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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 05:55
Bamboo, 2016

Bamboo, 2016

T'as une idée d'où ça se trouve ça... Arequipa ?
- Aucune idée !"
37559 victimes mortelles plus tard, le monde entier savait situer Arequipa sur une carte.
Mais vous savez comment ça va...
"Les pauvres gens"...
On s'émeut, on compatit, puis on oublie...
Après tout, qu'est-ce qu'on en a à foutre du Pérou et des Péruviens ?

Parfois je me demande... tout cet amour qu'on a pas donné... qu'est ce qu'il devient ? Je veux dire... personne n'a jamais pensé à installer des conteneurs pour le recycler ? Vous savez comme pour les piles ou les vieux papiers.

 

Un tremblement de terre vient de faire plus de 37 000 victimes au Pérou et des milliers d'orphelins, dans un lieu que personne ne sait situer sur une carte, Arequipa.

Une situation qui ne semble pas vraiment perturber le quotidien des français qui ne se sentent pas vraiment concernés. C'est le cas de deux retraités, Gabriel et sa femme Maryse. C'est si loin de chez eux le Pérou !

 

Mais Alain, le fils de Gabriel, et Lynette sa femme, vont les faire changer d'avis...

Ils ont décidé d'adopter une petite fille et un beau jour Qinaya, 4 ans, débarque dans leur vie.

Choyée, entourée d'amour, celle-ci va très vite combler ses parents et sa grand-mère, mais Gabriel, bourru comme à son habitude, ne compte pas s'attacher à la fillette. C'est sans compter sur le charme de la petite fille...

Lui qui n'a jamais pris le temps d'être père "parce qu'il travaillait" va devoir accepter de devenir grand-père...

 

Album p. 27 (photo du net)

Album p. 27 (photo du net)

 

Les auteurs nous offrent un album sublime, empli de tendresse et d'humanité. Les relations intergénérationnelles sonnent toujours justes et le lecteur ne peut que se sentir attendri par la petite fille, et touché en plein coeur aussi, par ce grand-père maladroit, qui va se transformer en papy gâteux.  

 

Les dialogues ne manquent pas d'humour et la fin, inattendue m'a laissée abasourdie, regrettant d'avoir laissé le tome 2 sur la table de la médiathèque...et espérant en secret que personne n'aura eu l'idée idiote de l'emprunter avant mon prochain passage. 

 

Quant au graphisme, à la fois drôle et émouvant, c'est une pure merveille ! 

 

album p.51 (photo du net)

album p.51 (photo du net)

À quoi sert Noël quand il n’y a pas d’enfant dans la maison...

L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite.

 

Vous pouvez lire l'avis de Violette ci-dessous...

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 05:00
Thebookedition.com, 2017

Thebookedition.com, 2017

 

Depuis hier, un nouveau livre vient de paraître chez un éditeur que certains d'entre vous  connaissent bien, Thebookedition.com.  Il s'agit d'une anthologie...

J'entends de là certains d'entre vous râler.

Encore un livre Manou ! Mais tu lis trop, on ne peut pas te suivre, notre liste est trop longue...

 

Mais là, vous avez tout faux parce que ce livre-là, pour une fois, je vous en parle alors que je ne l'ai pas encore lu, et puis parce que ce n'est pas une lecture comme les autres, c'est un voyage...d'ailleurs c'est son titre "Voyage"

 

Il a été conçu par une multitude d'auteurs connus ou pas, qui ont offert un peu de leur temps, et BEAUCOUP DE LEUR COEUR, pour proposer une de leur création, un texte, une photo...

 

 "Les Anthologies éphémères" sont nées en 2011 pour soutenir l'Association "Rêves", une association qui permet à des enfants gravement malades de réaliser leur rêve.

Le projet est de faire sourire un enfant, de lui permettre d'oublier sa maladie. 234 enfants attendent toujours de voir leurs rêves se réaliser...
 

Une nouvelle anthologie éphémère vous invite au...Voyage

 

"Voyage" est la cinquième anthologie déjà parue...

Tous les bénéfices générés par la vente de ce titre, mais aussi des quatre précédents, toujours disponibles, sont directement versés sur le compte de l'Association. 

 

Cette anthologie, comme les précédentes,  a été réalisée grâce aux productions de blogueurs ou de personnes sans blog, touchées par l'action de l'Association et soucieux de participer à un projet commun, initié et porté par Quichottine, que beaucoup d'entre vous connaissent. 

 

Je sais bien qu'acheter un livre reste pour certains d'entre vous quelque chose qui n'est pas une priorité. Je vous comprends, les temps sont durs pour tout le monde.

Mais savoir qu'un enfant attend quelque part...peut vous aider à prendre une décision.

D'ailleurs, sur le site de l'Association rêves, vous pouvez aller voir les derniers rêves réalisés, et même ceux qui l'ont été près de chez vous : Alicia rêvait d'aller à la mer, Paghy aussi, ils y ont passé une semaine en famille ; Tony rêvait d'aller au Futuroscope ; Yoan de rencontrer Florent Pagny ; et c'est grâce à la présence de César dans les tribunes que les bleus ont gagné la coupe du monde, vous ne le saviez-pas ?

 

 

Alors, si je vous en parle aujourd'hui sur mon blog c'est aussi pour que vous puissiez vous-même en parler autour de vous et partager éventuellement sur vos réseaux sociaux. 

Pour information, les 7 et 8 octobre prochains, seront les Journées Nationales des Rêves...une belle occasion de participer ! 

 

Une souscription est ouverte en ligne jusqu'au 15 octobre. Au delà, pour vos cadeaux de noël, vous pourrez vous procurer l'anthologie à un prix supérieur. 

Tous les détails, un court résumé et un extrait sont visibles à partir du lien  ci-dessous...

 

Un bon début de semaine à tous ! 

 

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 05:52
Gallimard Jeunesse / 2017

Gallimard Jeunesse / 2017

Il sera une fois, dans pas si longtemps, un monde qui vivra enfin en paix.
En ce temps-là, il y aura de nouveaux hommes et il y aura de nouvelles femmes.
Ce sera l'ère des miracles.

D’un geste décidé, elle coupa maladroitement sa tresse qui retomba sur le sol avec la lourdeur d’une botte de foin. Ophélie observa le résultat dans la vitre cassée et eut l’impression de se retrouver avec une colonie de points d’interrogation dressés sur la tête. Ses cheveux, délivrés de leur poids, s’étaient mis à boucler dans tous les sens. Elle les avait laissés pousser depuis l’enfance mais, curieusement, lorsqu’elle jeta cette partie d’elle-même dans un sac de mauvaises herbes, elle ne ressentit rien de particulier. Rien, hormis une soudaine impression de légèreté. À croire que ce n’étaient pas ses cheveux qu’elle venait de couper, mais le cordon qui l’enchaînait à son ancienne vie.

 

Voilà deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur Anima sans aucune nouvelle de Thorn. Ses moindres faits et gestes sont épiés et elle commence à étouffer sérieusement sous les conseils de ses proches...

Où Thorn a-t-il bien pu aller se cacher ?

L'a-t-il complètement oublié ?

Ophélie se laisse dépérir au grand dam de sa famille qui l’exhorte à réagir et à ne plus penser à lui...

 

Grâce à tout ce qu'elle a appris dans le tome précédent, et en particulier à la rencontre que je tairai secrète, car sinon je vous dévoile la fin du tome 2, Ophélie réussit à s'enfuir d'Anima avec l'aide d'Archibald qui lui fait franchir une Rose des Vents, pour se rendre seule sur Babel où elle change d'identité et devient Eulalie.

 

Sur cette arche, elle découvre un monde multiculturel surprenant, à la fois très moderne, voire d'avant-garde et très codifié, ayant par exemple un système de castes, des tenues vestimentaires imposées par la loi, des mots interdits à ne jamais prononcer... 

Tout contrevenant est violemment puni et toute opposition au régime dictatorial, réprimée sans détour.

 

Au départ, elle se méfie de tout le monde jusqu'à ce qu'elle rencontre Ambroise et se lie d'amitié avec lui. Grâce à lui, elle poursuit son but et va réussir à intégrer une prestigieuse école "La Bonne Famille" dont le principe de base est "Faire savoir et savoir-faire", afin de devenir une apprentie-virtuose.

 

Au sein de la Bonne famille se côtoient des personnages aux pouvoirs très différents. La concurrence est rude et personne ne lui fait de cadeau.

Je ne vais pas vous en dire plus cette fois car c'est justement là-bas que se cache tout ce qu'il y a d'important à découvrir dans ce tome...

Vous avez juste à savoir que sa formation est épuisante, qu'en cas d'erreur elle devra effectuer de nombreuses corvées sur ses heures de sommeil, et que ses connaissances et sa curiosité naturelle, vont l'amener à se confronter à de sérieux problèmes. De plus, les dangers sont partout et un mystérieux tueur élimine certaines personnes trop curieuses, devenues sans nul doute, gênantes.

 

Mais, malgré les dangers, Ophélie sait qu'au coeur de Babel se cache un secret qu'elle veut à tout prix découvrir, même au péril de sa vie.

Son enquête la mènera-telle auprès de Thorn ?  

Je vous laisse le découvrir par vous-même...

 

En parallèle, le lecteur apprend qu'Archibald tente toujours de retrouver le pays natal d'Hildegarde, une arche disparue et, Victoire, la filleule d'Ophélie grandit sur la Citacielle, auprès de sa mère Bérénilde et de Tante Rosaline, venue la rejoindre.

La petite ne marche toujours pas et ne parle pas, mais comprend tout, et sa rencontre avec Farouk, son père, n'est pas sans surprise...

 

Alors... prêts à visiter Babel, à prendre votre envol sur un tramoiseau et à entrer dans la gigantesque bibliothèque de la Bonne Famille ? 

 

La remarque déstabilisa si bien Ophélie qu'elle rata une marche et termina l'escalier de marbre sur le postérieur. Les avant-coureurs l'enjambèrent les uns après les autres sans un regard. Elle ne les voyait elle-même plus qu'à moitié ; elle avait perdu un verre de lunettes dans sa chute. Alors qu'elle tâtait les marches, le corps cuisant d'une douleur humiliante, une main enluminée lui tendit ce qu'elle cherchait.
-Mediana, de la deuxième division de la compagnie des avant-coureurs, se présenta officiellement la garçonne.

Il m’a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lecture qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante.

 

J'avais peur de me lasser en abordant ce troisième tome, et d'être déçue vu que j'avais beaucoup aimé les deux premiers opus : il n'en est rien ! Ce tome est à la hauteur des précédents et le suspense va crescendo. De plus, l'auteur entre davantage dans la psychologie des personnages ce qui n'est pas pour me déplaire.

Nous retrouvons avec plaisir sa créativité débordante, son style incomparable qui nous fait vivre aux côtés des personnages comme si c'était nos proches. L'action et les rebondissements sont au rendez-vous, bien que le début du roman soit plus lent que dans les précédents opus. Les personnages secondaires apportent tous un plus à l'histoire, car ce sont les relations humaines qui sont au centre du roman. 

Ophélie est devenue plus adulte et le lecteur la voit évoluer vers plus d'assurance.

Il lui en faudra du courage et de la force pour venir à bout de toutes les embûches qui se dresseront sur sa route. D'ailleurs ce tome est centré sur son évolution personnelle, ses doutes et ses espoirs. 

 

Il nous reste encore une foule de questions dont nous attendons avec hâte les réponses dans le quatrième volume, car finalement ce troisième tome ouvre la porte à une foule de questions et apporte peu de réponses. 

Le fait en particulier que toute l'action (ou presque) soit centrée sur Ophélie nous laisse un peu sur notre faim par rapport à la lecture des deux premiers opus et, en fait, on aimerait en savoir davantage sur ce qui se passe ailleurs, sur les autres arches... 

Par contre, la découverte de cette nouvelle arche, apporte son lot de réflexion et de surprises au lecteur. 

 

Voilà une saga "coup de coeur" qui fait espérer au lecteur qu'il n'aura pas trop à attendre la sortie du quatrième tome.

A offrir absolument à vos grands ados, au risque de vous laisser prendre au piège !

Vous êtes prévenus...

 

Je suis exigeant, rabat-joie, maniaque, asocial et estropié, énuméra-t-il d'une voix terrible. Vous pouvez me prêter tous les défauts du monde, mais je ne vous autorise pas à me traiter d'égoïste

Quand Thorn s’écarta finalement, le souffle court, ce fut pour clouer un regard de fer dans ses lunettes.
- Je vous préviens. Les mots que vous m’avez dits, je ne vous laisserai pas revenir dessus.

La seule véritable erreur est celle qu'on ne corrige pas

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud, 2015

Dargaud, 2015

Il a un truc en travers de la gargagnole, ton paternel. Quelque chose qu'est pas passé. Quand il était petiot c'était un amour, et puis, à l'adolescence, c'est devenu une sorte d'Attila en baskets.

 

Le tome 3 commence bien mal pour notre petit groupe de sexagénaires et leur entourage...

Mimile et Antoine gardent Juliette lorsque des pluies torrentielles s'abattent  sur le village.  La maison de Sophie prend l'eau, et la rivière en contrebas du village déborde, provoquant l'inondation d'un lotissement et de nombreux embouteillages. Voilà qu'en plus Sophie, qui revient d'un spectacle de marionnettes, tarde à rentrer...

 

Tandis qu'Antoine va porter secours, en râlant, à Berthe, la vieille folle des ravines, dont les bêtes risquent de se noyer, Mimile fait un malaise laissant la petite Juliette seule dans la maison, en train de s'égosiller dans sa chambre. 

 

Pendant ce temps à Paris, Pierrot se retrouve en garde à vue, suite à une manifestation. Le problème est qu'il est déguisé en abeille...

C'est alors que Sophie rentre chez elle, après moultes  péripéties, que je ne vous raconterai pas et elle trouve Juliette endormie d'épuisement...et surtout Mimile par terre. Il ne lui reste plus qu'à appeler le SAMU.  

 

Tu commences à me courir sur l'endive, à toujours poser des questions sur la préhistoire ! T'es marionnettiste ou archéologue ?
Tu ferais mieux de t'occuper de l'avenir !

 

Avec ce tome 3, la pression monte d'un cran pour nos trois compères ! 

Cette fois, c'est autour de Mimile d'être au centre du récit...

Le lecteur va enfin apprendre pourquoi il a tout quitté subitement en 1955, y compris son équipe de rugby, pour partir en Australie et devenir un baroudeur, et même un chasseur de trésors à ses heures.

Il faudra d'abord attendre qu'il sorte de son coma pour l'écouter nous raconter son histoire et savoir comment il a rencontré  le vieil Errol qui le cherche partout.

 

Dans ce tome-là, les auteurs font ressortir de vieilles querelles de village, des actes dont les trois compères ne sont pas très fiers et sur lesquels ils osent enfin porter un regard critique. Bien qu'ils soient souvent de mauvaise foi, il faut le reconnaître, cela leur arrive d'avoir des regrets...Et puis, vu qu'eux-même sont loin d'avoir été irréprochables, ils feraient mieux de garder leurs conseils pour eux !

 

Il y a donc un peu moins d'humour et davantage de gravité dans ce troisième tome mais il est aussi beaucoup plus riche en émotions et en humanité.

Les dialogues sont toujours aussi pimentés mais sous la rigolade, c'est du sérieux et on parle d'actualité : la délocalisation, le chômage, la protection des abeilles,...mais aussi la solitude de la vieillesse et ses dérives, les erreurs de jeunesse et les conflits entre génération.

Les dessins pleins de vie et fourmillant de détails, ne pourront que vous combler et puis, ce qui est délicieux, c'est que tout le monde en prend pour son grade ! 

Difficile de résister donc et de ne pas attendre avec impatience la sortie du tome 4 en novembre prochain...

 

Politiquement, ton grand-père, il dit que des âneries du matin au soir! Alors l’hiver, encore, ça va, les journées sont courtes...

Si les abeilles pouvaient se défendre toutes seules...

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud 2014

Dargaud 2014

L'anarchie c'est pas le bordel, mon cher ! C'est l'ordre, moins le pouvoir, nuance.

 

Dans le premier tome, présenté hier sur ce blog, nous avions fait la connaissance de nos "vieux fourneaux". Et c'est en particulier Antoine qui était mis à l'honneur. Nous avions aussi rencontré Sophie, sa petite-fille qui, rappelez-vous, attendait un bébé.

 

Dans ce tome 2...

Sophie a mis au monde une petite Juliette avec qui elle refait le monde.

Encore une fois un secret va surgir dans la vie d'un de nos protagonistes et le replonger dans son passé et, les vieux amis vont tenter de l'aider, pour éclairer les événements d'un regard neuf.

C'est maintenant au tour de Pierrot d'être mis à l'honneur. On va en apprendre davantage sur lui et mieux comprendre sa personnalité et son engagement militant.

 

Mais qui a bien pu envoyer tout cet argent à Pierrot à destination de son collectif anarchiste "Ni yeux, ni maître"  ?

Vous, lecteur vous le saurez dès les premières pages (et si je vous le dis vous allez découvrir la fin du tome précédent) mais lui, n'en sait rien et n'en parle à personne, car, il est persuadé qu'il s'agit de son amour de jeunesse, Ann Bonny, qui refait surface et dont il n'avait plus jamais eu de nouvelles.

Mais la personne qui est derrière cet envoi,  n'est pas celle qu'il croit... La lettre envoyée avec les billets, a bien été signée, Ann Bonny, parce que c'est le nom d'une femme pirate célèbre. La personne ignorait tout simplement qu'Ann Bonny avait réellement existé dans la vie de Pierrot, et que c'était le surnom de celle qu'il avait aimé, et qu'il avait attendu des années durant.

Pierrot en est tout chamboulé et ses souvenirs reviennent le hanter.

C'est l'occasion pour le lecteur de plonger dans les années 60 où il se retrouve à Paris, en pleine guerre d'Algérie, alors que des manifestations contre l'OAS se multiplient dans l'hexagone... 

 

Tandis que Pierrot disparaît, Antoine qui avait rendez-vous avec lui, débarque à Paris pour la grande Manif et se retrouve seul, sans Mimile qui a quitté la maison de retraite pour se rendre auprès de Sophie et de Juliette... 

 

Vieillir tue...

 

Au fait, je ne vous ai pas dit que "fourneau" en argot cela voulait dire... "crétin" !

Bon ce n'est pas très flatteur pour notre génération, mais c'est ainsi que pour apprécier ce tome, il faut avoir connu ces temps de militantisme, autour des années 68, ou en avoir beaucoup entendu parler durant notre adolescence.

 

Mais il faut bien reconnaître que ces soixante-huitards attardés qui ont vieilli, certes mais gardent le coeur et l'idéalisme de leur jeunesse, ils nous touchent parce que justement, ils sont su garder leur fraîcheur. 

Donc, sauf si votre pensée et votre coeur penchent vraiment à droite, et dans ce cas vous n'apprécierez pas certains passages de ce tome (vous êtes prévenus), vous trouverez encore, beaucoup de tendresse et d'humanité,  de l'humour, des dialogues inénarrables, des personnages forts en gueule mais si touchants qu'on en redemande...

Tous trois veulent toujours aller de l'avant et vivre, ici et maintenant. Soit vous les suivez, soit vous les regarderez de loin, à vous de choisir ! Mais quoi que vous fassiez, ils vous feront rire et découvrir la passion qui les anime...

Moi je voudrais bien que Pierrot, Mimile et Antoine me racontent encore des histoires de leur passé parce qu'ils nous parlent des femmes et des hommes qui se sont battus pour la liberté et qu'il ne faudrait pas les oublier. 

 

Les lieux sont décrits de manière spectaculaire...

Qui n'a pas rêvé qu'un lieu comme "l'île de la Tordue", où vivent plusieurs générations ensemble dans l'entraide et la tolérance, existe vraiment...

La critique de notre société de consommation est finement menée, comme dans le scénario à la boulangerie, autour de la baguette de pain. C'est tellement réaliste que le lecteur ne peut qu'en rire et je vous assure que vous ne pourrez plus jamais demander une baguette à votre boulangère, et qu'elle vous demande de choisir entre quinze sortes différentes aux noms biscornus, sans y penser !

De nouveaux personnages apparaissent dans ce tome, mais je vous laisse les découvrir...

Inutile, en effet que je vous décrive les frasques de celui que l'on surnomme "human bomb" et qui possède en effet une arme de destruction massive qui fait fuir tout le monde sur commande ; ni de Baba, l'organisateur des attentats gériatriques (bon je vous rassure, ils sont tout à fait inoffensifs et ne tuent personne) ; ni non plus de Francine de la RocheBonnefoy, aristocrate et anarchiste, si, si...il faut me croire, ça existe et en plus passionnée d'informatique !   

 

Cette BD totalement anticonformiste a obtenu en 2015 le prix des Libraires. 

Alors demain, si vous le voulez bien... je vous parle du tome 3 ?

Et en attendant, vous pouvez lire l'avis d'Hélène ci-dessous...

 

Tout le deuxième étage, ce sont des étudiants fauchés qu’on héberge. Alors là grosse sélection, parce qu'on reçoit beaucoup de dossiers, tu t'en doutes...
- C'est quoi les critères ?
- Déjà, il faut étudier des matières totalement baroques. Musicologie, philosophie, l’art étrusque, l’histoire antique…. Les trucs que le monde libéral qualifie d’inutiles, quoi…

Vous savez où vous pouvez vous la carrer, votre fleurimeuline du Papé ?

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 06:00
Dargaud 2014

Dargaud 2014

Je pense que pour des vieux flibustiers, vous avez de beaux restes...

 

Voilà une BD dont j'ai énormément entendu parler depuis sa sortie et que je me suis décidée à emprunter en médiathèque, vu que pour une fois  les trois tomes étaient disponibles en même temps, une vrai chance !

Je vais donc aujourd'hui et les deux jours prochains vous les présenter...

Je sais que certains d'entre vous n'aiment pas lire des bandes dessinées. Pourtant je vous assure que ce type de fresque sociale ne pourrait pas être racontée de manière aussi réaliste, sur un autre support.

C'est un pur régal...

 

L'histoire...

 

Trois amis d'enfance, maintenant septuagénaires, se retrouvent pour l'enterrement de Lucette, celle qui jeune femme a su faire battre leur coeur d'adolescents. 

Il y a Pierrot qui a toujours été un syndicaliste et un activiste engagé. Il est aujourd'hui à la tête d'un groupe d'aveugles, "Ni yeux, ni maître" qui sévit surtout sur Paris et s'incruste dans les dîners mondains, réunions politiques et autres lieux stratégiques pour y mettre la pagaille.

Il y a Mimile, placé aujourd'hui dans une maison de retraite, mais qui a été à ses heures un aventurier hors pair, et a parcouru le monde en bateau.

Puis il y a Antoine, le veuf, celui qui a eu la chance d'épouser la pétillante Lucette, dont tout le monde était amoureux.

 

Lucette en son temps avait quitté subitement le "Laboratoire Garan-Servier", la plus grosse entreprise pharmaceutique de la région, pour créer un théâtre de marionnettes "Le loup en slip", et donner du plaisir autour d'elle, théâtre que vient de reprendre Sophie, leur petite-fille, aujourd'hui enceinte de 7 mois.

 

Mais voilà qu'au lendemain des obsèques, Antoine, est convoqué chez le notaire pour lire le testament laissé par sa femme. Il découvre une lettre où celle-ci lui annonce qu'elle a eu une relation avec son ancien employeur, qui réside aujourd'hui en Toscane et est atteint de la maladie d'Alzheimer. 

Voilà Antoine parti aussitôt sur les routes, comme un fou, en direction de l'Italie...et en possession de son fusil.

Que compte-t-il en faire ? Il y a tout lieu de s'en inquiéter... surtout lorsqu'on sait que son ancien patron le détestait parce qu'il avait monté contre lui tous les ouvriers de l'usine et les avait incité à réclamer leurs droits ? 

A ses trousses, vous vous en doutez, et dans le camion rouge pas du tout discret du théâtre de marionnettes, Mimile, Pierrot et Sophie vont  tenter de le rattraper avant qu'il ne fasse une très très grosse bêtise...

 

 

 

Je vais vous dire le fond de ma pensée, les cons. Si y avait pas Sophie, j'prendrais une louchée de bonbons Garan-Servier avec un litre de poire et j'men irais retrouver ma Lucette.

Et voilà comment passe une vie, tiens. Quarante piges à charger des camions dans cette saleté d'usine à bonbons. De la drogue légale à pleines palettes.
J'aurais dû me barrer à vingt ans comme toi, mon Pierrot.

- J'aurai préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite..
...
- Non mais je rêve. C'est quoi, ce délire rétrojaloux ?

 

Ce que j'en pense

 

Tout a été dit sur cette BD décalée, dont les héros sont des vieux flibustiers qui en ont vu d'autres dans leur vie, et ne s'en laissent pas compter. Les dialogues sont savoureux et l'histoire aussi attachante que les personnages. 

J'ai adoré faire connaissance avec nos trois lascars. Les auteurs nous offrent des personnages haut en couleur, au vocabulaire on ne peut plus cru et imagé, sans jamais tomber pour autant dans la caricature_enfin un tout petit peu quand même mais c'est si drôle...

 

C'est un album plein d'humour et d'humanité qui nous propose de poser un regard tendre, doux et pudique sur nos trois vieillards, soudés par une solide amitié, qui fait chaud au coeur tant elle a franchi les ans, et qui les unit pour le meilleur et pour le pire. 

Un véritable coup de coeur pour moi !

Une BD qui a su m'émouvoir et me faire rire aux éclats. Le suspense est entier puisqu'à la fin de ce tome : on n'a qu'une hâte, c'est de découvrir le tome suivant, ce que j'ai eu la chance de pouvoir faire tout de suite... 

 

Si vous voulez en savoir davantage sur les auteurs de cette série, dont le tome 1 a reçu le Prix du Public à Angoulême, en  2015, je vous invite à cliquer sur les liens ci-dessous.

Pour tout savoir sur le dessinateur Paul Cauuet, dont je découvre les dessins réalistes et bourrés de détails truculents dans ce premier tome...

 

 

J'avais déjà fait connaissance avec le scénariste Wilfrid Lupano, dans une BD  "Le singe de Hartlepool", que je vous ai présenté sur ce blog et que j'avais beaucoup aimé. C'était déjà une BD sociologique et philosophique, à l'humour grinçant...

Vous pouvez lire sa biographie, ci-dessous pour en savoir davantage sur lui. 

 

Et c'est toujours intéressant de lire l'avis éclairé de Mimi et de Violette sur le tome 1  (et les tomes suivants) de cette série...

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 05:59
Albin Michel 2016

Albin Michel 2016

Ce qu'il y a de charmant dans les rêves, c'est qu'on peut en écrire les dialogues...

 

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir cette série policière pas comme les autres, portée par une héroïne hors norme. Mais n'ayant pas trouvé en médiathèque le tome 1 qui a assuré le succès de la série, je me suis repliée sur le tome 2. 

En fait, les tomes peuvent sans problème être lus séparément, bien que de nombreuses allusions au tome précédent donnent envie de lire les différents tomes dans l'ordre. 

Une fois le feu allumé et le chat nourri, un whisky bien tassé dans le gosier, Agatha sentit qu'elle survivrait. Que James Lacey aille se faire foutre, lui et ses congénères !

 

Agatha Raison, toujours célibataire, s'est installée dans un joli cottage dans la petite ville de Carsely.

Un nouveau vétérinaire vient d'arriver, et toutes les femmes se précipitent pour faire sa connaissance. Il est apparemment charmant !  

Agatha bien sûr, succombe à la curiosité et lui amène elle aussi son chat, qui n'est pas malade, afin de faire connaissance, et, surtout en espérant attirer ses faveurs.

Je parle du vétérinaire, là, pas du chat : il faut suivre...

 

Peu de temps après, l'homme est retrouvé mort, près d'un cheval qu'il s'apprêtait à opérer. Meurtre ou accident ? Comment a-t-il réussi à tomber pile sur la seringue emplie de tranquillisant ?

La mort paraît, bien sûr, aussitôt suspecte à Agatha, mais la police conclut à un accident.

Accompagnée de son voisin, James Lacey, un colonel à la retraite, elle décide de mener sa propre enquête, en parallèle de la police et du sergent Bill, qu'elle connaît bien.

James, pour une fois va la suivre dans toutes ses pérégrinations, tout en se tenant à une distance respectable, car Agatha n'arrive pas à lui cacher malgré ses efforts, qu'elle aimerait bien qu'il s'intéresse autant à l'affaire, qu'à elle.  

 

Il se trouve que le vétérinaire était un homme à femmes...d'ailleurs elles pleuraient toutes à son enterrement, mais était-ce seulement parce qu'elles étaient toutes tombées amoureuses de lui ? Agatha en doute...

 

Il admirait, frappé d'émerveillement, les cascades de fleurs d'un cerisier, quand elle demanda d'un ton brusque : "Bon, on va rester là la journée, ou alors on se met au boulot?"

 

Bon vous l'aurez compris, c'est un roman policier amusant et facile à lire, parfait pour des vacances et une lecture sans prise de tête ! Une lecture peut-être même à partager avec vos ados...

L'héroïne est une quinqua sans scrupule, mais pas sans complexe. Pugnace, curieuse, imprévisible mais tout à fait pétillante,  elle sait mener son enquête avec brio.

Ne vous attendez pas à un roman au suspense époustouflant pour autant.  Mais j'ai succombé à l'ambiance "british", à la sérénité de ce petit village, à la vie entourée de chat...ah ! qu'il doit faire bon vivre dans ce type de campagne anglaise. 

J'ai passé un bon moment de détente avec ce livre léger mais sympathique, mais je ne sais pas si je suivrais la série complète pour autant, car peut-être qu'à la longue on risque de se lasser des frasques d'Agatha...

 

En tous les cas, c'est un roman parfait à lire en vacances !

Et vous, vous aimez cette série ?

 

 

Née en 1936 à Glasgow, M. C. Beaton, dont le véritable nom est Marion Chesney, était libraire et journaliste, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus en Grande-Bretagne. 

Elle a écrit deux séries de romans policiers : Hamish MacBeth et Agatha Raison (15 millions d'exemplaires vendus dans le monde). 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 05:30
Les Disparus du Clairdelune / La Passe-miroir (2) / Christelle Dabos

Ophélie repoussa le tourbillon de boucles brunes qui se prenait dans ses lunettes. Les yeux écarquillés, elle aurait voulu capter chaque détail de ce paysage surprise : les glaciers qui réfléchissaient leur blancheur éblouissante dans le miroir des eaux, le vol d’un harfang des neiges sous la déferlante des nuages, le carillon d’un clocher au milieu de petites maisons multicolores, l’odeur puissamment résineuse des sapins et délicieusement salée de la mer.

 

Vous vous souvenez sans doute qu'en juillet dernier, je vous ai présenté le tome 1 de la série "La Passe-miroir", qui s'intitule "les Fiancés de l'hiver".

J'ai fait des heureux parmi vous puisque depuis, Azalaïs a déjà lu la trilogie et donc a pris de l'avance sur moi ! Cela me fait toujours plaisir quand je vois que nous échangeons ainsi des idées grâce à nos blogs et aux liens qui se tissent entre nous. 

Moi je viens juste de dévorer le tome 2,  toujours avec autant de plaisir ! 

Je vous préviens, dit Berenilde en la considérant posément par-dessus sa gazette, si vous brisez ce qui tient lieu de cœur à mon neveu, je vous découpe en lamelles.
Ophélie versa le café à côté de sa tasse. Elle était bien placée pour savoir que ce n’était pas là de la simple rhétorique : Berenilde s’était déjà fait les griffes sur elle pour moins que ça.


On retrouve Ophélie dans de beaux draps ! Ne vous méprenez pas, elle est toujours fiancée à Thorn et la date du mariage avance à grands pas, mais pour l'instant leurs relations sont toujours aussi distantes et innocentes.

En fait, Ophélie est toujours dans une situation périlleuse et à présent, reçoit même des lettres de menace ce qui commence à l'inquiéter...mais, à qui peut-elle faire confiance pour en parler ?

 

Au milieu des artifices de la cour, Farouk, l'esprit de famille qui domine tous les habitants de la Citacielle,  la remarque et la nomme vice-conteuse.

La "petite Artémis" comme il l'appelle, l'intrigue et lui rappelle vaguement quelqu'un mais il ne sait plus, avec sa mémoire défaillante, qui... Elle, est morte de trouille d'échouer à le satisfaire en montant sur scène pour y raconter des histoires. Et tout le monde d'y aller avec des conseils inutiles qui ne font qu"aggraver la situation...

De plus dans la Citacielle, des hauts dignitaires faisant tous partie des Mirages, disparaissent sans laisser de traces et d'inquiétantes rumeurs circulent à leur propos.

Et voilà que pour compliquer le tout, la famille d'Ophélie au complet, décide de venir la rejoindre et de rester avec elle jusqu'au mariage...

Comment passer inaperçue quand on a une famille animiste et une mère aussi extravagante ? 

 

La Citacielle, malgré ses illusions toujours aussi surprenantes, commence à laisser entrevoir un monde encore plus impitoyable que dans le premier tome et c'est justement sur Ophélie que l'on compte pour découvrir, en sa qualité de liseuse, où ont disparu les quatre Mirages. Mais cela ne va pas être facile car ces mystérieuses disparitions exacerbent les rancoeurs, les haines et les complots déjà quotidiens à la cour...

Voilà Ophélie au coeur d'une enquête dangereuse, qui va vite la dépasser. Elle est toujours suivie à distance par Thorn qui veille sur elle, tentant de déjouer les pièges qui lui sont tendus et d'éviter de se prendre les pieds dans le tapis, ou de tomber dans l'escalier avec elle, à moins qu'il ne reste lui aussi un jour bloqué entre deux miroirs...Qui sait ! 

Mais pourra-t-elle vraiment compter sur lui en toutes circonstances ?

Ophélie est d'autant plus inquiète qu'elle découvre que certaines personnes veulent réellement s'opposer à leur mariage et que sa vie est peut-être finalement bel et bien en danger, la sienne et peut-être aussi celle de Thorn...


 

La première fois que je vous ai vue, je me suis fait une piètre opinion de vous. Je vous croyais sans jugeote et sans caractère, incapable de tenir jusqu'au mariage. Ça restera à jamais la plus grosse erreur de ma vie.

 

Encore un tome de 549 pages qui s'avale d'une traite ou presque, tant le lecteur est pris dans l'histoire. Cela ne fait qu'un peu plus d'un mois que j'ai lu le tome 1 et je n'ai eu aucun mal à replonger dans l'univers de l'auteur.

 

Le lecteur se prend toujours d'affection pour la maladroite Ophélie qui se retrouve en décalage constant avec les événements, mais oh ! combien nous aimons la voir aussi émotive, maladroite, inquiète, et surtout si humaine. Nous tremblons avec elle et nous voudrions lui tendre la main, mais hélas nous ne savons pas passer à travers un miroir...

Dans ce tome, elle est différente et apprend à dépasser ses craintes. Elle se montre même courageuse, car elle ose défier Farouk devant toute la cour, dire ce qu'elle pense haut et fort, et aussi rabrouer sa mère...

 

Les autres personnages sont à la hauteur de nos attentes.

Le mystérieux Thorn nous présente peu à peu de nouveaux aspects de sa personnalité et sa relation avec Ophélie évolue, et prend une tournure à la fois attendue et surprenante...

L'intrigue est prenante et nous emmène en dehors de la Citacielle à maintes reprises pour nous faire découvrir des personnages dont on ne savait rien ou presque jusqu'à présent, comme la mère de Thorn, ou celle de Bérénilde...

Mais je vous rassure, il reste encore beaucoup de mystères à découvrir ! 

 

Une série qui promet de se faire une place de choix dans les lectures pour adolescents, mais qui s'apprécie d'autant plus pour nous adultes, qu'il suffit d'avoir gardé un tantinet de notre âme d'enfant pour se régaler ! 

Je n'ai donc pas été déçue à la lecture de cette suite qui donne juste envie de lire le tome 3 qui par chance vient d'être acheté par la petite médiathèque de mon village et que j'espère emprunter très bientôt pour vous en parler...

 

Le passé n'était pas toujours beau à regarder, mais les erreurs des personnes qui l'avaient précédée sur Terre étaient aussi devenues les siennes. Si Ophélie avait retenu une chose dans la vie, c'était que les erreurs étaient indispensables pour se construire.

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 05:54
TheBookedition.com / septembre 2017

TheBookedition.com / septembre 2017

Les choses mènent sûrement
quelque part... – mais où ?

Extrait de "Regardez sécher les lettres" Alexis Canonne

Les ondes déploient leurs bras infinis,
les vents frappent fort, attrapent les voiles,
pour jouer avec elles, et rendre aux étoiles
les âmes des hommes, celles des maris.

Extrait de "Chant de la mer" Alexis Canonne

 

J'ai accepté avec grand plaisir de lire en avant-première, ce recueil écrit à quatre mains, par Aurélien Di Sanzo dont je vous ai déjà parlé sur ce blog, et son ami poète, Alexis Canonne.

Dans ce recueil donc, les deux poètes ont uni leur plume, pour écrire ensemble et nous présenter leurs poèmes, d'une façon tout à fait originale.

 

En effet, dans une première partie du recueil, chaque poème, écrit par l'un des poètes (page de gauche), est un poème-miroir : il trouve son propre reflet, écrit par l'autre (page de droite), et tous deux nous embarquent dans un véritable tourbillon d'émotions. Le reflet n'existe... que parce que l'image est visible dans le miroir.

Les deux poèmes partagent un même thème, une ambiance, un vers commun, parfois un seul mot, tandis que chacun des poètes apporte sa touche personnelle, son propre rythme, son imagination et sa sensibilité.

 

Vous découvrirez ainsi trente-six poèmes écrits en miroir, une autre façon d'explorer la poésie...à deux.

Voici deux de ces poèmes, sélectionnés dans la première partie du recueil.

 

 

DEVENIR UNE ENCRE


Dans le verbe et dans le geste,
dans les heures et la lenteur,
nous passons le temps.


Dans le vide et près des rives,
dans les rêves et sur la grève,
le temps se passe de nous.


Alexis Canonne

 

 

L’AIGUILLE ME JOUE DES TOURS...


L'aiguille me joue des tours
L'encre se fout des lignes
Et l'instant de tout un jour
Succombe et se résigne.


La mer joue des vagues
Une boucle qui répète
Qu’encore l'instant divague
Dans une grâce imparfaite.


L'aiguille fait ses tours
L'encre rempli ses lignes
Et le futur toujours
Se dessine et s'illumine


Dans une grâce des signes.


Aurélien Di Sanzo

 

 

Vous pouvez lire, un autre poème-miroir et son reflet, mis en ligne sur le site d'Aurélien ICI.

 

A la fin de cette partie commune, dans une seconde partie du recueil, les deux poètes nous livrent chacun leur tour, d'autres textes, plus personnels, voire intimistes. Chacun d'eux y retrouve son autonomie, son rythme, ses thèmes préférés. 

 

Alexis Canonne, dans la partie intitulée "Bruissements", explore sa région natale et la nature qu'il adore. Il nous parle, dans des poèmes emplis d'une infinie douceur et tout en légèreté, de la forêt comme de la mer, du vent, du ciel, du soleil ou des saisons, mais aussi des rêves qui marquent le temps qui passe...

Ses poèmes ont un pouvoir évocateur très fort et nous emmènent au coeur des éléments pour mieux en sentir la force.  

J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir son univers, sa sensibilité, son rythme, et la rigueur que l'on sent à travers ses poèmes, dans la première partie du recueil, mais aussi dans cette seconde partie plus personnelle. 


 

DÉESSE

Dans la lumière
du soleil d'hiver
j'ai lu –
– la tristesse
d'une déesse
qui n'existait plus.

Alexis Canonne

 

Dans "Rupture", Aurélien Di Sanzo évoque tout d'abord la mort,  et nous livre son coeur, en rendant hommage à une jeune poétesse trop tôt disparue, Evelyne Vijaya...  Vous pouvez aller lire les poèmes de cette jeune femme poète, sur son blog personnel toujours actif...

Et ta disparition nous rappelle l’essentiel, combien il est
important de laisser derrière soi un hameau, un
horizon, peuplé de mots, peuplé de sons. Pour que
dans ta terre, celui qui viendra se recueillir, puisse
trouver non pas les graines du souvenir mais celles du
savoir, de la beauté et de l’éternel.

Extrait de "Le poème le plus triste du monde" (Hommage à Evelyne Vijaya)

 

C'est avec beaucoup de plaisir que je redécouvre son talent... Aurélien Di Sanzo est un jeune poète qui a fait son chemin depuis que je vous ai présenté son second recueil ici.

Son univers a évolué. Ses poèmes sont écrits en vers, lui qui aimait tant jusqu'à présent écrire en prose, et montrent davantage de maturité, de profondeur...

L'emploi du "je" est toujours assez fréquent dans ses poèmes. 

Ce sont des poèmes nostalgiques et parfois vraiment pessimistes...qui crient la douleur de l'absence, le vide de la solitude mais nous parlent aussi de renouveau, d'amour, de la saveur de découvrir le monde et les choses qui nous entourent, comme la nature et les différents éléments, qui vont nous redonner l'énergie, la force et l'envie de vivre pleinement l'instant présent.

 

...
Ils ont inventé le temps pour détruire nos vies.
Je voudrais le détruire pour récupérer la mienne.
...
Ils ont inventé le temps pour récupérer nos vies.
Je voudrais le détruire pour inventer la mienne.
...

Extrait du poème "Le présent à l'heure bleue" Aurélien Di Sanzo

...La flamme légère de l'amour danse
Elle irise les cieux de cette transe
Qui palpite et tremble d'incertitude
Face aux lendemains de solitude
...

Extrait de "Laisse-moi peindre tes lèvres" Aurélien Di Sanzo

 

Dans ce recueil sont réunis 59 poèmes d'une grande diversité, de style mais aussi de thème, et de rythme. 

Ce recueil est un beau partage d'amitié, une belle expérience d'écriture, un vibrant hommage à la nature si nécessaire à nos existences.

Un recueil qui nous parle du temps qui passe mais nous invite aussi à "courir sur le ciel", à rêver d'amour, à oublier "les jours sans soleil"...comme nous le propose Aurélien Di Sanzo et, comme nous répond en écho Alexis Canonne, "oublier le fardeau du temps".

Laissez-vous porter par leur écriture et leurs poèmes qui clament la nécessité de profiter du temps présent et, le désir de vivre et d'aimer sans tarder.

 

La préface écrite par Aurélien Di Sanzo est superbe et la post-face d'Alexis Canonne, ouverte à tous les possibles et sans nul doute à d'autre projets communs. 

 

Il y a des hommes de l'ombre, des hommes de l'ombre silencieux, qui n'aiment pas s'exposer au grand jour, qui savent rester assis pendant des heures jusqu'au moment précieux où ils arracheront à l'obscurité le bon mot ou le bon vers...

 

Un recueil à lire ou à offrir, qui paraîtra le 13 septembre prochain.

Vous pouvez vous le procurer en cliquant ICI sur le site de l'éditeur...

Je tiens à remercier Aurélien Di Sanzo de m'avoir permis de le lire en avant-première.

Pour les fans, retrouvez-le sur sa page Facebook ICI.  

...Pour éviter un poème trop formel
Saupoudrez de rimes endiablées
Rajoutez quelques mots en béchamel
L’esthétique doit vraiment en jeter !
...
Extrait de "Recette pour un bon poème" Aurélien Di Sanzo

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:55
Albin Michel, 1997

Albin Michel, 1997

 

Il était temps que je me décide à emprunter le titre emblématique d'Alessandro Baricco, qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire et vous savez quoi et bien je l'avais déjà lu lors de sa sortie... il y a à peu près 20 ans ! 

Comme quoi, la mémoire nous joue parfois des tours, car je n'en avais aucun souvenir précis. 

 

Dès les premières lignes, une fois entrée dans l'ambiance, toute l'histoire m'est revenue d'un seul coup et le relire a donc été un double plaisir ! 

 

On était en 1861. Flaubert finissait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. Les sériciculteurs de Lavilledieu se mirent en société et rassemblèrent la somme, considérable, nécessaire à l’expédition. Il parut à tous logique de la confier à Hervé Joncour.

 

Hervé Joncour est un sériciculteur sérieux et passionné par son métier.

En 1860, les élevages de vers à soie sont en péril, suite à une épidémie inconnue, qui touche les oeufs.

Pour sauver les entreprises de son village de Lavilledieu (en Ardèche), et trouver des oeufs sains, il se voit contraint, pour ne pas décevoir les habitants qui lui font confiance, de partir au bout du monde, toujours tout droit, c'est-à-dire, au Japon ce qui n'était pas une mince affaire en ce temps-là. Il ira quatre fois, quatre expéditions mémorables !

Mais là-bas, outre les différences culturelles, auxquelles il lui faut faire face, son regard croise celui d'une jeune femme mystérieuse et envoûtante... 

Sa vie monotone et ennuyeuse jusque-là, bascule : il est pourtant marié et aime Hélène, sa femme, de tout son coeur. 

 

Notre héros, jusque-là spectateur de sa vie, va vivre des moments chargés d'émotions dans la plus parfaite indifférence apparente. 

 

Toute sa vie se déroule sous nos yeux, en quelques pages impossibles à raconter tant elles sont étranges, jusqu'au final que je ne peux vous dévoiler. 

 

A acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.

 

Est-ce un roman ou un conte ?

Est-ce de la poésie ou une partition de musique ?

Est-ce une ambiance ?

C'est tout cela à la fois...

 

C'est un roman bref mais intense, doux, pudique et sensuel comme la soie, écrit dans un style limpide, mais minimaliste, sans fioritures inutiles.

Les quatre longs voyages sont racontés en une-demi page, toujours identiques d'année en année, et répétitifs comme le refrain d'une chanson. 

 

Ce roman est une belle histoire d'amour au XIXe siècle ou plutôt une histoire sur l'amour : celui dont on rêve et qu'on recherche toute notre vie, celui qu'on a reçu ou perdu à jamais, celui  qu'on reçoit...si on sait voir qu'il est près de nous.

Cet amour est aussi fragile que ces oeufs de vers à soie, qu'il faut mettre au chaud et protéger tant ils sont vulnérables, nourrir au bon moment avec patience et attention, et libérer comme le papillon qui sort de sa chrysalide, pour avoir le plus doux des cadeaux, ce qui reste après tout ce travail quotidien... le doux cocon de soie. 

 

Même en le dégustant, ce court roman se lit d'une traite en une soirée et quand on referme la dernière page, on regrette que ce soit déjà fini.

Mais l'essentiel, comme toujours avec Baricco, est dans ce qui n'est pas dit et que chacun interprétera à sa façon...

 

- Tu étais mort.
Dit-elle.
- Et il n'y avait plus rien de beau, au monde.

Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 06:18
Au Diable Vauvert, 2014

Au Diable Vauvert, 2014

Si vous m'aviez posé la question une heure plus tôt, j'aurais répondu que non, je ne me rappelais pas ce sentier. Je ne crois même pas que je me serais souvenu du nom de Lettie Hempstock. Mais debout dans ce vestibule, tout me revenait. Des souvenirs attendaient à la lisière des choses, pour me faire signe. Vous m'auriez déclaré que j'avais à nouveau sept ans, j'aurais pu vous croire à moitié, un instant.

"- Jouer à quoi ?
- A ça", a-t-elle répondu. Elle a englobé d'un geste la maison, le ciel, l'impossible pleine lune et les écheveaux, les écharpes et les constellations d'étoiles vives.
J'aurais voulu savoir ce qu'elle voulait dire. On aurait cru qu'elle parlait d'un rêve que nous avions partagé. Pendant un instant, il a été si proche dans ma tête que j'aurais presque pu le toucher.

Je vais te confier quelque chose d'important. Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l'intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas. Y en a pas un seul, dans tout le monde entier.

J'étais un enfant normal. C'est-à-dire que j'étais égoïste, que je n'étais pas entièrement convaincu de l'existence de ce qui n'était pas moi, et que j'étais certain, avec une conviction inébranlable, ferme comme le roc, que j'étais l'élément le plus important de la création.

 

Un homme d'une quarantaine d'année, revient vers son village natal pour un enterrement (peut-être un de ses parents ?).

Une fois terminée la cérémonie, alors qu'il doit rejoindre les siens une heure après, il s'évade un instant pour revoir la maison où il a vécu et se retrouve sans le vouloir, près de la ferme des Hempstock...un endroit où tant de choses extraordinaires se sont passées lorsqu'il n'avait que 7 ans.

 

Assis sur le banc près de l'étang, les émotions et les souvenirs qu'ils pensaient enfouis à jamais, le submergent à nouveau...

Il revoit alors avec netteté, son amie Lettie de trois ans son aînée.

Il avait vécu avec elle,  les aventures les plus rocambolesques qui soient, peuplées de créatures cauchemardesques et dangereuses...Il faut dire qu'elle avait une imagination débordante ! 

Il retrouve le ronronnement réconfortant du chaton dont il s'occupait ;  le lavabo jaune de sa chambre, juste à sa taille, qui se trouvait dans la maison détruite où ils vivaient alors avec ses parents...

Il se rappelle des événements tragiques qui ont suivi le suicide d'un des locataires retrouvé dans la voiture de son père ; de la fête d'anniversaire ratée, parce que personne n'était venu...et surtout d'Ursula Monkton, la terrible et étrange gouvernante qui était venue les garder, sa soeur et lui, lorsque leur mère avait décidé de recommencer à travailler : elle avait fait de sa vie, libre et sans soucis jusque là, un enfer !

 

Si la douceur des souvenirs est bien présente, comme le goût du lait de ferme et de la confiture des petits déjeuners, les livres qui emplissaient sa vie et nourrissaient son imaginaire d'enfant, les épreuves qui l'ont obligé à quitter le monde de l'enfance à jamais, le déchirent à nouveau. 

Il se souvient en particulier du jour où, emmené par Lettie au coeur de la forêt, il a, malgré ses recommandations, lâché sa main. Alors, comme dans les contes de notre enfance, sa vie a basculé, et il a été obligé de faire face à toute une série d'épreuves initiatiques, toutes plus difficiles les unes que les autres qui se sont soldées par le départ de Lettie en Australie.

Mais Lettie est-elle vraiment partie ?

 

Les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon

J’aimais les mythes. Ce n’étaient ni des histoires pour adultes, ni des histoires pour enfants. Elles étaient mieux que ça. Elles étaient, tout simplement.

- Les adultes et les monstres ont peur de rien.
- Oh, si, les monstres ont peur. C'est pour ça que ce sont des monstres.
Quant aux adultes...Vus du dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas.

 

Dans ce roman poétique mais empli de mélancolie, où le fantastique côtoie le réel, le lecteur ne peut que se laisser embarquer dans les peurs, les monstres et les zones d'ombre qui peuplent l'enfance...

 

J'ai aimé la façon dont le héros laisse affluer ses souvenirs, entachés par ses angoisses de petit garçon qui a peur du noir, et par son incompréhension du monde des adultes qu'il interprète à sa façon. Un petit garçon imaginatif qui plonge dans les livres et laisse sa vie réelle se peupler des créatures fantastiques rencontrées dans ses lectures...et je vous le dis : elles existent puisqu'il y croit !

Mais heureusement le cerveau est doué d'intelligence et nous fait oublier, devenu adulte, ce qui nous a marqué enfant, enfin il essaie...

 

J'ai aimé la famille de Lettie, loufoque mais très présente, qui sait calmer ses angoisses et éloigner ses démons avec des paroles magiques et un bon goûter.

 

L'auteur nous rappelle avec ses mots, que l'enfant que nous avons été sommeille toujours au fond de nous et fait partie de nous. Il nous fait revivre le monde de l'enfance avec ses fantômes, ses sensations et ses souvenirs. Voilà pourquoi, dans ce roman, chacun de nous pourra y trouver ce qu'il veut bien y trouver. 

 

Au fil des pages, le lecteur comprend que la petite mare qui existe toujours à côté de la ferme au bout du chemin, était pour les enfants un véritable océan, juste assez grand pour contenir tous leurs rêves et toutes leurs angoisses.

 

Est-ce une part de lui-même que nous livre ici  l'auteur ?

Je ne saurais le dire... mais ce qui est sûr, c'est que les lecteurs anglais ne s'y sont pas trompés puisqu'ils lui ont décerné le très convoité "Book of the year 2013" et que le roman a obtenu l'année suivante le Prix Locus du meilleur roman de fantasy en Amérique.

 

Quant à moi je n'ai pas réussi à choisir entre toutes ces citations...je les aime toutes !

 

A noter, que bien qu'il nous parle d'enfance, et que l'auteur ait beaucoup écrit pour les enfants, ce n'est pas du tout un roman de littérature jeunesse mais bien un roman pour adultes et adolescents. 

Bonne lecture...

 

 

Les adultes suivent les sentiers tracés. Les enfants explorent. Les adultes se contentent de parcourir le même trajet, des centaines, des milliers de fois ; peut-être l’idée ne leur est-elle jamais venue de quitter ces sentiers, de ramper sous les rhododendrons, de découvrir les espaces entre les barrières.

J’ai pleuré , alors, transi et encore humide, dans cette chambre, pleuré de douleur, de colère et de terreur, pleuré en toute sécurité, sachant que personne n’entrerait et ne me verrait, que personne ne se moquerait de mes pleurs, comme on se moquait dans mon école des garçons assez imprudents pour céder aux larmes.
J’ai entendu le doux tapotement de gouttes de pluie contre les carreaux de ma fenêtre de chambre, et même cela ne m’a apporté aucune joie.

 

Vous pouvez lire l'avis de "Plume vive" ci-dessous...c'est elle qui m'a donné envie de lire ce titre ! 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 05:29

 

Voilà le premier tome d'une série qui s'adresse aux ados et aux adultes...

Pendant les vacances, je vais essayer de vous présenter, de temps en temps des romans faciles à lire, donc des lectures que vous pourrez partager avec vos ados dès 13-14 ans. Une bonne occasion de profiter des vacances pour prendre le temps de discuter de lecture. 

 

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu de roman fantasy. C'est un genre que les adolescents adorent. J'en lisais beaucoup lorsque j'étais documentaliste, pour partager avec eux, leur univers.

Et j'avoue que je me suis absolument régalée avec ce titre...

 

Gallimard Jeunesse 2013

Gallimard Jeunesse 2013

Soulagée de ne pas être dans sa ligne de mire, Ophélie se prêta à un examen plus attentif de son fiancé. Contrairement à sa première impression, Thorn n'était pas un ours, même s'il en avait l'apparence. Une ample fourrure blanche, hérissée de crocs et de griffes, lui couvrait les épaules. Il n'était pas tellement corpulent, en fait. Ses bras, croisés sur sa poitrine, étaient aussi effilés que des épées. En revanche, tout étroit qu'il était, cet homme avait la stature d'un géant.

 

Ce roman nous parle d'Ophélie, une jeune fille timide qui habite avec sa famille dans un autre monde, divisée en différentes "arches". Elle vit sur l'Arche Anima. Cachée derrière ses lunettes à verre épais et sous son écharpe magique, habillée de couleurs ternes et d'un vieux manteau, elle fait tout pour passer inaperçue. Et pourtant, je vous assure dans cette histoire, il ne faut surtout pas se fier aux apparences...

Car Ophélie possède un pouvoir fabuleux : c'est une "passe-miroir".  Elle est en effet capable de traverser les miroirs pour se rendre où elle veut, quand elle veut, et passer d'un endroit à un autre, incognito. C'est commode pour écouter aux portes n'est-ce pas ? 

En plus de ce don étrange, elle est aussi une "liseuse", c'est-à-dire qu'elle peut aussi "lire", le passé d'un objet, si elle le touche sans gants, et entrevoir ceux qui l'ont soit manipulé, soit tout simplement possédé.

Mais, car hélas pour elle tout n'est pas si simple, suite à un premier essai raté pour franchir un miroir, alors qu'elle n'avait que 13 ans, elle garde un certain décalage avec la vie réelle, je dirai... une sorte de petite maladresse !

Mais cela ne suffit pas à définir notre héroïne. Il faut que je vous dise aussi qu'elle possède en elle une bonne dose de naïveté. En effet, on pourrait même dire, sans exagérer, qu'elle vit "dans son monde", un univers fait de rêves et d'une once de magie.

En plus, elle n'est pas sociable pour deux sous ce qui n'arrange rien et elle ne s'intéresse réellement qu'à son travail. Et savez-vous où travaille cette charmante personne ? Vous ne devinerez jamais ! Elle travaille dans un musée, contenant des tas de vieux objets, qu'elle peut donc, si elle ôte ses gants, "lire" en remontant loin, très loin dans le passé.

 

Maintenant que je vous ai présenté Ophélie et que je vois bien, que vous la trouvez déjà attachante, je vais vous raconter son histoire... 

Elle a refusé tous les membres de sa famille, avec lesquels elle aurait pu se marier (c'est ainsi sur l'Arche Amina, les mariages sont arrangés...). Alors les Doyennes organisent son départ pour une autre arche, le Pôle, où elle doit se fiancer, puis se marier avec un certain Thorn, appartenant au puissant clan des Dragons...un mariage d'intérêt où il n'est pas question d'amour ni même d'affection, et une vie à l'opposé de ce qu'Ophélie avait imaginé.

Elle doit donc quitter pour toujours son métier et sa famille qu'elle ne reverra plus jamais. Autant vous dire que c'est pour elle un véritable déchirement !

 

Mais si je vous dis qu'en plus, Thorn n'a pas l'air commode du tout, vous comprendrez tout de suite mieux le problème...

Ophélie n'est pas au bout de ses surprises et l'arrivée à la Citacielle, la capitale du Pôle, où Thorn exerce le métier d'intendant, lui réserve beaucoup d'autres désagréments : il fait froid, les paysages comme les habitations ne sont qu'illusions, les coutumes et les liens de hiérarchie qui unissent les différents clans, n'ont rien à voir avec ceux de l'Arche Anima...et Farouk, "l'Esprit de famille" du Pôle, règne sur son monde en véritable despote, ce qui n'a rien à voir avec la façon généreuse d'Artémis, sur Anima.

Ophélie, notre fragile héroïne, habituée à la franchise, apprendra vite et le plus souvent à ses dépends, qu'ici la trahison et le mensonge règnent, ce que Thorn a oublié de lui expliquer...

Heureusement que sa tante Roseline est du voyage : elle doit lui servir de chaperon jusqu'au mariage et la surveille de près !

 

Quant à Thorn, est-il uniquement cet homme calculateur, rustre  et violent, tel que le découvre Ophélie et comme le disent certains membres de sa famille ?  Ou est-il cet être meurtri par la vie et son enfance difficile de "bâtard" ? 

Totalement sous la coupe de l'impétueuse Bérénilde, la tante de Thorn, Ophélie sera bien obligée d'obéir...

Mais pourquoi doit-elle se cacher des autres habitants du Pôle, jusqu'à son mariage  ? Pourquoi a-t-elle été choisie pour s'unir à cet homme taciturne ? Et quel rôle devra-t-elle jouer auprès de Farouk ?

 

Pour élucider tous ces mystères, il vous faudra bien accepter de prendre une tasse de thé ou de café en leur compagnie...ça réchauffe ! 

Quant à la douce et rêveuse Ophélie, il va lui falloir abandonner pas mal de ses illusions, pour pouvoir décider quel sera son avenir, vous vous en doutez...

 

Ophélie s'accouda à la fenêtre et respira l'air inodore du jardin. La pluie qui tombait à verse disparaissait au moment de rebondir sur ses lunettes, comme si l'illusion ne pouvait pas pousser plus loin ses limites. Il était vraiment étrange de se recevoir sur le visage une eau qui ne mouillait pas...

 

Ce roman pour adolescent de 517 pages (écrit gros je vous rassure) se lit d'une traite, enfin presque ! 

Après les premières pages où nous faisons connaissance avec le monde dans lequel se déroule l'histoire, vous n'aurez qu'une envie, c'est d'en savoir plus.

L'intrigue est prenante, les personnages sont attachants, l'histoire est originale...bref ce roman a tout pour plaire aux ados et aux fans de fantasy.

De plus l'écriture est fluide et très agréable. Et l'auteur, qui signe ici son premier roman, déborde d'imagination, pour notre plus grand plaisir. 

Ce roman a été pour moi une très agréable surprise.

Je l'ai découvert grâce au blog de Doc Bird, dont vous pourrez lire la chronique ci-dessous.

 

Au-dehors, le jour déclinait. Ophélie ramena ses jambes contre elle et cala son menton sur ses genoux...
"Récapitulons, raisonna-t-elle en silence. Les Dragons veulent se débarrasser de moi parce que j'épouse leur bâtard. Les Mirages veulent ma mort parce que j'épouse un Dragon, Archibald veut me mettre dans son lit parce que ça l'amuse et, à travers lui, c'est à toute la Toile que j'ai menti. Mes seuls alliés sont Berenilde et Thorn, mais j'ai réussi à me mettre l'une à dos et je ne vais pas tarder à en faire autant avec le second."
Ophélie enfouit sa tête dans sa robe. Cet univers était beaucoup trop compliqué pour elle, la nostalgie de son ancienne vie lui tordait le ventre.

 

Christelle Dabos est un jeune auteur, née en 1980, dans le sud de la France. Elle s'est mise à écrire alors qu'elle n'était encore qu'étudiante et voulait devenir bibliothécaire. 

Elle publie d'abord ses écrits dans "Plume d'argent' une communauté d'auteur en ligne.  Puis elle décide de participer au Concours du Premier Roman organisé par Gallimard Jeunesse et... c'est elle qui gagne !

Voilà comment ce roman est arrivé jusqu'à nous.

La série intitulée "La passe-miroir", comprend trois tomes dont le troisième vient de paraître en juin dernier.

Elle peut se lire à partir de 14 ans sans problème. 

Vous pouvez retrouver l'auteur sur son site ICI 

 

Bonne Lecture si ça vous tente ! 

 

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 06:03
Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Elle devait avoir sept ou huit ans, pas plus, quand une interdiction, qui pour une fois ne venait pas de son père, vint dresser une barrière devant elle. Ils étaient certes musulmans comme eux, les enfants du voisinage, lui dit Oumma, sa mère, mais ce n’était pas une raison suffisante pour s’en faire des amis. Bref, elle ne devait en aucun cas avoir affaire à eux. Et pourquoi ? Pour une raison secrète connue du monde entier et qu’Oumma lui présenta en ces termes :
- Pattoumma, mon trésor, tu es la fille chérie de la fille chérie d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant. Ton grand-père avait un éléphant, un grand mâle à défenses !

 

Ce roman de littérature indienne...se lit aussi vite et facilement qu'un conte pour les grands.

 

Il nous raconte l'histoire de la jeune et jolie Kounnioupattoumma, issue d'une très bonne famille d'origine musulmane. D'un naturel gaie et naïf, la petite fille voit la vie en rose, comme une petite princesse, mais elle ne sait ni lire ni écrire et sa famille la garde dans l'ignorance de la vie et sous l'emprise de croyances religieuses dépassées. 

 

Arrivée en âge de se marier, elle voit défiler les prétendants, mais aucun ne convient à sa mère ! 

En effet, celle-ci est la fille d'un homme riche qui possédait...un éléphant, ce qui explique son rang ! Pas un petit éléphant, non, un grand avec des défenses énormes capables de tuer plusieurs kafirs...

Parée de bijoux, la jeune fille se demande pourquoi elle ne peut choisir son prétendant, mais sa crédulité l'empêche de poser la question.

 

Lorsque son père se retrouve ruiné par deux affaires, dont le procès intenté à son encontre par ses soeurs, en colère parce qu'elles n'ont pas eu leur part d'héritage du domaine familial, voilà la jeune fille prise au dépourvu. Elle ne sait rien faire et va devoir faire face à la pauvreté. Plus de bijoux, car ils sont vendus pour payer le procès, ni de maison, ni de domestiques à leur service, quant aux prétendants, ils disparaissent tous les uns après les autres.

La mère devient aigrie et en veut à la terre entière. Elle mène une vie impossible à son mari qui fait ce qu'il peut pour travailler et rapporter de quoi manger, et à sa fille à qui elle reproche, tout simplement, d'être née.

En effet, être la fille de celui qui a possédé un jour un éléphant, ne lui apporte plus ni respect, ni un quelconque avantage dans leur triste vie. 

 

Mais il y a toujours un revers de la médaille...

Maintenant que la famille est ruinée, Kounnioupattoumma va pouvoir vivre plus libre, aller se baigner dans l'étang aux nénuphars, ou près du puits des voisins, se promener dans la nature qu'elle adore, se faire des amies et peut-être un jour pourra-t-elle même, choisir son futur mari.

C'est alors, qu'après avoir fait une chute dans un ravin, elle croise le jeune (et beau) Nisar Ahmad, un jeune homme cultivé, poète et, comme elle, amoureux de la nature...

 

Kounnioupattoumma ressentait un bonheur indéfinissable, mâtiné de révolte et du désir de se venger. La perte subie était certes un grand malheur, mais elle voyait des gens, respirait l'air pur, profitait de la lumière du soleil, prenait des bains de lune, courait, sautait, chantait. Elle ne connaissait aucune chanson, mais qu'importe, elle était libre de faire ce que bon lui semblait.

 

Voilà un roman très court qui nous fait entrer sans détour dans la vie et les coutumes de cette famille musulmane d'Inde du Sud. Le roman s'apparente d'ailleurs davantage à un conte. 

La façon dont l'histoire se déroule, a le mérite de faire varier les points de vue. La vision naïve de la jeune fille peut parfois être surprenante, mais c'est ce qui nous permet de la trouver attachante et de nous intéresser à son avenir. 

 

Tout en lisant son histoire, le lecteur a une vision plutôt critique de la situation : les préjugés et les contraintes sociales imposés par la mère sont très lourds mais réels. Heureusement, ils vont voler en éclat.

Le roman a le privilège de nous dépayser, tout en faisant découvrir au lecteur les traditions toujours en cours, la différence entre les riches et les pauvres (donc le système de castes), les conditions de vie des femmes et des jeunes filles en Inde du Sud, et le manque d'humanité, dans cette minorité musulmane indienne.

Ce n'est pas un coup de coeur, mais j'ai passé un très bon moment de lecture. Les occidentaux que nous sommes, doivent aborder cette lecture en oubliant leur propre culture, ce qui n'est pas facile à faire, j'en conviens...

L'intérêt du livre réside surtout dans son humour, distillé à chaque page, la poésie du texte, mais aussi la réflexion permettant de comprendre l'importance dans ce pays, de l'éducation et de la culture pour se libérer de la tradition et des superstitions.

L'écriture, simple et facile à comprendre, permettra aux lecteurs, dès l'âge du lycée, d'apprécier cette histoire et vous fera voyager dans un autre monde.

N'est-ce pas une lecture idéale pour les vacances ?

 

L'auteur est surtout connu pour ses nouvelles, dans lesquelles il témoigne de ce qu'il a vécu et dénonce les relations amoureuses contrariées par les codes sociaux et l'injustice. 

Il a participé au mouvement de lutte pour l'indépendance de l'Inde ce qui lui a valu d'être emprisonné.

On le considère comme l'un des plus importants écrivains de la littérature malayalam contemporaine (une des 22 langues officielles de l'Inde,  parlée dans le sud et en particulier au Kerala).

Un auteur à découvrir donc, car cette littérature est peu connue, d'autant plus que ce roman est sorti en poche en 2013 et a fait partie de la sélection du Prix du Meilleur roman des Lecteurs de "Points". 

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 05:44
Steinkis, 2017

Steinkis, 2017

Mais chez-toi, c'est quand même la Tunisie ? Oui et non. Chez-moi, c'est où vivent mes enfants. L'amour d'un père pour son enfant est plus haut que les montagnes. Et l'amour d'une mère, plus profond que l'océan. Mais ici, il n'y a ni montagne ni océan. Si tu regardes bien, tu les verras au plus profond de toi, mon petit coeur.

 

Monji est né en Tunisie, mais suite à la mort prématurée de sa mère et au remariage de Baba Farouk, son père, la vie n'est pas facile pour lui et pour son frère aîné. Ballottés de famille d'accueil en famille d'accueil, les deux frères restent très soudés et doivent se débrouiller seuls dans la vie. 

Nous sommes dans les années 70 en Tunisie. Devenu grand, bien qu'ayant obtenu son diplôme, ce n'est pas facile pour Monji comme pour la plupart des jeunes de sa génération de trouver du travail. 

Un jour, un énorme navire arrive au port. La compagnie maritime cherche des hommes jeunes et forts.

Monji  et ses amis n'hésitent pas un instant. Ils embarquent vers la Terre promise, la France, avec pour unique bagage, une petite valise en carton contenant toutes leurs affaires, laissant  derrière eux en Tunisie, leur famille mais surtout leurs racines...

 

A l'école je faisais de mon mieux parce qu'Abdel me disait de travailler dur pour avoir un bel avenir. Il insistait : "chaque être humain a un passé, mais il faut prendre en main son avenir"

Je suis parti avec une valise en carton. Une valise en carton ?
Oui, avec tout ce que je possédais à l'intérieur. Comme dans la chanson de Younsi "Passeport Lahkdar".

 

Ce roman graphique empli à la fois de douceur, de tendresse et de nostalgie, mais aussi d'humour, est bourré d'anecdotes. Il nous raconte l'histoire de Monji et de sa famille.

Le lecteur découvre le long voyage en bateau, l'arrivée en France, les découvertes d'une autre culture...et d'un autre climat. 

Il se réjouit quand Monji rencontre celle qui deviendra sa femme. D'origine belge, la jeune femme devra mentir à sa famille, puis se battre pour faire accepter son désir d'épouser "un étranger".

Nous sommes dans les années 70 et les préjugés sont bien ancrés dans les mentalités. Les différences font peur et les gens se renferment derrière les "on-dit". 

La BD met bien à plat les préjugés de l'époque, mais le fait avec beaucoup d'humour. Malheureusement nous savons bien que certains sont encore d'actualité, plus de quarante ans après. 

 

Au passage, le lecteur apprendra certaines des coutumes tunisiennes. Les différences sont là mais sont si plaisantes à (re)découvrir ! 

Par exemple j'avoue que je ne savais pas que "jeter des seaux d'eau derrière celui qui part", est une façon de lui souhaiter bonne chance tout en demandant à Dieu de le protéger ; ni que c'était les tunisiens qui avaient donné l'habitude de demander un verre d'eau avec leur café dans un bar...

 

Le lecteur s'immerge avec grand plaisir dans la vie de cette famille où règne joie de vivre, convivialité, partage...

Monji s'adresse à ses deux petits-enfants avec beaucoup de malice. Tour à tour, ils lui posent des questions mais veulent aussi qu'il leur conte des histoires de là-bas. C'est ainsi que le lecteur se retrouve plongé en plein conte des mille et unes nuits...

Il écoute avec ravissement l"histoire de Nour et Biba, deux oies, obligées de quitter les bords du lac, désormais pollué par  une usine et qui se demandent comment migrer en emmenant avec elle leur amie la tortue. Puis ce sera l'histoire de la grue et du homard...

 

Au delà de l'histoire qui est celle de milliers d'immigrés obligés de trouver un travail à l'étranger, des thèmes abordés comme, la différence de culture, l'exil, la difficulté d'être accepté dans un pays étranger, ce que j'ai trouvé très fort, c'est la façon dont Monji explique à ses petits-enfants ses racines_donc leurs racines_ et pourquoi SA terre est à la fois la Tunisie et la France et son coeur, partagé entre les deux.  

 

J'ai trouvé le graphisme assez sombre quand j'ai feuilleté la BD à réception, la première fois...

Puis lors de ma lecture approfondie, j'ai découvert des personnages très expressifs, au regard malicieux, des paysages variés nous faisant voyager de la Tunisie à la France, des moments plus noirs car emplis de nostalgie, et d'autres très gais et colorés avec une multitude de détails tous aussi savoureux qu'instructifs. 

En tous les cas, j'ai eu envie de continuer le voyage car il me fallait absolument entendre le grand-père raconter "l'histoire du gros poisson aux écailles d'or et yeux de diamants", que lui réclame plusieurs fois son petit-fils, au fil des pages...

Pas vous ? Alors si vous voulez la connaître aussi, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

C'est une BD intéressante et plaisante à lire, qui saura faire le lien entre les générations.

Je dirai que pour bien la comprendre, il faut avoir au moins 12-13 ans. 

 

Merci à Babelio, à l'opération Masse Crtique et à l'éditeur Steinkis de m'avoir fait confiance pour découvrir cette bande dessinée. 

 

Je me sentais minuscule face à ces navires géants, et tous ces gens...des espagnols, des turcs, des marocains...on se comprenait. On travaillait tous dur, très dur. On avait une bonne formation et un bon salaire.

 

Qui sont les auteurs ?

Laïla Koubaa est d'origine tunisienne et vit avec ses deux enfants et son mari l'écrivain Bart Koubaa à Gand. Elle est titulaire d'une maîtrise en langues et civilisations orientales et aide les jeunes ayant des besoins particuliers dans les différentes écoles. Elle publie des ouvrages destinés à la jeunesse en Belgique, l'un d'eux, "Aziz, le jasmin et l'oiseau", est paru en France en 2014 (Rue du Monde).

 

Laura Janssens est titulaire d'une maîtrise en beaux-arts. Elle publie des bandes dessinées et des illustrations dans la presse belge. "Plus profond que l'océan" est son premier roman graphique.

 

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 06:17
De la Martinière jeunesse, 2016

De la Martinière jeunesse, 2016

Longtemps, j'ai cherché depuis quand elle avait changé. C'est une obsession. Pourquoi n'ai-je rien vu, rien senti ? N'ai-je vraiment rien vu, rien senti ? En boucle je repasse chaque souvenir, je remonte le temps...

 

Ce récit, à la fois roman et documentaire, ne peut laisser personne indifférent. Il s'adresse aussi bien aux ados, qu'à leur famille. 

Il aborde un sujet si sensible et si actuel que je ne peux vous dire qu'une seule chose : il faut le lire. 

 

Sarah est une jeune lycéeenne française de confession musulmane. Camille est française et sa meilleure amie. Toutes deux sont en Terminale S et excellentes en classe.

Elles sont inséparables comme seules peuvent l'être deux adolescentes. Elles ont jusqu'à présent tout partagé : leur premier flirt, leur premier échec, leurs angoisses, leurs fous rires...

Mais un jour Camille change, ne veut plus sortir, ni réviser avec Sarah, elle se referme et fuit les autres.

Tout a commencé lorsqu'elles ont dû travailler ensemble sur un exposé, sur le thème du système productif alimentaire. En recherchant le mot "malbouffe", les deux jeunes filles prennent conscience que nous sommes tous, à quelque part, manipulés. Mais Camille en est davantage affectée et, de recherches en recherches, de vidéos en vidéos, elle va trouver des réponses à son mal-être, passer des nuits entières sur internet et devenir à la fois fuyante, secrète mais déterminée...et excessive.

 

Tout d'un coup Camille s'est redressée. Elle avait encore du mal à respirer, mais les larmes ne coulaient plus. Elle a regardé son père droit dans les yeux et elle a déclaré bien distinctement : De toute façon, vous n'êtes que des kouffar. Donc, vous n'êtes plus rien à mes yeux. Plus rien, vous entendez ?" Puis elle a tourné la tête vers moi : "Toi aussi, dégage, du balai."

 

Que s'est-il passé ? Ses proches s'interrogent sans se douter que c'est beaucoup plus grave que ce qu'ils croient...

Camille a rencontré sur la toile des partisans de Daech.

A 16 ans, elle est prête à tout, même à suivre à la lettre ce que ses "soeurs" et le mystérieux Abucobra lui demandent de faire.

Mais au fur et à mesure de son endoctrinement, et tout en préparant en douce son départ, elle va peu à peu s'éloigner de ses camarades habituels, les laissant dans l'embarras et l'incompréhension.

Heureusement elle n'arrivera pas à finaliser son voyage...mais tout n'est pas encore terminé pour elle. 

 

Le récit fait alterner les voix de Camille et Sarah qui s'expriment tour à tour, nous faisant entrer dans leur ressenti l'une après l'autre. 

L'auteur Dounia Bouzar ne cache pas que son livre est indispensable. Elle a recueilli pas loin d'un millier de témoignages de jeunes embrigadés par Daech avant de se décider à l'écrire. 

Docteur en anthropologie et spécialiste du fait religieux, elle a déjà publié de nombreux livres dont des essais. Son rôle auprès des jeunes lui confère une expérience incommensurable. 

Elle nous livre là un véritable témoignage, romancé et tout à fait crédible, fort et poignant. En effet à travers l'histoire de ces deux jeunes filles, l'auteur fait le tour du problème et révèle la fragilité des adolescents sans alarmer pour rien les parents. Son expertise est intéressante car elle dresse à travers son récit une sorte d'inventaire des méthodes utilisées par les adeptes de Daech pour repérer les jeunes les plus fragiles et les attirer dans leurs filets.

Elle nous montre aussi comment les jeunes se font endoctriner peu à peu : on leur fournit sur mesure, des réponses adaptées à leurs questions du moment ; les réponses s'adaptent particulièrement bien à leurs points faibles et à la crise existentielle, fréquente à l'adolescence.  

 

Ce qui est important dans ce roman, c'est que pas un seul instant l'entourage n'est culpabilisé. 

Tous les mots en rapport avec l'islam sont clairement expliqués dans des notes de bas de page. 

Les jeunes ados n'auront aucun mal à comprendre la différence entre l'endoctrinement de Camille et les idées qu'on lui a mis dans la tête, et l'islam doux et tolérant dans lequel Sarah, de confession musulmane, a été élevée par sa famille. 

A lire à partir de 12 ans...une lecture à partager avec vos enfants ou petits-enfants. 

 

La réunion de la préfecture nous chamboule tous. Ils nous passent des extraits de conversations Internet et de vidéos postées par les djihadistes pendant deux heures. Au départ ils arrivent par les réseaux sociaux du Net "masqués" : comme un groupe d'amis, un voisin, un étudiant en sciences, un séducteur...Ils ne disent pas qu'ils sont des rabatteurs de Daesh.

 

Vous pouvez lire la superbe chronique de Doc Bird ici...

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:19
Dargaud, 2016

Dargaud, 2016

Deux mètres de longueur sur un mètre de largeur et de profondeur, voilà ce qu'il faut de terre à l'homme.

 

Voilà une BD très intéressante adaptée d'une nouvelle de Léon Tolstoï écrite en 1886 et traduite en français sous différents titres selon les éditions comme par exemple "Qu'il faut peu de place sur terre à l'homme". 

 

Pacôme, un paysan de Sibérie vit avec sa femme et son fils sur son lopin de terre. Sa ferme, ses ruches et les quelques animaux qu'ils possèdent leur suffisent pour vivre heureux.

Ils vivent dans une petite communauté où chacun a appris à se donner un coup de main lors des moissons par exemple, sans demander de contrepartie. 

Mais Pacôme se sent à l'étroit, aussi lorsque son beau-frère, richissime lui propose de lui prêter de l'argent, l'idée germe dans son esprit qu'il pourrait avoir davantage de terres...
 

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

 

Lorsque le fils de la Barynia, une riche propriétaire voisine, décide de placer un intendant sur les terres de sa mère qui laissait jusqu'à présent les paysans en profiter librement, les moujiks découvrent avec lui l'intolérance et la violence.

Aussi lorsque Pacôme apprend que la Barynia compte vendre ses terres à son intendant, il décide de convaincre les hommes du village d'investir pour les acheter à sa place.

Mais comment se contenter de si peu quand on peut avoir beaucoup plus ?

De possession en possession, Pacôme devient un autre homme...

Et pourquoi ne pas se rendre aussi chez les bachkirs, qui vendent leur terre pour presque rien. Pacôme se met en route sans hésiter pour un long voyage, avec sa carriole emplie de cadeaux...

 

Ce qu'il faut de terre à l'homme / Martin Veyron

Si seulement j'avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux.

 

Voilà une BD au graphisme tout en finesse et très doux s'adaptant idéalement à chacune des situations.

L'auteur trouve le ton juste pour nous parler en sept chapitres qui sont sept étapes de la vie de Pacôme, d'un thème intemporel, la cupidité des hommes.

Il le fait sans fioriture et avec une pointe d'humour voire de cynisme. La fin, tout à fait cruelle mais inévitable, n'en est pas moins porteuse de leçon. Car il faut bien constater que cette fable philosophique n'a pas pris une ride, malheureusement...

Les hommes tireront-ils un jour les leçons de leur avidité ?

De quoi a-t-on réellement besoin pour vivre ?

Deux questions parmi d'autres qui me viennent à l'esprit en terminant cette lecture...

De nombreux dessins, pleine page, renforcent la teneur du récit.

J'ai eu envie de lire cette BD et donc de redécouvrir cette nouvelle qui fait partie des classiques, lus durant ma jeunesse, suite à la chronique écrite par Yv sur son blog.

 

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:55
Pocket Jeunesse 2016

Pocket Jeunesse 2016

Papa dit que c'est tout à fait compréhensible. Après tout, j'ai vécu un événement traumatisant. Je suis comme un bébé qui panique dès qu'on le dépose dans les bras inconnus. Je les ai vus, ces petits anges gazouilleurs, se transformer d'une seconde à l'autre en monstres hurlants. Moi, je ne hurle pas à vous déchirer les tympans. Pas vraiment.
Je me retiens...

 

J'ai très peu lu Sophie Kinsella jusqu'à présent. C'est une romancière anglaise connue pour ses romans chick-lit, qui s'adressent surtout aux jeunes adultes. J'ai appris récemment qu'elle écrivait non seulement sous le nom de Sophie Kinsella, mais aussi sous son nom de femme mariée, Madeleine Wickham.  

Elle a été révélée au public grâce à sa série"L'accro du shopping", une série sortie en France dans les années 2000. Ses livres sont faciles à lire et emplis d'humour...

 

Si j'ai décidé de vous parler de celui-ci aujourd'hui, c'est parce qu'il s'adresse aux adolescents d'une part, mais surtout qu'il aborde un sujet peu traité dans la littérature adolescente, celui du harcèlement. 

 

Je sais maintenant ce que c'est que d'être vieille.
Bon d'accord, je n'ai aucune idée de ce que ça fait d'avoir la peau ridée et les cheveux blancs. Mais je sais ce que ça fait de marcher dans la rue à pas lents et incertains, en grimaçant chaque fois que quelqu'un passe près de moi et en sursautant à chaque coup de klaxon, avec la sensation que tout va beaucoup trop vite.

Vous n'avez pas idée du nombre de gens qu'il y a dans le monde jusqu'au jour où ils se mettent à vous ficher une trouille bleue.

 

Audrey a 14 ans. Elle souffre d'anxiété et n'arrive plus à sortir au dehors depuis qu'elle a vécu des événements traumatisants avec un groupe de filles de son lycée.

Depuis, elle vit cachée derrière ses lunettes noires qu'elle ne quitte jamais et ne sort plus de la maison. Suite aux événements, elle a du être déscolarisée mais elle espère arriver à aller mieux d'ici la prochaine rentrée scolaire, pour reprendre ses études dans un autre établissement.

En attendant, elle est si anxieuse que lorsque quelqu'un sonne à la porte, elle court s'enfermer dans sa chambre. Elle ne supporte que la présence de sa famille et de son psychiatre et encore sans jamais regarder quiconque dans les yeux sauf son petit-frère. En plus il ne faut jamais lui parler de ce qui s'est passé et elle-même ne veut jamais en parler. 

 

Un jour, son psychiatre lui propose de tourner un film sur sa famille. Voilà qu'elle va pouvoir intercaler entre elle et les autres, l'oeil de la caméra. Cela change tout !

Cette caméra va lui permettre de poser un autre regard sur sa famille, un regard que nous partageons avec elle tout au long du roman. 

On découvre ainsi...

Franck, son frère aîné, accro aux jeux vidéos au point de ne plus dormir la nuit et de mettre sa mère vraiment très en colère.

Anne, la maman un tantinet trop protectrice et excessive qui passe son temps à rechercher dans le "Daily Mail", les articles sur le thème de l'adolescence et tente d'imposer à sa famille les conseils avisés des journalistes.

Chris, le papa trop cool, qui a renoncé depuis longtemps à contredire sa femme. 

Et Linus, un copain avec qui Franck, s'entraîne aux jeux vidéos pour un concours.

Lui va chercher à comprendre le problème d'Audrey sans poser aucune question et puisqu'elle ne veut pas lui parler et bien, il va lui écrire !

Ainsi, peu à peu, la caméra va aider Audrey à redécouvrir les autres, tandis que Linus la pousse à sortir de sa coquille... 

 

Le problème, c’est que la dépression ne s’accompagne pas de symptômes, comme des petits boutons ou de la fièvre, alors au début, on ne se rend pas compte. On continue à répondre « tout va bien » alors que, au fond, ça ne va pas du tout. On se dit qu’on n’a aucune raison d’aller mal. Et on se répète sans arrêt : « mais pourquoi est-ce que je me sens si mal ?

 

J'ai trouvé qu'Audrey était une héroïne attachante et courageuse car elle ne baisse jamais les bras. Son désir le plus cher en effet, est de vivre comme tout le monde et d'être "normale", mais elle n'y arrive pas ou au contraire, fait tant d'efforts, qu'elle tombe dans l'excès et brûle les étapes. 

L'auteur nous fait entrer dans cette famille loufoque et même, il faut bien le dire, un peu dingue, mais le lecteur découvre que c'est une famille unie et complice dans laquelle tous les membres participent à leur façon à la guérison de la jeune fille.

Les scènes entre la mère et le grand frère, accro aux jeux vidéos sont d'un comique rare et j'ai cru parfois entendre les cris tant elles sont réalistes...

Le père a baissé les bras depuis longtemps mais il n'en aime pas moins sa fille et se fait du souci pour elle.

Félix, le petit frère, du haut de ses 4 ans n'en manque pas une non plus et sa naïveté et sa bouille toute ronde aident beaucoup sa soeur. Il est le premier qu'elle arrive à regarder droit dans les yeux et sans lunettes.

 

J’ôte mes lunettes de soleil et je contemple son petit visage rond, si merveilleusement ouvert. Felix est la seule personne que je sois capable de regarder dans les yeux. Mes parents, ce n’est même pas la peine. Ils débordent d’inquiétude et de peur, ils en savent trop long. Ils expriment trop d’amour, vous voyez ce que je veux dire ? Si jamais je viens à croiser leur regard, tout me revient d’un seul coup comme un raz de marée – le tout mêlé à une colère qui chez eux est tout à fait justifiée. Non qu’elle soit dirigée contre moi, mais tout de même. C’est hautement toxique.
Quant aux yeux de Franck, ils ont seulement l’air un peu paniqués. Style : « À l’aide, ma soeur est devenue folle, que dois-je faire ? » Il aimerait bien que ça ne le touche pas à ce point, mais il n’y peut rien. Bien sûr que ça le perturbe.

 

J'ai trouvé aussi  que l'auteur avait une façon étonnante et très personnelle de traiter ce sujet grave. Le harcèlement est à peine suggéré tout au long du roman. 

C'est par de petites touches au cours de la lecture, que le lecteur arrive à imaginer ce qui s'est réellement passé entre les filles. Les faits ne sont jamais ni explicités ni mentionnés dans les détails. 

L'accent est mis sur le ressenti de la jeune fille...Le lecteur passe par des émotions contradictoires, des hauts et des bas au même rythme que cette jeune héroïne pour qui on ne peut qu'éprouver de la compassion car d'une part, elle s'adresse à nous directement et d'autre part, en tant que parents, nous ne pouvons que comprendre ses épisodes de phobies sociales et ses phases dépressives. 

 

 

Au delà du sujet, c'est un roman empli d'espoir qui montre bien que tous les êtres humains ont la capacité de rebondir dans la vie...et j'ai trouvé important qu'il en soit ainsi. 

A proposer aux ados dès l'âge de 13 ans et puis aussi à leurs parents. 

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:35
Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Flammarion jeunesse, 2016 / Collection "Colère"

Chez elle [fatou] on savait dire "je t'aime" à ses enfants. On les touchait. On les étouffait de caresses, pour vérifier qu'ils étaient encore vivants, pour vérifier qu'on l'était encore, qu'importe. On savait leur dire qu'ils comptaient plus que tout le reste. Bien plus que les fins de mois difficiles, que la haine qui régnait partout, sourde, dans cette ville, depuis qu'elle avait basculé entre les mains des racistes...

 

Annabelle est une jeune collégienne en classe de troisième. Elle vit une situation familiale difficile, sa mère étant dépressive et incapable de s'occuper d'elle. Heureusement, elle a une amie qu'elle apprécie beaucoup, c'est Fatou...

Chez elle ce n'est pas comme à la maison, on sait parler d'amour et manifester par des gestes et des mots tendres que l'on se soucie des autres.

 

Dans la classe d'Annabelle, rien n'est simple non plus et la situation est quasiment explosive en cette veille de weekend prolongé de Pentecôte. 

La jeune professeur de français que les élèves surnomment "Et chérie chérie" tente de les inviter à débattre sur le roman de Radiguet "le diable au corps" mais personne ne veut jouer le jeu. Elle finit par exclure les trois plus pénibles garçons de la classe qui se prennent la tête depuis le début du cours et sont incapables d'arrêter de s'insulter.

 

Mais Fabien, un des garçons exclus, décide de se venger à la fois de son professeur et de ses camarades qu'il juge responsables de cette exclusion.

Il va être aidé par Sébastien, l'ex-petit copain d'Annabelle qu'elle vient de quitter et qui le prend très mal (car c'est la première fois qu'une fille ose le faire). 

Tous deux n'hésiteront pas un instant à se rendre au concert prévu ce soir-là, pour laisser libre cours à leur agressivité, certains d'être dans leur bon droit et soutenus par leurs parents.

Toute la jeunesse de la ville s'y trouve réunie, car le concert est organisé pour soutenir les "sans-papiers" que le père de Fabien, adjoint au maire de la ville, fait expulser depuis que la municipalité a basculé à l'extrême.

Le drame éclate...

 

Les gens couraient dans tous les sens et je perdais complètement mes repères. Je n'arrivais plus à savoir exactement dans quelles directions se trouvaient les issues.
J'ai tenté de ramper sur le béton parmi les éclats de verre en me guidant tant bien que mal aux pas des spectateurs qui s'enfuyaient. La panique me faisait manquer d'air et de force. Chaque centimètre me coûtait un effort plus terrible que le précédent. J'allais abdiquer lorsque ma main a rencontré le petit corps d'une gamine assise-là sur mon passage et qui pleurait...Somaya appelait Fatou d'une voix sourde et déjà presque inaudible.

 

Dès le départ, le lecteur prend connaissance d'un drame à venir, même s'il ne sait pas lequel car le texte présente des encarts en italiques qui donnent la parole à deux personnes, encore vivantes...mais on ne sait pas encore pour combien de temps. 

Très vite, le lecteur va comprendre que ce n'est pas un hasard si l'auteur se focalise sur les événements survenus en classe, cet après-midi là... C'est un de ces jeunes adolescents qui va "péter un câble". 

La tension monte en effet rapidement et le lecteur, au fil du récit, se révolte devant tant d'injustice et de violence et finalement voit arriver le dénouement avec soulagement.

 

On se prend d'amitié pour Mokhtar qui n'est pas un mauvais bougre malgré sa fougue et sa promptitude à répondre. Il va servir de bouc émissaire à la cruauté et la trahison des jeunes racistes irresponsables, mais se croyant soutenus par leur famille. 

Annabelle, l'héroïne, nous émeut par ses questionnements et ses "moments de grâce" auxquels elle s'accroche pour trouver quelque chose de positif à sa vie quotidienne. Son envie de vivre et d'être heureuse nous touchent de près.

Isabelle l'enseignante, qui nous semble bien démunie au départ, est un des personnages attachants du roman car elle montre bien que parfois, il est difficile quand on a ses propres problèmes de faire face à ces ados rebelles et agressifs. 

 

L'auteur nous offre ici une belle écriture, un rythme époustouflant pour ce roman qui nous entraîne dans la spirale de la violence.

A la fois roman d'ado et thriller social, il montre bien comment de simples violences verbales vont être montées en épingle et servir de prétexte à des actes barbares et irréfléchis.

Voilà donc un roman très réaliste et crédible qui, je l'espère fera réfléchir les jeunes sur la montée de la violence et les conséquences de leurs actes...

Une lecture marquante pour un roman très fort dont nous ne sortons pas non plus indemnes, je vous l'assure.

A réserver aux plus  de 13-14 ans. 

 

J'ai repris le chemin de la maison en songeant que mon jardin secret était planté de pousses maladroites et semblables. Des mauvaises herbes qui luttaient, qui parfois réussissaient à fissurer les murs, les trottoirs et la ville, mais pour en faire un chouette jardin d'agrément, c'était assez pauvre. Il fallait que je change les choses.

 

Hubert Ben Kemoun est devenu un auteur prolifique en littérature jeunesse dès les années 90. Il a toujours ancré ses romans dans la réalité et les problèmes de société. 

Mais là alors qu'il a fini d'écrire ce livre, c'est la réalité cette fois qui l'a tragiquement rattrapé et il s'en excuse à la fin du livre. 

 

J'ai découvert ce titre chez DocBird, une blogueuse enseignante-documentaliste passionnée et qui partage avec nous ses lectures adultes et ados : romans, documentaires, mangas, il y en a pour tous les goûts. C'est elle qui m'a donné envie de le lire et de l'emprunter à la médiathèque de mon village...

Je la remercie ici pour cette belle découverte.

N'hésitez pas à aller lire sur son blog sa superbe chronique, en cliquant ci-dessous...

 

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:18
Gallimard / Hors série "connaissance", 2014

Gallimard / Hors série "connaissance", 2014

Tu es donc condamnée « à être toi », sans raison, mais tu n’as rien à regretter ! Tu sais bien que ta question, aucun animal ne se la pose : le chat se contente tranquillement d’être chat, car il ne dispose pas d’une langue lui permettant de se distinguer des autres chats à l’aide de la première personne du singulier, et il ne s’oppose aux autres animaux que par son instinct. Au contraire, ta question prouve que le moi humain (donc le tien !), est inquiet, ouvert à d’autres possibilités que lui-même. C’est toute la richesse de cette « identité humaine sans raison » qui, toujours soucieuse de ce qu’elle n’est pas, s’invente, avec le Temps, des raisons d’être.

Extrait de la réponse à la question "Pourquoi moi je suis moi ? Annie, 5 ans

 

Cela arrive souvent que les enfants nous surprennent par leurs questions, posées à des moments où on ne s'y attend pas. Ces questions, pourtant simples et souvent emplies de logique, nous troublent parfois et nous ne trouvons pas de réponse immédiate qui nous satisfasse. 

Pierre Péju, l'auteur de ce petit livre, tente de remettre ces questions dans leur contexte pour leur donner un sens, et il y répond en s'adressant à un enfant imaginaire. 

Pendant deux ans, alors qu'il travaillait dans une chronique régulière pour Philosophe magazine, l'auteur a répondu chaque jour à une vraie question posée par un enfant, en s'adaptant toujours à l'âge de l'enfant.

 

Voici un livre un brin métaphysique mais toujours poétique qui nous permet de retrouver notre enfance, ce temps où nous avons découvert la pensée, la mort d'un être cher, l'existence, la liberté, les droits et les devoirs...

Parmi les 21 questions différentes qui ont été réunies dans ce recueil vous y trouverez des questions du style : "Qu'est-ce qu'il y a dans le noir qui fait toujours peur ?" ; "Et moi, est-ce que je pourrais faire la guerre, un jour ?" ; "Si on remplaçait les billets de banque par des feuilles d'arbres, personne ne serait pauvre ?" ; "Une fois qu'on nous a fait un baiser, comment on fait pour l'enlever ?" ; ou "un jour, tu vas mourir, mais qu'est-ce que tu feras quand tu auras fini d'être mort ?" etc...

Des questions souvent poétiques, comme beaucoup d'enfants savent si bien les poser lorsqu'ils découvrent le monde.

Je vous laisse donc le soin de découvrir les réponses...

 

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:29
Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

Aimé Césaire 1913-2008 (photo du net)

 

Le temps du Printemps des Poètes se termine ce week-end et je ne pouvais pas clore cette quinzaine un peu particulière sur ce blog sans vous parler d'un grand poète qui s'est intéressé de près à la négritude.

Il s'agit d'Aimé Césaire que vous connaissez tous, je pense.

 

D'abord je vous laisse découvrir deux de ces poèmes. Il en a tant écrit que le choix a été difficile ! 

Le premier poème vient de paraître dans un recueil de littérature jeunesse, présenté en format album...

 

 

Chanson de l’hippocampe (extrait)

Aimé CÉSAIRE

Recueil : "Moi, laminaire"

 

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d’amours supputées

mal arrachés au sifflement des mares

un jour rétif

nous t’enfourcherons

et tu galoperas petit cheval sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

 

 

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

Gallimard jeunesse / Enfance en poésie 2017

 

Vous pouvez aussi, si vous le préférez, l'écouter ci-dessous en entier...

 

Le second poème est extrait de "Cahier d'un retour au pays", un recueil paru pour la première fois en 1947 chez Bordas et réédité plusieurs fois depuis. 

 

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile (extrait)

Aimé CÉSAIRE

 

*************

Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l’épée.

Je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une proue et de moi-même, mon coeur, ne faites ni un père,

ni un frère,

ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l’allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang.

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d’initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.

Faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes.

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine…

 

Aimé Césaire, un poète mondialement reconnu

 

Si vous voulez découvrir d'autres poèmes, vous pouvez consulter le site de poésie française, Wikipoèmes et en particulier les pages qui lui sont consacrées. 

 

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Il est mort en 2008 à Fort-de-France. 

Il fait partie d'une grande famille de sept enfants. Sa mère est couturière et son père instituteur. C'est sa grand-mère, qui savait lire et écrire comme peu de femmes de sa génération, qui lui enseigne le goût de la lecture et lui donne envie d'écrire.

Après des études en Martinique, il obtient une bourse pour étudier à Paris en 1931. C'est là qu'il va devenir ami avec Léopold Sedar Senghor et cette amitié durera toute leur vie. 

Il fera paraître son premier cahier en 1939 et fondera la revue "Tropiques. Dès 1945, il devient maire de Fort-de-France. 

C'est un grand poète, dramaturge et écrivain mais aussi un homme politique important qui a joué un rôle considérable dans le concept de négritude, qu'il a partagé avec Léopol Sedar Senghor. Opposé au colonialisme il a lutté toute sa vie pour l'égalité des droits entre les peuples. 

Sa poésie a été dès le départ saluée par André Breton et Jean-Paul Sartre avant de devenir aujourd'hui internationalement reconnue. 

 

Ecoutez-le nous parler un très court instant de la négritude...

 

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, cet article est le dernier concernant le Printemps de Poètes 2017 sur le thème Afrique(s).

MERCI à ceux qui m'ont suivi pendant cette quinzaine ! 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 07:21
La double page du magazine Phosphore

La double page du magazine Phosphore

 

Depuis trois ans déjà, le printemps des poètes et le magazine Phosphore organisent en partenariat un jeu autour de la poésie.

Le magazine propose aux lycéens une dizaine de textes dans ses pages et invite les jeunes à voter pour leur préféré, celui qui les touche mais aussi celui qui correspond à leur vision de la jeunesse, à leurs attentes et à leurs rêves de jeunes de 17 ans. 

Ce poème devient ainsi le poème de leur 17 ans...et chaque année ce poème est ensuite publié dans les pages du journal pendant le printemps des poètes. (et lu lors d'une animation à Paris). 

Cette année le poème lauréat est "Ma vie est une chanson" de Francis Bebey.

Je vous le transcris ici car sur la double page illustrée du magazine, c'est difficile de le lire...

 

  

 

 

 

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds "Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil"

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi

Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t’emmener au pays d’où je viens
Où j’ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de l’amour
De la terre avec le soleil

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi.

Francis Bebey (1929 - 2001)
L’Harmattan éditeur

 

 

En 2015 le poème lauréat était "Avant de naître" de Ian Monk.

En 2016, "Inconnu n'est pas étranger" de Yvon le Men. 

 

On est pas sérieux quand on a 17 ans / Partenariat Printemps des Poètes-Phosphore

 

Qui était Francis Bebey, le lauréat de cette année ?

 

Né en 1929 à Douala, il est initié au chant par son père, un pasteur protestant qui joue lui-même de l'accordéon et de l'harmonium. Il n'écoute en famille que Bach ou Haendel mais va découvrir grâce à son voisinage, les musiques traditionnelles de son pays qui deviendront sa passion. 

Il joue d'abord du banjo puis de la guitare et quitte le Cameroun dans les années 50 pour venir résider à Paris où il s'inscrit à la Sorbonne pour passer sa licence d'anglais. C'est durant ses études qu'il fréquente et devient l'ami de Manu Dibango

Francis Bebey décide ensuite de partir aux États-Unis pour étudier le journalisme. Il va là-bas composer sa première pièce pour guitare. 

 

Il devient alors journaliste et reporter de radio en Afrique et en France, puis responsable du département de musique de l'UNESCO. 

En 1968 son roman "Le fils d'Agatha Moundio" est récompensé par le Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire" et la même année, il se produit en concert à Paris, au centre américain. 

En 1974, il décide de se consacrer uniquement à la création et à la composition musicale mais aussi à l'écriture de poèmes, de contes, de nouvelles et d'articles de presse.

En 1977, il obtient le Prix SACEM de la chanson française. 

C'est par ses chansons humoristiques qu'il attire le public mais très vite, celui-ci est conquis. Il se produit partout, sur tous les continents dans des lieux prestigieux. 

 

Résolument moderne, musicien libre et créatif, il a osé tous les instruments de la guitare classique à la flûte pygmée. 

Ce grand poète, écrivain, auteur-compositeur interprète camerounais nous a quitté en 2001 mais fait toujours partie des précurseurs qui ont permis la reconnaissance des musiques africaines.

 

Pour en savoir plus sur lui, je vous invite à lire sa biographie racontée par ses enfants...

 

 

Et à écouter (car ce n'est pas une vidéo) ces quelques extraits de guitare...mais vous avez le choix sur youtube si vous ne le connaissez pas. 

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 07:33
Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Editions Bruno Doucey / Collection Poés'idéal, 2015

Je n’ai pas de frères de race,
ni de religion, ni de communauté,
pas de frères de couleur,
pas de frères de guerre ou de combat,
je n’ai que des frères de Terre.

Extrait / Michel Baglin

 

Voici un petit recueil de poésies, de comptines et de paroles de chansons qui s'adresse aux collégiens à partir de 12 ans.

 

En quatre chapitres : "Je ne suis pas du bon côté" ; "De mon peuple décimé" ; "Debout et libre" ; "Chaque visage est un miracle"...le lecteur découvre une quarantaine de poèmes d'auteurs variés qui parlent de la tolérance, de la différence, d'égalité entre les hommes, de solidarité et de respect.

Les auteurs mettent en cause le racisme, l'antisémitisme ou l'esclavage, et toutes les discriminations raciales mais toujours, et c'est important, après leurs cris de souffrance arrive une note d'espoir. 

Ils sont originaires de tous les pays ou presque et sont métis, noirs, blancs, indiens, juifs, aborigènes...

Ce sont soit de grands noms francophones comme Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Pierre Perret, Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas, Robert Desnos, Andrée Chedid, Tahar Ben Jelloun, Maram al-Masri...soit des auteurs moins connus. 

Le lecteur fait ainsi le tour du monde, tout en découvrant des textes magnifiques et forts, mais faciles à lire et à comprendre.

 

A la fin de chaque texte, un court encadré reprend en quelques mots l'essentiel de ce que le lecteur doit savoir sur l'auteur et les circonstances dans lesquelles il a écrit ce poème. 

A côté de cette brève biographie, d'autres encadrés rappellent les lois, ou donnent des extraits de discours. 

 

Dans un dernier chapitre intitulé "Des mots pour le dire" certains des thèmes abordés sont repris pour inviter à une réflexion plus approfondie.

Puis, des pistes bibliographiques sont proposées...pour en savoir plus. 

 

Voilà une petite anthologie pédagogique incontournable car d'une grande richesse qui incite au mieux vivre ensemble dans un petit format parfaitement adapté aux jeunes. 

 

Chants du métissage / Pierre Kobel

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:08
Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Harmonie Dodé Byll Catarya est une jeune poète passionnée des mots et une slameuse reconnue et charismatique. 

Née au Bénin en 1991, elle a été très jeune diplômée d'un Master en comptabilité, contrôle et audit.

En 2013, elle devient championne du Bénin Slam et s'engage dans l'écriture, ce qui la révèle au grand public.

C'est la première femme slameuse du Bénin.

Son recueil de poésie "Art-Mots-Nid" est paru aux Éditions du Flamboyant. Elle a participé également à la première anthologie de poésie féminine au Bénin. 

A Paris pour ce printemps des poètes, elle participera à la Lecture-rencontre, organisée le 18 mars prochain au Quai Branly, entre autres projets.

Si vous avez la chance d'habiter la capitale, n'hésitez pas à vous renseigner, pour la rencontrer...par exemple, elle sera demain 11 mars à la Médiathèque Marguerite Yourcenar pour un atelier d'initiation au slam et à la poésie. Si ça vous tente. 

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

 

Sur le sable…

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers

Sont tombées ; je les observe, couchée

Sur une natte façonnée à ma manière

Mes pores vibrent de cet air

Doux et frais ; le temps est magnifique

L’inspiration se frôle à ce bruit

Paradoxe effectif dans un univers mirifique

C’est le soleil qui, délicieusement luit

Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc

Les yeux se régalent sous les élans

De la beauté du paysage.

Les ondes marines me parviennent

Elles me portent un message

Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent

Ces mots marquant mon passage

Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.

C’est le mystère de l’écrivain

Partout, sa plume s’agite

L’univers lui, crépite

A sa guise, ses devoirs de devin

Il est un esclave de la nature

Qui chante sans cesse ses aventures.

 

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).

 

Harmonie Dodé Byll Catarya, la poésie et le slam béninois au féminin

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