Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:10
Gallimard, 2011

Gallimard, 2011

Je m'étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois.
Je me suis installé pendant six mois sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord.
...
J'y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste_ l'espace, le silence et la solitude_ était déjà là.

 

Ce récit de voyage, parfait à lire en cette saison pour nous rafraîchir un peu,  raconte la vie quotidienne de Sylvain Tesson lors de son séjour en Sibérie. Il avait déjà fait un bref voyage sur les bords du lac Baïkal quelques années auparavant et s'était promis d'y retourner. C'est donc tout naturellement que, désireux de faire un break dans sa vie trépidante d'occidental, il se décide à s'exiler pour s'installer dans une isba, perdue dans la forêt.

Lorsqu'il part là-bas, il est plutôt dépressif et bien décidé à se retrouver, à se reconnecter à la nature et à renouer avec les gestes du quotidien. Et s'il ne peut changer le monde autour de lui, il va tenter de changer le regard qu'il porte sur lui.

La plupart d'entre nous n'aurait pas choisi de s'exiler dans un lieu aussi isolé pour retrouver le moral. Lui va y vivre durant six mois, de la fin du mois de février à juillet 2010, seul ou presque, car à plusieurs jours de marche du premier village. 

Il va vivre de ses propres ressources, avec beaucoup de provisions tout de même et surtout une quantité d'alcool phénoménale, ce qui est à mon avis, la preuve qu'il ne va pas bien du tout.

Lorsque le dégel va faire sortir les ours de leur hibernation, on lui donnera deux chiens et un fusil et des fusées pour se protéger...

 

Il mène donc une vie rude mais qui lui laisse tout le temps nécessaire pour lire, réfléchir et rêver à un autre monde mais aussi pour être visité à l'occasion par des touristes russes (très riches) de passage ou quelques amis ou voisins des bords du lac...

Sa vie est tout de même plutôt solitaire à tel point qu'il se compare souvent à un ermite.

Les conditions de vie sont extrêmes même si le voyage a été fort bien préparé et que les habitants proches veillent en quelque sorte sur lui, à leur façon, car en février c'est encore l'hiver et le temps est long quand on ne peut sortir que quelques heures par jour. 

Il passe donc beaucoup de temps à marcher au dehors pour explorer les sommets proches le temps d'un bivouac, ou bien à observer la nature et surtout les oiseaux (des mésanges en particulier) qui s'approchent de son isba et viennent récupérer de plus en plus en confiance les miettes laissées sur le rebord de la fenêtre, chose qu'il n'avait apparemment jamais vécu dans sa vie, mais aussi les migrateurs qui arrivent dès les beaux jours. 

Mais, et c'est ce qui compte pour lui, il va retrouver le goût de vivre, grâce à tous les gestes qu'il doit fournir pour subvenir à sa vie quotidienne, comme fendre le bois pour se chauffer, casser la glace pour récupérer de l'eau quel que soit le temps, allumer le feu, pêcher pour avoir quelques provisions supplémentaires et mettre un peu de variété et de vitamines dans ses repas...

Et lui qui ne savait pas au départ s'il serait capable de "se supporter" va traverser cette épreuve haut la main... et retrouver la paix, enfin c'est ce qu'il nous dit. 

 

Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.

Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de répondre aux questions ? Je saisis à présent le caractère agressif d'une conversation. Prétendant s'intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s'immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu'il vous demande. Tout dialogue est une lutte.

 

Voilà un livre difficile à résumer qui nous livre les réflexions quotidiennes de l'auteur et une expérience de vie très personnelle mais pour moi ce n'est pas un essai et je suis donc surprise qu'il ait obtenu  le Prix Medicis essai en 2011. 

Je suis souvent admirative quand je lis le récit de personnes qui se sont ainsi abstraits volontairement de la vie "moderne", pour vivre en solitaire des mois durant. Ce n'est pas le fait d'être privé du confort occidental que j'admire, mais plutôt celui de ne plus avoir de contact avec nos proches, nos amis ou notre famille et celui de s'ouvrir aux autres, aux gens du pays par exemple, de découvrir d'autres univers. La Sibérie est un lieu qui comme l'Alaska me fait rêver, mais je sais que je n'irai jamais y vivre car je n'aime pas les extrêmes ! 

Aussi je ne comprends pas pourquoi la lecture de ce récit, que l'auteur appelle un "journal d'ermitage", me laisse une sensation de manque, une sorte de déception alors que le livre est facile à lire et même par moment agréable. 

J'avais offert ce livre en cadeau à mon père lors de sa sortie et je ne l'avais jamais lu depuis. Lui qui était un grand fan des récits d'aventure et de voyage sur l'arctique, qui adorait Jack London et autres auteurs, avait simplement manifesté le désir de lire un jour un des écrits de Sylvain Tesson qu'il voyait de temps en temps à la télévision. Bien sûr j'avais profité de son souhait pour le lui offrir. Je me souviens qu'après sa lecture, mon père m'avait dit :  "Bon, il est allé là-bas c'est sûr, mais est-ce qu'il a vraiment vécu tout ça...". 

Et maintenant, des années après, une fois ma lecture achevée je comprends ce qu'il avait voulu me dire car c'est tout à fait ce que je ressens aujourd'hui.

Je ne peux pas nier que l'auteur soit allé s'installer dans son isba, ni qu'il ait vu tout ce dont il nous parle. Mais je suis davantage sceptique sur ce qu'il a vécu en profondeur et l'expérience qu'il en aurait retiré me paraît quasi factice. J'ai eu trop souvent l'impression que dans ce récit, Sylvain Tesson jouait un rôle.

Du coup je n'ai pas été touchée par ses mots comme je le pensais. 

Je sais bien que les mots sont réducteurs et que comme les photos ils ne traduisent qu'un instant sorti d'un contexte et d'une ambiance. Mais l'écriture ne m'a pas conquise et donc si l'exploit reste admirable, je n'ai pas été touchée par le récit qu'il en fait.

Certains passages de réflexion sont intéressants, d'autres  même sont poétiques, mais le récit du quotidien imprégné de remarques très occidentales (je devrais dire très parisiennes et mondaines) m'a souvent surpris...car cela crée un décalage et souvent je me suis demandée ce qu'il faisait là-bas, finalement. 

Certes son voyage a été bien préparé et cela est normal d'éviter tout risque inutile quand on part dans des milieux extrêmes mais du coup il n'y a pas d'aventure à proprement parler, pas de surprise, pas d'intérêt et même lui passe beaucoup de temps à ne rien faire et à s'ennuyer ( et à boire seul ce que les russes ne font jamais).

C'est donc évident que ce livre est un livre de commande puisque même une vidéo a été filmée de son aventure, ce qui paraît bien surprenant pour quelqu'un qui veut se couper du monde...

Mais cela encore, n'est pas le noeud du problème. C'est l'écriture de son récit qui ne sonne pas juste. Il s'adresse à un public, pas à lui-même comme on le ferait dans un véritable journal de bord. Il donne à voir...et du coup je n'ai pas cru à son ressenti, c'est trop distancié et dépourvu d'émotions, même quand il apprend que son amie le quitte, je n'y ai pas cru. 

J'ai également été très souvent lassée par ses trop longues citations qui font pourtant référence à des livres que j'ai lus pour la plupart (pas tous je vous rassure)...et je n'ai même pas partagé avec lui ce plaisir de lire.  

En tous les cas, s'il  a eu une expérience positive suite à son séjour, cela ne l'a pas rendu ni plus modeste, ni moins narcissique. Je l'ai trouvé finalement très pédant et plutôt imbu de lui-même, impression que j'avais déjà eu en l'écoutant dans les médias. 

Les contradictions abondent et je crois qu'il aurait dû être un peu plus "transparent" et évoquer le coût réel de cette opération "ermite en Sibérie", les nombreux sponsors (comme Millet) qu'il remercie tout de même en fin d'ouvrage, l'équipe télévisée de Bo Travail qui l'a forcément suivi et je ne vais pas tout vous lister : je n'aurais pas abordé cette lecture de la même façon...

 

Quand on se méfie de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.

Partager cet article

Repost 0
20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 05:44
Steinkis, 2017

Steinkis, 2017

Mais chez-toi, c'est quand même la Tunisie ? Oui et non. Chez-moi, c'est où vivent mes enfants. L'amour d'un père pour son enfant est plus haut que les montagnes. Et l'amour d'une mère, plus profond que l'océan. Mais ici, il n'y a ni montagne ni océan. Si tu regardes bien, tu les verras au plus profond de toi, mon petit coeur.

 

Monji est né en Tunisie, mais suite à la mort prématurée de sa mère et au remariage de Baba Farouk, son père, la vie n'est pas facile pour lui et pour son frère aîné. Ballottés de famille d'accueil en famille d'accueil, les deux frères restent très soudés et doivent se débrouiller seuls dans la vie. 

Nous sommes dans les années 70 en Tunisie. Devenu grand, bien qu'ayant obtenu son diplôme, ce n'est pas facile pour Monji comme pour la plupart des jeunes de sa génération de trouver du travail. 

Un jour, un énorme navire arrive au port. La compagnie maritime cherche des hommes jeunes et forts.

Monji  et ses amis n'hésitent pas un instant. Ils embarquent vers la Terre promise, la France, avec pour unique bagage, une petite valise en carton contenant toutes leurs affaires, laissant  derrière eux en Tunisie, leur famille mais surtout leurs racines...

 

A l'école je faisais de mon mieux parce qu'Abdel me disait de travailler dur pour avoir un bel avenir. Il insistait : "chaque être humain a un passé, mais il faut prendre en main son avenir"

Je suis parti avec une valise en carton. Une valise en carton ?
Oui, avec tout ce que je possédais à l'intérieur. Comme dans la chanson de Younsi "Passeport Lahkdar".

 

Ce roman graphique empli à la fois de douceur, de tendresse et de nostalgie, mais aussi d'humour, est bourré d'anecdotes. Il nous raconte l'histoire de Monji et de sa famille.

Le lecteur découvre le long voyage en bateau, l'arrivée en France, les découvertes d'une autre culture...et d'un autre climat. 

Il se réjouit quand Monji rencontre celle qui deviendra sa femme. D'origine belge, la jeune femme devra mentir à sa famille, puis se battre pour faire accepter son désir d'épouser "un étranger".

Nous sommes dans les années 70 et les préjugés sont bien ancrés dans les mentalités. Les différences font peur et les gens se renferment derrière les "on-dit". 

La BD met bien à plat les préjugés de l'époque, mais le fait avec beaucoup d'humour. Malheureusement nous savons bien que certains sont encore d'actualité, plus de quarante ans après. 

 

Au passage, le lecteur apprendra certaines des coutumes tunisiennes. Les différences sont là mais sont si plaisantes à (re)découvrir ! 

Par exemple j'avoue que je ne savais pas que "jeter des seaux d'eau derrière celui qui part", est une façon de lui souhaiter bonne chance tout en demandant à Dieu de le protéger ; ni que c'était les tunisiens qui avaient donné l'habitude de demander un verre d'eau avec leur café dans un bar...

 

Le lecteur s'immerge avec grand plaisir dans la vie de cette famille où règne joie de vivre, convivialité, partage...

Monji s'adresse à ses deux petits-enfants avec beaucoup de malice. Tour à tour, ils lui posent des questions mais veulent aussi qu'il leur conte des histoires de là-bas. C'est ainsi que le lecteur se retrouve plongé en plein conte des mille et unes nuits...

Il écoute avec ravissement l"histoire de Nour et Biba, deux oies, obligées de quitter les bords du lac, désormais pollué par  une usine et qui se demandent comment migrer en emmenant avec elle leur amie la tortue. Puis ce sera l'histoire de la grue et du homard...

 

Au delà de l'histoire qui est celle de milliers d'immigrés obligés de trouver un travail à l'étranger, des thèmes abordés comme, la différence de culture, l'exil, la difficulté d'être accepté dans un pays étranger, ce que j'ai trouvé très fort, c'est la façon dont Monji explique à ses petits-enfants ses racines_donc leurs racines_ et pourquoi SA terre est à la fois la Tunisie et la France et son coeur, partagé entre les deux.  

 

J'ai trouvé le graphisme assez sombre quand j'ai feuilleté la BD à réception, la première fois...

Puis lors de ma lecture approfondie, j'ai découvert des personnages très expressifs, au regard malicieux, des paysages variés nous faisant voyager de la Tunisie à la France, des moments plus noirs car emplis de nostalgie, et d'autres très gais et colorés avec une multitude de détails tous aussi savoureux qu'instructifs. 

En tous les cas, j'ai eu envie de continuer le voyage car il me fallait absolument entendre le grand-père raconter "l'histoire du gros poisson aux écailles d'or et yeux de diamants", que lui réclame plusieurs fois son petit-fils, au fil des pages...

Pas vous ? Alors si vous voulez la connaître aussi, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

C'est une BD intéressante et plaisante à lire, qui saura faire le lien entre les générations.

Je dirai que pour bien la comprendre, il faut avoir au moins 12-13 ans. 

 

Merci à Babelio, à l'opération Masse Crtique et à l'éditeur Steinkis de m'avoir fait confiance pour découvrir cette bande dessinée. 

 

Je me sentais minuscule face à ces navires géants, et tous ces gens...des espagnols, des turcs, des marocains...on se comprenait. On travaillait tous dur, très dur. On avait une bonne formation et un bon salaire.

 

Qui sont les auteurs ?

Laïla Koubaa est d'origine tunisienne et vit avec ses deux enfants et son mari l'écrivain Bart Koubaa à Gand. Elle est titulaire d'une maîtrise en langues et civilisations orientales et aide les jeunes ayant des besoins particuliers dans les différentes écoles. Elle publie des ouvrages destinés à la jeunesse en Belgique, l'un d'eux, "Aziz, le jasmin et l'oiseau", est paru en France en 2014 (Rue du Monde).

 

Laura Janssens est titulaire d'une maîtrise en beaux-arts. Elle publie des bandes dessinées et des illustrations dans la presse belge. "Plus profond que l'océan" est son premier roman graphique.

 

Partager cet article

Repost 0
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 05:45
Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Le monde, il ne l'avait peut-être jamais vu. Mais ça faisait vint-sept ans que le monde y passait sur ce bateau : et ça faisait vingt-sept ans que Novecento, sur ce bateau, le guettait. Et lui volait son âme.

 

En 1900, sur un bateau qui traverse l'Atlantique et fait escale à Boston,  Danny Boodmann, un des marins du bord, trouve un nouveau-né, bien installé dans une boîte d'emballage de citrons posée sur un piano. Il a sans doute été abandonné par une des immigrées dans l'impossibilité de le garder avec elle et ne sachant rien de ce qui l'attendait à terre.

 

Le nourrisson a environ dix jours et ne pleure pas.

Le géant noir tombe immédiatement sous le charme du bébé, persuadé que l'enfant a été mis là uniquement pour lui, et d'autant plus que sur le carton, il y les initiales T.D.( qu'il interprète comme voulant dire "Thanks Danny").

N'est-ce pas un signe du destin ?

Il baptise le bébé Danny Boodmann (=son nom à lui), T. D. (=thanks Danny) Lemon (=citron)  à cause de la caisse, et Novecento (=1900), en l'honneur de la nouvelle année qui débute ! 

 

Lorsque Tim Tooney, le narrateur, débarque sur le Virginian en 1927, afin d'être engagé comme trompettiste, il fait la connaissance de celui qui depuis le temps a été baptisé "Novecento" tout court, et tous deux deviennent amis.

 

Novecento est un musicien hors pair qui joue de la musique divinement bien sans partition, ni aucune connaissance particulière. Et chose surprenante pour la plupart des personnes se trouvant à bord, il n'est jamais descendu du paquebot.

Mais faut-il parcourir le monde pour le connaître ? 

 

Un jour monte à bord l'inventeur du jazz, le grand Jelly Roll Morton. Il est venu là uniquement pour rencontrer Novecento, dont tout le monde parle et il bien décidé à le provoquer "en duel"... musical. 

 

Les désirs déchiraient mon âme. J'aurais pu les vivre, mais j'y suis pas arrivé.
Alors je les ai ensorcelés.
Et je les ai laissé l'un après l'autre derrière moi.
...
La terre qui était la mienne, quelques part dans le monde, je l'ai ensorcelée en écoutant chanter un homme qui venait du Nord, et en l'écoutant tu voyais tout, tu voyais la vallée, les montagnes autour, la rivière qui descendait, la neige l'hiver, les loups dans la nuit, et quand cet homme eut fini de chanter, alors ma terre, où qu'elle se trouve, a été finie à jamais.

 

Ce court texte a été écrit pour le théâtre. Il se déguste tout en se lisant très vite. 

C'est une sorte de conte philosophique d'une grande poésie car rythmé par la musique et le mouvement incessant des vagues.

Le lecteur a l'impression d'être sur le bateau. Il écoute la musique, entend les vagues se briser sur la coque, et c'est tout juste s'il n'aperçoit pas à l'horizon, lui-aussi, l'Amérique !

L'histoire de ce pianiste "le plus grand du monde" qui n'a jamais quitté le paquebot où il est né, est passionnante surtout lorsque l'on comprend que ce n'est pas la gloire qu'il recherche.

Ce qu'il veut, finalement c'est ne faire qu'un avec la mer, "sa" mer. 

Le narrateur trouve toujours les mots justes pour nous faire partager son histoire.

 

Ce texte en forme de monologue a été joué au théâtre par André Dussolier. 

Un film intitulé "La légende du pianiste sur l'océan" (1998) a été tirée de cette courte histoire. Vous pouvez visionner la bande-annonce du film ci-dessous. 

 

Il avait du génie pour ça, il faut le dire. Il savait écouter. Et il savait lire. Pas les livres, ça, tout le monde le peut, lui, ce qu'il savait lire c'était les gens. Les signes que les gens emportent avec eux : les endroits, les bruits, les odeurs, leur terre, toute leur histoire

 

J'ai découvert l'auteur à l'automne dernier avec son dernier roman "La jeune épouse" qui ne m'avait pas convaincu. Je comprend mieux après la lecture de ce court texte très poétique, que l'auteur ait obtenu plusieurs prix...

 

Partager cet article

Repost 0
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 06:22

Allongés l’un à côté de l’autre, ils écoutaient la pluie. On dirait que, comme pour moi, la vie n’a pas très bien tourné pour toi, en tout cas pas comme on l’espérait, dit-il. Sauf qu’elle me parait douce aujourd'hui, en cet instant. Plus douce que je ne mérite, en tout état de cause. Oh mais si, tu mérites d’être heureux. Tu ne le crois pas ?

Robert Laffont / Pavillons 2016

Robert Laffont / Pavillons 2016

Le gamin dormait. La chienne leva la tête de l'oreiller, regarda Louis, puis se recoucha.
Dans la chambre d'Addie, Louis tendit la main par la fenêtre entrouverte pour recueillir la pluie qui gouttait de l'avant-toit puis, regagnant le lit, il passa sa main mouillée sur la joue veloutée d'Addie

 

Dans la petite ville de Holt où il habite, Louis Waters reçoit une étrange proposition de Addie Loore, sa voisine. Elle lui demande s'il serait d'accord pour qu'il vienne de temps en temps passer une soirée avec elle et qu'ils dorment ensemble pour se témoigner un peu d'attention, se parler, échanger, se tenir simplement compagnie...

D'abord surpris, Louis finit par accepter.

Peu à peu les deux septuagénaires, veufs tous les deux, bravant les rumeurs de la petite ville, s'attachent l'un à l'autre et se retrouvent presque chaque soir. Ils se croisaient mais ne se fréquentaient pas, connaissaient les drames de l'autre de l'extérieur : ils vont apprendre à se découvrir différemment...

Car lentement mais sûrement leurs sentiments évoluent.

Maintenant ils se laissent même aller à quelques confidences et se disent des choses qu'ils n'avaient jamais dit à personne, revivent les moments forts de leur vie de famille ou de couple, et les drames qui ont bouleversé leur vie.

Ils sortent ensemble sans se cacher, vont au restaurant ou camper quelques jours ensemble. Ils retrouvent une sorte de nouvelle jeunesse, teintée du bonheur de ne plus être seul.

 

Mais c'est compter sans la présence de leurs enfants respectifs qui décident, par jalousie, de s'en mêler comme si tous les deux n'étaient plus maîtres ni de leurs sentiments, ni de leurs vies...

 

Les choses s'aggravent lorsqu'Addie doit garder tout l'été son petit-fils  âgé de 6 ans car ses parents viennent de se séparer.

Son fils, ulcéré, somme sa mère de ne plus voir le vieil homme et de reprendre une vie normale, la menaçant même de ne plus lui laisser voir son petit-fils qu'elle adore et dont les liens se sont encore resserrés durant l'été. 

La fille de Louis, de son côté, ne supporte plus les médisances de ses amies d'enfance qui la tiennent au courant par téléphone du moindre fait et geste de cet adorable couple. 

Tous deux décident alors de ne plus se voir...

 

Addie pleurait. Il passa son bras autour d'elle et la serra contre lui.
Nous avons passé de bons moments, dit Louis. Tu as changé beaucoup de choses dans ma vie. Je te suis reconnaissant. Çà compte pour beaucoup...
Tu m'a fait du bien. Que demander de plus ? Je suis un être meilleur que je ne l'étais avant.

 

Ce roman a été publié quelques mois après le décès de l'auteur, dont j'avais lu il y a fort longtemps "Le chant des plaines" en 2001.

C'est une sorte de célébration de la vieillesse. Il monte bien que l'amour n'a pas d'âge et que d'une longue amitié peuvent naître des sentiments sincères et durables.

Je le crois sincèrement qu'il n'y a pas d'âge pour être heureux, échanger de la tendresse et des encouragements et surtout vivre la vie qu'on s'est choisi.

Quand on a laissé derrière soi beaucoup de souffrances et d'illusions, quel mal y-a-t-il en effet à se faire du bien ? 

L'auteur nous offre-là un roman simple et qualifié par certaines critiques de "gentillet"...

Ah bon ! 

Moi je l'ai trouvé empli de tendresse, très touchant et d'une délicatesse étonnante. Et il n'y a pas de fausse note : il sonne toujours juste.  

Au-delà des mots, qui nous parle de la solitude des personnes âgées, il nous questionne sur le droit d'aimer quand on ne correspond pas ou plus, aux normes de beauté et de jeunesse de notre société.

Il permet aussi de s'interroger sur nos enfants qui ne sont pas toujours, même devenus adultes, capables de nous partager et de privilégier notre bonheur, ce qui peut être compréhensible certes, mais est je trouve plutôt égoïste de leur part et tout à fait révoltant.  Vous ne trouvez pas ? 

Retrouvez l'avis de Zazy, ci-dessous, elle aussi a été touchée par ce roman...

 

Partager cet article

Repost 0
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 06:02

 

Magda nous demande de parler au mois de juin ce que nous allons faire de notre été...

Comme d'habitude aux heures les plus chaudes, quand je ne peux pas sortir tant la température augmente, je vais lire...une façon comme une autre de respecter la sacro-sainte sieste du sud ! 

Je compte en particulier terminer la série de Camilla Läckerg que je lis dans le désordre depuis déjà pas mal de temps puisque j'ai commencé la série en mai 2015. 

Oui je sais c'est idiot de lire une série dans le désordre mais ça fait travailler la mémoire, je vous l'assure, puisque lorsque je lis un tome je dois obligatoirement me rappeler ce qui se passe après...et ce qui s'est passé avant !

En fait Camilla Läckberg propose dans chacun de ses tomes une nouvelle enquête. Donc pas de problèmes pour suivre...

Mais ce qui est original dans sa série, c'est qu'elle met en scène la même petite ville et la même équipe d'enquêteurs. Du coup, on les suit comme dans une série télé. On entre dans leur vie et, même moi qui ne suis pas particulièrement fan des ragots en tous genres, faits divers et autres événements, je reconnais qu'elle n'a pas son pareil pour nous faire entrer dans la vie de ses personnages en nous faisant voir les faits à travers leurs yeux et leur ressenti. 

 

C'est pour moi un véritable plaisir toujours renouvelé de lire ses romans et une agréable façon de me détendre.

Les premières chaleurs arrivant, j'ai donc déjà commencé à emprunter les romans que je n'avais pas encore lu à la médiathèque et cette semaine j'ai lu "le prédicateur" qui est le tome 2 de la série. 

 

La série "Erica Falck et Patrick Hedström" comprend (pour ceux qui ne connaissent pas les différents romans) :

- La princesse des glaces (2008)

- Le prédicateur (2009) dont je vais vous parler aujourd'hui

- Le tailleur de pierre (2009) 

- L'oiseau de mauvaise augure (2010)

- L'enfant allemand (2011)

- La sirène (2012) 

- Le gardien de phare (2013)

- La faiseuse d'anges (2014) 

- Le dompteur de lions (2016)

Et sans doute bientôt un nouveau sera annoncé, mais quand ?

 

Il ne m'en reste donc que deux à lire en ce début d'été et ensuite je passerai à autre chose, une autre série peut-être ?

 

Actes sud / Actes noirs 2009

Actes sud / Actes noirs 2009

Solveig lui appuya plusieurs fois sur la poitrine avec un doigt si dur qu'il recula à chaque coup. Il avait déjà le dos contre le rebord de la fenêtre et ne pouvait pas s'éloigner davantage. Il était acculé.

 

Dans des rochers proches du village de Fjällbacka (depuis le temps il faut toujours que je vérifie l'orthographe de ce nom-là !), on découvre le corps d'une jeune femme. Mais l'affaire se complique quand les experts trouvent à proximité, les squelettes de deux jeunes filles disparues vingt-quatre ans auparavant...

C'est ainsi que l'équipe de Patrick Hedström, qui est chargée de l'enquête, va se remémorer les événements survenus autour de la famille Hult, une famille coupée en deux depuis que Johannes s'est suicidé suite au témoignage de son propre frère, l'accusant ouvertement d'avoir été vu avec une des victimes.

 

Depuis dans la famille, la haine est au rendez-vous. C'est une famille brisée par les non-dits et entourée de mystère. La jalousie est au rendez-vous et alors qu'une branche de la famille est restée dans la misère suite au drame, l'autre jouit d'une vie plutôt facile et sans problèmes. Mais le mystère plane toujours autour d'eux. 

En effet, tout le monde se rappelle très bien Ephraïm, le grand-père, qui magnétisait les foules accompagné de ses deux adorables petits garçons qui eux aussi avaient le pouvoir de guérison...

La pression monte d'autant plus qu'avec la canicule (on est en été 2003), l'affaire fait fuir les touristes qui désertent la petite ville portuaire.

Mais voilà qu'alors que l'équipe tourne en rond, Jenny, une jeune fille qui campait avec ses parents, disparaît à son tour...

 

L'enfer des premiers jours en primaire n'avait fait que continuer. Les piques, les coups, l'exclusion l'avaient amené à construire un mur autour de lui, solide comme du granit, et bientôt les actes suivirent ses pensées. Toute la colère qu'il avait accumulée derrière le mur se mettait à suinter par de petits trous qui devenaient de plus en plus grands...

 

Ce qui fait la force de cette série ce sont les personnages, et en particulier l'équipe des enquêteurs et leur famille. Je ne vais pas répéter ce que je dis chaque fois que je lis un des tomes. Je ne m'en lasse pas et je suis contente de les retrouver.

 

Dans ce tome, Erica est un peu en dehors du coup car elle est enceinte. L'été 2003 est là, avec sa chaleur, et même sa sensation d'étouffement. Erica ne sait plus comment se mettre pour dormir, ne sait plus comment se rafraîchir. Tout cela rappellera des souvenirs à certaines d'entre nous ! Elle veut comme d'habitude aider Patrick mais lui veut la préserver tout en étant très perturbé par l'enquête et par le manque de sommeil. Il y a quelques exagérations dans le roman, en particulier lorsque des membres éloignés de la famille ou des amis viennent squatter leur maison pour profiter de l'été et de la mer mais bon cela met un peu de légèreté dans le roman qui sinon serait très noir.

Mais à part ce bémol, l'ensemble est plaisant et puis, en lisant les tomes dans le désordre, je sais déjà ce qui va arriver après, alors je ne m'en fais pas ! 

L'intrigue  est solide et on se laisse prendre par le suspense et les rebondissements. Ce que vivent les jeunes filles est un véritable cauchemar...très dur à supporter.

Comme le lecteur doute jusqu'à la fin, c'est vraiment toujours une surprise de découvrir le coupable.

Bon d'accord, je vous l'accorde, je l'avais déjà découvert avant la fin mais je n'en étais pas sûre !  Je vous rappelle que j'ai lu presque toute la série en été alors, tout le monde sait que les méninges sont ralenties par la chaleur et que l'été, on est un peu plus dur à la comprenette...Non ?

Voilà à quoi je vais passer le début de l'été entre deux travaux à la maison et quelques balades ou baignades pour se rafraîchir..

 

Le prédicateur / Camilla Läckberg

Partager cet article

Repost 0
9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 06:17
De la Martinière jeunesse, 2016

De la Martinière jeunesse, 2016

Longtemps, j'ai cherché depuis quand elle avait changé. C'est une obsession. Pourquoi n'ai-je rien vu, rien senti ? N'ai-je vraiment rien vu, rien senti ? En boucle je repasse chaque souvenir, je remonte le temps...

 

Ce récit, à la fois roman et documentaire, ne peut laisser personne indifférent. Il s'adresse aussi bien aux ados, qu'à leur famille. 

Il aborde un sujet si sensible et si actuel que je ne peux vous dire qu'une seule chose : il faut le lire. 

 

Sarah est une jeune lycéeenne française de confession musulmane. Camille est française et sa meilleure amie. Toutes deux sont en Terminale S et excellentes en classe.

Elles sont inséparables comme seules peuvent l'être deux adolescentes. Elles ont jusqu'à présent tout partagé : leur premier flirt, leur premier échec, leurs angoisses, leurs fous rires...

Mais un jour Camille change, ne veut plus sortir, ni réviser avec Sarah, elle se referme et fuit les autres.

Tout a commencé lorsqu'elles ont dû travailler ensemble sur un exposé, sur le thème du système productif alimentaire. En recherchant le mot "malbouffe", les deux jeunes filles prennent conscience que nous sommes tous, à quelque part, manipulés. Mais Camille en est davantage affectée et, de recherches en recherches, de vidéos en vidéos, elle va trouver des réponses à son mal-être, passer des nuits entières sur internet et devenir à la fois fuyante, secrète mais déterminée...et excessive.

 

Tout d'un coup Camille s'est redressée. Elle avait encore du mal à respirer, mais les larmes ne coulaient plus. Elle a regardé son père droit dans les yeux et elle a déclaré bien distinctement : De toute façon, vous n'êtes que des kouffar. Donc, vous n'êtes plus rien à mes yeux. Plus rien, vous entendez ?" Puis elle a tourné la tête vers moi : "Toi aussi, dégage, du balai."

 

Que s'est-il passé ? Ses proches s'interrogent sans se douter que c'est beaucoup plus grave que ce qu'ils croient...

Camille a rencontré sur la toile des partisans de Daech.

A 16 ans, elle est prête à tout, même à suivre à la lettre ce que ses "soeurs" et le mystérieux Abucobra lui demandent de faire.

Mais au fur et à mesure de son endoctrinement, et tout en préparant en douce son départ, elle va peu à peu s'éloigner de ses camarades habituels, les laissant dans l'embarras et l'incompréhension.

Heureusement elle n'arrivera pas à finaliser son voyage...mais tout n'est pas encore terminé pour elle. 

 

Le récit fait alterner les voix de Camille et Sarah qui s'expriment tour à tour, nous faisant entrer dans leur ressenti l'une après l'autre. 

L'auteur Dounia Bouzar ne cache pas que son livre est indispensable. Elle a recueilli pas loin d'un millier de témoignages de jeunes embrigadés par Daech avant de se décider à l'écrire. 

Docteur en anthropologie et spécialiste du fait religieux, elle a déjà publié de nombreux livres dont des essais. Son rôle auprès des jeunes lui confère une expérience incommensurable. 

Elle nous livre là un véritable témoignage, romancé et tout à fait crédible, fort et poignant. En effet à travers l'histoire de ces deux jeunes filles, l'auteur fait le tour du problème et révèle la fragilité des adolescents sans alarmer pour rien les parents. Son expertise est intéressante car elle dresse à travers son récit une sorte d'inventaire des méthodes utilisées par les adeptes de Daech pour repérer les jeunes les plus fragiles et les attirer dans leurs filets.

Elle nous montre aussi comment les jeunes se font endoctriner peu à peu : on leur fournit sur mesure, des réponses adaptées à leurs questions du moment ; les réponses s'adaptent particulièrement bien à leurs points faibles et à la crise existentielle, fréquente à l'adolescence.  

 

Ce qui est important dans ce roman, c'est que pas un seul instant l'entourage n'est culpabilisé. 

Tous les mots en rapport avec l'islam sont clairement expliqués dans des notes de bas de page. 

Les jeunes ados n'auront aucun mal à comprendre la différence entre l'endoctrinement de Camille et les idées qu'on lui a mis dans la tête, et l'islam doux et tolérant dans lequel Sarah, de confession musulmane, a été élevée par sa famille. 

A lire à partir de 12 ans...une lecture à partager avec vos enfants ou petits-enfants. 

 

La réunion de la préfecture nous chamboule tous. Ils nous passent des extraits de conversations Internet et de vidéos postées par les djihadistes pendant deux heures. Au départ ils arrivent par les réseaux sociaux du Net "masqués" : comme un groupe d'amis, un voisin, un étudiant en sciences, un séducteur...Ils ne disent pas qu'ils sont des rabatteurs de Daesh.

 

Vous pouvez lire la superbe chronique de Doc Bird ici...

Partager cet article

Repost 0
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:19
Dargaud, 2016

Dargaud, 2016

Deux mètres de longueur sur un mètre de largeur et de profondeur, voilà ce qu'il faut de terre à l'homme.

 

Voilà une BD très intéressante adaptée d'une nouvelle de Léon Tolstoï écrite en 1886 et traduite en français sous différents titres selon les éditions comme par exemple "Qu'il faut peu de place sur terre à l'homme". 

 

Pacôme, un paysan de Sibérie vit avec sa femme et son fils sur son lopin de terre. Sa ferme, ses ruches et les quelques animaux qu'ils possèdent leur suffisent pour vivre heureux.

Ils vivent dans une petite communauté où chacun a appris à se donner un coup de main lors des moissons par exemple, sans demander de contrepartie. 

Mais Pacôme se sent à l'étroit, aussi lorsque son beau-frère, richissime lui propose de lui prêter de l'argent, l'idée germe dans son esprit qu'il pourrait avoir davantage de terres...
 

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

 

Lorsque le fils de la Barynia, une riche propriétaire voisine, décide de placer un intendant sur les terres de sa mère qui laissait jusqu'à présent les paysans en profiter librement, les moujiks découvrent avec lui l'intolérance et la violence.

Aussi lorsque Pacôme apprend que la Barynia compte vendre ses terres à son intendant, il décide de convaincre les hommes du village d'investir pour les acheter à sa place.

Mais comment se contenter de si peu quand on peut avoir beaucoup plus ?

De possession en possession, Pacôme devient un autre homme...

Et pourquoi ne pas se rendre aussi chez les bachkirs, qui vendent leur terre pour presque rien. Pacôme se met en route sans hésiter pour un long voyage, avec sa carriole emplie de cadeaux...

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

Si seulement j'avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux.

 

Voilà une BD au graphisme tout en finesse et très doux s'adaptant idéalement à chacune des situations.

L'auteur trouve le ton juste pour nous parler en sept chapitres qui sont sept étapes de la vie de Pacôme, d'un thème intemporel, la cupidité des hommes.

Il le fait sans fioriture et avec une pointe d'humour voire de cynisme. La fin, tout à fait cruelle mais inévitable, n'en est pas moins porteuse de leçon. Car il faut bien constater que cette fable philosophique n'a pas pris une ride, malheureusement...

Les hommes tireront-ils un jour les leçons de leur avidité ?

De quoi a-t-on réellement besoin pour vivre ?

Deux questions parmi d'autres qui me viennent à l'esprit en terminant cette lecture...

De nombreux dessins, pleine page, renforcent la teneur du récit.

J'ai eu envie de lire cette BD et donc de redécouvrir cette nouvelle qui fait partie des classiques, lus durant ma jeunesse, suite à la chronique écrite par Yv sur son blog.

 

Partager cet article

Repost 0
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:26
Actes sud, 2015

Actes sud, 2015

Ce soir encore ton oreiller est baigné de larmes.
A qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore...

 

Voilà un auteur que je ne connaissais pas du tout il y a 3 semaines et que j'ai découvert avec plaisir pendant ma pause suite à la chronique de Nath, du blog "Un chocolat dans mon roman", qui nous parle d'une autre série, "Le poids des secrets",  dont elle a commencé la lecture. 

 

Aki Shimazaki est un auteur d'origine japonaise, installée au Canada depuis plus de trente ans. Sa particularité est qu'elle écrit en français ce que je ne savais pas, bien que Nath le dise dans sa chronique (pourtant je l'ai lu attentivement !). 

Elle a écrit trois séries :

"Le poids des secrets" dont vous pourrez lire la présentation du premier opus sur le blog de Nath et très bientôt les prochains...

Cette série a obtenu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. 

"Au coeur du Yamato" , qui a permis à l'auteur d'obtenir le Prix littéraire Asie de l'Association des écrivains de langue française.

Et sa troisième, dont je ne connais pas le titre et dont "Azami" est le premier opus. 

 

C'est un roman qui se lit en une seule soirée et qu'on a du mal à lâcher. J'espère donc trouver la suite en médiathèque prochainement ! 

 

Azami est un prénom japonais féminin qui signifie "fleur de chardon". En lisant ce livre, le lecteur découvre que même si l'auteur écrit en français, elle nous parle de sa culture...

L'action se passe d'ailleurs au Japon et de nombreuses expressions, traduites à la fin du texte, étayent le roman.

L'écriture simple et légère m'a plu d'emblée, dès les premières pages. J'y ai retrouvé la poésie, la délicatesse, la sensualité et la pudeur des écrits asiatiques, sans toutefois occulter le besoin d'exprimer l'humain derrière l'histoire et son ressenti, qu'il s'agisse de sexe, de l'odeur d'une fleur, du désir de vivre, ou du plaisir de partager un bon repas...

 

Il faut que je m'en aille.
Elle baisse la tête. Je vois sa nuque blanche et les quelques mèches de cheveux tombant dessus. La rondeur de sa poitrine ressort sous sa tunique. Je saisie ses bras. Le parfum du savon. Soudain, mon corps frissonne. Je brûle de désir. Elle lève les yeux vers moi. Avant qu'elle ne prononce un mot, je couvre ses lèvres des miennes.

 

L'histoire

 

Mitsuo Kawano est rédacteur dans une publication culturelle mais rêve de fonder sa propre revue d'histoire. Marié et père de deux enfants, il mène une vie tranquille avec Atsuko qu'il aime profondément et admire beaucoup. C'est un père et un mari attentionné. Mais depuis la naissance des enfants leur vie de couple n'est plus la même et de temps en temps, lorsque Atsuko part à la campagne avec les enfants, il s'amuse un peu en ville, fréquente les salons de charme, ou mange seul au restaurant. 

 

Ce jour-là sa vie bascule lorsque le hasard met sur sa route Gorô Kida, un ancien camarade de lycée avec qui il n'avait pas particulièrement sympathisé à l'époque et qu'il n'avait pas revu depuis plus de 24 ans.  

Devenu le président d'une importante compagnie, ce dernier l'invite dans un club hors de prix où jamais Mitsuo ne pourrait se rendre avec son salaire.

Alors que les deux hommes refont connaissance en discutant, Mitsuo découvre avec stupéfaction que la jeune femme si attirante qu'il  a tout de suite remarqué durant la soirée, n'est autre que Mitsuko, une ancienne camarade de classe devenue entraîneuse.

 

Le choc est d'autant plus rude que Mitsuko a été son premier véritable amour et qu'il a gardé d'elle un merveilleux souvenir. C'était une jeune fille brillante en classe et très cultivée qui rêvait de faire de grandes études, mais qui, arrivée en cours d'année, n'était pas revenue à la rentrée suivante, attisant ainsi le mystère autour d'elle.  

 

Il n'en faut pas plus à Mitsuo pour que cette rencontre ravive ses désirs de jeunesse et ses rêves d'amour fou.

Il ne peut que chercher à en savoir plus sur elle et faire tout pour la revoir. 

Pendant ce temps, sa femme décide de réaliser ses rêves et de monter sa propre entreprise de culture de légumes bios à la campagne. Elle s'absente de plus en plus souvent...


 

Mon père me répétait : La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as. D'abord de ton nom reçu à la naissance.

 

Voilà un court roman de 130 pages, écrit sur une note tout à fait intimiste. L'auteur nous parle d'un couple et de sa fragilité mais aussi de passion, de trahison et de souffrance. 

Le lecteur est pris aussitôt par l'histoire et découvre très vite que Mitsuo est victime d'événements de plus en plus compromettants pour lui qui habite une petite ville de province. En effet, cela paraît tout simplement impossible que tant de hasard puisse avoir lieu dans sa vie dans une période aussi courte...

 

Je suis, vous l'aurez deviné conquise par la douceur de ce roman. Tout est en retenue, minimaliste et aucun sentiment n'est clairement exprimé...

Je vais sans nul doute avoir un été placé sous le signe de Aki Shimazaki.

C'est superbe !  

Je pense à son genji-na au bar X., Azami. Le même nom que je lui avais donné dans mon journal intime à l'époque. Elle serait surprise si elle le savait. C'était mon invention, mon secret. Mais comment a-t-elle aussi choisi ce surnom. J'aimerais bien le savoir.
L'azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n'en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d'un abord difficile.

Partager cet article

Repost 0
29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard, 2004 / Folio 2005

Gallimard, 2004 / Folio 2005

Globalia, ou nous avons la chance de vivre, proclamait le psychologue, est une démocratie idéale. Chacun y est libre de ses actes. Or la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, c’est à dire d’empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c’est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité c’est la liberté. La sécurité, c’est la protection. La protection, c’est la surveillance. La surveillance, c’est la liberté.

L'obsolescence programmée des choses faisait partie de la vie. Il était acquis qu'elle entretenait le bon fonctionnement de l'économie. Acquérir était un droit mais posséder était contraire au nécessaire renouvellement des productions.

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'anticipation. Et je devais pour le Cercle de lecture auquel j'appartiens lire un des romans de Jean- Christophe Rufin. Aussi lorsque j'ai découvert ce titre, j'ai trouvé que c'était une bonne chose de le lire. 

 

"Globalia" est un roman moderne et visionnaire qui dresse le portrait d'une société soi-disant démocratique, mais protectrice à l'excès qui a enfermé ses habitants dans une sorte d'énorme bulle où tout est parfaitement calculé, contrôlé, vérifié...

Dans cette société régit par un seul état, on parle l'anglobal et on emploie le globar pour payer. 

Mais la prospérité apparente du lieu où l'expression de chacun est favorisée, cache en réalité un régime totalitaire qui surveille chacun étroitement par l'intermédiaire de la "Protection sociale",  une sorte d'armée secrète visant à faire respecter l'ordre et qui n'hésite pas à faire de vos proches, vos pires ennemis et espions...

Des fêtes factices et obligatoires sont créées pour satisfaire le besoin de s'amuser, chacun sait tout sur tout le monde, les informations fausses circulent et les habitants sont abrutis par des écrans géants qui se trouvent à peu près partout. On a le droit de vivre très vieux car tout est fait pour que la vieillesse n'existe pas et les habitants sont obligés d'avoir recours à la chirurgie esthétique et autres actions pour rester éternellement jeunes.  Bien sûr, dans un monde clos où la mort n'existe pas, les naissances sont rigoureusement contrôlées. 

Ah oui ! J'oubliais : le papier et les stylos s'achètent au rayon jouets...car on écrit plus du tout puisque tout est informatisé. 

Les politiques sont pourtant élus par le peuple, mais il y a tellement d'élections que les gens ne se dérangent plus pour voter.
 

 

C'est la grande sagesse du peuple, voyez-vous. Les gens ne se dérangent que pour les élections qui ont un sens.

 

Alors on fabrique de toute pièce des stimulants, on fait exploser des bombes et on invente un ennemi qui n'existe pas pour faire peur aux gens et les abêtir un peu plus.

C'est là dans Globalia que vivent Baïkal et Kate. Ils sont amoureux et leur rêve est d'aller voir de l'autre côté de la bulle, de quitter ces paysages factices, cet air artificiel et cette météo toujours trop prévisible.

Alors lors d'une randonnée organisée, ils passent la barrière de verre... 

 

On entendait un gazouillis en hauteur dans les arbres : elle se demanda si c’était un véritable oiseau ou un haut-parleur dissimulé car la salle était habilement sonorisée.

 

Baïkal, toujours rebelle depuis son enfance veut découvrir ce qu'on leur cache.

Car en dehors des parois de verre, il y a des gens qui vivent : ce sont les non-zones, des êtres misérables, plus ou moins organisés dont certains survivent uniquement grâce à la mafia locale. 

Mais très vite, la zone extérieure étant protégée par de nombreuses caméras de surveillance, les deux jeunes gens sont arrêtés, séparés et ramenés à Globalia.

C'est alors qu'un dénommé Ron Altman propose à Baïkal de lui rendre sa liberté s'il accepte de retourner à l'extérieur, lui faisant croire qu'il a une mission spéciale à lui confier. En fait, à son insu, il va le faire passer pour un terroriste...

Baïkal devient alors l'ennemi public numéro 1. Le voilà obligé de rester sur place, loin de Kate, au milieu de ces êtres qu'il ne connaît pas mais qui vivent en toute liberté hors de Globalia...

 

 

Un livre fort qui au delà des personnages et de l'histoire, nous rappelle quel est le prix à payer pour vivre dans un monde sécurisé. 

L'écriture de Jean-Christophe Rufin est très agréable et d'une grande richesse...

Beaucoup de pistes de réflexion sont mises en avant dans ce roman et vous y penserez longtemps...

Un faible pourcentage de dirigeants possèdent toutes les richesses et c'est donc l'économie qui gouverne et non pas les politiques ; 

Le terrorisme est créé de toute pièce pour annuler tout désir de remise en question du peuple et créer une sorte de cohésion sociale ; 

 

Le problème, je vous l’ai dit, c’est que les gens ont besoin de la peur… Pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ? Pour savoir à quoi ils ont échappé… La peur est rare, voyez-vous. La vraie peur, celle à laquelle on peut s’identifier, celle qui vous frôle au point de vous cuire la peau, celle qui entre dans la mémoire et y tourne en boucle jour et nuit. Et pourtant, cette denrée-là est vitale. Dans une société de liberté, c’est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l’ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d’une société équilibrée.


 

Le nivellement par le bas donne une société uniforme où les quelques individus qui sont encore capable de réfléchir sont mis aux bans des accusés comme Puig par exemple qui va se battre aux côtés de Kate et l'aider à retrouver Baïkal. Il a été rejeté parce que son témoignage allait à l'encontre des versions officielles ;

Les livres sont bannis et l'histoire oubliée ;  

La jeunesse est jalousée et rejetée car elle formerait une menace pour la cohésion sociale...

 

Bien sûr, ce roman nous rappelle de grands classiques du genre comme les romans de Bradbury, d'Orwell, de Huxley et même de Kafka  que nous avons tous lu dans notre jeunesse et que j'ai même dévoré à l'époque ! 

Celui-ci est différent car plus proche encore de notre monde d'aujourd'hui : c'est justement parce qu'il est encore plus crédible que nous nous laissons prendre. 

J'ai pourtant mis un peu de temps à entrer dans cet univers, mais une fois immergée, j'ai trouvé de l'intérêt à suivre les personnages, découvrir les complots et la personnalité de ceux qui tiennent les ficelles.

J'ai juste regretté que par moment, le roman présente quelques longueurs ce qui peut empêcher des grands ados de s'y intéresser.

Ce roman sorti en 2004, provoque toujours des avis très divergents sur le net, on adore ou on déteste, on y croit ou pas, on le trouve proche de la réalité ou pas...

A lire donc pour vous faire votre propre opinion ! 

 

Par bonheur, le retour d'un être n'est pas seulement l'incarnation du souvenir qu'on avait de lui. C'est sa vie tout entière qui revient, son parfum, sa mimique, le son particulier de sa voix. Celui qui apparaît rapporte d'un coup tout ce qu'il est, ce dont nous nous rappelions et ce que nous avions oublié.

L'ennemi c'est celui qui vous hait et veut vous détruire. L'adversaire c'est celui qui vous aime et veut vous transformer...

Partager cet article

Repost 0
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard /Série Noire 2016

Gallimard /Série Noire 2016

 

Ce roman est présenté comme la suite du roman intitulé "Du sang sur la glace" que j'ai chroniqué sur le blog (voir le pertinent commentaire de Domi en dessous de cette chronique, à propos de l'emploi ce "verbe"...) et qui m'avait permis de découvrir l'auteur. En fait, même s'il reprend certains personnages du roman précédent, les deux titres peuvent se lire séparément sans soucis. 

 

Nous voilà partis au fin fond du Finnmark, la province la plus au nord de la Norvège, le pays des "Samis", une région sauvage et désertique où les habitants ont des croyances ancestrales : ce sont tous ou presque des laestadiens.

Là-bas, la violence conjugale n'affole personne et les mariages arrangés sont légion. Mais la culture same est en perdition et les habitants ont de plus en plus de mal à vivre de l'élevage des rennes ou de la pêche en mer.

Aussi tombent-ils fréquemment dans les pièges de l'alcool. 

Les jeunes d'aujourd'hui ne veulent que des boissons gazeuses, du coca. Des scooters des neiges. Des hot-dogs. La gnôle, la pulka et la viande de renne, tout ça, bientôt, ce sera terminé. Nous sommes en perdition. Eh oui.

Je descendis de l'autocar au milieu de la nuit. Plissai les paupières face au soleil. Il lambinait au nord, au-dessus d'une île. Rouge, éteint. Comme moi. Derrière lui, encore de l'eau. Et ensuite, le pôle Nord. Peut-être était-ce là un lieu où ils ne me trouveraient pas.

 

Un autocar s'arrête à Kasund, dans un minuscule village du bord de mer. Jon Hansen en descend. Il fuit Oslo...

Devenu recouvreur et liquidateur pour le plus gros trafiquant de drogue d'Oslo, que tous appellent le "Pêcheur", Jon a eu le culot d'empocher la prime sans supprimer la cible... mais la cible au lieu de disparaître, a parlé. Il faut dire que Jon avait des circonstances atténuantes car d'une part, il n'avait jamais tué un homme et d'autre part, il avait besoin de cet argent pour faire soigner sa petite fille atteinte de leucémie. 

 

Maintenant c'est trop tard pour avoir des regrets et le voilà arrivé au bout du pays avec la mort aux trousses... En chemin, il a changé de nom et est devenu Ulf. 

Dans ce village du bout du monde, il découvre qu'une autre vie est possible : les habitants bien que très méfiants sont prêts à rendre service. C'est le cas de Léa qui a perdu son mari en mer et de son fils Knut, un gamin qui adore qu'on lui raconte des blagues.

Un certain bonheur s'installe, fait de vie quotidienne, d'espoirs, d'échanges culturels avec les habitants. Peu à peu son destin à lui, sans qu'ils le réalisent, va influencer le leur, imposant de modifier leurs habitudes et leurs croyances. 

Car le Pêcheur n'oublie jamais...

 

Rien de pire qu'une balle dont on ne sait pas quand elle va arriver...

 

C'est un thriller court mais passionnant et bien rythmé qui se lit presque d'une traite. Il est empreint d'humour et l'intrigue est plaisante et bien menée.

L'auteur nous livre ici une sorte d'hommage aux grands maîtres du roman noir américain qui l'ont inspiré et lui ont permis d'être connu dans le monde entier pour sa série des aventures de l'inspecteur Harry Hole (que je n'ai encore jamais lu). 

 

Je me souviens que je me fis la réflexion que j'avais vu plus de ciel pendant mes jours et mes nuits ici que pendant toute ma vie.

Partager cet article

Repost 0
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 06:06
Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas.

 

Voilà un roman que j'ai déjà lu lors de sa sortie et que j'ai été incité à relire suite à la sortie du film, très critiqué que je n'ai pas vu, et aux discussions animées que nous avons eu sur l'auteur dans le cercle de lecture auquel je participe. 

C'est le premier roman de Milena Agus qui a été traduit en français. 

 

Quelle est la part de vérité et de fiction dans ce que l'on nous raconte sur nos ancêtres ? Connaissons-nous véritablement les êtres qui nous sont les plus proches ? 

 

Le dimanche, quand les autres filles allaient à la messe ou se promenaient sur la grand-route au bras de leur fiancé, grand-mère relevait en chignon ses cheveux et elle se rendait à l’église demander à Dieu pourquoi, pourquoi il poussait l’injustice jusqu’à lui refuser de connaître l’amour, qui est la chose la plus belle. En confession, le prêtre disait que ces pensées constituaient un grave péché et que le monde offrait bien d’autres choses, mais pour grand-mère elles étaient sans intérêt.

 

La narratrice nous emmène en Sardaigne autour des années 30, dans les pas de sa grand-mère qu'elle a adoré.

 

Jeune, sa grand-mère est plutôt jolie avec de grands yeux noirs et des cheveux longs magnifiques, mais tout cela ne lui sert à rien car son destin est tout autre et le mal de pierres (les calculs) dont elle souffre, l'empêche de trouver un mari. Enfin pas que...

En fait, c'est peut-être parce qu'elle est trop sensuelle pour l'époque et à la recherche du grand amour.

Alors forcément un mariage arrangé ne peut pas lui offrir cet amour-là avec un grand A.

Ou bien c'est peut-être parce qu'elle est un brin décalée ou folle, si vous préférez, et qu'elle fait fuir tous ses prétendants.

Ou parce qu'elle leur écrit des lettres exaltées qui font rougir de honte sa famille. 

Mais peut-être aussi est-ce parce qu'un jour où on l'a enfermé dans le grenier, elle a coupé ses beaux cheveux noirs avec une vieille paire de ciseaux, ou alors parce qu'elle s'est tailladé les bras, ou alors encore parce qu'un jour, elle s'est jetée de désespoir au fond du puits.

Vous ne le saurez pas...

 

Encore vieille fille à 30 ans, ce qui pour l'époque ne manque pas de faire parler les gens du village, elle finit pourtant par se marier avec un veuf venu se réfugier dans le village après avoir perdu tous les siens lors du bombardement de Cagliari. Il accepte de ne pas consommer le mariage car il fréquente abondamment depuis toujours les filles de joie et s'en contente. Elle accepte son sort et la vie à deux...

Mais son désir d'enfant la ronge et la détruit. Elle va alors accepter de se rendre sur le continent pour une cure censée améliorer son mal.

C'est là-bas qu'elle rencontre celui qu'elle appellera dans ses carnets, "le Rescapé" et dont elle va tomber amoureuse...

 

Grand-mère connut le Rescapé à l'automne 1950. C'était la première fois qu'elle quittait Cagliari pour aller sur le Continent. Elle approchait des quarante ans sans enfants, car son "mali de is perdas", le mal de pierres, avait interrompu toutes ses grossesses. On l'avait donc envoyé en cure thermale, dans son manteau droit et ses bottines à lacets, munie de la valise avec laquelle son mari, fuyant les bombardements, était arrivé dans leur village.

Et dans son coeur, pour la première fois, elle avait remercié Dieu de l'avoir fait naître, de l'avoir sortie du puits, de lui avoir donné de beaux seins, de beaux cheveux et même, ou plutôt surtout, des calculs aux reins.

 

C'est un roman simple et dépouillé, pour ne pas dire minimaliste mais qui en dit long sur la condition de vie des femmes et le peu de considération qu'on leur prêtait. 

La narratrice dévoile par petites touches, au fur et à mesure qu'elle découvre les carnets laissés par sa grand-mère, la personnalité de son aïeule. Le ton est toujours juste mais souvent empli de nostalgie. Le destin de la grand-mère est révélé avec tendresse, un grand sens du détail et beaucoup de poésie.  

 

Au coeur de l'histoire, la Sardaigne prend beaucoup de place.  Le lecteur découvre ainsi cette région isolée, avant et après la guerre, ce qui fait de ce roman une sorte de témoignage à la fois social et historique. 

 

Dans ses carnets secrets où elle satisfait son désir irrépressible d'écrire, la grand-mère livre sans pudeur ses désirs les plus fous, ses fantasmes, son manque criant d'amour, son innocence face aux exigences sexuelles de son mari et surtout, réinvente sa vie. 

Elle nous décrit la place de la femme dans la société de l'époque, la vie quotidienne, le rejet dont elle fait l'objet car elle est différente. Le lecteur découvre ainsi tous les membres d'une famille, sur trois générations.  

Mais quelle est la part de vérité et de rêve dans ses écrits ?

 

Cette femme sensuelle et libre qui réclame l'amour à corps et à cris mais dérange sa famille et les bien-pensants de l'époque ne peut que nous émouvoir quand le lecteur prend connaissance de son tragique destin. 

 

C'est un roman, sans doute en partie autobiographique, qui nous poursuit longtemps, la preuve en est que depuis plus de 10 ans que je l'avais lu pour la première fois, des lambeaux de phrases me revenaient en mémoire au fur et à mesure de ma lecture. Quoi qu'il en soit, impossible de fermer le livre en cours de (re)lecture...

Chroniqué sur ce blog et du même auteur "La comtesse de Ricotta".

 

Je l'avais peut-être aimé de la bonne façon...Quand je rentrais de voyage, elle était déjà dans la rue à m'attendre, je courais à sa rencontre, on s'embrassait et on pleurait d'émotion comme si je revenais de la guerre et pas d'un voyage d'agrément.

La nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur.

Partager cet article

Repost 0
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 06:06
L'Asiathèque, 2017

L'Asiathèque, 2017

Pouvoir observer Taipei avec le regard de l'écrivain est l'une des raisons pour lesquelles je reste ici. Ce tout petit bassin, pour une raison inexplicable, possède une longue histoire, il y afflue des migrants et des gens de passage venus des quatre coins du monde...
Tous ces gens sont venus à Taipei avec leurs racines culturelles propres, sans avoir à l'origine l'intention d'y demeurer, mais ils ont fini par donner naissance à une deuxième génération, puis à une troisième...
De part son destin particulier, Taipei possède une fascinante nature théâtrale. Or les écrivains aiment par-dessus tout les lieux dramatiques.

 

L'année dernière déjà, je vous avais présenté plusieurs livres publiés par l'Asiathèque, un éditeur que je remercie ici pour m'avoir fait découvrir ses publications que j'ai toujours lu avec un immense plaisir. 

J'ai pu ainsi  découvrir "Halabeoji" de Martine Prost ; "Nuages mouvants" racontée par Hsieh Hai-meng ; "Histoire de Dame Pak" un roman coréen du XVIIIe siècle ; et "L'art de la controverse" des nouvelles de Park Hyoung-su. Tous ces livres sont chroniqués sur le blog. 

Jusqu'à présent, je n'avais visité Taipei qu'en me promenant dans les pages de Sylvie qui vit à Taïwan et que vous connaissez surtout par son surnom "Barbizon". Elle est l'auteur du blog MAYA in Taiwan, un blog que je suis depuis un certain temps maintenant et toujours avec grand plaisir, et que certains d'entre vous connaissent aussi.

 

Et voilà que m'apparaît un autre aspect de cette ville que je découvre en lisant les quinze nouvelles de ce recueil, des nouvelles qui ne se lisent pas du tout les unes après les autres comme on le ferait des chapitres d'un roman, mais qui se dégustent au plein sens du terme...

 

En effet, sept d'entre elles sont écrites par Shu Kuo-chih, bien connu à Taïwan pour ses chroniques gastronomiques.

Ces dernières, courtes mais toutes aussi délicieuses, s'intercalent entre les huit autres et nous livrent d'authentiques recettes taïwanaises, tout en nous racontant la vie des différents quartiers et de ces petites échoppes où nombreux sont ceux qui se retrouvent, parfois au coeur de la nuit, pour tromper leur faim. Mais quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ces échoppes créent surtout du lien social, donnent l'impression d'être encore à la maison et permettent ainsi de tromper angoisse et sentiment de solitude.

Quel que soit le moment où vous lirez ces pages, et même si vous sortez à peine de table, vous saliverez à la lecture de ces ingrédients qui font toute la différence, que vous désiriez prendre...au marché de Huashan, un petit déjeuner avec un lait de soja fumant (et toujours trop chaud) ; un en-cas en milieu de nuit en allant déguster des vermicelles sautés dans l'échoppe du marché de Lungch'üan, à moins que vous ne préfériez le curry Wuyün du marché de nuit de l'Université normale ; une bonne soupe de nouilles au boeuf, réconfortante et parfumée de la rue Chunghsiao ou, un plat de nouilles épicées de la mère Liu de T'ienmu ; ou une simple friandise comme par exemple, une truffe de la chocolaterie artisanale de la rue Yungk'ang. 

Je vous assure que vous allez avoir envie de vous rendre sur place sans tarder !

 

Dans son échoppe, on rencontre de vieux habitués, mais aussi énormément de jeunes employées qui préfèrent généralement les nouilles aux autres plats. A peine sont-elles entrées dans l'échoppe que mère Liu leur lance un "Que voulez-vous manger, Mademoiselle? " Immédiatement l'atmosphère du restaurant se réchauffe. On se croirait à la maison, tant et si bien qu'un voyageur depuis longtemps loin de son foyer pourrait verser une larme ou deux, s'il n'y prenait garde.

 

Courtes ou longues et quel qu'en soit le thème, les huit autres nouvelles nous plongent dans la vie quotidienne des habitants de la ville. Ils sont parfois natifs de l'île et connaissent la ville comme leur poche, ou bien ils arrivent de presque toutes les régions continentales proches. Ils cherchent alors à s'adapter à la ville, à se repérer dans ses douze districts, à poursuivre des études, à trouver des amis, un travail, l'amour parfois...quitte à se battre. Parfois ils ne vont croiser que violence, désillusion, tristesse ou solitude.

Le contraste entre les autochtones et les continentaux venus s'installer récemment est bien décrit, ou parfois simplement suggéré, mais le lecteur ne peut que constater que l'incompréhension règne. Tous les habitants ont en effet une perception bien différente de ce qui les entoure. Il leur faut donc se confronter à cette ville unique en son genre, à la fois engluée dans ses traditions et infiniment moderne.

Toutes les nouvelles reflètent le mal de vivre de ses habitants, de sa jeunesse très souvent désabusée, mettent à jour les problèmes de racisme et d'intégration, la violence des relations, l'incompréhension et la solitude qui en découle. Mais de tout cela naît l'espoir fou de remodeler cette ville afin de faire disparaître ses problèmes. 

 

Vous en saurez plus sur les croyances en lisant la plus longue des nouvelles "Une histoire de toilettes" qui nous fait entrer dans les us et coutumes et la vie quotidienne des commerçants pauvres de l'ancien marché de Chungwaet.  C'est l'histoire, à la fois angoissante, emplie d'humour et non dénuée d'une certaine poésie du jeune Moustique, obligé de se lever la nuit pour se rendre aux toilettes publiques de son quartier...

 

Je ne vais pas vous résumer toutes les nouvelles du recueil d'autant plus que Mimi , du blog "Mes petites boîtes" vient de le faire samedi dernier sur son blog, Audrey, du blog Que Lire ? nous a elle aussi donné jeudi dernier son ressenti  et hier, c'est Yv qui à son tour a mis en ligne sa chronique. C'est dire l'intérêt de ce recueil...

 

Je vais simplement vous parler, si vous le voulez bien,  de trois nouvelles qui m'ont particulièrement marqué.

La première nouvelle qui ouvre le recueil  et qui nous plonge donc dans l'ambiance de Taipei est "Le petit bassin de Taipei" (écrite par Jane Jian). Sans doute autobiographique, cette nouvelle nous fait entrer dans la vie d'une jeune fille de 15 ans qui vient de s'installer en ville. Rejetée par les autres, elle a du mal à s'adapter à cette vie citadine si éloignée de celle de sa région d'origine. La solitude est poignante et le lecteur voudrait l'aider à ne plus avoir le mal des transports qui l'oblige à s'enduire de crèmes et autres huiles et la fait souffrir.

Mais un jour, elle découvre grâce à son imagination débordante, un havre de paix et, au coeur de cette bousculade qu'est devenue sa vie, une autre voie commence pour elle à se dessiner...

 

Le village pauvre mais attachant où j'ai grandi m'a permis de m'affirmer pour la première fois. Il a façonné imperceptiblement mon tempérament, ma personnalité et ma dignité, il m'a incitée à rechercher la beauté et l'amour. Surtout l'amour.
[...]
Tout ce que ce modeste village m'a enseigné me permet aujourd'hui de vivre avec honneur et d'être moi-même, quelles que soient les difficultés que je rencontre dans l'endroit où je me trouve.

 

La seconde nouvelle que j'ai beaucoup aimé est "Ca, cette pluie de chagrin" de Walis Nokan.

Dans cette nouvelle, Ch'en-Pao-lo, un jeune garçon est venu de la campagne pour finir ses études à la ville. Il est hébergé chez sa soeur aînée, qui travaille. Un jour en sortant de l'école où il ne subit que brimades et moqueries de la part des autres, il décide d'aller rendre visite à sa soeur sur son lieu de travail pour lui apporter un cadeau. Ce qu'il découvre lui fait comprendre qu'elle aussi, à sa façon, subit les brimades des autres...

 

La pluie continue à déferler sur la ville, comme si elle chantait pour eux la complainte du chagrin et du désespoir. Quelque part dans les rues, un frère et une soeur traînent le pas, la démarche incertaine, et puis on ne sait pas lequel des deux lâchent "On y va ! Sinon on va attraper froid !"

 

La troisième, "La carte d'identité d'un inconnu" de Chi Ta-Wei, est celle que j'ai préféré. Sa construction, déjà est particulière et nous fait entrer par petites touches dans la vie de ce jeune homme homosexuel qui est arrêté une nuit par un jeune policier pour un simple contrôle d'identité. Mais rien ne se passe comme prévu. Il n'a pas ses papiers d'identité, donne un faux nom et en plus vient de se faire teindre les cheveux. Mais ce qui explique qu'il n'est pas conscient de la gravité de sa situation et qu'il répond par monosyllabe au policier, c'est qu'il est angoissé par l'attente des résultats du test VIH qu'il vient de passer... 

 

Ne me demandez pas quelle partie du corps de l'autre j'ai touchée. Je n'ai pas bien vu. Ne me demandez pas non plus qui est cet homme sur lequel j'ai tiré. Je n'en suis pas sûr...Je sais simplement que je suis très fatigué, que je n'ai plus qu'à attendre de me retrouver face à la solitude d'un bol de nouilles instantanées. Je n'ai que vingt-cinq ans.

 

Ce recueil est donc une façon originale de découvrir ces écrivains taïwanais.  Ils nous font, à travers leurs écrits, visiter la ville pour peu que vous acceptiez de vous y perdre avec eux.

Comme d'habitude j'ai lu la préface à la fin ! Je sais cela peut paraître bizarre, mais j'ai toujours fait comme ça car je veux découvrir d'abord les textes, quitte à les reprendre si je vois ensuite que je suis passée à côté de quelque  chose. 

Les nouvelles et chroniques sont écrites par Jane Jian - Lin Yao-teh - Walis Nokan - Lo Yi-chin - Wu Ming-yi - Chi Ta-wei - Chang Wan-k'ang - Chou Tan-ying - Shu Kuo-chih

Le recueil est traduit du chinois (Taïwan) sous la direction de Gwennaël Gaffric, qui est aussi l'auteur de la très instructive préface : "Taipei, histoire et histoires" où le lecteur apprend beaucoup sur les traditions, l'histoire de la ville mais aussi les auteurs...

Les traductions sont l'oeuvre de Olivier Bialais, Marie-Paule Chamayou, Mélie Chen, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay, Marie Laureillard, Damien Ligot, Lise Pouchelon et Chingjin Wu-Soldani

 

L'écriture implique une distance, elle nous invite, après avoir donner libre cours à nos émotions, à faire la part des choses, à réfléchir sur les causes de cette barrière psychologique qui se dresse entre nous et les autres, à dépasser les tensions entre villes et campagnes...

Partager cet article

Repost 0
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:55
Pocket Jeunesse 2016

Pocket Jeunesse 2016

Papa dit que c'est tout à fait compréhensible. Après tout, j'ai vécu un événement traumatisant. Je suis comme un bébé qui panique dès qu'on le dépose dans les bras inconnus. Je les ai vus, ces petits anges gazouilleurs, se transformer d'une seconde à l'autre en monstres hurlants. Moi, je ne hurle pas à vous déchirer les tympans. Pas vraiment.
Je me retiens...

 

J'ai très peu lu Sophie Kinsella jusqu'à présent. C'est une romancière anglaise connue pour ses romans chick-lit, qui s'adressent surtout aux jeunes adultes. J'ai appris récemment qu'elle écrivait non seulement sous le nom de Sophie Kinsella, mais aussi sous son nom de femme mariée, Madeleine Wickham.  

Elle a été révélée au public grâce à sa série"L'accro du shopping", une série sortie en France dans les années 2000. Ses livres sont faciles à lire et emplis d'humour...

 

Si j'ai décidé de vous parler de celui-ci aujourd'hui, c'est parce qu'il s'adresse aux adolescents d'une part, mais surtout qu'il aborde un sujet peu traité dans la littérature adolescente, celui du harcèlement. 

 

Je sais maintenant ce que c'est que d'être vieille.
Bon d'accord, je n'ai aucune idée de ce que ça fait d'avoir la peau ridée et les cheveux blancs. Mais je sais ce que ça fait de marcher dans la rue à pas lents et incertains, en grimaçant chaque fois que quelqu'un passe près de moi et en sursautant à chaque coup de klaxon, avec la sensation que tout va beaucoup trop vite.

Vous n'avez pas idée du nombre de gens qu'il y a dans le monde jusqu'au jour où ils se mettent à vous ficher une trouille bleue.

 

Audrey a 14 ans. Elle souffre d'anxiété et n'arrive plus à sortir au dehors depuis qu'elle a vécu des événements traumatisants avec un groupe de filles de son lycée.

Depuis, elle vit cachée derrière ses lunettes noires qu'elle ne quitte jamais et ne sort plus de la maison. Suite aux événements, elle a du être déscolarisée mais elle espère arriver à aller mieux d'ici la prochaine rentrée scolaire, pour reprendre ses études dans un autre établissement.

En attendant, elle est si anxieuse que lorsque quelqu'un sonne à la porte, elle court s'enfermer dans sa chambre. Elle ne supporte que la présence de sa famille et de son psychiatre et encore sans jamais regarder quiconque dans les yeux sauf son petit-frère. En plus il ne faut jamais lui parler de ce qui s'est passé et elle-même ne veut jamais en parler. 

 

Un jour, son psychiatre lui propose de tourner un film sur sa famille. Voilà qu'elle va pouvoir intercaler entre elle et les autres, l'oeil de la caméra. Cela change tout !

Cette caméra va lui permettre de poser un autre regard sur sa famille, un regard que nous partageons avec elle tout au long du roman. 

On découvre ainsi...

Franck, son frère aîné, accro aux jeux vidéos au point de ne plus dormir la nuit et de mettre sa mère vraiment très en colère.

Anne, la maman un tantinet trop protectrice et excessive qui passe son temps à rechercher dans le "Daily Mail", les articles sur le thème de l'adolescence et tente d'imposer à sa famille les conseils avisés des journalistes.

Chris, le papa trop cool, qui a renoncé depuis longtemps à contredire sa femme. 

Et Linus, un copain avec qui Franck, s'entraîne aux jeux vidéos pour un concours.

Lui va chercher à comprendre le problème d'Audrey sans poser aucune question et puisqu'elle ne veut pas lui parler et bien, il va lui écrire !

Ainsi, peu à peu, la caméra va aider Audrey à redécouvrir les autres, tandis que Linus la pousse à sortir de sa coquille... 

 

Le problème, c’est que la dépression ne s’accompagne pas de symptômes, comme des petits boutons ou de la fièvre, alors au début, on ne se rend pas compte. On continue à répondre « tout va bien » alors que, au fond, ça ne va pas du tout. On se dit qu’on n’a aucune raison d’aller mal. Et on se répète sans arrêt : « mais pourquoi est-ce que je me sens si mal ?

 

J'ai trouvé qu'Audrey était une héroïne attachante et courageuse car elle ne baisse jamais les bras. Son désir le plus cher en effet, est de vivre comme tout le monde et d'être "normale", mais elle n'y arrive pas ou au contraire, fait tant d'efforts, qu'elle tombe dans l'excès et brûle les étapes. 

L'auteur nous fait entrer dans cette famille loufoque et même, il faut bien le dire, un peu dingue, mais le lecteur découvre que c'est une famille unie et complice dans laquelle tous les membres participent à leur façon à la guérison de la jeune fille.

Les scènes entre la mère et le grand frère, accro aux jeux vidéos sont d'un comique rare et j'ai cru parfois entendre les cris tant elles sont réalistes...

Le père a baissé les bras depuis longtemps mais il n'en aime pas moins sa fille et se fait du souci pour elle.

Félix, le petit frère, du haut de ses 4 ans n'en manque pas une non plus et sa naïveté et sa bouille toute ronde aident beaucoup sa soeur. Il est le premier qu'elle arrive à regarder droit dans les yeux et sans lunettes.

 

J’ôte mes lunettes de soleil et je contemple son petit visage rond, si merveilleusement ouvert. Felix est la seule personne que je sois capable de regarder dans les yeux. Mes parents, ce n’est même pas la peine. Ils débordent d’inquiétude et de peur, ils en savent trop long. Ils expriment trop d’amour, vous voyez ce que je veux dire ? Si jamais je viens à croiser leur regard, tout me revient d’un seul coup comme un raz de marée – le tout mêlé à une colère qui chez eux est tout à fait justifiée. Non qu’elle soit dirigée contre moi, mais tout de même. C’est hautement toxique.
Quant aux yeux de Franck, ils ont seulement l’air un peu paniqués. Style : « À l’aide, ma soeur est devenue folle, que dois-je faire ? » Il aimerait bien que ça ne le touche pas à ce point, mais il n’y peut rien. Bien sûr que ça le perturbe.

 

J'ai trouvé aussi  que l'auteur avait une façon étonnante et très personnelle de traiter ce sujet grave. Le harcèlement est à peine suggéré tout au long du roman. 

C'est par de petites touches au cours de la lecture, que le lecteur arrive à imaginer ce qui s'est réellement passé entre les filles. Les faits ne sont jamais ni explicités ni mentionnés dans les détails. 

L'accent est mis sur le ressenti de la jeune fille...Le lecteur passe par des émotions contradictoires, des hauts et des bas au même rythme que cette jeune héroïne pour qui on ne peut qu'éprouver de la compassion car d'une part, elle s'adresse à nous directement et d'autre part, en tant que parents, nous ne pouvons que comprendre ses épisodes de phobies sociales et ses phases dépressives. 

 

 

Au delà du sujet, c'est un roman empli d'espoir qui montre bien que tous les êtres humains ont la capacité de rebondir dans la vie...et j'ai trouvé important qu'il en soit ainsi. 

A proposer aux ados dès l'âge de 13 ans et puis aussi à leurs parents. 

 

Partager cet article

Repost 0
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 06:09
Albin Michel 2017

Albin Michel 2017

Une cocotte Irone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous les feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle, garantie à vie.

...disons-le tout net, les enfants ne brûlent pas de devenir comptable. Ils déclarent, avec un aplomb magnifique, non, non, moi je serai pompier, danseuse étoile, footballeur, maîtresse d'école, président de la République, ce genre de choses. Mais comptable, non.

 

Tout d'abord je tiens à remercier les éditions Albin Michel, et Babelio, qui m'ont fait confiance et permis de découvrir ce roman en avant-première dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle. Je les remercie de leur confiance.

C'est donc un roman que je n'ai pas choisi et que je n'aurais sans doute pas emprunté spontanément en médiathèque (vue la couverture !), mais que j'ai accepté de bon coeur de recevoir et de lire.

 

L'histoire commence au mois de janvier...

Eugène, comptable depuis 19 ans décide de commander par internet une cocotte en fonte rouge pour mitonner de bons petits plats. 

Sa vie n'est pas trépidante et il se sent souvent seul, aussi attend-il la réception de sa cocotte avec impatience.

Parfois il se rend dans un bar proche de chez lui ou traîne un peu sur internet et il rêve en lisant les commentaires des autres...

En se promenant au bord de la mer à Saint Jean-de-Luz, où il habite, il se prend à imaginer qu'il est quelqu'un d'autre. Il trouve que botaniste est un métier qui fait davantage rêver les femmes...que comptable alors il se met à se documenter sur les plantes, la protection de l'environnement et la nature en général.

Pour se distraire le soir, il regarde la télé et en particulier cette émission de télé-réalité qui fait la une des médias, "Senior Stories" dans laquelle vous l'avez deviné, ce sont des seniors qui tiennent le public, surpris mais conquis, en haleine. 

Désespérant que la cocotte arrive un jour, il se décide à faire une réclamation auprès du service après-vente qui se trouve en Normandie. La réponse arrive sous forme d'une lettre-type dans laquelle, on lui demande encore de patienter...à cause du temps. Or  le mauvais temps n'a duré que deux jours et il attend sa cocotte depuis des semaines. 

 

Le transporteur, contacté, nous informe que les conditions météorologiques de ces derniers temps ont pu entraîner un certain retard.

 

Au fil de ses réclamations, il noue une relation avec Lucia, l'employé du service clientèle des cocottes Irone. Celle-ci finit par lui en faire expédier une autre...

La cocotte arrive enfin à la fin du mois d'avril mais tous deux vont continuer à communiquer et à échanger sur leurs régions respectives et sur leurs vies.

C'est alors que Lucia décide de répondre favorablement à l'invitation d'Eugène qui lui propose de venir chez lui déguster un plat mijoté avec la fameuse cocotte.

 

Mais, alors qu'elle a traversé la France pour venir le rejoindre, que leur rencontre est à la hauteur de leur attente, et que tout va pour le mieux, la terre se met subitement à vibrer, le temps semble s'arrêter un bref instant puis de plus en plus souvent, et l'air se raréfier : la planète montre des signes de faiblesse...

Les habitants s'affolent, et ne parlent plus que de ça. Ils renoncent à se rendre à leur travail, paralysant peu à peu tout le pays. 
Seuls les seniors de l'émission de télé-réalité vont être capable de ne pas céder à la panique et de continuer à diffuser conseils et points de vue à l'antenne, tandis que les politiques disparaissent les uns après les autres de la circulation...et que les scientifiques planchent pour trouver une solution. 

Le monde n'était donc pas invulnérable, s'étonnent certains ?

 

Les studios sont encerclés par des centaines de sympathisants, ils campent là jour et nuit, retransmettent le tout en direct sur les réseaux sociaux, soutiennent les papies-mamies. Ce soir ils reçoivent une délégation d'ouvriers en grève.

 

Voilà un roman léger et qui se lit en une soirée. Les chapitres sont courts et bien rythmés. Le texte est empreint de douceur, de poésie et, vous l'avez deviné, de bons sentiments. L'intervention d'événements surnaturels, mais qui pourraient ne pas l'être un jour, apporte une note de fantaisie dans le déroulement des événements mais peuvent surprendre le lecteur. 

 

C'est avant tout l'histoire d'une rencontre entre deux personnes solitaires et toutes deux discrètes qui n'hésitent pas à modifier leur quotidien et leur comportement pour profiter du bonheur qui leur est offert. Ils saisissent la vie telle qu'elle se présente et en toute simplicité. 

L'échange épistolaire entre Eugène et Lucia, est très touchant et empli de générosité et de douceur. Très formelle au départ, les lettres deviennent de plus en plus personnelles et tous deux, plutôt timides, se lâchent un peu.

 

Ce roman est aussi une critique, certes légère mais bien réelle de notre société incapable de se contenter de ce qu'elle a et qui en veut toujours plus sans que les hommes ne soient plus capables de réaliser leurs rêves de bonheur.

Seule, l'émission de télé-réalité qui est suivie par de nombreux spectateurs tout au long de la journée, fait bouger peu à peu les mentalités. D'autant plus que les seniors décident de ne pas s'en laisser conter et de transformer le loft en une tribune politique et sociale où tout le monde peut venir s'exprimer ouvertement, au grand dam du directeur de chaîne...

 

L'auteur glisse dans ses pages de nombreuses idées écologiques, nous incitant à réfléchir sur les conséquences d'une exploitation trop importante de notre Terre et montrant l'attitude des hommes, terrorisés au moindre couac mais ne se demandant jamais qui en est le responsable. La baleine qui grâce à son sonar peut se repérer la plupart du temps dans notre monde même perturbé, est comme un appel à la raison qui nous est lancé.

 

C'est donc une lecture facile mais plaisante, à la fois moderne, tendre et emplie d'humour, mais pour laquelle je ne peux pas m'empêcher d'avoir une impression de déjà vu...

Je suis cependant persuadée que ce roman plaira beaucoup aux amateurs de "feel-good" et aux jeunes adultes. Il peut d'ailleurs être lu également par des lycéens. 

A réserver donc aux vacances...ça tombe bien puisque ce roman ne sort en librairie qu'à la fin du mois de mai. 

 

Eugène lui raconte ses Pyrénées tout en conduisant. Seules les montagnes ne se rencontrent jamais, dit le proverbe...
Ici, explique Eugène, abondent les géants protecteurs ou menaçants...des nains aux pieds palmés...des fées et sur le toit de certaines maisons on peut voir des tuiles ou des pierres dressées de formes variées, ce sont des "espantabrujas", des effraie-sorcières, car ces dernières aiment entrer dans les maisons pas la cheminée...

Partager cet article

Repost 0
29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 06:19
Belfond / avril 2017

Belfond / avril 2017

Ainsi me retrouvai-je à demander "Je vous appelle pour avoir un renseignement, pourriez-vous me dire si votre entreprise a incinéré un homme appelé Daniel Sullivan, il y a vingt ans, un jour de la fin du mois de mai ?" Oui : pour ne rien ajouter au surréalisme de la situation, mon grand-père et moi partageons le même nom. Il y eut des fois où, au coeur de la nuit, j'eus l'impression de traquer mes propres cendres, celle de l'homme que j'étais avant.

 

Je vais vous parler aujourd'hui du dernier roman du célèbre auteur irlandais, Maggie O'Farrell. J'ai beaucoup apprécié de recevoir ce roman grâce à l'opération Masse Critique de Babelio et au partenariat avec l'éditeur.

En effet je n'avais lu qu'un seul livre d'elle, un roman que j'avais d'ailleurs fortement apprécié et chroniqué sur ce blog : il s'agit du roman intitulé, En cas de forte chaleur".

Depuis j'avais noté cet auteur à maintes reprises sur mes listes, sans jamais me décider  pour autant : il y a tant d'autres auteurs à découvrir.

 

La lecture d'aujourd'hui me conforte dans l'idée que c'est un auteur qui aime aller au fond des êtres et nous livrer tout en finesse, une belle étude psychologique de ses personnages. 

 

Il faut savoir que j'avais tenté d'appeler plusieurs fois Nicola depuis les États-Unis. Plusieurs fois, sans succès. Il faut savoir que je lui avais écrit...
Aucune réponse évidemment, et ce fut ainsi que la douleur émergea, irritante, piquante, de plus en plus forte. Rejeté quelqu'un était une chose, mais ne même pas daigner lui répondre ? Cette réaction me laissait coi.

 

Nous sommes en 2010 dans une maison du Donegal en Irlande, au bout d'une piste que l'on ne peut atteindre que si on sait que la maison se trouve là, au bout du chemin sur lequel il va falloir ouvrir (et refermer) pas moins de douze portails...avant d'atteindre la route qui ne se situe pourtant qu'à 1 km à vol d'oiseau. 

Là, dans cette vallée isolée où même les moutons ne supportent pas l'altitude, une famille s'est installée au milieu des prairies comme dans un refuge...

 

Le lecteur fait connaissance avec Daniel Sullivan, le père, alors qu'il doit partir prendre l'avion pour se rendre aux États-Unis, le pays d'origine de la famille, pour fêter les 90 ans de son propre père. Or l'angoisse l'étreint car depuis la mort de sa mère, ils sont fâchés et il n'est pas retourné là-bas. 

Tout va bien pour lui dans sa vie...Daniel est linguiste et il doit d'ailleurs donner un dernier cours à l'Université de Belfast avant de traverser l'Atlantique. Ses enfants le comblent de joie et il adore Claudette, sa femme, une merveilleuse mère et compagne, un peu excentrique c'est vrai, excessive et "fofolle" .

 

Mais lorsque, en chemin, il entend à la radio la voix de Nicola, sa petite amie de jeunesse dont il n'a plus eu de nouvelles depuis vingt ans, malgré ses lettres et ses appels, il comprend que celle-ci est décédée des années auparavant. Il ne peut empêcher les souvenirs de remonter d'un coup à la surface. Est-il responsable de sa disparition ? Le doute et les remords le rongent et savoir, devient pour lui une véritable obsession.

Il n'a  de cesse de repenser à sa jeunesse, à ses amis d'alors, à sa première épouse et à ses deux premiers enfants qu'il n'a pas revu depuis 10 ans parce que son ex-femme a tout fait pour ça, et qui lui manquent beaucoup. Il pense à Nicola qu'il a aimé puis quitté dans des circonstances dramatiques.

Alors que sa famille américaine l'attend, il va traverser l'Amérique et tout faire pour revoir ses enfants...puis au retour, il décide de passer par Londres pour tenter de revoir Todd, cet ancien ami qu'il n'a pas revu lui non plus depuis deux décennies et qui reste son seul moyen d'en savoir plus sur Nicola.  

Mais comment Claudette, sa femme va-t-elle prendre ce changement de programme imprévu ? Daniel bien sûr, la connaissant, s'attend au pire...

 

J'imagine ces lettres, treize fois dix, ce qui fait un total de cent trente. Deux cent soixante avec celles de Niall. Je me demande ce que maman en a fait. Les a-t-elle brûlées, jetées aux ordures ? Mes pleurs redoublent à cette idée, Niall se gratte et papa continue de parler [...]
Il se laisse tomber sur la banquette. Il ramasse sa petite cuillère comme s'il la voyait pour la première fois.
"Je n'ai jamais perdu espoir, dit-il à la petite cuillère, apparemment. Il n'y a pas un jour, une heure, une minute où je n'ai pas pensé à vous. N'oubliez jamais ça."

 

Avec une extraordinaire maîtrise, l'auteur déroule par flashbacks successifs la vie de ses personnages et nous fait entrer au coeur de ces familles dont les histoires pourraient paraître bien banales si elles nous étaient contées par une autre plume que la sienne. Le lecteur est transporté des années 44 jusqu'à aujourd'hui. Chaque chapitre se situe dans un lieu et temps différent mais le lecteur sait parfaitement qui parle. Peu à peu au fil des événements, le puzzle se met en place. 

 

Daniel  partagé entre les États-Unis, l'Irlande et l'Angleterre se trouve au centre du roman. On apprend peu à peu comment il a rencontré Claudette, et comment il est entré dans sa vie puis s'y est installé. Le lecteur fait connaissance avec ses amis de jeunesse, prend acte de ses erreurs passés et de ses faiblesses d'hier et d'aujourd'hui.

L'auteur met aussi l'accent sur les autres personnages en leur permettant de s'exprimer chacun leur tour. Claudette bien sûr prend souvent la parole. C'est une femme extraordinaire, mais si fantasque. Ancienne star de cinéma, elle n'a pas hésité à organiser sa propre disparition pour fuir en cachette, en emmenant avec elle son fils Ari, le milieu dans lequel elle se sentait étouffer de plus en plus.

Après Claudette, le lecteur fait connaissance de Lucas, le frère de Claudette qui va pouvoir réaliser un de ses rêves grâce à sa soeur ; Puis de Timou Lindstrom, le père d'Ari, un grand réalisateur de cinéma qui nous explique comment il a rencontré Claudette en 1989 et a su la révéler et la propulser sur le devant de la scène alors qu'elle ne se sentait pas du tout l'âme d'une artiste.

Les enfants de Daniel ne sont pas en reste et prennent la parole à plusieurs reprises : Niall souffre de problèmes dermatologiques aigus, et Phoebe, la petite soeur tente de comprendre pourquoi son père les a abandonné ; Marithe et Calvin et leur grand frère Ari, les enfants de Claudette interviennent aussi rappelant au lecteur que la parentalité, et en particulier la paternité est un des éléments importants du roman. Que les enfants soient légitimes, adoptés, désirés ou pas, ils sont bien présents et importants dans les décisions de couple. 

 

L'auteur, avec son écriture toute en finesse, emplie de tendresse et d'empathie pour ses personnages nous dévoile encore une fois, son immense talent. Elle aborde avec humour, douceur et sagesse les problèmes de couple, parle de sa fragilité, du poids des blessures de l'enfance, et des dégâts de l'addiction...mais aussi de la paternité déchue, des choix de vie qui vont impacter sur toutes les générations futures et donc de la vie tout simplement. De plus, elle a le don de capturer LE détail qui va rendre ses personnages encore plus humains et proches de nous...

Et tout cela explique qu'encore une fois l'émotion soit au rendez-vous. Un livre idéal à lire quand vous aurez le temps de le faire sans une interruption de plusieurs jours entre les chapitres...au risque de vous perdre dans les époques, les lieux et les personnages et d'être obligés de revenir en arrière.

 

Partager cet article

Repost 0
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 06:10
Éditions du Rouergue, 2016

Éditions du Rouergue, 2016

Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.

 

Prune et Merlin se sont éloignés de la ville pour s'installer en campagne dans une vieille maison à retaper du Sud-Ouest, mal fichue mais pleines de promesses lorsqu'ils auront pu enfin y faire tous les travaux nécessaires. C'est exactement  la maison qu'ils ne voulaient justement pas acheter. 

En attendant, Merlin installe son atelier, un endroit indispensable pour le dessinateur, auteur et aquarelliste animalier de talent qu'il est. Il a en particulier écrit et illustré une série de BD à succès, Wild Oregon et en est déjà au XIIIe tome. 

 

Le couple coule des jours heureux mais la vie sait particulièrement être cruelle. Voilà que Laurent, son meilleur ami meurt subitement.

Le monde de Merlin s'écroule. Au-delà du chagrin, il ne sait pas comment se remettre à écrire car Laurent lui a inspiré le personnage de Jim Oregon, le héros de sa BD. Un personnage bien présent, donc, sorte d'ours solitaire mais très attachant, dont le seul défaut est d'être un peu porté sur la bouteille.

L'inspiration s'envole et Merlin ne sait plus comment faire vivre son héros, s'il doit poursuivre sa série ou tout arrêter... 

 

Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.

 

Mais Laurent qui connaissait bien Merlin, lui a laissé un testament dans lequel il lui demande de faire en sorte que son personnage (Jim Oregon, donc) vive une intense histoire d'amour avant de disparaître... 

Et en plus de lui faire rencontrer le grand amour, Laurent demande à Merlin de se débrouiller pour que pour cette unique fois de sa vie, il ne gâche pas tout, comme il a su si bien le faire de son vivant.

Comment transformer un personnage solitaire et bourru en amoureux transi, soit-il dans une BD ?

Merlin ne sait plus que faire et s'enlise chaque jour davantage, sans pouvoir écrire à nouveau ou dessiner, une seule page...

 

Je vais mal, ils vont mal. Je vais bien, ils vont bien. Et réciproquement. C’est là que ça devient difficile à comprendre.
[Merlin parlant de ses personnages de BD]

 

Vous l'aurez compris, une facette du roman concerne le problème de la création artistique...et l'ingérence de la fiction dans la réalité. L'auteur s'amuse à nous faire passer d'un monde à l'autre et lorsque le personnage de la BD prend le pas sur la réalité, le roman bascule dans le loufoque...

Comme vous l'avez deviné aussi, Merlin est un enchanteur et un vrai. Il est si humain et terriblement attachant ! Sa façon de transformer sa vie en planche de BD est absolument unique. 

 

Le personnage de Prune n'existe qu'à travers le regard de Merlin. Elle est là et bien présente et c'est important pour lui. Il l'aime et elle le lui rend bien. Elle installe le nid, décore la maison, repeint les murs, bêche le futur jardin potager mais Merlin est tellement en dehors du réel, qu'il croit qu'elle creuse une piscine...

Les personnages secondaires ne sont pas en reste : excentriques, colorés, réalistes mais un brin déjantés eux-aussi ! Ma préférence va bien évidemment à l'oncle Albert qui, à bientôt 93 ans, décide de se séparer de sa femme devenue insupportable pour couler des jours heureux avec une vieille femme de son âge, pleine d'humour et de tendresse.  

Le style est enlevé mais très poétique.  Les chapitres très courts sont bien rythmés et le texte est étayé d'extraits de BD et de dialogues écrits ou rêvés...

 

C'est un roman drôle et tendre, dans lequel on entre comme si on rendait visite à des amis. Il n'a pourtant rien de superficiel. On y trouve de vraies réflexions sur la vie, la mort,  le temps qui passe, l'amour et le couple, et l'importance de l'amitié. 

On y retrouve aussi l'humanité et la bienveillance chères à l'auteur. 

 

Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abîmes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.

 

Je connais peu Marie-Sabine Roger pour ses romans d'adulte car je n'avais lu jusqu'à présent que "Trente-six chandelles" l'année dernière et "Vivement l'avenir", au tout début de mon blog.

Par contre, je l'adorais dans ses écrits de jeunesse.

J'ai eu un immense plaisir à lire ce dernier titre et je remercie Mousse de me l'avoir conseillé.

Malgré la tristesse du sujet et l'émotion omniprésente, c'est un livre qui vous mettra de bonne humeur et qui se lit avec le sourire, voire pour certain passage en riant carrément, ce qui ne fait pas de mal. 

 

Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.

Partager cet article

Repost 0
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:13
Actes sud 2013

Actes sud 2013

D'abord viennent les images. La première suit le hurlement d'une sirène en pleine nuit. Dehors, de l'autre côté de la fenêtre, dans le champ étroit entre les bâtiments, des ombre mouvantes, ployées. Une ombre atteint la baraque, y pénètre. Mila ne regarde pas...elle fixe la femme. Le visage de la femme. Les os...

 

"Kinderzimmer" est un roman très dur mais qu'il est indispensable de lire.

Il raconte le quotidien de femmes déportées et enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Suzanne Langlois, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour témoigner de ce qu'elle a vécu dans les camps. Comment peut-elle répondre aux questions de ces jeunes avides de savoir, en restant au plus près des faits historiques, mais tout en préservant une part de leur insouciance...

 

Tenir du charbon, cette masse noire, grasse et friable, c'est tenir un coeur dans ta paume. Mila se demande combien d'heures de vie supplémentaire contient chaque morceau...

Dehors il fait un temps splendide. L'année dernière on dit qu'il a neigé jusqu'en juillet. Mais le ciel est clair en ce mois de juin, transparent, figé dans une éternité de bleue de cobalt. Un temps à pique-niques. A baignades...

 

Sous le nom de Mila, elle faisait partie d'un réseau de résistants parisiens.

Lorsqu'elle est arrêtée en 1944, elle est enceinte et a juste 22 ans.  

Parmi les quarante mille femmes, venues de toute l'Europe et détenues au camp de Ravensbrück,  Mila vient d'arriver lors du dernier convoi...une petite jeune femme perdue au milieu de l'horreur.

Dès les premières heures, elle pressent qu'elle va devoir se cacher et taire sa grossesse. Elle a peur. Elle ne sait rien de ces choses-là. Personne ne lui a expliqué comment se déroulait une grossesse, une naissance...mais si elle parle, elle meurt.

 

Alors il lui faut supporter comme les autres, l'appel de nuit avant 4 heures du matin dans le froid, les bagarres et les vols, les maladies dont personne ne sait jamais rien mais qui emportent ses camarades de baraquement, la saleté, la puanteur des locaux et des corps, et...la faim insoutenable.

 

Mais entre certaines femmes la solidarité se met en place et l'une d'entre elles va découvrir la grossesse de Mila et chercher à l'aider.

Mila découvre alors la "Kinderzimmer", la chambre des nourrissons, un endroit où les bébés sont abrités loin de leur mère, où la plupart meurent, de faim, de froid, ou de manque de soins mais où certains survivent.

Pour Mila, il y a cet espoir, certes ténu, mais bien réel...garder son enfant, le mettre au monde tient du miracle, mais devient sa raison de vivre et de se battre jusqu'au bout... pour lui.

 

Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

Un roman-témoignage grave et bouleversant dont on ne peut, en tant que femme mais aussi d'être humain, sortir indemne tant il est éprouvant...

Le lecteur voit tout de suite que l'auteur sait de quoi elle parle et que la fiction ne peut en aucun cas faire oublier les faits. L'écriture dépouillée et sans détours inutiles nous plonge dans l'horreur. 

 

Je ne vais pas vous sortir des chiffres, vous dire combien ont été internés, hommes, femmes ou enfants dans ces camps, combien y ont laissé leur vie et combien en sont revenus. Car les chiffres pour effroyables qu'ils soient, ne disent rien...

Les romans, les témoignages, les faits, les mots eux, qu'ils soient fictions ou témoignages, nous parlent davantage...même s'ils ne nous épargnent pas, même s'ils sont insoutenables.  

 

Un livre fort, indispensable, pour ne jamais oublier... 

 

 

Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. Ou plus exactement : tu nous as fait peur. En fait ils ont peur d'elle. De ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre. Ils disent nous aussi on a eu faim, et froid. Elle sait que c'est elle qui doit revenir au monde, leur monde, reprendre la vie où elle l'a laissée, où ils la lui ont laissée. Comme avant...

 

Je sais que certains d'entre vous ne veulent pas lire de livres sur ce sujet et je respecte leur choix, mais pour moi, il est indispensable à l'approche du 8 mai, de ne pas oublier les horreurs de la dernière guerre, ceux qui ont vécu cet enfer des camps, y ont perdu la vie, ou qui en sont revenus, meurtris à jamais.

 

Un autre avis à lire sur le blog de Violette...

Partager cet article

Repost 0
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 06:19
Mercure de France, 2016

Mercure de France, 2016

Le soir même, je me met à pleurer et Paul me console. Il me répète : Tu pars quand tu veux. Mais ce que je veux, c’est rester avec lui et retrouver Vincent, aller jusqu'au bout du voyage et rentrer demain. Partir, rester.

 

Lili a 20 ans au début des années 80 lorsqu'elle embarque sur le Horus avec son frère Paul.

Lili et Paul ont toujours été très proches. Lui quitte sans regret Alice, la jeune femme qu'il aime, n'espérant pas qu'elle attende son retour. Lili, elle, vient de tomber amoureuse de Vincent et regrette déjà de le laisser derrière elle...mais elle a besoin de se sentir libre, loin de toute attache familiale. Faustine, la meilleure amie de Lili les accompagne et tous trois doivent retrouver Benjamin à Dakar qui les aidera à faire la traversée.

 

Paul a beau avoir toujours été passionné de voile, traverser l'Atlantique, même en passant par la côte africaine et le Sénégal, ce n'est pas pour autant de tout repos.

Il faut essuyer des tempêtes et d'un port à l'autre, les étapes sont parfois plus longues que prévues et toujours éprouvantes. 

Aussi personne n'a le temps de s'ennuyer : ils lisent, écrivent et rencontrent aux escales des tas de gens avec qui ils sympathisent le temps de quelques dîners ou autres soirées communes. Parfois ils font même un petit bout de chemin (enfin de voilier je devrais dire) ensemble ou s'installent dans des coins paradisiaques.

 

Pourtant les absents sont très présents et Lili va devoir se résoudre à rentrer à Bordeaux, où elle doit retrouver Vincent.

Mais alors que son frère Paul continue seul son périple, elle va découvrir que ce qu'elle a vécu lors de cette traversée, l'a transformé à tout jamais...

Pourra-t-elle retrouver une vie dite "normale" ?

 

Un bonheur sourd m'empêche de trouver le sommeil. L'impatience que j'éprouvais, enfant, me revient. C'était l'été, le soir, dans mon lit ; j'essayais de fermer les yeux sans succès, la perspective de la journée suivante me débordait.

 

Ce livre au rythme très lent est un roman initiatique.

Ne vous attendez pas à lire une odyssée ou un récit de voyage palpitant...il n'en est rien ! 

Cette jeune femme qui raconte de manière quasi linéaire son voyage, n'est qu'un prétexte pour l'auteur de parler d'elle, de cette jeune femme qu'elle a été, constamment en proie à des doutes existentiels et à un sentiment de manque.

Partagée entre deux cultures, Lili devra enfin se résoudre à dire les mots que personne n'a jamais voulu prononcer, à parler avec son père de l'exil qui a marqué sa famille et l'a conduit à ne jamais se sentir pleinement bien, là où elle se trouve...car à n'être jamais nulle part à sa place. 

 

C'est donc un beau sujet pour un roman intimiste qui nous montre les faiblesses de cette jeune femme, ses interrogations et ses doutes alors qu'à plus de vingt ans, elle n'a pas encore trouvé sa place ni affectivement, ni professionnellement et qu'elle se cherche encore...

 

Ce roman est facile à lire et ceux qui aiment la voile et la mer, y trouveront leur compte car beaucoup de passages relatent les manoeuvres et les difficultés de navigation, liées aux aléas du climat local. 

Moi je l'ai trouvé simplement facile à lire. Le ton sonne toujours juste et j'ai été touchée par cette jeune femme adulte certes, mais encore si fragile.

J'aurais aimé par instant davantage de profondeur...mais ce roman ne montre-t-il pas, tout simplement, l'insouciance qui est le propre de la jeunesse ?

C'est le premier roman que je lis de cet auteur et j'avoue que j'aimerais bien poursuivre encore un peu le voyage auprès d'elle.

 

Les trois bateaux se sont retrouvés, nous nous mettons à la cape pour passer la nuit loin des récifs et approcher au matin. j'aime quand on fait ça, qu'on immobilise le bateau sans jeter l'ancre car la chaîne n'y suffirait pas, juste avec le foc à contre-vent. J'aime l'idée que le bateau se stabilise, se transforme en îlot.

Partager cet article

Repost 0
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:30
Grasset, 2016

Grasset, 2016

J'ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
Je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné (...)
Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon(...)
Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question.

 

Cet essai, écrit par un amoureux de la langue française, débute par une carte...celle de tous les lieux dont il va nous parler dans son livre avec une mention spéciale pour trois endroits, le Congo où il est né et qui est le "lieu du cordon ombilical", la France où il a étudié qui est la "patrie d'adoption de ses rêves" et les USA et en particulier la Californie, "un coin depuis lequel je regarde les empreintes de mon errance", un lieu où il enseigne la littérature en faisant salle comble à chacune de ses interventions...

Dans ce livre qui se lit comme un roman, Alain Mabanckou nous fait voyager d'un pays à l'autre, d'un lieu à l'autre et d'une rencontre à une autre,  tout en nous contant comme il sait si bien le faire mille anecdotes toutes plus émouvantes, amusantes, surprenantes les unes que les autres.

 

Que ce soit dans un colloque, une conférence, une table ronde, un avion ou lors d'un festival...et même dans la rue, il nous fait part de ces rencontres qui l'ont marqué, lui ont parfois apporté des réponses ou ont été source d'inspiration pour ses romans.

Ainsi il lui est arrivé de s'endormir en pleine conférence alors qu'il attendait depuis longtemps d'écouter la parole de Le Clézio sur les peuplades oubliées dans le monde, d'interviewer dans l'avion de retour, Edouardo Manet,  de partager des recettes de cuisine avec Dany Laferrière rencontré à Montréal ou de discuter dans la rue, de sa descendance africaine avec un clochard de La Nouvelle-Orléans. 

 

Ce livre est un véritable hommage à la langue française, cette langue qu'il aime tant. Il nous prouve que le français n'appartient pas qu'à la France (c'est la seconde langue parlée dans le monde après l'anglais) et que la poésie est toujours vivante même si elle connaît une désaffection évidente. Elle apparaît aussi dans les romans que nous aimons, les contes que nous lisons à nos enfants, les pièces de théâtre que nous allons voir... "c'est le parfum qui enveloppe notre inspiration" dit-il dans la vidéo que je vous ai mis en bas de page. 

 

Mais au-delà de la langue c'est de culture qu'il nous parle...car la langue véhicule des pensées et des émotions différentes selon l'endroit, l'âge, ou le métier des personnes croisées. 

 

Nous rencontrons avec lui des gens célèbres :  Le Clézio, Edouard Glissant, Gary Victor, Dany Laferrière, Henri Lopes, Camara Laye, Mongo Beti, Bessora, Jean-Joseph Rabearivelo, Jacques Rabemananjara, Rachid O., Ernesto Sabato, Léonardo Padura, Jean Métellus et plein d'autres comme par exemple Sony Labou Tansi (Marcel Sony), un professeur d'anglais qui écrit en français dans son cahier à spirales...

Nous croisons aussi de parfaits inconnus qui ont en commun avec nous, d'aimer la langue française, ou des francophiles comme Douglas Kennedy qui prendra des cours de français pendant des mois, pour maîtriser la langue et pouvoir la parler avec les francophones rencontrés lors de ses voyages. 

 

Mais c'est avant tout, une sorte d'autobiographie où  Alain Mabanckou nous raconte sa vie à travers les autres...

On retrouve avec plaisir sa bienveillance, le ton non dénué d'humour, où la tolérance et le plaisir de la découverte de l'autre priment. 

Vous l'aurez compris c'est un livre empli de fraternité et d'humanité à lire que vous soyez amoureux de la littérature et de notre langue ou pas.  

Il se lit comme une longue confidence et tout au long de sa lecture vous aurez l'impression que c'est un ami qui nous parle de ses passions, de ses espoirs, et de ses découvertes.

De plus, il nous donne envie de faire connaissance avec les auteurs que nous ne connaissons pas...

 

Partager cet article

Repost 0
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 06:04
Le Cherche midi, 2016

Le Cherche midi, 2016

 

Comme je vous l'ai annoncé lorsque je vous ai parlé du livre "Mille femmes blanches", j'ai lu le second volet écrit par Jim Fergus quinze ans après et paru l'automne dernier. 

Dès la couverture, que personnellement je trouve magnifique, le lecteur entre dans l'ambiance du roman. Sur cette couverture en effet, c'est Pretty Nose qui est représentée, une indienne arapaho (tribu amie des cheyennes). Son regard est magnifique mais il nous montre une sorte de renoncement et de grande tristesse comme si elle voulait nous annoncer qu'elle sait la fin de son peuple toute proche...

L'histoire nous plonge encore une fois dans les guerres indiennes, celle des Blacks Hills (entre 1876 et 1877) opposant l'armée US aux  Lakotas (les Sious) et leurs tribus amies, les Cheyennes et les Arapahos.  Nous assistons, impuissants à l'avancée inéluctable de l'histoire et à la bataille de Rosebud Creek durant laquelle  Sittting Bull, Little Wolf et Crazy Horse se sont battus contre Cook et Custer...

 

Encore une fois l'auteur livre ici un puissant hommage à la culture amérindienne. Il a bien sûr réalisé des recherches abondantes pour être au plus près de la réalité de l'époque. La plupart des personnages, comme dans le premier tome ont réellement existé. Les batailles bien sûr nous sont connues mais elles sont racontées du point de vue des indiens et non pas des blancs. Il nous parle de la condition de ces femmes méprisées et utilisées par le gouvernement, et du rôle qu'elles vont avoir à jouer dans leur destinée.

Encore une fois, il va opposer les deux cultures indiennes et américaines. 

Nous retrouvons avec plaisir ce peuple pacifique qui vivait en harmonie parfaite avec la nature, dans le respect de ce qu'elle lui offrait.  Eux qui pensaient que l'homme blanc ne voyait et ne comprenait que la surface des choses, étaient d'une grande richesse spirituelle. 

Encore une fois, le lecteur est pris par les descriptions de ces paysages fantastiques et sauvages, tant convoités par les colons blancs, prêts à tout pour les conquérir. A l'époque on ne parlait pas encore de génocide...

 

Quand un jeune enfant meurt...ce moment-là détermine la suite. Tout ce qu'il y avait avant, ce que nous étions, ce qu'il était, tout ce qu'il aurait pu devenir, et nous avec lui, tout cela disparaît, effacé comme un coup de craie sur un tableau noir. Et nous disparaissons ensemble.

 

Le roman commence exactement là où s'arrêtait le précédent...

Pendant l'hiver 1875-1876, le camp de Little Wolf vient d'être attaqué : c'est un massacre et May, l'auteur des carnets du premier tome a été mortellement blessée. Cependant quelques-unes des femmes de la tribu, dont certaines sont blanches, ont pu se sauver. Elle fuient avec leurs enfants dont la plupart vont mourir de froid durant le trajet. 

 

Jim Fergus leur donne entièrement la parole.

Nous les suivons à travers leurs écrits. C'est alternativement les soeurs Kelly, survivantes à la fin du premier tome, et Molly Mc Gill qui fait partie du second convoi de femmes blanches, qui nous racontent les événements.

Margaret et Susan Kelly ont refusé de regagner la civilisation. Traumatisées par la perte de leurs jumelles, elles veulent se venger des blancs qui ne leur ont fait que du mal depuis toujours. Cela devient leur nouvelle raison de vivre et ce à quoi elles se raccrochent au quotidien. Mais cette vengeance est-elle bien nécessaire ? Elles vont pourtant s'engager dans la guerre et rejoindre la tribu de Sitting Bull... 

 

Les femmes convoyées vers le territoire des Cheyennes dans le cadre du projet FBI, toujours en cours, vont être enlevées par les Sioux dès leur arrivée. Elles vont réussir à se sauver et s'unir aux soeurs Kelly pour combattre elles-aussi, d'une part afin d'assurer leur survie, mais aussi parce qu'elles ne veulent pas retourner chez elle. Il leur faudra s'adapter à leur nouvelle vie, comme l'avaient fait avant elles, les femmes du premier convoi. 

 

Molly est un personnage différent de May et le lecteur doit apprendre à la connaître. Courageuse, téméraire et emplie de douceur, elle sait nous toucher lorsqu'elle nous raconte sa propre histoire.

Bien sûr le lecteur se doute bien qu'elle va tomber amoureuse de Hawk le mystérieux sang-mêlé qui lui aussi a perdu femme et enfant (nous sommes dans une fiction !) et qui parle sa langue. 

 

Nous suivons ces femmes dans leur vie quotidienne jusqu'à la veille de la célèbre bataille de Little Big Horn au cours de laquelle Custer perdra la vie mais malheureusement de nombreux indiens aussi, même si ce sont eux qui seront déclarés vainqueurs, bataille que l'auteur nous racontera sans nul doute dans le prochain opus.


 

Dois-je réellement croire qu'il [Hawk] saura où je me trouve, qu'il viendra me délivrer ? Qu'il sait se transformer en faucon ? Qu'il vole ?...
La seule chose dont je sois sûre, c'est qu'il imite à la perfection le cri du rapace, au point que l'on ne fait pas la différence. Et il donne l'impression que cela vient du ciel. Mais voler ? Suis-je devenue folle ? Cela défie la raison et tout ce que nous savons du monde physique...
Mais la raison, le monde physique, le réel lui-même sont d'un autre ordre chez les natifs...

 

J'ai trouvé ce roman un peu en dessous du précédent.

Ce n'est pas lié à la construction qui pourrait lasser certains, car il est bâti sur le même principe du journal intime.

Non... c'est plutôt que je n'ai pas retrouvé chez ces femmes la même force que celle que May déployait.

Pourtant les personnages restent crédibles et vivants. Le début est un peu lent à se mettre en place et la fin laisse présager une suite que l'auteur a d'ailleurs annoncé ce qui est surprenant 15 ans après.

Jim Fergus dit que c'est en parcourant à nouveau ces grands espaces qu'il aime tant, qu'il a eu envie de se remettre à écrire... mais surtout pour que personne n'oublie cette période de l'histoire, ces peuples magnifiques qui ont vécu là et que l'homme blanc a voulu exterminer.

 

Malgré tout, j'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je lirai la suite sans problème tant l'auteur sait mettre en avant la parole de ces femmes, les liens d'amitié et de solidarité, leur décision de combattre auprès des hommes et la culture indienne que j'aime tant. 

Jim Fergus introduit son second roman en faisant se rencontrer (bien sûr, c'est une fiction) le fils de celui qui a publié les carnets de May, avec une étrange jeune femme capable de prendre l'apparence qu'elle souhaite et dont vous comprendrez, à la fin du livre, de qui elle est la descendante...

 

Les Cheyennes croient que tout ce qui s'est passé quelque part continue d'exister dans la terre...depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu'aux derniers chants de mort des mourants...Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple.

Partager cet article

Repost 0
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

Partager cet article

Repost 0
20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

Partager cet article

Repost 0
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:29
Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

 

Le temps du Printemps des Poètes se termine ce week-end et je ne pouvais pas clore cette quinzaine un peu particulière sur ce blog sans vous parler d'un grand poète qui s'est intéressé de près à la négritude.

Il s'agit d'Aimé Césaire que vous connaissez tous, je pense.

 

D'abord je vous laisse découvrir deux de ces poèmes. Il en a tant écrit que le choix a été difficile ! 

Le premier poème vient de paraître dans un recueil de littérature jeunesse, présenté en format album...

 

 

Chanson de l’hippocampe (extrait)

Aimé CÉSAIRE

Recueil : "Moi, laminaire"

 

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d’amours supputées

mal arrachés au sifflement des mares

un jour rétif

nous t’enfourcherons

et tu galoperas petit cheval sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

 

 

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

 

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, l'écouter ci-dessous en entier...

 

Le second poème est extrait de "Cahier d'un retour au pays", un recueil paru pour la première fois en 1947 chez Bordas et réédité plusieurs fois depuis. 

 

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile (extrait)

Aimé CÉSAIRE

 

*************

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l’épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi-même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d’initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.

Faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine…

 

Aimé Césaire, un poète mondialement reconnu

 

Si vous voulez découvrir d'autres poèmes, vous pouvez consulter le site de poésie française, Wikipoèmes et en particulier les pages qui lui sont consacrées. 

 

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Il est mort en 2008 à Fort-de-France. 

Il fait partie d'une grande famille de sept enfants. Sa mère est couturière et son père instituteur. C'est sa grand-mère, qui savait lire et écrire comme peu de femmes de sa génération, qui lui enseigne le goût de la lecture et lui donne envie d'écrire.

Après des études en Martinique, il obtient une bourse pour étudier à Paris en 1931. C'est là qu'il va devenir ami avec Léopold Sedar Senghor et cette amitié durera toute leur vie. 

Il fera paraître son premier cahier en 1939 et fondera la revue "Tropiques. Dès 1945, il devient maire de Fort-de-France. 

C'est un grand poète, dramaturge et écrivain mais aussi un homme politique important qui a joué un rôle considérable dans le concept de négritude, qu'il a partagé avec Léopol Sedar Senghor. Opposé au colonialisme il a lutté toute sa vie pour l'égalité des droits entre les peuples. 

Sa poésie a été dès le départ saluée par André Breton et Jean-Paul Sartre avant de devenir aujourd'hui internationalement reconnue. 

 

Ecoutez-le nous parler un très court instant de la négritude...

 

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, cet article est le dernier concernant le Printemps de Poètes 2017 sur le thème Afrique(s).

MERCI à ceux qui m'ont suivi pendant cette quinzaine ! 

Partager cet article

Repost 0
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 07:08
Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Samira Negrouche (Photo wikipedia)

Dans les années 90, ensanglantées par le terrorisme, la littérature m’a sauvée. Elle était le refuge de mon adolescence. J’ai eu la chance de grandir dans la maison de mon grand-père qui était libraire. Je ne dormais plus dans ma chambre mais dans l’arrière salle de sa boutique, au milieu des livres.

Il se peut que le ciel se porte

sans rides ni ratures

et que tu crois tout, encore possible

dans le recommencement

 

Ou que ce nuage qui moutonne

par-delà la montagne

bouscule les ombres qui se succèdent

derrière une vitre embuée

 

Il se peut que le monde soit vaste

et que tu écrives sur ses déserts

une rencontre qui n’attend pas

que revienne la crue

 

Ou que le fleuve ne lave rien

de la mémoire, des étoiles et du doute

ou que la mer ne soit finalement

qu’une autoroute trop peuplée

 

Il se peut encore

que tout recommence

dans le possible

avec tes rides et tes ratures

rejaillir un être neuf

 

Il se peut

Samira Negrouche

Texte inédit pour Terres de femmes (2009)

 

 

Samira Negrouche est actuellement en résidence à l'espace Pandora à Vénissieux (près de Lyon pour ceux qui ne connaissent pas) et elle sera l'invitée des itinéraires poétiques de Saint Quentin en Yvelines. 

Née en 1979 à Alger où elle réside encore, cette jeune poète et traductrice est reconnue internationalement pour sa poésie mais également ses textes en prose et ses essais.

Elle est une des plus talentueuses voix de la jeune génération d'auteurs du Magheb.

Passionnée par Rimbaud et par les grands auteurs algériens du XXe siècle, elle revendique le droit d'écrire en français.

Le français est une langue algérienne...
Il existe une spécificité algérienne : la langue française n’est pas la langue des élites financières et bourgeoises contrairement à d'autres pays du Maghreb. Là-bas, le français est enseigné dans des établissements privés et onéreux. En Algérie, le français est la langue du peuple et les études primaires et secondaires sont en français. La cassure survient à l’université. Les sciences sont enseignées en français mais les études littéraires, les sciences humaines et sociales, sont en langue arabe ! En conséquence, la réflexion sociale se pense en arabe mais tout le reste se fait en français.

 

Elle a abandonné son métier de médecin par amour des mots et milite au sein d'associations culturelles et littéraires. 

Elle a obtenu ses premiers prix en 1996 et fonde en 1999 l'association CADMOS qui lui permet d'organiser de nombreuses rencontres littéraires autour du patrimoine culturel méditerranéen. Elle collabore avec de nombreux artistes visuels, ou musiciens et crée en 2016, Bâton/Totem.

Elle est très active pour faire connaître et aimer la poésie, et participe à de nombreux festivals, et à des ateliers d'écriture ou de traduction en milieu scolaire et universitaire...

De part sa naissance elle est trilingue, ce qui déjà n'est pas donné à tout le monde et elle se passionne pour les langues dans lesquelles elle excelle. Ainsi elle peut traduire aussi bien de l'arabe que de l'anglais vers le français.

Elle est l'auteur entre autres oeuvres de "A l'ombre de Grenade" (2003) ; "Le jazz des oliviers" (2010) et "Six arbres de fortune autour de ma baignoire" (2017)

Je vous propose de découvrir cette jeune femme sur la vidéo ci-dessous...et d'écouter son message de tolérance et d'ouverture sur les autres et sur la nécessaire différence. 

 

 

ou bien de suivre sa résidence à Vénissieux sur la page facebook de l'événement...

Partager cet article

Repost 0
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:08
Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Harmonie Dodé Byll Catarya est une jeune poète passionnée des mots et une slameuse reconnue et charismatique. 

Née au Bénin en 1991, elle a été très jeune diplômée d'un Master en comptabilité, contrôle et audit.

En 2013, elle devient championne du Bénin Slam et s'engage dans l'écriture, ce qui la révèle au grand public.

C'est la première femme slameuse du Bénin.

Son recueil de poésie "Art-Mots-Nid" est paru aux Éditions du Flamboyant. Elle a participé également à la première anthologie de poésie féminine au Bénin. 

A Paris pour ce printemps des poètes, elle participera à la Lecture-rencontre, organisée le 18 mars prochain au Quai Branly, entre autres projets.

Si vous avez la chance d'habiter la capitale, n'hésitez pas à vous renseigner, pour la rencontrer...par exemple, elle sera demain 11 mars à la Médiathèque Marguerite Yourcenar pour un atelier d'initiation au slam et à la poésie. Si ça vous tente. 

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Sur le sable…

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers

Sont tombées ; je les observe, couchée

Sur une natte façonnée à ma manière

Mes pores vibrent de cet air

Doux et frais ; le temps est magnifique

L’inspiration se frôle à ce bruit

Paradoxe effectif dans un univers mirifique

C’est le soleil qui, délicieusement luit

Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc

Les yeux se régalent sous les élans

De la beauté du paysage.

Les ondes marines me parviennent

Elles me portent un message

Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent

Ces mots marquant mon passage

Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.

C’est le mystère de l’écrivain

Partout, sa plume s’agite

L’univers lui, crépite

A sa guise, ses devoirs de devin

Il est un esclave de la nature

Qui chante sans cesse ses aventures.

 

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

Partager cet article

Repost 0

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est bien l'été maintenant !

 

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -