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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 05:16
Gallimard, 2020

Gallimard, 2020

Quand elle était petite, au moindre chagrin, pour la consoler, je lui chantais "Mon p'tit loup" de Pierre Perret et, au lieu de l'apaiser comme on était en droit de l'attendre de cette chanson, ...cette chanson la faisait pleurer encore plus, d'autant que, pour ne rien arranger, j'avais moi-aussi les larmes aux yeux...

Commençons la semaine si vous le voulez bien, avec ce roman plein d'humour et de tendresse. Il vous fera passer un très bon moment de lecture, si vous êtes sensible à l'humour de l'auteur bien entendu, car rien n'est plus personnel que l'humour.  

Ressenti par les uns à des degrés divers, il peut  laisser parfois les autres de marbre. C'est ainsi ! 

 

De Fabrice Caro dont j'ai découvert l'humour décalé avec ses BD ICI et ICI, je n'ai lu pour l'instant qu'un seul roman "Le discours" présenté ICI sur le blog alors que celui que je vous présente aujourd'hui est son troisième. 

 

Dans "Broadway", le lecteur suit la vie quotidienne et les réflexions d'Axel, un héros comme les aime l'auteur : étourdi, maladroit et fantasque mais adorable et tellement humain.

Axel a tout pour être heureux : une femme, deux enfants, un pavillon dans une banlieue et un travail qui lui permet de vivre normalement. 

Il a aussi des rêves qui ne sont pas forcément ceux des autres mais qui suffisent à briser la monotonie de sa vie.

Bref à 46 ans tout allait bien pour lui, jusqu'à ce jour où tout bascule parce qu'il reçoit une petite enveloppe bleue de la Sécurité Sociale. C'est la campagne de prévention pour dépister le cancer colorectal. Il est stupéfait car il n'a pas encore 50 ans, l'âge où ce courrier parvient habituellement dans les boites aux lettres de ses amis et voisins. Au début, cette enveloppe lui rappelle une petite lettre bleue reçue alors qu'il était adolescent et amoureux, mais très vite elle va devenir pour lui une véritable obsession. 

Tout s'enchaine alors pour aggraver son ressenti. Axel est convoqué au collège parce que son fils de 14 ans a dessiné deux de ses professeurs dans une pause dégradante ; sa fille de 18 ans déprime car elle est en plein chagrin d'amour, et l'oblige, lui qui est athée à aller brûler un cierge ; des amis de sa femme leur proposent de partir en vacances à Biarritz ensemble, pour faire du paddle ; et leur "gentil" voisin le traque à tous instants car c'est à eux à présent de lancer les invitations  pour l'apéro obligatoire trimestriel...Or rien ne va plus, il n'a en pas envie du tout ! 

 

Dépassé par les événements et par sa vie familiale, Axel ne sait pas réagir comme il le faudrait.

Il ne peut... aller parler à son fils pour répondre à la demande de sa femme, quasi parfaite, elle, en toutes circonstances ; aller s'excuser auprès des professeurs de son fils ; dire non à ses amis.  Il cafouille, se trompe de destinataire quand il envoie des textos, fantasme au lieu d'agir, imagine les rêves des gens qu'il croise, s'imagine lui-même parti Argentine pour fuir cette vie devenue bien trop compliquée pour lui...là-bas il serait un héros admiré par tous ! 

Pourquoi nous évertuons-nous à n'effectuer que des actes pourvus de sens ? Pourquoi une existence qui n'en a aucun devrait-elle être constituée d'une suite ordonnée de faits rationnels, et pourquoi ne nous mettrions-nous pas subitement à courir dans la rue...

Chaque événement porte en lui sa comédie autant que sa tragédie, tout est affaire de contexte...

Pourquoi Broadway me direz-vous ? C'est le titre d'un spectacle pour enfant qu'il avait été obligé d'aller voir quand sa fille, encore petite, y jouait ! 

 

Voici un livre qui invite à rire de nous-même car nous ne manquerons pas de nous reconnaître dans certaines des pensées ou des actes d'Axel. Pas dans toutes heureusement, car Axel est un inadapté social. Il est incapable de dire non, mais dès qu'il fait un choix, il le regrette immédiatement. De plus, il ne peut imaginer aucune situation sans voir aussitôt le pire, et souvent en effet le pire se produit mais quand ce n'est pas le cas, il n'en est pas forcément plus heureux pour autant. 

 

Tout cela vu de notre fauteuil est forcément amusant et je l'avoue j'ai beaucoup ri, ce n'est pas très gentil pour le héros, mais c'est ainsi.

Par contre, je pense qu'il faut apprendre à se laisser aller et à accepter quelques exagérations pour apprécier vraiment cette lecture, entrer dans les délires du héros, le suivre dans ses pensées, ses réactions forcément décalées...

S'il savait accepter la vie comme elle vient et ne pas se faire autant de soucis, ce serait finalement beaucoup moins drôle !

 

Grâce à beaucoup de finesse, à un ton détaché, à des descriptions réalistes et qui sonnent toujours juste, l'auteur sait provoquer beaucoup d'empathie pour son personnage.

Mais ne vous y trompez pas, c'est aussi un roman plus profond qu'il n'en a l'air car il parle de crise existentielle, de questionnements sur l'existence, de vie en société, et des enfants qui grandissent si vite que les parents un beau matin, découvrent des êtres qu'ils ne reconnaissent pas toujours, et ne savent plus comment gérer.

 

Un livre qui m'a fait du bien en ces temps de morosité ambiante, j'espère qu'il en sera de même pour vous ! 

 

Rien ne ressemble jamais à ce qu'on avait espéré, rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu, le résultat est toujours à des années-lumière de ce qu'on avait projeté, nous sommes tous dans une comédie musicale de spectacle de fin d'année, dans un "Broadway" un peu raté, un peu bancal, on se rêvait brillants, scintillants, emportés...on se regarde impuissants et résignés...mais on continue de se persuader qu'atteindre son but est la règle et non l'exception.

...et je roule et je fume la vitre ouverte, la cigarette aux lèvres, et chaque bouffée me rapproche un peu plus de que je suis autant qu'elle m'éloigne de ce que j'ai voulu paraître et je roule sans bien savoir où je vais mais sachant parfaitement où je ne vais pas et ça suffit à me faire sentir vivant pour la première fois depuis longtemps...

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 05:15
Rivages, 2020

Rivages, 2020

C'est ainsi qu'il débarqua au Chili, à Valparaiso, en pleine guerre du pacifique, dans un pays qu'il ne savait pas placer sur une carte et dont il ignorait tout à fait la langue. A son arrivée, il rejoignit la longue queue qui s'étirait devant un entrepôt de pêche avant d'atteindre le poste de douane...
Quand vint son tour, l'agent lui demanda, sans lever les yeux sur lui :
- "Nombre ?"
Ne comprenant rien à l'espagnol, mais convaincu d'avoir deviné la question, il répondit sans hésiter :
- Lons-le-Saunier.
Le visage de l'agent n'exprima rien. Avec un geste fatigué de la main, il nota lentement :
"Lonsonier".

Alors qu'en 1871, la France se relève à peine des événements sanglants de la Commune, dans les campagnes, le phylloxera décime les vignobles, anéantissant des années de dur labeur, et ruinant des familles entières.

Dans ce contexte de désastre, un jeune jurassien quitte alors sa terre natale avec un seul cep de vigne en poche et quelques francs, et embarque  pour l'Amérique. Il voudrait s'installer en Californie, mais le destin l'obligera à débarquer plus tôt que prévu à Valparaiso. Rebaptisé "Lonsonier" au moment de son enregistrement administratif par le service de l'émigration, le patriarche s'établit dans ce pays paradisiaque et y plante son cep de vigne... Il se marie alors avec Delphine, fait prospérer ses vignobles et s'installe dans la maison qui va devenir la maison familiale et presque le lieu de toute l'histoire, car elle va passer de génération en génération.

 

Mais la Première Guerre Mondiale se profile à l'horizon, et leurs trois fils embarquent pour la France, fiers de leurs origines,  se sentant solidaires du destin des autres soldats français. Seul Lazare en reviendra...meurtri, un poumon en moins, et culpabilisé de n'avoir pas pu sauver ni ses frères, ni un voisin chilien d'origine allemande parti se battre lui-aussi, mais pour le camp ennemi. 

A son retour, amaigri et malade, Lazare quitte un temps le giron familial et sa mère dépressive, pour tenter de se retrouver.

C'est au fin fond du pays Mapuche, qu'il rencontrera celle qui deviendra sa femme, Thérèse. Passionnée par les oiseaux depuis toujours, Lazare fera installer une volière dans le jardin de la maison familiale, où Margot, leur fille,  verra le jour entourée de ces charmants volatiles.

Est-ce à cause de sa naissance particulière, de la passion de sa mère pour les oiseaux ou parce que le vieux chaman lui fera vivre une expérience de lévitation qu'elle vouera une passion sans borne à l'aviation et y consacrera une partie de sa vie ? Elle partira se battre aux côtés des alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et devra faire ses preuves contre le machisme ambiant, pour réaliser son rêve et devenir enfin aviatrice.

 

A son tour, son fils Ilario Da, qui sera conçu dans des conditions que je ne vous dévoilerai pas pour vous laisser découvrir toute la magie de ce roman qui mêle aussi à la réalité, le mystère et les légendes du Chili, poursuivra le destin extraordinaire de cette famille pas comme les autres. Il grandira au sein de l'entreprise familiale de son grand-père mais se révoltera, intègrera le MIR (Mouvement de Gauche Révolutionnaire) et s'opposera à la dictature de Pinochet. Il sera emprisonné et torturé. Ce sont des pages douloureuses et bouleversantes que le lecteur découvre à la fin du livre et d'autant plus qu'il s'agit du récit des tortures et de la vie quotidienne du propre père de l'auteur. 

Mais l'histoire de la famille ne s'arrêtera pas là ! 

Un mardi, alors qu'il cueillait des pommes dans un pré, la peau de bique sur les épaules, un choc dans le dos le projeta à terre et deux serres puissantes s'enfoncèrent entre ses omoplates...
C'était une buse bleue des Andes qui, depuis ses hauteurs, confondue par sa peau de bique, avait piqué sur lui comme elle venait de débusquer un rongeur. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, il entendit une voix en espagnol :
- Excusez-la. Elle vous a pris pour un renard.

Voilà un roman captivant qui m'a transporté pour un voyage formidable entre le Chili et l'Europe, en à peine 208 pages. L'auteur nous brosse le portrait d'un siècle de vie quotidienne d'une famille (sa famille) déracinée au Chili mais qui se sent toujours redevable envers son pays d'origine.

Les chapitres sont courts et nous présentent chacun un personnage différent. J'ai aimé la façon dont l'auteur nous décrit les membres de la famille, les hommes plutôt timides et maladroits mais aussi fiers de leurs origines, les femmes, indépendantes et prêtes à mener à bien leurs projets. Les personnages sont décrits avec réalisme, mais semblent pourtant tous être sortis d'une fable ou d'un conte. 

 

Aux côtés des membres de la famille, l'auteur nous décrit toute une galerie de personnages hauts en couleur, comme El Maestro, le père de Thérèse, originaire de Sète, qui n'hésite pas à créer un orchestre symphonique en plein pays Mapuche ou Aukan, le chamane guérisseur qui va sauver Lazare pour revenir des années après aider Margot à trouver sa voie. Il suit la famille durant toutes les générations et sait guérir les plaies physiques mais aussi les plaies de l'âme. Il y a aussi la famille Danovsky, tous rabbins de génération en génération sauf le fils, Ilario, qui se comportera en héros au péril de sa vie. Enfin, dans l'usine d'hosties, le discret Hector Bracamonte qui n'hésitera pas à se dénoncer par respect pour la famille qui dans le passé lui a offert un travail et à manger.

 

Et tout au long de l'histoire, la famille se raccroche à la seule bribe de mémoire familiale que le patriarche a bien voulu leur raconter de leur passé, l'existence d'un mystérieux oncle français, Michel René...

 

Tous ces personnages réels ou imaginaires, ont une histoire fabuleuse qui pourrait à elle seule être le sujet d'un roman. Ils sont terriblement humains, fantasques mais déterminés et à la fois, tellement fragiles qu'ils en sont touchants. 

En peu de mots, l'auteur les rend vivants et nous fait partager leur quotidien, leurs désirs, leurs drames. Mais à ces drames tellement réalistes, chacun d'eux étant concernés par la grande Histoire, se mêlent beaucoup de fantaisie et d'humour, les légendes du Chili, des personnages mystérieux. Mais chut, je ne peux vous en dire davantage, sans dévoiler l'histoire. 

Ce décalage donne beaucoup de plaisir à la lecture. Le lecteur a envie de connaître la suite et aimerait même s'attarder, en apprendre davantage sur chacun. Il est presque frustré de ne pas rester un peu plus longtemps auprès d'eux...et les quitte à regret. 

 

Que va devenir la génération suivante se demande-t-on en terminant le roman ?

Et derrière cette saga familiale... c'est tout le devenir des immigrés français que le lecteur découvre.  On oublie souvent que des français aussi sont devenus des déracinés, obligés de tout reconstruire ailleurs et de connaître les souffrances de l'exil. 

Un beau roman autobiographique que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir et qui mérite à mes yeux d'obtenir un prix littéraire...

Margot brava les regards grivois des mécaniciens, les sous-entendus, l'humour leste, et se défendit contre les capitaines qui essayaient de la séduire pour leurs récits d'accidents. Elle dut se battre avec entêtement et virtuosité pour conserver les vingt centimètres de cheveux qu'autorisait le règlement et qu'elle préserva comme une dignité féminine. Au bout d'un mois, elle réclama son baptême de l'air...

En ces temps, la Villa Grimaldi n'était qu'un parc ténébreux. Les cellules étaient disposées en ligne comme de petits cabanons en lambris, les unes à la suite des autres, avec pour seule fenêtre, une ouverture au plafond...

A noter, ce roman s'inspire largement de la vie de l'auteur. Il dit l'avoir écrit en hommage à son père et à son arrière-grand-père. C'est pour eux et pour sa fille Selva qu'il nous livre un peu de son histoire familiale. 

L'auteur s'est en particulier inspiré des écrits de son propre père incarcéré et torturé, qui a fuit le Chili pour revenir s'installer en France. Il a comblé les manques dans l'histoire familiale en s'inspirant de personnages réels et des mythes qui ont bercé son enfance. 

La dédicace de l'auteur est explicite : 

"A Selva, toi qui es la seule à connaître la suite". 

Le lieutenant apparut. Il se pencha vers Thérèse et posa un genou à terre.
- Est-ce que vos oiseaux sont communistes, Madame ?
Thérèse releva le menton vers le lieutenant et croisa son regard arrogant. Alors il dégaina un pistolet de sa ceinture et tira sur le premier oiseau qui s'avança du grillage. Toute la volière s'affola...

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 05:20
HarperCollins, 2020

HarperCollins, 2020

Il n'est pas d'accord. Sa mère est douce avec lui. Même s'il s'en défend, il aime encore quand elle le prend dans ses bras pour déposer un baiser sur son front. A côté d'elle, son père est un vrai bourrin, dur au mal, sans une once de romantisme. Ils sont comme la lumière et les ténèbres.

Owen Maker est un homme "transparent" qui mène une vie bien rangée dans une petite ville de l'État de Washington. Pourtant il a vraiment une vie difficile depuis son divorce. Son ex-femme Sally avec qui il partage la maison familiale, scindée désormais en deux parties, lui mène en effet la vie dure. Elle n'accepte pas leur séparation et fait des tentatives de suicide répétées dès qu'il essaie de mener une vie normale. De plus, ses ex-beaux-parents ne cessent de le supplier de revenir vivre avec elle, passant outre ses propres sentiments, et comme il travaille toujours comme vendeur de voiture chez son beau-père, dont il est le vendeur préféré (sous-entendu, car lui rapportant le plus d'argent) cela complique encore les choses. Mais rien ne le fera revenir vivre avec Sally, de ça il en est certain : il supporte de moins en moins sa vie de "captif" et ne désire qu'en changer.

Owen passe souvent de mauvaises  nuits. Il fait de terribles cauchemars qui deviennent de plus en plus effrayants au fil du temps. Ils seraient d'après le neurologue qui le suit, des réminiscences de son passé. Il a en effet été retrouvé grièvement blessé au fond d'un ravin, alors qu'il était un jeune adolescent et ne se souvient de rien, ni de l'accident, ni de son identité ou de sa vie d'avant. Comme personne de sa famille ne s'est jamais manifesté, il n'a jamais cherché à quitter la région, espérant toujours découvrir d'où il vient. 

 

Lorsqu'il rencontre par hasard la jolie Jenna, une jeune policière, il n'en revient pas... et tombe immédiatement amoureux. Mais, alors que cette rencontre lui apporte une lueur d'espoir, tout se complique...

Le FBI et la police découvre des traces de son ADN sur une scène de crime ! Tout semble l'accuser et comme il sort très peu de chez lui, personne ne peut confirmer son alibi. Sa vie devient alors un enfer, car tout le monde en est persuadé, il ne peut être que le terrible tueur en série, recherché depuis des années dans la région, surnommé Twice, parce qu'il enlève toujours deux victimes à la fois, les séquestre, et les viole... avant de les relâcher quand il n'a plus besoin d'elles, quelques jours ou des années après...mortes mais toujours habillées comme le jour de leur disparition.

Vous vous en doutez, Owen ira de surprise en surprise et lui qui voulait tout savoir sur ses origines, en aura pour son argent... mais à quel prix ! 

Un hurlement d'épouvante retentit quelque part dans la maison. Un cri qui se transforme vite en appels au secours. Son cœur martèle ses côtes comme s'il voulait s'échapper de sa cage thoracique. A présent, les cris de détresse se sont mués en suppliques qui la tétanisent et lui font monter les larmes aux yeux. Une sorte d'instinct primaire l'alerte : on n'émet pas ce genre de sons sans avoir une raison viscérale de le faire.

Voilà un thriller psychologique haletant dont la lecture m'a permet de découvrir cet auteur que je n'avais pas encore lu mais dont j'avais beaucoup entendu parler. Dans ce thriller, l'auteur aborde le thème de l'enfance et de ses cicatrices, souvent indélébiles, le thème de l'oubli et de l'émergence parfois inattendu des souvenirs et des traumatismes. Elle plonge dans la psychologie du tueur en série et cherche à comprendre comment et pourquoi il est devenu un psychopathe. A quel moment dans la vie, tout peut déraper et quel choix se présente alors. Le tueur en série, dont elle dresse le portrait, a ses raisons,  ses travers, son propre mode de fonctionnement...

En dehors du tueur en série et d'Owen, le lecteur va croiser toute une série de personnages, surtout féminins et entrer dans leur psychologie...mais il ne faudra pas se fier aux apparences !

En parallèle de l'histoire, le lecteur fait connaissance avec Mary, une des captives de Twice. Elle nous parle de son enlèvement, de ses conditions de séquestration et des violences subies ce qui rajoute à l'horreur de la situation. 

Bon je l'avoue, j'ai deviné très vite certains aspects de l'histoire, mais j'ai passé un très bon moment de lecture parfait pour les vacances. 

 

Un grand merci à Alex qui m'a donné envie de découvrir ce titre et cet auteur. Vous pouvez aller lire son avis ci-dessous...

Une graine pourrie a été plantée dans le cœur de ce garçon. Dans le terreau de sa haine, elle germe, tant et si bien qu'elle ravage tout ce qu'il aurait pu devenir.

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 05:13
Presses de la Cité, 2020

Presses de la Cité, 2020

Tanaé me fait rire avec ses légendes qui remontent à trois millénaires...

- Vous savez, ici, à force de ne voir que des cocotiers, on finit par se demander ce que les touristes peuvent bien trouver d'original dans nos paysages.

Au cœur des îles Marquises, dans cet archipel isolé du reste du monde, elles sont cinq femmes à avoir été sélectionnées pour un atelier d'écriture particulier, animé par le célèbre auteur de best-sellers,  Pierre-Yves François, PYF pour les intimes. Elles ont toutes été choisies pour une raison bien connue de la seule organisatrice qui elle, est restée en Europe et les appelle tous les jours à heure fixe.  

Ces écrivaines en herbe sont hébergées dans la pension de Tanaé, qui vit là, sur l'île de Hiva Oa, l'île aux tikis, avec ses deux filles, Poe et Moana, et fait tout son possible pour rendre le séjour de ses hôtes agréable. 

 

Martine est une star sur son blog et sur Instagram mais elle se dévoue surtout à ses dix chats;  Éloïse est la douceur incarnée et elle sait particulièrement bien charmer son monde, mais cache un lourd secret ; Marie-Ambre est riche et le montre à tous, elle est venue accompagnée de Maïma qui connaît déjà les lieux ; Clémence est curieuse de tout et toujours en tenue de sport, c'est l'aventurière du groupe ; et enfin Farèyne est capitaine de police. Elle est venue avec  Yann, son mari qui est gendarme... 

 

Les débuts sont prometteurs, elles aiment toutes écrire et se régalent avec PYF qui ne les déçoit pas. 

Mais dès le second jour, alors qu'elles sont toutes invitées à écrire leurs observations et leur ressenti durant leur séjour, et que les premiers exercices pratiques "Avant de mourir je voudrais..." ont déjà été ramassés par l'écrivain, celui-ci disparaît mystérieusement...

Véritable disparition ou simple jeu pour stimuler leur imagination ?

Et si chacune d'elles avait des raisons bien à elles de se retrouver-là pour se séjour particulier sur cette île de rêve ? Êtes-vous bien certains qu'elles soient arrivées-là par hasard ? 

Comment se fait-il que les cinq tikis installés sur l'île récemment par un mystérieux artiste local, ressemble comme par hasard aux cinq femmes que personne ne connaissaient auparavant ? 

 

Evidemment je ne vais pas vous en dire plus, juste qu'une d'entre-elles va être assassinée...

Qui sera la prochaine ?

Je suis debout sur la dalle de basalte. Immobile. C'est une pierre de sacrifice, destinée à s'y agenouiller, la tête penchée au-dessus de la pierre voisine, celle du bourreau. La roche en est encore rose, gorgée du sang des centaines de Marquisiens décapités ici pendant des siècles...
Le tatoueur se tient à côté de moi.

Comme j'apprécie beaucoup l'auteur, qui sait si bien nous surprendre dans chacun de ses romans, j'ai passé un bon moment de lecture, dépaysant, dans un lieu paradisiaque. Mais je note tout de même que ce roman-ci n'est pas son meilleur et que j'avais sans doute mis la barre trop haut, ce qui explique mon léger sentiment de déception. Les personnages m'ont paru un peu trop caricaturaux au départ, mais c'est nécessaire pour la suite et de toute façon, il ne faut jamais se fier aux apparences avec Bussi, vous le savez bien !

Comme d'habitude, il distille le doute avec juste ce qu'il faut pour que nous ne sachions plus qui est qui. Très vite, on comprend les motivations de certains personnages et on sait que les dés sont truqués, mais on ne sait pas tout ce qu'il faudrait savoir, et cela aiguise forcément notre curiosité et nous donne envie de poursuivre notre lecture.

 

J'ai aimé me retrouver immergée dans ce paradis aux multiples mystères, une terre qui a inspiré Gauguin et Brel dont l'auteur nous parle tout au long du livre. Il nous parle aussi beaucoup de "Dix petits nègres" auquel il fait souvent référence (et nous-aussi du coup !). Le lecteur fait connaissance avec les coutumes de l'île, les symboles, la vie des autochtones, l'importance du tatouage et sa signification. 

Le roman alterne essentiellement les voix de Maïma qui écrit le déroulé de l'enquête, celles de Clémence et parfois de Yann. Mais au milieu, se glisse judicieusement les écrits des apprentis-écrivaines.

Le rythme est soutenu même si l'action met du temps à se mettre en place mais on profite tous du soleil et de la plage n'est-ce pas ? C'est aussi le but du voyage ! 

 

J'ai eu du plaisir à cette lecture simple et facile, mais prenante et parfaite pour les vacances et j'ai passé un bon moment au milieu de la forêt tropicale à tenter de résoudre l'énigme. 

Avant de mourir, je voudrais...

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 05:15
Albin Michel 2019

Albin Michel 2019

Elle songe aux débuts de l'homme dans le service. Elle l'a vu étudier, noter, soigner, chercher, découvrir ce qu'aucun n'avait découvert avant lui, penser comme aucun n'avait pensé jusqu'ici. A lui seul, Charcot incarne la médecine dans toute son intégrité, toute sa vérité, toute son utilité...Elle se sent fière, oui, fière et privilégiée de contribuer depuis près de vingt ans au travail et aux avancées du neurologue le plus célèbre de Paris.

La foi inébranlable en une idée mène aux préjugés. T'ai-je dit combien je me sentais sereine depuis que je doute ? Oui, il ne fait pas avoir de convictions : il faut pouvoir douter, de tout, des choses, de soi-même. Douter. Cela me semble si clair...

L'histoire nous emmène à l'hôpital de la Salpêtrière au XIXe siècle. Le professeur Charcot, le célèbre neurologue y règne en maître. Des jeunes femmes ou des moins jeunes, originaires de familles pauvres ou riches, sont enfermées sous divers prétextes parfois pendant des années.

 

Là, travaille Geneviève. Elle est infirmière et intendante. Elle a consacré toute sa vie à aider le professeur qu'elle admire profondément, sans jamais avoir reçu de sa part,  un seul mot de remerciement. Elle est responsable de ces femmes ; elle tente de les apaiser, de les comprendre et de les aider quand elle le peut, sans pour autant leur manifester d'affection. Elle les rassure aussi lorsque le professeur Charcot vient les examiner et leur faire "subir" une de ses séances d'hypnose, avec lesquelles il espère guérir leur crise d'hystérie, ou tout du moins à défaut, l'étudier de plus près pour mieux en comprendre le déroulement et en limiter la venue. Pendant ces séances, les jeunes femmes se retrouvent exposées devant un public entièrement masculin de jeunes étudiants très attentifs à l'enseignement du maître, mais moqueurs et pas toujours respectueux de la "folle" qui est objet de l'étude. 

 

A l'asile, la grande joie de l'année, c'est à la mi-carême, quand un grand bal est organisé au sein de l'hôpital, "le bal des folles". Pendant des semaines, les femmes travaillent à leur costume, font des essayages, s'égaient dans les couloirs ou les dortoirs et l'ambiance est presque légère et améliore notablement l'humeur de toutes. De plus, ce bal attire les foules. Les membres de la bonne société bourgeoise sont tous invités et peuvent ainsi venir satisfaire une curiosité mal-placée, le temps d'une soirée. Côtoyer ces femmes qui font peur mais fascinent, les font aussi fantasmer. 

 

Charcot espère leur montrer que ces jeunes femmes sont comme les autres. Ce faisant,  il les expose comme des animaux et non comme des êtres humains ! Qu'elles soient dépressives, hystériques, maniaques, ou en proie à des crises d'épilepsie, qu'elles aient été enfermées là parce qu'elles étaient seulement éprises de liberté, veuves jugées trop joyeuses, femmes de mauvaise de vie, ou jeunes filles de bonne famille trop délurées, toutes sont traitées à la même enseigne. 

 

En plus de Geneviève, le lecteur va côtoyer la toute jeune Louise, abusée par son oncle qui deviendra hémiplégique suite à une séance d'hypnose, Thérèse une ancienne prostituée qui tricote à longueur de journées des châles pour ses copines de dortoir, mais mais qui se sent tellement plus en sécurité à l'asile qu'elle ne désire plus en sortir. L'extérieur fait peur quand on est enfermé trop longtemps et qu'on n'a plus de place dans la société, plus de famille, plus de lien avec la vie réelle.

C'est alors que les préparatifs du bal battent leur plein qu'Eugénie arrive à la Salpêtrière. Depuis toute petite elle "voit" les disparus et dialogue avec eux, ce qui est épuisant pour elle car ils lui transmettent souvent des messages. Quand son père apprend que ce mal dont elle souffre depuis l'enfance et qu'elle cache à son entourage, est toujours bien présent, il ne peut en supporter davantage et se sépare d'elle sans état d'âme. Abandonnée des siens, elle arrive à émouvoir Geneviève, qui va décider d'aider la jeune fille...

C'est un moment étrange, lorsque le monde tel qu'on le pensait jusqu'ici, lorsque les certitudes les plus intimes sont soudainement ébranlés - lorsque de nouvelles idées vous font appréhender une autre réalité. Il lui semble que jusqu'ici elle regardait dans la mauvaise direction, et que désormais on l'a fait regarder ailleurs, précisément là où elle aurait toujours dû regarder. Elle repense aux mots de l'éditeur : " Ce livre saura vous éclairer sur beaucoup de choses, mademoiselle"...

Voilà un premier roman dont on a beaucoup parlé à l'automne dernier et qui a reçu le Prix Renaudot des Lycéens. J'aime pendre du temps pour découvrir les prix littéraires et les romans dont la presse nous parle beaucoup trop, ainsi, quelques mois après, je me fais plus facilement ma propre opinion et je ne suis pas influencée par le battage médiatique. 

Pour moi, ce roman est une très belle découverte, le genre de livre dans lequel on apprend beaucoup de choses sans s'en apercevoir et que l'on termine à regret, désirant savoir ce que vont devenir les personnages, imaginant pendant plusieurs jours une suite car nous avons du mal à les quitter.

J'ai beaucoup aimé sa lecture et j'ai eu du mal à m'arrêter de lire pour faire autre chose. Je me suis immédiatement attachée aux personnages et en particulier à Eugénie. J'ai aimé aussi les pages qui décrivent l'ambiance de la vie dans la capitale au XIXe siècle.

J'ai découvert la teneur des expériences de Charcot sur les "hystériques" de la Salpêtrière dont bien entendu j'avais déjà entendu parler. Le lecteur entre dans les pensées de l'époque et la manière dont les femmes différentes, parfois réellement malades mais parfois non, étaient considérées et traitées. On a l'impression de participer à ses cours, de faire partie du public sans pouvoir agir. Les expériences effectuées par Charcot ne prennent pourtant pas beaucoup de place dans le roman, mais elles sont très présentes en arrière-plan. 

 

Cet ouvrage est un bel hommage fait à ces femmes.

Faire connaître leur destinée aux jeunes générations est une bonne chose et je vois que le public lycéen y a été sensible en lui attribuant un prix. 

Malgré la gravité du sujet, le ton sonne juste et c'est un roman à la fois profond et émouvant, mais qui reste facile à lire malgré quelques scènes choquantes. J'ai trouvé la plume de l'auteur très réaliste et imagée. Elle sait sans pathos provoquer notre colère et notre révolte devant les faits qui sont énoncés. Je suis heureuse de ne pas être née à cette époque, moi qui aie toujours été très curieuse de nature et encline à poser de trop nombreuses questions et à m'opposer à la normalité de la société...

Au-delà de ce retour sur l'histoire et sur les débuts de la psychiatrie, l'auteur nous parle donc de la condition des femmes au XIXe siècle, de la façon dont elles sont considérées par la gent masculine, de la facilité pour un père ou un mari de faire enfermer une femme parfois sur simple dénonciation d'un autre membre de la famille afin de ne pas entacher le prestige familial et cela quel que soit le milieu social...ça fait froid dans le dos ! 

A découvrir...mais peut-être l'avez-vous déjà fait ?

 

Les chaînes et les haillons laissèrent la place à l'expérimentation sur leurs corps malades : les compresseurs ovariens parvenaient à calmer les crises d'hystérie ; l'introduction d'un fer chaud dans le vagin et l'utérus réduisait les symptômes cliniques ; les psychotropes...calmaient les nerfs des filles...et avec l'arrivée de Charcot au milieu du siècle, la pratique de l'hypnose devint la nouvelle tendance médicale.

La folie des hommes n'est pas comparable à celle des femmes : les hommes l'exercent sur les autres ; les femmes, sur elles-même.

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 05:16
La Manufacture de livres, 2016

La Manufacture de livres, 2016

Ici, c'est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l'obscur. Un pays d'argent à trois rochers de gueules, au chef d'azur à trois étoiles d'or.
Ici, c'est le Plateau.

Car aucun homme sain de corps et d'esprit n'est en mesure d'offrir quoi que ce soit à cette terre et, prenant conscience d'une telle évidence, il peut y demeurer, la servir en quelque manière, chevaucher les montagnes, dépenser un bonheur asservi durant le temps d'une existence et puis pourrir dans la vallée.

L'histoire se passe dans un hameau situé sur le plateau de Millevaches.

Il n'existe que quelques maisons éloignées du bourg. 

Là vivent Judith et Virgile, un couple de fermiers âgés. Ils se débrouillent comme ils peuvent depuis que Judith perd la tête. Ils ont dû en particulier se défaire de leur troupeau de vaches, car cela devenait trop compliqué pour Virgile de les traire seul. 

Judith se rend bien compte lors de ses brusques accès de conscience, que rien ne va plus pour eux. En plus, ils n'ont jamais eu d'enfants.

Par contre, ils ont élevé comme si c'était leur fils, Georges, leur neveu devenu orphelin à cinq ans, après que ses parents se soient tués dans un accident de la route. Ils ont fait ce qu'ils ont pu pour l'aimer, lui donner tout ce dont il avait besoin, mais ils n'ont pas compris que devenu ado, il aurait aimé partir loin, préférant ses livres et voir le monde plutôt que de rester là, dans ce hameau, trop proche de ses "fantômes".

D'ailleurs il n'a jamais voulu depuis qu'il est devenu adulte, s'installer dans la maison de ses parents, et il a préféré mettre une caravane sur son terrain.

Les non-dits plombent leurs relations familiales, des non-dits dont le lecteur peu à peu comprendra toute l'ampleur. 

 

A côté de cette famille en souffrance, il y a le nouveau venu au hameau, Karl, qui a beaucoup de choses à cacher de son passé. C'est un ancien boxeur qui est venu se perdre-là pour oublier tout le mal qu'il a fait lorsqu'il était jeune et fougueux.

Mais le piètre équilibre qu'ils sont arrivés à maintenir entre eux, et l'amitié qui s'est nouée entre Karl et Virgile va voler en éclat :  Cory, la nièce de Judith décide de venir passer quelques temps chez eux.

Elle ne sait pas où aller, étant donné qu'ils sont sa seule famille, et elle fuit désespérément un compagnon devenu brutal qui lui a fait vivre l'enfer. Elle arrive toute meurtrie sans prévoir ce qu'elle va provoquer...

 

En effet, la carapace derrière laquelle chacun d'eux  se cachait, va s'effriter peu à peu, devenant chaque jour plus fragile, d'autant plus qu'un mystérieux chasseur les observe de loin à travers la lunette de son fusil, ajoutant encore au suspense.

 

Comme un fils, ou presque. La relation ne coula jamais de source. Chacun demeura toujours à distance respectable, sûrement pour ne pas avoir trop à donner, ni trop à recevoir, et en quelque manière se préserver ainsi de sa propre imposture...

Et désormais, il y a cette femme qui fertilise le granit et grandit les couleurs. La représentation musicale du monde, la sensation de l'entendre, d'en faire enfin partie. Exister ailleurs et autrement que par la terre qu'il cultive. Ensemencer autre chose qu'un champ ingrat. S'émerveiller du jour qui se lève. Passer de la folie au courage sans y perdre son âme.

Voilà un roman que j'ai lu juste avant le confinement et qu'il était temps que je vous présente. Il me fait entrer pour la seconde fois dans le monde de Franck Bouysse, dont j'ai lu dernièrement le magnifique roman, "Né d'aucune femme". 

 

Dans "Plateau", l'auteur nous fait vivre dans une ambiance de campagne encore une fois particulière. Les êtres sont rudes, taiseux, mais généreux et capables d'écouter leurs prochains, de comprendre et d'accepter leurs différences.

Il y a des passages succulents, comme par exemple, les dialogues entre Virgile, qui est un véritable mécréant, et Karl qui ne jure que par Dieu. 

J'ai aimé et trouvé très émouvantes, les rares rencontres entre Georges et son oncle Virgile. La colère de l'un face à la vie, et la sagesse de l'autre qui jusqu'au bout ne lui dira rien de ce qu'il a juré de ne jamais lui révéler,  nous offrent des temps très forts de lecture. 

 

La nature est superbement envoûtante et l'auteur nous la décrit avec beaucoup de poésie. Mais la vie quotidienne des hommes est dure et faite d'un éreintant labeur quotidien.

L'auteur sait particulièrement bien nous faire entrer dans cette histoire de famille addictive, emplie à la fois de folie et de tragédie, et peuplée de personnages terriblement humains et authentiques.  

J'ai aimé son écriture à la fois simple et recherchée, et l'usage qu'il fait de notre belle langue française.

Il est certes une vérité humaine qui promet son lot de chagrins à chaque génération, s'ajoutant aux malheurs accumulés par les générations anciennes. Il y a l'ordre des choses et il y a les rafales imprévisibles qui balaient nos vies...

Le vent serpente sous des ardoises cassées par la grêle, entre les bardeaux grillagés d'un antique séchoir à maïs, ricoche sur les accroches en porcelaine qui relient des fils électriques, flagelle la façade en pierres de la maison, fait battre un volet, et s'en va...

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 05:20
Gallimard Folio

Gallimard Folio

Cet enseignement austère trouvait une âme préparée, naturellement disposée au devoir, et que l'exemple de mon père et de ma mère, joint à la discipline puritaine à laquelle ils avaient soumis les premiers élans de mon cœur, achevait d'incliner vers ce que j'entendais appeler : la vertu. Il m'était aussi naturel de me contraindre qu'à d'autres de s'abandonner, et cette rigueur à laquelle on m'asservissait, loin de me rebuter, me flattait. Je quêtais de l'avenir non tant le bonheur que l'effort infini pour l'atteindre, et déjà confondais bonheur et vertu.

Je poursuis ma relecture d'André Gide...

Mais cette fois il s'agit d'une découverte car je n'avais encore jamais lu, je crois,  "la porte étroite" ou alors je n'en avais gardé aucun souvenir ce qui me surprend beaucoup.

Il faut dire aussi que lorsqu'on se penche sur les auteurs classiques que nous avons le plus souvent étudié au lycée, en tous les cas pour moi, nous avons entendu parler en général des œuvres, mais au bout de quelques années, il est impossible de différencier celles qui ont été lues, étudiées par des extraits ou seulement citées en classe. 

Ce roman paru en 1909 a été un des premiers succès littéraire de l'auteur. 

Le narrateur, Jérôme, l'alter égo de Gide, perd son père alors qu'il n'a que 11 ans.

Sa mère et lui, passent toutes leurs vacances d'été près du Havre, dans la maison de Bucolin, son oncle. Jérôme s'amuse beaucoup avec ses cousines avec lesquelles il tisse des liens étroits. C'est particulièrement Alissa de deux ans son aînée, qui lui accorde toute sa confiance et avec laquelle il partage de nombreuses journées, des jeux puis, en grandissant, des discussions sur de nombreux sujets et des échanges littéraires... 

Peu à peu, cette tendresse qui émaille leur relation, se transforme en amour réciproque et tandis que le jeune homme rêve de l'épouser, Alissa devient de plus en plus exaltée...les voir mariés est inéluctable ! 

C'est alors qu'Alissa découvre que sa jeune sœur Juliette, s'est également éprise de Jérôme. Elle va alors tenter de repousser le jeune homme tout en cherchant mille prétextes, afin que ce soit sa jeune sœur qui soit heureuse à sa place.

Mais Juliette renonce à Jérôme ainsi qu'à son meilleur ami, Abel, qui en était épris, et choisit une autre voie. Elle se marie avec Edouard, un riche viticulteur du sud et quitte la demeure familiale. 

Pourquoi me mentirais-je à moi-même ? C'est par un raisonnement que je me réjouis du bonheur de Juliette. Ce bonheur que j'ai tant souhaité, jusqu'à lui offrir de lui sacrifier mon bonheur, je souffre de le voir obtenu sans peine, et différent de ce qu'elle et moi nous imaginions...

Jérôme qui n'a pas perdu espoir d'épouser Alissa,  découvre que celle-ci le repousse encore, espace leur correspondance, préfère l'éloignement à sa présence, l'amour platonique à l'amour réel. 

La foi protestante qui l'anime tombe dans l'excès, et incite la jeune fille à renoncer à tout amour terrestre et charnel dont au fond elle a peur, pour se consacrer à l'amour de Dieu...plus parfait à ses yeux. 

Elle aurait pu choisir d'entrer au couvent, mais André Gide en a décidé autrement. 

Si tu le préfères, lui dis-je gravement, résignant d'un coup tout autre espoir et m'abandonnant au parfait bonheur de l'instant, _si tu le préfères, nous ne nous fiancerons pas. Quand j'ai reçu ta lettre, j'ai bien compris du même coup que j'étais heureux, en effet, et que j'allais cesser de l'être. Oh ! rends-moi ce bonheur que j'avais ; je ne puis pas m'en passer. Je t'aime assez pour t'attendre toute ma vie ; mais que tu doives cesser de m'aimer ou que tu doutes de mon amour, Alissa, cette pensée m'est insupportable...

Voici un roman qui nous parle d'amour impossible non pas parce qu'interdit, mais bien parce que c'est Alissa qui se croit indigne de le recevoir. Elle se sacrifie d'abord pour sa sœur, puis parce qu'elle croit que c'est le seul moyen pour que Jérôme soit heureux et accomplisse son destin. 

 

J'ai aimé la pudeur qui émane de ce récit, son côté romantique et bien entendu autobiographique. J'ai aimé aussi son côté vieillot et suranné...

J'ai aimé les descriptions légères et poétiques des années de jeunesse, de leurs jeux, du cadre bucolique qui les entoure. 

La langue employée par André Gide y est pour beaucoup et bien entendu il est plaisant de s'y plonger. 

 

Le roman est empreint cependant, ce qui contraste avec l'insouciance de la jeunesse, de rigueur, de références bibliques, des convenances de l'époque et de ferveur religieuse. 

Sans faire une analyse approfondie de l'oeuvre que vous trouverez sans peine, si cela vous intéresse sur internet, d'après moi, André Gide veut également montrer que mieux vaut un amour réel, et réaliste, apportant mille petits bonheurs qu'un amour idéalisé, trop éloigné de la vraie vie, inaccessible et incapable de nous apporter des joies simples...

 

A mesure que le jour de notre revoir se rapproche, mon attente devient plus anxieuse ; c'est presque de l'appréhension ; ta venue tant souhaitée, il me semble, à présent, que je la redoute ; je m'efforce de n'y plus penser ; j'imagine ton coup de sonnette, ton pas dans l'escalier, et mon cœur cesse de battre ou me fait mal...Surtout ne t'attends pas à ce que je puisse te parler...Je sens s'achever là mon passé ; au-delà je ne vois rien ; ma vie s'arrête...

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 05:18
Gallimard / Folio

Gallimard / Folio

Oui, je le dis en vérité, jamais sourire d'aucun de mes enfants ne m'a inondé le cœur d'une aussi séraphique joie que fit celui que je vis poindre sur ce visage de statue certain matin où brusquement elle sembla commencer à comprendre et à s'intéresser à ce que je m'efforçais de lui enseigner depuis tant de jours.

Un petit classique aujourd'hui qui se trouve facilement en ligne pour ceux qui désireraient le relire ces jours-ci.

 

Le narrateur est pasteur dans un petit village du Jura suisse situé près de Neuchâtel.

Alors qu'un soir d'hiver, dans la neige, il est emmené auprès d'une vieille femme en train de mourir, il découvre que celle-ci laisse derrière elle, une jeune enfant aveugle de naissance qui ne peut vivre seule à présent, car elle a été jusqu'alors tellement délaissée qu'elle est incapable de communiquer.

Par charité, il la ramène chez lui et demande à Amélie, sa femme, de s'en occuper tout en s'investissant lui-même plus que de raison, dans l'apprentissage de la jeune fille. 

 

Gertrude, surnommée ainsi par les enfants du pasteur, car bien entendu elle ne sait pas dire son nom, va peu à peu apprendre à parler et s'attacher à la famille, tandis que le pasteur tombe profondément sous son charme, sans réaliser à quel point sa passion amoureuse détruit les siens. 

Dans son journal intime, il confie toutes ses difficultés pour tout d'abord donner à cette jeune fille une éducation protestante, puis peu à peu il va réaliser qu'il ne lui donne que sa propre vision des choses, sans jamais lui parler du péché, ni du côté négatif du monde qui l'entoure, protégeant ainsi leur relation particulière, chaste mais non dépourvue pour autant de sentiments et de culpabilité.

 

C'est alors que le pasteur découvre que son fils Jacques est tombé amoureux de la jeune fille, tandis qu'elle-même ne sait plus ce qu'elle ressent pour eux deux.

Mais lorsque une opération est tentée pour lui permettre de recouvrer la vue, c'est le drame... 

La nuit dernière j'ai relu tout ce que j'avais écrit ici...
Aujourd'hui que j'ose appeler par son nom le sentiment si longtemps inavoué de mon cœur, je m'explique à peine comment j'ai pu jusqu'à présent m'y méprendre...

Voilà un classique que j'avais déjà lu dans ma jeunesse, mais que j'ai eu envie de relire lorsque nous avons choisi de parler d'André Gide dans le cadre du Cercle de Lecture de mon village (réuni avant le confinement). Le titre fait référence à la Cinquième Symphonie de Beethoven que Gertrude va écouter avec le pasteur et qui lui fait découvrir la beauté de la musique et du monde qui l'entoure et dont elle sort émerveillée. 

 

C'est donc avec plaisir que j'ai redécouvert cette histoire toute simple, presque trop d'ailleurs, mais romantique qui dénote dans l'oeuvre de Gide. Dans ce texte très court et superbement écrit à la première personne, Gide montre bien la descente aux enfers de ce pasteur généreux qui se met en quatre pour ses ouailles et prêche avec conviction les préceptes de la religion protestante, tout en faisant preuve d'une cécité absolue pour ses propres sentiments. Au fur et à mesure que Gertrude, avide d'apprendre et de comprendre, s'éveille à la vie, c'est lui qui devient aveugle à ce qu'il ressent.  

On se retrouve dans le mythe de l'enfant sauvage et pas loin bien entendu de tomber dans la caricature...mais l'écriture de Gide est superbe !

 

Les autres personnages sont également très bien décrits au niveau psychologique, toujours du point de vue du narrateur puisque tout au long du roman il emploie le "je" dans son journal.

Amélie est plutôt taciturne. C'est une mère de famille sérieuse et pieuse, toute dévouée à sa tâche quotidienne et à l'éducation de ses enfants.  Elle préfère s'exprimer par sous-entendus plutôt que d'affronter son mari en face, ce qui entraîne entre eux beaucoup d'incompréhension.  Elle éprouve de la jalousie envers la jeune fille, mais elle sait aussi que bien que tout les oppose, la jeune fille n'y est pour rien. 

Jacques le fils aîné, affronte son père et provoque beaucoup de discussion autour de la religion. Il cherche à lui montrer son erreur et se rend compte que son père est épris de la jeune fille. Par dépit, face à l'autorité paternelle qu'il ne peut remettre en question, il accepte de fuir la maison familiale, et décide de se convertir au catholicisme et de devenir prêtre. 

 

Evidemment, le texte est étayé de références bibliques mais finalement cela ne m'a pas dérangée, car cela correspond bien au sujet et aux personnages.

Il faut mettre aussi ce texte en parallèle avec la vraie vie de Gide, et le mal qu'il a lui même causé à sa femme, lors de sa relation avec Marc Allégret...

 

Par contre, je trouve que ce court roman, paru en 1919, a beaucoup vieilli et que son seul intérêt, à part d'être étudié en classe ou lu pour connaître l'oeuvre de Gide, c'est de permettre de mieux comprendre le poids de la religion au début du XXe siècle et donc celui de la morale. Un film éponyme est paru en 1946 avec Michèle Morgan, à revoir peut-être en ce moment, car à mon avis il a moins vieilli que le roman.

 

C'est donc un roman qui aura des difficultés à capter l'attention des jeunes générations de lecteurs, à moins de leur montrer à quel point Gide était un visionnaire qui pensait, comme il le dit dans ce roman écrit à la première personne, que la morale chrétienne et la nature humaine, en ce qui concerne en particulier le sentiment amoureux, ne pouvaient pas s'accorder et feraient le malheur à venir de générations entières d'êtres humains. 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 05:24
Albin Michel, 2019

Albin Michel, 2019

Pourquoi les oiseaux s'envolent-ils ? Les gens sérieux te diront qu'ils se déplacent, chassent la nourriture, explorent le ciel, bref, des actes utiles. Quelle horreur ! Non, les oiseaux volent comme ils chantent, pour le plaisir, pour la beauté du geste, pour l'euphorie de l'instant.

Félix 12 ans ne sait plus comment faire : sa mère Fatou, si active et gaie habituellement fait une grave dépression.

Le bistrot qu'elle anime avec tant de passion et de chaleur depuis des années, ne l'intéresse plus du tout. 

Malgré l'aide de son entourage immédiat, Félix fait appel à son oncle Bamba qui arrive aussi vite qu'il le peut d'Afrique, mais celui-ci malgré les visites aux nombreux marabouts qui s'enrichissent à leur dépend, n'arrive pas à la sortir de là.

 

Vient alors frapper à sa porte, le Saint-Esprit, un mystérieux inconnu que Félix n'a jamais vu...son père, en chair et en os ! Félicien Saint-Esprit, d'origine antillaise avait fait treize ans auparavant, un bref séjour à Paris...et depuis n'y était plus revenu. 

Ensemble, ils vont emmener Fatou jusqu'en Afrique, dans le village où enfant, elle a perdu tous les siens et ce retour aux sources apprendra à Félix, le secret de ses origines. 

En recopiant l'adresse sur l'enveloppe - "33, rue YF-26, La villa ocre avec les bougainvillées devant le vendeur de cotonnades, Dakar, Sénégal"- j'éprouvais l'impression de jeter une bouteille dans un océan étal : elle n'arriverait jamais au port.
A ma grande surprise, l'oncle Bamba téléphona six jour plus tard.

Dans cet écrit sensible et tout simple, proche du conte, qui appartient au Cycle de l'Invisible, dans lequel l'auteur interroge les croyances, c'est l'animisme qui est observé de près, avec sa poésie et ses mystères.

Tout ceci est prétexte à nous dresser les portraits de personnages savoureux, profondément humains et terriblement attachants. 

Avec ses mots poétiques, son humour et ses réflexions philosophiques qui font du bien, l'auteur nous offre aussi une touchante déclaration d'amour, emplie de tendresse, d'un petit garçon à sa mère.

Sans être un coup de cœur par rapport à d'autres écrits de l'auteur, j'ai passé un excellent moment de lecture. 

 

A noter je ne connaissais pas ce Cycle de l'Invisible dans lequel l'auteur interroge, dans une série de huit récits indépendants les uns des autres (comme cela est expliqué à la fin du livre) nos croyances et les spiritualités au sens large.

 

J'ai découvert que j'avais déjà lu dans ce Cycle :

- Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, dans lequel l'auteur évoque l'Islam. 

- Oscar et la Dame en rose, le christianisme.

- L'enfant de Noé, le judaïsme. 

 

Ces livres ne sont pas présentés sur mon blog, car lus lors de leur sortie.  Je les faisais lire aux élèves à l'époque où je travaillais encore. Il me faudra découvrir les autres un jour... Et peut-être pourquoi pas, relire toute la série. 

J'ai présenté sur mon blog "La nuit de feu", du même auteur pour ceux qui ne le connaisse pas.  

 

Enfin pour terminer cette présentation, vous pouvez aller lire l'avis de Brigitte qui nous avait parlé à l'automne dernier de ce conte, et m'avait donné envie de le découvrir à mon tour...

Les objets n'ont des propriétés que si tu leur en accordes...
Par ta foi, tu accèdes à un niveau différent de l'univers.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:15
Julliard, 2019

Julliard, 2019

Marie le sait, elle n'a pas beaucoup d'instruction. Elle est bien plus douée pour conduire, s'ennuyer, lambiner, jouer à des jeux hypnotiques sur des écrans sur-éclairés, ou slalomer sans se plaindre dans la dureté de la vie. Déjà pas mal. Ça ne fait pas une fortune mais ça fait une femme, celle qu'elle est, et dont elle ne peut divorcer. A prendre et à laisser.

Voici un roman dont j'ai tellement entendu parler que j'ai eu l'impression de l'avoir déjà lu lorsque j'ai commencé ma lecture...Heureusement très vite cette impression s'est dissipée et j'ai pu poursuivre agréablement ma découverte.

 

Marie jeune femme fragile et forte à la fois, travaille comme serveuse bien qu'elle ait un bac pro de chaudronnerie. Il faut dire aussi qu'elle ne peut s'éloigner du Havre où elle habite dans un quartier populaire, car elle doit s'occuper seule de son père hypocondriaque, alors que sa sœur a fui devant les responsabilités familiales.

A 20 ans, sa vie quotidienne n'est pas drôle et elle est obligée de calculer pour mettre de côté quelques rares euros par mois et se faire plaisir. 

Alors quand Marie rencontre le charmant Alexandre, beau parleur et cultivé, elle se prend à rêver et tombe amoureuse. Le jeune homme la trouve jolie, rêve de devenir réalisateur, et d'intégrer une école à Paris. Il lui parle de cinéma, mais elle n'y connaît rien. Dès le début de leur relation, il reste profondément déçu qu'elle ne connaisse pas Truffaut, son idole dont il connaît tous les films par cœur.

 

Jusque-là, Marie ne se posait pas de questions sur son avenir, menait une vie tranquille, ne se sentait pas particulièrement inférieure aux autres, et pourtant, ce qu'elle ressent est d'une rare violence. Elle se sent méprisée, humiliée...et tout bascule dans sa vie.

Persuadé que leur relation est vouée d'avance à l'échec, Alexandre qui en tant que fils d'instituteurs a eu la chance d'accéder à une certaine forme de culture, va fuir, au lieu de lui dire en face qu'il ne désire pas poursuivre.

 

Elle lui en veut et décide de l'affronter mais pour un geste malheureux, elle se retrouve en comparution immédiate devant le juge Doutremont.

C'est un juge aigri, taciturne, qui ne lui fait pas de cadeau et Marie se retrouve bien incapable de payer l'amende qu'on lui demande...

Alors elle va oser le lui dire, puisqu'il fréquente le café où elle est serveuse. Le juge va décider de lui prêter l'argent, mais aussi de la prendre à son service pour qu'elle lui serve de chauffeur, jusqu'à ce que sa dette soit remboursée.

 

La vie de Marie prend alors un virage surprenant. Elle qui au début du roman était loin d'avoir toutes les cartes en main pour aborder un changement de vie, va peu à peu, tandis que tous deux s'apprivoisent et apprennent à communiquer, se laisser tenter.

Il fallait donc ouvrir les grilles, entrer dans les maisons, prendre les ponts suspendus, passer les contrôles électroniques des tribunaux ; il fallait donc changer d'itinéraire, suivre les GPS autoritaires, désobéir aussi sans doute. Et puis allumer la radio sans comprendre ce qu'on y raconte...
Il fallait donc tout cela pour apercevoir un peu de l'infinie richesse du monde, qui semble s'éclairer désormais comme un labyrinthe vu du ciel.

C'est un roman qui se lit très vite et facilement. Il permet de passer un bon moment. Le titre, qui est un clin d’œil à Alain Souchon, nous met sur la piste du sujet principal qui est bien le changement de vie.

Vous l'aurez compris le roman aborde aussi le sujet du déterminisme social et des difficultés pour en sortir. Mais rien de caricatural dans les trois personnages ou dans les propos.

 

L'auteur parle avec beaucoup de délicatesse de ces différences sociales, des voies que l'on choisit d'emprunter et qui peuvent faire déraper ou pas une vie, la transformer, et l'enrichir.

Rien de spectaculaire pour autant dans ce livre, mais des personnages touchants qui savent devenir attachants au fil des pages et qui par petites touches, nous invitent à les suivre et à entrer dans leur quotidien.

Un roman qui fait du bien, tout doux et empli d'humanité que j'ai lu avec beaucoup de plaisir.  

"Tu as été mon point d'orgue".
Marie observe l'oeil sur la serviette. Son coeur palpite plus fort que d'habitude. Elle ignorait que tout ce qu'elle a vécu ces dernières semaines pouvait se lover dans un signe. Elle ne se savait pas capable de ralentir la vie des gens. Elle plie la serviette et la met soigneusement dans sa poche...

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 06:11
La manufacture de livres, 2019

La manufacture de livres, 2019

Voici déjà plus d'un an que ce roman est paru et que j'avais très envie de le lire. C'est chose faite à présent !

La liste d'attente à la médiathèque a été très longue, et j'ai fini par l'oublier pour finalement me décider, dernièrement.  

 

J'ai recopié patiemment l'histoire de Rose, corrigeant simplement quelques fautes, rien de plus. Les cahiers ne sont plus en ma possession, je les ai remis à qui de droit, il y a des années. J'ai beau savoir ce qu'ils contiennent, il me faut revenir une dernière fois à l'immonde vérité dont je sens déjà le poison sourdre en moi...

Gabriel, un jeune curé, doit se rendre dans un monastère perdu au coeur d'une forêt, pour y bénir une défunte. La veille, une infirmière de cet établissement, est venue au confessionnal lui demander de récupérer, cachés sous les jupes de cette jeune femme, de mystérieux cahiers...

Gabriel va, malgré tout ce que son geste comporte d'inapproprié, s'exécuter.

 

C'est ainsi que la vie de Rose enfermée elle-aussi dans ce monastère devenu un asile, va être mise au jour... 

Rose n'avait que 14 ans lorsqu'elle a été vendue par Onésime, son père, à un riche maître de forges. Le père espérait ainsi sortir la famille de la misère.

Tandis qu'il sombre peu à peu dans le remords sans que personne n'ose toucher à la bourse emplie d'argent, toute la famille s'enfonce dans le silence, car l'absence de Rose est une souffrance pour ses jeunes sœurs et pour la mère, celle que le narrateur appellera tout au long du roman,"Elle".

 

Pendant ce temps, Rose vit l'enfer au domaine du maître de forges et voudrait s'échapper, ce qu'elle n'a aucune chance de pouvoir mettre à exécution tant elle est surveillée. 

Elle devient leur servante, mais une servante particulière qui doit se soumettre à tous les caprices et les désirs du maître et de sa vieille mère.

Espérant avoir un héritier, puisque sa propre femme ne peut lui en faire un, il n'hésite pas à violer Rose sous les yeux de sa mère.  Celui que le narrateur appelle le maître est un monstre et sa vieille mère bien plus encore... Quant au docteur qui les visite régulièrement, il joue leur jeu et ne vaut pas mieux. 

Seul, Edmond le demi-frère du maître devenu aussi son serviteur, son jardinier, palefrenier et souffre-douleur, offre à Rose un peu de réconfort. Il manque pourtant cruellement de courage pour la protéger...mais elle va tomber peu à peu sous son charme et sa gentillesse. 

 

Alors qu'Onésime revient au domaine pour  la ramener à la maison, il sera sauvagement assassiné par le maître sous les yeux de sa fille, anéantie. 

Quand la vieille comprend que Rose est enceinte, elle la mène aussitôt à l'asile, mais avant son départ du domaine, la jeune fille a trouvé un moyen terrible de se venger...

Je me suis alors juré que je retournerais jamais à la ferme. Même si j'en avais la possibilité un jour, j'y reviendrais pas, puisque tout le monde était en train de mourir dans mon cœur, que l'image de mes sœurs finirait bien par disparaître elle aussi, que c'était la seule façon de m'en sortir, de survivre à tout ça. Parce que je ne voulais pas mourir de désespoir si jeune, et que, pour pas mourir, il fallait que je détruise la fille de quatorze ans, que je la tue d'une manière ou d'une autre, sans savoir encore qui était celle de l'autre côté.

C'est un roman choral qui a obtenu de nombreux prix largement mérités à mon avis, mais il faut noter que sur Babelio, il récolte aussi de nombreuses critiques négatives. En tous les cas, s'il a obtenu le Grand Prix des Lectrices de Elle, le Prix des Libraires, le Prix Psychologies magazine, le Prix Babelio, tous  en 2019, c'est qu'il a été lu par de nombreuses personnes et apprécié, bien que ce soit un livre noir, tragique, cruel et marquant pour ne pas dire carrément traumatisant. 

 

Il fait alterner la voix de quelques-uns des personnages principaux, Gabriel, Edmond, Onésime le père et, "Elle" la mère,  et bien entendu Rose à travers ce qu'elle a confié dans ses carnets. Mais il y a aussi la voix inaudible d'un enfant. Qui est-il ? Vous le saurez à la toute fin du roman...

Cependant pour prendre un peu de distance avec l'histoire, l'auteur a fait parler le père et la mère à la troisième personne, alors que Gabriel et Rose s'exprime en disant "je".

Peu à peu comme pour un puzzle, l'histoire prend forme et le lecteur en apprend davantage sur les différents personnages, leur rôle et le pourquoi de leurs agissements. Il y a du suspens même si dès le départ le lecteur sait que c'est un roman très noir, il espère que cette jeune fille puisse enfin sortir de son calvaire. 

 

C'est un roman que j'ai trouvé très fort et poignant, écrit avec beaucoup de réalisme et de poésie à la fois. Il est par moment proche du conte et fait donc appel à notre imaginaire.  Rose tient bien évidemment la plus grande place et nous bouleverse par sa force et sa vulnérabilité mêlées. C'est un personnage magnifique d'une grande dignité.

A aucun moment, on ne peut situer cette histoire dans le temps, ni dans un lieu précis, mais à cette époque-là dans les campagnes, on se déplaçait encore à pied et à cheval et les paysans n'avaient pas un sou, tandis que les propriétaires terriens évidemment avaient tous les pouvoirs. C'était encore comme ça au XIXe siècle, non ?

 

J'ai aimé la plume de l'auteur que je compte bien continuer à découvrir si j'en ai le temps, car je sais que beaucoup d'autres romans m'attendent sur les étagères de la médiathèque. Je comprendrais cependant que certains parmi vous, n'aient aucune envie de le découvrir, mais je tiens à vous dire que la fin n'est pas du tout celle à laquelle on s'attendait...et évidemment je ne vais pas vous la raconter !  

Je pense aux Landes, là où c'était chez moi il y a longtemps, dans une autre vie. A quoi bon vouloir rejoindre cette fichue éternité qui me tend les bras. Tout ce qui faisait de moi quelqu'un, même pas bien important, m'a été retiré...

Il y a que ce qu'on partage qui existe vraiment, ce qu'on représente pour les autres, même si c'est que ça, parce qu'un simple souvenir vaut rien, qu'il se déforme toujours, se plie de façon à être rangé dans un coin. Les souvenirs, surtout les bons, c'est rien que de la douleur qu'on engrange sans le savoir...

Nous n'avons rien à espérer du passé. Ce sont les hommes seuls qui ont eu l'audace d'inventer le temps, d'en faire des cloisons pour leur vie...

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 06:18
Actes sud, 2016

Actes sud, 2016

Elle n'a pas vu les arbres. ça la sidère aujourd'hui, cinquante ans plus tard. Elle fait le tour des ruines les pieds dans la boue et les feuilles pourries, et elle regarde la forêt autour, la profonde forêt de la Bucaille....
Elle se souvient des pièces closes. Des images de la maladie. De la langue de la maladie. Il n'y a pas eu d'arbres. la mémoire est une somme d'images vivantes et de fenêtres murées.

J'ai lu peu de livres de Valentine Goby et je la connais mieux à travers ses écrits pour la jeunesse. Ainsi depuis que j'avais lu et présenté "Banquises" en 2013 et "Kinderzimmer" en 2017, je n'avais plus rien lu d'elle. Je me suis donc décidée à emprunter à la médiathèque ce titre dont j'avais beaucoup entendu parler. 

Paul et Odile Blanc tiennent un café en plein centre de La Roche Guyon. Le samedi soir on y valse au son de l'harmonica de Paulot et de ses amis. Le couple y vit heureux dans les années d'après-guerre. Ils ont trois enfants, Annie, Mathilde et le petit dernier, Jacques.

Paulot est généreux, il aide des campeurs et garde leur matériel toute la semaine gratuitement, et il oublie souvent de faire payer ses amis.

Avant la naissance de Mathilde, le couple a perdu un petit garçon et le père ne s'est jamais remis de cette perte. Il voulait un fils à tous prix et il a toujours favorisé chez Mathilde, son côté "garçon manqué". Elle qu'il n'hésite pas à appeler devant tout le monde "mon p'tit gars", partage donc avec lui les parties de pêche...tandis qu'elle le regarde faire danser sa sœur avec envie. Puis Jacques est arrivé, fragile et timide, rien à voir avec le fils dont Paulot rêvait en secret...

 

Un jour Paulot suite à un accident, se retrouve avec des côtes cassées. Une d'entre elle a perforé son poumon et il attrape une pleurésie qui va laisser place peu à peu à la tuberculose, la peste blanche.  Il ne croit pas à sa maladie. La famille vend le bar et s'installe dans la maison d'en face, achetée pour une bouchée de pain. 

Mais voyant que tout le monde les fuit par peur de la contagion, ils finissent par quitter le village, isolant Paulot de sa vie d'avant et déracinant un peu plus les enfants déjà malmenés par les réflexions à l'école et dans la rue...

Finies pour toujours les soirées heureuses au Balto. Paulot n'y jouera plus jamais de l’harmonica alors que c'était toute sa vie.

Le paquebot blanc c'est le sanatorium d'Aincourt où les parents de Mathilde sont tous les deux envoyés quand on découvre qu'ils sont atteints de tuberculose. La famille éclate, Mathilde et son frère sont placés dans des familles d'accueil séparées, tandis qu'Annie l’aînée, va vivre à Paris. 

 

Mathilde Blanc revient cinquante ans après sur les lieux de son adolescence, là où alors qu'elle n'avait pas encore 17 ans, elle a vu ses parents enfermés. 

Mathilde qui avait tenté d'accrocher le regard de son père toute son enfance, tandis qu'il n'avait d'yeux que pour Annie, la grande sœur qui a fui devant le malheur des siens, va tout faire pour réunir cette famille tant aimée. Elle avancera le plus courageusement possible dans cette vie semée d'embûches, ira voir ses parents tous les week-ends, fera front contre l'exclusion, les décisions des assistantes sociales, les médecins...

Alors qu'elle ne reconnait rien des lieux ou presque et qu'elle s'assoit sur un banc elle se rappelle sa vie misérable et la volonté qui a été la sienne pour tenter de s'en sortir toute seule, sans l'aide des services sociaux jusqu'à obtenir son premier travail rémunéré...

Elle se souvient des comprimés avalés dans le car, du sol mou à la descente. Elle ne sait pas si elle a voulu mourir. Elle a voulu que quelque chose s'arrête. Devenir personne...

Elle ne veut plus être Mathilde Blanc.

Le personnage de Mathilde est très touchant. Le lecteur se prend d'affection pour cette jeune adolescente déterminée et rebelle, que tout le monde rejette mais qui va cependant de temps en temps accepter une main tendue pour être aidée. Elle rencontrera quelques personnes généreuses, comme Walid qui l'emmènera en voiture jusqu'au sanatorium sans rien lui demander, les boulangers chez qui elle trouvera de temps en temps de quoi manger sans payer, Jeanne, un peu simplette qui lui offrira son amitié et bien davantage, mais surtout la directrice du lycée, qui fera tout pour l'aider à obtenir son diplôme, tout en cherchant à mieux lui faire comprendre le monde qui l'entoure et en particulier, la Guerre d'Algérie qui bouleverse le pays.

Le poids des responsabilités qui incombe à Mathilde, la dignité et le courage dont elle fait preuve, ne pourront  que toucher le lecteur. On se demande comment elle va pouvoir s'en sortir malgré sa volonté, les privations et cette émancipation qui l'oblige à devenir adulte trop tôt, au risque d'oublier sa propre vie et ses propres désirs en chemin. 

 

C'est une histoire toute simple, sans fioriture, inspirée d'une histoire vraie où la maladie prend toute la place. Elle retrace une période du XXe siècle où seulement les salariés avaient droit à la Sécurité Sociale et où toute maladie détruisait d'un coup des familles entières, faute d'avoir l'argent suffisant pour être soignés convenablement et rapidement. Les parents de Mathilde s'aiment profondément mais sont totalement imprévoyants car bien entendu, possédant un café, ils auraient pu avoir de l'argent de côté comme tout le monde le pense tout bas. 

 

Il m'a fallu du temps pour entrer dans l'histoire de cette famille. J'ai trouvé par moment ce roman d'une grande tristesse, quasi éprouvante pour moi, mais je voulais arriver au bout et savoir comment Mathilde allait s'en sortir.

Il a su me toucher par moment, me mettre en colère dans d'autres, et en tous les cas mérite d'être découvert, car il constitue un pan de notre histoire sociale. Il ne faut pas oublier que les "trente glorieuses" dont on parle beaucoup ces derniers temps, ne l'ont pas été pour toutes les familles. 

"Mieux vaut la liberté dans la pauvreté que la richesse dans l'esclavage".
Est-ce qu'on peut être libre sans argent ? Mathilde le sait, la pauvreté est une prison. N'empêche : elle a voulu son émancipation, préférant la misère aux tyrannies de la veuve et de l'assistance sociale.

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 06:12
Gallimard, 2016 / Folio, 2018

Gallimard, 2016 / Folio, 2018

Quand accoste la barge, ce bateau bleu et blanc qui fait la traversée entre Petite-Terre et Grande-Terre, je repère Cham de loin, chaque jour plus beau, chaque jour plus irréel dans sa manière d'être à moi.

Je suis le roi et je devais te punir, Mo (Moïse). Je devais changer les règles, je devais montrer que les gens comme toi, qui ont la peau aussi noire que moi mais dont les paroles sont blanches et fades comme celle des muzungus, je devais montrer que je savais régler leur compte à ces gens-là...

Sur le bord des routes, des hommes et des femmes marchaient, panier sur la tête, bâton ou coupe-coupe à la main. Le ciel était sans nuages et, à travers ce paysage idyllique, quelque chose gonflait mon coeur. Quel était ce pays si doux, si beau ? Quel était ce pays qui m'avait oublié ?

Je sais maintenant que ce qui s'est passé ce jour-là et ce soir-là et tous les jours et les soirs qui m'ont amené jusqu'ici est beaucoup plus grand que ma peine, mon chagrin, mon regret.
J'ai quinze ans, je m'appelle Moïse, je suis né de l'autre côté de l'eau...

A 24 ans, Marie quitte sa vallée obscure et sa mère qu'elle ne supporte plus pour terminer ses études d'infirmière dans une grande ville. C'est là qu'un jour elle rencontre Chamsidine. Il est infirmier...ils se marient et partent vivre à Mayotte d'où  Cham est originaire.

Là-bas dans cette île paradisiaque, Marie découvre la misère et la détresse humaine. 

Après des débuts prometteurs, le jeune couple bat de l'aile. Marie ne peut pas avoir d'enfants, elle devient aigrie et jalouse. Ils se séparent...

Un jour une jeune mère débarque dans l'île et abandonne son bébé. Marie l'adopte et le surnomme Moïse.

C'est un enfant adorable. Mais avec l'adolescence arrivent les tourments : il rejette ses origines, en veut à Marie de l'avoir adopté, quitte le collège et a de mauvaises fréquentations. C'est alors que Marie meurt subitement.

 

Le lecteur va alors suivre le quotidien du jeune homme devenu orphelin, sa fuite hors de la maison de son enfance, son acceptation dans un gang de la ville, le quartier surnommé "Gaza"dont le chef, Bruce n'est lui-même qu'un gamin...mais la violence et la rage qui régissent leurs relations, les mèneront jusqu'au drame.

Ni Stéphane qui pourtant tentera de le sortir de là, ni plus tard Olivier, le jeune policier ne pourront le sauver...

 

L'auteur donne la parole tour à tour à chacun des personnages, chacun nous racontant de son propre point de vue, le même événement.

Si le début bien sûr permet à Marie de s'exprimer, les 2/3 du roman nous donnent le ressenti de Moïse, puis celui de Bruce qui voit en Moïse, un enfant de blanc puisqu'il a été élevé par une blanche.

Ce qui m'a surpris dans ce roman, c'est qu'il ne laisse aucun espoir. Pourtant je n'ai pas regretté ma lecture. 

Olivier voit son désir de protéger les enfants, anéanti ; Stéphane l'éducateur repart en France et le lecteur ne saura rien de la vie de Cham qui a reconnu l'enfant, mais ne s'en occupera jamais même de loin, alors qu'il sait bien que Marie est morte. 

 

Il m'a donné la sensation qu'il n'y a pas d'espoir possible pour sortir un jour de cette violence...et que c'est elle qui prime dans cette île française oubliée.

La jeunesse de Mayotte, trop livrée à elle-même, serait-elle perdue à jamais ?

 

Prix du roman France Télévisions 2017

Prix Fémina des Lycéens 2016

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 06:16
Editions Viviane Hamy, 2017

Editions Viviane Hamy, 2017

Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toute.

La beauté de l'étang l'avait frappé de plein fouet.
L'endroit était magnifique. La brume montait dans le ciel et s'évanouissait dans les nuages. Les animaux profitaient du sommeil des hommes pour grappiller leur restes près des tables...

Ce roman a reçu le Prix des Libraires en 2017. 

Il raconte l'histoire de deux familles durant trois générations.

 

Le lecteur découvre André, un médecin meurtri par la guerre et ses horreurs, qui a quitté Lyon pour s'établir dans ce lieu reculé du Massif Central où les ouvriers de la carrière toute proche, tenue par la famille Charrier, ont besoin d'un médecin tout comme les paysans du coin.

Très vite, il tombe amoureux de ce lieu sauvage et mystérieux et s'installe aux Trois-Gueules, dans une maison magnifique, la Cabane.

C'est un massif dangereux pour qui ne le connaît pas, des gorges profondes l'entaillent, des forêts sombres le traversent, et des falaises abruptes lui donnent un aspect effrayant.  

 

Les ouvriers, que dans les environs on appelle les "fourmis blanches" car ils sortent de la carrière couverts de poussière blanche, sont les seuls à faire vivre le village des Fontaines en contrebas, un simple lieu-dit au départ, où le maire, et les frères Charrier font construire des maisons pour qu'ils s'y installent avec leur famille.
 

Le lecteur suit l'installation d'André, pas toujours aisée car il est difficile de se faire accepter dans ce lieu quand on a les mains "lisses". Il est heureusement fortement aidé par le maire du village.

 

Un beau jour, Elise, une jeune femme de Lyon avec qui il a passé une seule nuit avant de partir définitivement, lui rend visite et lui présente son fils. C'est Benedict. Il a quatre ans, il est en admiration devant ce père qui lui tombe du ciel. André va décider de le garder avec lui aux Trois-Gueules, tandis que sa mère reste à la ville. Le petit garçon va s'intégrer très vite. Il est foncièrement bon et obéissant, et veut avant tout faire plaisir à son père. Il marchera dans ses pas... 

 

Tandis qu'il poursuit ses études à la ville, Bénédict rencontre Agnès qui deviendra sa femme et qu'il ramènera au village pour vivre dans la maison de son père. Leur fille Bérangère naîtra là-haut. Elle est la seule de la famille à appartenir à ce lieu qui n'a pas tellement changé depuis des décennies et où vivent à présent trois générations de la même famille.

Bénédict qui est devenu à son tour le seul médecin du village, fait venir de la ville des spécialistes qui en quelques jours complètent leur salaire à peu de frais : dentistes, kiné...proposent leurs services et s'installent dans  la maison de Bénédict qui ne désemplit pas. 

 

Dans les terres alentours vivent des paysans dont la famille de Maxime et Delphine qui élèvent du bétail et travaillent la terre de leurs ancêtres. 

Les paysans s'adaptent aux changements de leurs régions mais n'acceptent pas que leurs terres soient vendues à des promoteurs. Ils vivent encore dans les croyances et les superstitions de l'ancien temps, maintiennent en vie quelques traditions mais acceptent de produire davantage pour nourrir tous ces ouvriers et nouveaux habitants. 

Les hommes sont taillés comme les falaises qui servent de décor. Ils sont rudes comme la maigre terre dont ils tirent leur subsistance, taiseux, durs au labeur, tandis que les femmes tentent de créer une certaine harmonie dans les familles tout en faisant grandir leurs enfants avec le peu que la terre leur donne.

Maxime et Delphine ont quatre fils. C'est une famille de paysans sans histoire. Seul Valère est le plus fort, celui sur lequel ils peuvent le plus compter pour reprendre la ferme. 

Mais Valère et Bérangère qui sont amis depuis l'enfance, tombent amoureux et les familles acceptent l'inéluctable : un jour ils se marieront puisque Bérangère malgré ses origines, est elle-aussi une enfant du pays.

Le destin est en marche et si aucun d'entre eux ne peut envisager d'aller vivre ailleurs...tous sont obligés d'accepter que la terre engendre des drames insurmontables, leur prenne ce (et ceux) qu'ils aiment le plus au monde... 

En présence de son père, Bénédict était encore ce petit garçon qui mangeaient des gaufres pendant que ses parents discutaient sur la terrasse.

C'est un roman social qui m'a laissé une impression mitigée lors de ma lecture. 

Le narrateur est le Père Clément que l'on retrouvera dans le roman en particulier à la fin, et qui se propose de nous raconter l'histoire des deux familles, celle d'André et celle de Maxime. 

Comme dans une tragédie grecque, le lecteur sait d'avance que le drame va arriver mais ne sait ni quand ni comment, ni pourquoi. On sait dès le départ que la Cabane, la belle maison du docteur a brûlé et que ses habitants l'ont désertée...

 

L'auteur a une belle écriture et sait créer une ambiance particulière. Elle a une façon bien à elle de décrire les lieux et beaucoup de finesse pour étudier les hommes. J'ai retrouvé le plaisir que j'avais ressenti à la lecture de son dernier roman "Une bête au paradis", présenté ICI.

Mais j'ai trouvé que dans celui-ci que le ton employé pour son récit mettait une distance trop importante entre les personnages et le lecteur, ce qui est sans doute responsable du fait que je suis restée un peu en dehors, que j'ai trouvé par moment l'histoire peu crédible et que finalement, je ne me sois attachée à aucun des personnages (à part Valère). 

Le lieu par contre est attirant, tantôt maléfique, tantôt idyllique mais toujours fascinant. La nature est indomptable et elle nous la décrit dans toute son effrayante splendeur et ses dangers.

 

J'ai trouvé la première partie trop longue à se mettre en place mais heureusement au milieu du livre, le lecteur pressent le drame qui arrive et s'accroche aux derniers chapitres tant il désire en savoir plus. 

J'ai lu que ce roman était considéré comme un roman du terroir.  Je ne suis pas d'accord avec ce "classement" car on y apprend très peu de choses sur les traditions et on ne sait même pas où l'histoire se situe exactement !

Par contre, les problèmes liés à l'après-guerre dans les campagnes sont bien reconstitués avec, à la fois les jeunes qui sont attirés par les villes et les difficultés pour les gens des campagnes d'accepter d'être envahis par les gens des villes_des étrangers donc à leur pays_ a fortiori d'accepter que des promoteurs les envahissent et veuillent acquérir la terre de leurs ancêtres. 

Est bien rendue également la force dégagée par la nature, cette force contre laquelle les hommes ne peuvent pas lutter...et qu'ils acceptent avec beaucoup de fatalité. 

 

Je garde donc un avis mitigé sur cette lecture...mais je suis contente d'avoir continué à découvrir la belle plume de cet auteur. 

Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulence, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d'orgueil, qu'elle était là avant eux, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent.

Les Trois-Gueules avaient pris plus de vies que les vagues de l'océan, que les marais trompeurs, plus d'enfants que n'importe quelle forêt magique, plus de femmes et d'époux que les routes des montagnes et les lignes droites des grandes plaines.

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 06:19
Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche, 2017

Albin Michel, 2016 / Le Livre de Poche, 2017

Il s'était fait le serment des cinq étoiles. Celui de leur maître à tous, le grand Gengis Khan, à la veille de traverser le fleuve jaune pour attaquer la ville tangoute de Lingzhou. Il avait vu s'aligner dans le ciel du dernier bivouac cinq astres célestes et avait pris ce signe pour un avertissement. Pour conjurer ce mauvais sort annoncé, il avait alors fait une promesse aux esprits. Ne plus tuer aveuglément et n'ôter la vie qu'à ceux qui prendraient les armes contre lui...

Voici le troisième et dernier opus de la série dont le héros principal, Yeruldegger, est un commissaire d'Oulan-Bator. Vous pouvez lire les chroniques précédentes ICI (1) et ICI (2), si le coeur vous en dit.

Les trois tomes sont désormais parus en poche et cette trilogie peut donc être un joli cadeau de noël pour les amateurs du genre. 

 

Le lecteur le retrouve fatigué et usé par sa lutte incessante contre le crime. Il a quitté Oulan-Bator pour se retirer dans la steppe et méditer. Pour cela, il a planté sa yourte au cœur du désert de Gobi où il tente d'oublier la belle Solongo qu'il aime tant mais si maladroitement.  

Mais décidément le destin encore une fois en a décidé autrement.

Il avait décidé de tourner le dos à son passé de flic, mais sa tranquillité sera de courte durée : le voilà sollicité pour résoudre plusieurs affaires intrigantes qui se déroulent près de chez lui.

D'abord, il y a Tsetseg venue lui demander de l'aider à retrouver sa fille disparue depuis plusieurs mois à présent.

Puis Odval, qui vient de découvrir que son amant, un géologue travaillant pour le BRGM français, vient d'être assassiné, et sa yourte entièrement détruite.

Enfin, il y a le jeune Ganbold qui a découvert un charnier au coeur de la steppe...

 

Mais ce n'est que le début !

En effet, les morts s'accumulent non seulement en Mongolie mais aussi à l'étranger.  L'intrigue part dans différentes directions et s'expatrie jusqu'à New York, au Québec, en France et en Australie. Bien évidemment, les différents événements sont comme d'habitude, reliés entre eux, vous vous en doutez...

 

Bien qu'il ne veuille pas s'engager, et désire avant tout se tenir éloigné de ces crimes, Yeruldegger va se retrouver en plein cœur d'une révolte mongole contre les compagnies minières locales...et se mettre à la poursuite d'une superbe femme fatale, Madame Sue, qui règne d'une main de maître sur des entreprises internationales plus que mafieuses, et arrive à corrompre tout un pays, au détriment bien entendu des populations locales, ce que notre héros, vous le savez bien, ne peut laisser faire.

Il reçut la vision de cette vallée détruite comme une agression, et la confirmation de ce qui distillait depuis longtemps une longue tristesse en lui. Rien se servait décidément plus à rien...
Rien ne repousserait plus sur ces herbes stériles, écrasées sous les remblais, brûlées par les acides et lessivées par les ruissellements. Plus aucun troupeau ne viendrait y pâturer. Des chevaux sauvages s'y briseraient les antérieurs, les yeux fous de panique, en trébuchant dans les trous d'eau sous les orages. Et les loups écœurés n'oseraient même plus dévorer leurs carcasses encore vivantes, effrayés par la cruauté des hommes envers leur propre territoire...

Encore une fois Ian Manook nous enchante par la beauté et la poésie qui se dégagent de ses descriptions des grands espaces et des coutumes de ce pays fascinant qu'est la Mongolie. Un pays qui aujourd'hui a du mal à préserver ses traditions face à la modernité qui l'envahit et attire de plus en plus les jeunes générations.

Mais cette modernité n'a pas que du bon et implique, en même temps que le capitalisme et le pouvoir de l'argent, l'entrée du pays dans des magouilles mafieuses impliquant les politiques les plus haut placés.

 

Le roman nous fait sombrer dans le réalisme, l'actualité,  où la noirceur et la violence, comme dans ces précédents opus, peuvent choquer par moment le lecteur. 

Personnellement quelques rares longueurs ont entaché mon plaisir de lire.

Comme l'indique le titre, l'amour et le sexe sont très présents dans cet opus où l'amour et la mort se côtoient. La "mort nomade", faisant référence à l'amour nomade, c'est-à dire à la tradition qui prévaut dans la steppe de profiter des rencontres fortuites sans arrière pensée. 

 

Voilà donc un roman noir, très noir, parfaitement rythmé et qui sait nous offrir aussi quelques passages emplis d'humour. Son côté écolo rappelle à quel point la nature a été là-bas comme ici, ravagée par l'industrie, pourtant pourvoyeuse de travail. 

 

L'émotion est au rendez-vous car s'il arrive encore à résoudre les affaires et à arrêter les méchants dont on connait assez vite l'identité, Yeruldelgger cette fois, va devoir affronter de nombreuses pertes et laisser derrière lui tout ce qu'il aimait le plus, mais chut...je ne vais pas vous en dire plus !

 

C'est la fin de la trilogie et même si ce roman-ci est d'après moi nettement en-dessous des deux précédents opus, je ne regrette pas de l'avoir lu car il clôt la série par une fin ouverte, qui laisse au lecteur la possibilité d'imaginer une suite possible...

Les Occidentaux se rattachent aux morts, mais nous, nous nous rattachons au monde. Ils sont dans le culte du souvenir, nous dans celui de l'oubli. Le but de la mort nomade, c'est d'oublier le mort jusqu'à l'endroit même où on l'a laissé. Pour ne vivre qu'avec son esprit, toujours, partout, où qu'on soit...

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 06:26
Liana Levi, 2018

Liana Levi, 2018

A une demi-heure à pied, sur le chemin principal qu'on ne pouvait pas appeler route, même avec les critères de l'époque, Morne-Galant somnolait, ramassé sur lui-même. Encore aujourd'hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant ! "Cé la chyen ka japé pa ké". Je te le traduis puisque ton père ne t'a jamais parlé créole : "C'est là où les chiens aboient par la queue."

Pour moi qui suis née dans la grisaille, l'île constitue un monde de sensations secrètes, inaccessible la plupart du temps. Les moments que je passe là-bas sont des parenthèses sensuelles, où tout prend le relief particulier de la fugacité. Je touche, je goûte, je sens. La plante de mes pieds cuit. Le jour se dérobe sous mes doigts. Je suis assommée par les étoiles.

La Guadeloupe, c'est comme une salle d'attente où on a fourré des Nègres qui n'avaient rien à faire ensemble. Ces Nègres ne savent pas trop où se mettre, ils attendent l'arrivée du Blanc ou ils cherchent la sortie.

Voilà un roman qui n'est pas une nouveauté mais que je tenais vraiment à découvrir un jour...

Déjà le titre est intrigant ensuite il se passe en partie en Guadeloupe, une île paradisiaque pour les touristes d'aujourd'hui, mais qui à la fin du XXe siècle était encore prise entre deux mondes... 

 

L'auteur est une conteuse-née !

Elle nous fait entrer dans la famille Ezechiel-Lebecq, d'abord par la voix de la narratrice, Eulalie, qui porte le même nom que sa grand-mère, et qui a trente ans. Elle est la fille de celui qu'on a surnommé toute sa vie "Petit-Frère" comme s'il devait à jamais n'être que ça. Puis elle va donner la parole tour à tour, à son propre père, à Antoine, la sœur aînée, et enfin à Lucinde la cadette.

Même si son père lui a déjà parlé de la Guadeloupe, elle, qui est née en banlieue parisienne dans les années 70, ne s'est rendue que quelques rares fois au pays, pour de brèves vacances chez Hilaire son grand-père. Aussi, elle a décidé d'interroger ses tantes et de prendre des notes... alors qu'elle est devenue mère à son tour, et qu'elle est à la recherche de son identité métisse et de ses origines. 

 

C'est Antoine qu'elle interroge, la sœur aînée, détentrice de la mémoire familiale et des souvenirs de la mère, morte trop jeune pour que Petit-Frère s'en souvienne. Antoine, c'est son "nom de savane". Il a été choisi pour contrer les mauvais esprits ! Elle s'appelle en réalité Apollone mais personne ne l'appelle jamais de ce prénom-là. Antoine a 75 ans et elle va raconter à la jeune femme d'où elle vient...

 

Le lecteur découvre la vie à Morne-Galant, un village du bout du monde, "là où les chiens aboient par la queue".

La famille vit dans une masure sans eau et sans électricité entourée d'une nature merveilleuse et de champs de cannes à sucre où les hommes s'épuisent au travail toute la journée, tandis que les blancs les surveillent.

L'esclavage a pourtant été aboli...

Le père possède quelques biens, des bœufs, un lopin de terre qui nourrissent la famille mais qu'il dilapidera au fur et à mesure car tout cela n'a pour lui aucune valeur et que la générosité est sa première qualité. 

 

Eulalie, la mère, est originaire d'une famille bretonne. D'une santé fragile, elle mourra avant de mettre au monde son quatrième enfant. Les enfants sont métis et pas très bien acceptés par la petite communauté.

Antoine, l'aînée dénote dans la famille car elle est particulièrement débrouillarde, libre, impulsive et indocile pour l'époque mais aussi un peu sorcière, tout en étant très croyante. Parfois elle inquiétera son entourage mais elle saura régner d'une main de maître sur sa destinée. Elle quittera à 16 ans la famille pour se rendre à Pointe-à-Pitre et sera la dernière de la fratrie à quitter son île. 

Lucinde, la seconde, est plus douce et plus discrète. Avec ses doigts de fée, elle apprendra la couture et saura créer des modèles pour habiller toutes les générations et aussi bien les gens de couleur que les Békés. 

Petit-Frère, lui se rêve musicien. Son enfance a été durablement marquée par son enfance sans mère, un véritable traumatisme pour cet enfant fragile et trop sensible.

 

Tous trois vont un jour quitter leur île dans les années 60, pour aller vivre dans la région parisienne. Là une autre vie les attend qui ne correspond pas vraiment à leurs rêves...

L'autre chose qui rendait maman bizarre pour les culs-terreux de Morne-Galant fut son arrivée des Grands Fonds, comme ça, sur le cheval d'Hilaire qui se tenait raide sous son chapeau sombre, une blessure sanguinolente à la tempe, la bride serrée dans ses grosses mains. Cette beauté blanche assise derrière l'un des Nègres les plus noirs de la contrée, et un des plus "brigands", comme on dit chez nous, ça faisait comme une insulte pour les deux mondes.

C'est un roman polyphonique en partie autobiographique qui donne tour à tour la parole à chacun des membres de la famille et, je le précise pour les lecteurs qui se perdent parfois parmi tous les personnages, on sait toujours dès le début du chapitre qui parle. 

Les personnages sont attachants, les anecdotes savoureuses, et c'est une plongée dans la vie guadeloupéenne du XXe siècle mais aussi dans celle de la métropole. Le lecteur partage les déceptions, les souffrances de l'exil, et l’espoir d'une vie meilleure ailleurs...

 

Nous voilà donc partis en voyage pour quelques heures d'une lecture magnifique et d'un dépaysement total. 

L'écriture est superbe, poétique et imagée, étayée de nombreux mots créoles, toujours traduits, et d'expressions qui donnent son rythme à ce roman qui se lit d'une traite et dans lequel on ne s'ennuie pas une seconde. 

 

J'ai aimé découvrir cette épopée familiale mais aussi l'histoire de la Guadeloupe à cette époque où elle n'était pas encore devenue touristique. Ils ont été nombreux à la fin des années 60, suite aux événements sanglants de 1967 en particulier, à quitter leur île pour la métropole où le plein emploi était bien présent et facilitait leur intégration. 

 

Inutile que je vous précise que ce roman a été une belle découverte pour moi. C'est une fresque familiale passionnante et qui sonne toujours juste. 

 

Conserver est un réflexe de gens bien nés, soucieux de transmettre, de génération en génération, la trace lumineuse de leur lignée.

En comparant mes souvenirs aux paroles d'Antoine, de Lucinde et Petit-Frère, je comprends qu'Hilaire représentait une Guadeloupe rurale frappée de disparition. Aucun des ses enfants n'appartenait au même monde que lui. Ils étaient de l'âge de la modernité, éloignés de la canne, plongés dans l'en-ville.

Vous pouvez aller lire l'avis de Zazy, ci-dessous. C'est elle qui m'a rappelé par sa chronique que ce roman était noté dans mon petit carnet depuis déjà un certain temps et qu'il était plus que temps que je le recherche à la médiathèque pour le découvrir à mon tour...

Je découvre en mettant le lien vers son blog, que nous avons choisis quelques citations communes !

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 06:21
Albin Michel, 2015 /Le Livre de Poche, 2016

Albin Michel, 2015 /Le Livre de Poche, 2016

Les moines du Septième Monastère de Shaolin étaient des légendes vivantes. Ceux qui en connaissaient l'existence les redoutaient. Ceux qui les rencontraient étaient terrifiés de la puissance physique et morale qu'ils représentaient. Leurs combats étaient toujours justes et ils ne faisaient d'exception à cette règle que pour défendre l'un des leurs, quitte à le punir eux-mêmes par la suite, de façon toujours plus sévère et plus impitoyable que ne l'aurait fait la justice.

Voici la suite des aventures d'Yeruldelgger dont le premier opus est présenté ICI !

 

L'hiver est rude dans les steppes glacées, et le pays est victime pour la troisième année consécutive du malheur blanc, le terrible dzüüd qui fait suite à des étés courts et caniculaires, et vitrifie la steppe prise entre blizzard et brouillard. 

La Mongolie est à l'abandon et considérablement appauvrie durant cette période post-soviétique.

Les villes sont polluées, les habitants s'enfoncent dans la pauvreté, et la corruption est partout. Le lecteur découvrira au cours de sa lecture, Krosnokamensk, une de ces villes à la dérive, connue pour ses mines d'uranium à ciel ouvert, ses quartiers emplis d'ouvriers mongols désœuvrés, où traînent de vieux nomades imbibés de vodka. Et Mardaï, surnommée la ville secrète, car elle ne figurait encore sur aucune carte quinze ans après le départ des soviétiques.

- On ne tue pas trois bidasses parce qu'ils ont volé un yack.
- On les a éliminés pour que leurs petites conneries n'attirent pas l'attention sur des conneries bien plus grosses.

Et nulle part, comme il l'avait tant espéré, un signe de Nerguii, son maître à penser du Septième Monastère.
- Il m'abandonne. Il me laisse à mes colères et ne viendra pas à mon aide. Cette fois il veut que je m'affronte. Je vais devoir descendre plus bas que moi-même et je ne suis pas certain d'en avoir la force. Mon âme n'est plus en harmonie avec l'âme de ce pays. En s'effritant, il m'érode. Il m'use. Ce que je perds en force d'âme, je vais devoir le gagner en colère. C'est ce qu'il veut me pousser à apprendre. C'est le message de son silence...

 

L'inspecteur Oyun est appelée sur une scène de crime. Un yack gît, le corps complètement glacé sur un mystérieux cavalier et son cheval. Gourian, un militaire du coin est chargé de l'accompagner. Elle va succomber à ses charmes, elle qui s'était promis de ne plus jamais laisser un homme s'approcher d'elle.
 

Pendant ce temps, ailleurs, au milieu de la steppe glacée,  dans un lieu protégée du massif de l'Otgonrenger, Yeruldelgger accompagne un passionné de rapaces, le "professeur" Boyardjian, toujours suivi  par Grandgousier, son yack apprivoisé qui accourt dès qu'il le siffle. Le "professeur" ne manque pas d'imagination et donne le nom d'auteurs français du siècle des Lumières, Voltaire, Diderot Montesquieu... à ces gypaètes ! Il a aussi créé un musée dédié à la faune et la flore de la région. En observant les oiseaux à la jumelle, tous deux découvrent un corps suspendu à la falaise.

 

Yeruldelgger est commissaire à la Criminelle d'Oulan-Bator, en Mongolie. Comme toujours, les ennuis pleuvent sur lui. Il se fait arrêter, et accuser du meurtre de son indic, une femme qu'on le soupçonne d'avoir également pris pour maîtresse. Il sera heureusement assez vite relâché. Mais qui a organisé cette arrestation ? Est-il victime d'un complot ?

Lui s'inquiète plutôt de la disparition du gamin de la victime. Elle l'avait adopté pour le sortir de la rue. En même temps que lui, un autre enfant a disparu : c'est Gantulga que le commissaire connait bien puisqu'il l'a en quelque sorte adopté lui-aussi, en le confiant à un monastère Shaolin.

 

Son enquête va le mener à la frontière russe et jusqu'en Europe, en France, au Havre exactement, sur la piste d'enfants disparus...piste suivie aussi par Zarzavadjian, un inspecteur arménien, qui découvre que les gamins sont séquestrés dans des containers. Zarza, qui apparaît dans la série pour la première fois ainsi que Soulzic, le journaliste trop curieux, a lui-aussi, comme Yeruldelgger, été mis de côté parce qu'il dérangeait. Il travaille aujourd'hui dans l'inspection des gares, des trains et donc des containers...

Mon avis...

 

Malgré le plaisir que j'ai eu à lire ce thriller, j'ai trouvé l'intrigue un peu plus embrouillée que dans le premier tome, comme vous vous en doutez les trois enquêtes vont se recouper. Il faut impérativement à mon avis, lire ce roman sans grandes interruptions sous peine de se perdre dans les lieux et les machinations. 

Heureusement que l'on connaît bien les personnages puisqu'on les a presque tous déjà rencontrés dans le premier opus. Le lecteur retrouve en effet, des personnages récurrents dans la série aux côtés de l'inspectrice Oyun. Il y a Gantulga, un des gamins rescapé du conteneur ; Solongo, le médecin légiste, amoureuse de Yeruldelgger ;  et surtout celui dont tout le monde a peur, et qui est recherché par tous car il représente la clé de tous les meurtres et trafics... Erdenbat. 

Même si on les connait déjà, ils font tous l'objet d'un portrait psychologique remarquablement bien brossé. 

 

J'ai trouvé que certains passages étaient très durs à lire, comme par exemple, les scènes de torture et les attaques dans les steppes glacées.

L'ambiance de ce roman noir est vraiment pétrifiante. Les morts dans ces étendues glacées n'ont rien de douces...

A la peur qui habite les hommes, s'ajoute la présence des loups qui protègent mystérieusement Yeruldelgger de ses ennemis.

Il y a aussi tous ces militaires qui survolent les lieux en hélicoptère pour parvenir à réaliser leur sombre trafic et n'hésitent pas à se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. Oyun en paiera le prix. 

 

Ce qui est intéressant, et là on sent bien que l'auteur est un journaliste passionné, c'est que se mêlent dans le roman, problèmes contemporains, coutumes ancestrales (j'ai adoré toutes ces références au peuple mongol), descriptions fabuleuses des paysages, et bien entendu grand intérêt pour des personnages pétris d'humanité et des ennemis totalement pourris, cruels et prêts à tout pour survivre..

Un auteur à découvrir pour les fans de thrillers ! 

Rien de ce qu'il venait de faire ne ressemblait à l'homme qu'il avait été. C'est à eux qu'il ressemblait maintenant. Il était devenu comme eux. Pire peut-être.
Mais il devait bien ça à Colette.

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 05:20
Denoël / Sueurs Froides, 2017 / Poche,2018

Denoël / Sueurs Froides, 2017 / Poche,2018

Ce n'est pas toujours facile de manger à sa faim. Chez nous, on a un principe, on met tout en commun, les pénuries et les bonnes nouvelles, par exemple quand il y en a une qui revient avec des œufs pour faire des galettes.

Faut pas regretter. C'est sa grand-mère qui disait ça. Pas de regrets, pas de remords, puisque de toute façon c'est trop tard...
Autant aller de l'avant. Regarder en arrière, écoute-moi bien, ça sert à rien.
Elle disait aussi : "Faut réfléchir avant. Y a que ça."
Et ça Moe l'a oublié, noyé dans sa cervelle.

Aux lendemains des attentats parisiens de 2015, l'Etat ne pouvant plus supporter le coût des services sociaux, ceux-ci ont donc été privatisés, amenant des dérives lourdes de conséquences pour les principaux intéressés. Dans ces centres d'accueil un peu spéciaux, les Casses, qui sont réellement d'anciennes casses de voiture, on accepte les paumés, les délinquants, les sans-abris, et les immigrés. Vous l'aurez compris, tous ceux qui dérangent...

 

Moe n'avait que 20 ans quand elle a suivi son homme en métropole, quittant définitivement sa Polynésie natale.

Mauvaise décision ! 

 

Six ans après, elle a un enfant et se retrouve à la rue, épuisée et sans argent, dans l'impossibilité de garder un emploi parce qu'elle n'a pas les moyens de faire garder son fils. Elle est recueillie par les services sociaux et envoyée dans un centre d'accueil pour les personnes comme elle... qui ne sont pas gâtées par la vie. 

C'est la Casse. Une ville loin de la ville, une prison en fait dont on ne peut sortir qu'en échange de 15 000 €... surveillée par des gardiens prêts à tout pour faire régner l'ordre mais aussi pour supprimer tout élément récalcitrant. Une ville où on oblige tous les adultes à travailler pour un salaire de misère et pour avoir droit à un peu de nourriture et où les plus chanceux dorment dans une caravane, alors que les autres ne possèdent qu'une vieille carcasse de voiture pour se protéger des intempéries. 

 

Moe s'installe dans une 306 grise. Elle atterrit dans un quartier de femmes où se retrouvent réunies cinq personnes formidables qui s'épaulent et se soutiennent, tout en tentant d'oublier la noirceur des lieux. Elles l'adoptent très vite, elle et son fils. 

Il y a Ada, la plus âgée qui s'est bâtie une renommée en soignant par les plantes, Jaja la rebelle, Poule la survivante, Marie-Thé qui est la douceur incarnée malgré ce qu'elle a vécu enfant, et Nini qui a du mal à supporter l'enfermement et s'enfuit la nuit pour s'amuser, aller danser et se faire un peu d'argent. Moe va se laisser tenter, pas pour elle, non, pour son petit Côme pour qu'il ne devienne jamais comme les enfants qu'elles voient voler ou mendier dans le centre. 

Ensembles, elles vont tenter l'impossible : subsister et garder espoir, mais il suffit qu'une seule craque et commette une erreur pour que tout le groupe soit en danger.

Ada a beau veiller sur le groupe, elle ne réussira pas à empêcher le destin de poursuivre Moe...

 

Et le sentiment qui envahit Moe, après, oscille entre l'émerveillement et le ridicule, à pousser des cris avec les autres quand une pluie d'étincelles jaillit sur l'écran de douze centimètres, un tout petit feu d'artifice, vraiment, pour la première fois il faut se baisser pour le regarder, pour la première fois il n'est pas au ciel. Pourtant l'émotion la submerge.

Voilà un roman bouleversant sur la solidarité et l’entraide. Vous ne pourrez rester indifférents au destin de ces femmes meurtries par la vie, car chacune a une histoire qui comme celle de Moe, va nous être contée au fil des pages. Et si le drame subsiste, l'espoir d'une vie meilleure, n'en reste pas moins bien présent. 

Dans ce roman, les hommes ne sont pas beaux à voir car responsables de beaucoup de malheurs : violence, viols, racket, trafic de drogue, corruption...

Ce roman est une dystopie particulièrement noire et terrifiante de réalisme, tant ce que l'auteur décrit pourrait advenir dans notre monde, où tout ce qui est différent fait peur.

D'ailleurs inutile de se voiler la face, c'est déjà à nos portes...

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 05:18
Stock, 2018

Stock, 2018

J'éprouvais une sympathie viscérale pour ce gosse. Comme lui, j'avais émigré à neuf ans. J'ai connu les bas-fonds, les bidonvilles des années 60 et les cités de transit des banlieues parisiennes. J'ai souffert de la pauvreté, parfois de la faim, mais surtout du rejet, du sentiment que mon existence était une gêne pour autrui...

Le monde est tellement en ordre, tellement intégré dans des théories et des pensées, tellement surveillé, gardé, commenté, qu'il est devenu comme une dalle de béton. Aucun passage, aucune lueur flamboyante ne sourd des profondeurs.

L'histoire se passe à Paris, aujourd’hui.

Elie est un ethnopsychiatre désabusé, aigri et n'ayant plus grande illusion sur la vie moderne quand son chemin croise celui de Youri, un petit migrant roumain, accompagné de sa maman gravement malade et qui ne va pas tarder à mourir.

Il a 10 ans, il parle peu, mais par son regard si intense, il exprime beaucoup de non-dits...

Youri est en effet très seul et rejeté partout où il passe. Il n'arrive pas à s'intégrer dans les foyers d'accueil. Personne ne veut le garder tant il affole autour de lui les responsables.  Ceux-ci ont donc sans tarder fait appel à Elie, connu pour sa connaissance des cas "étranges", voire des gens ayant des pouvoirs "paranormaux". 

Youri déclenche en effet parfois des catastrophes autour de lui sans que personne ne puisse lui en attribuer réellement la cause, ce qui dérange et inquiète les personnes qui l'entourent. 

 

Elie a quelques amis qu'il  va souvent retrouver dans une boutique de vêtements de son quartier, pas comme les autres, dans laquelle Samuel, le patron, et ceux qui viennent y passer un moment, refont le monde à leur façon. Youri, qui disparaît de temps en temps sans que quiconque n'arrive à savoir où il est allé, va se faire accepter par eux.

Tous ne tardent pas à découvrir eux-aussi que ce tout jeune enfant qui a vécu des choses peu communes, a des pouvoirs que l'on pourrait aisément qualifier de paranormaux. 

Mais est-ce bien Youri qui provoque ces phénomènes catastrophiques autour de lui ?

Est-ce lui qui à l'inverse, guérit certaines personnes de maux incurables ?

Est-ce un imposteur ou un nouveau messie moderne ?

 

En tous les cas Youri voit ce que les autres ne voient pas, et en dérange plus d'un dans son entourage, y compris Elie qui est fasciné par la personnalité complexe du jeune garçon qui peut entrer dans des colères incontrôlables et à cette occasion, blesser toute personne, qui entre dans son cercle privé, mais qui peut aussi... faire le bien.

 

Elie va nous raconter sa vie quotidienne tumultueuse ou plus tranquille avec le jeune garçon, tout en mêlant à ce récit sa vie personnelle, ses conquêtes amoureuses ainsi que ses réflexions sur le monde qui l'entoure.

Ce qu'il observe en tant que psy, à l'écoute de Youri et de son comportement, est tout à fait intéressant. Alors qu'il a décidé de le protéger et de s'occuper de lui, le lecteur va vite réaliser que c'est en fait Youri qui va prendre soin du vieux psy...

 

Evidemment comme tous les écrits de Tobie Nathan, ce roman est à lire au second degré et n'est pas facile à aborder par tous.  

D'abord l'auteur nous montre que ce petit gitan, venant d'un peuple mal aimé à beaucoup de choses à nous apprendre, à la fois pour aider son prochain, mais aussi pour comprendre ce qui nous apparaît a priori incompréhensible. Il met le doigt sur nos difficultés à être tolérants et à accepter vraiment la différence de l'autre.

Ensuite, il n'y a rien de religieux dans ce roman malgré le titre, mais l'auteur, nous fait réfléchir sur la nécessité pour les hommes d'aujourd'hui d'avoir une nouvelle croyance, "un nouveau Dieu", qui pourrait peut-être leur apporter le bonheur qu'ils attendent tant...et la paix. 

Et toujours, comme il sait si bien le faire, l'auteur nous invite à nous interroger sur notre façon de percevoir l'autre, de l'écouter, de l'accueillir, tout différent qu'il puisse être...et de l'accepter comme il est vraiment. 

Si nous ne lâchons pas prise, si nous n'acceptons pas le plongeon dans l'inconnu, à quoi nous servira notre vie ? 

L'auteur, lui même psy, a une façon bien à lui de nous conter son expérience dans ses romans, et cela peut être perturbant pour qui le découvre, mais malgré cela, j'ai aimé retrouver son style et son art de conter. 

 

Vous pouvez aller lire l'avis de Eve sur son blog (lien ci-dessous).

C'est elle qui m'a donné envie de découvrir ce titre.  Elle a été un peu déroutée par sa lecture, car elle découvrait l'auteur pour la première fois...

Moi j'avais déjà lu "Ce pays qui te ressemble" présenté ICI sur mon blog.

 

Lorsqu'un visiteur fait irruption dans notre monde, la lumière change de couleur, on ne sait plus d'où souffle le vent, les arbres - surtout les arbres - changent d'inclinaison et un son, presque imperceptible, une sorte de tintement, accompagne le pas des promeneurs.

L'amour est un guide touristique qui jette une lumière sur chaque pierre, sur chaque visage, chaque événement. L'amour ouvre les yeux si grands que le monde en devient irréel. Lorsqu'on aime tout le monde nous regarde et nous, l'amoureux, on a peur de se retrouver nu comme au premier jour.

Quelque chose en moi m'assure que le destin expédie des signes qu'il faut saisir...

Il faut prendre garde aux étrangers : parmi eux se cachent des êtres d'exception...

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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 05:24
Sonatine, 2015

Sonatine, 2015

Franck et Antoine, écrivait-il [le professeur], vivent une relation exclusive qui rend impossible toute idée de séparation. Ils se sont fondus en un individu unique, même s'ils continuent à s'affranchir l'un de l'autre. Pour le moment ce que désire l'un, l'autre le voudra...

La jeune Elodie Favereau est retrouvée morte chez elle dans son appartement de Boulogne-Billancourt, sauvagement assassinée. Ce sont les voisins qui ont donné l'alerte. L'enquête est facile pour le commissaire Robert Laforge, dépêché sur les lieux, trop facile. L'assassin a laissé tombé sa capuche devant une vidéo de surveillance, alors qu'il s'apprêtait à se débarrasser d'une hache_l'objet du crime_ dans une bouche d'égout du quartier. Il est bien entendu rapidement identifié : il s'agit du fiancé de la jeune fille, Antoine Deloye. 

 

Très vite, il va être placé en garde à vue et interrogé par Laforge, connu pour sa compétence et son professionnalisme. Mais le jeune homme clame haut et fort son innocence !

C'est alors qu'Etienne Brunet, l'adjoint du commissaire, découvre qu'Antoine a une copie conforme : son frère jumeau... Ce sont en effet des jumeaux homozygotes que rien ne peut différencier, ni leur aspect, ni leur ADN, ni même leurs empreintes digitales car ils souffrent tous deux d'une maladie génétique rare et ils sont nés, sans...

 

De plus, tous deux connaissaient la jeune fille (et couchaient peut-être avec elle), et tous deux ont le même alibi : ils disent avoir passé la soirée avec un ami, qui lui même, une fois questionné avoue ne plus être sûr du tout de savoir avec lequel des deux il était...

 

Les enquêteurs perdent patience quand Antoine se met à accuser son frère jumeau...et vice versa ! Forcément pour le commissaire et son équipe, il y en a un qui ment.

Lequel des deux est le véritable bourreau ?

 

Evidemment je ne vous dirai rien de plus, juste que ce sera un bon casse-tête pour les enquêteurs...et pour nous lecteur.

C'est un thriller troublant qui se lit très vite, parfait pour des vacances ou un week-end d'automne pluvieux. L'auteur, que j'avais découvert et apprécié en lisant "Hortense", présenté ICI, nous fait encore une fois entrer dans son univers empli de personnes troubles et malfaisantes.

 

Le suspense est bien présent et la vérité est révélée à la toute fin du roman (même si je l'avais deviné avant, je l'avoue). Mais ce n'est pas le crime en lui-même, ni le déroulement de l'histoire qui est important avec Jacques Expert : c'est la psychologie des personnages et la façon dont il nous tient en haleine...

 

Ici encore, on retrouve une voix off qui nous raconte la venue au monde, puis l'enfance de ces deux jumeaux bien particuliers. La fin est ouverte et donne à penser qu'il y aura une suite mais non, en fait ce sera à nous de l'imaginer.

Un roman parfait pour passer un bon moment...L'automne est là et les jours raccourcissent, profitez-en bien ! 

 

Séparément, leurs enfants étaient des anges. Ensemble, ils devaient se l’avouer, ils prenaient des allures de démons.

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 05:25
Le Dilettante, 2017

Le Dilettante, 2017

Tu es arrivée les bras chargée : des fleurs, un gâteau, du champagne, des cadeaux pour les enfants...Et les enfants étaient si heureux.
Si heureux...Pas à cause des cadeaux, à cause de ta présence. C'était la première fois que le monde extérieur s'invitait chez nous, la première fois que quelqu'un montait nous voir, c'était la vie qui revenait.

Un jour, il a plus été capable de monter dans le camion tout seul. Il a même pas fait semblant d'essayer. Il s'est assis devant le marchepied et il a attendu que je vienne. Ho, que je lui ai fait, tu bouges tes fesses mon gros père. Mais à sa façon qu'y m'a regardé, j'ai baissé la tête. Je l'ai porté jusqu'à sa place et y s'est couché comme de rien n'était, mais moi, ce jour-là, j'ai calé en démarrant.

Lorsque je regarde la bibliographie d'Anna Gavalda, je me dis que depuis "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" paru en 1999, qui avait été pour moi un vrai coup de cœur, bien avant que j'ai ce blog et qui m'avait permis de découvrir l'auteur, j'ai été souvent déçue par ses écrits.

La lecture de "Billie" que j'ai présenté ici, m'avait même carrément détournée de l'auteur, ce qui explique que depuis, j'ai hésité à la lire...

Heureusement "Fendre l'armure" m'a permis de renouer avec plaisir avec son écriture.

 

Il s'agit d'un recueil de sept nouvelles toutes différentes sur le thème de la solitude, du deuil mais aussi des rencontres. 

Que l'on connaisse leur prénom ou qu'ils s'expriment en disant "je", les personnages de ces histoires qui pourraient être vraies, se livrent à nous et racontent leur histoire. Ils tentent d'y voir clair dans leur vie, ils se confient et acceptent de casser leur carapace protectrice, d'où le titre du recueil.

 

Chacun est différent, tant au point de vue social que générationnel et s'exprime donc selon son propre mode de langage.

Il y a la jeune fille "cabossée" au langage cru mais qui est amoureuse de la poésie ; le jeune homme meurtri qui revient du mariage de son ex-petite amie, ; le père convoqué en urgence par la directrice de l'école de son fils (très drôle) ; la veuve devenue alcoolique alors qu'elle a deux enfants à charge ; l'homme d'affaire qui se retrouve à Séoul, seul, et songe à son ami disparu ;  le camionneur qui prend sa journée lui qui ne s'absente jamais, pour aller enterrer son chien (je crois bien que c'est celle que j'ai le plus aimé, elle est poignante) ; et une escapade "amoureuse" à deux à Mc Do, à la délicieuse chute ("Happy Meal" très drôle) que je vous laisse découvrir...

 

L'auteur rend toutes ces voix tellement authentiques que c'est un vrai bonheur de lire ces nouvelles. Elle porte sur eux un regard empli de tendresse et d'empathie et le lecteur ne peut qu'être profondément touché par tous ces personnages. 

C'est bien vrai, comme je l'ai lu ici ou là sur le net, qu'au fond tout cela est pétri de bons sentiments, mais je me suis laissée prendre par ces destinées particulières...tant elles sonnent justes.  

Un recueil à découvrir pour se faire du bien !

Et comme j'étais beau...Pardon, comme ce portrait était beau. Si beau que j'osais à peine me reconnaître.
...
Et sous ce lavis à l'encre de Chine, une très jolie écriture, très élégante et très harmonieuse me légendait ainsi :
"Nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie."

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 05:15
Trois petits tours / Hélène Machelon

J'ai tant de choses à raconter, je voudrais trouver un moment pour m'asseoir et écrire sur ce que je vis, ce que je vois. Pour ceux qui sont dehors, et qui n'imaginent pas.

Pas d'entorses, de points de suture, ni de poignets fêlés à notre étage. Chez nous les profils sont d'un autre type, celui qui s'installe, vit et prend racine pendant des mois voire des années dans mon service.

J'ai beau être cartésienne, je crois au miracle, au vrai, à celui qui n'a rien de scientifique. Lorsque nous avons tout tenté, et que plus rien ne dépend de nous, nous l'attendons. Le médecin lui laisse le temps et la chance de se pointer pour renverser le destin. J'ai été parfois témoin de cet élan irrationnel et surhumain du corps qui reprend vie et raye la maladie. Il nous laisse tous sans voix...

C'est un roman-témoignage, une auto-fiction que j'ai acquis pendant les vacances après avoir été sollicitée par l'intermédiaire de Babelio, par l'auteur elle-même. Comme je ne suis pas inscrite sur Netgalley (je le ferais peut-être), et que j'étais sur le départ vers ma maison de vacances, je n'ai pas profité de sa proposition de l'obtenir gratuitement.

Et puis, vous le savez.. je tiens aussi à mon indépendance et au départ vu le sujet, j'appréhendais cette lecture, je ne voulais pas avoir à formuler un avis négatif, sur un livre aussi personnel. Ainsi en le téléchargeant, je me sentais plus libre d'avoir mon propre avis sur cet écrit.

 

Je ne regrette pas un instant de l'avoir fait, même si le sujet ne fait pas partie de ce que je recherche habituellement.

D'abord avant de vous parler de l'histoire, je tiens à dire aussi que j'ai été agréablement surprise par la fluidité du texte et par la qualité de l'écriture.  C'était important de le dire maintenant car pour un auteur inconnu, ces qualités d'écriture sont très importantes pour moi...

 

Dans un service de pédiatrie particulier de l'Hôpital Necker, où l'on soigne les enfants et adolescents qui ont un déficit génétique, leur enlevant toute défense immunitaire, et les empêchant de vivre une vie normale, arrive la petite Rose et ses parents. Nous sommes en 2004.

Le lecteur sait dès les premières pages qu'il s'agit d'une autofiction car l'auteur dédicace son livre à sa petite Jeanne "tu n'étais pas née pour cette vie"...dit-elle, et précise que "des portraits dépeints, seuls les nôtres, du père et de la mère sont authentiques". 

 

L'auteur donne la parole à toutes les personnes qui entourent les parents et qui se sont occupées de la petite fille, et en miroir pour chacune d'elles, aux parents et à leurs ressentis face à la situation décrite, et à la personne concernée.

Ainsi le lecteur découvre les portraits de personnes formidables qui travaillent dans ces services où ils côtoient la mort à longueur de journée, mais où la vie est une victoire permanente sur le temps...

Leur ressenti, la façon dont ils arrivent à prendre un peu de recul pour se préserver, l'empathie dont ils font preuve envers les familles des enfants, tout est bouleversant, chacun réagissant avec son propre vécu, sa propre histoire familiale présente et passée. Nous constatons qu'ils n'ont pas choisi leur métier par hasard, que la vie ne leur a pas toujours fait de cadeaux à eux-aussi... 

 

Ainsi nous parle la pédiatre responsable du service, une infirmière qui fait tout pour se blinder face à la souffrance,  une maman bénévole qui vient animer les après-midis clown car "un enfant est un enfant avant d'être un malade", une secrétaire du service administratif, que tout le monde prend pour une peau de vache,  Aline, une amie devenue proche car elle a, elle-aussi, un enfant hospitalisé, l’aumônier, la vieille tante de la famille, et Jean-François, le thanatopracteur...

Tous ont des choses terribles à nous révéler et tous ont le cœur brisé chaque fois qu'un petit enfant s'en va...aucun enfant (et aucun parent) ne devrait vivre pareil destin.

Avoir des enfants en bonne santé est un bien précieux qui n'a pas de prix.  

Et bien entendu, il y a les parents, leur drame sans nom...

Comment appeler des parents ayant perdu leur enfant ? Rien n'est prévu dans le dictionnaire. C'est la plus grande douleur qui soit, même si la mort après la maladie est "adoucie" par l'idée que l'enfant ne souffre plus. 

 

C'est un premier roman poignant. Il sonne juste, il n'y a pas un mot de trop, aucun pathos...il parle directement à notre cœur avec beaucoup de délicatesse, des mots d'une grande douceur, mais il faut avoir le cœur bien accroché tout de même pour le lire.

 

En tous les cas, je peux vous dire que c'est mon coup de cœur parmi mes lectures d'été, sans aucun doute possible au sens propre et au sens figuré...alors que ce n'est pas du tout le genre de lecture que je recherche. 

 

Ce livre bouleversant est un bel hommage de l'auteur à cette petite fille, si belle et pétillante qui ne demandait qu'à vivre, un hommage aux personnels hospitaliers tant négligés aujourd'hui, alors qu'ils font des prouesses au quotidien et...une histoire d'amour, celle d'une mère et d'un père, mais la parole est donnée davantage à la mère, et de leur enfant partie trop tôt.

J'espère que l'écriture aura été bienfaitrice pour eux.

Pour nous, ce livre nous démontre qu'encore une fois il nous faut profiter de ce que nous avons... ici et maintenant.

A découvrir, même si la lecture est douloureuse pour nous parents, et grands-parents. 

Saviez-vous que les petites filles naissent pour faire tourner leur jupon de princesse jusqu'à s'étourdir, pour massacrer les bâtons de rouge à lèvres en se tordant les chevilles sur les escarpins de leur mère, pour sauter sur les lits et s'admirer dans le grand miroir de l'entrée en récitant des poèmes ?
La mienne aussi.
Enfin, c'est ce que je croyais...

Je vous invite à lire l'avis de Eve ci-dessous...

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 05:15
Nombre 7 Éditions

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Les mains ballantes, je me remplis d'inutilité en descendant l'escalier.
- Bonjour, le jour de plus, dis-je en ouvrant grandement la porte principale qui laisse passer un soleil tiède et donne à Boby Lapointe un air de vacances.
Au-dessous du ciel immuablement azur, c'est un jour à dire "oui" à tout.

Dans les jours optimistes, je suis une chômeuse intermittente, et dans les jours pessimistes,une travailleuse précaire. Pour les uns, le travail est une obligation, pour moi, il est devenu une malédiction. Il occupe de moins en moins de mon temps, mais prend de plus en plus de place.

- L'homme moderne pense être maître de la planète, et voilà où cela nous mène.
- Ah, ça, c'est bien vrai.I Il nous faudrait réinventer certains métiers, comme professeur de mathématiques pour réapprendre à compter les uns sur les autres
- Ou bien électricien pour rétablir le courant entre les gens.

"Boby Lapointe" c'est un immeuble de trois étages pas comme les autres. D'abord il est situé à Montpellier, une ville du sud où il fait très chaud l'été (quoique cela ne veut plus rien dire, vu la chaleur que presque tout le monde a eu cet été !). 

Dans cette ville, le ciel est souvent bleu mais la chaleur existe aussi dans les cœurs et c'est de cela que l'auteur a voulu nous parler. En effet, d'un étage à l'autre, d'une porte à l'autre, les habitants essaient de veiller les uns sur les autres, tout en respectant ce que l'autre ne veut pas dévoiler de sa vie, ou révéler de ses faiblesses. 

 

Là, au milieu de tous ces gens terriblement humains, il y a l'héroïne, Héraultine, pour une habitante de l'Hérault, l'auteur ne pouvait trouver mieux comme prénom ! Elle est au chômage, elle s'occupe comme elle peut, et a sombré dans la dépression depuis que ses parents ont été tués dans les attentats du 11 septembre, alors qu'ils étaient partis passer quelques jours de vacances à New York. 

Et puis il y a les voisins : Dominique et Camille qui se sont toutes deux trouvées et qui s'aiment, malgré les difficultés d'être homosexuelles aujourd'hui ;  Dolorès et Vital qui n'arrivent toujours pas à surmonter, suite à une chute de Dolorès il y a des années, la perte de leur bébé in utero,  Babette...et puis les autres. Le lecteur les découvre, et passe d'un étage à l'autre, d'une porte à l'autre et d'une personne à l'autre.

 

Il ne se passe rien dans ce roman... il n'y a pas d'histoire. La narratrice raconte juste tous ces petits riens qui relient les différents habitants de cet immeuble et tissent entre eux une toile de bienveillance. 

 

L''auteur sait nous faire entrer dans l'ambiance de ces instantanés de vie, mais aussi dans les souffrances des uns et des autres, et c'est par moment très lourd à porter pour le lecteur. Notre vie n'est pas forcément facile et chacun au cours de sa vie, subit des pertes et des souffrances, mais au final, j'ai trouvé que les personnages se complaisaient un peu trop dans leurs malheurs. 

J'ai trouvé que ce n'était pas un livre très optimiste_même si la fin apporte son lot d'ouvertures, de changements et de possibles_ et cela, malgré quelques passages amusants (voir les extraits choisis), et le fait que les personnages véhiculent plein de bons sentiments.

Je ne me suis attachée à aucun des personnages en particulier, même à la narratrice, et j'ai trouvé ça dommage.

Malgré tout, Boby Lapointe, le poète, n'est jamais bien loin et, ici ou là, le lecteur savoure quelques belles images, expressions ou autres jeux de mots qui vont le ravir. Et c'est un bel hommage que l'auteur lui rend en ayant nommé ainsi son immeuble et étayé son roman de ces jeux de mots, si chers à Boby. 

 

L'auteur nous livre-là son premier roman après avoir écrit de nombreuses nouvelles dont certaines ont été primées. Le roman est bien rythmé, le vocabulaire soutenu, le style agréable et c'est plein de références littéraires. La façon dont l'auteur nous parle des personnages, est emplie d'humanité. 

En fait, quand j'ai abordé cette lecture, je ne me rappelais pas que l'auteur avait écrit des nouvelles et c'est justement le ressenti que j'ai eu en lisant ce roman...je me suis dit que chaque personnage pris séparément pourrait faire l'objet d'une histoire propre qui m'aurait, je crois, bien  plus intéressée au final. C'est amusant d'avoir pensé ça et de découvrir ensuite que l'auteur est déjà une nouvelliste confirmée. 

 

En conclusion, j'ai un avis mitigé sur ce roman, car il m'a manqué un petit quelque chose tout au long de ma lecture. Certains passages m'ont plu mais j'ai l'impression d'être passée à côté des autres ; à chaque page, j'attendais de ressentir quelque chose, alors que dans les faits, je suis restée en dehors, comme spectatrice...j'aurais aimé habiter l'immeuble et me mêler à ses occupants, cela n'a pas été le cas.   

Pourtant j'ai lu ce roman dans des circonstances idéales si je puis dire : en vacances, en prenant tout mon temps, en dehors de la période de canicule, et sans être dérangée par les petits-enfants qui n'étaient pas encore arrivés, et surtout...  je suis loin d'être du genre insensible !

Il reste que ce livre est un cadeau et que ce cadeau est précieux pour moi... Mais vous le savez à présent, je suis toujours très sincère dans mes propos et je tiens à le rester quoi qu'il m'en coûte. 

L'auteur je n'en doute pas, a de l'avenir devant elle. Elle m'a laissé à l'intérieur du roman, une très jolie dédicace, et je la remercie de tout mon cœur pour cela et lui souhaite bonne chance pour ses prochains écrits. 

 

Retrouvez l'avis d'Erika ci-dessous...elle vous rappelle que si vous voulez lire ce livre, vous pouvez vous inscrire chez Mimi, car c'est un livre voyageur...

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:02
Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Calmann-Lévy, 2014 / Collection "France de toujours et d'aujourd'hui"

Le noroît avait forci, mugissant comme un taureau furieux dont aucun obstacle ne venait entraver la course folle, ni forêts ni bosquets. Ouessant était une île dans arbres, à part ceux du cimetière, couverte d'une maigre pelouse où ne fleurissaient, en cette saison, que les roches de granit noir.

La plupart des veuves acceptaient la nouvelle sans révolte. Après tout, leur vie entière n'était rien d'autre qu'une longue attente, un lent apprentissage de la solitude. Que leurs maris soient morts ou bien en mer, au fond, quelle différence ? Elles avaient appris à vivre sans eux, à se débrouiller toutes seules.

Vers 1930, sur l'île d'Ouessant, la jeune Marie-Jeanne Malgom, tout juste devenue mère, apprend que son mari, Jean-Marie a péri en mer. Elle refuse d'y croire...ce qui inquiète son entourage. 

Marie-Jeanne est une jeune femme terriblement seule. Mal acceptée depuis sa naissance par la petite communauté de l'île, car son père n'était pas originaire d'Ouessant, elle reste pour tous, la "fille du marsouin" et l'enfant d'une "fille de la pluie". Vous comprendrez pourquoi en lisant le roman. 

Il semble même que tous autour d'elle se réjouissent de son malheur, sauf Fanch, l'adorable parrain de son mari, et Yves, l'éternel ami de la famille, l'unique aubergiste de l'île, qui la connaît depuis sa plus tendre enfance, et rêve en secret de l'épouser. 

 

Dans cette île du bout du monde, traversée par les tempêtes, où les croyances et les légendes sont encore bien présentes, la jeune femme n'a qu'une seule solution, aller demander l'aide de Malgven, la magicienne-sorcière et de ses sœurs qui vivent cachées au fond d'une grotte.

Car, Marie-Jeanne en est certaine, son mari est non seulement toujours en vie, mais il a été pris dans les filets des Morganes...ces mystérieuses sirènes qui attirent les marins pour ne plus jamais les relâcher.

Elle ne va pas un seul instant hésiter, à signer un pacte de sang avec les magiciennes (en sacrifiant un agneau nouveau-né) dans l'espoir que son mari lui revienne avant la Toussaint, comme le lui a prédit la sorcière. 

  

Mais alors que la date fatidique approche, et qu'elle a éconduit Yves, qui a fini par lui déclarer sa flamme, un jeune ornithologue, timide et émotif, vient s'installer pour quelques temps sur l'île, afin d'observer la migration des oiseaux.

Marie-Jeanne, est aussitôt très attirée par ce jeune homme charmant et c'est réciproque. Elle se sent renaître et prête à oublier son mari adoré. Mais le drame survient, ne lui laissant plus qu'un seul choix possible...

 

Quoi qu'elle décide, rien ne sera comme elle l'avait espéré...

Je les ai vues, tu sais, quand j'étais jeune...,poursuivit la vieille femme. C'était il y a bien longtemps. Tout a tellement changé, depuis. Le monde n'est plus le même. Personne ne croit plus à rien. On croit à peine à Dieu. Et plus du tout à la magie. Comment veux-tu que, dans ces conditions, les êtres de l'autre monde s'intéressent encore aux hommes ? Les sirènes, c'est comme les femmes. Elles ont besoin d'amour, sans ça elles dépérissent.

Dans une atmosphère particulièrement mystérieuse, oppressante, voire sinistre, l'auteur arrive à retranscrire avec réalisme l'ambiance de l'île au début du XXe siècle, les us et coutumes locales, les légendes qui se mêlent au réel, la rude vie quotidienne des pêcheurs et de leur famille, ainsi que les rumeurs qui ont vite fait de circuler d'une habitation à l'autre malgré la distance qui les sépare. 

Nous faisons connaissance avec Marie-Jeanne et son fils Kado, mais aussi avec tout un panel de personnages.

 

C'est un roman à la fois historique et du terroir que j'ai trouvé noir, voire très noir ! Il y a des drames et beaucoup de violence tant verbale que physique, mais c'est un livre très prenant qui nous donne envie de savoir ce que l'avenir réserve à cette héroïne solitaire et tellement mal-aimée. 

Evidemment, tout cela est voulu par l'auteur car au-delà de l'histoire de Marie-Jeanne, il veut nous faire vivre, comme à cette époque, sur cette île isolée du continent, où les femmes trop seules puisque leurs maris sont partis en mer, étouffent à force de vivre en huis-clos. Elles n'ont pour guide que le prêtre du  village qui tente de les maintenir dans des rites et des croyances strictes, et de les effrayer pour les éloigner des pratiques païennes encore bien trop présentes à son goût. 

Le lecteur pénètre peu à peu dans ce monde sordide et cruel, dans cette ambiance plutôt glauque où l'être humain se sent tellement seul face aux éléments qui se déchaînent...

 

J'ai aimé les descriptions de l'île. Cela m'a rappelé de bons souvenirs. En effet lors d'un de mes séjours en Bretagne, j'ai eu la chance de passer une journée sur l'île d'Ouessant et cette île m'a marquée : il y règne une ambiance vraiment spéciale tant elle est encore aujourd'hui sauvage. 

J'ai aimé également les détails décrivant les traditions et les fêtes, y compris religieuses, comme la "proella" qui doit permettre à l’âme du marin perdue en mer, de revenir sur sa terre natale.

 

Je n'ai pas aimé par contre la façon dont les femmes sont considérées dans ce roman.  Je sais bien que l'auteur n'a fait que retracer ce qu'on sait de cette époque, et de ce rude milieu de pêcheurs, essentiellement masculin, mais c'est presque étonnant de voir à quel point les femmes ne sont pas respectées et du coup, ne se respectent pas elles-mêmes. Elles vivent seules sur une île, complètement isolées de tout, en attendant pour la plupart de devenir veuves...car tel est leur destin à toutes. On s'attendrait à trouver une certaine solidarité entre elles, mais il n'en est rien et leur vie n'a rien de drôle dans cette ambiance.

Je n'ai pas aimé non plus, les passages où l'auteur parle de Mariannick, la jeune servante trisomique de Yves, l'aubergiste. Bien entendu il faut replacer encore une fois, les propos de l'auteur dans le contexte de l'époque. Yves a eu la bonté d'employer la jeune fille, alors que tout le monde la rejetait, mais la pauvre jeune femme doit subir sans cesse des propos méprisants de sa part et de la part des personnes qui fréquentent l'auberge. L'alcool aidant, la pauvre doit subir aussi des violences physiques qui m'ont mises carrément mal à l'aise.

 

Donc à la fois, ce roman est bien entendu à découvrir car il retrace l'histoire d'une époque, et la vie sur cette île sauvage, isolée du continent, mais il faut savoir que certaines scènes peuvent surprendre et choquer le lecteur. 

Vous voilà prévenus...

C'était peut-être à cela, après tout, que servaient les simples d'esprit. Ils étaient des défouloirs. Des agneaux innocents que l'on pouvait impunément faire souffrir, car ils n'avaient ni l'intelligence de se plaindre ni la ruse de se venger.
En un instant, Yves comprit les raisons qui avaient conduit la mère de Mariannick à en faire son souffre-douleur.
Et cela lui fit peur...

Suite au commentaire de Quichottine mis ci-dessous, je vous précise que le tableau de couverture est une oeuvre de John William Waterhouse, intitulé "Miranda La Tempête" (1916). Merci à elle pour ce complément d'information. Je vous invite à lire l'article qu'elle avait rédigé à ce sujet...c'est un très beau tableau qui en effet a contribué à ce que je tende la main vers ce roman, pour l'emprunter en médiathèque.  

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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 05:22
Michel Lafon, 2017

Michel Lafon, 2017

Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière, empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s'apercevra que l'argent ne se mange pas...

Sitting Bull

La nature n'appartient pas à l'homme. C'est l'homme qui appartient à la nature.

Seattle

Cela fait une éternité que je n'avais rien lu de Maxence Fermine, un auteur que pourtant j'apprécie beaucoup pour son écriture toujours poétique. 

J'avais beaucoup apprécié d'ailleurs en 2013 la lecture de "Neige", présenté ici sur le blog. 

 

Richard Adam est charpentier sur les immenses tours d'acier de Duluth dans le nord des États-Unis.

Parce qu'il en a fait la promesse à Tallulah sa mère, récemment décédée, il va prendre quelques jours de congés pour retourner sur les terres indiennes où elle est née et où lui n'est jamais allé, afin d'y disperser ses cendres. Elle avait été exclue de la tribu car c'était impossible pour ses membres d'accepter qu'elle épouse un blanc. 

Ce retour aux sources sera pour lui une magnifique découverte d'un monde dont il ne soupçonnait pas l'existence. En effet, les rencontres qu'il va faire dans cette réserve du Dakota du Sud, font partie de celles qui bouleversent une vie, qui remettent en question nos certitudes et nous font imaginer d'autres possibles.

Dès son arrivée dans la réserve, Richard s'émerveille, rencontre certains membres de sa famille et s'étonne de tout ce qu'il découvre, mais il n'est pas au bout de ses surprises... 

Dans ce court roman d'à peine 200 pages, l'auteur aborde avec finesse et beaucoup de réalisme, le massacre des sociétés amérindiennes. Il nous rappelle les principaux événements qui ont amené l'Amérique à décimer leurs peuples. Obligés de vivre aujourd'hui, cloîtrés dans des réserves, dans la pauvreté et la dépendance à l'alcool et aux drogues, ces hommes dont la culture était d'une grande richesse et qui savaient vivre en parfaite harmonie avec la nature, ne sont plus que l'ombre d'eux-même...

J'ai aimé retrouver l'écriture toute en délicatesse de l'auteur et la poésie de ses textes qui sonnent toujours juste. J'ai aimé les citations qui précèdent chaque chapitre et que l'on retrouve ensuite au cœur du texte. 

L'auteur nous livre ici un récit initiatique magnifique ! La quête de cet homme de quarante ans pour comprendre d'où il vient et qui il est, ne pourra pas vous laisser indifférents. De plus, les personnages sont tout à fait attachants et ce roman est une belle réflexion sur l'importance de nos origines pour notre propre parcours de vie. 

La paix n'arrive jamais par surprise. Elle ne tombe pas du ciel comme la pluie. Elle vient à ceux qui la préparent.

Tecumseh

Fais du bien à ton corps pour que ton âme ait envie d'y rester.

Proverbe amérindien

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