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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 05:20
Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Calmann-Lévy, 2019 / Collection Territoires / Livre de poche, 2020

Voilà une lecture parfaite pour se détendre en vacances ou le temps d'un week-end pluvieux. 

J'avais déjà lu dans les années 1990-2000 quelques romans de Françoise Bourdon, mais rien récemment. Aussi durant les vacances d'été, j'ai eu envie de faire un break pour changer un peu des polars. Et comme je venais de faire quelques excursions en Ardèche, celui-ci s'imposait. 

L'usine constituait pour Colombe, une véritable prison. Elle était rivée douze heures par jour à sa machine dans une atmosphère extrêmement humide afin que le fil casse moins souvent. Colombe travaillait au dévidage sur les flottes, des écheveaux de cent grammes de soie grège. Après que des camarades avaient mouillé les flottes pour permettre un meilleur dévidage, la jeune fille plaçait chacune de ces flottes sur une roue en bois nommée tavelle. La flotte se dévidait et s'enroulait sur une bobine, le roquet....
Ses doigts s'activaient tandis qu'elle songeait au printemps à la ferme.
Si seulement la terre avait été de meilleure qualité !

Belle Épine, c'est une belle demeure sur les hauteurs de Privas, à laquelle on accède par une double rangée de châtaigniers plantés au début du XIXe siècle dans ce magnifique coin de l'Ardèche, mais c'est aussi le symbole de la réussite de la famille Meyran.

 

Honoré, que tous appellent le "maître" a toujours marché dans les pas de ses ancêtres. Il a repris l'entreprise familiale, une usine de moulinage prospère où il fait travailler sans relâche ses ouvrières. 

Mais le malheur s'abat sur la famille quand Irène, sa femme meurt en mettant au monde son plus jeune enfant, laissant Antonin et Gabriel, le dernier-né, orphelins de mère et donc aux bons soins de Malie, la gouvernante et d'Adeline, la grand-mère. 

 

Les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus différents. Antonin n'est heureux que lorsqu'il peut lire tranquillement dans la bibliothèque de son grand-père, tandis que Gabriel en grandissant suit le chemin de son père et ne désire qu'une chose, c'est que le domaine lui appartienne un jour, à lui seul.

Mais Honoré qui place tous ses espoirs et ses ambitions dans son jeune fils, ne se rend pas compte (ou ne veut pas voir) que celui-ci est un être mauvais dans l'âme et qu'il crée beaucoup de souffrance autour de lui et en particulier à la filature, où il n'hésite pas à abuser des jeunes filles vierges, dont Colombe que le lecteur suivra tout au long du roman.

 

Pendant ce temps Antonin décide de quitter le domaine, de se marier et de fonder sa propre entreprise. Il se lance dans la confection de marrons glacés et de crème de marrons, s'épanouit dans son travail et au sein de sa famille.

A l'inverse pour Gabriel, devenu extrêmement dépensier et violent, la vie va ressembler, d'année en année, à une véritable descente aux enfers.

 

Ce roman est à la fois un roman du terroir et une saga familiale. Il nous fait découvrir les conditions de vie de différentes familles, riches ou plus pauvres, au XIXe siècle, en Ardèche. L'amour de la terre des ancêtres est bien présent et avec lui, le souci de la succession des terres et des propriétés chez les plus riches. Le lecteur passe de la riche demeure des Meyran aux plus humbles maisons des campagnes. Il découvre de nombreux détails sur les différents métiers évoqués. 

Les personnages sont bien décrits et bien entendu le lecteur s'attache à certains, tandis qu'il en exècre d'autres comme l'odieux Gabriel par exemple. 

 

Mais le sujet principal de ce roman c'est bien la condition féminine. La manière dont les femmes étaient traitées par certains hommes, imbus de leur personne et ne cessant d'abuser de leur pouvoir, est totalement révoltante. Le lecteur suit en particulier la vie de Colombe et devine à travers ses malheurs, le sort qui attendaient toutes celles qui se retrouvaient enceinte. Leur "faute" les poursuivait toute la vie. 

 

Je ne cache pas que j'ai passé un bon moment de lecture. L'écriture est agréable et fluide et j'ai appris beaucoup de choses sur ces métiers oubliés. La fin du roman m'a cependant laissée sur ma faim, j'en espérais une autre...

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, Folio/ 2014

Gallimard, Folio/ 2014

Plus d'une fois, au cours de ma vie, j'ai fait ce que je n'avais pas décidé, et ce que j'avais décidé, je ne l'ai pas fait...
Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n'exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et sont les miens de façon tout aussi autonome que ma pensée est ma pensée, et ma décision, ma décision.

Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant...

"Le liseur" est un roman complexe et dérangeant dans lequel on retrouve plusieurs thèmes. On peut le diviser en deux parties comme s'il s'agissait de deux histoires distinctes et pourtant elles sont étroitement liées comme vous le verrez par la suite.

 

L’histoire se passe dans l'Allemagne d'après-guerre...

Michaël Berg, le narrateur, est un tout jeune homme de 15 ans quand il tombe malade en se rendant au lycée. Alors qu'il est pris d'un malaise et de vomissements dans la rue, une jeune femme va l'aider à se rafraîchir et le raccompagner chez lui. Michaël a une jaunisse qui va l'exclure de la vie pendant de longs mois.

Une fois remis, des mois après donc, sa mère l'oblige à aller remercier la jeune femme, c'est Hanna. Elle est belle, elle a trente-cinq ans, et le jeune homme qui est hanté par son souvenir, va revenir plusieurs fois chez elle jusqu'à ce que tous deux entament une relation plus intime. Il devient son amant. L'apprentissage de la sexualité et de la sensualité avec cette femme si douce et tendre, mais mystérieuse, est pour lui une belle découverte qui marquera toute sa vie,  tant elle est forte au niveau de son ressenti et de l'idéalisation qu'il en fait, sans doute lié à son jeune âge et à leur vingt ans de différence.

Pendant six mois, il va revenir tous les jours chez elle et suivre tout un  rituel qu'elle lui a imposé, tout comme elle lui impose ses horaires de visite. Il va lui faire à sa demande, la lecture à haute voix, puis ensuite seulement, ils feront l'amour et ce scénario se répète à chacune de leur rencontre.  

Un jour Hanna quitte subitement la ville sans le prévenir.  Le jeune homme ne s'en remettra jamais et n'arrivera ni à l'oublier, ni à fonder une véritable relation avec une autre femme, ce qui sera le drame de sa vie... un drame accentué par la suite de l'histoire. 

 

Sept ans après alors que le narrateur fait un stage durant ses études de droit, il retrouve Hanna dans le box des accusés, parmi cinq criminelles toutes jugées pour avoir été gardiennes dans un camp de concentration. 

Accablées par ses codétenues, Hanna n'arrive pas à se défendre et écopera de la plus lourde peine : la détention à perpétuité.

Or Michaël le sait, certains chefs d'accusation ne tiennent pas, car Hanna cache un lourd secret, qu'il vient de découvrir comme une évidence pendant le procès : elle ne sait ni lire ni écrire et ne peut donc pas avoir rédiger le rapport qui est la pièce maîtresse de l'accusation.

Doit-il intervenir pour alléger sa peine ?

Lâchement, il n'en fera rien car il ne peut entacher sa future carrière en  dévoilant son attachement à Hanna.  Mais pour comprendre la réaction d'Hanna, qui a préféré se taire plutôt que de subir une honte publique, en dévoilant son illettrisme, ainsi que la sienne, Michaël se met à écrire leur histoire...

 

A la moindre menace, je capitulais aussitôt sans condition. J'acceptais tous les torts. J'avouais des fautes que je n'avais pas commises, reconnaissais des intentions que je n'avais jamais eues. Lorsqu'elle devenait froide et dure, je mendiais pour qu'elle redevienne gentille, qu'elle me pardonne, qu'elle m'aime. Parfois j'avais l'impression qu'elle souffrait elle-même de ses excès de froideur et de raideur...

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus...

La première partie ne doit pas être occultée par la seconde, même si finalement elle nous révèle, la clé de ce qui va suivre, et c'est là toute la force de ce roman.  

L'auteur nous parle d'amour, d'un amour véritable et sincère,  auréolé certes de mystère, mystère qui sera éclairé par la seconde partie, mais qui explique l'attitude des différents personnages, l'apparente lâcheté de Michael, comme les silences d'Hanna, sa dureté occasionnelle et son incapacité à se défendre contre des accusations infondées. 

Le roman touche du doigt le problème de l'illettrisme et de la honte ressentie par ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui les exclut du monde. Hanna préfère cacher ce secret plutôt que de le dévoiler ce qui l'innocenterait en partie. 

 

Mais le principal sujet du roman reste celui abordé dans la seconde partie : c'est la question de la responsabilité ressentie par les générations futures, en ce qui concerne les actes perpétrés par les générations passées, qui ont soutenu le régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Michaël est -il responsable des actions commises par Hanna dans sa vie antérieure ?

Doit-il se sentir coupable d'être tombé amoureux d'elle... sans se douter un seul instant des crimes qu'elle avait commis pendant la guerre ? 

 

C'est en tous les cas, une lecture dérangeante quand le lecteur découvre (en même temps que le narrateur) qu'Hanna, en tant que gardienne de camp, a commis des actes horribles pendant la guerre. Alors qu'elle travaillait chez Siemens, et qu'on lui proposait une promotion, qu'elle a décliné pour n'avoir pas à avouer son secret, elle choisit de s'engager dans les SS en 1943. Elle est coupable d'avoir participé à cette violence incommensurable mais bien entendu ce qui est troublant, c'est que son parcours n'est pas celui qu'on imagine d'un bourreau.

Malgré toute l'horreur du procès et des faits qui lui sont reprochés, le lecteur se positionne du côté du narrateur et de son ressenti, de ses contradictions. Il aime toujours Hanna et ne peut en son fort intérieur la juger, et pourtant toute sa génération abhorre (et nous aussi) les actes commis par les nazis pendant la guerre.

D'ailleurs, l'auteur n'apporte pas de réponses aux nombreuses questions que le lecteur formule en découvrant que lui non plus n'arrive pas à croire à la totale culpabilité de la jeune femme et aimerait qu'elle se défende davantage. Hanna nous touche malgré nous, alors qu'on la sait pourtant capable du pire.

Les criminels nazis ne méritent pas d'être aimés et pourtant nombreux sont les bourreaux qui ont eu une famille qui ne s'est jamais doutée de leurs crimes. L'auteur en nous mettant devant cette contradiction nous oblige à comprendre le ressenti de toute une génération de jeunes allemands, d'après-guerre, qui s'est trouvé confrontée à un problème majeur de devoir "juger" les actes de leurs parents. 

La fin du roman que je ne vous raconterai pas apporte encore plus de trouble et de questionnements. C'est là toute l’ambiguïté de ce roman qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats ce qui explique que ce soit une oeuvre souvent proposée au lycée. 

Un livre à découvrir...

 

Un film éponyme a été tiré de ce roman en 2008. Perso, je n'ai pas eu l'occasion de le voir au cinéma et je le ferai maintenant que j'ai lu le livre car j'aime toujours découvrir une oeuvre en lisant d'abord le roman.

Depuis quelques années je laisse notre histoire tranquille. J'ai fait la paix avec elle. Et elle est revenue, détail après détail, et avec une espèce de plénitude, de cohérence et d'orientation qui fait qu'elle ne me rend plus triste...

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 05:15
L'an vin(G)t ou l'ennemi invisible / Eglantine Nalge

...Il ne faut pas que nous donnions du souci à nos enfants nous concernant. Alors que dirais-tu de prendre une petite lichette de ce rosé bien frais que je sais même pas où tu l'as trouvé et qui est arrivé ce matin ?
- Bonne excuse Honorine, mais "vaï" pour le rosé, mais alors une lichette que des fois tu ne retrouves pas le chemin de la chambre !

Un peu de légèreté aujourd'hui malgré le sujet, car voilà un court roman tout à fait jubilatoire, encore sur le thème du (de la COVID) écrit par une blogueuse  que beaucoup d'entre vous connaissent déjà. Vous pouvez aller visiter son blog ICI.

 

Remarque : Vous n'êtes pas obligés de lire ou de commenter si le sujet de mon article ne vous intéresse pas, vous me connaissez je ne vous en voudrais pas, d'autant plus que je fais de même chez vous !  

 

Comme elle le dit si bien elle-même dans l'avant-propos de son livre...

Qui suis-je pour prétendre écrire sur ce virus, envahissant, angoissant, et en même temps insaisissable, qui gravite autour de nous alors que je n'ai aucune connaissance en matière de médecine, et que les scientifiques tâtonnent, disent et se contredisent au point qu'il est difficile d'avoir un aperçu simple des événements. 

C'est pourquoi elle a choisi de ne pas en parler elle-même mais de laisser s'exprimer des personnages que nous connaissons bien  parce qu'elle nous les a déjà présentés sur son blog. 

Vous serez heureux d'apprendre que vous allez retrouver dans ses pages, M'âme Eglantine et son chat Horace, avec qui cette dernière engage des débats philosophiques toujours passionnés, qui nous enchantent par leur finesse, leur humour et leur vue particulièrement réaliste de la nature humaine et de la situation. 

Vous allez aussi retrouver le charmant couple formé par Honorine et son mari Honoré, assommés pour ne pas dire "escagassés" tous deux par l'invasion de ce virus invisible qui fait dire à notre président que "c'est la guerre". Pour eux qui l'ont connue forcément vous le comprendrez, ces mots ont une autre résonance et l'angoisse risque bien de s'installer...

 

Le sujet est bien cerné et le tout, étayé d'apparentes digressions, qui ne sont pas du tout hors sujet en fait, de cogitations silencieuses, si je puis dire, de remarques acérées et de mots en provençal (avec l'accent) qui raviront les nostalgiques du sud. 

 

Que vous dire de plus sans dévoiler le sel de l'histoire... sinon que la manière dont le thème est traité est très réjouissante et que j'ai passé un excellent moment de lecture, malgré la gravité du sujet. 

 

Et puis promis, je ne compte rien présenter de plus sur ce virus, deux la même semaine c'est déjà beaucoup trop, mais avouez que je ne pouvais pas faire l'impasse sur la présentation de ce dernier, ne serait-ce que pour vous donner envie de mieux connaître Eglantine et ses écrits pleins de vie.  

Houlà ! Ce n'est pas la joie aujourd'hui, aussi je vous suggère de fermer les yeux et de vous laisser vous enfoncer dans une douce sieste, ça ira certainement mieux au réveil !
- Je crois que je vais t'écouter Horace, demain est un autre jour !

Et en rédigeant cette page, je réalise que je ne vous ai jamais parlé de son précédent ouvrage "Lorsqu'Eglantine raconte...Bavardages indiscrets", si vous préférez découvrir l'écriture d'Eglantine sur un autre sujet, voici sa présentation sur son blog ICI. "Promis", je le ferai un jour, tout le problème est...quand !

Et en attendant, vous pouvez découvrir la présentation faite par Martine, sur son blog, en cliquant sur le lien ci-dessous...

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 05:12
Renaissance du livre 2020

Renaissance du livre 2020

Il est trop bien et il se dit qu'un premier avril, c'est le bon moment pour faire des blagues à la con sous la couette. Il dit à Léa :
- J'sais pas comment font les autres, mais faire l'amour à un mètre cinquante...J'ai beau être gâté par la nature, c'est quand même pas simple, hein...
Et Léa de pouffer...

Voilà un livre sur un sujet que je m'étais pourtant promis de ne pas lire...le(a) COVID.  Nous y pensons déjà tous les jours à chaque instant de notre vie et nous n'avons pas fini d'en entendre parler ! 

Mais il se trouve que lorsque je suis passée à la médiathèque de mon village, il était tout seul sur le portoir des nouveautés (les autres livres étaient mis en quarantaine les pauvres) et la bibliothécaire m'a dit qu'elle l'avait beaucoup aimé et que le sujet principal n'était pas le virus mais bien autre chose...

Sitôt emprunté, sitôt lu !

 

Il faut dire que c'est un roman très court (127 pages), facile à lire,  écrit par un collectif d'auteur à la manière du jeu inventé par les surréalistes,"cadavre exquis" : un premier auteur commence à écrire l'histoire, les autres la continuent, tout en gardant une cohérence. Le lecteur ne sait pas qui a écrit quoi. 

Ce sont tous des auteurs belges qui sont également chroniqueurs ou animateurs de radio.  Il y a Adeline Dieudonné, Eric Russon, Jérôme Colin, Myriam Leroy, et Sébastien Ministru. Ils ont écrit l'histoire sous la forme d'un feuilleton quotidien diffusé  sur les ondes dans le cadre de l'émission de radio de la Première, "Entrez sans frapper", une émission que je ne connaissais pas. 

Les illustrations intérieures représentant le virus sous la forme d'un monstre, ainsi que la couverture, sont signées Arnold Hovart.

Le plus : Les droits d'auteurs et bénéfices de ce livre sont versés à 3 associations : L’Ilot, Cœur SDF et La Plateforme Citoyenne BXLRefugees.

Des centaines de gens, des milliers peut-être, enterrés à la va-vite, comme on jette une poubelle dans un camion-benne. Des gens qui ont aimé, pleuré, qui ont chanté des chansons, lus des livres, vu plusieurs fois le même film parce qu'il y avait une scène qui les faisait rire aux éclats, des gens qui avaient une recette familiale de spaghetti à la carbonara ou de tarte au citron. Qui avaient des photos dans leur portefeuille. Des gens qui se retrouvent aujourd'hui, alignés dans un trou que des hommes blancs vont reboucher...
La gorge de Léa se serre. Jusqu'à lui faire mal. Sa vue se brouille mais elle passe la manche de son pull sur ses yeux...

Maria se sent nulle. Et puis coupable aussi de ne pas pouvoir aider sa fille. Il y a des parents qui y parviennent mais pas elle. Alors, elle s'en veut. Et ça rajoute encore à son mal-être d'être confinée depuis dix jours. Et puis la petite, elle se sent nulle aussi.

L'histoire...

 

Elle s'appelle Léa, il s'appelle Antoine. Hier, ils ne se connaissaient pas, mais devant les événements de ce printemps 2020, ils ont décidé de se choisir un partenaire sur Tinder pour une dernière nuit. Elle travaille comme caissière en intérim, et attend qu'on l'appelle en renfort, lui est carrossier, et décide de ne plus répondre aux appels de son patron.

La Belgique se confine et tous deux restent ensemble alors que ce n'était pas prévu, qu'ils ne savent rien l'un de l'autre et que la distance de sécurité entre eux n'existe plus.

Dans leur immeuble, la vie continue... c'est la solitude pour certains, les difficultés du quotidien pour les autres, les applaudissements du soir ensemble, pour remercier les soignants et le silence insupportable à certains moments.

Le lecteur découvre peu à peu la vie de ce jeune couple, celle du voisinage mais aussi celle du facteur qui livre non stop des colis et grimpe les étages jusqu'à épuisement. Les gens se croisent, à distance...et une certaine solidarité s'installe peu à peu, doublée le plus souvent de méfiance.  Les rapports humains changent.

De temps en temps dans le texte, le décompte quotidien des événements en Belgique recentre le roman sur la triste réalité des jours. 

 

J'avais peur que ce roman soit très lourd à porter. Et bien ce n'est pas le cas du tout.

Il est réaliste et reprend bien la chronologie des événements du printemps dernier.

Les auteurs nous décrivent le sentiment d'incompréhension ressenti face à certaines décisions prises par nos gouvernements, relatent sans complaisance, les incohérences graves et les manquements dans la gestion de la crise sanitaire.

Ils nous parlent à travers les personnages, de notre ressenti quotidien, de cette impression d'étouffer et de manquer de liberté, de la peur de l'autre qui se développe, de l'ennui parfois vécu par certains, de la perte de confiance dans les médias et les médecins devenus trop médiatiques, des difficultés des parents en télétravail, obligés de devenir enseignants pour leurs enfants, de la peur de la contamination (car on ne sait pas d'où elle peut arriver), de l'inquiétude pour les proches, mais aussi  des côtés positifs du confinement, comme avoir plus de temps à soi.

 

Les auteurs se sont centrés sur les ressentis, les situations vécues différemment par chacun, et non pas sur le virus, ce qui donne à ce roman une dimension universelle. C'est un roman qui reste donc profondément proche de l'humain. Il y a de l'humour, des passages émouvants, beaucoup d'humanité et une vision de nos réactions humaines très réalistes, même si elles ne sont pas toutes belles à voir. Le style est léger et plaisant. 

Il ne faut pas oublier que le texte a été écrit pour être lu à haute voix à la radio ce qui lui donne beaucoup de rythme et fait que le lecteur ne s'ennuie pas. Il y a  également beaucoup de dialogues ce qui rend sa lecture accessible, même aux jeunes lycéens.

 

Malgré le sujet, j'ai passé un bon moment de lecture. Ce livre permet de prendre du recul par rapport à ce que nous avons tous vécus ou ressentis, différemment certes,  mais vécus tout de même, par rapport à ce satané virus qui est toujours là, mais a révélé beaucoup de choses de notre nature humaine au grand jour, ce qu'il ne faudra pas oublier...plus tard. 

Merci aux auteurs d'avoir joué le jeu pour nous raconter cette histoire d'amour au temps du confinement. 

Hypnotisée par les cercles concentriques qui se forment dans son mug, elle pense à des choses idiotes. Des choses qui ne sortiront pas d'ici...Qui resteront entre elle, et son bol de café au lait. Elle pense qu'un garçon qui a pu réparer son chauffe-eau est un garçon capable d'entretenir la chaleur et qu'il fera un bon père. Elle pense qu'un homme qui a voulu sauver un autre homme devant elle ne peut être qu'un type bien.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 05:20
Albin Michel, 2020

Albin Michel, 2020

J'aimais les "Livres dont vous êtes le héros". Chaque scène se terminait sur un suspense et il fallait décider de la suite de l'histoire. Tourner à gauche dans le Temple interdit, ou bien à droite ? Prendre le trésor maudit ou passer son chemin ? Dans ces aventures on était toujours maître de la situation...

C'est la première fois que je lis cet auteur dont j'ai pourtant beaucoup entendu parler sur internet par les fans de thrillers. J'ai donc profité des vacances pour la découvrir. 

 

Telly et Sharlah ont appris très jeunes à se débrouiller seuls dans leur vie quotidienne, et à faire face à un père violent et une mère soumise et incapable d'assumer son rôle, tant elle est sous l'emprise de l'alcool et de la drogue. Mais un soir pas comme les autres, la situation déborde et Telly qui est pourtant un tout jeune garçon de 9 ans, tue son père... puis sa mère.

Après cette terrible soirée, durant laquelle les enfants ont perdu leurs deux parents, ils sont tous deux placés séparément dans des familles d'accueil. Sharlah qui n'avait que 5 ans au moment des faits et qui a eu le bras cassé par son frère, a désormais peur de Telly, tout du moins c'est ce qu'elle déclare alors qu'elle est encore à l'hôpital.  On interdit donc à Telly de s'en approcher.

 

Des années plus tard, alors que Sharlah, 13 ans, va être adoptée par un couple aimant, une série de meurtres ébranle la région. Quel rapport y-t-il entre la tuerie de la station service et le meurtre de la famille d'accueil de Telly ? Tout pousse à croire que Telly, bientôt majeur, est directement impliqué dans cette sombre affaire. Les traumatismes du passé ont-ils refait surface ?

 

Les enquêteurs sont d'autant plus inquiets qu'ils découvrent des photos de sa sœur dans ses affaires, certaines la présentent avec une cible au milieu du front. Ils décident de mettre la fillette à l'abri tandis que la chasse à l'homme s'organise.  

Les parents adoptifs de Sharlah sont sur l'affaire : Pierre Quincy est un ex-profiler du FBI à la retraite, appelé en renfort par le shérif pour l'aider à élucider les crimes. Quant à Rainie, en tant qu'ancienne policière, et mère d'adoption,  sa place est toute trouvée.

Mais comme habituellement dans les thrillers, il ne faut pas se fier aux apparences ! 

J'ai l'impression que je devrais faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
Le passé est un luxe que ne peuvent pas s'offrir les enfants placés. Nous sommes trop occupés à vivre dans l'instant. Si j'ai autrefois eu des pensées au sujet de mes parents, je ne m'y plonge plus. Si j'ai eu des émotions devant le geste de mon frère, je ne les éprouve plus.
Je me demande si Telly avait lui aussi tiré un trait sur le passé. Jusqu'à ce matin...

Une des fausses idées les plus répandues concernant le pistage de fugitif voudrait que ce soient les limiers eux-mêmes qui tombent miraculeusement sur le râble de leur cible. Mais même expérimenté et travaillant en terrain connu, un pisteur comme Cal ne pouvait progresser qu'à un kilomètre à l'heure. Etant donné que le fugitif se déplaçait, lui, à cinq kilomètres à l'heure, Cal et ses coéquipiers n'avaient guère de chance de le rattraper...

Après un début du livre qui nous place aussitôt du côté des enfants maltraités et traumatisés, le lecteur est traversé par le doute, un doute efficace grâce à l'alternance des voix des différents protagonistes, au style fluide et sa façon bien à elle d'amener les différents rebondissements. 

Tout cela fait de ce roman un véritable page-turner remarquablement bien construit, bien que de façon tout à fait classique et déjà connu, ce qui ne m'a pas gênée du tout. 

L'auteur sait nous toucher avec des mots justes qui nous parlent de l'enfance maltraitée, des difficultés de s'adapter à différentes familles d'accueil, de la confiance jamais totalement retrouvée, et des traumatismes de l'enfance difficiles à oublier.

Un auteur à découvrir donc, pour les amoureux de thrillers, même si ses fans pensent que ce roman n'est pas son meilleur, et s'adresse davantage à des jeunes adultes, j'ai passé un très bon moment de lecture !

...si j'en suis encore au point de me demander comment on devient une famille, en revanche je sais déjà comment en perdre une. Je sais exactement ce qu'il faut pour briser une famille. Et se retrouver privée de ses deux parents...
L'assistante sociale avait raison : une famille ne se construit pas en un jour.
Mais il suffit d'un instant pour la détruire.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 05:20
Seuil/ Editions du Sous-Sol, 2020 (photo de couverture personnelle)

Seuil/ Editions du Sous-Sol, 2020 (photo de couverture personnelle)

A un moment donné
Dans une galaxie nommée voie lactée
Sous toutes les étoiles
Entre tous les humains
Toi et moi, nous nous sommes rencontrés

Voici un livre-album, reçu dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle de Babelio que je remercie ici ainsi que les Editions du Seuil et du Sous-Sol. J'ai été heureuse de le découvrir en avant-première de sa parution, prévue le 4 novembre prochain. 

 

A réception, j'ai été très surprise en ouvrant ses pages, car je m'attendais à un livre avec davantage de texte mais finalement, malgré la rareté de celui-ci, c'est un album qui en dit long...sur le thème de l'amitié. 

Les images et les quelques mots qui les illustrent sont en effet des "déclencheurs d'évocation" et souvent... d'émotions. 

Chacune des illustrations occupe l'espace d'une double page. Certaines sont poétiques, d'autres plus réalistes, certaines évoquent des lieux que nous n'avons jamais fréquentés ou dans lesquels nous ne nous projetons pas, d'autres au contraire, sont ceux où nous avons rencontré nous-même des amis ou partagé des moments heureux avec eux. Toutes mettent en avant nos différences et le miracle de la rencontre. 

Les phrases sont étalées sur plusieurs pages, il n'y a pas de ponctuation mais la lecture est rythmée par les illustrations car nous nous arrêtons un moment sur chacune. 

 

Je dois reconnaître que  je n'ai pas été attirée par toutes les pages. Chaque illustration évoque une situation, un moment précis parmi tous ceux qui sont possibles en matière de rencontres, autant de tranches de vie et de partages que de double-pages et immanquablement certaines vont nous toucher plus que d'autres. 

Au cours d'une vie, on a eu des amis, certains sont restés, d'autres ne sont plus là, nous avons cultivé l'amitié, ou au contraire nous avons laissé tomber nos amis, parfois sans raison apparente, ou ce sont eux qui nous ont laissé tomber, et puis, nous découvrons un jour pourquoi, et c'est un pas de plus qui nous fait avancer dans notre propre vie, une autre façon de savoir qui nous sommes au fond de nous.

 

Ce qui est émouvant dans cet album c'est qu'au fil des images, il évoque aussi le temps qui passe, ce temps dont on dispose au début de notre vie et qui peu à peu diminue l'espoir de se revoir, ou de se faire de nouveaux amis, ce temps qui inexorablement nous sépare, mais nous invite aussi à profiter de l'instant présent pour être et vivre ensemble.

 

Il me paraît évident que ce livre ne s'adresse pas aux enfants, ou aux ados, ou même aux adultes ! Il s'adresse à tous ! Il y a des situations pour tous les âges de la vie : c'est donc bien le genre d'album à partager en famille et entre amis pour en parler ensemble, se souvenir, échanger sur nos ressentis et nos expériences positives ou négatives, heureuses ou douloureuses, celles que nous vivons actuellement, avons vécu ou espérons vivre un jour...

Un album à découvrir ! 

Heike Faller et Valerio Vidali ont déjà publié ensemble précédemment un livre intitulé "Cent ans : Tout ce que tu apprendras dans la vie" que je ne connaissais pas. 

Les auteurs nous expliquent à la fin du livre comment est né ce projet d'écrire ensemble sur l'amitié, un miracle pour deux personnes dans ce vaste monde, que de se rencontrer, de se plaire assez pour avoir envie de poursuivre et d'approfondir la rencontre...

 

Heike Faller est rédactrice au sein du magazine Zeit. 

Valerio Vidli est un illustrateur italien installé à Berlin. Il publie dans des revues internationales et a été sélectionné de nombreuses fois pour de grand prix. 

L'ouvrage est traduit par Olivier Mannoni. 

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 05:20
Folio classique 2012

Folio classique 2012

Comment se fait-il que parfois nous revenions vers des lectures de notre adolescence qui sont entre-temps devenues des classiques ?

C'est ce que j'ai eu envie de faire cet été, lorsque j'ai trouvé cette oeuvre dans une boîte à livres d'un petit village de Haute-Loire, je n'ai pas hésité une seule seconde. Pourtant je ne manquais pas de lectures apportées sous format papier dans ma valise, empruntées à la médiathèque numérique, ou téléchargées sur ma liseuse.

Et me voilà plongée à nouveau pour un grand moment de lecture-plaisir dans cette oeuvre romantique de Charlotte Brontë, lue déjà plusieurs fois pourtant, et avec toujours autant de plaisir ! 

...ce livre ne va pas être une autobiographie en bonne et due forme ; je ne suis tenue d'interroger ma mémoire que quand je suis sûre que ses réponses posséderont un certain intérêt...

Voici l'histoire pour celles (et ceux pourquoi pas !) qui ne la connaissent pas encore.

Jane n'a pas été gâtée par la vie. Devenue orpheline très jeune, elle est recueillie à Gateshead par son oncle qui à sa mort, fait promettre à sa femme qu'elle s'occupera d'elle comme si elle était sa propre fille. Or, vous vous en doutez, il n'en sera rien. Dès la mort de son époux, Mrs Reed écarte la petite fille de tous les plaisirs de son foyer. Elle ne la défend jamais quand John, son monstrueux fils, la harcèle et la maltraite, et gâte sa fille Georgiana sans penser qu'elle pourrait faire de même avec Jane. Un jour, alors que la petite fille tombe malade après avoir été enfermée par sa tante dans une pièce où elle a cru voir un fantôme, Lloyd, le médecin appelé en renfort, propose qu'on envoie la fillette dans une école afin de l'éloigner (pense-t-il tout bas) de cette famille malfaisante. 

 

A Lowood, elle connaîtra des joies et des peines, et recevra une solide éducation chrétienne et une culture générale qui lui sera bien utile par la suite. L'établissement est insalubre, l'économe nourrit très mal les fillettes, ne chauffe pas suffisamment les dortoirs et les salles de vie, des épidémies surviennent et c'est durant l'une d'entre elles que Jane perdra sa seule amie, Helen.  La vie était bien rude en ce temps-là... 

Suivant l'exemple donné par son professeur Miss Temple, que la jeune fille admirait et par qui elle a été fortement encouragée, Jane devient enseignante dans cette école.  Puis ayant besoin de changement, elle décide un jour de passer une annonce pour devenir gouvernante.

 

C'est ainsi qu'elle débarque à Thornfield, dans la vie de M. Rochester pour s'occuper de sa petite pupille.

Peu à peu, ce mystérieux et ombrageux personnage va se rapprocher de Jane jusqu'à la demander en mariage. Mais alors que le jour du mariage arrive, un mystérieux secret touchant celui qu'elle continue à considérer encore comme son "maître", est dévoilé au grand jour.

Jane s'enfuit...seule et sans argent. 

La soirée n'était ni éclatante ni splendide, mais le temps était beau et doux ; les faneurs étaient à l'ouvrage tout le long du chemin ; et le ciel, s'il était loin d'être sans nuages, était tout de même assez prometteur pour l'avenir...
Je me sentis contente de voir la route se raccourcir sous mes pas ; si contente que je m'arrêtai un moment pour me demander que ce signifiait cette joie et pour rappeler à ma raison que ce n'était pas chez moi que je rentrais...

Il est vain de prétendre que les êtres humains doivent se satisfaire de la tranquillité ; il leur faut du mouvement ; et s'ils n'en trouvent pas, ils en créeront.

Bien évidemment, ne comptez pas sur moi si vous ne connaissez pas l'histoire pour vous raconter la suite, ni en quoi consiste ce secret bien gardé, ni ce que Jane va devenir par la suite,  ni les personnes qui sur sa route vont l'aider, ou ce qui adviendra de sa vie.

Ce serait dommage de ne pas vous laisser le découvrir !

 

Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce roman osé pour l'époque car totalement anti-conformiste, est remarquable par l'analyse minutieuse qu'il fait des différents personnages, de leurs ressentis, et des différentes situations, ainsi que des solutions qui sont choisies par chacun d'entre eux pour continuer à vivre.

Jane a comme on dit un caractère bien trempé. Très jeune, elle se révolte contre sa condition d'opprimée, en tant que petite fille appartenant à une famille qui la rejette. C'est une enfant rebelle ! Plus tard, en tant que femme, désirant être libre et non soumise à un homme qui déciderait de tout à sa place, et la considérerait comme une pauvre petite chose fragile, elle surprend par l'énergie qu'elle met à être indépendante à tous prix. C'est avant tout une femme passionnée, mais lucide, prête à n'écouter que son cœur et bien décidée à ne pas remettre à plus tard la réalisation de ses rêves. 

 

Les hommes apparaissent d'ailleurs souvent protecteurs, mais distants au point de ne jamais donner libre cours à leurs sentiments. Ils sont froids, calculateurs et font passer la raison avant les sentiments...

Mr Rochester est l'anti-héros par excellence, mal dans sa peau, n'aimant pas son physique. Et bien que tout l'oppose à Jane, leur histoire d'amour a conquis et fait rêver des générations de jeunes filles et de jeunes (et moins jeunes) femmes tant elle est universelle et proche du conte de fées. 

 

C'est un roman indémodable car il est d'avant-garde par son côté "féministe"... Quand on pense qu'il a été écrit au XIXe siècle !

Il contient des passages proches du fantastique qui renforcent le côté mystérieux de l'histoire, et il aborde des sujets difficiles et toujours d'actualité, comme la folie et la honte qui va avec les familles touchées par ce "fléau", la maltraitance des orphelins ou des personnes mal-nées, le harcèlement moral et physique, les inégalités homme-femme, les rapports de classes, les croyances et les tabous, et enfin, la religion.

L'auteur a publié ce roman pour la première fois en 1847, sous le pseudonyme de Currer Bell. Le livre s'inspire de plusieurs épisodes de sa vie et il est donc en partie autobiographique. Il est paru en France pour la première fois en 1854, sous le titre "Jane Eyre ou les mémoires d'une institutrice". 

Sa lecture me donne envie de me replonger durant l'hiver, dans  la (re)découverte des romancières anglaises... et de, pourquoi pas, revoir aussi une des multiples versions de ce roman adaptées au cinéma. 

J'étais dans ma chambre personnelle comme d'habitude : toute seule, sans changement manifeste ; rien ne m'avait frappée, ni endommagée, ni mutilée. Mais où était la Jane Eyre d'hier ? Où était sa vie ? Où était son avenir ?

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 05:20
Edition Charleston, 2017 / Pocket, 2018

Edition Charleston, 2017 / Pocket, 2018

Sur le seuil de la maison, au moment de la séparation, la peur de l'inconnu s'était emparée d'elle. un instant elle avait été prise du désir de tout arrêter, de choisir la sécurité, de renoncer à ses projets qu'elle jugeait brusquement insensés. Elle avait parcouru du regard la maison, le jardin, la fontaine, avant de se ressaisir. Jarulpa n'avait pas cherché à l'encourager dans un sens ou dans l'autre. Elle l'avait serrée contre elle...

Cela fait dix ans que Shemlaheila cueille les feuilles de thé dans une plantation du Sri Lanka. Mais maintenant que sa mère est morte et qu'elle n'est plus là pour la protéger du contremaître, l'effrayant Datu-Ghemi, avide de jeunes femmes et imbu de lui-même et de son pouvoir, elle n'a qu'une envie c'est quitter son pays pour l'Angleterre où elle espère bien apprendre l'anglais et étudier la comptabilité. Son rêve...revenir un jour à la plantation pour travailler dans les boutiques qui accueillent les touristes étrangers. 

Mais aura-t-elle le courage de tout quitter et de s'affranchir de sa condition de femme, toujours soumise dans sa culture à l'autorité des hommes ?

 

Un matin, bien que terrorisée, Shemlaheila rassemble ses maigres affaires, et quitte la plantation pour rejoindre tout d'abord sa tante en Inde. Celle-ci est guérisseuse et comprend très bien qu'à vingt ans, sa nièce a d'autres rêves que de rester auprès d'elle. Elle va tout faire pour l'écouter et l'encourager.

Son visa pour Londres en poche, dans l'incapacité de se payer un billet d'avion, Shemla va embarquer sur un cargo où, elle trouvera de l'aide auprès d'un groupe d'anglais rentrant au pays. 

Là-bas, de découvertes en découvertes, de petits boulots en petits boulots, la chance va être de son côté. Sa beauté, son charme et son intelligence vont beaucoup l'aider. Sa persévérance et les personnes qu'elle va trouver sur sa route, vont lui permettre de mener à bien ses projets et même d'en élaborer de nouveaux auxquels elle n'aurait jamais songé, comme celui de revenir un jour dans son pays, pour y habiter et y vivre, autrement...

Vous l'aurez compris, une autre vie l'attend ! 

 

Dans son pays, les femmes devaient veiller à ne pas attirer sur elles les regards masculins. Elles voyageaient dans des wagons qui leur étaient réservés, se regroupaient à l'arrière des autobus, rentraient chez elles avant la nuit, dissimulaient leurs formes sous les plis de leur sari. Elle se souvint de sa surprise le jour où elle avait porté un short pour la première fois sans que personne n'y prête attention ; de l'exaltation qui s'était emparée d'elle...

L'auteur, que j'avais découverte en lisant "Le printemps des femmes" présenté ICI sur ce blog est professeur d'histoire à la retraite.

Elle nous offre ici un beau roman, simple et accessible mais très documenté et bien construit et nous permet de découvrir une héroïne attachante.

Bien entendu, les hasards n'en sont pas vraiment et l'histoire, avec sa happy-end, peut être critiquable par son côté un peu trop idyllique. Le lecteur n'est pas stupide et sait très bien que rien ne se passe ainsi pour la très grande majorité des immigrés, mais il s'agit d'une fiction, ne l'oublions pas.

 

Les passages qui décrivent la vie quotidienne dans les plantations, le harcèlement moral et physique que subissent les cueilleuses au travail,  mais aussi dans leur vie quotidienne, sont très réalistes et non dénués de violence, et le contraste entre la culture indienne et occidentale est édifiant. 

Nous le savons tous, la condition des femmes est loin d'être enviable là-bas et le commerce local ne profite pas à la population la plus pauvre qui en aurait pourtant bien besoin. Les femmes sont particulièrement exploitées et soumises, les hommes particulièrement violents, non seulement sur leur lieu de travail mais aussi à la maison...il est si facile en Inde de se débarrasser d'une femme dont on ne veut plus.

 

L'histoire de cette jeune fille et de toutes celles qui comme elle, sont exploitées dans les plantations de thé, est un espoir vers un monde meilleur (utopique, certes), un monde dans lequel toutes les femmes pourraient enfin être libres de leurs propres décisions et de leurs propres vies.

C'est un livre agréable à découvrir en famille surtout si vous avez des adolescent(e)s à la maison avec qui je vous prédis de nombreux débats enrichissants autour des différents sujets abordés dans le roman, car bien entendu, il s'agit d'un roman intéressant pour une première découverte, une ouverture sur un autre monde et une autre culture que la nôtre, sans oublier que c'est un roman contemporain qui permet de faire comprendre aux occidentaux que par nos achats de thé, nous induisons tel ou tel comportement à l'autre bout de la planète...vous ne l'oublierez plus après la lecture de ce livre. 

 

Ce roman a obtenu le prix du livre romantique en 2017. Il était temps que je le lise !

Les yeux fermés, les oreilles bourdonnantes, elle se laissa aller à la souffrance de la séparation, inévitable. Mieux, elle remerciait les larmes salvatrices qui roulaient sur ses joues, mettaient un baume sur sa douleur. Plus tard viendraient l'exaltation du retour, la joie de son enrichissement, la gratitude pour ce qu'elle était devenue. Elle n'avait pas seulement appris la langue, elle n'avait pas seulement engrangé des connaissances, elle avait appris la liberté d'être femme.

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 05:22

 

Voilà une BD ou plutôt un roman graphique dont le sous-titre est, je trouve, intrigant mais non dénué de malice : Autobiographie prénatale.

L'auteur nous raconte en effet l'aventure, qui aurait pu très mal se terminer, vécue par sa mère durant les mois qui ont précédé sa naissance en 1973, dans la Grèce des Colonels.

Steinkis, 2020

Steinkis, 2020

La toute jeune Séverine a toujours voulu savoir pourquoi elle était née en Grèce et sa mère a toujours éludé les questions, lui disant que ce n'était pas prévu, sans jamais ni donner d'explication claire, ni d'autres détails, amenant la petite fille à imaginer toutes sortes de situations, toutes aussi éloignées les unes que les autres de la réalité.

Mais un jour, devenue adulte, elle décide qu'elle saura tout de son histoire, que connaître le pourquoi des événements, elle en a besoin pour elle-même, mais aussi pour reconstituer le puzzle familial. Elle interroge d'abord sa mère, puis son père, mais découvre que tous deux n'ont pas toujours la même version de l'histoire !

Alors elle recherche leurs amis, et toute personne les ayant croisé durant leur jeunesse, pendant près de dix ans.  Le mystère va s’éclaircir peu à peu...

 

Dans les années 70, nombreux étaient les jeunes attirés par le désir du voyage vers l’Afghanistan,  l'Inde,  le Népal... C'était le paradis sur terre pour ces révoltés, déçus que les événements de mai 68 n'aient pas changé assez rapidement la société à leurs yeux. Désireux de vivre en toute liberté, Viviane et Eric, les parents de Séverine Laliberté, partent ainsi avec deux amis et traversent l'Europe avec l'insouciance de leur jeunesse, faisant fi des difficultés des pays parcourus. C'est en effet loin d'être une époque sereine : les années de plomb en Italie, le rideau de fer à l'Est, les Colonels en Grèce...

 

A leur retour, après avoir traversé la Turquie, Viviane, au volant de sa 4L verte est arrêtée à la frontière grecque et accusée d'avoir tenté de passer de la drogue. Incarcérée pendant de long mois en Grèce, puis jugée, elle est condamnée à purger une lourde peine de prison. Séverine naît pendant cette détention... 

Bien entendu, je ne vous donnerai pas davantage de détails sur leur périple, ni sur la vie des femmes en prison à cette époque, ni sur les personnes qui interviendront pour aider Viviane, ni sur les suites de cette aventure qui aurait pu être dramatique...le suspense est bien présent et les rebondissements inattendus. 

Les hippies Trail étaient à la fois des voyages initiatiques, spirituels mais aussi des aventures humaines faites de rencontres, de générosité, de partages. L'époque hippie, dans les années 60 et au début des années 70, est une époque qui a marqué la jeunesse de ceux nés après la guerre. Les jeunes partaient pour connaître l'aventure, mais aussi la philosophie orientale. Ils partaient souvent pour consommer librement de la drogue, facilement accessible, et parfois même goûtaient aux drogues dures.

L'auteur nous plonge à la fois dans son histoire familiale, le voyage de ses parents, l'histoire politique des pays traversés, mais son récit est avant tout un récit d'aventure, car les jeunes à cette époque partaient sans rien organiser, et sans un sou en poche ou presque, ce qui les amenaient à se mettre dans des situations périlleuses...

Le ton est souvent drôle, réaliste mais toujours pudique. Même si l'histoire de ses parents est parfois dramatique et touchante parce qu'elle rejoint la sienne, l'auteur pose sur leurs aventures un regard distancié, mais non moins empli d'une certaine tendresse, sans jamais porter aucun  jugement sur leurs actes. 

 

Le lecteur est captivé dès les premières pages par l'histoire, mais aussi par la présentation du récit, entrecoupé de cartes, de clins d’œil, de photographies anciennes, de dessins et de lettres, autant de vestiges émouvants, prouvant la véracité de l'histoire à ceux qui penseraient, en particulier parmi les jeunes d'aujourd'hui, que cela ne pourrait être vrai, ce dont bien entendu moi-même, je n'ai pas douté un seul instant. 

Le lecteur apprendra aussi beaucoup en lisant les encarts didactiques sur les pays traversés, encarts que vous pourrez en toute liberté sauter pour avancer davantage dans le récit, puis reprendre une fois le dénouement arrivé, ce que j'ai fait, je l'avoue, tant je voulais savoir comment tout cela allait se terminer.

Et rien ne vous empêche de piocher dans la Playlist en début d'ouvrage, pour faire ce voyage en musique...

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

L'auteur, Séverine Laliberté, est archéologue au CNRS. Ce n'est pas étonnant qu'elle ait eu envie de fouiller dans son propre passé et que sa curiosité naturelle et sa ténacité, lui aient permis d'avoir la patience d'attendre des années, que le puzzle de sa vie familiale se reconstitue, pour nous livrer avec brio cet épisode de sa vie familiale. Et comme il n'y a pas de coïncidence dans la vie, sans connaître le lien avec sa propre histoire, son métier l'a amené à participer à de nombreuses fouilles au Moyen-Orient. 

Elle nous livre ici une belle quête familiale émouvante, souvent drôle, pleine de suspense, doublée d'un récit d'aventure totalement dépaysant. 

Illustration (https://ellea-bird.com/)

Illustration (https://ellea-bird.com/)

La dessinatrice Elléa Bird que vous pouvez retrouver sur son site ICI a comme sujet de prédilection la place des femmes dans la société contemporaine. Elle a tout de suite été séduite par l'histoire de Séverine Laliberté. 

Avec sa technique de dessin particulière, les personnages se reconnaissent aisément et le lecteur a l'impression de faire partie du voyage. Les quelques flash-back et encarts sont facilement repérables, et la foule de détails décrivent bien les différences culturelles des pays traversés et les situations humaines vécues. Le noir et blanc donne de la profondeur et un petit côté rétro aux illustrations.  Les quelques touches de couleur par-ci par-là pour nous montrer la beauté des paysages ou faire ressortir un détail, une carte et LA fameuse 4L verte, reine du voyage ajoute au charme de cette BD qui est une très belle découverte à lire aussi avec  vos ados ! 

 

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 05:19
Grasset, 2019

Grasset, 2019

Le surmenage professionnel est un mal fréquent, lui dit le psychiatre d'une voix calme et posée. Il prononce des mots savants qu'elle entend sans vraiment les comprendre, sérotonine, dopamine, noradrénaline...

Voici un auteur que j'ai découvert l'année dernière en lisant son premier roman "La tresse", présenté ICI, un roman qui a reçu de nombreuses éloges sur beaucoup de blog mais sur lequel j'avais eu un avis plus mitigé car je l'avais aimé, tout en restant sur ma faim, trouvant le sujet et les personnages trop peu approfondis par rapport aux différents thèmes abordés et ce malgré une idée de départ qui me plaisait beaucoup. 

 

Dans "Les Victorieuses" l'auteur croise le destin de deux femmes. 

Tout d'abord il y a Solène qui est une brillante avocate de 40 ans. Déçue par la vie, car elle a tout sacrifié à sa carrière, elle craque le jour où un de ses clients se jette du haut du Palais de Justice. 

C'est le "burn out" et son psychiatre pour l'aider à s'en sortir lui conseille de faire du bénévolat, aider les autres étant une bonne façon de prendre du recul par rapport à ses propres problèmes. Elle contacte une association parisienne et devient écrivain public...

Mais rien n'est simple pour autant car au Palais de la femme, ce foyer pour femmes en difficulté où elle est envoyée pour une heure tous les jeudis, ce n'est pas facile de se faire accepter. Toutes les femmes qui y séjournent sont des écorchées vives. Elles sont distantes voire indifférentes ou carrément hostiles. Cependant, elle va se faire peu à peu accepter, certaines lui demandant des choses irréalisables, tandis que d'autres enfin se décident à venir vers elle, pour lui raconter leur vie, ou enfin, formuler leur demande.

 

Peu à peu, Solène se rend compte que sa petite vie bourgeoise l'empêche d'éprouver une réelle empathie pour ces femmes malmenées par la vie et donc, que ne les comprenant pas vraiment même si elle sort souvent bouleversée de leurs rencontres, elle ne peut pas les aider efficacement. 

Ses doutes sont sincères mais à la faveur de certains événements imprévus, elle va découvrir que Binta, Sumeya, Viviane, Salma et même Cynthia et les autres ont beaucoup de choses à lui apprendre...

 

En parallèle, le lecteur découvre la vie à Paris dans le même quartier au début du XXe siècle, en 1925 exactement. Là, Blanche Peyron, une jeune femme volontaire et pugnace, s'occupe en tant que Capitaine d'une toute jeune association, l'Armée du Salut. Avec son mari Albin, ils décident d'acquérir un immense bâtiment parisien qui deviendra le Palais de la femme et servira de toit à toutes les femmes exclues par la Société d'après-guerre et à leurs enfants. Le Palais ouvrira ses portes en 1926. 

Le lecteur partage leur combat, écoute avec attention leurs discours passionnés prononcés ici ou là, afin de récolter des fonds pour payer l'emprunt, les travaux et les frais de fonctionnement de l'établissement. Il s'émeut des tragédies racontées, mais aussi de voir que malgré un siècle passé, des êtres humains continuent à souffrir du manque de tout, parce que rejetés par  la société. 

Blanche Peyron et son mari ne se seraient sans doute pas doutés qu'au XXIe siècle, des enfants, des femmes et des hommes dormiraient encore dans la rue, connaîtraient la précarité, la faim et la violence...

 

 

Loulou lui écrit pour tenter de la dissuader : "Je garderai toujours mon idée que ce n'est point le rôle d'une femme de courir les rues de Paris, qu'une femme qui prêche est une chose aussi peu naturelle qu'un homme qui raccommode ses bas, et que la vraie, la seule, la plus noble mission de la femme est de se consacrer toute à son intérieur, à sa famille où, passant inaperçue, elle fait le bonheur de son mari et s'occupe de exclusivement de ses enfants." Peine perdue, Blanche n'a pas l'intention de raccommoder des bas toute sa vie. Elle n'a que faire du rôle de figurante qu'on veut lui assigner.

C'est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d'armes et de cordée, qui trouve les mots pour la relever. Ils se l'étaient promis ce jour-là, sur le grand-bi : si l'un tombe, l'autre le rattrapera. Ainsi font les soldats....

J'ai beaucoup plus apprécié la lecture de ce second roman, plus abouti, plus juste, plus profond alors qu'il a reçu davantage de critiques négatives. Comme quoi le ressenti de chacun lui est bien personnel ! 

Je n'ai cependant pas éprouvé beaucoup d'empathie pour Solène qui ressemble étrangement à Sarah, qui dans le premier roman était elle-aussi avocate. Elle a su cependant me toucher davantage et j'ai aimé ses doutes et la sincérité avec laquelle elle les expose pour avancer dans sa vie de jeune femme privilégiée certes, mais profondément seule et malheureuse. 

Les différentes femmes résidentes du Palais sont bien entendues un peu caricaturées pour que tous les cas de figure soient présentés au lecteur. C'est vrai, comme je l'ai lu sur le net, qu'on fait le tour des misères du monde, mais étonnamment cela ne m'a pas gêné du tout car tout sonne juste. Je n'ai pas eu de mal à les imaginer et ressentir l'ambiance du foyer, la violence des mots ou des actes.  

J'aurais aimé cependant que les pages  consacrées à Blanche et Albin Peyron soient plus approfondies et plus nombreuses.  C'est vrai que le roman est court et facile à lire mais quelques pages de plus ne l'auraient pas appesanti pour autant. De plus, cette partie-là est vraiment très intéressante car ce couple  a vraiment existé et l'auteur s'est documenté pour pouvoir nous donner des informations précises sur leurs actions dont j'ignorai tout. 

 

J'avais dit à sa sortie que je ne lirai pas car j'avais bien d'autres auteurs à découvrir (!) mais finalement, les avis totalement opposés que j'ai lu ici ou là m'ont donné envie de me faire ma propre opinion et en plus en ce moment, j'avais envie de lectures faciles.

C'est donc un roman à découvrir même s'il reste encore trop léger à mon goût, mais le sujet suffit à alourdir l’atmosphère et le présenter de cette manière est aussi une façon de le faire lire au plus grand nombre. Encore une fois, il pourra facilement être lu par les collégiens dès la 3ème et les lycéens, qui ainsi prendront connaissance de ces actions solidaires et profondément humaines, qui permettent d'aider les plus démunis, et de l'intérêt des actions bénévoles quand elles permettent d'aider ceux qui en ont le plus besoin. 

 

Je n'ai pas regretté ma lecture malgré ces défauts et en tous les cas,  il me donne envie d'en savoir plus sur Blanche Peyron, cette femme formidable qui a su collecter des fonds importants pour pouvoir aider les plus pauvres et dont l'oeuvre finalement totalement oubliée, perdure aujourd’hui au Palais de la femme mais aussi ailleurs à travers les actions menées en France par l'Armée du Salut...

Dans quelques années, le Palais fêtera son premier siècle. Cent ans au cours desquels il n'a jamais failli à sa mission : offrir un toit, aux exclues de la société. Il a pris l'eau parfois, mais il est là, tel un phare dans la nuit, une forteresse, une citadelle. Solène est fière de faire partie de son histoire. Cet endroit l'a sauvée, elle aussi...Elle se sent utile, en paix. A sa place, pour la première fois de sa vie.

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 05:13
Edition 10/18, 2002

Edition 10/18, 2002

La journée s’annonçait splendide. L'orage avait lavé puis astiqué le monde. La mer était une immense tarte aux mûres et le ciel brillait comme le manteau de la Madone. L'air sentait les pins et le sel. Je distinguais les îles de Santa Barbara distantes de quarante miles, à cheval sur l'horizon comme une bande de baleines bleues. C'était le genre de journée qui torturait un écrivain, si belle qu'il savait d'avance qu'elle lui volerait toute son ambition, étoufferait la moindre idée née de son cerveau.

Voilà un livre que j'ai relu depuis un certain temps déjà (au début du confinement) et qu'il faut bien que je vous présente, d'autant plus que certains d'entre vous ont dû, à l'automne dernier, aller voir le film éponyme, adapté de ce roman.

 

Je vous ai déjà présenté sur ce blog trois romans de l'auteur :

- La route de Los Angeles ; 

- Bandini ;

- et Demande à la poussière...

J'ai retrouvé avec bonheur l'humour un peu désespéré, le regard acéré et critique, et la grande sensibilité de l'auteur.

"Au revoir, p'pa. Merci pour tout."
Il m'a vraiment dit ça. Merci pour tout. Merci pour m'avoir engendré sans lui avoir demandé la permission. Merci pour l'avoir fait entrer de force dans un monde de guerre, de haine et de fanatisme. Merci pour l'avoir accompagné à la porte d'écoles qui enseignaient la tricherie, le mensonge, les préjugés et les cruautés en tous genres...
"Au revoir, mon garçon. Donne de tes nouvelles."
Je suis sorti en pensant : "quatre moins deux égale deux", tout en me disant : pauvre Harriet, que Dieu lui vienne en aide.

Henry J. Molise est un écrivain et scénariste à ses heures, toujours fauché. Rien ne va plus dans sa vie : on ne lui offre que des scénarios pourris et il n'arrive plus à écrire.

Ses quatre enfants (Denny, Dominic, Jamie et Tina) sont tous devenus de jeunes adultes mais prennent la maison pour un hôtel-restaurant, le critiquent sans cesse, et soutiennent Harriet, leur mère,  de manière indéfectible quoi qu'il arrive.

Pourtant c'est bien lui qui est prêt à les accepter tous tels qu'ils sont, et leur sert souvent d'intermédiaire pour faire part de leur demande à leur mère.

Un soir, alors qu'il tombe des trombes d'eau, et qu'il rentre chez lui un peu soûl, sa femme lui remet entre les mains un pistolet chargé : elle a cru apercevoir un ours couché sur la pelouse du jardin. Il découvre en s'approchant qu'il s'agit d'un énorme chien de la race des chiens de traîneaux, un chien pataud, très mal élevé et particulièrement...obsédé.

 

Très vite, le chien les adopte et va semer la panique dans le quartier et dans leur vie de famille. Car bien évidemment, personne n'en veut et le chien que la famille surnommera "Stupide" va devenir le centre de tous les problèmes et de tous les règlements de compte. 

L'heure des bilans a en effet sonné pour Henry, et les enfants sont prêts à quitter le nid.

Rien ne va plus ! 

Un chien était certes une fort belle créature, mais il ne savait pas repasser les chemises ni préparer les fettuccines ou le poulet au marsala, pas davantage écrire une dissertation sur Bernard Shaw, et puis un chien a l'air sacrément idiot en bas noirs. Quand je me suis garé dans le parking d'Universal, je m'étais convaincu que Stupide devait partir.

"Mon chien stupide" est paru en 1985, deux ans après le décès de l'auteur. Je l'avais lu lors de sa sortie en France à la fin des années 80, sans doute.

Tout d'abord je tiens à vous rassurer, ne vous en faites pas pour le chien, il saura se faire aimer ! 

 

C'est un roman parfait pour passer un bon moment et garder ou retrouver le moral. L'auteur est toujours aussi critique envers lui-même car vous en doutez, Henry est bien entendu l'alter ego de Fante, avec son côté bourru mais sa sensibilité à fleur de peau, sa facilité à être de mauvaise foi tout en étant capable d'auto-critique, ses doutes et son cynisme bien connu de tous ses lecteurs.

 

C'est un roman terriblement drôle, mais également bouleversant de vérité qui sonne juste et nous fait entrer avec bonheur et souvent avec forte émotion dans cette famille sympathique, mais déjantée, et ce couple qui tente de faire face, avec leurs revenus modestes, à l'éducation de leurs enfants, tout en leur donnant des clés pour être heureux dans une Amérique divisée et compliquée. Ils se sont tellement oubliés qu'ils envisagent de partir  seuls, chacun de leur côté, prendre l'air ailleurs... 

Mais ce qui les relie est plus fort que tout : étant tous deux immigrés bien que d'origines différentes, ils ont appris à composer avec leurs ressentis et leurs a-priori, tout en rêvant de fouler à nouveau la terre de leurs ancêtres.  

Les enfants les bousculent et les obligent à avancer, à penser à l'avenir mais ils les ramènent aussi à leur solitude première, "inscrite dans leurs gènes" celle de l'exil et de l'incompréhension. 

C'est donc un livre beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air comme toujours avec John Fante.  

D'ailleurs, ce n'est pas compliqué, le lecteur ne peut pas avoir un avis mitigé sur ses romans : on aime ou on n'aime pas.

Moi vous l'aurez compris, j'aime ! 

Ecrire des scénarios était plus facile et rapportait plus de fric...
Mais quand j'entamais un roman, ma responsabilité était terrible. J'étais non seulement le scénariste, mais aussi le héros, tous les personnages secondaires, et puis le metteur en scène, le producteur, le chef opérateur. Si votre scénario aboutissait à un résultat médiocre, vous pouviez vous en prendre à un tas de gens, du metteur en scène au dernier des machinistes. Mais si mon roman faisait un flop, je souffrais seul.

Pour écrire, il faut aimer, et pour aimer, il faut comprendre. Je n'écrirai plus tant que je n'aurais pas compris Jamie, Dominic, Denny et Tina ; quand je les comprendrais et les aimerais, j'aimerais l'humanité tout entière, mon pessimisme s'adoucirait devant la beauté environnante, et ça coulerait librement comme de l'électricité à travers mes doigts et sur la page.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:16
Zulma, 2015

Zulma, 2015

Je m'appelle Paris. Je ne suis pas juste un chat roux. Je suis le vieux chat du prodige Sammy Kamau-Williams, c'est son histoire que je vais vous conter si toutefois elle n'est pas encore parvenue à vos chastes oreilles. Comme mon maître, je suis fils de la grande route. Nous avons cheminé ensemble de longues années humaines, Sammy et moi, laissant nos empreintes dans la poussière l'été, dans la neige argentée l'hiver et dans l'or des feuilles jaunies l'automne. Notre vie : la plus extraordinaire des traversées en ce bas monde.

La Providence m'a doté d'un autre don : la capacité de lire les signes et les songes qui échappent aux hommes occupés par l'incessant et harassant combat pour la survie quotidienne. Ils quittent rarement la caverne de leur corps. Mais une fois le pain et le toit assurés, les humains jettent leurs dernières forces pour satisfaire des besoins d'une fastueuse inutilité : paraître plus riche, plus fort, plus intelligent et plus beau que leur voisin de palier.

Voilà un roman qui avait tout pour me plaire. Je l'avais emprunté avant le confinement et espérais passer un bon moment dans le monde de la musique. 

L'auteur dont j'avais entendu parler pour son dernier titre "Pourquoi tu danses quand tu marches", un livre que je n'ai pas encore lu mais qui a reçu de nombreuses critiques élogieuses, est né à Djibouti et a beaucoup écrit sur son pays d'origine. C'est un conteur hors pair qui nous charme par ses mots, son humour et le rythme donné à ses écrits. Je tiens absolument à vous présenter ce livre, même si j'ai eu beaucoup de mal à entrer dedans. 

 

Le narrateur est un chat roux, prénommé Paris en hommage à cette ville qui a subjuguée son maître.  Il a vécu sept vies !

Tout en nous parlant de son dernier maître, qui a eu la bonté de le recueillir sur un trottoir de Harlem, il insère quelques anecdotes truculentes dans son récit, nous livre ses réflexions philosophiques, emplies de malice et de sagesse. Mais ne vous y trompez pas, sa vie ressemble beaucoup à celle des pauvres vivant aux Etats-Unis.

Dans le passé, il avait été le gardien de Malwlânâ, un maître soufi ce qui explique qu'aujourd'hui qu'il soit devenu un chat philosophe.  

 

Dans ce roman, Paris le chat, nous parle donc de celui qu'il surnomme "Sammy l'enchanteur" (Sammy Kamau-Williams dans le roman) qui n'est autre que Gil Scott-Héron dans la vraie vie, ce "Bob Dylan noir"qui a été le précurseur du rap, et dont la musique se situe entre le blues et le jazz. Il s'agit donc d'une biographie romancée du musicien. 

Même si vous ne connaissez pas le tub des années 70 qui l'a propulsé alors qu'il avait 22 ans, sur le devant de la scène médiatique, "The Révolution will not be televised", vous pouvez lire ce roman. 

 

Nous suivons son histoire pas à pas.

Durant les premières années de sa vie, c'est Lily, la grand-mère qui s'occupe de son éducation, une grand-mère activiste toujours révoltée, arrivée d'Afrique, qui se battra toute sa vie pour les Droits des Noirs et influencera profondément l'enfant et donc, le musicien. 

La mère Bobby, est bibliothécaire et ne s'occupera de son fils qu'à partir de l'adolescence. Elle l'élèvera alors tout seule en ville. 

Le père, Réginald, d’origine jamaïcaine est devenu footballeur professionnel mais pour arriver au succès, il laissera tomber sa famille. Il a été le premier joueur noir écossais, puis finira sa vie professionnelle au Brésil. 

 

C'est donc à l'adolescence qui se passe à New York que le petit garçon plein de charme, joueur mais à la sensibilité à fleur de peau, se découvrira poète.

Il n'aura de cesse au fil de ses concerts, de faire passer des messages de révolte et de contestation. Dans les années 70-80, aux États-Unis, les chanteurs sont libres de s'exprimer et laissent libre cours à leurs critiques sur notre société. 

Mais lui, qui pourtant avait alerté très tôt dans ses chansons, sa propre communauté, des dangers liés à la dépendance à l'alcool et à la drogue, n'arrivera pas à s'empêcher de tomber lui-même dans ce fléau. Il sera condamné pour possession de cocaïne...

On croit choisir sa vie, mais c'est le contraire qui arrive, c'est la vie qui vous choisit. C'est elle qui vous retient dans ses filets. Vous voilà inscrit dans un parcours, une histoire. Arrimé à ce socle par vos gènes et par votre salive, par votre expérience et par le legs de vos ancêtres. Cette force est immense, irrésistible...

Ce n'est pas une véritable biographie car elle ne reprend que les événements marquants de la vie de ce musicien que je ne connaissais pas, je l'avoue. C'est vrai que ce roman a le mérite de nous donner envie d'en savoir plus sur lui, de se connecter à youtube pour écouter quelques-uns de ses morceaux cultes. 

 

Le livre est construit comme un album de musique avec CD1 et 2, prologue, intermède et épilogue) mais l'ensemble est un peu trop fouillis et ne suit aucune chronologie ce qui cette fois a perturbé ma lecture.

 

Le chat narrateur, par ses sept vies, relie l'Orient, l'Afrique et l'Occident. Il nous parle des croyances soufis et vaudous et des traditions ancrées dans le passé, qui composent la culture du peuple Noir. Nous ne l'oublions pas en lisant ces lignes, ce peuple n'a pas choisi de venir vivre en Amérique : on l'a arraché à son pays, à sa culture, à ses racines, et c'est un peuple qui s'est raccroché à ce qu'il pouvait pour pouvoir continuer à vivre et exister. 

C'est un livre que j'ai lu comme si j'étais au spectacle sans pour autant entrer dans la vie des personnages. Il ne m'a pas emporté comme je l'espérais. Le roman reste trop près de l'artiste finalement. Les seules pages que j'ai adoré découvrir, sont celles sur son enfance, son attachement à sa grand-mère (quelle femme !), puis sa découverte de la grande ville...

 

Les différents sujets abordés dans ce roman sont des sujets qui habituellement me touchent beaucoup. Mais j'ai eu donc une rencontre mitigée avec cet auteur, ce qui me fait penser que ce n'était certainement pas le bon moment pour lire ce roman qui mérite d'être lu et apprécié. 

En attendant, je vous propose d'écouter un peu de musique, enfin si vous le voulez !

Vous les humains vous avez une singulière façon de voir et de lire le monde - par votre cerveau, votre bouche, autant que par vos yeux. Et pourtant vous ne voyez que l'écorce du monde et non son noyau. Vous oubliez que rien ne s'arrête, la roue tourne toujours. Je n'habite pas un pays, je n'habite même pas la terre. Le cœur de ceux que nous aimons, voilà notre vraie demeure...

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 05:20
Gallimard Folio

Gallimard Folio

Cet enseignement austère trouvait une âme préparée, naturellement disposée au devoir, et que l'exemple de mon père et de ma mère, joint à la discipline puritaine à laquelle ils avaient soumis les premiers élans de mon cœur, achevait d'incliner vers ce que j'entendais appeler : la vertu. Il m'était aussi naturel de me contraindre qu'à d'autres de s'abandonner, et cette rigueur à laquelle on m'asservissait, loin de me rebuter, me flattait. Je quêtais de l'avenir non tant le bonheur que l'effort infini pour l'atteindre, et déjà confondais bonheur et vertu.

Je poursuis ma relecture d'André Gide...

Mais cette fois il s'agit d'une découverte car je n'avais encore jamais lu, je crois,  "la porte étroite" ou alors je n'en avais gardé aucun souvenir ce qui me surprend beaucoup.

Il faut dire aussi que lorsqu'on se penche sur les auteurs classiques que nous avons le plus souvent étudié au lycée, en tous les cas pour moi, nous avons entendu parler en général des œuvres, mais au bout de quelques années, il est impossible de différencier celles qui ont été lues, étudiées par des extraits ou seulement citées en classe. 

Ce roman paru en 1909 a été un des premiers succès littéraire de l'auteur. 

Le narrateur, Jérôme, l'alter égo de Gide, perd son père alors qu'il n'a que 11 ans.

Sa mère et lui, passent toutes leurs vacances d'été près du Havre, dans la maison de Bucolin, son oncle. Jérôme s'amuse beaucoup avec ses cousines avec lesquelles il tisse des liens étroits. C'est particulièrement Alissa de deux ans son aînée, qui lui accorde toute sa confiance et avec laquelle il partage de nombreuses journées, des jeux puis, en grandissant, des discussions sur de nombreux sujets et des échanges littéraires... 

Peu à peu, cette tendresse qui émaille leur relation, se transforme en amour réciproque et tandis que le jeune homme rêve de l'épouser, Alissa devient de plus en plus exaltée...les voir mariés est inéluctable ! 

C'est alors qu'Alissa découvre que sa jeune sœur Juliette, s'est également éprise de Jérôme. Elle va alors tenter de repousser le jeune homme tout en cherchant mille prétextes, afin que ce soit sa jeune sœur qui soit heureuse à sa place.

Mais Juliette renonce à Jérôme ainsi qu'à son meilleur ami, Abel, qui en était épris, et choisit une autre voie. Elle se marie avec Edouard, un riche viticulteur du sud et quitte la demeure familiale. 

Pourquoi me mentirais-je à moi-même ? C'est par un raisonnement que je me réjouis du bonheur de Juliette. Ce bonheur que j'ai tant souhaité, jusqu'à lui offrir de lui sacrifier mon bonheur, je souffre de le voir obtenu sans peine, et différent de ce qu'elle et moi nous imaginions...

Jérôme qui n'a pas perdu espoir d'épouser Alissa,  découvre que celle-ci le repousse encore, espace leur correspondance, préfère l'éloignement à sa présence, l'amour platonique à l'amour réel. 

La foi protestante qui l'anime tombe dans l'excès, et incite la jeune fille à renoncer à tout amour terrestre et charnel dont au fond elle a peur, pour se consacrer à l'amour de Dieu...plus parfait à ses yeux. 

Elle aurait pu choisir d'entrer au couvent, mais André Gide en a décidé autrement. 

Si tu le préfères, lui dis-je gravement, résignant d'un coup tout autre espoir et m'abandonnant au parfait bonheur de l'instant, _si tu le préfères, nous ne nous fiancerons pas. Quand j'ai reçu ta lettre, j'ai bien compris du même coup que j'étais heureux, en effet, et que j'allais cesser de l'être. Oh ! rends-moi ce bonheur que j'avais ; je ne puis pas m'en passer. Je t'aime assez pour t'attendre toute ma vie ; mais que tu doives cesser de m'aimer ou que tu doutes de mon amour, Alissa, cette pensée m'est insupportable...

Voici un roman qui nous parle d'amour impossible non pas parce qu'interdit, mais bien parce que c'est Alissa qui se croit indigne de le recevoir. Elle se sacrifie d'abord pour sa sœur, puis parce qu'elle croit que c'est le seul moyen pour que Jérôme soit heureux et accomplisse son destin. 

 

J'ai aimé la pudeur qui émane de ce récit, son côté romantique et bien entendu autobiographique. J'ai aimé aussi son côté vieillot et suranné...

J'ai aimé les descriptions légères et poétiques des années de jeunesse, de leurs jeux, du cadre bucolique qui les entoure. 

La langue employée par André Gide y est pour beaucoup et bien entendu il est plaisant de s'y plonger. 

 

Le roman est empreint cependant, ce qui contraste avec l'insouciance de la jeunesse, de rigueur, de références bibliques, des convenances de l'époque et de ferveur religieuse. 

Sans faire une analyse approfondie de l'oeuvre que vous trouverez sans peine, si cela vous intéresse sur internet, d'après moi, André Gide veut également montrer que mieux vaut un amour réel, et réaliste, apportant mille petits bonheurs qu'un amour idéalisé, trop éloigné de la vraie vie, inaccessible et incapable de nous apporter des joies simples...

 

A mesure que le jour de notre revoir se rapproche, mon attente devient plus anxieuse ; c'est presque de l'appréhension ; ta venue tant souhaitée, il me semble, à présent, que je la redoute ; je m'efforce de n'y plus penser ; j'imagine ton coup de sonnette, ton pas dans l'escalier, et mon cœur cesse de battre ou me fait mal...Surtout ne t'attends pas à ce que je puisse te parler...Je sens s'achever là mon passé ; au-delà je ne vois rien ; ma vie s'arrête...

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 05:18
Gallimard / Folio

Gallimard / Folio

Oui, je le dis en vérité, jamais sourire d'aucun de mes enfants ne m'a inondé le cœur d'une aussi séraphique joie que fit celui que je vis poindre sur ce visage de statue certain matin où brusquement elle sembla commencer à comprendre et à s'intéresser à ce que je m'efforçais de lui enseigner depuis tant de jours.

Un petit classique aujourd'hui qui se trouve facilement en ligne pour ceux qui désireraient le relire ces jours-ci.

 

Le narrateur est pasteur dans un petit village du Jura suisse situé près de Neuchâtel.

Alors qu'un soir d'hiver, dans la neige, il est emmené auprès d'une vieille femme en train de mourir, il découvre que celle-ci laisse derrière elle, une jeune enfant aveugle de naissance qui ne peut vivre seule à présent, car elle a été jusqu'alors tellement délaissée qu'elle est incapable de communiquer.

Par charité, il la ramène chez lui et demande à Amélie, sa femme, de s'en occuper tout en s'investissant lui-même plus que de raison, dans l'apprentissage de la jeune fille. 

 

Gertrude, surnommée ainsi par les enfants du pasteur, car bien entendu elle ne sait pas dire son nom, va peu à peu apprendre à parler et s'attacher à la famille, tandis que le pasteur tombe profondément sous son charme, sans réaliser à quel point sa passion amoureuse détruit les siens. 

Dans son journal intime, il confie toutes ses difficultés pour tout d'abord donner à cette jeune fille une éducation protestante, puis peu à peu il va réaliser qu'il ne lui donne que sa propre vision des choses, sans jamais lui parler du péché, ni du côté négatif du monde qui l'entoure, protégeant ainsi leur relation particulière, chaste mais non dépourvue pour autant de sentiments et de culpabilité.

 

C'est alors que le pasteur découvre que son fils Jacques est tombé amoureux de la jeune fille, tandis qu'elle-même ne sait plus ce qu'elle ressent pour eux deux.

Mais lorsque une opération est tentée pour lui permettre de recouvrer la vue, c'est le drame... 

La nuit dernière j'ai relu tout ce que j'avais écrit ici...
Aujourd'hui que j'ose appeler par son nom le sentiment si longtemps inavoué de mon cœur, je m'explique à peine comment j'ai pu jusqu'à présent m'y méprendre...

Voilà un classique que j'avais déjà lu dans ma jeunesse, mais que j'ai eu envie de relire lorsque nous avons choisi de parler d'André Gide dans le cadre du Cercle de Lecture de mon village (réuni avant le confinement). Le titre fait référence à la Cinquième Symphonie de Beethoven que Gertrude va écouter avec le pasteur et qui lui fait découvrir la beauté de la musique et du monde qui l'entoure et dont elle sort émerveillée. 

 

C'est donc avec plaisir que j'ai redécouvert cette histoire toute simple, presque trop d'ailleurs, mais romantique qui dénote dans l'oeuvre de Gide. Dans ce texte très court et superbement écrit à la première personne, Gide montre bien la descente aux enfers de ce pasteur généreux qui se met en quatre pour ses ouailles et prêche avec conviction les préceptes de la religion protestante, tout en faisant preuve d'une cécité absolue pour ses propres sentiments. Au fur et à mesure que Gertrude, avide d'apprendre et de comprendre, s'éveille à la vie, c'est lui qui devient aveugle à ce qu'il ressent.  

On se retrouve dans le mythe de l'enfant sauvage et pas loin bien entendu de tomber dans la caricature...mais l'écriture de Gide est superbe !

 

Les autres personnages sont également très bien décrits au niveau psychologique, toujours du point de vue du narrateur puisque tout au long du roman il emploie le "je" dans son journal.

Amélie est plutôt taciturne. C'est une mère de famille sérieuse et pieuse, toute dévouée à sa tâche quotidienne et à l'éducation de ses enfants.  Elle préfère s'exprimer par sous-entendus plutôt que d'affronter son mari en face, ce qui entraîne entre eux beaucoup d'incompréhension.  Elle éprouve de la jalousie envers la jeune fille, mais elle sait aussi que bien que tout les oppose, la jeune fille n'y est pour rien. 

Jacques le fils aîné, affronte son père et provoque beaucoup de discussion autour de la religion. Il cherche à lui montrer son erreur et se rend compte que son père est épris de la jeune fille. Par dépit, face à l'autorité paternelle qu'il ne peut remettre en question, il accepte de fuir la maison familiale, et décide de se convertir au catholicisme et de devenir prêtre. 

 

Evidemment, le texte est étayé de références bibliques mais finalement cela ne m'a pas dérangée, car cela correspond bien au sujet et aux personnages.

Il faut mettre aussi ce texte en parallèle avec la vraie vie de Gide, et le mal qu'il a lui même causé à sa femme, lors de sa relation avec Marc Allégret...

 

Par contre, je trouve que ce court roman, paru en 1919, a beaucoup vieilli et que son seul intérêt, à part d'être étudié en classe ou lu pour connaître l'oeuvre de Gide, c'est de permettre de mieux comprendre le poids de la religion au début du XXe siècle et donc celui de la morale. Un film éponyme est paru en 1946 avec Michèle Morgan, à revoir peut-être en ce moment, car à mon avis il a moins vieilli que le roman.

 

C'est donc un roman qui aura des difficultés à capter l'attention des jeunes générations de lecteurs, à moins de leur montrer à quel point Gide était un visionnaire qui pensait, comme il le dit dans ce roman écrit à la première personne, que la morale chrétienne et la nature humaine, en ce qui concerne en particulier le sentiment amoureux, ne pouvaient pas s'accorder et feraient le malheur à venir de générations entières d'êtres humains. 

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 05:16
Gallimard, 2019

Gallimard, 2019

Je venais de le comprendre : le jardin de l'homme est peuplé de présences. Elles ne nous veulent pas de mal mais elles nous tiennent à l’œil. Rien de ce que nous accomplissons n'échappera à leur vigilance.

J'avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre à le transformer. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fut-il un frémissement de feuille.

Voilà un livre qui a obtenu cet automne le Prix Renaudot et que j'aurai tout de même lu s'il ne l'avait pas obtenu, car même si j'ai souvent un avis mitigé sur les livres de Sylvain Tesson, j'aime les sujets qu'il aborde dans ses écrits. Je sais c'est contradictoire mais c'est ainsi ! 

 

Sur l'invitation de son ami photographe animalier, Vincent Munier, l'auteur part sur les Hauts Plateaux du Tibet, sur les traces de la mystérieuse et discrète panthère des neiges. Vincent Munier est un très grand photographe qui met de la poésie là où les autres scientifiques sortent la calculette. Il sait que la rencontre avec la panthère est une simple promesse...

Mais existe-telle vraiment ?

Ou appartient-elle à la légende ? 

 

Dès le début de leur périple, doutant de ses capacités à rester immobile, Sylvain Tesson calque son attitude sur celle de l'équipe. Aux côtés de Vincent Munier, il y a Marie son amie cinéaste, et Léo sans qui il ne part jamais, car il sait si bien mettre en mots ce que les autres pensent tout bas et en tirer une certaine philosophie, qu'il fait du bien à toute l'équipe. 

Là-bas, l'auteur  apprend à apprivoiser la nature comme il ne l'avait encore jamais fait. Il apprend l'importance de l'affût, du silence, et de l'attente. Au fond de nous et même si nous aimons la nature et les randonnées, nous sommes tout de même des citadins dans l'âme et tenons à notre petit confort ! Là-bas il faut se lever avant le jour, s'habiller dans le duvet tant il fait froid, manger frugalement et tenir des heures sans bouger. 

Un jour, l'auteur comprend que les animaux sont là et les observent, jusqu'au jour où, ultime récompense, c'est la panthère qui apparaît parmi les rochers...

La conscience met du temps à accepter ce qu'elle ne connaît pas. L’œil reçoit l'image de pleine face mais l'esprit refuse d'en convenir.
Elle reposait, couchée au pied d'un ressaut de rochers déjà sombres, dissimulée dans les buissons. Le ruisseau de la gorge serpentait cent mètres plus bas. On serait passé à un pas sans la voir.

Ce livre est le compte-rendu imagé et souvent poétique de cette rencontre avec la nature sauvage du Tibet et bien entendu avec toute la faune de ces contrées.

 

J'ai aimé...

le style simple et agréable.  Il y a de l'humour et de l'auto dérision et cela rend la lecture plaisante. 

J'ai aimé que ce récit nous parle aussi des rencontres avec les éleveurs de yaks qui les accueillent chez eux et partagent leurs coutumes, leurs sourires et leur hospitalité.

J'ai aimé que ce soit un livre paisible et distrayant car nous en avons bien besoin en ce moment. 

J'ai aimé aussi les relations qui naissent entre les membres de cette petite équipe et le plaisir partagé des découvertes : tout cela tisse des liens qui prennent toute leur importance au fil des jours. 

 

J'ai moins aimé...

de savoir que secrètement ce qui a poussé l'auteur, nous avoue-t-il, à partir là-haut, ce n'est pas la panthère, mais le souvenir d'une femme qu'il a aimé et qu'il n'a pas su garder auprès de lui. Comme d'habitude, les moments où il s'épanche sur sa vie ne sont pas ceux qui m'intéressent le plus. Mais il est bon de savoir qu'il ne peut s'empêcher de mêler sa propre vie à cette aventure. 

Comme habituellement l'auteur étaye son récit de trop nombreuses remarques philosophiques ou références littéraires et c'est, je l'avoue ce qui me gêne le plus dans ses écrits. Mais cette fois cela m'a moins gêné, je le reconnais. Soit je m'habitue à son style, soit je savais à quoi m'attendre et j'ai été moins surprise. Je sais bien qu'il veut nous inviter à prendre du recul sur nos propres vies et notre monde moderne mais j'ai trop souvent l'impression qu'il "crache dans la soupe", lui qui malgré tout ce qu'il veut nous laisser croire, est loin d'être le portrait idéal d'un véritable aventurier, enfin à mes yeux. 

 

Enfin, ne vous fiez pas à la carte qui illustre le début du livre, l'endroit où la panthère vit encore en liberté est tenu secret et ce sera impossible de la retrouver, préservation oblige...

Cependant si vous êtes curieux de connaître sa frimousse n'hésitez à faire quelques recherches sur internet ! 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 06:15
Julliard, 2019

Julliard, 2019

Marie le sait, elle n'a pas beaucoup d'instruction. Elle est bien plus douée pour conduire, s'ennuyer, lambiner, jouer à des jeux hypnotiques sur des écrans sur-éclairés, ou slalomer sans se plaindre dans la dureté de la vie. Déjà pas mal. Ça ne fait pas une fortune mais ça fait une femme, celle qu'elle est, et dont elle ne peut divorcer. A prendre et à laisser.

Voici un roman dont j'ai tellement entendu parler que j'ai eu l'impression de l'avoir déjà lu lorsque j'ai commencé ma lecture...Heureusement très vite cette impression s'est dissipée et j'ai pu poursuivre agréablement ma découverte.

 

Marie jeune femme fragile et forte à la fois, travaille comme serveuse bien qu'elle ait un bac pro de chaudronnerie. Il faut dire aussi qu'elle ne peut s'éloigner du Havre où elle habite dans un quartier populaire, car elle doit s'occuper seule de son père hypocondriaque, alors que sa sœur a fui devant les responsabilités familiales.

A 20 ans, sa vie quotidienne n'est pas drôle et elle est obligée de calculer pour mettre de côté quelques rares euros par mois et se faire plaisir. 

Alors quand Marie rencontre le charmant Alexandre, beau parleur et cultivé, elle se prend à rêver et tombe amoureuse. Le jeune homme la trouve jolie, rêve de devenir réalisateur, et d'intégrer une école à Paris. Il lui parle de cinéma, mais elle n'y connaît rien. Dès le début de leur relation, il reste profondément déçu qu'elle ne connaisse pas Truffaut, son idole dont il connaît tous les films par cœur.

 

Jusque-là, Marie ne se posait pas de questions sur son avenir, menait une vie tranquille, ne se sentait pas particulièrement inférieure aux autres, et pourtant, ce qu'elle ressent est d'une rare violence. Elle se sent méprisée, humiliée...et tout bascule dans sa vie.

Persuadé que leur relation est vouée d'avance à l'échec, Alexandre qui en tant que fils d'instituteurs a eu la chance d'accéder à une certaine forme de culture, va fuir, au lieu de lui dire en face qu'il ne désire pas poursuivre.

 

Elle lui en veut et décide de l'affronter mais pour un geste malheureux, elle se retrouve en comparution immédiate devant le juge Doutremont.

C'est un juge aigri, taciturne, qui ne lui fait pas de cadeau et Marie se retrouve bien incapable de payer l'amende qu'on lui demande...

Alors elle va oser le lui dire, puisqu'il fréquente le café où elle est serveuse. Le juge va décider de lui prêter l'argent, mais aussi de la prendre à son service pour qu'elle lui serve de chauffeur, jusqu'à ce que sa dette soit remboursée.

 

La vie de Marie prend alors un virage surprenant. Elle qui au début du roman était loin d'avoir toutes les cartes en main pour aborder un changement de vie, va peu à peu, tandis que tous deux s'apprivoisent et apprennent à communiquer, se laisser tenter.

Il fallait donc ouvrir les grilles, entrer dans les maisons, prendre les ponts suspendus, passer les contrôles électroniques des tribunaux ; il fallait donc changer d'itinéraire, suivre les GPS autoritaires, désobéir aussi sans doute. Et puis allumer la radio sans comprendre ce qu'on y raconte...
Il fallait donc tout cela pour apercevoir un peu de l'infinie richesse du monde, qui semble s'éclairer désormais comme un labyrinthe vu du ciel.

C'est un roman qui se lit très vite et facilement. Il permet de passer un bon moment. Le titre, qui est un clin d’œil à Alain Souchon, nous met sur la piste du sujet principal qui est bien le changement de vie.

Vous l'aurez compris le roman aborde aussi le sujet du déterminisme social et des difficultés pour en sortir. Mais rien de caricatural dans les trois personnages ou dans les propos.

 

L'auteur parle avec beaucoup de délicatesse de ces différences sociales, des voies que l'on choisit d'emprunter et qui peuvent faire déraper ou pas une vie, la transformer, et l'enrichir.

Rien de spectaculaire pour autant dans ce livre, mais des personnages touchants qui savent devenir attachants au fil des pages et qui par petites touches, nous invitent à les suivre et à entrer dans leur quotidien.

Un roman qui fait du bien, tout doux et empli d'humanité que j'ai lu avec beaucoup de plaisir.  

"Tu as été mon point d'orgue".
Marie observe l'oeil sur la serviette. Son coeur palpite plus fort que d'habitude. Elle ignorait que tout ce qu'elle a vécu ces dernières semaines pouvait se lover dans un signe. Elle ne se savait pas capable de ralentir la vie des gens. Elle plie la serviette et la met soigneusement dans sa poche...

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 06:19
Phébus, 2020

Phébus, 2020

Je suis contente aujourd'hui de vous parler, un peu en avant-première de ce roman, qui sort ce mois-ci en librairie, et que Babelio, lors d'une Masse Critique exceptionnelle m'a proposé de découvrir, sachant que j'aimais l'auteur. 

J'avais en effet découvert cette écrivaine américaine en lisant "La danse du temps" l'été dernier, un roman que j'avais beaucoup aimé, ce qui explique que j'ai accepté de recevoir celui-ci. 

On se demande ce qui peut bien se passer dans la tête d'un tel homme. Tellement étroit d'esprit, borné ; avec des idées si arrêtées. Il n'a aucune perspective ni ambition particulière. Il se réveille un lundi matin et la lumière qui filtre à travers la fenêtre toute mince est d'un gris terne et déprimant, les informations que diffuse le radio-réveil sont effroyablement tristes...
Micah écoute tout cela sans réagir. Le monde ne le surprend pas.

Ce roman est l'histoire toute simple de Micah Mortimer, un homme tranquille et routinier qui partage sa vie bien cadrée entre famille, loisirs et travail. A chaque jour, correspond une tâche particulière à laquelle il ne déroge jamais et, à chaque heure son temps est minuté et bien rempli. 

 

A Baltimore, il est facile pour lui de mener une vie bien réglée et son métier qui lui permet d'organiser ces journées comme il le veut, est pour lui une bénédiction.

Sa maniaquerie légendaire lui a causé (et lui cause toujours !) de nombreux tourments avec les filles et de nombreuses railleries en famille. Mais il s'en moque ! 

Il est actuellement installé à son compte et répare à leur domicile les ordinateurs en panne. Mais dans le passé, il a travaillé en entreprise et a même conçu un programme informatique d'avant-garde.

Tout cela lui laisse du temps pour s'occuper de son immeuble dans lequel il assure la maintenance, comme le ferait un concierge en échange de la gratuité de son loyer, mais aussi, lui permet d'aller courir tous les matins à la même heure et de voir tous les soirs Cass, sa petite amie qui est institutrice et qu'il a rencontré un jour où il améliorait le wifi dans son école en posant un répétiteur dans sa classe. 

 

Mais un jour, en rentrant chez lui, il découvre devant sa porte,  Brink, un jeune garçon en fugue, persuadé que Micah est son père biologique. Ce dernier a en effet entretenu une relation amoureuse avec Lorna, la mère du jeune homme, lorsqu'ils étaient tous deux à l'université. Evidemment le jeune homme a découvert une photo de leur couple et a posé la question à sa mère qui savait où Micah vivait alors qu'ils ne sont jamais revus depuis.

Or, Micah le sait, la jeune fille voulait se préserver pour son mariage et leur relation a été chaste. De plus les dates ne concordent pas, ce dont il n'arrive pas à convaincre le jeune homme...persuadé que les adultes ne lui disent pas toute la vérité.

Alors qu'il accepte de garder Brink pour une nuit chez lui, Micah, qui n'aime pas changer ses habitudes, va découvrir grâce aux événements qui vont suivre, qu'il a été aveugle à beaucoup de choses dans le passé, dont il paye aujourd'hui les conséquences...

C'est vrai qu'il avait failli se marier à plusieurs reprises. Il n'avait pas toujours pensé que le mariage était source de complications. Mais chacune de ses petites amies l'avait instruit à sa façon_ dans le mauvais sens.

Le problème avec les ex-petites amies, songea Micah, c'est que chacune d'elle vous dépouille de quelque chose. Vous dites adieu à votre première grande histoire d'amour et passez à la suivante, pour vous rendre compte que vous avez moins à donner à celle-ci. Vous avez perdu un petit fragment de vous...

Voilà un court roman (170 pages à peine) qui se lit facilement.  De plus, il n'est pas dénué d'humour et nous montre les relations humaines sous un jour terriblement réaliste. 

Les personnages sont attachants et l'auteur réussit en peu de mots, avec quelques descriptions précises de leur vie, à nous les rendre fortement sympathiques.  

 

Micah est un homme très maniaque certes, mais cela finalement n'explique pas qu'il soit très seul. Il est pourtant très généreux, adorable même avec les personnes âgées de son entourage, à l'écoute de ses clients qui ont toujours beaucoup de choses à lui raconter, et disponible pour sa grande famille et sa petite amie. 

Les idées que l'on se fait de l'autre et de ce qu'il pense, le fait que les femmes voudraient que les hommes devinent toujours tout ce qu'elles veulent, sans rien leur dire, la solitude que certain(e)s préfèrent par peur de l'échec d'une relation, l'adolescence et ses problèmes, tous ces thèmes sont abordés dans ce roman, plus profond qu'il n'en a l'air. 

 

Comme toujours Anne Tyler va à l'essentiel et provoque avec des mots simples une véritable réflexion, profondément humaine, sur la difficulté de communiquer harmonieusement avec nos proches. Elle n'a pas son pareil pour nous parler de personnages qui nous semblent familiers et proches de nous, car simplement confrontés aux réalités de la vie quotidienne. 

 

C'est un roman qui fait du bien et que l'on peut partager en famille ce qui n'est pas si fréquent finalement...

En plus la couverture est très belle et se prolonge par des rabats, ce qui ajoute un plus à ce roman qui peut faire l'objet d'un cadeau... 

Merci à Babelio et à sa Masse critique exceptionnelle pour leur confiance ce qui me permet de le partager avec vous aujourd'hui ! 

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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 06:19
Le ciel par-dessus le toit / Nathacha Appanah

Il était une fois un pays qui avait construit des prisons pour enfants parce qu'il n'avait pas trouvé mieux que l'empêchement, l'éloignement, la privation, la restriction, l'enfermement et un tas de choses qui n'existent qu'entre les murs pour essayer de faire de ces enfants-là des adultes honnêtes, c'est-à-dire des gens qui filent droit.

De Nathacha Appanah je n'ai lu que "Tropique de la violence" dont je vous ai parlé récemment ICI.

Forcément, j'avais envie de découvrir son dernier roman, un court roman de 125 pages à peine, qui se lit d'une traite en une soirée tant le lecteur a envie d'en connaître l'issue.

 

Loup est un jeune garçon encore mineur. Il vient d'être arrêté par la police après avoir provoqué un accident. Non seulement il n'avait pas de permis, mais il roulait en sens inverse.  Après plusieurs heures de conduite, la fatigue est certainement responsable de cette erreur ainsi que de sa tentative de fuite.

Il est jeune et fragile et n'émet qu'une seule explication à son geste : il voulait voir Paloma, sa sœur. Une sœur qu'il n'a pas revu depuis 10 ans.

A l'époque elle s'était disputée avec sa mère alors qu'elle partait faire ses études, et elle avait promis de revenir très vite chercher Loup. Il a attendu et elle n'est pas venue...

Loup est un jeune ado à présent mais il n'a pas changé. Il est toujours hypersensible et doux, incapable de se battre, et il ne sait toujours pas gérer son stress, et doit courir pendant des heures jusqu'à épuisement pour pouvoir enfin se sentir mieux. 

 

Bien entendu, l'auteur va nous conter l'histoire de cette famille pas comme les autres, une famille qui ne sait pas communiquer et qui ne vit que dans le silence pesant et les non-dits. 

Eliette, la mère, a été élevée comme une petite fille modèle. Elle était si jolie que ses parents en adoration, n'ont pas réalisé qu'elle souffrait d'être ainsi considérée comme un objet. Un ami de la famille lui volera d'ailleurs son enfance. Elle va se rebeller et devenir une adolescente imprévisible., Puis elle va fuir pour toujours ses parents, après avoir mis le feu à leur maison. Elle se fera ensuite appeler "Phénix" et élèvera seule ses deux enfants, avec courage mais beaucoup de froideur, de distance et d'orgueil.

Les enfants forcément seront meurtris par tant de solitude, par le manque de tendresse et de manifestations d'amour...

 

L'arrestation de Loup est bien une rupture bénéfique, mais suffira-t-elle à cette famille enfermée dans les non-dits, pour changer le cours de son histoire ?

Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs. Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.

Paloma et Loup ont leurs mains posées sur la table et cette promiscuité leur suffit, eux qui ont grandi dans l'amour distant que leur procurait leur mère, un amour prudent, un amour dont on avait l'impression qu'il pouvait s'échapper au moindre bruit. Ils savent se contenter de cela...

Bien entendu, je ne vous en dirai pas davantage, le roman est court mais intense. C'est un roman qui n'est cependant pas centré uniquement sur la mère, sur son vécu et ce qu'elle a pu transmettre à ses enfants de ses propres souffrances. Il nous parle aussi de l'héritage affectif que l'on transmet en tant que parent, aux générations futures.

Mais il dresse également un portrait des enfants d'une grande justesse et nous décrit l'univers carcéral pour mineur, sans concession. 

 

La plume de Nathacha Appanah est très sensible que ce soit quand elle nous parle de l'enfance de Phénix, du ressenti de Loup en prison ou de la prise de conscience de Paloma qui, finalement malgré ses promesses, a laissé tomber son frère. 

Elle se veut aussi poétique ce qui justement ne m'a pas semblé indispensable dans cette histoire.

Cela explique en partie que j'ai été moins conquise par ce roman que par ma lecture du précédent. L'histoire aurait mérité à mon avis d'être un peu plus approfondie mais je reconnais que j'ai lu ce roman avec plaisir et que, ce qui n'est pas dit en clair, se comprend sans aucun problème entre les lignes...

Parfois, on aimerait savoir, n'est-ce-pas, la nature exacte des paroles : leur poids sur les âmes, leur action insidieuse sur les pensées, leur durée de vie, si elles sucrent ou rendent amers les coeurs. Iront-elles se loger quelque part dans le cerveau et un jour, on ne sait ni pourquoi ni comment, réapparaître ? Auront-elles un effet immédiat et déclencher colère, tristesse, stupeur ? Seront-elles incomprises, confuses ?

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 06:19
L'Iconoclaste, 2019

L'Iconoclaste, 2019

Voilà encore un roman marquant qui nous parle de l'enfance défavorisée et qui se lit comme un témoignage.

L'auteur, journaliste de métier, nous explique en fin d'ouvrage que son propre père était éducateur à la PJJ. Il nous raconte quel parcours professionnel et personnel il a suivi avant d'effectuer lui-même un stage de six mois, en immersion totale à la PJJ d'Auxerre. Ce qui devait être un simple article de journal est devenu ce roman.

Marc Winzembourg n'était pas ce qu'on appelle un type inquiet. Il avait ce truc rassurant qu'ont les héros dans les films pour enfants, la conviction que la pire des situations n'est jamais perdue...

En conclusion, Marc avait écrit : "L'impulsivité de Madame, mélangée aux différentes prises de toxiques du couple, vient attiser la braise existante. L'incommunicabilité génère des crispations des deux côtés. Dans ce contexte, Wilfried est exposé à un climat de violence récurrente."
Au stylo noir, la juge nota :
- Couple inconsistant. Nécessité de placement.

Quand Wilfried naît, Louise sa mère est toute jeune et complètement paumée. Après mûre réflexion, Marc Winzembourg et son équipe qui la suit, et bien entendu la juge aux affaires familiales, décident de lui enlever l'enfant, alors âgé de 8 mois pour le placer dans une  famille d'accueil.

Une décision difficile, un déchirement mais c'est dans l'intérêt de l'enfant. Au début sa mère vient régulièrement le voir mais un jour, elle ne donne plus signe de vie et personne ne peut alors l'obliger à le faire.

 

Wilfried grandit et se passionne pour le foot. En plus, il est doué et intègre un centre de formation. Mais alors qu'il a 15 ans, un jour de colère il se bat avec un autre joueur de l'équipe adverse. C'est l'exclusion définitive ! Son rêve de devenir un joueur professionnel s'effondre.

Le pire c'est qu'il ne sait même pas pourquoi il a fait ça ! 

 

Thierry et Anna, les parents d'accueil,  cherchent à comprendre ce qui lui arrive tandis que Wilfried renoue avec certains ados du quartier, se fait renvoyer du lycée où il s'ennuie sans le foot, se détache de sa famille et tombe peu à peu dans la délinquance... C'est ainsi que l'équipe d'éducateurs dans laquelle Marc est toujours en activité, se penche sur le cas du jeune adolescent. 

A la demande de Marc, c'est Nina, elle-même issue d'un milieu défavorisé, qui va s'occuper du jeune homme. Elle va tout faire pour l'aider.

Pendant ce temps, Thierry et Anna déposent une procédure d'adoption voulant prouver à Wilfried leur attachement, mais Louise, la mère est retrouvée : elle doit signer les papiers pour renoncer définitivement à ses droits...

 

- Qu'est-ce ça change, en vrai ?
- Comment ça, qu'est-ce que ça change ? C'est ton avenir. ça change tout.
L'avenir, vous pouvez le prendre par tous les bouts, face à un gamin de seize ans qui a décidé de vivre au jour le jour, c'est un mot qui ne veut rien dire.

Voici un roman très réaliste et totalement crédible écrit dans un style journalistique ce qui ne m'a pas gêné du tout. On sent bien que l'auteur sait de quoi il parle et par moment j'ai revécu avec lui la relation que nous avions avec certains de nos élèves de LEP, quand nous tentions de leur donner un cadre, des règles adaptées pourtant à leur âge, mais que dès la sortie du lycée ils oubliaient, le groupe reprenant tout son pouvoir... et le lendemain, il fallait tout recommencer.

 

Je l'ai lu d'une traite tant j'ai été touchée par ce jeune ado écorché vif qui se cherche, voudrait comprendre pourquoi il a été abandonné, qui sont ses parents biologiques et s'assurer que sa famille d'accueil ne lui donne pas de l'amour uniquement parce qu'ils sont payés pour ça.

Le lecteur a peur pour lui, peur qu'il n'y arrive pas, peur qu'il fasse de trop mauvaises rencontres.

 

Mais il n'y a pas que lui dans l'histoire, on croise d'autres jeunes perdus, des jeunes qui ne savent pas faire confiance à la vie, parce que de vie, ils n'en ont pas, ni d'amour, ni d'avenir, ni personne justement qui leur fasse confiance et leur donne une image positive d'eux-même. 

Ce roman est aussi une plongée dans le quotidien de tous ces éducateurs qui se débrouillent pour essayer de sauver des enfants, et des ados en perdition. C'est en effet comme le dit la quatrième de couverture, une véritable course contre la montre pour les empêcher de tomber dans un engrenage irréversible, prendre les bonnes décisions face à une famille incapable de jouer son rôle dans une société inhumaine, où la pauvreté qui ne devrait pas être une fatalité, entraîne souvent des violences, et des actes répréhensibles. Les parents répliquent sans le vouloir, les violences qu'ils ont eux-même connus enfants et cela semble parfois inéluctable...

 

C'est une histoire contemporaine emplie de générosité et très émouvante qui à mon avis peut-être proposée aux lycéens et devenir l'objet de débats afin d'amener peut-être plus de tolérance et de compréhension. 

Car c'est une histoire heureusement porteuse d'espoir qui fait réfléchir le lecteur sur tout ce gâchis humain, entièrement créé par notre société trop inégalitaire... mais moi je veux croire que tous ces jeunes diront un jour, comme le fait dans le roman, Viviane, dans la bouleversante lettre posthume adressée à sa mère : "Je te promets de faire mieux"...

L'enfant finit par comprendre qu'il ne doit pas s'attacher s'il ne veut pas souffrir. A chaque fois que ça se passe bien avec un adulte, une petite voix lui dit :"Attention, te détends pas, sinon le jour où ça va te péter à la gueule- et il est certain que le jour viendra- tu vas morfler." Donc il saborde la relation.

Pour échouer, il faut avoir essayé...

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 06:12
Gallimard, 2016 / Folio, 2018

Gallimard, 2016 / Folio, 2018

Quand accoste la barge, ce bateau bleu et blanc qui fait la traversée entre Petite-Terre et Grande-Terre, je repère Cham de loin, chaque jour plus beau, chaque jour plus irréel dans sa manière d'être à moi.

Je suis le roi et je devais te punir, Mo (Moïse). Je devais changer les règles, je devais montrer que les gens comme toi, qui ont la peau aussi noire que moi mais dont les paroles sont blanches et fades comme celle des muzungus, je devais montrer que je savais régler leur compte à ces gens-là...

Sur le bord des routes, des hommes et des femmes marchaient, panier sur la tête, bâton ou coupe-coupe à la main. Le ciel était sans nuages et, à travers ce paysage idyllique, quelque chose gonflait mon coeur. Quel était ce pays si doux, si beau ? Quel était ce pays qui m'avait oublié ?

Je sais maintenant que ce qui s'est passé ce jour-là et ce soir-là et tous les jours et les soirs qui m'ont amené jusqu'ici est beaucoup plus grand que ma peine, mon chagrin, mon regret.
J'ai quinze ans, je m'appelle Moïse, je suis né de l'autre côté de l'eau...

A 24 ans, Marie quitte sa vallée obscure et sa mère qu'elle ne supporte plus pour terminer ses études d'infirmière dans une grande ville. C'est là qu'un jour elle rencontre Chamsidine. Il est infirmier...ils se marient et partent vivre à Mayotte d'où  Cham est originaire.

Là-bas dans cette île paradisiaque, Marie découvre la misère et la détresse humaine. 

Après des débuts prometteurs, le jeune couple bat de l'aile. Marie ne peut pas avoir d'enfants, elle devient aigrie et jalouse. Ils se séparent...

Un jour une jeune mère débarque dans l'île et abandonne son bébé. Marie l'adopte et le surnomme Moïse.

C'est un enfant adorable. Mais avec l'adolescence arrivent les tourments : il rejette ses origines, en veut à Marie de l'avoir adopté, quitte le collège et a de mauvaises fréquentations. C'est alors que Marie meurt subitement.

 

Le lecteur va alors suivre le quotidien du jeune homme devenu orphelin, sa fuite hors de la maison de son enfance, son acceptation dans un gang de la ville, le quartier surnommé "Gaza"dont le chef, Bruce n'est lui-même qu'un gamin...mais la violence et la rage qui régissent leurs relations, les mèneront jusqu'au drame.

Ni Stéphane qui pourtant tentera de le sortir de là, ni plus tard Olivier, le jeune policier ne pourront le sauver...

 

L'auteur donne la parole tour à tour à chacun des personnages, chacun nous racontant de son propre point de vue, le même événement.

Si le début bien sûr permet à Marie de s'exprimer, les 2/3 du roman nous donnent le ressenti de Moïse, puis celui de Bruce qui voit en Moïse, un enfant de blanc puisqu'il a été élevé par une blanche.

Ce qui m'a surpris dans ce roman, c'est qu'il ne laisse aucun espoir. Pourtant je n'ai pas regretté ma lecture. 

Olivier voit son désir de protéger les enfants, anéanti ; Stéphane l'éducateur repart en France et le lecteur ne saura rien de la vie de Cham qui a reconnu l'enfant, mais ne s'en occupera jamais même de loin, alors qu'il sait bien que Marie est morte. 

 

Il m'a donné la sensation qu'il n'y a pas d'espoir possible pour sortir un jour de cette violence...et que c'est elle qui prime dans cette île française oubliée.

La jeunesse de Mayotte, trop livrée à elle-même, serait-elle perdue à jamais ?

 

Prix du roman France Télévisions 2017

Prix Fémina des Lycéens 2016

 

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 06:15
French Pulp éditions, 2019

French Pulp éditions, 2019

Un colosse vêtu d'un pantalon de treillis et d'un tee-shirt moulant kaki gardait l'entrée du club privé. Il se tenait adossé à l'une des parois, dans l'ombre, et mâchonnait un cure-dent en bois. Ses yeux étaient cachés par une paire de lunettes noires. Ses bras étaient couverts de tatouages. C'était le genre d'hommes au-dessus duquel on devine le panneau géant : "Ne cherchez pas de problèmes, vous les avez trouvés".

Quinn affectait la décontraction, appuyant parfois son front contre la vitre d'un bus. Il en profitait pour étudier, dans le reflet de la vitre, les autres occupants du véhicule. Il mimait la somnolence et, à travers le rideau de ses paupières légèrement entrouvertes, examinait avec un soin méticuleux les passagers voisins

 

Je découvre ce nouveau héros Justin Case, alors qu’il en est déjà au quatrième volet de ses aventures ! Il s’agit en fait d’une réédition dans une nouvelle collection et un nouvel éditeur, cet ouvrage étant précédemment paru chez Gründ en 2014.

J’ai emprunté ce roman parce que je connaissais l’auteur ayant déjà présenté sur ce blog deux de ses romans noirs pour adultes ICI et ICI.


Matthew Slides, l’ancien avocat d’affaire du père de Justin, reçoit un étrange SMS de son ami, Allistair Quinn. Celui-ci craint pour sa vie. Il serait poursuivi par les services secrets russes et accusé d’avoir participé à un trafic de matériaux nucléaires.

Matthew n’en croit pas ses yeux, il connait son ami qui ne peut être impliqué dans ce genre d’affaires !

Il n’y a donc pas de temps à perdre et il se met immédiatement en contact avec Justin, son filleul.

 

Justin habite New York. Il est devenu millionnaire à la mort de ses parents qui lui ont légué non seulement la fortune mais l'entreprise. Depuis il utilise son argent pour aider ceux que la justice a abandonné, comme elle l'avait fait pour son propre père...

Mais dans le cas d'Allistair, Justin est bien embêté car la loi c’est la loi, n'est-ce pas ? Et il a beau être l’ami de Matthew, Justin pense qu'il ne lui dit pas toute la vérité.

Quand Matthew arrive à le convaincre, Justin embarque immédiatement pour Moscou, accompagné par la sublime Helena, qui est à la fois son chauffeur, son pilote et son garde du corps. Ils seront aidés à distance par Sunny Boy, leur ami hacker...

Vous vous en doutez, réussir à faire sortir Allistair du pays ne sera pas une tâche facile ! 

 

Voilà un roman d’espionnage parfait pour les adolescents. Il y a du suspense, de l’humour et beaucoup de rebondissements qui nous tiennent en haleine tout au long de notre lecture.

Certes, Justin est un héros tombé dans la caricature quand il était petit. Il est beau et en tous les cas très charismatique, il est généreux et courtois voire même galant, tout lui réussit et en plus il est riche. Que demander de plus !

 

C'est vous l'aurez compris, une série à suivre pour passer une bonne soirée de lecture, facile et plaisante, et un livre à offrir aux ados friands de suspense, de polars et de séries télé.

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 06:20
Presses de la Cité / Collection "Terres de France", 2019

Presses de la Cité / Collection "Terres de France", 2019

Ma mère m'a doucement repoussé par les épaules, m'obligeant à me détacher d'elle. Nous nous sommes regardés comme si nous allions être séparés pour toujours. J'ai dû m'accrocher à l'idée que j'étais un homme pour ne pas fondre en larmes. Mais est-on vraiment un homme à seize ans ?

Puisque aucun vivant ne lui avait fermé les yeux, mon père n'était peut-être pas mort. Cette pensée, que nous n'exprimions jamais, nous causait beaucoup de souffrance. Elle nous empêchait de recoudre notre peine et de l'ensevelir.

Durant le XIXe siècle, Camille 16 ans, doit cette année quitter sa Creuse natale, pour partir "limousiner" à Lyon pendant neuf mois, avec Gerbeau, son oncle, et tout un groupe d'hommes de sa région.  C'est ainsi qu'on nomme le travail des maçons qui unissent leurs forces pour bâtir les prestigieux monuments, et réparer les anciens édifices de la nouvelle ville en plein essor. 

 

C'est là-bas, lors de la crue exceptionnelle du Rhône de 1856, que son père a disparu quatre ans plus tôt, emporté par les eaux en furie, sorties de leur lit. Depuis la tristesse s'est installée dans la maison malgré l'amour dont l'entoure sa mère. 

Pierre son père, était un ouvrier habile et renommé. Tout le monde se souvient bien de lui et les hommes font bon accueil à Camille.

Celui-ci doit travailler dur, onze heures par jour, et porter en haut des échelles un panier empli de mâchefer. Mieux vaut ne pas avoir le vertige pour  redescendre !

Les premiers jours sont difficiles pour Camille d'autant plus qu'il comprend très vite que la disparition de son père est entourée de mystère...qu'en fait il ne serait pas mort mais se serait volatilisé au bras d'Emilia, une belle italienne qui travaillait comme ovaliste en soie.

Le choc est rude pour lui qui adorait son père, et qui a le cœur empli des souvenirs de leurs retrouvailles passées. 

Il aurait donc décidé de les abandonner !

 

Peu à peu les langues se délient et lorsque sa mère lui demande de faire établir un certificat de décès pour qu'elle puisse se remarier, Camille décide de partir sur les traces supposées de son père.

Ce sera un voyage initiatique mouvementé qui le mènera sur des routes enneigées et semées d'embûches, mais il rencontrera l'amitié et l'amour, et fera de belles découvertes. Il ira ainsi, à pied, jusque dans le Comté de Nice, aux confins de la toute nouvelle frontière italienne en création...

Malgré la fatigue, la difficulté des leçons, la faiblesse de ses connaissances, Camille ne se décourage pas. Il accède à cette forme de sérénité que procure le bonheur, peu à peu, de comprendre.

L'auteur lui-même originaire de la Creuse, connaît bien l'histoire de sa région et de ces hommes qui pendant des décennies, parce qu'ils ne pouvaient vivre uniquement de leur terre, partaient donner leurs bras pour une bouchée de pain et quittaient leur femme et leurs enfants pendant neuf mois dès qu'arrivait le printemps. 

 

Le roman est précis et bien documenté. Le lecteur apprend beaucoup de choses sur la vie de ces maçons, ainsi que sur la vie quotidienne des immigrés italiens, mais aussi sur le travail qui était proposé aux femmes. 

On assiste en direct à l'évolution de la condition ouvrière, les premiers cours du soir, les premières revendications syndicales... 

 

La plume de l'auteur est légère et précise. Il nous invite à entrer dans un pan de l'histoire sociale de France que je ne connaissais pas du tout, celle des maçons migrants de la Creuse (et du Piémont) qui ont participé à la refonte totale et aux nombreuses constructions haussmanienne de Lyon. 

 

Le roman nous parle aussi des événements consécutifs au traité de Turin et du remaniement des frontières qui en découle, la France ayant à la suite du traité, rattaché la Savoie et le Comté de Nice.  

 

L'alternance entre les chapitres où Camille parle (emploi du "je) et ceux où l'auteur emploie la troisième personne, donne beaucoup de rythme au roman...

Camille est un jeune homme attachant. Il est très intelligent, sait lire, écrire et compter ce qui n'était pas le cas de tous à l'époque.  Il sait donc attirer la chance car il va très vite travailler aux côtés des ingénieurs qui n'hésitent pas à lui donner des cours du soir. Évidemment sa quête nous touche car il a du mal à comprendre la double vie de son père, veut en savoir plus, tout en ayant très peur de ce qu'il va apprendre, et il est évidemment en quête de sa propre identité.

C'est un roman social et initiatique agréable à lire et touchant que j'ai lu quasiment d'une traite. 

Il peut être proposé aux adolescents qui découvriront ainsi la vie de l'époque. 

 

Je vous invite à lire l'avis de Binchy sur son blog en cliquant sur le lien ci-dessous...
 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 06:18
Arléa, 2020

Arléa, 2020

Tu es parti et nous ne nous sommes pas dit au revoir.
Il y a eu tant de bruit, tant de foule.
Ce jour confus de janvier.
Qui étaient ces inconnus à ton enterrement ?

Suis-je orpheline de toi ou de l'absence de toi ? Tu vis désormais en moi comme le soleil de minuit, lactescent, éperdu de blancheur. Je ne te cherche pas, tu es partout et introuvable. Tu es tapi dans le mohair des jours heureux. Tu es un lierre au feuillage persistant...

Dans ce petit livre de 65 pages à peine, Natacha Wolinski nous parle avec beaucoup de délicatesse de son père, Georges Wolinski, assassiné lors de l'attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, il y a cinq ans. 

Sans jamais entrer dans le pathos, elle nous livre ici un récit poignant.

Elle nous raconte son ressenti lors de la mort de son père, alors qu'elle était dans le déni total, mais aussi face à l'absence de ce père, qui était pourtant déjà très absent pour elle. Elle ne cache rien de leur relation difficile, des non-dits de leur vie familiale compliquée. Son père avait beaucoup souffert dans la vie et n'était pas, dans l'intimité, celui que le public connaissait. Il y a en effet dans leur famille une "reproduction de la tragédie" nous dit-elle. 

 

Elle veut aujourd'hui qu'on le connaisse autrement, tel qu'il était vivant et que nous gardions de lui des moments de vie, et non uniquement des moments liés à sa mort. 

La présence solaire de ce père se ressent à chaque page. Les mots, la musique et la poésie du texte, nous emmènent vers la vie. C'est un hommage émouvant, jamais triste, mais qui m'a beaucoup touchée. 

"Tu as mangé au moins ?"
Je réalise aujourd'hui seulement que cette formule était ton sésame, ta manière de me dire "Je t'aime", toi qui n'a jamais su me l'avouer.

Journaliste et écrivaine, elle nous emporte à travers ses mots, unique façon pour elle de faire face à cette douleur indescriptible, celle d'une orpheline qui a déjà perdu sa mère alors qu'elle n'avait que quatre ans, et a du mal à accepter l'inacceptable, la mort brutale de ce père maladroit et pudique...mais tellement aimé. 

 

Son récit est une belle déclaration d'amour, car au-delà des drames familiaux, elle veut dire à ce père qui avait lui aussi beaucoup souffert dans sa vie, qu'il sera toujours dans son cœur et qu'elle sort de cette épreuve, grandie. D'ailleurs, elle compare le deuil, à une métamorphose très lente, mais indispensable.

C'est un livre magnifique pour ne pas oublier que les victimes sont aussi les familles qui doivent se reconstruire après un tel drame et continuer à vivre avec le cœur en miettes.

Je suis née , bien avant ma naissance, dans l'oasis de tes dessins. J'ai grandi dans tes jardins secrets, dans les rêves de ta jeunesse...

Que reste-t-il quand il ne reste rien ? Il reste ta volonté secrète qui m'accompagne et qui m'assigne d'aller toujours au plus difficile.

Je remercie Babelio et l'éditeur de m'avoir permis de le découvrir...

Si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas le lire, je vous invite à écouter l'interview réalisée par MatriochK que j'ai visionné sur le site de l'éditeur...

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 06:13
Flammarion, 2019

Flammarion, 2019

C'était un camping connu des Landes. Trois étoiles au cœur d'une forêt de pins, au bord de l'océan. Piscine avec toboggans, aire de jeux, écran de karaoké, salle de fitness, soirées à thèmes. Il y avait là beaucoup d'ados venus pour la fête, et puis des familles nombreuses, des vieux couples hollandais, des colos de surf et les chiens autorisés.

Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n'était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On se serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Qui qu'il en soit, je n'ai pas bougé. Tout en a découlé.

 

Ce court roman surprenant et même dérangeant pour nous adultes, nous parle de l'adolescence et de ses contradictions, et recrée l'ambiance particulière d'un été de vacances dans un camping des Landes, surchauffé à tous les sens du terme.

Pas étonnant que les jeunes l'aient apprécié et que ce roman ait obtenu le Prix Fémina des lycéens 2019.

Ce roman a aussi obtenu le Prix Littéraire de la Vocation 2019, qui récompense un jeune romancier d'expression française, ayant entre 18 et 30 ans. 

 

La haine et la colère, je les avais accumulées sagement. Ce n'était pas un accident. J'avais laissé mourir Oscar. J'aurais pu le sauver et je ne l'avais pas fait...

Il aimait parler de son bonheur aux amis tristes, il n'y résistait pas, il ne s'en rendait même pas compte, peut-être. Il s'est redressé et tout son corps s'est animé pour me raconter, me mettre mal à l'aise, détruire le peu de désir qu'il me restait.

L'été est torride dans ce camping trois étoiles, où de nombreuses familles se tassent espérant profiter de la mer et de vacances bien méritées.

Là sous les pins, Léonard 17 ans se retrouve avec ses parents, son chien, son jeune frère  et sa sœur pour quinze jours "de rêve" que ses parents ont attendu toute l'année.

Mais pour lui cela n'a rien d'un rêve : lui déteste être là, écouter la musique mise en fond sonore, s'amuser avec ceux de son âge, danser sur la plage, trop boire et participer aux espérances des autres ados. Les filles lui font peur, les garçons ne cherchent que la bagarre pour arriver à leurs fins...perdre enfin leur pucelage et, si cela est déjà fait, avoir une amourette de vacances.

 

Bref Léonard est mal dans sa peau, timide, plutôt réservé et ne sait pas comment se comporter pour s'amuser comme les autres et entrer "dans le moule" ce qui rassurerait ses parents, inquiets de le voir si solitaire. 

 

Un soir où il a fui ses camarades pour rester seul, il découvre dans le parc pour enfant, Oscar, un des jeunes du camping, assis sur une balançoire. Mais celui-ci est dans une étrange posture : la corde de la balançoire est passée autour de son cou, volontairement ou accidentellement, Léonard ne cherche pas à le savoir. Il est paralysé, ne fait rien pour tenter de le sauver. Pire, par un geste irréfléchi, complètement paniqué, il commet l'irréparable, dont je ne vous dirai rien...

 

Est-ce à cause de cette terrible chaleur que son esprit lui a dicté ce comportement étrange, lui qui n'avait jamais commis de bêtises en 17 ans de vie ? Est-on coupable de ne pas agir ? "Rester immobile, est-ce pareil que tuer ?", se demande-t-il. 

Oscar n'était pas son ami, Léonard sait juste que lui et Luce, une fille géniale qui habite dans le coin, étaient très proches et avaient même commencé à s'embrasser à la fête. Il lui en avait voulu pour ça, pour cette assurance affichée devant tout le monde, une assurance que Léo est loin d'avoir. 

 

Dès le lendemain, hanté par cette soirée et son geste, Léonard pense qu'il va être accusé, bien entendu, le temps passe et personne ne se soucie d'Oscar, ni sa propre mère qui croit qu'il a trouvé une copine et a tout simplement passé la nuit avec elle. A son âge c'est bien normal, n'est-ce pas quand on est en vacances et qu'on a 17 ans ? Ni Luce qui en l'absence de l'intéressé, se tourne désormais vers d'autres garçons et en particulier vers Léonard, ce à quoi il ne s'attendait pas. Les jeunes filles sont tellement imprévisibles et bizarres parfois et aussi tellement mystérieuses...

 

Pour Léonard, cette ultime journée de vacances va ressembler à un parcours du combattant, entre angoisse incontrôlable et découvertes adolescentes. Il tente bien de se livrer à son ami Louis, mais celui-ci est bien trop occupé par ses vacances et ses propres émois...

J'aurais voulu plus de musique. L'aube était passée depuis longtemps : le soleil avait traversé le ciel et dérivait déjà vers la mer, il tomberait derrière, en même temps que les désirs frustrés, les caresses retenues, les mots gardés pour soi. Les gens continuaient à rire et à courir. La mer montait. Il fallait s'empresser d'être heureux...

Mon avis

 

Comme je vous l'ai dit en introduction, ce roman court (139 pages à peine) est dérangeant mais d'une rare intensité pour un premier roman.

L'écriture est limpide et l'auteur sait dès le départ créer une ambiance très prenante, qui va captiver, voire même fasciner le lecteur et l'obliger à ne plus lâcher sa lecture. 

L'auteur, né en 1994, fait montre d'une maîtrise de l'écriture et de l'art de conter  exceptionnelle pour un premier roman et pour son jeune âge. 

 

Dès les premières pages, le lecteur est pris au piège car le roman débute en effet par la description du suicide d'Oscar, un adolescent incompris que tout le monde pensait heureux dans ce camping où tout est fait pour s'amuser, mais où finalement la solitude, face au bonheur des autres, est une véritable souffrance pour ces ados déchirés par leur désir de vivre.

Ce qui est dérangeant aussi c'est le comportement de Léonard, en perpétuel décalage par rapport à ce qu'on attend de lui. Le lecteur découvre qu'il est un adolescent comme les autres, finalement, assez solitaire mais qui rêve de s'intégrer au groupe tout en ayant peur de trop s'engager. Rien ne laissait présager le drame. C'est un adolescent sans histoire, sauf que sous le calme, la tempête couve, sous la sagesse, la violence, et sous l'apparente indifférence... un désir qui le consume, comme cette chaleur caniculaire que le lecteur ressent à la lecture de ce roman et qui devient au fil des pages, un personnage à part entière.

 

Le poids de son secret est tellement lourd à porter qu'il va provoquer chez le lecteur un sentiment plein d'ambivalence, fait de rejet pour l'acte qu'il a commis mais dont il n'est pas réellement coupable finalement, mais aussi d'empathie pour ce qu'il va vivre ensuite.

 

La vie des adolescents de cet âge est remarquablement  bien décrite de manière réaliste, avec bien entendu mis en avant le charme de leur jeunesse, le bouleversement hormonal qui perturbe leur vie, leurs désirs de reconnaissance et d'amour, la passion des premières fois, les relations parents-ados souvent difficiles mais teintées de tendresse et d'inquiétude mutuelles, les excès en tous genres, les contradictions, tout cela sur fond de musique, de barbecue, de plage et de sable, de canicule, d'animations "débiles" (c'est Léonard qui le dit pas moi) et de vacances dont il faut profiter à tous prix tant elles passent vite...des vacances plutôt superficielles et banales comme celles que peuvent vivre la plupart des gens en camping à la plage. 

 

Mais au-delà des faits, la mort d'Oscar est aussi un symbole car j'ai douté à plusieurs moments de l'existence réelle de ce jeune homme dont personne ne semble se soucier. C'est le symbole de l'enfance qui s'en va, du difficile passage de l'adolescence à l'âge adulte qui oblige les jeunes à prendre leur responsabilité, à s'engager, à faire fi des peurs et de la timidité...et à oublier ce corps si compliqué qui change tout le temps et ce flot d'émotions si difficile à endiguer et à maîtriser. 

Un jeune auteur à suivre ! 

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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 06:07
Le Tripode 2019

Le Tripode 2019

Les Inuits sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques.

Note liminaire du roman

Penchée sur la flaque, je n'ai pas entendu le grondement au loin. Lorsque je sens la vibration dans mes jambes, il est trop tard : la banquise est en train de se fendre à quelques pas de moi. L'igloo est de l'autre côté de la faille, ainsi que le traîneau et les chiens.
Je pourrais crier mais cela ne servirait à rien.

Une nuit, alors qu'elle se lève pour sortir de l'igloo, Uqsuralik se retrouve séparée de sa famille, par une fracture de la banquise. Avant qu'elle ne disparaisse aux yeux des siens, son père a le temps de lui jeter une dent d'ours, en guise d'amulette, un harpon et une peau d'ours qui va lui permettre de se protéger du froid. Bien qu'enroulé dans la peau d'ours, le harpon s'est cassé et elle ne pourra utiliser que son manche.

 

Là voilà seule à présent, au milieu de l'immensité de la banquise, du froid et de la nuit polaire. 

Si elle veut survivre, elle doit regagner rapidement la terre pour y rencontrer d'autres familles susceptibles de la recueillir pour l'hiver. Il faut donc chasser, ce qu'elle sait faire, marcher et se construire des abris pour la nuit.

Enfin, elle croise une tribu et va pouvoir se reposer auprès de ses semblables.  Ils connaissent son père, sont navrés de ce qui lui arrive et l'accueillent avec gentillesse. Elle va très vite les surprendre pas son savoir-faire, non seulement à la chasse, mais aussi dans la vie quotidienne. 

 

La chasse et la cueillette l'été, la constitution de réserves de gibier pour la longue nuit polaire, les fêtes et les chants, la construction des maisons d'été et d'hiver et des igloos, lors des longues périodes de chasse, rythment la vie de la petite communauté. 

Ils vivent tous ensemble au rythme des saisons, suivent le gibier et remercient les animaux de leur apporter nourriture, lumière et vêtements chauds. Tous acceptent les étrangers sans poser de questions, car ici il est question de survivre tout simplement. 

 

Uqsuralik va devoir vivre loin de sa famille et bâtir sa vie de femme. Elle donnera la vie, trouvera auprès de vieille Sauniq une véritable mère et devra chercher sa voie car elle n'est pas encore arrivée au terme de son destin...

Nous découvrons ensemble avec la même joie, le même émerveillement, le tout nouveau manteau de neige. Désormais, le jour naît de la terre. La faible clarté du ciel est généreusement reflétée par une infinité de cristaux. La neige tombée durant la nuit est si légère, qu'elle semble respirer comme un énorme ours blanc.

J'ai sans cesse envie de rire et, lorsque je m'approche du rivage, j'entends les palourdes qui claquent sous la glace. Si j'avance seule sur la banquise, je perçois la mer qui bouge en dessous, je sais qu'elle rit avec moi. Cette fois, j'en suis certaine : un enfant est là.

Mon avis...

 

Je découvre cet auteur que j'avais noté dans mon petit carnet de lecture depuis longtemps pour un autre titre, mais que je n'avais jamais lu, avec ce roman poétique et empreint de spiritualité qui nous emmène au cœur du monde polaire chez les Inuits. 

J'ai aimé cette écriture simple et je suis rentrée avec grand plaisir dans cette fiction très bien documentée, dans laquelle le néophyte apprendra beaucoup de choses sur la vie des Inuits, leurs rites, leurs croyances, leur méthode de survie.

Pour les Inuits, les esprits sont partout, non seulement dans les êtres vivants, hommes ou animaux, mais aussi dans les éléments naturels comme les pierres, le vent, les étoiles. Tous ont une vie propre et sont animés d'une force vitale. L'animisme qui régit leur société a longtemps été mal compris et condamné, mais il a plus de 10 000 ans et il est basé sur des récits et chants fondateurs, qui ont été transmis depuis la nuit des temps, oralement, de génération en génération. 

Le roman est ainsi entrecoupé de nombreux chants...et poèmes. 

 

L'auteur nous propose un voyage initiatique dans le Grand Nord, avec une jeune femme attachante et crédible. Uqsuralik nous montre bien à quel point les femmes de son peuple sont solides et indépendantes et ont été en quelque sorte, d'avant-garde par rapport à notre civilisation. 

Le lecteur entre de plein pied dans cette nature sauvage, rude mais superbe et dans la vie communautaire de ce peuple discret, indépendant et chaleureux, tel qu'il était à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Car aujourd'hui bien entendu le modernisme a fait de ce peuple animiste, des déboussolés qui comme les Indiens d'Amérique luttent pour préserver leur culture mais ne peuvent échapper à la vie d'aujourd'hui. 

 

Le lecteur découvre, s'il ne le connaissait pas, un peuple doux et pacifique, empli d'humanité où les problèmes sont résolus avec beaucoup de justesse, où les chants et les rites rythment la vie communautaire lors de la longue nuit polaire. Il découvre la solidarité qui les lie, seule façon de préserver les enfants et les femmes de cet univers hostile et donc, la survie de leur groupe. 

 

Cependant, même si ce roman est un agréable moment de lecture, il ne remplace pas à mes yeux les récits de Paul-Emile Victor, de Jean Malaurie, ou plus récents de Jorn Riel...

J'ai trouvé en particulier que l'auteur insistait beaucoup trop sur le côté spirituel des Inuits. Il est question à chaque page de chamanisme. Or il s'avère que pendant longtemps, les rites inuits n'ont pas été considérés comme du chamanisme mais comme une "sorte de chamanisme" ce qui n'est pas tout à fait pareil. Ce n'est que récemment que les ethnologues définissent leur croyance ainsi. Là- bas le chamane (angakuk ou angakok) est celui qui sait, qui soigne, qui aide les autres, donc tous les anciens qui ont la connaissance sont des chamans... mais ils ne peuvent être considérés tous, pour autant, comme des chefs spirituels...

Bref c'est un débat qui n'a pas fini de faire couler de l'encre ! 

 

Ce livre a reçu cette année le PRIX FNAC, le seul prix littéraire totalement indépendant, décerné à la fois par des libraires et leurs lecteurs.

Il a été rédigé alors que l'auteur était en résidence d'auteur, au Muséum national d'Histoire naturelle, résidence durant laquelle l'auteur s'est immergé dans le fonds polaire de Jean Malaurie et le fonds d'archives Paul-Emile Victor. 

Un cahier de photographies complète le roman. 

A découvrir donc ! 

Durant ma longue vie d'Inuit, j'ai appris que le pouvoir est quelques chose de silencieux. Quelque chose que l'on reçoit et qui_comme les chants, les enfants_ nous traverse. Et qu'on doit ensuite laisser courir.

Jusqu'ici, j'avais toujours évité de penser à la façon dont ma famille avait pu survivre ou non à la fracture de la banquise.
Maintenant, je suis tourmentée. Ont-ils été engloutis vivants par les glaces ? Ont-ils d'abord eu faim sur une plaque à la dérive ? L'un d'eux a-t-il été broyé par la débâcle ? Ou ont-ils eu la chance de disparaître tous ensemble dans une crevasse ?

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