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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 06:18
P.O.L. 2019

P.O.L. 2019

J'aime penser que Vicente et Rosita vivent en moi, et qu'ils vivront toujours dans le souvenir de mes enfants qui ne les ont jamais connus...

Il avait commencé à penser, sans forcément le dire à ses amis, que de toute façon ça ne servait à rien de savoir, d'être informé : était-il possible de faire quelque chose à douze mille kilomètres de distance ?

Comme tous les juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif.

Depuis 1928, année où Vicente Rosenberg a quitté sa Pologne natale pour émigrer en Argentine, il a fondé une famille, a eu trois enfants et travaille dans un magasin de meubles florissant que son beau-père lui a légué pour les aider.

Rosita, sa femme, ne sait pas grand chose de son passé et il n'a jamais voulu le lui raconter. Elle lui a demandé maintes fois de partir chercher sa mère, vieillissante, restée avec ses deux autres enfants en Pologne. Mais au fond, Vicente n'a jamais réellement voulu qu'elle vienne vivre avec eux, il n'a pas cherché à la persuader de venir s'installer elle-aussi en Argentine. Il était trop content d'avoir réussi à prendre son indépendance. 

Il sait pourtant être gentil avec elle, lui écrit de temps en temps et lui envoie des photos des enfants, mais il ne répond pas pour autant à chacune de ses lettres.  Finalement sa vie lui convient comme elle est...

 

L'année 1940 arrive...

Avec des amis juifs, exilés comme lui, Vicente se demande comment interpréter les quelques rares nouvelles qui leur parviennent de l'Europe et en particulier de leur pays la Pologne, souvent d'ailleurs plusieurs mois après.

Là-bas, la situation est catastrophique et va en s’aggravant : les nazis  s'emparent des biens des juifs puis après les avoir pillés, les confinent dans le ghetto de Varsovie, où plus de cent mille personnes ne tarderont pas à mourir de froid, de faim ou de maladie, et où les survivants encore plus nombreux encore, sont condamnés à être fusillés ou déportés...Mais ça Vicente et ses amis ne le savent pas encore. 

 

Vicente se fait de plus en plus de souci pour sa famille d'autant plus qu'il ne reçoit que rarement à présent, des nouvelles de sa mère. La dernière lettre est particulièrement alarmante et il ne la fera d'ailleurs jamais lire à personne : Vicente comprend en la lisant que sa mère est en train de mourir et qu'il ne peut plus rien faire à présent pour elle... 

Alors, au lieu d'en parler il choisit de se taire, il se replie sur lui-même et sombre dans la dépression, s'éloignant de ses amis et de sa famille, passant la nuit à jouer au poker et à perdre le plus souvent les recettes de son travail de la journée au magasin.

Mais il ne peut à présent se livrer à sa femme,  lui raconter tout son passé et pourquoi il a eu tellement honte, enfant puis plus grand, des moqueries de ses camarades, parce qu'il était juif... Il ne peut lui expliquer pourquoi il a fui son pays et sa famille, il aurait fallu qu'il lui en parle bien avant, et non pas aujourd'hui que tous les mots ne servent plus à rien, alors il préfère se taire...

 

Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. Ce que dire veut dire. Ce qu'un mot désigne, ce qu'un nom nomme. Oublier que les mots, parfois, forment des phrases...

...s'il est une image que Vicente aurait voulu cessé d'imaginer à partir du moment où il avait lu les premières descriptions des camps, c'est celle de sa mère nue, éreintée, exténuée, alors qu'elle entrait dans ces douches qui n'étaient pas des douches.

Le narrateur (=l'auteur) est le petit-fils de Vicente et de Rosita. Il cherche à comprendre le pourquoi de ce silence familial qui est devenu le sien...et qui l'étouffe depuis sa naissance.

Il nous raconte par petites touches, les événements qui ont traumatisé sa famille. Le sujet n'est pas nouveau et il y a eu beaucoup de romans écrits sur le ghetto de Varsovie et la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que sur la montée du nazisme, les Camps de concentration et leur ignoble dessein... 

Cette fois-ci, l'originalité de ce livre si je puis dire, à la fois témoignage et page d'histoire, c'est que le héros principal se trouve à des milliers de kilomètres de l'Europe puisqu'il vit en Amérique du Sud. 

 

Lorsque Vicente apprendra à la fin de la guerre que sa mère est morte dans le camp de Treblinka II, il ne s'en remettra pas et toute la famille portera ce terrible deuil depuis ce temps-là. 

 

J'ai été touchée par cette histoire douloureuse. Les références historiques sont nombreuses et le lecteur suit la mise en place du régime nazi en parallèle de la vie quotidienne plutôt tranquille au départ, de Vicente et de sa famille à Buenos Aires, puis  nous assistons impuissant à sa lente plongée dans la dépression, entrecoupée de moments de colère et d'une culpabilité qui ne le quittera plus jamais.

 

Les non-dits sont terribles et le silence alors parle plus fort que les mots. Il décrit de manière encore plus bouleversante la souffrance indicible qui envahit ainsi Vicente au fur et à mesure qu'il s'enferme dans ce "ghetto intérieur", cette  culpabilité destructive du survivant... 

 

J'ai eu par moment envie de secouer Vicente qui aurait peut-être au début de la guerre eu encore le temps d'aller chercher sa famille et de les aider à venir vivre avec lui. Car non seulement il y a sa mère mais, sa sœur et aussi son frère et sa propre famille. Il ne fait rien et ensuite, nous savons bien avant lui que c'est déjà trop tard. Qu'il n'a plus le temps... Il faut dire aussi que Vicente se pose beaucoup de questions sur son identité juive, mais n'obtient pas beaucoup de réponses, ce qui brouille aussi son ressenti et sa vision des événements. 

 

L'auteur a une belle plume, sensible, pudique et émouvante. Il ne nous épargne aucun détails que ce soit sur la guerre, le ghetto, la déportation et la prise de conscience à distance de l'horreur des exterminations, ou qu'il s'agisse de la dépression de son grand-père et de ses conséquences sur sa grand-mère et les enfants...donc par retombée, sur lui et sa fratrie. 

 

Vous l'aurez compris le sujet principal de ce roman-témoignage est bien cette autre forme de violence vécue pendant les guerres, cette culpabilité qui envahit les survivants, pour ne plus jamais leur permettre d'oublier que eux sont en vie, alors que leur place aurait dû être auprès de ceux qui ne sont plus...

Un roman-témoignage nécessaire, à lire forcément quand vous en aurez envie. 

Il avait été un homme comme tant d'autres hommes, et soudain, sans que rien n'arrive là où il se trouvait, sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient...

Je vous invite à aller lire la présentation de ce livre proposé par Alex sur son blog. C'est elle qui m'a donné envie de le découvrir et par chance il était juste devant moi sur le présentoir de la médiathèque et venait à peine d'être couvert et équipé pour le prêt ! Il m'attendait donc...

Et n'hésitez pas à découvrir la biographie de l'auteur ci-dessous, sur le site de l'éditeur...

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