Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:30
Grasset, 2016

Grasset, 2016

J'ai choisi depuis longtemps de ne pas m'enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l'oreille à la rumeur du monde.
Je ne suis pas devenu écrivain parce que j'ai quitté mon pays natal. En revanche, j'ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m'en suis éloigné (...)
Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création: on écrit peut-être parce que "quelque chose ne tourne pas rond", parce qu'on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chat d'une aiguille. L'écriture devient alors un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l'horizon(...)
Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question.

 

Cet essai, écrit par un amoureux de la langue française, débute par une carte...celle de tous les lieux dont il va nous parler dans son livre avec une mention spéciale pour trois endroits, le Congo où il est né et qui est le "lieu du cordon ombilical", la France où il a étudié qui est la "patrie d'adoption de ses rêves" et les USA et en particulier la Californie, "un coin depuis lequel je regarde les empreintes de mon errance", un lieu où il enseigne la littérature en faisant salle comble à chacune de ses interventions...

Dans ce livre qui se lit comme un roman, Alain Mabanckou nous fait voyager d'un pays à l'autre, d'un lieu à l'autre et d'une rencontre à une autre,  tout en nous contant comme il sait si bien le faire mille anecdotes toutes plus émouvantes, amusantes, surprenantes les unes que les autres.

 

Que ce soit dans un colloque, une conférence, une table ronde, un avion ou lors d'un festival...et même dans la rue, il nous fait part de ces rencontres qui l'ont marqué, lui ont parfois apporté des réponses ou ont été source d'inspiration pour ses romans.

Ainsi il lui est arrivé de s'endormir en pleine conférence alors qu'il attendait depuis longtemps d'écouter la parole de Le Clézio sur les peuplades oubliées dans le monde, d'interviewer dans l'avion de retour, Edouardo Manet,  de partager des recettes de cuisine avec Dany Laferrière rencontré à Montréal ou de discuter dans la rue, de sa descendance africaine avec un clochard de La Nouvelle-Orléans. 

 

Ce livre est un véritable hommage à la langue française, cette langue qu'il aime tant. Il nous prouve que le français n'appartient pas qu'à la France (c'est la seconde langue parlée dans le monde après l'anglais) et que la poésie est toujours vivante même si elle connaît une désaffection évidente. Elle apparaît aussi dans les romans que nous aimons, les contes que nous lisons à nos enfants, les pièces de théâtre que nous allons voir... "c'est le parfum qui enveloppe notre inspiration" dit-il dans la vidéo que je vous ai mis en bas de page. 

 

Mais au-delà de la langue c'est de culture qu'il nous parle...car la langue véhicule des pensées et des émotions différentes selon l'endroit, l'âge, ou le métier des personnes croisées. 

 

Nous rencontrons avec lui des gens célèbres :  Le Clézio, Edouard Glissant, Gary Victor, Dany Laferrière, Henri Lopes, Camara Laye, Mongo Beti, Bessora, Jean-Joseph Rabearivelo, Jacques Rabemananjara, Rachid O., Ernesto Sabato, Léonardo Padura, Jean Métellus et plein d'autres comme par exemple Sony Labou Tansi (Marcel Sony), un professeur d'anglais qui écrit en français dans son cahier à spirales...

Nous croisons aussi de parfaits inconnus qui ont en commun avec nous, d'aimer la langue française, ou des francophiles comme Douglas Kennedy qui prendra des cours de français pendant des mois, pour maîtriser la langue et pouvoir la parler avec les francophones rencontrés lors de ses voyages. 

 

Mais c'est avant tout, une sorte d'autobiographie où  Alain Mabanckou nous raconte sa vie à travers les autres...

On retrouve avec plaisir sa bienveillance, le ton non dénué d'humour, où la tolérance et le plaisir de la découverte de l'autre priment. 

Vous l'aurez compris c'est un livre empli de fraternité et d'humanité à lire que vous soyez amoureux de la littérature et de notre langue ou pas.  

Il se lit comme une longue confidence et tout au long de sa lecture vous aurez l'impression que c'est un ami qui nous parle de ses passions, de ses espoirs, et de ses découvertes.

De plus, il nous donne envie de faire connaissance avec les auteurs que nous ne connaissons pas...

 

Partager cet article

Repost 0
21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 06:19
Anne Carrière, 2010 ; Poche 10/18 janvier 2016

Anne Carrière, 2010 ; Poche 10/18 janvier 2016

J'avais pensé que les démons reposeraient enfin. Je pensais que la rage et la haine que les hommes du Sud peuvent ressentir à l'égard de leur père, cette rage et cette haine si anciennes et si atroces qu'elles ne peuvent se décrire, je pensais que tout ce poids s'envolerait de mes épaules et que je serais libre.
Je ne l'ai pas été. Pas un jour. Pas une foutue heure.

On ne présente plus Robert Goolrick. Il s'est fait connaître en Europe suite à son talentueux premier roman traduit en français, "Une femme simple et honnête" que j'ai lu au printemps dernier, n°1 sur la liste du "New York Times", et dont une adaptation cinématographique doit sortir prochainement sur les écrans.

 

Depuis, je m'étais promis de tenter la lecture d'une autre de ses oeuvres et à défaut de trouver  "La Chute des Princes", Prix Fitzgerald 2015, ou "Arrive un vagabond", Grand Prix des lectrices de Elle en 2013, déjà empruntés par d'autres lecteurs de la médiathèque, j'ai pris négligemment "Féroces", son premier roman écrit, sans rien savoir de l'histoire...

Sans savoir que ce récit terrible, où l'auteur raconte son enfance en Virginie dans les années 50, me laisserait sans voix, dans l'incapacité de parler de cette histoire qui est la sienne pendant plusieurs jours car cela fait plusieurs jours que j'ai terminé cette lecture et je ne sais toujours pas que vous dire.

C'est en prenant du recul, et en me disant que ce récit intense où l'auteur nous raconte son enfance fracassée l'année de ses 4 ans, est avant tout une oeuvre littéraire d'une grande portée, que je me décide à en parler sur ce blog.

Lorsqu'on ne reçoit pas d'amour de ceux qui sont censés nous aimer, on ne cesse jamais de le rechercher, ensuite, comme un amputé à qui sa jambe coupée manque toujours, comme l'ancien fumeur qui tend encore la main vers son paquet après le déjeuner, quinze ans plus tard...

 

L'auteur vient de perdre son père et la famille a enterré ses cendres dans le jardin de la maison familiale, à côté de celles de la mère. Il a creusé lui-même la terre et se retrouve maintenant avec l'envie de parler de son enfance. 

Dans une première partie plutôt gaie, l'auteur nous dépeint sa vie dans une famille bourgeoise aux apparences tranquilles. Le père est professeur d'université, la mère s'occupe de son foyer et de ses trois enfants. 

 

C'est une famille très originale dans sa façon de vivre, un couple admiré par tous, qui sait organiser des fêtes joyeuses et recherchées.

Les vacances se passent chez les grands-mères comme pour tous les enfants. Il y a des jeux, des moments drôles qui décrivent très bien l'insouciance de la vie dans les années 50...

La famille est heureuse, pas forcément très riche mais elle ne manque de rien. On y soigne toujours les apparences, le père est charmant, la mère est d'une élégance exquise, les robes du soirs virevoltent, et les cocktails coulent à flot dans les gosiers assoiffés des fêtards...

Seul bémol, les parents rentrent souvent un peu trop alcoolisés malgré leur image de famille parfaite et les disputes font rage. 

 

Les enfants ont un seul interdit : NE JAMAIS PARLER D'EUX à l'EXTERIEUR, ni aux copains, ni à l'école.

Ne jamais parler des disputes des parents, de leurs remarques acides, de leur désamour pour ce fils qu'ils voudraient ne plus voir alors qu'ils adorent l'aîné et entourent leur fille de toute leur sollicitude.

Lui, c'est celui qui les empêche d'oublier le crime qu'ils ont commis sur lui...

C'est celui qui raconte...

C'est l'auteur. 

 

L'auteur alterne le récit de ses années heureuses, ou presque, avec celui de ses années de perdition, de beuveries, de problèmes psychiatriques, de drogue où dominent son envie de mourir et d'être aimé, ainsi que les soins à l'hôpital pour tenter de faire cesser les scarifications qu'il s'inflige...

 

J'était fatigué d'être un enfant. Fatigué de faire semblant d'être innocent, drôle et avenant, intelligent et tellement attachant.

J'avoue que j'ai été plutôt déroutée par ce récit autobiographique que l'auteur intitule pourtant "roman". Il nous offre un récit décousu, tout en désordre. Il revient tantôt sur son enfance, tantôt sur sa vie dissolue et déséquilibrée de jeune adulte, puis retourne à son adolescence....

 

Il se met souvent à nous raconter un de ses souvenirs, mais passe par mille autres anecdotes, pour ne pas avoir à le faire tout de suite, créant un malaise, nous empêchant de nous fixer sur l'événement en question, et bien sûr nous permettant de deviner qu'il a bien autre chose à nous révéler...

 

Le lecteur entre alors dans une phase de questionnement : l'intensité du récit est à son comble, au fur et à mesure que nous remontons dans le passé.

Lorsque l'auteur aborde le récit de son drame, j'ai failli lâcher ce livre, me demandant que faire de ces confessions, de cette violence, et de cette envie de mourir qu'il nous relate avec ses mots à lui...

 

Pourtant le ton employé par l'auteur est empli de douceur lorsqu'il parle de sa mère. On sent qu'il n'a jamais cessé de l'aimer, ni d'aimer son bourreau...

Mais pour comprendre pourquoi les maux (mots) mettent tant de temps à sortir, il m'a fallu poursuivre la lecture...à un moment je me suis même demandée pourquoi je le faisais. En fait le récit nous invite et nous incite à ne pas oublier...

 

L'auteur d'ailleurs nous interpelle à ce sujet, dans un tout dernier chapitre, absolument poignant il nous explique pourquoi il a décidé d'écrire ce livre... Et c'est une fois le livre refermé que le récit, remarquablement écrit par ce grand auteur américain, prend toute sa force.  

 

Il est hors de question que je vous dise "lisez-le" ou "ne le lisez-pas" non... c'est impossible, car l'auteur a eu besoin de raconter son histoire, besoin de casser l'image irréprochable en apparence de ses parents, besoin de ne plus taire ce qui l'a rendu si fragile et si incapable d'aimer, et que sa vie durant il a caché à ceux qui l'ont cotoyé.

Il a eu maintes fois l'impression d'assister à sa propre mort, tant il a été torturé par le passé. 

 

Comment ses parents ont-ils pu continuer à faire comme si...c'est la question en effet que l'on se pose en reposant ce livre, comme l'auteur le fait lui même dans ces pages terribles où il nous dit tout sur le drame de sa vie. 

 

C'est sur ce questionnement qu'on le referme, et la première moitié du livre qui nous était pourtant apparue si légère et presque raffinée, nous semble tout à coup glauque et tout à fait abjecte...

 

On a tendance à vouloir aimer sa famille. En fait, on a même tendance à le faire.
(...)
Même s'il nous arrive du mauvais.
Même si l'on choisit de couper les liens avec tout ce qui avait été pour nous "chez nous", pour redéfinir l'espace dans lequel on vit, les émotions qui nous paraissent les plus naturelles, notre manière d'aimer, on reste hanté par un sentiment persistant de deuil et d'admiration à l'égard des êtres que l'on a connus en premier et le mieux. Même si on ne leur adresse plus jamais la parole, ils demeurent nos premiers et nos plus purs amours. Il y a, pour chacun de nous, une époque où ils signifiaient tout.
Parfois, cette époque dure toute notre vie. Elle est aussi éternelle que notre souffle. Elle ne s'altère ni ne meurt.
Parfois, elle prend fin à un âge très précoce. On n'y peut rien. Il arrive des choses.

Partager cet article

Repost 0
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 06:35
Gallimard / Du monde entier, 2016

Gallimard / Du monde entier, 2016

C'est si facile de parler de moi sans Lila ! Le temps s'apaise et les faits marquants glissent au fil des années, comme des valises sur le tapis roulant d'un aéroport : je les prends, je les mets sur la page, et c'est fini.
Raconter ce qui lui arriva pendant ces mêmes années est plus compliqué. Alors le tapis roulant tout à coup ralentit, puis accélère, prend un virage trop serré et sort des rails. Les valises tombent et s'ouvrent, leur contenu s'éparpille ici et là. Certaines de ses affaires finissent mêlées aux miennes, je suis obligée de les ramasser puis de revenir sur la narration qui me concerne...

 

"Le nouveau nom" est le tome 2 de la saga intitulée "L'amie prodigieuse" dont le quatrième tome vient de paraître en Italie et le troisième bientôt en France. 

 

Nous avions laissé Lila le jour de son mariage avec Stefano, le riche épicier. Elle est sur le point de partir en voyage de noces, puis de s'installer dans le superbe appartement acheté par son mari, loin du quartier. Mais la fête tourne au drame quand elle s'aperçoit que Stefano lui a menti en s'associant en cachette avec Marcello et Michele Solara,  les deux camorristes du quartier qu'elle déteste depuis toute petite. Car elle ne peut plus nier que la camorra règne sur le quartier et surtout que son frère, son père et son mari n'en sont que de tristes victimes...

 

Déçue, elle prend alors en grippe Stefano, le rejetant avec violence et provoquant coups et scènes conjugales sans fin.

Pourtant elle accepte de travailler dans la nouvelle épicerie qu'il a ouverte depuis peu, suscitant la jalousie de sa belle-soeur, puis dans le magasin de chaussures ouvert en ville par les frères Solara.

 

C'est alors que, désespéré qu'elle ne lui donne pas de fils, Stefano décide de lui payer des vacances au bord de la mer. 

Lenù, qui avait été tenue à distance par Lila parce que celle-ci ne voulait pas lui montrer les marques de coups dûes aux violences conjugales, est invitée à quitter son emploi d'été à la librairie pour l'accompagner. La mère et la belle-soeur de Lila sont aussi du voyage. 

Voilà que les deux amies retrouvent à Ischia, le beau et mystérieux Nino dont Lenù est amoureuse depuis qu'elle l'a croisé dans les couloirs du lycée.

Lila, libérée de son époux, va peu à peu tomber sous le charme du jeune homme qui l'aime depuis sa tendre enfance à l'époque où il habitait encore le quartier.  Elle ne va pas hésiter une seconde à user de ses charmes pour le conquérir.

Lenù arrivera à un tel point de jalousie que leur belle amitié va voler en éclat ! Car malgré sa réussite scolaire, obtenue grâce à son sérieux et son assiduité, elle doute toujours autant  d'elle-même.

 

Leur chemin de vie les sépare...

 

Lila s'aperçoit que sa vie va prendre un autre tournant, qu'elle s'est mariée trop jeune et que, en voulant vivre l'amour fou, elle s'est précipitée encore une fois sans réfléchir. 

Tandis que Lenù au contraire, se rend compte que, vu son milieu d'origine, elle n'est rien, comparée à ses camarades de l'école normale pour qui la réussite est évidente et obligatoire. Elle se déprécie et déprime, multiplie les flirts sans lendemain depuis que sa relation avec Lila est devenue conflictuelle.

 

 

J'avais vite compris que Franco et sa présence avaient occulté la réalité de ma condition sans la changer...J'aurais toujours peur : peur de dire ce qu'il ne fallait pas, d'employer un ton exagéré, d'être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de ne pas avoir des idées intéressantes.

 

Mais c'est sans compter sur des talents inconnus qui vont la révéler au monde qui l'entoure. La réussite en effet, se profile à l'horizon...

 

 

Voilà un second tome qui met à mal l'amitié des deux jeunes femmes. 

L'immense besoin d'être aimée et reconnue de Lila, l'amène à commettre de graves erreurs. Lenù par contre va prendre ses distances et ne pas chercher tout de suite à la revoir.

 

La violence est encore terriblement présente. Toutes les relations humaines sont exacerbées et les personnages entretiennent des rapports passionnels.

Les personnages secondaires sont toujours présents mais certains vont être plus importants que d'autres, qui tombent un peu dans l'oubli au fur et à mesure que Lenù s'éloigne de son quartier...

 

Les deux jeunes adolescentes sont devenues des jeunes femmes prêtes à tout pour connaître le bonheur, échapper à leur condition et se sentir enfin libres.

 

...le peu de fois où je les avais vu ensemble, j'avais toujours été surprise. Quelque chose d'indéfinissable passait entre eux qui, confusément, devait venir de l'enfance. Je crois qu'elle avait confiance en Enzo, elle sentait qu'elle pouvait compter sur lui. Quand le jeune homme prit sa valise et se dirigea vers la porte restée ouverte, elle hésita un instant et puis le suivit.

 

Avec force et sensibilité, l'auteur nous décrit ce monde rigide des années 60 où les traditions prédominent, alors que pointent en Europe les prémisses de la libération des femmes qui elles aussi veulent être des êtres libres de leur vie. 

Les deux amies ont trouvé toutes deux leur propre méthode pour briser le déterminisme social qui leur colle à la peau. 

 

L'originalité de ce tome réside à nouveau dans les relations entre les deux amies, les conflits qui les opposent et les moments forts qui les rapprochent, ainsi que les détails de leur vie quotidienne.

L'auteur nous livre ici une analyse pertinente du rôle et du poids du déterminisme social dans leur destinée. 

 

J'avais intégré l'acharnement méthodique de la recherche universitaire qui soumet à la vérification la moindre virgule, ça oui et je le démontrais lors des examens ou dans le mémoire que je rédigeais. Mais de fait, je demeurais complètement démunie, acculturée à l'excès, privée de cette cuirasse qui leur permettait, eux, d'avancer d'un pas tranquille. Le professeur Airota était un dieu immortel qui avait donné à ses enfants des armes magiques bien avant la bataille.

 

Le récit est construit à la perfection : tous les événements s'enchaînent et le lecteur avale cet énorme tome de 554 pages sans s'en apercevoir.

C'est donc encore une fois, un témoignage très fort qui décrit bien le prix à payer par les jeunes femmes pour avoir le droit de s'émanciper mais qui heureusement n'est pas dénuée d'espoir et nous donne envie de lire la suite de la saga. 

Dans quelques mois, il existerait du papier imprimé, cousu et collé, rempli de mes mots et avec mon nom sur la couverture-Elena Greco, moi, le point de rupture d'une longue chaîne d'analphabètes ou de semi-analphabètes, un nom obscur qui brillerait maintenant pour l'éternité.

Partager cet article

Repost 0
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:14
Gallimard / Scripto, 2009

Gallimard / Scripto, 2009

Un coup de blues...n'hésitez pas à vous plonger dans les nouvelles de Roald Dahl. 

 

Ce recueil, traduit par Jean-François Ménard s'adresse d'abord aux ados et c'est l'occasion à cette rentrée des classes de leur rappeler que cet auteur, qu'ils connaissent tous pour avoir lu la plupart de ses livres, ou vu des films adaptés de ses livres, aurait eu 100 ans cette année.

 

Mais c'est un recueil intéressant aussi pour les adultes car il contient deux récits autobiographiques et inédits, et deux fictions, résumant à eux quatre toutes les qualités de ce grand écrivain.

 

 

"Le cygne" est une nouvelle très dure qui met en scène la cruauté de l'enfance. Deux pré-ados, armés et jouant aux durs, terrorisent un troisième plus faible mais non idiot. Jusqu'où ira leur méchanceté et leur sadisme...

 

Peter Watson, attaché entre les rails, savait à présent qu'ils n'allaient pas le libérer. Ces deux-là étaient des fous dangereux. Ils ne vivaient que dans l'instant, jamais ils n'envisageaient les conséquences de leurs actes...
Il se tint immobile, considérant ses chances de s'en sortir. Elles étaient plutôt bonnes...

 

Dans "La merveilleuse histoire d'Henri Sugar", vous découvrirez comment cet homme riche qui n'a jamais travaillé et s'ennuie dans sa petite vie étriquée, va décider de prendre exemple sur un yogi qui a le pouvoir de voir les objets, les yeux fermés.  

Après des mois d'entrainement, Henri Sugar va réussir à gagner beaucoup d'argent en jouant dans les Casinos du monde entier...

C'est mal me direz-vous.

Et bien... vous vous trompez !

 

 

C'était avec des jeux aussi bêtes qu'Henry et ses amis essayaient de vaincre l'ennui mortel qu'ils éprouvaient à être à la fois riches et oisifs. Henry lui-même, comme vous l'avez peut-être remarqué, n'hésitait pas à tricher un peu avec les amis lorsque l'occasion s'en présentait.
...
A présent que vous avez une idée générale du genre d'homme qu'était Henri Sugar, je peux commencer mon histoire...

 

Dans "Coup de chance" qui a donné son titre au recueil, l'auteur nous explique comment par hasard, et grâce à des rencontres déterminantes, il est devenu écrivain pour notre plus grande chance à nous, lecteurs...

 

Il évoque son enfance difficile en pensionnat et nous amuse en nous transcrivant les remarques de ses professeurs d'anglais.

Puis il évoque sa vie d'adulte jusqu'à sa rencontre avec C.S. Forester. 

 

J'ai encore tous mes bulletins scolaires de cette époque, plus de cinquante ans après, et je les ai relus un par un, essayant d'y découvrir un indice prometteur pour un futur écrivain de fiction. La première matière à regarder était évidemment la composition anglaise. Mais, dans cet exercice, je n'avais suscité à l'école primaire que des commentaires plats et neutres, à part un seul qui attira mon attention...."Voir le commentaire à la rubrique boxe".

 

Dans la dernière, "C'est du gâteau" écrite en 1942, et qui l'a révélé comme écrivain, il relate son accident d'avion, alors qu'il était pilote de chasse pour la R.A.F. et qu'il survolait la Libye durant la seconde guerre mondiale, ainsi que son séjour à l'hôpital...

 

C'était une voix de femme.
- Vous avez trop chaud, maintenant, dit-elle, et je sentis une main qui essuyait mon front avec un mouchoir. Il ne faut pas que vous vous mettiez dans des états pareils.
Elle disparut et je ne vis plus que le ciel, qui était d'un bleu pâle. Il n'y avait pas un seul nuage et les chasseurs allemands étaient partout. Ils étaient au-dessus, au-dessous, de tous les côtés, je ne pouvais aller nulle part, je ne pouvais rien faire...

 

Les deux nouvelles de fiction sont excellentes, à la fois poétiques, drôles, emplies de suspense, émouvantes et pleines de malice...du grand Roald Dahl. 

Les deux récits autobiographiques nous interpellent : Comment peut-il parler ainsi de lui-même, avec un tel recul, nous émouvoir tout en nous faire rire de ses (més)aventures  ?

 

A lire à partir de 13-14 ans...surtout si vous n'avez jamais rien lu de lui, et sinon pour simplement lui rendre hommage.

 

 

Partager cet article

Repost 0
7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 06:45
Editions Gallimard, 2011

Editions Gallimard, 2011

 

 

Le narrateur (sans nul doute l'auteur), enfant de la ville, se souvient de l'été de ses 10 ans alors qu'il passe les vacances avec sa mère sur l'île où la famille a l'habitude de séjourner chaque année.

 

Cette année-là, son père n'est pas présent car il est parti en Amérique, son rêve de toujours.

 

Et cet été-là, bien sûr, rien ne se passe comme d'habitude. 

 

Il y a les baignades quotidiennes...mais sans son père et sa soeur, ce n'est pas pareil et le jeune garçon se sent seul.

 

Il est obligé de travailler ses maths pour repasser l'examen à la rentrée, donc il a du mal à se sentir réellement en vacances et, ce sujet est une pierre d'achoppement constant avec sa mère.

 

Sa mère se sent seule et abandonnée. Elle va avoir pourtant, elle-aussi, des décisions importantes à prendre : elle devra choisir entre quitter son Italie natale et émigrer en Amérique pour rejoindre son mari, celui-ci a en effet trouvé du travail là-bas et il aimerait bien que sa famille le rejoigne.

 

Le narrateur est très jeune mais cet été-là, il va découvrir ce que cache le mot "amour" : il embrasse une fille pour la première fois !

 

Mais, à cause de ça, le jeune garçon se fait passer à tabac par trois ados plus âgés que lui, agressifs et surtout jaloux que les beaux yeux de celle que l'auteur surnomme "la fillette", se soient posés sur quelqu'un d'autres qu'eux...

En fait, le narrateur offre son corps de gamin aux coups des trois assaillants, car il est persuadé que c'est uniquement par la souffrance que son cocon d'enfant peut laisser la place à celui d'un jeune adulte en devenir...

 

Heureusement, ce qu'il aime aussi par-dessus tout c'est lorsque les pêcheurs du village l'emmènent avec eux en mer et lui apprennent les rudiments de leur métier. Eux font confiance à l'enfant de la ville. Ils le prennent au sérieux et avec eux, forcément, il sait apprendre à grandir...

 

 

C'est la première fois que je lis un roman de cet auteur et je l'avoue, je suis conquise.

 

Comment fait-il pour, avec cette histoire toute simple, d'un ado (lui-même sans doute) en proie aux premiers tourments de la pré-adolescence...faire un petit chef d'oeuvre autour des thèmes de la cruauté, de l'esprit de vengeance, de l'amour, de ce mal-être ressenti à cause de ce corps qui reste si petit, alors que l'esprit voudrait tant s'envoler vers d'autres horizons...

 

C'est un roman initiatique et autobiographique court, mais très fort qui m'a permis de découvrir un auteur dont  j'avais entendu parler maintes fois, surtout par Mimi du blog "Mes petites boîtes" mais que je n'avais jamais testé.

Sur son blog, Mimi vous présente d'ailleurs trois titres différents de l'auteur et je vous invite à aller lire ses supers chroniques.

 

Le regard que l'auteur porte, devenu adulte, sur lui-même alors qu'il n'avait que dix ans, est tout à fait remarquable, empli de pudeur, réaliste et souvent même cruel, mais merveilleusement nostalgique et plein de tendresse...

Il revisite son enfance, l'amour qu'il a porté à sa famille et à ses parents, les choix de vie qu'ils ont fait pour lui et qui ont déterminé le reste de sa vie à lui.

 

Un auteur à suivre, c'est entendu, ce que j'aurais dû faire depuis longtemps ! 

 

À travers l’écriture, je m’approche du moi-même d’il y a cinquante ans, pour un jubilé personnel. L’âge de dix ans ne m’a pas porté à écrire, jusqu’à aujourd’hui. Il n’a pas la foule intérieure de l’enfance ni la découverte physique du corps adolescent. À dix ans, on est dans une enveloppe contenant toutes les formes futures. On regarde à l’extérieur en adultes présumés, mais à l’étroit dans une taille de souliers plus petite.

Partager cet article

Repost 0
15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 08:44
Camille, mon envolée / Sophie Daull

Difficile de trouver les mots justes pour parler de ce livre tant il est émouvant.

J'ai eu envie de l'emprunter ce qui reste un mystère car j'ai toujours eu du mal à lire ce type de livre.

Mais il se trouve que j'ai autour de moi plusieurs personnes qui ont vécu des drames similaires...  C'est donc en pensant à elles que je l'ai fait.

Je dédie cette chronique à Muriel qui a perdu son fils dans des circonstances quasi identique, à Monique, à Martine et à celles et ceux que je ne connais pas mais qui ont vécu pareille souffrance...

Leurs enfants étaient trop jeunes pour mourir. La mort d'un enfant  n'est jamais dans l'ordre des choses de la vie.

 

Je ne savais pas en lisant ce livre cette semaine, ni en programmant cette chronique, ce dimanche, que la France serait en deuil...

 

 

Ces derniers jours avant noël semblait des jours comme les autres. Aussi lorsque Camille, 16 ans, se plaint de maux de tête et de courbatures tout le monde pense à une simple grippe, d'autant plus que la fièvre est au rendez-vous.

Sa mère, Sophie Daull, s'inquiète. Camille n'est pas du style à être douillette, or elle se plaint de douleurs intolérables.

 

Les médecins, le SAMU, le service des urgences de l'hôpital, tout le monde s'accorde pour penser à la grippe et même au virus H1N1. Tous prescrivent une simple ordonnance de doliprane et recommande le repos. Mais l'état de Camille s'aggrave...

Dans son coeur de mère, l'auteur s'affole.

Elle a de mauvais pressentiments (ce qu'elle appelle dans le livre des "mauvaises pensées"). 

Et s’il s’agissait de quelque chose de plus grave ?

Lorsqu'enfin, sous la pression de ses appels désespérés, le SAMU revient...il est trop tard.

Camille meurt au cours de son transport à l’hôpital. Son coeur s'est arrêté de battre.

 

Dans les semaines qui suivent sa mort, sa mère se met à écrire pour raconter la survie, les préparatifs de l'enterrement, les amis et la famille effondrés, trouver un sens à l'inexplicable et l'inacceptable.

 

Écrire pour ne pas oublier Camille, sa vie pétillante de jeune fille de 16 ans, les fous rires, les moments de complicité mais aussi les engueulades...

Écrire pour rester debout et tenter de survivre à la perte de son enfant mais aussi la faire vivre encore un peu auprès d'eux, à travers sa plume, pour que sa présence soit encore pour longtemps dans les pensées des vivants.

 

C'est un texte magnifique et bouleversant, douloureux à lire qui va au delà du simple témoignage car il est ponctué de poésie, de tendresse, d'humour et de vie.

L'auteur ne s'apitoie jamais sur elle-même. Le livre ne tombe jamais dans le pathos. D'ailleurs elle ne dit jamais "je" mais emploie le "tu" qui montre bien qu'elle écrit à Camille, que c'est à elle et non pas à nous qu'elle s'adresse.

 

Le "roman" est construit avec intelligence et montre que l'auteur, qui nous livre là son premier écrit, possède un vrai talent d'écriture.

La narration alterne du présent (quelques semaines après...) au passé (la terrible semaine de la maladie de Camille à son enterrement) ce qui permet au lecteur de souffler. 

Après la dernière page, il reste au fond de nos coeurs LA  terrible question...Camille aurait-elle pu être sauvée ? Hélas, même le corps médical ne peut y répondre.

 

Ce premier "roman" est celui d'un véritable écrivain. Sophie Daull pense ne pas s'arrêter là. Elle a encore des mots à nous offrir et sa vie professionnelle a pris un autre tournant depuis que Camille n'est plus là.

 

Ce qui rend ce "roman" encore plus déchirant est de savoir que l'auteur, le dédie non pas à sa fille mais à sa propre mère qu'elle a retrouvée sauvagement assassinée, en 1985, alors qu'elle-même n'avait que 20 ans et sa mère 45...victime d'un crime passionnel.

"La mort de ma mère, aujourd’hui, je la vois comme un “entraînement” pour celle de Camille", analyse Sophie Daull.

Pour mieux connaître l'auteur, lire l'interview de "Toute la culture" ICI.

 

Partager cet article

Repost 0
9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 14:55
Un amour impossible / Christine Angot

Je n'avais jamais rien lu de Christine Angot car je n'aime pas vraiment les déballages familiaux même si les histoires vraies me touchent souvent.

Et surtout, j'avais tellement entendu de critiques à son sujet !

 

Je sais que dans au moins deux de ces précédents romans : "L'inceste" en 1999 et, "Une semaine de vacances", en 2012, elle a abordé le sujet de l'inceste, traumatisme de son enfance et qu'elle a été accusée de profiter d'un filon "racoleur". 

 

Mais il m'a semblé aussi qu'il était de bon ton dans le monde littéraire de la critiquer.

 

Dans son dernier livre très intimiste, elle revient sur ce sujet encore trop souvent tabou qu'il est très difficile de traiter en littérature, tant il est douloureux pour ceux qui en parlent et pour ceux qui le reçoivent.

Parce que j'ai connu des ados qui avaient été traumatisés par l'inceste ce qui nuisait, non seulement à la construction de leur personnalité, mais à leur scolarité, à leur capacité d'aimer et d'être aimés et donc, à leur vie entière, je trouve admirable que l'auteur ait le courage de se livrer, dans des écrits qui seront lus par des milliers de personnes mais qui pour elle, on le comprend, représentent, une certaine forme de libération. 

 

Autour de moi je n'ai eu que critiques plutôt virulentes à son sujet...voire mépris pour mon choix de lecture ?! Ce qui n'a fait que me donner envie de poursuivre (je l'avoue, j'ai parfois l'esprit de contradiction). 

J'avoue aussi au final qu'elle m'a bluffée moi qui la découvre aujourd'hui sans presque aucune connaissance de son style d'écriture et sans arrière-pensée. Je ne l'ai jamais vu sur un plateau TV (même chez Ruquier !), ni écouté dans un interview à la radio... Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi, cela ne s'est jamais trouvé, c'est tout.

 

Alors qu'elle était très critiquée lors d'une rencontre littéraire dans une médiathèque de ma région, j'ai demandé à la bibliothécaire, pourquoi alors elle achetait ce livre s'il était si "nul" que ça. Elle a avoué, d'abord ne pas l'avoir lu ce que je peux comprendre vu l'étendue de la parution littéraire, mais savoir d'avance que ce livre serait très demandé par les lecteurs.

 

Alors pourquoi les gens aiment-il lire Christine Angot ?

Je pense tout simplement, sans aller chercher plus loin, que c'est parce que son histoire les touche. Les lecteurs et lectrices ne sont pas idiots. Certains peut-être le font par simple curiosité, d'autres parce qu'elle parle de façon réaliste...

Bref, j'aime me faire ma propre idée et je découvre donc l'auteur à travers ce dernier livre qui, pur hasard pour moi car je viens de l'emprunter à la médiathèque, vient d'obtenir lundi dernier le Prix Décembre 2015, un prix moins connu que les autres prix décernés cette semaine, mais qui rapporte tout de même à l'auteur 30 000 €.

 

Christine Angot prend ainsi sa revanche contre les nombreuses critiques littéraires qui ne lui ont jamais fait de cadeau dans le passé.

Elle est l'auteur d'une vingtaine de romans dont certains ont été dotés de prix comme par exemple, "Une partie du coeur" et "Les Désaxés" (Prix France Culture 2005), "Rendez-vous" (Prix de Flore,  2006) et "Une semaine de vacances" (Prix Sade, 2012 qu'elle a refusé).

 

L'originalité de son dernier roman, "Un amour impossible" est qu'elle ne fait pas de son père, l'auteur du "crime", le personnage principal, ni de l'inceste, d'ailleurs, le sujet principal. Le mot même "inceste" n'est jamais prononcé, les détails jamais énoncés. C'est Rachel, sa mère qui est le personnage central du livre, SA mère, qui pendant longtemps lui apparaîtra comme fautive...parce qu'elle n'a pas su voir, pas su parler, pas su se révolter, face au drame vécu par sa fille.

 

Le roman débute par le récit de la rencontre entre ses parents dans les années 50 à Châteauroux.

Dès la première phrase le lecteur comprend que la rencontre entre Rachel, très belle, mais issue d'un milieu modeste qui travaille à la Sécurité sociale comme simple dactylo et Pierre, son père, qui est issu d'un milieu bourgeois, parle plusieurs langues et "après de longues études" commence à peine à travailler à 30 ans (il est traducteur à la base militaire américaine), ne pourra pas durer : ils sont de deux milieux sociaux trop différents...

 

Follement amoureuse, Rachel sait dès le départ qu'ils ne se marieront pas. Elle l'accepte sans discuter comme elle acceptera l'enfant qui arrivera, puis la séparation inéluctable...

Elle n'est pas de son milieu, certes et ferait "tâche" dans sa famille et en plus elle est juive ce qui dans ces années d'après guerre, n'est pas convenable dans une famille parisienne d'origine alsacienne comme celle de Pierre.

Rachel, elle-même abandonnée par son père, parti lorsqu'elle avait 4 ans, vit seule avec sa mère qui accepte l'enfant à naître...

Christine est une petite fille adorable et aimante. Elles vivent heureuses dans la petite maison vétuste au jardin magnifique qui va jusqu'à la rivière, et restent ensemble jusqu'à la mort de la grand-mère qui va les obliger à vendre la maison et à s'installer dans un immeuble.

 

Pendant longtemps Pierre ne prendra aucune nouvelle, ne versera aucune pension pour Christine, refusera de la reconnaître et de lui donner son nom. Rachel ne veut rien demander. Mais, lorsqu'il reprendra contact épisodiquement, pour venir les voir une fois par an et passer la journée avec elles, chaque fois, Rachel en sera heureuse.

 

Elle ne regrettera pas d'avoir déménagé pour se rapprocher de lui qui travaille maintenant à Strasbourg. Même si toutes deux se sentent souvent seules loin de leurs connaissances et famille restés à Châteauroux.

 

Christine est devenue subitement une adolescente révoltée et agressive. Elle reproche constamment à sa mère ses erreurs de grammaire, ses manières, son manque d'érudition. Elle prend plaisir à la diminuer et l'humilier, la comparant trop souvent à son père qu'elle voit de plus en plus souvent, qui l'emmène pour le week-end et la sort au restaurant.

Un jour André, un ami de la famille, explique à Rachel ce qui se passe réellement entre Pierre et Christine, lorsqu'ils sont seuls...Le choc est immense : Rachel en tombe malade.

Elle est effondrée car elle n'a rien vu ! Elle qui était si heureuse que Pierre reprenne contact avec elle et voit sa fille...

 

Depuis que Rachel est au courant, Christine lui en veut de plus en plus : parce qu'elle n'a  rien vu, rien  fait et rien dit...ni trouver les mots pour en parler.

Elle n'arrive même plus à l'appeler "maman"...

Cela durera pendant des années.

Envolée leur ancienne complicité...

L'amour entre une mère et sa fille n'est donc pas intemporel ?

 

 

 

 

Ce que j'en pense

 

Dans ce roman, l'auteur nous parle d'abord d'amour maternel, de tendresse infinie, de la complicité entre Christine et sa mère, de l'amour fusionnel qu'elles partagent toutes les deux, ...un amour qui deviendra impossible au fur à et mesure que Christine grandit et qui ne pourra renaître qu'une fois les années passées et le pardon possible.

 

L'auteur nous parle aussi de l'amour et de l'admiration sans bornes de Rachel pour Pierre (autre amour impossible), de la difficulté pour sa mère, de sortir de l'emprise psychologique de son père, car il s'agit bien de cela : Rachel est très amoureuse et littéralement fascinée par le monde érudit et bourgeois de Pierre. Elle accepte tout de lui : vivre sans lui, élever sa fille toute seule en étant mère-célibataire, ce qui n'était pas facile en ce temps-là, ne pas se marier, et pendant longtemps ne pas s'attacher à quelqu'un d'autre...

 

Lorsque Pierre reprend contact et que de véritables retrouvailles ont  lieu à l'adolescence de Christine, Rachel pense que cela ne peut que lui faire du bien de connaître son père : elle est très heureuse ce qui l'aveugle complètement.

Le lecteur sait pourquoi Pierre s'est rapproché d'elles, mais l'auteur ne le dit pas...pas tout de suite. On ne sait pas exactement quand tout cela se produit...et  on ne l'apprendra qu'à la fin du roman, ce qui rend encore plus machiavéliques, les actions du père.

 

Son manque de respect pour Rachel malgré l'amour qu'elle lui porte, s'oppose à la teneur de ses lettres, toujours très polies, voire gentilles dans lesquelles il apparaît comme un vrai gentleman, mais pas du tout comme un érudit.

Le lecteur est d'ailleurs surpris qu'il s'exprime ainsi. On dirait qu'il écrit à quelqu'un intellectuellement diminué ou beaucoup plus jeune...

 

Christine, arrivée à l'âge adulte, sera capable d'analyser le comportement machiavélique de son père et des relations malsaines qu'il entretenait avec Rachel, qui elle aussi, était sous une autre forme, une victime.

Elle arrivera à s'exprimer sur le mal qu'il lui a fait...sans animosités ni rancoeur.

Elle comprend alors que sa mère avait tant perdu confiance en elle-même, et dans leur amour fille-mère, qu'elle ne pouvait plus avoir confiance dans sa perception des choses, ne pouvait pas comprendre la différence entre une crise d'adolescence normale et un rejet profond lié à un traumatisme.

C'est stupéfiant !

La narratrice (l'auteur donc)  est persuadée finalement que sa mère a fait ce qu'elle a pu si on regarde d'où elle venait, pour évoluer avec son temps et néanmoins s'émanciper, tout en gravissant les échelons de l'échelle sociale.

Les dernières pages éclairent d'un jour nouveau toutes les précédentes...

 

Certaines choses sont surprenantes : le ton que Pierre emploie dans ses lettres ainsi que le vocabulaire et la banalité de ses propos qui contrastent avec son érudition ; le détachement de la narratrice quand elle parle de sa mère : elle emploie "elle" ; les dialogues entre mère et fille qui, eux aussi peuvent sonner très justes par moment puis devenir improbables, l'instant suivant.

Le style de l'auteur est très réaliste mais parfois trop haché : elle alterne les styles d'écriture, ce qui rend le récit moins fluide.

Les dialogues reproduisent au plus près, jusque dans leur écriture parfois phonétique, répétitive, sans ponctuation ou au contraire, ponctués de points d'exclamations, les mots qui ont peut-être été dits réellement ou auraient pu être dits, qui ont été imaginés partiellement ou en totalité, ou retrouvés parmi les souvenirs de l'auteur.

Ces dialogues très imagés alternent avec des descriptions précises des lieux, des rencontres, des situations...

 

On a reproché à l'auteur d'écrire comme elle parle... mais cela ne m'a pas vraiment gêné, ni surprise car cela donne davantage de réalisme à son propos.

N'oublions pas que sa mère est d'un milieu social modeste et s'exprime simplement, comme beaucoup de gens autour de nous, ce qui n'en fait pas pour autant des êtres inintéressants.

 

Est-ce que le monde littéraire reprocherait à Christine Angot d'être originaire d'un milieu modeste ?

 

Heureusement d'après le journal libération ce dernier roman est "le roman par lequel bien des lecteurs se réconcilieront avec Christine Angot."

 

J'ai donc apparemment bien fait de commencer par celui-là...car il a su me toucher.

 

 

 

 

A NOTER

 

En primant ce roman autobiographique (ou d'auto-fiction), c'est une façon de nous rappeler qu'environ 20 % des femmes et 5 à 10 % des hommes, dans le monde, disent avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance. [Sources OMS]

Aujourd'hui en France, on considère que les chiffres sont d'un enfant sur 24, victime d'inceste et je ne parle pas des autres violences sexuelles...

De plus, le plus souvent à l'âge où ils pourront s'exprimer et où ils auront le courage de porter plainte, il y aura prescription et impossibilité de prouver les faits, comme l'explique très bien l'auteur dans l'interview accordée au Monde "Il n'y a pas de vérité hors de la littérature" à consulter ICI.

 

Vous en doutiez ?

Un amour impossible / Christine Angot

Partager cet article

Repost 0
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 09:44
Le Château de ma mère / Marcel Pagnol

 

Ce roman qui fait partie des "Souvenirs d'enfance" de l'auteur est la suite de "La gloire de mon père".

 

La chasse continue...Tous les matins Jules et Joseph réveille le petit Marcel qui s'habille en silence pour ne pas réveiller Paul, son petit frère. Il a un rôle important maintenant puisqu'il les aide à rabattre le gibier.

 

Un matin alors que Marcel s'approche d'un oiseau pris au piège, il fait la connaissance de "Lili, des Bellons", le fils de François, le paysan qui les a aidé à transporter leurs meubles au début des vacances.

 

"Hé ! l'ami !" Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement.

"Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège, c'est sacré !

- Je n'allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l'oiseau".

Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin  visage provençal, des yeux noirs, et de longs cils de fille." (p.12)

 

Lili et Marcel deviendront de grands amis.

 

Ensemble les deux garçonnets vont courir la campagne, poser des pièges et rapporter leur butin quotidien à la maison.

Lili fait découvrir à Marcel des endroits secrets comme le passage à travers la montagne du Taoumé et la grotte du "Grosibou" où ils se réfugient un jour d'orage, mais ne dévoilera jamais l'emplacement des sources...

Lili lui apprend les plantes sauvages de la garrigue, les salades et les champignons, les oiseaux et les autres animaux sauvages.

Marcel, en échange, lui parle de la ville, de ses lumières... Lili reste souvent pour manger avec eux et participe ainsi à la vie de famille.

 

Mais octobre et la rentrée des classes approchent. La veille du départ, Marcel est bien décidé à partir se cacher dans la montagne pour y vivre en ermite. Il organise avec Lili sa retraite dans la grotte du "Grosibou". Les deux amis se mettent en route dans la nuit courageusement...

 

Mais, mystérieusement, les éléments s'en mêlent : des ombres les suivent, des bruits bizarres et inconnus les font sursauter et finalement, la présence dans la grotte du grand duc aux serres crochus pouvant à tout instant leur crever les yeux, plus l'insuffisance du débit de la source située à proximité, les obligent à rentrer à la Bastide. Marcel est honteux d'avoir eu peur mais finalement soulagé.

 

Il fera sa rentrée comme les autres...mais avec la promesse de ses parents de revenir à Noël et aux petites vacances.

 

Lili lui écrit et l'attend.

 

"Le soir, dans mon lit, je relus le message de Lili, et son orthographe me parut si comique que je ne pus m'empêcher d'en rire... Mais je compris tout à coup que tant d'erreurs et de maladresses étaient le résultat de longues heures d'application, et d'un très grand effort d'amitié : alors, je me levai sans bruit sur mes pieds nus, j'allumai la lampe à pétrole, et j'apportai ma propre lettre, mon cahier et mon encrier sur la table de la cuisine. Toute la famille dormait : je n'entendais que la musique du filet d'eau qui tombait dans la cuve de zinc, au dessus de l'évier.


Je commençai par arracher d'un coup sec, trois pages du cahier : j'obtins ainsi les dentelures irrégulières que je désirais. Alors, avec une vieille plume, je recopiai ma trop belle lettre, en supprimant la phrase spirituelle qui se moquait de son tendre mensonge. Je supprimai aussi au passage, les s paternels ; j'ajoutai quelques fautes d'orthographe, que je choisis parmi les siennes : les orthollans, les perdrots, batistin, la glue et le dézastre. Enfin, je pris soin d'émailler mon texte de quelques majuscules inopinées. Ce travail délicat dura deux heures, et je sentis que le sommeil me gagnait... Pourtant, je relus sa lettre, puis la mienne. Il me sembla que c'était bien, mais qu'il manquait encore quelque chose : alors, avec le manche de mon porte-plume, je puisai une grosse goutte d'encre, et sur mon élégante signature, je laissai tomber cette larme noir : elle éclata comme un soleil. " (p.110-111)

 

Marcel rêve de garrigue, de liberté, de pièges et même du "Grosibou"...

 

De retour des huit jours féériques passés à la Bastide durant les vacances de noël, Augustine obtient en cachette de Joseph, une modification de l'emploi du temps de Joseph qui sera désormais libéré le lundi matin. C'est tous les week-end désormais que la famille va se rendre à la Bastide neuve. Mais la route est bien longue...

 

Aussi lorsque Joseph rencontre Bouzigue, un ancien élève devenu gardien du canal et que celui-ci lui propose la clé, permettant d'ouvrir toutes les portes qui donnent accès au chemin de bordure et de gagner ainsi, plus de deux heures de route, celui-ci finit par faire une petite entorse à sa droiture et à accepter !

Mais ce raccourci traverse des propriétés privées ! C'est une source d'angoisse permanente pour Augustine, d'autant plus qu'un des propriétaires habitant un magnifique château n'est pas d'accord de voir cette famille franchir clandestinement les portes de sa propriété toutes les semaines...

Le garde est aussi affreux que féroce et il les guette derrière ses volets clos pour mieux les confondre. Un jour, il les attend... et toute la famille doit rebrousser chemin.

Joseph se met à redouter le blâme voire la révocation, lui qui est sur le point d'obtenir les Palmes académiques.

Mais Bouzique le sauve encore une fois...

 

 

Le dernier chapitre évoque avec pudeur la mort d'Augustine. Pagnol a 15 ans.

"...je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des chevaux. J'étais vêtu de noir, et la main de petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. Om emportait notre mère pour toujours.

De cette terrible journée, je n'ai pas d'autres souvenirs, comme si mes quinze ans avaient refusé d'admettre la force d'un chagrin qui pouvait me tuer."

 

Il ne sait pas encore que durant la Grande Guerre, son grand ami Lili disparaîtra lui aussi, ni que son petit Paul devenu plus grand que lui, mourra à son tour dans une clinique, à l'âge de 30 ans.

 

"Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins.

Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants".

 

Des années après, alors qu'il cherche près de Marseille un lieu de tournage, pour sa Société de films, il achète un domaine sans l'avoir vu (il habite alors à Paris) pour y installer sa "Cité du Cinéma". Lorsqu'il arrive au domaine, il s'aperçoit que c'est...le château de sa mère, celui où le garde la faisait trembler de peur...On l'appelle aujourd'hui le Château de la Buzine.

 

"Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son cœur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien.

Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle se savait pas qu'elle était chez son fils".

 

 

C'est un très beau livre sur l'amitié, le partage du savoir, le plaisir des jeux simples et la liberté, mais aussi l'amour filial.

 

L'écriture est magnifique et très poétique, l'émotion est bien présente et le lecteur ne peut que s'attacher aux enfants qui apportent au récit leur fraicheur, leur spontanéité et leurs rêves.

 

De plus en le lisant, on réalise la diversité de la flore et de la faune qui existaient en ce temps-là dans la garrigue, aux portes de Marseille.

 

Les temps ont bien changé à présent.

 

Je ne sais pas combien de fois cela fait que je lis et relis ce roman dans ma vie...Quatre fois ? Cinq fois ?

J'ai l'impression, alors que des phrases entières me reviennent, et que je connais quasiment par coeur la chronologie des événements de découvrir encore des passages... mais aussi, étonnamment que cela puisse paraître, j'entends encore la voix de ma grand-mère me lisant à haute voix certaines phrases.

 

 

Un extrait du film d'Yves Robert

Partager cet article

Repost 0
10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 09:44
La gloire de mon père / Marcel Pagnol

On fête cette année en Provence les 120 ans de la naissance de Marcel Pagnol : c'est l'occasion de relire ses célèbres "Souvenirs d'enfance" et de partager ces lectures en famille.

Un pur délice à déguster sur la chaise longue en écoutant les cigales.

Ambiance impossible à décrire !

 

Écrit au milieu des années 50, alors que Marcel Pagnol s'était éloigné du théâtre, ce premier tome paru en 1957, a été aussitôt salué par les critiques.

 

Jean-Louis Chiabrando dans son essai intitulé "Ces acteurs qui ont fait Pagnol" explique comment Pagnol s'est retrouvé coincé par la femme d'un ami qui travaillait pour le Journal "Elle", à qui il avait promis d'écrire sur son enfance. Elle a bien fait de l'obliger à le faire et de publier les premiers chapitres dans son journal !

 

 

Dans "La gloire de mon père", Marcel Pagnol nous raconte les premiers souvenirs de sa toute petite enfance à Aubagne où son père a eu son premier poste d'instituteur et dont le petit Marcel ne gardera que peu de traces car, bien qu'il y soit né, il n'y a vécu que jusqu'à 3 ans.

 

Puis il nous décrit sa vie de petit écolier marseillais d'il y a un peu plus d'un siècle.

Lorsque son père était instituteur à Saint-Loup (maintenant un quartier de Marseille) leur appartement de fonction jouxtant la classe, sa mère le laissait souvent au milieu des autres écoliers, lorsqu'elle devait s'absenter.

Un jour, alors que son père écrit au tableau, il découvre, non sans fierté que le petit Marcel a appris à lire tout seul.

Mais sa mère pense qu'il va tomber malade et que son cerveau risque d'éclater et lui interdit l'entrée de la classe et la lecture jusqu'à ce qu'il ait 6 ans !

 

Puis son père est nommé à Marseille dans la plus grosse école communale...

 

L'auteur nous parle longuement de son cocon familial : de Joseph son père, son héros, instituteur profondément laïque ; de la timide Augustine, petite couturière toujours là pour lui et qu'il aime profondément ; de sa tante Rose, la soeur de sa mère qui l'aime de tout son coeur et le garde souvent ; puis de son oncle Jules.

On apprend comment Rose rencontra l'oncle Jules...

Les jeudis et parfois les dimanches, sa tante Rose l'emmènait au parc Borély (un grand parc bien connu des marseillais). Pour lui c'était une expédition et une aventure : le parc est grand, l'étang est rempli de canards.

Sa tante Rose y fait la connaissance du "directeur" ce qui permet à Marcel de bien s'amuser. Il s'avèrera que le directeur est en fait un vrai menteur, amoureux de la tante et qui deviendra l'oncle Jules (qui s'appelait en réalité Thomas mais je ne vais pas vous raconter pourquoi sa chère Rose l'a obligé à changer de nom lorsqu'elle l'a épousé...).

 

Il nous parle aussi de Paul et de leurs jeux, de la naissance de sa petite soeur Germaine dernière née de la famille...

 

Parce qu'Augustine est de santé fragile, l'oncle Jules et Joseph loue dans la campagne une maison au milieu de la garrigue, près du village de la Treille : la Bastide neuve, qui n'a de neuve que le nom mais de grandes chambres pour tous et une belle cheminée.

 

La recherche de meubles chez le brocanteur marseillais, leur rénovation, puis le déménagement le long des chemins de campagne donnent des chapitres à la fois drôles et émouvants. Le lecteur n'a aucun mal à imaginer la scène !

 

Ensuite bien sûr vient le récit des vacances passées là-bas, de la liberté, des senteurs de la garrigue et de la préparation de la première chasse à la bartavelle...qui fera la gloire de Joseph, son père (d'où le titre).

 

C'est une vraie, belle et authentique histoire d'enfance emplie de soleil, du chant des cigales et de ses mots en provençal qui ont bercé mon enfance sous le figuier du jardin...car cette enfance que Pagnol raconte est un peu celle de mes grands-parents.

 

 

 

Quelques phrases célèbres...

 

 "Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers"(p.11)

 

"Le plus remarquable, c'est que ces anticléricaux (= les instituteurs normaliens ndlr) avaient des âmes de missionnaires. Pour faire échec à "Monsieur le Curé", ils vivaient eux-même comme des saints et leur morale était aussi inflexible que celle des premiers puritains. M. l'inspecteur d'Académie était leur évêque, M. le Recteur, l'archevêque, et leur pape, c'était M. le ministre : on ne lui écrit que sur grand papier, avec des formules rituelles" (p. 20)

 

"Il était bien joli ce chemin de Provence. Il se promenait entre deux murailles de pierres cuites par le soleil, au bord desquelles se penchaient vers nous de larges feuilles de figuier, des buissons de clématites et des oliviers centenaires. Au pied des murs , une bordure d'herbes folles et de ronces, prouvait que le zèle du cantonnier était moins large que le chemin." (p.77)

 

"... j'avais compté sans la malice des choses.

Les chemins qu'on laisse derrière soi en profitent pour changer de visage. Le sentier qui partait sur la droite a changé d'idée : au retour, il s'en va vers la gauche...Il descendait par une pente douce : le voilà qui monte comme un remblai, et les arbres jouent aux quatre coins." (p. 183)

 

"Alors me revint en mémoire une phrase que mon père répétait souvent et qu'il m'avait fait copier plusieurs fois quand il me donnait des leçons d'écriture (cursive, ronde, bâtarde) : "Il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer" (p.195)

 

"J'avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d'humanité : je sentis que je l'en aimais davantage" (p.217)

 

"Ce n’est pas de moi que je parle, mais de l’enfant que je ne suis plus."

1958 - Marcel Pagnol vous présente son livre "La Gloire de mon père"

Ce livre a fait l'objet d'un film d'Yves Robert  paru en 1990. Le scénariste réalisa en même temps l'adaptation de "la gloire de mon père" et du "Château de ma mère". les deux films sont sortis à quelques semaines d'écart.

 

Dans ces deux films :

- Joseph, le père de Marcel est interprété par Philippe Caubère.

- Augustine, sa mère, par Nathalie Roussel.

- Oncle Jules , par Didier Pain.

- La tante Rose, par Thérèse Liotard, rôle qui lui a valu le César de la meilleure actrice dans un second rôle.

- Marcel enfant est interprété par Julien Ciamara.

- Paul par Victorien Delamare.

- Le père de Lili des Bellons que Marcel rencontre au début du "Château de ma mère" mais que nous connaissons dès le premier tome, est interprété par Pierre Maguelon.

- Lili est interprété par Joris Molinas.

Des passages du texte de Pagnol sont prononcés en voix off par le comédien Jean-Pierre Darras.

 

En 1991, Vladimir Cosma a obtenu pour ce film le César de la meilleure musique et Agnès Négre, le César des meilleurs costumes.

Enfin, Philippe Uchan (qui joue le rôle de Bouzigue dans le "Château de ma mère") a obtenu  le César du meilleur espoir masculin.

 

La gloire de mon père / Marcel Pagnol

Comme le petit Marcel qui avait la passion des mots et les collectionnaient dans son petit carnet, laissons nous emporter par la magie de quelques mots appartenant au répertoire provençal...que d'ailleurs Pagnol, pour la plupart, explique dans le texte.

 

la larmeuse : c'est un petit lézard gris.

le pregadiou = la mante religieuse qu'on appelle aussi "prie-dieu".

le (la) pitchounet(te)= c'est le terme affectueux pour désigner le petit enfant.

la pile = c'est l'évier en pierre (parler typiquement marseillais).

la baouco = ce sont les herbes sauvages qui poussent dans la garrigue  et qui ont des tiges dures que seules les chèvres peuvent manger.

le pèbre d'aï = c'est le nom donné à une renouée sauvage inutilisable en cuisine. Pagnol parle je pense du "pebre d'âne" = la sarriette qui ressemble au thym par son utilisation culinaire.

le cabridan = sans doute Pagnol entendait ce nom-là quand ses parents parlaient du cabrian = le frelon. Comme tous les enfants ils transformaient certains mots.

Lire à ce sujet le chapitre p 114-116 où Pagnol retrace les vives discussions entre Jules et son père et où il est question des "radicots" et des "framassons"...

 

Enfin, vous trouverez une petite biographie de l'auteur sur mon blog ainsi que les titres de ses autres livres et de brefs résumés.

Partager cet article

Repost 0
6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 14:54
Chemins de poussière rouge de Ma Jian

Ma Jian, l'auteur de ce récit est peintre, poète et photographe. Dans les années 80, il habite à Pékin dans une petite maison sombre et vétuste au fond d'une impasse et travaille comme photographe et journaliste dans le département de la propagande étrangère de la fédération des syndicats de Pékin.

Mais la direction, qui lui reconnaît pourtant un certain talent, lui reproche son allure trop décontractée, son ton insuffisamment respectueux et son mode de vie libéré souvent en marge de la légalité.

Devenu la cible idéale de la "campagne contre la pollution spirituelle", persécuté par les autorités, privé par son ex-femme, depuis son divorce, de son droit de visite à sa petite fille, obligé de rédiger son autocritique, il se sent menacé et quitte Pékin pour un périple à travers la Chine qui durera trois ans et qui lui permettra de poursuivre sa quête intérieure commencée avec le bouddhisme, en visitant les lieux les plus sacrés du pays.

 

Censuré dans son propre pays, il quittera la Chine pour Hong Kong en 1987. Dans les années 90, il s'installera à Londres où il habite toujours actuellement.

 

**********************************************

 

Ma Jian a trente ans et plus beaucoup d'illusions. Même ses meilleurs amis lui tournent le dos et lui conseillent de partir. Sa vie affective est un vrai désastre et sa maîtresse le trompe. Il décide alors de quitter Pékin...

 

Il va voyager en train, en bus, en charrette et la plupart du temps à pied et sac au dos. Il va marcher sur les sentiers, traverser les villages ou franchir les montagnes sans (presque) jamais se départir de son courage.

 

Nous voyageons avec lui et découvrons l'histoire et la vie quotidienne des chinois au temps de Deng Xiaoping (le successeur de Mao) dans un pays en pleine mutation.

 

En effet, il va rencontrer aussi bien des intellectuels que des paysans, des étudiants, des ouvriers, des chercheurs d'or, des pêcheurs, des voleurs ou des nomades et aussi beaucoup de femmes qui continueront à le faire rêver...

Il pourra partager pour quelques heures, quelques jours ou plus longtemps leur vie quotidienne et découvrira la culture de très nombreuses minorités qui font la pluralité  et la richesse de la Chine.

Mais la précarité des populations l'émeut, il ne peut que constater les dégâts laissés par la Révolution Culturelle et la politique de Mao...

 

La description des paysages et des gens est d'une netteté incroyable. On y retrouve l'oeil du photographe habitué à saisir par le détail l'instantané des choses et des gens !

 

Au cours de son voyage il visite les hauts- lieux de l'histoire de son pays.

En effet, les merveilles de la Chine sont nombreuses : la Grande Muraille, les grottes de Mogao, l'armée de terre cuite de Lintong, la gorge aux dix mille bouddhas,  Dunhuang, le lieu de naissance du bouddhisme en Chine...

 

 

 

Il traverse des déserts, longe le fleuve jaune, visite le grand Sud pour se rendre enfin jusqu'au Tibet. Son récit est imprégné des légendes de ces contrées reculées et des récits historiques qui attestent de la richesse culturelle et historique du pays.

 

Sa gentillesse naturelle et l'admiration que beaucoup de gens lui porte, car eux n'ont pas eu le courage de tout quitter, fait qu'il est souvent soutenu par des inconnus. Il trouve des appuis de ville en ville. On lui écrit des lettres de recommandations qui lui permettent de trouver des petits boulots quand il a besoin de renflouer les fonds ou de trouver un hébergement pour la nuit.

Lui n'hésite pas à expliquer qu'il est journaliste (il ne dit pas qu'il a perdu son travail) et qu'il va faire un reportage sur les gens ou les lieux qu'il traverse.

Cela lui ouvre des portes !

 

Cependant ce périple ne suffira pas à le réconcilier avec son pays. Il se sentira de plus en plus étranger et ne trouvera sa place nulle part. Il doutera de lui-même et peinera à comprendre le but de son voyage. Il se retrouvera "étranger" dans son propre pays mais aussi à lui-même !

 

C'est seulement lorsqu'il arrivera au Tibet après trois années de voyage en solitaire qu'il pourra enfin connaître la paix et retourner à Pékin, le coeur serein.

 

 

**********************************************

 

Ce que j'en pense

 

L'ensemble ressemble à un tableau qui se révèle par petites touches intemporelles car le lecteur ne sait pas toujours où il est, où il va, ni combien de temps s'est écoulé depuis la dernière étape...

 

Cartes à l'appui, le lecteur, dans le rôle du voyageur immobile, peut pourtant suivre presque pas à pas le voyage de Ma Jian d'une province à l'autre...

 

 

 

 

Nous découvrons une société pleine d'interdits et de contradictions, ravagée par la misère, prompte à la violence voire à la cruauté et peu soucieuse des droits de l'homme. Partout et dans tous les milieux la corruption fait rage. Même la police et l'administration ne font pas exception à la règle.

Les femmes font l'objet de beaucoup de mépris : violées, battues, trompées, trop souvent abandonnées ou exploitées...

Dans le milieu d'intellectuel que fréquente Ma Jian, elles sont pourtant nombreuses et davantage respectées.

 

Ma Jian et ses amis intellectuels ont semé de nombreuses graines de révolte, et leurs idées ont peu à peu gagné toutes les contrées.

Toutes ces graines ont germé jusqu'à aboutir à la révolte étudiante qui a débuté le 15 avril 1989 et au massacre de la place Tian'anmen le 4 juin 1989...la répression par l'armée de la révolte aurait fait des centaines de morts et de blessés. Vous trouverez quelques indications simples sur ce terrible événement sur le site d'Hérodote en cliquant ICI.

 

 

La Chine est comme "une vieille boîte de haricots conservée dans l'obscurité pendant 40 ans" elle est "prête à éclater de tous côtés" disait Ma Jian et l'histoire lui a donné raison.

 

 

On découvre à la lecture de ce récit un auteur sensible, sensuel et très humain à l'écriture très poétique.

 

Le lecteur peu à peu entre dans ses pensées, apprend à mieux le connaître. Ma Jian cherche une raison de vivre et de croire en lui et en son pays. Cette quête est aussi la nôtre !

On s'attache à ce héros courageux et persévérant même si on ne peut le comprendre toujours...

 

 

Selon Gao Xingjian, qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 2000,  Ma Jian est « une des voix les plus courageuses et importantes de la littérature chinoise actuelle ».

 

A lire absolument (pour moi c'est une deuxième lecture...).

 

Partager cet article

Repost 0
11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 08:56

Dans "Antan d'enfance" (le tome1)

 

Couverture Une enfance créole, tome 1 : Antan d'enfance

 

L'auteur raconte dans ce roman autobiographique son enfance à Fort-de-France (en Martinique).

 

Pas facile d'entrer, pour un lecteur occidental, dans la langue créole si colorée et imagée, mais une fois qu'on y est, elle a un charme fou...et c'est une belle découverte littéraire.

 

 

Dans cette ville (la ville-monde) qui respire la pauvreté, la chaleur humaine, et l'entraide, l'auteur a connu une enfance heureuse marquée par l'amitié avec ses copains.

Le petit négrillon y découvre les jeux, la rue, le cinéma, les marchés colorés.

 

La vie familiale, en particulier l'amour de sa famille, a une importance capitale. Sa mère, Man Ninotte dirige tout d'une main de maître et se bat au quotidien pour élever et nourrir ses cinq enfants.

 

Avec beaucoup d'humour il nous fait entrer dans sa famille, de l'élevage du cochon (Matador) qui sera tué à Noël à la fabrication du pain, en passant par les nombreuses installations (bassines, tissus...) mises en place pour protéger l'intérieur de la maison à la saison des pluies.

 

Il y a aussi l'empreinte des croyances mais aussi le racisme. Car la ville est multiple, s'y côtoient, indiens, noirs, blancs, mulâtres, chinois..et notre petit négrillon découvre ainsi l'injustice sociale.

 

 

Dans "Chemin d'école" (le tome 2)

 

Il raconte sa rencontre avec l'école maternelle où Man Salinière, la maîtresse, sait si bien remplacer Man Ninotte et lui donner l'impression d'être irremplaçable.  

Puis il faut bien grandir et entrer à l'école élémentaire. C'est beaucoup plus difficile ! Il se réfugie d'instinct dans le "fondoc" de la classe et découvre la discipline, les leçons de morale et l'impression d'être prisonnier.

De plus, il réalise aussi que le maître parle français. On l'oblige d'ailleurs à le parler ce français et aussi à se cacher pour utiliser la langue manman (le créole, la langue-maison, celle de son enfance) quand l'émotion est trop forte...

Mais l'école c'est aussi les plaisirs du trajet et des détours qui lui permettent de découvrir d'autres rues, d'autres personnes et aussi les copains !

 

Dans "A bout d'enfance" (le tome 3) écrit en 2005 après la mort de sa mère,  la merveilleuse Man Ninotte.

 

Note de l'éditeur  (car je ne l'ai pas encore lu)

 

"Un jour, bien des années avant l'épreuve du mabouya, le négrillon s'aperçut que les êtres-humains n'étaient pas seuls au monde : il existait aussi les petites-filles. Intrigué mais pas abasourdi comme il aurait dû l'être, il ne put deviner combien ces créatures bouleverseraient le fil encore instable de sa pauvre petite vie... " Dès lors, où situer ces petites-filles que le négrillon zieute par les persiennes de son école... ces créatures étranges qui " ressemblent à des êtres-humains, sauf qu'elles portent des nattes, des papillotes, et des noeuds papillons assortis aux robes-à-fleurs et à dentelles... " ? Sale temps pour le négrillon qui, à bout de souffle, entre éros et thanatos, doit aussi résoudre son oedipe et explorer les différents usages d'un certain... ti-bout de son anatomie ! Et c'est la quête irrésistible d'une Irréelle, " une chabine aux cheveux mi-rouges mi-jaunes, et aux pupilles indéfinissables ", qui referme cette geste subversive de l'enfance et de cette mémoire-sable que le grand " Marqueur de parole " célébrait dans Eloge de la créolité..."

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 17:13

 

Je n'avais pas particulièrement lu de critiques sur ce roman autobiographique.  En règle générale je n'aime pas le faire avant de me faire ma propre idée. Ce sont mes élèves qui m'en ont parlé en particulier plusieurs adolescentes de 3ème. Elles adorent les livres de Delphine de Vigan.  Je leur en propose souvent à la lecture. Ce livre a reçu le Prix Renaudot des Lycéens en 2011, puis le Prix des Lectrices de Elle en 2012... je n'ai pas hésité ! Les ados ont été de bons conseils.

 

L'auteur nous livre une autobiographie émouvante. Comme elle le dit elle-même, "ce n'est pas très original d'écrire sur sa mère", elle, pourtant, le fait à sa façon et ce qu'elle écrit sonne juste.

 

A la mort brutale de Lucile, sa mère, qui s'est "en quelque sorte" suicidée  comme le lui demande son fils, l'auteur décide de mener une enquête minutieuse sur sa famille.  Elle découvre avec stupeur que derrière l'apparente unité de la famille créée par ses grand-parents maternels (neuf enfants dont certains ont disparu dans des circonstances douloureuses)  se cache des secrets enfouis...

Sont-ils responsables de la fragilité de sa mère ? Rien n'est moins sûr. En tous cas ce n'est pas si simple et impossible à résumer ainsi.

 

Delphine de Vigan arrive à nous faire entrer dans sa mémoire familiale tout en maintenant une certaine distance : les personnages, leurs caractères, leurs différences, le récit des événements heureux ou malheureux, la description des lieux importants pour elle, comme Pierremont où tous les membres de la famille aiment à se retrouver pour une fête triste ou joyeuse.

Son récit alterne souvenirs et moments de bonheur intenses, confidences récoltées auprès des amis ou membres de la famille, angoisses d'enfant, émotion et pudeur (c'est dur pour l'auteur de dévoiler ce qui a été, tout en restant fidèle aux récits des parents encore vivants).

Ce qu'il y a de remarquable c'est que Lucile, si timide, si fragile, si lumineuse et si extravagante car elle ne voit pas le monde comme les autres et ne sait pas comment vivre sa vie ni par quel bout la prendre, ni comment parler d'amour, elle qui est si belle qu'enfant elle pose pour des photographes, arrive à nous émouvoir (à nous fasciner ?)  malgré la violence de certains passages.

 

J'ai été touchée par les mots que l'auteur emploie pour parler de sa mère. A chaque instant, même dans les moments les plus durs, on comprend l'amour qu'elle ressent pour cette femme si mystérieuse, qu'elle n'ose pas l'appeler "maman" avant la fin du roman.  Lucile a beaucoup de failles, elle a souffert et a fait souffrir ses filles mais elle a aussi beaucoup donné. Elle a lutté pendant des années contre sa bipolarité, puis son cancer avant d'avoir voulu mourir "vivante". Entre temps elle a eu des années de répit où elle a été une mère "normale" et une grand-mère inoubliable.

 

On sent surtout qu'écrire ce roman a permis à l'auteur de peut-être lui pardonner...et d'enterrer des souffrances qu'enfant elle n'a pas toujours comprises, qu'elle avait déjà abordées dans "Jours sans faim" où elle parle de son anorexie, véritable appel au secours pour que sa mère la regarde... enfin.

 

Ce livre ne peut que toucher le lecteur, même s'il n'a rien vécu de tel. Il  fait échos à nos blessures familiales (qui n'en a pas ?), aux non-dits de notre propre famille (il n'y a pas de famille où l'on peut tout se dire), à la violence verbale ou cachée qui se dévoile dans la fratrie lorsqu'un des parents disparaît.

La dernière partie où elle raconte le moment où elle a découvert sa mère morte est tout à fait bouleversante...Elle lâche prise, enfin ! Le lecteur en est presque soulagé pour elle.

Autant de mots (maux) qui doivent impérativement s'exprimer par la voix (voie) propre à chacun.

Il reste un questionnement...

La mère idéale existe-t-elle ? Certainement pas mais quoi qu'il arrive pour se construire il faut accepter qu'être adulte "ne prémunit pas de la peine"...et que, "on a beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa propre famille"  "nous venons de là, de cette femme", notre mère, et sa douleur... "ne nous sera jamais étrangère".

 

Partager cet article

Repost 0
24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 17:26
Métisse blanche de Kim Lefèvre suivi de Retour à la saison des pluies

Relecture de Métisse blanche

Née au Vietnam, d'un père militaire français et d'une mère annamite, l'auteur retrace dans cette autobiographie émouvante son enfance tantôt heureuse, tantôt malheureuse d'enfant métisse.

A la naissance de Kim, à la veille de la seconde guerre mondiale, il n'est pas bon d'être fille-mère dans  ce pays traditionaliste. La mère de Kim est rejetée par les siens et devra se débrouiller seule pour élever sa petite fille, lorsque le père retourne dans son pays.

La petite fille, puis la jeune fille ira de difficulté en difficulté, car il ne fait pas bon naître femme au Vietnam. Elle raconte...

Elle nous raconte les vingt premières années de sa vie et nous parle de sa vie quotidienne de petite fille délaissée à l'orphelinat ou chez un quelconque membre de la famille, puis reprise par sa mère. Chaque fois il lui faudra se réadapter au lieu, connaître la solitude.

Elle nous décrit la vie triste et sans éclat imposée par son beau-père. Elle nous parle de ses soeurs, des soins qu'elle leur apporte au quotidien pour aider sa mère qui travaille. Elle nous parle des adultes qui ont cru en elle et l'ont aidé dans ses études, de ceux qu'elle a aimé ou détesté. Elle nous fait vivre ses premiers émois amoureux avec son professeur de musique...puis sa rencontre avec la culture française lorsque que Mme N. décide de l'aider dans ses études et de l'envoyer au Couvent des Oiseaux.

Puis enfin son départ libérateur vers la France.

 

L'auteur  nous donne à voir un portrait de femme admirable même si elle n'est pas parfaite, celui de sa mère. Sa ténacité et sa force de caractère sont extraordinaires.  Elle, qui veut toujours plus pour Kim, réussit à lui faire fréquenter l'école. Elle ne fait pas toujours les bons choix mais à chaque instant ne pense qu'à préserver sa fille, même si toutes deux doivent en souffrir et ce sera le cas, toutes deux en souffriront.

A travers son histoire c'est l'histoire du Vietnam et des vietnamiens que l'auteur nous raconte. Mais c'est aussi l'histoire de tous les enfants nés de la colonisation qui ont été rejetés à la fois par la France et par leur pays natal. Difficile de trouver sa place quand on a une double culture qui certes est une richesse mais une richesse obtenue par une lutte constante.

 

C'est la première fois que je lis Retour à la saison des pluies.

Dans ce roman publié au départ séparément, l'auteur nous raconte, alors qu'elle est devenue française, comédienne, écrivain, traductrice et qu'elle est mariée à un français et mère à son tour, son retour, imaginé puis vécu, vers les siens et les retrouvailles avec son pays natal, après 30 ans d'absence.

Son pays qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle-même pour en oublier les souffrances et les traumatismes de son enfance, voilà qu'elle veut à nouveau le fouler et remarcher dans les lieux mythiques qui ont marqué son enfance.

Mais ce retour est douloureux,

tout a tellement changé !

Partager cet article

Repost 0
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 07:42
La petite fille du Vel d'Hiv d'Annette Muller

Le livre est réédité en grand format illustré et en poche 

 

Ce roman-témoignage poignant est une réédition parue à l'occasion du 70° anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv. Il a été envoyé gratuitement en format poche (sans photos à l'intérieur) dans les collèges de France afin de proposer aux enseignants des classes de 3°de travailler avec leurs élèves sur le récit autobiographique, tout en explorant un évènement important et marquant de notre histoire (au programme en plus).

Beaucoup d'enseignants ont été touchés par ce récit...Les adolescents le seront aussi. 

 

L'auteur, Annette Muller, retrouve sa "peau" de petite fille de 9 ans pour nous raconter ses souvenirs : l'amour et le bonheur au sein de sa famille d'émigrés juifs polonais, l'arrivée de la guerre qu'elle ne comprend pas, les mesures de discrimination contre les juifs comme l'étoile jaune, les débuts de la persécution, le silence et la honte puis ... la rafle.

Cette nuit-là, elle est arrêtée avec sa mère et ses frères puis internée à Beaune-la-Rolande l'un des camps du Loiret. Son père a eu le temps de se cacher, croyant que les nazis ne voulaient arrêter que les hommes. Ses grands frères réussiront à s'évader dès leur arrivée au camp grâce à l'intervention silencieuse d'un policier. 

C'est lors de leur séjour à Beaune-la -Rolande où ils resteront jusqu'en août, que la mère d'Annette et les autres adultes du camp sont transférés dans un autre camp, puis déportés. Les enfants restent seuls...

Puis c'est à Drancy qu'Annette et son jeune frère Michel sont emmenés. 

Ils vont transiter par l'asile Lamarck puis ils seront tous deux recueillis par des religieuses. C'est lors de son séjour à l'orphelinat de Neuilly-sur-Seine où elle retrouvera  ses frères ainés, qu'Annette suivra les conseils de  soeur Clotilde : taire son passé et sa véritable identité pour plus de sécurité.

A la libération, elle retrouvera son père mais ne reverra jamais sa mère, morte en déportation.

La petite fille, qui avait tant peur de l'orage, aura à surmonter bien d'autres peurs encore...

 

La réalité est perçue par le lecteur à travers sa vision d'enfant. Elle ne juge pas mais expose des faits, des images... avec ses mots de petite fille.

Le décalage est d'autant plus poignant  qu'on sait aujourd'hui que le gouvernement français a participé activement à cette rafle, que la population n'a rien dit, elle-même paralysée par les malheurs et la peur liés à la guerre.

Certains ont même dénoncé leurs voisins, voire leurs amis ou leur propre famille pour se protéger, ou bien ont attendu leur arrestation pour piller leur maison ... il ne faut pas l'oublier.

Mais, comme elle le suggère aussi, certains des policiers ont fermé les yeux sur des "évasions" comme cela a été le cas pour ses deux frères, ou pleuré sur le sort des enfants...Ils étaient pères de famille et n'avaient pas d'autres choix que d'obéir aux ordres...ce qui n'excuse rien bien sûr.

Certains juifs ont pu se cacher (comme le père d'Annette) et être sauvés.

 

Plus de 13 000 juifs ont été arrêtés  à la demande des nazis dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942. Parmi eux plus de 4 000 enfants juifs qui comme Annette le dit si bien..."avaient des rêves". Ils ont été internés au vélodrome d'hiver (le Vel d'Hiv) puis ont ensuite été déportés au camp d'Auschwitz et de Birkenau. Moins de 100 personnes en sont revenues...Il n'y avait aucun enfant parmi eux.

 

Ci-dessous, l'auteur nous explique comment son enfance a basculé, lors d' une interview d'Europe 1 à l'occasion de la sortie du film "la rafle" ...
 


Au Vel d'Hiv, mon enfance a basculé; par Europe1fr

 

Partager cet article

Repost 0
24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 18:45

Roman-témoignage traduit de l'anglais par Valérie Dayre paru aux éditions  Thierry Magnier en 2010. Il retrace la vie de l'auteur dans les années 1940 aux Etats-Unis... Elle emprunte la voix de sa soeur aînée pour raconter de manière émouvante leur vie quotidienne dans toute sa simplicité. La famille vit dans une maison mitoyenne louée par la mine à ses employés. 

 

 

La vie est loin d'être facile... Le père boit et préfère rejoindre ses copains plutôt que de passer ses soirées en famille.  Bien qu'il adore ses filles, il dépense une partie des tickets du ménage (transformables en argent)  obligeant la mère et les enfants à se priver de manger. Audrey, l'aînée aide sa mère du mieux qu'elle peut, du haut de ses 11 ans. Elle s'occupe  courageusement de ses trois soeurs (qu'elle appelle les "trois petits cochons" )et accepte les "absences" de sa mère,  de plus en plus fréquentes depuis la mort du bébé, tout en gardant une certaine distance pour ne pas elle aussi, sombrer.

Son ami Virgil l'aide par sa gentillesse et son amitié. Il fait partie des trois personnes qu'elle aime le plus au monde et à qui elle voudrait ressembler quand elle sera grande : Mlle Stairus, son institutrice qu'elle admire, sa mère qu'elle aime profondément et Virgil. Trois personnes qui l'aident à grandir et à garder le cap et qui lui permettent d'espérer que l'avenir sera forcément meilleur.

Mais un soir le père ne rentre pas de son travail... il a eu un terrible accident. Que vont-elles devenir toutes les quatre ??

Audrey dira plus tard cette phrase poignante qui témoigne de sa grande maturité pour une si jeune adolescente : "A présent je crois réellement que mes soeurs et moi parviendront à grandir pour devenir de bonnes personnes et rendre notre mère fière de nous"...

 

 

Ce que j'en pense :

La vie quotidienne dans une cité minière est décrite avec beaucoup de justesse...C'est un roman court mais fort, où la misère et la faim sont omniprésentes et qui nous invite à ne pas oublier que ces temps difficiles existent encore aujourd'hui pour de trop nombreuses familles...

 

Il est conseillé par le Ministère de l'Éducation Nationale dans ses "Lectures pour les Collégiens" niveau 4°.

Partager cet article

Repost 0
24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 17:00

 métaphysique des tubes Relecture…
On aime ou on n’aime pas Amélie Nothomb parait-il !!

Moi j’aime c’est sûr... Je relis régulièrement ses romans qui me captive toujours autant et me font passer de bons moments puis je les oublie aussi sec ce qui me donne envie de les relire à nouveau et ça recommence ! Mais je découvre à chaque fois quelque chose de nouveau...

Le monde vu selon son point de vue est tout simplement désopilant !

C'est pour cela que je conseille très souvent la lecture de ses romans,  aux adolescents en mal d'originalité...

En principe eux, ils adorent son style !

Dans celui-ci, elle raconte l’éveil à la vie d’un « tube », comprenez un bébé, le centre du monde qui croit être relié à la vie des autres, un enfant roi, un  "Dieu" quoi, qui n’est autre qu’elle-même. Parce qu'elle ne pleure pas, ne bouge pas et que sa vie quotidienne se résume à quelques fonctions essentielles pour sa survie, ses parents la surnomment "la Plante". Ce bébé fille vit au Japon, a un père qui travaille, une mère qui s’inquiète tout le temps, un grand frère qui l’exaspère sans discontinuer et une sœur admirée, une famille normale quoi …

Ses débuts dans la vie, quoique reposants pour les parents, ne sont pas de tout repos pour elle, car le monde extérieur ne l’intéresse pas, jusqu’au jour où elle va se réveiller et connaître le plaisir grâce à sa grand-mère qui lui offre du chocolat belge ! Elle va alors se mettre à marcher, puis à parler (pour faire plaisir aux autres) et à entrer dans la vie et du coup approcher la mort…

Un roman autobiographique où l'auteur se raconte de 0 à 3 ans avec beaucoup d'humour ! 

Il est certain qu'il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre avec Amélie Nothomb !  

Ce ne sont pas ses souvenirs réels qu'elle raconte mais un savant mélange entre l'interprétation romancée des évènements que sa famille lui a raconté, des réflexions supposées de la petite fille,  ses fantasmes et ses peurs, un zeste de réalité, beaucoup d'invraissemblance et de rêves éveillés et  enfin ses propres souvenirs d'enfant embellis par le temps...

N'en est-il pas de même pour nos propres souvenirs ??

Un pur délice dans un style indescriptible celui bien connu, aimé ou détesté, de l'auteure.

Partager cet article

Repost 0
12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 09:51
Petite fleur de Mandchourie de Xu Ge Fei

 

Née au temps du communisme, dans un camp forestier du nord de la Chine et dans une famille modeste, Fei raconte son parcours extraordinaire.

Ses parents sont  si pauvres à sa naissance qu'ils sont obligés de mentir sur sa date de naissance pour ne pas payer l'amende qui punit ceux qui  ne respectent pas la loi sur l'enfant unique qui vient de paraître.

Sa petite enfance passée dans la forêt auprès de ses parents est plutôt heureuse malgré le dénuement des siens.

Son frère Feng est élevé par les grands-parents paternels à Changchun.

Lorsqu'elle a 4 ans ses parents trouvent du travail à la ville et décident de quitter la forêt. Elle passe du statut d'enfant choyée à celui de fille méprisée (car elle est méprisée ouvertement par ses grands-parents parce que seuls les garçons comptent).

Elle, qui est si curieuse et désireuse d'apprendre, découvre que les filles n'ont pas les mêmes droits à l'éducation que les garçons...

Même une fois la famille réunit loin des grands-parents, Fei a du mal avec l'école. Sa seule joie est qu'elle retrouve son frère et qu'une vraie complicité va naître entre eux.

A la fois pugnace et chanceuse, elle va  décider qu'en tant que fille chinoise elle bravera les traditions, choisira son destin et apprendra ce qu'elle aime par dessus tout, les langues, pour lesquelles elle se montre très vite douée.

C'est en autodidacte qu'elle commence à apprendre l'anglais qui lui ouvrira les portes d'emplois importants et lui permettra de devenir interprète, puis le français à l’Alliance Française de Shanghai, car dans ses rêves les plus fous, elle se voit vivre en France et surtout à Paris.

Son rêve se réalise, elle qui n'a pas de diplômes, voyagera "sans bagages" d'abord à travers la Chine puis à Paris. Elle rencontrera des gens formidables qui seront époustouflés par son énergie et sa volonté...

 

La petite fille triste qui voulait tant que son père reconnaisse ses qualités dans le pays où les filles sont "comme l'eau sur le sable"... va devenir à 31 ans une jeune éditrice dont la mission est de faire connaître aux français la culture de son pays.

 

Ce que j'en pense :

 

Voilà une autobiographie tout à fait émouvante écrite par l'auteur avec l'aide du scénariste Patrick Marty (car si Fei parle couramment le français il est normal qu'elle ait encore des difficultés à l'écrire). C'est une lecture facile mais riche : le regard plein d'humour et de tendresse que Fei porte sur sa vie, sur les siens, sur ses erreurs, ses doutes et ses peurs, sur son pays, et les pays qu'elle traverse est tout à fait intéressant !

 

Le début est désopilant et le lecteur ne comprend pas trop ce que vient faire ce petit cochon et surtout en quoi il est nécessaire au récit...

Mais n'est-ce pas lui qui la rappelle à ses souvenirs d'enfance alors que tout va bien pour elle ? N'est-il pas le seul lien qui lui permet de ne pas oublier les siens et le sacrifice de leur vie (ses parents vendront tout ce qu'ils possèdent pour l'aider à réaliser son rêve). Ne mesure-t-on pas l'amour et la richesse intérieure de quelqu'un à ce qu'il est capable de donner...

Le petit cochon lui fait un don considérable en l'écoutant d'une oreille attentive et en ne portant aucun jugement !

 

De plus, ce récit a le mérite de bien montrer les difficultés à vivre d'une génération de chinois élevé dans la politique de l'enfant unique et qui a eu du mal à trouver sa place entre tradition et modernité dans une Chine en pleine mutation. Et comme chaque fois que cela se produit, ce sont les filles qui en font les frais et doivent se battre deux fois plus pour faire évoluer la situation.

La combativité, le courage, la débrouillardise et la pugnacité de Fei sont un bel exemple pour beaucoup de jeunes qui encore aujourd'hui ne savent pas trouver leur voie. Le travail et la volonté finissent par payer !

 

A lire absolument !

Partager cet article

Repost 0
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 06:04

L'histoire :

 

Une bibliothécaire tente d'initier à la lecture des enfants gitans, privés d'école, dont la famille s'est installée sur un terrain privé à la périphérie d'une grande ville. Dans cette banlieue située près de la décharge et en bordure de la route, ils vivent là démunis, sans papiers, sans travail, sans eau et rejetés de tous, car ils représentent pour le voisinage une menace. Angéline, la doyenne (la "vieille"), un des personnages les plus attachants de la famille, dirige avec autorité et sagesse, le clan c'est à dire ses fils, ses belles-filles et les nombreux petits-enfants tant aimés.

Le jour où ils voient débarquer Esther (la "gadgé") avec une pile de livres, ils se méfient. 

La famille vivant en marge de la société, le livre va-t-il réussir à créer un lien entre leurs deux mondes ?

Peu à peu Esther saura gagner la confiance du clan (d'abord celle d'Angéline, puis les autres). Les enfants n'ont-ils pas du plaisir à l'écouter ? N'attendent-ils pas le mercredi avec enthousiasme?  

Elle va peu à peu être adoptée et se retrouver à boire le café avec les femmes puis à les écouter.

Le lecteur entre ainsi dans le monde des gitans et découvre des aspects méconnus de leur culture... 

Mais la loi encore une fois va les obliger à déménager...Esther ne pourra rien y faire.

 

Ce que j'en pense :

 

La douceur, la persévérance et la discrétion d'Esther m'ont beaucoup touché. Elle est totalement dans son rôle de bibliothécaire. C'est à dire qu'elle est là pour partager les livres et la lecture, pour apporter du rêve aux enfants et les inciter à être curieux d'un monde dont il se passait jusqu'alors.

Le récit d'Alice Ferney nous permet d'entrer dans l'intimité d'une famille gitane. Leur dénuement est terrible mais l'amour et finalement le partage sont là, malgré la promiscuité et le carcan des traditions. Car le dénuement n'empêche pas la grâce c'est à dire pour l'auteur l'humanité...

C'est un récit-roman-témoignage écrit avec réalisme et pudeur.

Les personnages féminins sont extraordinaires. L'auteur ne prend pas partie, elle expose des faits. Elle montre leur vie et ce qu'ils pensent de nous (les "gadgés") sans se positionner (ce que le lecteur aurait souvent  aimé qu'elle fasse), sans se révolter non plus. Libre au lecteur de penser ce qu'il veut des gitans. Elle nous propose de découvrir leur monde sans prendre partie ni juger du bien ou du mal.

La seule cause qu'elle défend c'est celle des enfants. Et parce qu'elle va les toucher dans leur âme d'enfants en les faisant rêver, elle espère (en secret) que le regard qu'ils porteront plus tard sur les "gadjés" en sera modifié.

 

Avec Grâce et dénuement, Alice Ferney a obtenu le prix Culture et bibliothèques pour tous.

 

Ce livre peut être lu et pourquoi pas étudié en classe à partir de 14 ans ( 3°). Il permettra des débats passionnés avec les élèves.


Il est conseillé par le Ministère de l'Éducation Nationale dans ses "Lectures pour les Collégiens" niveau 3°-2nde.

 

 

 


   

Partager cet article

Repost 0
17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 07:26

 

L'auteur est un habitué des romans de fantasy écrits ou non en duo avec Pierre BOTTERO. Il est très connu des adolescents.

 

Il nous livre ici une autobiographie-reportage sur une période de sa jeunesse, lorsque dans les années 1990, abandonnant ses études d'histoire, il part avec son jeune frère Yannick et leur ami commun naturaliste, Jordi, dans les montagnes de l’Hindou Kouch, entre le Pakistan et l'Afghanistan.

 

Ils ont tout juste 20 ans et plaquent tout pour vivre une utopie.

Et c'est une aventure extraordinaire qu'ils vont vivre sur les traces de l'homme sauvage, le barmanou, ignoré des scientifiques.

A la recherche de traces et de témoignages (les autochtones disent l'apercevoir très souvent), les trois jeunes gens arpentent les montagnes, de cols en vallées, de villages isolés en cabanes perdues...Ils découvrent des paysages à couper le souffle (au sens propre et au sens figuré vue l'altitude de ces contrées !) et des habitants chaleureux si différents d'eux, qui ont surtout une autre façon de penser leur vie. 

Mais ils ne trouveront pas l'homme sauvage !

 

Le récit est découpé en chapitres thématique et suit la chronologie du voyage. L'auteur enchaîne les anecdotes, les observations personnelles sur le poids des traditions, les problèmes entre ethnies locales, l'expansion de l'islam, des réflexions sur la situation politique actuelle de ses régions...

De plus, de nombreuses photos noir et blanc de l'expédition agrémentent le récit.

 

C'est un hommage rendu à leur jeunesse et aux amis disparus.

 

On sent que cette expérience éprouvante physiquement et psychologiquement a joué un rôle important dans leur vie.  L'auteur n'est pas devenu écrivain par hasard !

 

Un vrai récit d'apprentissage à lire à tous âges à partir de 14 ans que l'on veuille ou non se rendre dans l’Hindou Kouch !

 

J'ai adoré ! Ce récit se lit comme un roman car l'écriture est très fluide. Le découpage permet de bien se repérer dans les allées et venues de nos trois jeunes voyageurs...

Il n'est pas toujours facile de s'orienter dans les différents lieux (il y a une carte sur la quatrième de couverture). Les personnages et peuples rencontrés sont nombreux. Mais, même si on n'a jamais visité ces contrées éloignées, cela ne nuit pas au plaisir de lire et n'empêche pas de se plonger dans le récit !

C'est plutôt après la lecture que l'on pourra sans problème se documenter...

Partager cet article

Repost 0
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 15:02
Le fourgon des fous de Carlos Liscano (Belfond 2006)

 

Le 27 mai 1972, l’auteur est arrêté pour des raisons politiques qu'il ne nous précisera pas et il est emprisonné dans les prisons d'Uruguay, alors qu'il n'a que 23 ans. Le 14 mai 1985, à la fin de la dictature, il montera enfin dans le "fourgon des fous" qui l'amène vers la liberté.  

C'est seulement longtemps après sa libération, lorsqu'il va au cimetière chercher les cendres de ses parents morts pendant sa détention, qu'il laisse ses souvenir "d'avant" affluer...

Il ne se contente pas de  raconter  le détail des tortures subies lors de son emprisonnement apparemment injustifié.

Il s'interroge sur la nature humaine, sur la rupture qui s'opère entre l'esprit et le corps dans ces circonstances extrêmes et qui aide à survivre aux menaces et aux humiliations des geôliers.

Il s’interroge sur les relations particulières entre le prisonnier et son tortionnaire en cherchant à  se mettre à la place des bourreaux.

Il a attendu des années après ce jour où il a été emmené dans « le fourgon des fous » vers la liberté tant attendue mais si redoutée,  avant de trouver les mots justes pour raconter.

A aucun moment il ne parle de haine.

Au seuil de l’âge mûr,  il trouve encore les mots justes pour remercier ce corps qui va lui permettre, lors de sa mort, de regarder en face  avec dignité ses parents enfin retrouvés, souhait qu’il avait émis sous la torture.

 

Pas de mots pour décrire ce récit autobiographique dépouillé, à lire et à faire lire de toute urgence malgré des passages très durs à la limite du supportable...Comment est-ce possible de parler avec autant de pudeur, de sérénité et de dignité de la torture ? Comment peut-on vivre sans jamais condamner ses bourreaux ?

Pour ne pas oublier...

 

Un livre qui moi, m'a bouleversée...

 

L'auteur est considéré aujourd'hui comme le plus grand écrivain uruguayen actuel.

Partager cet article

Repost 0
1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 13:20
Funérailles célestes de Xinran (Philippe Picquier 2005)

 

L'histoire :

En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine. Par idéal, Kejun qui est plein d'espoir pour son pays, s'enrôle dans l'armée comme médecin.

Peu après,  alors qu'ils sont tout juste mariés, Wen apprend la nouvelle de la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains.

Elle ne peut pas y croire, leur vie commence à peine...

Elle décide alors de partir à sa recherche, persuadée qu'il est retenu quelque part et qu'elle va le retrouver.

Là bas elle découvre un pays  perdu dans les montagnes. Elle est recueillie par une famille tibétaine avec laquelle elle va vivre tout en apprenant à respecter leur culture.

Trente ans plus tard, sa persévérance lui permettra de découvrir ce qui est réellement arrivé à son mari.

Elle décide alors de retourner en Chine où elle retrouvera un pays transformé par la Révolution culturelle et Deng Xiaoping.

Mais elle aussi a changé : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité.

 

 

Ce que j'en pense :

C'est un livre magnifique que j'ai déjà relu plusieurs fois tant il est émotionnement fort. Il se lit d’une traite et ne laisse personne indifférent.

La vie de Wen est une grande leçon de vie où  l’amour tient la première place et lui donne la force d’attendre. Le lecteur vit au rythme de cette attente et au rythme lent des nomades. Il s’imprègne des coutumes et de la spiritualité tibétaines. Le destin apportera finalement à Wen les réponses qu’elle était venue chercher et bien plus encore tout en la libèrant de son passé....

 Cependant, la fin  nous laisse dans l’attente… Que devient Wen  sans famille ni attaches ? Retourne-t-elle au Tibet ? Reste-t-elle en Chine ?  

 

 

Le + : L'histoire de Wen est véridique. A l'époque où Xinran, journaliste à Pékin, recueillait les confidences des femmes dans son émission de radio (publiées dans Chinoises, 2003), elle a rencontré cette femme qui lui a raconté son histoire, une femme exceptionnelle etune terre fascinante, toutes deux à la merci de la politique et du destin.... Bouleversée par ce récit qui réveillait en elle un souvenir d'enfance, elle lui a consacré un livre, qui éclaire d'un jour poignant le rite des funérailles célestes.

 

Partager cet article

Repost 0

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est le printemps maintenant !

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes Tags

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -