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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 05:50
avril 2017

avril 2017

En l'espace d'un mois, le Chaos fut total. Des millions de "petites mains" qui s'arrêtent de travailler du jour au lendemain, ça a de quoi faire peur à tout bon capitaliste...
Le prix du baril explosa, mais pas longtemps. Déjà parce que les banques avaient deux genoux à terre, mais aussi plus personne ne payait son essence à la station, puisqu'il n'y avait plus de caissier pour encaisser.
...Le monde moderne s'écroula...

 

Bon autant le dire tout de suite...vous savez que je suis honnête : c'est un livre que je n'aurais jamais emprunté en médiathèque ou bien acheté spontanément au vu du seul titre. Il se trouve que l'éditeur Librinova m'a contacté pour me proposer d'en recevoir un exemplaire. Le thème m'a tenté et j'ai accepté. J'accepte très peu de service de presse, car j'aime garder mon libre arbitre et lire ce que j'aime. 

Et je dois dire que ce roman a été une heureuse surprise pour moi...

Le monde de l'entreprise n'est pas ma tasse de thé. Je n'ai jamais travaillé en entreprise telle qu'on l'entend aujourd'hui, même si je pense que toute structure de travail, telle qu'une commune, un établissement scolaire ou même une médiathèque, ressemble à une entreprise.

Je ne connais pas du tout les bureaux des services de paie, n'ayant eu à traiter avec ces bureaux que par téléphone. 

Heureusement donc, il est totalement inutile de connaître ces lieux pour entrer dans ce roman !

 

Je savais que le DRH était incapable d'utiliser l'outil de gestion des temps, même pour une simple consultation informatique. Cet outil web, pourtant simple d'utilisation, était trop complexe pour lui.
- On a un problème informatique sur les serveurs, je n'ai pas accès à la gestion des temps, pour le moment...
L'excuse du problème informatique, une vraie source inépuisable pour se sortir d'un embarras professionnel. Si on n'avait pas inventé les ordinateurs, on aurait été obligé de rester responsables de nos actes.

 

Voici l'histoire...

 

Dans une entreprise de banlieue, les employés ont du mal à démarrer l'année, suite à un réveillon de la Saint-Sylvestre bien trop festif. 

Jean-Valentin, le DRH, arrive en ce deux janvier, content de reprendre le travail malgré la corvée des voeux de bonne année, auquel il ne peut échapper. Une fois bien installé à son bureau, il va découvrir qu'il n'a pas été payé ce qu'il trouve plutôt inquiétant.  Mais l'inquiétude monte d'un cran quand il réalise que personne de l'entreprise n'a touché son salaire de décembre, or ceux-ci sont bien partis à la date prévue. 

 

Bien sûr, comme un malheur n'arrive jamais seul, les responsables du service paie sont absents, pour une raison inconnue. Quand le lendemain matin, les machines à café tombent en panne, les employés découvrent, catastrophés, qu'elles ne pourront pas être réparées rapidement comme à l'accoutumée, car les techniciens sont en grève, faute de salaire. 

 

Le narrateur, Rex Dulmer, est responsable de la reprographie. Il est inquiet car il est sans nouvelles de Samantha, sa soeur, qui travaille justement au bureau des paies. Elle n'a pas même daigné répondre à son message de bonne année et cela n'est pas dans ses habitudes. En plus, tout le monde lui met la pression espérant qu'il va savoir où elle se cache. 

Peu à peu, au fur et à mesure que les informations leur parviennent et qu'ils se rendent compte que les salariés de la France entière n'ont pas reçu non plus leur salaire, et qu'aucune entreprise n'est épargnée, les employés décident d'arrêter de travailler puisque rien, ni personne, ne leur assure qu'ils seront payés un jour en retour...

Le pays tombe alors peu à peu dans le chaos. 

 

Des années après  Rex, après s'être réfugié un temps chez ses parents, retourne vers Villefranche pour tenter de retrouver sa soeur dont la disparition, source de tous les problèmes, le hante toujours. En chemin, au milieu d'un paysage apocalyptique, il croise Dana, une ancienne collègue de travail...


 

- Rex ? Est-ce bien toi ?
- Oui...comment est-ce possible...Dana ?
Pouvait-on parler de destinée dans un monde de Chaos ravagé par l'Apocalypse ? A cet instant surréaliste au possible, il y avait légitimité à en débattre. Mais je sentais dans le regard tremblant de mon ancienne collègue de travail que ce n'était pas le moment de philosopher, et que sa course n'était pas le fruit d'une simple envie de faire du sport, ou bien de me retrouver plus rapidement.
Un danger la pourchassait, et j'allais bientôt devoir m'y frotter...

 

Aventure rocambolesques, humour, imagination débordante sont au rendez-vous de ce roman loufoque et décalé dans lequel vous rirez sans complexe. 

Il vous rappellera le monde du travail, certes, mais vous livrera aussi de multiples réflexions plus sérieuses sur le monde d'aujourd'hui où, vous le savez bien, tout tourne autour de l'argent.

C'est un roman qui est bien écrit et plaisant à lire. Décliné en douze chapitres dont les titres commencent tous par "Le jour où...", il se lit facilement. Chaque chapitre donne la parole soit au narrateur (emploi du "je") soit à un des protagonistes. 

 

Du réel, où il est bien ancré au départ, le roman bascule de façon originale dans la fantasy et le loufoque.

Les nombreux extraits et paroles de chansons en font un roman très gai et très actuel. Ce qui n'empêche pas l'auteur de citer Rousseau ou Spinoza au détour d'une phrase...ni d'intégrer dans son roman quelques scènes très cinématographiques, dignes des plus palpitants films ou romans de fantasy et de SF post-apocalyptique...

 

Le seul bémol, sans doute voulu par l'auteur que je pense assez malicieux pour ça, c'est que je me suis un peu perdue au départ dans les personnages masculins qui s'appellent tous avec un prénom composé commençant par Jean,  et les personnages féminins par Marie (mais bizarre j'ai eu moins de mal à les différencier... ). Cela peut paraître lassant, mais c'est symbolique et il faut l'interpréter au second degré ! En fait l'auteur aurait  pu mettre un numéro à chacun des protagonistes...car dans la plupart des grandes entreprises, on le sait bien, seule la fonction occupée est importante, qu'importe le prénom des gens.

Les seuls trois personnages qui ne portent pas de prénom composé sont : Rex, le narrateur, Dana dont il est amoureux et qu'il va retrouver dans la seconde moitié du roman et Samantha, la soeur de Rex...les plus importants pour notre petite histoire. 

 

J'ai également trouvé amusant que l'auteur prenne à témoin le lecteur en plein milieu du roman. Le narrateur d'ailleurs fait de même dès l'introduction pour contrecarrer les dire de l'auteur. Cela nous met dans l'ambiance dès le début du livre. 

Ce roman est une bulle de détente qui fait du bien...à offrir ou à lire pour passer un bon moment et se laisser emporter comme dans un sketche ou un film  des Monty Python.

Impossible de ne pas rire tant c'est par moment loufoque !  

Voilà vous êtes prévenus...

 

Vous venez de lire le blabla de l'auteur qui vous dit que cette histoire est purement fictive ? Et que toute ressemblance serait ...
Non mais l'autre...Ne le croyez pas, il veut juste se protéger par rapport à son boulot et son CV...tout ce qui va suivre est vrai, ou pour être précis, est arrivé.

 

Originaire de Villefranche-sur-Saône, David Petit-Laurent est donc un caladois, ce que j'ai appris lors de cette lecture, car je ne connaissais pas le terme employé pour désigner les habitants de cette ville !

David Petit-Laurent a fait des études de gestion en ressources humaines. Il occupe un poste de responsable paies. En parallèle, il se passionne pour l'écriture et écrit des histoires depuis qu'il a dix ans.

Il est déjà l'auteur d'une trilogie d'héroic fantasy,  intitulée "Les Fées Mères du Temps" parue aux Editions Nombre7 et de nouvelles réunies dans un recueil "Les fantaisies finales" (2014).

Un grand merci à Librinova de m'avoir permis de connaître cet auteur et ce roman avec lequel j'ai passé un agréable moment.  

 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:55
Albin Michel, 1997

Albin Michel, 1997

 

Il était temps que je me décide à emprunter le titre emblématique d'Alessandro Baricco, qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire et vous savez quoi et bien je l'avais déjà lu lors de sa sortie... il y a à peu près 20 ans ! 

Comme quoi, la mémoire nous joue parfois des tours, car je n'en avais aucun souvenir précis. 

 

Dès les premières lignes, une fois entrée dans l'ambiance, toute l'histoire m'est revenue d'un seul coup et le relire a donc été un double plaisir ! 

 

On était en 1861. Flaubert finissait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. Les sériciculteurs de Lavilledieu se mirent en société et rassemblèrent la somme, considérable, nécessaire à l’expédition. Il parut à tous logique de la confier à Hervé Joncour.

 

Hervé Joncour est un sériciculteur sérieux et passionné par son métier.

En 1860, les élevages de vers à soie sont en péril, suite à une épidémie inconnue, qui touche les oeufs.

Pour sauver les entreprises de son village de Lavilledieu (en Ardèche), et trouver des oeufs sains, il se voit contraint, pour ne pas décevoir les habitants qui lui font confiance, de partir au bout du monde, toujours tout droit, c'est-à-dire, au Japon ce qui n'était pas une mince affaire en ce temps-là. Il ira quatre fois, quatre expéditions mémorables !

Mais là-bas, outre les différences culturelles, auxquelles il lui faut faire face, son regard croise celui d'une jeune femme mystérieuse et envoûtante... 

Sa vie monotone et ennuyeuse jusque-là, bascule : il est pourtant marié et aime Hélène, sa femme, de tout son coeur. 

 

Notre héros, jusque-là spectateur de sa vie, va vivre des moments chargés d'émotions dans la plus parfaite indifférence apparente. 

 

Toute sa vie se déroule sous nos yeux, en quelques pages impossibles à raconter tant elles sont étranges, jusqu'au final que je ne peux vous dévoiler. 

 

A acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.

 

Est-ce un roman ou un conte ?

Est-ce de la poésie ou une partition de musique ?

Est-ce une ambiance ?

C'est tout cela à la fois...

 

C'est un roman bref mais intense, doux, pudique et sensuel comme la soie, écrit dans un style limpide, mais minimaliste, sans fioritures inutiles.

Les quatre longs voyages sont racontés en une-demi page, toujours identiques d'année en année, et répétitifs comme le refrain d'une chanson. 

 

Ce roman est une belle histoire d'amour au XIXe siècle ou plutôt une histoire sur l'amour : celui dont on rêve et qu'on recherche toute notre vie, celui qu'on a reçu ou perdu à jamais, celui  qu'on reçoit...si on sait voir qu'il est près de nous.

Cet amour est aussi fragile que ces oeufs de vers à soie, qu'il faut mettre au chaud et protéger tant ils sont vulnérables, nourrir au bon moment avec patience et attention, et libérer comme le papillon qui sort de sa chrysalide, pour avoir le plus doux des cadeaux, ce qui reste après tout ce travail quotidien... le doux cocon de soie. 

 

Même en le dégustant, ce court roman se lit d'une traite en une soirée et quand on referme la dernière page, on regrette que ce soit déjà fini.

Mais l'essentiel, comme toujours avec Baricco, est dans ce qui n'est pas dit et que chacun interprétera à sa façon...

 

- Tu étais mort.
Dit-elle.
- Et il n'y avait plus rien de beau, au monde.

Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 05:27
Albin Michel, août 2017

Albin Michel, août 2017

Kiruna était une jolie ville quand elle était couverte de neige fraîche.
La montagne de scories recrachées par la mine se transformait en une montagne en terrasses, vêtue de blanc. Les maisons jaunes, comme on nommait les bâtiments en bois construits jadis pour loger les mineurs, semblaient tout droit sorties d'un roman d'Astrid Lindgren.

 

Que va devenir le petit Marcus, âgé de 8 ans à peine, maintenant que Sol-Britt, sa grand-mère vient d'être sauvagement assassinée à coup de fourche et sachant que sa mère, partie refaire sa vie à Stockholm, ne veut pas s'en occuper ? 

Que faisait le petit, endormi dans cette cabane abandonnée, en pleine nuit ? A-t-il vu l'assassin ou simplement entendu du bruit ? A-t-il eu peur, ce qui expliquerait qu'il se soit sauvé ? Sa vie est-elle désormais en danger ?

 

Marcus ne semble se souvenir de rien et ne pas être affecté par la disparition de sa grand-mère...Mais les enfants peuvent enfouir au fond d'eux-même, le pire des traumatismes. 

 

Krister posa sa joue sur les cheveux de Marcus.
N'aie pas peur, petit chien perdu, je suis là, songeait-il. Je vais veiller sur toi.
"Tu es très fort ! Tu peux me porter, chuchota Marcus tout près de son oreille. Et les chasseurs ne me verront pas.
- Non, les chasseurs ne verront rien du tout."
Krister sentit ses yeux s'embuer.

 

La procureuse Rebecka Martisson, qui a été écartée de l'enquête sous prétexte qu'elle connaissait la victime, n'a pas dit son dernier mot. Elle n'est pas revenue à Kiruna et ne s'est pas installée dans la maison de sa grand-mère, pour s'entendre dire ça.

Elle veut continuer à chercher à comprendre qui en voulait assez à la victime pour l'assassiner, aussi sauvagement, en pleine nuit...

Est-ce un amant éconduit ? ou est-ce lié à un secret de famille...car des secrets, la famille de Sol-Britt en possède plus que les autres.

 

Tout récemment, le père de Sol-Britt a été retrouvé mort dans le ventre d'un ours, abattu en Laponie suédoise. Il avait été adoptée par Flisan, une amie d'Elina, sa mère, alors qu'il était encore bébé. Cette dernière, jeune institutrice à Kiruna, avait été retrouvée morte après avoir été sauvagement violée.  

Le fils de Sol-Britt a été victime d'un chauffard, il y a trois ans, alors qu'il faisait son jogging matinal. Il a été retrouvé mort dans un fossé.

Des coïncidences qui font comprendre à Rebecka que la malédiction ne s'est pas abattue sur la famille de Marcus, comme les faits pourraient nous le laisser croire, mais que les morts considérées comme accidentelles jusque-là, ne le sont peut-être pas.

Elle reprend l'enquête en cachette, avec ses deux collègues Krister Eriksson, le maître-chien et Lars Pohjanen, le médecin légiste, laissant Carl Von Post, qui en est chargé à présent, et espère bien être promu une fois qu'il aura résolu l'affaire, se fourvoyer sur une fausse piste et commettre de nombreux et graves impairs. 

 

Anna-Maria qui n'en revient pas que Alf Björnfot, le procureur général, ait éjecté Rebecka, tente de les aider à distance le plus possible mais elle est débordée par sa vie familiale et n'arrive pas toujours à faire le lien entre tous les membres de l'équipe.

 

Pendant ce temps, le petit Marcus, resté avec Krister et les chiens, tente de se remettre de son traumatisme, tout en gardant le silence, et ces derniers s'attachent tous les jours davantage à lui... 

 

Oser venir ici ! crache Flisan. Après toutes ces années !"...
Elle reprend son souffle. Elle va enfin pouvoir lui dire sa façon de penser...
"Figurez-vous que je pensais à vous aujourd'hui. Dans son sermon, le pasteur a parlé de Moloch, la fausse divinité à qui on sacrifiait des petits enfants pour obtenir des richesses. J'étais là, sur le banc à me dire que je connaissais une personne comme ça. Vous !"

 

Voilà un thriller  haletant, qui  fait froid dans le dos, et démarre "tout en douceur", si je puis dire, pour mieux nous tromper et nous entraîner sur de fausses pistes en nous racontant une simple traque à l'ours, un ours dans l'estomac duquel, tout de même, on retrouve des restes humains...

Le récit alterne entre le présent, avec les aléas et les rebondissements de l'enquête, et le passé, avec l'histoire de la jeune institutrice, l'arrière-grand-mère de Marcus, de son arrivée dans le petit village de Kiruna à son terrible décès. L'histoire d'Elina est racontée au présent comme si on la vivait aujourd'hui, alors qu'elle se situe il y a plus de cent ans, aux alentours de la première guerre mondiale.

 

Ce roman m'a subjugué, et je ne dis pas ça parce qu'il a reçu le Prix du Meilleur Roman Suédois, mais bien parce que j'ai adoré la façon dont les faits sont amenés, les recoupements entre les différents éléments qui apparaissent au fur et à mesure que Rebecka les découvrent, l'immersion du lecteur sans qu'il s'en rende compte dans la vie quotidienne des enquêteurs et des victimes...

 

Les personnages, qu'ils soient du bon ou du mauvais côté, sont tous décrits avec beaucoup de réalisme. 

J'ai aimé le personnage d'Anna-Maria, partagée entre ses enfants et son boulot, qui aimerait tant avoir le temps de se faire une amie, en la personne de Rebecka.

J'ai adoré celui d'Elina, si courageuse pour s'affirmer en tant que femme libre et autonome en ce début du XXe siècle. 

J'ai été émue par celui de Krister qui est fou amoureux de Rebecka, mais a décidé de prendre ce qu'elle lui donne, sans rien demander de plus, car il sait que Rebecka a un petit ami, même s'ils sont tous deux éloignés, et surtout que son physique à lui n'est pas attirant depuis qu'il a été grièvement brûlé lorsqu'il était enfant...

 

J'ai été touchée par l'humour, la tendresse et la profonde humanité de ce roman qui dénonce la violence verbale ou physique faite aux femmes, la difficulté pour les plus pauvres de se sortir de leur condition, le récit axé autour de ce petit garçon, dont on sait dès le début que la maman ne veut pas. D'ailleurs l'abandon des enfants est un thème qui touche plusieurs des personnages du roman mais je ne vous dirai pas lesquels...

 

Je ne vous révélerai rien des secrets de famille, ni des motivations de l'assassin, ni des liens de paternité de Marcus, ni des petites bagarres internes qui pourrissent l'ambiance dans l'équipe d'enquêteurs.

Je ne vous dirai rien non plus des nombreuses références littéraires qui étayent le récit.

Mais je peux vous assurer que dans ce roman, on passe par toutes les émotions possibles. Il y a des passages terriblement émouvants et d'autres qui vous prennent aux tripes parce que la peur de ce qui peut advenir est là !

Etant donné que je ne connais pas les autres titres de l'auteur je ne peux pas comparer cette lecture avec les autres. D'après ce que j'ai découvert sur le net, l'auteur reprend la même équipe pour une nouvelle enquête. 

 

Voilà donc un auteur nordique que je ne connaissais pas encore et qui a su me conquérir dès la première lecture. 

Son écriture est à découvrir absolument.  Vous plongerez ainsi au-dessus du cercle polaire dans la rigueur arctique, là où la rudesse du climat, explique que la générosité et l'entraide soient de mise entre les hommes. 

Un grand merci à Babelio et aux Editions Albin Michel qui m'ont permis de découvrir ce thriller en avant-première avant sa sortie prévue à la fin du mois. 

 

 

Asa Larsson a grandi à Kiruna, où se déroule son roman. C'est une petite ville de Suède située au-dessus du cercle polaire. D'abord avocate, ce qui explique qu'elle connaît bien ce métier et peut ainsi décrire merveilleusement bien son personnage central, Rebecka Martinsson, qui a aussi été avocate, elle ne se consacre aujourd'hui qu'à l'écriture de ses romans.

Elle a déjà publié chez Albin Michel, "Le sang versé", "La piste noire" et "Tant que dure ta colère"...des romans que je chercherais à me procurer sans tarder. 

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 06:18
Au Diable Vauvert, 2014

Au Diable Vauvert, 2014

Si vous m'aviez posé la question une heure plus tôt, j'aurais répondu que non, je ne me rappelais pas ce sentier. Je ne crois même pas que je me serais souvenu du nom de Lettie Hempstock. Mais debout dans ce vestibule, tout me revenait. Des souvenirs attendaient à la lisière des choses, pour me faire signe. Vous m'auriez déclaré que j'avais à nouveau sept ans, j'aurais pu vous croire à moitié, un instant.

"- Jouer à quoi ?
- A ça", a-t-elle répondu. Elle a englobé d'un geste la maison, le ciel, l'impossible pleine lune et les écheveaux, les écharpes et les constellations d'étoiles vives.
J'aurais voulu savoir ce qu'elle voulait dire. On aurait cru qu'elle parlait d'un rêve que nous avions partagé. Pendant un instant, il a été si proche dans ma tête que j'aurais presque pu le toucher.

Je vais te confier quelque chose d'important. Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l'intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas. Y en a pas un seul, dans tout le monde entier.

J'étais un enfant normal. C'est-à-dire que j'étais égoïste, que je n'étais pas entièrement convaincu de l'existence de ce qui n'était pas moi, et que j'étais certain, avec une conviction inébranlable, ferme comme le roc, que j'étais l'élément le plus important de la création.

 

Un homme d'une quarantaine d'année, revient vers son village natal pour un enterrement (peut-être un de ses parents ?).

Une fois terminée la cérémonie, alors qu'il doit rejoindre les siens une heure après, il s'évade un instant pour revoir la maison où il a vécu et se retrouve sans le vouloir, près de la ferme des Hempstock...un endroit où tant de choses extraordinaires se sont passées lorsqu'il n'avait que 7 ans.

 

Assis sur le banc près de l'étang, les émotions et les souvenirs qu'ils pensaient enfouis à jamais, le submergent à nouveau...

Il revoit alors avec netteté, son amie Lettie de trois ans son aînée.

Il avait vécu avec elle,  les aventures les plus rocambolesques qui soient, peuplées de créatures cauchemardesques et dangereuses...Il faut dire qu'elle avait une imagination débordante ! 

Il retrouve le ronronnement réconfortant du chaton dont il s'occupait ;  le lavabo jaune de sa chambre, juste à sa taille, qui se trouvait dans la maison détruite où ils vivaient alors avec ses parents...

Il se rappelle des événements tragiques qui ont suivi le suicide d'un des locataires retrouvé dans la voiture de son père ; de la fête d'anniversaire ratée, parce que personne n'était venu...et surtout d'Ursula Monkton, la terrible et étrange gouvernante qui était venue les garder, sa soeur et lui, lorsque leur mère avait décidé de recommencer à travailler : elle avait fait de sa vie, libre et sans soucis jusque là, un enfer !

 

Si la douceur des souvenirs est bien présente, comme le goût du lait de ferme et de la confiture des petits déjeuners, les livres qui emplissaient sa vie et nourrissaient son imaginaire d'enfant, les épreuves qui l'ont obligé à quitter le monde de l'enfance à jamais, le déchirent à nouveau. 

Il se souvient en particulier du jour où, emmené par Lettie au coeur de la forêt, il a, malgré ses recommandations, lâché sa main. Alors, comme dans les contes de notre enfance, sa vie a basculé, et il a été obligé de faire face à toute une série d'épreuves initiatiques, toutes plus difficiles les unes que les autres qui se sont soldées par le départ de Lettie en Australie.

Mais Lettie est-elle vraiment partie ?

 

Les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon

J’aimais les mythes. Ce n’étaient ni des histoires pour adultes, ni des histoires pour enfants. Elles étaient mieux que ça. Elles étaient, tout simplement.

- Les adultes et les monstres ont peur de rien.
- Oh, si, les monstres ont peur. C'est pour ça que ce sont des monstres.
Quant aux adultes...Vus du dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas.

 

Dans ce roman poétique mais empli de mélancolie, où le fantastique côtoie le réel, le lecteur ne peut que se laisser embarquer dans les peurs, les monstres et les zones d'ombre qui peuplent l'enfance...

 

J'ai aimé la façon dont le héros laisse affluer ses souvenirs, entachés par ses angoisses de petit garçon qui a peur du noir, et par son incompréhension du monde des adultes qu'il interprète à sa façon. Un petit garçon imaginatif qui plonge dans les livres et laisse sa vie réelle se peupler des créatures fantastiques rencontrées dans ses lectures...et je vous le dis : elles existent puisqu'il y croit !

Mais heureusement le cerveau est doué d'intelligence et nous fait oublier, devenu adulte, ce qui nous a marqué enfant, enfin il essaie...

 

J'ai aimé la famille de Lettie, loufoque mais très présente, qui sait calmer ses angoisses et éloigner ses démons avec des paroles magiques et un bon goûter.

 

L'auteur nous rappelle avec ses mots, que l'enfant que nous avons été sommeille toujours au fond de nous et fait partie de nous. Il nous fait revivre le monde de l'enfance avec ses fantômes, ses sensations et ses souvenirs. Voilà pourquoi, dans ce roman, chacun de nous pourra y trouver ce qu'il veut bien y trouver. 

 

Au fil des pages, le lecteur comprend que la petite mare qui existe toujours à côté de la ferme au bout du chemin, était pour les enfants un véritable océan, juste assez grand pour contenir tous leurs rêves et toutes leurs angoisses.

 

Est-ce une part de lui-même que nous livre ici  l'auteur ?

Je ne saurais le dire... mais ce qui est sûr, c'est que les lecteurs anglais ne s'y sont pas trompés puisqu'ils lui ont décerné le très convoité "Book of the year 2013" et que le roman a obtenu l'année suivante le Prix Locus du meilleur roman de fantasy en Amérique.

 

Quant à moi je n'ai pas réussi à choisir entre toutes ces citations...je les aime toutes !

 

A noter, que bien qu'il nous parle d'enfance, et que l'auteur ait beaucoup écrit pour les enfants, ce n'est pas du tout un roman de littérature jeunesse mais bien un roman pour adultes et adolescents. 

Bonne lecture...

 

 

Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contentent de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois ; peut-être l’idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous les rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières.

J’ai pleuré , alors, transi et encore humide, dans cette chambre, pleuré de douleur, de colère et de terreur, pleuré en toute sécurité, sachant que personne n’entrerait et ne me verrait, que personne ne se moquerait de mes pleurs, comme on se moquait dans mon école des garçons assez imprudents pour céder aux larmes.
J’ai entendu le doux tapotement de gouttes de pluie contre les carreaux de ma fenêtre de chambre, et même cela ne m’a apporté aucune joie.

 

Vous pouvez lire l'avis de "Plume vive" ci-dessous...c'est elle qui m'a donné envie de lire ce titre ! 

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 06:00
Editions Anne Carrière, 2017

Editions Anne Carrière, 2017

Privés de leur humanité, ces neuf cent esclaves avaient souvent imaginé l'immense bâtisse en flammes, dans les hurlements de douleur de leurs maîtres blancs, oh si blancs.

 

La coïncidence a voulu que durant le week-end dernier, alors que des feux ravageaient ma région, je sois en train de lire le dernier roman de Robert Goolrick "Après l'incendie" qui j'en conviens, n'est pas du tout une lecture de vacances...

Avec Robert Goolrick, ce n'est pas l'histoire qu'il raconte qui importe, mais bien la façon dont il le fait  :  tour à tour, il me touche ou me dérange tant il y met de passion, de poésie et de sensibilité. 

Mais je le précise tout de suite, l'incendie dans le roman n'est aucunement lié à un feu de forêt. 

 

On dit que la vie est longue. C'est un mensonge. Elle s'écoule en un instant . On voit les choses de tout près, puis, presque instantanément de très loin, à une distance inatteignable, tandis que l'on reste sur la rive, dépossédé, vieux et fourbu, hanté par les souvenirs...

 

En 1999, un journaliste part à Saratoga, pour tenter de comprendre qui était Diana Cooke, la propriétaire du domaine, et comment elle a pu mystérieusement disparaître sans laisser de traces, après l'incendie de sa maison.

Saratoga était une des plus belles maisons de Virginie, voire la plus belle. Elle avait connu des jours fastes, du temps de l'esclavage, quand des femmes et des hommes, privés de leur liberté y travaillaient dans les champs de céréales et de coton, les ancêtres de Diana, à sa grande honte, ayant bâti leur empire sur la souffrance de centaines de noirs.

Il en restait encore quelques-uns qui s'occupaient de la cuisine, du jardin et du domaine, avant l'incendie, comme la fidèle Priscilla et son mari mais traités différemment à présent... 

 

Le roman retrace la vie de Diana, de son enfance dorée de privilégiée à ses années de jeune épouse et de mère. 

Née au début du XXe siècle, Diana Cooke est une jeune femme, charismatique, intelligente et cultivée. Elle vit dans ce vaste domaine avec ses parents, au coeur de l'Etat de Virginie.

Après avoir connu ses heures de gloire, le domaine est désormais anéanti par la crise qui sévit dans le pays. En effet, comment entretenir des milliers d'hectares de terres qui représentent aujourd'hui un gouffre financier.

A 18 ans, en tant qu'unique héritière, il ne reste à Diana qu'une seule solution : épouser un homme riche qui pourra l'entretenir. Elle qui était enfant, un véritable garçon manqué, et qui a été éduquée à Farmington, dans la plus rigide pension de jeune fille de l'époque, va devoir quitter son domaine le temps de se trouver un mari. 

Alors que la Première Guerre Mondiale touche à sa fin en Europe, Diana se rend à Baltimore, pour participer aux multiples bals des débutantes...

C'est ainsi qu'elle rencontre le riche capitaine Copperton.

 

Diana savait que sous ce vernis de politesse, il était d'une vulgarité indescriptible et qu'il ne serait jamais "comme eux", ainsi que l'aurait dit sa mère. Diana l'avait épousé pour l'argent, et le fait qu'il fût grand et beau , parfaitement policé et courtois en public ne pouvait éclipser ce qu'il était au fond : un rustre qui mettait les pieds sur la table et traitait mal les domestiques.

Il l'avait désiré avec l'ardeur d'un enragé. Dès l'instant où il l'avait vu se relever de sa révérence, à Baltimore, il avait ressenti cette nécessité de la posséder. Il fallait qu'elle fut sienne. Après avoir cherché qui elle était, quel était son rang, il ne l'en avait désirée que davantage...Il l'avait traquée , comme il aurait fait pour un cerf ou un ours.

 

Le capitaine, très amoureux, cache bien son jeu car sous ses airs séduisants, c'est un arriviste. Elle, croit être amoureuse, mais après une lune de miel idyllique, elle va déchanter très vite. Elle va en effet vivre de déception en déception, devenant à la fois pour son époux, objet de son plaisir, et de sa rancoeur. Sa vie, malgré l'argent qui coule à flot, le faste retrouvé, les soirées mondaines et les belles robes, sera faite de violence et d'humiliation...

Heureusement de cette union va naître un fils, Ash. Il fera lui-aussi sa joie et sa peine. Elle ne sait pas l'aimer comme il le faudrait et le petit garçon, malheureux à son tour, va s'attacher davantage à son père qui en fera son unique héritier, laissant à sa mort, sa femme sans le sou... 

 

 

Sur fond d'histoire des Etats-Unis au XXe siècle, cette fresque romanesque est dépeinte par l'auteur sans détour avec la passion qu'on lui connait.

J'ai retrouvé avec plaisir le talent narratif de l'auteur et sa sensibilité. Il sait s'attacher à ses personnages avec beaucoup d'humanité et nous les faire aimer. Il nous les montre sans fioriture et toujours avec une justesse telle, que tout ce qui leur arrive nous touche.

 

C'est un roman très fort que j'ai pris et que je n'ai pas lâché tant je désirai connaître le destin de cette jeune femme privilégiée certes, mais si attachée à ses racines.

Tandis que son monde s'écroule et, qu'autour d'elle tout se délite, comme si sa vie devait servir à rembourser toutes les dettes de ses ancêtres, elle va prendre une décision irréversible afin de laisser derrière elle le poids du passé qui l'étouffe et l'empêche d'être heureuse...c'est le prix à payer pour expier leur faute et être enfin, libre. 

 

Le roman est suivi, dans cette édition, par une nouvelle intitulée "Trois lamentations". Largement autobiographique, cette nouvelle retrace des événements vécus par l'auteur durant ses jeunes années de lycéens. Robert Goolrick nous raconte la vie de trois de ses camarades de classe, rejetées par les autres : Claudie est trop grosse, Wanda à l'inverse, un vrai "sac d'os" et Curtissa est noire. 

Imprégnée de violence et d'intolérance, cette nouvelle nous rappelle la cruauté de la ségrégation raciale, et les conséquences du déterminisme social qui en découle, et de toute autre forme d'exclusion.

C'est réaliste et triste à pleurer...

 

"Et vous, que faites-vous dans la vie ? " Et Lucius, dans son costume mal coupé et élimé, qui balbutiait en rougissant ; "Je repasse des livres". L'homme le dévisageait quelques secondes d'un air indifférent, avant de se tourner vers son voisin de gauche pour ne plus jeter un regard en direction de Lucius.
"Je repasse des livres" quand il aurait pu dire "Je restaure des livres", ou bien "Je sauve des bibliothèques", n'importe quoi de plus affriolant à quoi son voisin aurait pu répondre : "Vraiment ? Comme c'est fascinant."

Parfois au milieu du flot des petites choses, il en arrive de grandes...

 

Du même auteur, voici deux autres romans que j'ai déjà présenté sur ce blog...

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 05:29

 

Voilà le premier tome d'une série qui s'adresse aux ados et aux adultes...

Pendant les vacances, je vais essayer de vous présenter, de temps en temps des romans faciles à lire, donc des lectures que vous pourrez partager avec vos ados dès 13-14 ans. Une bonne occasion de profiter des vacances pour prendre le temps de discuter de lecture. 

 

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu de roman fantasy. C'est un genre que les adolescents adorent. J'en lisais beaucoup lorsque j'étais documentaliste, pour partager avec eux, leur univers.

Et j'avoue que je me suis absolument régalée avec ce titre...

 

Gallimard Jeunesse 2013

Gallimard Jeunesse 2013

Soulagée de ne pas être dans sa ligne de mire, Ophélie se prêta à un examen plus attentif de son fiancé. Contrairement à sa première impression, Thorn n'était pas un ours, même s'il en avait l'apparence. Une ample fourrure blanche, hérissée de crocs et de griffes, lui couvrait les épaules. Il n'était pas tellement corpulent, en fait. Ses bras, croisés sur sa poitrine, étaient aussi effilés que des épées. En revanche, tout étroit qu'il était, cet homme avait la stature d'un géant.

 

Ce roman nous parle d'Ophélie, une jeune fille timide qui habite avec sa famille dans un autre monde, divisée en différentes "arches". Elle vit sur l'Arche Anima. Cachée derrière ses lunettes à verre épais et sous son écharpe magique, habillée de couleurs ternes et d'un vieux manteau, elle fait tout pour passer inaperçue. Et pourtant, je vous assure dans cette histoire, il ne faut surtout pas se fier aux apparences...

Car Ophélie possède un pouvoir fabuleux : c'est une "passe-miroir".  Elle est en effet capable de traverser les miroirs pour se rendre où elle veut, quand elle veut, et passer d'un endroit à un autre, incognito. C'est commode pour écouter aux portes n'est-ce pas ? 

En plus de ce don étrange, elle est aussi une "liseuse", c'est-à-dire qu'elle peut aussi "lire", le passé d'un objet, si elle le touche sans gants, et entrevoir ceux qui l'ont soit manipulé, soit tout simplement possédé.

Mais, car hélas pour elle tout n'est pas si simple, suite à un premier essai raté pour franchir un miroir, alors qu'elle n'avait que 13 ans, elle garde un certain décalage avec la vie réelle, je dirai... une sorte de petite maladresse !

Mais cela ne suffit pas à définir notre héroïne. Il faut que je vous dise aussi qu'elle possède en elle une bonne dose de naïveté. En effet, on pourrait même dire, sans exagérer, qu'elle vit "dans son monde", un univers fait de rêves et d'une once de magie.

En plus, elle n'est pas sociable pour deux sous ce qui n'arrange rien et elle ne s'intéresse réellement qu'à son travail. Et savez-vous où travaille cette charmante personne ? Vous ne devinerez jamais ! Elle travaille dans un musée, contenant des tas de vieux objets, qu'elle peut donc, si elle ôte ses gants, "lire" en remontant loin, très loin dans le passé.

 

Maintenant que je vous ai présenté Ophélie et que je vois bien, que vous la trouvez déjà attachante, je vais vous raconter son histoire... 

Elle a refusé tous les membres de sa famille, avec lesquels elle aurait pu se marier (c'est ainsi sur l'Arche Amina, les mariages sont arrangés...). Alors les Doyennes organisent son départ pour une autre arche, le Pôle, où elle doit se fiancer, puis se marier avec un certain Thorn, appartenant au puissant clan des Dragons...un mariage d'intérêt où il n'est pas question d'amour ni même d'affection, et une vie à l'opposé de ce qu'Ophélie avait imaginé.

Elle doit donc quitter pour toujours son métier et sa famille qu'elle ne reverra plus jamais. Autant vous dire que c'est pour elle un véritable déchirement !

 

Mais si je vous dis qu'en plus, Thorn n'a pas l'air commode du tout, vous comprendrez tout de suite mieux le problème...

Ophélie n'est pas au bout de ses surprises et l'arrivée à la Citacielle, la capitale du Pôle, où Thorn exerce le métier d'intendant, lui réserve beaucoup d'autres désagréments : il fait froid, les paysages comme les habitations ne sont qu'illusions, les coutumes et les liens de hiérarchie qui unissent les différents clans, n'ont rien à voir avec ceux de l'Arche Anima...et Farouk, "l'Esprit de famille" du Pôle, règne sur son monde en véritable despote, ce qui n'a rien à voir avec la façon généreuse d'Artémis, sur Anima.

Ophélie, notre fragile héroïne, habituée à la franchise, apprendra vite et le plus souvent à ses dépends, qu'ici la trahison et le mensonge règnent, ce que Thorn a oublié de lui expliquer...

Heureusement que sa tante Roseline est du voyage : elle doit lui servir de chaperon jusqu'au mariage et la surveille de près !

 

Quant à Thorn, est-il uniquement cet homme calculateur, rustre  et violent, tel que le découvre Ophélie et comme le disent certains membres de sa famille ?  Ou est-il cet être meurtri par la vie et son enfance difficile de "bâtard" ? 

Totalement sous la coupe de l'impétueuse Bérénilde, la tante de Thorn, Ophélie sera bien obligée d'obéir...

Mais pourquoi doit-elle se cacher des autres habitants du Pôle, jusqu'à son mariage  ? Pourquoi a-t-elle été choisie pour s'unir à cet homme taciturne ? Et quel rôle devra-t-elle jouer auprès de Farouk ?

 

Pour élucider tous ces mystères, il vous faudra bien accepter de prendre une tasse de thé ou de café en leur compagnie...ça réchauffe ! 

Quant à la douce et rêveuse Ophélie, il va lui falloir abandonner pas mal de ses illusions, pour pouvoir décider quel sera son avenir, vous vous en doutez...

 

Ophélie s'accouda à la fenêtre et respira l'air inodore du jardin. La pluie qui tombait à verse disparaissait au moment de rebondir sur ses lunettes, comme si l'illusion ne pouvait pas pousser plus loin ses limites. Il était vraiment étrange de se recevoir sur le visage une eau qui ne mouillait pas...

 

Ce roman pour adolescent de 517 pages (écrit gros je vous rassure) se lit d'une traite, enfin presque ! 

Après les premières pages où nous faisons connaissance avec le monde dans lequel se déroule l'histoire, vous n'aurez qu'une envie, c'est d'en savoir plus.

L'intrigue est prenante, les personnages sont attachants, l'histoire est originale...bref ce roman a tout pour plaire aux ados et aux fans de fantasy.

De plus l'écriture est fluide et très agréable. Et l'auteur, qui signe ici son premier roman, déborde d'imagination, pour notre plus grand plaisir. 

Ce roman a été pour moi une très agréable surprise.

Je l'ai découvert grâce au blog de Doc Bird, dont vous pourrez lire la chronique ci-dessous.

 

Au-dehors, le jour déclinait. Ophélie ramena ses jambes contre elle et cala son menton sur ses genoux...
"Récapitulons, raisonna-t-elle en silence. Les Dragons veulent se débarrasser de moi parce que j'épouse leur bâtard. Les Mirages veulent ma mort parce que j'épouse un Dragon, Archibald veut me mettre dans son lit parce que ça l'amuse et, à travers lui, c'est à toute la Toile que j'ai menti. Mes seuls alliés sont Berenilde et Thorn, mais j'ai réussi à me mettre l'une à dos et je ne vais pas tarder à en faire autant avec le second."
Ophélie enfouit sa tête dans sa robe. Cet univers était beaucoup trop compliqué pour elle, la nostalgie de son ancienne vie lui tordait le ventre.

 

Christelle Dabos est un jeune auteur, née en 1980, dans le sud de la France. Elle s'est mise à écrire alors qu'elle n'était encore qu'étudiante et voulait devenir bibliothécaire. 

Elle publie d'abord ses écrits dans "Plume d'argent' une communauté d'auteur en ligne.  Puis elle décide de participer au Concours du Premier Roman organisé par Gallimard Jeunesse et... c'est elle qui gagne !

Voilà comment ce roman est arrivé jusqu'à nous.

La série intitulée "La passe-miroir", comprend trois tomes dont le troisième vient de paraître en juin dernier.

Elle peut se lire à partir de 14 ans sans problème. 

Vous pouvez retrouver l'auteur sur son site ICI 

 

Bonne Lecture si ça vous tente ! 

 

 

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 05:41
10/18 Grands Détectives, 2016

10/18 Grands Détectives, 2016

Pendant tout l'après-midi, Jemina repensa à ses paroles, enfermée toute seule dans sa cellule pourvue d'une unique fenêtre placée très au-dessus du niveau des yeux. Elle entendait les détenues pousser des cris et éclater de rire, mais c'était un son dur et rauque, totalement dénué de joie.

 

Je n'avais jamais rien lu de celle qu'on surnomme la "Reine du polar victorien"...mais je savais qu'ayant elle-même bien connu le milieu carcéral de l'intérieur, elle savait très bien bâtir des histoires crédibles et prenantes. 

Surtout connue depuis ces deux séries, les enquêtes du couple Charlotte et Thomas Pitt et celles de l'inspecteur amnésique William Monk, elle s'est depuis penchée davantage sur diverses périodes historiques en écrivant plusieurs romans qui se passent à différentes périodes...

J'ai trouvé que ses romans étaient des lectures idéales pour une pause sans prise de tête ! Ce qui fait du bien évidemment entre deux lectures plus sérieuses, pour se changer les idées. De plus, celui-ci est court (156 pages) et se lit facilement.

 

L'histoire se passe au début du XXe siècle à New York, mais débute en fait sur le bateau qui amène en Amérique Jemina, la fille de Charlotte et Thomas Pitt (personnages de la première série de l'auteur, bien connus des fans).

Elle a été chargée d'accompagner son amie, Phinnie Cardew qui doit se marier bientôt avec le fils d'un homme d'affaires, ami avec son propre père. Mais comme ce dernier est malade, il ne peut l'accompagner et faire cette longue traversée.

 

Le prétendant, Brent Albright, est un jeune homme distingué mais très traditionaliste. Sa famille est une des plus riches de la ville et son union avec la jeune Phinnie âgée à peine de 16 ans, est attendue comme l'événement majeur de l'année qui va réunir deux familles d'aristocrates richissimes.

Tout se passe bien au départ pour les deux jeunes femmes. Phinnie prépare son mariage et fait connaissance avec les membres de la famille, tandis que Jemina visite la ville avec Harley, le charismatique frère de Brent.

Mais voilà que Harley demande à Jemina de l'aider à empêcher la mère de Phinnie, Marie Cardew d'assister au mariage. En effet, la présence de celle-ci n'est pas désirée et viendrait tout gâcher, vu qu'elle a abandonné sa fille, il y a 16 ans maintenant, sans jamais chercher à la revoir...

Jemina ne comprend pas comment Marie a pu disparaître pour réapparaître justement maintenant, mais comme elle a bon coeur elle accepte. 

Cependant, une fois arrivée à son domicile, Jemina la retrouve morte...

C'est alors que tout se gâte pour elle quand un policier, averti par Harley, débarque sur les lieux et que tout semble accuser la jeune femme.

La voilà questionnée, puis incarcérée en attendant son  jugement....

Heureusement, l'agent de police Patrick Flannery croit en son innocence !

 

J'avoue avoir passé un bon moment en lisant ce court roman policier, léger mais bien construit. Le suspense est pourtant vite retombé car j'ai tout de suite compris qui était le coupable. Par contre, le lecteur ne comprend ses motivations qu'à la fin ce qui maintient l'envie d'en savoir plus !

L'auteur prend tout de même le temps de nous présenter ses personnages et d'entrer dans l'histoire avant de précipiter le dénouement.

Le personnage de Jemina, si libre et indépendante pour l'époque est tout à fait sympathique et on compatit à la déception de Phinnie qui vivait un vrai conte de fée...

La magie de noël et la neige forment une toile de fond tout à fait plaisante. 

Un élément historique vient donner un peu de profondeur au roman puisque dans l'histoire, il est question de ségrégation raciale et du combat que certains des personnages ont mené pour aider les noirs, au péril de leur vie. Mais je n'en dirais pas plus...

 

Ce roman entre dans une série qui s'intitule "Histoires de noël". En effet chaque année au moment de noël, l'auteur édite une courte histoire policière dans laquelle un personnage secondaire apparu dans ses autres romans, mène l'enquête (ici Jemina).

En résumé, c'est donc un roman facile et plaisant, qu'à défaut de lire sous la couette vue la saison, est plutôt à lire sous la tonnelle, au bord de la piscine pour celles et ceux qui ont la chance  d'en avoir une, ou pour ceux qui aiment, à la plage ! 

Je vous invite à lire la chronique de Nath ci-dessous ..

 

 

Et n'oubliez pas de visiter le second blog de Cathyrose dans lequel elle nous parle souvent de lecture.

Cathyrose a été la première blogueuse à me parler de cet auteur, et à me donner envie de la lire ! 

 

Bon week-end du 14 juillet à TOUS...

Je me mets en courte pause pour les trois jours à venir et

je vous retrouve dès lundi avec grand plaisir pour une semaine de balade en Camargue.

Si ça vous tente...

 

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 06:08
Actes sud, actes noirs, 2013

Actes sud, actes noirs, 2013

On commet souvent l’erreur de ne pas vouloir déranger celui qui pleure. On pense qu’il lui faut du calme et de la tranquillité, qu’on doit le laisser en paix. C’est totalement faux. L’être humain est un animal de meute. Il a besoin d’être entouré, il a besoin de proximité, de chaleur et du contact d’autrui.

Je n'ai jamais dit que les chats n'avaient rien vu. J'ai seulement dit que moi, je n'avais rien vu. Mais Marilyn, elle, elle a vu une voiture tôt, très tôt le samedi matin, elle était assise à la fenêtre de la cuisine. Elle n'arrêtait pas de cracher, elle était déchaînée.
- Marilyn a vu une voiture ? Quelle marque ? Dit Martin en décidant de ne pas tenir compte de l'absurdité de sa question.
Grip le regarda avec pitié.
- tu crois que les chats connaissent les marques de voiture, toi ?

 

Annie vient de s'enfuir de chez elle, terrorisée et les mains pleines de sang, en emmenant avec elle Sam, son jeune fils.

Elle se réfugie dans le seul endroit où elle se sent chez elle, sur l'île de Graskär, une île dont elle a hérité de ses parents. Son père y était gardien de phare et elle y a passé son enfance. Elle n'a pas peur de s'y retrouver seule avec son fils bien que cette île, soit surnommée par les gens du pays, "l'île aux esprits" : elle serait hantée par des gens ayant habités l'île, et donc morts depuis des années.

 

Quelques jours plus tard, la police retrouve Mats Sverin assassiné. Il était revenu vivre à Fjällbacka depuis quelques mois, abandonnant son ancien travail pour revenir vers sa ville natale. Lorsque  Patrick Eldström et son équipe tentent d'en savoir plus sur son passé, ils se heurtent à un mur de silence. 

Mais il se trouve que, juste avant de mourir, il est allé rendre visite à Annie, son amour d'adolescent.

 

Erica, malgré la naissance de ses jumeaux, ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête, en parallèle de celle de Patrick. Elle connaissait bien Mats car elle était en classe au lycée avec lui et avec Annie. 

Elle tente aussi d'aider sa soeur qui a perdu son bébé...

 

L'enquête piétine :  Mats n'avait aucun ennemi, tout le monde l'aimait. Seul son ancien travail, dans une association d'aide aux femmes battues, aurait pu lui attirer des ennuis.  

 

La plupart des hommes qui battent leur femme ou leurs enfants ne comprennent pas qu’ils agissent mal. A leurs yeux, c’est la femme qui est en tort. Il s’agit de pouvoir et de contrôle. Et, s’ils menacent quelqu’un, ce sont les femmes, pas les structures d’accueil.

 

Ce que j'en pense...

 

Comme d'habitude, l'auteur s'amuse avec ses lecteurs : rebondissements, flashbacks, ennuis familiaux...

Mais cette fois, elle distille aussi un petit brin de fantastique. En effet, en parallèle avec l'histoire, le lecteur découvre la vie quotidienne d'Emelie, venue vivre sur "l'île aux esprits "au XIXe siècle, dès son mariage avec le gardien de phare de l'époque. Très seule et isolée de tous, maltraitée par son mari, elle trouve un réconfort dans la présence silencieuse des esprits qui l'entourent, vivent sur l'île avec elle et, lui parlent.

Annie, revenue vivre sur l'île, voit elle aussi réellement les esprits et croise des personnes disparues depuis fort longtemps qui ont habité l'île...dont justement, Emelie et son fils. Ils semblent d'ailleurs vouloir la mettre en garde et lui dire quelque chose qu'elle ne comprend pas. 

 

Comme d'habitude, Camilla Läckberg sait parfaitement analyser ses personnages avec beaucoup de finesse psychologique, nous donner envie d'en savoir davantage sur eux et sur leur vie quotidienne. 

La thématique générale du roman est la violence faite aux femmes et aux enfants. En plus d'Annie, qui a fuit la violence de son mari qu'on retrouvera assassiné, le lecteur va croiser des femmes, prêtes à retourner vivre avec leur bourreau pour apaiser leur culpabilité ; à vivre cachées loin de leur pays et de leur famille ; des fratries brisées comme Viviane et son frère Anders qui n'arrivent pas à oublier leur enfance meurtrie par leur beau-père ; sans oublier bien sûr, Emelie et son fils Gustav  qui ont vécu dans un autre siècle mais cloîtrés sur l'île, sans avoir le droit ni de voir personne, ni d'en sortir.


 

On jouait aux billes et au foot à la récré. On était des enfants. C’était tout simple. Aujourd’hui, tout le monde est tellement pressé d’être adulte. Il faut fumer, baiser, picoler et je ne sais pas quoi d’autre encore avant même d’entrer au collège…

 

Une autre thématique abordé dans le roman est la difficulté de faire son deuil qui peut aller jusqu'au déni.

Mais je ne vous en dirai pas plus, de peur d'en dévoiler un peu trop...

 

Voilà...ce titre est le dernier roman de la série que je lis. Sans nul doute je lirai le prochain opus sans problème, quand il sortira (peut-être l'an prochain). Je ne suis pas encore lassée !

Il faudra bien qu'un jour ou l'autre l'auteur trouve une façon de clore la série mais en attendant, même si ce roman aborde un thème difficile, cette lecture reste une excellente lecture de vacances. 

 

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 05:47
Actes sud, 1999

Actes sud, 1999

Yukio me serra doucement contre sa poitrine et posa son menton sur ma tête. je pouvais entendre les palpitations de son coeur. C'était le moment où je pouvais oublier tout ce qui se passait autour de nous : la guerre, le travail à l'usine, la solitude. Je ne pensais qu'à nous.

 

Yukiko, une survivante de Nagasaki, a toujours refusé de parler à sa fille Numiko et à son petit-fils, de sa jeunesse, de sa famille et de Nagasaki où elle habitait en juin 1945. Mais peu de temps avant sa mort, elle accepte enfin de répondre aux questions du jeune adolescent...

Elle laisse aussi chez son notaire, une longue lettre à Namiko, que celle-ci ne découvre qu'à sa mort. 

Dans cette lettre, en forme d'aveu, Yukiko raconte ce qu'elle a vécu durant ses années de jeunesse qui ont précédé la guerre, et les conséquences de certains événements familiaux, tenus secrets.

Elle a en effet été poussée à commettre un crime, celui de son propre père, tandis que deux bombes atomiques étaient lancées par les américains sur le Japon, à seulement quelques jours d'intervalle...

Yukiko,sans l'avoir prévu, avait commis LE crime parfait, mais ce crime, bien que resté impuni, la poursuivra toute sa vie... 

 

Une fois, dans la rue, je vis des prisonniers de guerre. Ils marchaient, attachés les uns aux autres par une corde. Quelques-uns sifflaient et un soldat japonais les grondait. La candeur de leur expression me laissait croire qu'ils avaient entre dix-huit et vingt ans...
L'un d'entre eux dit en anglais à un autre prisonnier : "Qui veut la guerre ? Tu sais, je veux simplement rentrer dans mon pays où mes parents et ma fiancée m'attendent".
...
La gorge serrée, je regardais ces jeunes soldats s'éloigner. Les mots"ma fiancée" me firent pleurer.

-Grand-mère, pourquoi les Américains ont-ils envoyé deux bombes atomiques sur le Japon ?
- Parce qu'ils n'en avaient que deux à ce moment-là, dit-elle franchement.
Je regardai ma mère. Il me semblait qu'elle blaguait, mais son visage était sérieux...

 

Voilà une histoire de famille poignante et intense, sur fond de guerre et de bombe atomique. Un court roman qui est le premier opus d'une pentalogie intitulée "Le poids des secrets" que je compte bien poursuivre durant l'été, si je le peux...

Le thème central est l'égoïsme et les mensonges d'un homme _ le grand-père de Namiko_ et l'amour impossible entre deux adolescents, dont Yukiko, qui ne connaissent rien du lien secret qui les unit.

Avec un ton toujours juste et pudique, l'auteur aborde les thèmes douloureux du deuil, du poids des traditions dans les familles, des conditions de travail, et des relations de couple dans le Japon de la première moitié du XXe siècle.

Tout cela en parallèle des drames de la grande Histoire... 

J'ai beaucoup aimé ! 

 

Je n'étais pas capable de continuer à regarder son visage. Je me disais : "Mon frère...Tu es mon frère. Tu ne le sais pas ?"
Il me dit :
- Tu ne m'aimes plus ?
- Si. Mais je ne peux plus te rencontrer.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Dis-moi, s'il te plaît.
- Ne me demande pas pourquoi, je t'en prie !
Je le quittait en courant.
- Je t'attendrais toujours ! cria-t-il derrière moi.
Ce furent les derniers mots de Yukio...
Là, dans le noir, je sanglotais longtemps sans pouvoir m'arrêter...

 

Un autre avis sur le blog de Nath et...vous prendrez bien un petit morceau de chocolat avec elle, tout en lisant sa chronique ! 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 06:03
Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Elle devait avoir sept ou huit ans, pas plus, quand une interdiction, qui pour une fois ne venait pas de son père, vint dresser une barrière devant elle. Ils étaient certes musulmans comme eux, les enfants du voisinage, lui dit Oumma, sa mère, mais ce n’était pas une raison suffisante pour s’en faire des amis. Bref, elle ne devait en aucun cas avoir affaire à eux. Et pourquoi ? Pour une raison secrète connue du monde entier et qu’Oumma lui présenta en ces termes :
- Pattoumma, mon trésor, tu es la fille chérie de la fille chérie d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant. Ton grand-père avait un éléphant, un grand mâle à défenses !

 

Ce roman de littérature indienne...se lit aussi vite et facilement qu'un conte pour les grands.

 

Il nous raconte l'histoire de la jeune et jolie Kounnioupattoumma, issue d'une très bonne famille d'origine musulmane. D'un naturel gaie et naïf, la petite fille voit la vie en rose, comme une petite princesse, mais elle ne sait ni lire ni écrire et sa famille la garde dans l'ignorance de la vie et sous l'emprise de croyances religieuses dépassées. 

 

Arrivée en âge de se marier, elle voit défiler les prétendants, mais aucun ne convient à sa mère ! 

En effet, celle-ci est la fille d'un homme riche qui possédait...un éléphant, ce qui explique son rang ! Pas un petit éléphant, non, un grand avec des défenses énormes capables de tuer plusieurs kafirs...

Parée de bijoux, la jeune fille se demande pourquoi elle ne peut choisir son prétendant, mais sa crédulité l'empêche de poser la question.

 

Lorsque son père se retrouve ruiné par deux affaires, dont le procès intenté à son encontre par ses soeurs, en colère parce qu'elles n'ont pas eu leur part d'héritage du domaine familial, voilà la jeune fille prise au dépourvu. Elle ne sait rien faire et va devoir faire face à la pauvreté. Plus de bijoux, car ils sont vendus pour payer le procès, ni de maison, ni de domestiques à leur service, quant aux prétendants, ils disparaissent tous les uns après les autres.

La mère devient aigrie et en veut à la terre entière. Elle mène une vie impossible à son mari qui fait ce qu'il peut pour travailler et rapporter de quoi manger, et à sa fille à qui elle reproche, tout simplement, d'être née.

En effet, être la fille de celui qui a possédé un jour un éléphant, ne lui apporte plus ni respect, ni un quelconque avantage dans leur triste vie. 

 

Mais il y a toujours un revers de la médaille...

Maintenant que la famille est ruinée, Kounnioupattoumma va pouvoir vivre plus libre, aller se baigner dans l'étang aux nénuphars, ou près du puits des voisins, se promener dans la nature qu'elle adore, se faire des amies et peut-être un jour pourra-t-elle même, choisir son futur mari.

C'est alors, qu'après avoir fait une chute dans un ravin, elle croise le jeune (et beau) Nisar Ahmad, un jeune homme cultivé, poète et, comme elle, amoureux de la nature...

 

Kounnioupattoumma ressentait un bonheur indéfinissable, mâtiné de révolte et du désir de se venger. La perte subie était certes un grand malheur, mais elle voyait des gens, respirait l'air pur, profitait de la lumière du soleil, prenait des bains de lune, courait, sautait, chantait. Elle ne connaissait aucune chanson, mais qu'importe, elle était libre de faire ce que bon lui semblait.

 

Voilà un roman très court qui nous fait entrer sans détour dans la vie et les coutumes de cette famille musulmane d'Inde du Sud. Le roman s'apparente d'ailleurs davantage à un conte. 

La façon dont l'histoire se déroule, a le mérite de faire varier les points de vue. La vision naïve de la jeune fille peut parfois être surprenante, mais c'est ce qui nous permet de la trouver attachante et de nous intéresser à son avenir. 

 

Tout en lisant son histoire, le lecteur a une vision plutôt critique de la situation : les préjugés et les contraintes sociales imposés par la mère sont très lourds mais réels. Heureusement, ils vont voler en éclat.

Le roman a le privilège de nous dépayser, tout en faisant découvrir au lecteur les traditions toujours en cours, la différence entre les riches et les pauvres (donc le système de castes), les conditions de vie des femmes et des jeunes filles en Inde du Sud, et le manque d'humanité, dans cette minorité musulmane indienne.

Ce n'est pas un coup de coeur, mais j'ai passé un très bon moment de lecture. Les occidentaux que nous sommes, doivent aborder cette lecture en oubliant leur propre culture, ce qui n'est pas facile à faire, j'en conviens...

L'intérêt du livre réside surtout dans son humour, distillé à chaque page, la poésie du texte, mais aussi la réflexion permettant de comprendre l'importance dans ce pays, de l'éducation et de la culture pour se libérer de la tradition et des superstitions.

L'écriture, simple et facile à comprendre, permettra aux lecteurs, dès l'âge du lycée, d'apprécier cette histoire et vous fera voyager dans un autre monde.

N'est-ce pas une lecture idéale pour les vacances ?

 

L'auteur est surtout connu pour ses nouvelles, dans lesquelles il témoigne de ce qu'il a vécu et dénonce les relations amoureuses contrariées par les codes sociaux et l'injustice. 

Il a participé au mouvement de lutte pour l'indépendance de l'Inde ce qui lui a valu d'être emprisonné.

On le considère comme l'un des plus importants écrivains de la littérature malayalam contemporaine (une des 22 langues officielles de l'Inde,  parlée dans le sud et en particulier au Kerala).

Un auteur à découvrir donc, car cette littérature est peu connue, d'autant plus que ce roman est sorti en poche en 2013 et a fait partie de la sélection du Prix du Meilleur roman des Lecteurs de "Points". 

 

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 05:44
La sirène / Camilla Läckberg

Comment avait-il pu se leurrer ainsi ? Il avait vécu retiré pendant tant d'années qu'il s'était cru autorisé à sortir à nouveau. Même en recevant les lettres, il avait continué à se persuader que c'était fini, qu'il ne craignait plus rien.

 

Comme je vous l'ai dit, en vacances et avec la chaleur, je ne lis que des romans de détente, facile à lire mais plaisant et les romans policiers ont donc une place privilégiée dans ma pile de l'été.

 

J'avais promis de terminer la série de Camilla Läckberg et "La sirène" est l'avant-dernier titre que je n'ai pas lu. Donc bien sûr lorsque je l'ai trouvé à la médiathèque ainsi que celui qui lui fait immédiatement suite, "le gardien de phare" je les ai emporté tous les deux !

 

Alors que mère s'approchait, père s'accroupit devant lui. Ses yeux étaient grands ouverts et effrayés quand il dit à voix basse, le visage tout près du sien : "On ne parlera jamais de ça. Et si jamais tu recommences, je te chasserai tellement vite que tu n'entendras même pas la porte claquer derrière toi. Compris ! Tu ne la toucheras plus jamais."

 

Tandis que Patrick Hedström et son équipe tentent de résoudre la mystérieuse disparition de Magnus Kjellner afin d'apporter des réponses à sa famille (A-t-il été enlevé ? Est-il parti de son plein gré ? Est-il mort ?), Erica Fälck aide Christian Thydell à publier son premier roman, intitulé "La Sirène", qui s'avère être un grand succès dès sa sortie.

Christian est nerveux lors des interviews mais bientôt Erica découvre que c'est en fait parce qu'il reçoit régulièrement des lettres anonymes de menace depuis qu'il a commencé à écrire.

Erica, enceinte de ses jumeaux, n'aime pas rester en marge d'une affaire. Sa curiosité naturelle la pousse toujours à chercher à en savoir plus. Alors, elle en subtilise une et décide de chercher à percer ce mystère d'autant plus qu'elle voit bien que cela met Christian dans un embarras croissant et que l'angoisse monte de plus en plus. 

Mais voilà qu'on retrouve le corps de Magnus pris dans la glace. Il a été assassiné, cela ne fait plus aucun doute. Or les deux hommes étaient amis.

Quel rapport y-a-t-il entre l'assassinat de Magnus et les lettres anonymes reçues par Christian ? 

Alors que l'enquête piétine, des accidents surviennent parmi les proches, suffisamment graves pour inquiéter tout le monde... 

 

Depuis la veille cependant, elle se perdait en conjectures. Était-ce à cause de cette ombre qu'il n'était plus là ? Quelle en était l'origine ? Pourquoi ne lui en avait-il pas parlé ? Elle avait cru qu'ils se disaient tout, qu'elle savait tout de lui, comme il savait tout d'elle. Et si elle s'était trompée, si elle avait vécu dans une totale ignorance ?

 

C'est un des meilleurs de la série. Le suspense est incroyable et les ficelles déjà utilisées par l'auteur dans ses autres livres,  se font vite oublier !

Je comprends que certains lecteurs se lassent puisqu'il est vrai que maintenant on connaît toutes les ficelles. Mais c'est justement ce qui est rassurant et...reposant en vacances. 

Le lecteur entre dans la vie de quatre couples amis, qui ont chacun leur façon de fonctionner...Comme d'habitude,  l'auteur va croiser deux époques. Le présent, dans les chapitres qui constituent le corps du roman et de courtes digressions qui reviennent sur des événements passés qui, peu à peu, permettent au lecteur de comprendre des éléments de l'histoire du personnage central.

Bien sûr, j'avais deviné certaines choses mais, cette fois, je reconnais que la fin m'a bluffé car je ne m'attendais pas du tout à ça ! 

Il faut dire qu'avec Camilla Läckberg on pénètre en douceur dans la psychologie des personnages. Elle est très fine en matière de détails et d'analyse de ces personnages. Je pense que son roman est suffisamment bien documenté pour que ce qu'elle nous propose comme explication, soit plausible.

En tous les cas, elle implante ses personnages dans la vraie vie, nous les décrit avec humour et beaucoup de justesse... c'est ce qui fait je crois le succès de sa série. 

J'aime la façon dont elle nous livre ses personnages, tels quels avec leurs défauts et bien sûr leurs grandes qualités. Ils sont si humains et si proches de nous !

Seul bémol, les frasques d'Erica enceinte de ses jumeaux pourront en lasser certains. Mais ce sont de très courts passages qui reviennent assez fréquemment au cours du roman. Pourquoi met-elle ainsi sa santé en danger et pourquoi cache-t-elle toujours à Patrick qu'elle enquête par derrière ?

Moi je la trouve vraiment incroyable !

Comme chaque fois la toute fin du livre nous donne envie d'en savoir plus (une façon de préserver l'envie du lecteur de connaître la suite). Mais cette fois-ci le suspense monte d'un cran et là, je reconnais que pour la première fois je suis très contente d'aborder le tome suivant dans la foulée...

Donc, vous saurez la suite très vite, puisque je suis déjà en train de la lire ! 

 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:10
Gallimard, 2011

Gallimard, 2011

Je m'étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois.
Je me suis installé pendant six mois sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord.
...
J'y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste_ l'espace, le silence et la solitude_ était déjà là.

 

Ce récit de voyage, parfait à lire en cette saison pour nous rafraîchir un peu,  raconte la vie quotidienne de Sylvain Tesson lors de son séjour en Sibérie. Il avait déjà fait un bref voyage sur les bords du lac Baïkal quelques années auparavant et s'était promis d'y retourner. C'est donc tout naturellement que, désireux de faire un break dans sa vie trépidante d'occidental, il se décide à s'exiler pour s'installer dans une isba, perdue dans la forêt.

Lorsqu'il part là-bas, il est plutôt dépressif et bien décidé à se retrouver, à se reconnecter à la nature et à renouer avec les gestes du quotidien. Et s'il ne peut changer le monde autour de lui, il va tenter de changer le regard qu'il porte sur lui.

La plupart d'entre nous n'aurait pas choisi de s'exiler dans un lieu aussi isolé pour retrouver le moral. Lui va y vivre durant six mois, de la fin du mois de février à juillet 2010, seul ou presque, car à plusieurs jours de marche du premier village. 

Il va vivre de ses propres ressources, avec beaucoup de provisions tout de même et surtout une quantité d'alcool phénoménale, ce qui est à mon avis, la preuve qu'il ne va pas bien du tout.

Lorsque le dégel va faire sortir les ours de leur hibernation, on lui donnera deux chiens et un fusil et des fusées pour se protéger...

 

Il mène donc une vie rude mais qui lui laisse tout le temps nécessaire pour lire, réfléchir et rêver à un autre monde mais aussi pour être visité à l'occasion par des touristes russes (très riches) de passage ou quelques amis ou voisins des bords du lac...

Sa vie est tout de même plutôt solitaire à tel point qu'il se compare souvent à un ermite.

Les conditions de vie sont extrêmes même si le voyage a été fort bien préparé et que les habitants proches veillent en quelque sorte sur lui, à leur façon, car en février c'est encore l'hiver et le temps est long quand on ne peut sortir que quelques heures par jour. 

Il passe donc beaucoup de temps à marcher au dehors pour explorer les sommets proches le temps d'un bivouac, ou bien à observer la nature et surtout les oiseaux (des mésanges en particulier) qui s'approchent de son isba et viennent récupérer de plus en plus en confiance les miettes laissées sur le rebord de la fenêtre, chose qu'il n'avait apparemment jamais vécu dans sa vie, mais aussi les migrateurs qui arrivent dès les beaux jours. 

Mais, et c'est ce qui compte pour lui, il va retrouver le goût de vivre, grâce à tous les gestes qu'il doit fournir pour subvenir à sa vie quotidienne, comme fendre le bois pour se chauffer, casser la glace pour récupérer de l'eau quel que soit le temps, allumer le feu, pêcher pour avoir quelques provisions supplémentaires et mettre un peu de variété et de vitamines dans ses repas...

Et lui qui ne savait pas au départ s'il serait capable de "se supporter" va traverser cette épreuve haut la main... et retrouver la paix, enfin c'est ce qu'il nous dit. 

 

Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.

Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de répondre aux questions ? Je saisis à présent le caractère agressif d'une conversation. Prétendant s'intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s'immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu'il vous demande. Tout dialogue est une lutte.

 

Voilà un livre difficile à résumer qui nous livre les réflexions quotidiennes de l'auteur et une expérience de vie très personnelle mais pour moi ce n'est pas un essai et je suis donc surprise qu'il ait obtenu  le Prix Medicis essai en 2011. 

Je suis souvent admirative quand je lis le récit de personnes qui se sont ainsi abstraits volontairement de la vie "moderne", pour vivre en solitaire des mois durant. Ce n'est pas le fait d'être privé du confort occidental que j'admire, mais plutôt celui de ne plus avoir de contact avec nos proches, nos amis ou notre famille et celui de s'ouvrir aux autres, aux gens du pays par exemple, de découvrir d'autres univers. La Sibérie est un lieu qui comme l'Alaska me fait rêver, mais je sais que je n'irai jamais y vivre car je n'aime pas les extrêmes ! 

Aussi je ne comprends pas pourquoi la lecture de ce récit, que l'auteur appelle un "journal d'ermitage", me laisse une sensation de manque, une sorte de déception alors que le livre est facile à lire et même par moment agréable. 

J'avais offert ce livre en cadeau à mon père lors de sa sortie et je ne l'avais jamais lu depuis. Lui qui était un grand fan des récits d'aventure et de voyage sur l'arctique, qui adorait Jack London et autres auteurs, avait simplement manifesté le désir de lire un jour un des écrits de Sylvain Tesson qu'il voyait de temps en temps à la télévision. Bien sûr j'avais profité de son souhait pour le lui offrir. Je me souviens qu'après sa lecture, mon père m'avait dit :  "Bon, il est allé là-bas c'est sûr, mais est-ce qu'il a vraiment vécu tout ça...". 

Et maintenant, des années après, une fois ma lecture achevée je comprends ce qu'il avait voulu me dire car c'est tout à fait ce que je ressens aujourd'hui.

Je ne peux pas nier que l'auteur soit allé s'installer dans son isba, ni qu'il ait vu tout ce dont il nous parle. Mais je suis davantage sceptique sur ce qu'il a vécu en profondeur et l'expérience qu'il en aurait retiré me paraît quasi factice. J'ai eu trop souvent l'impression que dans ce récit, Sylvain Tesson jouait un rôle.

Du coup je n'ai pas été touchée par ses mots comme je le pensais. 

Je sais bien que les mots sont réducteurs et que comme les photos ils ne traduisent qu'un instant sorti d'un contexte et d'une ambiance. Mais l'écriture ne m'a pas conquise et donc si l'exploit reste admirable, je n'ai pas été touchée par le récit qu'il en fait.

Certains passages de réflexion sont intéressants, d'autres  même sont poétiques, mais le récit du quotidien imprégné de remarques très occidentales (je devrais dire très parisiennes et mondaines) m'a souvent surpris...car cela crée un décalage et souvent je me suis demandée ce qu'il faisait là-bas, finalement. 

Certes son voyage a été bien préparé et cela est normal d'éviter tout risque inutile quand on part dans des milieux extrêmes mais du coup il n'y a pas d'aventure à proprement parler, pas de surprise, pas d'intérêt et même lui passe beaucoup de temps à ne rien faire et à s'ennuyer ( et à boire seul ce que les russes ne font jamais).

C'est donc évident que ce livre est un livre de commande puisque même une vidéo a été filmée de son aventure, ce qui paraît bien surprenant pour quelqu'un qui veut se couper du monde...

Mais cela encore, n'est pas le noeud du problème. C'est l'écriture de son récit qui ne sonne pas juste. Il s'adresse à un public, pas à lui-même comme on le ferait dans un véritable journal de bord. Il donne à voir...et du coup je n'ai pas cru à son ressenti, c'est trop distancié et dépourvu d'émotions, même quand il apprend que son amie le quitte, je n'y ai pas cru. 

J'ai également été très souvent lassée par ses trop longues citations qui font pourtant référence à des livres que j'ai lus pour la plupart (pas tous je vous rassure)...et je n'ai même pas partagé avec lui ce plaisir de lire.  

En tous les cas, s'il  a eu une expérience positive suite à son séjour, cela ne l'a pas rendu ni plus modeste, ni moins narcissique. Je l'ai trouvé finalement très pédant et plutôt imbu de lui-même, impression que j'avais déjà eu en l'écoutant dans les médias. 

Les contradictions abondent et je crois qu'il aurait dû être un peu plus "transparent" et évoquer le coût réel de cette opération "ermite en Sibérie", les nombreux sponsors (comme Millet) qu'il remercie tout de même en fin d'ouvrage, l'équipe télévisée de Bo Travail qui l'a forcément suivi et je ne vais pas tout vous lister : je n'aurais pas abordé cette lecture de la même façon...

 

Quand on se méfie de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 05:44
Steinkis, 2017

Steinkis, 2017

Mais chez-toi, c'est quand même la Tunisie ? Oui et non. Chez-moi, c'est où vivent mes enfants. L'amour d'un père pour son enfant est plus haut que les montagnes. Et l'amour d'une mère, plus profond que l'océan. Mais ici, il n'y a ni montagne ni océan. Si tu regardes bien, tu les verras au plus profond de toi, mon petit coeur.

 

Monji est né en Tunisie, mais suite à la mort prématurée de sa mère et au remariage de Baba Farouk, son père, la vie n'est pas facile pour lui et pour son frère aîné. Ballottés de famille d'accueil en famille d'accueil, les deux frères restent très soudés et doivent se débrouiller seuls dans la vie. 

Nous sommes dans les années 70 en Tunisie. Devenu grand, bien qu'ayant obtenu son diplôme, ce n'est pas facile pour Monji comme pour la plupart des jeunes de sa génération de trouver du travail. 

Un jour, un énorme navire arrive au port. La compagnie maritime cherche des hommes jeunes et forts.

Monji  et ses amis n'hésitent pas un instant. Ils embarquent vers la Terre promise, la France, avec pour unique bagage, une petite valise en carton contenant toutes leurs affaires, laissant  derrière eux en Tunisie, leur famille mais surtout leurs racines...

 

A l'école je faisais de mon mieux parce qu'Abdel me disait de travailler dur pour avoir un bel avenir. Il insistait : "chaque être humain a un passé, mais il faut prendre en main son avenir"

Je suis parti avec une valise en carton. Une valise en carton ?
Oui, avec tout ce que je possédais à l'intérieur. Comme dans la chanson de Younsi "Passeport Lahkdar".

 

Ce roman graphique empli à la fois de douceur, de tendresse et de nostalgie, mais aussi d'humour, est bourré d'anecdotes. Il nous raconte l'histoire de Monji et de sa famille.

Le lecteur découvre le long voyage en bateau, l'arrivée en France, les découvertes d'une autre culture...et d'un autre climat. 

Il se réjouit quand Monji rencontre celle qui deviendra sa femme. D'origine belge, la jeune femme devra mentir à sa famille, puis se battre pour faire accepter son désir d'épouser "un étranger".

Nous sommes dans les années 70 et les préjugés sont bien ancrés dans les mentalités. Les différences font peur et les gens se renferment derrière les "on-dit". 

La BD met bien à plat les préjugés de l'époque, mais le fait avec beaucoup d'humour. Malheureusement nous savons bien que certains sont encore d'actualité, plus de quarante ans après. 

 

Au passage, le lecteur apprendra certaines des coutumes tunisiennes. Les différences sont là mais sont si plaisantes à (re)découvrir ! 

Par exemple j'avoue que je ne savais pas que "jeter des seaux d'eau derrière celui qui part", est une façon de lui souhaiter bonne chance tout en demandant à Dieu de le protéger ; ni que c'était les tunisiens qui avaient donné l'habitude de demander un verre d'eau avec leur café dans un bar...

 

Le lecteur s'immerge avec grand plaisir dans la vie de cette famille où règne joie de vivre, convivialité, partage...

Monji s'adresse à ses deux petits-enfants avec beaucoup de malice. Tour à tour, ils lui posent des questions mais veulent aussi qu'il leur conte des histoires de là-bas. C'est ainsi que le lecteur se retrouve plongé en plein conte des mille et unes nuits...

Il écoute avec ravissement l"histoire de Nour et Biba, deux oies, obligées de quitter les bords du lac, désormais pollué par  une usine et qui se demandent comment migrer en emmenant avec elle leur amie la tortue. Puis ce sera l'histoire de la grue et du homard...

 

Au delà de l'histoire qui est celle de milliers d'immigrés obligés de trouver un travail à l'étranger, des thèmes abordés comme, la différence de culture, l'exil, la difficulté d'être accepté dans un pays étranger, ce que j'ai trouvé très fort, c'est la façon dont Monji explique à ses petits-enfants ses racines_donc leurs racines_ et pourquoi SA terre est à la fois la Tunisie et la France et son coeur, partagé entre les deux.  

 

J'ai trouvé le graphisme assez sombre quand j'ai feuilleté la BD à réception, la première fois...

Puis lors de ma lecture approfondie, j'ai découvert des personnages très expressifs, au regard malicieux, des paysages variés nous faisant voyager de la Tunisie à la France, des moments plus noirs car emplis de nostalgie, et d'autres très gais et colorés avec une multitude de détails tous aussi savoureux qu'instructifs. 

En tous les cas, j'ai eu envie de continuer le voyage car il me fallait absolument entendre le grand-père raconter "l'histoire du gros poisson aux écailles d'or et yeux de diamants", que lui réclame plusieurs fois son petit-fils, au fil des pages...

Pas vous ? Alors si vous voulez la connaître aussi, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

C'est une BD intéressante et plaisante à lire, qui saura faire le lien entre les générations.

Je dirai que pour bien la comprendre, il faut avoir au moins 12-13 ans. 

 

Merci à Babelio, à l'opération Masse Crtique et à l'éditeur Steinkis de m'avoir fait confiance pour découvrir cette bande dessinée. 

 

Je me sentais minuscule face à ces navires géants, et tous ces gens...des espagnols, des turcs, des marocains...on se comprenait. On travaillait tous dur, très dur. On avait une bonne formation et un bon salaire.

 

Qui sont les auteurs ?

Laïla Koubaa est d'origine tunisienne et vit avec ses deux enfants et son mari l'écrivain Bart Koubaa à Gand. Elle est titulaire d'une maîtrise en langues et civilisations orientales et aide les jeunes ayant des besoins particuliers dans les différentes écoles. Elle publie des ouvrages destinés à la jeunesse en Belgique, l'un d'eux, "Aziz, le jasmin et l'oiseau", est paru en France en 2014 (Rue du Monde).

 

Laura Janssens est titulaire d'une maîtrise en beaux-arts. Elle publie des bandes dessinées et des illustrations dans la presse belge. "Plus profond que l'océan" est son premier roman graphique.

 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 05:45
Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Parution en VO 1994 / 1997 pour la traduction française

Le monde, il ne l'avait peut-être jamais vu. Mais ça faisait vint-sept ans que le monde y passait sur ce bateau : et ça faisait vingt-sept ans que Novecento, sur ce bateau, le guettait. Et lui volait son âme.

 

En 1900, sur un bateau qui traverse l'Atlantique et fait escale à Boston,  Danny Boodmann, un des marins du bord, trouve un nouveau-né, bien installé dans une boîte d'emballage de citrons posée sur un piano. Il a sans doute été abandonné par une des immigrées dans l'impossibilité de le garder avec elle et ne sachant rien de ce qui l'attendait à terre.

 

Le nourrisson a environ dix jours et ne pleure pas.

Le géant noir tombe immédiatement sous le charme du bébé, persuadé que l'enfant a été mis là uniquement pour lui, et d'autant plus que sur le carton, il y les initiales T.D.( qu'il interprète comme voulant dire "Thanks Danny").

N'est-ce pas un signe du destin ?

Il baptise le bébé Danny Boodmann (=son nom à lui), T. D. (=thanks Danny) Lemon (=citron)  à cause de la caisse, et Novecento (=1900), en l'honneur de la nouvelle année qui débute ! 

 

Lorsque Tim Tooney, le narrateur, débarque sur le Virginian en 1927, afin d'être engagé comme trompettiste, il fait la connaissance de celui qui depuis le temps a été baptisé "Novecento" tout court, et tous deux deviennent amis.

 

Novecento est un musicien hors pair qui joue de la musique divinement bien sans partition, ni aucune connaissance particulière. Et chose surprenante pour la plupart des personnes se trouvant à bord, il n'est jamais descendu du paquebot.

Mais faut-il parcourir le monde pour le connaître ? 

 

Un jour monte à bord l'inventeur du jazz, le grand Jelly Roll Morton. Il est venu là uniquement pour rencontrer Novecento, dont tout le monde parle et il bien décidé à le provoquer "en duel"... musical. 

 

Les désirs déchiraient mon âme. J'aurais pu les vivre, mais j'y suis pas arrivé.
Alors je les ai ensorcelés.
Et je les ai laissé l'un après l'autre derrière moi.
...
La terre qui était la mienne, quelques part dans le monde, je l'ai ensorcelée en écoutant chanter un homme qui venait du Nord, et en l'écoutant tu voyais tout, tu voyais la vallée, les montagnes autour, la rivière qui descendait, la neige l'hiver, les loups dans la nuit, et quand cet homme eut fini de chanter, alors ma terre, où qu'elle se trouve, a été finie à jamais.

 

Ce court texte a été écrit pour le théâtre. Il se déguste tout en se lisant très vite. 

C'est une sorte de conte philosophique d'une grande poésie car rythmé par la musique et le mouvement incessant des vagues.

Le lecteur a l'impression d'être sur le bateau. Il écoute la musique, entend les vagues se briser sur la coque, et c'est tout juste s'il n'aperçoit pas à l'horizon, lui-aussi, l'Amérique !

L'histoire de ce pianiste "le plus grand du monde" qui n'a jamais quitté le paquebot où il est né, est passionnante surtout lorsque l'on comprend que ce n'est pas la gloire qu'il recherche.

Ce qu'il veut, finalement c'est ne faire qu'un avec la mer, "sa" mer. 

Le narrateur trouve toujours les mots justes pour nous faire partager son histoire.

 

Ce texte en forme de monologue a été joué au théâtre par André Dussolier. 

Un film intitulé "La légende du pianiste sur l'océan" (1998) a été tirée de cette courte histoire. Vous pouvez visionner la bande-annonce du film ci-dessous. 

 

Il avait du génie pour ça, il faut le dire. Il savait écouter. Et il savait lire. Pas les livres, ça, tout le monde le peut, lui, ce qu'il savait lire c'était les gens. Les signes que les gens emportent avec eux : les endroits, les bruits, les odeurs, leur terre, toute leur histoire

 

J'ai découvert l'auteur à l'automne dernier avec son dernier roman "La jeune épouse" qui ne m'avait pas convaincu. Je comprend mieux après la lecture de ce court texte très poétique, que l'auteur ait obtenu plusieurs prix...

 

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 06:22

Allongés l’un à côté de l’autre, ils écoutaient la pluie. On dirait que, comme pour moi, la vie n’a pas très bien tourné pour toi, en tout cas pas comme on l’espérait, dit-il. Sauf qu’elle me parait douce aujourd'hui, en cet instant. Plus douce que je ne mérite, en tout état de cause. Oh mais si, tu mérites d’être heureux. Tu ne le crois pas ?

Robert Laffont / Pavillons 2016

Robert Laffont / Pavillons 2016

Le gamin dormait. La chienne leva la tête de l'oreiller, regarda Louis, puis se recoucha.
Dans la chambre d'Addie, Louis tendit la main par la fenêtre entrouverte pour recueillir la pluie qui gouttait de l'avant-toit puis, regagnant le lit, il passa sa main mouillée sur la joue veloutée d'Addie

 

Dans la petite ville de Holt où il habite, Louis Waters reçoit une étrange proposition de Addie Loore, sa voisine. Elle lui demande s'il serait d'accord pour qu'il vienne de temps en temps passer une soirée avec elle et qu'ils dorment ensemble pour se témoigner un peu d'attention, se parler, échanger, se tenir simplement compagnie...

D'abord surpris, Louis finit par accepter.

Peu à peu les deux septuagénaires, veufs tous les deux, bravant les rumeurs de la petite ville, s'attachent l'un à l'autre et se retrouvent presque chaque soir. Ils se croisaient mais ne se fréquentaient pas, connaissaient les drames de l'autre de l'extérieur : ils vont apprendre à se découvrir différemment...

Car lentement mais sûrement leurs sentiments évoluent.

Maintenant ils se laissent même aller à quelques confidences et se disent des choses qu'ils n'avaient jamais dit à personne, revivent les moments forts de leur vie de famille ou de couple, et les drames qui ont bouleversé leur vie.

Ils sortent ensemble sans se cacher, vont au restaurant ou camper quelques jours ensemble. Ils retrouvent une sorte de nouvelle jeunesse, teintée du bonheur de ne plus être seul.

 

Mais c'est compter sans la présence de leurs enfants respectifs qui décident, par jalousie, de s'en mêler comme si tous les deux n'étaient plus maîtres ni de leurs sentiments, ni de leurs vies...

 

Les choses s'aggravent lorsqu'Addie doit garder tout l'été son petit-fils  âgé de 6 ans car ses parents viennent de se séparer.

Son fils, ulcéré, somme sa mère de ne plus voir le vieil homme et de reprendre une vie normale, la menaçant même de ne plus lui laisser voir son petit-fils qu'elle adore et dont les liens se sont encore resserrés durant l'été. 

La fille de Louis, de son côté, ne supporte plus les médisances de ses amies d'enfance qui la tiennent au courant par téléphone du moindre fait et geste de cet adorable couple. 

Tous deux décident alors de ne plus se voir...

 

Addie pleurait. Il passa son bras autour d'elle et la serra contre lui.
Nous avons passé de bons moments, dit Louis. Tu as changé beaucoup de choses dans ma vie. Je te suis reconnaissant. Çà compte pour beaucoup...
Tu m'a fait du bien. Que demander de plus ? Je suis un être meilleur que je ne l'étais avant.

 

Ce roman a été publié quelques mois après le décès de l'auteur, dont j'avais lu il y a fort longtemps "Le chant des plaines" en 2001.

C'est une sorte de célébration de la vieillesse. Il monte bien que l'amour n'a pas d'âge et que d'une longue amitié peuvent naître des sentiments sincères et durables.

Je le crois sincèrement qu'il n'y a pas d'âge pour être heureux, échanger de la tendresse et des encouragements et surtout vivre la vie qu'on s'est choisi.

Quand on a laissé derrière soi beaucoup de souffrances et d'illusions, quel mal y-a-t-il en effet à se faire du bien ? 

L'auteur nous offre-là un roman simple et qualifié par certaines critiques de "gentillet"...

Ah bon ! 

Moi je l'ai trouvé empli de tendresse, très touchant et d'une délicatesse étonnante. Et il n'y a pas de fausse note : il sonne toujours juste.  

Au-delà des mots, qui nous parle de la solitude des personnes âgées, il nous questionne sur le droit d'aimer quand on ne correspond pas ou plus, aux normes de beauté et de jeunesse de notre société.

Il permet aussi de s'interroger sur nos enfants qui ne sont pas toujours, même devenus adultes, capables de nous partager et de privilégier notre bonheur, ce qui peut être compréhensible certes, mais est je trouve plutôt égoïste de leur part et tout à fait révoltant.  Vous ne trouvez pas ? 

Retrouvez l'avis de Zazy, ci-dessous, elle aussi a été touchée par ce roman...

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 06:02

 

Magda nous demande de parler au mois de juin ce que nous allons faire de notre été...

Comme d'habitude aux heures les plus chaudes, quand je ne peux pas sortir tant la température augmente, je vais lire...une façon comme une autre de respecter la sacro-sainte sieste du sud ! 

Je compte en particulier terminer la série de Camilla Läckerg que je lis dans le désordre depuis déjà pas mal de temps puisque j'ai commencé la série en mai 2015. 

Oui je sais c'est idiot de lire une série dans le désordre mais ça fait travailler la mémoire, je vous l'assure, puisque lorsque je lis un tome je dois obligatoirement me rappeler ce qui se passe après...et ce qui s'est passé avant !

En fait Camilla Läckberg propose dans chacun de ses tomes une nouvelle enquête. Donc pas de problèmes pour suivre...

Mais ce qui est original dans sa série, c'est qu'elle met en scène la même petite ville et la même équipe d'enquêteurs. Du coup, on les suit comme dans une série télé. On entre dans leur vie et, même moi qui ne suis pas particulièrement fan des ragots en tous genres, faits divers et autres événements, je reconnais qu'elle n'a pas son pareil pour nous faire entrer dans la vie de ses personnages en nous faisant voir les faits à travers leurs yeux et leur ressenti. 

 

C'est pour moi un véritable plaisir toujours renouvelé de lire ses romans et une agréable façon de me détendre.

Les premières chaleurs arrivant, j'ai donc déjà commencé à emprunter les romans que je n'avais pas encore lu à la médiathèque et cette semaine j'ai lu "le prédicateur" qui est le tome 2 de la série. 

 

La série "Erica Falck et Patrick Hedström" comprend (pour ceux qui ne connaissent pas les différents romans) :

- La princesse des glaces (2008)

- Le prédicateur (2009) dont je vais vous parler aujourd'hui

- Le tailleur de pierre (2009) 

- L'oiseau de mauvaise augure (2010)

- L'enfant allemand (2011)

- La sirène (2012) 

- Le gardien de phare (2013)

- La faiseuse d'anges (2014) 

- Le dompteur de lions (2016)

Et sans doute bientôt un nouveau sera annoncé, mais quand ?

 

Il ne m'en reste donc que deux à lire en ce début d'été et ensuite je passerai à autre chose, une autre série peut-être ?

 

Actes sud / Actes noirs 2009

Actes sud / Actes noirs 2009

Solveig lui appuya plusieurs fois sur la poitrine avec un doigt si dur qu'il recula à chaque coup. Il avait déjà le dos contre le rebord de la fenêtre et ne pouvait pas s'éloigner davantage. Il était acculé.

 

Dans des rochers proches du village de Fjällbacka (depuis le temps il faut toujours que je vérifie l'orthographe de ce nom-là !), on découvre le corps d'une jeune femme. Mais l'affaire se complique quand les experts trouvent à proximité, les squelettes de deux jeunes filles disparues vingt-quatre ans auparavant...

C'est ainsi que l'équipe de Patrick Hedström, qui est chargée de l'enquête, va se remémorer les événements survenus autour de la famille Hult, une famille coupée en deux depuis que Johannes s'est suicidé suite au témoignage de son propre frère, l'accusant ouvertement d'avoir été vu avec une des victimes.

 

Depuis dans la famille, la haine est au rendez-vous. C'est une famille brisée par les non-dits et entourée de mystère. La jalousie est au rendez-vous et alors qu'une branche de la famille est restée dans la misère suite au drame, l'autre jouit d'une vie plutôt facile et sans problèmes. Mais le mystère plane toujours autour d'eux. 

En effet, tout le monde se rappelle très bien Ephraïm, le grand-père, qui magnétisait les foules accompagné de ses deux adorables petits garçons qui eux aussi avaient le pouvoir de guérison...

La pression monte d'autant plus qu'avec la canicule (on est en été 2003), l'affaire fait fuir les touristes qui désertent la petite ville portuaire.

Mais voilà qu'alors que l'équipe tourne en rond, Jenny, une jeune fille qui campait avec ses parents, disparaît à son tour...

 

L'enfer des premiers jours en primaire n'avait fait que continuer. Les piques, les coups, l'exclusion l'avaient amené à construire un mur autour de lui, solide comme du granit, et bientôt les actes suivirent ses pensées. Toute la colère qu'il avait accumulée derrière le mur se mettait à suinter par de petits trous qui devenaient de plus en plus grands...

 

Ce qui fait la force de cette série ce sont les personnages, et en particulier l'équipe des enquêteurs et leur famille. Je ne vais pas répéter ce que je dis chaque fois que je lis un des tomes. Je ne m'en lasse pas et je suis contente de les retrouver.

 

Dans ce tome, Erica est un peu en dehors du coup car elle est enceinte. L'été 2003 est là, avec sa chaleur, et même sa sensation d'étouffement. Erica ne sait plus comment se mettre pour dormir, ne sait plus comment se rafraîchir. Tout cela rappellera des souvenirs à certaines d'entre nous ! Elle veut comme d'habitude aider Patrick mais lui veut la préserver tout en étant très perturbé par l'enquête et par le manque de sommeil. Il y a quelques exagérations dans le roman, en particulier lorsque des membres éloignés de la famille ou des amis viennent squatter leur maison pour profiter de l'été et de la mer mais bon cela met un peu de légèreté dans le roman qui sinon serait très noir.

Mais à part ce bémol, l'ensemble est plaisant et puis, en lisant les tomes dans le désordre, je sais déjà ce qui va arriver après, alors je ne m'en fais pas ! 

L'intrigue  est solide et on se laisse prendre par le suspense et les rebondissements. Ce que vivent les jeunes filles est un véritable cauchemar...très dur à supporter.

Comme le lecteur doute jusqu'à la fin, c'est vraiment toujours une surprise de découvrir le coupable.

Bon d'accord, je vous l'accorde, je l'avais déjà découvert avant la fin mais je n'en étais pas sûre !  Je vous rappelle que j'ai lu presque toute la série en été alors, tout le monde sait que les méninges sont ralenties par la chaleur et que l'été, on est un peu plus dur à la comprenette...Non ?

Voilà à quoi je vais passer le début de l'été entre deux travaux à la maison et quelques balades ou baignades pour se rafraîchir..

 

Le prédicateur / Camilla Läckberg

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 06:17
De la Martinière jeunesse, 2016

De la Martinière jeunesse, 2016

Longtemps, j'ai cherché depuis quand elle avait changé. C'est une obsession. Pourquoi n'ai-je rien vu, rien senti ? N'ai-je vraiment rien vu, rien senti ? En boucle je repasse chaque souvenir, je remonte le temps...

 

Ce récit, à la fois roman et documentaire, ne peut laisser personne indifférent. Il s'adresse aussi bien aux ados, qu'à leur famille. 

Il aborde un sujet si sensible et si actuel que je ne peux vous dire qu'une seule chose : il faut le lire. 

 

Sarah est une jeune lycéeenne française de confession musulmane. Camille est française et sa meilleure amie. Toutes deux sont en Terminale S et excellentes en classe.

Elles sont inséparables comme seules peuvent l'être deux adolescentes. Elles ont jusqu'à présent tout partagé : leur premier flirt, leur premier échec, leurs angoisses, leurs fous rires...

Mais un jour Camille change, ne veut plus sortir, ni réviser avec Sarah, elle se referme et fuit les autres.

Tout a commencé lorsqu'elles ont dû travailler ensemble sur un exposé, sur le thème du système productif alimentaire. En recherchant le mot "malbouffe", les deux jeunes filles prennent conscience que nous sommes tous, à quelque part, manipulés. Mais Camille en est davantage affectée et, de recherches en recherches, de vidéos en vidéos, elle va trouver des réponses à son mal-être, passer des nuits entières sur internet et devenir à la fois fuyante, secrète mais déterminée...et excessive.

 

Tout d'un coup Camille s'est redressée. Elle avait encore du mal à respirer, mais les larmes ne coulaient plus. Elle a regardé son père droit dans les yeux et elle a déclaré bien distinctement : De toute façon, vous n'êtes que des kouffar. Donc, vous n'êtes plus rien à mes yeux. Plus rien, vous entendez ?" Puis elle a tourné la tête vers moi : "Toi aussi, dégage, du balai."

 

Que s'est-il passé ? Ses proches s'interrogent sans se douter que c'est beaucoup plus grave que ce qu'ils croient...

Camille a rencontré sur la toile des partisans de Daech.

A 16 ans, elle est prête à tout, même à suivre à la lettre ce que ses "soeurs" et le mystérieux Abucobra lui demandent de faire.

Mais au fur et à mesure de son endoctrinement, et tout en préparant en douce son départ, elle va peu à peu s'éloigner de ses camarades habituels, les laissant dans l'embarras et l'incompréhension.

Heureusement elle n'arrivera pas à finaliser son voyage...mais tout n'est pas encore terminé pour elle. 

 

Le récit fait alterner les voix de Camille et Sarah qui s'expriment tour à tour, nous faisant entrer dans leur ressenti l'une après l'autre. 

L'auteur Dounia Bouzar ne cache pas que son livre est indispensable. Elle a recueilli pas loin d'un millier de témoignages de jeunes embrigadés par Daech avant de se décider à l'écrire. 

Docteur en anthropologie et spécialiste du fait religieux, elle a déjà publié de nombreux livres dont des essais. Son rôle auprès des jeunes lui confère une expérience incommensurable. 

Elle nous livre là un véritable témoignage, romancé et tout à fait crédible, fort et poignant. En effet à travers l'histoire de ces deux jeunes filles, l'auteur fait le tour du problème et révèle la fragilité des adolescents sans alarmer pour rien les parents. Son expertise est intéressante car elle dresse à travers son récit une sorte d'inventaire des méthodes utilisées par les adeptes de Daech pour repérer les jeunes les plus fragiles et les attirer dans leurs filets.

Elle nous montre aussi comment les jeunes se font endoctriner peu à peu : on leur fournit sur mesure, des réponses adaptées à leurs questions du moment ; les réponses s'adaptent particulièrement bien à leurs points faibles et à la crise existentielle, fréquente à l'adolescence.  

 

Ce qui est important dans ce roman, c'est que pas un seul instant l'entourage n'est culpabilisé. 

Tous les mots en rapport avec l'islam sont clairement expliqués dans des notes de bas de page. 

Les jeunes ados n'auront aucun mal à comprendre la différence entre l'endoctrinement de Camille et les idées qu'on lui a mis dans la tête, et l'islam doux et tolérant dans lequel Sarah, de confession musulmane, a été élevée par sa famille. 

A lire à partir de 12 ans...une lecture à partager avec vos enfants ou petits-enfants. 

 

La réunion de la préfecture nous chamboule tous. Ils nous passent des extraits de conversations Internet et de vidéos postées par les djihadistes pendant deux heures. Au départ ils arrivent par les réseaux sociaux du Net "masqués" : comme un groupe d'amis, un voisin, un étudiant en sciences, un séducteur...Ils ne disent pas qu'ils sont des rabatteurs de Daesh.

 

Vous pouvez lire la superbe chronique de Doc Bird ici...

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:19
Dargaud, 2016

Dargaud, 2016

Deux mètres de longueur sur un mètre de largeur et de profondeur, voilà ce qu'il faut de terre à l'homme.

 

Voilà une BD très intéressante adaptée d'une nouvelle de Léon Tolstoï écrite en 1886 et traduite en français sous différents titres selon les éditions comme par exemple "Qu'il faut peu de place sur terre à l'homme". 

 

Pacôme, un paysan de Sibérie vit avec sa femme et son fils sur son lopin de terre. Sa ferme, ses ruches et les quelques animaux qu'ils possèdent leur suffisent pour vivre heureux.

Ils vivent dans une petite communauté où chacun a appris à se donner un coup de main lors des moissons par exemple, sans demander de contrepartie. 

Mais Pacôme se sent à l'étroit, aussi lorsque son beau-frère, richissime lui propose de lui prêter de l'argent, l'idée germe dans son esprit qu'il pourrait avoir davantage de terres...
 

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

 

Lorsque le fils de la Barynia, une riche propriétaire voisine, décide de placer un intendant sur les terres de sa mère qui laissait jusqu'à présent les paysans en profiter librement, les moujiks découvrent avec lui l'intolérance et la violence.

Aussi lorsque Pacôme apprend que la Barynia compte vendre ses terres à son intendant, il décide de convaincre les hommes du village d'investir pour les acheter à sa place.

Mais comment se contenter de si peu quand on peut avoir beaucoup plus ?

De possession en possession, Pacôme devient un autre homme...

Et pourquoi ne pas se rendre aussi chez les bachkirs, qui vendent leur terre pour presque rien. Pacôme se met en route sans hésiter pour un long voyage, avec sa carriole emplie de cadeaux...

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

Si seulement j'avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux.

 

Voilà une BD au graphisme tout en finesse et très doux s'adaptant idéalement à chacune des situations.

L'auteur trouve le ton juste pour nous parler en sept chapitres qui sont sept étapes de la vie de Pacôme, d'un thème intemporel, la cupidité des hommes.

Il le fait sans fioriture et avec une pointe d'humour voire de cynisme. La fin, tout à fait cruelle mais inévitable, n'en est pas moins porteuse de leçon. Car il faut bien constater que cette fable philosophique n'a pas pris une ride, malheureusement...

Les hommes tireront-ils un jour les leçons de leur avidité ?

De quoi a-t-on réellement besoin pour vivre ?

Deux questions parmi d'autres qui me viennent à l'esprit en terminant cette lecture...

De nombreux dessins, pleine page, renforcent la teneur du récit.

J'ai eu envie de lire cette BD et donc de redécouvrir cette nouvelle qui fait partie des classiques, lus durant ma jeunesse, suite à la chronique écrite par Yv sur son blog.

 

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:26
Actes sud, 2015

Actes sud, 2015

Ce soir encore ton oreiller est baigné de larmes.
A qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore...

 

Voilà un auteur que je ne connaissais pas du tout il y a 3 semaines et que j'ai découvert avec plaisir pendant ma pause suite à la chronique de Nath, du blog "Un chocolat dans mon roman", qui nous parle d'une autre série, "Le poids des secrets",  dont elle a commencé la lecture. 

 

Aki Shimazaki est un auteur d'origine japonaise, installée au Canada depuis plus de trente ans. Sa particularité est qu'elle écrit en français ce que je ne savais pas, bien que Nath le dise dans sa chronique (pourtant je l'ai lu attentivement !). 

Elle a écrit trois séries :

"Le poids des secrets" dont vous pourrez lire la présentation du premier opus sur le blog de Nath et très bientôt les prochains...

Cette série a obtenu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. 

"Au coeur du Yamato" , qui a permis à l'auteur d'obtenir le Prix littéraire Asie de l'Association des écrivains de langue française.

Et sa troisième, dont je ne connais pas le titre et dont "Azami" est le premier opus. 

 

C'est un roman qui se lit en une seule soirée et qu'on a du mal à lâcher. J'espère donc trouver la suite en médiathèque prochainement ! 

 

Azami est un prénom japonais féminin qui signifie "fleur de chardon". En lisant ce livre, le lecteur découvre que même si l'auteur écrit en français, elle nous parle de sa culture...

L'action se passe d'ailleurs au Japon et de nombreuses expressions, traduites à la fin du texte, étayent le roman.

L'écriture simple et légère m'a plu d'emblée, dès les premières pages. J'y ai retrouvé la poésie, la délicatesse, la sensualité et la pudeur des écrits asiatiques, sans toutefois occulter le besoin d'exprimer l'humain derrière l'histoire et son ressenti, qu'il s'agisse de sexe, de l'odeur d'une fleur, du désir de vivre, ou du plaisir de partager un bon repas...

 

Il faut que je m'en aille.
Elle baisse la tête. Je vois sa nuque blanche et les quelques mèches de cheveux tombant dessus. La rondeur de sa poitrine ressort sous sa tunique. Je saisie ses bras. Le parfum du savon. Soudain, mon corps frissonne. Je brûle de désir. Elle lève les yeux vers moi. Avant qu'elle ne prononce un mot, je couvre ses lèvres des miennes.

 

L'histoire

 

Mitsuo Kawano est rédacteur dans une publication culturelle mais rêve de fonder sa propre revue d'histoire. Marié et père de deux enfants, il mène une vie tranquille avec Atsuko qu'il aime profondément et admire beaucoup. C'est un père et un mari attentionné. Mais depuis la naissance des enfants leur vie de couple n'est plus la même et de temps en temps, lorsque Atsuko part à la campagne avec les enfants, il s'amuse un peu en ville, fréquente les salons de charme, ou mange seul au restaurant. 

 

Ce jour-là sa vie bascule lorsque le hasard met sur sa route Gorô Kida, un ancien camarade de lycée avec qui il n'avait pas particulièrement sympathisé à l'époque et qu'il n'avait pas revu depuis plus de 24 ans.  

Devenu le président d'une importante compagnie, ce dernier l'invite dans un club hors de prix où jamais Mitsuo ne pourrait se rendre avec son salaire.

Alors que les deux hommes refont connaissance en discutant, Mitsuo découvre avec stupéfaction que la jeune femme si attirante qu'il  a tout de suite remarqué durant la soirée, n'est autre que Mitsuko, une ancienne camarade de classe devenue entraîneuse.

 

Le choc est d'autant plus rude que Mitsuko a été son premier véritable amour et qu'il a gardé d'elle un merveilleux souvenir. C'était une jeune fille brillante en classe et très cultivée qui rêvait de faire de grandes études, mais qui, arrivée en cours d'année, n'était pas revenue à la rentrée suivante, attisant ainsi le mystère autour d'elle.  

 

Il n'en faut pas plus à Mitsuo pour que cette rencontre ravive ses désirs de jeunesse et ses rêves d'amour fou.

Il ne peut que chercher à en savoir plus sur elle et faire tout pour la revoir. 

Pendant ce temps, sa femme décide de réaliser ses rêves et de monter sa propre entreprise de culture de légumes bios à la campagne. Elle s'absente de plus en plus souvent...


 

Mon père me répétait : La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as. D'abord de ton nom reçu à la naissance.

 

Voilà un court roman de 130 pages, écrit sur une note tout à fait intimiste. L'auteur nous parle d'un couple et de sa fragilité mais aussi de passion, de trahison et de souffrance. 

Le lecteur est pris aussitôt par l'histoire et découvre très vite que Mitsuo est victime d'événements de plus en plus compromettants pour lui qui habite une petite ville de province. En effet, cela paraît tout simplement impossible que tant de hasard puisse avoir lieu dans sa vie dans une période aussi courte...

 

Je suis, vous l'aurez deviné conquise par la douceur de ce roman. Tout est en retenue, minimaliste et aucun sentiment n'est clairement exprimé...

Je vais sans nul doute avoir un été placé sous le signe de Aki Shimazaki.

C'est superbe !  

Je pense à son genji-na au bar X., Azami. Le même nom que je lui avais donné dans mon journal intime à l'époque. Elle serait surprise si elle le savait. C'était mon invention, mon secret. Mais comment a-t-elle aussi choisi ce surnom. J'aimerais bien le savoir.
L'azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n'en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d'un abord difficile.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard, 2004 / Folio 2005

Gallimard, 2004 / Folio 2005

Globalia, ou nous avons la chance de vivre, proclamait le psychologue, est une démocratie idéale. Chacun y est libre de ses actes. Or la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, c’est à dire d’empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c’est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité c’est la liberté. La sécurité, c’est la protection. La protection, c’est la surveillance. La surveillance, c’est la liberté.

L'obsolescence programmée des choses faisait partie de la vie. Il était acquis qu'elle entretenait le bon fonctionnement de l'économie. Acquérir était un droit mais posséder était contraire au nécessaire renouvellement des productions.

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman d'anticipation. Et je devais pour le Cercle de lecture auquel j'appartiens lire un des romans de Jean- Christophe Rufin. Aussi lorsque j'ai découvert ce titre, j'ai trouvé que c'était une bonne chose de le lire. 

 

"Globalia" est un roman moderne et visionnaire qui dresse le portrait d'une société soi-disant démocratique, mais protectrice à l'excès qui a enfermé ses habitants dans une sorte d'énorme bulle où tout est parfaitement calculé, contrôlé, vérifié...

Dans cette société régit par un seul état, on parle l'anglobal et on emploie le globar pour payer. 

Mais la prospérité apparente du lieu où l'expression de chacun est favorisée, cache en réalité un régime totalitaire qui surveille chacun étroitement par l'intermédiaire de la "Protection sociale",  une sorte d'armée secrète visant à faire respecter l'ordre et qui n'hésite pas à faire de vos proches, vos pires ennemis et espions...

Des fêtes factices et obligatoires sont créées pour satisfaire le besoin de s'amuser, chacun sait tout sur tout le monde, les informations fausses circulent et les habitants sont abrutis par des écrans géants qui se trouvent à peu près partout. On a le droit de vivre très vieux car tout est fait pour que la vieillesse n'existe pas et les habitants sont obligés d'avoir recours à la chirurgie esthétique et autres actions pour rester éternellement jeunes.  Bien sûr, dans un monde clos où la mort n'existe pas, les naissances sont rigoureusement contrôlées. 

Ah oui ! J'oubliais : le papier et les stylos s'achètent au rayon jouets...car on écrit plus du tout puisque tout est informatisé. 

Les politiques sont pourtant élus par le peuple, mais il y a tellement d'élections que les gens ne se dérangent plus pour voter.
 

 

C'est la grande sagesse du peuple, voyez-vous. Les gens ne se dérangent que pour les élections qui ont un sens.

 

Alors on fabrique de toute pièce des stimulants, on fait exploser des bombes et on invente un ennemi qui n'existe pas pour faire peur aux gens et les abêtir un peu plus.

C'est là dans Globalia que vivent Baïkal et Kate. Ils sont amoureux et leur rêve est d'aller voir de l'autre côté de la bulle, de quitter ces paysages factices, cet air artificiel et cette météo toujours trop prévisible.

Alors lors d'une randonnée organisée, ils passent la barrière de verre... 

 

On entendait un gazouillis en hauteur dans les arbres : elle se demanda si c’était un véritable oiseau ou un haut-parleur dissimulé car la salle était habilement sonorisée.

 

Baïkal, toujours rebelle depuis son enfance veut découvrir ce qu'on leur cache.

Car en dehors des parois de verre, il y a des gens qui vivent : ce sont les non-zones, des êtres misérables, plus ou moins organisés dont certains survivent uniquement grâce à la mafia locale. 

Mais très vite, la zone extérieure étant protégée par de nombreuses caméras de surveillance, les deux jeunes gens sont arrêtés, séparés et ramenés à Globalia.

C'est alors qu'un dénommé Ron Altman propose à Baïkal de lui rendre sa liberté s'il accepte de retourner à l'extérieur, lui faisant croire qu'il a une mission spéciale à lui confier. En fait, à son insu, il va le faire passer pour un terroriste...

Baïkal devient alors l'ennemi public numéro 1. Le voilà obligé de rester sur place, loin de Kate, au milieu de ces êtres qu'il ne connaît pas mais qui vivent en toute liberté hors de Globalia...

 

 

Un livre fort qui au delà des personnages et de l'histoire, nous rappelle quel est le prix à payer pour vivre dans un monde sécurisé. 

L'écriture de Jean-Christophe Rufin est très agréable et d'une grande richesse...

Beaucoup de pistes de réflexion sont mises en avant dans ce roman et vous y penserez longtemps...

Un faible pourcentage de dirigeants possèdent toutes les richesses et c'est donc l'économie qui gouverne et non pas les politiques ; 

Le terrorisme est créé de toute pièce pour annuler tout désir de remise en question du peuple et créer une sorte de cohésion sociale ; 

 

Le problème, je vous l’ai dit, c’est que les gens ont besoin de la peur… Pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ? Pour savoir à quoi ils ont échappé… La peur est rare, voyez-vous. La vraie peur, celle à laquelle on peut s’identifier, celle qui vous frôle au point de vous cuire la peau, celle qui entre dans la mémoire et y tourne en boucle jour et nuit. Et pourtant, cette denrée-là est vitale. Dans une société de liberté, c’est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l’ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d’une société équilibrée.


 

Le nivellement par le bas donne une société uniforme où les quelques individus qui sont encore capable de réfléchir sont mis aux bans des accusés comme Puig par exemple qui va se battre aux côtés de Kate et l'aider à retrouver Baïkal. Il a été rejeté parce que son témoignage allait à l'encontre des versions officielles ;

Les livres sont bannis et l'histoire oubliée ;  

La jeunesse est jalousée et rejetée car elle formerait une menace pour la cohésion sociale...

 

Bien sûr, ce roman nous rappelle de grands classiques du genre comme les romans de Bradbury, d'Orwell, de Huxley et même de Kafka  que nous avons tous lu dans notre jeunesse et que j'ai même dévoré à l'époque ! 

Celui-ci est différent car plus proche encore de notre monde d'aujourd'hui : c'est justement parce qu'il est encore plus crédible que nous nous laissons prendre. 

J'ai pourtant mis un peu de temps à entrer dans cet univers, mais une fois immergée, j'ai trouvé de l'intérêt à suivre les personnages, découvrir les complots et la personnalité de ceux qui tiennent les ficelles.

J'ai juste regretté que par moment, le roman présente quelques longueurs ce qui peut empêcher des grands ados de s'y intéresser.

Ce roman sorti en 2004, provoque toujours des avis très divergents sur le net, on adore ou on déteste, on y croit ou pas, on le trouve proche de la réalité ou pas...

A lire donc pour vous faire votre propre opinion ! 

 

Par bonheur, le retour d'un être n'est pas seulement l'incarnation du souvenir qu'on avait de lui. C'est sa vie tout entière qui revient, son parfum, sa mimique, le son particulier de sa voix. Celui qui apparaît rapporte d'un coup tout ce qu'il est, ce dont nous nous rappelions et ce que nous avions oublié.

L'ennemi c'est celui qui vous hait et veut vous détruire. L'adversaire c'est celui qui vous aime et veut vous transformer...

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:30
Gallimard /Série Noire 2016

Gallimard /Série Noire 2016

 

Ce roman est présenté comme la suite du roman intitulé "Du sang sur la glace" que j'ai chroniqué sur le blog (voir le pertinent commentaire de Domi en dessous de cette chronique, à propos de l'emploi ce "verbe"...) et qui m'avait permis de découvrir l'auteur. En fait, même s'il reprend certains personnages du roman précédent, les deux titres peuvent se lire séparément sans soucis. 

 

Nous voilà partis au fin fond du Finnmark, la province la plus au nord de la Norvège, le pays des "Samis", une région sauvage et désertique où les habitants ont des croyances ancestrales : ce sont tous ou presque des laestadiens.

Là-bas, la violence conjugale n'affole personne et les mariages arrangés sont légion. Mais la culture same est en perdition et les habitants ont de plus en plus de mal à vivre de l'élevage des rennes ou de la pêche en mer.

Aussi tombent-ils fréquemment dans les pièges de l'alcool. 

Les jeunes d'aujourd'hui ne veulent que des boissons gazeuses, du coca. Des scooters des neiges. Des hot-dogs. La gnôle, la pulka et la viande de renne, tout ça, bientôt, ce sera terminé. Nous sommes en perdition. Eh oui.

Je descendis de l'autocar au milieu de la nuit. Plissai les paupières face au soleil. Il lambinait au nord, au-dessus d'une île. Rouge, éteint. Comme moi. Derrière lui, encore de l'eau. Et ensuite, le pôle Nord. Peut-être était-ce là un lieu où ils ne me trouveraient pas.

 

Un autocar s'arrête à Kasund, dans un minuscule village du bord de mer. Jon Hansen en descend. Il fuit Oslo...

Devenu recouvreur et liquidateur pour le plus gros trafiquant de drogue d'Oslo, que tous appellent le "Pêcheur", Jon a eu le culot d'empocher la prime sans supprimer la cible... mais la cible au lieu de disparaître, a parlé. Il faut dire que Jon avait des circonstances atténuantes car d'une part, il n'avait jamais tué un homme et d'autre part, il avait besoin de cet argent pour faire soigner sa petite fille atteinte de leucémie. 

 

Maintenant c'est trop tard pour avoir des regrets et le voilà arrivé au bout du pays avec la mort aux trousses... En chemin, il a changé de nom et est devenu Ulf. 

Dans ce village du bout du monde, il découvre qu'une autre vie est possible : les habitants bien que très méfiants sont prêts à rendre service. C'est le cas de Léa qui a perdu son mari en mer et de son fils Knut, un gamin qui adore qu'on lui raconte des blagues.

Un certain bonheur s'installe, fait de vie quotidienne, d'espoirs, d'échanges culturels avec les habitants. Peu à peu son destin à lui, sans qu'ils le réalisent, va influencer le leur, imposant de modifier leurs habitudes et leurs croyances. 

Car le Pêcheur n'oublie jamais...

 

Rien de pire qu'une balle dont on ne sait pas quand elle va arriver...

 

C'est un thriller court mais passionnant et bien rythmé qui se lit presque d'une traite. Il est empreint d'humour et l'intrigue est plaisante et bien menée.

L'auteur nous livre ici une sorte d'hommage aux grands maîtres du roman noir américain qui l'ont inspiré et lui ont permis d'être connu dans le monde entier pour sa série des aventures de l'inspecteur Harry Hole (que je n'ai encore jamais lu). 

 

Je me souviens que je me fis la réflexion que j'avais vu plus de ciel pendant mes jours et mes nuits ici que pendant toute ma vie.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 06:06
Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas.

 

Voilà un roman que j'ai déjà lu lors de sa sortie et que j'ai été incité à relire suite à la sortie du film, très critiqué que je n'ai pas vu, et aux discussions animées que nous avons eu sur l'auteur dans le cercle de lecture auquel je participe. 

C'est le premier roman de Milena Agus qui a été traduit en français. 

 

Quelle est la part de vérité et de fiction dans ce que l'on nous raconte sur nos ancêtres ? Connaissons-nous véritablement les êtres qui nous sont les plus proches ? 

 

Le dimanche, quand les autres filles allaient à la messe ou se promenaient sur la grand-route au bras de leur fiancé, grand-mère relevait en chignon ses cheveux et elle se rendait à l’église demander à Dieu pourquoi, pourquoi il poussait l’injustice jusqu’à lui refuser de connaître l’amour, qui est la chose la plus belle. En confession, le prêtre disait que ces pensées constituaient un grave péché et que le monde offrait bien d’autres choses, mais pour grand-mère elles étaient sans intérêt.

 

La narratrice nous emmène en Sardaigne autour des années 30, dans les pas de sa grand-mère qu'elle a adoré.

 

Jeune, sa grand-mère est plutôt jolie avec de grands yeux noirs et des cheveux longs magnifiques, mais tout cela ne lui sert à rien car son destin est tout autre et le mal de pierres (les calculs) dont elle souffre, l'empêche de trouver un mari. Enfin pas que...

En fait, c'est peut-être parce qu'elle est trop sensuelle pour l'époque et à la recherche du grand amour.

Alors forcément un mariage arrangé ne peut pas lui offrir cet amour-là avec un grand A.

Ou bien c'est peut-être parce qu'elle est un brin décalée ou folle, si vous préférez, et qu'elle fait fuir tous ses prétendants.

Ou parce qu'elle leur écrit des lettres exaltées qui font rougir de honte sa famille. 

Mais peut-être aussi est-ce parce qu'un jour où on l'a enfermé dans le grenier, elle a coupé ses beaux cheveux noirs avec une vieille paire de ciseaux, ou alors parce qu'elle s'est tailladé les bras, ou alors encore parce qu'un jour, elle s'est jetée de désespoir au fond du puits.

Vous ne le saurez pas...

 

Encore vieille fille à 30 ans, ce qui pour l'époque ne manque pas de faire parler les gens du village, elle finit pourtant par se marier avec un veuf venu se réfugier dans le village après avoir perdu tous les siens lors du bombardement de Cagliari. Il accepte de ne pas consommer le mariage car il fréquente abondamment depuis toujours les filles de joie et s'en contente. Elle accepte son sort et la vie à deux...

Mais son désir d'enfant la ronge et la détruit. Elle va alors accepter de se rendre sur le continent pour une cure censée améliorer son mal.

C'est là-bas qu'elle rencontre celui qu'elle appellera dans ses carnets, "le Rescapé" et dont elle va tomber amoureuse...

 

Grand-mère connut le Rescapé à l'automne 1950. C'était la première fois qu'elle quittait Cagliari pour aller sur le Continent. Elle approchait des quarante ans sans enfants, car son "mali de is perdas", le mal de pierres, avait interrompu toutes ses grossesses. On l'avait donc envoyé en cure thermale, dans son manteau droit et ses bottines à lacets, munie de la valise avec laquelle son mari, fuyant les bombardements, était arrivé dans leur village.

Et dans son coeur, pour la première fois, elle avait remercié Dieu de l'avoir fait naître, de l'avoir sortie du puits, de lui avoir donné de beaux seins, de beaux cheveux et même, ou plutôt surtout, des calculs aux reins.

 

C'est un roman simple et dépouillé, pour ne pas dire minimaliste mais qui en dit long sur la condition de vie des femmes et le peu de considération qu'on leur prêtait. 

La narratrice dévoile par petites touches, au fur et à mesure qu'elle découvre les carnets laissés par sa grand-mère, la personnalité de son aïeule. Le ton est toujours juste mais souvent empli de nostalgie. Le destin de la grand-mère est révélé avec tendresse, un grand sens du détail et beaucoup de poésie.  

 

Au coeur de l'histoire, la Sardaigne prend beaucoup de place.  Le lecteur découvre ainsi cette région isolée, avant et après la guerre, ce qui fait de ce roman une sorte de témoignage à la fois social et historique. 

 

Dans ses carnets secrets où elle satisfait son désir irrépressible d'écrire, la grand-mère livre sans pudeur ses désirs les plus fous, ses fantasmes, son manque criant d'amour, son innocence face aux exigences sexuelles de son mari et surtout, réinvente sa vie. 

Elle nous décrit la place de la femme dans la société de l'époque, la vie quotidienne, le rejet dont elle fait l'objet car elle est différente. Le lecteur découvre ainsi tous les membres d'une famille, sur trois générations.  

Mais quelle est la part de vérité et de rêve dans ses écrits ?

 

Cette femme sensuelle et libre qui réclame l'amour à corps et à cris mais dérange sa famille et les bien-pensants de l'époque ne peut que nous émouvoir quand le lecteur prend connaissance de son tragique destin. 

 

C'est un roman, sans doute en partie autobiographique, qui nous poursuit longtemps, la preuve en est que depuis plus de 10 ans que je l'avais lu pour la première fois, des lambeaux de phrases me revenaient en mémoire au fur et à mesure de ma lecture. Quoi qu'il en soit, impossible de fermer le livre en cours de (re)lecture...

Chroniqué sur ce blog et du même auteur "La comtesse de Ricotta".

 

Je l'avais peut-être aimé de la bonne façon...Quand je rentrais de voyage, elle était déjà dans la rue à m'attendre, je courais à sa rencontre, on s'embrassait et on pleurait d'émotion comme si je revenais de la guerre et pas d'un voyage d'agrément.

La nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 06:06
L'Asiathèque, 2017

L'Asiathèque, 2017

Pouvoir observer Taipei avec le regard de l'écrivain est l'une des raisons pour lesquelles je reste ici. Ce tout petit bassin, pour une raison inexplicable, possède une longue histoire, il y afflue des migrants et des gens de passage venus des quatre coins du monde...
Tous ces gens sont venus à Taipei avec leurs racines culturelles propres, sans avoir à l'origine l'intention d'y demeurer, mais ils ont fini par donner naissance à une deuxième génération, puis à une troisième...
De part son destin particulier, Taipei possède une fascinante nature théâtrale. Or les écrivains aiment par-dessus tout les lieux dramatiques.

 

L'année dernière déjà, je vous avais présenté plusieurs livres publiés par l'Asiathèque, un éditeur que je remercie ici pour m'avoir fait découvrir ses publications que j'ai toujours lu avec un immense plaisir. 

J'ai pu ainsi  découvrir "Halabeoji" de Martine Prost ; "Nuages mouvants" racontée par Hsieh Hai-meng ; "Histoire de Dame Pak" un roman coréen du XVIIIe siècle ; et "L'art de la controverse" des nouvelles de Park Hyoung-su. Tous ces livres sont chroniqués sur le blog. 

Jusqu'à présent, je n'avais visité Taipei qu'en me promenant dans les pages de Sylvie qui vit à Taïwan et que vous connaissez surtout par son surnom "Barbizon". Elle est l'auteur du blog MAYA in Taiwan, un blog que je suis depuis un certain temps maintenant et toujours avec grand plaisir, et que certains d'entre vous connaissent aussi.

 

Et voilà que m'apparaît un autre aspect de cette ville que je découvre en lisant les quinze nouvelles de ce recueil, des nouvelles qui ne se lisent pas du tout les unes après les autres comme on le ferait des chapitres d'un roman, mais qui se dégustent au plein sens du terme...

 

En effet, sept d'entre elles sont écrites par Shu Kuo-chih, bien connu à Taïwan pour ses chroniques gastronomiques.

Ces dernières, courtes mais toutes aussi délicieuses, s'intercalent entre les huit autres et nous livrent d'authentiques recettes taïwanaises, tout en nous racontant la vie des différents quartiers et de ces petites échoppes où nombreux sont ceux qui se retrouvent, parfois au coeur de la nuit, pour tromper leur faim. Mais quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ces échoppes créent surtout du lien social, donnent l'impression d'être encore à la maison et permettent ainsi de tromper angoisse et sentiment de solitude.

Quel que soit le moment où vous lirez ces pages, et même si vous sortez à peine de table, vous saliverez à la lecture de ces ingrédients qui font toute la différence, que vous désiriez prendre...au marché de Huashan, un petit déjeuner avec un lait de soja fumant (et toujours trop chaud) ; un en-cas en milieu de nuit en allant déguster des vermicelles sautés dans l'échoppe du marché de Lungch'üan, à moins que vous ne préfériez le curry Wuyün du marché de nuit de l'Université normale ; une bonne soupe de nouilles au boeuf, réconfortante et parfumée de la rue Chunghsiao ou, un plat de nouilles épicées de la mère Liu de T'ienmu ; ou une simple friandise comme par exemple, une truffe de la chocolaterie artisanale de la rue Yungk'ang. 

Je vous assure que vous allez avoir envie de vous rendre sur place sans tarder !

 

Dans son échoppe, on rencontre de vieux habitués, mais aussi énormément de jeunes employées qui préfèrent généralement les nouilles aux autres plats. A peine sont-elles entrées dans l'échoppe que mère Liu leur lance un "Que voulez-vous manger, Mademoiselle? " Immédiatement l'atmosphère du restaurant se réchauffe. On se croirait à la maison, tant et si bien qu'un voyageur depuis longtemps loin de son foyer pourrait verser une larme ou deux, s'il n'y prenait garde.

 

Courtes ou longues et quel qu'en soit le thème, les huit autres nouvelles nous plongent dans la vie quotidienne des habitants de la ville. Ils sont parfois natifs de l'île et connaissent la ville comme leur poche, ou bien ils arrivent de presque toutes les régions continentales proches. Ils cherchent alors à s'adapter à la ville, à se repérer dans ses douze districts, à poursuivre des études, à trouver des amis, un travail, l'amour parfois...quitte à se battre. Parfois ils ne vont croiser que violence, désillusion, tristesse ou solitude.

Le contraste entre les autochtones et les continentaux venus s'installer récemment est bien décrit, ou parfois simplement suggéré, mais le lecteur ne peut que constater que l'incompréhension règne. Tous les habitants ont en effet une perception bien différente de ce qui les entoure. Il leur faut donc se confronter à cette ville unique en son genre, à la fois engluée dans ses traditions et infiniment moderne.

Toutes les nouvelles reflètent le mal de vivre de ses habitants, de sa jeunesse très souvent désabusée, mettent à jour les problèmes de racisme et d'intégration, la violence des relations, l'incompréhension et la solitude qui en découle. Mais de tout cela naît l'espoir fou de remodeler cette ville afin de faire disparaître ses problèmes. 

 

Vous en saurez plus sur les croyances en lisant la plus longue des nouvelles "Une histoire de toilettes" qui nous fait entrer dans les us et coutumes et la vie quotidienne des commerçants pauvres de l'ancien marché de Chungwaet.  C'est l'histoire, à la fois angoissante, emplie d'humour et non dénuée d'une certaine poésie du jeune Moustique, obligé de se lever la nuit pour se rendre aux toilettes publiques de son quartier...

 

Je ne vais pas vous résumer toutes les nouvelles du recueil d'autant plus que Mimi , du blog "Mes petites boîtes" vient de le faire samedi dernier sur son blog, Audrey, du blog Que Lire ? nous a elle aussi donné jeudi dernier son ressenti  et hier, c'est Yv qui à son tour a mis en ligne sa chronique. C'est dire l'intérêt de ce recueil...

 

Je vais simplement vous parler, si vous le voulez bien,  de trois nouvelles qui m'ont particulièrement marqué.

La première nouvelle qui ouvre le recueil  et qui nous plonge donc dans l'ambiance de Taipei est "Le petit bassin de Taipei" (écrite par Jane Jian). Sans doute autobiographique, cette nouvelle nous fait entrer dans la vie d'une jeune fille de 15 ans qui vient de s'installer en ville. Rejetée par les autres, elle a du mal à s'adapter à cette vie citadine si éloignée de celle de sa région d'origine. La solitude est poignante et le lecteur voudrait l'aider à ne plus avoir le mal des transports qui l'oblige à s'enduire de crèmes et autres huiles et la fait souffrir.

Mais un jour, elle découvre grâce à son imagination débordante, un havre de paix et, au coeur de cette bousculade qu'est devenue sa vie, une autre voie commence pour elle à se dessiner...

 

Le village pauvre mais attachant où j'ai grandi m'a permis de m'affirmer pour la première fois. Il a façonné imperceptiblement mon tempérament, ma personnalité et ma dignité, il m'a incitée à rechercher la beauté et l'amour. Surtout l'amour.
[...]
Tout ce que ce modeste village m'a enseigné me permet aujourd'hui de vivre avec honneur et d'être moi-même, quelles que soient les difficultés que je rencontre dans l'endroit où je me trouve.

 

La seconde nouvelle que j'ai beaucoup aimé est "Ca, cette pluie de chagrin" de Walis Nokan.

Dans cette nouvelle, Ch'en-Pao-lo, un jeune garçon est venu de la campagne pour finir ses études à la ville. Il est hébergé chez sa soeur aînée, qui travaille. Un jour en sortant de l'école où il ne subit que brimades et moqueries de la part des autres, il décide d'aller rendre visite à sa soeur sur son lieu de travail pour lui apporter un cadeau. Ce qu'il découvre lui fait comprendre qu'elle aussi, à sa façon, subit les brimades des autres...

 

La pluie continue à déferler sur la ville, comme si elle chantait pour eux la complainte du chagrin et du désespoir. Quelque part dans les rues, un frère et une soeur traînent le pas, la démarche incertaine, et puis on ne sait pas lequel des deux lâchent "On y va ! Sinon on va attraper froid !"

 

La troisième, "La carte d'identité d'un inconnu" de Chi Ta-Wei, est celle que j'ai préféré. Sa construction, déjà est particulière et nous fait entrer par petites touches dans la vie de ce jeune homme homosexuel qui est arrêté une nuit par un jeune policier pour un simple contrôle d'identité. Mais rien ne se passe comme prévu. Il n'a pas ses papiers d'identité, donne un faux nom et en plus vient de se faire teindre les cheveux. Mais ce qui explique qu'il n'est pas conscient de la gravité de sa situation et qu'il répond par monosyllabe au policier, c'est qu'il est angoissé par l'attente des résultats du test VIH qu'il vient de passer... 

 

Ne me demandez pas quelle partie du corps de l'autre j'ai touchée. Je n'ai pas bien vu. Ne me demandez pas non plus qui est cet homme sur lequel j'ai tiré. Je n'en suis pas sûr...Je sais simplement que je suis très fatigué, que je n'ai plus qu'à attendre de me retrouver face à la solitude d'un bol de nouilles instantanées. Je n'ai que vingt-cinq ans.

 

Ce recueil est donc une façon originale de découvrir ces écrivains taïwanais.  Ils nous font, à travers leurs écrits, visiter la ville pour peu que vous acceptiez de vous y perdre avec eux.

Comme d'habitude j'ai lu la préface à la fin ! Je sais cela peut paraître bizarre, mais j'ai toujours fait comme ça car je veux découvrir d'abord les textes, quitte à les reprendre si je vois ensuite que je suis passée à côté de quelque  chose. 

Les nouvelles et chroniques sont écrites par Jane Jian - Lin Yao-teh - Walis Nokan - Lo Yi-chin - Wu Ming-yi - Chi Ta-wei - Chang Wan-k'ang - Chou Tan-ying - Shu Kuo-chih

Le recueil est traduit du chinois (Taïwan) sous la direction de Gwennaël Gaffric, qui est aussi l'auteur de la très instructive préface : "Taipei, histoire et histoires" où le lecteur apprend beaucoup sur les traditions, l'histoire de la ville mais aussi les auteurs...

Les traductions sont l'oeuvre de Olivier Bialais, Marie-Paule Chamayou, Mélie Chen, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay, Marie Laureillard, Damien Ligot, Lise Pouchelon et Chingjin Wu-Soldani

 

L'écriture implique une distance, elle nous invite, après avoir donner libre cours à nos émotions, à faire la part des choses, à réfléchir sur les causes de cette barrière psychologique qui se dresse entre nous et les autres, à dépasser les tensions entre villes et campagnes...

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:55
Pocket Jeunesse 2016

Pocket Jeunesse 2016

Papa dit que c'est tout à fait compréhensible. Après tout, j'ai vécu un événement traumatisant. Je suis comme un bébé qui panique dès qu'on le dépose dans les bras inconnus. Je les ai vus, ces petits anges gazouilleurs, se transformer d'une seconde à l'autre en monstres hurlants. Moi, je ne hurle pas à vous déchirer les tympans. Pas vraiment.
Je me retiens...

 

J'ai très peu lu Sophie Kinsella jusqu'à présent. C'est une romancière anglaise connue pour ses romans chick-lit, qui s'adressent surtout aux jeunes adultes. J'ai appris récemment qu'elle écrivait non seulement sous le nom de Sophie Kinsella, mais aussi sous son nom de femme mariée, Madeleine Wickham.  

Elle a été révélée au public grâce à sa série"L'accro du shopping", une série sortie en France dans les années 2000. Ses livres sont faciles à lire et emplis d'humour...

 

Si j'ai décidé de vous parler de celui-ci aujourd'hui, c'est parce qu'il s'adresse aux adolescents d'une part, mais surtout qu'il aborde un sujet peu traité dans la littérature adolescente, celui du harcèlement. 

 

Je sais maintenant ce que c'est que d'être vieille.
Bon d'accord, je n'ai aucune idée de ce que ça fait d'avoir la peau ridée et les cheveux blancs. Mais je sais ce que ça fait de marcher dans la rue à pas lents et incertains, en grimaçant chaque fois que quelqu'un passe près de moi et en sursautant à chaque coup de klaxon, avec la sensation que tout va beaucoup trop vite.

Vous n'avez pas idée du nombre de gens qu'il y a dans le monde jusqu'au jour où ils se mettent à vous ficher une trouille bleue.

 

Audrey a 14 ans. Elle souffre d'anxiété et n'arrive plus à sortir au dehors depuis qu'elle a vécu des événements traumatisants avec un groupe de filles de son lycée.

Depuis, elle vit cachée derrière ses lunettes noires qu'elle ne quitte jamais et ne sort plus de la maison. Suite aux événements, elle a du être déscolarisée mais elle espère arriver à aller mieux d'ici la prochaine rentrée scolaire, pour reprendre ses études dans un autre établissement.

En attendant, elle est si anxieuse que lorsque quelqu'un sonne à la porte, elle court s'enfermer dans sa chambre. Elle ne supporte que la présence de sa famille et de son psychiatre et encore sans jamais regarder quiconque dans les yeux sauf son petit-frère. En plus il ne faut jamais lui parler de ce qui s'est passé et elle-même ne veut jamais en parler. 

 

Un jour, son psychiatre lui propose de tourner un film sur sa famille. Voilà qu'elle va pouvoir intercaler entre elle et les autres, l'oeil de la caméra. Cela change tout !

Cette caméra va lui permettre de poser un autre regard sur sa famille, un regard que nous partageons avec elle tout au long du roman. 

On découvre ainsi...

Franck, son frère aîné, accro aux jeux vidéos au point de ne plus dormir la nuit et de mettre sa mère vraiment très en colère.

Anne, la maman un tantinet trop protectrice et excessive qui passe son temps à rechercher dans le "Daily Mail", les articles sur le thème de l'adolescence et tente d'imposer à sa famille les conseils avisés des journalistes.

Chris, le papa trop cool, qui a renoncé depuis longtemps à contredire sa femme. 

Et Linus, un copain avec qui Franck, s'entraîne aux jeux vidéos pour un concours.

Lui va chercher à comprendre le problème d'Audrey sans poser aucune question et puisqu'elle ne veut pas lui parler et bien, il va lui écrire !

Ainsi, peu à peu, la caméra va aider Audrey à redécouvrir les autres, tandis que Linus la pousse à sortir de sa coquille... 

 

Le problème, c’est que la dépression ne s’accompagne pas de symptômes, comme des petits boutons ou de la fièvre, alors au début, on ne se rend pas compte. On continue à répondre « tout va bien » alors que, au fond, ça ne va pas du tout. On se dit qu’on n’a aucune raison d’aller mal. Et on se répète sans arrêt : « mais pourquoi est-ce que je me sens si mal ?

 

J'ai trouvé qu'Audrey était une héroïne attachante et courageuse car elle ne baisse jamais les bras. Son désir le plus cher en effet, est de vivre comme tout le monde et d'être "normale", mais elle n'y arrive pas ou au contraire, fait tant d'efforts, qu'elle tombe dans l'excès et brûle les étapes. 

L'auteur nous fait entrer dans cette famille loufoque et même, il faut bien le dire, un peu dingue, mais le lecteur découvre que c'est une famille unie et complice dans laquelle tous les membres participent à leur façon à la guérison de la jeune fille.

Les scènes entre la mère et le grand frère, accro aux jeux vidéos sont d'un comique rare et j'ai cru parfois entendre les cris tant elles sont réalistes...

Le père a baissé les bras depuis longtemps mais il n'en aime pas moins sa fille et se fait du souci pour elle.

Félix, le petit frère, du haut de ses 4 ans n'en manque pas une non plus et sa naïveté et sa bouille toute ronde aident beaucoup sa soeur. Il est le premier qu'elle arrive à regarder droit dans les yeux et sans lunettes.

 

J’ôte mes lunettes de soleil et je contemple son petit visage rond, si merveilleusement ouvert. Felix est la seule personne que je sois capable de regarder dans les yeux. Mes parents, ce n’est même pas la peine. Ils débordent d’inquiétude et de peur, ils en savent trop long. Ils expriment trop d’amour, vous voyez ce que je veux dire ? Si jamais je viens à croiser leur regard, tout me revient d’un seul coup comme un raz de marée – le tout mêlé à une colère qui chez eux est tout à fait justifiée. Non qu’elle soit dirigée contre moi, mais tout de même. C’est hautement toxique.
Quant aux yeux de Franck, ils ont seulement l’air un peu paniqués. Style : « À l’aide, ma soeur est devenue folle, que dois-je faire ? » Il aimerait bien que ça ne le touche pas à ce point, mais il n’y peut rien. Bien sûr que ça le perturbe.

 

J'ai trouvé aussi  que l'auteur avait une façon étonnante et très personnelle de traiter ce sujet grave. Le harcèlement est à peine suggéré tout au long du roman. 

C'est par de petites touches au cours de la lecture, que le lecteur arrive à imaginer ce qui s'est réellement passé entre les filles. Les faits ne sont jamais ni explicités ni mentionnés dans les détails. 

L'accent est mis sur le ressenti de la jeune fille...Le lecteur passe par des émotions contradictoires, des hauts et des bas au même rythme que cette jeune héroïne pour qui on ne peut qu'éprouver de la compassion car d'une part, elle s'adresse à nous directement et d'autre part, en tant que parents, nous ne pouvons que comprendre ses épisodes de phobies sociales et ses phases dépressives. 

 

 

Au delà du sujet, c'est un roman empli d'espoir qui montre bien que tous les êtres humains ont la capacité de rebondir dans la vie...et j'ai trouvé important qu'il en soit ainsi. 

A proposer aux ados dès l'âge de 13 ans et puis aussi à leurs parents. 

 

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 06:09
Albin Michel 2017

Albin Michel 2017

Une cocotte Irone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous les feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle, garantie à vie.

...disons-le tout net, les enfants ne brûlent pas de devenir comptable. Ils déclarent, avec un aplomb magnifique, non, non, moi je serai pompier, danseuse étoile, footballeur, maîtresse d'école, président de la République, ce genre de choses. Mais comptable, non.

 

Tout d'abord je tiens à remercier les éditions Albin Michel, et Babelio, qui m'ont fait confiance et permis de découvrir ce roman en avant-première dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle. Je les remercie de leur confiance.

C'est donc un roman que je n'ai pas choisi et que je n'aurais sans doute pas emprunté spontanément en médiathèque (vue la couverture !), mais que j'ai accepté de bon coeur de recevoir et de lire.

 

L'histoire commence au mois de janvier...

Eugène, comptable depuis 19 ans décide de commander par internet une cocotte en fonte rouge pour mitonner de bons petits plats. 

Sa vie n'est pas trépidante et il se sent souvent seul, aussi attend-il la réception de sa cocotte avec impatience.

Parfois il se rend dans un bar proche de chez lui ou traîne un peu sur internet et il rêve en lisant les commentaires des autres...

En se promenant au bord de la mer à Saint Jean-de-Luz, où il habite, il se prend à imaginer qu'il est quelqu'un d'autre. Il trouve que botaniste est un métier qui fait davantage rêver les femmes...que comptable alors il se met à se documenter sur les plantes, la protection de l'environnement et la nature en général.

Pour se distraire le soir, il regarde la télé et en particulier cette émission de télé-réalité qui fait la une des médias, "Senior Stories" dans laquelle vous l'avez deviné, ce sont des seniors qui tiennent le public, surpris mais conquis, en haleine. 

Désespérant que la cocotte arrive un jour, il se décide à faire une réclamation auprès du service après-vente qui se trouve en Normandie. La réponse arrive sous forme d'une lettre-type dans laquelle, on lui demande encore de patienter...à cause du temps. Or  le mauvais temps n'a duré que deux jours et il attend sa cocotte depuis des semaines. 

 

Le transporteur, contacté, nous informe que les conditions météorologiques de ces derniers temps ont pu entraîner un certain retard.

 

Au fil de ses réclamations, il noue une relation avec Lucia, l'employé du service clientèle des cocottes Irone. Celle-ci finit par lui en faire expédier une autre...

La cocotte arrive enfin à la fin du mois d'avril mais tous deux vont continuer à communiquer et à échanger sur leurs régions respectives et sur leurs vies.

C'est alors que Lucia décide de répondre favorablement à l'invitation d'Eugène qui lui propose de venir chez lui déguster un plat mijoté avec la fameuse cocotte.

 

Mais, alors qu'elle a traversé la France pour venir le rejoindre, que leur rencontre est à la hauteur de leur attente, et que tout va pour le mieux, la terre se met subitement à vibrer, le temps semble s'arrêter un bref instant puis de plus en plus souvent, et l'air se raréfier : la planète montre des signes de faiblesse...

Les habitants s'affolent, et ne parlent plus que de ça. Ils renoncent à se rendre à leur travail, paralysant peu à peu tout le pays. 
Seuls les seniors de l'émission de télé-réalité vont être capable de ne pas céder à la panique et de continuer à diffuser conseils et points de vue à l'antenne, tandis que les politiques disparaissent les uns après les autres de la circulation...et que les scientifiques planchent pour trouver une solution. 

Le monde n'était donc pas invulnérable, s'étonnent certains ?

 

Les studios sont encerclés par des centaines de sympathisants, ils campent là jour et nuit, retransmettent le tout en direct sur les réseaux sociaux, soutiennent les papies-mamies. Ce soir ils reçoivent une délégation d'ouvriers en grève.

 

Voilà un roman léger et qui se lit en une soirée. Les chapitres sont courts et bien rythmés. Le texte est empreint de douceur, de poésie et, vous l'avez deviné, de bons sentiments. L'intervention d'événements surnaturels, mais qui pourraient ne pas l'être un jour, apporte une note de fantaisie dans le déroulement des événements mais peuvent surprendre le lecteur. 

 

C'est avant tout l'histoire d'une rencontre entre deux personnes solitaires et toutes deux discrètes qui n'hésitent pas à modifier leur quotidien et leur comportement pour profiter du bonheur qui leur est offert. Ils saisissent la vie telle qu'elle se présente et en toute simplicité. 

L'échange épistolaire entre Eugène et Lucia, est très touchant et empli de générosité et de douceur. Très formelle au départ, les lettres deviennent de plus en plus personnelles et tous deux, plutôt timides, se lâchent un peu.

 

Ce roman est aussi une critique, certes légère mais bien réelle de notre société incapable de se contenter de ce qu'elle a et qui en veut toujours plus sans que les hommes ne soient plus capables de réaliser leurs rêves de bonheur.

Seule, l'émission de télé-réalité qui est suivie par de nombreux spectateurs tout au long de la journée, fait bouger peu à peu les mentalités. D'autant plus que les seniors décident de ne pas s'en laisser conter et de transformer le loft en une tribune politique et sociale où tout le monde peut venir s'exprimer ouvertement, au grand dam du directeur de chaîne...

 

L'auteur glisse dans ses pages de nombreuses idées écologiques, nous incitant à réfléchir sur les conséquences d'une exploitation trop importante de notre Terre et montrant l'attitude des hommes, terrorisés au moindre couac mais ne se demandant jamais qui en est le responsable. La baleine qui grâce à son sonar peut se repérer la plupart du temps dans notre monde même perturbé, est comme un appel à la raison qui nous est lancé.

 

C'est donc une lecture facile mais plaisante, à la fois moderne, tendre et emplie d'humour, mais pour laquelle je ne peux pas m'empêcher d'avoir une impression de déjà vu...

Je suis cependant persuadée que ce roman plaira beaucoup aux amateurs de "feel-good" et aux jeunes adultes. Il peut d'ailleurs être lu également par des lycéens. 

A réserver donc aux vacances...ça tombe bien puisque ce roman ne sort en librairie qu'à la fin du mois de mai. 

 

Eugène lui raconte ses Pyrénées tout en conduisant. Seules les montagnes ne se rencontrent jamais, dit le proverbe...
Ici, explique Eugène, abondent les géants protecteurs ou menaçants...des nains aux pieds palmés...des fées et sur le toit de certaines maisons on peut voir des tuiles ou des pierres dressées de formes variées, ce sont des "espantabrujas", des effraie-sorcières, car ces dernières aiment entrer dans les maisons pas la cheminée...

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