvent quitter la capitale. Simon les laisse donc, avec sa mère, sous la protection de la famille Berger, et en particulier du père de Louis, son meilleur ami.

 

Mais dans tout le pays, c'est la descente aux enfers...

Tandis que Simon gagne la Bretagne, où il va faire la connaissance de Léo, Jeanne et  bien d'autres jeunes résistants, aider à fabriquer de faux-papiers et s'investir de plus en plus dans des actions de plus en plus dangereuses, ses deux soeurs vivent dans la peur. Les délations, les rafles et les arrestations contre les juifs se multiplient dans la ville tandis que certaines rumeurs commencent à parler d'étranges trains qui transporteraient les déportés de l'autre côté de la frontière...

Simon est fou d'inquiétude et va tout tenter pour faire sortir ses soeurs de la capitale.  

 

Tandis que le lecteur s'immerge dans le passé, et assiste impuissant au déroulement de la grande Histoire, Tom dans la vie contemporaine s'interroge sur ses pouvoirs paranormaux de plus en plus développés... 

Est-ce le hasard, ou a-t-il été choisi pour accomplir une nouvelle mission sur terre ? Que doit-il découvrir en enquêtant sur les événements passés ? Quel lien y-a-t-il entre lui... et la famille de Simon ?

 

Le jeune homme valide s'attarda un instant sur le marchepied, immobile, pour scruter les parages. Peut-être cherchait-il désespérément quelques témoins de la barbarie ennemie, avant de disparaître aux yeux du monde. Son regard croisa celui de Simon...
"Ne nous laissez pas mourir en vain. Prenez la relève".

 

Voilà un roman que j'attendais depuis longtemps, vu que je connais Rebecca virtuellement grâce à son blog, comme beaucoup d'entre-vous...et cette lecture n'en est que plus précieuse. 

Je me doutais que Rebecca écrivait bien, car elle nous en a donné maintes fois la preuve sur son blog et, cela n'a donc pas été une surprise pour moi de constater que son roman était d'une grande qualité d'écriture. Le vocabulaire n'est jamais choisi au hasard et le ton sonne toujours juste. 

C'est un roman incroyablement bien documenté et il suffit de se reporter à la fin du livre et de constater la longue liste des ressources documentaires qu'elle a utilisées, pour le comprendre.

 

Ce roman est tout d'abord un roman historique qui vous prendra aux tripes, tant il est riche en émotions. 

J'ai été captivée dès les premières pages.

Le lecteur ressent une très grande empathie pour les personnages et il s'attache à eux de plus en plus au fil des pages. Il passe par toutes les émotions et se révolte devant les horreurs perpétrés par les nazis. 

Je me suis assise auprès du feu de bois avec Jeanne et Marguerite, tandis que Simon fabriquait les faux-papiers. J'ai couru avec les familles en fuite, épuisées, pour traverser le pont avant que l'avion ennemi ne les survole...

J'ai aimé que des personnes isolées et crevant de peur, tendent tout de même une main généreuse pour aider des familles juives ou des résistants, mais je ne suis pas arrivée à pardonner à ceux qui, pour sauver leurs proches, ont commis le pire, puis se sont ensuite racheter en les aidant.

 

Ce roman est aussi un roman fantastique puisque Tom se sert des ses pouvoirs surnaturels et ne comprend pas comment il a pu se réveiller du coma avec. Le fait que Tom puisse remonter très loin dans le passé, ou se rendre dans le futur pour prévoir ce qui peut arriver à ses proches, nous permet d'entrer dans la vie intime des personnages, de connaître leurs pensées les plus secrètes et de porter un autre regard sur les horreurs de la guerre.

Si Tom devient obsédé par sa quête existentielle, au point que parfois il en oublie ses proches, il n'en est pas moins bouleversé par ces visions si réalistes et s'interroge sans relâche, invitant le lecteur à faire de même...

Et me direz-vous, qu'en est-il du fil d'argent ? Et bien je trouve que Rebecca l'a très bien expliqué sur son blog et il est inutile que j'en rajoute : il suffit de cliquer ICI et vous saurez tout ce qu'il y a à savoir...

Mais si vous le préférez, laissez-vous porter par l'histoire. Inutile d'ailleurs d'avoir votre propre avis sur la question pour vous immerger dans cette lecture ! 

 

Ce roman a été pour moi une belle découverte et j'ai eu un immense plaisir à le lire. C'est un roman pétri d'humanité qui nous parle avant tout des hommes, de leurs fragilités, de leurs peurs, de leurs croyances et des horreurs qu'ils ont été capables de commettre, ou bien au contraire, du dévouement et de l'engagement dont ils ont fait preuve.

C'est un roman à lire absolument, qui nous invite à nous souvenir et surtout à ne pas oublier...jamais !

 

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 05:59
Albin Michel 2016

Albin Michel 2016

Ce qu'il y a de charmant dans les rêves, c'est qu'on peut en écrire les dialogues...

 

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir cette série policière pas comme les autres, portée par une héroïne hors norme. Mais n'ayant pas trouvé en médiathèque le tome 1 qui a assuré le succès de la série, je me suis repliée sur le tome 2. 

En fait, les tomes peuvent sans problème être lus séparément, bien que de nombreuses allusions au tome précédent donnent envie de lire les différents tomes dans l'ordre. 

Une fois le feu allumé et le chat nourri, un whisky bien tassé dans le gosier, Agatha sentit qu'elle survivrait. Que James Lacey aille se faire foutre, lui et ses congénères !

 

Agatha Raison, toujours célibataire, s'est installée dans un joli cottage dans la petite ville de Carsely.

Un nouveau vétérinaire vient d'arriver, et toutes les femmes se précipitent pour faire sa connaissance. Il est apparemment charmant !  

Agatha bien sûr, succombe à la curiosité et lui amène elle aussi son chat, qui n'est pas malade, afin de faire connaissance, et, surtout en espérant attirer ses faveurs.

Je parle du vétérinaire, là, pas du chat : il faut suivre...

 

Peu de temps après, l'homme est retrouvé mort, près d'un cheval qu'il s'apprêtait à opérer. Meurtre ou accident ? Comment a-t-il réussi à tomber pile sur la seringue emplie de tranquillisant ?

La mort paraît, bien sûr, aussitôt suspecte à Agatha, mais la police conclut à un accident.

Accompagnée de son voisin, James Lacey, un colonel à la retraite, elle décide de mener sa propre enquête, en parallèle de la police et du sergent Bill, qu'elle connaît bien.

James, pour une fois va la suivre dans toutes ses pérégrinations, tout en se tenant à une distance respectable, car Agatha n'arrive pas à lui cacher malgré ses efforts, qu'elle aimerait bien qu'il s'intéresse autant à l'affaire, qu'à elle.  

 

Il se trouve que le vétérinaire était un homme à femmes...d'ailleurs elles pleuraient toutes à son enterrement, mais était-ce seulement parce qu'elles étaient toutes tombées amoureuses de lui ? Agatha en doute...

 

Il admirait, frappé d'émerveillement, les cascades de fleurs d'un cerisier, quand elle demanda d'un ton brusque : "Bon, on va rester là la journée, ou alors on se met au boulot?"

 

Bon vous l'aurez compris, c'est un roman policier amusant et facile à lire, parfait pour des vacances et une lecture sans prise de tête ! Une lecture peut-être même à partager avec vos ados...

L'héroïne est une quinqua sans scrupule, mais pas sans complexe. Pugnace, curieuse, imprévisible mais tout à fait pétillante,  elle sait mener son enquête avec brio.

Ne vous attendez pas à un roman au suspense époustouflant pour autant.  Mais j'ai succombé à l'ambiance "british", à la sérénité de ce petit village, à la vie entourée de chat...ah ! qu'il doit faire bon vivre dans ce type de campagne anglaise. 

J'ai passé un bon moment de détente avec ce livre léger mais sympathique, mais je ne sais pas si je suivrais la série complète pour autant, car peut-être qu'à la longue on risque de se lasser des frasques d'Agatha...

 

En tous les cas, c'est un roman parfait à lire en vacances !

Et vous, vous aimez cette série ?

 

 

Née en 1936 à Glasgow, M. C. Beaton, dont le véritable nom est Marion Chesney, était libraire et journaliste, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus en Grande-Bretagne. 

Elle a écrit deux séries de romans policiers : Hamish MacBeth et Agatha Raison (15 millions d'exemplaires vendus dans le monde). 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 05:30
Les Disparus du Clairdelune / La Passe-miroir (2) / Christelle Dabos

Ophélie repoussa le tourbillon de boucles brunes qui se prenait dans ses lunettes. Les yeux écarquillés, elle aurait voulu capter chaque détail de ce paysage surprise : les glaciers qui réfléchissaient leur blancheur éblouissante dans le miroir des eaux, le vol d’un harfang des neiges sous la déferlante des nuages, le carillon d’un clocher au milieu de petites maisons multicolores, l’odeur puissamment résineuse des sapins et délicieusement salée de la mer.

 

Vous vous souvenez sans doute qu'en juillet dernier, je vous ai présenté le tome 1 de la série "La Passe-miroir", qui s'intitule "les Fiancés de l'hiver".

J'ai fait des heureux parmi vous puisque depuis, Azalaïs a déjà lu la trilogie et donc a pris de l'avance sur moi ! Cela me fait toujours plaisir quand je vois que nous échangeons ainsi des idées grâce à nos blogs et aux liens qui se tissent entre nous. 

Moi je viens juste de dévorer le tome 2,  toujours avec autant de plaisir ! 

Je vous préviens, dit Berenilde en la considérant posément par-dessus sa gazette, si vous brisez ce qui tient lieu de cœur à mon neveu, je vous découpe en lamelles.
Ophélie versa le café à côté de sa tasse. Elle était bien placée pour savoir que ce n’était pas là de la simple rhétorique : Berenilde s’était déjà fait les griffes sur elle pour moins que ça.


On retrouve Ophélie dans de beaux draps ! Ne vous méprenez pas, elle est toujours fiancée à Thorn et la date du mariage avance à grands pas, mais pour l'instant leurs relations sont toujours aussi distantes et innocentes.

En fait, Ophélie est toujours dans une situation périlleuse et à présent, reçoit même des lettres de menace ce qui commence à l'inquiéter...mais, à qui peut-elle faire confiance pour en parler ?

 

Au milieu des artifices de la cour, Farouk, l'esprit de famille qui domine tous les habitants de la Citacielle,  la remarque et la nomme vice-conteuse.

La "petite Artémis" comme il l'appelle, l'intrigue et lui rappelle vaguement quelqu'un mais il ne sait plus, avec sa mémoire défaillante, qui... Elle, est morte de trouille d'échouer à le satisfaire en montant sur scène pour y raconter des histoires. Et tout le monde d'y aller avec des conseils inutiles qui ne font qu"aggraver la situation...

De plus dans la Citacielle, des hauts dignitaires faisant tous partie des Mirages, disparaissent sans laisser de traces et d'inquiétantes rumeurs circulent à leur propos.

Et voilà que pour compliquer le tout, la famille d'Ophélie au complet, décide de venir la rejoindre et de rester avec elle jusqu'au mariage...

Comment passer inaperçue quand on a une famille animiste et une mère aussi extravagante ? 

 

La Citacielle, malgré ses illusions toujours aussi surprenantes, commence à laisser entrevoir un monde encore plus impitoyable que dans le premier tome et c'est justement sur Ophélie que l'on compte pour découvrir, en sa qualité de liseuse, où ont disparu les quatre Mirages. Mais cela ne va pas être facile car ces mystérieuses disparitions exacerbent les rancoeurs, les haines et les complots déjà quotidiens à la cour...

Voilà Ophélie au coeur d'une enquête dangereuse, qui va vite la dépasser. Elle est toujours suivie à distance par Thorn qui veille sur elle, tentant de déjouer les pièges qui lui sont tendus et d'éviter de se prendre les pieds dans le tapis, ou de tomber dans l'escalier avec elle, à moins qu'il ne reste lui aussi un jour bloqué entre deux miroirs...Qui sait ! 

Mais pourra-t-elle vraiment compter sur lui en toutes circonstances ?

Ophélie est d'autant plus inquiète qu'elle découvre que certaines personnes veulent réellement s'opposer à leur mariage et que sa vie est peut-être finalement bel et bien en danger, la sienne et peut-être aussi celle de Thorn...


 

La première fois que je vous ai vue, je me suis fait une piètre opinion de vous. Je vous croyais sans jugeote et sans caractère, incapable de tenir jusqu'au mariage. Ça restera à jamais la plus grosse erreur de ma vie.

 

Encore un tome de 549 pages qui s'avale d'une traite ou presque, tant le lecteur est pris dans l'histoire. Cela ne fait qu'un peu plus d'un mois que j'ai lu le tome 1 et je n'ai eu aucun mal à replonger dans l'univers de l'auteur.

 

Le lecteur se prend toujours d'affection pour la maladroite Ophélie qui se retrouve en décalage constant avec les événements, mais oh ! combien nous aimons la voir aussi émotive, maladroite, inquiète, et surtout si humaine. Nous tremblons avec elle et nous voudrions lui tendre la main, mais hélas nous ne savons pas passer à travers un miroir...

Dans ce tome, elle est différente et apprend à dépasser ses craintes. Elle se montre même courageuse, car elle ose défier Farouk devant toute la cour, dire ce qu'elle pense haut et fort, et aussi rabrouer sa mère...

 

Les autres personnages sont à la hauteur de nos attentes.

Le mystérieux Thorn nous présente peu à peu de nouveaux aspects de sa personnalité et sa relation avec Ophélie évolue, et prend une tournure à la fois attendue et surprenante...

L'intrigue est prenante et nous emmène en dehors de la Citacielle à maintes reprises pour nous faire découvrir des personnages dont on ne savait rien ou presque jusqu'à présent, comme la mère de Thorn, ou celle de Bérénilde...

Mais je vous rassure, il reste encore beaucoup de mystères à découvrir ! 

 

Une série qui promet de se faire une place de choix dans les lectures pour adolescents, mais qui s'apprécie d'autant plus pour nous adultes, qu'il suffit d'avoir gardé un tantinet de notre âme d'enfant pour se régaler ! 

Je n'ai donc pas été déçue à la lecture de cette suite qui donne juste envie de lire le tome 3 qui par chance vient d'être acheté par la petite médiathèque de mon village et que j'espère emprunter très bientôt pour vous en parler...

 

Le passé n'était pas toujours beau à regarder, mais les erreurs des personnes qui l'avaient précédée sur Terre étaient aussi devenues les siennes. Si Ophélie avait retenu une chose dans la vie, c'était que les erreurs étaient indispensables pour se construire.

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:10
Gallmeister, 2016

Gallmeister, 2016

Le pire, dans l’enfance, c’est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe. Un instant terrible pour un enfant plane avec une sorte d’éternité, insoutenable. La colère de ma mère s’étirait à l’infini, une rage à laquelle nous n’échapperions jamais.

C’est vrai. Ça n’a aucun sens. Bienvenue dans le monde adulte, tu y entreras bientôt. Je travaille pour pouvoir travailler davantage. J’essaie de ne rien désirer dans l’espoir d’obtenir quelque chose. Je m’affame pour être moins et plus. J’essaie d’être libre pour pouvoir être seule. Et tout ça n’a aucun intérêt. Cette partie là, ils ont oublié de la préciser.

 

J'ai beaucoup de livres à vous présenter, car la canicule de ces derniers jours, nous a obligé à stopper nos travaux de peinture et autres (!) et donc, j'ai passé beaucoup de temps à lire durant ces longs après-midis, enfermée dans la maison derrière les volets croisés...

Ceux du sud comprendront ! 

Comme je sais que certains d'entre vous ne lisent pas autant que moi, je continuerai à vous présenter toutes mes lectures d'été, en alternance avec des articles plus légers sur les visites de mes dernières vacances, entre autre...

Le roman que je vous présente aujourd'hui n'est pas du tout ce que l'on peut appeler une lecture de vacances...

 

 

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère dans un quartier pauvre de Seattle. Sheri travaille sur les docks, souvent tard le soir, car il faut qu'elle fasse fréquemment de nombreuses heures supplémentaires. C'est un boulot qu'elle déteste et qui l'épuise, mais lui permet de pouvoir joindre les deux bouts.

Aussi Caitlin est souvent seule le soir et se rend chaque jour à l'aquarium de Seattle dès qu'elle sort de classe. Pour elle c'est un refuge, un endroit où elle peut imaginer une autre vie.

En effet, là-bas, en regardant les poissons et autres animaux marins, elle se sent apaisée. Elle est fascinée par ce qu'elle observe et découvre sur les animaux. Elle peut y rester des heures à rêver...

Un jour, elle rencontre par hasard un vieil homme qui, comme elle, vient tous les jours à l'aquarium. Il devient peu à peu son confident.

 

Mais la vie de Caitlin bascule le jour où celui-ci lui propose de rencontrer sa mère.

Sheri prend peur, quand elle découvre cette amitié, pensant tout d'abord à un pédophile puis l'évidence lui saute aux yeux. Ce vieil homme est son père, disparu depuis des années. Il l'a en effet lâchement abandonné, alors qu'elle n'était qu'une toute jeune adolescente, et que sa mère était gravement malade, la faisant passer sans détour dans le monde des adultes. 

Le monde de Caitlin se fissure de toute part au fur et à mesure que sa mère perd les pédales et que le passé douloureux remonte à la surface. 

Mais Caitlin s'entête et veut continuer à voir celui qui est donc son grand-père.

Seule, son amie Shalimi lui apporte un peu de réconfort et une histoire d'amour entre les deux jeunes filles, va naître au coeur de la débâcle...

 

On peut choisir ceux avec qui l'on va passer sa vie, mais on ne peut pas choisir ce qu'ils deviendront.

Que sommes nous tenus de rembourser pour ce qui s'est déroulé avant nous, dans les générations passées ?

 

Comme toujours David Vann nous offre une lecture douloureuse et éprouvante.

Dès les premières pages, pourtant légères, la tension est palpable et le lecteur s'attend au drame...

L'auteur est en effet le spécialiste des relations familiales compliquées. Il n'a pas son pareil pour faire ressortir la violence et la cruauté que nous avons en chacun de nous et que notre éducation nous a permis d'enfouir au plus profond de nous-même.

Comment se forme une famille ? 

Quelles sont les relations entre ses différents membres ?

Comment peut-on échapper au passé familial ? 

Le pardon est-il possible, quand les mots importants n'ont jamais été prononcés, quand le silence et l'absence n'ont pas permis d'expliquer le manque d'amour et l'abandon ? 

Guérit-on un jour des traumatismes de l'enfance ?

 

Ce roman m'a beaucoup touché car la petite Caitlin est une adolescente très intelligente, mais fragile. Les événements vont devenir traumatisants pour elle qui avait été, jusqu'à présent, relativement protégée par sa mère.

C'est d'ailleurs la relation mère-fille qui est au centre du roman, mais aussi les séquelles de la guerre, les traumatismes de l'enfance, la culpabilisation, l'impossibilité de revivre le passé et de revenir en arrière pour pouvoir tout recommencer, la souffrance et le manque affectif...

 

On sent que l'auteur parle de son propre vécu. Pour ceux qui le connaissent, sachez que ce roman est plus soft que d'autres titres de l'auteur, mais l'envie de tourner les pages pour en savoir plus, et la tension y sont poussées à l'extrême et il est tout de même d'une grande violence psychologique. 

 

De temps en temps, au fil des pages, le dessin d'un poisson exotique, donnera un peu de légèreté à l'ensemble.

 

C'est difficile pour moi de conseiller ce livre bien que je pense que c'est un excellent roman. En effet, pour moi, un bon roman c'est celui qui provoque chez ses lecteurs de l'émotion et celui-là en effet en provoque, je vous l'assure !

Cependant, je dirais comme pour les précédents titres de l'auteur, la formule qui est devenue classique dans ces cas-là :  "âmes trop sensibles, s'abstenir !"

 

Vous trouverez présentés sur ce blog...

Son premier roman "Sukkwan Island" traduit en français, qui a été couronné par le Prix Médicis en 2010...

 

 

Ainsi que"Goat Mountain" que j'avais trouvé quasi insoutenable lors de la lecture...ce qui m'avait fait dire que je ne lirai plus rien de cet auteur !

Et pourtant, j'ai encore une fois changé d'avis en lisant la quatrième de couverture d'"Aquarium".

Ça vous étonne ?!

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c'est ce monde-là qu'on connaît ensuite, pour toujours. C'est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d'autre il pourrait ressembler.

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 06:04
Editions Les Escales, 2005 /  First, 2011 / Livre de Poche, 2013

Editions Les Escales, 2005 / First, 2011 / Livre de Poche, 2013

L'histoire de ta mère est aussi celle de ta grand-mère et de ton arrière grand-mère. Ainsi que ta grande-tante. Leur destin était entrecroisé... Elles illustrent à la perfection ce que nous appelons la fatalité, en Grèce. Celle-ci est bien souvent le fait de nos ancêtres, et non des étoiles. Lorsque nous évoquons l'Antiquité, nous nous référons toujours au destin, mais nous ne parlons pas réellement d'une force incontrôlable. Bien sûr, certains événements capitaux semblent se produire sans raison et bouleverser le cours d'une vie, mais, en vérité, notre destinée est déterminée par les actions de ceux qui nous entourent et de ceux qui nous ont précédés.

Maria retira ses ballerines pour monter sur une chaise branlante et remarqua aussitôt une marque étrange sur son pied nu. Son cœur marqua un battement. On aurait dit qu'elle s'était brûlé l'orteil au soleil et que sa peau en pelant avait laissé une tache de dépigmentation. Il n'y avait peut-être aucune raison de s'alarmer pourtant l'angoisse commençait à la ronger.

 

En vacances en Crète avec son copain Ed, Alexis, une jeune anglaise archéologue, s'interroge sur sa vie et ses origines familiales.

Peu de temps avant de partir, elle a demandé à Sophia, sa mère, l'autorisation de se rendre dans son petit village natal situé sur la côte nord de l'île. Cette dernière, bizarrement, ne lui a jamais parlé de son enfance, ni de ce village natal, ni de sa famille...et la petite Alexis a cessé depuis bien longtemps de l'interroger à ce sujet. 

A contre-coeur, Sophia lui a remis une lettre et une adresse, celle de Fotoni, une amie de la famille, mariée à  l'aubergiste du village de Plaka, censée lui en apprendre davantage sur ses origines. 

 

Lorsque Alexis décide de s'y rendre après deux semaines de farniente avec Ed à La Canée, une station touristique du bord de mer, ce dernier ne comprend pas cet intérêt soudain pour sa famille. Malgré sa mauvaise humeur, la jeune femme décide de prendre tout son temps durant cette escapade, ce qui lui permettra de réfléchir à leur relation de couple...

 

Dès l'arrivée dans le petit village côtier, à l'heure de la sieste, elle décide de commencer la visite des lieux par la petite île de Spinalonga, poussée par une curiosité naturelle et professionnelle.

 

En songeant qu'elle était seule sur Spinalonga, Alexis se sentit gagnée par une vague de peur... Elle n'avait jamais connu un tel isolement, se retrouvant rarement à plus de quelques mètres d'un autre être humain et, à l'exception des moments où elle dormait, n'étant jamais privée de tout contact extérieur pendant plus d'une heure. Son absence d'indépendance lui apparut soudain comme une chaîne, et elle se secoua.

 

Dans cette île, des centaines de lépreux ont vécu de 1903 à 1957, retirés du monde et comme "oubliés" par la société de l'époque. Elle découvre avec stupeur, des vestiges et une ambiance qu'elle n'aurait jamais imaginé.

Dès son retour, troublée, elle prend contact avec Fotini et son mari, Stephanos chez lesquels elle est accueillie chaleureusement.

Elle n'ose dire à Fotini que sa mère ne lui a jamais parlé ni de Plaka, ni de sa famille mais la vieille femme, qui a été l'amie de sa grand-mère va lui faire des révélations surprenantes, auxquelles la jeune femme ne s'attendait pas du tout...

 

-Ma mère s'est toujours montrée très secrète sur sa jeunesse, dit-elle. Je sais seulement qu'elle est née près d'ici et a été élevée par son oncle et sa tante...
Et qu'elle est partie l'année de ses dix-huit ans pour ne jamais revenir.
- C'est vraiment tout ce que tu sais ? s'étonna Fotini. Elle ne t'a rien raconté d'autre ?

 

Alexis va comprendre quel terrible destin la lie à l'île de Spinalonga, qui était la merveilleuse Maria, dont Sophia garde une photo de mariage, et pourquoi sa mère a rompu si violemment avec son passé, au point de ne jamais lui en parler. 

En effet, Eleni sa grand-mère, a été une des habitantes de l'île...

Eleni aurait pu prédire en tous points le comportement de ses filles. Anna, l’aînée, lunatique depuis toujours, ne dissimulait jamais ses sentiments. Maria, quant à elle, plus calme et patiente, perdait ses moyens avec moins de facilité. Fidèle, chacune, à son caractère, Anna avait davantage laissé paraître sa peine que Maria au cours des jours précédents, et elle n’avait jamais autant démontré son incapacité à contrôler ses émotions que ce matin-là. Elle avait supplié sa mère de ne pas partir, l’avait conjurée de rester, à grand renfort de cris courroucés et de cheveux arrachés. Maria, en revanche, avait pleuré en silence d’abord, puis à gros sanglots déchirants que l’on entendait de la rue. Elles en arrivèrent finalement toutes deux au même point, rendues muettes par l’épuisement.

 

Ce roman, dont j'avais jusqu'à présent repoussé la lecture, est une parfaite lecture de vacances.

C'est suite au voyage de Cathyrose en Crète, ce mois de mai dernier et à ses multiples reportages-photos sur son blog, que j'ai été tentée de me plonger dans cette lecture, dont elle nous a souvent parlé. 

Le roman alterne entre la vie à Plaka et sur l'île de Spinalonga. 

 

C'est un roman facile à lire et émouvant, qui sait alterner le pathos et des moments plus légers. Le style est clair et simple, et la construction, même si elle présente quelques retours en arrière dans le temps, est parfaitement compréhensible. L'intrigue est très romanesque et empreinte de mystères, juste ce qu'il faut pour en apprécier la lecture et le déroulement, avoir envie de tourner les pages et s'attacher aux personnages (ou les détester...).

 

C'est un roman qui bien sûr nous parle de l'histoire de la Crète, de la vie quotidienne, des fêtes et des traditions du début du XXe siècle, une période où les croyances et la religion étaient encore très présentes.

Il nous parle en particulier de l'histoire de la lèpre, cette terrible maladie qu'on soigne très bien aujourd'hui, mais qu'on ne savait pas soigner en ce temps-là et qui était si contagieuse, qu'elle provoquait chez ceux qui n'en étaient pas atteints un rejet immédiat, obligeant les malades à se retirer du monde et à vivre exclus jusqu'à leur mort, dans des souffrances terribles.

J'ai trouvé que d'ailleurs l'auteur abordait remarquablement bien ce problème du rejet et de l'exclusion. Et je crois que c'est cela qui m'a plu dans ce roman. 

J'ai appris beaucoup de choses sur les différentes formes que peut prendre cette maladie qui n'est pas toujours aussi invalidante que ce qu'on imagine.

 

J'ai donc passé un bon moment de lecture sans toutefois être subjuguée car bien sûr, j'ai deviné à l'avance pas mal de chose...

De plus, tout ce qui touche à Alexis dans sa vie d'aujourd'hui et en particulier ses petits problèmes de couple, m'a laissé totalement de marbre et je suis même surprise qu'une jeune femme ayant son intelligence et sa finesse n'ait pas cherché à en savoir plus, plus tôt, sur ses origines. Mais bon, il fallait bien que l'histoire commence par un mystère. 

 

Ce roman est bâti pour émouvoir et même faire pleurer dans les chaumières... D'ailleurs je pense qu'il correspond bien à notre sensibilité féminine, ce qui ne veut pas dire que les messieurs ne peuvent pas le lire. 

Donc d'après moi, pour l'apprécier vraiment, il faut : être en vacances, avoir envie d'une lecture facile mais émouvante, aimer les secrets de famille et les sagas familiales (sans forcément être adepte des séries télé sur ce thème !), être capable d'imaginer le cadre magnifique de l'histoire, sans oublier que l'île de Spinalonga, malgré les jolies descriptions faites par l'auteur, n'était sans doute pas du tout aussi paradisiaque à cette époque que l'auteur le laisse entendre...

 

Ce roman, considéré comme un best-seller a été traduit dans 25 pays et a reçu le Prix des Lecteurs FNAC en 2013.

Il a également fait l'objet d'une série télévisée très populaire en Grèce. 

 

Libérée de son point d'amarrage, la corde se déroula d'un mouvement vif, et des gouttelettes d'eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l'unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu'au son du moteur haletant elle s'éloignait du quai pour rejoindre l'île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s'y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d'olive. L'île n'était pas loin et, quand l'embarcation approcha de l'imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd'hui encore, une force d'attraction.

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 05:54
TheBookedition.com / septembre 2017

TheBookedition.com / septembre 2017

Les choses mènent sûrement
quelque part... – mais où ?

Extrait de "Regardez sécher les lettres" Alexis Canonne

Les ondes déploient leurs bras infinis,
les vents frappent fort, attrapent les voiles,
pour jouer avec elles, et rendre aux étoiles
les âmes des hommes, celles des maris.

Extrait de "Chant de la mer" Alexis Canonne

 

J'ai accepté avec grand plaisir de lire en avant-première, ce recueil écrit à quatre mains, par Aurélien Di Sanzo dont je vous ai déjà parlé sur ce blog, et son ami poète, Alexis Canonne.

Dans ce recueil donc, les deux poètes ont uni leur plume, pour écrire ensemble et nous présenter leurs poèmes, d'une façon tout à fait originale.

 

En effet, dans une première partie du recueil, chaque poème, écrit par l'un des poètes (page de gauche), est un poème-miroir : il trouve son propre reflet, écrit par l'autre (page de droite), et tous deux nous embarquent dans un véritable tourbillon d'émotions. Le reflet n'existe... que parce que l'image est visible dans le miroir.

Les deux poèmes partagent un même thème, une ambiance, un vers commun, parfois un seul mot, tandis que chacun des poètes apporte sa touche personnelle, son propre rythme, son imagination et sa sensibilité.

 

Vous découvrirez ainsi trente-six poèmes écrits en miroir, une autre façon d'explorer la poésie...à deux.

Voici deux de ces poèmes, sélectionnés dans la première partie du recueil.

 

 

DEVENIR UNE ENCRE


Dans le verbe et dans le geste,
dans les heures et la lenteur,
nous passons le temps.


Dans le vide et près des rives,
dans les rêves et sur la grève,
le temps se passe de nous.


Alexis Canonne

 

 

L’AIGUILLE ME JOUE DES TOURS...


L'aiguille me joue des tours
L'encre se fout des lignes
Et l'instant de tout un jour
Succombe et se résigne.


La mer joue des vagues
Une boucle qui répète
Qu’encore l'instant divague
Dans une grâce imparfaite.


L'aiguille fait ses tours
L'encre rempli ses lignes
Et le futur toujours
Se dessine et s'illumine


Dans une grâce des signes.


Aurélien Di Sanzo

 

 

Vous pouvez lire, un autre poème-miroir et son reflet, mis en ligne sur le site d'Aurélien ICI.

 

A la fin de cette partie commune, dans une seconde partie du recueil, les deux poètes nous livrent chacun leur tour, d'autres textes, plus personnels, voire intimistes. Chacun d'eux y retrouve son autonomie, son rythme, ses thèmes préférés. 

 

Alexis Canonne, dans la partie intitulée "Bruissements", explore sa région natale et la nature qu'il adore. Il nous parle, dans des poèmes emplis d'une infinie douceur et tout en légèreté, de la forêt comme de la mer, du vent, du ciel, du soleil ou des saisons, mais aussi des rêves qui marquent le temps qui passe...

Ses poèmes ont un pouvoir évocateur très fort et nous emmènent au coeur des éléments pour mieux en sentir la force.  

J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir son univers, sa sensibilité, son rythme, et la rigueur que l'on sent à travers ses poèmes, dans la première partie du recueil, mais aussi dans cette seconde partie plus personnelle. 


 

DÉESSE

Dans la lumière
du soleil d'hiver
j'ai lu –
– la tristesse
d'une déesse
qui n'existait plus.

Alexis Canonne

 

Dans "Rupture", Aurélien Di Sanzo évoque tout d'abord la mort,  et nous livre son coeur, en rendant hommage à une jeune poétesse trop tôt disparue, Evelyne Vijaya...  Vous pouvez aller lire les poèmes de cette jeune femme poète, sur son blog personnel toujours actif...

Et ta disparition nous rappelle l’essentiel, combien il est
important de laisser derrière soi un hameau, un
horizon, peuplé de mots, peuplé de sons. Pour que
dans ta terre, celui qui viendra se recueillir, puisse
trouver non pas les graines du souvenir mais celles du
savoir, de la beauté et de l’éternel.

Extrait de "Le poème le plus triste du monde" (Hommage à Evelyne Vijaya)

 

C'est avec beaucoup de plaisir que je redécouvre son talent... Aurélien Di Sanzo est un jeune poète qui a fait son chemin depuis que je vous ai présenté son second recueil ici.

Son univers a évolué. Ses poèmes sont écrits en vers, lui qui aimait tant jusqu'à présent écrire en prose, et montrent davantage de maturité, de profondeur...

L'emploi du "je" est toujours assez fréquent dans ses poèmes. 

Ce sont des poèmes nostalgiques et parfois vraiment pessimistes...qui crient la douleur de l'absence, le vide de la solitude mais nous parlent aussi de renouveau, d'amour, de la saveur de découvrir le monde et les choses qui nous entourent, comme la nature et les différents éléments, qui vont nous redonner l'énergie, la force et l'envie de vivre pleinement l'instant présent.

 

...
Ils ont inventé le temps pour détruire nos vies.
Je voudrais le détruire pour récupérer la mienne.
...
Ils ont inventé le temps pour récupérer nos vies.
Je voudrais le détruire pour inventer la mienne.
...

Extrait du poème "Le présent à l'heure bleue" Aurélien Di Sanzo

...La flamme légère de l'amour danse
Elle irise les cieux de cette transe
Qui palpite et tremble d'incertitude
Face aux lendemains de solitude
...

Extrait de "Laisse-moi peindre tes lèvres" Aurélien Di Sanzo

 

Dans ce recueil sont réunis 59 poèmes d'une grande diversité, de style mais aussi de thème, et de rythme. 

Ce recueil est un beau partage d'amitié, une belle expérience d'écriture, un vibrant hommage à la nature si nécessaire à nos existences.

Un recueil qui nous parle du temps qui passe mais nous invite aussi à "courir sur le ciel", à rêver d'amour, à oublier "les jours sans soleil"...comme nous le propose Aurélien Di Sanzo et, comme nous répond en écho Alexis Canonne, "oublier le fardeau du temps".

Laissez-vous porter par leur écriture et leurs poèmes qui clament la nécessité de profiter du temps présent et, le désir de vivre et d'aimer sans tarder.

 

La préface écrite par Aurélien Di Sanzo est superbe et la post-face d'Alexis Canonne, ouverte à tous les possibles et sans nul doute à d'autre projets communs. 

 

Il y a des hommes de l'ombre, des hommes de l'ombre silencieux, qui n'aiment pas s'exposer au grand jour, qui savent rester assis pendant des heures jusqu'au moment précieux où ils arracheront à l'obscurité le bon mot ou le bon vers...

 

Un recueil à lire ou à offrir, qui paraîtra le 13 septembre prochain.

Vous pouvez vous le procurer en cliquant ICI sur le site de l'éditeur...

Je tiens à remercier Aurélien Di Sanzo de m'avoir permis de le lire en avant-première.

Pour les fans, retrouvez-le sur sa page Facebook ICI.  

...Pour éviter un poème trop formel
Saupoudrez de rimes endiablées
Rajoutez quelques mots en béchamel
L’esthétique doit vraiment en jeter !
...
Extrait de "Recette pour un bon poème" Aurélien Di Sanzo

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 05:50
avril 2017

avril 2017

En l'espace d'un mois, le Chaos fut total. Des millions de "petites mains" qui s'arrêtent de travailler du jour au lendemain, ça a de quoi faire peur à tout bon capitaliste...
Le prix du baril explosa, mais pas longtemps. Déjà parce que les banques avaient deux genoux à terre, mais aussi plus personne ne payait son essence à la station, puisqu'il n'y avait plus de caissier pour encaisser.
...Le monde moderne s'écroula...

 

Bon autant le dire tout de suite...vous savez que je suis honnête : c'est un livre que je n'aurais jamais emprunté en médiathèque ou bien acheté spontanément au vu du seul titre. Il se trouve que l'éditeur Librinova m'a contacté pour me proposer d'en recevoir un exemplaire. Le thème m'a tenté et j'ai accepté. J'accepte très peu de service de presse, car j'aime garder mon libre arbitre et lire ce que j'aime. 

Et je dois dire que ce roman a été une heureuse surprise pour moi...

Le monde de l'entreprise n'est pas ma tasse de thé. Je n'ai jamais travaillé en entreprise telle qu'on l'entend aujourd'hui, même si je pense que toute structure de travail, telle qu'une commune, un établissement scolaire ou même une médiathèque, ressemble à une entreprise.

Je ne connais pas du tout les bureaux des services de paie, n'ayant eu à traiter avec ces bureaux que par téléphone. 

Heureusement donc, il est totalement inutile de connaître ces lieux pour entrer dans ce roman !

 

Je savais que le DRH était incapable d'utiliser l'outil de gestion des temps, même pour une simple consultation informatique. Cet outil web, pourtant simple d'utilisation, était trop complexe pour lui.
- On a un problème informatique sur les serveurs, je n'ai pas accès à la gestion des temps, pour le moment...
L'excuse du problème informatique, une vraie source inépuisable pour se sortir d'un embarras professionnel. Si on n'avait pas inventé les ordinateurs, on aurait été obligé de rester responsables de nos actes.

 

Voici l'histoire...

 

Dans une entreprise de banlieue, les employés ont du mal à démarrer l'année, suite à un réveillon de la Saint-Sylvestre bien trop festif. 

Jean-Valentin, le DRH, arrive en ce deux janvier, content de reprendre le travail malgré la corvée des voeux de bonne année, auquel il ne peut échapper. Une fois bien installé à son bureau, il va découvrir qu'il n'a pas été payé ce qu'il trouve plutôt inquiétant.  Mais l'inquiétude monte d'un cran quand il réalise que personne de l'entreprise n'a touché son salaire de décembre, or ceux-ci sont bien partis à la date prévue. 

 

Bien sûr, comme un malheur n'arrive jamais seul, les responsables du service paie sont absents, pour une raison inconnue. Quand le lendemain matin, les machines à café tombent en panne, les employés découvrent, catastrophés, qu'elles ne pourront pas être réparées rapidement comme à l'accoutumée, car les techniciens sont en grève, faute de salaire. 

 

Le narrateur, Rex Dulmer, est responsable de la reprographie. Il est inquiet car il est sans nouvelles de Samantha, sa soeur, qui travaille justement au bureau des paies. Elle n'a pas même daigné répondre à son message de bonne année et cela n'est pas dans ses habitudes. En plus, tout le monde lui met la pression espérant qu'il va savoir où elle se cache. 

Peu à peu, au fur et à mesure que les informations leur parviennent et qu'ils se rendent compte que les salariés de la France entière n'ont pas reçu non plus leur salaire, et qu'aucune entreprise n'est épargnée, les employés décident d'arrêter de travailler puisque rien, ni personne, ne leur assure qu'ils seront payés un jour en retour...

Le pays tombe alors peu à peu dans le chaos. 

 

Des années après  Rex, après s'être réfugié un temps chez ses parents, retourne vers Villefranche pour tenter de retrouver sa soeur dont la disparition, source de tous les problèmes, le hante toujours. En chemin, au milieu d'un paysage apocalyptique, il croise Dana, une ancienne collègue de travail...


 

- Rex ? Est-ce bien toi ?
- Oui...comment est-ce possible...Dana ?
Pouvait-on parler de destinée dans un monde de Chaos ravagé par l'Apocalypse ? A cet instant surréaliste au possible, il y avait légitimité à en débattre. Mais je sentais dans le regard tremblant de mon ancienne collègue de travail que ce n'était pas le moment de philosopher, et que sa course n'était pas le fruit d'une simple envie de faire du sport, ou bien de me retrouver plus rapidement.
Un danger la pourchassait, et j'allais bientôt devoir m'y frotter...

 

Aventure rocambolesques, humour, imagination débordante sont au rendez-vous de ce roman loufoque et décalé dans lequel vous rirez sans complexe. 

Il vous rappellera le monde du travail, certes, mais vous livrera aussi de multiples réflexions plus sérieuses sur le monde d'aujourd'hui où, vous le savez bien, tout tourne autour de l'argent.

C'est un roman qui est bien écrit et plaisant à lire. Décliné en douze chapitres dont les titres commencent tous par "Le jour où...", il se lit facilement. Chaque chapitre donne la parole soit au narrateur (emploi du "je") soit à un des protagonistes. 

 

Du réel, où il est bien ancré au départ, le roman bascule de façon originale dans la fantasy et le loufoque.

Les nombreux extraits et paroles de chansons en font un roman très gai et très actuel. Ce qui n'empêche pas l'auteur de citer Rousseau ou Spinoza au détour d'une phrase...ni d'intégrer dans son roman quelques scènes très cinématographiques, dignes des plus palpitants films ou romans de fantasy et de SF post-apocalyptique...

 

Le seul bémol, sans doute voulu par l'auteur que je pense assez malicieux pour ça, c'est que je me suis un peu perdue au départ dans les personnages masculins qui s'appellent tous avec un prénom composé commençant par Jean,  et les personnages féminins par Marie (mais bizarre j'ai eu moins de mal à les différencier... ). Cela peut paraître lassant, mais c'est symbolique et il faut l'interpréter au second degré ! En fait l'auteur aurait  pu mettre un numéro à chacun des protagonistes...car dans la plupart des grandes entreprises, on le sait bien, seule la fonction occupée est importante, qu'importe le prénom des gens.

Les seuls trois personnages qui ne portent pas de prénom composé sont : Rex, le narrateur, Dana dont il est amoureux et qu'il va retrouver dans la seconde moitié du roman et Samantha, la soeur de Rex...les plus importants pour notre petite histoire. 

 

J'ai également trouvé amusant que l'auteur prenne à témoin le lecteur en plein milieu du roman. Le narrateur d'ailleurs fait de même dès l'introduction pour contrecarrer les dire de l'auteur. Cela nous met dans l'ambiance dès le début du livre. 

Ce roman est une bulle de détente qui fait du bien...à offrir ou à lire pour passer un bon moment et se laisser emporter comme dans un sketche ou un film  des Monty Python.

Impossible de ne pas rire tant c'est par moment loufoque !  

Voilà vous êtes prévenus...

 

Vous venez de lire le blabla de l'auteur qui vous dit que cette histoire est purement fictive ? Et que toute ressemblance serait ...
Non mais l'autre...Ne le croyez pas, il veut juste se protéger par rapport à son boulot et son CV...tout ce qui va suivre est vrai, ou pour être précis, est arrivé.

 

Originaire de Villefranche-sur-Saône, David Petit-Laurent est donc un caladois, ce que j'ai appris lors de cette lecture, car je ne connaissais pas le terme employé pour désigner les habitants de cette ville !

David Petit-Laurent a fait des études de gestion en ressources humaines. Il occupe un poste de responsable paies. En parallèle, il se passionne pour l'écriture et écrit des histoires depuis qu'il a dix ans.

Il est déjà l'auteur d'une trilogie d'héroic fantasy,  intitulée "Les Fées Mères du Temps" parue aux Editions Nombre7 et de nouvelles réunies dans un recueil "Les fantaisies finales" (2014).

Un grand merci à Librinova de m'avoir permis de connaître cet auteur et ce roman avec lequel j'ai passé un agréable moment.  

 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:55
Albin Michel, 1997

Albin Michel, 1997

 

Il était temps que je me décide à emprunter le titre emblématique d'Alessandro Baricco, qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire et vous savez quoi et bien je l'avais déjà lu lors de sa sortie... il y a à peu près 20 ans ! 

Comme quoi, la mémoire nous joue parfois des tours, car je n'en avais aucun souvenir précis. 

 

Dès les premières lignes, une fois entrée dans l'ambiance, toute l'histoire m'est revenue d'un seul coup et le relire a donc été un double plaisir ! 

 

On était en 1861. Flaubert finissait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. Les sériciculteurs de Lavilledieu se mirent en société et rassemblèrent la somme, considérable, nécessaire à l’expédition. Il parut à tous logique de la confier à Hervé Joncour.

 

Hervé Joncour est un sériciculteur sérieux et passionné par son métier.

En 1860, les élevages de vers à soie sont en péril, suite à une épidémie inconnue, qui touche les oeufs.

Pour sauver les entreprises de son village de Lavilledieu (en Ardèche), et trouver des oeufs sains, il se voit contraint, pour ne pas décevoir les habitants qui lui font confiance, de partir au bout du monde, toujours tout droit, c'est-à-dire, au Japon ce qui n'était pas une mince affaire en ce temps-là. Il ira quatre fois, quatre expéditions mémorables !

Mais là-bas, outre les différences culturelles, auxquelles il lui faut faire face, son regard croise celui d'une jeune femme mystérieuse et envoûtante... 

Sa vie monotone et ennuyeuse jusque-là, bascule : il est pourtant marié et aime Hélène, sa femme, de tout son coeur. 

 

Notre héros, jusque-là spectateur de sa vie, va vivre des moments chargés d'émotions dans la plus parfaite indifférence apparente. 

 

Toute sa vie se déroule sous nos yeux, en quelques pages impossibles à raconter tant elles sont étranges, jusqu'au final que je ne peux vous dévoiler. 

 

A acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.

 

Est-ce un roman ou un conte ?

Est-ce de la poésie ou une partition de musique ?

Est-ce une ambiance ?

C'est tout cela à la fois...

 

C'est un roman bref mais intense, doux, pudique et sensuel comme la soie, écrit dans un style limpide, mais minimaliste, sans fioritures inutiles.

Les quatre longs voyages sont racontés en une-demi page, toujours identiques d'année en année, et répétitifs comme le refrain d'une chanson. 

 

Ce roman est une belle histoire d'amour au XIXe siècle ou plutôt une histoire sur l'amour : celui dont on rêve et qu'on recherche toute notre vie, celui qu'on a reçu ou perdu à jamais, celui  qu'on reçoit...si on sait voir qu'il est près de nous.

Cet amour est aussi fragile que ces oeufs de vers à soie, qu'il faut mettre au chaud et protéger tant ils sont vulnérables, nourrir au bon moment avec patience et attention, et libérer comme le papillon qui sort de sa chrysalide, pour avoir le plus doux des cadeaux, ce qui reste après tout ce travail quotidien... le doux cocon de soie. 

 

Même en le dégustant, ce court roman se lit d'une traite en une soirée et quand on referme la dernière page, on regrette que ce soit déjà fini.

Mais l'essentiel, comme toujours avec Baricco, est dans ce qui n'est pas dit et que chacun interprétera à sa façon...

 

- Tu étais mort.
Dit-elle.
- Et il n'y avait plus rien de beau, au monde.

Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 05:27
Albin Michel, août 2017

Albin Michel, août 2017

Kiruna était une jolie ville quand elle était couverte de neige fraîche.
La montagne de scories recrachées par la mine se transformait en une montagne en terrasses, vêtue de blanc. Les maisons jaunes, comme on nommait les bâtiments en bois construits jadis pour loger les mineurs, semblaient tout droit sorties d'un roman d'Astrid Lindgren.

 

Que va devenir le petit Marcus, âgé de 8 ans à peine, maintenant que Sol-Britt, sa grand-mère vient d'être sauvagement assassinée à coup de fourche et sachant que sa mère, partie refaire sa vie à Stockholm, ne veut pas s'en occuper ? 

Que faisait le petit, endormi dans cette cabane abandonnée, en pleine nuit ? A-t-il vu l'assassin ou simplement entendu du bruit ? A-t-il eu peur, ce qui expliquerait qu'il se soit sauvé ? Sa vie est-elle désormais en danger ?

 

Marcus ne semble se souvenir de rien et ne pas être affecté par la disparition de sa grand-mère...Mais les enfants peuvent enfouir au fond d'eux-même, le pire des traumatismes. 

 

Krister posa sa joue sur les cheveux de Marcus.
N'aie pas peur, petit chien perdu, je suis là, songeait-il. Je vais veiller sur toi.
"Tu es très fort ! Tu peux me porter, chuchota Marcus tout près de son oreille. Et les chasseurs ne me verront pas.
- Non, les chasseurs ne verront rien du tout."
Krister sentit ses yeux s'embuer.

 

La procureuse Rebecka Martisson, qui a été écartée de l'enquête sous prétexte qu'elle connaissait la victime, n'a pas dit son dernier mot. Elle n'est pas revenue à Kiruna et ne s'est pas installée dans la maison de sa grand-mère, pour s'entendre dire ça.

Elle veut continuer à chercher à comprendre qui en voulait assez à la victime pour l'assassiner, aussi sauvagement, en pleine nuit...

Est-ce un amant éconduit ? ou est-ce lié à un secret de famille...car des secrets, la famille de Sol-Britt en possède plus que les autres.

 

Tout récemment, le père de Sol-Britt a été retrouvé mort dans le ventre d'un ours, abattu en Laponie suédoise. Il avait été adoptée par Flisan, une amie d'Elina, sa mère, alors qu'il était encore bébé. Cette dernière, jeune institutrice à Kiruna, avait été retrouvée morte après avoir été sauvagement violée.  

Le fils de Sol-Britt a été victime d'un chauffard, il y a trois ans, alors qu'il faisait son jogging matinal. Il a été retrouvé mort dans un fossé.

Des coïncidences qui font comprendre à Rebecka que la malédiction ne s'est pas abattue sur la famille de Marcus, comme les faits pourraient nous le laisser croire, mais que les morts considérées comme accidentelles jusque-là, ne le sont peut-être pas.

Elle reprend l'enquête en cachette, avec ses deux collègues Krister Eriksson, le maître-chien et Lars Pohjanen, le médecin légiste, laissant Carl Von Post, qui en est chargé à présent, et espère bien être promu une fois qu'il aura résolu l'affaire, se fourvoyer sur une fausse piste et commettre de nombreux et graves impairs. 

 

Anna-Maria qui n'en revient pas que Alf Björnfot, le procureur général, ait éjecté Rebecka, tente de les aider à distance le plus possible mais elle est débordée par sa vie familiale et n'arrive pas toujours à faire le lien entre tous les membres de l'équipe.

 

Pendant ce temps, le petit Marcus, resté avec Krister et les chiens, tente de se remettre de son traumatisme, tout en gardant le silence, et ces derniers s'attachent tous les jours davantage à lui... 

 

Oser venir ici ! crache Flisan. Après toutes ces années !"...
Elle reprend son souffle. Elle va enfin pouvoir lui dire sa façon de penser...
"Figurez-vous que je pensais à vous aujourd'hui. Dans son sermon, le pasteur a parlé de Moloch, la fausse divinité à qui on sacrifiait des petits enfants pour obtenir des richesses. J'étais là, sur le banc à me dire que je connaissais une personne comme ça. Vous !"

 

Voilà un thriller  haletant, qui  fait froid dans le dos, et démarre "tout en douceur", si je puis dire, pour mieux nous tromper et nous entraîner sur de fausses pistes en nous racontant une simple traque à l'ours, un ours dans l'estomac duquel, tout de même, on retrouve des restes humains...

Le récit alterne entre le présent, avec les aléas et les rebondissements de l'enquête, et le passé, avec l'histoire de la jeune institutrice, l'arrière-grand-mère de Marcus, de son arrivée dans le petit village de Kiruna à son terrible décès. L'histoire d'Elina est racontée au présent comme si on la vivait aujourd'hui, alors qu'elle se situe il y a plus de cent ans, aux alentours de la première guerre mondiale.

 

Ce roman m'a subjugué, et je ne dis pas ça parce qu'il a reçu le Prix du Meilleur Roman Suédois, mais bien parce que j'ai adoré la façon dont les faits sont amenés, les recoupements entre les différents éléments qui apparaissent au fur et à mesure que Rebecka les découvrent, l'immersion du lecteur sans qu'il s'en rende compte dans la vie quotidienne des enquêteurs et des victimes...

 

Les personnages, qu'ils soient du bon ou du mauvais côté, sont tous décrits avec beaucoup de réalisme. 

J'ai aimé le personnage d'Anna-Maria, partagée entre ses enfants et son boulot, qui aimerait tant avoir le temps de se faire une amie, en la personne de Rebecka.

J'ai adoré celui d'Elina, si courageuse pour s'affirmer en tant que femme libre et autonome en ce début du XXe siècle. 

J'ai été émue par celui de Krister qui est fou amoureux de Rebecka, mais a décidé de prendre ce qu'elle lui donne, sans rien demander de plus, car il sait que Rebecka a un petit ami, même s'ils sont tous deux éloignés, et surtout que son physique à lui n'est pas attirant depuis qu'il a été grièvement brûlé lorsqu'il était enfant...

 

J'ai été touchée par l'humour, la tendresse et la profonde humanité de ce roman qui dénonce la violence verbale ou physique faite aux femmes, la difficulté pour les plus pauvres de se sortir de leur condition, le récit axé autour de ce petit garçon, dont on sait dès le début que la maman ne veut pas. D'ailleurs l'abandon des enfants est un thème qui touche plusieurs des personnages du roman mais je ne vous dirai pas lesquels...

 

Je ne vous révélerai rien des secrets de famille, ni des motivations de l'assassin, ni des liens de paternité de Marcus, ni des petites bagarres internes qui pourrissent l'ambiance dans l'équipe d'enquêteurs.

Je ne vous dirai rien non plus des nombreuses références littéraires qui étayent le récit.

Mais je peux vous assurer que dans ce roman, on passe par toutes les émotions possibles. Il y a des passages terriblement émouvants et d'autres qui vous prennent aux tripes parce que la peur de ce qui peut advenir est là !

Etant donné que je ne connais pas les autres titres de l'auteur je ne peux pas comparer cette lecture avec les autres. D'après ce que j'ai découvert sur le net, l'auteur reprend la même équipe pour une nouvelle enquête. 

 

Voilà donc un auteur nordique que je ne connaissais pas encore et qui a su me conquérir dès la première lecture. 

Son écriture est à découvrir absolument.  Vous plongerez ainsi au-dessus du cercle polaire dans la rigueur arctique, là où la rudesse du climat, explique que la générosité et l'entraide soient de mise entre les hommes. 

Un grand merci à Babelio et aux Editions Albin Michel qui m'ont permis de découvrir ce thriller en avant-première avant sa sortie prévue à la fin du mois. 

 

 

Asa Larsson a grandi à Kiruna, où se déroule son roman. C'est une petite ville de Suède située au-dessus du cercle polaire. D'abord avocate, ce qui explique qu'elle connaît bien ce métier et peut ainsi décrire merveilleusement bien son personnage central, Rebecka Martinsson, qui a aussi été avocate, elle ne se consacre aujourd'hui qu'à l'écriture de ses romans.

Elle a déjà publié chez Albin Michel, "Le sang versé", "La piste noire" et "Tant que dure ta colère"...des romans que je chercherais à me procurer sans tarder. 

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 06:18
Au Diable Vauvert, 2014

Au Diable Vauvert, 2014

Si vous m'aviez posé la question une heure plus tôt, j'aurais répondu que non, je ne me rappelais pas ce sentier. Je ne crois même pas que je me serais souvenu du nom de Lettie Hempstock. Mais debout dans ce vestibule, tout me revenait. Des souvenirs attendaient à la lisière des choses, pour me faire signe. Vous m'auriez déclaré que j'avais à nouveau sept ans, j'aurais pu vous croire à moitié, un instant.

"- Jouer à quoi ?
- A ça", a-t-elle répondu. Elle a englobé d'un geste la maison, le ciel, l'impossible pleine lune et les écheveaux, les écharpes et les constellations d'étoiles vives.
J'aurais voulu savoir ce qu'elle voulait dire. On aurait cru qu'elle parlait d'un rêve que nous avions partagé. Pendant un instant, il a été si proche dans ma tête que j'aurais presque pu le toucher.

Je vais te confier quelque chose d'important. Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l'intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas. Y en a pas un seul, dans tout le monde entier.

J'étais un enfant normal. C'est-à-dire que j'étais égoïste, que je n'étais pas entièrement convaincu de l'existence de ce qui n'était pas moi, et que j'étais certain, avec une conviction inébranlable, ferme comme le roc, que j'étais l'élément le plus important de la création.

 

Un homme d'une quarantaine d'année, revient vers son village natal pour un enterrement (peut-être un de ses parents ?).

Une fois terminée la cérémonie, alors qu'il doit rejoindre les siens une heure après, il s'évade un instant pour revoir la maison où il a vécu et se retrouve sans le vouloir, près de la ferme des Hempstock...un endroit où tant de choses extraordinaires se sont passées lorsqu'il n'avait que 7 ans.

 

Assis sur le banc près de l'étang, les émotions et les souvenirs qu'ils pensaient enfouis à jamais, le submergent à nouveau...

Il revoit alors avec netteté, son amie Lettie de trois ans son aînée.

Il avait vécu avec elle,  les aventures les plus rocambolesques qui soient, peuplées de créatures cauchemardesques et dangereuses...Il faut dire qu'elle avait une imagination débordante ! 

Il retrouve le ronronnement réconfortant du chaton dont il s'occupait ;  le lavabo jaune de sa chambre, juste à sa taille, qui se trouvait dans la maison détruite où ils vivaient alors avec ses parents...

Il se rappelle des événements tragiques qui ont suivi le suicide d'un des locataires retrouvé dans la voiture de son père ; de la fête d'anniversaire ratée, parce que personne n'était venu...et surtout d'Ursula Monkton, la terrible et étrange gouvernante qui était venue les garder, sa soeur et lui, lorsque leur mère avait décidé de recommencer à travailler : elle avait fait de sa vie, libre et sans soucis jusque là, un enfer !

 

Si la douceur des souvenirs est bien présente, comme le goût du lait de ferme et de la confiture des petits déjeuners, les livres qui emplissaient sa vie et nourrissaient son imaginaire d'enfant, les épreuves qui l'ont obligé à quitter le monde de l'enfance à jamais, le déchirent à nouveau. 

Il se souvient en particulier du jour où, emmené par Lettie au coeur de la forêt, il a, malgré ses recommandations, lâché sa main. Alors, comme dans les contes de notre enfance, sa vie a basculé, et il a été obligé de faire face à toute une série d'épreuves initiatiques, toutes plus difficiles les unes que les autres qui se sont soldées par le départ de Lettie en Australie.

Mais Lettie est-elle vraiment partie ?

 

Les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon

J’aimais les mythes. Ce n’étaient ni des histoires pour adultes, ni des histoires pour enfants. Elles étaient mieux que ça. Elles étaient, tout simplement.

- Les adultes et les monstres ont peur de rien.
- Oh, si, les monstres ont peur. C'est pour ça que ce sont des monstres.
Quant aux adultes...Vus du dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas.

 

Dans ce roman poétique mais empli de mélancolie, où le fantastique côtoie le réel, le lecteur ne peut que se laisser embarquer dans les peurs, les monstres et les zones d'ombre qui peuplent l'enfance...

 

J'ai aimé la façon dont le héros laisse affluer ses souvenirs, entachés par ses angoisses de petit garçon qui a peur du noir, et par son incompréhension du monde des adultes qu'il interprète à sa façon. Un petit garçon imaginatif qui plonge dans les livres et laisse sa vie réelle se peupler des créatures fantastiques rencontrées dans ses lectures...et je vous le dis : elles existent puisqu'il y croit !

Mais heureusement le cerveau est doué d'intelligence et nous fait oublier, devenu adulte, ce qui nous a marqué enfant, enfin il essaie...

 

J'ai aimé la famille de Lettie, loufoque mais très présente, qui sait calmer ses angoisses et éloigner ses démons avec des paroles magiques et un bon goûter.

 

L'auteur nous rappelle avec ses mots, que l'enfant que nous avons été sommeille toujours au fond de nous et fait partie de nous. Il nous fait revivre le monde de l'enfance avec ses fantômes, ses sensations et ses souvenirs. Voilà pourquoi, dans ce roman, chacun de nous pourra y trouver ce qu'il veut bien y trouver. 

 

Au fil des pages, le lecteur comprend que la petite mare qui existe toujours à côté de la ferme au bout du chemin, était pour les enfants un véritable océan, juste assez grand pour contenir tous leurs rêves et toutes leurs angoisses.

 

Est-ce une part de lui-même que nous livre ici  l'auteur ?

Je ne saurais le dire... mais ce qui est sûr, c'est que les lecteurs anglais ne s'y sont pas trompés puisqu'ils lui ont décerné le très convoité "Book of the year 2013" et que le roman a obtenu l'année suivante le Prix Locus du meilleur roman de fantasy en Amérique.

 

Quant à moi je n'ai pas réussi à choisir entre toutes ces citations...je les aime toutes !

 

A noter, que bien qu'il nous parle d'enfance, et que l'auteur ait beaucoup écrit pour les enfants, ce n'est pas du tout un roman de littérature jeunesse mais bien un roman pour adultes et adolescents. 

Bonne lecture...

 

 

Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contentent de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois ; peut-être l’idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous les rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières.

J’ai pleuré , alors, transi et encore humide, dans cette chambre, pleuré de douleur, de colère et de terreur, pleuré en toute sécurité, sachant que personne n’entrerait et ne me verrait, que personne ne se moquerait de mes pleurs, comme on se moquait dans mon école des garçons assez imprudents pour céder aux larmes.
J’ai entendu le doux tapotement de gouttes de pluie contre les carreaux de ma fenêtre de chambre, et même cela ne m’a apporté aucune joie.

 

Vous pouvez lire l'avis de "Plume vive" ci-dessous...c'est elle qui m'a donné envie de lire ce titre ! 

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