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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 06:19
Michel Lafon, 2017

Michel Lafon, 2017

- Cherchez pas, ça n'existe nulle part ailleurs, et dans aucun texte de loi. C'est du fait maison Calais, spécialité locale. ...donc avec cette appellation de réfugiés potentiels, ni on ne les arrête, ni on ne les aide. On les laisse moisir tranquilles en espérant qu'ils partiront d'eux-mêmes.
- Je vois qu'on a beaucoup réfléchi à trouver comment ne rien faire.
- Pour ma santé mentale, j'ai oublié d'y penser.

J'ai découvert la plume de l'auteur au printemps dernier en lisant "Surface" présenté ici. Et je m'étais promis de continuer à le découvrir en lisant de temps en temps un de ses romans.

Voilà un livre coup de poing qui se lit d'une traite tant le sujet sensible ne peut nous laisser indifférents. 

Ils empruntèrent un sentier de sable, tournant de nombreuses fois dans diverses directions jusqu'à ce qu'Adam ne sache plus se repérer dans l'espace. Au détour d'une cabane en palettes de bois, ils se retrouvèrent dans un campement d'une dizaine de tentes en cercle, autour d'un grand feu bordé de pierres.
- Bienvenue chez les Soudanais, mon ami.

Il les comprenait, ces regards qui lui disaient de ne plus attendre, de ne plus espérer, de se raisonner avant de devenir fou, d'accepter pour ne plus se battre. Il les comprenait et les voyait défiler, derrière ses paupières closes...

Il faut dire que le roman commence par une scène choquante que je ne vais pas vous décrire pour autant : le lecteur est sur un bateau de migrant, quelque part en méditerranée.

Très vite, on se retrouve aux côtés des pelleteuses qui démantèlent le camp de migrants de la Jungle de Calais. Le décor est posé.

 

Le lecteur découvre alors la vie quotidienne d'Adam obligé de fuir son pays en guerre, la Syrie meurtrie... sous la dictature de Bachar-al-Assad. Il a envoyé en France sa femme Nora et sa petite fille Maya pour les mettre en sécurité avant lui, et il les rejoint à présent à Calais. Mais personne n'a vu arriver sa famille. Il va donc les attendre-là pendant de longs jours, puis de longues semaines...qui s'éternisent.  

Ce qu'il découvre avec horreur, lui qui était flic dans son pays, c'est la manière inhumaine dont sont traités les migrants, venus de tous les pays du monde, c'est la violence qui règne dans la jungle, c'est la police qui n'ose plus y mettre les pieds pour faire respecter les lois. 

 

Adam ne peut s'empêcher d'intervenir...pour sauver un petit soudanais des griffes de ses violeurs. C'est à l'hôpital qu'il fait la connaissance de Bastien, nouvellement arrivé à la gendarmerie de Calais, une gendarmerie délabrée et oubliée par les autorités, où les hommes, fatigués et sans illusions, doivent régler des problèmes qui les dépassent, les laissant meurtris par leur propre image et leurs propres actes.

Bastien ne peut rejeter la demande d'aide d'Adam, quitte à lui-même se mettre en danger, alors que toute la brigade ne demande qu'à fermer les yeux sur les agissements au sein de la jungle. 

"Ombre" était dans la Jungle.
Son arrivée était attendue, et deux hommes vinrent à sa rencontre, intimidés. Même si personne ne connaissait sa véritable identité et s'ils étaient peu à avoir déjà vu son visage, sa réputation le précédait. Il était le recruteur de Daesh. Celui qui, disait-on savait lire les âmes...

Un roman noir, très noir qui relate la réalité de la vie dans la jungle, au sein de laquelle un recruteur de Daech s'est infiltré. L'enquête n'est pas oubliée mais n'est finalement qu'un prétexte pour faire entrer le lecteur dans ce bidonville géant. 

L'auteur décrit avec réalisme, mais beaucoup de pudeur et de délicatesse, la vie quotidienne des migrants, leur solitude, leurs espoirs. Il décrit aussi le travail fait par les organisations humanitaires, les difficultés pour les policiers de trouver leur place entre les ordres donnés venus d'en-haut, loin de la réalité, et ce qu'ils voient tous les jours...qui les ramènent à leur impuissance, et les incitent à baisser les bras. 

La violence morale et physique est partout, et le sort des enfants nous apparait particulièrement injuste bien entendu, porté par le petit Kilani que nous suivons au quotidien puisque devenu, le petit protégé d'Adam. 

L'auteur adopte tout de suite le ton juste. Il ne prend jamais parti, ne culpabilise personne et pourtant il nous touche en plein cœur et nous refermons ces pages avec un sentiment de honte et d'impuissance mêlées.

 

C'est un livre-choc qui s'inscrit dans la réalité de notre société d'aujourd'hui et porte un regard sans concession sur des événements que personne ne veut voir.

Si l'auteur parle de la jungle et en fait le sujet principal de son roman, si les deux mondes sont bien, d'un côté le pays d'origine des migrants en guerre la plupart du temps, et de l'autre le nôtre en paix qui n'offre aux migrants comme accueil que celui de la Jungle de Calais, un monde décevant mais fantasmé, l'auteur n'oublie pas pour autant de parler des riverains et des habitants d'une ville dépossédée de sa vie propre. 

Un roman à découvrir et un auteur à suivre, assurément, il était temps que je le lise et je ne suis pas prête de l'oublier.

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 05:22
Les Editions Noir sur blanc/ Collection Notabilia, 2014

Les Editions Noir sur blanc/ Collection Notabilia, 2014

C'est par la mer que tout est arrivé. Par la mer, avec ces deux bateaux qui ont un jour accosté ici. Pour moi ils ne sont jamais repartis, c'est le vif de ma chair et de mon âme qu'ils ont éperonné avec leurs ancres et leurs grappins.

Pendant quarante-cinq années_j'ai eu le temps de les compter_, j'ai vu passer ces hommes, ces femmes, ces enfants, dignes et égarés dans leurs vêtements les plus convenables, dans leur sueur, leur fatigue, leurs regards perdus, essayant de comprendre une langue dont ils ne savaient pas un mot, avec leurs rêves posés-là au milieu de leurs bagages.

Dès leur arrivée dans le grand hall, on les prit de déposer leurs affaires, ce qui ne va pas sans protestations, sans pleurs, sans méfiance malgré l'assurance qui leur est donnée de les retrouver intactes. C’est tout ce qu’ils possèdent de leur vie précédente, la plupart du temps guère plus qu’un peu de mauvais linge et un modeste nécessaire de toilette, quelques photos, un violon ou un harmonica, une bible, une croix, une ménorah, une icône peinte. A l’épreuve de tout quitter, faut-il que leur soit ajoutée celle de perdre leurs maigres biens.

Nous sommes le 3 novembre 1954. 

Dans quelques jours le centre d'Ellis Island va définitivement fermer.  

A un kilomètre de la Statue de la Liberté, pendant près d'un siècle, l'île a été utilisée comme centre d’accueil pour les immigrés en provenance de toute l'Europe.

 

John Mitchell, le directeur y a travaillé pendant près de 40 ans. Il est maintenant seul dans le lieu déserté et attend le bateau qui doit venir le chercher.

 

Pendant que les dernières heures s'égrènent peu à peu, les souvenirs de sa douloureuse vie remontent à la surface et il décide de les coucher sur le papier. 

Il se souvient de son arrivée sur l'île, de Liz sa femme adorée qui alors qu'elle était infirmière sur le centre, est morte bien trop tôt du typhus.

Il se souvient aussi de ses années de solitude jusqu'à ce qu'arrive Nella, l'immigré d'origine sarde, accompagnée de son frère "pas comme les autres". Nella qui sera celle qui va bouleverser à nouveau sa vie et qui le poussera à commettre des actes dont il ne se relèvera jamais.

 

Dans cette longue confession, touchante et merveilleusement écrite, l'auteur nous fait entrer dans les plus intimes pensées de John, tentant de comprendre avec lui, la solitude, le sens de ce destin tragique qu'il a dû accepter sous peine de devenir fou... et ce dilemme impossible entre le travail bien fait, administratif et froid et sa sensibilité d'homme, devant tant de détresse humaine.

 

A travers ce roman où se mêlent récit et fiction, l'auteur nous parle des conditions d'accueil pour ne pas dire de détention des immigrés passés par le centre, des longs mois d'attente, avant d'avoir l'autorisation d'être accueillis sur le sol américain...et du fameux questionnaire auquel ils devaient savoir répondre, sous peine de voir leur rêve s'effondrer.  

Ils ont été plus de douze millions à passer par l'île, à être soignés, à être mis en quarantaine. C'était la porte d'or, la porte d'entrée incontournable pour "la Mérica". D'après les chiffres officiels 2 % seulement auraient été renvoyés dans leur pays d'origine, parce que trop dangereux, ou pour d'autres raisons. 

 

L'auteur s'est rendu dans le centre transformé aujourd'hui en musée, elle a vu les clichés pris par le photographe du lieu, s'est senti submergée par l'émotion et l'ambiance particulière. 

Elle nous montre que les choix des dirigeants ont eu des conséquences souvent terribles pour les hommes, et que malgré les décisions à prendre, ils n'en étaient pas moins des hommes, pour la plupart touchés de voir tant de détresse humaine, arrivée par bateau de l'Europe. 

 

Aux côtés de personnages imaginaires, le lecteur rencontre aussi des personnages réels, comme Sherman, le photographe qui a réellement pris tous les clichés aujourd'hui exposés au musée.

Il en est de même pour l'histoire de Giorgy Kovacs, arrivé au centre avec sa femme et qui sera dirigé vers l'Amérique du sud, parce que "trop" communiste et considéré comme un danger potentiel. 

 

Un livre bouleversant que je voulais lire depuis longtemps...et qui reste malheureusement toujours une lecture nécessaire. 

 

Je compte poursuivre la découverte de Gaëlle Josse dont je n'avais lu jusqu'à présent que le superbe roman "Les heures silencieuses", présenté ICI sur le blog. 

Cette jeune italienne brune et affligée avait atteint en moi des régions inconnues, de ces lieux dont l'existence reste insoupçonnable et dont la brusque découverte nous tend un miroir où se reflète un inconnu...

Ces photos me mettent mal à l'aise. Je sais ce qui se cache derrière elles, et je ne connais que trop leur mode opératoire, la plupart du temps indiscret et insistant...
Les futurs modèles se trouvaient dans l'impossibilité de refuser cette prise de vue...
Beaucoup n'avait jamais vu d'appareils photos de leur vie.

L’épisode vécu avec l’écrivain hongrois Giorgy Kovacs et son épouse Esther m’a fait réaliser, bien des années plus tard, mais avec une dureté qui me fait encore mal aujourd’hui, que les martyrs sont toujours du côté de l’esprit, les coupables, du côté de la force, et que l’Histoire demeure le seul juge...

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 05:24
Seuil, 2018

Seuil, 2018

L'ignorance de mes racines m'empêchait de grandir.

Je me suis battu pour qu'elle et mon père soient nés quelque part. Depuis, j'existe. Je suis quelqu'un moi-aussi.

Le mauvais sang propage des microbes dans les vaisseaux des gens pour les empoisonner. Quand on met des mots derrière de sales choses qui se sont passées, elles reviennent. Quand on les tait, elles meurent d'oubli.

Le temps il fallait lui faire confiance, parce que "tous les chemins sont circulaires et ne mènent finalement qu'à soi-même"...

L'auteur du célèbre "Gone du Châaba, un livre autobiographique qui nous avait ravi il y a des années lors de sa sortie en 1986, et qui avait propulsé son jeune auteur sur le devant de la scène, n'avait plus rien écrit depuis 2012.

 

J'ai adoré ses nombreux écrits pour la jeunesse dans les années 1990-2000 et n'avait rien lu de lui depuis des années. C'était donc naturel que j'emprunte son dernier roman autobiographique lorsque je l'ai trouvé en médiathèque.

 

Dès le départ, le lecteur entre dans la vie quotidienne de l'auteur et en particulier la vie menée en famille, depuis que son père Bouzid est atteint de la maladie d'Alzheimer. En plus de son père, l'auteur nous parle aussi de Nabil, son frère, et de ses séjours en prison.

 

Il se souvient d'anecdotes racontées en famille, d'événements vécus et partagés, de la honte de son père d'être analphabète.

Malgré l'humour de certains passages et de certaines situations, il nous relate sa détresse lorsque son père se sauve pour rejoindre la méditerranée, et prendre le bateau pour rentrer "chez lui" et revoir ses parents, qui ne sont plus en vie depuis des années. Il habite Lyon et il met sa vie en danger  lorsqu'on le retrouve en direction de l'autoroute, sa gamelle de travailleur à la main. Heureusement, le plus souvent, il s'arrête au bar "le café du soleil" pour y retrouver ses amis. Là, au milieu de ceux qui finalement le protègent, il partage solitude, déracinement, nostalgie du pays et thé à la menthe industriel...

Tous attendent un retour au bled qui n'arrivera jamais. Ils sont  un peu fous aussi, comme le patron qui arrose son ficus en plastique tous les jours pour s'occuper. 

Alors que leur ami Bouzid ait contracté "la maladie d'Ali Zaïmeur", cela ne les émeut guère. 

 

En le ramenant à la maison, l'auteur tente de ranimer chez son père quelques souvenirs disparus, et de retrouver quelques pans de l'histoire familiale et de ses propres origines. 

Il relate alors ses voyages en Algérie, à la recherche de ses racines berbères. Mais là-bas, il n'a pas trouvé trace de ses parents, dans les villages pourtant fréquemment cités par eux dans leurs souvenirs. Ni son père, ni sa mère ne semblent avoir existé !

Les noms de personnes ou de lieux, ne sont pas forcément ceux que l'auteur croyait connaître, parce que la prononciation n'est pas la bonne et devient incompréhensible pour qui n'est pas initié. 

 

L'histoire alterne ainsi, entre le vécu du père et la recherche d'un passé qui sera englouti à jamais maintenant que la mémoire  s'en est allée pour toujours...

 

Voilà donc un roman touchant, une quête personnelle qui est celle de tous les enfants d'immigrés.

On peut considérer ce roman autobiographique,  comme la suite du "Gone du Châaba" où l'auteur nous contait son enfance dans les bidonvilles de Lyon. En tous les cas, il nous donne envie de nous replonger dans ce premier écrit et d'y redécouvrir l'importance de ces racines familiales, qui font de nous, quelles qu'elles soient, les êtres à part entière que nous sommes devenus, parce que tout simplement nous savons d'où nous venons. 

C'est un beau roman qui sonne juste, et un plaidoyer contre l'oubli qui met l'accent sur l'importance de la transmission.

C'est aussi un bel hommage au père...mais aussi à tous les exilés et déracinés qui ont été oubliés par leur pays d'origine. 

Je veux que mes enfants sachent un jour qui était leur grand-père paternel, un grand homme qui ne savait ni lire ni écrire, un sans-nom, mais qui racontait de magnifiques histoires comme aucun autre poète...

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 07:13
Tea-Bag / Henning Mankel

 

J'ai emprunté ce roman en médiathèque car Yv, dont je visite souvent le blog me l'avait conseillé suite à ma petite déception, à la lecture du roman d'Henning Mankel "Les chaussures italiennes".

Il est vrai que le thème de celui-ci m'interpelle davantage, et que je n'ai eu aucune difficulté à entrer dans le vif du sujet, ce qui me donne envie de continuer à découvrir cet auteur. 

 

Allongée, les yeux fermés, sur le lit de camp inconfortable, elle laissait ses pensées remonter doucement à la surface. A quoi ressemblait sa vie ? Au milieu de toute cette confusion, elle avait un point de repère, un seul. Elle était enfermée dans un camp de rétention du sud de l'Espagne après avoir eu la chance de survivre alors que presque tous les autres s'étaient noyés, tous ceux qui avaient embarqué à bord du bateau pourri qui devait les amener là depuis l'Afrique...

 

Voici l'histoire...

 

Quelque part dans un camp de transit espagnol, les migrants attendent d'avoir l'autorisation d'entrer en Europe.

Parmi eux "Tea-bag" qui vient du Nigéria et a miraculeusement échappé au naufrage du bateau sur lequel elle, et de nombreux autres clandestins, avaient embarqué. Là elle tente de se reconstruire et d'oublier les cris de ceux qui, enfermés dans la cale, ont péri noyés...

Elle décide de se sauver pour rejoindre la Suède dont un journaliste lui a parlé...et après un long périple la plupart du temps à pied, que le lecteur découvrira peu à peu, elle arrive à ses fins épuisée mais emplie d'espoir.

Mais la Suède est-il vraiment le pays de la liberté ?

Le lecteur la retrouve dans une banlieue de Göteborg où elle tente de survivre comme le font Tania, qui a franchi la Baltique à la rame et Leïla, arrivée d'Iran alors qu'elle n'était qu'une enfant...à moins que ce soit Tatiana ? ou Irina ?

Leur chemin va croiser celui de Jesper Humlin, un poète désabusé qui au lieu de parler de ses poèmes va tenter de les faire écrire sur leur vie, sur leurs espoirs et leurs rêves.

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai survécu, moi précisément,quand le bateau a coulé et que les gens enfermés dans le noir essayaient de sortir de la cale avec leurs ongles. Mais je sais que le pont que nous avons tous cru voir, sur cette plage tout au nord de l'Afrique, ce continent que nous fuyions et que nous regrettions déjà- ce pont sera construit un jour. Un jour, la montagne de corps entassés au fond de la mer s'élèvera si haut que le sommet émergera hors des vagues comme une nouvelle terre, et ce pont de crânes et de tibias fera le lien entre les continents, un lien qu'aucun garde-côte, aucun chien, aucun marin ivre mort, aucun passeur ne pourra détruire. Alors seulement cette folie cruelle cessera, cette folie où des gens innombrables qui fuient pour leur vie sont contraints de s'enterrer dans des sous-sols et d'être les hommes des cavernes de l'ère nouvelle.

 

Jesper Humlin est un écrivain et poète superficiel, dominé par les deux femmes de sa vie, sa compagne qui veut des enfants et menace de le quitter, et sa mère trop fantaisiste qui le tyrannise.

Il ne s'intéresse qu'à son bronzage et à ses actions, mal placées en bourse sur les conseils d'un ami. Ses relations avec son entourage sont plutôt conflictuelles et on ne peut pas dire que la patience et l'écoute soient son fort.

Mais le jour où il découvre la vie de ces jeunes immigrés, c'est un choc pour lui, un véritable choc culturel, mais aussi un choc social : il existe donc une Suède souterraine dont il ne soupçonnait même pas l'existence...

Bien sûr, intéressé comme il est, il a d'abord envie de faire parler les jeunes femmes pour pallier son manque d'inspiration, d'autant plus que son éditeur, soucieux de rentabilité, le harcèle pour qu'il écrive un polar, ce qu'il n'a pas du tout l'intention de faire. 

Au départ, c'est difficile car les jeunes filles se jouent de lui...mais elles vont pourtant finir par se livrer.

Réussira-t-il pour autant à écrire son roman ?

 

C'est un roman qui se lit facilement même si le héros principal, encore une fois, est un homme vraiment peu sympathique. Mais il se bonifie au cours du roman ! Il va en particulier se remettre en question quant il découvre la tragédie des immigrés, une tragédie toujours brûlante d'actualité. 

 

J'ai été touchée à la lecture des témoignages des jeunes filles, même si je les ai trouvé parfois un peu trop caricaturaux. 

Mais pourtant, encore une fois ce roman me laisse sur ma faim !

Est-ce la superficialité du héros qui n'arrive pas à me convaincre ?

Est-ce la lourdeur de certains des personnages secondaires ?

C'est vrai que ce roman est un hommage à ces hommes et ces femmes qui n'hésitent pas à quitter leur pays et se retrouvent au mieux, clandestins pour toujours dans un pays qui ne les voient même pas.

Mais d'un autre côté, j'aurai aimé y trouver davantage de profondeur...

Jamais contente Manou en ce moment.

C'est pas de moi ! 

 

Je crois que personne ne comprend vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ce que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort la douleur, l'avilissement ?

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:05
Grasset, 2016

Grasset, 2016

Il ne sait pas qu'ils n'ont jamais tiré que sur des cibles en papier. Comment pourrait-il imaginer que, la première fois qu'elle a sorti son arme en service, elle a appelé ses parents pour le leur dire ? Il a le regard vide des torturés auxquels on a ravi à jamais la possibilité de faire confiance.

 

Ils sont gardiens de la paix. Ils ont eu une journée difficile et voilà, alors que le soir s'annonce déjà, qu'on les appelle en renfort.

Virginie est épuisée car elle reprend à peine le travail après un congé parental, et de plus, elle sait que le lendemain l'attend une journée encore plus terrible, vous verrez pourquoi en lisant le roman. Mais elle a accepté la mission sans savoir de quoi il retournait.

Erik et Arsène l'accompagnent. 

Tous trois doivent maintenant prendre en charge un réfugié en situation irrégulière et le reconduire à la frontière, c'est-à-dire à l'aéroport, où il sera récupéré par des escorteurs.

Ce n'est pas une mission habituelle, car c'est la COTEP (Compagnie des Transferts, Escortes et Protections) qui est responsable du transfert, mais ce soir-là est spécial, puisque tous ont été appelés en renfort, suite à un incendie au Centre de Rétention de Vincennes.

 

En douce, durant le trajet vers l'aéroport, Virginie ouvre le dossier pour simplement en savoir davantage sur cet homme mutique et résigné. Elle comprend tout de suite que le retour au pays pour cet homme, est synonyme de mort... 

Asomidin Tohirov est-il vraiment militant pour les droits de l'homme dans son pays ? 

 

Lorsque Virginie réalise qu'elle a été sa vie et ce qu'elle sera là-bas, dès son retour chez lui, elle tente de persuader ses compagnons de le laisser s'évader.

Mais là-bas à l'aéroport, les attendent les escorteurs...

Leurs mains vont et viennent sur les documents qu'ils aplatissent, tapotent contre leurs genoux, retournent de leurs poignets épais où perce une menace. L'intimidation est déjà toute entière dans ces mains sûres qui ne trembleront pas le moment venu, s'il faut contraindre. Ils doivent être de ceux qui mettent un point d'honneur à ne pas donner de coups...

 

L'auteur décrit avec beaucoup de psychologie, l'ambiance tendue de ce huis-clos intimiste, qui se déroule le temps d'un trajet en voiture vers l'aéroport et de quelques haltes.

Dans cette voiture, les quatre protagonistes ne sont pas seuls. Nous sommes là, assis à leur côté, assistant impuissants aux événements.

Par petites touches successives, l'auteur nous fait entrer avec beaucoup de réalisme et de finesse dans le ressenti des personnages. Peu à peu, nous comprenons les doutes des policiers, nous ressentons leurs contradictions, leur profond désir d'humanité mais aussi le carcan dans lequel ils sont enfermés : ils ont fait le serment de servir la France...

Nous tremblons avec le réfugié tadjik, dont le silence poignant est encore plus expressif que son langage corporel, mais aussi parce que ses regards et son incapacité à réagir, en disent long sur ce qu'il a subi chez lui. 

 

Il meurt un homme par seconde. Il en va de lui comme de tous les autres. Un bourreau n'est pas un assassin. Cet homme est tadjik mais demain il sera angolais, irakien, afghan, syrien, tamoul, kurde, ivoirien. Personne n'a dit qu'il fallait être indifférent, mais on ne peut pas se sentir responsable du sort de chaque être humain qu'on rencontre. Pourquoi accorder plus d'attention à celui-ci qu'à un autre ?

 

Virginie est le personnage central du roman, celle par qui tout arrive...

Pour les policiers, la désillusion par rapport à leur métier est là, mais ils savent qu'ils doivent faire leur travail, aller jusqu'au bout, même si leur conscience leur dicte de faire le contraire et, cette prise de conscience, emplie de contradictions, est très douloureuse.

 

Elle était entrée dans la boîte parce que son propre père y travaillait, parce qu'elle aimait l'ambiance fraternelle qui régnait entre collègues lorsqu'ils venaient dîner à la maison, parce que la police est une grande famille, qu'elle voulait aider les gens et chasser le bandit.
...
Mais ce soir c'est trop pour elle. Cette nuit, dans ce véhicule à hauteur de Nogent-sur-Marne, la situation n'est pas franche. La mort s'est assise entre eux dans cette voiture.

 

C'est un roman qui se lit d'une traite et qui peut être lu dès l'adolescence, car il est très court et très facile à comprendre, tout en étant très fort en émotions.

De plus, il invite le lecteur à s'interroger sur ce métier humainement difficile. 

C'est donc un livre court, mais profond et percutant, qui suscitera chez les jeunes de nombreux débats.

 

Hugo Boris est l’auteur de quatre romans très remarqués aux éditions Belfond, "Le Baiser dans la nuqu" (2005), "La Délégation norvégienne" (2007), "Je n’ai pas dansé depuis longtemps" (2010) et "Trois grands fauves" (2013). Tous sont disponibles chez Pocket.

Il a été assistant réalisateur sur plusieurs documentaires à la télévision, travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

C'est le premier livre que je lis de cet auteur et cela me donne envie de poursuivre en faisant connaissance de ces autres écrits.

Encore un auteur à découvrir donc ! 

Erik prend à son compte leur mauvaise réaction,qui partait d'une bonne intention, stupide, regrettable, mais d'une bonne intention quand même.

On est pas là pour être aimé,reprend-il pour ne pas s'embourber.

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 17:01
Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman

L'histoire

 

Cela fait plusieurs mois qu'elle n'a plus de nouvelles d'Hassan, son mari, lorsque Nour décide de quitter l'Algérie pour rejoindre la France, laissant au pays Amine, son père (et sa station service) et surtout, Feriel,  sa petite fille. Lorsqu'elle arrive dans l'appartement au 15ème étage de la tour Triolet, il est vide. Hassan est parti depuis longtemps. Seuls quelques habits, une table de jardin et un matelas par terre attestent qu'il a vécu là.

 

Au début Nour ne sort pas de chez elle : elle a peur. Puis peu à peu elle fait connaissance avec ses voisins. C'est surtout Soufia, infirmière de nuit à l'hôpital, qui va l'aider à surmonter sa solitude et sa déception de ne rien trouver de la vie que Hassan lui avait promis... Elle va aussi l'aider à organiser sa nouvelle vie.

 

Mois après mois, grâce à Sonny, un jeune lycéen qui est venue frapper à sa porte et qui semble bien connaître Hassan, Nour va découvrir que derrière les mensonges il y a la drogue, les trafics en tous genres, toute une économie parallèle et en particulier, ces combats de chiens, organisés dans la tour abandonnée dont la destruction est programmée pour bientôt, dont Hassan a été un temps le chef.

 

Qui était réellement Hassan ?

 

Que cache sa disparition ?

 

Nour réussira-t-elle à découvrir la vérité ?

 

Ce que j'en pense

 

En vérité,  au début du roman je me suis vraiment ennuyée. Ce n'est pas à cause de la vie dans les banlieues. Louveplaine est une ville imaginaire de la banlieue parisienne qui ressemble à beaucoup de banlieues réelles : les ados révoltés, les trafics en tous genres, les profs fatigués, la violence... Bref, pas de surprise de ce côté là.

 

Derrière l'histoire d'Hassan qui rêvait de tout offrir à sa petite fille et à sa femme, et qui était prêt à tout pour ça, ce sont les rêves et les déceptions de tous les habitants de la cité que le lecteur découvre.

 

Non, je n'arrivais simplement pas à faire miennes les préoccupations de Nour. Son abattement et sa prostration me laissaient totalement indifférente. Je comprenais, bien sûr, sa volonté de découvrir pourquoi son mari avait disparu, mais sans plus, sans y croire vraiment.

 

Le style de l'auteur est pourtant clair et plaisant, le roman est bien structuré, chaque chapitre correspondant à un mois. J'ai donc voulu aller plus loin et finalement je suis arrivée à finir ce roman. J'ai même trouvé certains passages de la seconde partie, émouvants !

 

Finalement, les personnages gagnent en profondeur au fur et à mesure que le récit avance. L'auteur sait créer un certain suspens en distillant les infos à petites doses. Mais elle dit qu'elle a voulu s'éloigner d'un documentaire, je trouve qu'en fait elle y est en plein dedans. Même, si les personnages parlent de leurs sentiments, Nour, par exemple, est si distante et réservée et pas du tout intégrée dans ce qu'elle vit qu'on dirait parfois qu'elle est en visite chez les habitants : elle regarde tout ça de l'extérieur comme un spectateur... Même ses sentiments pour Hassan paraissent peu crédibles.

 

Bref, ce roman, bien que littérairement bien écrit, est loin d'être pour moi un coup de coeur...

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 14:57

 

Trouvé sur une étagère ce week-end...voilà un livre de Kundera que je ne connaissais pas du tout; C'est apparemment le dernier en date ! L'auteur introduit le roman par un "essai" linguistique sur la notion de nostalgie...Tenez bon si vous n'êtes pas littéraire (ou si vous êtes lycéens) car la suite en vaut la peine et éclairera les propos.

 

Tous les êtres humains ont la nostalgie de leur passé, quel qu'il soit... Que deviendrions-nous sans passé ? Kundera aime les questions existentielles et ses romans sont prétextes à vous aider à y voir plus clair.

 

Le lecteur suit Irina, d'origine tchèque,  qui a quitté son pays en 1969 et s'est exilée à Paris. Personne n'a compris parmi ses proches pourquoi elle n'est pas revenue au pays depuis 20 ans. Elle, qui a toujours vécue sous l'emprise de sa mère, puis celle de son premier mari, choisi par sa mère d'ailleurs, puis enfin celle de son deuxième compagnon, un ami du premier...a peur de ce Grand Retour au pays.

 

Le seul instant  où elle s'est sentie libre de choisir sa vie c'est lorsque, devenue veuve, elle s'est retrouvée seule avec ses deux petite filles, obligées de chercher du travail, et de ne compter que sur elle. Elle n'ose pas dire que ce sont les moments les plus heureux qu'elle a pu vivre.

 

Mais voilà que Gustaf, son compagnon, ouvre à Prague, une agence pour sa firme parisienne...Il décide de s'installer à cheval sur les deux villes...Irina est bien obligée de retourner dans son pays pour quelques mois. 

 

Même ses amies qui l'aimaient aussi parce qu'elle était une "immigrée" ne comprennent pas son point de vue et la pousse à reprendre contact avec son pays. A Prague elle croise une ancienne connaissance, Josef.  Lui aussi effectue son Grand Retour mais pour quelques jours. Il vient de perdre sa femme, il revoit sa famille, ses amis, sa ville...

 

Tous deux en parallèle vont parler de leurs déceptions, de leurs attentes, de leurs vies  ailleurs dont personne ne leur parle comme si les 20 dernières années n'existaient pas. Tous deux vont décider de se revoir à partir d'un malentendu. Irina a l'impression de vivre une relation inachevée quelques 20 ans auparavant. Elle a toujours conservé le calendrier que Josef lui avait offert. Lui, l'a complètement oublié et ne se rappelle même pas son nom...

 

L'auteur compare leur odyssée à celle d'Ulysse... et décortique leurs sentiments et leurs motivations en profondeur, tout en nous parlant de rapport humain, familiaux ou pas.

 

Il nous parle de la douleur de l'exil, de la solitude, de la peur de l'inconnu mais aussi du retour, de l'amour, des attaches et de la nostalgie. Mais le monde change vite et le retour même attendu est souvent décevant.

Dans un style simple et sans détour l'auteur nous parle des difficultés d'être migrants, du poids du passé et de la nécessité d'avoir avec les autres un passé commun pour pouvoir communiquer, bref d'avoir une identité.

 

Avec beaucoup de malice, il offre au lecteur maints retournements de l'histoire...et le lecteur se laisse prendre !

Après un début surprenant (je croyais que c'était un essai sur la nostalgie), j'ai eu du plaisir à lire ce roman découvert par hasard.

En général j'aime les romans de Kundera, mais cela fait 10 ans que je n'avais plus rien lu de lui et cela me donne envie de relire ses autres titres.

Au delà de la simple histoire il nous donne l'occasion d'aller beaucoup beaucoup plus loin.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 08:16

Julie Otsuka a obtenu le PRIX FÉMINA ÉTRANGER en 2012 pour ce superbe roman qui relate un des pans souvent méconnu de l'histoire du Japon et de l'Amérique.

 

En effet, durant la seconde moitié du XIX° siècle, beaucoup de japonais ont émigré vers Hawaï puis vers la côte pacifique des États-Unis. Travailleurs acharnés, ils ont été embauchés dans les plantations de canne à sucre. Certains ont fini par s'établir comme artisans ou commerçants, déclenchant beaucoup d'hostilité de la part des américains.

Ces hommes font venir par paquebots entiers de jeunes femmes japonaises pour la plupart originaires de la campagne qu'ils ont épousées sans les connaître. Elles ne savent rien de leurs époux non plus, les croient banquiers et riches. Elles espèrent une vie meilleure et quittent tout.

 

C'est cette époque que l'auteur nous dépeint et l'originalité de ce roman est qu'au lieu de nous décrire le destin d'une ou deux de ces femmes, elle leur donne la parole à toutes, elle emploie le "nous" et "certaines" et les dépeint comme un ensemble, montrant ainsi qu'elles ont eu le même destin, celui d'être trompées au départ, de tout quitter pour mener ensuite une vie faite de travail et de misère...

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Au début du XX° siècle, un bateau quitte le Japon avec à son bord de jeunes femmes dont certaines sont de toutes jeunes adolescentes âgées à peine de 12 ans.

Toutes ont été mariées par procuration à des japonais qu'elles ne connaissent pas et qui travaillent aux États-Unis.

 

Après une épouvantable et longue traversée, elles arrivent à San Francisco où elles vont retrouver celui pour qui elles ont tout quitté, celui qui les a fait rêver à une vie meilleure, leurs futurs maris...

 

Mais elles vont être déçues. Ce qui les attend et qui retentit dans le roman comme un chant collectif, c'est une nuit de noce brutale alors qu'elles sont encore pleines des nausées de la traversée et mortes de fatigue, des journées de travail épuisantes dans les champs, dans les ranchs ou chez des blancs, des humiliations, des difficultés pour parler une langue inconnue, et des enfants qu'il faudra bien faire naître parfois à même le sol, puis élever et nourrir dans des masures de fortune...et qui eux, auront honte  de leur culture.

 

Au fil du temps, certaines réussiront à s'intégrer, certaines même en viendront à ressentir un peu de ce bonheur tant attendu et même un peu de gratitude pour ce vieux mari avec qui elles ont partagé tant d'années...

 

Mais la guerre arrive et le gouvernement américain décide de les emmener dans des camps d'internement, tout japonais étant considéré comme un traître.

La ville se vide peut à peu de ses japonais, les américains se taisent et bientôt oublient tout.

 

Elles étaient venues par milliers, avaient travaillé en silence, comme des forçats, sans jamais se plaindre, avaient connu la ségrégation et l'humiliation, puis elles ont été déportées...

Ont-elles disparu comme si elles n'avaient jamais existé ?

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 10:51
Eldorado de Laurent Gaudé

 

Dans le Sud de l'Italie, Salvatore Piracci est chargé de surveiller les embarcations ramenant illégalement vers la côte de l'île de Lampedusa, des immigrés clandestins. Son rôle est double : il doit à la fois remettre aux autorités les immigrés qui vont être envoyés dans des camps puis renvoyés chez eux et qui sans doute reviendront. Mais il sauve aussi d'une mort certaine, ceux qui se retrouvent seuls en mer, sur des embarcations de fortune, abandonnés par des passeurs sans scrupules et parfois pris en pleine tempête.

Il fait face comme il peut à la détresse des immigrés  survivants à la traversée mais supporte de moins en moins son travail...

Le destin lui fait rencontrer une femme qu'il avait sauvée quelques années auparavant. Elle le supplie de lui donner une arme pour aller se venger de ceux (les passeurs) qui lui ont tout pris pour payer la traversée puis qui l'ont abandonnée en mer. Elle est traumatisée car elle a perdu lors de cette tragique traversée son bébé...qui est mort de soif et qu'elle a dû jeter à la mer pour éviter la contagion avec les vivants. Face à sa force et à son obstination, le commandant ne peut qu'accepter... Face à cette femme,  il est alors persuadé d'une seule chose : il doit changer de vie. Il quitte tout après avoir jeté ses papiers, bien décidé à assumer ses contradictions et à faire le chemin inverse des immigrés...en allant vers l'Afrique.

 

En parallèle l'auteur nous montre le chemin parcouru par Soleiman, originaire du Soudan. Son Eldorado à lui, c'est l'Europe. Il devra traverser toute l'Afrique pour rejoindre les barbelés de Ceuta...

Il porte l'espoir de toute une famille, ayant laissé au pays, sa mère âgée et son frère, malade du SIDA,  avec qui pourtant il a cru un instant pouvoir se sauver.

En route, il va rencontrer des passeurs sans scrupules mais il découvrira aussi l'entraide et l'amitié de Boukabar. Mais pour réussir il faut vivre "chacun pour soi" ne pas hésiter à devenir égoïste et à l'occasion, voleur...

Là-bas il y aura du travail mais tous ne parviendront pas au bout du chemin...

 

C'est un roman magnifique qui aborde un douloureux sujet d'actualité. Aucune frontière n'est facile à franchir qu'il y ait ou non des barbelés, il y a trop de choses laissées derrière soi. L'immigration est un drame qui nous concerne tous.

L'auteur dresse avec un talent fou un portrait époustouflant de ces hommes partis en laissant tout derrière eux, quitte à mourir pour trouver leur Eldorado. Ce roman est un hymne à leur courage parfois déséspéré.

Leur vie, leur espoir, leur détermination suffit à faire de ce roman un GRAND roman à lire et faire lire autour de soi. Il n'y rien à ajouter...

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:38
Le temps des miracles de Anne-Laure Bondoux

Dans le Caucase des années 90, Gloria  vit paisiblement au milieu du verger familial, avec ses frères,  le vieux Vassili,  et ZemZem, son amoureux lorsque une guerre civile éclate.

Un soir, à côté de chez elle,  un attentat terroriste fait exploser le train, ce qui changera sa vie : elle sauve un bébé français nommé Blaise Fortune… Mais bientôt, les hommes partent se battre... Elle se retrouve seule avec l'enfant.

 

Ainsi commence l'histoire de Blaise Fortune (dit Koumail)... en tous cas l'histoire que Gloria sa "mère adoptive" lui raconte...

De nombreuse fois, chaque fois qu'il le lui a demandé, Gloria lui a en effet conté l'histoire de son sauvetage sans oublier aucun détails : c'est sa mère, Jeanne Fortune qui vit en France, le "pays des droits de l'homme" qui lui aurait confié le bébé lors de l'accident.

 Les premiers souvenirs de Koumail remontent  au temps où il vivait avec Gloria et d'autres réfugiés dans un immeuble désaffecté, sans électricité et sans chauffage. Dehors c'était la guerre mais les enfants jouaient ensemble comme si tout était normal.

Mais un jour la milice les a obligé à fuir et à partir vers la France avec l'espoir de retrouver la mère de Koumail. C'est ce que Gloria lui a dit.

A pied, en charrette, en camion,  ils entreprennent un long voyage…pour fuir les combats.

 

C'est un roman très émouvant qui vous fera découvrir la vie de milliers de réfugiés obligés de s'exiler pour fuir la guerre et un pays où ils souffrent trop.

Le lecteur sera touché par l'amour de Gloria pour Koumail, par son courage et sa détermination, car elle est prête à tout pour son bonheur... 

 

Ce très beau roman a obtenu plusieurs Prix littéraires.

A  lire à partir de 13 ans et +, il est d'ailleurs conseillé par le Ministère de l'Éducation Nationale dans ses "Lectures pour les Collégiens" niveau 3°.


 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:48
La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

Monsieur Linh est un vieil homme qui regarde son pays s'éloigner, debout à l'arrière d'un bateau...

Ce pays (peut-être le Vietnam ?), est celui de ses ancêtres. Il est obligé de le fuir comme tant d'autres réfugiés avec sa petite valise légère contenant tous ses souvenirs, une photo, quelques vêtements et une poignée de la terre de son pays.  Dans ses bras, serrée contre lui, il tient sa petite fille âgée de 10 jours, emmaillotée...comme un dernier trésor qui le relie à la vie.

 

Tous ceux qu'il aimait sont morts. Tous ceux qui le connaissaient aussi.

La guerre a ravagé son pays, son village et sa vie. Il accepte de s'installer dans ce nouveau pays glacial pour sa petite fille "Sang diû". Elle lui permet de se projeter dans le futur. Pour elle il va tout accepter, le déracinement, la solitude, le regard des autres...

Il va être installé provisoirement dans un appartement pour réfugiés et partage la même chambre qu'une famille qui parle sa langue. Au début il n'ose pas sortir en ville (en France ?). Il y a trop de bruit, de voitures et d'agitation autour de lui. Il a perdu tous ses repères et toutes les odeurs qui emplissaient sa vie. Le jour où il se décide enfin à prendre l'air, il va faire la rencontre de Monsieur Bark, un homme veuf depuis peu, qui s'installe auprès de lui sur un banc et lui parle dans la langue du pays. Peu à peu ils deviennent amis...Ils vont se rencontrer tous les jours près du parc et partager beaucoup de choses par des gestes, des émotions et des regards, sans pour autant se comprendre par les mots puisqu'ils ne parlent pas la même langue !

 

Mais un jour le vieil homme est emmené dans un hospice où il est bien traité mais bien seul. Peu à peu il se sent prisonnier. Germe alors en lui l'envie de se sauver pour traverser la ville et tenter de retrouver son ami qui doit l'attendre sur le banc, il en est persuadé !

 

La fin que le lecteur sentait venir peu à peu est bouleversante. Elle nous révèle toute la solitude et le courage de cet homme éperdu d'amour pour sa petite fille à laquelle il désirait tant transmettre les valeurs de son peuple...On mesure toute l'ampleur de la souffrance et du traumatisme liés à la perte des siens et à l'obligation de s'exiler.

 

Un roman poignant, indescriptible, sur l'exil, le courage, l'amour et l'amitié qui défit les temps et les lieux. Une écriture très poétique, toute en sensibilité...

 

A lire absolument et à faire lire à partir de 13-14 ans. 

 

Ce roman a été porté à l'écran en  2007 par Richard Berry.

 

Il est difficile de parler de ce livre tant l'histoire sortie du contexte n'a pas de sens. Tout est magnifique : les descriptions, les souvenirs du vieil homme, ses désirs, ses pensées, le regard qu'il porte sur les choses et les gens  qui l'entourent...

 

Ce roman est conseillé par le Ministère de l'Éducation Nationale dans ses "Lectures pour les Collégiens" niveau 3°.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 17:51
J'me sens pas belle un roman de Gilles Abier

A presque 20 ans, Sabine est une jeune fille comme les autres. Etudiante, elle se trouve quelconque voire moche et manque d'assurance...

Mais un jour, alors qu'elle fait des courses pour son père au supermarché du coin, elle rencontre au rayon des mousses à raser, un jeune homme aux yeux magnifiques !

Comment pourrait-elle lui plaire ? Elle est pourtant persuadée que c'est lui, l'homme de sa vie !

Pourtant Ajmal l'invite à prendre un verre. Ils se parlent en anglais. Elle est sous le charme...mais elle a peur que cette relation ne soit que mensonge... Elle découvre ses conditions de vie. Il est clandestin et a entrepris un voyage périlleux de son pays, l'Afghanistan, vers la France d'où il compte bien rejoindre l'Angleterre...

Bouleversée, Sabine est prête à tout pour le garder.

Mais sa liaison avec Ajmal ne plaît pas du tout à son père et à certaines personnes de son entourage. Son père lui demande même de choisir entre sa famille et lui. Sabine se sauve chez sa meilleure amie. Puis son père fait la paix et nos deux amoureux s'installent bientôt au fond du jardin dans un petit studio retapé avec l'argent qu'elle a économisé depuis qu'elle est toute petite pour se faire refaire le nez et les paupières.

Ses parents n'en reviennent pas !

Un matin, la police débarque chez eux...Arrêtés tous les deux et mis en garde à vue, Sabine sera relâchée après son interrogatoire, mais Ajmal sera transféré au centre de détention où personne ne pourra aller lui parler.

Qui a pu le dénoncer ?

Elle se sent coupable de n'avoir pas aidé Ajmal à régulariser sa situation...mais n'est-elle coupable que de cela ?

 

 

C'est un roman sur la précarité des sans-papiers, leurs conditions de détention, et leurs difficultés de communication. Il nous parle aussi des combats menés par les proches ou les associations pour les aider. Mais c'est aussi un roman qui bouscule les convenances et qui nous parle d'amour, le vrai, celui qui se moque des conventions, du regard des autres, de la situation financière...

Sabine est un personnage attachant qui accepte de se tromper et reconnaît ses erreurs. Elle a du mal à se situer et à devenir adulte.

 

L'écriture est simple et limpide. Le suspense est maintenu jusqu'au bout...

Chaque chapitre de ce roman est consacré à un des personnages ou à ce fameux jour de l'arrestation (le 20 mai 2010) et aux jours suivants. De nombreux flash-backs permettent au lecteur de comprendre petit à petit que tout n'est pas si simple...

A réserver aux ados à partir de 14 ans.

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 14:04
La diagonale du silence de Dany BOUCHARD (Editions du Rocher 2004)

 

Luan est née en 1958 au Vietnam et, encore toute petite, elle est confiée par sa mère à un orphelinat catholique perdu dans le delta du Mékong où elle est élevée dans la tolérance, l’amour et la sérénité.

Des années plus tard, en 1971, alors que la guerre fait rage, sa mère qu’elle ne connait pas mais qui est au courant de la situation du pays, la rappelle auprès d'elle, en France où elle s’est exilée.
En deux jours, Luan change de continent, de civilisation, de climat et de langue ! Elle découvre, déçue,  la froideur et la distance de sa mère mais aussi, ce qui la réconforte, une grand-mère aimante.

En changeant de monde, Luan, petite adolescente naïve, élevée par des sœurs idéalistes à l’abri de la réalité du monde, se retrouve confrontée à une conjonction de circonstances qui vont la plonger dans un drame sans pitié... Mais ces évènements la rapprocheront  enfin de sa mère !
Victime de viol et coupable de meurtre, Luan va être contrainte à l’impensable, abandonner sa petite fille à la naissance… Des années de souffrance, de culpabilité, de non-dits et de solitude l’attendent...

Aujourd’hui atteinte d’une sclérose en plaques qui la condamne au mieux, à court terme, au fauteuil roulant, elle passe quelques mois de repos, perdue dans un hameau au cœur du pays cévenol, dans la maison d’une amie.
Là, elle va confier à ses cahiers ce qu’elle n’a jamais pu dire à haute voix, l’humiliation du viol, le meurtre non prémédité du violeur (père de son enfant) et la souffrance de toute sa vie d’avoir eu à cacher tout çà, même à son mari,  et, pour ne pas permettre à la police de faire un lien avec elle et sa mère, la contrainte d’abandonner sa petite fille…

C’est petit à petit que le lecteur découvre cette tragique histoire très réaliste. Luan entre avec beaucoup de détails mais aussi de pudeur dans les évènements dramatiques de  sa vie, mais aussi dans les moments heureux.  Le lecteur ne se sent jamais voyeur…il a même par moment l’impression d’être installé au coin du feu ou face au jardin fleuri et d’écouter ses confidences d’une oreille attentive…

Les évènements remontent à la surface de manière anachronique, et c’est ainsi que Luan nous les livre. Ils alternent avec la description de sa nouvelle vie dans cette maison perdue où elle va passer la fin de l’hiver et connaître le printemps, tout en assistant impuissante à l’évolution de sa maladie. Le lecteur ne peut à aucun moment la juger car ce qu’elle a vécu est tragique et elle porte un regard lucide sur sa vie…

Voilà, moi j'ai aimé ce roman intimiste et je l'ai trouvé tout à fait poignant. L’écriture est simple, dépouillée, pas littéraire mais poétique. Il est découpé comme un journal intime, jour après jour, et ce sont les petits détails de chaque jour qui nous permettent d’entrer si facilement dans l’ambiance. L’auteure ne tombe jamais dans la plainte même si l’écriture prend souvent le ton d’une confession. Moi qui ne suit pas croyante je n'ai pas été gênée par les nombreuses références à la religion. 

Certains ne manqueront pas de trouver égoïste la démarche de Luan de dire la vérité à sa fille par écrit alors qu’elle va mourir et que celle-ci ne pourra jamais la rencontrer pour en parler. Il est vrai que c’est un lourd fardeau qu’elle lui transmet en même temps qu’un éclairage tout à fait cruel sur ses origines sur lesquelles tout enfant adopté ne manque pas de se questionner un jour, même s’il est très heureux dans sa famille. Luan prend le risque de détruire son bonheur. Égoïste est également la démarche de ne rien avouer à son fils et à son mari. Elle fait tout pour les protéger et cacher ce qu’elle a fait qui est monstrueux aux yeux de la société et qu'elle ne se pardonne toujours pas… Elle fait tout aussi pour leur cacher sa maladie et la fin qu'elle a choisi d'avoir.

L’auteur a dédié ce livre à sa fille adoptive dont la mère biologique était vietnamienne (=4ème de couverture  / Éditions du Rocher). Est-ce une partie de son histoire qu’elle raconte ? Qu’importe !
Ce roman nous apprend beaucoup de choses sur le Vietnam, les croyances et coutumes dans les années 70 et le choc des cultures que tous les immigrés, venus de ce pays, ont vécu.
L’auteure, ancienne institutrice,  est plutôt connue pour son témoignage « Dans l’enfer des Témoins de Jéhovah » publiée en 2001 que pour ma part je n’ai pas lu.
Il est regrettable qu’on ait très peu parlé de ce roman lors de sa sortie. Il a encore beaucoup de succès en médiathèque aujourd’hui…et je pense que toutes les mères devraient le lire. Car à chaque page il parle d’amour maternel et des blessures qu’il peut laisser lorsque la relation reste à jamais inachevée...

 

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