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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 05:13
Gallmeister, 2018

Gallmeister, 2018

Les voiliers et les femmes. Quelque chose disjoncte chez les hommes, à ce niveau-là. Il y a quelque chose de si irrésistiblement féminin dans les voiliers, que les hommes oublient que ce sont des objets. Sinon pourquoi les plus bourrus loups de mer baptiseraient-ils leur bateau "Roxanne" ou "Juliette" ? Ce n'est pas seulement de l'amour, c'est du désir...

Les bateaux ont-ils une âme ? Apparemment. Du moins, leur essence se mêle-t-elle à celle de leur propriétaire. Et de même que les gens finissent par ressembler à leur chien, ils finissent par ressembler à leur bateau.

Les bateaux abandonnés racontent des histoires. Des gens ont la tête ailleurs, ils sont licenciés, ils tombent malades ou divorcent et leurs bateaux évoquent des vies tristes et compliquées ; les bâches bleues masquent temporairement le déclin, jusqu'à ce que le vent change de direction...

Pendant une course, il dictait non seulement les manœuvres du bateau, mais aussi l'ambiance et les émotions. S'il plaisantait, nous nous détendions tous, mais pas question de le distraire intentionnellement...

Au coeur de la baie de Seattle, la famille Johannssen se passionne pour la voile depuis des générations. Le grand-père dessine des bateaux,  le père les construit, la mère passionnée de physique et de mathématiques étudie leur trajectoire, la force du vent sur les voiles et la poussée de l'eau. Les enfants suivent le mouvement et effectuent sans rechigner (ou presque) les sorties du dimanche par tous les temps. Ils n'ont pas le choix et doivent eux-aussi être passionnés coûte que coûte.

Mais la passion ne suffit pas ! Ni Bernard, l'aîné, ni Josh, le cadet n'arrivent à la cheville de Ruby, la petite sœur. Elle, quand elle navigue, elle fait corps avec l'eau et le vent, et sait se glisser entre les bateaux pour gagner les courses.

Mais un jour Ruby se dérobe lors d'une course et refuse de la gagner. La famille ne survit pas à cet échec et se disperse. 

 

Le lecteur les retrouve tous, des années plus tard. Bernard est parti faire le tour du monde et ne donne quasiment pas de nouvelles, en fait il est en fuite. Ruby, après des années en Afrique à tenter de sauver le monde, s'isole dans une communauté. 

Josh est le seul à s'occuper de ses parents. Il travaille désormais sur un chantier naval où il passe ses journées à retaper de vieux bateaux pour des passionnés souvent désargentés, mais qu'il essaie d'aider à réaliser leur rêve.  Il passe son temps libre en soirée à faire des rencontres pour tenter de trouver l'âme sœur, sans résultat probant et, le lendemain, il amuse bien ses collègues de travail en leur racontant sa soirée.

 

La mère devenue enseignante se perd chaque jour davantage dans ses recherches qui lui permettent de fuir un quotidien qui la fait trop souffrir. Elle voue un culte passionné à Einstein qui aimait aussi les bateaux.  Le père en veut à la terre entière. Il devient de plus en plus irascible et taciturne. Et le grand-père dessine toujours des bateaux. Ses petits-enfants l'adorent et c'est un personnage terriblement attachant, un doux rêveur en fin de compte. 

Un jour, le père ramène à Josh un des premiers bateaux (un Joho 39) ayant appartenu à la famille et lui demande (lui ordonne plutôt) de le remettre en état pour que tous participent à une ultime course, la célèbre Swiftsure. Au départ Josh n'y croit pas et se rebiffe, mais son père le harcèle chaque jour davantage pour arriver à ses fins. 

Quand le jour de la course arrive, tous en attendent finalement quelque chose, mais rien ne se passera comme prévu...

Sur l'eau, nous nous sentons compétents, exaltés, et le bonheur dure jusqu'au moment où nous débarquons, quand nous trébuchons sur le trottoir, que nous ne trouvons plus nos clés de voiture, que nous ne nous souvenons que notre jardin est envahi de mauvaises herbes...

- Je dirais au contraire que Josh est le membre le plus ambitieux de notre famille...
- C'est lui, a-t-elle poursuivi, qui voit toujours ce qu'il y a de mieux chez chacun de nous...
- Et c'est lui aussi qui croit qu'il peut réparer tout ce qui est cassé, même s'il sait que ça cassera encore, probablement. C'est notre confident et notre complice, et je parie qu'il en fait autant pour un tas d'autres gens. Il essaie toujours, même quand c'est peine perdue, de se débrouiller pour que chaque chose, chaque personne, reste intacte. Voilà son ambition.

Il faut aimer la mer, et si possible la navigation, pour apprécier vraiment ce roman. 

Cependant, la voile n'est pas le sujet principal malgré les apparences. L'auteur décrit merveilleusement bien les ambiances qui règnent au sein de la marina, sur le chantier de construction, sur le pont d'un bateau,  comme au sein de cette famille aimante bien que pas du tout comme les autres. Les difficultés de communication sont bien présentes et les silences parfois lourds à porter, mais l'amour qui les unit est bien là à chaque instant dans les actes de chacun. 

 

J'ai peur que toutes les descriptions et tous les termes techniques gênent certains lecteurs. Perso je n'ai pas trouvé ça trop long car je connaissais la plupart d'entre eux, ayant fait un peu de voile quand j'étais ado et ayant dans ma famille, plusieurs membres passionnés par la navigation. 

Si on passe outre ces descriptions techniques, on découvre un roman prenant, drôle et touchant qui nous parle de l'emprise d'une passion (ici la voile) sur les membres d'une même famille, et de ses conséquences dans leur vie, une passion qui les unit au départ, mais qui va finir par les séparer peu à peu. 

 

J'ai aimé que ce soit Josh, le plus calme et sensible de la famille qui raconte leur histoire. Il décrit leurs relations conflictuelles avec beaucoup de finesse, car comme en mer, l'humeur de ses proches peut passer du calme à la tempête.  Mais la tendresse dont il fait preuve envers sa fratrie et ses parents, transparaît à chaque page. Sa personnalité est très attachante car il est en plus très généreux et capable de donner beaucoup de lui-même pour des inconnus, pour ses amis ou sa famille. 

J'ai aimé découvrir cette famille dont tous les membres finalement s'aiment, mais se déchirent car ils ne savent pas comment se parler vraiment...sauf sur un bateau. 

J'ai aimé la kyrielle de personnages secondaires qui entoure les membres de la famille.  

J'ai apprécié autant les moments d'humour, et parfois le cynisme des personnages et donc des dialogues, que les moments émouvants. 

 

Pour aimer ce roman, il faut donc se laisser porter "face au vent" afin d'arriver à franchir la ligne d'arrivée sans encombre, mais attention la fin est poignante, vous êtes prévenus. 

Une belle découverte que cet auteur que je ne connaissais pas. Je la dois encore une fois  à Hélène. Merci à elle de m'avoir donné envie de découvrir cet auteur et ce titre.  

N'oubliez jamais que ces histoires varient en fonction de la personne qui les raconte et qu'aucun récit des premiers exploits de Ruby sur l'eau n'échappe aux contestations. Le problème vient en partie du fait qu'un grand nombre de ses prouesses n'étaient pas crédibles...Et ainsi que l'on prouvé les pêcheurs et les marins à travers les siècles, avec l'aide des reflets, des mirages et du rhum, le curseur de la vérité est situé plus bas quand on est sur l'eau.

Je suis en pause vacances pour les jours à venir ! 

A bientôt donc...

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 05:20
Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Voilà une lecture parfaite pour se détendre en vacances ou le temps d'un week-end pluvieux. 

J'avais déjà lu dans les années 1990-2000 quelques romans de Françoise Bourdon, mais rien récemment. Aussi durant les vacances d'été, j'ai eu envie de faire un break pour changer un peu des polars. Et comme je venais de faire quelques excursions en Ardèche, celui-ci s'imposait. 

L'usine constituait pour Colombe, une véritable prison. Elle était rivée douze heures par jour à sa machine dans une atmosphère extrêmement humide afin que le fil casse moins souvent. Colombe travaillait au dévidage sur les flottes, des écheveaux de cent grammes de soie grège. Après que des camarades avaient mouillé les flottes pour permettre un meilleur dévidage, la jeune fille plaçait chacune de ces flottes sur une roue en bois nommée tavelle. La flotte se dévidait et s'enroulait sur une bobine, le roquet....
Ses doigts s'activaient tandis qu'elle songeait au printemps à la ferme.
Si seulement la terre avait été de meilleure qualité !

Belle Épine, c'est une belle demeure sur les hauteurs de Privas, à laquelle on accède par une double rangée de châtaigniers plantés au début du XIXe siècle dans ce magnifique coin de l'Ardèche, mais c'est aussi le symbole de la réussite de la famille Meyran.

 

Honoré, que tous appellent le "maître" a toujours marché dans les pas de ses ancêtres. Il a repris l'entreprise familiale, une usine de moulinage prospère où il fait travailler sans relâche ses ouvrières. 

Mais le malheur s'abat sur la famille quand Irène, sa femme meurt en mettant au monde son plus jeune enfant, laissant Antonin et Gabriel, le dernier-né, orphelins de mère et donc aux bons soins de Malie, la gouvernante et d'Adeline, la grand-mère. 

 

Les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus différents. Antonin n'est heureux que lorsqu'il peut lire tranquillement dans la bibliothèque de son grand-père, tandis que Gabriel en grandissant suit le chemin de son père et ne désire qu'une chose, c'est que le domaine lui appartienne un jour, à lui seul.

Mais Honoré qui place tous ses espoirs et ses ambitions dans son jeune fils, ne se rend pas compte (ou ne veut pas voir) que celui-ci est un être mauvais dans l'âme et qu'il crée beaucoup de souffrance autour de lui et en particulier à la filature, où il n'hésite pas à abuser des jeunes filles vierges, dont Colombe que le lecteur suivra tout au long du roman.

 

Pendant ce temps Antonin décide de quitter le domaine, de se marier et de fonder sa propre entreprise. Il se lance dans la confection de marrons glacés et de crème de marrons, s'épanouit dans son travail et au sein de sa famille.

A l'inverse pour Gabriel, devenu extrêmement dépensier et violent, la vie va ressembler, d'année en année, à une véritable descente aux enfers.

 

Ce roman est à la fois un roman du terroir et une saga familiale. Il nous fait découvrir les conditions de vie de différentes familles, riches ou plus pauvres, au XIXe siècle, en Ardèche. L'amour de la terre des ancêtres est bien présent et avec lui, le souci de la succession des terres et des propriétés chez les plus riches. Le lecteur passe de la riche demeure des Meyran aux plus humbles maisons des campagnes. Il découvre de nombreux détails sur les différents métiers évoqués. 

Les personnages sont bien décrits et bien entendu le lecteur s'attache à certains, tandis qu'il en exècre d'autres comme l'odieux Gabriel par exemple. 

 

Mais le sujet principal de ce roman c'est bien la condition féminine. La manière dont les femmes étaient traitées par certains hommes, imbus de leur personne et ne cessant d'abuser de leur pouvoir, est totalement révoltante. Le lecteur suit en particulier la vie de Colombe et devine à travers ses malheurs, le sort qui attendaient toutes celles qui se retrouvaient enceinte. Leur "faute" les poursuivait toute la vie. 

 

Je ne cache pas que j'ai passé un bon moment de lecture. L'écriture est agréable et fluide et j'ai appris beaucoup de choses sur ces métiers oubliés. La fin du roman m'a cependant laissée sur ma faim, j'en espérais une autre...

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 05:16
Gallimard, 2020

Gallimard, 2020

Quand elle était petite, au moindre chagrin, pour la consoler, je lui chantais "Mon p'tit loup" de Pierre Perret et, au lieu de l'apaiser comme on était en droit de l'attendre de cette chanson, ...cette chanson la faisait pleurer encore plus, d'autant que, pour ne rien arranger, j'avais moi-aussi les larmes aux yeux...

Commençons la semaine si vous le voulez bien, avec ce roman plein d'humour et de tendresse. Il vous fera passer un très bon moment de lecture, si vous êtes sensible à l'humour de l'auteur bien entendu, car rien n'est plus personnel que l'humour.  

Ressenti par les uns à des degrés divers, il peut  laisser parfois les autres de marbre. C'est ainsi ! 

 

De Fabrice Caro dont j'ai découvert l'humour décalé avec ses BD ICI et ICI, je n'ai lu pour l'instant qu'un seul roman "Le discours" présenté ICI sur le blog alors que celui que je vous présente aujourd'hui est son troisième. 

 

Dans "Broadway", le lecteur suit la vie quotidienne et les réflexions d'Axel, un héros comme les aime l'auteur : étourdi, maladroit et fantasque mais adorable et tellement humain.

Axel a tout pour être heureux : une femme, deux enfants, un pavillon dans une banlieue et un travail qui lui permet de vivre normalement. 

Il a aussi des rêves qui ne sont pas forcément ceux des autres mais qui suffisent à briser la monotonie de sa vie.

Bref à 46 ans tout allait bien pour lui, jusqu'à ce jour où tout bascule parce qu'il reçoit une petite enveloppe bleue de la Sécurité Sociale. C'est la campagne de prévention pour dépister le cancer colorectal. Il est stupéfait car il n'a pas encore 50 ans, l'âge où ce courrier parvient habituellement dans les boites aux lettres de ses amis et voisins. Au début, cette enveloppe lui rappelle une petite lettre bleue reçue alors qu'il était adolescent et amoureux, mais très vite elle va devenir pour lui une véritable obsession. 

Tout s'enchaine alors pour aggraver son ressenti. Axel est convoqué au collège parce que son fils de 14 ans a dessiné deux de ses professeurs dans une pause dégradante ; sa fille de 18 ans déprime car elle est en plein chagrin d'amour, et l'oblige, lui qui est athée à aller brûler un cierge ; des amis de sa femme leur proposent de partir en vacances à Biarritz ensemble, pour faire du paddle ; et leur "gentil" voisin le traque à tous instants car c'est à eux à présent de lancer les invitations  pour l'apéro obligatoire trimestriel...Or rien ne va plus, il n'a en pas envie du tout ! 

 

Dépassé par les événements et par sa vie familiale, Axel ne sait pas réagir comme il le faudrait.

Il ne peut... aller parler à son fils pour répondre à la demande de sa femme, quasi parfaite, elle, en toutes circonstances ; aller s'excuser auprès des professeurs de son fils ; dire non à ses amis.  Il cafouille, se trompe de destinataire quand il envoie des textos, fantasme au lieu d'agir, imagine les rêves des gens qu'il croise, s'imagine lui-même parti Argentine pour fuir cette vie devenue bien trop compliquée pour lui...là-bas il serait un héros admiré par tous ! 

Pourquoi nous évertuons-nous à n'effectuer que des actes pourvus de sens ? Pourquoi une existence qui n'en a aucun devrait-elle être constituée d'une suite ordonnée de faits rationnels, et pourquoi ne nous mettrions-nous pas subitement à courir dans la rue...

Chaque événement porte en lui sa comédie autant que sa tragédie, tout est affaire de contexte...

Pourquoi Broadway me direz-vous ? C'est le titre d'un spectacle pour enfant qu'il avait été obligé d'aller voir quand sa fille, encore petite, y jouait ! 

 

Voici un livre qui invite à rire de nous-même car nous ne manquerons pas de nous reconnaître dans certaines des pensées ou des actes d'Axel. Pas dans toutes heureusement, car Axel est un inadapté social. Il est incapable de dire non, mais dès qu'il fait un choix, il le regrette immédiatement. De plus, il ne peut imaginer aucune situation sans voir aussitôt le pire, et souvent en effet le pire se produit mais quand ce n'est pas le cas, il n'en est pas forcément plus heureux pour autant. 

 

Tout cela vu de notre fauteuil est forcément amusant et je l'avoue j'ai beaucoup ri, ce n'est pas très gentil pour le héros, mais c'est ainsi.

Par contre, je pense qu'il faut apprendre à se laisser aller et à accepter quelques exagérations pour apprécier vraiment cette lecture, entrer dans les délires du héros, le suivre dans ses pensées, ses réactions forcément décalées...

S'il savait accepter la vie comme elle vient et ne pas se faire autant de soucis, ce serait finalement beaucoup moins drôle !

 

Grâce à beaucoup de finesse, à un ton détaché, à des descriptions réalistes et qui sonnent toujours juste, l'auteur sait provoquer beaucoup d'empathie pour son personnage.

Mais ne vous y trompez pas, c'est aussi un roman plus profond qu'il n'en a l'air car il parle de crise existentielle, de questionnements sur l'existence, de vie en société, et des enfants qui grandissent si vite que les parents un beau matin, découvrent des êtres qu'ils ne reconnaissent pas toujours, et ne savent plus comment gérer.

 

Un livre qui m'a fait du bien en ces temps de morosité ambiante, j'espère qu'il en sera de même pour vous ! 

 

Rien ne ressemble jamais à ce qu'on avait espéré, rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu, le résultat est toujours à des années-lumière de ce qu'on avait projeté, nous sommes tous dans une comédie musicale de spectacle de fin d'année, dans un "Broadway" un peu raté, un peu bancal, on se rêvait brillants, scintillants, emportés...on se regarde impuissants et résignés...mais on continue de se persuader qu'atteindre son but est la règle et non l'exception.

...et je roule et je fume la vitre ouverte, la cigarette aux lèvres, et chaque bouffée me rapproche un peu plus de que je suis autant qu'elle m'éloigne de ce que j'ai voulu paraître et je roule sans bien savoir où je vais mais sachant parfaitement où je ne vais pas et ça suffit à me faire sentir vivant pour la première fois depuis longtemps...

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 05:13
In "Transpositions hasardeuses" eMmA MessanA 2020 (œuvre de l'auteur)

In "Transpositions hasardeuses" eMmA MessanA 2020 (œuvre de l'auteur)

Vous êtes nombreux à connaître le blog d'eMmA et à avoir du plaisir à découvrir ses créations en particulier ses encres, ses collages et ses aquarelles. C'est toujours avec une infinie gentillesse qu'elle va répondre à vos commentaires et accueillir vos remarques. 

 

Tout son blog et ses créations respirent la douceur, la tendresse, la tolérance, l'humanité et le plaisir du partage. Elle sait nous surprendre, nous émouvoir et faire renaître en nous, la sensibilité et l'émerveillement de notre petite enfance.   

D'ailleurs, elle est déjà l'auteur de plusieurs livres pour la jeunesse, dont "Et toi ? C'est quoi ta couleur" que je vous ai présenté ICI sur mon blog.

Si vous voulez en apprendre davantage sur elle, vous pouvez aller lire sa biographie sur son blog ICI. 

 

Je ne pouvais passer sous silence la publication prochaine de son quatrième livre, en hommage à sa maman disparue depuis peu :  "Transpositions hasardeuses", un recueil de poèmes, illustré d'encres et de collages dans les tons de bleu...

Le recueil sera préfacé par Yves Duteil et vous pouvez découvrir la couverture du recueil ci-dessous. 

Si vous le souhaitez, vous pouvez dès à présent participer à la prévente ICI. 

Vous trouverez très bientôt son recueil à la vente sur le site de l'éditeur ICI, chez votre éditeur personnel et autre circuit de distribution habituel. 

 

Je vous invite à découvrir son blog dans lequel vous trouverez entre autres, tous les détails concernant la publication (lien ci-dessous) mais beaucoup d'autres merveilles qui embelliront votre vie. 

Vous pouvez aussi lire la présentation de cette publication plus en détails sur le fichier- joint. 

Voilà un recueil que nous allons être nombreux à attendre avec impatience et qui sera un merveilleux cadeau à offrir ou à s'offrir...

Merci eMmA  ! 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 05:15
Rivages, 2020

Rivages, 2020

C'est ainsi qu'il débarqua au Chili, à Valparaiso, en pleine guerre du pacifique, dans un pays qu'il ne savait pas placer sur une carte et dont il ignorait tout à fait la langue. A son arrivée, il rejoignit la longue queue qui s'étirait devant un entrepôt de pêche avant d'atteindre le poste de douane...
Quand vint son tour, l'agent lui demanda, sans lever les yeux sur lui :
- "Nombre ?"
Ne comprenant rien à l'espagnol, mais convaincu d'avoir deviné la question, il répondit sans hésiter :
- Lons-le-Saunier.
Le visage de l'agent n'exprima rien. Avec un geste fatigué de la main, il nota lentement :
"Lonsonier".

Alors qu'en 1871, la France se relève à peine des événements sanglants de la Commune, dans les campagnes, le phylloxera décime les vignobles, anéantissant des années de dur labeur, et ruinant des familles entières.

Dans ce contexte de désastre, un jeune jurassien quitte alors sa terre natale avec un seul cep de vigne en poche et quelques francs, et embarque  pour l'Amérique. Il voudrait s'installer en Californie, mais le destin l'obligera à débarquer plus tôt que prévu à Valparaiso. Rebaptisé "Lonsonier" au moment de son enregistrement administratif par le service de l'émigration, le patriarche s'établit dans ce pays paradisiaque et y plante son cep de vigne... Il se marie alors avec Delphine, fait prospérer ses vignobles et s'installe dans la maison qui va devenir la maison familiale et presque le lieu de toute l'histoire, car elle va passer de génération en génération.

 

Mais la Première Guerre Mondiale se profile à l'horizon, et leurs trois fils embarquent pour la France, fiers de leurs origines,  se sentant solidaires du destin des autres soldats français. Seul Lazare en reviendra...meurtri, un poumon en moins, et culpabilisé de n'avoir pas pu sauver ni ses frères, ni un voisin chilien d'origine allemande parti se battre lui-aussi, mais pour le camp ennemi. 

A son retour, amaigri et malade, Lazare quitte un temps le giron familial et sa mère dépressive, pour tenter de se retrouver.

C'est au fin fond du pays Mapuche, qu'il rencontrera celle qui deviendra sa femme, Thérèse. Passionnée par les oiseaux depuis toujours, Lazare fera installer une volière dans le jardin de la maison familiale, où Margot, leur fille,  verra le jour entourée de ces charmants volatiles.

Est-ce à cause de sa naissance particulière, de la passion de sa mère pour les oiseaux ou parce que le vieux chaman lui fera vivre une expérience de lévitation qu'elle vouera une passion sans borne à l'aviation et y consacrera une partie de sa vie ? Elle partira se battre aux côtés des alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et devra faire ses preuves contre le machisme ambiant, pour réaliser son rêve et devenir enfin aviatrice.

 

A son tour, son fils Ilario Da, qui sera conçu dans des conditions que je ne vous dévoilerai pas pour vous laisser découvrir toute la magie de ce roman qui mêle aussi à la réalité, le mystère et les légendes du Chili, poursuivra le destin extraordinaire de cette famille pas comme les autres. Il grandira au sein de l'entreprise familiale de son grand-père mais se révoltera, intègrera le MIR (Mouvement de Gauche Révolutionnaire) et s'opposera à la dictature de Pinochet. Il sera emprisonné et torturé. Ce sont des pages douloureuses et bouleversantes que le lecteur découvre à la fin du livre et d'autant plus qu'il s'agit du récit des tortures et de la vie quotidienne du propre père de l'auteur. 

Mais l'histoire de la famille ne s'arrêtera pas là ! 

Un mardi, alors qu'il cueillait des pommes dans un pré, la peau de bique sur les épaules, un choc dans le dos le projeta à terre et deux serres puissantes s'enfoncèrent entre ses omoplates...
C'était une buse bleue des Andes qui, depuis ses hauteurs, confondue par sa peau de bique, avait piqué sur lui comme elle venait de débusquer un rongeur. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, il entendit une voix en espagnol :
- Excusez-la. Elle vous a pris pour un renard.

Voilà un roman captivant qui m'a transporté pour un voyage formidable entre le Chili et l'Europe, en à peine 208 pages. L'auteur nous brosse le portrait d'un siècle de vie quotidienne d'une famille (sa famille) déracinée au Chili mais qui se sent toujours redevable envers son pays d'origine.

Les chapitres sont courts et nous présentent chacun un personnage différent. J'ai aimé la façon dont l'auteur nous décrit les membres de la famille, les hommes plutôt timides et maladroits mais aussi fiers de leurs origines, les femmes, indépendantes et prêtes à mener à bien leurs projets. Les personnages sont décrits avec réalisme, mais semblent pourtant tous être sortis d'une fable ou d'un conte. 

 

Aux côtés des membres de la famille, l'auteur nous décrit toute une galerie de personnages hauts en couleur, comme El Maestro, le père de Thérèse, originaire de Sète, qui n'hésite pas à créer un orchestre symphonique en plein pays Mapuche ou Aukan, le chamane guérisseur qui va sauver Lazare pour revenir des années après aider Margot à trouver sa voie. Il suit la famille durant toutes les générations et sait guérir les plaies physiques mais aussi les plaies de l'âme. Il y a aussi la famille Danovsky, tous rabbins de génération en génération sauf le fils, Ilario, qui se comportera en héros au péril de sa vie. Enfin, dans l'usine d'hosties, le discret Hector Bracamonte qui n'hésitera pas à se dénoncer par respect pour la famille qui dans le passé lui a offert un travail et à manger.

 

Et tout au long de l'histoire, la famille se raccroche à la seule bribe de mémoire familiale que le patriarche a bien voulu leur raconter de leur passé, l'existence d'un mystérieux oncle français, Michel René...

 

Tous ces personnages réels ou imaginaires, ont une histoire fabuleuse qui pourrait à elle seule être le sujet d'un roman. Ils sont terriblement humains, fantasques mais déterminés et à la fois, tellement fragiles qu'ils en sont touchants. 

En peu de mots, l'auteur les rend vivants et nous fait partager leur quotidien, leurs désirs, leurs drames. Mais à ces drames tellement réalistes, chacun d'eux étant concernés par la grande Histoire, se mêlent beaucoup de fantaisie et d'humour, les légendes du Chili, des personnages mystérieux. Mais chut, je ne peux vous en dire davantage, sans dévoiler l'histoire. 

Ce décalage donne beaucoup de plaisir à la lecture. Le lecteur a envie de connaître la suite et aimerait même s'attarder, en apprendre davantage sur chacun. Il est presque frustré de ne pas rester un peu plus longtemps auprès d'eux...et les quitte à regret. 

 

Que va devenir la génération suivante se demande-t-on en terminant le roman ?

Et derrière cette saga familiale... c'est tout le devenir des immigrés français que le lecteur découvre.  On oublie souvent que des français aussi sont devenus des déracinés, obligés de tout reconstruire ailleurs et de connaître les souffrances de l'exil. 

Un beau roman autobiographique que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir et qui mérite à mes yeux d'obtenir un prix littéraire...

Margot brava les regards grivois des mécaniciens, les sous-entendus, l'humour leste, et se défendit contre les capitaines qui essayaient de la séduire pour leurs récits d'accidents. Elle dut se battre avec entêtement et virtuosité pour conserver les vingt centimètres de cheveux qu'autorisait le règlement et qu'elle préserva comme une dignité féminine. Au bout d'un mois, elle réclama son baptême de l'air...

En ces temps, la Villa Grimaldi n'était qu'un parc ténébreux. Les cellules étaient disposées en ligne comme de petits cabanons en lambris, les unes à la suite des autres, avec pour seule fenêtre, une ouverture au plafond...

A noter, ce roman s'inspire largement de la vie de l'auteur. Il dit l'avoir écrit en hommage à son père et à son arrière-grand-père. C'est pour eux et pour sa fille Selva qu'il nous livre un peu de son histoire familiale. 

L'auteur s'est en particulier inspiré des écrits de son propre père incarcéré et torturé, qui a fuit le Chili pour revenir s'installer en France. Il a comblé les manques dans l'histoire familiale en s'inspirant de personnages réels et des mythes qui ont bercé son enfance. 

La dédicace de l'auteur est explicite : 

"A Selva, toi qui es la seule à connaître la suite". 

Le lieutenant apparut. Il se pencha vers Thérèse et posa un genou à terre.
- Est-ce que vos oiseaux sont communistes, Madame ?
Thérèse releva le menton vers le lieutenant et croisa son regard arrogant. Alors il dégaina un pistolet de sa ceinture et tira sur le premier oiseau qui s'avança du grillage. Toute la volière s'affola...

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:15
Gallimard, 2018 / Poche, 2019

Gallimard, 2018 / Poche, 2019

Il y a des moments où ce qui nous entoure et semble devoir servir de décor à notre vie pour l'éternité_ un empire, un parti politique, une foi, un monument, mais aussi simplement des gens qui font partie de notre quotidien_ s'effondre d'une façon tout à fait inattendue...

A partir du mois d'octobre 1976 et jusqu'en 1979, lorsque je revins vivre à Naples, j'évitai de renouer une relation stable avec Lila. Mais ce ne fut pas facile. Elle chercha presque tout de suite à revenir de force dans ma vie ; moi je l'ignorai, la tolérai ou la subis. Bien qu'elle se comportât comme si elle désirait simplement m'être proche dans un moment difficile, je ne parvenais pas à oublier le mépris avec lequel elle m'avait traitée.

Voici le dernier opus de la saga d'Elena Ferrante, "l'amie prodigieuse" que j'ai enfin terminé pendant les dernières vacances. Il était temps que je vous le présente ici.

 

Lenù alors qu'elle semblait avoir enfin réussie à laisser derrière elle son enfance, qu'elle a à présent tout pour être heureuse, est devenue un écrivain célèbre, a épousé un professeur d'Université et est mère de deux adorables petites filles, Dede et Elsa,  plaque tout, pour vivre une vie tumultueuse avec Nino, son ami d'enfance, dont elle a toujours été amoureuse. Même les lecteurs ne la croyaient pas capable de le faire !

 

Entre deux rencontres à Milan, Florence ou Naples, Nino et Lenù voyagent beaucoup mais des événements imprévus vont obliger Lenù à quitter définitivement Florence pour revenir habiter à Naples où elle se rapproche de Lila. Bien qu'éloignée de son amant, elle lui reste encore totalement soumise et a toujours autant de mal à se concentrer pour se remettre à écrire. C'est finalement un ancien manuscrit non publié et qu'elle va ressortir du placard, qui va la sauver et lui rendre la confiance de son éditeur.

Lila qui vit toujours avec Enzo (tous deux ont ouvert leur propre entreprise informatique) prend très mal les agissements de Lenù et ne mâche pas ses mots. 

C'est alors que Lenù apprend qu'elle est enceinte, Lila aussi... 

 

Lors du terrible séisme de novembre 1980, qui ébranle profondément Milan, Lila, qui a eu très peur, fait promettre à Lenù de ne jamais l'abandonner, même si dans ses propos elle lui fait parfois du mal. Lenù qui se sent investie depuis l'enfance par le besoin de protéger son amie, la prend au mot et lui pardonne à nouveau toute sa cruauté.

Déjà que leurs grossesses les avaient considérablement rapproché, les deux jeunes femmes  se retrouvent unies à nouveau... 

 

En fait, tout bougeait...Mais même maintenant que j'y réfléchissais à la lueur des propos de Lila si bouleversée, je savais que l'effroi ne parvenait pas à l'enraciner en moi...Tout ce qui m'arrivait allait passer, mais moi, oui moi, je resterais toujours là, immobile...

J'eus beaucoup de mal à accepter la mort de ma mère. Je ne versai pas une larme et pourtant la douleur que j'éprouvais dura longtemps, et elle ne m'a peut-être jamais quittée...Aussitôt après l'enterrement, je me sentis comme lorsqu'on est surpris par une violente averse et qu'on regarde autour de soi, sans pouvoir trouver un abri.

C'est un tome beaucoup plus dramatique que les précédents car les deux amies vont être frappées de plein fouet par des drames imprévus qui vont ébranler leurs convictions, les rapprocher un temps pour ensuite les séparer à nouveau.

Il y a comme le prédit le titre beaucoup de perte, celle des illusions amoureuses d'abord mais aussi celle des idéaux politiques. Il y a aussi la perte de l'enfance et du monde qu'elles ont connu mais aussi la perte d'êtres chers...le lecteur est totalement pris par l'histoire tant amicale que sociale. 

 

Si ce quatrième opus débute par la description détaillée des déboires de Lenù et traine un peu en longueur, très vite, l'auteur rebondit nous permettant encore une fois d'entrer dans l'intimité de leur relation amicale complexe, mais sans devenir voyeur pour autant. C'est l'heure des bilans et des prises de conscience pour les deux amies. 

En Italie, ce sont toujours les années de plomb et Lila qui s'aperçoit que Gennaro, son fils, se drogue fait tout pour lutter à sa façon, contre le trafic qui sévit dans le quartier. Mais elle ne peut lutter à armes égales :  la corruption et les trafics en tous genres font des ravages dans le quartier, et la camorra veille. 

 

Le temps est donc venu pour le lecteur de quitter définitivement ces deux  formidables femmes d'avant-garde, qui se sont battues pour se sortir de leur milieu social, ont réussi à leur façon leur vie tout en regrettant des tas de choses qu'elles auraient voulu réussir aussi,  et se retrouvent à présent totalement démunies devant le temps qui passe, leurs enfants qui s'éloignent et la vieillesse qui les attend.

Elles sont si humaines, si émouvantes, si fragiles devant les imprévus qui jalonnent leur vie que nous avons du mal à les quitter.

Car à la fin de ce tome cela fait près de 60 ans que nous avons fait leur connaissance, alors que Lila venait tout juste de jeter la poupée de Lenù dans la cave, pour prouver qu'elle n'avait peur de rien et qu'elle était la plus méchante des deux, mais pour aussi la provoquer, déjà, la faire réagir, éprouver son calme en se montrant cruelle, et la faire sortir de sa zone de confort, une relation qui entre elles deux n'a jamais cessé d'être compliquée mais fusionnelle...ce qui explique sans aucun doute que leur amitié ait survécu  aux vicissitudes de la vie. 

Elle possédait une intelligence qu'elle n'exploitait pas : au contraire, elle la gaspillait comme une grande dame pour qui toutes les richesses du monde ne seraient que signe de vulgarité. C'était cela qui avait fasciné Nino : la gratuité de l'intelligence de Lila. Elle se distinguait de toutes les autres parce que , avec grand naturel, elle ne se pliait à aucun dressage, à aucune utilisation, et à aucun but.

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, 2017 / Folio, 2018

Gallimard, 2017 / Folio, 2018

"Devenir". Ce verbe m'avait toujours obsédée, mais c'est en cette circonstance que je m'en rendis compte pour la première fois. "Je voulais devenir", même sans savoir quoi. Et j'étais "devenue", ça c'était certain, mais sans objet déterminé, sans vraie passion, sans ambition précise. J'avais voulu devenir quelque chose- voilà le fond de l'affaire- seulement parce que je craignais que Lila devienne Dieu sait quoi en me laissant sur le carreau. "Pour moi, devenir, c'était devenir dans son sillage". Or je devais recommencer à devenir mais pour moi, en tant qu'adulte, en dehors d'elle.

Après "Enfance, adolescence" et "Le nouveau  nom" présentés sur ce blog depuis longtemps, il était temps que je poursuivre la tétralogie de "l'amie prodigieuse" commencée en 2016 et que je la présente ici. 

En fait, j'ai profité des vacances pour me replonger dans la saga et enfin la terminer. 

Je me souvenais de beaucoup de choses, mais lors de ma relecture, j'ai trouvé encore plus subtil la manière dont l'auteur parle entre les lignes de cette amitié passionnelle entre les deux petites-filles, puis de son évolution quand elles grandissent et deviennent jeunes filles, puis adultes. 

Et pourtant, même lorsque je vivais dans d'autres villes et que nous ne nous voyions presque jamais, même lorsqu'elle ne me donnait pas de nouvelles selon son habitude, et que je m'efforçais de ne pas lui en demander , son ombre me stimulait, me déprimait, me gonflait d'orgueil ou m'abattait, sans jamais me permettre de trouver l'apaisement...
Je voudrais que Lila soit là, et c'est pour ça que j'écris

Dans ce troisième tome, nos deux héroïnes sont rentrées dans l'âge adulte à présent, elles ont 30 ans et chacune suit son destin mais si elles restent liées par un lien qui apparaît comme indestructible, la vie néanmoins les sépare, et Lénù fait tout pour s'éloigner de l'emprise psychologique que Lila a sur elle, sans toutefois y parvenir. 

 

Si vous désirez lire la saga et que vous ne l'avez pas encore fait, rendez-vous plus bas dans la page pour lire seulement mon avis ! 

 

Eléna (Lenù) qui a terminé ses études à l'Ecole Normale de Pise, vient de publier son premier roman. Le succès est à sa porte. Elle se marie et s'installe à Florence avec Pietro, devenu professeur d'université, tandis qu'Adèle sa belle-mère, s'occupe de la promotion de son livre, qui s'avère être très vite un succès.

Dans ce roman, elle décrit ses premières expériences sexuelles et Lenù est stupéfaite de voir que pour ses lecteurs, il semble se résumer à ces passages -là, choquants pour certains _vu le puritanisme ambiant en Italie à cette époque.  Dans une société bien pensante et surtout très croyante où aucune jeune fille n'est sensée connaître les relations sexuelles avant le mariage, son roman apparaît particulièrement d'avant-garde.  

Mais Lénù se retrouve enceinte et incapable d'aligner trois mots pour continuer à écrire. Pas facile d'être auteur à la maison tout en élevant ses filles (elle en aura deux). Elle se sent coincée, inutile, incapable de poursuivre sa carrière littéraire.

Les révoltes féministes se profilent à l'horizon et grâce à la sœur de Pietro, Mariarosa, Lenù se retrouve sur le devant de la scène, bien décidée elle-aussi à participer à sa manière.

 

Pendant ce temps-là, Lila qui a quitté Stefano et s'est enfuit avec Enzo en emmenant son fils Gennaro, trouve du travail dans l'usine de Bruno Soccavo, un ami de Nino Sarratore rencontré lors de leur vacances au bord de la mer. Elle se fait exploitée et harcelée comme les autres employées de l'usine de salaison : les conditions de travail sont inhumaines, et la révolte gronde parmi les ouvriers. Mais Lila veut rester en retrait, elle ne veut pas risquer de perdre son travail. Elle rejette en bloc, les petits bourgeois qui mènent le mouvement de leur maison remplie de livres "avec vue sur la mer".

 

Ses rencontres avec Lenù sont teintées d'agressivité. Toujours aussi directe et cruelle, Lila a le don de pousser son amie à bout pour la faire réfléchir car Lenù est plus indolente. En agissant ainsi, Lila pense l'obliger à donner le meilleur d'elle-même.

Lenù à l'inverse, admire toujours aussi passionnément son amie, qui a toujours été brillante et elle la jalouse souvent, ce qu'elle regrette bien entendu ensuite, mais sa sincérité nous touche.  

 

Leur amitié sonne juste : elles ont été élevées dans le même quartier pauvre et ont cherché à s'en sortir par des moyens différents mais en accord avec ce que le destin leur a réservé et ce que leurs parents ont accepté. Pas facile de franchir l’ascenseur social pour Lenù, qui sans cesse doit se mesurer aux autres comme elle l'a fait durant sa jeunesse avec Lila. C'est avec Nino à présent, qu'elle a retrouvé par hasard, qu'elle se compare, redoutant de ne jamais arriver à avoir autant de connaissances que lui, ni arriver à sa hauteur...ce faisant elle oublie qui elle est, tout comme l'orgueilleuse Lila, va renoncer peu à peu à ses propres rêves.

 

Les deux amies bien qu'éloignées géographiquement ont renoué une relation passionnelle, parfois chaleureuse, parfois destructrice...elles se rapprochent et se déchirent au gré des événements et de leur personnalité. 

Engagées dans la lutte des classes et le mouvement de libération des femmes, les deux jeunes femmes sont obligées d'avancer dans leur vie coûte que coûte, et surtout d'assumer leur choix.

Les années 60-70 ne vont pas être de tous repos pour elles deux ! 

Lila éprouva encore une fois le plaisir anxieux de la violence. Oui, pensa-t-elle, tu dois faire peur à ceux qui veulent te faire peur, il n'y a pas moyen, c'est coup pour coup, ce que tu me voles je te le reprends, et ce que tu me fais, je te le fais à mon tour.

Mon avis

 

Dans ce tome, le lecteur suit encore une fois avec passion le destin des deux amies.

C'est un roman plus politique, engagé, très féministe qui montre bien les difficultés pour Lenù de concilier vie de couple, enfants et métier. Pour Lila, la vie quotidienne n'est pas rose non plus, maintenant qu'elle n'a plus l'argent de Stefano et qu'elle doit travailler en usine, tout en faisant garder son fils. Toutes deux se posent des questions sur leur condition de femmes.

C'est un roman très réaliste qui sent le vécu. L'auteur a elle-même du traverser des années difficiles en même temps que son pays.  En Italie, ce sont les années de plombs et à travers le récit de la vie quotidienne de nos deux héroïnes, le lecteur va découvrir toute une partie de l'histoire de ce pays : les contestations au travail et dans les Universités, les mouvements féministes, la violence qui devient la seule manière de s'exprimer (la situation dégénère entre les fascistes soutenus par la mafia et les gauchistes).

 

Dans ce contexte politique et social agité, l'auteur sait nous parler avec finesse et sensibilité de cette amitié, complexe, parfois pesante et tumultueuse, mais néanmoins sincère et qui dure depuis l'enfance. Elle sait aussi nous décrire avec intelligence et pudeur, les difficultés vécues pour se sortir d'un milieu social et d'un quartier qui vous collent à la peau, quoi que vous fassiez pour chercher à améliorer votre condition. 

Malgré les difficultés de la vie, Lenù (donc l'auteur) nous livre ses plus belles pages sur l'amitié, une amitié qui n'est pas cependant dans ce tome-ci, au centre du récit.

 

Vous l'aurez compris, c'est encore un tome très prenant, certes plus politique que les précédents mais qui nous rappelle que les années 60 en Europe et donc aussi en Italie ont été des années de remaniements importants de nos modes de vie et de nos traditions. 

Un tome indispensable qui nous donne envie de poursuivre la série en lisant le quatrième opus, ce que j'ai fait dans la foulée, profitant des vacances d'été. 

Au fil des ans, il nous était arrivé trop de choses pénibles, parfois même atroces, et pour retrouver le chemin des confidences, il aurait fallu que nous nous disions trop de pensées secrètes. Or moi, je n'avais pas la force de trouver les mots, et elle, qui avait peut-être la force de le faire, elle n'en avait pas l'envie, ou bien n'en voyait pas l'utilité.
Mais je l'aimais toujours autant...

A chaque fois que quelque chose semblait établi dans notre relation, tôt ou tard on découvrait que ce n'était en fait qu'une situation provisoire, et bientôt un changement se produisait dans sa tête, nous déséquilibrant elle comme moi. Je n'arrivais pas à comprendre si ces paroles étaient un moyen de me demander pardon, ou si elles n'étaient que mensonge, dissimulant des sentiments qu'elle se souhaitait pas me confier, ou encore si elles préparaient un adieu définitif...

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, Folio/ 2014

Gallimard, Folio/ 2014

Plus d'une fois, au cours de ma vie, j'ai fait ce que je n'avais pas décidé, et ce que j'avais décidé, je ne l'ai pas fait...
Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n'exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et sont les miens de façon tout aussi autonome que ma pensée est ma pensée, et ma décision, ma décision.

Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant...

"Le liseur" est un roman complexe et dérangeant dans lequel on retrouve plusieurs thèmes. On peut le diviser en deux parties comme s'il s'agissait de deux histoires distinctes et pourtant elles sont étroitement liées comme vous le verrez par la suite.

 

L’histoire se passe dans l'Allemagne d'après-guerre...

Michaël Berg, le narrateur, est un tout jeune homme de 15 ans quand il tombe malade en se rendant au lycée. Alors qu'il est pris d'un malaise et de vomissements dans la rue, une jeune femme va l'aider à se rafraîchir et le raccompagner chez lui. Michaël a une jaunisse qui va l'exclure de la vie pendant de longs mois.

Une fois remis, des mois après donc, sa mère l'oblige à aller remercier la jeune femme, c'est Hanna. Elle est belle, elle a trente-cinq ans, et le jeune homme qui est hanté par son souvenir, va revenir plusieurs fois chez elle jusqu'à ce que tous deux entament une relation plus intime. Il devient son amant. L'apprentissage de la sexualité et de la sensualité avec cette femme si douce et tendre, mais mystérieuse, est pour lui une belle découverte qui marquera toute sa vie,  tant elle est forte au niveau de son ressenti et de l'idéalisation qu'il en fait, sans doute lié à son jeune âge et à leur vingt ans de différence.

Pendant six mois, il va revenir tous les jours chez elle et suivre tout un  rituel qu'elle lui a imposé, tout comme elle lui impose ses horaires de visite. Il va lui faire à sa demande, la lecture à haute voix, puis ensuite seulement, ils feront l'amour et ce scénario se répète à chacune de leur rencontre.  

Un jour Hanna quitte subitement la ville sans le prévenir.  Le jeune homme ne s'en remettra jamais et n'arrivera ni à l'oublier, ni à fonder une véritable relation avec une autre femme, ce qui sera le drame de sa vie... un drame accentué par la suite de l'histoire. 

 

Sept ans après alors que le narrateur fait un stage durant ses études de droit, il retrouve Hanna dans le box des accusés, parmi cinq criminelles toutes jugées pour avoir été gardiennes dans un camp de concentration. 

Accablées par ses codétenues, Hanna n'arrive pas à se défendre et écopera de la plus lourde peine : la détention à perpétuité.

Or Michaël le sait, certains chefs d'accusation ne tiennent pas, car Hanna cache un lourd secret, qu'il vient de découvrir comme une évidence pendant le procès : elle ne sait ni lire ni écrire et ne peut donc pas avoir rédiger le rapport qui est la pièce maîtresse de l'accusation.

Doit-il intervenir pour alléger sa peine ?

Lâchement, il n'en fera rien car il ne peut entacher sa future carrière en  dévoilant son attachement à Hanna.  Mais pour comprendre la réaction d'Hanna, qui a préféré se taire plutôt que de subir une honte publique, en dévoilant son illettrisme, ainsi que la sienne, Michaël se met à écrire leur histoire...

 

A la moindre menace, je capitulais aussitôt sans condition. J'acceptais tous les torts. J'avouais des fautes que je n'avais pas commises, reconnaissais des intentions que je n'avais jamais eues. Lorsqu'elle devenait froide et dure, je mendiais pour qu'elle redevienne gentille, qu'elle me pardonne, qu'elle m'aime. Parfois j'avais l'impression qu'elle souffrait elle-même de ses excès de froideur et de raideur...

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus...

La première partie ne doit pas être occultée par la seconde, même si finalement elle nous révèle, la clé de ce qui va suivre, et c'est là toute la force de ce roman.  

L'auteur nous parle d'amour, d'un amour véritable et sincère,  auréolé certes de mystère, mystère qui sera éclairé par la seconde partie, mais qui explique l'attitude des différents personnages, l'apparente lâcheté de Michael, comme les silences d'Hanna, sa dureté occasionnelle et son incapacité à se défendre contre des accusations infondées. 

Le roman touche du doigt le problème de l'illettrisme et de la honte ressentie par ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui les exclut du monde. Hanna préfère cacher ce secret plutôt que de le dévoiler ce qui l'innocenterait en partie. 

 

Mais le principal sujet du roman reste celui abordé dans la seconde partie : c'est la question de la responsabilité ressentie par les générations futures, en ce qui concerne les actes perpétrés par les générations passées, qui ont soutenu le régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Michaël est -il responsable des actions commises par Hanna dans sa vie antérieure ?

Doit-il se sentir coupable d'être tombé amoureux d'elle... sans se douter un seul instant des crimes qu'elle avait commis pendant la guerre ? 

 

C'est en tous les cas, une lecture dérangeante quand le lecteur découvre (en même temps que le narrateur) qu'Hanna, en tant que gardienne de camp, a commis des actes horribles pendant la guerre. Alors qu'elle travaillait chez Siemens, et qu'on lui proposait une promotion, qu'elle a décliné pour n'avoir pas à avouer son secret, elle choisit de s'engager dans les SS en 1943. Elle est coupable d'avoir participé à cette violence incommensurable mais bien entendu ce qui est troublant, c'est que son parcours n'est pas celui qu'on imagine d'un bourreau.

Malgré toute l'horreur du procès et des faits qui lui sont reprochés, le lecteur se positionne du côté du narrateur et de son ressenti, de ses contradictions. Il aime toujours Hanna et ne peut en son fort intérieur la juger, et pourtant toute sa génération abhorre (et nous aussi) les actes commis par les nazis pendant la guerre.

D'ailleurs, l'auteur n'apporte pas de réponses aux nombreuses questions que le lecteur formule en découvrant que lui non plus n'arrive pas à croire à la totale culpabilité de la jeune femme et aimerait qu'elle se défende davantage. Hanna nous touche malgré nous, alors qu'on la sait pourtant capable du pire.

Les criminels nazis ne méritent pas d'être aimés et pourtant nombreux sont les bourreaux qui ont eu une famille qui ne s'est jamais doutée de leurs crimes. L'auteur en nous mettant devant cette contradiction nous oblige à comprendre le ressenti de toute une génération de jeunes allemands, d'après-guerre, qui s'est trouvé confrontée à un problème majeur de devoir "juger" les actes de leurs parents. 

La fin du roman que je ne vous raconterai pas apporte encore plus de trouble et de questionnements. C'est là toute l’ambiguïté de ce roman qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats ce qui explique que ce soit une oeuvre souvent proposée au lycée. 

Un livre à découvrir...

 

Un film éponyme a été tiré de ce roman en 2008. Perso, je n'ai pas eu l'occasion de le voir au cinéma et je le ferai maintenant que j'ai lu le livre car j'aime toujours découvrir une oeuvre en lisant d'abord le roman.

Depuis quelques années je laisse notre histoire tranquille. J'ai fait la paix avec elle. Et elle est revenue, détail après détail, et avec une espèce de plénitude, de cohérence et d'orientation qui fait qu'elle ne me rend plus triste...

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 05:15
L'an vin(G)t ou l'ennemi invisible / Eglantine Nalge

...Il ne faut pas que nous donnions du souci à nos enfants nous concernant. Alors que dirais-tu de prendre une petite lichette de ce rosé bien frais que je sais même pas où tu l'as trouvé et qui est arrivé ce matin ?
- Bonne excuse Honorine, mais "vaï" pour le rosé, mais alors une lichette que des fois tu ne retrouves pas le chemin de la chambre !

Un peu de légèreté aujourd'hui malgré le sujet, car voilà un court roman tout à fait jubilatoire, encore sur le thème du (de la COVID) écrit par une blogueuse  que beaucoup d'entre vous connaissent déjà. Vous pouvez aller visiter son blog ICI.

 

Remarque : Vous n'êtes pas obligés de lire ou de commenter si le sujet de mon article ne vous intéresse pas, vous me connaissez je ne vous en voudrais pas, d'autant plus que je fais de même chez vous !  

 

Comme elle le dit si bien elle-même dans l'avant-propos de son livre...

Qui suis-je pour prétendre écrire sur ce virus, envahissant, angoissant, et en même temps insaisissable, qui gravite autour de nous alors que je n'ai aucune connaissance en matière de médecine, et que les scientifiques tâtonnent, disent et se contredisent au point qu'il est difficile d'avoir un aperçu simple des événements. 

C'est pourquoi elle a choisi de ne pas en parler elle-même mais de laisser s'exprimer des personnages que nous connaissons bien  parce qu'elle nous les a déjà présentés sur son blog. 

Vous serez heureux d'apprendre que vous allez retrouver dans ses pages, M'âme Eglantine et son chat Horace, avec qui cette dernière engage des débats philosophiques toujours passionnés, qui nous enchantent par leur finesse, leur humour et leur vue particulièrement réaliste de la nature humaine et de la situation. 

Vous allez aussi retrouver le charmant couple formé par Honorine et son mari Honoré, assommés pour ne pas dire "escagassés" tous deux par l'invasion de ce virus invisible qui fait dire à notre président que "c'est la guerre". Pour eux qui l'ont connue forcément vous le comprendrez, ces mots ont une autre résonance et l'angoisse risque bien de s'installer...

 

Le sujet est bien cerné et le tout, étayé d'apparentes digressions, qui ne sont pas du tout hors sujet en fait, de cogitations silencieuses, si je puis dire, de remarques acérées et de mots en provençal (avec l'accent) qui raviront les nostalgiques du sud. 

 

Que vous dire de plus sans dévoiler le sel de l'histoire... sinon que la manière dont le thème est traité est très réjouissante et que j'ai passé un excellent moment de lecture, malgré la gravité du sujet. 

 

Et puis promis, je ne compte rien présenter de plus sur ce virus, deux la même semaine c'est déjà beaucoup trop, mais avouez que je ne pouvais pas faire l'impasse sur la présentation de ce dernier, ne serait-ce que pour vous donner envie de mieux connaître Eglantine et ses écrits pleins de vie.  

Houlà ! Ce n'est pas la joie aujourd'hui, aussi je vous suggère de fermer les yeux et de vous laisser vous enfoncer dans une douce sieste, ça ira certainement mieux au réveil !
- Je crois que je vais t'écouter Horace, demain est un autre jour !

Et en rédigeant cette page, je réalise que je ne vous ai jamais parlé de son précédent ouvrage "Lorsqu'Eglantine raconte...Bavardages indiscrets", si vous préférez découvrir l'écriture d'Eglantine sur un autre sujet, voici sa présentation sur son blog ICI. "Promis", je le ferai un jour, tout le problème est...quand !

Et en attendant, vous pouvez découvrir la présentation faite par Martine, sur son blog, en cliquant sur le lien ci-dessous...

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 05:12
Renaissance du livre 2020

Renaissance du livre 2020

Il est trop bien et il se dit qu'un premier avril, c'est le bon moment pour faire des blagues à la con sous la couette. Il dit à Léa :
- J'sais pas comment font les autres, mais faire l'amour à un mètre cinquante...J'ai beau être gâté par la nature, c'est quand même pas simple, hein...
Et Léa de pouffer...

Voilà un livre sur un sujet que je m'étais pourtant promis de ne pas lire...le(a) COVID.  Nous y pensons déjà tous les jours à chaque instant de notre vie et nous n'avons pas fini d'en entendre parler ! 

Mais il se trouve que lorsque je suis passée à la médiathèque de mon village, il était tout seul sur le portoir des nouveautés (les autres livres étaient mis en quarantaine les pauvres) et la bibliothécaire m'a dit qu'elle l'avait beaucoup aimé et que le sujet principal n'était pas le virus mais bien autre chose...

Sitôt emprunté, sitôt lu !

 

Il faut dire que c'est un roman très court (127 pages), facile à lire,  écrit par un collectif d'auteur à la manière du jeu inventé par les surréalistes,"cadavre exquis" : un premier auteur commence à écrire l'histoire, les autres la continuent, tout en gardant une cohérence. Le lecteur ne sait pas qui a écrit quoi. 

Ce sont tous des auteurs belges qui sont également chroniqueurs ou animateurs de radio.  Il y a Adeline Dieudonné, Eric Russon, Jérôme Colin, Myriam Leroy, et Sébastien Ministru. Ils ont écrit l'histoire sous la forme d'un feuilleton quotidien diffusé  sur les ondes dans le cadre de l'émission de radio de la Première, "Entrez sans frapper", une émission que je ne connaissais pas. 

Les illustrations intérieures représentant le virus sous la forme d'un monstre, ainsi que la couverture, sont signées Arnold Hovart.

Le plus : Les droits d'auteurs et bénéfices de ce livre sont versés à 3 associations : L’Ilot, Cœur SDF et La Plateforme Citoyenne BXLRefugees.

Des centaines de gens, des milliers peut-être, enterrés à la va-vite, comme on jette une poubelle dans un camion-benne. Des gens qui ont aimé, pleuré, qui ont chanté des chansons, lus des livres, vu plusieurs fois le même film parce qu'il y avait une scène qui les faisait rire aux éclats, des gens qui avaient une recette familiale de spaghetti à la carbonara ou de tarte au citron. Qui avaient des photos dans leur portefeuille. Des gens qui se retrouvent aujourd'hui, alignés dans un trou que des hommes blancs vont reboucher...
La gorge de Léa se serre. Jusqu'à lui faire mal. Sa vue se brouille mais elle passe la manche de son pull sur ses yeux...

Maria se sent nulle. Et puis coupable aussi de ne pas pouvoir aider sa fille. Il y a des parents qui y parviennent mais pas elle. Alors, elle s'en veut. Et ça rajoute encore à son mal-être d'être confinée depuis dix jours. Et puis la petite, elle se sent nulle aussi.

L'histoire...

 

Elle s'appelle Léa, il s'appelle Antoine. Hier, ils ne se connaissaient pas, mais devant les événements de ce printemps 2020, ils ont décidé de se choisir un partenaire sur Tinder pour une dernière nuit. Elle travaille comme caissière en intérim, et attend qu'on l'appelle en renfort, lui est carrossier, et décide de ne plus répondre aux appels de son patron.

La Belgique se confine et tous deux restent ensemble alors que ce n'était pas prévu, qu'ils ne savent rien l'un de l'autre et que la distance de sécurité entre eux n'existe plus.

Dans leur immeuble, la vie continue... c'est la solitude pour certains, les difficultés du quotidien pour les autres, les applaudissements du soir ensemble, pour remercier les soignants et le silence insupportable à certains moments.

Le lecteur découvre peu à peu la vie de ce jeune couple, celle du voisinage mais aussi celle du facteur qui livre non stop des colis et grimpe les étages jusqu'à épuisement. Les gens se croisent, à distance...et une certaine solidarité s'installe peu à peu, doublée le plus souvent de méfiance.  Les rapports humains changent.

De temps en temps dans le texte, le décompte quotidien des événements en Belgique recentre le roman sur la triste réalité des jours. 

 

J'avais peur que ce roman soit très lourd à porter. Et bien ce n'est pas le cas du tout.

Il est réaliste et reprend bien la chronologie des événements du printemps dernier.

Les auteurs nous décrivent le sentiment d'incompréhension ressenti face à certaines décisions prises par nos gouvernements, relatent sans complaisance, les incohérences graves et les manquements dans la gestion de la crise sanitaire.

Ils nous parlent à travers les personnages, de notre ressenti quotidien, de cette impression d'étouffer et de manquer de liberté, de la peur de l'autre qui se développe, de l'ennui parfois vécu par certains, de la perte de confiance dans les médias et les médecins devenus trop médiatiques, des difficultés des parents en télétravail, obligés de devenir enseignants pour leurs enfants, de la peur de la contamination (car on ne sait pas d'où elle peut arriver), de l'inquiétude pour les proches, mais aussi  des côtés positifs du confinement, comme avoir plus de temps à soi.

 

Les auteurs se sont centrés sur les ressentis, les situations vécues différemment par chacun, et non pas sur le virus, ce qui donne à ce roman une dimension universelle. C'est un roman qui reste donc profondément proche de l'humain. Il y a de l'humour, des passages émouvants, beaucoup d'humanité et une vision de nos réactions humaines très réalistes, même si elles ne sont pas toutes belles à voir. Le style est léger et plaisant. 

Il ne faut pas oublier que le texte a été écrit pour être lu à haute voix à la radio ce qui lui donne beaucoup de rythme et fait que le lecteur ne s'ennuie pas. Il y a  également beaucoup de dialogues ce qui rend sa lecture accessible, même aux jeunes lycéens.

 

Malgré le sujet, j'ai passé un bon moment de lecture. Ce livre permet de prendre du recul par rapport à ce que nous avons tous vécus ou ressentis, différemment certes,  mais vécus tout de même, par rapport à ce satané virus qui est toujours là, mais a révélé beaucoup de choses de notre nature humaine au grand jour, ce qu'il ne faudra pas oublier...plus tard. 

Merci aux auteurs d'avoir joué le jeu pour nous raconter cette histoire d'amour au temps du confinement. 

Hypnotisée par les cercles concentriques qui se forment dans son mug, elle pense à des choses idiotes. Des choses qui ne sortiront pas d'ici...Qui resteront entre elle, et son bol de café au lait. Elle pense qu'un garçon qui a pu réparer son chauffe-eau est un garçon capable d'entretenir la chaleur et qu'il fera un bon père. Elle pense qu'un homme qui a voulu sauver un autre homme devant elle ne peut être qu'un type bien.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 05:20
Albin Michel, 2020

Albin Michel, 2020

J'aimais les "Livres dont vous êtes le héros". Chaque scène se terminait sur un suspense et il fallait décider de la suite de l'histoire. Tourner à gauche dans le Temple interdit, ou bien à droite ? Prendre le trésor maudit ou passer son chemin ? Dans ces aventures on était toujours maître de la situation...

C'est la première fois que je lis cet auteur dont j'ai pourtant beaucoup entendu parler sur internet par les fans de thrillers. J'ai donc profité des vacances pour la découvrir. 

 

Telly et Sharlah ont appris très jeunes à se débrouiller seuls dans leur vie quotidienne, et à faire face à un père violent et une mère soumise et incapable d'assumer son rôle, tant elle est sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. Mais un soir pas comme les autres, la situation déborde et Telly qui est pourtant un tout jeune garçon de 9 ans, tue son père... puis sa mère.

Après cette terrible soirée, durant laquelle les enfants ont perdu leurs deux parents, ils sont tous deux placés séparément dans des familles d'accueil. Sharlah qui n'avait que 5 ans au moment des faits et qui a eu le bras cassé par son frère, a désormais peur de Telly, tout du moins c'est ce qu'elle déclare alors qu'elle est encore à l'hôpital.  On interdit donc à Telly de s'en approcher.

 

Des années plus tard, alors que Sharlah, 13 ans, va être adoptée par un couple aimant, une série de meurtres ébranle la région. Quel rapport y-t-il entre la tuerie de la station service et le meurtre de la famille d'accueil de Telly ? Tout pousse à croire que Telly, bientôt majeur, est directement impliqué dans cette sombre affaire. Les traumatismes du passé ont-ils refait surface ?

 

Les enquêteurs sont d'autant plus inquiets qu'ils découvrent des photos de sa sœur dans ses affaires, certaines la présentent avec une cible au milieu du front. Ils décident de mettre la fillette à l'abri tandis que la chasse à l'homme s'organise.  

Les parents adoptifs de Sharlah sont sur l'affaire : Pierre Quincy est un ex-profiler du FBI à la retraite, appelé en renfort par le shérif pour l'aider à élucider les crimes. Quant à Rainie, en tant qu'ancienne policière, et mère d'adoption,  sa place est toute trouvée.

Mais comme habituellement dans les thrillers, il ne faut pas se fier aux apparences ! 

J'ai l'impression que je devrais faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
Le passé est un luxe que ne peuvent pas s'offrir les enfants placés. Nous sommes trop occupés à vivre dans l'instant. Si j'ai autrefois eu des pensées au sujet de mes parents, je ne m'y plonge plus. Si j'ai eu des émotions devant le geste de mon frère, je ne les éprouve plus.
Je me demande si Telly avait lui aussi tiré un trait sur le passé. Jusqu'à ce matin...

Une des fausses idées les plus répandues concernant le pistage de fugitif voudrait que ce soient les limiers eux-mêmes qui tombent miraculeusement sur le râble de leur cible. Mais même expérimenté et travaillant en terrain connu, un pisteur comme Cal ne pouvait progresser qu'à un kilomètre à l'heure. Etant donné que le fugitif se déplaçait, lui, à cinq kilomètres à l'heure, Cal et ses coéquipiers n'avaient guère de chance de le rattraper...

Après un début du livre qui nous place aussitôt du côté des enfants maltraités et traumatisés, le lecteur est traversé par le doute, un doute efficace grâce à l'alternance des voix des différents protagonistes, au style fluide et sa façon bien à elle d'amener les différents rebondissements. 

Tout cela fait de ce roman un véritable page-turner remarquablement bien construit, bien que de façon tout à fait classique et déjà connu, ce qui ne m'a pas gênée du tout. 

L'auteur sait nous toucher avec des mots justes qui nous parlent de l'enfance maltraitée, des difficultés de s'adapter à différentes familles d'accueil, de la confiance jamais totalement retrouvée, et des traumatismes de l'enfance difficiles à oublier.

Un auteur à découvrir donc, pour les amoureux de thrillers, même si ses fans pensent que ce roman n'est pas son meilleur, et s'adresse davantage à des jeunes adultes, j'ai passé un très bon moment de lecture !

...si j'en suis encore au point de me demander comment on devient une famille, en revanche je sais déjà comment en perdre une. Je sais exactement ce qu'il faut pour briser une famille. Et se retrouver privée de ses deux parents...
L'assistante sociale avait raison : une famille ne se construit pas en un jour.
Mais il suffit d'un instant pour la détruire.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 05:20
Seuil/ Editions du Sous-Sol, 2020 (photo de couverture personnelle)

Seuil/ Editions du Sous-Sol, 2020 (photo de couverture personnelle)

A un moment donné
Dans une galaxie nommée voie lactée
Sous toutes les étoiles
Entre tous les humains
Toi et moi, nous nous sommes rencontrés

Voici un livre-album, reçu dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle de Babelio que je remercie ici ainsi que les Editions du Seuil et du Sous-Sol. J'ai été heureuse de le découvrir en avant-première de sa parution, prévue le 4 novembre prochain. 

 

A réception, j'ai été très surprise en ouvrant ses pages, car je m'attendais à un livre avec davantage de texte mais finalement, malgré la rareté de celui-ci, c'est un album qui en dit long...sur le thème de l'amitié. 

Les images et les quelques mots qui les illustrent sont en effet des "déclencheurs d'évocation" et souvent... d'émotions. 

Chacune des illustrations occupe l'espace d'une double page. Certaines sont poétiques, d'autres plus réalistes, certaines évoquent des lieux que nous n'avons jamais fréquentés ou dans lesquels nous ne nous projetons pas, d'autres au contraire, sont ceux où nous avons rencontré nous-même des amis ou partagé des moments heureux avec eux. Toutes mettent en avant nos différences et le miracle de la rencontre. 

Les phrases sont étalées sur plusieurs pages, il n'y a pas de ponctuation mais la lecture est rythmée par les illustrations car nous nous arrêtons un moment sur chacune. 

 

Je dois reconnaître que  je n'ai pas été attirée par toutes les pages. Chaque illustration évoque une situation, un moment précis parmi tous ceux qui sont possibles en matière de rencontres, autant de tranches de vie et de partages que de double-pages et immanquablement certaines vont nous toucher plus que d'autres. 

Au cours d'une vie, on a eu des amis, certains sont restés, d'autres ne sont plus là, nous avons cultivé l'amitié, ou au contraire nous avons laissé tomber nos amis, parfois sans raison apparente, ou ce sont eux qui nous ont laissé tomber, et puis, nous découvrons un jour pourquoi, et c'est un pas de plus qui nous fait avancer dans notre propre vie, une autre façon de savoir qui nous sommes au fond de nous.

 

Ce qui est émouvant dans cet album c'est qu'au fil des images, il évoque aussi le temps qui passe, ce temps dont on dispose au début de notre vie et qui peu à peu diminue l'espoir de se revoir, ou de se faire de nouveaux amis, ce temps qui inexorablement nous sépare, mais nous invite aussi à profiter de l'instant présent pour être et vivre ensemble.

 

Il me paraît évident que ce livre ne s'adresse pas aux enfants, ou aux ados, ou même aux adultes ! Il s'adresse à tous ! Il y a des situations pour tous les âges de la vie : c'est donc bien le genre d'album à partager en famille et entre amis pour en parler ensemble, se souvenir, échanger sur nos ressentis et nos expériences positives ou négatives, heureuses ou douloureuses, celles que nous vivons actuellement, avons vécu ou espérons vivre un jour...

Un album à découvrir ! 

Heike Faller et Valerio Vidali ont déjà publié ensemble précédemment un livre intitulé "Cent ans : Tout ce que tu apprendras dans la vie" que je ne connaissais pas. 

Les auteurs nous expliquent à la fin du livre comment est né ce projet d'écrire ensemble sur l'amitié, un miracle pour deux personnes dans ce vaste monde, que de se rencontrer, de se plaire assez pour avoir envie de poursuivre et d'approfondir la rencontre...

 

Heike Faller est rédactrice au sein du magazine Zeit. 

Valerio Vidli est un illustrateur italien installé à Berlin. Il publie dans des revues internationales et a été sélectionné de nombreuses fois pour de grand prix. 

L'ouvrage est traduit par Olivier Mannoni. 

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 05:20
Folio classique 2012

Folio classique 2012

Comment se fait-il que parfois nous revenions vers des lectures de notre adolescence qui sont entre-temps devenues des classiques ?

C'est ce que j'ai eu envie de faire cet été, lorsque j'ai trouvé cette oeuvre dans une boîte à livres d'un petit village de Haute-Loire, je n'ai pas hésité une seule seconde. Pourtant je ne manquais pas de lectures apportées sous format papier dans ma valise, empruntées à la médiathèque numérique, ou téléchargées sur ma liseuse.

Et me voilà plongée à nouveau pour un grand moment de lecture-plaisir dans cette oeuvre romantique de Charlotte Brontë, lue déjà plusieurs fois pourtant, et avec toujours autant de plaisir ! 

...ce livre ne va pas être une autobiographie en bonne et due forme ; je ne suis tenue d'interroger ma mémoire que quand je suis sûre que ses réponses posséderont un certain intérêt...

Voici l'histoire pour celles (et ceux pourquoi pas !) qui ne la connaissent pas encore.

Jane n'a pas été gâtée par la vie. Devenue orpheline très jeune, elle est recueillie à Gateshead par son oncle qui à sa mort, fait promettre à sa femme qu'elle s'occupera d'elle comme si elle était sa propre fille. Or, vous vous en doutez, il n'en sera rien. Dès la mort de son époux, Mrs Reed écarte la petite fille de tous les plaisirs de son foyer. Elle ne la défend jamais quand John, son monstrueux fils, la harcèle et la maltraite, et gâte sa fille Georgiana sans penser qu'elle pourrait faire de même avec Jane. Un jour, alors que la petite fille tombe malade après avoir été enfermée par sa tante dans une pièce où elle a cru voir un fantôme, Lloyd, le médecin appelé en renfort, propose qu'on envoie la fillette dans une école afin de l'éloigner (pense-t-il tout bas) de cette famille malfaisante. 

 

A Lowood, elle connaîtra des joies et des peines, et recevra une solide éducation chrétienne et une culture générale qui lui sera bien utile par la suite. L'établissement est insalubre, l'économe nourrit très mal les fillettes, ne chauffe pas suffisamment les dortoirs et les salles de vie, des épidémies surviennent et c'est durant l'une d'entre elles que Jane perdra sa seule amie, Helen.  La vie était bien rude en ce temps-là... 

Suivant l'exemple donné par son professeur Miss Temple, que la jeune fille admirait et par qui elle a été fortement encouragée, Jane devient enseignante dans cette école.  Puis ayant besoin de changement, elle décide un jour de passer une annonce pour devenir gouvernante.

 

C'est ainsi qu'elle débarque à Thornfield, dans la vie de M. Rochester pour s'occuper de sa petite pupille.

Peu à peu, ce mystérieux et ombrageux personnage va se rapprocher de Jane jusqu'à la demander en mariage. Mais alors que le jour du mariage arrive, un mystérieux secret touchant celui qu'elle continue à considérer encore comme son "maître", est dévoilé au grand jour.

Jane s'enfuit...seule et sans argent. 

La soirée n'était ni éclatante ni splendide, mais le temps était beau et doux ; les faneurs étaient à l'ouvrage tout le long du chemin ; et le ciel, s'il était loin d'être sans nuages, était tout de même assez prometteur pour l'avenir...
Je me sentis contente de voir la route se raccourcir sous mes pas ; si contente que je m'arrêtai un moment pour me demander que ce signifiait cette joie et pour rappeler à ma raison que ce n'était pas chez moi que je rentrais...

Il est vain de prétendre que les êtres humains doivent se satisfaire de la tranquillité ; il leur faut du mouvement ; et s'ils n'en trouvent pas, ils en créeront.

Bien évidemment, ne comptez pas sur moi si vous ne connaissez pas l'histoire pour vous raconter la suite, ni en quoi consiste ce secret bien gardé, ni ce que Jane va devenir par la suite,  ni les personnes qui sur sa route vont l'aider, ou ce qui adviendra de sa vie.

Ce serait dommage de ne pas vous laisser le découvrir !

 

Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce roman osé pour l'époque car totalement anti-conformiste, est remarquable par l'analyse minutieuse qu'il fait des différents personnages, de leurs ressentis, et des différentes situations, ainsi que des solutions qui sont choisies par chacun d'entre eux pour continuer à vivre.

Jane a comme on dit un caractère bien trempé. Très jeune, elle se révolte contre sa condition d'opprimée, en tant que petite fille appartenant à une famille qui la rejette. C'est une enfant rebelle ! Plus tard, en tant que femme, désirant être libre et non soumise à un homme qui déciderait de tout à sa place, et la considérerait comme une pauvre petite chose fragile, elle surprend par l'énergie qu'elle met à être indépendante à tous prix. C'est avant tout une femme passionnée, mais lucide, prête à n'écouter que son cœur et bien décidée à ne pas remettre à plus tard la réalisation de ses rêves. 

 

Les hommes apparaissent d'ailleurs souvent protecteurs, mais distants au point de ne jamais donner libre cours à leurs sentiments. Ils sont froids, calculateurs et font passer la raison avant les sentiments...

Mr Rochester est l'anti-héros par excellence, mal dans sa peau, n'aimant pas son physique. Et bien que tout l'oppose à Jane, leur histoire d'amour a conquis et fait rêver des générations de jeunes filles et de jeunes (et moins jeunes) femmes tant elle est universelle et proche du conte de fées. 

 

C'est un roman indémodable car il est d'avant-garde par son côté "féministe"... Quand on pense qu'il a été écrit au XIXe siècle !

Il contient des passages proches du fantastique qui renforcent le côté mystérieux de l'histoire, et il aborde des sujets difficiles et toujours d'actualité, comme la folie et la honte qui va avec les familles touchées par ce "fléau", la maltraitance des orphelins ou des personnes mal-nées, le harcèlement moral et physique, les inégalités homme-femme, les rapports de classes, les croyances et les tabous, et enfin, la religion.

L'auteur a publié ce roman pour la première fois en 1847, sous le pseudonyme de Currer Bell. Le livre s'inspire de plusieurs épisodes de sa vie et il est donc en partie autobiographique. Il est paru en France pour la première fois en 1854, sous le titre "Jane Eyre ou les mémoires d'une institutrice". 

Sa lecture me donne envie de me replonger durant l'hiver, dans  la (re)découverte des romancières anglaises... et de, pourquoi pas, revoir aussi une des multiples versions de ce roman adaptées au cinéma. 

J'étais dans ma chambre personnelle comme d'habitude : toute seule, sans changement manifeste ; rien ne m'avait frappée, ni endommagée, ni mutilée. Mais où était la Jane Eyre d'hier ? Où était sa vie ? Où était son avenir ?

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 05:20
Edition Charleston, 2017 / Pocket, 2018

Edition Charleston, 2017 / Pocket, 2018

Sur le seuil de la maison, au moment de la séparation, la peur de l'inconnu s'était emparée d'elle. un instant elle avait été prise du désir de tout arrêter, de choisir la sécurité, de renoncer à ses projets qu'elle jugeait brusquement insensés. Elle avait parcouru du regard la maison, le jardin, la fontaine, avant de se ressaisir. Jarulpa n'avait pas cherché à l'encourager dans un sens ou dans l'autre. Elle l'avait serrée contre elle...

Cela fait dix ans que Shemlaheila cueille les feuilles de thé dans une plantation du Sri Lanka. Mais maintenant que sa mère est morte et qu'elle n'est plus là pour la protéger du contremaître, l'effrayant Datu-Ghemi, avide de jeunes femmes et imbu de lui-même et de son pouvoir, elle n'a qu'une envie c'est quitter son pays pour l'Angleterre où elle espère bien apprendre l'anglais et étudier la comptabilité. Son rêve...revenir un jour à la plantation pour travailler dans les boutiques qui accueillent les touristes étrangers. 

Mais aura-t-elle le courage de tout quitter et de s'affranchir de sa condition de femme, toujours soumise dans sa culture à l'autorité des hommes ?

 

Un matin, bien que terrorisée, Shemlaheila rassemble ses maigres affaires, et quitte la plantation pour rejoindre tout d'abord sa tante en Inde. Celle-ci est guérisseuse et comprend très bien qu'à vingt ans, sa nièce a d'autres rêves que de rester auprès d'elle. Elle va tout faire pour l'écouter et l'encourager.

Son visa pour Londres en poche, dans l'incapacité de se payer un billet d'avion, Shemla va embarquer sur un cargo où, elle trouvera de l'aide auprès d'un groupe d'anglais rentrant au pays. 

Là-bas, de découvertes en découvertes, de petits boulots en petits boulots, la chance va être de son côté. Sa beauté, son charme et son intelligence vont beaucoup l'aider. Sa persévérance et les personnes qu'elle va trouver sur sa route, vont lui permettre de mener à bien ses projets et même d'en élaborer de nouveaux auxquels elle n'aurait jamais songé, comme celui de revenir un jour dans son pays, pour y habiter et y vivre, autrement...

Vous l'aurez compris, une autre vie l'attend ! 

 

Dans son pays, les femmes devaient veiller à ne pas attirer sur elles les regards masculins. Elles voyageaient dans des wagons qui leur étaient réservés, se regroupaient à l'arrière des autobus, rentraient chez elles avant la nuit, dissimulaient leurs formes sous les plis de leur sari. Elle se souvint de sa surprise le jour où elle avait porté un short pour la première fois sans que personne n'y prête attention ; de l'exaltation qui s'était emparée d'elle...

L'auteur, que j'avais découverte en lisant "Le printemps des femmes" présenté ICI sur ce blog est professeur d'histoire à la retraite.

Elle nous offre ici un beau roman, simple et accessible mais très documenté et bien construit et nous permet de découvrir une héroïne attachante.

Bien entendu, les hasards n'en sont pas vraiment et l'histoire, avec sa happy-end, peut être critiquable par son côté un peu trop idyllique. Le lecteur n'est pas stupide et sait très bien que rien ne se passe ainsi pour la très grande majorité des immigrés, mais il s'agit d'une fiction, ne l'oublions pas.

 

Les passages qui décrivent la vie quotidienne dans les plantations, le harcèlement moral et physique que subissent les cueilleuses au travail,  mais aussi dans leur vie quotidienne, sont très réalistes et non dénués de violence, et le contraste entre la culture indienne et occidentale est édifiant. 

Nous le savons tous, la condition des femmes est loin d'être enviable là-bas et le commerce local ne profite pas à la population la plus pauvre qui en aurait pourtant bien besoin. Les femmes sont particulièrement exploitées et soumises, les hommes particulièrement violents, non seulement sur leur lieu de travail mais aussi à la maison...il est si facile en Inde de se débarrasser d'une femme dont on ne veut plus.

 

L'histoire de cette jeune fille et de toutes celles qui comme elle, sont exploitées dans les plantations de thé, est un espoir vers un monde meilleur (utopique, certes), un monde dans lequel toutes les femmes pourraient enfin être libres de leurs propres décisions et de leurs propres vies.

C'est un livre agréable à découvrir en famille surtout si vous avez des adolescent(e)s à la maison avec qui je vous prédis de nombreux débats enrichissants autour des différents sujets abordés dans le roman, car bien entendu, il s'agit d'un roman intéressant pour une première découverte, une ouverture sur un autre monde et une autre culture que la nôtre, sans oublier que c'est un roman contemporain qui permet de faire comprendre aux occidentaux que par nos achats de thé, nous induisons tel ou tel comportement à l'autre bout de la planète...vous ne l'oublierez plus après la lecture de ce livre. 

 

Ce roman a obtenu le prix du livre romantique en 2017. Il était temps que je le lise !

Les yeux fermés, les oreilles bourdonnantes, elle se laissa aller à la souffrance de la séparation, inévitable. Mieux, elle remerciait les larmes salvatrices qui roulaient sur ses joues, mettaient un baume sur sa douleur. Plus tard viendraient l'exaltation du retour, la joie de son enrichissement, la gratitude pour ce qu'elle était devenue. Elle n'avait pas seulement appris la langue, elle n'avait pas seulement engrangé des connaissances, elle avait appris la liberté d'être femme.

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 05:22
Albin Michel, 2019

Albin Michel, 2019

Il l'avait revu, sa haute silhouette se dandinant sur une place devant la terrasse d'un café : il jouait de l'olifantastique, dont le son évoquait le ululement du hibou aussi bien que le chant plaintif d'une baleine. Natan s'était empressé de le rejoindre, mais arrivé à sa hauteur, il s'était posé en retrait. Les gens écoutaient l'homme oiseau-baleine d'une oreille distraite, ils parlaient entre eux, riaient, buvaient et fumaient. L'enfant, lui, était captivé par cette étrange mélodie, il n'avait jamais rien entendu de semblable, et une fois encore des bulles de soleil s'étaient mises à flotter dans sa tête, lui donnant le tournis...

Un jour Natan l'avait interrogé sur son pays d'origine. Gavril avait juste répondu qu'il était d'une grande beauté ; oui, avait-il insisté, d'une formidable beauté _paysages, villages, églises en bois et monastères, montagnes et rivières, et les forêts à perte de vue, à perte de mémoire tant elles sont anciennes, sauvages. Alors pourquoi l'avoir quitté, s'était étonné l'enfant. Parce que des tyrans, l'un chassant l'autre, chacun reprenant goulûment le flambeau, avaient mis cette beauté sous séquestre.

De passage à Paris, Natan découvre un avis de recherche sous un abri-bus. Sa vie est bouleversée : il connaît en effet ce vieil homme qui a disparu, il le croyait mort depuis plus de 25 ans, tout du moins c'est ce qu'on lui avait dit. Profondément perturbé, il va remonter le fil de sa morne vie et nous parler de ce mystérieux Gavril, un saltimbanque d'origine roumaine, qui a tant compté pour lui durant son enfance et son adolescence. C'est Gavril qui l'a sauvé de son quotidien triste et vide, lui offrant rêve et poésie dans les rues de Paris, le nourrissant de tout ce qui est nécessaire pour grandir, lui apprenant à jouer avec les mots et à connaître ses désirs,  et qui a fait de lui, enfant timoré et renfermé, un adolescent épanoui. 

Natan dont on découvrira la vie, de sa naissance à l'âge adulte au fil de notre lecture, nous offre ici un voyage dans le pays de Gavril, la Roumanie. Mais une Roumanie terrible, un pays qu'il a fui car il lui a pris tous les siens, et où il ne voulait plus jamais retourner, quoi qu'il advienne. Rescapé de terribles épreuves, Gavril choisira de ne pas mourir en étant privé une nouvelle fois de cette liberté qui lui est si chère à présent...

 

Voilà un court roman tout en finesse, en tendresse et en poésie, une histoire simple d'amitié et d'attachement intergénérationnelle, qui sous la plume particulière de Sylvie Germain, prend toute sa profondeur et sa force.

Les personnages sont lumineux, le lecteur s'attache à Gavril dès le début du roman, comprend ses motivations et ses actes. Il découvre la vie de Natan (ou Nathan selon les passages du livre !), son enfance auprès d'une mère indifférente et toujours triste, et comprend ainsi au fur et à mesure que les différents éléments se mettent en place, pourquoi il fera certains choix. Marqué à jamais par sa rencontre avec Gavril alors qu'il était un petit garçon, il ne pouvait que suivre ses pas.

 

J'ai adoré la première partie qui relate la rencontre entre Gavril et Natan et leurs déambulations poétiques dans les rues de Paris. La seconde ressemble davantage à une quête durant laquelle le lecteur redécouvre l'Histoire de la Roumanie...

La narration alterne entre passé et présent, ressenti d'aujourd'hui et souvenir du passé.

C'est un livre empli d'humanité qui ressemble à un conte moderne et qui se savoure tranquillement. C'est aussi un bel hommage aux poètes des rues...

A découvrir ! 

Que deviennent les pas des piétons de jadis, leur écho se perd-il à jamais dans le brouhaha du temps ou se condense-t-il en fines poussières de sons aux vibrations imperceptibles sous les pavés des rues, dans l'asphalte des trottoirs ?

On prétend que les plus beaux poèmes sont ceux que l'on n'a pas écrits. La plupart des gens n'en composent pas, mais tous en font rien qu'en vivant...

Il disait que la joie, on peut en donner sans compter, même quand on n'en éprouve pas soi-même, parce que du seul fait d'en donner, on la crée...

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 05:20
HarperCollins, 2020

HarperCollins, 2020

Il n'est pas d'accord. Sa mère est douce avec lui. Même s'il s'en défend, il aime encore quand elle le prend dans ses bras pour déposer un baiser sur son front. A côté d'elle, son père est un vrai bourrin, dur au mal, sans une once de romantisme. Ils sont comme la lumière et les ténèbres.

Owen Maker est un homme "transparent" qui mène une vie bien rangée dans une petite ville de l'État de Washington. Pourtant il a vraiment une vie difficile depuis son divorce. Son ex-femme Sally avec qui il partage la maison familiale, scindée désormais en deux parties, lui mène en effet la vie dure. Elle n'accepte pas leur séparation et fait des tentatives de suicide répétées dès qu'il essaie de mener une vie normale. De plus, ses ex-beaux-parents ne cessent de le supplier de revenir vivre avec elle, passant outre ses propres sentiments, et comme il travaille toujours comme vendeur de voiture chez son beau-père, dont il est le vendeur préféré (sous-entendu, car lui rapportant le plus d'argent) cela complique encore les choses. Mais rien ne le fera revenir vivre avec Sally, de ça il en est certain : il supporte de moins en moins sa vie de "captif" et ne désire qu'en changer.

Owen passe souvent de mauvaises  nuits. Il fait de terribles cauchemars qui deviennent de plus en plus effrayants au fil du temps. Ils seraient d'après le neurologue qui le suit, des réminiscences de son passé. Il a en effet été retrouvé grièvement blessé au fond d'un ravin, alors qu'il était un jeune adolescent et ne se souvient de rien, ni de l'accident, ni de son identité ou de sa vie d'avant. Comme personne de sa famille ne s'est jamais manifesté, il n'a jamais cherché à quitter la région, espérant toujours découvrir d'où il vient. 

 

Lorsqu'il rencontre par hasard la jolie Jenna, une jeune policière, il n'en revient pas... et tombe immédiatement amoureux. Mais, alors que cette rencontre lui apporte une lueur d'espoir, tout se complique...

Le FBI et la police découvre des traces de son ADN sur une scène de crime ! Tout semble l'accuser et comme il sort très peu de chez lui, personne ne peut confirmer son alibi. Sa vie devient alors un enfer, car tout le monde en est persuadé, il ne peut être que le terrible tueur en série, recherché depuis des années dans la région, surnommé Twice, parce qu'il enlève toujours deux victimes à la fois, les séquestre, et les viole... avant de les relâcher quand il n'a plus besoin d'elles, quelques jours ou des années après...mortes mais toujours habillées comme le jour de leur disparition.

Vous vous en doutez, Owen ira de surprise en surprise et lui qui voulait tout savoir sur ses origines, en aura pour son argent... mais à quel prix ! 

Un hurlement d'épouvante retentit quelque part dans la maison. Un cri qui se transforme vite en appels au secours. Son cœur martèle ses côtes comme s'il voulait s'échapper de sa cage thoracique. A présent, les cris de détresse se sont mués en suppliques qui la tétanisent et lui font monter les larmes aux yeux. Une sorte d'instinct primaire l'alerte : on n'émet pas ce genre de sons sans avoir une raison viscérale de le faire.

Voilà un thriller psychologique haletant dont la lecture m'a permet de découvrir cet auteur que je n'avais pas encore lu mais dont j'avais beaucoup entendu parler. Dans ce thriller, l'auteur aborde le thème de l'enfance et de ses cicatrices, souvent indélébiles, le thème de l'oubli et de l'émergence parfois inattendu des souvenirs et des traumatismes. Elle plonge dans la psychologie du tueur en série et cherche à comprendre comment et pourquoi il est devenu un psychopathe. A quel moment dans la vie, tout peut déraper et quel choix se présente alors. Le tueur en série, dont elle dresse le portrait, a ses raisons,  ses travers, son propre mode de fonctionnement...

En dehors du tueur en série et d'Owen, le lecteur va croiser toute une série de personnages, surtout féminins et entrer dans leur psychologie...mais il ne faudra pas se fier aux apparences !

En parallèle de l'histoire, le lecteur fait connaissance avec Mary, une des captives de Twice. Elle nous parle de son enlèvement, de ses conditions de séquestration et des violences subies ce qui rajoute à l'horreur de la situation. 

Bon je l'avoue, j'ai deviné très vite certains aspects de l'histoire, mais j'ai passé un très bon moment de lecture parfait pour les vacances. 

 

Un grand merci à Alex qui m'a donné envie de découvrir ce titre et cet auteur. Vous pouvez aller lire son avis ci-dessous...

Une graine pourrie a été plantée dans le cœur de ce garçon. Dans le terreau de sa haine, elle germe, tant et si bien qu'elle ravage tout ce qu'il aurait pu devenir.

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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 05:15
Albin Michel 2020

Albin Michel 2020

Ah, je préfère ça se dit Frances lorsqu'elle aperçut au loin la majestueuse demeure victorienne. Le long de la route désormais goudronnée_quel soulagement_, la végétation devenait plus verte, plus délicate à mesure qu'elle s'en approchait. Tranquillum House s'élevait sur trois étages et sa façade de grès était surmontée d'une toiture en tôle ondulée rouge et d'une tourelle. Frances eut la délicieuse sensation d'être propulsée à la fin du XIXe siècle, même si le ronron de la Lamborghini jaune poussin derrière elle gâchait quelque peu son voyage dans le temps.

Elle [Frances] avait participé à la marche des femmes, bon sang ! On ne pouvait pas l'accuser de "porter atteinte au féminisme" sous prétexte qu'elle décrivait la couleur des yeux de son héros ! Comment pouvait-on tomber amoureux de quelqu'un sans connaître la couleur de ses yeux ?

Neuf citadins aisés se retrouvent pour dix jours de cure dans un établissement huppé, perdu au milieu de nulle part, le "Tranquillum House". Ce qu'ils veulent tous, avant tout, c'est changer de vie, car ils ont de graves problèmes personnels qu'ils n'arrivent pas à régler tout seuls. Ils sont venus sous les conseils d'un ami ou d'un membre de leur famille, et malgré quelques avis mitigés lus ici ou là sur les réseaux sociaux, ils sont en confiance. La seule consigne claire est de ne pas apporter d'aliments prohibés.

 

Le lecteur va faire connaissance avec...un jeune couple, Ben et sa femme Jessica, pour qui rien ne va plus depuis qu'ils ont gagné au loto et que Jessica a eu recours à la chirurgie esthétique ; Tony Hogburn, un ancien champion de footy (le foot australien) ; Carmel, mère de quatre petites filles, divorcée et persuadée que son mari est partie parce qu'elle était en surpoids ; Napoléon, un enseignant qui croit aux vertus du développement personnel,  Heaver, sa femme qui ne se remet pas de la mort de leur fils, et leur fille Zoé, la plus jeune du groupe ;  Lars, un charismatique avocat homosexuel ; et puis il y a Frances Welty, une auteure de romans sentimentaux déçue parce que son dernier livre a été refusé et qu'elle vient de subir une arnaque particulièrement éprouvante...

 

Masha, la directrice qui a elle-même changé de vie après une crise cardiaque, et son personnel (Delila et Yao en particulier) n'ont qu'une seule envie c'est de rendre leur séjour inoubliable et surtout, de faire d'eux des êtres nouveaux, capables d'affronter leur vie et ses problèmes, tout du moins en apparence.

Elle leur propose donc des séances de Tai chi, de méditation, de yoga, des jours de jeûne ou une nourriture adaptée à leurs problèmes de santé, des massages, ou bien tout simplement des balades (parfois nocturnes), entre deux smoothies ou deux séances de piscine...

Ils doivent absolument ressortir transformés de leur dix jours de vie commune dans ce lieu paradisiaque.

 

Mais Masha décide de tester une nouvelle méthode révolutionnaire (et illégale) que nos neufs personnages vont découvrir peu à peu, non sans surprise au début, puis avec de plus en plus d'effroi.

Car vous vous en doutez, rien ne se passera comme prévu ! 

Elles détestaient presque toutes leur corps. Les femmes et leur corps ! Il n'y a pas de relation plus violente ni plus toxique. Masha avait vu des femmes pincer le gras de leur ventre avec tant de dégoût et de brutalité qu'elles en avaient des bleus. Pendant ce temps-là, leurs maris, bien plus empâtés, se tapotaient affectueusement le ventre d'un air mi-fier, mi-penaud.

Tony n'avait pas imaginé qu'être grand-père se résumerait à parler de choses incompréhensibles avec trois enfants au drôle d'accent via un écran Quand il s'était projeté dans ce rôle, il s'était représenté une petite main collante agrippée à la sienne en toute confiance, une promenade tranquille jusqu'au magasin du coin pour acheter des glaces Mais cela n'arrivait jamais Et de toute façon le magasin du coin avait fermé...

C'est le second roman de l'auteur que je découvre. J'avais fait sa connaissance en lisant "Le secret du mari", présenté ICI. Celui-ci est un roman choral : chacun des chapitres donne la parole à un des neuf personnages, en plus de Masha et des membres du personnel.  

 

L'auteur aborde différents thèmes d'actualité comme les difficultés de la monoparentalité, le désir d'enfant quand on est homosexuel, l'attrait et la superficialité des réseaux sociaux, le deuil, la culpabilité, la difficulté à se remettre en question...

L'auteur sait encore une fois nous faire entrer avec humour et finesse dans la psychologie des personnages. Le lecteur découvre la réaction des différents protagonistes au fur et à mesure des événements. Rien ne nous étonne vraiment, vues les situations qu'ils vont avoir à vivre. Les langues se délient un peu, les angoisses resurgissent, les secrets enfouis apparaissent au grand jour, le lâcher prise est obligatoire pour tous mais pas si évident que ça à atteindre quand on est en groupe. C'est intéressant d'observer les réactions des différents personnages, mais de se demander aussi, jusqu'où va aller leur acceptation, face à ce que Masha leur fait subir. Heureusement certains se révoltent et d'autres ne perdent pas leur sang-froid.

 

J'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs, mais le suspense qui nous donne vraiment envie de savoir comment le séjour va se terminer,  les fait vite oublier. 

 

J'ai aimé aussi le cynisme de la directrice, tout en trouvant affolant qu'une personne aussi perturbée personnellement et sans formation, devienne coach.

Le roman nous permet de mener une réflexion très juste sur la mode actuelle du coaching qui se décline à peu près dans tous les domaines. Il faut dire que la vague de mal-être qui déferle dans nos sociétés, amène l'industrie du développement personnel, donc des stages de bien-être, à se développer alors qu'il s'agit d'un besoin, entièrement créé par nos sociétés modernes.

La quête  du bonheur est indispensable, certes, mais à quel prix ! 

 

Vous pouvez découvrir l'avis de Brigitte (Ecureuil bleu) ICI

Elle [Frances] songea qu'il serait sûrement déplacé de prier pour la délivrance dans la situation présente alors qu'elle n'avait pas rendu grâce à Dieu depuis si longtemps. Il aurait peut-être apprécié une petite carte au fil des ans...

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 05:13
Presses de la Cité, 2020

Presses de la Cité, 2020

Tanaé me fait rire avec ses légendes qui remontent à trois millénaires...

- Vous savez, ici, à force de ne voir que des cocotiers, on finit par se demander ce que les touristes peuvent bien trouver d'original dans nos paysages.

Au cœur des îles Marquises, dans cet archipel isolé du reste du monde, elles sont cinq femmes à avoir été sélectionnées pour un atelier d'écriture particulier, animé par le célèbre auteur de best-sellers,  Pierre-Yves François, PYF pour les intimes. Elles ont toutes été choisies pour une raison bien connue de la seule organisatrice qui elle, est restée en Europe et les appelle tous les jours à heure fixe.  

Ces écrivaines en herbe sont hébergées dans la pension de Tanaé, qui vit là, sur l'île de Hiva Oa, l'île aux tikis, avec ses deux filles, Poe et Moana, et fait tout son possible pour rendre le séjour de ses hôtes agréable. 

 

Martine est une star sur son blog et sur Instagram mais elle se dévoue surtout à ses dix chats;  Éloïse est la douceur incarnée et elle sait particulièrement bien charmer son monde, mais cache un lourd secret ; Marie-Ambre est riche et le montre à tous, elle est venue accompagnée de Maïma qui connaît déjà les lieux ; Clémence est curieuse de tout et toujours en tenue de sport, c'est l'aventurière du groupe ; et enfin Farèyne est capitaine de police. Elle est venue avec  Yann, son mari qui est gendarme... 

 

Les débuts sont prometteurs, elles aiment toutes écrire et se régalent avec PYF qui ne les déçoit pas. 

Mais dès le second jour, alors qu'elles sont toutes invitées à écrire leurs observations et leur ressenti durant leur séjour, et que les premiers exercices pratiques "Avant de mourir je voudrais..." ont déjà été ramassés par l'écrivain, celui-ci disparaît mystérieusement...

Véritable disparition ou simple jeu pour stimuler leur imagination ?

Et si chacune d'elles avait des raisons bien à elles de se retrouver-là pour se séjour particulier sur cette île de rêve ? Êtes-vous bien certains qu'elles soient arrivées-là par hasard ? 

Comment se fait-il que les cinq tikis installés sur l'île récemment par un mystérieux artiste local, ressemble comme par hasard aux cinq femmes que personne ne connaissaient auparavant ? 

 

Evidemment je ne vais pas vous en dire plus, juste qu'une d'entre-elles va être assassinée...

Qui sera la prochaine ?

Je suis debout sur la dalle de basalte. Immobile. C'est une pierre de sacrifice, destinée à s'y agenouiller, la tête penchée au-dessus de la pierre voisine, celle du bourreau. La roche en est encore rose, gorgée du sang des centaines de Marquisiens décapités ici pendant des siècles...
Le tatoueur se tient à côté de moi.

Comme j'apprécie beaucoup l'auteur, qui sait si bien nous surprendre dans chacun de ses romans, j'ai passé un bon moment de lecture, dépaysant, dans un lieu paradisiaque. Mais je note tout de même que ce roman-ci n'est pas son meilleur et que j'avais sans doute mis la barre trop haut, ce qui explique mon léger sentiment de déception. Les personnages m'ont paru un peu trop caricaturaux au départ, mais c'est nécessaire pour la suite et de toute façon, il ne faut jamais se fier aux apparences avec Bussi, vous le savez bien !

Comme d'habitude, il distille le doute avec juste ce qu'il faut pour que nous ne sachions plus qui est qui. Très vite, on comprend les motivations de certains personnages et on sait que les dés sont truqués, mais on ne sait pas tout ce qu'il faudrait savoir, et cela aiguise forcément notre curiosité et nous donne envie de poursuivre notre lecture.

 

J'ai aimé me retrouver immergée dans ce paradis aux multiples mystères, une terre qui a inspiré Gauguin et Brel dont l'auteur nous parle tout au long du livre. Il nous parle aussi beaucoup de "Dix petits nègres" auquel il fait souvent référence (et nous-aussi du coup !). Le lecteur fait connaissance avec les coutumes de l'île, les symboles, la vie des autochtones, l'importance du tatouage et sa signification. 

Le roman alterne essentiellement les voix de Maïma qui écrit le déroulé de l'enquête, celles de Clémence et parfois de Yann. Mais au milieu, se glisse judicieusement les écrits des apprentis-écrivaines.

Le rythme est soutenu même si l'action met du temps à se mettre en place mais on profite tous du soleil et de la plage n'est-ce pas ? C'est aussi le but du voyage ! 

 

J'ai eu du plaisir à cette lecture simple et facile, mais prenante et parfaite pour les vacances et j'ai passé un bon moment au milieu de la forêt tropicale à tenter de résoudre l'énigme. 

Avant de mourir, je voudrais...

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 05:15
Albin Michel 2019

Albin Michel 2019

Elle songe aux débuts de l'homme dans le service. Elle l'a vu étudier, noter, soigner, chercher, découvrir ce qu'aucun n'avait découvert avant lui, penser comme aucun n'avait pensé jusqu'ici. A lui seul, Charcot incarne la médecine dans toute son intégrité, toute sa vérité, toute son utilité...Elle se sent fière, oui, fière et privilégiée de contribuer depuis près de vingt ans au travail et aux avancées du neurologue le plus célèbre de Paris.

La foi inébranlable en une idée mène aux préjugés. T'ai-je dit combien je me sentais sereine depuis que je doute ? Oui, il ne fait pas avoir de convictions : il faut pouvoir douter, de tout, des choses, de soi-même. Douter. Cela me semble si clair...

L'histoire nous emmène à l'hôpital de la Salpêtrière au XIXe siècle. Le professeur Charcot, le célèbre neurologue y règne en maître. Des jeunes femmes ou des moins jeunes, originaires de familles pauvres ou riches, sont enfermées sous divers prétextes parfois pendant des années.

 

Là, travaille Geneviève. Elle est infirmière et intendante. Elle a consacré toute sa vie à aider le professeur qu'elle admire profondément, sans jamais avoir reçu de sa part,  un seul mot de remerciement. Elle est responsable de ces femmes ; elle tente de les apaiser, de les comprendre et de les aider quand elle le peut, sans pour autant leur manifester d'affection. Elle les rassure aussi lorsque le professeur Charcot vient les examiner et leur faire "subir" une de ses séances d'hypnose, avec lesquelles il espère guérir leur crise d'hystérie, ou tout du moins à défaut, l'étudier de plus près pour mieux en comprendre le déroulement et en limiter la venue. Pendant ces séances, les jeunes femmes se retrouvent exposées devant un public entièrement masculin de jeunes étudiants très attentifs à l'enseignement du maître, mais moqueurs et pas toujours respectueux de la "folle" qui est objet de l'étude. 

 

A l'asile, la grande joie de l'année, c'est à la mi-carême, quand un grand bal est organisé au sein de l'hôpital, "le bal des folles". Pendant des semaines, les femmes travaillent à leur costume, font des essayages, s'égaient dans les couloirs ou les dortoirs et l'ambiance est presque légère et améliore notablement l'humeur de toutes. De plus, ce bal attire les foules. Les membres de la bonne société bourgeoise sont tous invités et peuvent ainsi venir satisfaire une curiosité mal-placée, le temps d'une soirée. Côtoyer ces femmes qui font peur mais fascinent, les font aussi fantasmer. 

 

Charcot espère leur montrer que ces jeunes femmes sont comme les autres. Ce faisant,  il les expose comme des animaux et non comme des êtres humains ! Qu'elles soient dépressives, hystériques, maniaques, ou en proie à des crises d'épilepsie, qu'elles aient été enfermées là parce qu'elles étaient seulement éprises de liberté, veuves jugées trop joyeuses, femmes de mauvaise de vie, ou jeunes filles de bonne famille trop délurées, toutes sont traitées à la même enseigne. 

 

En plus de Geneviève, le lecteur va côtoyer la toute jeune Louise, abusée par son oncle qui deviendra hémiplégique suite à une séance d'hypnose, Thérèse une ancienne prostituée qui tricote à longueur de journées des châles pour ses copines de dortoir, mais mais qui se sent tellement plus en sécurité à l'asile qu'elle ne désire plus en sortir. L'extérieur fait peur quand on est enfermé trop longtemps et qu'on n'a plus de place dans la société, plus de famille, plus de lien avec la vie réelle.

C'est alors que les préparatifs du bal battent leur plein qu'Eugénie arrive à la Salpêtrière. Depuis toute petite elle "voit" les disparus et dialogue avec eux, ce qui est épuisant pour elle car ils lui transmettent souvent des messages. Quand son père apprend que ce mal dont elle souffre depuis l'enfance et qu'elle cache à son entourage, est toujours bien présent, il ne peut en supporter davantage et se sépare d'elle sans état d'âme. Abandonnée des siens, elle arrive à émouvoir Geneviève, qui va décider d'aider la jeune fille...

C'est un moment étrange, lorsque le monde tel qu'on le pensait jusqu'ici, lorsque les certitudes les plus intimes sont soudainement ébranlés - lorsque de nouvelles idées vous font appréhender une autre réalité. Il lui semble que jusqu'ici elle regardait dans la mauvaise direction, et que désormais on l'a fait regarder ailleurs, précisément là où elle aurait toujours dû regarder. Elle repense aux mots de l'éditeur : " Ce livre saura vous éclairer sur beaucoup de choses, mademoiselle"...

Voilà un premier roman dont on a beaucoup parlé à l'automne dernier et qui a reçu le Prix Renaudot des Lycéens. J'aime pendre du temps pour découvrir les prix littéraires et les romans dont la presse nous parle beaucoup trop, ainsi, quelques mois après, je me fais plus facilement ma propre opinion et je ne suis pas influencée par le battage médiatique. 

Pour moi, ce roman est une très belle découverte, le genre de livre dans lequel on apprend beaucoup de choses sans s'en apercevoir et que l'on termine à regret, désirant savoir ce que vont devenir les personnages, imaginant pendant plusieurs jours une suite car nous avons du mal à les quitter.

J'ai beaucoup aimé sa lecture et j'ai eu du mal à m'arrêter de lire pour faire autre chose. Je me suis immédiatement attachée aux personnages et en particulier à Eugénie. J'ai aimé aussi les pages qui décrivent l'ambiance de la vie dans la capitale au XIXe siècle.

J'ai découvert la teneur des expériences de Charcot sur les "hystériques" de la Salpêtrière dont bien entendu j'avais déjà entendu parler. Le lecteur entre dans les pensées de l'époque et la manière dont les femmes différentes, parfois réellement malades mais parfois non, étaient considérées et traitées. On a l'impression de participer à ses cours, de faire partie du public sans pouvoir agir. Les expériences effectuées par Charcot ne prennent pourtant pas beaucoup de place dans le roman, mais elles sont très présentes en arrière-plan. 

 

Cet ouvrage est un bel hommage fait à ces femmes.

Faire connaître leur destinée aux jeunes générations est une bonne chose et je vois que le public lycéen y a été sensible en lui attribuant un prix. 

Malgré la gravité du sujet, le ton sonne juste et c'est un roman à la fois profond et émouvant, mais qui reste facile à lire malgré quelques scènes choquantes. J'ai trouvé la plume de l'auteur très réaliste et imagée. Elle sait sans pathos provoquer notre colère et notre révolte devant les faits qui sont énoncés. Je suis heureuse de ne pas être née à cette époque, moi qui aie toujours été très curieuse de nature et encline à poser de trop nombreuses questions et à m'opposer à la normalité de la société...

Au-delà de ce retour sur l'histoire et sur les débuts de la psychiatrie, l'auteur nous parle donc de la condition des femmes au XIXe siècle, de la façon dont elles sont considérées par la gent masculine, de la facilité pour un père ou un mari de faire enfermer une femme parfois sur simple dénonciation d'un autre membre de la famille afin de ne pas entacher le prestige familial et cela quel que soit le milieu social...ça fait froid dans le dos ! 

A découvrir...mais peut-être l'avez-vous déjà fait ?

 

Les chaînes et les haillons laissèrent la place à l'expérimentation sur leurs corps malades : les compresseurs ovariens parvenaient à calmer les crises d'hystérie ; l'introduction d'un fer chaud dans le vagin et l'utérus réduisait les symptômes cliniques ; les psychotropes...calmaient les nerfs des filles...et avec l'arrivée de Charcot au milieu du siècle, la pratique de l'hypnose devint la nouvelle tendance médicale.

La folie des hommes n'est pas comparable à celle des femmes : les hommes l'exercent sur les autres ; les femmes, sur elles-même.

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 05:15
Albin Michel, 2007 / Le Livre de Poche, 2009

Albin Michel, 2007 / Le Livre de Poche, 2009

Enfant, je m'amusais souvent à dessiner le genre de maison que j'aurais aimé habiter. Dans mon imagination, un de mes endroits favoris était une pièce où je passerais mes après-midi à lire. Elle contenait toujours une cheminée et une bibliothèque. Ou un canapé confortable au creux duquel je me pelotonnais, un livre à la main...

Voilà un bon moment que je n'avais pas lu de roman de Mary Higgins Clark et puis j'ai trouvé celui-ci dans une boîte à livres... J'ai pensé tout de suite que ce serait une bonne lecture de vacances et je ne me suis pas trompée. En effet, même si ce titre est un peu en-dessous de ceux que j'ai déjà lu de cet auteur, j'ai passé un bon moment de lecture, sans prise de tête. 

 

Peter Carrington a tout pour être heureux car il vient de refaire sa vie avec Kay dont il est tombé fou amoureux alors qu'elle était tout simplement venue chez lui, lui demander de lui prêter sa maison pour y organiser un gala de charité...

Pourtant, il n'a pas vécu que des moments faciles dans sa vie. Quatre ans auparavant, son ex-femme Grace est morte noyée dans leur piscine, alors qu'elle était enceinte. Il y a vingt-deux ans, quand il était jeune, il a été le principal suspect dans la disparition de Susan, une jeune fille qui était son amie et qu'il était le dernier à avoir vu vivante cette nuit-là... Tout l'accusait puisqu'il l'avait raccompagné chez elle.

Mais alors que le jeune couple revient à peine de son voyage de noces, des ouvriers déterrent un cadavre en bordure du terrain des Carrington : cela ne fait aucun doute, c'est celui de Susan ! 

 

Persuadée de son innocence, Kay sa jeune épouse dont le père a travaillé dans la famille de Peter, va chercher à découvrir ce qui se cache derrière les apparences...

Enfant, elle venait déjà chez les Carrington car son père était le jardinier du domaine. Peu après avoir été licencié, il a lui-même mystérieusement disparu, sa voiture a été retrouvée au bord de la rivière mais son corps n'a jamais été repêché. Il buvait beaucoup depuis la mort de sa femme et tout le monde a pensé qu'il s'était suicidé. La petite fille n'a jamais accepté d'être abandonnée.  Elle se souvient très bien d'un des derniers jours passé avec lui au domaine, où cachée par curiosité dans la chapelle, elle avait entendu deux adultes se disputer assez violemment et l'homme partir en fredonnant une drôle de chanson (d'où le titre du roman). Ce qu'elle ne sait pas c'est que ce souvenir pourrait bien la mettre en danger ! 

 

Le lecteur passe par toutes les suppositions d'autant plus que Kay découvre que Peter est somnambule.

Peut-il avoir commis ces crimes en état de somnolence ? Il en est lui-même persuadé...

 

Aujourd'hui, j'avais vu au tribunal un Peter acculé, suivi le soir d'un Peter apeuré debout devant une valise qu'il ne se souvenait pas d'avoir faite. A présent, je voyais un Peter autoritaire, excédé par les explications d'un domestique. Quel était le vrai Peter ? me demandai-je lorsque nous fûmes prêts à nous coucher.
Je ne connaissais pas la réponse.

Comme d'habitude, il vous faudra attendre de lire les dernières pages pour connaître le dénouement ! 

Le suspense est bien présent même si j'ai deviné je l'avoue, qui était le véritable assassin avant la fin, j'ai tout de même douté, imaginé, déduis en me trompant souvent sur les motivations des uns ou des autres personnages, tant il y a de suspects possibles.

Le couple formé par Kay et Peter est attachant. J'ai également beaucoup aimé Maggie, la grand-mère et bien évidemment, j'ai détesté les méchants qui leur veulent du mal...et ils sont nombreux.

 

Un bon polar, même si c'est un classique du genre... il est facile à lire et on y retrouve le style de l'auteur avec plaisir.

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 05:14
Éditions Terra Nova, 2016

Éditions Terra Nova, 2016

Je commençais à lire à haute voix, les noms des morts gravés sur la première stèle :
- Guiseppe Oronzo Palmisano ; Donato fu Francesco Paolo Palmisano ; ...
- Ventuno..., sono ventuno ! m'interrompis une voix profonde.
Nous nous retournâmes et vîmes le vieux du banc qui s'était redressé.

Durant la Première Guerre mondiale, Donata Palmisano et Francesca Convertini attendent toutes deux leurs maris partis au Front. Pas facile la vie sans les hommes à Bellorotondo,  un petit village des Pouilles. Les femmes se débrouillent. Suite à une courte permission de leurs maris, les deux jeunes femmes se retrouvent enceintes en même temps. Quand elles deviennent veuves toutes deux, elles décident de vivre ensemble. Si Francesca est la plus heureuse des deux, c'est parce que Donata est incapable de surmonter une terrible angoisse... En effet, durant la Première Guerre Mondiale, tous les hommes de la famille Palmisano (vingt et un exactement) sont morts au combat. Il n'est pas question pour elle, si elle met au monde un garçon, de lui faire subir la malédiction qui semble peser sur la famille et dont elle a eu la confirmation en voyant son mari disparaître à son tour. 

 

Alors toutes deux imaginent un stratagème, Donata cache sa grossesse et le jour de la naissance des deux enfants,  avec la complicité du médecin de famille qui sait à quel point la famille de Donata a souffert, Francesca déclare avoir eu des jumeaux. C'est elle qui  élèvera donc Giovanna sa propre fille, et Vitantonio, le fils de son amie..avec son aide puisque les deux jeunes femmes vivent ensemble. 

Mais la vie en ce temps-là dans cette région pauvre d'Italie apporte son lot de drame. Francesca meurt toute jeune, laissant les deux petits officiellement sans mère. C'est alors que sa famille accepte que Donata, considérée comme un membre de la famille à part entière, s'en occupe,  aidé financièrement par Angela Convertini la grand-mère mise dans le secret par Francesca, ce que Donata ignore. 

Les deux enfants jouent pendant des heures avec Franco leur cousin de leur âge, dans le grand parc aménagé par la nona. Ils engrangent de fabuleux souvenirs pendant l'été qu'ils passent souvent aussi dans la famille de Donata. 

 

Rien n'est simple, car Donata se doit de garder ce lourd secret, et la vie va décidément devenir bien compliquée pour elle au fur et à mesure que les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus inséparables.  

Ce qu'elle ignore... c'est que certaines personnes bienveillantes, mises dans le secret, veillent sur elle et sur les deux enfants. C'est alors que la Seconde Guerre Mondiale éclate...

Franco, le cousin des enfants s'engage aux côtés des fascistes, Giovanna à l'opposé part combattre la dictature en Espagne, tandis que Vitantonio lui, continue à penser que la lutte est plus importante sur place pour défendre les intérêts des paysans pauvres, exploités et appauvris par les propriétaires terriens de la région sans scrupules...

Le dernier fils de la lignée des Palmisano réussira-t-il à échapper à sa destinée ?

La fillette [Lucia] ne bougea pas. Elle était hypnotisée par le spectacle des balles traçantes et incapable de le quitter des yeux.
- C'est comme s'il pleuvait des étoiles, dit-elle, émue.
Elle ferma les yeux et fit un voeu.
- Ces étoiles-là sont dangereuses, l'avertit Vitantonio quand un projectile explosa près de la maison.
Il la prit par la main et l'entraîna jusqu'au fond de la grotte

Dans le bourg d'Ascoli, les habitants savaient qui étaient les coupables :
- Ce sont deux fils de pute de notre pays Des gens du Mezzogiorno, de Bari, à tous les coups, ou de la vallée d'Itria L'un des deux est un géant, avec des dents noires...L'autre est encore pire : froid, cruel, sans âme. On dirait que pour lui, tout cela n'est qu'un jeu : il est vêtu de noir de la tête aux pieds et se fait appeler le Chevalier noir.
Vitantonio eut le souffle coupé, comme s'il avait reçu un coup de poing dans l'estomac.

Le roman débute de nos jours. Un couple visite un petit village des Pouilles et découvre sur le Monument aux morts de la Première Guerre Mondiale que toute une famille du village a été décimée.  C'est alors qu'un vieux monsieur qui semblait endormi sur un banc proche leur raconte l'histoire de cette famille et de la malédiction qui pesa sur eux.

A noter...Bellorotondo n'existe pas en réalité mais l'auteur s'est inspiré de nombreux petits villages des Pouilles qui eux existent vraiment ! 

 

Voilà un roman du terroir qui nous apprend beaucoup de choses sur l'histoire de l'Italie, la montée du fascisme et ses conséquences humaines. Toutes les descriptions des faits de guerre, que ce soit lors de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale, le mouvement anti-belliciste de Locotondo, le bombardement de Bari le 2 décembre 1943, l'explosion du John Harvey et la diffusion du gaz moutarde, ainsi que le soulèvement de Matera en septembre 1943, sont véridiques.

D'ailleurs le roman est un hommage à "tous ceux qui se soulevèrent contre l'alliance nazi-fasciste dans le sud de l'Italie et qui, comme bien souvent, sont les grands oubliés de l'histoire"[in note de l'auteur].

 

C'est donc à la fois une saga familiale avec des personnages attachants et un roman historique dans lequel j'ai appris beaucoup de choses sur le déroulé des événements durant les deux guerres.

Il est bien évident qu'il faut aimer ces deux côtés-là de l'histoire, la petite et la grande, pour apprécier sa lecture. Personnellement je ne me suis pas ennuyée un seul instant en le lisant mais j'ai préféré la première partie à la seconde. 

J'ai aimé les descriptions des paysages, les us et coutumes de la vie au village, les secrets et les croyances religieuses, tout ce qui fait la particularité de cette région d'Italie.  Le lecteur retrouve la chaleur humaine de ses habitants mais aussi leur côté passionné, les rivalités, les mensonges...tout ce qui faisait le sel de la vie au village. 

Je pense cependant que la traduction n'est pas parfaite ainsi dans le commentaire que j'ai mis plus haut la fillette s'avère avoir près de quinze ans alors qu'à la lecture du texte je la pensais beaucoup plus jeune mais cela ne m'a pas vraiment gênée à la lecture. 

Ce roman est facile à lire et donc parfait pour les vacances. C'est tout à fait le genre de lecture dont j'ai besoin en ce moment...

Je ne comprendrais jamais pourquoi le plus fort et le plus culotté de la classe a décidé de défendre les intérêts des va-nu pieds des Pouilles, alors que le plus minable de tous, ton âne de cousin, fait des pieds et des mains pour entrer dans les chemises noires...

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 05:22

 

Voilà une BD ou plutôt un roman graphique dont le sous-titre est, je trouve, intrigant mais non dénué de malice : Autobiographie prénatale.

L'auteur nous raconte en effet l'aventure, qui aurait pu très mal se terminer, vécue par sa mère durant les mois qui ont précédé sa naissance en 1973, dans la Grèce des Colonels.

Steinkis, 2020

Steinkis, 2020

La toute jeune Séverine a toujours voulu savoir pourquoi elle était née en Grèce et sa mère a toujours éludé les questions, lui disant que ce n'était pas prévu, sans jamais ni donner d'explication claire, ni d'autres détails, amenant la petite fille à imaginer toutes sortes de situations, toutes aussi éloignées les unes que les autres de la réalité.

Mais un jour, devenue adulte, elle décide qu'elle saura tout de son histoire, que connaître le pourquoi des événements, elle en a besoin pour elle-même, mais aussi pour reconstituer le puzzle familial. Elle interroge d'abord sa mère, puis son père, mais découvre que tous deux n'ont pas toujours la même version de l'histoire !

Alors elle recherche leurs amis, et toute personne les ayant croisé durant leur jeunesse, pendant près de dix ans.  Le mystère va s’éclaircir peu à peu...

 

Dans les années 70, nombreux étaient les jeunes attirés par le désir du voyage vers l’Afghanistan,  l'Inde,  le Népal... C'était le paradis sur terre pour ces révoltés, déçus que les événements de mai 68 n'aient pas changé assez rapidement la société à leurs yeux. Désireux de vivre en toute liberté, Viviane et Eric, les parents de Séverine Laliberté, partent ainsi avec deux amis et traversent l'Europe avec l'insouciance de leur jeunesse, faisant fi des difficultés des pays parcourus. C'est en effet loin d'être une époque sereine : les années de plomb en Italie, le rideau de fer à l'Est, les Colonels en Grèce...

 

A leur retour, après avoir traversé la Turquie, Viviane, au volant de sa 4L verte est arrêtée à la frontière grecque et accusée d'avoir tenté de passer de la drogue. Incarcérée pendant de long mois en Grèce, puis jugée, elle est condamnée à purger une lourde peine de prison. Séverine naît pendant cette détention... 

Bien entendu, je ne vous donnerai pas davantage de détails sur leur périple, ni sur la vie des femmes en prison à cette époque, ni sur les personnes qui interviendront pour aider Viviane, ni sur les suites de cette aventure qui aurait pu être dramatique...le suspense est bien présent et les rebondissements inattendus. 

Les hippies Trail étaient à la fois des voyages initiatiques, spirituels mais aussi des aventures humaines faites de rencontres, de générosité, de partages. L'époque hippie, dans les années 60 et au début des années 70, est une époque qui a marqué la jeunesse de ceux nés après la guerre. Les jeunes partaient pour connaître l'aventure, mais aussi la philosophie orientale. Ils partaient souvent pour consommer librement de la drogue, facilement accessible, et parfois même goûtaient aux drogues dures.

L'auteur nous plonge à la fois dans son histoire familiale, le voyage de ses parents, l'histoire politique des pays traversés, mais son récit est avant tout un récit d'aventure, car les jeunes à cette époque partaient sans rien organiser, et sans un sou en poche ou presque, ce qui les amenaient à se mettre dans des situations périlleuses...

Le ton est souvent drôle, réaliste mais toujours pudique. Même si l'histoire de ses parents est parfois dramatique et touchante parce qu'elle rejoint la sienne, l'auteur pose sur leurs aventures un regard distancié, mais non moins empli d'une certaine tendresse, sans jamais porter aucun  jugement sur leurs actes. 

 

Le lecteur est captivé dès les premières pages par l'histoire, mais aussi par la présentation du récit, entrecoupé de cartes, de clins d’œil, de photographies anciennes, de dessins et de lettres, autant de vestiges émouvants, prouvant la véracité de l'histoire à ceux qui penseraient, en particulier parmi les jeunes d'aujourd'hui, que cela ne pourrait être vrai, ce dont bien entendu moi-même, je n'ai pas douté un seul instant. 

Le lecteur apprendra aussi beaucoup en lisant les encarts didactiques sur les pays traversés, encarts que vous pourrez en toute liberté sauter pour avancer davantage dans le récit, puis reprendre une fois le dénouement arrivé, ce que j'ai fait, je l'avoue, tant je voulais savoir comment tout cela allait se terminer.

Et rien ne vous empêche de piocher dans la Playlist en début d'ouvrage, pour faire ce voyage en musique...

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

L'auteur, Séverine Laliberté, est archéologue au CNRS. Ce n'est pas étonnant qu'elle ait eu envie de fouiller dans son propre passé et que sa curiosité naturelle et sa ténacité, lui aient permis d'avoir la patience d'attendre des années, que le puzzle de sa vie familiale se reconstitue, pour nous livrer avec brio cet épisode de sa vie familiale. Et comme il n'y a pas de coïncidence dans la vie, sans connaître le lien avec sa propre histoire, son métier l'a amené à participer à de nombreuses fouilles au Moyen-Orient. 

Elle nous livre ici une belle quête familiale émouvante, souvent drôle, pleine de suspense, doublée d'un récit d'aventure totalement dépaysant. 

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

La dessinatrice Elléa Bird que vous pouvez retrouver sur son site ICI a comme sujet de prédilection la place des femmes dans la société contemporaine. Elle a tout de suite été séduite par l'histoire de Séverine Laliberté. 

Avec sa technique de dessin particulière, les personnages se reconnaissent aisément et le lecteur a l'impression de faire partie du voyage. Les quelques flash-back et encarts sont facilement repérables, et la foule de détails décrivent bien les différences culturelles des pays traversés et les situations humaines vécues. Le noir et blanc donne de la profondeur et un petit côté rétro aux illustrations.  Les quelques touches de couleur par-ci par-là pour nous montrer la beauté des paysages ou faire ressortir un détail, une carte et LA fameuse 4L verte, reine du voyage ajoute au charme de cette BD qui est une très belle découverte à lire aussi avec  vos ados ! 

 

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 05:19
Grasset, 2019

Grasset, 2019

Le surmenage professionnel est un mal fréquent, lui dit le psychiatre d'une voix calme et posée. Il prononce des mots savants qu'elle entend sans vraiment les comprendre, sérotonine, dopamine, noradrénaline...

Voici un auteur que j'ai découvert l'année dernière en lisant son premier roman "La tresse", présenté ICI, un roman qui a reçu de nombreuses éloges sur beaucoup de blog mais sur lequel j'avais eu un avis plus mitigé car je l'avais aimé, tout en restant sur ma faim, trouvant le sujet et les personnages trop peu approfondis par rapport aux différents thèmes abordés et ce malgré une idée de départ qui me plaisait beaucoup. 

 

Dans "Les Victorieuses" l'auteur croise le destin de deux femmes. 

Tout d'abord il y a Solène qui est une brillante avocate de 40 ans. Déçue par la vie, car elle a tout sacrifié à sa carrière, elle craque le jour où un de ses clients se jette du haut du Palais de Justice. 

C'est le "burn out" et son psychiatre pour l'aider à s'en sortir lui conseille de faire du bénévolat, aider les autres étant une bonne façon de prendre du recul par rapport à ses propres problèmes. Elle contacte une association parisienne et devient écrivain public...

Mais rien n'est simple pour autant car au Palais de la femme, ce foyer pour femmes en difficulté où elle est envoyée pour une heure tous les jeudis, ce n'est pas facile de se faire accepter. Toutes les femmes qui y séjournent sont des écorchées vives. Elles sont distantes voire indifférentes ou carrément hostiles. Cependant, elle va se faire peu à peu accepter, certaines lui demandant des choses irréalisables, tandis que d'autres enfin se décident à venir vers elle, pour lui raconter leur vie, ou enfin, formuler leur demande.

 

Peu à peu, Solène se rend compte que sa petite vie bourgeoise l'empêche d'éprouver une réelle empathie pour ces femmes malmenées par la vie et donc, que ne les comprenant pas vraiment même si elle sort souvent bouleversée de leurs rencontres, elle ne peut pas les aider efficacement. 

Ses doutes sont sincères mais à la faveur de certains événements imprévus, elle va découvrir que Binta, Sumeya, Viviane, Salma et même Cynthia et les autres ont beaucoup de choses à lui apprendre...

 

En parallèle, le lecteur découvre la vie à Paris dans le même quartier au début du XXe siècle, en 1925 exactement. Là, Blanche Peyron, une jeune femme volontaire et pugnace, s'occupe en tant que Capitaine d'une toute jeune association, l'Armée du Salut. Avec son mari Albin, ils décident d'acquérir un immense bâtiment parisien qui deviendra le Palais de la femme et servira de toit à toutes les femmes exclues par la Société d'après-guerre et à leurs enfants. Le Palais ouvrira ses portes en 1926. 

Le lecteur partage leur combat, écoute avec attention leurs discours passionnés prononcés ici ou là, afin de récolter des fonds pour payer l'emprunt, les travaux et les frais de fonctionnement de l'établissement. Il s'émeut des tragédies racontées, mais aussi de voir que malgré un siècle passé, des êtres humains continuent à souffrir du manque de tout, parce que rejetés par  la société. 

Blanche Peyron et son mari ne se seraient sans doute pas doutés qu'au XXIe siècle, des enfants, des femmes et des hommes dormiraient encore dans la rue, connaîtraient la précarité, la faim et la violence...

 

 

Loulou lui écrit pour tenter de la dissuader : "Je garderai toujours mon idée que ce n'est point le rôle d'une femme de courir les rues de Paris, qu'une femme qui prêche est une chose aussi peu naturelle qu'un homme qui raccommode ses bas, et que la vraie, la seule, la plus noble mission de la femme est de se consacrer toute à son intérieur, à sa famille où, passant inaperçue, elle fait le bonheur de son mari et s'occupe de exclusivement de ses enfants." Peine perdue, Blanche n'a pas l'intention de raccommoder des bas toute sa vie. Elle n'a que faire du rôle de figurante qu'on veut lui assigner.

C'est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d'armes et de cordée, qui trouve les mots pour la relever. Ils se l'étaient promis ce jour-là, sur le grand-bi : si l'un tombe, l'autre le rattrapera. Ainsi font les soldats....

J'ai beaucoup plus apprécié la lecture de ce second roman, plus abouti, plus juste, plus profond alors qu'il a reçu davantage de critiques négatives. Comme quoi le ressenti de chacun lui est bien personnel ! 

Je n'ai cependant pas éprouvé beaucoup d'empathie pour Solène qui ressemble étrangement à Sarah, qui dans le premier roman était elle-aussi avocate. Elle a su cependant me toucher davantage et j'ai aimé ses doutes et la sincérité avec laquelle elle les expose pour avancer dans sa vie de jeune femme privilégiée certes, mais profondément seule et malheureuse. 

Les différentes femmes résidentes du Palais sont bien entendues un peu caricaturées pour que tous les cas de figure soient présentés au lecteur. C'est vrai, comme je l'ai lu sur le net, qu'on fait le tour des misères du monde, mais étonnamment cela ne m'a pas gêné du tout car tout sonne juste. Je n'ai pas eu de mal à les imaginer et ressentir l'ambiance du foyer, la violence des mots ou des actes.  

J'aurais aimé cependant que les pages  consacrées à Blanche et Albin Peyron soient plus approfondies et plus nombreuses.  C'est vrai que le roman est court et facile à lire mais quelques pages de plus ne l'auraient pas appesanti pour autant. De plus, cette partie-là est vraiment très intéressante car ce couple  a vraiment existé et l'auteur s'est documenté pour pouvoir nous donner des informations précises sur leurs actions dont j'ignorai tout. 

 

J'avais dit à sa sortie que je ne lirai pas car j'avais bien d'autres auteurs à découvrir (!) mais finalement, les avis totalement opposés que j'ai lu ici ou là m'ont donné envie de me faire ma propre opinion et en plus en ce moment, j'avais envie de lectures faciles.

C'est donc un roman à découvrir même s'il reste encore trop léger à mon goût, mais le sujet suffit à alourdir l’atmosphère et le présenter de cette manière est aussi une façon de le faire lire au plus grand nombre. Encore une fois, il pourra facilement être lu par les collégiens dès la 3ème et les lycéens, qui ainsi prendront connaissance de ces actions solidaires et profondément humaines, qui permettent d'aider les plus démunis, et de l'intérêt des actions bénévoles quand elles permettent d'aider ceux qui en ont le plus besoin. 

 

Je n'ai pas regretté ma lecture malgré ces défauts et en tous les cas,  il me donne envie d'en savoir plus sur Blanche Peyron, cette femme formidable qui a su collecter des fonds importants pour pouvoir aider les plus pauvres et dont l'oeuvre finalement totalement oubliée, perdure aujourd’hui au Palais de la femme mais aussi ailleurs à travers les actions menées en France par l'Armée du Salut...

Dans quelques années, le Palais fêtera son premier siècle. Cent ans au cours desquels il n'a jamais failli à sa mission : offrir un toit, aux exclues de la société. Il a pris l'eau parfois, mais il est là, tel un phare dans la nuit, une forteresse, une citadelle. Solène est fière de faire partie de son histoire. Cet endroit l'a sauvée, elle aussi...Elle se sent utile, en paix. A sa place, pour la première fois de sa vie.

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 05:16
Editions Lamiroy, 2020

Editions Lamiroy, 2020

C'est l'anniversaire de Lola et en faisant un court bilan de sa vie, suite à une discussion intéressante avec Gus, un ami de longue date,  elle se rend compte qu'elle n'a réalisé aucun de ses rêves.

Mais peut-on commencer à vivre à 60 ans ?

Bien entendu vu son métier cela parait bien difficile car Lola fait le trottoir depuis ses seize ans et elle n'a eu jusqu'à présent qu'un seul but dans la vie, c'est de ramener le plus d'argent possible à Marco, son mac pour qu'il soit gentil avec elle.

Mais voilà qu'à présent, il commence à ramener plus souvent à la maison, d'autres jeunes filles qui ressemblent étonnamment à celle que Lola était à 16 ans, quand elle rêvait encore de devenir chanteuse.

Alors, même si elle sait bien qu'elle n'a plus le charme de son adolescence, et qu'il est bien trop tard pour elle,  elle décide que pour ces jeunes filles-là tout sera différent et qu'elles auront la chance qu'elle n'a pas eu à leur âge...

 

Cette nouvelle se lit d'une traite. L'écriture est agréable et fluide, l'histoire nous surprend à chaque page car les différents éléments se mettent en place peu à peu, laissant le temps au lecteur de les assimiler et se bâtir son "film intérieur". La chute n'en sera que plus surprenante... 

Peut-on commencer à vivre à 60 ans, la réponse est oui évidemment, mais je ne vous dirai rien de la façon dont Lola (Marguerite) va réussir à changer de vie...

A vous de le découvrir ! 

Voici un petit livre de 45 pages à peine qui m'a permis de découvrir l'écriture de Philippe Desterbecq.  

Philippe possède trois blogs. Le premier dans lequel il nous présente ses lectures s'appelle "D'un livre à l'autre" ; le second nous parle de sa passion des plantes et des jardins, mais aussi de ses voyages "Des nouvelles de moi"; le troisième, né récemment, "Cdubelge" est consacré comme son nom l'indique à la découverte de la Belgique, son pays...

 

J'ai appris depuis peu qu'il avait publié plusieurs livres et donc je n'ai pas pu attendre plus longtemps pour découvrir l'un d'entre eux.

J'espère vous avoir donné envie de faire de même ! 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 05:20
Le Tripode, 2016

Le Tripode, 2016

Connaît-Tout ne cessait d'argumenter à perte de vue, il ne manquait pas de prétextes pour se servir de sa loquacité, il parcourait toutes les histoires du monde, réelles et fictives, pour chercher à convaincre son interlocuteur...

Quand vous aimez quelqu'un il faut aimer aussi ce qu'il vous laissera comme souvenir ou fruit de cet amour, que ce fruit soit bon ou mauvais, sucré ou amer, vinaigré ou salé

Anguille est une toute jeune femme. Pour une raison que le lecteur ne connaîtra qu'à la fin, elle est en train de se noyer...et ses forces peu à peu l'abandonnent. 

Tout en étant emportée par les vagues, dans un sursaut d'énergie inexplicable, elle se remémore sa vie à Mjihari, dans le quartier le plus ancien de Mutsamudu, un quartier plein de vie en bord de mer, avec ses pirogues alignées comme le seraient des voitures dans un parking. 

Sa mère est morte en la mettant au monde, elle mais aussi Crotale, sa sœur jumelle. Elles ont été élevées par leur tante, Tranquille, la sœur de leur mère qui n'a jamais pu avoir d'enfants.  Leur père les a repris avec lui quand elles ont eu cinq ans. 

Simple pêcheur, très respecté au village et surnommé, Connaît-Tout, le père lit les journaux et se considère comme le plus informé et le plus savant de leur petite communauté. Malgré cela, il est très à cheval sur les traditions. 

 

Un jour Anguille tombe amoureuse d'un jeune pêcheur, Vorace, au corps musclé et attirant. Est-ce réciproque ? Dans ce pays où la plupart des gens répondent aux questions par des questions_ ce qui paraît invraisemblable chez nous_ elle va mettre peu de temps à le savoir, mais ce sera bien trop tard pour elle car entre-temps, elle n'a pas pu résister à ses baisers... 

 

Une histoire banale me direz-vous ? Une jeune fille déçue et qui décide de tout quitter, on a déjà vu ça bien entendu mais c'est oublier que toute l'originalité de ce roman est de se passer aux Comores, un pays très peu représenté dans la littérature d'aujourd'hui.

L'auteur Ali Zamir nous offre ici un premier roman qui lors de sa sortie en 2016, a été très remarqué par les critiques. 

Il nous fait entrer dans la vie de cette famille particulière et de cette jeune femme pas du tout sage, dans ses révoltes, ses attentes, ses pensées, mais aussi dans l'histoire des Comores et l'histoire des Comoriens qui ont été nombreux à émigrer vers Mayotte, toute proche et pourvoyeuse de rêves mais nombreux aussi à se noyer dans les eaux profondes, leur bateau faisant naufrage. 

 

Quand j'ai commencé sa lecture, une fois passées les premières pages où il faut s'accrocher, j'ai eu envie de savoir pourquoi Anguille en était arrivée là. Le récit est rythmé, l'histoire est racontée dans l'urgence, n'oublions pas que la jeune fille se noie et qu'elle n'a que peu de temps pour tout nous dire.

Le roman est bâti de manière originale au niveau de sa ponctuation. C'est en fait une longue phrase, unique dans laquelle il n'y a pas de point, uniquement des virgules.  Cette construction permet tout de même le découpage en chapitres. La langue est très recherchée, imagée, parfois crue mais il y a de l'humour.  

Malgré cette envie d'en savoir plus, j'ai trouvé que les trop nombreuses digressions (typiques de la culture de tradition africaine) m'ont empêché d'éprouver un total plaisir à sa lecture.

J'ai donc encore une fois un avis mitigé sur ce livre, pourtant à découvrir...

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Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

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