Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 05:56
Albin Michel, 2016

Albin Michel, 2016

J'ai renié Dieu depuis longtemps, je le maudis chaque jour de ma vie et je le maudirai jusqu'à mon dernier souffle. Car malgré les cathédrales qu'on lui a construites, malgré les millions de prières qu'on lui adresse, il ne s'intéresse pas aux hommes, en réalité, il n'est qu'un impuissant, un dieu de pacotille. Peut-être que Vincent l'a entrevu, mais je ne le crois pas. Vincent a peint ce monde de façon bien plus belle que lui ne l'a créé.

Ce que je vois n’est ni banal ni paisible, ce sont les blés et les arbres qui vibrent comme s’ils étaient vivants et passionnés de vivre, avec le vent qui les bouleverse, le jaune qui s’agite de partout et le vert qui tremble...

 

A la fin du XIXe siècle, à Auvers-sur-Oise, le Docteur Gachet élève seul ses enfants, depuis le décès de sa femme.

Selon les principes de l'époque, il envoie Paul en pension dans une prestigieuse école, tandis que Marguerite, sa fille aînée qui vient pourtant d'obtenir le baccalauréat, est promise au fils d'un riche pharmacien de la ville qui doit reprendre les affaires  de son père.

Marguerite ne veut pas se marier mais son père ne lui demande pas son avis.  Elle rêve de devenir peintre, mais il lui est impossible d'entrer aux Beaux-Arts car  aucune fille ne peut s'y inscrire.

 

Elle étouffe dans cette famille dénuée d'amour, sa mère étant décédée alors qu'elle n'était qu'une enfant, personne ne peut intercéder en sa faveur et elle, qui a l'esprit ouvert, rêve de s'affranchir des convenances et de choisir sa destinée. Alors elle décide qu'elle partira en Amérique. 

Mais l'époque n'est pas favorable à l'émancipation des filles, et son père a sur elle une grande emprise psychologique qui ne fait qu'accentuer son désir de liberté. 

 

C'est alors qu'elle croise Van Gogh. Il a 37 ans. Nous sommes en 1890 : il vient d'arriver dans la ville pour consulter le Docteur Gachet, suivant ainsi les conseils de son frère Théo. Il sort de dépression et redoute les rechutes de sa maladie. Il s'installe à l'auberge de la ville et, il peint.

 

Marguerite est aussitôt subjuguée par la beauté de ses œuvres.

Que lui importe que Van Gogh ne soit pas connu et qu'il soit même critiqué par ses pairs. Il peint un tableau par jour et ne se satisfait jamais de ses créations. Marguerite admire les couleurs que les autres détestent. Elle se moque que ses dessins ne reflètent pas le réel mais ce qu'il ressent...et aimerait arriver un jour à faire de même. 

Elle le suit partout et lui voue une admiration sans borne tandis que peu à peu, elle tombe amoureuse de lui. 

Marguerite ignore alors qu'elle sera son dernier amour.

 

La peinture ne s'apprend pas, les leçons ne servent à rien !
N'aie pas peur de te mettre en danger, de te casser la figure et de souffrir. Trouve ton chemin seule, tu n'as besoin de personne pour être peintre, regarde ce que tu as devant toi, ferme les paupières, et peins ce que tu vois à l'intérieur de toi. Et si tu ne vois rien, s'il n'y a rien, arrête de peindre.

 

Jean-Michel Guenassia nous révèle dans ce roman une version surprenante des derniers jours de la vie du peintre. Dans sa postface, il précise qu'il s'est inspiré des recherches et des découvertes plus ou moins récentes pour réécrire sa fin tragique.

Le grand intérêt du roman est en effet d'être étayé de documents, d'articles de presse qui sont de véritables leçons d'histoire car reproduits tels quels, de lettres de Vincent à son frère Théo dont j'avais lu il y a très longtemps la correspondance, bien avant d'avoir ce blog. 

L'auteur réinterprète donc à sa façon et éclaire d'un jour nouveau, les documents de l'époque et les circonstances supposées de la mort du peintre. Cette version des faits a le mérite de permettre au lecteur de s'interroger...

 

Certains des personnages ont réellement existé et tout le monde sait que le peintre est décédé d'une blessure par balle. 

Mais Van Gogh, qui avait plein de projets en tête, s'est-il réellement suicidé ? Des doutes sur son suicide ont été émis dès le début du XXe siècle.

Si ce n'est pas un suicide, qui lui a alors tiré dessus ?

Pourquoi ne l'a-t-on pas transporté à l'hôpital ?

Autant de questions qui trouvent des réponses possibles dans ce roman...

 

C'est Marguerite, maintenant âgée, qui raconte son histoire d'amour avec le peintre. Le fait qu'elle emploie le "je" comme si elle nous offrait ses confidences, renforcent l'impression de véracité et donne le ton du roman. 

Le chemin de Van Gogh a-t-il réellement croisé celui de Marguerite, lors de son séjour à Auvers-sur-Oise  ? Nul ne le sait...et il ne parle pas de cette idylle dans ses lettres à Théo. Tout ce que nous savons c'est qu'elle est par deux fois présente dans ses tableaux. Mais peut-être Van Gogh a-t-il voulu simplement faire plaisir au Docteur Gachet qui le recevait,  en faisant le portrait de sa fille...

 

Le Docteur Gachet, présenté comme l'ami des impressionnistes, l'était-il vraiment ? Lui qui fréquentait les milieux artistiques parisiens, qui invitait de nombreux peintres à venir dans son atelier, installé dans le grenier de sa maison et qui devint l'ami de Pissarro, de Renoir, de Monet, de Cézanne, et de Van Gogh était-il un faussaire comme certains l'ont supposé ?

Quoi qu'il en soit à la fin de sa vie, il possédait une incroyable collection de tableaux offerts par ses amis, en échange de ses soins. 

 

Si je n'ai pas trouvé l'idylle entre Marguerite et Van Gogh d'un quelconque intérêt, j'ai par contre adoré, les moments où l'art prend toute la place, où Marguerite découvre la peinture de Van Gogh et nous la décrit.  Ces passages sont magnifiques et très poétiques. C'est si réaliste que je voyais sans peine le peintre choisir ses couleurs, assis là,  au bord du champ de blé ou de la rivière...

Ce roman reste donc avant tout, un superbe portait de Van Gogh, peintre décrié en son temps mais devenu un de nos plus grands artistes contemporains. Un peintre qui n'était pas fou et qui nous a laissé une oeuvre extraordinaire.

C'est pour toutes ces raisons que ce livre est à découvrir, si vous aimez Van Gogh...

 

Un jour, ce journal sera découvert, et cette histoire sera révélée. Pour qu'elle reste secrète, comme elle l'a été jusqu'à ce jour, il aurait fallu que je brûle ce carnet, mais je ne peux m'y résoudre, car il constitue l'unique lien qui me relie à lui et, dans ces pages, je peux relire notre histoire et retrouver ma jeunesse.

Partager cet article

Repost 0
4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 05:21
Editions la Baconnière, 2017

Editions la Baconnière, 2017

"Didi..." commença-t-il enfin, utilisant son surnom de petite fille. Mais la douceur de sa voix ne la rassura pas. Cette douceur était une entourloupe, un serpent qui s'enroulait lentement autour de son cou. D'un coup, elle eut très peur, comme si elle savait déjà que ce qu'il allait lui demander serait impossible...
Elle se mit à pleurer...
Vous allez fuir, toi et Alina. C'est une chance inespérée...
- Si tu reviens, je te tue de mes propres mains, dit-il dans un souffle...

"Vous êtes un modèle d'intégration parfaitement réussie" lui avait- on dit. En ressentait-elle de la fierté ? Certainement. Mais elle n'était pas stupide, elle savait reconnaître une admiration feinte, une autre façon de lui dire "tu n'es pas d'ici".

 

Le roman débute en 1979 dans la  Roumanie communiste de Ceaucescu. Ion ouvre sa fenêtre et se fait piquer par une guêpe (ou une abeille, il ne sait pas)...juste une semaine avant l'arrivée, pour les vacances, de ses deux petites fille Dina et Alina, habitant la ville proche. 

C'est le début d'une série noire pour la famille. Suite à la fièvre occasionnée par la piqûre, Ion, malgré les injonctions au calme d'Ibolya, sa femme, se met à délirer et à dire n'importe quoi à voix haute : il critique ouvertement les communistes et use de mots interdits, semant le trouble dans sa famille, puis la peur dans tout le village.

Au départ, tout le monde tente de couvrir les mots injurieux en criant plus fort encore que lui, mais vient un jour où plus personne ne peut le protéger : il est tabassé par des inconnus, puis peu de temps après... on vient l'arrêter. 

Par qui a-t-il été dénoncé pour avoir proféré des injures à l'encontre du gouvernement ? Personne ne le saura jamais...

 

C'est alors que Viorel Cioban, son gendre, qui jusqu'à présent ne se posait aucune question sur sa vie quotidienne, se met à observer autour de lui. Il voit les arbres dans les vergers entourés de barbelés, non pas pour les protéger des oiseaux comme il le pensait jusqu'à présent, mais pour que les fruits ne soient pas volés par des gens affamés. La misère s'accentue autour de lui, le silence et le manque de liberté deviennent de plus en plus une souffrance pour le peuple obligé de se taire et d'obéir...

Alors que Viorel et sa famille bénéficient d'un régime alimentaire de faveur, grâce à Alina, qui a intégré l'équipe roumaine junior de tir, ils sont dénoncés aux autorités parce qu'une bonne odeur de cake traverse la porte de leur appartement. En Roumanie, du temps de Ceaucescu, tout plaisir est interdit... Chacun doit se priver pour son pays et tout contrevenant est sévèrement puni. Pour Viorel, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

 

Alina s'est mise à faire du tir avec son grand-père et c'est pour elle une véritable passion. Elle vient d'être sélectionnée pour un championnat international et doit partir bientôt en Suisse. Dès cette annonce, Viorel n'a plus qu'une seule idée en tête. Dina doit impérativement accompagner sa soeur. Il impose cette idée à l'entraîneur  : c'est avec Dina, ou pas, qu'Alina ira disputer le championnat international. Ses conditions sont miraculeusement acceptées.

 

Alors Viorel peaufine son plan : il veut obliger ses filles à ne plus jamais revenir en Roumanie, en espérant qu'elles puissent avoir une vie meilleure. La Suisse leur ouvrira les bras, il en est sûr, car elles ne sont encore que des enfants.

Elles partent en mai 1980...sachant qu'elles ne reviendront pas et ne reverrons sans doute jamais plus, ni leur pays, ni leurs parents...

 

Le lecteur les retrouve des années après, en 2016.

Dina, restée célibataire et sans enfants, s'occupe de son neveu, Johan, un jeune adulte en difficulté psychologique depuis 2002, date à laquelle il a perdu ses parents ( Alina sa mère et Grégoire, son père) ainsi que Paul, son jeune frère, dans un terrible accident de la circulation. Dans la voiture se trouvait aussi une mystérieuse jeune fille que personne ne connaissait...Jadrija. 

 

Peu à peu, le lecteur va au fil des pages, revivre les années manquantes et suivre les deux soeurs dans leur vie quotidienne, leur arrivée, leur intégration, leur réussite et leurs échecs...

Johan va mal. Il vit de l'argent de ses parents, dont il a hérité après l'accident et ne cherche même pas de travail. Sa tante s'occupe toujours de lui mais ils ne font que se disputer, elle voulant sans cesse lui parler de sa mère et de sa famille, lui refusant absolument de parler du passé.

Pourtant un  jour, malgré tout, il décide de retourner sur les lieux de l'accident...

 

Il enlève son casque et ses gants. Et maintenant quoi ?
Bien sûr qu'il ne peut pas se souvenir de l'endroit. Il n'y a rien qui ressemble plus à un bout d'autoroute qu'un autre bout d'autoroute. Il s'attendait à quoi ? A des marques dans le bitume ? Des traces de pneus...
Quinze ans qu'ils sont morts et voilà ce qu'il reste : rien. Et il s'en fout. Les morts sont morts. Fin de l'histoire.

 

J'ai aimé la construction du roman en cinq chapitres qui nous parlent tous de la terre natale (donc du sol) :  argile, sable, calcaire, humus...et terre sont les titres des chapitres. 

J'ai aimé que le roman soit davantage centré sur Johan et ses difficultés à vivre que sur l'arrivée des soeurs en Suisse. Ce qu'elles ont vécu au quotidien est raconté ici ou là par petites touches au cours du roman. 

J'ai aimé l'analyse psychologique des personnages et la rudesse des caractères qui cachent d'infinies souffrances.

 

J'ai également aimé, sans aimer les faits en tant que tels, vous vous en doutez, la façon dont l'auteur dévoile au fil des pages, ce qui se passait en Roumanie : la misère, les conséquences de la dictature dans la vie quotidienne des gens, l'absence totale de liberté, puis la découverte des horreurs après la chute de Ceauscescu, les terribles conditions de vie des enfants dans les orphelinats, les réseaux qui ont permis l'adoption de milliers d'orphelins, devenus au fil du temps, pour certains, trafics d'enfants... 

 

Je n'ai pas aimé que les soeurs ne s'entendent pas mieux à l'âge adulte que lorsqu'elles étaient jeunes adolescentes en Roumanie. Certes, leur personnalité a toujours été opposée, et leur mode vie est maintenant très différent : l'une a réussi dans la vie, alors que l'autre ne roule pas sur l'or, l'une a des enfants, alors que l'autre n'a jamais pu en avoir. C'est triste de constater que la distance entre elles deux n'a fait que s'accentuer, alors que l'exil aurait pu les rapprocher...

 

J'ai pris en peine le jeune Johan qui s'est tant blindé pour oublier l'accident dont il est l'unique rescapé, que plus rien ne l'atteint, ce qui l'empêche d'être heureux. Il ne veut rien savoir de ses origines, ni de ses parents, ni entendre les souvenirs de Dina sur leur famille, ou sur la Roumanie. D'ailleurs Alina, sa mère qui voulait s'intégrer à tel point qu'elle a modifié la dernière lettre de son nom, devenant Aline, ne lui en parlait jamais...Le sujet était tabou !

 

J'ai été surprise par la dernière partie du roman durant laquelle Johan recherche au fin fond de sa mémoire des traces de ce jour fatidique où il a perdu son enfance et son insouciance à jamais...

 

L'auteur revient dans ce roman, sur sa propre histoire familiale, ce qui explique qu'il ressemble davantage par moment à un témoignage. En effet, d'origine roumaine, c'est elle qui a vu ses parents fuir à l'étranger avant de pouvoir les rejoindre. Elle vit aujourd'hui à Genève et enseigne les Arts visuels. C'est son second roman. 

Merci à Babelio et à l'éditeur, de m'avoir fait permis de découvrir ce roman grâce à l'opération Masse Critique de septembre.

 

Le mot "juste" est un mot qu'elle emploie copieusement, il tourne sur sa langue avec délice...Jamais elle ne le dit à la légère, elle respecte ce mot plus que nul autre et elle ne l'étalerait pas sans qu'il soit parfaitement approprié. Ses nombreuses années de militantisme l'ont confrontée à des désillusions, des erreurs, des aveuglements et tant de luttes de pouvoir. Mais toutes ces années lui ont aussi appris qu'il était nécessaire, encore et toujours, de se révolter. Et la conscience de cette nécessité était nichée profondément dans son histoire.

tous les livres sur Babelio.com

Partager cet article

Repost 0
29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 05:40
Editions du Rouergue, 2017

Editions du Rouergue, 2017

Notre âge d’or était là, dans ces soirs où un peu moins voûté que la veille je passais sans entraves au travers des forêts, m’en allant retrouver ma reine le visage plein de sueur et de gratitude, ma reine qui avait jeté ses études aux orties et m’attendait nue dans notre chambre austère, avec un petit sourire en coin.

 

Vingt-ans après que sa femme Lily, soit partie avec leurs enfants, un homme se rappelle des derniers mois de leur vie commune.

Alors qu'elle a refait sa vie, et qu'il ne sait plus rien de ses trois fils, il ne peut effacer de sa mémoire, son amour pour elle qui occulte toute sa vie d'aujourd'hui. Mais il ne lui en veut pas, il l'aime toujours...

 

Dans les années 80, ils s'étaient installés dans ce petit hameau de montagne avec leurs deux enfants en bas âge. Lui est élagueur et un enfant du pays. Elle s'occupe des enfants, ayant abandonné ses études sur un coup de tête.

Un bébé est en route quand elle a un accident, nécessitant une courte hospitalisation, mais heureusement la grossesse se poursuit sans encombre. Lui mesure la perte qu'il aurait pu avoir, cela le déstabilise, elle à partir de ce jour-là, ne sera plus jamais la même.

Mais est-ce bien sûr que tout ait démarré à cause de ce jour-là ? Ou bien est-ce lorsque Lily revoit cette amie d'enfance à qui tout réussit et chez qui elle fait une "fugue" de quelques jours...

Lily est une jeune femme intelligente et sensible, mais instable et fragile. Le plus souvent sous médicaments (des barbituriques), en cachette de sa famille. Elle traverse sa vie sans la voir vraiment, s'appuie sur lui qui a des épaules solides pour deux, gère tout ce qu'il peut, la protège, s'occupe des enfants quand elle n'y arrive pas, en plus de son travail au-dehors. Il peut compter sur les grands-parents, mais elle les rejette alors qu'elle a besoin d'eux.

Elle s'isole, décide de reprendre des études pour passer un concours, s'installe dans les combles qu'il aménage pour elle, révise et s'absente de plus en plus souvent.

Leur couple est en péril mais il ne le comprend pas. Elle a tout abandonné pour lui depuis son adolescence où ils ont tout bravé pour avoir le droit de s'aimer, mais le quotidien l'étouffe à petit feu et elle rêve d'un ailleurs loin de là...sans lui ! 

Ils se sont connus à l'adolescence et ont bâti leur vie sur des motivations opposés sans le savoir, et pour combler les manques de leur propre histoire familiale. Mais Lily souffre au plus profond d'elle-même et passe par des hauts et des bas de plus en plus insurmontables. La remontée est de plus en plus difficile et par peur de se noyer définitivement, elle programme son départ.

Il ne voit rien venir...

Resté seul dans sa jolie maison de pierre aménagée pour elle, au coeur des montagnes, il n'éprouve aucune rancoeur mais n'arrive pas à vivre...

Pourquoi a -t-elle voulu le quitter ?

Et lui... pourquoi n'a-t-il jamais cherché à revoir ses trois garçons ? 

 

 

Elle avait toujours un pied dans ses limbes, des absences que les gosses lui faisaient remarquer quand à table, elle en oubliait de manger, toute prostrée devant son assiette. Thierry surtout qui lui réclamait alors un bécot de sa petite voix de souris.

Dans cette vie en dent de scie, il arrivait que Lily souffrit trop pour s'occuper correctement de deux enfants à la fois.Soit elle pressentait son angoisse et le matin me demandait de faire un crochet par la maison de ses parents, soit le plus souvent, elle luttait hardiment jusqu'à la dernière minute et dans un sanglot s'emparait du téléphone en décomptant mentalement les six ou sept cent secondes qui la séparaient désormais de sa prise de cachets ; et que ce fût son père ou sa mère à l'autre bout, l'échange était plus que lapidaire...

 

C'est un premier roman empli de douceur et de tendresse, paisible, mais très mélancolique et parfois même pesant. Il est très réaliste et sonne toujours juste. 

 

J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire au début et j'ai trouvé quelques longueurs ici ou là, mais la poésie du texte, les descriptions des paysages, les bruits de la vie quotidienne assourdis par la neige, les passages où le narrateur relate l'amour de son métier, sa vie avec le groupe d'élagueur et son union avec les arbres et la nature, m'ont conquise. 

 

Ce jeune couple isolé en apparence est en péril, parce que incapable de gérer seul ses failles. Tous deux sont tout à fait attachants d'autant plus que le lecteur entre dans leur vie privée, au coeur des relations familiales, avec les grands-parents, les amis, les collègues de travail, les gens du village qui les entourent et sont très présents dans le roman. 

Par exemple, il y a beaucoup de digressions autour de la gestion de la forêt, des touristes qui envahissent la vallée, des difficultés de l'entreprise d'élagage, et de celles privées des collègues de travail, mais aussi de leurs projets personnels ou professionnels. Les pages où le narrateur parle de la relation, toute faite de confiance mais sans paroles, qui se noue avec son patron sont parmi les plus belles du roman. 

 

Il n'y a pas de suspense puisque le lecteur connaît l'issue dès le départ, mais l'auteur fait une analyse très juste et très fine de la psychologie des personnages.

Aucune violence ne filtre jamais à travers les propos de cet homme délaissé.

Où quelle soit, quoi qu'elle fasse, il est heureux de son bonheur et ne désire rien d'autre. 

N'est-ce pas la plus belle preuve d'amour qui puisse exister ? 

Une belle leçon de vie, en tous les cas, et un jeune auteur à découvrir...

 

J'avais beau savoir que j'étais blessé et que ma blessure parlait à ma place, il y avait désormais ce soupçon logé en moi qui heure après heure devenait plus lourd, plus ramifié : à savoir que sevrée du Nembutal, la vraie Lily était fade, inconsistante ; que ces récits n'étaient que du vent et que je m'étais trompé...que des années durant j'avais aimé un leurre, un mirage...

Partager cet article

Repost 0
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 05:36
Philippe Rey, 2017 / Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Philippe Rey, 2017 / Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Je veux rester à la maison car la prison me manque. Oui, c'est la vérité, la taule me manque. Titta, Stefano, la puanteur des chiottes, le matelas pourri, le trou devant lequel je fumais...je comprends à présent à quel point cela me protégeait. Certes, je m'y sentais une nullité, mais j'étais en bonne compagnie.

Ces baraques n'existent plus. Il n'en est pas resté la moindre trace, car les efforts des pauvres gens ne laissent jamais de traces. Les manuels scolaires n'en ont pas conservé non plus le témoignage...

 

Ninetto, 57 ans, est incarcéré à Milan depuis 10 longues années.

Là, dans la cellule dont il va bientôt sortir, il repense à son enfance passée en Sicile, au temps où il était surnommé "sac d'os" par ses camarades de classe, tant il était maigre. 

Heureux à l'école malgré les moqueries de ses camarades, féru de poésie, le jeune Ninetto, âgé de 9 ans est pourtant obligé d'aller travailler aux champs avec son père lorsque sa mère tombe subitement malade. Ils sont pauvres, les médicaments coûtent chers et ne servent à rien, et même l'instituteur, leur voisin, ne peut rien faire pour lui. Il a faim, il est maltraité et tout le monde autour de lui trouve ça normal. 

 

C'est alors qu'il fait la connaissance d'un ami de son père,  Giuvà qui économise pour partir à Milan et propose de l'emmener avec lui. Poussé par son père à quitter la Sicile, il va très vite, alors qu'il n'a que 10 ans, trouver un boulot de coursier pour une blanchisseuse. Mais la vie à Milan est misérable. Rien n'est simple et tout se gâte quand Ninetto découvre que Giuvà s'est approprié l'argent que le père lui avait remis pour prendre soin de lui et qu'il ne manque de rien...

Il décide alors de se débrouiller seul...jusqu'à l'âge requis pour entrer à l'usine, où il trouvera un emploi chez Alfa Romeo et où il travaillera à la chaîne plus de 30 ans. 

 

En parallèle de son récit de vie, Ninetto nous parle de sa vie en cellule où ils vivent entassés à sept personnes dans un manque absolu d'intimité.

 

Mais quand l'heure de la sortie tant attendue a sonné, malgré son désir de retrouver rapidement du travail, et la tendresse dont l'entoure Magdalena, sa femme, Ninetto voit bien que  tout a terriblement changé... et qu'il lui faut réapprendre à vivre dans ce monde qu'il ne reconnaît plus.

 

Je ne suis pas poète, je le sais. Et je ne le deviendrai pas, maintenant que j'ai cinquante-sept ans et que je me sens vieux. Autrefois, pendant que je trimais ou marchais dans la rue, il m'arrivait de me dire de beaux mots et j'avais l'impression qu'ils formaient un poème.

Le train qui descend n'est pas le même que le train qui monte. C'est une autre histoire. Ses voitures vides sont éloquentes, elles disent le vide de la région vers laquelle on se dirige. Vide de travail, vide d'occupations, vide des gens qu'on pense revoir et qui ne sont plus là.

 

C'est petit à petit que le lecteur comprend pourquoi Ninetto est en prison, ce qu'il a fait est impardonnable, bien sûr, mais se comprend au regard de ce qu'il a vécu dans le passé. Tout le drame de sa vie nous apparaît. Son grand besoin d'amour et son désir de protéger les siens à tout prix expliquent son geste.

Les pages où il parle de son enfance, de la misère de sa famille puis des années de lutte en ville pour subvenir à ses moyens sont bouleversantes de réalisme. Je reconnais que je ne savais pas, ce qui est rappelé en fin d'ouvrage, qu'à la fin des années 50 et au début des années 60, l'émigration enfantine en Italie était aussi importante, tandis qu'en France, à cette époque-là, les conditions de vie étaient différentes. 

 

Malgré le contexte difficile, ce livre n'est pas pour autant triste du début à la fin. S'il est teinté de nostalgie et parle beaucoup de pauvreté, de solitude, d'exil, et d'immigration et nous ramène aux problèmes d'aujourd'hui, il est aussi empli d'humour et de malice. 

 

Au delà de l'histoire développée dans le roman et des explications sur la vie quotidienne de cette famille exilée, ce livre est un témoignage émouvant et réaliste des difficultés vécues par ces enfants pauvres, obligés de quitter leur famille et leur région natale pour tenter de survivre en ville. Il est normal que de nombreuses blessures et traumatismes aient perturbé leur vie durant, ces garçons calabrais ou siciliens qui ont connu la solitude, la faim et, la plupart du temps, l'exploitation par des adultes sans scrupule, voire la maltraitance.

 

Il faut souligner que peu de livres retracent le parcours de ces êtres meurtries, de ces milliers d'ouvriers venus grossir les effectifs des usines du pays à bas coûts et dans des conditions dignes de l'époque de Zola.

 

Ce roman est remarquablement construit et ne peut nous laisser indifférent. C'est à la fois une chronique sociale de l'Italie d'après-guerre mais aussi un roman sur l'exil, sur la réadaptation après une incarcération dans un monde devenu méconnaissable, et sur le besoin vital de se retrouver auprès des siens et de transmettre quelque chose à sa descendance, pour laisser une trace de son passage sur terre et se dire qu'on n'a pas vécu tout ça pour rien...

 

 

Moi je serais bien allé chercher un pauvre petit diable quelque part sur la planète. peu m'importait qu'il vienne d'un autre ventre et d'une autre semence que la mienne. L'affection et la protection que je lui aurais offertes auraient suffi pour qu'il devienne mon fils. Sans la terre chaude, sans les mains du paysan, sans le soleil, une graine ne signifie rien, les gens devraient le savoir.

 

Marco Balzano est né à Milan en 1978, où il vit et travaille comme professeur de lycée. Ses deux premiers romans, couronnés par plusieurs prix, ont reçu un très bel accueil. Avec "Le dernier arrivé", succès critique et de librairie, Marco Balzano a remporté le prix Campiello 2015, l'un des plus prestigieux prix littéraire italien.

Un auteur à découvrir absolument ! 

Partager cet article

Repost 0
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 06:04
Editions Les Escales, 2005 /  First, 2011 / Livre de Poche, 2013

Editions Les Escales, 2005 / First, 2011 / Livre de Poche, 2013

L'histoire de ta mère est aussi celle de ta grand-mère et de ton arrière grand-mère. Ainsi que ta grande-tante. Leur destin était entrecroisé... Elles illustrent à la perfection ce que nous appelons la fatalité, en Grèce. Celle-ci est bien souvent le fait de nos ancêtres, et non des étoiles. Lorsque nous évoquons l'Antiquité, nous nous référons toujours au destin, mais nous ne parlons pas réellement d'une force incontrôlable. Bien sûr, certains événements capitaux semblent se produire sans raison et bouleverser le cours d'une vie, mais, en vérité, notre destinée est déterminée par les actions de ceux qui nous entourent et de ceux qui nous ont précédés.

Maria retira ses ballerines pour monter sur une chaise branlante et remarqua aussitôt une marque étrange sur son pied nu. Son cœur marqua un battement. On aurait dit qu'elle s'était brûlé l'orteil au soleil et que sa peau en pelant avait laissé une tache de dépigmentation. Il n'y avait peut-être aucune raison de s'alarmer pourtant l'angoisse commençait à la ronger.

 

En vacances en Crète avec son copain Ed, Alexis, une jeune anglaise archéologue, s'interroge sur sa vie et ses origines familiales.

Peu de temps avant de partir, elle a demandé à Sophia, sa mère, l'autorisation de se rendre dans son petit village natal situé sur la côte nord de l'île. Cette dernière, bizarrement, ne lui a jamais parlé de son enfance, ni de ce village natal, ni de sa famille...et la petite Alexis a cessé depuis bien longtemps de l'interroger à ce sujet. 

A contre-coeur, Sophia lui a remis une lettre et une adresse, celle de Fotoni, une amie de la famille, mariée à  l'aubergiste du village de Plaka, censée lui en apprendre davantage sur ses origines. 

 

Lorsque Alexis décide de s'y rendre après deux semaines de farniente avec Ed à La Canée, une station touristique du bord de mer, ce dernier ne comprend pas cet intérêt soudain pour sa famille. Malgré sa mauvaise humeur, la jeune femme décide de prendre tout son temps durant cette escapade, ce qui lui permettra de réfléchir à leur relation de couple...

 

Dès l'arrivée dans le petit village côtier, à l'heure de la sieste, elle décide de commencer la visite des lieux par la petite île de Spinalonga, poussée par une curiosité naturelle et professionnelle.

 

En songeant qu'elle était seule sur Spinalonga, Alexis se sentit gagnée par une vague de peur... Elle n'avait jamais connu un tel isolement, se retrouvant rarement à plus de quelques mètres d'un autre être humain et, à l'exception des moments où elle dormait, n'étant jamais privée de tout contact extérieur pendant plus d'une heure. Son absence d'indépendance lui apparut soudain comme une chaîne, et elle se secoua.

 

Dans cette île, des centaines de lépreux ont vécu de 1903 à 1957, retirés du monde et comme "oubliés" par la société de l'époque. Elle découvre avec stupeur, des vestiges et une ambiance qu'elle n'aurait jamais imaginé.

Dès son retour, troublée, elle prend contact avec Fotini et son mari, Stephanos chez lesquels elle est accueillie chaleureusement.

Elle n'ose dire à Fotini que sa mère ne lui a jamais parlé ni de Plaka, ni de sa famille mais la vieille femme, qui a été l'amie de sa grand-mère va lui faire des révélations surprenantes, auxquelles la jeune femme ne s'attendait pas du tout...

 

-Ma mère s'est toujours montrée très secrète sur sa jeunesse, dit-elle. Je sais seulement qu'elle est née près d'ici et a été élevée par son oncle et sa tante...
Et qu'elle est partie l'année de ses dix-huit ans pour ne jamais revenir.
- C'est vraiment tout ce que tu sais ? s'étonna Fotini. Elle ne t'a rien raconté d'autre ?

 

Alexis va comprendre quel terrible destin la lie à l'île de Spinalonga, qui était la merveilleuse Maria, dont Sophia garde une photo de mariage, et pourquoi sa mère a rompu si violemment avec son passé, au point de ne jamais lui en parler. 

En effet, Eleni sa grand-mère, a été une des habitantes de l'île...

Eleni aurait pu prédire en tous points le comportement de ses filles. Anna, l’aînée, lunatique depuis toujours, ne dissimulait jamais ses sentiments. Maria, quant à elle, plus calme et patiente, perdait ses moyens avec moins de facilité. Fidèle, chacune, à son caractère, Anna avait davantage laissé paraître sa peine que Maria au cours des jours précédents, et elle n’avait jamais autant démontré son incapacité à contrôler ses émotions que ce matin-là. Elle avait supplié sa mère de ne pas partir, l’avait conjurée de rester, à grand renfort de cris courroucés et de cheveux arrachés. Maria, en revanche, avait pleuré en silence d’abord, puis à gros sanglots déchirants que l’on entendait de la rue. Elles en arrivèrent finalement toutes deux au même point, rendues muettes par l’épuisement.

 

Ce roman, dont j'avais jusqu'à présent repoussé la lecture, est une parfaite lecture de vacances.

C'est suite au voyage de Cathyrose en Crète, ce mois de mai dernier et à ses multiples reportages-photos sur son blog, que j'ai été tentée de me plonger dans cette lecture, dont elle nous a souvent parlé. 

Le roman alterne entre la vie à Plaka et sur l'île de Spinalonga. 

 

C'est un roman facile à lire et émouvant, qui sait alterner le pathos et des moments plus légers. Le style est clair et simple, et la construction, même si elle présente quelques retours en arrière dans le temps, est parfaitement compréhensible. L'intrigue est très romanesque et empreinte de mystères, juste ce qu'il faut pour en apprécier la lecture et le déroulement, avoir envie de tourner les pages et s'attacher aux personnages (ou les détester...).

 

C'est un roman qui bien sûr nous parle de l'histoire de la Crète, de la vie quotidienne, des fêtes et des traditions du début du XXe siècle, une période où les croyances et la religion étaient encore très présentes.

Il nous parle en particulier de l'histoire de la lèpre, cette terrible maladie qu'on soigne très bien aujourd'hui, mais qu'on ne savait pas soigner en ce temps-là et qui était si contagieuse, qu'elle provoquait chez ceux qui n'en étaient pas atteints un rejet immédiat, obligeant les malades à se retirer du monde et à vivre exclus jusqu'à leur mort, dans des souffrances terribles.

J'ai trouvé que d'ailleurs l'auteur abordait remarquablement bien ce problème du rejet et de l'exclusion. Et je crois que c'est cela qui m'a plu dans ce roman. 

J'ai appris beaucoup de choses sur les différentes formes que peut prendre cette maladie qui n'est pas toujours aussi invalidante que ce qu'on imagine.

 

J'ai donc passé un bon moment de lecture sans toutefois être subjuguée car bien sûr, j'ai deviné à l'avance pas mal de chose...

De plus, tout ce qui touche à Alexis dans sa vie d'aujourd'hui et en particulier ses petits problèmes de couple, m'a laissé totalement de marbre et je suis même surprise qu'une jeune femme ayant son intelligence et sa finesse n'ait pas cherché à en savoir plus, plus tôt, sur ses origines. Mais bon, il fallait bien que l'histoire commence par un mystère. 

 

Ce roman est bâti pour émouvoir et même faire pleurer dans les chaumières... D'ailleurs je pense qu'il correspond bien à notre sensibilité féminine, ce qui ne veut pas dire que les messieurs ne peuvent pas le lire. 

Donc d'après moi, pour l'apprécier vraiment, il faut : être en vacances, avoir envie d'une lecture facile mais émouvante, aimer les secrets de famille et les sagas familiales (sans forcément être adepte des séries télé sur ce thème !), être capable d'imaginer le cadre magnifique de l'histoire, sans oublier que l'île de Spinalonga, malgré les jolies descriptions faites par l'auteur, n'était sans doute pas du tout aussi paradisiaque à cette époque que l'auteur le laisse entendre...

 

Ce roman, considéré comme un best-seller a été traduit dans 25 pays et a reçu le Prix des Lecteurs FNAC en 2013.

Il a également fait l'objet d'une série télévisée très populaire en Grèce. 

 

Libérée de son point d'amarrage, la corde se déroula d'un mouvement vif, et des gouttelettes d'eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l'unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu'au son du moteur haletant elle s'éloignait du quai pour rejoindre l'île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s'y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d'olive. L'île n'était pas loin et, quand l'embarcation approcha de l'imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd'hui encore, une force d'attraction.

Partager cet article

Repost 0
21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 05:50
avril 2017

avril 2017

En l'espace d'un mois, le Chaos fut total. Des millions de "petites mains" qui s'arrêtent de travailler du jour au lendemain, ça a de quoi faire peur à tout bon capitaliste...
Le prix du baril explosa, mais pas longtemps. Déjà parce que les banques avaient deux genoux à terre, mais aussi plus personne ne payait son essence à la station, puisqu'il n'y avait plus de caissier pour encaisser.
...Le monde moderne s'écroula...

 

Bon autant le dire tout de suite...vous savez que je suis honnête : c'est un livre que je n'aurais jamais emprunté en médiathèque ou bien acheté spontanément au vu du seul titre. Il se trouve que l'éditeur Librinova m'a contacté pour me proposer d'en recevoir un exemplaire. Le thème m'a tenté et j'ai accepté. J'accepte très peu de service de presse, car j'aime garder mon libre arbitre et lire ce que j'aime. 

Et je dois dire que ce roman a été une heureuse surprise pour moi...

Le monde de l'entreprise n'est pas ma tasse de thé. Je n'ai jamais travaillé en entreprise telle qu'on l'entend aujourd'hui, même si je pense que toute structure de travail, telle qu'une commune, un établissement scolaire ou même une médiathèque, ressemble à une entreprise.

Je ne connais pas du tout les bureaux des services de paie, n'ayant eu à traiter avec ces bureaux que par téléphone. 

Heureusement donc, il est totalement inutile de connaître ces lieux pour entrer dans ce roman !

 

Je savais que le DRH était incapable d'utiliser l'outil de gestion des temps, même pour une simple consultation informatique. Cet outil web, pourtant simple d'utilisation, était trop complexe pour lui.
- On a un problème informatique sur les serveurs, je n'ai pas accès à la gestion des temps, pour le moment...
L'excuse du problème informatique, une vraie source inépuisable pour se sortir d'un embarras professionnel. Si on n'avait pas inventé les ordinateurs, on aurait été obligé de rester responsables de nos actes.

 

Voici l'histoire...

 

Dans une entreprise de banlieue, les employés ont du mal à démarrer l'année, suite à un réveillon de la Saint-Sylvestre bien trop festif. 

Jean-Valentin, le DRH, arrive en ce deux janvier, content de reprendre le travail malgré la corvée des voeux de bonne année, auquel il ne peut échapper. Une fois bien installé à son bureau, il va découvrir qu'il n'a pas été payé ce qu'il trouve plutôt inquiétant.  Mais l'inquiétude monte d'un cran quand il réalise que personne de l'entreprise n'a touché son salaire de décembre, or ceux-ci sont bien partis à la date prévue. 

 

Bien sûr, comme un malheur n'arrive jamais seul, les responsables du service paie sont absents, pour une raison inconnue. Quand le lendemain matin, les machines à café tombent en panne, les employés découvrent, catastrophés, qu'elles ne pourront pas être réparées rapidement comme à l'accoutumée, car les techniciens sont en grève, faute de salaire. 

 

Le narrateur, Rex Dulmer, est responsable de la reprographie. Il est inquiet car il est sans nouvelles de Samantha, sa soeur, qui travaille justement au bureau des paies. Elle n'a pas même daigné répondre à son message de bonne année et cela n'est pas dans ses habitudes. En plus, tout le monde lui met la pression espérant qu'il va savoir où elle se cache. 

Peu à peu, au fur et à mesure que les informations leur parviennent et qu'ils se rendent compte que les salariés de la France entière n'ont pas reçu non plus leur salaire, et qu'aucune entreprise n'est épargnée, les employés décident d'arrêter de travailler puisque rien, ni personne, ne leur assure qu'ils seront payés un jour en retour...

Le pays tombe alors peu à peu dans le chaos. 

 

Des années après  Rex, après s'être réfugié un temps chez ses parents, retourne vers Villefranche pour tenter de retrouver sa soeur dont la disparition, source de tous les problèmes, le hante toujours. En chemin, au milieu d'un paysage apocalyptique, il croise Dana, une ancienne collègue de travail...


 

- Rex ? Est-ce bien toi ?
- Oui...comment est-ce possible...Dana ?
Pouvait-on parler de destinée dans un monde de Chaos ravagé par l'Apocalypse ? A cet instant surréaliste au possible, il y avait légitimité à en débattre. Mais je sentais dans le regard tremblant de mon ancienne collègue de travail que ce n'était pas le moment de philosopher, et que sa course n'était pas le fruit d'une simple envie de faire du sport, ou bien de me retrouver plus rapidement.
Un danger la pourchassait, et j'allais bientôt devoir m'y frotter...

 

Aventure rocambolesques, humour, imagination débordante sont au rendez-vous de ce roman loufoque et décalé dans lequel vous rirez sans complexe. 

Il vous rappellera le monde du travail, certes, mais vous livrera aussi de multiples réflexions plus sérieuses sur le monde d'aujourd'hui où, vous le savez bien, tout tourne autour de l'argent.

C'est un roman qui est bien écrit et plaisant à lire. Décliné en douze chapitres dont les titres commencent tous par "Le jour où...", il se lit facilement. Chaque chapitre donne la parole soit au narrateur (emploi du "je") soit à un des protagonistes. 

 

Du réel, où il est bien ancré au départ, le roman bascule de façon originale dans la fantasy et le loufoque.

Les nombreux extraits et paroles de chansons en font un roman très gai et très actuel. Ce qui n'empêche pas l'auteur de citer Rousseau ou Spinoza au détour d'une phrase...ni d'intégrer dans son roman quelques scènes très cinématographiques, dignes des plus palpitants films ou romans de fantasy et de SF post-apocalyptique...

 

Le seul bémol, sans doute voulu par l'auteur que je pense assez malicieux pour ça, c'est que je me suis un peu perdue au départ dans les personnages masculins qui s'appellent tous avec un prénom composé commençant par Jean,  et les personnages féminins par Marie (mais bizarre j'ai eu moins de mal à les différencier... ). Cela peut paraître lassant, mais c'est symbolique et il faut l'interpréter au second degré ! En fait l'auteur aurait  pu mettre un numéro à chacun des protagonistes...car dans la plupart des grandes entreprises, on le sait bien, seule la fonction occupée est importante, qu'importe le prénom des gens.

Les seuls trois personnages qui ne portent pas de prénom composé sont : Rex, le narrateur, Dana dont il est amoureux et qu'il va retrouver dans la seconde moitié du roman et Samantha, la soeur de Rex...les plus importants pour notre petite histoire. 

 

J'ai également trouvé amusant que l'auteur prenne à témoin le lecteur en plein milieu du roman. Le narrateur d'ailleurs fait de même dès l'introduction pour contrecarrer les dire de l'auteur. Cela nous met dans l'ambiance dès le début du livre. 

Ce roman est une bulle de détente qui fait du bien...à offrir ou à lire pour passer un bon moment et se laisser emporter comme dans un sketche ou un film  des Monty Python.

Impossible de ne pas rire tant c'est par moment loufoque !  

Voilà vous êtes prévenus...

 

Vous venez de lire le blabla de l'auteur qui vous dit que cette histoire est purement fictive ? Et que toute ressemblance serait ...
Non mais l'autre...Ne le croyez pas, il veut juste se protéger par rapport à son boulot et son CV...tout ce qui va suivre est vrai, ou pour être précis, est arrivé.

 

Originaire de Villefranche-sur-Saône, David Petit-Laurent est donc un caladois, ce que j'ai appris lors de cette lecture, car je ne connaissais pas le terme employé pour désigner les habitants de cette ville !

David Petit-Laurent a fait des études de gestion en ressources humaines. Il occupe un poste de responsable paies. En parallèle, il se passionne pour l'écriture et écrit des histoires depuis qu'il a dix ans.

Il est déjà l'auteur d'une trilogie d'héroic fantasy,  intitulée "Les Fées Mères du Temps" parue aux Editions Nombre7 et de nouvelles réunies dans un recueil "Les fantaisies finales" (2014).

Un grand merci à Librinova de m'avoir permis de connaître cet auteur et ce roman avec lequel j'ai passé un agréable moment.  

 

Partager cet article

Repost 0
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 05:55
Albin Michel, 1997

Albin Michel, 1997

 

Il était temps que je me décide à emprunter le titre emblématique d'Alessandro Baricco, qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire et vous savez quoi et bien je l'avais déjà lu lors de sa sortie... il y a à peu près 20 ans ! 

Comme quoi, la mémoire nous joue parfois des tours, car je n'en avais aucun souvenir précis. 

 

Dès les premières lignes, une fois entrée dans l'ambiance, toute l'histoire m'est revenue d'un seul coup et le relire a donc été un double plaisir ! 

 

On était en 1861. Flaubert finissait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. Les sériciculteurs de Lavilledieu se mirent en société et rassemblèrent la somme, considérable, nécessaire à l’expédition. Il parut à tous logique de la confier à Hervé Joncour.

 

Hervé Joncour est un sériciculteur sérieux et passionné par son métier.

En 1860, les élevages de vers à soie sont en péril, suite à une épidémie inconnue, qui touche les oeufs.

Pour sauver les entreprises de son village de Lavilledieu (en Ardèche), et trouver des oeufs sains, il se voit contraint, pour ne pas décevoir les habitants qui lui font confiance, de partir au bout du monde, toujours tout droit, c'est-à-dire, au Japon ce qui n'était pas une mince affaire en ce temps-là. Il ira quatre fois, quatre expéditions mémorables !

Mais là-bas, outre les différences culturelles, auxquelles il lui faut faire face, son regard croise celui d'une jeune femme mystérieuse et envoûtante... 

Sa vie monotone et ennuyeuse jusque-là, bascule : il est pourtant marié et aime Hélène, sa femme, de tout son coeur. 

 

Notre héros, jusque-là spectateur de sa vie, va vivre des moments chargés d'émotions dans la plus parfaite indifférence apparente. 

 

Toute sa vie se déroule sous nos yeux, en quelques pages impossibles à raconter tant elles sont étranges, jusqu'au final que je ne peux vous dévoiler. 

 

A acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.

 

Est-ce un roman ou un conte ?

Est-ce de la poésie ou une partition de musique ?

Est-ce une ambiance ?

C'est tout cela à la fois...

 

C'est un roman bref mais intense, doux, pudique et sensuel comme la soie, écrit dans un style limpide, mais minimaliste, sans fioritures inutiles.

Les quatre longs voyages sont racontés en une-demi page, toujours identiques d'année en année, et répétitifs comme le refrain d'une chanson. 

 

Ce roman est une belle histoire d'amour au XIXe siècle ou plutôt une histoire sur l'amour : celui dont on rêve et qu'on recherche toute notre vie, celui qu'on a reçu ou perdu à jamais, celui  qu'on reçoit...si on sait voir qu'il est près de nous.

Cet amour est aussi fragile que ces oeufs de vers à soie, qu'il faut mettre au chaud et protéger tant ils sont vulnérables, nourrir au bon moment avec patience et attention, et libérer comme le papillon qui sort de sa chrysalide, pour avoir le plus doux des cadeaux, ce qui reste après tout ce travail quotidien... le doux cocon de soie. 

 

Même en le dégustant, ce court roman se lit d'une traite en une soirée et quand on referme la dernière page, on regrette que ce soit déjà fini.

Mais l'essentiel, comme toujours avec Baricco, est dans ce qui n'est pas dit et que chacun interprétera à sa façon...

 

- Tu étais mort.
Dit-elle.
- Et il n'y avait plus rien de beau, au monde.

Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu'au lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il semblait voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu'avait été sa vie.

Partager cet article

Repost 0
22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 06:00
Editions Anne Carrière, 2017

Editions Anne Carrière, 2017

Privés de leur humanité, ces neuf cent esclaves avaient souvent imaginé l'immense bâtisse en flammes, dans les hurlements de douleur de leurs maîtres blancs, oh si blancs.

 

La coïncidence a voulu que durant le week-end dernier, alors que des feux ravageaient ma région, je sois en train de lire le dernier roman de Robert Goolrick "Après l'incendie" qui j'en conviens, n'est pas du tout une lecture de vacances...

Avec Robert Goolrick, ce n'est pas l'histoire qu'il raconte qui importe, mais bien la façon dont il le fait  :  tour à tour, il me touche ou me dérange tant il y met de passion, de poésie et de sensibilité. 

Mais je le précise tout de suite, l'incendie dans le roman n'est aucunement lié à un feu de forêt. 

 

On dit que la vie est longue. C'est un mensonge. Elle s'écoule en un instant . On voit les choses de tout près, puis, presque instantanément de très loin, à une distance inatteignable, tandis que l'on reste sur la rive, dépossédé, vieux et fourbu, hanté par les souvenirs...

 

En 1999, un journaliste part à Saratoga, pour tenter de comprendre qui était Diana Cooke, la propriétaire du domaine, et comment elle a pu mystérieusement disparaître sans laisser de traces, après l'incendie de sa maison.

Saratoga était une des plus belles maisons de Virginie, voire la plus belle. Elle avait connu des jours fastes, du temps de l'esclavage, quand des femmes et des hommes, privés de leur liberté y travaillaient dans les champs de céréales et de coton, les ancêtres de Diana, à sa grande honte, ayant bâti leur empire sur la souffrance de centaines de noirs.

Il en restait encore quelques-uns qui s'occupaient de la cuisine, du jardin et du domaine, avant l'incendie, comme la fidèle Priscilla et son mari mais traités différemment à présent... 

 

Le roman retrace la vie de Diana, de son enfance dorée de privilégiée à ses années de jeune épouse et de mère. 

Née au début du XXe siècle, Diana Cooke est une jeune femme, charismatique, intelligente et cultivée. Elle vit dans ce vaste domaine avec ses parents, au coeur de l'Etat de Virginie.

Après avoir connu ses heures de gloire, le domaine est désormais anéanti par la crise qui sévit dans le pays. En effet, comment entretenir des milliers d'hectares de terres qui représentent aujourd'hui un gouffre financier.

A 18 ans, en tant qu'unique héritière, il ne reste à Diana qu'une seule solution : épouser un homme riche qui pourra l'entretenir. Elle qui était enfant, un véritable garçon manqué, et qui a été éduquée à Farmington, dans la plus rigide pension de jeune fille de l'époque, va devoir quitter son domaine le temps de se trouver un mari. 

Alors que la Première Guerre Mondiale touche à sa fin en Europe, Diana se rend à Baltimore, pour participer aux multiples bals des débutantes...

C'est ainsi qu'elle rencontre le riche capitaine Copperton.

 

Diana savait que sous ce vernis de politesse, il était d'une vulgarité indescriptible et qu'il ne serait jamais "comme eux", ainsi que l'aurait dit sa mère. Diana l'avait épousé pour l'argent, et le fait qu'il fût grand et beau , parfaitement policé et courtois en public ne pouvait éclipser ce qu'il était au fond : un rustre qui mettait les pieds sur la table et traitait mal les domestiques.

Il l'avait désiré avec l'ardeur d'un enragé. Dès l'instant où il l'avait vu se relever de sa révérence, à Baltimore, il avait ressenti cette nécessité de la posséder. Il fallait qu'elle fut sienne. Après avoir cherché qui elle était, quel était son rang, il ne l'en avait désirée que davantage...Il l'avait traquée , comme il aurait fait pour un cerf ou un ours.

 

Le capitaine, très amoureux, cache bien son jeu car sous ses airs séduisants, c'est un arriviste. Elle, croit être amoureuse, mais après une lune de miel idyllique, elle va déchanter très vite. Elle va en effet vivre de déception en déception, devenant à la fois pour son époux, objet de son plaisir, et de sa rancoeur. Sa vie, malgré l'argent qui coule à flot, le faste retrouvé, les soirées mondaines et les belles robes, sera faite de violence et d'humiliation...

Heureusement de cette union va naître un fils, Ash. Il fera lui-aussi sa joie et sa peine. Elle ne sait pas l'aimer comme il le faudrait et le petit garçon, malheureux à son tour, va s'attacher davantage à son père qui en fera son unique héritier, laissant à sa mort, sa femme sans le sou... 

 

 

Sur fond d'histoire des Etats-Unis au XXe siècle, cette fresque romanesque est dépeinte par l'auteur sans détour avec la passion qu'on lui connait.

J'ai retrouvé avec plaisir le talent narratif de l'auteur et sa sensibilité. Il sait s'attacher à ses personnages avec beaucoup d'humanité et nous les faire aimer. Il nous les montre sans fioriture et toujours avec une justesse telle, que tout ce qui leur arrive nous touche.

 

C'est un roman très fort que j'ai pris et que je n'ai pas lâché tant je désirai connaître le destin de cette jeune femme privilégiée certes, mais si attachée à ses racines.

Tandis que son monde s'écroule et, qu'autour d'elle tout se délite, comme si sa vie devait servir à rembourser toutes les dettes de ses ancêtres, elle va prendre une décision irréversible afin de laisser derrière elle le poids du passé qui l'étouffe et l'empêche d'être heureuse...c'est le prix à payer pour expier leur faute et être enfin, libre. 

 

Le roman est suivi, dans cette édition, par une nouvelle intitulée "Trois lamentations". Largement autobiographique, cette nouvelle retrace des événements vécus par l'auteur durant ses jeunes années de lycéens. Robert Goolrick nous raconte la vie de trois de ses camarades de classe, rejetées par les autres : Claudie est trop grosse, Wanda à l'inverse, un vrai "sac d'os" et Curtissa est noire. 

Imprégnée de violence et d'intolérance, cette nouvelle nous rappelle la cruauté de la ségrégation raciale, et les conséquences du déterminisme social qui en découle, et de toute autre forme d'exclusion.

C'est réaliste et triste à pleurer...

 

"Et vous, que faites-vous dans la vie ? " Et Lucius, dans son costume mal coupé et élimé, qui balbutiait en rougissant ; "Je repasse des livres". L'homme le dévisageait quelques secondes d'un air indifférent, avant de se tourner vers son voisin de gauche pour ne plus jeter un regard en direction de Lucius.
"Je repasse des livres" quand il aurait pu dire "Je restaure des livres", ou bien "Je sauve des bibliothèques", n'importe quoi de plus affriolant à quoi son voisin aurait pu répondre : "Vraiment ? Comme c'est fascinant."

Parfois au milieu du flot des petites choses, il en arrive de grandes...

 

Du même auteur, voici deux autres romans que j'ai déjà présenté sur ce blog...

Partager cet article

Repost 0
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 06:03
Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Zulma, 2005 / Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos

Elle devait avoir sept ou huit ans, pas plus, quand une interdiction, qui pour une fois ne venait pas de son père, vint dresser une barrière devant elle. Ils étaient certes musulmans comme eux, les enfants du voisinage, lui dit Oumma, sa mère, mais ce n’était pas une raison suffisante pour s’en faire des amis. Bref, elle ne devait en aucun cas avoir affaire à eux. Et pourquoi ? Pour une raison secrète connue du monde entier et qu’Oumma lui présenta en ces termes :
- Pattoumma, mon trésor, tu es la fille chérie de la fille chérie d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant. Ton grand-père avait un éléphant, un grand mâle à défenses !

 

Ce roman de littérature indienne...se lit aussi vite et facilement qu'un conte pour les grands.

 

Il nous raconte l'histoire de la jeune et jolie Kounnioupattoumma, issue d'une très bonne famille d'origine musulmane. D'un naturel gaie et naïf, la petite fille voit la vie en rose, comme une petite princesse, mais elle ne sait ni lire ni écrire et sa famille la garde dans l'ignorance de la vie et sous l'emprise de croyances religieuses dépassées. 

 

Arrivée en âge de se marier, elle voit défiler les prétendants, mais aucun ne convient à sa mère ! 

En effet, celle-ci est la fille d'un homme riche qui possédait...un éléphant, ce qui explique son rang ! Pas un petit éléphant, non, un grand avec des défenses énormes capables de tuer plusieurs kafirs...

Parée de bijoux, la jeune fille se demande pourquoi elle ne peut choisir son prétendant, mais sa crédulité l'empêche de poser la question.

 

Lorsque son père se retrouve ruiné par deux affaires, dont le procès intenté à son encontre par ses soeurs, en colère parce qu'elles n'ont pas eu leur part d'héritage du domaine familial, voilà la jeune fille prise au dépourvu. Elle ne sait rien faire et va devoir faire face à la pauvreté. Plus de bijoux, car ils sont vendus pour payer le procès, ni de maison, ni de domestiques à leur service, quant aux prétendants, ils disparaissent tous les uns après les autres.

La mère devient aigrie et en veut à la terre entière. Elle mène une vie impossible à son mari qui fait ce qu'il peut pour travailler et rapporter de quoi manger, et à sa fille à qui elle reproche, tout simplement, d'être née.

En effet, être la fille de celui qui a possédé un jour un éléphant, ne lui apporte plus ni respect, ni un quelconque avantage dans leur triste vie. 

 

Mais il y a toujours un revers de la médaille...

Maintenant que la famille est ruinée, Kounnioupattoumma va pouvoir vivre plus libre, aller se baigner dans l'étang aux nénuphars, ou près du puits des voisins, se promener dans la nature qu'elle adore, se faire des amies et peut-être un jour pourra-t-elle même, choisir son futur mari.

C'est alors, qu'après avoir fait une chute dans un ravin, elle croise le jeune (et beau) Nisar Ahmad, un jeune homme cultivé, poète et, comme elle, amoureux de la nature...

 

Kounnioupattoumma ressentait un bonheur indéfinissable, mâtiné de révolte et du désir de se venger. La perte subie était certes un grand malheur, mais elle voyait des gens, respirait l'air pur, profitait de la lumière du soleil, prenait des bains de lune, courait, sautait, chantait. Elle ne connaissait aucune chanson, mais qu'importe, elle était libre de faire ce que bon lui semblait.

 

Voilà un roman très court qui nous fait entrer sans détour dans la vie et les coutumes de cette famille musulmane d'Inde du Sud. Le roman s'apparente d'ailleurs davantage à un conte. 

La façon dont l'histoire se déroule, a le mérite de faire varier les points de vue. La vision naïve de la jeune fille peut parfois être surprenante, mais c'est ce qui nous permet de la trouver attachante et de nous intéresser à son avenir. 

 

Tout en lisant son histoire, le lecteur a une vision plutôt critique de la situation : les préjugés et les contraintes sociales imposés par la mère sont très lourds mais réels. Heureusement, ils vont voler en éclat.

Le roman a le privilège de nous dépayser, tout en faisant découvrir au lecteur les traditions toujours en cours, la différence entre les riches et les pauvres (donc le système de castes), les conditions de vie des femmes et des jeunes filles en Inde du Sud, et le manque d'humanité, dans cette minorité musulmane indienne.

Ce n'est pas un coup de coeur, mais j'ai passé un très bon moment de lecture. Les occidentaux que nous sommes, doivent aborder cette lecture en oubliant leur propre culture, ce qui n'est pas facile à faire, j'en conviens...

L'intérêt du livre réside surtout dans son humour, distillé à chaque page, la poésie du texte, mais aussi la réflexion permettant de comprendre l'importance dans ce pays, de l'éducation et de la culture pour se libérer de la tradition et des superstitions.

L'écriture, simple et facile à comprendre, permettra aux lecteurs, dès l'âge du lycée, d'apprécier cette histoire et vous fera voyager dans un autre monde.

N'est-ce pas une lecture idéale pour les vacances ?

 

L'auteur est surtout connu pour ses nouvelles, dans lesquelles il témoigne de ce qu'il a vécu et dénonce les relations amoureuses contrariées par les codes sociaux et l'injustice. 

Il a participé au mouvement de lutte pour l'indépendance de l'Inde ce qui lui a valu d'être emprisonné.

On le considère comme l'un des plus importants écrivains de la littérature malayalam contemporaine (une des 22 langues officielles de l'Inde,  parlée dans le sud et en particulier au Kerala).

Un auteur à découvrir donc, car cette littérature est peu connue, d'autant plus que ce roman est sorti en poche en 2013 et a fait partie de la sélection du Prix du Meilleur roman des Lecteurs de "Points". 

 

Partager cet article

Repost 0
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 06:22

Allongés l’un à côté de l’autre, ils écoutaient la pluie. On dirait que, comme pour moi, la vie n’a pas très bien tourné pour toi, en tout cas pas comme on l’espérait, dit-il. Sauf qu’elle me parait douce aujourd'hui, en cet instant. Plus douce que je ne mérite, en tout état de cause. Oh mais si, tu mérites d’être heureux. Tu ne le crois pas ?

Robert Laffont / Pavillons 2016

Robert Laffont / Pavillons 2016

Le gamin dormait. La chienne leva la tête de l'oreiller, regarda Louis, puis se recoucha.
Dans la chambre d'Addie, Louis tendit la main par la fenêtre entrouverte pour recueillir la pluie qui gouttait de l'avant-toit puis, regagnant le lit, il passa sa main mouillée sur la joue veloutée d'Addie

 

Dans la petite ville de Holt où il habite, Louis Waters reçoit une étrange proposition de Addie Loore, sa voisine. Elle lui demande s'il serait d'accord pour qu'il vienne de temps en temps passer une soirée avec elle et qu'ils dorment ensemble pour se témoigner un peu d'attention, se parler, échanger, se tenir simplement compagnie...

D'abord surpris, Louis finit par accepter.

Peu à peu les deux septuagénaires, veufs tous les deux, bravant les rumeurs de la petite ville, s'attachent l'un à l'autre et se retrouvent presque chaque soir. Ils se croisaient mais ne se fréquentaient pas, connaissaient les drames de l'autre de l'extérieur : ils vont apprendre à se découvrir différemment...

Car lentement mais sûrement leurs sentiments évoluent.

Maintenant ils se laissent même aller à quelques confidences et se disent des choses qu'ils n'avaient jamais dit à personne, revivent les moments forts de leur vie de famille ou de couple, et les drames qui ont bouleversé leur vie.

Ils sortent ensemble sans se cacher, vont au restaurant ou camper quelques jours ensemble. Ils retrouvent une sorte de nouvelle jeunesse, teintée du bonheur de ne plus être seul.

 

Mais c'est compter sans la présence de leurs enfants respectifs qui décident, par jalousie, de s'en mêler comme si tous les deux n'étaient plus maîtres ni de leurs sentiments, ni de leurs vies...

 

Les choses s'aggravent lorsqu'Addie doit garder tout l'été son petit-fils  âgé de 6 ans car ses parents viennent de se séparer.

Son fils, ulcéré, somme sa mère de ne plus voir le vieil homme et de reprendre une vie normale, la menaçant même de ne plus lui laisser voir son petit-fils qu'elle adore et dont les liens se sont encore resserrés durant l'été. 

La fille de Louis, de son côté, ne supporte plus les médisances de ses amies d'enfance qui la tiennent au courant par téléphone du moindre fait et geste de cet adorable couple. 

Tous deux décident alors de ne plus se voir...

 

Addie pleurait. Il passa son bras autour d'elle et la serra contre lui.
Nous avons passé de bons moments, dit Louis. Tu as changé beaucoup de choses dans ma vie. Je te suis reconnaissant. Çà compte pour beaucoup...
Tu m'a fait du bien. Que demander de plus ? Je suis un être meilleur que je ne l'étais avant.

 

Ce roman a été publié quelques mois après le décès de l'auteur, dont j'avais lu il y a fort longtemps "Le chant des plaines" en 2001.

C'est une sorte de célébration de la vieillesse. Il monte bien que l'amour n'a pas d'âge et que d'une longue amitié peuvent naître des sentiments sincères et durables.

Je le crois sincèrement qu'il n'y a pas d'âge pour être heureux, échanger de la tendresse et des encouragements et surtout vivre la vie qu'on s'est choisi.

Quand on a laissé derrière soi beaucoup de souffrances et d'illusions, quel mal y-a-t-il en effet à se faire du bien ? 

L'auteur nous offre-là un roman simple et qualifié par certaines critiques de "gentillet"...

Ah bon ! 

Moi je l'ai trouvé empli de tendresse, très touchant et d'une délicatesse étonnante. Et il n'y a pas de fausse note : il sonne toujours juste.  

Au-delà des mots, qui nous parle de la solitude des personnes âgées, il nous questionne sur le droit d'aimer quand on ne correspond pas ou plus, aux normes de beauté et de jeunesse de notre société.

Il permet aussi de s'interroger sur nos enfants qui ne sont pas toujours, même devenus adultes, capables de nous partager et de privilégier notre bonheur, ce qui peut être compréhensible certes, mais est je trouve plutôt égoïste de leur part et tout à fait révoltant.  Vous ne trouvez pas ? 

Retrouvez l'avis de Zazy, ci-dessous, elle aussi a été touchée par ce roman...

 

Partager cet article

Repost 0
9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 06:17
De la Martinière jeunesse, 2016

De la Martinière jeunesse, 2016

Longtemps, j'ai cherché depuis quand elle avait changé. C'est une obsession. Pourquoi n'ai-je rien vu, rien senti ? N'ai-je vraiment rien vu, rien senti ? En boucle je repasse chaque souvenir, je remonte le temps...

 

Ce récit, à la fois roman et documentaire, ne peut laisser personne indifférent. Il s'adresse aussi bien aux ados, qu'à leur famille. 

Il aborde un sujet si sensible et si actuel que je ne peux vous dire qu'une seule chose : il faut le lire. 

 

Sarah est une jeune lycéeenne française de confession musulmane. Camille est française et sa meilleure amie. Toutes deux sont en Terminale S et excellentes en classe.

Elles sont inséparables comme seules peuvent l'être deux adolescentes. Elles ont jusqu'à présent tout partagé : leur premier flirt, leur premier échec, leurs angoisses, leurs fous rires...

Mais un jour Camille change, ne veut plus sortir, ni réviser avec Sarah, elle se referme et fuit les autres.

Tout a commencé lorsqu'elles ont dû travailler ensemble sur un exposé, sur le thème du système productif alimentaire. En recherchant le mot "malbouffe", les deux jeunes filles prennent conscience que nous sommes tous, à quelque part, manipulés. Mais Camille en est davantage affectée et, de recherches en recherches, de vidéos en vidéos, elle va trouver des réponses à son mal-être, passer des nuits entières sur internet et devenir à la fois fuyante, secrète mais déterminée...et excessive.

 

Tout d'un coup Camille s'est redressée. Elle avait encore du mal à respirer, mais les larmes ne coulaient plus. Elle a regardé son père droit dans les yeux et elle a déclaré bien distinctement : De toute façon, vous n'êtes que des kouffar. Donc, vous n'êtes plus rien à mes yeux. Plus rien, vous entendez ?" Puis elle a tourné la tête vers moi : "Toi aussi, dégage, du balai."

 

Que s'est-il passé ? Ses proches s'interrogent sans se douter que c'est beaucoup plus grave que ce qu'ils croient...

Camille a rencontré sur la toile des partisans de Daech.

A 16 ans, elle est prête à tout, même à suivre à la lettre ce que ses "soeurs" et le mystérieux Abucobra lui demandent de faire.

Mais au fur et à mesure de son endoctrinement, et tout en préparant en douce son départ, elle va peu à peu s'éloigner de ses camarades habituels, les laissant dans l'embarras et l'incompréhension.

Heureusement elle n'arrivera pas à finaliser son voyage...mais tout n'est pas encore terminé pour elle. 

 

Le récit fait alterner les voix de Camille et Sarah qui s'expriment tour à tour, nous faisant entrer dans leur ressenti l'une après l'autre. 

L'auteur Dounia Bouzar ne cache pas que son livre est indispensable. Elle a recueilli pas loin d'un millier de témoignages de jeunes embrigadés par Daech avant de se décider à l'écrire. 

Docteur en anthropologie et spécialiste du fait religieux, elle a déjà publié de nombreux livres dont des essais. Son rôle auprès des jeunes lui confère une expérience incommensurable. 

Elle nous livre là un véritable témoignage, romancé et tout à fait crédible, fort et poignant. En effet à travers l'histoire de ces deux jeunes filles, l'auteur fait le tour du problème et révèle la fragilité des adolescents sans alarmer pour rien les parents. Son expertise est intéressante car elle dresse à travers son récit une sorte d'inventaire des méthodes utilisées par les adeptes de Daech pour repérer les jeunes les plus fragiles et les attirer dans leurs filets.

Elle nous montre aussi comment les jeunes se font endoctriner peu à peu : on leur fournit sur mesure, des réponses adaptées à leurs questions du moment ; les réponses s'adaptent particulièrement bien à leurs points faibles et à la crise existentielle, fréquente à l'adolescence.  

 

Ce qui est important dans ce roman, c'est que pas un seul instant l'entourage n'est culpabilisé. 

Tous les mots en rapport avec l'islam sont clairement expliqués dans des notes de bas de page. 

Les jeunes ados n'auront aucun mal à comprendre la différence entre l'endoctrinement de Camille et les idées qu'on lui a mis dans la tête, et l'islam doux et tolérant dans lequel Sarah, de confession musulmane, a été élevée par sa famille. 

A lire à partir de 12 ans...une lecture à partager avec vos enfants ou petits-enfants. 

 

La réunion de la préfecture nous chamboule tous. Ils nous passent des extraits de conversations Internet et de vidéos postées par les djihadistes pendant deux heures. Au départ ils arrivent par les réseaux sociaux du Net "masqués" : comme un groupe d'amis, un voisin, un étudiant en sciences, un séducteur...Ils ne disent pas qu'ils sont des rabatteurs de Daesh.

 

Vous pouvez lire la superbe chronique de Doc Bird ici...

Partager cet article

Repost 0
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:26
Actes sud, 2015

Actes sud, 2015

Ce soir encore ton oreiller est baigné de larmes.
A qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore...

 

Voilà un auteur que je ne connaissais pas du tout il y a 3 semaines et que j'ai découvert avec plaisir pendant ma pause suite à la chronique de Nath, du blog "Un chocolat dans mon roman", qui nous parle d'une autre série, "Le poids des secrets",  dont elle a commencé la lecture. 

 

Aki Shimazaki est un auteur d'origine japonaise, installée au Canada depuis plus de trente ans. Sa particularité est qu'elle écrit en français ce que je ne savais pas, bien que Nath le dise dans sa chronique (pourtant je l'ai lu attentivement !). 

Elle a écrit trois séries :

"Le poids des secrets" dont vous pourrez lire la présentation du premier opus sur le blog de Nath et très bientôt les prochains...

Cette série a obtenu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. 

"Au coeur du Yamato" , qui a permis à l'auteur d'obtenir le Prix littéraire Asie de l'Association des écrivains de langue française.

Et sa troisième, dont je ne connais pas le titre et dont "Azami" est le premier opus. 

 

C'est un roman qui se lit en une seule soirée et qu'on a du mal à lâcher. J'espère donc trouver la suite en médiathèque prochainement ! 

 

Azami est un prénom japonais féminin qui signifie "fleur de chardon". En lisant ce livre, le lecteur découvre que même si l'auteur écrit en français, elle nous parle de sa culture...

L'action se passe d'ailleurs au Japon et de nombreuses expressions, traduites à la fin du texte, étayent le roman.

L'écriture simple et légère m'a plu d'emblée, dès les premières pages. J'y ai retrouvé la poésie, la délicatesse, la sensualité et la pudeur des écrits asiatiques, sans toutefois occulter le besoin d'exprimer l'humain derrière l'histoire et son ressenti, qu'il s'agisse de sexe, de l'odeur d'une fleur, du désir de vivre, ou du plaisir de partager un bon repas...

 

Il faut que je m'en aille.
Elle baisse la tête. Je vois sa nuque blanche et les quelques mèches de cheveux tombant dessus. La rondeur de sa poitrine ressort sous sa tunique. Je saisie ses bras. Le parfum du savon. Soudain, mon corps frissonne. Je brûle de désir. Elle lève les yeux vers moi. Avant qu'elle ne prononce un mot, je couvre ses lèvres des miennes.

 

L'histoire

 

Mitsuo Kawano est rédacteur dans une publication culturelle mais rêve de fonder sa propre revue d'histoire. Marié et père de deux enfants, il mène une vie tranquille avec Atsuko qu'il aime profondément et admire beaucoup. C'est un père et un mari attentionné. Mais depuis la naissance des enfants leur vie de couple n'est plus la même et de temps en temps, lorsque Atsuko part à la campagne avec les enfants, il s'amuse un peu en ville, fréquente les salons de charme, ou mange seul au restaurant. 

 

Ce jour-là sa vie bascule lorsque le hasard met sur sa route Gorô Kida, un ancien camarade de lycée avec qui il n'avait pas particulièrement sympathisé à l'époque et qu'il n'avait pas revu depuis plus de 24 ans.  

Devenu le président d'une importante compagnie, ce dernier l'invite dans un club hors de prix où jamais Mitsuo ne pourrait se rendre avec son salaire.

Alors que les deux hommes refont connaissance en discutant, Mitsuo découvre avec stupéfaction que la jeune femme si attirante qu'il  a tout de suite remarqué durant la soirée, n'est autre que Mitsuko, une ancienne camarade de classe devenue entraîneuse.

 

Le choc est d'autant plus rude que Mitsuko a été son premier véritable amour et qu'il a gardé d'elle un merveilleux souvenir. C'était une jeune fille brillante en classe et très cultivée qui rêvait de faire de grandes études, mais qui, arrivée en cours d'année, n'était pas revenue à la rentrée suivante, attisant ainsi le mystère autour d'elle.  

 

Il n'en faut pas plus à Mitsuo pour que cette rencontre ravive ses désirs de jeunesse et ses rêves d'amour fou.

Il ne peut que chercher à en savoir plus sur elle et faire tout pour la revoir. 

Pendant ce temps, sa femme décide de réaliser ses rêves et de monter sa propre entreprise de culture de légumes bios à la campagne. Elle s'absente de plus en plus souvent...


 

Mon père me répétait : La vie parfaite n'existe nulle part. Sois content de ce que tu as. D'abord de ton nom reçu à la naissance.

 

Voilà un court roman de 130 pages, écrit sur une note tout à fait intimiste. L'auteur nous parle d'un couple et de sa fragilité mais aussi de passion, de trahison et de souffrance. 

Le lecteur est pris aussitôt par l'histoire et découvre très vite que Mitsuo est victime d'événements de plus en plus compromettants pour lui qui habite une petite ville de province. En effet, cela paraît tout simplement impossible que tant de hasard puisse avoir lieu dans sa vie dans une période aussi courte...

 

Je suis, vous l'aurez deviné conquise par la douceur de ce roman. Tout est en retenue, minimaliste et aucun sentiment n'est clairement exprimé...

Je vais sans nul doute avoir un été placé sous le signe de Aki Shimazaki.

C'est superbe !  

Je pense à son genji-na au bar X., Azami. Le même nom que je lui avais donné dans mon journal intime à l'époque. Elle serait surprise si elle le savait. C'était mon invention, mon secret. Mais comment a-t-elle aussi choisi ce surnom. J'aimerais bien le savoir.
L'azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n'en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d'un abord difficile.

Partager cet article

Repost 0
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 06:06
Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Liana Levi, 2006 / Le livre de poche 2009,

Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas.

 

Voilà un roman que j'ai déjà lu lors de sa sortie et que j'ai été incité à relire suite à la sortie du film, très critiqué que je n'ai pas vu, et aux discussions animées que nous avons eu sur l'auteur dans le cercle de lecture auquel je participe. 

C'est le premier roman de Milena Agus qui a été traduit en français. 

 

Quelle est la part de vérité et de fiction dans ce que l'on nous raconte sur nos ancêtres ? Connaissons-nous véritablement les êtres qui nous sont les plus proches ? 

 

Le dimanche, quand les autres filles allaient à la messe ou se promenaient sur la grand-route au bras de leur fiancé, grand-mère relevait en chignon ses cheveux et elle se rendait à l’église demander à Dieu pourquoi, pourquoi il poussait l’injustice jusqu’à lui refuser de connaître l’amour, qui est la chose la plus belle. En confession, le prêtre disait que ces pensées constituaient un grave péché et que le monde offrait bien d’autres choses, mais pour grand-mère elles étaient sans intérêt.

 

La narratrice nous emmène en Sardaigne autour des années 30, dans les pas de sa grand-mère qu'elle a adoré.

 

Jeune, sa grand-mère est plutôt jolie avec de grands yeux noirs et des cheveux longs magnifiques, mais tout cela ne lui sert à rien car son destin est tout autre et le mal de pierres (les calculs) dont elle souffre, l'empêche de trouver un mari. Enfin pas que...

En fait, c'est peut-être parce qu'elle est trop sensuelle pour l'époque et à la recherche du grand amour.

Alors forcément un mariage arrangé ne peut pas lui offrir cet amour-là avec un grand A.

Ou bien c'est peut-être parce qu'elle est un brin décalée ou folle, si vous préférez, et qu'elle fait fuir tous ses prétendants.

Ou parce qu'elle leur écrit des lettres exaltées qui font rougir de honte sa famille. 

Mais peut-être aussi est-ce parce qu'un jour où on l'a enfermé dans le grenier, elle a coupé ses beaux cheveux noirs avec une vieille paire de ciseaux, ou alors parce qu'elle s'est tailladé les bras, ou alors encore parce qu'un jour, elle s'est jetée de désespoir au fond du puits.

Vous ne le saurez pas...

 

Encore vieille fille à 30 ans, ce qui pour l'époque ne manque pas de faire parler les gens du village, elle finit pourtant par se marier avec un veuf venu se réfugier dans le village après avoir perdu tous les siens lors du bombardement de Cagliari. Il accepte de ne pas consommer le mariage car il fréquente abondamment depuis toujours les filles de joie et s'en contente. Elle accepte son sort et la vie à deux...

Mais son désir d'enfant la ronge et la détruit. Elle va alors accepter de se rendre sur le continent pour une cure censée améliorer son mal.

C'est là-bas qu'elle rencontre celui qu'elle appellera dans ses carnets, "le Rescapé" et dont elle va tomber amoureuse...

 

Grand-mère connut le Rescapé à l'automne 1950. C'était la première fois qu'elle quittait Cagliari pour aller sur le Continent. Elle approchait des quarante ans sans enfants, car son "mali de is perdas", le mal de pierres, avait interrompu toutes ses grossesses. On l'avait donc envoyé en cure thermale, dans son manteau droit et ses bottines à lacets, munie de la valise avec laquelle son mari, fuyant les bombardements, était arrivé dans leur village.

Et dans son coeur, pour la première fois, elle avait remercié Dieu de l'avoir fait naître, de l'avoir sortie du puits, de lui avoir donné de beaux seins, de beaux cheveux et même, ou plutôt surtout, des calculs aux reins.

 

C'est un roman simple et dépouillé, pour ne pas dire minimaliste mais qui en dit long sur la condition de vie des femmes et le peu de considération qu'on leur prêtait. 

La narratrice dévoile par petites touches, au fur et à mesure qu'elle découvre les carnets laissés par sa grand-mère, la personnalité de son aïeule. Le ton est toujours juste mais souvent empli de nostalgie. Le destin de la grand-mère est révélé avec tendresse, un grand sens du détail et beaucoup de poésie.  

 

Au coeur de l'histoire, la Sardaigne prend beaucoup de place.  Le lecteur découvre ainsi cette région isolée, avant et après la guerre, ce qui fait de ce roman une sorte de témoignage à la fois social et historique. 

 

Dans ses carnets secrets où elle satisfait son désir irrépressible d'écrire, la grand-mère livre sans pudeur ses désirs les plus fous, ses fantasmes, son manque criant d'amour, son innocence face aux exigences sexuelles de son mari et surtout, réinvente sa vie. 

Elle nous décrit la place de la femme dans la société de l'époque, la vie quotidienne, le rejet dont elle fait l'objet car elle est différente. Le lecteur découvre ainsi tous les membres d'une famille, sur trois générations.  

Mais quelle est la part de vérité et de rêve dans ses écrits ?

 

Cette femme sensuelle et libre qui réclame l'amour à corps et à cris mais dérange sa famille et les bien-pensants de l'époque ne peut que nous émouvoir quand le lecteur prend connaissance de son tragique destin. 

 

C'est un roman, sans doute en partie autobiographique, qui nous poursuit longtemps, la preuve en est que depuis plus de 10 ans que je l'avais lu pour la première fois, des lambeaux de phrases me revenaient en mémoire au fur et à mesure de ma lecture. Quoi qu'il en soit, impossible de fermer le livre en cours de (re)lecture...

Chroniqué sur ce blog et du même auteur "La comtesse de Ricotta".

 

Je l'avais peut-être aimé de la bonne façon...Quand je rentrais de voyage, elle était déjà dans la rue à m'attendre, je courais à sa rencontre, on s'embrassait et on pleurait d'émotion comme si je revenais de la guerre et pas d'un voyage d'agrément.

La nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur.

Partager cet article

Repost 0
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:55
Pocket Jeunesse 2016

Pocket Jeunesse 2016

Papa dit que c'est tout à fait compréhensible. Après tout, j'ai vécu un événement traumatisant. Je suis comme un bébé qui panique dès qu'on le dépose dans les bras inconnus. Je les ai vus, ces petits anges gazouilleurs, se transformer d'une seconde à l'autre en monstres hurlants. Moi, je ne hurle pas à vous déchirer les tympans. Pas vraiment.
Je me retiens...

 

J'ai très peu lu Sophie Kinsella jusqu'à présent. C'est une romancière anglaise connue pour ses romans chick-lit, qui s'adressent surtout aux jeunes adultes. J'ai appris récemment qu'elle écrivait non seulement sous le nom de Sophie Kinsella, mais aussi sous son nom de femme mariée, Madeleine Wickham.  

Elle a été révélée au public grâce à sa série"L'accro du shopping", une série sortie en France dans les années 2000. Ses livres sont faciles à lire et emplis d'humour...

 

Si j'ai décidé de vous parler de celui-ci aujourd'hui, c'est parce qu'il s'adresse aux adolescents d'une part, mais surtout qu'il aborde un sujet peu traité dans la littérature adolescente, celui du harcèlement. 

 

Je sais maintenant ce que c'est que d'être vieille.
Bon d'accord, je n'ai aucune idée de ce que ça fait d'avoir la peau ridée et les cheveux blancs. Mais je sais ce que ça fait de marcher dans la rue à pas lents et incertains, en grimaçant chaque fois que quelqu'un passe près de moi et en sursautant à chaque coup de klaxon, avec la sensation que tout va beaucoup trop vite.

Vous n'avez pas idée du nombre de gens qu'il y a dans le monde jusqu'au jour où ils se mettent à vous ficher une trouille bleue.

 

Audrey a 14 ans. Elle souffre d'anxiété et n'arrive plus à sortir au dehors depuis qu'elle a vécu des événements traumatisants avec un groupe de filles de son lycée.

Depuis, elle vit cachée derrière ses lunettes noires qu'elle ne quitte jamais et ne sort plus de la maison. Suite aux événements, elle a du être déscolarisée mais elle espère arriver à aller mieux d'ici la prochaine rentrée scolaire, pour reprendre ses études dans un autre établissement.

En attendant, elle est si anxieuse que lorsque quelqu'un sonne à la porte, elle court s'enfermer dans sa chambre. Elle ne supporte que la présence de sa famille et de son psychiatre et encore sans jamais regarder quiconque dans les yeux sauf son petit-frère. En plus il ne faut jamais lui parler de ce qui s'est passé et elle-même ne veut jamais en parler. 

 

Un jour, son psychiatre lui propose de tourner un film sur sa famille. Voilà qu'elle va pouvoir intercaler entre elle et les autres, l'oeil de la caméra. Cela change tout !

Cette caméra va lui permettre de poser un autre regard sur sa famille, un regard que nous partageons avec elle tout au long du roman. 

On découvre ainsi...

Franck, son frère aîné, accro aux jeux vidéos au point de ne plus dormir la nuit et de mettre sa mère vraiment très en colère.

Anne, la maman un tantinet trop protectrice et excessive qui passe son temps à rechercher dans le "Daily Mail", les articles sur le thème de l'adolescence et tente d'imposer à sa famille les conseils avisés des journalistes.

Chris, le papa trop cool, qui a renoncé depuis longtemps à contredire sa femme. 

Et Linus, un copain avec qui Franck, s'entraîne aux jeux vidéos pour un concours.

Lui va chercher à comprendre le problème d'Audrey sans poser aucune question et puisqu'elle ne veut pas lui parler et bien, il va lui écrire !

Ainsi, peu à peu, la caméra va aider Audrey à redécouvrir les autres, tandis que Linus la pousse à sortir de sa coquille... 

 

Le problème, c’est que la dépression ne s’accompagne pas de symptômes, comme des petits boutons ou de la fièvre, alors au début, on ne se rend pas compte. On continue à répondre « tout va bien » alors que, au fond, ça ne va pas du tout. On se dit qu’on n’a aucune raison d’aller mal. Et on se répète sans arrêt : « mais pourquoi est-ce que je me sens si mal ?

 

J'ai trouvé qu'Audrey était une héroïne attachante et courageuse car elle ne baisse jamais les bras. Son désir le plus cher en effet, est de vivre comme tout le monde et d'être "normale", mais elle n'y arrive pas ou au contraire, fait tant d'efforts, qu'elle tombe dans l'excès et brûle les étapes. 

L'auteur nous fait entrer dans cette famille loufoque et même, il faut bien le dire, un peu dingue, mais le lecteur découvre que c'est une famille unie et complice dans laquelle tous les membres participent à leur façon à la guérison de la jeune fille.

Les scènes entre la mère et le grand frère, accro aux jeux vidéos sont d'un comique rare et j'ai cru parfois entendre les cris tant elles sont réalistes...

Le père a baissé les bras depuis longtemps mais il n'en aime pas moins sa fille et se fait du souci pour elle.

Félix, le petit frère, du haut de ses 4 ans n'en manque pas une non plus et sa naïveté et sa bouille toute ronde aident beaucoup sa soeur. Il est le premier qu'elle arrive à regarder droit dans les yeux et sans lunettes.

 

J’ôte mes lunettes de soleil et je contemple son petit visage rond, si merveilleusement ouvert. Felix est la seule personne que je sois capable de regarder dans les yeux. Mes parents, ce n’est même pas la peine. Ils débordent d’inquiétude et de peur, ils en savent trop long. Ils expriment trop d’amour, vous voyez ce que je veux dire ? Si jamais je viens à croiser leur regard, tout me revient d’un seul coup comme un raz de marée – le tout mêlé à une colère qui chez eux est tout à fait justifiée. Non qu’elle soit dirigée contre moi, mais tout de même. C’est hautement toxique.
Quant aux yeux de Franck, ils ont seulement l’air un peu paniqués. Style : « À l’aide, ma soeur est devenue folle, que dois-je faire ? » Il aimerait bien que ça ne le touche pas à ce point, mais il n’y peut rien. Bien sûr que ça le perturbe.

 

J'ai trouvé aussi  que l'auteur avait une façon étonnante et très personnelle de traiter ce sujet grave. Le harcèlement est à peine suggéré tout au long du roman. 

C'est par de petites touches au cours de la lecture, que le lecteur arrive à imaginer ce qui s'est réellement passé entre les filles. Les faits ne sont jamais ni explicités ni mentionnés dans les détails. 

L'accent est mis sur le ressenti de la jeune fille...Le lecteur passe par des émotions contradictoires, des hauts et des bas au même rythme que cette jeune héroïne pour qui on ne peut qu'éprouver de la compassion car d'une part, elle s'adresse à nous directement et d'autre part, en tant que parents, nous ne pouvons que comprendre ses épisodes de phobies sociales et ses phases dépressives. 

 

 

Au delà du sujet, c'est un roman empli d'espoir qui montre bien que tous les êtres humains ont la capacité de rebondir dans la vie...et j'ai trouvé important qu'il en soit ainsi. 

A proposer aux ados dès l'âge de 13 ans et puis aussi à leurs parents. 

 

Partager cet article

Repost 0
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 06:09
Albin Michel 2017

Albin Michel 2017

Une cocotte Irone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous les feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle, garantie à vie.

...disons-le tout net, les enfants ne brûlent pas de devenir comptable. Ils déclarent, avec un aplomb magnifique, non, non, moi je serai pompier, danseuse étoile, footballeur, maîtresse d'école, président de la République, ce genre de choses. Mais comptable, non.

 

Tout d'abord je tiens à remercier les éditions Albin Michel, et Babelio, qui m'ont fait confiance et permis de découvrir ce roman en avant-première dans le cadre d'une Masse critique exceptionnelle. Je les remercie de leur confiance.

C'est donc un roman que je n'ai pas choisi et que je n'aurais sans doute pas emprunté spontanément en médiathèque (vue la couverture !), mais que j'ai accepté de bon coeur de recevoir et de lire.

 

L'histoire commence au mois de janvier...

Eugène, comptable depuis 19 ans décide de commander par internet une cocotte en fonte rouge pour mitonner de bons petits plats. 

Sa vie n'est pas trépidante et il se sent souvent seul, aussi attend-il la réception de sa cocotte avec impatience.

Parfois il se rend dans un bar proche de chez lui ou traîne un peu sur internet et il rêve en lisant les commentaires des autres...

En se promenant au bord de la mer à Saint Jean-de-Luz, où il habite, il se prend à imaginer qu'il est quelqu'un d'autre. Il trouve que botaniste est un métier qui fait davantage rêver les femmes...que comptable alors il se met à se documenter sur les plantes, la protection de l'environnement et la nature en général.

Pour se distraire le soir, il regarde la télé et en particulier cette émission de télé-réalité qui fait la une des médias, "Senior Stories" dans laquelle vous l'avez deviné, ce sont des seniors qui tiennent le public, surpris mais conquis, en haleine. 

Désespérant que la cocotte arrive un jour, il se décide à faire une réclamation auprès du service après-vente qui se trouve en Normandie. La réponse arrive sous forme d'une lettre-type dans laquelle, on lui demande encore de patienter...à cause du temps. Or  le mauvais temps n'a duré que deux jours et il attend sa cocotte depuis des semaines. 

 

Le transporteur, contacté, nous informe que les conditions météorologiques de ces derniers temps ont pu entraîner un certain retard.

 

Au fil de ses réclamations, il noue une relation avec Lucia, l'employé du service clientèle des cocottes Irone. Celle-ci finit par lui en faire expédier une autre...

La cocotte arrive enfin à la fin du mois d'avril mais tous deux vont continuer à communiquer et à échanger sur leurs régions respectives et sur leurs vies.

C'est alors que Lucia décide de répondre favorablement à l'invitation d'Eugène qui lui propose de venir chez lui déguster un plat mijoté avec la fameuse cocotte.

 

Mais, alors qu'elle a traversé la France pour venir le rejoindre, que leur rencontre est à la hauteur de leur attente, et que tout va pour le mieux, la terre se met subitement à vibrer, le temps semble s'arrêter un bref instant puis de plus en plus souvent, et l'air se raréfier : la planète montre des signes de faiblesse...

Les habitants s'affolent, et ne parlent plus que de ça. Ils renoncent à se rendre à leur travail, paralysant peu à peu tout le pays. 
Seuls les seniors de l'émission de télé-réalité vont être capable de ne pas céder à la panique et de continuer à diffuser conseils et points de vue à l'antenne, tandis que les politiques disparaissent les uns après les autres de la circulation...et que les scientifiques planchent pour trouver une solution. 

Le monde n'était donc pas invulnérable, s'étonnent certains ?

 

Les studios sont encerclés par des centaines de sympathisants, ils campent là jour et nuit, retransmettent le tout en direct sur les réseaux sociaux, soutiennent les papies-mamies. Ce soir ils reçoivent une délégation d'ouvriers en grève.

 

Voilà un roman léger et qui se lit en une soirée. Les chapitres sont courts et bien rythmés. Le texte est empreint de douceur, de poésie et, vous l'avez deviné, de bons sentiments. L'intervention d'événements surnaturels, mais qui pourraient ne pas l'être un jour, apporte une note de fantaisie dans le déroulement des événements mais peuvent surprendre le lecteur. 

 

C'est avant tout l'histoire d'une rencontre entre deux personnes solitaires et toutes deux discrètes qui n'hésitent pas à modifier leur quotidien et leur comportement pour profiter du bonheur qui leur est offert. Ils saisissent la vie telle qu'elle se présente et en toute simplicité. 

L'échange épistolaire entre Eugène et Lucia, est très touchant et empli de générosité et de douceur. Très formelle au départ, les lettres deviennent de plus en plus personnelles et tous deux, plutôt timides, se lâchent un peu.

 

Ce roman est aussi une critique, certes légère mais bien réelle de notre société incapable de se contenter de ce qu'elle a et qui en veut toujours plus sans que les hommes ne soient plus capables de réaliser leurs rêves de bonheur.

Seule, l'émission de télé-réalité qui est suivie par de nombreux spectateurs tout au long de la journée, fait bouger peu à peu les mentalités. D'autant plus que les seniors décident de ne pas s'en laisser conter et de transformer le loft en une tribune politique et sociale où tout le monde peut venir s'exprimer ouvertement, au grand dam du directeur de chaîne...

 

L'auteur glisse dans ses pages de nombreuses idées écologiques, nous incitant à réfléchir sur les conséquences d'une exploitation trop importante de notre Terre et montrant l'attitude des hommes, terrorisés au moindre couac mais ne se demandant jamais qui en est le responsable. La baleine qui grâce à son sonar peut se repérer la plupart du temps dans notre monde même perturbé, est comme un appel à la raison qui nous est lancé.

 

C'est donc une lecture facile mais plaisante, à la fois moderne, tendre et emplie d'humour, mais pour laquelle je ne peux pas m'empêcher d'avoir une impression de déjà vu...

Je suis cependant persuadée que ce roman plaira beaucoup aux amateurs de "feel-good" et aux jeunes adultes. Il peut d'ailleurs être lu également par des lycéens. 

A réserver donc aux vacances...ça tombe bien puisque ce roman ne sort en librairie qu'à la fin du mois de mai. 

 

Eugène lui raconte ses Pyrénées tout en conduisant. Seules les montagnes ne se rencontrent jamais, dit le proverbe...
Ici, explique Eugène, abondent les géants protecteurs ou menaçants...des nains aux pieds palmés...des fées et sur le toit de certaines maisons on peut voir des tuiles ou des pierres dressées de formes variées, ce sont des "espantabrujas", des effraie-sorcières, car ces dernières aiment entrer dans les maisons pas la cheminée...

Partager cet article

Repost 0
29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 06:19
Belfond / avril 2017

Belfond / avril 2017

Ainsi me retrouvai-je à demander "Je vous appelle pour avoir un renseignement, pourriez-vous me dire si votre entreprise a incinéré un homme appelé Daniel Sullivan, il y a vingt ans, un jour de la fin du mois de mai ?" Oui : pour ne rien ajouter au surréalisme de la situation, mon grand-père et moi partageons le même nom. Il y eut des fois où, au coeur de la nuit, j'eus l'impression de traquer mes propres cendres, celle de l'homme que j'étais avant.

 

Je vais vous parler aujourd'hui du dernier roman du célèbre auteur irlandais, Maggie O'Farrell. J'ai beaucoup apprécié de recevoir ce roman grâce à l'opération Masse Critique de Babelio et au partenariat avec l'éditeur.

En effet je n'avais lu qu'un seul livre d'elle, un roman que j'avais d'ailleurs fortement apprécié et chroniqué sur ce blog : il s'agit du roman intitulé, En cas de forte chaleur".

Depuis j'avais noté cet auteur à maintes reprises sur mes listes, sans jamais me décider  pour autant : il y a tant d'autres auteurs à découvrir.

 

La lecture d'aujourd'hui me conforte dans l'idée que c'est un auteur qui aime aller au fond des êtres et nous livrer tout en finesse, une belle étude psychologique de ses personnages. 

 

Il faut savoir que j'avais tenté d'appeler plusieurs fois Nicola depuis les États-Unis. Plusieurs fois, sans succès. Il faut savoir que je lui avais écrit...
Aucune réponse évidemment, et ce fut ainsi que la douleur émergea, irritante, piquante, de plus en plus forte. Rejeté quelqu'un était une chose, mais ne même pas daigner lui répondre ? Cette réaction me laissait coi.

 

Nous sommes en 2010 dans une maison du Donegal en Irlande, au bout d'une piste que l'on ne peut atteindre que si on sait que la maison se trouve là, au bout du chemin sur lequel il va falloir ouvrir (et refermer) pas moins de douze portails...avant d'atteindre la route qui ne se situe pourtant qu'à 1 km à vol d'oiseau. 

Là, dans cette vallée isolée où même les moutons ne supportent pas l'altitude, une famille s'est installée au milieu des prairies comme dans un refuge...

 

Le lecteur fait connaissance avec Daniel Sullivan, le père, alors qu'il doit partir prendre l'avion pour se rendre aux États-Unis, le pays d'origine de la famille, pour fêter les 90 ans de son propre père. Or l'angoisse l'étreint car depuis la mort de sa mère, ils sont fâchés et il n'est pas retourné là-bas. 

Tout va bien pour lui dans sa vie...Daniel est linguiste et il doit d'ailleurs donner un dernier cours à l'Université de Belfast avant de traverser l'Atlantique. Ses enfants le comblent de joie et il adore Claudette, sa femme, une merveilleuse mère et compagne, un peu excentrique c'est vrai, excessive et "fofolle" .

 

Mais lorsque, en chemin, il entend à la radio la voix de Nicola, sa petite amie de jeunesse dont il n'a plus eu de nouvelles depuis vingt ans, malgré ses lettres et ses appels, il comprend que celle-ci est décédée des années auparavant. Il ne peut empêcher les souvenirs de remonter d'un coup à la surface. Est-il responsable de sa disparition ? Le doute et les remords le rongent et savoir, devient pour lui une véritable obsession.

Il n'a  de cesse de repenser à sa jeunesse, à ses amis d'alors, à sa première épouse et à ses deux premiers enfants qu'il n'a pas revu depuis 10 ans parce que son ex-femme a tout fait pour ça, et qui lui manquent beaucoup. Il pense à Nicola qu'il a aimé puis quitté dans des circonstances dramatiques.

Alors que sa famille américaine l'attend, il va traverser l'Amérique et tout faire pour revoir ses enfants...puis au retour, il décide de passer par Londres pour tenter de revoir Todd, cet ancien ami qu'il n'a pas revu lui non plus depuis deux décennies et qui reste son seul moyen d'en savoir plus sur Nicola.  

Mais comment Claudette, sa femme va-t-elle prendre ce changement de programme imprévu ? Daniel bien sûr, la connaissant, s'attend au pire...

 

J'imagine ces lettres, treize fois dix, ce qui fait un total de cent trente. Deux cent soixante avec celles de Niall. Je me demande ce que maman en a fait. Les a-t-elle brûlées, jetées aux ordures ? Mes pleurs redoublent à cette idée, Niall se gratte et papa continue de parler [...]
Il se laisse tomber sur la banquette. Il ramasse sa petite cuillère comme s'il la voyait pour la première fois.
"Je n'ai jamais perdu espoir, dit-il à la petite cuillère, apparemment. Il n'y a pas un jour, une heure, une minute où je n'ai pas pensé à vous. N'oubliez jamais ça."

 

Avec une extraordinaire maîtrise, l'auteur déroule par flashbacks successifs la vie de ses personnages et nous fait entrer au coeur de ces familles dont les histoires pourraient paraître bien banales si elles nous étaient contées par une autre plume que la sienne. Le lecteur est transporté des années 44 jusqu'à aujourd'hui. Chaque chapitre se situe dans un lieu et temps différent mais le lecteur sait parfaitement qui parle. Peu à peu au fil des événements, le puzzle se met en place. 

 

Daniel  partagé entre les États-Unis, l'Irlande et l'Angleterre se trouve au centre du roman. On apprend peu à peu comment il a rencontré Claudette, et comment il est entré dans sa vie puis s'y est installé. Le lecteur fait connaissance avec ses amis de jeunesse, prend acte de ses erreurs passés et de ses faiblesses d'hier et d'aujourd'hui.

L'auteur met aussi l'accent sur les autres personnages en leur permettant de s'exprimer chacun leur tour. Claudette bien sûr prend souvent la parole. C'est une femme extraordinaire, mais si fantasque. Ancienne star de cinéma, elle n'a pas hésité à organiser sa propre disparition pour fuir en cachette, en emmenant avec elle son fils Ari, le milieu dans lequel elle se sentait étouffer de plus en plus.

Après Claudette, le lecteur fait connaissance de Lucas, le frère de Claudette qui va pouvoir réaliser un de ses rêves grâce à sa soeur ; Puis de Timou Lindstrom, le père d'Ari, un grand réalisateur de cinéma qui nous explique comment il a rencontré Claudette en 1989 et a su la révéler et la propulser sur le devant de la scène alors qu'elle ne se sentait pas du tout l'âme d'une artiste.

Les enfants de Daniel ne sont pas en reste et prennent la parole à plusieurs reprises : Niall souffre de problèmes dermatologiques aigus, et Phoebe, la petite soeur tente de comprendre pourquoi son père les a abandonné ; Marithe et Calvin et leur grand frère Ari, les enfants de Claudette interviennent aussi rappelant au lecteur que la parentalité, et en particulier la paternité est un des éléments importants du roman. Que les enfants soient légitimes, adoptés, désirés ou pas, ils sont bien présents et importants dans les décisions de couple. 

 

L'auteur, avec son écriture toute en finesse, emplie de tendresse et d'empathie pour ses personnages nous dévoile encore une fois, son immense talent. Elle aborde avec humour, douceur et sagesse les problèmes de couple, parle de sa fragilité, du poids des blessures de l'enfance, et des dégâts de l'addiction...mais aussi de la paternité déchue, des choix de vie qui vont impacter sur toutes les générations futures et donc de la vie tout simplement. De plus, elle a le don de capturer LE détail qui va rendre ses personnages encore plus humains et proches de nous...

Et tout cela explique qu'encore une fois l'émotion soit au rendez-vous. Un livre idéal à lire quand vous aurez le temps de le faire sans une interruption de plusieurs jours entre les chapitres...au risque de vous perdre dans les époques, les lieux et les personnages et d'être obligés de revenir en arrière.

 

Partager cet article

Repost 0
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 06:10
Éditions du Rouergue, 2016

Éditions du Rouergue, 2016

Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.

 

Prune et Merlin se sont éloignés de la ville pour s'installer en campagne dans une vieille maison à retaper du Sud-Ouest, mal fichue mais pleines de promesses lorsqu'ils auront pu enfin y faire tous les travaux nécessaires. C'est exactement  la maison qu'ils ne voulaient justement pas acheter. 

En attendant, Merlin installe son atelier, un endroit indispensable pour le dessinateur, auteur et aquarelliste animalier de talent qu'il est. Il a en particulier écrit et illustré une série de BD à succès, Wild Oregon et en est déjà au XIIIe tome. 

 

Le couple coule des jours heureux mais la vie sait particulièrement être cruelle. Voilà que Laurent, son meilleur ami meurt subitement.

Le monde de Merlin s'écroule. Au-delà du chagrin, il ne sait pas comment se remettre à écrire car Laurent lui a inspiré le personnage de Jim Oregon, le héros de sa BD. Un personnage bien présent, donc, sorte d'ours solitaire mais très attachant, dont le seul défaut est d'être un peu porté sur la bouteille.

L'inspiration s'envole et Merlin ne sait plus comment faire vivre son héros, s'il doit poursuivre sa série ou tout arrêter... 

 

Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.

 

Mais Laurent qui connaissait bien Merlin, lui a laissé un testament dans lequel il lui demande de faire en sorte que son personnage (Jim Oregon, donc) vive une intense histoire d'amour avant de disparaître... 

Et en plus de lui faire rencontrer le grand amour, Laurent demande à Merlin de se débrouiller pour que pour cette unique fois de sa vie, il ne gâche pas tout, comme il a su si bien le faire de son vivant.

Comment transformer un personnage solitaire et bourru en amoureux transi, soit-il dans une BD ?

Merlin ne sait plus que faire et s'enlise chaque jour davantage, sans pouvoir écrire à nouveau ou dessiner, une seule page...

 

Je vais mal, ils vont mal. Je vais bien, ils vont bien. Et réciproquement. C’est là que ça devient difficile à comprendre.
[Merlin parlant de ses personnages de BD]

 

Vous l'aurez compris, une facette du roman concerne le problème de la création artistique...et l'ingérence de la fiction dans la réalité. L'auteur s'amuse à nous faire passer d'un monde à l'autre et lorsque le personnage de la BD prend le pas sur la réalité, le roman bascule dans le loufoque...

Comme vous l'avez deviné aussi, Merlin est un enchanteur et un vrai. Il est si humain et terriblement attachant ! Sa façon de transformer sa vie en planche de BD est absolument unique. 

 

Le personnage de Prune n'existe qu'à travers le regard de Merlin. Elle est là et bien présente et c'est important pour lui. Il l'aime et elle le lui rend bien. Elle installe le nid, décore la maison, repeint les murs, bêche le futur jardin potager mais Merlin est tellement en dehors du réel, qu'il croit qu'elle creuse une piscine...

Les personnages secondaires ne sont pas en reste : excentriques, colorés, réalistes mais un brin déjantés eux-aussi ! Ma préférence va bien évidemment à l'oncle Albert qui, à bientôt 93 ans, décide de se séparer de sa femme devenue insupportable pour couler des jours heureux avec une vieille femme de son âge, pleine d'humour et de tendresse.  

Le style est enlevé mais très poétique.  Les chapitres très courts sont bien rythmés et le texte est étayé d'extraits de BD et de dialogues écrits ou rêvés...

 

C'est un roman drôle et tendre, dans lequel on entre comme si on rendait visite à des amis. Il n'a pourtant rien de superficiel. On y trouve de vraies réflexions sur la vie, la mort,  le temps qui passe, l'amour et le couple, et l'importance de l'amitié. 

On y retrouve aussi l'humanité et la bienveillance chères à l'auteur. 

 

Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abîmes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.

 

Je connais peu Marie-Sabine Roger pour ses romans d'adulte car je n'avais lu jusqu'à présent que "Trente-six chandelles" l'année dernière et "Vivement l'avenir", au tout début de mon blog.

Par contre, je l'adorais dans ses écrits de jeunesse.

J'ai eu un immense plaisir à lire ce dernier titre et je remercie Mousse de me l'avoir conseillé.

Malgré la tristesse du sujet et l'émotion omniprésente, c'est un livre qui vous mettra de bonne humeur et qui se lit avec le sourire, voire pour certain passage en riant carrément, ce qui ne fait pas de mal. 

 

Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.

Partager cet article

Repost 0
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:13
Actes sud 2013

Actes sud 2013

D'abord viennent les images. La première suit le hurlement d'une sirène en pleine nuit. Dehors, de l'autre côté de la fenêtre, dans le champ étroit entre les bâtiments, des ombre mouvantes, ployées. Une ombre atteint la baraque, y pénètre. Mila ne regarde pas...elle fixe la femme. Le visage de la femme. Les os...

 

"Kinderzimmer" est un roman très dur mais qu'il est indispensable de lire.

Il raconte le quotidien de femmes déportées et enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Suzanne Langlois, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour témoigner de ce qu'elle a vécu dans les camps. Comment peut-elle répondre aux questions de ces jeunes avides de savoir, en restant au plus près des faits historiques, mais tout en préservant une part de leur insouciance...

 

Tenir du charbon, cette masse noire, grasse et friable, c'est tenir un coeur dans ta paume. Mila se demande combien d'heures de vie supplémentaire contient chaque morceau...

Dehors il fait un temps splendide. L'année dernière on dit qu'il a neigé jusqu'en juillet. Mais le ciel est clair en ce mois de juin, transparent, figé dans une éternité de bleue de cobalt. Un temps à pique-niques. A baignades...

 

Sous le nom de Mila, elle faisait partie d'un réseau de résistants parisiens.

Lorsqu'elle est arrêtée en 1944, elle est enceinte et a juste 22 ans.  

Parmi les quarante mille femmes, venues de toute l'Europe et détenues au camp de Ravensbrück,  Mila vient d'arriver lors du dernier convoi...une petite jeune femme perdue au milieu de l'horreur.

Dès les premières heures, elle pressent qu'elle va devoir se cacher et taire sa grossesse. Elle a peur. Elle ne sait rien de ces choses-là. Personne ne lui a expliqué comment se déroulait une grossesse, une naissance...mais si elle parle, elle meurt.

 

Alors il lui faut supporter comme les autres, l'appel de nuit avant 4 heures du matin dans le froid, les bagarres et les vols, les maladies dont personne ne sait jamais rien mais qui emportent ses camarades de baraquement, la saleté, la puanteur des locaux et des corps, et...la faim insoutenable.

 

Mais entre certaines femmes la solidarité se met en place et l'une d'entre elles va découvrir la grossesse de Mila et chercher à l'aider.

Mila découvre alors la "Kinderzimmer", la chambre des nourrissons, un endroit où les bébés sont abrités loin de leur mère, où la plupart meurent, de faim, de froid, ou de manque de soins mais où certains survivent.

Pour Mila, il y a cet espoir, certes ténu, mais bien réel...garder son enfant, le mettre au monde tient du miracle, mais devient sa raison de vivre et de se battre jusqu'au bout... pour lui.

 

Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

Un roman-témoignage grave et bouleversant dont on ne peut, en tant que femme mais aussi d'être humain, sortir indemne tant il est éprouvant...

Le lecteur voit tout de suite que l'auteur sait de quoi elle parle et que la fiction ne peut en aucun cas faire oublier les faits. L'écriture dépouillée et sans détours inutiles nous plonge dans l'horreur. 

 

Je ne vais pas vous sortir des chiffres, vous dire combien ont été internés, hommes, femmes ou enfants dans ces camps, combien y ont laissé leur vie et combien en sont revenus. Car les chiffres pour effroyables qu'ils soient, ne disent rien...

Les romans, les témoignages, les faits, les mots eux, qu'ils soient fictions ou témoignages, nous parlent davantage...même s'ils ne nous épargnent pas, même s'ils sont insoutenables.  

 

Un livre fort, indispensable, pour ne jamais oublier... 

 

 

Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. Ou plus exactement : tu nous as fait peur. En fait ils ont peur d'elle. De ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre. Ils disent nous aussi on a eu faim, et froid. Elle sait que c'est elle qui doit revenir au monde, leur monde, reprendre la vie où elle l'a laissée, où ils la lui ont laissée. Comme avant...

 

Je sais que certains d'entre vous ne veulent pas lire de livres sur ce sujet et je respecte leur choix, mais pour moi, il est indispensable à l'approche du 8 mai, de ne pas oublier les horreurs de la dernière guerre, ceux qui ont vécu cet enfer des camps, y ont perdu la vie, ou qui en sont revenus, meurtris à jamais.

 

Un autre avis à lire sur le blog de Violette...

Partager cet article

Repost 0
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 06:19
Mercure de France, 2016

Mercure de France, 2016

Le soir même, je me met à pleurer et Paul me console. Il me répète : Tu pars quand tu veux. Mais ce que je veux, c’est rester avec lui et retrouver Vincent, aller jusqu'au bout du voyage et rentrer demain. Partir, rester.

 

Lili a 20 ans au début des années 80 lorsqu'elle embarque sur le Horus avec son frère Paul.

Lili et Paul ont toujours été très proches. Lui quitte sans regret Alice, la jeune femme qu'il aime, n'espérant pas qu'elle attende son retour. Lili, elle, vient de tomber amoureuse de Vincent et regrette déjà de le laisser derrière elle...mais elle a besoin de se sentir libre, loin de toute attache familiale. Faustine, la meilleure amie de Lili les accompagne et tous trois doivent retrouver Benjamin à Dakar qui les aidera à faire la traversée.

 

Paul a beau avoir toujours été passionné de voile, traverser l'Atlantique, même en passant par la côte africaine et le Sénégal, ce n'est pas pour autant de tout repos.

Il faut essuyer des tempêtes et d'un port à l'autre, les étapes sont parfois plus longues que prévues et toujours éprouvantes. 

Aussi personne n'a le temps de s'ennuyer : ils lisent, écrivent et rencontrent aux escales des tas de gens avec qui ils sympathisent le temps de quelques dîners ou autres soirées communes. Parfois ils font même un petit bout de chemin (enfin de voilier je devrais dire) ensemble ou s'installent dans des coins paradisiaques.

 

Pourtant les absents sont très présents et Lili va devoir se résoudre à rentrer à Bordeaux, où elle doit retrouver Vincent.

Mais alors que son frère Paul continue seul son périple, elle va découvrir que ce qu'elle a vécu lors de cette traversée, l'a transformé à tout jamais...

Pourra-t-elle retrouver une vie dite "normale" ?

 

Un bonheur sourd m'empêche de trouver le sommeil. L'impatience que j'éprouvais, enfant, me revient. C'était l'été, le soir, dans mon lit ; j'essayais de fermer les yeux sans succès, la perspective de la journée suivante me débordait.

 

Ce livre au rythme très lent est un roman initiatique.

Ne vous attendez pas à lire une odyssée ou un récit de voyage palpitant...il n'en est rien ! 

Cette jeune femme qui raconte de manière quasi linéaire son voyage, n'est qu'un prétexte pour l'auteur de parler d'elle, de cette jeune femme qu'elle a été, constamment en proie à des doutes existentiels et à un sentiment de manque.

Partagée entre deux cultures, Lili devra enfin se résoudre à dire les mots que personne n'a jamais voulu prononcer, à parler avec son père de l'exil qui a marqué sa famille et l'a conduit à ne jamais se sentir pleinement bien, là où elle se trouve...car à n'être jamais nulle part à sa place. 

 

C'est donc un beau sujet pour un roman intimiste qui nous montre les faiblesses de cette jeune femme, ses interrogations et ses doutes alors qu'à plus de vingt ans, elle n'a pas encore trouvé sa place ni affectivement, ni professionnellement et qu'elle se cherche encore...

 

Ce roman est facile à lire et ceux qui aiment la voile et la mer, y trouveront leur compte car beaucoup de passages relatent les manoeuvres et les difficultés de navigation, liées aux aléas du climat local. 

Moi je l'ai trouvé simplement facile à lire. Le ton sonne toujours juste et j'ai été touchée par cette jeune femme adulte certes, mais encore si fragile.

J'aurais aimé par instant davantage de profondeur...mais ce roman ne montre-t-il pas, tout simplement, l'insouciance qui est le propre de la jeunesse ?

C'est le premier roman que je lis de cet auteur et j'avoue que j'aimerais bien poursuivre encore un peu le voyage auprès d'elle.

 

Les trois bateaux se sont retrouvés, nous nous mettons à la cape pour passer la nuit loin des récifs et approcher au matin. j'aime quand on fait ça, qu'on immobilise le bateau sans jeter l'ancre car la chaîne n'y suffirait pas, juste avec le foc à contre-vent. J'aime l'idée que le bateau se stabilise, se transforme en îlot.

Partager cet article

Repost 0
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 06:04
Le Cherche midi, 2016

Le Cherche midi, 2016

 

Comme je vous l'ai annoncé lorsque je vous ai parlé du livre "Mille femmes blanches", j'ai lu le second volet écrit par Jim Fergus quinze ans après et paru l'automne dernier. 

Dès la couverture, que personnellement je trouve magnifique, le lecteur entre dans l'ambiance du roman. Sur cette couverture en effet, c'est Pretty Nose qui est représentée, une indienne arapaho (tribu amie des cheyennes). Son regard est magnifique mais il nous montre une sorte de renoncement et de grande tristesse comme si elle voulait nous annoncer qu'elle sait la fin de son peuple toute proche...

L'histoire nous plonge encore une fois dans les guerres indiennes, celle des Blacks Hills (entre 1876 et 1877) opposant l'armée US aux  Lakotas (les Sious) et leurs tribus amies, les Cheyennes et les Arapahos.  Nous assistons, impuissants à l'avancée inéluctable de l'histoire et à la bataille de Rosebud Creek durant laquelle  Sittting Bull, Little Wolf et Crazy Horse se sont battus contre Cook et Custer...

 

Encore une fois l'auteur livre ici un puissant hommage à la culture amérindienne. Il a bien sûr réalisé des recherches abondantes pour être au plus près de la réalité de l'époque. La plupart des personnages, comme dans le premier tome ont réellement existé. Les batailles bien sûr nous sont connues mais elles sont racontées du point de vue des indiens et non pas des blancs. Il nous parle de la condition de ces femmes méprisées et utilisées par le gouvernement, et du rôle qu'elles vont avoir à jouer dans leur destinée.

Encore une fois, il va opposer les deux cultures indiennes et américaines. 

Nous retrouvons avec plaisir ce peuple pacifique qui vivait en harmonie parfaite avec la nature, dans le respect de ce qu'elle lui offrait.  Eux qui pensaient que l'homme blanc ne voyait et ne comprenait que la surface des choses, étaient d'une grande richesse spirituelle. 

Encore une fois, le lecteur est pris par les descriptions de ces paysages fantastiques et sauvages, tant convoités par les colons blancs, prêts à tout pour les conquérir. A l'époque on ne parlait pas encore de génocide...

 

Quand un jeune enfant meurt...ce moment-là détermine la suite. Tout ce qu'il y avait avant, ce que nous étions, ce qu'il était, tout ce qu'il aurait pu devenir, et nous avec lui, tout cela disparaît, effacé comme un coup de craie sur un tableau noir. Et nous disparaissons ensemble.

 

Le roman commence exactement là où s'arrêtait le précédent...

Pendant l'hiver 1875-1876, le camp de Little Wolf vient d'être attaqué : c'est un massacre et May, l'auteur des carnets du premier tome a été mortellement blessée. Cependant quelques-unes des femmes de la tribu, dont certaines sont blanches, ont pu se sauver. Elle fuient avec leurs enfants dont la plupart vont mourir de froid durant le trajet. 

 

Jim Fergus leur donne entièrement la parole.

Nous les suivons à travers leurs écrits. C'est alternativement les soeurs Kelly, survivantes à la fin du premier tome, et Molly Mc Gill qui fait partie du second convoi de femmes blanches, qui nous racontent les événements.

Margaret et Susan Kelly ont refusé de regagner la civilisation. Traumatisées par la perte de leurs jumelles, elles veulent se venger des blancs qui ne leur ont fait que du mal depuis toujours. Cela devient leur nouvelle raison de vivre et ce à quoi elles se raccrochent au quotidien. Mais cette vengeance est-elle bien nécessaire ? Elles vont pourtant s'engager dans la guerre et rejoindre la tribu de Sitting Bull... 

 

Les femmes convoyées vers le territoire des Cheyennes dans le cadre du projet FBI, toujours en cours, vont être enlevées par les Sioux dès leur arrivée. Elles vont réussir à se sauver et s'unir aux soeurs Kelly pour combattre elles-aussi, d'une part afin d'assurer leur survie, mais aussi parce qu'elles ne veulent pas retourner chez elle. Il leur faudra s'adapter à leur nouvelle vie, comme l'avaient fait avant elles, les femmes du premier convoi. 

 

Molly est un personnage différent de May et le lecteur doit apprendre à la connaître. Courageuse, téméraire et emplie de douceur, elle sait nous toucher lorsqu'elle nous raconte sa propre histoire.

Bien sûr le lecteur se doute bien qu'elle va tomber amoureuse de Hawk le mystérieux sang-mêlé qui lui aussi a perdu femme et enfant (nous sommes dans une fiction !) et qui parle sa langue. 

 

Nous suivons ces femmes dans leur vie quotidienne jusqu'à la veille de la célèbre bataille de Little Big Horn au cours de laquelle Custer perdra la vie mais malheureusement de nombreux indiens aussi, même si ce sont eux qui seront déclarés vainqueurs, bataille que l'auteur nous racontera sans nul doute dans le prochain opus.


 

Dois-je réellement croire qu'il [Hawk] saura où je me trouve, qu'il viendra me délivrer ? Qu'il sait se transformer en faucon ? Qu'il vole ?...
La seule chose dont je sois sûre, c'est qu'il imite à la perfection le cri du rapace, au point que l'on ne fait pas la différence. Et il donne l'impression que cela vient du ciel. Mais voler ? Suis-je devenue folle ? Cela défie la raison et tout ce que nous savons du monde physique...
Mais la raison, le monde physique, le réel lui-même sont d'un autre ordre chez les natifs...

 

J'ai trouvé ce roman un peu en dessous du précédent.

Ce n'est pas lié à la construction qui pourrait lasser certains, car il est bâti sur le même principe du journal intime.

Non... c'est plutôt que je n'ai pas retrouvé chez ces femmes la même force que celle que May déployait.

Pourtant les personnages restent crédibles et vivants. Le début est un peu lent à se mettre en place et la fin laisse présager une suite que l'auteur a d'ailleurs annoncé ce qui est surprenant 15 ans après.

Jim Fergus dit que c'est en parcourant à nouveau ces grands espaces qu'il aime tant, qu'il a eu envie de se remettre à écrire... mais surtout pour que personne n'oublie cette période de l'histoire, ces peuples magnifiques qui ont vécu là et que l'homme blanc a voulu exterminer.

 

Malgré tout, j'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je lirai la suite sans problème tant l'auteur sait mettre en avant la parole de ces femmes, les liens d'amitié et de solidarité, leur décision de combattre auprès des hommes et la culture indienne que j'aime tant. 

Jim Fergus introduit son second roman en faisant se rencontrer (bien sûr, c'est une fiction) le fils de celui qui a publié les carnets de May, avec une étrange jeune femme capable de prendre l'apparence qu'elle souhaite et dont vous comprendrez, à la fin du livre, de qui elle est la descendante...

 

Les Cheyennes croient que tout ce qui s'est passé quelque part continue d'exister dans la terre...depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu'aux derniers chants de mort des mourants...Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple.

Partager cet article

Repost 0
20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

Partager cet article

Repost 0
2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 07:16
Éditions de l'Olivier, 2016

Éditions de l'Olivier, 2016

Enfant, je grandis donc devant Spyridon qui marinait devant sa tranche de cervelet, un père court-vêtu vivant comme un célibataire, et une mère quasiment mariée à son propre frère qui aimait dormir contre sa sœur et devant les litanies de la télévision. Je ne savais pas ce que je faisais parmi ces gens-là et visiblement, eux non plus.

 

J'ai eu beaucoup d'hésitation avant d'emprunter ce livre car je savais par avance que le sujet n'était pas facile puisqu'une de mes amies l'avait présenté lors de notre Cercle de Lecture mensuel. Comme d'habitude, je voulais me faire ma propre idée sur la question...

Le début du livre est assez léger.

 

Paul Katrakilis vit aujourd'hui en Floride où il est devenu joueur professionnel de pelote basque dans un club de parieurs. 

Il est, semble-t-il, le plus heureux des hommes puisqu'il a des amis, des activités, un bateau et une vieille voiture et surtout que ses fantômes sont loin de lui. 

Comment en est-il arrivé là, lui qui a fait des études de médecine, comme son père avant lui, et son grand-père ?

Pourquoi n'a-t-il presque plus de contact avec son père ?

 

Le lecteur va apprendre peu à peu la douloureuse histoire de cette famille frappée de folie où tout le monde (ou presque) s'est suicidé.

D'abord il y a eu Spyridon, le grand-père, un médecin de Staline qui a conservé toute sa vie dans le formol, une tranche du cerveau du grand homme ; puis l'oncle et peu de temps après Anna, la mère qui entretenait avec son frère des rapports inhabituels et peut-être incestueux.

Et voilà qu'au milieu du bonheur, alors que Paul vient à peine de sauver des eaux, Watson, qui va devenir son plus fidèle compagnon, on le convoque au Consulat : Adrian, son père, vient de se donner la mort lui-aussi. Voilà Paul obligé de rentrer immédiatement à Toulouse pour les formalités...

 

Paul a toujours entretenu des rapports lointains avec son géniteur mais, au moment de son enterrement, il va découvrir un grand nombre d'inconnus et être surpris de son aura.

Puis alors qu'il est retourné au Mexique, des événements imprévus comme une longue grève des joueurs de pelote basque, suivie par une très grande déception sentimentale, vont obliger Paul à retourner à Toulouse où il s'installe dans la maison familiale et accepte de reprendre le cabinet paternel_ce que tout le monde attendait impatiemment.

Il exercera ainsi pendant près de dix ans, retournant de temps en temps pour quelques jours de vacances, voir ses amis outre-atlantique.  

 

C'est durant ces années qu'il va découvrir deux étranges carnets noirs, glissés dans le bureau de son père, qui lui dévoilent en détails ses activités et surtout, font montre de sa véritable personnalité.

Se met alors en place pour Paul, une suite d'événements qui l'amèneront peu à peu vers son inexorable destin.

 

Il n'y a rien de ridicule à pleurer la mort de son chien. Nous avions partagé nos vies et Warson était bien plus proche de moi que mes parents ne l'avaient jamais été. Nous avions un langage commun, nous nous comprenions et, un an après sa disparition, je guettais encore le bruit de ses pattes quand il dévalait l'escalier.

 

On ne choisit pas sa famille, tout le monde le sait, et fuir n'est pas forcément une solution durable. Notre héros Paul en fait, dans ce roman, la douloureuse expérience puisque l'histoire familiale va le rattraper.

C'est un roman désespérément mélancolique que j'ai apprécié, car l'écriture de l'auteur est simple et fluide, émouvante et étayée de pointes d'humour, malgré la gravité du sujet.

 

Mais il y a deux bémols qui m'ont empêché d'apprécier en totalité sa lecture. 

Le sens du détail, qui est un des charmes de l'écriture de l'auteur, s'est avéré être carrément ennuyeux lors de sa description, certes très réaliste de la longue grève des joueurs de pelote basque qui, du coup, m'est apparue d'autant plus longue.

La lente résignation de Paul face à ce passé familial dont il ne réussit pas à se défaire, est concevable pour le lecteur au vu de son vécu, mais incompréhensible en regard des événements heureux qu'il a pu vivre en Floride.

La fin du coup m'est apparue peu crédible car je ne suis pas arrivée à accepter qu'alors que des amis l'attendent en Floride, et qu'il se sent si seul en France, il ne retourne pas vivre là-bas, pour y couler des jours heureux.

Alors voilà...par rapport aux précédents livres de l'auteur que j'ai pu lire dans le passé, bien avant d'avoir ce blog, je suis donc plutôt déçue par le déroulement, trop pessimiste, des événements. 

Moi je veux croire Monsieur Dubois, que tout être humain a le pouvoir de modifier le cours de sa vie en contrant le destin familial...

 

 

Partager cet article

Repost 0
27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 07:09
Jean-Claude Lattès, 2016

Jean-Claude Lattès, 2016

 

Cécile Renan est une femme qui a tout pour être heureuse : elle est non seulement superbe mais riche et célèbre. Étant actrice, elle connaît de nombreuses personnes haut placées, des ministres et même le président de la République !

Mais un mal-être permanent l'empêche d'en profiter...

 

Un soir où elle se sent particulièrement mal et souffre de douleurs insupportables, elle appelle un médecin, puis prise de honte, annule sa demande. Mais celui-ci arrive quand même : il est beau, il est doux, il s'occupe d'elle et elle en a tant besoin qu'elle se laisse aller à cet instant merveilleux où elle peut redevenir un petit enfant qui n'a pas de soucis et peut se laisser dorloter.  

 

Troublée, dès le lendemain, elle va chercher sa trace pour le remercier de s'être ainsi occupé d'elle. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il est iranien. C'est alors qu'elle découvre avec stupeur que son appel a bien été annulé et qu'on ne lui a envoyé aucun médecin.

Qui est venu chez elle ainsi en pleine nuit ?

A-t-elle tout imaginé ?

 

En recherchant le mystérieux médecin, elle va rencontrer Kamal, un épicier iranien, qui a une famille merveilleuse, pleine de joie de vivre, et très humaine.  Peu à peu Kamal va entrer dans sa vie et la transformer... 

Au départ, Kamal pense que la fréquentation de son épicerie, par cette artiste célèbre, va être un plus pour lui et qu'il rendra ainsi jaloux tous ses concurrents. Mais peu à peu, il va réellement se soucier d'elle, lui faire rencontrer d'autres personnes, et la sortir de situations difficiles sans jamais poser de questions. 

 

Cécile découvre qu'au-delà de son monde plein d'argent, de son fiancé_le bel Alfonso_richissime qui élève des purs-sangs et, de tout ce luxe qu'elle côtoie quotidiennement, existe un monde simple, mais plein d'humanité, où chaque être humain a son importance et où la richesse n'est pas dans ce qu'on possède, mais dans ce qu'on est. 

 

Un beau sujet, certes souvent visité en littérature, mais qui me plaisait bien et un titre attirant qui m'a fait tendre la main pour emprunter ce livre en médiathèque.

 

Le seul bémol est que je ne suis pas du tout entrée dans l'histoire...par ailleurs agréablement écrite. 

Quel dommage, car je ne connaissais pas cet auteur et je reste sur un a-priori négatif !

Seuls les personnages comme Kamal, sa femme, sa famille et ses amis, m'ont paru crédibles et souvent drôles. On retrouve d'ailleurs tout le long du livre cette ambiance bienveillante et chaleureuse des familles orientales ainsi que l'humour et la joie de vivre qui les entourent. 

Par contre, les maux de cette "pauvre Cécile", riche mais malheureuse, qui prend des tas de médicaments pour oublier ses peines et ses souffrances terribles, dues à sa vie trop superficielle et trop ennuyeuse, m'ont plutôt agacé, même si je reconnais qu'elle est seule. Je dois l'avouer, tout ce qui lui arrive ne m'a absolument pas touché car son personnage ne m'a pas du tout intéressé. 

Une chose est sûre,  je ne suis pas entrée dans l'univers de l'auteur ! Je me suis donc pas mal ennuyée moi aussi et, pour tout vous dire j'ai lu la fin carrément "en diagonale". 

Si je vous en parle quand même, c'est parce que j'ai vu ici ou là sur internet que certains lecteurs avaient adoré, d'autres au contraire n'ont pas réussi à terminer le roman et se sont arrêtés bien avant  d'atteindre le premier tiers. Donc je me place au milieu et je serais ravie de connaître votre avis si vous le lisez un jour...

 

Partager cet article

Repost 0
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 07:01
Grasset 2016

Grasset 2016

Il s'appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres.

 

A Manhattan, en 1969, Werner Zilch est en train de dîner avec Marcus son meilleur ami et associé, lorsqu'il voit passer une charmante jeune femme qui apparaît, pour lui le séduteur-né, comme étant LA Femme De Sa Vie (LFDSV !). 
 

C'est elle, il en est certain. Dés lors, il la poursuit sans relâche, prêt à tout pour entamer avec elle une relation quelle quelle soit, quitte à mettre de mauvaise humeur Marcus qui a peur de le voir gâcher  un rendez-vous vital pour eux deux... 

Il faut dire que Werner et Marcus sont à la tête d'une entreprise de construction et de réhabilitation d'anciens bâtiments, située en plein coeur de Manhattan ce qui doit bientôt leur rapporter beaucoup d'argent. Le père de Marcus, qui est lui-même à la tête d'un cabinet d'architecte, les conseille comme il peut. 

Alors ce n'est pas le moment de tout gâcher ! 

 

Werner a toujours été assez instable mais c'est un jeune homme drôle et très charismatique. Adopté par deux parents aimants qui ont respecté la volonté de sa mère biologique de lui garder son prénom et son nom de naissance, il a été longtemps déboussolé de ne pas connaître ses origines. 

Aujourd'hui, devenu adulte, il vit en colocation avec Marcus avec qui il partage, travail, ambition et soirées animées dans un Manhattan en ébullition. 

 

Werner, pugnace, va réussir à rencontrer Rebecca (pour cela il n'hésitera pas à emboutir sa voiture) et va débuter avec elle, une relation complexe, passionnée et indescriptible.

Mais les deux jeunes gens vont malheureusement être rattrapés par leur passé...

 

Je l’observais avec une telle attention qu’alertée par un instinct animal, elle croisa mon regard et s’immobilisa une fraction de seconde. Dès qu’elle tourna ses yeux insolents vers moi, je sus que cette fille me plaisait plus que toutes celles que j’avais pu connaître ou simplement désirer. J’eus l’impression qu’une lave coulait en moi, mais la jeune femme ne sembla pas troublée, ou, si elle le fut, mon étincelante créature avait suffisamment de retenue pour ne pas le montrer.

 

A côté de la vie trépidante à Manhattan, le lecteur fait un saut dans le passé et se retrouve à Dresde en février 1945, en plein bombardement.

Des immeubles s'écroulent, des blessés sont amenés sans discontinuer auprès des médecins, infirmiers et soldats qui ne savent plus où donner de la tête, ni comment les soigner ou même seulement soulager ceux qu'ils ne peuvent plus sauver.

 

Une nouvelle bombe fit trembler les murs et tomber des morceaux de ciment sur la tête de Marthe. La peur chassa ses souvenirs. Dans cette cave qui , à ce rythme allait devenir son tombeau, l'infirmière n'avait aucune information sur l'ampleur des dégâts; Sa belle-soeur était seule en ville, sur le point d'accoucher.

 

Là, au milieu du chaos, on leur amène Luisa Zilch, une jeune femme grièvement blessée aux jambes, qui est sur le point d'accoucher...et de mourir.

Elle les supplie de sauver son bébé : c'est Werner, le lecteur le sait tout de suite. 

Dès cet instant, le lecteur comprend une seule chose : il ne pourra plus lâcher le livre, car il veut savoir comment ce petit enfant né en pleine guerre, qui va être sauvé car nourri par une jeune femme qui vient de perdre elle-même son bébé dans le bombardement, qui va avoir la chance d'être retrouvé par sa tante, Marthe, qui le cherche sans relâche, sera ensuite abandonné pour être finalement adopté sur le sol américain.

 

Pourquoi est-il considéré comme le dernier des nôtres ?

Quelle est l'histoire de sa famille ?

Werner, est-il prêt à découvrir ce qu'il va être bientôt obligé, par amour pour Rebecca, de sortir des décombres ?

 

Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j'étais résolu à me forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d'où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m'obligeait à me plier, genoux au menton, dans les bus et au cinéma. J'étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L'envie de prouver qui j'étais, l'envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et, s'il le fallait, la crainte, me brûlait.

 

Voilà un roman qui mélange la fiction et les faits historiques.

Ce livre plonge le lecteur dans l'horreur de l'Allemagne nazie. J'avais oublié le nom et l'histoire de ces savants du IIIe Reich, obligés de quitter leur pays pour être "récupérés" en quelques sortes par les américains.

L'opération "Paperclip", qui a réellement existé, consistait à exiler en Amérique des scientifiques nazis (pour ne pas les laisser aux mains des russes à qui ils auraient pu dévoiler  leurs recherches) et ce, afin de récupérer les armes secrètes du IIIe Reich. 

 

Voilà un livre qui montre bien l'époque complexe qu'a été la fin de la guerre. Il nous décrit des personnages attachants, meurtris ou, au contraire, répugnants parce que violents et devenus des bourreaux...

Il nous permet de nous interroger sur l'importance de nos origines et de la transmission familiale qui nous empêche souvent d'échapper à notre passé. 

 

Malgré une construction plutôt classique qui ne m'a pas dérangé, deux histoires entrelacées qui se rejoignent... j'ai été happée par l'histoire de ce jeune homme qui cherche ses origines et les trouvera. Le lecteur se retrouve en effet aussitôt impliqué dans l'histoire comme s'il était devenu un témoin important et qu'il se porte garant de la vérité jusqu'à ce quelle soit révélée...

 

Ce livre n'est pas pour autant un coup de coeur. Si certains passages m'ont vraiment subjugué, l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens de milieux trop différents, même si elle est tout à fait passionnée et emplie de sensualité, présente quelques longueurs qui alourdissent le déroulé des événements. Ainsi en est-il du long sommeil de Rebecca (certes visant à lui faire accepter l'inacceptable) qui débouchera sur un réveil brutal et inattendu, et sur la révélation du pourquoi de sa longue disparition...Mais je vous laisse en découvrir les raisons. 

 

Un tout "petit" bémol donc, pour un roman qui a obtenu le prestigieux Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2016 et qu'il faut lire absolument. 

 

Partager cet article

Repost 0
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:20
Stock 2017

Stock 2017

A mes sourcils froncés, elle comprit d'emblée qu'elle n'allait pas s'amuser tous les jours. Que je serais un ronchon. En même temps elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même : comment aurait-elle pu avoir un bébé dans le coup, elle qui était comtesse ? Les Rupignac étant l'une des plus vieilles familles de France, il était normal que je sois dès ma naissance un bébé démodé, un antimoderne, un croûton dans la malle...

 

Le héros de ce roman pas comme les autres est né en 1985 dans une famille issue de la noblesse depuis de longues décennies, les Rupignac... Le petit François va souvent passer la journée chez le général à la retraite, son grand-père et la duchesse, sa grand-mère et bien sûr comme tous les enfants du monde, il adore ses grands-parents. 

Sa famille noble influence considérablement sa vision des choses et ne l'aide pas vraiment à s'intégrer dans le monde d'aujourd'hui. Il en devient rebelle, mauvais élève et mauvais garçon...

Heureusement qu'une fois casé en pension, il va faire la connaissance de Pierre, un garçon plus rebelle que lui, mais très cultivé et mystique à ses heures. Devenus étudiants, ils vont créer le "Club des vieux garçons", une sorte de société secrète privée qui se réunit à ses débuts, chez la grand-mère puis, au sous-sol du célèbre Jockey Club, grâce à l'entre-gens dont François bénéficie. Dans ce club qui n'est toutefois pas exclusivement réservé aux garçons, toute relation autre que platonique et intellectuelle, est formellement exclue. 

 

François va engloutir une partie de la fortune familiale grâce aux dons financiers de son oncle Albert, un vieux célibataire sans enfants, passionné de safari et chasseur hors pair. Le champagne coule à flots et les beuveries philosophiques durent tard, souvent jusqu'au petit matin...

François se sent chez lui au milieu de tous ces célibataires qui, comme lui, vivent décalés par rapport à la société tout en refusant de s'y insérer. Une génération de jeunes plutôt perdue, car à la recherche de repères que pour la plupart du temps les familles ont oublié de leur donner...

Ils sont tous devenus désabusés et... très alcooliques, prêts à renier leurs origines tout en tapant dans la caisse, puisqu'après tout elle est là et bien remplie.

Dix ans plus tard, François va se rendre compte de son erreur...des années perdues, des excès de boissons et de toutes ses extravagances passées. 

 

Différemment désabusés, nous aspirions tous les deux, à l'anarchie- une anarchie qui restait à définir.
Ce mot usé était à réinventer. Nous ne voulions pas d'une anarchie anarchiste, d'une anarchie anarchique, chiquée, d'une anarchie classique et scolaire. Nous la voulions neuve, ambiguë, déconcertante, déconnectée de toute idéologie. En un mot : artistique.

 

Un livre qui ne m'a pas trop tenté au départ, vu que ce milieu ne m'intéresse pas du tout, mais que j'ai lu finalement sans aucun déplaisir.

 

J'ai trouvé quelques longueurs dans sa seconde partie, mais j'ai beaucoup ri durant la première ! La vision décalée de ce milieu, auquel sans nul doute appartient l'auteur, est tout à fait savoureuse...

Le jeune garçon n'a pas son pareil pour nous conter les frasques de son grand-père, la découverte de la demeure du vieil oncle Albert, qui s'entoure de trophées de chasse, la visite du très chic Jockey Club...

 

Le personnage de la grand-mère dont le petit-fils va s'occuper, suite au départ de ses parents pour la Suisse, est celui qui m'a le plus touché.

Elle vit dans son monde, révolu et vieillot, ne peut parler avec sa gouvernante que de ducs et de duchesses, à tel point que François est obligé de construire à la pauvre Félicité, une sorte d'arbre généalogique précis pour quelle puisse entretenir la conversation.

 

Il est remarquable de signaler que le personnage de François sonne toujours juste et que par moment, il nous arrive de le détester comme par exemple quand il montre à quel point le matériel n'est pas un problème du tout pour lui, c'est sûr, il est plein au as et peut dilapider la fortune familiale sans crainte...c'est un puits sans fond et il dépense d'autant plus facilement cet argent qu'il n'a fait aucun effort pour le gagner (et peut-être les siens aussi...mais ça personne ne le sait et il ne nous le dit pas !).

L'instant d'après, il nous touche par ses intentions, vis-à-vis de sa grand-mère qu'il adore et dont il s'occupe avec beaucoup de tendresse. Ou bien nous surprend par ses échanges avec Pierre, qui est son opposé en tout mais pour qui il éprouve une véritable amitié sincère et passionnée. 

 

Voilà un auteur que je n'aurais sans doute jamais lu spontanément, si Babelio ne me l'avait pas proposé...

Aurais-je des a-priori ?!

J'y ai découvert avec plaisir un humour caustique et une façon très british de pointer les travers de ce milieu très aristo-un peu bobo-et plutôt intello ! 

Un livre qui, sans problèmes, saura trouver ses lecteurs...

 

Nombreux furent les fous rires et les quiproquos qui émaillèrent nos journées, comme le jour où Félicité proposa une partie de sept familles, et où ma grand-mère s'indigna de ne pas trouver les Rupignac dans le jeu de cartes...

 

L'auteur est un fervent admirateur de Patrick Modiano. On le décrit comme un jeune auteur plutôt timide et discret. Comme son héros, il appartient à une illustre famille...

Il a fait des études de lettres et s'est mis à écrire très jeune, dans des magazines et en particulier dans Technikart, une revue culturelle décalée qui porte un regard cynique sur notre société. 

En 2010, il publie son premier roman "Les vies Lewis", un roman très remarqué et d'une grande qualité littéraire. 

 

Partager cet article

Repost 0

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est déjà l'automne...

 

 

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes Tags

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -