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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 06:10
Éditions du Rouergue, 2016

Éditions du Rouergue, 2016

Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.

 

Prune et Merlin se sont éloignés de la ville pour s'installer en campagne dans une vieille maison à retaper du Sud-Ouest, mal fichue mais pleines de promesses lorsqu'ils auront pu enfin y faire tous les travaux nécessaires. C'est exactement  la maison qu'ils ne voulaient justement pas acheter. 

En attendant, Merlin installe son atelier, un endroit indispensable pour le dessinateur, auteur et aquarelliste animalier de talent qu'il est. Il a en particulier écrit et illustré une série de BD à succès, Wild Oregon et en est déjà au XIIIe tome. 

 

Le couple coule des jours heureux mais la vie sait particulièrement être cruelle. Voilà que Laurent, son meilleur ami meurt subitement.

Le monde de Merlin s'écroule. Au-delà du chagrin, il ne sait pas comment se remettre à écrire car Laurent lui a inspiré le personnage de Jim Oregon, le héros de sa BD. Un personnage bien présent, donc, sorte d'ours solitaire mais très attachant, dont le seul défaut est d'être un peu porté sur la bouteille.

L'inspiration s'envole et Merlin ne sait plus comment faire vivre son héros, s'il doit poursuivre sa série ou tout arrêter... 

 

Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.

 

Mais Laurent qui connaissait bien Merlin, lui a laissé un testament dans lequel il lui demande de faire en sorte que son personnage (Jim Oregon, donc) vive une intense histoire d'amour avant de disparaître... 

Et en plus de lui faire rencontrer le grand amour, Laurent demande à Merlin de se débrouiller pour que pour cette unique fois de sa vie, il ne gâche pas tout, comme il a su si bien le faire de son vivant.

Comment transformer un personnage solitaire et bourru en amoureux transi, soit-il dans une BD ?

Merlin ne sait plus que faire et s'enlise chaque jour davantage, sans pouvoir écrire à nouveau ou dessiner, une seule page...

 

Je vais mal, ils vont mal. Je vais bien, ils vont bien. Et réciproquement. C’est là que ça devient difficile à comprendre.
[Merlin parlant de ses personnages de BD]

 

Vous l'aurez compris, une facette du roman concerne le problème de la création artistique...et l'ingérence de la fiction dans la réalité. L'auteur s'amuse à nous faire passer d'un monde à l'autre et lorsque le personnage de la BD prend le pas sur la réalité, le roman bascule dans le loufoque...

Comme vous l'avez deviné aussi, Merlin est un enchanteur et un vrai. Il est si humain et terriblement attachant ! Sa façon de transformer sa vie en planche de BD est absolument unique. 

 

Le personnage de Prune n'existe qu'à travers le regard de Merlin. Elle est là et bien présente et c'est important pour lui. Il l'aime et elle le lui rend bien. Elle installe le nid, décore la maison, repeint les murs, bêche le futur jardin potager mais Merlin est tellement en dehors du réel, qu'il croit qu'elle creuse une piscine...

Les personnages secondaires ne sont pas en reste : excentriques, colorés, réalistes mais un brin déjantés eux-aussi ! Ma préférence va bien évidemment à l'oncle Albert qui, à bientôt 93 ans, décide de se séparer de sa femme devenue insupportable pour couler des jours heureux avec une vieille femme de son âge, pleine d'humour et de tendresse.  

Le style est enlevé mais très poétique.  Les chapitres très courts sont bien rythmés et le texte est étayé d'extraits de BD et de dialogues écrits ou rêvés...

 

C'est un roman drôle et tendre, dans lequel on entre comme si on rendait visite à des amis. Il n'a pourtant rien de superficiel. On y trouve de vraies réflexions sur la vie, la mort,  le temps qui passe, l'amour et le couple, et l'importance de l'amitié. 

On y retrouve aussi l'humanité et la bienveillance chères à l'auteur. 

 

Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abîmes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.

 

Je connais peu Marie-Sabine Roger pour ses romans d'adulte car je n'avais lu jusqu'à présent que "Trente-six chandelles" l'année dernière et "Vivement l'avenir", au tout début de mon blog.

Par contre, je l'adorais dans ses écrits de jeunesse.

J'ai eu un immense plaisir à lire ce dernier titre et je remercie Mousse de me l'avoir conseillé.

Malgré la tristesse du sujet et l'émotion omniprésente, c'est un livre qui vous mettra de bonne humeur et qui se lit avec le sourire, voire pour certain passage en riant carrément, ce qui ne fait pas de mal. 

 

Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:13
Actes sud 2013

Actes sud 2013

D'abord viennent les images. La première suit le hurlement d'une sirène en pleine nuit. Dehors, de l'autre côté de la fenêtre, dans le champ étroit entre les bâtiments, des ombre mouvantes, ployées. Une ombre atteint la baraque, y pénètre. Mila ne regarde pas...elle fixe la femme. Le visage de la femme. Les os...

 

"Kinderzimmer" est un roman très dur mais qu'il est indispensable de lire.

Il raconte le quotidien de femmes déportées et enfermées dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Suzanne Langlois, ancienne déportée, est invitée dans un lycée pour témoigner de ce qu'elle a vécu dans les camps. Comment peut-elle répondre aux questions de ces jeunes avides de savoir, en restant au plus près des faits historiques, mais tout en préservant une part de leur insouciance...

 

Tenir du charbon, cette masse noire, grasse et friable, c'est tenir un coeur dans ta paume. Mila se demande combien d'heures de vie supplémentaire contient chaque morceau...

Dehors il fait un temps splendide. L'année dernière on dit qu'il a neigé jusqu'en juillet. Mais le ciel est clair en ce mois de juin, transparent, figé dans une éternité de bleue de cobalt. Un temps à pique-niques. A baignades...

 

Sous le nom de Mila, elle faisait partie d'un réseau de résistants parisiens.

Lorsqu'elle est arrêtée en 1944, elle est enceinte et a juste 22 ans.  

Parmi les quarante mille femmes, venues de toute l'Europe et détenues au camp de Ravensbrück,  Mila vient d'arriver lors du dernier convoi...une petite jeune femme perdue au milieu de l'horreur.

Dès les premières heures, elle pressent qu'elle va devoir se cacher et taire sa grossesse. Elle a peur. Elle ne sait rien de ces choses-là. Personne ne lui a expliqué comment se déroulait une grossesse, une naissance...mais si elle parle, elle meurt.

 

Alors il lui faut supporter comme les autres, l'appel de nuit avant 4 heures du matin dans le froid, les bagarres et les vols, les maladies dont personne ne sait jamais rien mais qui emportent ses camarades de baraquement, la saleté, la puanteur des locaux et des corps, et...la faim insoutenable.

 

Mais entre certaines femmes la solidarité se met en place et l'une d'entre elles va découvrir la grossesse de Mila et chercher à l'aider.

Mila découvre alors la "Kinderzimmer", la chambre des nourrissons, un endroit où les bébés sont abrités loin de leur mère, où la plupart meurent, de faim, de froid, ou de manque de soins mais où certains survivent.

Pour Mila, il y a cet espoir, certes ténu, mais bien réel...garder son enfant, le mettre au monde tient du miracle, mais devient sa raison de vivre et de se battre jusqu'au bout... pour lui.

 

Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

Un roman-témoignage grave et bouleversant dont on ne peut, en tant que femme mais aussi d'être humain, sortir indemne tant il est éprouvant...

Le lecteur voit tout de suite que l'auteur sait de quoi elle parle et que la fiction ne peut en aucun cas faire oublier les faits. L'écriture dépouillée et sans détours inutiles nous plonge dans l'horreur. 

 

Je ne vais pas vous sortir des chiffres, vous dire combien ont été internés, hommes, femmes ou enfants dans ces camps, combien y ont laissé leur vie et combien en sont revenus. Car les chiffres pour effroyables qu'ils soient, ne disent rien...

Les romans, les témoignages, les faits, les mots eux, qu'ils soient fictions ou témoignages, nous parlent davantage...même s'ils ne nous épargnent pas, même s'ils sont insoutenables.  

 

Un livre fort, indispensable, pour ne jamais oublier... 

 

 

Ils disent qu'ils ont eu peur pour elle. Ou plus exactement : tu nous as fait peur. En fait ils ont peur d'elle. De ce qu'elle a vu, entendu, ils ne veulent pas le voir, pas l'entendre. Ils disent nous aussi on a eu faim, et froid. Elle sait que c'est elle qui doit revenir au monde, leur monde, reprendre la vie où elle l'a laissée, où ils la lui ont laissée. Comme avant...

 

Je sais que certains d'entre vous ne veulent pas lire de livres sur ce sujet et je respecte leur choix, mais pour moi, il est indispensable à l'approche du 8 mai, de ne pas oublier les horreurs de la dernière guerre, ceux qui ont vécu cet enfer des camps, y ont perdu la vie, ou qui en sont revenus, meurtris à jamais.

 

Un autre avis à lire sur le blog de Violette...

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 06:19
Mercure de France, 2016

Mercure de France, 2016

Le soir même, je me met à pleurer et Paul me console. Il me répète : Tu pars quand tu veux. Mais ce que je veux, c’est rester avec lui et retrouver Vincent, aller jusqu'au bout du voyage et rentrer demain. Partir, rester.

 

Lili a 20 ans au début des années 80 lorsqu'elle embarque sur le Horus avec son frère Paul.

Lili et Paul ont toujours été très proches. Lui quitte sans regret Alice, la jeune femme qu'il aime, n'espérant pas qu'elle attende son retour. Lili, elle, vient de tomber amoureuse de Vincent et regrette déjà de le laisser derrière elle...mais elle a besoin de se sentir libre, loin de toute attache familiale. Faustine, la meilleure amie de Lili les accompagne et tous trois doivent retrouver Benjamin à Dakar qui les aidera à faire la traversée.

 

Paul a beau avoir toujours été passionné de voile, traverser l'Atlantique, même en passant par la côte africaine et le Sénégal, ce n'est pas pour autant de tout repos.

Il faut essuyer des tempêtes et d'un port à l'autre, les étapes sont parfois plus longues que prévues et toujours éprouvantes. 

Aussi personne n'a le temps de s'ennuyer : ils lisent, écrivent et rencontrent aux escales des tas de gens avec qui ils sympathisent le temps de quelques dîners ou autres soirées communes. Parfois ils font même un petit bout de chemin (enfin de voilier je devrais dire) ensemble ou s'installent dans des coins paradisiaques.

 

Pourtant les absents sont très présents et Lili va devoir se résoudre à rentrer à Bordeaux, où elle doit retrouver Vincent.

Mais alors que son frère Paul continue seul son périple, elle va découvrir que ce qu'elle a vécu lors de cette traversée, l'a transformé à tout jamais...

Pourra-t-elle retrouver une vie dite "normale" ?

 

Un bonheur sourd m'empêche de trouver le sommeil. L'impatience que j'éprouvais, enfant, me revient. C'était l'été, le soir, dans mon lit ; j'essayais de fermer les yeux sans succès, la perspective de la journée suivante me débordait.

 

Ce livre au rythme très lent est un roman initiatique.

Ne vous attendez pas à lire une odyssée ou un récit de voyage palpitant...il n'en est rien ! 

Cette jeune femme qui raconte de manière quasi linéaire son voyage, n'est qu'un prétexte pour l'auteur de parler d'elle, de cette jeune femme qu'elle a été, constamment en proie à des doutes existentiels et à un sentiment de manque.

Partagée entre deux cultures, Lili devra enfin se résoudre à dire les mots que personne n'a jamais voulu prononcer, à parler avec son père de l'exil qui a marqué sa famille et l'a conduit à ne jamais se sentir pleinement bien, là où elle se trouve...car à n'être jamais nulle part à sa place. 

 

C'est donc un beau sujet pour un roman intimiste qui nous montre les faiblesses de cette jeune femme, ses interrogations et ses doutes alors qu'à plus de vingt ans, elle n'a pas encore trouvé sa place ni affectivement, ni professionnellement et qu'elle se cherche encore...

 

Ce roman est facile à lire et ceux qui aiment la voile et la mer, y trouveront leur compte car beaucoup de passages relatent les manoeuvres et les difficultés de navigation, liées aux aléas du climat local. 

Moi je l'ai trouvé simplement facile à lire. Le ton sonne toujours juste et j'ai été touchée par cette jeune femme adulte certes, mais encore si fragile.

J'aurais aimé par instant davantage de profondeur...mais ce roman ne montre-t-il pas, tout simplement, l'insouciance qui est le propre de la jeunesse ?

C'est le premier roman que je lis de cet auteur et j'avoue que j'aimerais bien poursuivre encore un peu le voyage auprès d'elle.

 

Les trois bateaux se sont retrouvés, nous nous mettons à la cape pour passer la nuit loin des récifs et approcher au matin. j'aime quand on fait ça, qu'on immobilise le bateau sans jeter l'ancre car la chaîne n'y suffirait pas, juste avec le foc à contre-vent. J'aime l'idée que le bateau se stabilise, se transforme en îlot.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 06:04
Le Cherche midi, 2016

Le Cherche midi, 2016

 

Comme je vous l'ai annoncé lorsque je vous ai parlé du livre "Mille femmes blanches", j'ai lu le second volet écrit par Jim Fergus quinze ans après et paru l'automne dernier. 

Dès la couverture, que personnellement je trouve magnifique, le lecteur entre dans l'ambiance du roman. Sur cette couverture en effet, c'est Pretty Nose qui est représentée, une indienne arapaho (tribu amie des cheyennes). Son regard est magnifique mais il nous montre une sorte de renoncement et de grande tristesse comme si elle voulait nous annoncer qu'elle sait la fin de son peuple toute proche...

L'histoire nous plonge encore une fois dans les guerres indiennes, celle des Blacks Hills (entre 1876 et 1877) opposant l'armée US aux  Lakotas (les Sious) et leurs tribus amies, les Cheyennes et les Arapahos.  Nous assistons, impuissants à l'avancée inéluctable de l'histoire et à la bataille de Rosebud Creek durant laquelle  Sittting Bull, Little Wolf et Crazy Horse se sont battus contre Cook et Custer...

 

Encore une fois l'auteur livre ici un puissant hommage à la culture amérindienne. Il a bien sûr réalisé des recherches abondantes pour être au plus près de la réalité de l'époque. La plupart des personnages, comme dans le premier tome ont réellement existé. Les batailles bien sûr nous sont connues mais elles sont racontées du point de vue des indiens et non pas des blancs. Il nous parle de la condition de ces femmes méprisées et utilisées par le gouvernement, et du rôle qu'elles vont avoir à jouer dans leur destinée.

Encore une fois, il va opposer les deux cultures indiennes et américaines. 

Nous retrouvons avec plaisir ce peuple pacifique qui vivait en harmonie parfaite avec la nature, dans le respect de ce qu'elle lui offrait.  Eux qui pensaient que l'homme blanc ne voyait et ne comprenait que la surface des choses, étaient d'une grande richesse spirituelle. 

Encore une fois, le lecteur est pris par les descriptions de ces paysages fantastiques et sauvages, tant convoités par les colons blancs, prêts à tout pour les conquérir. A l'époque on ne parlait pas encore de génocide...

 

Quand un jeune enfant meurt...ce moment-là détermine la suite. Tout ce qu'il y avait avant, ce que nous étions, ce qu'il était, tout ce qu'il aurait pu devenir, et nous avec lui, tout cela disparaît, effacé comme un coup de craie sur un tableau noir. Et nous disparaissons ensemble.

 

Le roman commence exactement là où s'arrêtait le précédent...

Pendant l'hiver 1875-1876, le camp de Little Wolf vient d'être attaqué : c'est un massacre et May, l'auteur des carnets du premier tome a été mortellement blessée. Cependant quelques-unes des femmes de la tribu, dont certaines sont blanches, ont pu se sauver. Elle fuient avec leurs enfants dont la plupart vont mourir de froid durant le trajet. 

 

Jim Fergus leur donne entièrement la parole.

Nous les suivons à travers leurs écrits. C'est alternativement les soeurs Kelly, survivantes à la fin du premier tome, et Molly Mc Gill qui fait partie du second convoi de femmes blanches, qui nous racontent les événements.

Margaret et Susan Kelly ont refusé de regagner la civilisation. Traumatisées par la perte de leurs jumelles, elles veulent se venger des blancs qui ne leur ont fait que du mal depuis toujours. Cela devient leur nouvelle raison de vivre et ce à quoi elles se raccrochent au quotidien. Mais cette vengeance est-elle bien nécessaire ? Elles vont pourtant s'engager dans la guerre et rejoindre la tribu de Sitting Bull... 

 

Les femmes convoyées vers le territoire des Cheyennes dans le cadre du projet FBI, toujours en cours, vont être enlevées par les Sioux dès leur arrivée. Elles vont réussir à se sauver et s'unir aux soeurs Kelly pour combattre elles-aussi, d'une part afin d'assurer leur survie, mais aussi parce qu'elles ne veulent pas retourner chez elle. Il leur faudra s'adapter à leur nouvelle vie, comme l'avaient fait avant elles, les femmes du premier convoi. 

 

Molly est un personnage différent de May et le lecteur doit apprendre à la connaître. Courageuse, téméraire et emplie de douceur, elle sait nous toucher lorsqu'elle nous raconte sa propre histoire.

Bien sûr le lecteur se doute bien qu'elle va tomber amoureuse de Hawk le mystérieux sang-mêlé qui lui aussi a perdu femme et enfant (nous sommes dans une fiction !) et qui parle sa langue. 

 

Nous suivons ces femmes dans leur vie quotidienne jusqu'à la veille de la célèbre bataille de Little Big Horn au cours de laquelle Custer perdra la vie mais malheureusement de nombreux indiens aussi, même si ce sont eux qui seront déclarés vainqueurs, bataille que l'auteur nous racontera sans nul doute dans le prochain opus.


 

Dois-je réellement croire qu'il [Hawk] saura où je me trouve, qu'il viendra me délivrer ? Qu'il sait se transformer en faucon ? Qu'il vole ?...
La seule chose dont je sois sûre, c'est qu'il imite à la perfection le cri du rapace, au point que l'on ne fait pas la différence. Et il donne l'impression que cela vient du ciel. Mais voler ? Suis-je devenue folle ? Cela défie la raison et tout ce que nous savons du monde physique...
Mais la raison, le monde physique, le réel lui-même sont d'un autre ordre chez les natifs...

 

J'ai trouvé ce roman un peu en dessous du précédent.

Ce n'est pas lié à la construction qui pourrait lasser certains, car il est bâti sur le même principe du journal intime.

Non... c'est plutôt que je n'ai pas retrouvé chez ces femmes la même force que celle que May déployait.

Pourtant les personnages restent crédibles et vivants. Le début est un peu lent à se mettre en place et la fin laisse présager une suite que l'auteur a d'ailleurs annoncé ce qui est surprenant 15 ans après.

Jim Fergus dit que c'est en parcourant à nouveau ces grands espaces qu'il aime tant, qu'il a eu envie de se remettre à écrire... mais surtout pour que personne n'oublie cette période de l'histoire, ces peuples magnifiques qui ont vécu là et que l'homme blanc a voulu exterminer.

 

Malgré tout, j'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je lirai la suite sans problème tant l'auteur sait mettre en avant la parole de ces femmes, les liens d'amitié et de solidarité, leur décision de combattre auprès des hommes et la culture indienne que j'aime tant. 

Jim Fergus introduit son second roman en faisant se rencontrer (bien sûr, c'est une fiction) le fils de celui qui a publié les carnets de May, avec une étrange jeune femme capable de prendre l'apparence qu'elle souhaite et dont vous comprendrez, à la fin du livre, de qui elle est la descendante...

 

Les Cheyennes croient que tout ce qui s'est passé quelque part continue d'exister dans la terre...depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu'aux derniers chants de mort des mourants...Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 07:19
Quai Voltaire 2016

Quai Voltaire 2016

Personne ne m’avait jamais regardé avant Suzanne, pas véritablement, elle était devenue ma référence.

Je remarquais leurs cheveux tout d'abord longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l'éclat du soleil....Ces filles semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait...

 

L'histoire se passe dans le nord de la Californie à la fin des années 60. Evie, 14 ans est une adolescente sans histoires. Elle est simplement mal dans sa peau et accepte mal le divorce de ses parents. De plus, elle vient de se fâcher avec Connie, son amie d'enfance. Que va-t-elle faire de ce long été, surtout que la perspective de l'internat qui l'attend à la rentrée ne l'enchante guère...

 

Un jour qu'elle se balade en ville, elle est attirée par un groupe de filles débraillées pour ne pas dire carrément sales, qui semblent se moquer de tout et en particulier du regard des autres.

Elles vivent dans une sorte de communauté qui squatte une demeure délabrée au fin fond des collines, le ranch.

Aussitôt Evie va être fascinée par Suzanne, la plus âgée des filles qui semble les mener toutes par le bout du nez et elle va se laisser entraîner dans ce cercle de filles, toutes sous l'influence du maître, le charismatique Russell, dont elles sont amoureuses...

 

Subjuguée par ce qu'elle découvre, le vent de liberté et l'atmosphère particulière du lieu, Evie ne voit pas que ce qu'elle trouve exotique ne l'est pas. Elle a une telle soif d'être regardée et adoptée, qu'elle est prête à tout pour passer au ranch, le plus de temps possible.

Ainsi, pendant que sa mère la croit chez Connie, elle se rend là-bas et peu à peu, se fait adoptée, participe à la vie de la communauté, aux corvées mais aussi aux descentes au village où il est question de trouver à manger, voire de voler, y compris sa propre mère...

 

Obsédée et profondément troublée par le regard de Suzanne, Evie va commettre méfaits sur méfaits pour apparaître comme  la meilleure à ses yeux.

Elle ne s'aperçoit pas que peu à peu Russell plonge la communauté dans la violence psychologique...jusqu'à l'inéluctable. 


 

La façon dont ces filles parlaient de Russell, c'était différent, leur adoration était plus pragmatique...Leur certitude était inébranlable, elles évoquaient le pouvoir et la magie de Russell comme s'ils étaient aussi largement reconnus que la force marémotrice de la lune ou de l'orbite terrestre.

 

Racontée par une Evie devenue adulte, mais toujours meurtrie par les événements passés, l'histoire de ces jeunes femmes enrôlées dans cette secte et sous la coupe de cet homme charismatique, prend une force incroyable. 

Le roman démarre d'ailleurs alors qu'Evie adulte est logée par un ami dans sa maison. Julian, le fils de celui-ci débarque sans prévenir avec sa petite amie.  Ils vont la questionner sur ce passé qu'elle voudrait tant arriver à oublier.

Elle va alors se remémorer l'été de ses 14 ans, et sa rencontre avec les filles de Russell...

 

Autant le livre de Simon Liberati sur le même thème et sorti quasiment en même temps, ne me tentait pas du tout, autant ce roman-là qui est un premier roman m'a époustouflé et je l'ai lu quasiment d'une traite.

Ne voyez aucun voyeurisme dans cela, car si je n'ignorais pas que l'histoire s'inspirait du fait réel, c'est-à-dire du meurtre en 1969 de Sharon Tate (l'épouse de Roman Polanski) et de ses amis par la bande de la communauté de Charles Manson, c'est la lecture de la chronique d'Hélène du blog Lecturissime dont je vous mets le lien plus bas qui m'a convaincu de le lire.

En effet, ici point d'étalage de violence, de personnages nommés ou de descriptions sanglantes...

L'auteur s'attache à donner la parole à une des protagonistes qui n'a pas participé au massacre "mais qui aurait pu". Elle nous livre ici une description qui sonne toujours juste de la psychologie des personnages sans s'étaler sur les raisons d'un tel crime.

Elle nous emmène au coeur de la psychologie de cette jeune adolescente. Si ses problèmes ressemblent à ceux de la plupart des filles de son âge ce qu'elle va vivre cet été-là ne sera pas commun. 

L'auteur réussit parfaitement à nous attacher à elle qui nous apparaît si démunie et nous respirons quand nous découvrons qu'elle a évité le pire.

 

Je me souvenais très bien de ce fait divers qui a modifié le regard que portait les gens sur ces communautés a-priori inoffensives mais où trop de drogue et d'alcool circulaient.

Tuer par amour pour un homme charismatique parce qu'il en fait simplement la demande, cela paraît bien sûr complètement fou, mais c'est ainsi que les choses sont présentées.  

En nous faisant entrer dans cette communauté, l'auteur nous permet de mieux connaître les rouages utilisés par les manipulateurs, pour réduire leurs adeptes à néant et les faire devenir de gentils toutous incapables de réflexion personnelle et de libre arbitre, prêts à tout même au pire. 

Un livre marquant...et à faire connaître aux grands ados dès le lycée. 

 

Plus tard je lirais quelque part que Russell traquait les gens célèbres et à moitié célèbres, les parasites, tous ceux qu'il pouvait courtiser et à qui il pouvait soutirer de l'argent, emprunter des voitures ou des maisons...

 

Un autre avis (et quatre étoiles) chez Hélène du blog Lecturissime, ci-dessous...

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 07:16
Éditions de l'Olivier, 2016

Éditions de l'Olivier, 2016

Enfant, je grandis donc devant Spyridon qui marinait devant sa tranche de cervelet, un père court-vêtu vivant comme un célibataire, et une mère quasiment mariée à son propre frère qui aimait dormir contre sa sœur et devant les litanies de la télévision. Je ne savais pas ce que je faisais parmi ces gens-là et visiblement, eux non plus.

 

J'ai eu beaucoup d'hésitation avant d'emprunter ce livre car je savais par avance que le sujet n'était pas facile puisqu'une de mes amies l'avait présenté lors de notre Cercle de Lecture mensuel. Comme d'habitude, je voulais me faire ma propre idée sur la question...

Le début du livre est assez léger.

 

Paul Katrakilis vit aujourd'hui en Floride où il est devenu joueur professionnel de pelote basque dans un club de parieurs. 

Il est, semble-t-il, le plus heureux des hommes puisqu'il a des amis, des activités, un bateau et une vieille voiture et surtout que ses fantômes sont loin de lui. 

Comment en est-il arrivé là, lui qui a fait des études de médecine, comme son père avant lui, et son grand-père ?

Pourquoi n'a-t-il presque plus de contact avec son père ?

 

Le lecteur va apprendre peu à peu la douloureuse histoire de cette famille frappée de folie où tout le monde (ou presque) s'est suicidé.

D'abord il y a eu Spyridon, le grand-père, un médecin de Staline qui a conservé toute sa vie dans le formol, une tranche du cerveau du grand homme ; puis l'oncle et peu de temps après Anna, la mère qui entretenait avec son frère des rapports inhabituels et peut-être incestueux.

Et voilà qu'au milieu du bonheur, alors que Paul vient à peine de sauver des eaux, Watson, qui va devenir son plus fidèle compagnon, on le convoque au Consulat : Adrian, son père, vient de se donner la mort lui-aussi. Voilà Paul obligé de rentrer immédiatement à Toulouse pour les formalités...

 

Paul a toujours entretenu des rapports lointains avec son géniteur mais, au moment de son enterrement, il va découvrir un grand nombre d'inconnus et être surpris de son aura.

Puis alors qu'il est retourné au Mexique, des événements imprévus comme une longue grève des joueurs de pelote basque, suivie par une très grande déception sentimentale, vont obliger Paul à retourner à Toulouse où il s'installe dans la maison familiale et accepte de reprendre le cabinet paternel_ce que tout le monde attendait impatiemment.

Il exercera ainsi pendant près de dix ans, retournant de temps en temps pour quelques jours de vacances, voir ses amis outre-atlantique.  

 

C'est durant ces années qu'il va découvrir deux étranges carnets noirs, glissés dans le bureau de son père, qui lui dévoilent en détails ses activités et surtout, font montre de sa véritable personnalité.

Se met alors en place pour Paul, une suite d'événements qui l'amèneront peu à peu vers son inexorable destin.

 

Il n'y a rien de ridicule à pleurer la mort de son chien. Nous avions partagé nos vies et Warson était bien plus proche de moi que mes parents ne l'avaient jamais été. Nous avions un langage commun, nous nous comprenions et, un an après sa disparition, je guettais encore le bruit de ses pattes quand il dévalait l'escalier.

 

On ne choisit pas sa famille, tout le monde le sait, et fuir n'est pas forcément une solution durable. Notre héros Paul en fait, dans ce roman, la douloureuse expérience puisque l'histoire familiale va le rattraper.

C'est un roman désespérément mélancolique que j'ai apprécié, car l'écriture de l'auteur est simple et fluide, émouvante et étayée de pointes d'humour, malgré la gravité du sujet.

 

Mais il y a deux bémols qui m'ont empêché d'apprécier en totalité sa lecture. 

Le sens du détail, qui est un des charmes de l'écriture de l'auteur, s'est avéré être carrément ennuyeux lors de sa description, certes très réaliste de la longue grève des joueurs de pelote basque qui, du coup, m'est apparue d'autant plus longue.

La lente résignation de Paul face à ce passé familial dont il ne réussit pas à se défaire, est concevable pour le lecteur au vu de son vécu, mais incompréhensible en regard des événements heureux qu'il a pu vivre en Floride.

La fin du coup m'est apparue peu crédible car je ne suis pas arrivée à accepter qu'alors que des amis l'attendent en Floride, et qu'il se sent si seul en France, il ne retourne pas vivre là-bas, pour y couler des jours heureux.

Alors voilà...par rapport aux précédents livres de l'auteur que j'ai pu lire dans le passé, bien avant d'avoir ce blog, je suis donc plutôt déçue par le déroulement, trop pessimiste, des événements. 

Moi je veux croire Monsieur Dubois, que tout être humain a le pouvoir de modifier le cours de sa vie en contrant le destin familial...

 

 

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 07:09
Jean-Claude Lattès, 2016

Jean-Claude Lattès, 2016

 

Cécile Renan est une femme qui a tout pour être heureuse : elle est non seulement superbe mais riche et célèbre. Étant actrice, elle connaît de nombreuses personnes haut placées, des ministres et même le président de la République !

Mais un mal-être permanent l'empêche d'en profiter...

 

Un soir où elle se sent particulièrement mal et souffre de douleurs insupportables, elle appelle un médecin, puis prise de honte, annule sa demande. Mais celui-ci arrive quand même : il est beau, il est doux, il s'occupe d'elle et elle en a tant besoin qu'elle se laisse aller à cet instant merveilleux où elle peut redevenir un petit enfant qui n'a pas de soucis et peut se laisser dorloter.  

 

Troublée, dès le lendemain, elle va chercher sa trace pour le remercier de s'être ainsi occupé d'elle. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il est iranien. C'est alors qu'elle découvre avec stupeur que son appel a bien été annulé et qu'on ne lui a envoyé aucun médecin.

Qui est venu chez elle ainsi en pleine nuit ?

A-t-elle tout imaginé ?

 

En recherchant le mystérieux médecin, elle va rencontrer Kamal, un épicier iranien, qui a une famille merveilleuse, pleine de joie de vivre, et très humaine.  Peu à peu Kamal va entrer dans sa vie et la transformer... 

Au départ, Kamal pense que la fréquentation de son épicerie, par cette artiste célèbre, va être un plus pour lui et qu'il rendra ainsi jaloux tous ses concurrents. Mais peu à peu, il va réellement se soucier d'elle, lui faire rencontrer d'autres personnes, et la sortir de situations difficiles sans jamais poser de questions. 

 

Cécile découvre qu'au-delà de son monde plein d'argent, de son fiancé_le bel Alfonso_richissime qui élève des purs-sangs et, de tout ce luxe qu'elle côtoie quotidiennement, existe un monde simple, mais plein d'humanité, où chaque être humain a son importance et où la richesse n'est pas dans ce qu'on possède, mais dans ce qu'on est. 

 

Un beau sujet, certes souvent visité en littérature, mais qui me plaisait bien et un titre attirant qui m'a fait tendre la main pour emprunter ce livre en médiathèque.

 

Le seul bémol est que je ne suis pas du tout entrée dans l'histoire...par ailleurs agréablement écrite. 

Quel dommage, car je ne connaissais pas cet auteur et je reste sur un a-priori négatif !

Seuls les personnages comme Kamal, sa femme, sa famille et ses amis, m'ont paru crédibles et souvent drôles. On retrouve d'ailleurs tout le long du livre cette ambiance bienveillante et chaleureuse des familles orientales ainsi que l'humour et la joie de vivre qui les entourent. 

Par contre, les maux de cette "pauvre Cécile", riche mais malheureuse, qui prend des tas de médicaments pour oublier ses peines et ses souffrances terribles, dues à sa vie trop superficielle et trop ennuyeuse, m'ont plutôt agacé, même si je reconnais qu'elle est seule. Je dois l'avouer, tout ce qui lui arrive ne m'a absolument pas touché car son personnage ne m'a pas du tout intéressé. 

Une chose est sûre,  je ne suis pas entrée dans l'univers de l'auteur ! Je me suis donc pas mal ennuyée moi aussi et, pour tout vous dire j'ai lu la fin carrément "en diagonale". 

Si je vous en parle quand même, c'est parce que j'ai vu ici ou là sur internet que certains lecteurs avaient adoré, d'autres au contraire n'ont pas réussi à terminer le roman et se sont arrêtés bien avant  d'atteindre le premier tiers. Donc je me place au milieu et je serais ravie de connaître votre avis si vous le lisez un jour...

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 07:01
Grasset 2016

Grasset 2016

Il s'appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres.

 

A Manhattan, en 1969, Werner Zilch est en train de dîner avec Marcus son meilleur ami et associé, lorsqu'il voit passer une charmante jeune femme qui apparaît, pour lui le séduteur-né, comme étant LA Femme De Sa Vie (LFDSV !). 
 

C'est elle, il en est certain. Dés lors, il la poursuit sans relâche, prêt à tout pour entamer avec elle une relation quelle quelle soit, quitte à mettre de mauvaise humeur Marcus qui a peur de le voir gâcher  un rendez-vous vital pour eux deux... 

Il faut dire que Werner et Marcus sont à la tête d'une entreprise de construction et de réhabilitation d'anciens bâtiments, située en plein coeur de Manhattan ce qui doit bientôt leur rapporter beaucoup d'argent. Le père de Marcus, qui est lui-même à la tête d'un cabinet d'architecte, les conseille comme il peut. 

Alors ce n'est pas le moment de tout gâcher ! 

 

Werner a toujours été assez instable mais c'est un jeune homme drôle et très charismatique. Adopté par deux parents aimants qui ont respecté la volonté de sa mère biologique de lui garder son prénom et son nom de naissance, il a été longtemps déboussolé de ne pas connaître ses origines. 

Aujourd'hui, devenu adulte, il vit en colocation avec Marcus avec qui il partage, travail, ambition et soirées animées dans un Manhattan en ébullition. 

 

Werner, pugnace, va réussir à rencontrer Rebecca (pour cela il n'hésitera pas à emboutir sa voiture) et va débuter avec elle, une relation complexe, passionnée et indescriptible.

Mais les deux jeunes gens vont malheureusement être rattrapés par leur passé...

 

Je l’observais avec une telle attention qu’alertée par un instinct animal, elle croisa mon regard et s’immobilisa une fraction de seconde. Dès qu’elle tourna ses yeux insolents vers moi, je sus que cette fille me plaisait plus que toutes celles que j’avais pu connaître ou simplement désirer. J’eus l’impression qu’une lave coulait en moi, mais la jeune femme ne sembla pas troublée, ou, si elle le fut, mon étincelante créature avait suffisamment de retenue pour ne pas le montrer.

 

A côté de la vie trépidante à Manhattan, le lecteur fait un saut dans le passé et se retrouve à Dresde en février 1945, en plein bombardement.

Des immeubles s'écroulent, des blessés sont amenés sans discontinuer auprès des médecins, infirmiers et soldats qui ne savent plus où donner de la tête, ni comment les soigner ou même seulement soulager ceux qu'ils ne peuvent plus sauver.

 

Une nouvelle bombe fit trembler les murs et tomber des morceaux de ciment sur la tête de Marthe. La peur chassa ses souvenirs. Dans cette cave qui , à ce rythme allait devenir son tombeau, l'infirmière n'avait aucune information sur l'ampleur des dégâts; Sa belle-soeur était seule en ville, sur le point d'accoucher.

 

Là, au milieu du chaos, on leur amène Luisa Zilch, une jeune femme grièvement blessée aux jambes, qui est sur le point d'accoucher...et de mourir.

Elle les supplie de sauver son bébé : c'est Werner, le lecteur le sait tout de suite. 

Dès cet instant, le lecteur comprend une seule chose : il ne pourra plus lâcher le livre, car il veut savoir comment ce petit enfant né en pleine guerre, qui va être sauvé car nourri par une jeune femme qui vient de perdre elle-même son bébé dans le bombardement, qui va avoir la chance d'être retrouvé par sa tante, Marthe, qui le cherche sans relâche, sera ensuite abandonné pour être finalement adopté sur le sol américain.

 

Pourquoi est-il considéré comme le dernier des nôtres ?

Quelle est l'histoire de sa famille ?

Werner, est-il prêt à découvrir ce qu'il va être bientôt obligé, par amour pour Rebecca, de sortir des décombres ?

 

Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j'étais résolu à me forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d'où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m'obligeait à me plier, genoux au menton, dans les bus et au cinéma. J'étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L'envie de prouver qui j'étais, l'envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et, s'il le fallait, la crainte, me brûlait.

 

Voilà un roman qui mélange la fiction et les faits historiques.

Ce livre plonge le lecteur dans l'horreur de l'Allemagne nazie. J'avais oublié le nom et l'histoire de ces savants du IIIe Reich, obligés de quitter leur pays pour être "récupérés" en quelques sortes par les américains.

L'opération "Paperclip", qui a réellement existé, consistait à exiler en Amérique des scientifiques nazis (pour ne pas les laisser aux mains des russes à qui ils auraient pu dévoiler  leurs recherches) et ce, afin de récupérer les armes secrètes du IIIe Reich. 

 

Voilà un livre qui montre bien l'époque complexe qu'a été la fin de la guerre. Il nous décrit des personnages attachants, meurtris ou, au contraire, répugnants parce que violents et devenus des bourreaux...

Il nous permet de nous interroger sur l'importance de nos origines et de la transmission familiale qui nous empêche souvent d'échapper à notre passé. 

 

Malgré une construction plutôt classique qui ne m'a pas dérangé, deux histoires entrelacées qui se rejoignent... j'ai été happée par l'histoire de ce jeune homme qui cherche ses origines et les trouvera. Le lecteur se retrouve en effet aussitôt impliqué dans l'histoire comme s'il était devenu un témoin important et qu'il se porte garant de la vérité jusqu'à ce quelle soit révélée...

 

Ce livre n'est pas pour autant un coup de coeur. Si certains passages m'ont vraiment subjugué, l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens de milieux trop différents, même si elle est tout à fait passionnée et emplie de sensualité, présente quelques longueurs qui alourdissent le déroulé des événements. Ainsi en est-il du long sommeil de Rebecca (certes visant à lui faire accepter l'inacceptable) qui débouchera sur un réveil brutal et inattendu, et sur la révélation du pourquoi de sa longue disparition...Mais je vous laisse en découvrir les raisons. 

 

Un tout "petit" bémol donc, pour un roman qui a obtenu le prestigieux Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2016 et qu'il faut lire absolument. 

 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:20
Stock 2017

Stock 2017

A mes sourcils froncés, elle comprit d'emblée qu'elle n'allait pas s'amuser tous les jours. Que je serais un ronchon. En même temps elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même : comment aurait-elle pu avoir un bébé dans le coup, elle qui était comtesse ? Les Rupignac étant l'une des plus vieilles familles de France, il était normal que je sois dès ma naissance un bébé démodé, un antimoderne, un croûton dans la malle...

 

Le héros de ce roman pas comme les autres est né en 1985 dans une famille issue de la noblesse depuis de longues décennies, les Rupignac... Le petit François va souvent passer la journée chez le général à la retraite, son grand-père et la duchesse, sa grand-mère et bien sûr comme tous les enfants du monde, il adore ses grands-parents. 

Sa famille noble influence considérablement sa vision des choses et ne l'aide pas vraiment à s'intégrer dans le monde d'aujourd'hui. Il en devient rebelle, mauvais élève et mauvais garçon...

Heureusement qu'une fois casé en pension, il va faire la connaissance de Pierre, un garçon plus rebelle que lui, mais très cultivé et mystique à ses heures. Devenus étudiants, ils vont créer le "Club des vieux garçons", une sorte de société secrète privée qui se réunit à ses débuts, chez la grand-mère puis, au sous-sol du célèbre Jockey Club, grâce à l'entre-gens dont François bénéficie. Dans ce club qui n'est toutefois pas exclusivement réservé aux garçons, toute relation autre que platonique et intellectuelle, est formellement exclue. 

 

François va engloutir une partie de la fortune familiale grâce aux dons financiers de son oncle Albert, un vieux célibataire sans enfants, passionné de safari et chasseur hors pair. Le champagne coule à flots et les beuveries philosophiques durent tard, souvent jusqu'au petit matin...

François se sent chez lui au milieu de tous ces célibataires qui, comme lui, vivent décalés par rapport à la société tout en refusant de s'y insérer. Une génération de jeunes plutôt perdue, car à la recherche de repères que pour la plupart du temps les familles ont oublié de leur donner...

Ils sont tous devenus désabusés et... très alcooliques, prêts à renier leurs origines tout en tapant dans la caisse, puisqu'après tout elle est là et bien remplie.

Dix ans plus tard, François va se rendre compte de son erreur...des années perdues, des excès de boissons et de toutes ses extravagances passées. 

 

Différemment désabusés, nous aspirions tous les deux, à l'anarchie- une anarchie qui restait à définir.
Ce mot usé était à réinventer. Nous ne voulions pas d'une anarchie anarchiste, d'une anarchie anarchique, chiquée, d'une anarchie classique et scolaire. Nous la voulions neuve, ambiguë, déconcertante, déconnectée de toute idéologie. En un mot : artistique.

 

Un livre qui ne m'a pas trop tenté au départ, vu que ce milieu ne m'intéresse pas du tout, mais que j'ai lu finalement sans aucun déplaisir.

 

J'ai trouvé quelques longueurs dans sa seconde partie, mais j'ai beaucoup ri durant la première ! La vision décalée de ce milieu, auquel sans nul doute appartient l'auteur, est tout à fait savoureuse...

Le jeune garçon n'a pas son pareil pour nous conter les frasques de son grand-père, la découverte de la demeure du vieil oncle Albert, qui s'entoure de trophées de chasse, la visite du très chic Jockey Club...

 

Le personnage de la grand-mère dont le petit-fils va s'occuper, suite au départ de ses parents pour la Suisse, est celui qui m'a le plus touché.

Elle vit dans son monde, révolu et vieillot, ne peut parler avec sa gouvernante que de ducs et de duchesses, à tel point que François est obligé de construire à la pauvre Félicité, une sorte d'arbre généalogique précis pour quelle puisse entretenir la conversation.

 

Il est remarquable de signaler que le personnage de François sonne toujours juste et que par moment, il nous arrive de le détester comme par exemple quand il montre à quel point le matériel n'est pas un problème du tout pour lui, c'est sûr, il est plein au as et peut dilapider la fortune familiale sans crainte...c'est un puits sans fond et il dépense d'autant plus facilement cet argent qu'il n'a fait aucun effort pour le gagner (et peut-être les siens aussi...mais ça personne ne le sait et il ne nous le dit pas !).

L'instant d'après, il nous touche par ses intentions, vis-à-vis de sa grand-mère qu'il adore et dont il s'occupe avec beaucoup de tendresse. Ou bien nous surprend par ses échanges avec Pierre, qui est son opposé en tout mais pour qui il éprouve une véritable amitié sincère et passionnée. 

 

Voilà un auteur que je n'aurais sans doute jamais lu spontanément, si Babelio ne me l'avait pas proposé...

Aurais-je des a-priori ?!

J'y ai découvert avec plaisir un humour caustique et une façon très british de pointer les travers de ce milieu très aristo-un peu bobo-et plutôt intello ! 

Un livre qui, sans problèmes, saura trouver ses lecteurs...

 

Nombreux furent les fous rires et les quiproquos qui émaillèrent nos journées, comme le jour où Félicité proposa une partie de sept familles, et où ma grand-mère s'indigna de ne pas trouver les Rupignac dans le jeu de cartes...

 

L'auteur est un fervent admirateur de Patrick Modiano. On le décrit comme un jeune auteur plutôt timide et discret. Comme son héros, il appartient à une illustre famille...

Il a fait des études de lettres et s'est mis à écrire très jeune, dans des magazines et en particulier dans Technikart, une revue culturelle décalée qui porte un regard cynique sur notre société. 

En 2010, il publie son premier roman "Les vies Lewis", un roman très remarqué et d'une grande qualité littéraire. 

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:10
Le livre de Poche, 2016

Le livre de Poche, 2016

Ce qui est extraordinaire chez les gens, c'est leur capacité à prendre un sourire pour une invitation à discuter.

 

Ce petit roman, très court, a été publié en 2015 chez Michel Lafon, après avoir été édité en auto-édition l'année précédente. Très vite il s'est imposé comme un immense succès de librairie et a séduit plus de 200 000 lecteurs, y compris hors de France.

Donc, on peut dire que ce roman a su trouver ses lecteurs. 

Souvent je me méfie de ces livres à succès !

Mais la plupart des membres du Cercle de lecture dont je fais partie, avait décidé de lire un roman "léger" à succès, pour tenter de comprendre pourquoi ce type de roman peut se retrouver en tête des ventes du livre de poche (d'après le magazine "Lire")...

Nous nous sommes donc réunis cette semaine et notre avis a été unanime ! Personne autour de la table n'a aimé ce roman. Nous l'avons tous lu sous la contrainte,  sans aucun déplaisir toutefois, mais sans y trouver non plus, un quelconque intérêt sauf celui de passer deux heures au coin du feu sans prise de tête un week-end pluvieux...

Nous l'avons tous trouvé trop invraisemblable, empli de clichés et en tous les cas beaucoup trop caricatural.

Du coup le battage médiatique autour de ce livre et en particulier le "Absolument fabuleux" signé Cyril Collard et mentionné sur le bandeau  du livre, nous est apparu vraiment exagéré... 

Il ne faudrait pas trop pousser "Mémé dans les orties"tout de même...

 

Donc si au début Ferdinand n'avait pas fait exprès de contrarier ses voisines, désormais il prépare ses coups et se fait un malin plaisir de leur mener une vie impossible...

 

Ferdinand, un vieil octogénaire devenu avec l'âge grincheux, solitaire et mécontent de tout, habite un immeuble parisien typique, peuplé uniquement de vieilles femmes seules. Il a divorcé et n'a jamais pardonné à sa femme de le tromper avec...le facteur. Sa fille est partie s'installer à Singapour, et ne lui est donc pas d'un grand secours. Et la distance aidant, comme il n'a jamais voulu voyager, il ne connaît presque pas son petit-fils.  Heureusement qu'il a Daisy, sa chienne adorée. 

Mme Suarez,  la concierge de l'immeuble trouve mille façons d'ennuyer le vieil homme...qui le lui rend bien. Elle voudrait surtout que Ferdinand quitte définitivement les lieux pour aller vivre en maison de retraite.

Un jour Daisy se fait renverser par une voiture...

Ferdinand est dévasté de chagrin et en devient suicidaire. Pourtant, grâce à l'intervention inattendue de Juliette, une petite voisine de 10 ans, nouvellement arrivée et de la voisine d'en face, Béatrice, une extraordinaire vieille dame, le vieil homme va être tenté peu à peu de reprendre goût à la vie et de devenir plus sociable...

 

Voilà donc un roman "feel good", qui fait du bien paraît-il... Sûr qu'il ne peut pas faire de mal ça je vous l'assure. 

C'est un roman léger, sans prétention vous l'aurez compris, qui est empli de bons sentiments. C'est écrit simplement et compréhensible par tous. 

Je n'ai malheureusement pas été conquise, ni par l'histoire, ni par les événements trop invraisemblables à mon goût et tirés par les cheveux.

 

Les personnages, non plus, n'ont pas su me séduire...car ils tombent tous, à un moment donné, dans la caricature.

La petite Juliette, âgée de seulement 10 ans qui apparaît dans le roman soudainement alors que tout le monde ignorait son existence dans l'immeuble, ne m'a pas conquise tant son personnage et ses actes dans l'histoire sonnent faux. Elle agit et parle trop comme une adulte.  

Je n'ai pas trouvé crédible non plus, les frasques que Ferdinand commet en réponse aux attaques de la concierge (bien que parfois je me suis surprise à sourire); ni la disparition de sa chienne Daisy (et les événements qui vont suivre_du jamais vu !) ; ni l'intervention de Marion, sa fille, qui fait surveiller Ferdinand à distance par Mme Suarez, comme par hasard...

Le seul personnage qui finalement m'a amusé, est celui de Béatrice, la voisine d'en face, une vieille femme hyper-active, moderne, libérée et qui s'accepte comme elle est. Elle est même geek à ses heures...

 

Donc en conclusion je dirais que le sujet était intéressant car ce livre a le mérite de parler de la solitude et de l'isolement de la vieillesse et de montrer que les relations intergénérationnelles sont possibles et bénéfiques pour chacun.

J'ai trouvé dommage qu'avec une telle belle idée de départ,  l'auteur soit tombé dans la caricature et dans l'invraisemblance. Les ingrédients auraient pu donner un bon roman et ce vieux Ferdinand, acariâtre et agaçant qui ne parle jamais à personne même pour dire bonjour, aurait pu être attachant...

 

Toutefois, le grand avantage de ce roman est que vous pouvez le lire dans le train ou le métro ou bien avec vos jeunes enfants qui jouent aux indiens à côté... vous ne perdrez pas le fil !

Ceci explique peut-être que sur Babelio, ce livre soit plébiscité par beaucoup de jeunes adultes. Est-ce une façon pour eux d'exorciser leur peur de la vieillesse ? de se distraire avec un livre facile ? Je ne détiens pas la réponse...

 

Jamais eu de bol, moi avec les femmes !
- Mais dans quel siècle vous vivez, Ferdinand ? Aucune femme ne tolérerait un pour cent de vos actions ou de vos paroles ! Ou alors il faudrait la choisir amnésique...
Et puis arrêtez de tout mettre sous le signe de la malchance. Les femmes vous quittent, car vous les faites fuir. Point !

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:10
Kyrielle, 2017

Kyrielle, 2017

Lorsque la lune se pose sur l'eau.
Parfois comme un oiseau.
Parfois comme un caillou.

 

Ce livre est un dyptique que Véronique Biefnot et Francis Dannemark ont imaginé ensemble, à partir d'une idée de Véronique Biefnot, qui l'a également illustré. Le scénario complet est donc signé Biefnot-Dannemark.

Le livre 1, "Place des Ombres", a été écrit par Véronique Biefnot. Elle y présente les personnages et met en scène le mystère qui les entoure. Le livre 2, "Après la brume", a été écrit par Francis Dannemark. Il se déroule vingt ans après et le lecteur y trouvera certaines réponses...

 

Vous pouvez imaginer plus facilement l'ambiance de l'histoire en venant lire des extraits sur leur site

 

Parfois, je suis la lune.
Les oiseaux.
L'ami de l'eau.

 

Le premier roman débute en 1980, mais l'histoire elle, vous l'avez deviné, bien avant...

Lucie est étudiante en lettres et se sent seule au milieu de cette ville où elle vient de s'installer.

Elle n'aime pas prendre part aux nombreuses fêtes étudiantes et n'arrive pas à s'intégrer dans un groupe. Ses parents sont partis vivre en Italie, suite à une mutation de son père, et elle se sent un peu abandonnée loin d'eux.

 

Elle prend beaucoup de plaisir à lire "Les fleurs du mal" de Charles Baudelaire, un exemplaire datant de 1868, qu'elle a trouvé chez un bouquiniste. Elle a été tout de suite fascinée par la couverture et la dédicace emplie d'amour, datant de 1910, et adressée  à une certaine et mystérieuse Garance...

Son ressenti, ses émotions répondent comme un écho aux vers du poète. 

 

Lucie aime beaucoup se rendre au parc dès la fin des cours. Là elle se sent apaisée par la présence des arbres et de la nature. Mais un soir où elle s'est aventurée un peu plus loin que d'habitude dans la ville, elle se perd et ses pas l'amènent jusqu'à une très vieille herboristerie, une boutique située "Place de la montagne aux Ombres" au rez-de-chaussée d'un vieil immeuble délabré, tenue par un très vieil homme, Évariste Jussieux. 

 

Alors qu'elle vient de connaître une vive et incompréhensible déception sentimentale, durant laquelle son petit ami, Pol l'a abandonné sans donner d'explication, Lucie retourne voir le vieil homme et sans savoir pourquoi se confie à lui. 

Aussi, lorsque celui-ci lui propose quelques temps après, de s'installer dans un appartement situé au dernier étage de l'immeuble dans les anciennes chambres de bonnes, elle accepte aussitôt.

Une amitié pleine de tendresse va naître entre le vieil homme et la jeune fille. Mais celle-ci peu à peu perd le contact avec la réalité. Elle s'éloigne de ses quelques connaissances, ne va plus en cours, arrête d'écrire à son amie Maud et fait d'horribles cauchemars, durant lesquels une mystérieuse voix, lui parle. 

 

Quelle est l'origine de ces bruits qui peuplent ses nuits ? 

Pour quelle raison les fissures du vieil immeuble gagnent-elles du terrain ? 

D'où proviennent les violentes douleurs qui lui nouent le ventre ? 

Et pourquoi Mme Latourelle, la propriétaire ne sort-elle jamais de chez elle ?

 

La lourde porte avait claqué dans son dos. Lucie eut beau actionner le bouton de l'interrupteur à plusieurs reprises, le hall d'entrée resta obstinément plongé dans le noir. A tâtons, elle se dirigea vers l'escalier.Avançant avec précaution, une main plaquée contre le mur, l'autre tendue devant elle, elle atteignit la première marche de marbre et, s'agrippant à la rampe, gagna le large palier du deuxième étage...
elle fit deux pas puis s'arrêta, pétrifiée...un léger bruit de respiration parvenait de la droite.

 

Ce que Lucie ne sait pas, c'est que des décennies auparavant, des événements tragiques ont eu lieu dans cet immeuble et qu'en s'y installant elle a réveillé des démons, restés tapis tout ce temps dans les lieux.

C'est alors qu'elle se sent si seule et désemparée qu'elle s'aperçoit qu'un grand chien très affectueux s'est mis à la suivre, comme s'il voulait la protéger d'un danger imminent.

L'animal s'avançait vers elle d'un pas égal, réduisant calmement la distance qui les séparait. Cette fois la jeune femme décida de ne pas fuir. Et cette fois il ne se précipita pas, comme s'il avait senti qu'elle acceptait la rencontre. Il s'arrêta face à Lucie.

 

Maud, arrivée sur les lieux pour revoir son amie, réussira-t-elle à découvrir ce que Lucie n'a pas eu le temps de comprendre avant le drame ?

Et quels terribles liens secrets existent-ils entre les événements d'aujourd'hui et ce qu'elle-même va vivre vingt ans après ?

Car le mystère s'épaissit...

 

Parfois quelqu'un me parle.
Je n'ai pas de mots.
Parfois quelqu'un m'entend.

 

Voilà un roman à suspense, saupoudré d'un peu de surnaturel, de beaucoup de mystère et traversé par de belles et romantiques histoires d'amour, qui se lit avec un immense plaisir comme tous les livres que j'ai pu lire auparavant de ces deux auteurs (en solo et en duo) et bien qu'il soit d'un style tout à fait différent. 

Dans celui-ci le passé et le présent se mêlent pour former une histoire étrange où il n'y a aucune place au hasard...car, vous l'avez deviné, tous les événements sont reliés entre eux.

Dès les premières pages, le suspense est au rendez-vous et le lecteur se laisse emporter par l'histoire...

Les personnages sont très attachants et nous entraînent dans leur sillage. 

L'intervention des animaux n'est pas anodine. Il en est ainsi du chien que l'on retrouve à travers les âges mais aussi d'une corneille, d'un renard...qui interviennent à plusieurs moments du récit. 

 

Seul dans son théâtre d'ombres et de silence, Emile Marage alluma une bougie qu'il posa sur la table avant de s'asseoir, face à sa tribu figée. Figée dans l'attente des mots qu'il allait prononcer...Comme ils avaient été patients, le renard et le chat sauvage, comme ils avaient retenu leurs ailes, les oiseaux du jour et de la nuit, les papillons, comme ils s'étaient tenus tranquilles, les lucanes cerfs-volants, les cétoines dorées ! La voix du vieil homme surgit enfin : "Vous l'avez vue, n'est-ce pas ? J'aurais pu aimer quelqu'un. J'aurais pu être aimé. J''aurais pu avoir une petite fille comme elle"...

 

L'écriture et les poèmes jouent un rôle très important : une partie de l'histoire est révélée dans le carnet de Garance, les romans sont imprégnés d'extraits de poèmes de Baudelaire et de références littéraires, et la poésie est aussi entre les chapitres, car de courts poèmes de trois vers, proches des haïkus viennent soutenir les propos et se retrouvent au coeur des deux romans, en miroir. 

La structure est importante puisque les deux romans se répondent et que les événements se répètent, comme si les personnages échangeaient à travers le temps. 

C'est un roman très bien écrit qu'encore une fois, j'ai lu avec beaucoup de plaisir. 

Je remercie les auteurs de m'avoir fait confiance en me proposant la lecture de leur livre en avant-première, puisque sa sortie n'est annoncée que pour le mois de février.

 

Une autre fois je serai du bois.
L'arbre où se posent les oiseaux.
Je serai l'eau de la rivière.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 07:20
Coup de coeur des Lecteurs 2015

Coup de coeur des Lecteurs 2015

Une maison ne pouvait pas être menaçante, c'était évident !
Ce n'était pas une entité.
Juste un assemblage de pierres, de mortier, de bois et d'ardoises.

 

Je ne sais plus qui m'a parlé de ce roman et comme je voulais lire quelque chose de facile pendant les dernières vacances, j'ai acheté ce titre d'Isabelle Rozenn-Mari. Un auteur dont je n'avais jamais rien lu auparavant.

Je savais qu'elle avait reçu le "Coup de coeur des Lecteurs" 2015, prix décerné par Amazon lors de la remise des Prix de l'Auto-Edition 2015.

Bon d'accord Amazon n'est pas au départ une librairie, mais je considère que ses lecteurs sont des lecteurs comme les autres et donc que ce prix était à découvrir.

Je n'ai pas regretté un seul instant cette lecture de vacances...

 

Pourquoi tant d'émotions ? Se questionna-t-elle.
Cette maison n'était rien pour elle. Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle l'avait vue pour la dernière fois.
Cela n'avait pas de sens...

 

Rose est obligée de revenir dans la maison de son enfance dont elle vient d'hériter, après la mort de sa grand-mère. Mais elle compte bien la vendre rapidement, car sa vie est désormais ailleurs. Elle est en effet devenue outre-atlantique, une romancière à succès. 

Depuis le décès de ses parents, alors qu'elle n'avait que huit ans, elle vit à New York. C'est son oncle qui l'a élevé. De sa vie d'alors, elle n'a jamais eu aucun souvenir et tout le monde a pensé que le traumatisme de la disparition de ses parents et son déracinement expliquaient son absence de mémoire. 

A 26 ans, elle ne pensait pas que, de revenir sur les lieux ici à Port-Lanay, provoquerait chez elle autant de bouleversements...

 

D'abord il y a la maison dans laquelle elle désire aussitôt s'installer pour y faire un peu de tri en attendant la mise en vente. Dès le départ, elle ressent de fortes ondes néfastes comme si les murs et les objets voulaient lui parler. Ensuite il y a tous ces bruits étranges, ces ombres qui semblent vouloir s'approcher de plus en plus près d'elle, cette odeur persistante de violette qui semble la poursuivre...

La maison serait-elle hantée comme le croient les habitants du village ?

Quels secrets se cachent derrière ses lourdes tentures ?

 

Et puis, il y a aussi tous ces gens dont elle n'a aucun souvenir et qui semblent se rappeler parfaitement d'elle. 

D'abord sa propre famille qu'elle n'a jamais revu depuis le drame. Sa tante, la soeur jumelle de sa mère, qui l'a toujours tenu à distance et sa cousine, au comportement déluré qui ne cesse pas de la surprendre. 

Il y a Alex, son ami d'enfance, devenu avocat qui s'occupe de la succession. Alex, plein de charme et très prévenant, qui décide de l'entourer de sa sollicitude et de l'aider à traverser cette étape difficile. Il devient vite le seul refuge de Rose qui se confie à lui, éprouvée comme elle est par tous les événements. Elle va bien sûr tomber amoureuse, tandis que le lecteur devenu de plus en plus méfiant à cause de ce qu'il apprend au fur et à mesure de sa lecture, s'inquiète pour elle. Alex est-il réellement fiable et sincère ? 

Le lecteur s'inquiète d'autant plus que la famille d'Alex a une attitude différente et certains membres semblent même détester Rose, comme c'est le cas de la mère. Quand au père et au frère d'Alex, on peut dire que leur comportement, très masculin, et leur façon de regarder Rose, met le lecteur plutôt mal à l'aise.

 

Malgré les difficultés, Rose décide de rester pour obtenir des réponses à ses nombreuses questions...en fait elle y est obligée mais je ne vous dirai pas pourquoi ! 

Mais aura-t-elle pour autant le courage d'aller au devant des secrets de famille ?

Pourquoi son oncle lui a-t-il menti pendant toutes ces années ? 

 

 

Jusqu'ici, je faisais de nombreux cauchemars la nuit. Des rêves dont je ne me souvenais jamais. Mais à présent, c'est ma vie qui s'est transformée en un long et douloureux cauchemar et je sais que je suis prise au piège.
Je ne peux pas fuir cette maison...

 

Ce thriller psychologique, saupoudré d'un peu de surnaturel et d'horreur, est un roman haletant au suspense époustouflant et se lit d'une traite ! Ah j'oubliais...il contient quelques scènes d'amour aussi. 

 

J'ai aimé ressentir la peur de Rose lorsqu'elle est dans la maison.

Cela m'a rappelé l'époque où, encore enfant, il fallait pour rejoindre ma chambre que je passe devant la chambre de mes parents, ouverte mais obscure, car mal éclairée par la lampe du couloir comme c'était souvent le cas à l'époque. Avec ma soeur, tous les soirs d'hiver (pourquoi seulement en hiver ?) nous passions devant cette porte ouverte en frissonnant et en criant pour nous faire plus peur encore. Puis le rituel était d'arriver la dernière quand la première avait déjà éclairé notre chambre et de regarder minutieusement sous nos lits, avant de nous glisser dans les draps chauffés par la bouillotte provençale (un galet de la Crau emmailloté dans un vieux pull)..."Elles sont fadades" (ce qui veut dire "un peu folle") disait alors ma mère en riant et en venant nous border...Jouer à se faire peur est souvent délicieux quand on est enfant !

 

Bon revenons à  ce roman, bien rythmé et très prenant... 

Rose est un personnage très attachant. Elle est douce, intelligente, agréable...mais plutôt timide. Ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est rester dans l'ombre et passer inaperçue, ce qui bien sûr ne va pas arriver car dès son retour au pays, les langues vont bon train et elle va se retrouver au centre de l'intérêt de chacun.

La petite ville avec son ambiance particulière de province, ses rumeurs et ses non-dits, joue vous l'avez compris, un rôle important dans l'ambiance générale du roman.  

Les personnages sont tous très bien décrits psychologiquement et bien présents dans le roman, même ceux que nous ne trouvons pas du tout sympathiques, comme le frère et le père d'Alex par exemple, ou la cousine...qui est l'opposé en tout de Rose. 

 

Le style est clair et fluide. L'auteur joue avec nous, juste ce qu'il faut pour créer le suspense et rendre l'histoire crédible. Et l'histoire d'amour qui unit Rose et Alex, malgré son côté bien prévisible, permet de se détendre un peu et de donner un peu de douceur et de passion à l'ensemble. 

 

Isabelle  Rozenn-Mari a choisi l'autoédition pour se faire connaître et remporte un franc succès. "Souviens-toi Rose" est son cinquième roman...

Un roman à lire pour se détendre et passer un bon moment. 

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 07:25
Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

Editions Le Dilettante, 2000 ; J'ai Lu 2002

À l'école primaire, une insulte infâme était d'être traité d'intello ; plus tard, être un intellectuel devient presque une qualité. Mais c'est un mensonge : l'intelligence est une tare.

 

Je vous ai déjà parlé de ce roman à deux reprises sur ce blog...parce qu'il est pour moi incontournable et qu'il me rappelle d'excellent souvenirs...

La première fois, c'était dans une bibliographie que j'ai mis en ligne l'année dernière, sur le thème des romans d'humour pour ados, et la seconde, lorsqu'une troupe de théâtre que les lyonnais doivent bien connaître, la Nième Compagnie,  m'a gentiment invité à aller voir la pièce de théâtre qui se jouait à Paris et en tournée et que vous vous en doutez, je n'ai pas pu aller voir. 

 

Or ce roman de Martin Page, il se trouve que je le connais depuis sa sortie en l'an 2000, année où je travaillais dans un lycée professionnel.

Nous faisions alors chaque année, avec une enseignante de français, un atelier de "critique littéraire en herbe" et la libraire du coin sélectionnait des livres pour les soumettre à cette classe de carrossier, comme vous vous en doutez, une classe où peu d'élèves aimait la lecture de gros pavés. 

De nombreux débats ont eu lieu autour de ce petit roman et il a été lu par tellement de jeunes que j'ai dû en acheter plusieurs exemplaires...C'est vous dire ! 

Voilà pourquoi ce petit livre me rappelle de bons souvenirs...

 

Parmi les cadeaux que le père noël a mis dans mes petits souliers, ce livre est arrivé par la poste, envoyé par quelqu'un que j'aime beaucoup (et que je remercie encore ici) et qui se reconnaîtra, alors que j'étais en vacances en Auvergne. Comme certains d'entre vous le savent, je suis partie bien avant noël et pendant plus de dix jours. C'est à mon arrivée que je l'ai trouvé qui m'attendait bien sagement dans son enveloppe, posée sur ma table basse par mon adorable voisine qui était venue s'occuper de mes chattes...et rentrer mon courrier.

Bien sûr j'ai eu envie de le relire, non sans avoir remercié l'expéditrice par le formulaire de contact de son blog (car je n'avais pas son mail, la cachottière) et en lui envoyant de petites choses que j'avais préparé moi aussi pour elle, et puis... vous vous en doutez, j'ai pris tout mon temps pour le savourer ! 

 

 

-Pourquoi n'as-tu plus d'amis?
-Ils ont moisi. Je n'avais pas remarqué qu'ils avaient une date de péremption.

Comment je suis devenu stupide / Martin Page

Bien sûr, il y a des gens qui auront lu Freud, Platon, qui sauront jongler avec les quarks et faire la différence entre un faucon pèlerin et une crécerelle, et qui seront des imbéciles. Néanmoins, potentiellement, en étant en contact avec une multitude de stimulations et en laissant son esprit fréquenter une atmosphère enrichissante, l'intelligence trouve un terrain favorable à son développement...

 

Le héros du livre s'appelle Antoine et a 24 ans. C'est un jeune homme intelligent pour ne pas dire brillant, mais qui se sent très seul...

Bardé de diplômes dont certains, il faut bien l'avouer, sont complètement inutiles, il réalise que l'intelligence ne fait pas le bonheur, en tous cas le sien.

Alors il va essayer de changer de vie et surtout d'arrêter de penser. Car c'est en fait sa trop grande lucidité qui lui joue des tours, cette façon qu'il a de toujours tout décortiquer et tout analyser... 

 

 

Enfant, son ambition avait été de devenir Bugs Bunny, puis plus tard, plus mature, il avait voulu être Vasco de Gama. Mais la conseillère d'orientation lui demanda de choisir des études qui figuraient sur les documents du ministère.

 

Il songe à devenir alcoolique mais tombe dans un coma éthylique au premier verre : il ne supporte pas l'alcool et puis ne devient pas alcoolique qui veut...

Il s'intéresse au suicide, mais finalement en déduit que la mort ne l'intéresse pas. Car s'il reconnaît qu'il ne désire plus vivre, il ne désire pas non plus mourir. 

Alors il décide, vous l'avez deviné... de devenir stupide.  

Faut-il avoir recours à une lobotomisation ? une indigestion de télévision ? la fréquentation d'une salle de sport ?

 

Je n’ai jamais été sportif ; les dernières compétitions importantes qui ont fatigué mes muscles sont les concours de billes à l’école primaire dans la cour de récréation. Mes bras, mon souffle court, mes jambes lentes ne me permettaient pas de faire les efforts nécessaires pour taper dans une balle avec efficacité ; je n’avais que la force de fouiller le monde avec mon esprit. Trop chétif pour le sport, il ne me restait que les neurones pour inventer des jeux de balles. L’intelligence était un pis-aller.

 

Il choisit de changer de métier pour devenir un "sale con". L'idéal est de travailler dans une société de courtage et de prendre deux petits cachets d'Heurozac qui vont lui permettre de s'empiffrer de BigMac, de s'installer dans un loft branché, et d'acheter une grosse voiture... sans culpabiliser ni se poser aucune question.

Mais deviendra-t-il heureux pour autant ?

 

Ne comptez pas sur moi pour vous décrire en détails, les mille péripéties vécues par notre jeune Antoine. Cet anti-héros, très attachant saura vous surprendre. 

Dans ce roman, où l'auteur explore les travers multiples de notre société dans laquelle toute personne sortant de la norme est rejetée, vous trouverez matière à réfléchir en toute légèreté...car il est à la fois drôle et profond. 

C'est un petit roman très court (124 pages exactement) qui vous fera passer un agréable moment, mais un roman intelligent car tout le monde en prend pour son grade. J'ai beaucoup ri ! 

J'invite les enseignants à faire lire cet auteur talentueux à leurs élèves, car avec un accompagnement il peut être lu dès la troisième...et donc bien sûr au lycée.

 

Tout le monde a des choses à dire sur les femmes, les hommes, les flics, les assassins. Nous généralisons à partir de notre propre expérience, de ce qui nous arrange, de ce que l'on peut comprendre avec les faibles moyens de nos réseaux neuronaux et suivant la perspective de notre vision. C'est une facilité qui permet de penser rapidement, de juger et de se positionner.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 07:36
Stock 2015

Stock 2015

Pour moi, ils n’étaient pas tout à fait morts. Ils n’étaient plus dans la vie. Ce n’était pas la même chose.

Notre vie n’est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l’unique exemplaire d’un livre, pour certains d’entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d’une écriture sage et appliquée, pour d’autres d’un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d’autres plus ou moins raturés, pleins de reprises et de repentir.

 

Dans ce roman philosophique très évocateur, l'auteur donne la parole, à un quinquagénaire qui, arrivé au mitan de sa vie, a peur de vieillir... Il a un beau métier : il est cinéaste et écrivain, mais il est inquiet pour l'avenir.

Sa vie va être bouleversée lorsqu'il apprend que son meilleur et unique ami a une maladie grave. Il laisse alors libre cours à ses peurs, à ses regrets et à ses pensées.

Son ami Eugène est producteur de cinéma et il aime la vie. Il a eu cinq enfants avec cinq femmes différentes, parce qu'il n'a jamais pu s'empêcher de tomber amoureux.

Sa maladie est plus grave qu'il n'y paraît, mais il va tenter de prendre ça avec légèreté et  de continuer à vivre.

Comment le narrateur, pourra-t-il accepter de vieillir, d'être moins aimé , de ne pas réussir tout ce qu'il entreprend dans la vie et surtout de perdre aussi rapidement, en tout juste un an, son ami de toujours ? 

"Pourquoi tombe-t-on malade", se demande-t-il ? 

Qu'est-ce qu'être vivant ?" Respirer ? Etre amoureux ?

C'est qu'avant, il y a déjà eu Agathe, l'enfant mort-né qu'il a eu avec Florence, sa femme.  Malgré l'amour immense qu'ils avaient l'un pour l'autre, leur couple n'a pas résisté.

Et maintenant, qu'en sera-t-il de celui qu'il forme avec sa jeune voisine Elena...

 

 

En Indonésie, il existe une île où les habitants, le peuple Toraja, perpétuent une tradition séculaire : ils enfouissent au coeur d'un tronc d'arbre les petits corps des enfants trop tôt décédés et qui n'ont pas vécu au delà de quelques mois. Ainsi, ils continuent à grandir en même temps que l'arbre...

Cette pratique est le point de départ de ce dernier roman de Philippe Claudel, un auteur que j'apprécie beaucoup qui a écrit des livres très forts et qui encore une fois, bouscule les idées reçues, ici sur la mort..et la vie.

Une cavité est sculptée à même le tronc de l'arbre. On y dépose le petit mort emmailloté d'un linceul. On ferme la tombe ligneuse par un entrelacs de branchages et de tissus. Au fil des ans, lentement, la chair de l'arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait monter vers les cieux, au rythme patient de la croissance de l'arbre.

 

Philippe Claudel nous offre-là une longue méditation philosophique sur la place que la mort occupe dans notre vie, ou comment sa présence modifie notre perception des choses.

Au fil du récit, le lecteur comprend qu'Eugène accompagne le narrateur, aux côtés des autres disparus et qu'ensemble, ils l'aident à accomplir son oeuvre...

Au-delà des sujets douloureux qu'il aborde, c'est un roman très positif qui parle surtout de la vie, de l'amour, de l'amitié, de l'attachement aux êtres qui nous entourent...et aussi de ce que nous sommes pour les autres et ce que les autres sont pour nous, mais aussi de que nous garderons de nos proches et qu'ils garderont de nous...

 

Y-a-t-il une part de vécu dans ces propos ? Certainement, même si l'auteur s'en défend. Car, c'est en ayant à l'esprit la vie et la mort de son meilleur ami, l'éditeur Jean-Marc Roberts, décédé en 2013, que Philippe Claudel a imaginé les personnages de ce roman. 

 

Écrit avec une belle plume, pudique, facile et même souvent légère et poétique, ce roman est lui aussi une sorte d'arbre du pays Toraja, un hommage à ceux qui ont disparu mais surtout un hymne à la vie, très différent et beaucoup moins noir que les précédents romans de l'auteur. 

 

Ce très beau livre est cependant à lire à un moment de votre vie où vous avez le moral, bien que je pense qu'il puisse aider à "faire son deuil" d'une certaine façon.

 

La mort d'Eugène ne m'a pas seulement privé de mon meilleur et seul ami. Elle m'a aussi ôté toute possibilité de dire, d'exprimer ce qui en moi s'agite et tremble. Elle m'a également fait orphelin d'une parole que j'aimais entendre et qui me nourrissait, qui me donnait, à la façon dont opère un radar, la mesure du monde que, seul désormais, je ne parviens à prendre qu'imparfaitement.

Poursuivre sa vie quand autour de soi s’effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c’est savoir survivre et recomposer.

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 07:36
Crépuscule du tourment / Léonora Miano

Etre femme, c’est serrer les dents à l’intérieur, s’accrocher un sourire sur le visage. C’est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari.

 

Voilà un roman choral qui donne la parole à quatre femmes qui sont toutes d'une manière ou d'une autre, attachées au même homme...Dio, toujours absent. 

C'est la mère qui ouvre le roman, puis vient Amandla, son ancienne fiancée, Ixora, sa future femme et enfin Tiki, sa jeune soeur. Le destin de ces femmes se croise, leurs voix se font écho, leur permet de se rencontrer mais jamais ce qu'elles ont à lui dire ne pourra être prononcé de vive voix. Parfois elles nous racontent des faits similaires mais selon leur point de vue personnel. 

Toutes ont un lourd secret à porter dans leur coeur, un secret qui ne leur permet pas d'être heureuse, une blessure d'enfance ou de jeunesse, mais surtout le poids de l'histoire personnelle du pays, celui de l'esclavage, de l'asservissement des femmes et du colonialisme...

Il s'agit d'un roman quasi contemporain car il se passe dans les années 2010. 

 

L'air est aussi pesant que les anciens fardeaux, ces blessures souterraines dont on ne guérit pas. Les tenir secrètes, ce n'est pas seulement se garder de les dire. C'est en quelque sorte les nourrir. C'est à l'ombre que s'épanouissent certaines douleurs. C'est dans le silence que fleurissent ces obsessions qui deviennent le moteur de nos existences. Je sais nommer l'épine qui, logée en moi depuis le plus jeune âge, est ma torture et ma boussole.

 

Dio, héritier d'une famille riche et noble, décide de rentrer chez lui après des années d'absence qu'il a passé au Nord, où il pensait trouver tolérance et bonheur mais où seul le racisme et la solitude l'attendaient.

Le Nord, c'est le continent européen ! Le Nord... d'un pays d'Afrique qui ne sera jamais nommé mais qui pourrait être le Cameroun vu que l'auteur est originaire de là-bas...

Mais Dio ne revient pas seul sur les terres familiales. Il ramène avec lui Ixora, une jeune femme, la veuve de son meilleur ami, qu'il désire épouser bien qu'elle n'ait pas de "généalogie", comme le lui fait remarquer aussitôt sa mère, et de plus, elle a déjà un petit garçon...

La mère que tout le monde appelle "Madame" avec déférence prend aussitôt en grippe la jeune femme.  En effet, pour elle qui connaît ses origines, épouser une "sans généalogie" s'est brouiller les voies du sang, modifier le statut social de la famille acquis au cours d'années de lutte, faites de sacrifices et de renoncements.

Ces personnes sont forcément des descendants de l'esclavage.

Alors, pour elle qui voit déjà son fils comme un renégat qui a refusé d'occuper son rang et de fréquenter des gens de son milieu social, il n'existe qu'une seule solution, c'est l'empêcher d'épouser Ixora et pour cela, elle n'hésitera pas à avoir recours à une "sorcière"...

Mais Madame qui a forgé son caractère, pour enfouir de graves blessures, qui a supporté la violence et les coups de son mari, n'en sortira pas non plus indemne...

 

...c'était moi qui avait rompu, mais que veux-tu j'étais lancée, tu m'avais forcée à dégainer, à tirer plus vite que mon ombre, et j'opérais à l'aveuglette, ivre de mon propre verbe, me libérant au fond d'un poids sans rapport avec tout cela, l'objet des querelles est souvent au-delà, on le sait mais c'est peine perdue, si la raison l'emportait toujours nous serions des dieux pas des humains.

 

Le lecteur entre dans le destin de ces quatre femmes africaines, dans leurs désirs les plus secrets, leurs envies d'être aimées et d'aimer. Quatre voix différentes qui sont autant de monologues...un cercle très féminin et très sombre avec ces traditions d'un autre âge, ces confessions et ces secrets... 

Elles sont toutes quatre aux prises avec leur famille, leur solitude, la douleur et le doute. Leur vie est imprégnée de la grande Histoire qui a laissé des traces indélébiles et les empêchent de s'ouvrir vers une modernité nécessaire mais qui leur fait cependant renier leurs origines, leurs langues, leurs traditions.

Leur prison est tout à fait oppressante...

Dans leurs paroles qui ne seront jamais entendues par le principal intéressé, elles tentent de s'expliquer pourquoi Dio, cet homme qu'elles étaient prêtes à aimer, les a fui.

Ainsi un jour, elles comprennent que c'est uniquement par lâcheté et surtout par peur...en particulier peur du rôle assigné aux hommes dans ce pays.

Dio est un homme qui au fond n'accepte pas que sa famille fasse partie, à la fois des bourreaux, puisque du côté des colons et des victimes, puisqu'elle a perdu son identité, sa langue, sa culture...

Il retourne ses propres manques contre les femmes qui l'entourent... car il a très peu d'estime pour lui-même. Dans ce pays hélas, on est un homme, un vrai, uniquement lorsqu'on soumet une femme devant tout le monde et si elle n'accepte pas la soumission...on la bat ! 

 

Ce que j'ai à te dire aujourd'hui...c'est que j'ai trouvé ma tranquillité, "ma personne", au coin d'une rue, là où la ville débouche sur le quartier des femmes sauvages, ce lieudit Vieux Pays, et, du fond du coeur, je voudrais que tu connaisses cela, mon ami, toi aussi, un jour, je voudrais que tu n'aies pas assassiné tes possibles.

 

Pourtant, s'accepter c'est une façon de se reconstruire, de soigner ses blessures et donc de pouvoir vivre au grand jour...à la lumière. Et pour s'accepter et accepter de vivre il faut pouvoir parler.

Ce qu'elles font...


 

 

L'ombre et la lumière ne sont pas si disjointes qu'il nous plait souvent de le penser. Elles sont l'envers et l'endroit d'une même étoffe.

 

C'est un roman qui reste difficile à lire. J'ai trouvé certains passages très durs tant au niveau de la teneur des propos que du contenu, sans doute par manque de connaissances culturelles ou historiques sur le pays. Ces difficultés ne m'ont pas empêché de le lire jusqu'au bout et je tiens à soulever sa grande valeur littéraire et culturelle.

La cause des femmes est un combat de tous les temps et toujours d'actualité. Comment accepter que de nos jours tant de femmes ne sachent pas ce que veut dire le mot liberté et vivent encore sous le joug d'un homme violent prêt à tout pour asseoir son autorité...

J'ai cependant  préféré la lecture de "Contours du jour qui vient", du même auteur, chroniqué ici sur ce blog...qui avait obtenu, il y a déjà dix ans, le prix Goncourt des Lycéens.

 

Je sus très tôt que la terre où l'espèce humaine vit le jour s'appelait Kemet. Que nous étions des Kémites. Pas des Noirs. La race noire n'avait été inventée que pour nous bouter hors du genre humain. Justifier la dispersion transatlantique. Faire de nous des biens meubles que l'on achèterait à tempérament. Des bêtes que l'on marquerait au fer rouge avant de les baptiser selon le rite chrétien. Nous résiderions désormais entre l'objet et l'animal. Tel est le sens du nom racial dont on nous affubla. Jamais il ne fit référence à nos trente-six carnations. Je ne comprends pas que nous soyons si nombreux à nous définir ainsi.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 07:21
Flammarion / Prix Renaudot 2016

Flammarion / Prix Renaudot 2016

Comment est-ce possible ? Une fille fait les quatre cent coups, se trimbale dans la vie juchée et peinturlurée et tout à coup se met à avoir soixante ans.

 

J'ai découvert Yasmina Reza en lisant son premier livre qui s'intitulait "Conversations après un enterrement" paru chez Actes Sud-Papiers en 1992.

Entre nous, il me semble que c'était hier !

Depuis je n'ai plus rien lu d'elle à part "Art", paru en 1994 que nous faisions lire chaque année aux adolescents lorsque je travaillais en Lycée pro. Ces deux oeuvres de théâtre sont très connues et ont reçu le Prix "Molière". 

Je savais qu'en plus de ses oeuvres théâtrales, Yasmina Reza avait aussi écrit des scénarios sans pour autant m'être penchée davantage sur la variété de ses écrits.

Je ne connaissais donc aucun de ses romans et bien sûr comme beaucoup d'entre vous, cela s'imposait que je lise le dernier, paru en août, et qui a obtenu cet automne le Prix Renaudot, un roman qui se rapproche étrangement du théâtre, cher à son coeur... 

 

A partir d'un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c'est sexy, quand tu la fais à soixante, c'est chiant.

 

Elisabeth n'a pas une vie très trépidante bien qu'elle ait un métier intéressant mais qu'elle a renoncé à expliquer aux autres, ingénieur brevets à Pasteur.

Elle supporte mal d'avoir dépassé la soixantaine. Elle vient de perdre sa mère et se complaît un peu dans les regrets et les souvenirs de jeunesse...un amour envolé avec lequel elle faisait de la photo, des balades entre amis, des soirées arrosées, la jeunesse quoi qui n'est plus et ne reviendra jamais ce qu'elle accepte mal et la remplit de mélancolie. 

De ces années de jeunesse passées, elle garde un amour inconditionnel pour le photographe Robert Frank et son album "The Americans" publié pour la première fois en 1959 dans lequel il a immortalisé l'Amérique des années 50, celle qui faisait tant rêver les français.

Elisabeth décide un peu sur un coup de tête d'organiser une soirée chez elle, une sorte de "fête de printemps" qui réunira sa soeur et ses amis ainsi que ceux de son mari et pourquoi, pas le couple du dessus, Jean-Lino et Lydie avec lequel elle a récemment lié connaissance. Lydie pourrait même chanter lors de la soirée, vue que c'est une ancienne chanteuse de cabaret reconvertie en thérapeute. Et Jean-Lino est maintenant pour elle, devenu un véritable ami, lui, l'italien juif, exilé et toujours à la recherche de ses origines. Ils ont maintes fois unis leur solitude ; ils montent ensemble aux étages sans prendre l'ascenseur, lui parce qu'il a peur des lieux clos, elle pour préserver sa ligne ; ils sont allés ensemble aux courses ; il lui a fait quelques confidences concernant ses rapports difficiles avec le petit-fils de Lydie dont il essaie sans succès de se faire aimer ; et de plus ils pourront prêter des chaises ! 

 

La soirée se déroule sans encombre ou presque, chacun des convives ayant à coeur de se comporter tel qu'on l'attend de lui. 

Mais alors que tout le monde est parti et qu'Elisabeth et son mari se retirent dans leur chambre, décidant de ranger l'appartement le lendemain matin, la sonnerie de l'entrée les oblige à ouvrir leur porte à un Jean-Lino sous le choc qui leur annonce qu'il vient d'étrangler sa femme...

Pourquoi, Lydie qui militait assidûment contre le broyage d'innocents poussins vivants et qui s'est toujours intéressée à la cause animale, a-t-elle eu l'idée d'envoyer un coup de talon à Eduardo, le chat de Jean-Lino, qui plus est un chat malade, qui a des calculs rénaux et ne comprend que l'italien...

La soirée vient de tourner au drame : suspense, rebondissements, imprévus et interrogatoires vont être désormais au rendez-vous...

 

 

 

L'auteur nous offre ici un roman très proche du théâtre...et un véritable huis-clos, dans la lignée de ces oeuvres précédentes.

Comme dans "Art", un rien va faire déraper la soirée ! 

Dans ce milieu bourgeois et très décalé, où il est de bon ton de sauvegarder les apparences, l'hypocrisie des relations humaines et les multiples non-dits nécessaires à la vie en société, sont montrés du doigt avec un certain cynisme et beaucoup d'ironie. 

Les objets jouent un rôle très important comme la grosse valise rouge dans laquelle Jean-Lino va tenter de faire entrer Lydie, le manteau trop court et le bonnet...mais aussi les chaises et les verres, objets de discussion lors de la préparation de la soirée. 

 

Le stylo était posé en travers. La lampe avec son abat-jour safran était allumée. Je n'avais jamais vu son écriture. Ces mots écrits pour mémoire, finement penchés, m'ont fait sentir l'existence de Lydie plus que n'importe quel instant de sa présence physique. Le geste de noter, les mots eux-mêmes et l'inconnu de leur destination.

 

Les animaux ne sont pas en reste puisque c'est à cause du chat que la dispute du couple tourne au drame. C'est aussi parce que Lydie tient sans cesse des propos écolo trop poussés (en parlant sans cesse des poulets et des conditions de leur élevage) que Jean-Lino s'est moqué d'elle durant la soirée, provoquant le rire de l'assemblée à ses dépens ce qu'elle n'a pas particulièrement  apprécié...

C'est un roman accessible à tous, qui se lit vite et avec intérêt car la plume acérée de l'auteur est un véritable plaisir littéraire.

Bien que j'ai trouvé la mise en scène, fort intéressante, il m'a semblé qu'il manquait dans ces pages, un petit quelque chose, et je suis donc restée sur ma faim.

Pour un prix Renaudot et vu que j'avais adoré les deux pièces de théâtre qui ont été primées, je m'attendais à mieux de la part de cet auteur...mais peut-être que justement, j'en attendais trop ! 

 

Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C'est l'image d'eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l'excitation d'être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d'autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l'infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j'entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l'irrémédiable.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 07:10
Belfond 2016

Belfond 2016

Il y a des vies linéaires, et il y en a d'autres plus tortueuses. La mienne appartient sans conteste à la seconde catégorie. Je n'ai pas souvent su ce que je désirais vraiment et comment l'obtenir ; pour le reste, j'ai toujours navigué à vue.
...Tout ça pour ne pas regarder en face la seule et unique vérité : je n'ai pas été capable de changer quoi que ce soit . Je ne suis peut-être pas aussi fort que je veux le faire croire.

 

Pour bien commencer l'année, voilà un roman agréable à lire, à la fois léger et grave...

C'est un roman sur le bonheur de vivre, la tendresse, ces petits riens qui font que la vie vaut la peine d'être vécue, mais aussi un roman sur la vieillesse et la solitude et le regard que les personnes d'un certain âge portent sur la jeunesse qui les entoure, et sur eux-même ainsi que sur leur vie et leurs erreurs passées. Mais pas que tout cela, car ce roman qui démarre tout en légèreté, ne laisse rien présager de sa chute. 

Les personnages sont très attachants même si à priori je ne les ai pas toujours trouvé très sympathiques...finalement ils ont su me toucher au fur et à mesure que leur personnalité s'est révélée.

 

Ceux qui se plaignent de vieillir sont fous. Ou plutôt aveugles, le terme me semble plus juste. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez...être arrivés jusque-là est déjà un sacré coup de chance. Mais le plus intéressant, comme je le disais, c'est qu'on peut tout se permettre.Les personnes âgées ont tous les droits...

 

L'histoire se passe à Naples dans un quartier populaire...

 

Cesare Annunziata a 77 ans et il vit dans la solitude depuis son veuvage. Il a l'impression d'avoir raté sa vie. Les relations avec ses enfants sont compliquées et il faut bien le dire, il ne fait rien pour que ça change car il est d'un naturel plutôt grincheux.  

Sa fille Sveva qui a réussi dans son travail puisqu'elle est avocate ne le supporte pas, et son fils Dante qui possède une galerie d'art, ne lui avoue pas son homosexualité ce que Cesare regrette, vu que tout le monde a l'air au courant.

De plus il n'a pas su aimer ni sa femme, ni ses enfants comme il aurait voulu et n'a pas particulièrement réussi sa vie professionnelle, puisqu'il voulait devenir libraire et n'a pas réalisé son rêve en devenant expert-comptable toute sa vie.

 

Le temps du bilan et des regrets est arrivé.

Cesare a dernièrement rompu sa solitude en nouant une relation privilégiée avec Rossana, une prostituée chez qui il a pris une sorte d'abonnement. 

Mais voilà que son voisinage va lui apporter une véritable bouffée d'oxygène, mais malheureusement aussi de drame, lorsqu'il découvre que sa jeune voisine, Emma, subit des violences conjugales et a besoin de son aide.

 

Pourtant, je ne suis pas de ceux à qui les gens aiment se confier. Sveva, par exemple, ne l'a jamais fait, et Dante me dissimule ses préférences sexuelles. Cette inconnue m'en a plus avoué en dix minutes que mes enfants en toute une vie.

 

La vie du vieil homme prend alors un nouveau sens. Il ne désire qu'une chose, voler à son secours. Et pour cela il va se faire aider par Marino, son ami de toujours qui habite l'appartement en dessous et ne sort plus de chez lui, et par son adorable voisine de palier, Eleonora qui a pour seul amour ses chats, qui ont colonisé l'immeuble, apportant avec eux une puanteur impossible à déloger de la cage d'escalier !

 

La détresse de la jeune Emma va raviver chez Cesare, les regrets et les souvenirs du passé et l'obliger à sortir de son personnage grincheux pour aller vers les autres qui au fond, n'attendent que cela.

 

Mais saura-t-il enfin prononcer les mots d'amour que son entourage attend de lui ?

A vous de le découvrir...

 

On passe son existence à croire qu'un jour tous nos espoirs se réaliseront, sauf à s'apercevoir ensuite que la vie est bien moins romantique qu'on ne le pense. Quelques fois, c'est vrai, les rêves frappent à notre porte, mais seulement si vous avez pris la peine de les inviter. Sinon, vous pouvez être sûr de passer votre soirée tout seul.

 

Comme je vous le disais à demi-mot en introduction, c'est à la fois un roman grave et léger.

Grave parce qu'il soulève le problème de la solitude des personnes âgées et celui des femmes battues, et léger car cet homme en apparence superficiel qui n'a même pas su aimer Caterina, sa femme avec qui il a pourtant eu deux enfants, est en fait un homme incapable de profiter de l'instant et de ce que la vie lui a donné.

Ils pensent que ses enfants sont malheureux à cause de lui et croient qu'il n'est pas aimé.

 

 

 

A cette différence près qu'elle ne pleurait pas à cause de moi, mais de son corps malade. Pourtant, même à l'époque, je n'avais pas réussi à intervenir autrement que sous forme de gestes affectés, inutiles. Parfois, la nuit, je me réveille en sursaut et j'ai l'impression qu'elle est encore à côté de moi ; je murmure alors au mur froid ce que j'aurais dû lui dire à elle : "Tu n'es pas seule, je suis là".

 

Des erreurs, il en a commis de multiples, car c'était un original et un égoïste, qui n'a pas hésité pas à mentir à ses proches pour avoir son espace de liberté, à tromper plusieurs fois sa femme...mais qui, il faut bien avouer, n'a jamais manqué d'humour... 

Chez l'homme, l'anxiété est un état physiologique ; pour l'annihiler, il faudrait aussi inhiber la conscience, comme chez les nouveaux-nés et les animaux.
J'ai une toute autre théorie à ce sujet. Selon moi, les choses ont bien fonctionné jusqu'à la création des singes ; après quelque chose a dû s'enrayer dans le mécanisme et l'homme est apparu, un être bien trop intelligent pour la tâche qui lui incombait...

 

Mais au fond de lui, c'est un être sensible et généreux et la fin vous le prouvera... 

J'observe mon petit-fils en train de s'amuser avec une espèce de dragon, et je souris. Au fond, nous sommes identiques tous les deux : sans aucune responsabilité et sans rien d'autre d'important à faire que jouer...Une seule chose nous sépare : il a encore la vie devant lui et des milliers de projets ; il me reste quelques années et beaucoup de regrets.

J'aime la lumière du ciel quand il n'y a plus de soleil...
J'aime les gens qui ont la chance de croire en quelque chose...
J'aime les nids d'hirondelles...
J'aime l'odeur de braises...
J'aime les adolescents qui s'embrassent sur un banc...
J'aime le sourire de mes enfants...
J'aime les gens qui se battent chaque jour pour être heureux.

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 07:00
Editions Retrouvées, juillet 2016

Editions Retrouvées, juillet 2016

"La Maison des Enfants", c'est bien ce qu'indique la plaque toute neuve contre le porche. Ils sont gâtés, ces enfants-là ! Généralement, on planque les "pas comme les autres", ces troubles-fête, en dehors des villes, si possible au fond de parcs clos par de hauts murs. Ceux-ci ont droit au cœur de la cité. Et à un bâtiment ravissant.

 

Voilà quelques temps déjà qu'une de mes copines recherchait des lectures faciles, pour sa maman qui adore lire mais se trouve, passagèrement je l'espère, très fatiguée. 

 

En flânant dans les rayons de la médiathèque j'ai retrouvé cet auteur, Janine Boissard,  un auteur prolifique qui a écrit de nombreux scénarios pour la télévision et une cinquantaine de romans, mais connue pour sa série, "L'esprit de famille",  six tomes parus chez Fayard que l'on peut lire à tout âge, et ses romans comme par exemple "Une femme en blanc" (1983), "Marie-Tempête" (1999) et plus récemment "Belle arrière grand-mère (2014) que les adeptes de télévision connaissent bien...

 

"La maison des enfants" précédemment paru chez Robert Laffont en 2000, puis en poche chez Pocket en 2001, vient d'être rééditée en juillet dernier par Les Editions Retrouvées, un éditeur qui propose en grand format et large vision, de rééditer des romans, documentaires...qui ont fait leur preuve et ne se trouvaient plus qu'en poche.

Ce roman est la suite d'"Une femme en blanc" puisqu'on y retrouve l'héroïne principale, Margaux Lespoir qui a abandonné son métier de chirurgien, vous découvrirez pourquoi, mais il peut se lire séparément. 

 

 

"Mission impossible. On est programmé pour perdre."
Combien de petits arrivent-ils dans cet établissement avec ce sentiment au coeur ?
Les mots de passe qui leur permettront peut-être de remporter la partie, on les aide à les trouver ici.

 

Margaux Lespoir, qui porte bien son nom est envoyée à Auxerre, pour enquêter sur le suicide d'une petite fille de 11 ans, Caroline, qui s'est défenestrée du second étage de la "Maison des enfants" où elle résidait depuis peu. Diabétique, l'enfant n'était plus acceptée par sa famille qui ne pouvait plus supporter sa maladie.

 

Margaux, de par son travail au Ministère de la santé, s'occupe des dossiers des enfants maltraités. Elle doit déterminer s'il y a faute ou non, de la part de l'équipe qui entoure les enfants recueillis dans cette maison "spéciale".

Mais les choses ne sont pas si simples et une équipe formidable encadre les enfants. Tout le personnel remplit parfaitement sa mission. Les éducateurs, la psychomotricienne, la pédiatre, l'infirmière et même la cuisinière sont d'une générosité sans borne pour assurer le bien-être de ces enfants malmenés par la vie ou par leur famille.

 

Margaux tombe sous le charme de Jacques, le directeur de la maison et de chacun des enfants, qui ont tous de graves problèmes, mais l'accueillent chaleureusement lorsqu'ils apprennent qu'elle est là pour Caroline. 

Elle va également découvrir, malgré le bouleversement qu'elle éprouve à se retrouver dans cette région où elle a vécu des événements personnels inoubliables, qu'elle se sent utile et vivante auprès d'eux, ce qu'elle n'a pas éprouvé depuis longtemps. 

Alors, lorsque le directeur lui propose de les rejoindre, elle quitte définitivement le Ministère et accepte d'entrer dans l'équipe.

 

Mais un nouveau combat l'attend pour faire face à ceux qui veulent voir cette maison, qui les dérange, fermer définitivement mais aussi, un combat plus personnel, dont je ne vous dirai rien de plus...

Les blessures de l'âme sont pires que celles du corps, mais ça on le savait déjà !

 

 

Janine Boissard dont l'humour ravageur fait du bien, nous livre ici un roman plutôt grave sur l'existence quotidienne de ces enfants maltraités. Cependant elle n'a pas son pareil pour susciter l'émotion chez le lecteur. Les petites tensions entre les personnages de l'équipe, l'histoire d'amour inévitable, les bons sentiments et les moins bons, dressent une fresque réaliste qui explique le succès de ses romans, toujours faciles à lire et cependant bien écrits. 

 

De plus, France qui a sauté sur une mine antipersonnel, Hugues qui ne participe jamais aux activités des autres, Kenza qui souffre qu'on ne la regarde pas assez et n'arrive pas à trouver sa place depuis que son petit frère est né, Martin qui a vu son frère se noyer sous ses yeux et depuis a peur de l'eau et ne parle plus, et le petit Cédric venu se réfugier sur les marches de l'établissement ne pourront pas vous laisser indifférents.

 

C'est une lecture, pas intellectuelle pour deux sous, mais pleine d'humanité. Une héroïne combattante, un happy-end qui fait du bien...Tous les ingrédients d'un livre populaire sont réunis !

 

Je précise d'avance, pour les détracteurs du genre, que je n'ai pas du tout "honte" d'avoir fait cette lecture, car en plus c'est pour la bonne cause, puisque ma copine vient de l'acheter pour sa maman ainsi que d'autres romans de l'auteur... 

 

 

Dans tous les cas, la parole, même refusée, un geste de tendresse ou d'amour, même repoussé, représentaient les passerelles nécessaires.

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 07:27
Sabine Wespieser Editeur 2016 / roman traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Sabine Wespieser Editeur 2016 / roman traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Depuis l'embrasure de la porte, sous un croissant de lune, il regarda l'homme descendre la bretelle avec la glace qui craquait sous ses pas, de plus en plus discrets quant il franchit le pont, s'éloignant du fracas de la rivière en direction d'une rivière soeur presque aussi rapide. Il aspira des bouffées d'air, histoire de se préparer, sachant que maintenant le bar allait se remplir et qu'il lui faudrait donner un compte-rendu minutieux de la rencontre.

 

J'adore cet éditeur et je me laisse souvent tenté par les romans qu'il publie. 

Je connaissais  Edna O'Brien, cette grande romancière irlandaise, pour avoir lu et beaucoup aimé, bien avant d'avoir ce blog, son roman "Vents et marées" qu'il faudra que je relise d'ailleurs un jour.

C'est donc tout naturellement que j'ai emprunté celui-ci, sans même lire la quatrième de couverture.

Dès l'ouverture du livre, le ton est donné et il suffit de lire la citation ci-dessous, qui ouvre en exergue le roman... pour entrer dans le vif du sujet.

 

Le 6 avril 2012, pour commémorer le vingtième anniversaire du début du siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, 11 541 chaises rouges furent alignées sur les huit cent mètres de la grand-rue de Sarajevo. Une chaise pour chaque Sarajévien tué au cours des 1 425 jours de siège. Six cent quarante-trois petites chaises représentaient les enfants tués par les snipers et l'artillerie lourde postés dans les montagnes à l'entour.

 

L'histoire raconte l'arrivée d'un parfait inconnu, originaire du Montenegro, à Cloonoila, un petit village perdu d'Irlande où personne ne s'arrête jamais.

Vladimir Dragan y est accueilli chaleureusement par les habitants et s'installe comme guérisseur. 

Il exerce très vite une sorte de fascination sur la population et surtout sur toutes les jeunes femmes. 

Il faut dire que les seules occupations des habitants sont les réunions au pub pour y boire une bière, et le club de lecture. 

 

Fidelma est mariée à un homme plus âgé. Jack et elle tiennent un magasin où elle s'ennuie maintenant que l'autoroute permet aux habitants de se rendre plus facilement à la ville. Ils n'arrivent pas à avoir d'enfants. 

Quand, dans le cadre du club de lecture, dont Fidelma est présidente, une lectrice explique le profond ennui qu'elle a ressenti à la lecture de la mythique et merveilleuse histoire d'amour entre Didon et Enée...Vladimir Dragan intervient...il subjugue tout le monde ! 

Fidelma est conquise et tombe follement amoureuse de lui.

 

Rien de plus banal me direz-vous ?

 

Barbu, avec un long manteau noir et des gants blancs, il se tient sur le pont étroit, observe le courant qui rugit, puis regarde autour de lui, apparemment un peu perdu, sa présence étant la seule curiosité dans la monotonie d'un soir d'hiver en ce trou perdu glacial qui passe pour une ville et s'appelle Cloonoila.
Longtemps après, d'aucun rapporteraient d'étranges événements ce même soir d'hiver : les aboiements fous des chiens, comme s'il y avait du tonnerre, et le timbre du rossignol dont on n'avait jamais entendu si à l'ouest le chant et les gazouillis...

 

Et bien vous vous trompez car, Vladimir Dragan est arrêté et les habitants découvrent avec consternation et horreur que celui qu'ils admiraient tant, est un des pires criminels de guerre qui soit, qui a fui son pays après avoir commis d'horribles massacres et torturé des milliers de personnes, pendant la guerre civile.

Recherché par toutes les polices, il devra être jugé au Tribunal international de la Haye pour "crime contre l'humanité". 

 

C'est alors que Fidelma, qui a découvert qu'elle était enceinte, se retrouve au centre de la tragédie. Il n'y a pas que la police qui a poursuivi Vladimir Dragan jusqu'en Irlande. Certains hommes le recherchent aussi pour se venger. 

 

Comment survivre à la violence que Fidelma va subir ? Elle choisira de fuir son village et la honte pour tenter de se reconstruire à Londres où le lecteur la retrouvera parmi d'autres immigrés...

Les habitants se remettront-ils un jour de leur culpabilité d'avoir si bien accueilli cet assassin ? 

Et le vieux mari de Fidelma, lui pardonnera-t-il un jour sa trahison ?

 

Dans tous mes rêves il y a du sang. Il jaillit de la pompe à Cloonoila, où plusieurs femmes attendent de remplir leurs seaux. Elles me reprochent la malédiction terrible que j'ai attirée sur leur village. Il suinte des matelas et se répand sur le sol, dans le hall et dans le couloir qui mène à l'appartement...

 

C'est un roman très violent mais qui, et c'est là toute la subtilité de l'écriture de l'auteur, garde toujours espoir en l'humanité.

 

Le vrai sujet de ce roman n'est pas la guerre civile qui vous l'aurez compris, est celle de l'ex-Yougoslavie, même si le personnage de Vladimir Dragan est en effet le double fictif de Radovan Karadzic...que l'on a dénommé le "boucher des Balkans". 

L'auteur s'attache davantage à nous montrer comment une femme intelligente, cultivée et curieuse arrive, ainsi que toute la population d'un village, à se faire berner par un charlatan charismatique certes, mais surtout manipulateur et psychopathe. 

 

L'alternance entre les moments insoutenables et la beauté des descriptions de la nature ou des rencontres, permet au lecteur de ne jamais se complaire dans l'horreur.

L'auteur sait mettre ce qu'il faut de poésie et souvent aussi, d'humour au bon moment, pour éviter au lecteur de lâcher le livre. 

 

Un livre et un auteur à découvrir absolument ! 

 

Épuisé et hagard, il était comme un personnage soudain mis à nu. Assis à quelques centimètres l'un de l'autre sur ce rondin, elle le voyait rassembler visiblement ses forces pour être l'homme enraciné hésitant qu'il semblait toujours être, l'homme pour qui la nature était tout. Elle [Fidelma] pense : Il a fait ça pour moi...il a fait ça pour me donner du courage, et elle lui fait un signe de tête par déférence.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 07:13
Tea-Bag / Henning Mankel

 

J'ai emprunté ce roman en médiathèque car Yv, dont je visite souvent le blog me l'avait conseillé suite à ma petite déception, à la lecture du roman d'Henning Mankel "Les chaussures italiennes".

Il est vrai que le thème de celui-ci m'interpelle davantage, et que je n'ai eu aucune difficulté à entrer dans le vif du sujet, ce qui me donne envie de continuer à découvrir cet auteur. 

 

Allongée, les yeux fermés, sur le lit de camp inconfortable, elle laissait ses pensées remonter doucement à la surface. A quoi ressemblait sa vie ? Au milieu de toute cette confusion, elle avait un point de repère, un seul. Elle était enfermée dans un camp de rétention du sud de l'Espagne après avoir eu la chance de survivre alors que presque tous les autres s'étaient noyés, tous ceux qui avaient embarqué à bord du bateau pourri qui devait les amener là depuis l'Afrique...

 

Voici l'histoire...

 

Quelque part dans un camp de transit espagnol, les migrants attendent d'avoir l'autorisation d'entrer en Europe.

Parmi eux "Tea-bag" qui vient du Nigéria et a miraculeusement échappé au naufrage du bateau sur lequel elle, et de nombreux autres clandestins, avaient embarqué. Là elle tente de se reconstruire et d'oublier les cris de ceux qui, enfermés dans la cale, ont péri noyés...

Elle décide de se sauver pour rejoindre la Suède dont un journaliste lui a parlé...et après un long périple la plupart du temps à pied, que le lecteur découvrira peu à peu, elle arrive à ses fins épuisée mais emplie d'espoir.

Mais la Suède est-il vraiment le pays de la liberté ?

Le lecteur la retrouve dans une banlieue de Göteborg où elle tente de survivre comme le font Tania, qui a franchi la Baltique à la rame et Leïla, arrivée d'Iran alors qu'elle n'était qu'une enfant...à moins que ce soit Tatiana ? ou Irina ?

Leur chemin va croiser celui de Jesper Humlin, un poète désabusé qui au lieu de parler de ses poèmes va tenter de les faire écrire sur leur vie, sur leurs espoirs et leurs rêves.

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai survécu, moi précisément,quand le bateau a coulé et que les gens enfermés dans le noir essayaient de sortir de la cale avec leurs ongles. Mais je sais que le pont que nous avons tous cru voir, sur cette plage tout au nord de l'Afrique, ce continent que nous fuyions et que nous regrettions déjà- ce pont sera construit un jour. Un jour, la montagne de corps entassés au fond de la mer s'élèvera si haut que le sommet émergera hors des vagues comme une nouvelle terre, et ce pont de crânes et de tibias fera le lien entre les continents, un lien qu'aucun garde-côte, aucun chien, aucun marin ivre mort, aucun passeur ne pourra détruire. Alors seulement cette folie cruelle cessera, cette folie où des gens innombrables qui fuient pour leur vie sont contraints de s'enterrer dans des sous-sols et d'être les hommes des cavernes de l'ère nouvelle.

 

Jesper Humlin est un écrivain et poète superficiel, dominé par les deux femmes de sa vie, sa compagne qui veut des enfants et menace de le quitter, et sa mère trop fantaisiste qui le tyrannise.

Il ne s'intéresse qu'à son bronzage et à ses actions, mal placées en bourse sur les conseils d'un ami. Ses relations avec son entourage sont plutôt conflictuelles et on ne peut pas dire que la patience et l'écoute soient son fort.

Mais le jour où il découvre la vie de ces jeunes immigrés, c'est un choc pour lui, un véritable choc culturel, mais aussi un choc social : il existe donc une Suède souterraine dont il ne soupçonnait même pas l'existence...

Bien sûr, intéressé comme il est, il a d'abord envie de faire parler les jeunes femmes pour pallier son manque d'inspiration, d'autant plus que son éditeur, soucieux de rentabilité, le harcèle pour qu'il écrive un polar, ce qu'il n'a pas du tout l'intention de faire. 

Au départ, c'est difficile car les jeunes filles se jouent de lui...mais elles vont pourtant finir par se livrer.

Réussira-t-il pour autant à écrire son roman ?

 

C'est un roman qui se lit facilement même si le héros principal, encore une fois, est un homme vraiment peu sympathique. Mais il se bonifie au cours du roman ! Il va en particulier se remettre en question quant il découvre la tragédie des immigrés, une tragédie toujours brûlante d'actualité. 

 

J'ai été touchée à la lecture des témoignages des jeunes filles, même si je les ai trouvé parfois un peu trop caricaturaux. 

Mais pourtant, encore une fois ce roman me laisse sur ma faim !

Est-ce la superficialité du héros qui n'arrive pas à me convaincre ?

Est-ce la lourdeur de certains des personnages secondaires ?

C'est vrai que ce roman est un hommage à ces hommes et ces femmes qui n'hésitent pas à quitter leur pays et se retrouvent au mieux, clandestins pour toujours dans un pays qui ne les voient même pas.

Mais d'un autre côté, j'aurai aimé y trouver davantage de profondeur...

Jamais contente Manou en ce moment.

C'est pas de moi ! 

 

Je crois que personne ne comprend vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ce que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort la douleur, l'avilissement ?

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:08
La grand-mère de Jade / Frédérique Deghelt

Pourquoi faut-il en venir à réclamer la permission d'exister à ses enfants ?

Selon Mamoune, ce n'était pas la jeunesse qui passait avec le temps. C'était une certaine façon de la considérer.

 

Jade apprend par son père, qui vit en Polynésie, que Mamoune sa grand-mère octogénaire, va être placée dans une maison de retraite, à la demande de ses trois tantes, toutes trop occupées par leur vie personnelle et professionnelle.

Il faut dire que la pauvre Mamoune a perdu connaissance et s'est retrouvée seule par terre jusqu'au lendemain...

 

Jade, sur un coup de tête, n'hésite pas un instant : elle va la chercher jusqu'à la ferme savoyarde où elle vit, et ramène Mamoune à Paris dans son appartement.

Malgré les souvenirs communs qu'elles partagent, Jade ayant passé beaucoup de temps chez sa grand-mère, leur complicité et la force de leur amour, la vie quotidienne n'est pas sans heurts. 

Mais, tout en douceur, les deux femmes qui s'aiment tendrement, vont se découvrir différentes...

Mamoune a toujours caché à ses proches qu'elle adorait lire et le faisait en cachette, car à son époque, et dans son milieu, cela ne se faisait pas d'être une lectrice passionnée.

Jade avoue à sa grand-mère qu'elle a écrit un roman, qui a été refusé par toutes les maisons d'édition, et accepte de le lui faire lire...


 

Maintenant quand je parcours ce livre de citations, de poèmes, d'extraits de tous les ouvrages que j'ai aimés, c'est un peu comme si ma vie rêvée se tenait là, blottie entre les pages. Je ne peux jamais relire ce cahier sans qu'il me tire des larmes. Il est ma vie, racontée par les plus grands auteurs du monde. C'est un livre unique, le plus précieux que je possède.

 

Avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, avec des mots tendres et en décrivant des situations simples ou quotidiennes, l'auteur nous livre ici un témoignage poignant, un roman à deux voix où alternent la voix de Jade, qui s'inquiète pour celle qu'elle aime et qu'elle doit parfois laisser seule, et celle de Mamoune, qui apprend à connaître le quartier, et qui peu à peu s'installe dans sa nouvelle vie où tout paraît possible.

 

Mamoune correspond à l'image idéale que nous avons tous de nos grands-mères (et que nous tentons de transmettre à nos petits-enfants !). Elle est remplie de joie de vivre et adore sa petite-fille. Elle tente de l'aider du mieux qu'elle peut en lui transmettant sa philosophie de vie et en n'étant pas pour elle une charge.

En effet, Jade vient de quitter son copain, n'arrive pas à vivre de son emploi de journaliste, n'arrive pas à écrire comme elle le voudrait et s'inquiète du temps qui passe...

 

Tu l'apprendras sans doute en abordant ta propre vieillesse. Notre vie est bâtie comme une série de pays reliés par des ponts. Et je les ai presque tous franchis, ces ponts. À l'âge où je suis, empêchée de revenir sur certains de ces territoires, plus je vais, plus les souvenirs suffisent à ce que je deviens. Mais je crois que choisir son lieu de vie et les êtres qui sont autour de soi est la dernière dignité qui reste à un être vieillissant.

 

Mais ce n'est pas un roman centré uniquement sur la relation grand-mère_ petite-fille même si cette relation est bourrée de tendresse et que la fin, émouvante et imprévisible, vient nous bousculer.

C'est un roman qui parle aussi de la passion de la lecture et des livres, du métier d'écrivain et de la difficulté de se livrer aux autres quand on écrit, et du métier d'éditeur. 

 

C'est un livre simple et facile à lire, mais empli d'humanité et de douceur qui réchauffe le coeur et qui fait du bien, car nous avons tous ou presque dans nos souvenirs une grand-mère aimante et aimée...

Je l'avais noté sur mes listes à lire suite à la chronique d'Écureuil bleu que vous pourrez lire ci-dessous...

Il a croisé mon chemin dans un rayon de la médiathèque ! 

 

...je connais l'étendue de mon ignorance. Nous sommes aveugles et ce que nous voyons chez nos plus proches c'est ce que nous croyons savoir d'eux. Combien de fois sommes-nous trompés par ces étiquettes dont nous avons affublé nos amis ou ceux de notre famille ? Pourquoi ne voulons-nous pas tenir compte de ces mouvement et revirements qui agitent les humains et les font changer ?

Tu as de la chance de ne pas les avoir encore lus, m'a lancé Jade avec cette envie impossible qu'a toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu'elle a déjà aimé.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:20
Photo de couverture Chrysis, à 15 ans !

Photo de couverture Chrysis, à 15 ans !

Il arrive très rarement, qu'on ait la chance et le bonheur de vivre un grand amour au cours de sa vie. Il arrive, encore plus rarement, que cet amour survive, perdure jusqu'à ce que la mort sépare ceux qui s'aiment...

 

 

L'auteur mélange ici réalité et fiction pour nous conter une belle histoire d'amour à partir d'un tableau français qu'il a acheté en 2007 chez un antiquaire de Nice, pour l'offrir à sa compagne, gravement malade et qui mourra quelques mois plus tard.

L'oeuvre intitulée "Orgie" (1928) est un tableau fascinant qui a été peint par une très jeune artiste qui a réellement existé, Chrysis Jungbluth, dont le nom et les oeuvres sont tombés dans l'oubli. Sur le tableau, on peut voir un groupe d'hommes et de femmes de toutes couleurs, quasiment nus, trinquant dans la joie au bonheur de vivre. Chrysis elle-même s'est représentée dans un coin du tableau. 

Après s'être documenté sérieusement sur elle, l'auteur se laisse aller à imaginer sa vie d'artiste, ses rencontres, son attitude durant les années folles et l'évolution personnelle qui a été la sienne avant la réalisation de cette oeuvre d'art qui lui a permis d'être reconnue en tant que peintre, à une époque où les femmes ne comptaient pas en tant qu'artiste.

Ce livre est aussi un bel hommage d'amour à celle qui partagea sa vie et à cette période de l'Histoire moderne comprenant la Grande Guerre et les Années folles...

 

Voilà le lecteur plongé, dès le début du roman, au tout début du XXème siècle, au moment précis où un jeune américain, Bogey Lambert, quitte son ranch natal pour aller combattre les allemands et rejoindre l'armée française. Il est jeune, c'est un boxeur et excellent tireur, et il vient de découvrir qu'il avait des ancêtres français. Ses parents n'ont que lui car il est fils unique mais vont le laisser partir. Il traverse sur Crazy Horse, son cheval, la totalité du continent américain pour se rendre à New York, où il va attendre pendant des mois pour réaliser son rêve, qu'un bateau français lui permette d'embarquer pour l'Europe...

 

Au même moment ou presque, Gabrielle quitte avec ses parents ses Vosges natales. Son père est colonel et est parti au front. Depuis sa plus tendre enfance, à chacun de ses retours auprès des siens,  il initie sa fille à la peinture...

C'est à la fin de la guerre qu'il va lui conter, alors qu'elle est une toute jeune adolescente, la légende qui entoure le "courrier cow-boy",  un soldat pas comme les autres, courageux et téméraire, entré dans la Légion étrangère, qui, sur son cheval a amené durant toute la guerre les informations  importantes d'un endroit à l'autre, sans jamais avoir peur des lignes ennemies, mais qui un jour a mystérieusement disparu...

 

Nos hommes se mirent à l'acclamer tandis qu'il traversait le no man's land, poursuivit mon père. De temps en temps, ils disparaissaient, son cheval et lui, dans les nuages de fumée et de terre soulevés par les explosions des tirs d'artillerie tout autour d'eux, mais ils réapparaissaient tout de suite après, comme par miracle.

 

Gabrielle est une adolescence fantasque et souvent difficile. Elle aime par-dessus tout la liberté et rêve à un avenir où la femme aurait toute sa place.

Suite à la lecture d'Aphrodite, une lecture interdite à l'époque, mais découverte en secret dans la bibliothèque familiale, elle décide de se faire appeler Chrysis.

Ce soir-là, Gabrielle connu une nouvelle naissance, sous le nom de Chrysis, et comme une affirmation constamment réitérée de sa libération, elle choisit d'adopter ce nom. Tout le reste de sa longue vie, elle signerait toutes ses oeuvres Chrysis Jungbluth, même ses travaux à l'atelier, malgré la désapprobation manifeste du professeur Humbert, qui savait l'origine de ce nom.

 

Elle vit désormais à Paris et elle est subjuguée par la ville et surtout "le village", c'est-à-dire Montparnasse, avec ses écrivains, ses artistes en tout genre et le vent de renouveau de l'après-guerre...Il faut dire qu'elle n'a que 18 ans et découvre à peine la vie.

Elle a réussi à entrer à l'Atelier de Peinture des élèves femmes de l'Ecole des Beaux-arts (seule école d'art ouverte aux femmes à l'époque) et travaille sous la direction de Jacques Ferdinand Humbert, un professeur exigeant et malcommode dont les colères sont mémorables, qui remet à sa place cette jeune fille arrogante mais, il va s'en apercevoir très vite, si douée et passionnée. 

Elle étudie sérieusement la peinture mais va mener une double vie et bousculer les a-priori de sa famille  quand elle découvre par hasard, la vie nocturne.

 

Mais voilà que le hasard met sur sa route Bogey Lambert, le "cow-boy" revenu de l'enfer après 8 ans passé dans un hôpital quelque part en Grande-Bretagne...et qui traîne son ennui et sa déprime dans les bars de la ville où il s'installe en journée pour tenter de mettre de l'ordre dans sa mémoire et écrire ses souvenirs. Elle croque son portrait sans qu'il la voit et va être irrémédiablement attirée par ce jeune homme si mystérieux qui semble ne pas la voir...

Alors que Chrysis se met à travailler dans une maison close, pour y effectuer des croquis érotiques mais aussi y découvrir les joies de sexualité, elle y retrouve Bogey, qui lui y assure la sécurité toutes les nuits.

 

Tous deux vont apprendre à se connaître et vivre une folle passion...

 

Le monde lui paraissait encore merveilleux, riche d'aventures, de promesses et d'espoirs infinis, plein de couleurs, de sensualité, de lumière et de rires, et c'était cela qu'elle voulait saisir dans ses peintures.


 

J'avais énormément aimé la lecture de "Mille femmes blanches", du même auteur,  bien avant d'avoir ce blog. D'ailleurs maintenant que la suite intitulée "La vengeance des mères" vient de sortir, il faudrait que je le relise peut-être...

 

Voilà deux époques qui s'entrecroisent, celle de la guerre de 14-18, de la vie quotidienne des poilus et de leurs souffrances, du deuil des familles et du désastre dans lequel cette guerre a plongé le pays, et celle du Paris d'après-guerre, des années folles légères et pleines de vie, où artistes, marginaux, bohèmes se cherchent une raison de vivre dans une ambiance unique de plaisir sans tabou.  

Les chapitres alternent, s'entremêlent...la vie des personnages est d'abord décrite en parallèle, puis les vies de nos deux héros se rejoignent pour quelques chapitres très forts. 

Bogey Lambert est un cow-boy très attachant dont la candeur nous émeut et qui nous apparaît aussitôt sympathique. 

 

Comme toujours, Jim Fergus ne se contente pas de nous conter une histoire...

J'ai été charmée dès les premières lignes par le souffle romanesque de ce roman et je me suis laissée emportée par ces deux héros, si fragiles et volontaires à la fois, si démunis face à la vie, mais qui sauront le temps de leur rencontre, se découvrir, se soutenir, panser leurs plaies pour rebondir, enfin libres, vers l'avenir qui les attend...

 

Ce roman est en fait un hymne à l'amour, à la liberté de penser, à l'émancipation des femmes...et ce conteur fabuleux qu'est l'auteur, nous dévoile encore une fois ici son immense talent et sa capacité à nous faire entrer dans l'Histoire avec un grand H.

 

Cette lecture est pour moi aussi un hommage à tous les poilus, à mes grands-pères qui sont revenus de la Grande Guerre, meurtris mais pleins de courage pour continuer à avancer et sans qui je ne serais pas là...

Je me suis promis de lire chaque année un roman sur ce sujet au moment de la commémoration du 11 novembre. Je sais que cela peut paraître idiot, mais c'est aussi une façon de ne pas oublier ce qu'ils ont vécu...

 

Ces deux dernières années, il avait écrit de nombreuses lettres à sa famille, mais de plus en plus, à mesure que la guerre se prolongeait et que les destructions s'étendaient, les mots commençaient à lui manquer. Il avait fini par en conclure que les combats ne pouvaient être évoqués par de simples vocables, que la guerre pouvait seulement être décrite par le grondement assourdissant des obus qu'on largue, le vrombissement de l'artillerie qui approche, le fracas des explosions et le crépitement des tirs de mitrailleuses, accompagnés du refrain incessant qui rythmait ces sons élémentaires du carnage, les hurlements des soldats blessés ou à l'agonie.

 

Vous trouverez ci-dessous une bibliographie (non exhaustive) sur la Première Guerre Mondiale et deux romans très forts et qui m'ont beaucoup marqué, parmi mes lectures passées...

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:22
Gallimard 2015

Gallimard 2015

Et je n'étais pas seulement derrière la porte, ce jour de neige où tu es né, j'étais à tes côtés, au plus près de toi, aussi près que je pouvais l'être du grand mystère de la création, si bien que j'ai entendu le monde se déchirer dans ce dernier cri de ra mère qui a précédé le tien. Tu vivais, et une immense joie m'a submergé. Comme tout cela était puissant ! Contre le bois de cette porte, j'en ai pleuré de t'imaginer naître.

Je viens de me pencher pendant les vacances de Toussaint, après beaucoup d'hésitations, sur le dernier roman de Carole Martinez, paru l'année dernière. 

 

J'avais lu avec beaucoup de plaisir "le coeur cousu" son premier roman paru en 2007 lors de sa sortie, il y a bien longtemps maintenant, alors que je n'avais pas encore ce blog. Il faudra d'ailleurs que je le relise à l'occasion. J'avais découvert alors presque par hasard, un auteur à l'écriture très poétique dont personne ne parlait et un roman magnifique qui a d'ailleurs obtenu plusieurs prix et a propulsé l'auteur sur le devant de la scène littéraire. Ce roman m'avait transporté. 

J'ai toujours pensé que c'est dans un premier roman que l'auteur met le plus de lui-même et qu'ensuite c'est différent. 

 

Je pense toujours que ses dons de conteuse sont incontestables et que son univers est à découvrir absolument,  mais j'ai tout de même eu du mal à entrer dans son second roman, "Du domaine des murmures" pourtant récompensé par le Goncourt des Lycéens. Je me suis toujours demandée pourquoi j'étais si partagée sur ce livre, pourquoi je n'avais pas adhéré à l'histoire : parce que trop mystique ? parce que trop violente ? 

Peut-être, mais j'avais été tout de même touchée par de nombreux passages, par la poésie de l'écriture et par les thèmes du livre, comme la condition féminine au Moyen Âge par exemple ou l'enfermement. 

 

Alors bien sûr vous me connaissez maintenant, j'ai voulu me faire ma propre opinion en lisant son dernier roman...qui se passe aussi au "Domaine des murmures" d'ailleurs, mais deux siècles plus tard.

 

 

Nous sommes en 1361. Blanche alors âgée de 11 ans doit quitter la maison familiale pour une destination inconnue. On lui a mis ses plus beaux atours pour l'occasion. Tous les domestiques pleurent son départ.

Elle a peur, elle a froid, le voyage est long et éprouvant. Après plusieurs jours de chevauchée, la petite fille, son père et ses hommes arrivent enfin à destination au Domaine des Murmures, un château situé au bord d'une rivière effrayante, la Loue.

L'accueil est chaleureux mais Blanche comprend très vite qu'elle est promise à Aymon, le fils du seigneur des lieux, un être à peine plus âgé qu'elle, et plutôt attardé...

Heureusement, elle est très entourée et plus heureuse que parmi les siens et elle va pouvoir réaliser son  rêve : apprendre à lire et à écrire ce que son père lui a toujours refusé et se libérer de son emprise.

Elle va trouver dans le jeune Aymon un ami, prompt comme elle, à rêver...mais la vie au Moyen Âge est pleine de dangers...

 

Le jour vient quand la nuit va.
Un gouffre s'ouvre à mes pieds au fond duquel murmure l'eau verte d'une rivière.
Une bande d'oiseaux prend son envol dans une explosion d'ailes et de soleil.
Cette faille dans le paysage me bouscule, mon sang chahute dans mes oreilles et je suis prête à tomber pour la troisième fois, à disparaître dans l'abîme et, même, à m'y précipiter, à chuter sans avoir bien péché, pourvu que l'abîme reste toujours autant lumineux.
Nous avons remonté le cours du temps et nous voilà presque arrivés à la source.
Un peu en amont, j'aperçois un château, bâti sur la roche au plus près du vide et dont la grande tour semble toucher le ciel...

 

J'ai retrouvé avec plaisir la plume de l'auteur, son style empli de poésie où l'imaginaire et le fantastique prennent une large place. Le lecteur ne peut qu'être ensorcellé par certains passages. La rivière (la Loue) est même un personnage à part entière dont personne ne peut ignorer la présence silencieuse mais non moins terrifiante puisqu'elle ensevelit quiconque se mire dans ses eaux tumultueuses.

 

La construction du roman est intéressante puisque les deux voix, celle de la petite fille et celle de la vieille âme se répondent, et alternent dans le roman, avec l'inconvénient évident de beaucoup de répétitions puisque le plus souvent, elles relatent les mêmes faits différemment. D'ailleurs, il faut noter que cela n'apporte pas grand chose de plus au roman. 

 

La vieille âme et la petite fille partagent le même tombeau et c'est avec l'aide de la vieille âme que Blanche découvrira le secret qui entoure ses origines et l'amour qui a uni ses parents. 

La vieille âme est en fait celle de la petite fille qui a continué à vieillir sans elle au-delà de la mort. Car le lecteur sait dès la lecture de la quatrième de couverture que Blanche est morte prématurément.

Le roman est étayé de nombreux rondeaux ou de lais. Si vous aimez la poésie vous trouverez un certain plaisir à cette lecture.

 

Mais malgré les nombreux passages que j'ai aimé, ce roman, assez fouillis,  m'a laissé encore une fois au bord de la route encore davantage que "Du Domaine des murmures". Le lecteur se perd entre le rêve et la réalité, le passé et le présent et par moment ne sait plus où il en est. 

De plus le roman est très lent à se mettre en place, et de multiples détails m'ont lassé. Je l'ai lu lentement sans l'enthousiasme que j'éprouve habituellement pour mes lectures...

J'ai été dérangée aussi par la présence permanente de la mort, même si je sais bien qu'à cette époque, elle était bien présente surtout dans ces années qui ont suivi l'épidémie de peste noire.

La violence et la cruauté des propos, le sexe présent à chaque page, un thème récurrent chez Carole Martinez sont aussi lassants. Quand il s'agit du père qui exerce son droit de cuissage sur la petite bonne, devant les enfants, passe encore...l'époque s'y prêtait mais lorsqu'il s'agit encore et encore de viols à répétition des petites filles, cela finit par me déranger vraiment, et réussit à me faire oublier les instants poétiques.

Bref vous aurez compris, que j'ai encore une fois un avis très partagé sur cet auteur et ce roman...

Il faut dire que Carole Martinez a un style à part. Je crois que soit on adore et on y adhère totalement soit, on a comme moi un avis mitigé car honnêtement je ne crois pas que ce soit possible de ne pas l'aimer, au moins un peu pour les passages empreints de poésie. Ses romans sont proches des contes et emplis de légendes et d'histoires d'époque...

 

Alors encore une fois, je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce roman et  je serais heureuse de connaître votre avis si vous l'avez lu...

 

Qui es-tu, la Loue ? Une divinité déchue, remplacée par le Fils du Dieu unique ? Une fée qui protège la terre qui penche, son seigneur et ses paysans ? Un monstre écumant de boue affamé, qui se nourrit des hommes vaniteux qui admirent leur reflet dans tes eaux troubles ?
Quels secrets caches-tu dans ton cœur froid et humide, derrière tes longs cheveux verts qui s’agitent dans tes flots ? Pourquoi as-tu soudain figé tes eaux laiteuses, un jour de mai, toi qu’on appelle aussi la Furieuse ?

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 07:35
Stock, 2016

Stock, 2016

Et c'est bien l'extraordinaire magie des livres que d'être de vivants tombeaux grâce auxquels, toujours, on peut entendre la voix de celles et ceux dont les yeux sont désormais clos et les bouches muettes.

Préface de Philippe Claudel

Je n’étais encore qu’une enfant quand ma grand-mère est morte. Elle vivait avec nous, ou plutôt c’était nous qui vivions avec elle, même si les grands-parents nous avaient cédé l’aile la plus vaste de la maison pour occuper les appartements de l’est, qui regardaient la montagne et recevaient les premiers le soleil.

Les petits livres sont plus durables que les gros : ils vont plus loin.

 

J'ai fait la découverte de ce petit livre au gré de mes balades dans la médiathèque.

Voilà 80 pages qui se lisent en une petite heure. L'auteur ne suit aucune chronologie et le lecteur se laisse porter par la poésie des mots, sans savoir où l'auteur va le mener...Une balade poétique et nostalgique au pays de cet écrivain discret mais en perpétuelle recherche de liberté. 

 

Il s'agit plus d'un récit que d'un roman, d'une sorte de recueil de souvenirs de jeunesse et d'adolescence, d'un témoignage d'une partie de la vie de l'auteur.

 

L'auteur nous raconte son grand-père, les vignobles, les vendanges et les paysages qui ont marqué sa jeunesse.

Il nous fait voyager de son enfance à son adolescence, mêle rêves et réalité et nous raconte les balades à vélo avec ses amis vers le Revermont, les rencontres qui ont été importantes pour lui tout au long de sa vie, les soirées mémorables où avec ses amis, dans le bistrot de la belle Mercedes dont ils étaient tous amoureux, il partageait le plaisir de l'ivresse et la découverte des bons vins, les discussions animées mais aussi leurs silences, et enfin  son amour des mots, des livres et de la littérature.  

 

J’aime le vin que je bois, lorsque il mérite son nom. Dans ma cave, il n’y a pas de vin. Il n’y a que d’heureuses espérances. De troublantes expériences.

Je n’ai pas trouvé la poésie dans le vin, mais le vin dans la poésie... Mes amis sont morts en Algérie ou se sont suicidés...Il me reste le silence.

Mes amis lisent peu, sinon des romans de gare, les jours de pluie. Ce que je dois à la lecture, le trouvent-ils dans le vin ? Je n'ai pas leur expérience atavique de la vigne. Ce paysage, il a beau m'être le décor d'une vie, me reste justement assez étrange pour m'inspirer le songe d'un ailleurs qui serait ici. Je me sens en quelque sorte dépositaire de nombreux ailleurs possibles, dont la perfection me satisfait en me torturant parfois comme une douleur dentaire. Je m'éprouve vivant dans la mesure où ces ailleurs me protègent de je ne sais quelle débâcle de l'âme.  Et les mots qui me viennent, je le soupçonne, ne disent hélas que trop peu ce qu'ils seraient affectés à dire Le démon du vin – j'entends l'être familier, intime, qui habite la vigne – a-t-il quelque parenté avec celui de la littérature ?

 

C'est le dernier roman écrit par l'auteur et il est teinté d'une certaine nostalgie et des regrets de l'enfance... Sans doute l'auteur  se savait-il malade.

Le récit est découpé en courts chapitres, et se lit vite, mais l'écriture à la fois concise et poétique ne vous laissera pas indifférent. 

De plus, le livre est merveilleusement préfacé par Philippe Claudel, qui rend ici un lumineux hommage au grand poète disparu en 2014, dont l'oeuvre immense, composée d'une quarantaine d'ouvrages a été  couronnée par de nombreux prix. 

L'auteur a reçu entre autre, le Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son oeuvre et le Grand prix de poésie de l'Académie française en 2012.

 

Je regarde mes compagnons s'éloigner lentement, et le regret d'une chose que nous aurions dû conserver (mais quelle chose ?) me hante et me consume. De cette chose précieuse impalpable et fuyante, nous ne concevons la nécessité qu'après l'avoir perdue, et ce doit être cela, oui, qui témoignerait, pour peu que nous ayons la patience et la force d'en mesurer les contours, d'une forme de nostalgie qui serait la vie même.

Lumineuse et blonde vendange tardive d'une poésie élevée pendant quarante années, ce livre permet de retrouver l'ami fragile, la maigre silhouette, la voix basse et chaude, éraillée mais si douce, son amour des mots, ceux des autres plus que les siens...

Philippe Claudel dans la préface du livre

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 07:04
Zulma 2016 / Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson

Zulma 2016 / Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson

En sortant, elle se laisse tomber dans la neige immaculée de la cour, un peu à l'écart du groupe, sachant qu'elle n'arrivera sans doute pas à se relever sans aide...
Elle se met à tracer son ange en agitant les bras pour dessiner les ailes dans la neige tout en suivant du regard les gamins qui en font autant au milieu d'un amoncellement laiteux, tout grouillant de rires.
Son ange a indubitablement des ailes, mais pas ce tutu évasé que les autres peuvent tracer à loisir en écartant les jambes. Le sien est mince du bas, comme un oiseau prisonnier d'un rouleau de fil de fer qui aurait battu frénétiquement des ailes.

 

Parce qu'elle est née à l'arrière d'une voiture, et que le cordon ombilical était entouré autour de son cou, la petite Agustina n'a pas les jambes comme tout le monde. Pourtant aux beaux jours, elle grimpe souvent sur les hauteurs du village avec ses béquilles pour s'allonger dans le carré de rhubarbe où elle a été conçue et rêver...ou alors, elle descend toute seule sur la plage de sable noir. 

 

Élevée par la généreuse Nina, une amie de sa grand-mère,  Agustina ne connaît pas son père, un chercheur, étudiant les animaux marins, dont le bateau s'est arrêté quelques jours seulement au port. Elle communique avec lui avec sa naïveté d'enfant, en lui lançant des bouteilles à la mer qui croit-elle, mais le croit-elle vraiment, vont lui parvenir.

Elle voit très rarement sa mère dont elle collectionne les lettres qui étayent le roman. Celle-ci est partie quelque part, en Afrique étudier les oiseaux migrateurs. 

 

Nina a pris soin de la fillette comme si elle était sa propre fille alors que ce n'est pas tous les jours facile de vivre avec la jeune adolescente. 

Agustina a une personnalité très marquée et indépendante, et si on lui reproche souvent de refuser de voir la réalité telle qu'elle est, elle a la volonté de réaliser ses rêves.

 

Salomon qui est devenu son ami le sait bien et l'entoure de sa sollicitude. Il la pousse à chanter en solo avec sa belle voix dans un groupe de rock, et l'accompagne sur les chemins enneigés.

Mais le rêve secret d'Agostina, c'est de franchir la montagne qui s'élève à 844 mètres au-dessus du village et dont elle compte bien venir à bout un jour, même avec ses béquilles, pour voir enfin le monde d'en haut...

 

Incapable de se distancier suffisamment des choses, elle s'attachait trop aux détails. Pourtant ce qu'elle ambitionnait dans la vie, c'était d'avoir une vue d'ensemble ; pour y parvenir, il lui fallait monter vraiment très haut, bien plus haut que la chambre de la tour. Le point culminant de la contrée se dressait précisément à huit cent quarante-quatre mètres d'altitude au-dessus de la plage de sable noir.

 

C'est le premier roman écrit par l'auteur, même s'il vient à peine d'être traduit en français.

On reconnaît son écriture et ses qualités, découvertes lors des précédentes lectures comme dans "Rosa candida" ou dans "l'embellie", par exemple que j'ai chroniqué sur ce blog.

Le lecteur retrouve avec plaisir la poésie qui émane de ses descriptions de la nature, ainsi que la simplicité et la douceur, avec lesquelles elle nous parle de la vie quotidienne de ces gens qui vivent isolés au sein d'une nature hostile et magnifique, mais qui savent dans leur coeur, s'entraider et se soutenir.

 

Les personnages sont tous attachants et d'une grand sensibilité. 

Agostina bien sûr, réservée et émouvante dans sa quête d'indépendance mais si fantasque et si isolée parfois. C'est une jeune fille douée, volontaire et pleine de ressources malgré ses jambes paralysées. Elle rêve à une autre vie, à vivre celle d'un oiseau...

 

Nina est pleine de sagesse et de tendresse. Elle pousse la jeune fille à être indépendante tout en veillant sur elle. Très respectueuse des coutumes du village, elle amène la jeune fille à participer à la vie communautaire. Les journées sont ainsi rythmées par les saisons, la préparation de noël, la rentrée des classes, les lectures de l'été mais aussi par la fabrication de denrées : c'est parfois le boudin, parfois la confiture de rhubarbe dont chacun a une recette différente et que les voisins vont ensuite s'échanger....

 

Vermundur est l'homme à tout faire et un bon conseiller : il aide les femmes de marin esseulées en réparant leur toiture ou autres travaux de rénovation ou de bricolage.

 

Salomon, enfin, le jeune adolescent qui vient d'arriver au village, va devenir un ami très cher pour Agostina.

 

Et puis il y a la mère absente, malgré les mots d'amour qu'elle prononce toujours à la fin de ses lettres et sa promesse de revenir, peut-être au printemps, puis peut-être à l'automne...Cette mère est sans doute aimante mais à distance car le lecteur comprend vite qu'elle a fui devant le handicap de son enfant.

 

Comme toujours dans les romans de Audur Ava Ólafsdóttir, l'important est ce qui n'est pas dit ou juste suggéré ! 

L'auteur nous offre ici un roman délicat et pudique sur le handicap, mais aussi sur la force de la nature humaine, la volonté et le courage, mais aussi ses faiblesses. La fin est ouverte et chacun pourra l'interpréter à sa guise. 

Soudain, il n'y a plus de nuit où s'enrouler, où s'abriter dans la tour. Un vent glacial souffle du nord, le ciel bleu est ouvert et vaste comme la mer. Agustina se blottit sous la couette pour s'enfoncer dans le matin. Sa tête est pleine de ruisseaux dorés dévalant des montagnes vers la mer.

Il y a certaines choses qui la suivront quand elle partira d'ici ; ses fenêtres, par exemple, auront toujours un simple vitrage. Pour obtenir des fleurs de givre, c'est une condition indispensable, et que serait la vie sans ces fleurs de givre immaculée, par les longs jours d'obscurité hivernale ?

 

Un autre avis chez Hélène ci-dessous...

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