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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:35
Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Chez elle [fatou] on savait dire "je t'aime" à ses enfants. On les touchait. On les étouffait de caresses, pour vérifier qu'ils étaient encore vivants, pour vérifier qu'on l'était encore, qu'importe. On savait leur dire qu'ils comptaient plus que tout le reste. Bien plus que les fins de mois difficiles, que la haine qui régnait partout, sourde, dans cette ville, depuis qu'elle avait basculé entre les mains des racistes...

 

Annabelle est une jeune collégienne en classe de troisième. Elle vit une situation familiale difficile, sa mère étant dépressive et incapable de s'occuper d'elle. Heureusement, elle a une amie qu'elle apprécie beaucoup, c'est Fatou...

Chez elle ce n'est pas comme à la maison, on sait parler d'amour et manifester par des gestes et des mots tendres que l'on se soucie des autres.

 

Dans la classe d'Annabelle, rien n'est simple non plus et la situation est quasiment explosive en cette veille de weekend prolongé de Pentecôte. 

La jeune professeur de français que les élèves surnomment "Et chérie chérie" tente de les inviter à débattre sur le roman de Radiguet "le diable au corps" mais personne ne veut jouer le jeu. Elle finit par exclure les trois plus pénibles garçons de la classe qui se prennent la tête depuis le début du cours et sont incapables d'arrêter de s'insulter.

 

Mais Fabien, un des garçons exclus, décide de se venger à la fois de son professeur et de ses camarades qu'il juge responsables de cette exclusion.

Il va être aidé par Sébastien, l'ex-petit copain d'Annabelle qu'elle vient de quitter et qui le prend très mal (car c'est la première fois qu'une fille ose le faire). 

Tous deux n'hésiteront pas un instant à se rendre au concert prévu ce soir-là, pour laisser libre cours à leur agressivité, certains d'être dans leur bon droit et soutenus par leurs parents.

Toute la jeunesse de la ville s'y trouve réunie, car le concert est organisé pour soutenir les "sans-papiers" que le père de Fabien, adjoint au maire de la ville, fait expulser depuis que la municipalité a basculé à l'extrême.

Le drame éclate...

 

Les gens couraient dans tous les sens et je perdais complètement mes repères. Je n'arrivais plus à savoir exactement dans quelles directions se trouvaient les issues.
J'ai tenté de ramper sur le béton parmi les éclats de verre en me guidant tant bien que mal aux pas des spectateurs qui s'enfuyaient. La panique me faisait manquer d'air et de force. Chaque centimètre me coûtait un effort plus terrible que le précédent. J'allais abdiquer lorsque ma main a rencontré le petit corps d'une gamine assise-là sur mon passage et qui pleurait...Somaya appelait Fatou d'une voix sourde et déjà presque inaudible.

 

Dès le départ, le lecteur prend connaissance d'un drame à venir, même s'il ne sait pas lequel car le texte présente des encarts en italiques qui donnent la parole à deux personnes, encore vivantes...mais on ne sait pas encore pour combien de temps. 

Très vite, le lecteur va comprendre que ce n'est pas un hasard si l'auteur se focalise sur les événements survenus en classe, cet après-midi là... C'est un de ces jeunes adolescents qui va "péter un câble". 

La tension monte en effet rapidement et le lecteur, au fil du récit, se révolte devant tant d'injustice et de violence et finalement voit arriver le dénouement avec soulagement.

 

On se prend d'amitié pour Mokhtar qui n'est pas un mauvais bougre malgré sa fougue et sa promptitude à répondre. Il va servir de bouc émissaire à la cruauté et la trahison des jeunes racistes irresponsables, mais se croyant soutenus par leur famille. 

Annabelle, l'héroïne, nous émeut par ses questionnements et ses "moments de grâce" auxquels elle s'accroche pour trouver quelque chose de positif à sa vie quotidienne. Son envie de vivre et d'être heureuse nous touchent de près.

Isabelle l'enseignante, qui nous semble bien démunie au départ, est un des personnages attachants du roman car elle montre bien que parfois, il est difficile quand on a ses propres problèmes de faire face à ces ados rebelles et agressifs. 

 

L'auteur nous offre ici une belle écriture, un rythme époustouflant pour ce roman qui nous entraîne dans la spirale de la violence.

A la fois roman d'ado et thriller social, il montre bien comment de simples violences verbales vont être montées en épingle et servir de prétexte à des actes barbares et irréfléchis.

Voilà donc un roman très réaliste et crédible qui, je l'espère fera réfléchir les jeunes sur la montée de la violence et les conséquences de leurs actes...

Une lecture marquante pour un roman très fort dont nous ne sortons pas non plus indemnes, je vous l'assure.

A réserver aux plus  de 13-14 ans. 

 

J'ai repris le chemin de la maison en songeant que mon jardin secret était planté de pousses maladroites et semblables. Des mauvaises herbes qui luttaient, qui parfois réussissaient à fissurer les murs, les trottoirs et la ville, mais pour en faire un chouette jardin d'agrément, c'était assez pauvre. Il fallait que je change les choses.

 

Hubert Ben Kemoun est devenu un auteur prolifique en littérature jeunesse dès les années 90. Il a toujours ancré ses romans dans la réalité et les problèmes de société. 

Mais là alors qu'il a fini d'écrire ce livre, c'est la réalité cette fois qui l'a tragiquement rattrapé et il s'en excuse à la fin du livre. 

 

J'ai découvert ce titre chez DocBird, une blogueuse enseignante-documentaliste passionnée et qui partage avec nous ses lectures adultes et ados : romans, documentaires, mangas, il y en a pour tous les goûts. C'est elle qui m'a donné envie de le lire et de l'emprunter à la médiathèque de mon village...

Je la remercie ici pour cette belle découverte.

N'hésitez pas à aller lire sur son blog sa superbe chronique, en cliquant ci-dessous...

 

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:18
Gallimard / Hors série "connaissance", 2014

Gallimard / Hors série "connaissance", 2014

Tu es donc condamnée « à être toi », sans raison, mais tu n’as rien à regretter ! Tu sais bien que ta question, aucun animal ne se la pose : le chat se contente tranquillement d’être chat, car il ne dispose pas d’une langue lui permettant de se distinguer des autres chats à l’aide de la première personne du singulier, et il ne s’oppose aux autres animaux que par son instinct. Au contraire, ta question prouve que le moi humain (donc le tien !), est inquiet, ouvert à d’autres possibilités que lui-même. C’est toute la richesse de cette « identité humaine sans raison » qui, toujours soucieuse de ce qu’elle n’est pas, s’invente, avec le Temps, des raisons d’être.

Extrait de la réponse à la question "Pourquoi moi je suis moi ? Annie, 5 ans

 

Cela arrive souvent que les enfants nous surprennent par leurs questions, posées à des moments où on ne s'y attend pas. Ces questions, pourtant simples et souvent emplies de logique, nous troublent parfois et nous ne trouvons pas de réponse immédiate qui nous satisfasse. 

Pierre Péju, l'auteur de ce petit livre, tente de remettre ces questions dans leur contexte pour leur donner un sens, et il y répond en s'adressant à un enfant imaginaire. 

Pendant deux ans, alors qu'il travaillait dans une chronique régulière pour Philosophe magazine, l'auteur a répondu chaque jour à une vraie question posée par un enfant, en s'adaptant toujours à l'âge de l'enfant.

 

Voici un livre un brin métaphysique mais toujours poétique qui nous permet de retrouver notre enfance, ce temps où nous avons découvert la pensée, la mort d'un être cher, l'existence, la liberté, les droits et les devoirs...

Parmi les 21 questions différentes qui ont été réunies dans ce recueil vous y trouverez des questions du style : "Qu'est-ce qu'il y a dans le noir qui fait toujours peur ?" ; "Et moi, est-ce que je pourrais faire la guerre, un jour ?" ; "Si on remplaçait les billets de banque par des feuilles d'arbres, personne ne serait pauvre ?" ; "Une fois qu'on nous a fait un baiser, comment on fait pour l'enlever ?" ; ou "un jour, tu vas mourir, mais qu'est-ce que tu feras quand tu auras fini d'être mort ?" etc...

Des questions souvent poétiques, comme beaucoup d'enfants savent si bien les poser lorsqu'ils découvrent le monde.

Je vous laisse donc le soin de découvrir les réponses...

 

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:29
Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

 

Le temps du Printemps des Poètes se termine ce week-end et je ne pouvais pas clore cette quinzaine un peu particulière sur ce blog sans vous parler d'un grand poète qui s'est intéressé de près à la négritude.

Il s'agit d'Aimé Césaire que vous connaissez tous, je pense.

 

D'abord je vous laisse découvrir deux de ces poèmes. Il en a tant écrit que le choix a été difficile ! 

Le premier poème vient de paraître dans un recueil de littérature jeunesse, présenté en format album...

 

 

Chanson de l’hippocampe (extrait)

Aimé CÉSAIRE

Recueil : "Moi, laminaire"

 

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d’amours supputées

mal arrachés au sifflement des mares

un jour rétif

nous t’enfourcherons

et tu galoperas petit cheval sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

 

 

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

 

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, l'écouter ci-dessous en entier...

 

Le second poème est extrait de "Cahier d'un retour au pays", un recueil paru pour la première fois en 1947 chez Bordas et réédité plusieurs fois depuis. 

 

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile (extrait)

Aimé CÉSAIRE

 

*************

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l’épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi-même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d’initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.

Faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine…

 

Aimé Césaire, un poète mondialement reconnu

 

Si vous voulez découvrir d'autres poèmes, vous pouvez consulter le site de poésie française, Wikipoèmes et en particulier les pages qui lui sont consacrées. 

 

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Il est mort en 2008 à Fort-de-France. 

Il fait partie d'une grande famille de sept enfants. Sa mère est couturière et son père instituteur. C'est sa grand-mère, qui savait lire et écrire comme peu de femmes de sa génération, qui lui enseigne le goût de la lecture et lui donne envie d'écrire.

Après des études en Martinique, il obtient une bourse pour étudier à Paris en 1931. C'est là qu'il va devenir ami avec Léopold Sedar Senghor et cette amitié durera toute leur vie. 

Il fera paraître son premier cahier en 1939 et fondera la revue "Tropiques. Dès 1945, il devient maire de Fort-de-France. 

C'est un grand poète, dramaturge et écrivain mais aussi un homme politique important qui a joué un rôle considérable dans le concept de négritude, qu'il a partagé avec Léopol Sedar Senghor. Opposé au colonialisme il a lutté toute sa vie pour l'égalité des droits entre les peuples. 

Sa poésie a été dès le départ saluée par André Breton et Jean-Paul Sartre avant de devenir aujourd'hui internationalement reconnue. 

 

Ecoutez-le nous parler un très court instant de la négritude...

 

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, cet article est le dernier concernant le Printemps de Poètes 2017 sur le thème Afrique(s).

MERCI à ceux qui m'ont suivi pendant cette quinzaine ! 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 07:21
La double page du magazine Phosphore

La double page du magazine Phosphore

 

Depuis trois ans déjà, le printemps des poètes et le magazine Phosphore organisent en partenariat un jeu autour de la poésie.

Le magazine propose aux lycéens une dizaine de textes dans ses pages et invite les jeunes à voter pour leur préféré, celui qui les touche mais aussi celui qui correspond à leur vision de la jeunesse, à leurs attentes et à leurs rêves de jeunes de 17 ans. 

Ce poème devient ainsi le poème de leur 17 ans...et chaque année ce poème est ensuite publié dans les pages du journal pendant le printemps des poètes. (et lu lors d'une animation à Paris). 

Cette année le poème lauréat est "Ma vie est une chanson" de Francis Bebey.

Je vous le transcris ici car sur la double page illustrée du magazine, c'est difficile de le lire...

 

  

 

 

 

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds "Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil"

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi

Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t’emmener au pays d’où je viens
Où j’ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de l’amour
De la terre avec le soleil

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi.

Francis Bebey (1929 - 2001)
L’Harmattan éditeur

 

 

En 2015 le poème lauréat était "Avant de naître" de Ian Monk.

En 2016, "Inconnu n'est pas étranger" de Yvon le Men. 

 

On est pas sérieux quand on a 17 ans / Partenariat Printemps des Poètes-Phosphore

 

Qui était Francis Bebey, le lauréat de cette année ?

 

Né en 1929 à Douala, il est initié au chant par son père, un pasteur protestant qui joue lui-même de l'accordéon et de l'harmonium. Il n'écoute en famille que Bach ou Haendel mais va découvrir grâce à son voisinage, les musiques traditionnelles de son pays qui deviendront sa passion. 

Il joue d'abord du banjo puis de la guitare et quitte le Cameroun dans les années 50 pour venir résider à Paris où il s'inscrit à la Sorbonne pour passer sa licence d'anglais. C'est durant ses études qu'il fréquente et devient l'ami de Manu Dibango

Francis Bebey décide ensuite de partir aux États-Unis pour étudier le journalisme. Il va là-bas composer sa première pièce pour guitare. 

 

Il devient alors journaliste et reporter de radio en Afrique et en France, puis responsable du département de musique de l'UNESCO. 

En 1968 son roman "Le fils d'Agatha Moundio" est récompensé par le Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire" et la même année, il se produit en concert à Paris, au centre américain. 

En 1974, il décide de se consacrer uniquement à la création et à la composition musicale mais aussi à l'écriture de poèmes, de contes, de nouvelles et d'articles de presse.

En 1977, il obtient le Prix SACEM de la chanson française. 

C'est par ses chansons humoristiques qu'il attire le public mais très vite, celui-ci est conquis. Il se produit partout, sur tous les continents dans des lieux prestigieux. 

 

Résolument moderne, musicien libre et créatif, il a osé tous les instruments de la guitare classique à la flûte pygmée. 

Ce grand poète, écrivain, auteur-compositeur interprète camerounais nous a quitté en 2001 mais fait toujours partie des précurseurs qui ont permis la reconnaissance des musiques africaines.

 

Pour en savoir plus sur lui, je vous invite à lire sa biographie racontée par ses enfants...

 

 

Et à écouter (car ce n'est pas une vidéo) ces quelques extraits de guitare...mais vous avez le choix sur youtube si vous ne le connaissez pas. 

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 07:33
Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Je n’ai pas de frères de race,
ni de religion, ni de communauté,
pas de frères de couleur,
pas de frères de guerre ou de combat,
je n’ai que des frères de Terre.

Extrait / Michel Baglin

 

Voici un petit recueil de poésies, de comptines et de paroles de chansons qui s'adresse aux collégiens à partir de 12 ans.

 

En quatre chapitres : "Je ne suis pas du bon côté" ; "De mon peuple décimé" ; "Debout et libre" ; "Chaque visage est un miracle"...le lecteur découvre une quarantaine de poèmes d'auteurs variés qui parlent de la tolérance, de la différence, d'égalité entre les hommes, de solidarité et de respect.

Les auteurs mettent en cause le racisme, l'antisémitisme ou l'esclavage, et toutes les discriminations raciales mais toujours, et c'est important, après leurs cris de souffrance arrive une note d'espoir. 

Ils sont originaires de tous les pays ou presque et sont métis, noirs, blancs, indiens, juifs, aborigènes...

Ce sont soit de grands noms francophones comme Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Pierre Perret, Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas, Robert Desnos, Andrée Chedid, Tahar Ben Jelloun, Maram al-Masri...soit des auteurs moins connus. 

Le lecteur fait ainsi le tour du monde, tout en découvrant des textes magnifiques et forts, mais faciles à lire et à comprendre.

 

A la fin de chaque texte, un court encadré reprend en quelques mots l'essentiel de ce que le lecteur doit savoir sur l'auteur et les circonstances dans lesquelles il a écrit ce poème. 

A côté de cette brève biographie, d'autres encadrés rappellent les lois, ou donnent des extraits de discours. 

 

Dans un dernier chapitre intitulé "Des mots pour le dire" certains des thèmes abordés sont repris pour inviter à une réflexion plus approfondie.

Puis, des pistes bibliographiques sont proposées...pour en savoir plus. 

 

Voilà une petite anthologie pédagogique incontournable car d'une grande richesse qui incite au mieux vivre ensemble dans un petit format parfaitement adapté aux jeunes. 

 

Chants du métissage / Pierre Kobel

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:08
Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Harmonie Dodé Byll Catarya est une jeune poète passionnée des mots et une slameuse reconnue et charismatique. 

Née au Bénin en 1991, elle a été très jeune diplômée d'un Master en comptabilité, contrôle et audit.

En 2013, elle devient championne du Bénin Slam et s'engage dans l'écriture, ce qui la révèle au grand public.

C'est la première femme slameuse du Bénin.

Son recueil de poésie "Art-Mots-Nid" est paru aux Éditions du Flamboyant. Elle a participé également à la première anthologie de poésie féminine au Bénin. 

A Paris pour ce printemps des poètes, elle participera à la Lecture-rencontre, organisée le 18 mars prochain au Quai Branly, entre autres projets.

Si vous avez la chance d'habiter la capitale, n'hésitez pas à vous renseigner, pour la rencontrer...par exemple, elle sera demain 11 mars à la Médiathèque Marguerite Yourcenar pour un atelier d'initiation au slam et à la poésie. Si ça vous tente. 

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Sur le sable…

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers

Sont tombées ; je les observe, couchée

Sur une natte façonnée à ma manière

Mes pores vibrent de cet air

Doux et frais ; le temps est magnifique

L’inspiration se frôle à ce bruit

Paradoxe effectif dans un univers mirifique

C’est le soleil qui, délicieusement luit

Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc

Les yeux se régalent sous les élans

De la beauté du paysage.

Les ondes marines me parviennent

Elles me portent un message

Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent

Ces mots marquant mon passage

Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.

C’est le mystère de l’écrivain

Partout, sa plume s’agite

L’univers lui, crépite

A sa guise, ses devoirs de devin

Il est un esclave de la nature

Qui chante sans cesse ses aventures.

 

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:10
Le livre de Poche, 2016

Le livre de Poche, 2016

Ce qui est extraordinaire chez les gens, c'est leur capacité à prendre un sourire pour une invitation à discuter.

 

Ce petit roman, très court, a été publié en 2015 chez Michel Lafon, après avoir été édité en auto-édition l'année précédente. Très vite il s'est imposé comme un immense succès de librairie et a séduit plus de 200 000 lecteurs, y compris hors de France.

Donc, on peut dire que ce roman a su trouver ses lecteurs. 

Souvent je me méfie de ces livres à succès !

Mais la plupart des membres du Cercle de lecture dont je fais partie, avait décidé de lire un roman "léger" à succès, pour tenter de comprendre pourquoi ce type de roman peut se retrouver en tête des ventes du livre de poche (d'après le magazine "Lire")...

Nous nous sommes donc réunis cette semaine et notre avis a été unanime ! Personne autour de la table n'a aimé ce roman. Nous l'avons tous lu sous la contrainte,  sans aucun déplaisir toutefois, mais sans y trouver non plus, un quelconque intérêt sauf celui de passer deux heures au coin du feu sans prise de tête un week-end pluvieux...

Nous l'avons tous trouvé trop invraisemblable, empli de clichés et en tous les cas beaucoup trop caricatural.

Du coup le battage médiatique autour de ce livre et en particulier le "Absolument fabuleux" signé Cyril Collard et mentionné sur le bandeau  du livre, nous est apparu vraiment exagéré... 

Il ne faudrait pas trop pousser "Mémé dans les orties"tout de même...

 

Donc si au début Ferdinand n'avait pas fait exprès de contrarier ses voisines, désormais il prépare ses coups et se fait un malin plaisir de leur mener une vie impossible...

 

Ferdinand, un vieil octogénaire devenu avec l'âge grincheux, solitaire et mécontent de tout, habite un immeuble parisien typique, peuplé uniquement de vieilles femmes seules. Il a divorcé et n'a jamais pardonné à sa femme de le tromper avec...le facteur. Sa fille est partie s'installer à Singapour, et ne lui est donc pas d'un grand secours. Et la distance aidant, comme il n'a jamais voulu voyager, il ne connaît presque pas son petit-fils.  Heureusement qu'il a Daisy, sa chienne adorée. 

Mme Suarez,  la concierge de l'immeuble trouve mille façons d'ennuyer le vieil homme...qui le lui rend bien. Elle voudrait surtout que Ferdinand quitte définitivement les lieux pour aller vivre en maison de retraite.

Un jour Daisy se fait renverser par une voiture...

Ferdinand est dévasté de chagrin et en devient suicidaire. Pourtant, grâce à l'intervention inattendue de Juliette, une petite voisine de 10 ans, nouvellement arrivée et de la voisine d'en face, Béatrice, une extraordinaire vieille dame, le vieil homme va être tenté peu à peu de reprendre goût à la vie et de devenir plus sociable...

 

Voilà donc un roman "feel good", qui fait du bien paraît-il... Sûr qu'il ne peut pas faire de mal ça je vous l'assure. 

C'est un roman léger, sans prétention vous l'aurez compris, qui est empli de bons sentiments. C'est écrit simplement et compréhensible par tous. 

Je n'ai malheureusement pas été conquise, ni par l'histoire, ni par les événements trop invraisemblables à mon goût et tirés par les cheveux.

 

Les personnages, non plus, n'ont pas su me séduire...car ils tombent tous, à un moment donné, dans la caricature.

La petite Juliette, âgée de seulement 10 ans qui apparaît dans le roman soudainement alors que tout le monde ignorait son existence dans l'immeuble, ne m'a pas conquise tant son personnage et ses actes dans l'histoire sonnent faux. Elle agit et parle trop comme une adulte.  

Je n'ai pas trouvé crédible non plus, les frasques que Ferdinand commet en réponse aux attaques de la concierge (bien que parfois je me suis surprise à sourire); ni la disparition de sa chienne Daisy (et les événements qui vont suivre_du jamais vu !) ; ni l'intervention de Marion, sa fille, qui fait surveiller Ferdinand à distance par Mme Suarez, comme par hasard...

Le seul personnage qui finalement m'a amusé, est celui de Béatrice, la voisine d'en face, une vieille femme hyper-active, moderne, libérée et qui s'accepte comme elle est. Elle est même geek à ses heures...

 

Donc en conclusion je dirais que le sujet était intéressant car ce livre a le mérite de parler de la solitude et de l'isolement de la vieillesse et de montrer que les relations intergénérationnelles sont possibles et bénéfiques pour chacun.

J'ai trouvé dommage qu'avec une telle belle idée de départ,  l'auteur soit tombé dans la caricature et dans l'invraisemblance. Les ingrédients auraient pu donner un bon roman et ce vieux Ferdinand, acariâtre et agaçant qui ne parle jamais à personne même pour dire bonjour, aurait pu être attachant...

 

Toutefois, le grand avantage de ce roman est que vous pouvez le lire dans le train ou le métro ou bien avec vos jeunes enfants qui jouent aux indiens à côté... vous ne perdrez pas le fil !

Ceci explique peut-être que sur Babelio, ce livre soit plébiscité par beaucoup de jeunes adultes. Est-ce une façon pour eux d'exorciser leur peur de la vieillesse ? de se distraire avec un livre facile ? Je ne détiens pas la réponse...

 

Jamais eu de bol, moi avec les femmes !
- Mais dans quel siècle vous vivez, Ferdinand ? Aucune femme ne tolérerait un pour cent de vos actions ou de vos paroles ! Ou alors il faudrait la choisir amnésique...
Et puis arrêtez de tout mettre sous le signe de la malchance. Les femmes vous quittent, car vous les faites fuir. Point !

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:04
Bayard jeunesse / 2017

Bayard jeunesse / 2017

Amy arrêta de souffler. La musique cessa. La fillette regardait les spectateurs, un sourire ébahi barrant son visage d'une oreille à l'autre. C'était pour elle, ces applaudissements ? Incroyable. Elle ne s'attendait pas, en venant ici, à devenir elle-même l'héroïne du spectacle !

 

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu un roman pour adolescent et voilà qu'avec ce nouveau titre de Christophe Lambert, c'est chose faite ! 

 

Nous voilà partis aux États-Unis, dans les années 30. La grande Dépression a jeté des milliers de personnes sur les routes, abandonnant leurs biens et leurs maisons qu'ils ne pouvaient plus payer pour un ailleurs qui sera forcément meilleur...

La famille Gentliz est de ceux-là. La maman est morte et c'est le père qui s'occupe de Teddy, 15 ans et de sa jeune soeur, Amy. Ils sont en route pour la Californie où ils espèrent comme tant d'autres, trouver du travail. 

 

Mais alors qu'ils sont dans un camp en Arizona, une troupe de forains va croiser leur route. Bien sûr Amy veut assister au spectacle de marionnettes et Teddy, pour lui faire plaisir, va obtenir des billets gratuits contre de menus services rendus aux forains...

Mais dès le lendemain, Amy tombe soudainement malade. Teddy est persuadé que l'énigmatique Sirius, l'homme en noir, a volé l'âme de sa petite soeur... 

 

Dans la nuit, alors que le médecin du camp avoue son incapacité à soigner Amy, Teddy prend la route, bien décidé à poursuivre le groupe de forains et à leur demander des comptes.

 

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'au cours de ce voyage initiatique, il va rencontrer des personnes inoubliables comme Ducan, l'écrivain que son père a chassé de la maison, avec qui il travaillera dans les mines de charbon de Grover's Mills, Mary Jane, la jeune fille muette, dont il va tomber amoureux et qui lui racontera son histoire, et aussi ce grand homme que dans les abattoirs de Chicago, on surnomme "Le Chef", un indien aux pouvoirs immenses...

 

Tous vont participer à sa quête car vous le savez bien dans la vie...

Il n'y a jamais de hasard ! 

 

Une fois traversé les bidonvilles de la périphérie (cabanes aux toits de zinc ou en parpaings, grillagées de fil de fer barbelé, somme toute guère différentes de celles qu'on trouvait dans les camps où Teddy avait vécu), le voyageur venant de l'ouest entrait dans la cité par l'artère principale, grouillante de monde à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. A partir d'ici le vêtement de rigueur semblait être le poncho.

 

J'ai beaucoup lu Christophe Lambert dans ma vie professionnelle. Il est l'auteur de très nombreux livres jeunesse et ado. Il écrit dans tous les styles des romans d'aventure, de science-fiction, de fantasy, historique ou polar... Mais je reconnais que je n'ai jamais lu ses romans pour adultes. 

J'ai retrouvé avec plaisir son style d'écriture. Il faut dire qu'il n'a pas son pareil pour nous faire participer à l'aventure.

 

Le scénario est finement mis en place. Tout paraît crédible car l'auteur ancre son récit dans une réalité historique, celle de la Grande Dépression, un moment de l'histoire des États-Unis, peu traité en littérature jeunesse. Les conditions de vie des gens sont particulièrement bien décrites et les difficultés des petits boulots bien montrées. 

Le lecteur se laisse prendre par les personnages, tous fascinants et attachants. Teddy est un garçon courageux qui ne renoncera devant rien pour sauver sa petite soeur...même s'il est parfois aidé par une once de magie, cela ne gâche rien. 

 

Le périple est angoissant car le lecteur suit en parallèle l'avancée de l'horrible Sirius vers la réalisation de son ignoble projet...Mais chut, vous le découvrirez en lisant ces pages et je ne vous dévoilerai rien de plus de l'histoire ! 

Mais faites-moi confiance, je vous assure que vous ne regarderez plus jamais un spectacle de marionnettes de la même façon.

Voilà 588 pages qui s'avalent d'un seul coup ou presque et un roman pour adolescent que l'on peut proposer à la lecture dès 13-14 ans et offrir, les yeux fermés. 

Merci à Babelio et à son opération Masse Critique de m'avoir permis de le lire...

 

 

L'esprit de Teddy s'élève, toujours plus haut. Toute frontière abolie, il traverse plusieurs couches de terre, des canalisations, mais aussi des sédiments, des alluvions. Perforant le goudron d'un trottoir, il débouche dans une rue encombrée de Chicago, au milieu des badauds qui n'ont pas conscience de sa présence, parmi les coups de klaxon, le brouhaha des conversations, le tintement des conversations, le tintement des cloches du tramway. Puis il glisse le long d'un building. Il monte maintenant vers le ciel comme une flèche.
- Je vole ! Je vole !
- Oui, et tu peux aller n'importe où, fit la voix de Chef.

tous les livres sur Babelio.com

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 07:25
Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

À l'école primaire, une insulte infâme était d'être traité d'intello ; plus tard, être un intellectuel devient presque une qualité. Mais c'est un mensonge : l'intelligence est une tare.

 

Je vous ai déjà parlé de ce roman à deux reprises sur ce blog...parce qu'il est pour moi incontournable et qu'il me rappelle d'excellent souvenirs...

La première fois, c'était dans une bibliographie que j'ai mis en ligne l'année dernière, sur le thème des romans d'humour pour ados, et la seconde, lorsqu'une troupe de théâtre que les lyonnais doivent bien connaître, la Nième Compagnie,  m'a gentiment invité à aller voir la pièce de théâtre qui se jouait à Paris et en tournée et que vous vous en doutez, je n'ai pas pu aller voir. 

 

Or ce roman de Martin Page, il se trouve que je le connais depuis sa sortie en l'an 2000, année où je travaillais dans un lycée professionnel.

Nous faisions alors chaque année, avec une enseignante de français, un atelier de "critique littéraire en herbe" et la libraire du coin sélectionnait des livres pour les soumettre à cette classe de carrossier, comme vous vous en doutez, une classe où peu d'élèves aimait la lecture de gros pavés. 

De nombreux débats ont eu lieu autour de ce petit roman et il a été lu par tellement de jeunes que j'ai dû en acheter plusieurs exemplaires...C'est vous dire ! 

Voilà pourquoi ce petit livre me rappelle de bons souvenirs...

 

Parmi les cadeaux que le père noël a mis dans mes petits souliers, ce livre est arrivé par la poste, envoyé par quelqu'un que j'aime beaucoup (et que je remercie encore ici) et qui se reconnaîtra, alors que j'étais en vacances en Auvergne. Comme certains d'entre vous le savent, je suis partie bien avant noël et pendant plus de dix jours. C'est à mon arrivée que je l'ai trouvé qui m'attendait bien sagement dans son enveloppe, posée sur ma table basse par mon adorable voisine qui était venue s'occuper de mes chattes...et rentrer mon courrier.

Bien sûr j'ai eu envie de le relire, non sans avoir remercié l'expéditrice par le formulaire de contact de son blog (car je n'avais pas son mail, la cachottière) et en lui envoyant de petites choses que j'avais préparé moi aussi pour elle, et puis... vous vous en doutez, j'ai pris tout mon temps pour le savourer ! 

 

 

-Pourquoi n'as-tu plus d'amis?
-Ils ont moisi. Je n'avais pas remarqué qu'ils avaient une date de péremption.

Comment je suis devenu stupide / Martin Page

Bien sûr, il y a des gens qui auront lu Freud, Platon, qui sauront jongler avec les quarks et faire la différence entre un faucon pèlerin et une crécerelle, et qui seront des imbéciles. Néanmoins, potentiellement, en étant en contact avec une multitude de stimulations et en laissant son esprit fréquenter une atmosphère enrichissante, l'intelligence trouve un terrain favorable à son développement...

 

Le héros du livre s'appelle Antoine et a 24 ans. C'est un jeune homme intelligent pour ne pas dire brillant, mais qui se sent très seul...

Bardé de diplômes dont certains, il faut bien l'avouer, sont complètement inutiles, il réalise que l'intelligence ne fait pas le bonheur, en tous cas le sien.

Alors il va essayer de changer de vie et surtout d'arrêter de penser. Car c'est en fait sa trop grande lucidité qui lui joue des tours, cette façon qu'il a de toujours tout décortiquer et tout analyser... 

 

 

Enfant, son ambition avait été de devenir Bugs Bunny, puis plus tard, plus mature, il avait voulu être Vasco de Gama. Mais la conseillère d'orientation lui demanda de choisir des études qui figuraient sur les documents du ministère.

 

Il songe à devenir alcoolique mais tombe dans un coma éthylique au premier verre : il ne supporte pas l'alcool et puis ne devient pas alcoolique qui veut...

Il s'intéresse au suicide, mais finalement en déduit que la mort ne l'intéresse pas. Car s'il reconnaît qu'il ne désire plus vivre, il ne désire pas non plus mourir. 

Alors il décide, vous l'avez deviné... de devenir stupide.  

Faut-il avoir recours à une lobotomisation ? une indigestion de télévision ? la fréquentation d'une salle de sport ?

 

Je n’ai jamais été sportif ; les dernières compétitions importantes qui ont fatigué mes muscles sont les concours de billes à l’école primaire dans la cour de récréation. Mes bras, mon souffle court, mes jambes lentes ne me permettaient pas de faire les efforts nécessaires pour taper dans une balle avec efficacité ; je n’avais que la force de fouiller le monde avec mon esprit. Trop chétif pour le sport, il ne me restait que les neurones pour inventer des jeux de balles. L’intelligence était un pis-aller.

 

Il choisit de changer de métier pour devenir un "sale con". L'idéal est de travailler dans une société de courtage et de prendre deux petits cachets d'Heurozac qui vont lui permettre de s'empiffrer de BigMac, de s'installer dans un loft branché, et d'acheter une grosse voiture... sans culpabiliser ni se poser aucune question.

Mais deviendra-t-il heureux pour autant ?

 

Ne comptez pas sur moi pour vous décrire en détails, les mille péripéties vécues par notre jeune Antoine. Cet anti-héros, très attachant saura vous surprendre. 

Dans ce roman, où l'auteur explore les travers multiples de notre société dans laquelle toute personne sortant de la norme est rejetée, vous trouverez matière à réfléchir en toute légèreté...car il est à la fois drôle et profond. 

C'est un petit roman très court (124 pages exactement) qui vous fera passer un agréable moment, mais un roman intelligent car tout le monde en prend pour son grade. J'ai beaucoup ri ! 

J'invite les enseignants à faire lire cet auteur talentueux à leurs élèves, car avec un accompagnement il peut être lu dès la troisième...et donc bien sûr au lycée.

 

Tout le monde a des choses à dire sur les femmes, les hommes, les flics, les assassins. Nous généralisons à partir de notre propre expérience, de ce qui nous arrange, de ce que l'on peut comprendre avec les faibles moyens de nos réseaux neuronaux et suivant la perspective de notre vision. C'est une facilité qui permet de penser rapidement, de juger et de se positionner.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:10
Librinova, 2016

Librinova, 2016

Il tendit une enveloppe à Tamarra. Elle la prit tremblante sans savoir quoi en faire...
A l'intérieur, il y avait des photos. Elles représentaient des groupes de femmes. L'une d'entre elles retint son attention. En gros plan, une jeune femme vêtue de noir. Elle était grande et mince. Ces yeux, elle s'en souvenait très bien...

 

Tamarra, étudiante en droit a été retrouvée inconsciente dans le bureau de Mauriany, un avocat chez qui elle effectuait un stage. Le problème est que celui-ci a été assassiné et que l'enquête a révélé qu'il trempait dans des affaires un peu louches.

Or, impossible pour Tamarra de se souvenir de quoi que ce soit, ni de cette nuit-là, ni des semaines qui ont précédé l'événement. Elle souffre d'amnésie partielle.

Tout le monde suppose qu'elle a vécu quelque chose de traumatisant que son inconscient a décidé d'oublier.

Mais est-ce normal qu'elle ait l'impression d'être surveillée en permanence ? Et d'où viennent ces affreux cauchemars qui hantent ses nuits ?

 

Quand elle apprend qu'elle est enceinte, alors qu'elle n'a pas de petit copain, son monde finit de s'écrouler...

C'est alors que la mémoire lui revient, en partie et qu'elle décide de n'en rien dire à personne. 

 

Tapies dans l'ombre, d'étranges créatures la surveillent et attendent l'enfant à naître. Qui sont-elles ? Que veulent-elles ? Et quels sont leurs pouvoirs ?

Et qui sont ces personnes autour d'elle qui jouent un double-jeu ?

Comment séparer les gentils, des méchants ?

 

Tamarra n'est pas au bout de ses surprises et...le lecteur aussi ! 

 

Il est possible que durant ces semaines vous ayez vécu une succession de situations difficiles, et ce qui s’est passé ce jour-là a certainement atteint votre limite. Ce que vous avez dû vivre pendant cette journée a simplement été la goutte qui a fait déborder le vase, si je puis dire. À partir de ce moment, votre inconscient a cherché à se protéger, estimant qu’il ne pouvait pas en supporter davantage.
— Au point de ne me souvenir de rien ?
— Vous savez, parfois certaines choses nous touchent tellement que sans s’en rendre compte on les enfouit au plus profond de soi.
— Mais, s’emporta Tamarra, je veux me souvenir !

 

Amateurs de fantasy, ce livre est fait pour vous...d'autant plus que le suspense est au rendez-vous et que si par malheur vous le commencez, vous n'aurez qu'une envie : le terminer le plus vite possible ! 

Impossible en effet de lâcher ce roman tant le destin de Tamarra nous interpelle et le lecteur entre avec plaisir dans l'univers de l'auteur, un univers fantastique très novateur. 

 

Ce roman est en effet empli de mystère, de surnaturel, de mythes et de légendes. 

Vous allez ainsi voyager de nos jours en Ecosse puis rendre visite aux Incas, puis vous reviendrez en Europe au temps de l'Inquisition...oui, vous savez bien, au temps où les sorcières étaient brûlées vives sur le bûcher.

Bien sûr, si en plus je vous dis que vous allez rencontrer des démons en tous genres et une sorte de confrérie secrète, je vois de là que certains diront "c'est pas pour moi" !

Et bien moi, je dois encore avoir une âme d'adolescente, parce que bien que ces démons pour certains ne soient pas franchement sympathiques (d'autres sont beaux à tomber...mais je ne vous dirai pas qui) et bien je reconnais sans honte avoir pris un immense plaisir à lire ce livre.

 

Il n'y avait aucune inscription dessus, aucun dessin ne pouvant susciter un quelconque intérêt. Pourtant ce qu'il contenait était le plus précieux des trésors qu'elle n'ai jamais possédés.
Elle l'ouvrit lentement. L'intérieur était recouvert de velours noir et en son milieu reposait un cristal de roche. Killa l'effleura timidement du doigt...
Des siècles auparavant, c'était à cette pierre qu'elle avait dû son salut. Aujourd'hui elle avait encore besoin de son aide.

 

Ce roman entre dans la catégorie des "page-turner", pour les amateurs du genre.

En plus ce qui ne gâche rien, il est bien écrit et très fluide.  

Le suspense et le mystère sont donc au rendez-vous et les nouveaux éléments sont amenés avec beaucoup de doigté. Les personnages sont attachants et nous voulons connaître leur destin. 

Et du coup comme tous les lecteurs de ce premier tome, j'attends la suite avec une certaine impatience...

 

Ah oui, j'ai oublié de vous dire que c'est le premier roman que j'ai lu sur ma liseuse. Un événement donc à tous points de vue. Mon seul regret est de n'avoir pas pu acheter le livre-papier (et oui mon budget ne me le permettait pas sinon je l'aurais fait avant puisqu'il est sorti depuis plusieurs mois maintenant) et donc, je n'ai pas pu avoir le joli marque-page qui allait avec.

 

Si vous voulez contacter l'auteur, dont c'est le premier roman, pour offrir ce livre à un de vos proches par exemple, vous pouvez vous rendre sur son blog ici. 

 

 

Vous pouvez aussi visiter le blog de Yolaine qui habite le Québec et qui est l'auteur de la couverture de ce livre, que personnellement je trouve très belle...

Pas vous ?

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 07:35
Stock, 2016

Stock, 2016

Et c'est bien l'extraordinaire magie des livres que d'être de vivants tombeaux grâce auxquels, toujours, on peut entendre la voix de celles et ceux dont les yeux sont désormais clos et les bouches muettes.

Préface de Philippe Claudel

Je n’étais encore qu’une enfant quand ma grand-mère est morte. Elle vivait avec nous, ou plutôt c’était nous qui vivions avec elle, même si les grands-parents nous avaient cédé l’aile la plus vaste de la maison pour occuper les appartements de l’est, qui regardaient la montagne et recevaient les premiers le soleil.

Les petits livres sont plus durables que les gros : ils vont plus loin.

 

J'ai fait la découverte de ce petit livre au gré de mes balades dans la médiathèque.

Voilà 80 pages qui se lisent en une petite heure. L'auteur ne suit aucune chronologie et le lecteur se laisse porter par la poésie des mots, sans savoir où l'auteur va le mener...Une balade poétique et nostalgique au pays de cet écrivain discret mais en perpétuelle recherche de liberté. 

 

Il s'agit plus d'un récit que d'un roman, d'une sorte de recueil de souvenirs de jeunesse et d'adolescence, d'un témoignage d'une partie de la vie de l'auteur.

 

L'auteur nous raconte son grand-père, les vignobles, les vendanges et les paysages qui ont marqué sa jeunesse.

Il nous fait voyager de son enfance à son adolescence, mêle rêves et réalité et nous raconte les balades à vélo avec ses amis vers le Revermont, les rencontres qui ont été importantes pour lui tout au long de sa vie, les soirées mémorables où avec ses amis, dans le bistrot de la belle Mercedes dont ils étaient tous amoureux, il partageait le plaisir de l'ivresse et la découverte des bons vins, les discussions animées mais aussi leurs silences, et enfin  son amour des mots, des livres et de la littérature.  

 

J’aime le vin que je bois, lorsque il mérite son nom. Dans ma cave, il n’y a pas de vin. Il n’y a que d’heureuses espérances. De troublantes expériences.

Je n’ai pas trouvé la poésie dans le vin, mais le vin dans la poésie... Mes amis sont morts en Algérie ou se sont suicidés...Il me reste le silence.

Mes amis lisent peu, sinon des romans de gare, les jours de pluie. Ce que je dois à la lecture, le trouvent-ils dans le vin ? Je n'ai pas leur expérience atavique de la vigne. Ce paysage, il a beau m'être le décor d'une vie, me reste justement assez étrange pour m'inspirer le songe d'un ailleurs qui serait ici. Je me sens en quelque sorte dépositaire de nombreux ailleurs possibles, dont la perfection me satisfait en me torturant parfois comme une douleur dentaire. Je m'éprouve vivant dans la mesure où ces ailleurs me protègent de je ne sais quelle débâcle de l'âme.  Et les mots qui me viennent, je le soupçonne, ne disent hélas que trop peu ce qu'ils seraient affectés à dire Le démon du vin – j'entends l'être familier, intime, qui habite la vigne – a-t-il quelque parenté avec celui de la littérature ?

 

C'est le dernier roman écrit par l'auteur et il est teinté d'une certaine nostalgie et des regrets de l'enfance... Sans doute l'auteur  se savait-il malade.

Le récit est découpé en courts chapitres, et se lit vite, mais l'écriture à la fois concise et poétique ne vous laissera pas indifférent. 

De plus, le livre est merveilleusement préfacé par Philippe Claudel, qui rend ici un lumineux hommage au grand poète disparu en 2014, dont l'oeuvre immense, composée d'une quarantaine d'ouvrages a été  couronnée par de nombreux prix. 

L'auteur a reçu entre autre, le Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son oeuvre et le Grand prix de poésie de l'Académie française en 2012.

 

Je regarde mes compagnons s'éloigner lentement, et le regret d'une chose que nous aurions dû conserver (mais quelle chose ?) me hante et me consume. De cette chose précieuse impalpable et fuyante, nous ne concevons la nécessité qu'après l'avoir perdue, et ce doit être cela, oui, qui témoignerait, pour peu que nous ayons la patience et la force d'en mesurer les contours, d'une forme de nostalgie qui serait la vie même.

Lumineuse et blonde vendange tardive d'une poésie élevée pendant quarante années, ce livre permet de retrouver l'ami fragile, la maigre silhouette, la voix basse et chaude, éraillée mais si douce, son amour des mots, ceux des autres plus que les siens...

Philippe Claudel dans la préface du livre

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 07:04
Zulma 2016 / Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson

Zulma 2016 / Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson

En sortant, elle se laisse tomber dans la neige immaculée de la cour, un peu à l'écart du groupe, sachant qu'elle n'arrivera sans doute pas à se relever sans aide...
Elle se met à tracer son ange en agitant les bras pour dessiner les ailes dans la neige tout en suivant du regard les gamins qui en font autant au milieu d'un amoncellement laiteux, tout grouillant de rires.
Son ange a indubitablement des ailes, mais pas ce tutu évasé que les autres peuvent tracer à loisir en écartant les jambes. Le sien est mince du bas, comme un oiseau prisonnier d'un rouleau de fil de fer qui aurait battu frénétiquement des ailes.

 

Parce qu'elle est née à l'arrière d'une voiture, et que le cordon ombilical était entouré autour de son cou, la petite Agustina n'a pas les jambes comme tout le monde. Pourtant aux beaux jours, elle grimpe souvent sur les hauteurs du village avec ses béquilles pour s'allonger dans le carré de rhubarbe où elle a été conçue et rêver...ou alors, elle descend toute seule sur la plage de sable noir. 

 

Élevée par la généreuse Nina, une amie de sa grand-mère,  Agustina ne connaît pas son père, un chercheur, étudiant les animaux marins, dont le bateau s'est arrêté quelques jours seulement au port. Elle communique avec lui avec sa naïveté d'enfant, en lui lançant des bouteilles à la mer qui croit-elle, mais le croit-elle vraiment, vont lui parvenir.

Elle voit très rarement sa mère dont elle collectionne les lettres qui étayent le roman. Celle-ci est partie quelque part, en Afrique étudier les oiseaux migrateurs. 

 

Nina a pris soin de la fillette comme si elle était sa propre fille alors que ce n'est pas tous les jours facile de vivre avec la jeune adolescente. 

Agustina a une personnalité très marquée et indépendante, et si on lui reproche souvent de refuser de voir la réalité telle qu'elle est, elle a la volonté de réaliser ses rêves.

 

Salomon qui est devenu son ami le sait bien et l'entoure de sa sollicitude. Il la pousse à chanter en solo avec sa belle voix dans un groupe de rock, et l'accompagne sur les chemins enneigés.

Mais le rêve secret d'Agostina, c'est de franchir la montagne qui s'élève à 844 mètres au-dessus du village et dont elle compte bien venir à bout un jour, même avec ses béquilles, pour voir enfin le monde d'en haut...

 

Incapable de se distancier suffisamment des choses, elle s'attachait trop aux détails. Pourtant ce qu'elle ambitionnait dans la vie, c'était d'avoir une vue d'ensemble ; pour y parvenir, il lui fallait monter vraiment très haut, bien plus haut que la chambre de la tour. Le point culminant de la contrée se dressait précisément à huit cent quarante-quatre mètres d'altitude au-dessus de la plage de sable noir.

 

C'est le premier roman écrit par l'auteur, même s'il vient à peine d'être traduit en français.

On reconnaît son écriture et ses qualités, découvertes lors des précédentes lectures comme dans "Rosa candida" ou dans "l'embellie", par exemple que j'ai chroniqué sur ce blog.

Le lecteur retrouve avec plaisir la poésie qui émane de ses descriptions de la nature, ainsi que la simplicité et la douceur, avec lesquelles elle nous parle de la vie quotidienne de ces gens qui vivent isolés au sein d'une nature hostile et magnifique, mais qui savent dans leur coeur, s'entraider et se soutenir.

 

Les personnages sont tous attachants et d'une grand sensibilité. 

Agostina bien sûr, réservée et émouvante dans sa quête d'indépendance mais si fantasque et si isolée parfois. C'est une jeune fille douée, volontaire et pleine de ressources malgré ses jambes paralysées. Elle rêve à une autre vie, à vivre celle d'un oiseau...

 

Nina est pleine de sagesse et de tendresse. Elle pousse la jeune fille à être indépendante tout en veillant sur elle. Très respectueuse des coutumes du village, elle amène la jeune fille à participer à la vie communautaire. Les journées sont ainsi rythmées par les saisons, la préparation de noël, la rentrée des classes, les lectures de l'été mais aussi par la fabrication de denrées : c'est parfois le boudin, parfois la confiture de rhubarbe dont chacun a une recette différente et que les voisins vont ensuite s'échanger....

 

Vermundur est l'homme à tout faire et un bon conseiller : il aide les femmes de marin esseulées en réparant leur toiture ou autres travaux de rénovation ou de bricolage.

 

Salomon, enfin, le jeune adolescent qui vient d'arriver au village, va devenir un ami très cher pour Agostina.

 

Et puis il y a la mère absente, malgré les mots d'amour qu'elle prononce toujours à la fin de ses lettres et sa promesse de revenir, peut-être au printemps, puis peut-être à l'automne...Cette mère est sans doute aimante mais à distance car le lecteur comprend vite qu'elle a fui devant le handicap de son enfant.

 

Comme toujours dans les romans de Audur Ava Ólafsdóttir, l'important est ce qui n'est pas dit ou juste suggéré ! 

L'auteur nous offre ici un roman délicat et pudique sur le handicap, mais aussi sur la force de la nature humaine, la volonté et le courage, mais aussi ses faiblesses. La fin est ouverte et chacun pourra l'interpréter à sa guise. 

Soudain, il n'y a plus de nuit où s'enrouler, où s'abriter dans la tour. Un vent glacial souffle du nord, le ciel bleu est ouvert et vaste comme la mer. Agustina se blottit sous la couette pour s'enfoncer dans le matin. Sa tête est pleine de ruisseaux dorés dévalant des montagnes vers la mer.

Il y a certaines choses qui la suivront quand elle partira d'ici ; ses fenêtres, par exemple, auront toujours un simple vitrage. Pour obtenir des fleurs de givre, c'est une condition indispensable, et que serait la vie sans ces fleurs de givre immaculée, par les longs jours d'obscurité hivernale ?

 

Un autre avis chez Hélène ci-dessous...

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 07:10
Stock, 2016

Stock, 2016

Je leur raconte que sept cent quinze passagers et membres d'équipage sont morts ce jour-là. je ne leur dis pas qu'il y avait parmi eux deux sauveteurs dont les destins se sont tragiquement entrelacés. En général, ils préfèrent entendre parler des victimes, pas des sauveteurs. Ils ne savent pas encore que nous sommes une seule et même personne.

Il n'est pas rare en Antarctique de voir des choses qui n'existent pas, des montagnes qui lévitent au loin, des gratte-ciel qui s'élèvent à l'horizon. Quand la mer est plus froide que l'air, une couche se forme qui crée un mirage polaire. Plus il y a de superpositions, plus la lumière est réfractée. Des montagnes naissent de l'océan ; des falaises deviennent des châteaux...

 

Deb Gardner étudie les manchots empereurs et les manchots Adélie et pour cela, elle se rend chaque année en Antarctique où elle effectue, depuis plusieurs saisons, des missions de recensement. 

En échange de son voyage, elle joue d'abord les guides touristiques, avant d'être débarquée quelques temps, toute seule ou avec un coéquipier, sur une des îles...et d'y poursuivre ses recherches.

Nous connaissons peu de choses sur la capacité d'espérance des animaux. Nous savons qu'ils peuvent être tristes, heureux, gais et joueurs, malicieux et intelligents. Qu'ils savent collaborer dans un but commun, utiliser des outils pour obtenir ce qu'ils veulent. Malgré ce que beaucoup pensent, ils ne sont pas si différents de nous.
Cependant nous ignorons tout de leur coeur et de leur esprit. Nous ne pouvons qu'observer leur comportement.

 

Cette année, elle se trouve à bord du "Cormoran" lorsqu'elle constate que Keller Sullivan, qu'elle a rencontré quelques années auparavant et qu'elle revoit chaque année, n'est pas à bord. Il a été obligé de se joindre à l'équipage de l'Australis, un énorme bateau de croisière. 

Alors qu'elle espérait beaucoup de ce voyage sur le plan affectif, car Keller et elle, vivent une belle, mais épisodique et fragile relation amoureuse, elle apprend en même temps, qu'elle est enceinte et que l'Australis, prisonnier des glaces, se trouve en difficulté avec ses centaines de passagers à bord.

 

L'équipage du Cormoran n'a pas d'autres choix que celui de se porter au secours du paquebot et de tenter de sauver le maximum de passagers. 

Un véritable drame se joue au coeur même des eaux glaciales de l'Antarctique et touche autant les hommes que la nature environnante ...

 

Deb nous raconte à la fois son histoire d'amour pour ce pays hostile, mais si fascinant, et son amour pour Keller, qui se terminera mal, le lecteur le sait, hélas,  dès les premières pages...

 

L'étude du règne animal ne m'avait pas appris que l'espoir est pire que le chagrin.

 

Voilà un livre émouvant à plus d'un titre.

Émouvant... parce qu'il apporte une connaissance précise de l'équilibre fragile de ce continent qui risque à tout instant de disparaître, si les hommes ne prennent pas les bonnes décisions pour la planète. 

Durant la nuit antarctique, des dizaines de milliers de manchots empereurs se rassemblent pendant de longues semaines d’obscurité totale, à des températures avoisinant les moins cinquante degrés, pour couver leurs œufs. Lorsque les femelles reviennent, quatre mois après leur départ, les mâles qui ont perdu la moitié de leur poids, ne sont pas loin de mourir de faim. Pourtant, ils attendent, patients. Parce qu’ils sont ainsi programmés.

C'est peut-être ce qui nous sépare des animaux, cette incapacité à vivre simplement en suivant nos instincts, ce besoin de devenir qui nous aimerions pouvoir être.

 

Émouvant... parce que le lecteur en découvrant les moeurs des manchots, découvrent aussi la précarité de leurs conditions de vie, leur fragilité, et le mal que leur fait le tourisme de masse, et en particulier les Tours-Operators, qui n'hésitent pas à braver les interdits et à s'aventurer dans les zones protégées, pour satisfaire une clientèle de plus en plus avide de sensations fortes...et inconnues.

 

Nous continuons à mesurer les effets du tourisme sur les oiseaux. Il y a deux cents ans, les manchots avaient le continent pour eux seuls ; aujourd’hui, ils sont au contact de bactéries contre lesquelles ils n’ont aucune défense.

On a pas besoin de passeport pour visiter l'Antarctique, si bien qu'on a maintenant tout un tas de soi-disant explorateurs qui se fichent du continent, qui veulent juste faire du saut en chute libre, du ski nautique, du parapente à l'endroit le plus froid de la Terre afin de se vanter à leur prochaine soirée.

 

Le lecteur est bien sûr profondément touché par le récit du naufrage dans ce milieu hostile et froid, un milieu qui ne fait de cadeaux à personne et, où le moindre faux-pas peut provoquer la mort.

L'eau douce se transforme en glace à zéro degré ; l'eau de mer entre moins quatre et moins deux. A cette température, les chances de survie d'un homme se réduisent à quelques minutes.

 

Tout d'abord, j'ai été subjuguée par la description des paysages, de la mer, des icebergs et de ce désert de glace.

Puis j'ai eu peur un instant que l'idylle entre Deb et Keller vire trop "fleur bleue" et gâche le décor...mais cela n'a pas été le cas, car au-delà de l'histoire d'amour entre les deux héros, qui se croisent chaque année, se quittent à chaque fin de mission, s'aiment mais ne vivent presque jamais ensemble, ce roman s'attache à décrire avec réalisme la précarité de ce continent et nous donne toutes les clés pour en comprendre l'enjeu.

L'auteur nous fait pénétrer grâce à son écriture précise et fluide dans l'ambiance et le silence...

 

"Je voulais juste voler quelques instants seul avec toi".
Il coupe le moteur et laisse le canot dériver.
Après des journées de bavardages, d'annonces tonitruantes dans les haut- parleurs, du vrombissement régulier du moteur, le silence me remplit comme l'eau étanche la soif. le monde devient lisse, clair, on n'entend plus que les coups de fouet du vent sur la glace, les plongeons des manchots dans l'eau, le clapotis de l'eau...

 

Les gens qui viennent là ont tous des blessures à panser, des drames à oublier, une envie pressante de changer de vie, voire de trouver une nouvelle raison de vivre et les scientifiques n'échappent pas à la règle. Tous sont des écorchés vifs capables de tout...mais à la différence des scientifiques qui ont l'expérience et la connaissance de la fragilité du milieu et ne font pas n'importe quoi, les touristes sont prêts à partir à l'aventure, quitte à mettre les autres inutilement en danger. 

 

Le seul bémol est dans la manière dont les événements sont relatés. Le naufrage est raconté dans une succession de chapitres qui se déroulent dans un laps de temps très court d'une semaine avant le drame jusqu'au jour J. Ces chapitres alternent avec une rétrospective qui ramène le lecteur dans le passé des personnages, et remonte de plus en plus loin dans leur vie. Ce découpage crée un certain suspens, mais peut gêner éventuellement la fluidité du récit. 

 

Nous avons désormais tout un nouveau champ d’études : les effets des naufrages. La façon dont ils affectent la survie et la reproduction des manchots, tués ou blessés par les déversements de mazout, l’ingestion de plastique et autres déchets ingérés.

 

Voilà un premier roman très documenté. Il est à conseiller à tous les amoureux de la nature, en particulier à ceux qui voudraient la préserver mais se sentent parfois dépassés par les événements.

C'est un bel hommage à tous les scientifiques qui tentent de sauver l'Antarctique, ses glaces et sa faune même microscopique, et qui mettent le plus souvent leur vie et leur passion au service de la planète, pour préserver ce milieu magnifique de la pollution des hommes...

Parce que le corps de Keller appartient désormais à l’océan Austral, j’aime à croire qu’on le verra un jour, grâce à une "fata morgana", debout parmi un groupe de manchots, son bandana rouge au cou, clignant des yeux sous le soleil. Qu’il nous apercevra à son tour et sourira. Qu’il nous dira, comme il le faisait, "Fin del mundo", et que nous lui répondrons,"Principio de todo".
Le bout du monde, le début de tout.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 06:13
Robert Laffont, 2016

Robert Laffont, 2016

Tu es resté plus de trois nuits à cet endroit où le chemin s'efface...
Ce que tu ignorais, c'est qu'aucun œil familier ne pouvait plus te voir. Leurs corps avaient été empilés non loin des caféiers du village, une fosse barrait le sol comme une cicatrice profonde faite à la terre.

 

Les objets ont une force insoupçonnée en eux. Il suffit de les sortir de leur tiroir ou que nous sachions qu'ils sont là pour qu'une horde de souvenirs nous assaillent : ce sont nos racines qui nous parlent et nous font découvrir ce que nous sommes...

Mon Dieu que cette odeur t'a rappelé des choses...Tu as fermé les yeux, et aussitôt des images se sont mises à défiler, des papillonnements de lumière.
Dormir dans cette valise t'avait protégé du froid, des bêtes sauvages, des pluies torrentielles et de cette brume épaisse qui te cernait. Recroquevillés, tes pieds étaient tous deux calés sur les bordures intérieures. Tu sentais les cailloux aiguisés à travers la peau épaisse, mais tu dormais quand même...

Suzanne anime des ateliers d'écriture à l'école où elle a été elle-même élève. Elle demande à chacun des élèves d'apporter un objet de famille car elle veut que les enfants s'expriment sur leur vie personnelle et sur leur vécu familial.

 

Ce qu'elle ne sait pas en proposant cet atelier d'expression, c'est qu'elle met dans l'embarras Arsène, un jeune garçon tutsi, originaire du Rwanda qui a été sauvé par une ONG et adopté en France par un couple d'enseignants. 

Seul rescapé de son village, il ne possède qu'un seul objet pouvant attester de ses origines, une valise en cuir qui a appartenu à son grand-père et que sa grand-mère lui a mise dans les mains, avant de l'obliger à se sauver...juste avant le massacre des habitants du village.

Sa grand-mère lui a sauvé la vie, la valise aussi. Elle lui a servi d'abri et de lit pendant sa longue fuite. 

 

Alors que l'enfant ne se sent pas d'écrire, Suzanne accepte de l'écouter...

 

Les mots peuvent -ils aider à exorciser le passé et à cicatricer des plaies ?

 

Vous étiez deux sur ce chemin. Seul, tu n’aurais pas survécu.

 

L'auteur revient avec une plume légère, mais sensible, sur le génocide rwandais, décidément exploré à cette rentrée littéraire. 

Le récit de la fuite d'Arsène est émouvant et le lecteur ressent la force de ce petit garçon, son instinct de survie, son courage aussi et les blessures profondes que lui a infligé la vie. 

 

Le roman alterne le récit de l'errance du petit garçon (à la deuxième personne du singulier) transportant toujours sa valise avec lui, valise qui le sauvera des hommes et de leur cruauté mais aussi des bêtes sauvages, avec le récit de l'enfance de Suzanne qui a, elle aussi, des plaies à panser, même si ses souffrances paraissent dérisoires à côté de celles d'Arsène. Elle a perdu son père alors qu'elle était toute petite et jamais personne ne lui a dit qu'il n'avait pas "disparu" mais qu'il était mort. 

 

Deux visions de la mort différentes mais qui occasionnent toutes deux des traumatismes irréparables...

Dans le cas d'Arsène, c'est une vision trop précoce d'une horrible réalité, enfouie tant elle est terrible, et sur laquelle il ne peut dire aucun mots, puis le sentiment d'être abandonné, de se retrouver seul au monde, la peur de mourir, et celle de la nuit source de tous les dangers, la faim, la soif....

 

Dans le cas de Suzanne, c'est un espoir qui ne s'éteindra jamais car des mots n'ont pas été prononcés. Même devenue adulte, elle attendra toujours son père. Il lui faudra retourner sur les lieux où elle a habité et redécouvrir dans la cache près de la cheminée, qu'elle avait elle-même imaginée, le petit mot d'adieu qu'elle lui avait écrit lorsque sa mère a décidé de déménager...

Il lui faudra elle-aussi ressortir des objets...un rasoir, une pipe, pour voir resurgir cet homme qu'elle a tant aimé. Elle arrivera enfin à faire son deuil.

 

L'auteur nous livre ici une histoire poignante mais toute en délicatesse.

La façon dont les deux personnages se rapprochent, la patience et la pudeur avec lesquelles Suzanne aide le jeune garçon à se livrer et à parler pour la première fois de ce qu'il a vécu, est tout à fait intéressante.

 

C'est un roman court et très facile à lire qui, à l'inverse de "Petit pays" dont je vous ai parlé récemment, pourra être mis dans les mains de lecteurs adolescents dès 14-15 ans. Il n'offre aucune difficulté de lecture et peut être considéré comme une première approche de ce drame contemporain.

 

Les lattes du parquet grincent toujours, réaniment les détails d'une vie passée. A l'époque, la mère tapait sur une machine à écrire, ses doigts agiles sautaient sur les touches. Ce bruit était devenu un bruit domestique, tel le sifflement de la cocotte ou le bruit de l'aspirateur. Il y avait un son qui euphorisait par-dessus tout Suzanne, c'était le bruit de la serrure de la porte d'entrée audible de chaque extrémité de l'appartement. Les yeux rieurs, bien que fatigués, de son père la scrutaient comme un animal affamé d'amour.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 06:35
Edilivre 2014

Edilivre 2014

Cette fois-ci je parlerai sans fard
Avant qu’il ne soit trop tard
Pour que tombent les masques
Ainsi que les porteurs de casques
...

Extrait de "Misère de terre", page 43

 

Voilà une jeune poétesse que je viens de découvrir depuis peu en me plongeant dans son recueil. Pour l'apprécier, comme à mon habitude, tous les jours j'ai lu quelques poèmes  avec ravissement, il faut bien le dire. 

Cette jeune femme d'origine ivoirienne pour qui écrire est un besoin essentiel, nous livre ici son coeur...

 

Elle écrit pour se souvenir, pour se confier ou pour se faire pardonner. Ses poèmes sont le reflet de sa vie, de son ressenti face aux événements qui ont marqué son quotidien, son adolescence et sa vie sentimentale. Elle cherche ainsi à mieux se connaître et à assumer sa vie de jeune femme célibataire mais libre.

 

Elle se livre à nous comme elle le ferait dans un journal intime et cette façon qu'elle a d'écrire, qui s'inspire de faits réels et d'émotions ressenties, la rapproche de ses lecteurs et nous touche en plein coeur tant ses mots sonnent justes.

 

Elle nous livre ainsi ses maux(mots) de jeune femme, nous parle de la difficulté de naître "femme", mais aussi d'amour et de passion, de solitude, et de la tristesse de ne plus aimer ou de parfois, être délaissée ou quittée. Malgré sa jeunesse, ces mots parlent de désillusion, de doute, de douleur ou de nostalgie, mais aussi du poids de l'absence.

Elle nous parle de son ressenti en tant que femme de couleur et de la difficulté de faire face au racisme.

 

Ses poèmes, très rythmés, sont parsemés de pointes d'humour, d'espérance, et de rêves.

 

Un joli recueil à découvrir ou à offrir qui saura toucher tous les publics dès l'adolescence...

 

 

Je n’ai pas peur de l’avenir
Mais de ce que je peux devenir
Si ma part d’ombre prend le dessus
Me métamorphose à mon insu
...

Extrait de "Moi et l'Autre" p. 56

Lecture du poème intitulé "L'homme caméléon"

Mon itinéraire

D’où je viens, les gens sont gais
L’homme a la main sur le cœur
Il n’existe pas d’éternelle rancœur
D’où je viens, il y a une singulière paix
Où je suis, les gens sont distants
Courent après le temps
Où je suis, l’immoralité est applaudie
La solidarité s’abâtardit
Où je suis, je me sens à l’étroit
Le lendemain est un jour d’effroi
Où j’irai, il n’y a ni pauvre ni fortuné
Aucune trace d’hilotes ou d’illuminés
Là-bas, l’égalité des races n’est pas un leurre
Chaque peuple est reconnu à sa juste valeur

Mon itinéraire, p. 76

 

Née à Bingerville en Côte d’Ivoire, Grâce Minlibé est passionnée de lecture depuis sa tendre enfance. À l’adolescence, elle s‘essaie à l’écriture. En découvrant les vertus de la poésie, elle décide d’utiliser ce genre littéraire aux formes variées pour exprimer ses maux et ses espérances.

"Chimères de verre" est le premier recueil de poèmes de l'auteure. Il est paru en décembre 2014.

Son blog est à visualiser ICI et sa page facebook !

Quand les pétales de rose tombent
Ne les laisse pas traîner sur le chemin
Recueille-les entre tes mains
...

Extrait de "Douces pétales de rose" p.13

Présentation de son recueil et de ce qui l'a poussé à écrire ces poèmes

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 06:15

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j'ai compris que je l'étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

Grasset, 2016 Prix du Roman FNAC 2016  ET Prix Littéraires Les Lauriers Verts- Révélation

Grasset, 2016 Prix du Roman FNAC 2016 ET Prix Littéraires Les Lauriers Verts- Révélation

L'enfance m'a laissé des marques dont je ne sais que faire. Dans les bons jours, je me dis que c'est là que je puise ma force et ma sensibilité. Quand je suis au fond de ma bouteille vide, j'y vois la cause de mon inadaptation au monde.

L'histoire se passe dans un quartier de Bujumbura, la capitale du Burundi. 

Dans les années 90, Gabriel dit Gaby, a dix ans et vit là dans une jolie maison auprès de son père, un entrepreneur d'origine française, de sa mère, une réfugiée rwandaise qui s'occupe de sa famille et de sa petite soeur Ana. 

Dans ce quartier de privilégiés vivent de nombreuses familles de réfugiés, venant du Rwanda ou du Zaïre ainsi que des familles d'expatriés européens. 

 

Gaby et ses copains de toujours forment une bande joyeuse, se baignent dans la rivière ou se cachent dans leur planque pour bavarder ou fumer quelques cigarettes. Ce sont de gentils gamins, même si de temps en temps, ils vont chaparder quelques mangues chez les voisins et n'hésitent pas à aller les leur revendre pour s'acheter quelques gâteries avec l'argent récolté ! 

Il n'est pas nécessaire de décrire les paysages somptueux qui forment leur magnifique cadre de vie, ni les plantes tropicales et abondamment fleuries, ni les odeurs et les saveurs épicés, ni le lac Tanganyika et ses reflets, ni les fêtes colorées et animées qui se poursuivent tout au long de la nuit...pour imaginer son pays. 

Mais ce quotidien à la fois festif et empli de douceur va céder peu à peu la place à la violence.

 

Tout d'abord, les parents de Gaby se séparent. 

Oui, ce fut notre dernier dimanche tous les quatre. Cette nuit-là, Maman a quitté la maison, Papa a étouffé ses sanglots, et pendant qu'Ana dormait à poings fermés, mon petit doigt déchirait le voile qui me protégeait depuis toujours des piqûres de moustique.

 

Il y a ensuite l'euphorie d'un peuple libre qui va voter pour la première fois et le parti militaire au pouvoir qui perd les élections. Ensuite le premier président Hutu est assassiné en 1993 en même temps que son homologue rwandais, laissant le peuple au désespoir. 

La guerre civile démarre alors brutalement au Rwanda où les conflits ethniques font rage depuis longtemps, se transformant rapidement en génocide (en quelques semaines 800 000 Tutsies seront massacrés par les Hutus). 

Peu à peu elle gagne le Burundi, la ville et le quatier et s'immisce dans la vie quotidienne, amenant avec elle la peur, l'intolérance, la haine et surtout la cruauté et la violence.

 

Les haies de bougainvillées sont remplacées par des murs et des barbelés, l'humour et les espiègleries de l'enfance par la peur et le doute, la musique et la gaieté des fêtes populaires ou familiales par la solitude et l'enfermement, l'amitié fait place à la méfiance et même les domestiques familiers disparaissent sans donner d'explication.

 

Quant à l'odeur de citronnelle qui embaumait les rues... c'est maintenant celle des cadavres qui jonchent le chemin de l'école qui la remplace. 

 

J'ai beau chercher...
J'ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l'instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d'avoir confiance, de voir l'autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.

 

Gaby qui faisait tout pour n'être qu'un enfant comme les autres, découvre qu'il est métis, français et surtout Tutsi puisque sa mère l'est.  Il se réfugie alors dans les livres qu'une de leur voisine lui prête, s'enfonçant dans son imaginaire pour ne pas avoir à prendre partie...

 

Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais, Hutu ou tutsi.
...La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.

 

C'est un livre magnifique dont on n'a pas fini d'entendre parler.

Ce n'est que mon avis car je ne suis pas objective du tout, puisque j'ai aimé chaque mot et chaque page de ce roman.

C'est un roman bouleversant proche du témoignage, mais malgré l'emploi du"je", ce n'est pas un roman autobiographique, même si l'auteur lui-même est rescapé du génocide Tutsi au Burundi et s'est installé en France en 1994.

C'est Gaby qui prend la parole pour nous conter son enfance durant les années qui ont précédé le génocide, et avant que son père soit obligé de les envoyer en France pour les mettre en sécurité certes, et les sauver... mais en faire pour toujours des exilés.

 

L'auteur avoue qu'il s'inspire largement des souvenirs de son enfance pour décrire celle de Gaby, une enfance insouciante comme devrait toujours l'être l'enfance, mais une enfance qui s'arrête brutalement lorsque le drame survient, le faisant grandir trop vite au fur et à mesure que l'horreur touche sa famille, ses proches et son quartier. 

A travers la voix de Gaby,  le lecteur perçoit l'inquiétude, l'étonnement même, devant des événements que l'enfant ne comprend pas, et que son père ne veut surtout pas lui expliquer, trouvant important de tenir les enfants le plus possible à l'écart de toute cette tragédie. 

Et c'est cette incompréhension face aux événements qui nous bouleverse. 

 

Lorsque l'auteur nous décrit l'enfance de Gaby, l'écriture est simple et emplie de poésie et de malice. Il nous parle avec beaucoup de douceur de ce pays qu'il a tant aimé. Puis son écriture devient plus réaliste et tourmentée pour nous décrire les doutes et les angoisses du jeune garçon.

L'auteur a un talent fou pour nous rendre le passage du bonheur à l'horreur supportable et ce qui est remarquable, c'est que pas un seul instant, il ne porte un jugement sur les événements vécus. 

 

Mais malgré tout, malgré les derniers chapitres qui nous prennent aux tripes et remplissent nos yeux de larmes, malgré les passages criants de vérité, malgré la violence et la cruauté des témoignages, en particulier le récit de ce que la mère a vécu au Rwanda, ce n'est pas pour autant un énième livre sur la guerre et sur le génocide.

C'est un livre très doux sur l'enfance, un livre plein de vie et d'espoir...

 

Que faisons-nous pour empêcher que pareilles horreurs se reproduisent encore et encore ? 

Comment peut-on survivre à pareille tragédie ? 

Ce sont les questions qui nous hantent quand on referme le livre, après avoir lu les derniers chapitres, et nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que la communauté internationale n'a pas vu, ou pas voulu voir, ce qui se déroulait sous ses yeux, et de faire un parallèle avec ce qui se passe encore aujourd'hui dans certains pays...

 

Je vous livre ci-dessous l'avis d'Audrey du blog "QueLire ?"que je vous invite à aller visiter.   

Vous allez voir que nous sommes bien d'accord, même si nous l'exprimons différemment.

 

On vivait sur l'axe du grand rift, à l'endroit même où l'Afrique se fracture.
Les hommes de cette région étaient pareils à cette terre. Sous le calme apparent, derrière la façade des sourires et des grands discours d'optimisme, des forces souterraines obscures, travaillaient en continu, fomentaient des projets de violence et de destruction qui revenaient par périodes successives comme des vents mauvais : 1965, 1972, 1988.
Un spectre lugubre s'invitait à intervalle régulier pour rappeler aux hommes que la paix n'est qu'un court intervalle entre deux guerres. Cette lave venimeuse, ce flot épais de sang était de nouveau prêt à remonter à la surface. Nous ne le savions pas encore, mais l'heure du brasier venait de sonner, la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons.

 

L'auteur Gaël Faye est un des auteurs-compositeurs-interprètes de rap parmi les plus brillants de sa génération.

Il nous livre ici son premier roman, un témoignage qui vient d'être récompensé par deux prix. Il est également en lice pour le Prix Goncourt mais cela ne m'impressionne pas, car je pense qu'honnêtement, son livre mérite mieux !

L'auteur a donné ce titre au roman, car ce titre est aussi celui d'une de ses chansons de l'album "Pili-Pili sur un Croissant au beurre" sorti en 2013, dont vous trouverez l'interprétaion ci-dessous. 

Bientôt ce serait la fin de mon anniversaire, je profitais de cette minute avant la pluie, de ce moment de bonheur suspendu où la musique accouplait nos cœurs, comblait le vide entre nous, célébrait l'existence, l'instant, l'éternité de mes onze ans, ici, sous le ficus cathédrale de mon enfance, et je savais alors au plus profond de moi que la vie finirait par s'arranger.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 05:50

L'oiseau l'avait suivi jusqu'à l'hospice. Il remplissait le ciel de ses ailes déployées et il riait en tournoyant au-dessus de lui. Du fond de son panier qui se balançait à droite, à gauche, Séraphin voyait tout, entendait les sons les plus lointains. "Elle va revenir", lui avait dit l'oiseau soyeux en levant ses plumes au détour du vent ; elle était partie devant et, quand elle aurait trouvé l'endroit, elle le ferait chercher. L'oiseau savait où le trouver.
"Elle va revenir", murmura-t-il, la tête tournée vers le ciel.

 

Connaissez-vous "la prison de la Petite-Roquette", cette prison parisienne initialement conçue pour recevoir des femmes et qui, de 1836 à 1932 n'a été utilisée que pour incarcérer des enfants de 7 à 21 ans...avant de devenir une prison pour femmes où 4 000 résistantes furent enfermées pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Moi je n'en avais jamais entendu parlé ou bien, je l'avoue... je l'avais oublié. 

 

Au départ, les enfants enfermés dans cette prison ont eu durant une partie de la journée une vie commune, mais dès 1838, la mode qui vient d'Amérique est à l'isolement, afin d'éviter la "corruption mutuelle" mais aussi les épidémies vues les conditions déplorables de vie.

Les enfants enfermés là, pouvaient avoir commis des crimes graves, de simples vols à l'étalage, ou être des enfants des rues, orphelins ou abandonnés, ou même encore des enfants placés au titre de la "correction paternelle" sur simple demande de leurs pères. Ils pouvaient y rester de 1 à plus de 6 mois consécutifs...

 

 

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Il a rangé sa couche, il a balayé le sol, chaussé ses sabots et maintenant, debout devant la porte, il attend. Il attend qu'un surveillant vienne et entrouvre le guichet, il attend devant une porte close, parce qu'on n'ouvre plus les portes si ce n'est un quart d'heure pour se laver dans la cour, à un moment où personne ne peut le voir et où il ne peut voir personne.
Il attend dans le silence.

 

Nous sommes en 1838, lorsque Jacques, à 11 ans, est arrêté en plein carnaval et incarcéré à la demande de son père à la Petite-Roquette. 

Terrifié, espérant sans relâche la venue de sa mère pour le "sauver", Jacques doit se rendre à l'évidence : il n'aurait jamais dû descendre de la voiture et marcher au milieu des saltimbanques, ivre d'aller en liberté dans la foule, affolant sa mère enceinte...

 

Il va faire connaissance avec Narcisse, plus âgé que lui et qui a déjà une longue expérience de la vie, puisqu'il a été arrêté pendant la révolution de juillet, Séraphin, le plus jeune enfant trouvé qui attend sa mère et reste persuadé qu'elle viendra le chercher car l'oiseau le lui a dit un jour, Octave qui n'a plus de dents malgré son jeune âge et attend qu'un père adoptif vienne le chercher (mais celui-ci attend que l'administration lui en donne l'autorisation) et Charles qui déclame toute la journée des vers de Victor Hugo en prétendant être son fils....

 

Mais très vite les enfants vont être séparés et confinés dans leurs cellules où ils recevront tout de même quelques enseignements de base et de quoi occuper leur mains.

La solitude est trop forte et les enfants y perdent ce qui leur restait de joie et d'envie de vivre...ils n'ont plus que leurs rêves pour survivre et rester libres chacun à leur manière, de traverser les murailles pour s'envoler au delà des murs...

 

 

On ne lui vole plus son pain, mais c'est pire qu'avant.
Assis par terre les jambes écartés, Séraphin ne joue plus. Le caillou qu'il a ramassé hier dans la cour, il le tient bien serré dans son poing. Il n'a pas faim de pain, il a faim de Charles, et de Jacques, et cette seule pensée le fait hoqueter plus fort...
Il est petit alors on l'oublie.

Avec en toile de fond la vie parisienne au temps de la Monarchie de Juillet, où se mêlent misère, maladies et révoltes, l'auteur retrace avec beaucoup d'humanité la vie de ces enfants délaissés par la société du XIXème siècle. 

La place de l'enfant dans la société de l'époque est bien différente de celle qu'il détient aujourd'hui. On est bien loin des droits de l'enfant et la violence au début du roman peut choquer, autant celle des surveillants qui sont d'une cruauté incroyable envers les enfants, que celle des enfants entre eux.

Seul l'abbé Crozes, en véritable humaniste tente d'alléger leur solitude et se bat contre le directeur et les surveillants pour modifier les conditions de cet enfermement.

Le contraste est frappant entre le récit de la vie quotidienne de ces enfants et les rapports officiels, rédigés par les préfets, inspecteurs et autres instances administratives qui étayent le roman. 

 

"Nous avons été émerveillés de l'activité, de l'ordre et de l'intelligence qui règnent partout.
Sans parti pris, entrez dans chaque cellule et voyez ces yeux clairs, cet air calme et résigné. Voyez comme tout est rangé, comme tout est propre : l'établi, les outils, le lit, la chaise, les livres, les cahiers d'écriture...
Interrogez le médecin : il vous dira que leur santé à tous est meilleure que dans la vie libre.
..."

M. Moreau-Christophe
Inspecteur général des prisons du royaume

 

Même si par moment, au début de ma lecture, je me suis un peu perdue dans les personnages, l'auteur passant sans prévenir de l'un à l'autre, sautant d'un événement présent au passé, ce roman est facile à lire et à comprendre.

Il nous offre de nombreux passages emplis de poésie...qui arrivent à nous faire voir l'incarcération avec les yeux des enfants, ce qui allège sa lecture mais ne nous fait pas oublier pour autant la violence quotidienne. 

 

Un livre qui ne peut nous laisser indifférent, surtout lorsque l'on songe que ces enfants des rues, ces orphelins, ces petits voleurs du siècle dernier ou de la fin du XIXème, qui devaient vivre au jour le jour dans la ville comme ils le pouvaient, ont été rayés définitivement de l'Histoire, les archives de la prison ayant été détruites lors de la démolition des bâtiments en 1974, sur l'emplacement desquels se dresse aujourd'hui une barre HLM. 

 

Ce beau roman leur rend hommage et nous invite à ne pas les oublier....

 

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 06:14
Gallimard jeunesse 1962, 1982 et 1999 pour la présente édition

Gallimard jeunesse 1962, 1982 et 1999 pour la présente édition

 

Voilà un recueil dérangeant mais délicieusement amusant qui met en scène des personnages que le destin pourrait bien mettre un jour sur notre route et dont on ne se méfierait absolument pas ! 

Certaines de ces nouvelles ont été utilisées à la télévision entre autres dans l'émission "Hitchcok présente..."

 

Parmi ces douze nouvelles pour adultes, toutes aussi grinçantes et bizarres les unes que les autres, cinq sont également présentes dans le recueil de l'auteur intitulé "Kiss kiss", un recueil pour les grands ados et adultes, et une, dans son précédent recueil intitulé "Bizarre  ! Bizarre !". 

 

La première nouvelle, "La Grande Grammatisatrice automatique" est déjà parue dans "Bizarre ! Bizarre ! ". C'est celle que j'ai le moins aimé...je ne sais pas pourquoi et pourtant l'idée est géniale.

Un jeune ingénieur astucieux crée une machine à écrire des romans. Bien sûr les auteurs angoissés, ceux qui redoutent la page blanche sont conquis...et les anciens à cours d'idée aussi !

 

La machine était non seulement capable de rédiger des romans, mais encore, il l'avait dotée d'un nouveau système de contrôle permettant de choisir avec exactitude thèmes et styles préférés. Le tableau de bord comportait tant de manettes et de cadrans qu'il ressemblait à celui d'un avion géant.
D'abord on appuyait sur un bouton de commande qui régissait toute une série de genres littéraires : satirique, historique, philosophique, politique, érotique....

La Grande Grammatisatrice automatique

 

Dans "Madame Bixby et le manteau du Colonel", le lecteur découvre qu'il n'est pas bon de se faire offrir un superbe manteau de vison par son amant et surtout de mentir à son mari !

 

Dans "le Maître d'hôtel", on découvre comment celui-ci peut tromper son maître, un vrai maniaque qui veut attirer le beau monde à sa table et n'est  intéressé que par le paraître...La lenteur de ces quelques pages nous permet de déguster le vin en même temps que le maître et la chute n'en est que davantage surprenante. 

 

Dans "Un homme du sud" vous apprendrez à vous méfier des paris idiots.  

 

 

Dans "La logeuse" qui est une des plus connues du recueil...Roald Dahl vous invite à vous méfier des coins charmants et surtout des logeuses qui vous y accueillent avec le sourire, car lorsque vous vous rendrez compte, comme Billy Weaver, que seulement deux personnes vous ont précédé à cet endroi, ce sera trop tard...

Dans cette nouvelle, également présente dans "Kiss Kiss", tout est dans l'art de la suggestion...

Alors il se passa une chose étrange. Car son regard ne put se détacher du petit écriteau qui répétait obstinément : "Chambres avec petit déjeuner, chambres avec petit déjeuner". Chacun de ces mots se transformait en un grand oeil noir qui le fixait de singulière façon, l'empêchant impérieusement de quitter le petit rectangle de trottoir où il s'était arrêté. Comme hypnotisé, il fit quelques pas, puis il grimpa les quatre marches qui menaient à la porte d'entrée.

La logeuse

 

Dans "Un beau dimanche", vous ne serez pas étonné de voir circuler un curé dans une camionnette.

Et pourtant si je vous disais qu'il s'agit d'un antiquaire à l'affût de mobilier ancien.

Mais dans les campagnes, il va découvrir qu'il y a parfois des individus plus têtus que lui. La chute est incroyable et hilarante... 

 

"L'homme au parapluie" est si charmant que vous ne verrez pas pourquoi vous refuseriez d'échanger son parapluie en soie contre une course en taxi, surtout lorsqu'il pleut à verse et que, vous et votre fille, êtes trempées de la tête au pied et puis après tout cet homme n'est qu'un pauvre vieillard inoffensif...

 

"Tous les chemins mènent au ciel" vous montre que même une douce et tendre épouse comme Mme Foster peut un jour se rebeller (en silence) pour peu qu'elle soit aidée par le destin.

Alors messieurs, essayez d'être un peu moins taquins et de ne plus faire exprès de la mettre en retard surtout lorsqu'elle se rend à Paris pour y rencontrer pour la première fois ses petits-enfants et revoir sa fille bien-aimée et qu'elle a peur de rater l'avion !

Très drôle et terrible à la fois. La fébrilité de la tendre épouse s'oppose au plaisir sournois de son mari de la mettre en retard. 

 

"Gelée royale" est une nouvelle également présente dans "Kiss kiss".

Un apiculteur se désespère de voir son bébé sans appétit. Il décide en cachette de sa femme de la nourrir avec de la gelée royale.

D'après vous que va-t-il lui arriver ? Je l'ai deviné dès le début et cela ne m'a pas du tout amusé !

 

Il n'avait jamais besoin de fumée pour entrer dans une ruche et il ne mettait jamais de gants ni de masque. De toute évidence, il y avait une sorte de complicité entre ce garçon et les abeilles, et au village, dans les boutiques et les cafés, on se mit à parler de lui avec un certain respect et les gens prirent l'habitude de venir acheter son miel.

Gelée royale

 

"A moi la vengeance SARL" est une société particulière qui propose ses services à qui veut se venger en échange de billets. Mais où cette idée va-t-elle amener George et son compagnon ?

 

"Le connaisseur" a quelque chose à cacher, c'est sûr... comment pourrait-il sinon connaître tous les grands crus bordelais, ainsi que les tous petits domaines, sans jamais commettre d'erreurs ?

 

"Cou" est angoissante jusqu'au bout et termine ce recueil en beauté !

 

A vous de découvrir le don de conteur de Roald Dahl à travers ces nouvelles toutes aussi plaisantes et...inquiétantes les unes que les autres.

Rires et frissons garantis ! 

 

C'est un recueil imprégné d'humour anglais qui tourne en dérision les situations les plus tragiques. Les chutes vous feront rire, je vous l'assure, tout en donnant aux titres des nouvelles toute leur dimension et à la nouvelle elle-même, tout son sens.

 

 

Comme je l'ai déjà dit, ce recueil de nouvelles s'adressent d'après moi davantage à des lycéens ou des adultes. 

Il n'est donc pas pour moi un recueil jeunesse comme il est souvent annoncé par les éditeurs (ici Gallimard).

Je pense en effet que certaines nouvelles ne peuvent pas être comprises par des ados de moins de 14 ans. Ils n'auraient pas le recul nécessaire pour les apprécier à leur juste valeur. 

Il a donc parfaitement sa place dans une bibliothèque adulte.

 

Bonne découverte !

 

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:14
Gallimard / Scripto, 2009

Gallimard / Scripto, 2009

Un coup de blues...n'hésitez pas à vous plonger dans les nouvelles de Roald Dahl. 

 

Ce recueil, traduit par Jean-François Ménard s'adresse d'abord aux ados et c'est l'occasion à cette rentrée des classes de leur rappeler que cet auteur, qu'ils connaissent tous pour avoir lu la plupart de ses livres, ou vu des films adaptés de ses livres, aurait eu 100 ans cette année.

 

Mais c'est un recueil intéressant aussi pour les adultes car il contient deux récits autobiographiques et inédits, et deux fictions, résumant à eux quatre toutes les qualités de ce grand écrivain.

 

 

"Le cygne" est une nouvelle très dure qui met en scène la cruauté de l'enfance. Deux pré-ados, armés et jouant aux durs, terrorisent un troisième plus faible mais non idiot. Jusqu'où ira leur méchanceté et leur sadisme...

 

Peter Watson, attaché entre les rails, savait à présent qu'ils n'allaient pas le libérer. Ces deux-là étaient des fous dangereux. Ils ne vivaient que dans l'instant, jamais ils n'envisageaient les conséquences de leurs actes...
Il se tint immobile, considérant ses chances de s'en sortir. Elles étaient plutôt bonnes...

 

Dans "La merveilleuse histoire d'Henri Sugar", vous découvrirez comment cet homme riche qui n'a jamais travaillé et s'ennuie dans sa petite vie étriquée, va décider de prendre exemple sur un yogi qui a le pouvoir de voir les objets, les yeux fermés.  

Après des mois d'entrainement, Henri Sugar va réussir à gagner beaucoup d'argent en jouant dans les Casinos du monde entier...

C'est mal me direz-vous.

Et bien... vous vous trompez !

 

 

C'était avec des jeux aussi bêtes qu'Henry et ses amis essayaient de vaincre l'ennui mortel qu'ils éprouvaient à être à la fois riches et oisifs. Henry lui-même, comme vous l'avez peut-être remarqué, n'hésitait pas à tricher un peu avec les amis lorsque l'occasion s'en présentait.
...
A présent que vous avez une idée générale du genre d'homme qu'était Henri Sugar, je peux commencer mon histoire...

 

Dans "Coup de chance" qui a donné son titre au recueil, l'auteur nous explique comment par hasard, et grâce à des rencontres déterminantes, il est devenu écrivain pour notre plus grande chance à nous, lecteurs...

 

Il évoque son enfance difficile en pensionnat et nous amuse en nous transcrivant les remarques de ses professeurs d'anglais.

Puis il évoque sa vie d'adulte jusqu'à sa rencontre avec C.S. Forester. 

 

J'ai encore tous mes bulletins scolaires de cette époque, plus de cinquante ans après, et je les ai relus un par un, essayant d'y découvrir un indice prometteur pour un futur écrivain de fiction. La première matière à regarder était évidemment la composition anglaise. Mais, dans cet exercice, je n'avais suscité à l'école primaire que des commentaires plats et neutres, à part un seul qui attira mon attention...."Voir le commentaire à la rubrique boxe".

 

Dans la dernière, "C'est du gâteau" écrite en 1942, et qui l'a révélé comme écrivain, il relate son accident d'avion, alors qu'il était pilote de chasse pour la R.A.F. et qu'il survolait la Libye durant la seconde guerre mondiale, ainsi que son séjour à l'hôpital...

 

C'était une voix de femme.
- Vous avez trop chaud, maintenant, dit-elle, et je sentis une main qui essuyait mon front avec un mouchoir. Il ne faut pas que vous vous mettiez dans des états pareils.
Elle disparut et je ne vis plus que le ciel, qui était d'un bleu pâle. Il n'y avait pas un seul nuage et les chasseurs allemands étaient partout. Ils étaient au-dessus, au-dessous, de tous les côtés, je ne pouvais aller nulle part, je ne pouvais rien faire...

 

Les deux nouvelles de fiction sont excellentes, à la fois poétiques, drôles, emplies de suspense, émouvantes et pleines de malice...du grand Roald Dahl. 

Les deux récits autobiographiques nous interpellent : Comment peut-il parler ainsi de lui-même, avec un tel recul, nous émouvoir tout en nous faire rire de ses (més)aventures  ?

 

A lire à partir de 13-14 ans...surtout si vous n'avez jamais rien lu de lui, et sinon pour simplement lui rendre hommage.

 

 

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 06:32
Roald Dahl aurait eu 100 ans en 2016 (photo empruntée sur le net)

Roald Dahl aurait eu 100 ans en 2016 (photo empruntée sur le net)

Les enfants, il faut les passionner, sinon ils vous laissent tomber et vont regarder la télévision. J'essaie d'écrire des histoires qui les saisissent à la gorge, des histoires qu'on ne peut pas lâcher.

 

Cet année, vous l'avez compris, Roald Dahl est donc à l'honneur dans son pays d'origine qui propose des lectures publiques, des émissions sur la BBC...

 

Mais son éditeur français, Gallimard, n'est pas en reste et en profite pour rééditer toute son oeuvre, une oeuvre qui a su enchanter petits et grands et qu'on ne se lasse pas de lire, de relire ou de raconter à nos petits-enfants...enfin là je parle pour moi !

 

Voici donc un petit tour d'horizon non exhaustif des livres que vous trouverez en librairie ou en médiathèque. 

 

- "James et la grosse pêche" (1961 /1966) dont on tirera un film d'animation intitulé "James et la pêche géante" en 1997. A lire à partir de 9-10 ans. 

 

- "Charlie et la chocolaterie" (1964 / 1967), qui sera adapté au cinéma en 1971 par Mel Stuart, puis en 2005 par Tim Burton avec un scénario de John August. A lire à partir de 9 ans. 

 

- "Fantastique Maître renard" (1970/1977) qui donnera le film "Fantastic Mister Fox" en 2009 réalisé par Wes Anderson. Dès 8 ans.

 

- "Charlie et le Grand ascenseur de verre" (1972/1978), la suite de "Charlie et la chocolaterie".

 

- "Danny, champion du monde" (1975/1978)

- "James et la grosse pêche" (1961 /1966) dont on tirera un film d'animation intitulé "James et la pêche géante" en 1997

- "Charlie et la chocolaterie" (1964 / 1967), qui sera adapté au cinéma en 1971 par Mel Stuart, puis en 2005 par Tim Burton avec un scénario de John August.

- "Fantastique Maître renard" (1970/1977) qui donnera le film "Fantastic Mister Fox" en 2009 réalisé par Wes Anderson.

- "Charlie et le Grand ascenseur de verre" (1972/1978), la suite de "Charlie et la chocolaterie".

- "Danny le champion du monde" (1975/1978)

- "Les deux gredins" (1980)

- "L'enfant qui parlait aux animaux" (1981) recueil de nouvelles.

-"La potion magique de George Bouillon" (1981/1982)

- "Le Bon gros géant "(1982/1984) qui a fait l'objet en 1989, d'une adaptation de Brian Cosgrove. Un film américain réalisé par Steven Spielberg (en préparation) sortira en 2016.

- "Sacrées sorcières" (1983/1984) donnera le film "Les Sorcières" en 1990.

- "Matilda" (1988)... le célèbre film sorti en 1996 de Danny Devito avec un scénario de Nicolas Kazan et Robin Swicord.

- "Un amour de tortue" (1990)

- "Coup de Gigot et autres histoires à faire peur" (2003)

Et bien d'autres...

 

En parallèle il écrit quelques scénarios, comme celui de "On ne vit que deux fois" (1967), d’après les romans de Ian Flemming.

 

Il écrira aussi deux autobiographies :

- "Moi, Boy" (1984), où il évoque son enfance.

- "Escadrille 80" où il raconte ses années africaines lorsqu'il était pilote dans la RAF.

 

C’est dans une cabane, au fond du verger de sa maison, située dans le comté de Buckingham, que Roald Dahl a écrit tous ces livres.

Il est devenu un des plus célèbres auteurs de livres pour la jeunesse.

 

Il s’est éteint le 23 novembre 1990 à l’âge de soixante-quatorze ans.

Son oeuvre est intemporelle. Les petits et les grands, quelle que soit leur génération continue à le lire et à raconter ses histoires...toujours drôles et inoubliables.

 

Roald Dahl a conservé dans un meuble de rangement en bois, les différents brouillons de ses histoires.

Ces brouillons sont maintenant conservés dans les archives du "musée Roald Dahl" à Great Missenden, dans le Buckinghamshire ­ ce qui nous permet de retracer la fascinante évolution de chacun de ses livres.

 

Pour en savoir plus vous pouvez consulter son site officiel ICI. (en anglais)

ou son fan club IC

- "James et la grosse pêche" (1961 /1966) dont on tirera un film d'animation intitulé "James et la pêche géante" en 1997

- "Charlie et la chocolaterie" (1964 / 1967), qui sera adapté au cinéma en 1971 par Mel Stuart, puis en 2005 par Tim Burton avec un scénario de John August.

- "Fantastique Maître renard" (1970/1977) qui donnera le film "Fantastic Mister Fox" en 2009 réalisé par Wes Anderson.

- "Charlie et le Grand ascenseur de verre" (1972/1978), la suite de "Charlie et la chocolaterie".

- "Danny le champion du monde" (1975/1978)

- "Les deux gredins" (1980)

- "L'enfant qui parlait aux animaux" (1981) recueil de nouvelles.

-"La potion magique de George Bouillon" (1981/1982)

- "Le Bon gros géant "(1982/1984) qui a fait l'objet en 1989, d'une adaptation de Brian Cosgrove. Un film américain réalisé par Steven Spielberg (en préparation) sortira en 2016.

- "Sacrées sorcières" (1983/1984) donnera le film "Les Sorcières" en 1990.

- "Matilda" (1988)... le célèbre film sorti en 1996 de Danny Devito avec un scénario de Nicolas Kazan et Robin Swicord.

- "Un amour de tortue" (1990)

- "Coup de Gigot et autres histoires à faire peur" (2003)

Et bien d'autres...

 

En parallèle il écrit quelques scénarios, comme celui de "On ne vit que deux fois" (1967), d’après les romans de Ian Flemming.

 

Il écrira aussi deux autobiographies :

- "Moi, Boy" (1984), où il évoque son enfance.

- "Escadrille 80" où il raconte ses années africaines lorsqu'il était pilote dans la RAF.

 

C’est dans une cabane, au fond du verger de sa maison, située dans le comté de Buckingham, que Roald Dahl a écrit tous ces livres.

Il est devenu un des plus célèbres auteurs de livres pour la jeunesse.

 

Il s’est éteint le 23 novembre 1990 à l’âge de soixante-quatorze ans.

Son oeuvre est intemporelle. Les petits et les grands, quelle que soit leur génération continue à le lire et à raconter ses histoires...toujours drôles et inoubliables.

 

Roald Dahl a conservé dans un meuble de rangement en bois, les différents brouillons de ses histoires.

Ces brouillons sont maintenant conservés dans les archives du "musée Roald Dahl" à Great Missenden, dans le Buckinghamshire ­ ce qui nous permet de retracer la fascinante évolution de chacun de ses livres.

 

Pour en savoir plus vous pouvez consulter son site officiel ICI. (en anglais)

ou son fan club IC

Cette nuit-là pourtant, aucun bruit ne me parvint de l’atelier. La station-service était silencieuse. Je quittai ma couchette et trouvai près de l’évier une boîte d’allumettes. J’en allumai une et l’approchai de l’étonnante vieille pendule accrochée à la cloison de la roulotte, juste au-dessus de la bouilloire. Il était onze heures dix. J’ouvris la porte et appelai doucement : « Papa ? Papa, tu es là ? » Pas de réponse.

Danny, champion du monde

 

- "Les deux gredins" (1980). Dès 9 ans. 

 

- "L'enfant qui parlait aux animaux" (1981) recueil de nouvelles. Dès 9-10 ans.

 

-"La potion magique de George Bouillon" (1981/1982). Dès 8-9 ans.

 

Un samedi matin, la mère de Georges Bouillon dit à son fils :
- Je vais faire des courses au village. Sois sage et ne fais pas de bêtises.
Voilà exactement ce qu'il ne faut pas dire à un petit garçon, car cela lui donne aussitôt l'idée d'en faire !

La potion magique de Georges Bouillon

 

- "Le Bon gros géant "(1982/1984) a fait l'objet en 1989, d'une adaptation de Brian Cosgrove. Un film américain réalisé par Steven Spielberg (en préparation) vient de sortir en juillet 2016.

Ce roman a été écrit en hommage à Olivia, sa fille aînée décédée.

 

 

 

- "Sacrées sorcières" (1983/1984) donnera le film "Les Sorcières" en 1990. Dès 9 ans.

Maintenant, vous savez que votre voisine de palier peut être une sorcière.
Ou bien la dame aux yeux brillants, assise en face de vous dans le bus, ce matin.
Ou même cette femme au sourire éblouissant qui vous a offert un bonbon, au retour de l'école.
Ou encore (et ceci va vous faire sursauter!) votre charmante institutrice qui vous lit ce passage en ce moment même. Regardez-la attentivement. Elle sourit sûrement, comme si c'était absurde. Mais ne vous laissez pas embobiner. Elle est très habile.
Je ne suis pas, bien sûr, mais pas du tout, en train d'affirmer que votre maîtresse est une sorcière. Tout ce que je dis, c'est qu'elle peut en être une. Incroyable?... mais pas impossible !

Sacrées sorcières

 

- "Matilda" (1988)... le célèbre film sorti en 1996 de Danny Devito avec un scénario de Nicolas Kazan et Robin Swicord.

A partir de 8-9 ans.

 

- Papa, dit-elle, tu crois que tu pourras m'acheter un livre?
- Un livre ? dit-il. Qu'est-ce que tu veux faire d'un livre, pétard de sort !
- Le lire, papa.
- Et la télé, ça ne te suffit pas ?

Matilda

Matilda (illustrée par Quentin Blake) ou bien Manou quand elle était petite...c'est comme vous voulez !

Matilda (illustrée par Quentin Blake) ou bien Manou quand elle était petite...c'est comme vous voulez !

 

- "Un amour de tortue" (1990) à partir de 7 ans. 

 

- "Coup de Gigot et autres histoires à faire peur" (2003) plutôt pour les collégiens. 

 

Et bien d'autres...

 

En parallèle il écrit quelques scénarios, comme celui de "On ne vit que deux fois" (1967), d’après les romans de Ian Flemming.

 

Il écrira aussi deux autobiographies :

 

- "Moi, Boy" (1984), où il évoque son enfance. Niveau CM2-sixième.

 

- "Escadrille 80" où il raconte ses années africaines lorsqu'il était pilote dans la RAF. A partir de 11 ans.

 

 
Quelques couvertures de livres pour la jeunesse
Quelques couvertures de livres pour la jeunesse
Quelques couvertures de livres pour la jeunesse
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Quelques couvertures de livres pour la jeunesse
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Quelques couvertures de livres pour la jeunesse

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Et, surtout, ayez les yeux ouverts sur le monde entier, car les plus grands secrets se trouvent toujours aux endroits les plus inattendus. Ceux qui ne croient pas à la magie ne les connaîtront jamais.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 06:03
Roald Dahl en 1954 (photo wikipedia)

Roald Dahl en 1954 (photo wikipedia)

La vie est tellement dure, vraiment tellement dure. Il faut préparer les enfants à faire face au monde, leur donner un maximum d'atouts pour cela.

 

Roald Dahl aurait eu 100 ans le 13 septembre prochain. 

Une occasion de lire, de relire ou de découvrir, ce fabuleux auteur indémodable. 

 

Né en 1916 au Pays de Galles, de parents norvégiens, cet écrivain britannique célèbre est mort en 1990 à Oxford des suites d'une leucémie. 

Je vous ai déjà un peu parlé de son parcours en décembre dernier lorsque j'ai écrit une chronique sur mon album fétiche, celui que j'ai tant raconté aux enfants quand j'étais bibliothécaire et tant raconté aussi à mes enfants, et maintenant à mes petits-enfants je cite "l'énorme crocodile"... que je le connais par coeur ! 

 

Je vous renvoie donc à la courte biographie que j'ai déjà écrite et que vous trouverez en cliquant sur le lien ci-dessous...

 

Mais dans cette courte biographie je n'avais pas abordé certains aspects plus personnels de sa vie...

L'humour et la malice contenus dans ses récits contrastent étrangement avec sa vie privée qui n'a pas été facile, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Enfant, il a vu sa soeur aînée et son père disparaître en quelques semaines. Puis il a connu une certaine forme de solitude au pensionnat. Enfin, devenu adulte, il échappe miraculeusement à la mort lorsque son avion s'écrase. Bon tout ça cela fait longtemps que tout le monde le sait. Mais que sait-on de sa vie en tant que mari et père...

 

Sa vie avec sa première femme, l'actrice Patricia Neal, sera marquée par des drames difficiles à surmonter.

Son fils, Théo à l'âge de 4 mois, est gravement accidenté : sa poussette est renversée par un automobiliste sous les yeux de sa petite soeur Tessa. Il subit de graves lésions crâniennes mais ce seront les complications liés à une hydrocéphalie post-traumatique qui seront les plus tenaces. La valve installée pour diminuer le liquide se coince trop souvent entrainant une cécité et des troubles nerveux chez l'enfant. Tout cela incite son père à se tourner vers deux spécialistes : Stanley Wade d'une part, un ingénieur travaillant dans l'hydraulique et Kenneth Till, un pédiatre pionnier en manière de neuro-chirurgie... 

Un an après alors qu'ils ont réussi à mettre au point une valve qui portera leur nom (DWT=Dahl/Wade/Till) capable de réduire la pression intracranienne, Théo n'en aura plus besoin car ses troubles ont disparu et il reprend peu à peu une vie normale.

Mais cette valve sera indispensable et sauvera ultérieurement la vie de nombreux enfants dans le monde.

Tout semble aller mieux pour la famille. 

C'est alors qu'en 1962, leur fille aînée, Olivia, âgée de sept ans décède des suites d'une encéphalite, une complication subite de la rougeole...

 

Puis en 1965, alors que leur dernière fille Ophelia a à peine un an, c'est au tour de Patricia sa femme, enceinte de Lucy, de tomber malade. Elle est victime d'un AVC et reste fortement diminuée.

Parce qu'ils se battent tous les deux, elle réussira à poursuivre pourtant son métier d'actrice.

 

Bref, vous l'avez compris, sans entrer davantage dans les détails... la vie ne lui a pas fait de cadeaux.

 

Quand on sait tout cela, on n'est pas surpris de trouver dans les oeuvres de Roald Dahl, autant d'humanité, de tendresse et de tolérance...  

Il écrit des histoires intemporelles, peuplées de sorcières, d'ogres ou d'autres êtres imaginaires.

Son humour particulier, parfois noir et les effets décalés jubilatoires ont marqué plusieurs générations de lecteurs.  

Au delà de l'humour, ses histoires sont riches en émotions. Elles peuvent aider les enfants à grandir et à se sentir moins seuls. Car Roald Dahl porte un amour immense aux plus faibles et les fait toujours triompher, ce qui apporte espoir et confiance aux enfants...

C'est la raison pour laquelle ses héros sont très souvent des enfants malheureux qui auront à prendre une revanche sur la vie, et ce sont les adultes qui ont le plus souvent le mauvais rôle dans ses histoires.  

 

Beaucoup de ses oeuvres ont été reprises au théâtre et au cinéma. 

Cet été, est d'ailleurs sorti dans les salles "Le Bon Gros Géant / Le BGG adapté par Steven Spielberg, d'après le roman écrit en 1982.

 

Affiche du film sorti en 2016

Affiche du film sorti en 2016

 

Ce qu'il faut retenir, c'est que Roald Dahl a commencé à écrire des histoires pour la jeunesse dès 1943, comme les Gremlins par exemple, écrit pour Walt Disney.

 

Couverture de la première édition de The Gremlins (Wikipedia)

 

Mais il se consacrera vraiment à l'écriture dans les années 60 et écrira d'abord pour ses enfants.

Il a aussi écrit pour les adultes, surtout des nouvelles, comme par exemple  "Kiss ! Kiss !" et "Bizarre ! Bizarre !" nouvelles toutes aussi plaisantes et bizarres, les unes que les autres. 

 

 

Son premier livre "James et la grosse pêche" (1961) n'obtiendra pas le succès espéré... Mais son second, "Charlie et la Choclaterie" (1964), sera un succès international et deviendra le best-seller de la littérature jeunesse que l'on connaît tous. 

 

Roald Dahl a travaillé pendant des années en collaboration avec Quentin Blake. C'est impossible de parler de l'un sans parler de l'autre car Quentin Blake a su dessiner de manière incroyable les personnages de Roald Dahl et les faire vivre...

 

Depuis la mort de l'écrivain, Liccy Dahl, sa seconde épouse, gère la fondation Roald Dahl qui se consacre à la dyslexie, à l'illettrisme et à la lecture.

 

Pour en savoir plus rendez-vous sur son site officiel...qui est tout en anglais.

 

Demain, vous trouverez sur ce blog, pour lui rendre un hommage bien mérité, une petite bibliographie illustrée de l'auteur...si cela vous  intéresse, bien sûr ! 

 

 

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:30
Edilivre, 2016

Edilivre, 2016

Oui, la bourgeoisie avait failli, livré l'appareil productif à l'occupant nazi, avait honteusement collaboré. La France prolétarienne, au contraire, avait payé de son sang et de ses larmes son tribu à la libération du pays.

 

Nous voilà de nouveau à Paris où nous retrouvons ces femmes et ces hommes, devenus les héros discrets de "Clair-obscur", le précédent roman de Stéphane Bret que j'ai chroniqué sur ce blog en mars dernier.

Le lecteur les retrouve tous avec un certain plaisir...presque tous je devrais dire, car il y a les absents que personne ne peut oublier. 

 

Les français déblaient les ruines, le ravitaillement alimentaire normal n'est toujours pas rétabli et les prix continuent de grimper. De plus, la production industrielle a du mal à rebondir...mais la guerre est désormais finie, et c'est ce qui compte.

Les français arriveront-ils à se remettre de ses séquelles ? 

La France est elle capable de se redresser ?

Ce n'est pas certain mais l'espoir est bien présent...

 

Arlette Gravier, cette jeune femme émouvante qui s'était engagée dans la résistance et qui a été déportée, a du mal à se réadapter à la vie "normale"malgré toute l'aide apportée par son entourage.

René Bertin, son compagnon, rencontré pendant l'occupation, l'a attendu et son amour pour elle est resté intact.

Arlette revoit aussi de temps en temps, pour une simple rencontre amicale, Arnaud Larribe qui avait fini par rejoindre la Résistance et avait travaillé en secret dans le même réseau qu'elle. Maintenant il rêve de fonder un cabinet d'architecte. Cela tombe bien car la reconstruction du pays est en marche.

Damien Rubot, syndicaliste engagé et militant communiste est toujours ouvrier à l'usine Citroën. Pour lui, comme du temps du Front Populaire, son parti ne peut que profiter de l'après-guerre, pour transformer enfin durablement le pays.

 

Leur vie quotidienne est emplie d'espoir, celui d'une ère nouvelle. L'environnement quotidien est profondément modifié par les nouvelles avancées technologiques de l'époque, comme par exemple l'entrée de la télévision dans les foyers, par les nouveaux moyens de communication, des journaux qui sont publiés comme "Le monde" ou "Le Nouvel Observateur". Côté mode, des maisons de couture comme Christian Dior ouvrent. L'industrie n'est pas en reste et de nouvelles voitures font leur apparition comme la 2 CV chez Citroën et la 4 CV chez Renault par exemple.

De plus la démocratisation de la culture est en marche, le théâtre et le cinéma s'ouvrent au grand public...

 

A cela se rajoute de grandes avancées sociales qui prennent la suite de celles du Front populaire : les femmes vont voter pour la première fois de leur vie le 29 avril 1945 lors des élections municipales ; la Sécurité sociale devient obligatoire pour tous les salariés, également cette année-là.

Mais tout n'est pas rose pour autant dans le monde...

 

Seul, Karim Djadel, ancien ouvrier et soldat de l’Armée française, déchante au lendemain de la guerre, et ne revient pas à l'usine. Lui qui avait cru à une sorte de fraternité d'armes, à cette complicité qui leur avait permis d'être tous unis dans la lutte contre le nazisme, entre alors dans la clandestinité peu de temps après sa démobilisation. Il va bientôt rejoindre le FLN...car la guerre d'Algérie se profile à l'horizon. 

 

Mais les événements se mélangeaient, se bousculaient dans les colonnes des journaux, se télescopaient sans que l'on pût établir une hiérarchie sûre parmi eux, sans que l'on fût certain de leur véritable signification. N'était-ce pas le temps d'un relâchement, d'une vie moins marquée par les tourments, les privations, les aléas de l'adversité ?

 

Ce dernier roman de Stephane Bret s'inscrit dans la lignée du précédent. Il nous livre ici un superbe hommage à ces hommes et ces femmes le plus souvent anonymes qui se sont battus pour nos droits sociaux et qui ont contribué à modifier profondément la vie de milliers de salariés. 

 

Il retrace bien les espoirs de cette époque non seulement d'un monde meilleur, mais surtout d'un monde plus juste, plus humain où tous les individus auraient droit à un logement décent, un travail et une vie "normale"...une période où tous croyaient au progrès non seulement technologique, économique, culturel mais aussi et surtout social, dans la lignée des décisions du Front populaire et de Léon Blum, cet homme politique (et écrivain) intègre dont on oublie trop souvent de parler

 

C'est un roman facile à lire et richement documenté, qui permettra à nos ados de mieux comprendre non seulement cette période de l'après-guerre, mais aussi celle des années 50-60 qui est celle de mon enfance, celle où mes parents étaient de jeunes adultes pleins de projets et eux-aussi, confiants en l'avenir une période où les valeurs qu'ils ont défendues et m'ont transmises, trouvent leur source...

Les adultes le liront avec plaisir s'ils aiment cette période de l'histoire et ils découvriront sans doute à sa lecture certains événements oubliés...et toute une liste de films à (re)voir ! 

 

Vous pouvez retrouver l'auteur sur la page facebook  qui est consacré au livre ou visionner la bande-annonce du roman qui vous mettra immédiatement dans l'ambiance...

 

Je remercie l'auteur de m'avoir permis de découvrir son roman.

D'autres, plus réalistes ou plus cyniques, c'est selon, crurent voir en cette fin d'année 1962 un autre présage : celui du début d'une période au cours de laquelle la France déposait enfin les armes et allait entamer une phase de renaissance, en abandonnant l'art de la guerre près de quinze ans après ses voisins... L'espérance de tous n'était pas ajournée, ni vraiment démentie. L'Histoire lui avait accordé un sursis.

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 06:21

 

Voilà un roman de fantasy urbaine comme je n'en avais pas lu depuis longtemps !

 

Je remercie l'auteur de m'avoir envoyé son roman ce qui m'a permis de le découvrir car je ne connaissais pas son univers et bien sûr aussi les Editions Taurnada qui le publie. 

 

 

Editions Taurnada, juin 2016

Editions Taurnada, juin 2016

 

Ambre Delage est une lycéenne comme les autres, tout du moins c'est ce qu'elle croit. Elle vit avec  Lucy, sa tante, depuis qu'elle est devenue orpheline, alors qu'elle était toute petite. 

Toutes deux habitent à Nova Lugdunum, une ville qui s'appelait dans le temps...Lyon et qui est devenue une toute autre ville que celle que l'on connait sous ce nom-là aujourd'hui ! 

 

Mais un soir, alors qu'elle est suivie par un homme étrange, des événements inattendus font basculer sa vie. Deux hommes viennent directement les attaquer chez elles.

Ambre découvre avec angoisse qu'elle ne s'appelle pas Ambre, mais Yzé, que si on ne lui a pas menti à propos de la mort de ses parents, elle n'est pas pour autant une jeune fille comme les autres mais une Wicce, c'est-à-dire une sorcière, ayant des pouvoirs surnaturels inouis car elle peut maîtriser...le feu.

 

Et surtout elle découvre aussi qu'on la recherche, qu'on lui veut du mal et qu'elle doit s'enfuir...le plus vite possible. 

Là voilà donc dans les rues avec sa tante qui tente de la protéger avec ses pouvoirs...Toutes deux doivent gagner un portail leur permettant de se mettre en sécurité dans un village situé dans un monde parallèle. 

Aidées par Fall, l'homme qui la suivait, elles vont arriver à leur fin, épuisées.

 

Yzé n'est pas au bout de ses surprises : elle va découvrir un autre univers, certes plus tranquille mais où la violence et le désir de pouvoir ne sont pas pour autant absents en même temps qu'elle va en apprendre un peu plus plus sur ses origines...

 

Qui est-elle vraiment ? 

 

 

Voilà un premier tome au rythme étourdissant et riche en rebondissements. Les nombreux personnages jouent tous un rôle important dans l'intrigue.

 

Bien sûr on retrouve des éléments classiques du genre qui aident à la compréhension de l'histoire...

Yzé fait émerger très vite ses pouvoirs une fois qu'elle en a pris connaissance  mais ne sait pas forcément les maîtriser ;  elle possède une sorte de talisman, représentant une salamandre, qui l'aide à les utiliser...et elle va devoir suivre un enseignement, dès son arrivée dans le village.

 

L'histoire est racontée tantôt du point de vue d'Yzé, tantôt du point de vue de ses ennemis, ce qui permet au lecteur d'appréhender très vite les forces en opposition et ce à quoi la jeune fille devra se confronter...

 

Ainsi le lecteur découvre le peuple formé par les Magis, d'autres sorciers opposés aux Wicce, qui vivent à Antesia et puisent leurs pouvoirs auprès d'un démon qui leur reste attaché toute leur vie ; les dangereux Frères de Lumières qui traquent les sorciers et toute forme de magie et qui peu à peu, règnent sur la ville ; mais aussi, Ashahell, un mystérieux mort-vivant, responsable comme ses compagnons de la guerre qui a divisé Wicce et Magis...il vient de revenir mystérieusement sur terre plus fort que jamais...et cherche à retrouver ses compagnons pour réaliser enfin sa misson. 

 

Mais bien sûr certaines interrogations ne trouveront pas de réponse dans ce premier tome...et il va falloir, hélas, attendre la sortie du suivant !

 

J'ai aimé le cadre de l'histoire facile à imaginer grâce aux descriptions détaillées de l'auteur.

 

J'ai aimé le rythme endiablé qui rend la lecture agréable et fluide. 

 

J'ai aimé le personnage d'Izé, une jeune fille attachante, moderne, curieuse de tout et sûre d'elle qui ne se trouve qu'un faible instant déstabilisée par les événements. Courageuse, elle n'hésite jamais devant le danger, surtout s'il s'agit de s'interposer pour sauver plus faible qu'elle ou pour contrer les idées et les peurs préconçues de ses camarades. Elle aide d'ailleurs énormément ses deux nouveaux amis à reprendre confiance en eux. Il faut dire qu'ils ont toujours vécu au village et ne connaissent pas la vie au dehors...

C'est ainsi qu'elle arrivera à redonner confiance à Isobel avec qui elle devient amie et qui lui confiera ses angoisses quant à son mystérieux pouvoir, puis à sortir Isaac de sa peur de l'autre et de la différence.

Mais bien sûr comme toutes les adolescentes pleines de vie, elle va parfois oublier qu'elle n'est pas seule au monde, ne tiendra pas compte de l'avis des autres ou se mettra en danger, ou mettra en danger ceux qu'elle aime...elle le paiera d'ailleurs très cher. 

 

J'ai aimé en particulier le personnage d'Astur, le chef du village. Il montre beaucoup de tolérance et d'humanité alors que rien ne va plus dans le monde extérieur. Très apaisant, il sait toujours trouver les mots qu'il faut pour aider les ados à grandir...et pour désamorcer les conflits internes au village. 

 

J'ai moins aimé le nombre important de personnages qui en plus ont un nom compliqué à retenir, car cela peut rebuter les jeunes lecteurs, mais moi-même cela ne m'a absolument pas perturbée...

Je le rappelle ces personnages ont tous un rôle important et des pouvoirs particuliers que l'on découvre au fur et à mesure. Leurs intentions ne sont dévoilées de manière très astucieuse qu'au compte-goutte pour créer un suspense nécessaire... 

 

C'est donc un univers d'urban fantasy très riche que le lecteur n'a aucun mal à imaginer que je viens de découvrir et un roman très prenant qui va plaire aux amateurs du genre et que l'on peut offrir aux ados dès 16 ans pour les vacances...

 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la page facebook consacrée au livre.

 

Florent Marotta est né dans la Loire en 1976 où il réside toujours.  

Après une première carrière sous les drapeaux où il passe successivement de soldat à officier de police judiciaire, il œuvre maintenant au sein d'une mairie.

Son amour pour l'écriture le pousse à composer des fictions d'abord sous forme de thrillers.

Il est l'auteur en particulier de "Pandore" (recueil de nouvelles) ; "Projet T" ; "Injection de Réalité 2.0" ; "Le visage de Satan" ; "L'échiquier d'Howard Gray" (Éditions Rouge sang) dont le héros n'est autre que Gino Paradio, un agent de recherche privé ex-flic déchu...

 

Il se lance maintenant dans la fantasy qu'il adore et qui est à l'origine de sa passion pour la lecture comme beaucoup de personnes de sa génération. Avec "Yzé et le palimpseste", Florent Marotta nous ouvre les portes de son imaginaire et bien sûr la saga a un site qui lui est dédié...

 

Il s'inspire pour ses oeuvres de son expérience personnelle et de ce qu'il observe autour de lui. Ses lectures bien sûr l'influencent : Stefen King, Terry Pratchett et bien d'autres...

Vous pouvez consulter son site perso pour en savoir plus ou lire l'interview qu'il a consenti sur le site des éditions Taurnada

 

Il sera, si vous habitez la région ou si vous êtes en vacances par là-bas, au 22e Festival du Polar de Concarneau du 22 au 24 juillet prochain.

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