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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:04
Bayard jeunesse / 2017

Bayard jeunesse / 2017

Amy arrêta de souffler. La musique cessa. La fillette regardait les spectateurs, un sourire ébahi barrant son visage d'une oreille à l'autre. C'était pour elle, ces applaudissements ? Incroyable. Elle ne s'attendait pas, en venant ici, à devenir elle-même l'héroïne du spectacle !

 

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu un roman pour adolescent et voilà qu'avec ce nouveau titre de Christophe Lambert, c'est chose faite ! 

 

Nous voilà partis aux États-Unis, dans les années 30. La grande Dépression a jeté des milliers de personnes sur les routes, abandonnant leurs biens et leurs maisons qu'ils ne pouvaient plus payer pour un ailleurs qui sera forcément meilleur...

La famille Gentliz est de ceux-là. La maman est morte et c'est le père qui s'occupe de Teddy, 15 ans et de sa jeune soeur, Amy. Ils sont en route pour la Californie où ils espèrent comme tant d'autres, trouver du travail. 

 

Mais alors qu'ils sont dans un camp en Arizona, une troupe de forains va croiser leur route. Bien sûr Amy veut assister au spectacle de marionnettes et Teddy, pour lui faire plaisir, va obtenir des billets gratuits contre de menus services rendus aux forains...

Mais dès le lendemain, Amy tombe soudainement malade. Teddy est persuadé que l'énigmatique Sirius, l'homme en noir, a volé l'âme de sa petite soeur... 

 

Dans la nuit, alors que le médecin du camp avoue son incapacité à soigner Amy, Teddy prend la route, bien décidé à poursuivre le groupe de forains et à leur demander des comptes.

 

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'au cours de ce voyage initiatique, il va rencontrer des personnes inoubliables comme Ducan, l'écrivain que son père a chassé de la maison, avec qui il travaillera dans les mines de charbon de Grover's Mills, Mary Jane, la jeune fille muette, dont il va tomber amoureux et qui lui racontera son histoire, et aussi ce grand homme que dans les abattoirs de Chicago, on surnomme "Le Chef", un indien aux pouvoirs immenses...

 

Tous vont participer à sa quête car vous le savez bien dans la vie...

Il n'y a jamais de hasard ! 

 

Une fois traversé les bidonvilles de la périphérie (cabanes aux toits de zinc ou en parpaings, grillagées de fil de fer barbelé, somme toute guère différentes de celles qu'on trouvait dans les camps où Teddy avait vécu), le voyageur venant de l'ouest entrait dans la cité par l'artère principale, grouillante de monde à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. A partir d'ici le vêtement de rigueur semblait être le poncho.

 

J'ai beaucoup lu Christophe Lambert dans ma vie professionnelle. Il est l'auteur de très nombreux livres jeunesse et ado. Il écrit dans tous les styles des romans d'aventure, de science-fiction, de fantasy, historique ou polar... Mais je reconnais que je n'ai jamais lu ses romans pour adultes. 

J'ai retrouvé avec plaisir son style d'écriture. Il faut dire qu'il n'a pas son pareil pour nous faire participer à l'aventure.

 

Le scénario est finement mis en place. Tout paraît crédible car l'auteur ancre son récit dans une réalité historique, celle de la Grande Dépression, un moment de l'histoire des États-Unis, peu traité en littérature jeunesse. Les conditions de vie des gens sont particulièrement bien décrites et les difficultés des petits boulots bien montrées. 

Le lecteur se laisse prendre par les personnages, tous fascinants et attachants. Teddy est un garçon courageux qui ne renoncera devant rien pour sauver sa petite soeur...même s'il est parfois aidé par une once de magie, cela ne gâche rien. 

 

Le périple est angoissant car le lecteur suit en parallèle l'avancée de l'horrible Sirius vers la réalisation de son ignoble projet...Mais chut, vous le découvrirez en lisant ces pages et je ne vous dévoilerai rien de plus de l'histoire ! 

Mais faites-moi confiance, je vous assure que vous ne regarderez plus jamais un spectacle de marionnettes de la même façon.

Voilà 588 pages qui s'avalent d'un seul coup ou presque et un roman pour adolescent que l'on peut proposer à la lecture dès 13-14 ans et offrir, les yeux fermés. 

Merci à Babelio et à son opération Masse Critique de m'avoir permis de le lire...

 

 

L'esprit de Teddy s'élève, toujours plus haut. Toute frontière abolie, il traverse plusieurs couches de terre, des canalisations, mais aussi des sédiments, des alluvions. Perforant le goudron d'un trottoir, il débouche dans une rue encombrée de Chicago, au milieu des badauds qui n'ont pas conscience de sa présence, parmi les coups de klaxon, le brouhaha des conversations, le tintement des conversations, le tintement des cloches du tramway. Puis il glisse le long d'un building. Il monte maintenant vers le ciel comme une flèche.
- Je vole ! Je vole !
- Oui, et tu peux aller n'importe où, fit la voix de Chef.

tous les livres sur Babelio.com

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 05:50

L'oiseau l'avait suivi jusqu'à l'hospice. Il remplissait le ciel de ses ailes déployées et il riait en tournoyant au-dessus de lui. Du fond de son panier qui se balançait à droite, à gauche, Séraphin voyait tout, entendait les sons les plus lointains. "Elle va revenir", lui avait dit l'oiseau soyeux en levant ses plumes au détour du vent ; elle était partie devant et, quand elle aurait trouvé l'endroit, elle le ferait chercher. L'oiseau savait où le trouver.
"Elle va revenir", murmura-t-il, la tête tournée vers le ciel.

 

Connaissez-vous "la prison de la Petite-Roquette", cette prison parisienne initialement conçue pour recevoir des femmes et qui, de 1836 à 1932 n'a été utilisée que pour incarcérer des enfants de 7 à 21 ans...avant de devenir une prison pour femmes où 4 000 résistantes furent enfermées pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Moi je n'en avais jamais entendu parlé ou bien, je l'avoue... je l'avais oublié. 

 

Au départ, les enfants enfermés dans cette prison ont eu durant une partie de la journée une vie commune, mais dès 1838, la mode qui vient d'Amérique est à l'isolement, afin d'éviter la "corruption mutuelle" mais aussi les épidémies vues les conditions déplorables de vie.

Les enfants enfermés là, pouvaient avoir commis des crimes graves, de simples vols à l'étalage, ou être des enfants des rues, orphelins ou abandonnés, ou même encore des enfants placés au titre de la "correction paternelle" sur simple demande de leurs pères. Ils pouvaient y rester de 1 à plus de 6 mois consécutifs...

 

 

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Il a rangé sa couche, il a balayé le sol, chaussé ses sabots et maintenant, debout devant la porte, il attend. Il attend qu'un surveillant vienne et entrouvre le guichet, il attend devant une porte close, parce qu'on n'ouvre plus les portes si ce n'est un quart d'heure pour se laver dans la cour, à un moment où personne ne peut le voir et où il ne peut voir personne.
Il attend dans le silence.

 

Nous sommes en 1838, lorsque Jacques, à 11 ans, est arrêté en plein carnaval et incarcéré à la demande de son père à la Petite-Roquette. 

Terrifié, espérant sans relâche la venue de sa mère pour le "sauver", Jacques doit se rendre à l'évidence : il n'aurait jamais dû descendre de la voiture et marcher au milieu des saltimbanques, ivre d'aller en liberté dans la foule, affolant sa mère enceinte...

 

Il va faire connaissance avec Narcisse, plus âgé que lui et qui a déjà une longue expérience de la vie, puisqu'il a été arrêté pendant la révolution de juillet, Séraphin, le plus jeune enfant trouvé qui attend sa mère et reste persuadé qu'elle viendra le chercher car l'oiseau le lui a dit un jour, Octave qui n'a plus de dents malgré son jeune âge et attend qu'un père adoptif vienne le chercher (mais celui-ci attend que l'administration lui en donne l'autorisation) et Charles qui déclame toute la journée des vers de Victor Hugo en prétendant être son fils....

 

Mais très vite les enfants vont être séparés et confinés dans leurs cellules où ils recevront tout de même quelques enseignements de base et de quoi occuper leur mains.

La solitude est trop forte et les enfants y perdent ce qui leur restait de joie et d'envie de vivre...ils n'ont plus que leurs rêves pour survivre et rester libres chacun à leur manière, de traverser les murailles pour s'envoler au delà des murs...

 

 

On ne lui vole plus son pain, mais c'est pire qu'avant.
Assis par terre les jambes écartés, Séraphin ne joue plus. Le caillou qu'il a ramassé hier dans la cour, il le tient bien serré dans son poing. Il n'a pas faim de pain, il a faim de Charles, et de Jacques, et cette seule pensée le fait hoqueter plus fort...
Il est petit alors on l'oublie.

Avec en toile de fond la vie parisienne au temps de la Monarchie de Juillet, où se mêlent misère, maladies et révoltes, l'auteur retrace avec beaucoup d'humanité la vie de ces enfants délaissés par la société du XIXème siècle. 

La place de l'enfant dans la société de l'époque est bien différente de celle qu'il détient aujourd'hui. On est bien loin des droits de l'enfant et la violence au début du roman peut choquer, autant celle des surveillants qui sont d'une cruauté incroyable envers les enfants, que celle des enfants entre eux.

Seul l'abbé Crozes, en véritable humaniste tente d'alléger leur solitude et se bat contre le directeur et les surveillants pour modifier les conditions de cet enfermement.

Le contraste est frappant entre le récit de la vie quotidienne de ces enfants et les rapports officiels, rédigés par les préfets, inspecteurs et autres instances administratives qui étayent le roman. 

 

"Nous avons été émerveillés de l'activité, de l'ordre et de l'intelligence qui règnent partout.
Sans parti pris, entrez dans chaque cellule et voyez ces yeux clairs, cet air calme et résigné. Voyez comme tout est rangé, comme tout est propre : l'établi, les outils, le lit, la chaise, les livres, les cahiers d'écriture...
Interrogez le médecin : il vous dira que leur santé à tous est meilleure que dans la vie libre.
..."

M. Moreau-Christophe
Inspecteur général des prisons du royaume

 

Même si par moment, au début de ma lecture, je me suis un peu perdue dans les personnages, l'auteur passant sans prévenir de l'un à l'autre, sautant d'un événement présent au passé, ce roman est facile à lire et à comprendre.

Il nous offre de nombreux passages emplis de poésie...qui arrivent à nous faire voir l'incarcération avec les yeux des enfants, ce qui allège sa lecture mais ne nous fait pas oublier pour autant la violence quotidienne. 

 

Un livre qui ne peut nous laisser indifférent, surtout lorsque l'on songe que ces enfants des rues, ces orphelins, ces petits voleurs du siècle dernier ou de la fin du XIXème, qui devaient vivre au jour le jour dans la ville comme ils le pouvaient, ont été rayés définitivement de l'Histoire, les archives de la prison ayant été détruites lors de la démolition des bâtiments en 1974, sur l'emplacement desquels se dresse aujourd'hui une barre HLM. 

 

Ce beau roman leur rend hommage et nous invite à ne pas les oublier....

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:30
Presses de la Cité 2016 / Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

Presses de la Cité 2016 / Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

 

Nous voici à Barcelone en 1874.

Alors qu'il assiste impuissant au spectacle de l'incendie d'un immeuble, le narrateur, Gabriel Camarasa est sauvé in extremis d'un accident certain par un dénommé Antoni Gaudi. 

Revenu récemment avec sa famille de six années d'exil à Londres, Gabriel doit faire sa rentrée, justement ce jour-là, en première année à l'école d'architecture...

Arrivé à l'école, il découvre non sans surprise qu'Antoni est lui aussi étudiant en architecture.

Les deux jeunes gens, bien que de milieux sociaux différents, deviennent vite inséparables et se découvrent une passion commune pour la photographie.

 

L'immeuble qui a été incendié, abritait le journal "La Gazette du soir", principal concurrent du journal à scandales,"Les nouvelles illustrées", que détient Sempronio Camarasa, le père de Gabriel et dont la dessinatrice attitrée n'est autre que Fiona Beggs, une amie anglaise de la famille Camarasa. 

 

Sempronio Camarasa est aussitôt accusé de l'incendie.

Les rumeurs vont bon train et la famille Camarasa se retrouve fortement déstabilisée, d'autant plus que lors d'une soirée, le père de Gabriel se met en colère et gifle un vieil homme à l'apparence de mendiant, qui s'avère être en fait Eduardo Andreu, un ancien marchand d'art, ruiné par un scandale autour d'une photo truquée.

Peu de temps après,  le vieil homme est retrouvé assassiné. Tout accuse Sempronio ! 

 

Dès lors, tout va se déliter dans la vie bien rangée de Gabriel...

Alors que son père vient d'être arrêté,  il va tenter, avec l'aide de son ami Antoni mais aussi de Fiona, de découvrir tous les secrets qui entourent cette affaire, espérant ainsi rétablir la vérité, car il en est sûr , son père ne peut en aucun cas être l'assassin.

Gabriel y perdra une bonne part de sa naïveté. 

Le jeune homme avoue à Antoni, ne rien savoir sur les affaires de son père et avoir été tenu à l'écart malgré son âge. Fiona a l'air d'en savoir bien plus que lui !

Son père est-il réellement revenu de Londres à des fins politiques comme la rumeur le murmure ? 

Comment, maintenant peut-il démêler le vrai du faux et en savoir plus, à présent que son père est en prison ?

 

Le lecteur va suivre, exalté, de nuit comme de jour, les péripéties de ces jeunes gens dans une Barcelone d'une autre époque, secrète et vivante. 

Avec eux, vous irez dans les quartiers sordides ou bourgeois de la ville ; vous les retrouverez autour d'un repas de famille, dans une loge d'Opéra, ou lors d'une soirée mondaine ; vous y causerez dessins, architecture, ou drogues et politique donc, République ou coup d'état, entre autres sujets.

Vous y découvrirez le bouillonnement d'idées de la Barcelone, les luttes de pouvoir, les complots et les intrigues politiques, les petits et grands trafics.

Vous ferez connaissance avec des personnages tous plus mystérieux les uns que les autres comme, le journaliste Victor Sammartin ; Lavinia, la mère de Gabriel qui va quitter son rôle d'épouse modèle et bourgeoise pour l'occasion ; Margarida, la jeune soeur de Gabriel qui va être obligée de sortir de l'adolescence ; ou alors les mendiants de la ville, comme Canines par exemple qui semblent tenir un rôle particulier dans toute cette affaire.

Mais c'est surtout autour du mystérieux Monsieur G. que le suspense est maintenu : ce personnage est le double secret d'Antoni Gaudi...capable au grand étonnement de Gabriel, non seulement de se passionner pour le spiritisme, mais aussi de fréquenter les bas-fonds de Barcelone ainsi que des bandes de voyous et, le plus surprenant, de s'en faire respecter...

 

 

Ce roman est un thriller historique passionnant qui ne vous lâchera pas tant que vous n'aurez pas découvert tous les secrets de Barcelone et des principaux protagonistes !

Il est agréable à lire et écrit à la première personne, ce qui le rend très vivant. 

 

Bien sûr vous ne manquerez pas, comme le fait Gabriel, de mettre en doute tour à tour chacun des personnages ! Vous découvrirez que certains sont complices alors que d'autres qui vous semblaient fiables, sont des espions.

D'autant plus qu'ils cultivent tous le mystère et n'avouent que rarement leurs secrets...

 

Vous partirez sur des fausses pistes, vous mettrez en doute l'amitié d'Antoni Gaudi et vous  serez surpris non seulement par son savoir, mais aussi par son pouvoir...

En tous les cas je n'imaginais pas sous ce jour-là, celui qui allait devenir le créateur de la sublime Sagrada Familia.

 

Vous découvrirez un pan peu connu de l'Histoire de Barcelone, pendant la république et juste avant le retour de la Royauté, une période que je ne connaissais absolument pas. Les détails historiques sont distillés avec beaucoup de légèreté et ne sont en rien ennuyeux. 

 

Et en plus, vous vous baladerez dans les rues de la ville et, si vous la connaissez un peu, les plans sur la 2ème et 3ème de couverture vous aideront à vous repérer. 

 

Ce roman est un excellent thriller de vacances qui vous tiendra en haleine quelques jours (ou quelques nuits) avec ses 536 pages. 

 

Merci à Babelio et à Masse critique de m'avoir permis de découvrir ce roman et cet auteur...

Barcelona / Daniel Sanchez Pardos

Daniel Sanchez Pardos est né en 1979. Diplômé de l'Université de Barcelone, ce jeune écrivain espagnol a été bibliothécaire pendant 15 ans avant de se consacrer à l'écriture. Il a reçu de nombreuses récompenses parmi lesquelles en 2011, le Prix de la Tormenta du meilleur nouvel auteur pour son roman "Le quatuor Whitechapel" (2010).

 

Marianne Millon est traductrice. Elle est d'abord enseignante d'espagnol avant de se consacrer à la traduction de livres adultes ou jeunesse. Pour elle, la traduction est une vrai passion qu'elle a eu envie de pratiquer dès l'adolescence.

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 09:30
Edilivre, 2015

Edilivre, 2015

La guerre est là et les allemands envahissent la France : ils ont maintenant atteint la capitale. Le roman débute le 17 juin 1940 alors que le Maréchal Pétain s'adresse aux français pour les informer de la composition de son nouveau gouvernement.

 

Arlette Gravier est employée dans un grand magasin du quartier de la Madeleine, les Trois Quartiers. Tous les soirs, elle écoute Radio France en pensant à tous ses amis partis à la guerre et dont elle n'a plus de nouvelles. Parmi eux certains sont communistes et ont participé avec elle au Front populaire en 1936.  Que sont-ils devenus…Bertrand, rencontré dans les années 30 et dont elle était amoureuse ? Damien Rubot ? Julien Massis ?

Le 18 juin, alors qu'elle écoute la radio d’une oreille distraite pour tenter de quérir quelques nouvelles, elle entend, incrédule et fascinée à la fois,  le discours d’un certain général…C'est l'appel du 18 juin 1940.

 

A Paris, ville occupée, les allemands sont partout et leur présence divise la population. 

 

Il y a ceux qui s’obstinent chaque jour à paraître invisible et à ne s’occuper que de leurs affaires : se rendre à leur travail et faire ce qu’on leur dit, sans faire de vague, trouver à manger pour leur famille malgré les tickets de rationnement et les queues interminables devant les magasins d’où parfois ils reviendront bredouilles.

 

En fait ce qui caractérisait ces premiers mois de guerre, d'occupation ennemie, c'était surtout pour la population, la survenance d'immenses problèmes matériels de toutes sortes : les actes les plus ordinaires engendraient des difficultés monstrueuses...p.23

Il y a ceux qui s’interrogent sur les disparitions, sur les bruits qui courent, ceux qui écoutent Radio Londres en cachette et qui décident de se fondre dans la nuit, de raser les murs pour ne pas se faire remarquer et de s’engager…pour sortir le pays de ce chaos.

Arlette Gravier est de ceux-là. Elle assiste, impuissante à la dégradation du pays. Elle entend les rumeurs qui font état de dénonciations et de ces convois qui emmèneraient des juifs.  

Alors qu’elle a rencontré René Bertin, dont elle tombe amoureuse, elle ne peut refuser d’entrer dans la Résistance.

Elle qui est depuis longtemps incapable de "s’intégrer dans le moule" et d’avoir la vie que la société attend d’une femme : le mariage, les enfants, le rôle de mère…devient Mado et commence avec ce surnom une deuxième vie…

Instaurer une étanchéité totale, un cloisonnement irréprochable, une séparation de tous les instants entre ces vies, changer de rôle : petite vendeuse modèle dans la journée, amante délicieuse avec René le soir, membre d'une organisation non encore identifiée le reste du temps...( p.45)

 

Enfin, il y a ceux qui choisissent de se mettre du côté de l’ennemi, se pensant ainsi à l’abri, et qui n’hésitent pas à s’afficher dans les soirées aux côtés des allemands, à s’amuser, à sortir dans des lieux de débauches, voire à se faire entretenir…

Anne Laroche est de ceux-là : elle préfère fricoter du côté ennemie, de ses "amis allemands" comme elle les appelle en public. Et elle s’affiche aux bras de gradés allemands, s’enivrant sans honte.

 

Éprouvait-elle du dégoût, un soupçon de réticence à pénétrer cet univers, à impliquer sa vie d'une manière on ne peut plus voyante, dans cette démarche ? Anne Laroche ne se posait plus de questions depuis juin 1940, et jusqu'à preuve du contraire, il n'y avait pas de motifs fondés pour remettre ces orientations en question ; elles étaient efficaces, elles faisaient leurs preuves...

L'heure était à l'abandon, à tous les sens du terme.(p. 36)

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain, va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

Comment ne pas entrer en résistance dans ces temps troublés où tout s’écroule autour d’eux ?

 

Mais... à qui peut-on réellement se fier en ces temps de guerre où tous les films diffusés au cinéma sont devenus films de propagandes, où les gendarmes participent aux arrestations, où Radio Paris est devenue collaborationniste, où on rassemble des familles entières de juifs au Vélodrome du Vel d’Hiv et, enfin, où certaines femmes n’hésitent pas à se vendre pour un manteau qui les réchauffera du froid glacial de cet hiver sans fin ?

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil…et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

 

Mon avis

 

Le lecteur retrouve dans ce roman certains personnages dont il avait (peut-être ?) déjà suivi la vie quotidienne et les engagements dans "L’embellie".

C’est ainsi que le lecteur suit un moment Julien Massis qui travaille toujours comme employé chez Renault à Billancourt mais fera partie des victimes du bombardement de mars 1942. Puis ce sera Damien Rubot, qui est ouvrier chez Citroën au quai de Javel. Il s’engagera dans la résistance et deviendra un membre actif.

La plupart ont fait connaissance en 1936, au moment du Front populaire et, ils se sont posé de nombreuses questions suite à son déclin.

 

Le lecteur les retrouve maintenant au début de la guerre dans Paris qui va vivre des mois de privation, de violence et le couvre-feu tous les soirs...Chacun d’eux va réagir aux évènements en fonction de ses engagements passés.

 

 

Voilà un roman richement documenté sur cette période trouble de l’histoire (un de plus me direz-vous). Mais celui-ci a cela de particulier qu’il est vu de l’intérieur, à travers le vécu de gens simples faisant partie du monde ouvrier.

Le lecteur participe à leurs interrogations, à leurs doutes et à leurs choix…

Ils n’ont que Radio Londres et les paroles de ce mystérieux Général de Gaule pour espérer, ce général qui semble parler "seul" mais soulèvera des montagnes…

 

La guerre, même si nous ne sommes pas au front, est omniprésente. Les batailles sont invisibles mais non moins glorieuses et pleines d’espérance.

 

Et si certains y laisseront leur vie, d’autres devront malgré tout assumer leur choix.

 

J’ai aimé suivre Arlette dans ses prises de conscience et dans son engagement quotidien, dans ses doutes et ses bonheurs de femme, mais aussi ses inquiétudes. 

L'auteur nous livre-là un superbe portrait de femme. Au départ elle ne s’engage pas pour sauver son pays, mais bien parce que c’est sa conviction profonde qu’on ne peut subir sans se révolter. Elle est la fidèle représentation de ce que les gens simples ont vécu pendant la guerre. Rien n’était dit, il fallait deviner à travers les rumeurs la part de vérité, et faire des choix difficiles qui pouvaient à chaque instant mettre sa vie en danger.

 

Comment retrouver la clarté après avoir vécu l’obscurité ?

Un roman, facile à lire et prenant qui peut être lu dès l’adolescence.

Il est découpé en deux parties : « Victorieuse obscurité » et « Incertaine clarté », rendant parfaitement claire l’intention de l’auteur de montrer cette ambiguïté si particulière à la Seconde Guerre Mondiale.


 

Une autre circonstance le frappa : les cloches de Paris sonnaient toutes ensemble le tocsin, pour fêter la libération de la ville. Damien Rubot dut essuyer les larmes qui coulèrent sur son visage : lui, athée, pur produit d’une éducation dont la religion était absente, était bouleversé par ce fond sonore désormais associé pour toujours dans son esprit à la libération de Paris.( p.99)

L’auteur

 

Stéphane Bret, âgé de 63 ans, réside à Boulogne-Billancourt. Il connaît donc parfaitement l'environnement de son roman. Il collabore régulièrement aux blogs littéraires : La Cause Littéraire, Babelio, Critiques Libres, Lecteurs Orange, Benzinemag.

"Clair-obscur" est son cinquième roman. 

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 12:46
Le dernier tigre rouge / Jérémie Guez

Prix HISTORIA du Roman Policier Historique 2014.

La liste des lauréats 2014 des Prix HISTORIA  ICI.

 

Janvier 1946. Marseille. Les militaires français sont acheminés par bateaux vers l'Asie du Sud-est pour tenter de reprendre cette zone, anciennement colonie française, gagnée par les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Un bataillon de légionnaires de toutes origines fait partie des premiers à embarquer pour rallier les troupes françaises.

On y trouve des criminels, des anciens Résistants, des mercenaires et il y a même parmi eux un ancien de la Wehrmacht, bref ce sont tous des vétérans qui ont déjà connu la guerre et se sont parfois battus les uns contre les autres. Mais tous vont là-bas pour se battre pour la France. Leur pays d'origine ne compte plus, leur passé non plus.

 

La Guerre d'Indochine durera huit ans, jusqu'en 1954. Mais c'est une guerre perdue d'avance. Les Vietnamiens ne veulent plus des colons français ! Le général Giap a paufiné sa stratégie de guerre. Les légionnaires seront sacrifiés.

 

Parmi les légionnaires, Charles Bareuil, issu d'une famille de militaire. C'est un tireur d'élite.

..." Il n'avait aucun mérite à ça. Son père l'obligeait à tirer trente cartouches par jour et le privait de repas quand il ratait sa cible..."

Sa femme, Elena, a été abattue par les Oustachi dans les Balkans. Elle portait leur enfant et il ne s'en est jamais remis.  Il s'est engagé dans la Légion étrangère pour oublier.

" A ce moment, il ne pouvait douter, lui qui n'attendait plus rien de la vie, que la Légion deviendrait sa famille."

 

Dès le début du voyage, Bareuil se retrouve au milieu d'hommes qui, comme lui ne manquent pas de courage. Leur vie est rythmée par les exercices d'entraînement et de tirs durant lesquels Bareuil se fait remarquer. Il est aussitôt enrôlé par le lieutenant Barthez avec deux de ses camarades légionnaires pour tirer sur les éventuels déserteurs...ce qui ne lui plaît guère.

 

La suite de l'histoire se poursuit d'abord à Saigon en 1946 où ils arrivent en février, après un mois de voyage, puis à Hanoï et au Tonkin dès la fin de l'année 1946.

 

Bareuil se fera de nombreux amis parfois pour peu de temps car la mort rôde autour d'eux sans les lâcher. Les légionnaires sont envoyés sur tous les fronts et doivent braver tous les dangers car les missions qu'on leur confie sont parmi les plus dangereuses.

De qui doivent-ils se méfier le plus ?  De la jungle, des villageois, des soldats ennemis ? A qui peuvent-ils faire confiance ?

 

Un jour alors que la troupe est en mission, elle tombe dans une embuscade. Le bataillon est décimé. Charles est confronté à un tireur du camp ennemi aussi bon que lui et qui va lui laisser la vie sauve alors qu'ils sont très proches... Il va alors mener une véritable enquête pour découvrir l'identité de cet homme blanc et comprendre pourquoi il l'a épargné.

Il découvrira qu'il s'appelle Joseph Botvinnik, alias "Ong Cop" ce qui signifie "le tigre" et qu'il est blanc, d'origine russe. Pourquoi alors s'est-il mis au service du Viet- Minh ? Pourquoi a-t-il rejoint les troupes du général Giap ?

 

En 1948, alors que Charles et son ami Gordov sont affectés à une nouvelle unité au Tonkin, Charles va rencontrer Hoa, une villageoise proche de leur camp. Il va tomber éperdument amoureux  d'elle. Tiraillé par sa conscience, car il n'aime pas faire partie des envahisseurs, Bareuil  bravera tous les interdits pour la retrouver la nuit.

 

Mais pendant ce temps le "tigre", assisté de son fidèle Tran, veille et se rapproche de lui. C'est un véritable combat homme à homme qui va suivre.

Du camp adverse, Hoa réussira-t-elle à aider Charles ? Ou le trahira-t-elle ?

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman historique très bien documenté qui ne cherche pas à raconter en détails tous les événements de la Guerre d'Indochine mais plutôt à recréer une ambiance. Il retrace, dans ses grandes lignes, les terribles années de guerre de la  victoire de Phu Tong Hoah (1948) à la défaite de Dien Bien Phu (1954). Mais l'auteur ne prend pas partie :  il laisse chacun s'exprimer et développer son point de vue.

 

L'attente, parfois interminable, des légionnaires alterne avec des scènes d'action et de stress terribles. L'auteur ne tombe pas pour autant dans des descriptions trop détaillées qui auraient pu alourdir les moments d'action.

 

C'est aussi un roman d'aventure puisque le lecteur est plongé au coeur de la vie de la Légion étrangère. L'auteur nous montre les conditions de vie des légionnaires et le sort terrible qui les attend face à un conflit qui les dépasse.

 

Les deux personnages masculins principaux sont  courageux et téméraires, ni héros, ni victimes, mais véridiques...de vrais hommes donc qui n'échappent pas à une certaine caricature.

L’un, Charles Bareuil veut continuer à faire la guerre et à servir son pays coûte que coûte. Il se reproche d'avoir rejoint trop tardivement la Résistance et ne peut oublier la mort de sa femme...

L’autre, Joseph Botvinnik, fait partie de l’armée vietnamienne et délivre de précieux renseignements aux ennemis mais il porte aussi un lourd secret qui ne sera dévoilé qu'à la fin (ce que j'ai trouvé dommage). Le connaître plus tôt, aurait certes enlevé une part de mystère, mais l'aurait rendu plus vivant donc plus présent dans l'histoire.

Tous deux ont fait partie de la résistance et ont vécu des drames personnels qui les ont profondément affectés.  Ils ont donc surtout des comptes à régler avec eux-mêmes.

 

Les personnages secondaires sont aussi très présents et ce milieu d'hommes tous militaires, qui ne réussit à se détendre et à oublier la mort prochaine qu'entre les beuveries et les femmes, est tout à fait ce que le lecteur imagine, peut-être à tort...

 

Je ne connaissais pas l'auteur et je ne suis pas une adepte des romans de guerre mais j'ai fait là une excellente découverte. Le sujet était difficile à traiter, le suspense pas si aisé que ça à mettre en place et c'est pour moi une réussite et un moment de lecture très plaisant.

De plus, ce qui ne gâche rien, c'est un roman très accessible... à lire donc absolument dès 15-16 ans !

 

Extraits

 

"On ne fait jamais la guerre contre les hommes qui sont en face de nous sur le champ de bataille. On fait la guerre à quelque chose de plus grand, à ceux qui commandent, pas à ceux qui exécutent".

 

"C'est une connerie de croire que les Vietnamiens n'ont pas d'histoire. La plus grande erreur que font les Français. Ils en ont une, très glorieuse, vieille de plusieurs milliers d'années. Ils y sont très attachés, c'est juste qu'ils n'en parlent pas. Leur temps est différent, ce n'est pas le même que le nôtre..."

 

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 14:17
L'autre rive du Bosphore / Theresa Révay

Prix Historia du roman historique 2014...

Pour en savoir plus sur ce prix et sur l'auteur, cliquer ICI.

 

Contexte historique

 

L'histoire nous transporte au début du XX° siècle dans la ville mythique de Constantinople (actuellement appelée Istanbul)...Partagée en deux par le Bosphore, tiraillée entre l'Europe et l'Asie, Istanbul doit accepter la chute de l'empire ottoman.

Nous sommes en novembre 1918. En Europe, l'armistice vient d'être signée, marquant la fin de la Première Guerre Mondiale, mais en Turquie, c'est le début de la guerre d'indépendance. Les Turcs ont en effet fait alliance avec l'Allemagne : ils ont donc perdu la guerre.  Les  vainqueurs se disputent l’empire ottoman.

Anglais et français, victorieux, ne se contentent pas de mouiller leurs vaisseaux dans le Bosphore, ils envahissent le pays et occupent peu à peu toute la partie européenne de la Turquie. Les grecs et les italiens occupent l'autre rive. Personne ne songe alors aux habitants de ces régions...Tous verront leur vie chamboulée à jamais. 

Les stambouliotes en particulier, aiment leur ville et souffrent de la voir envahie par les étrangers.
 

La fin du sultanat est proche : l'empire ottoman a dominé l'Europe pendant des siècles, mais aujourd'hui il s'effondre...

 

Parmi la jeune génération de turcs, ouverte pourtant depuis toujours aux communautés les plus diverses, un sentiment national prend naissance...

Les jeunes se rassemblent autour de Mustafa Kemal (Atatürk) devenu leur idole. La résistance s'organise et la lutte pour une nation turque libre et indépendante d'une part et pour une république turque d'autre part (en remplacement de l'empire) s'amplifie de jour en jour.

 

"La montagne aride avait été conquise puis perdue plusieurs fois. Elle offrait peu d'abris aux défenseurs turcs...Les déflagrations incessantes des obus soulevaient une pluie de pierres et de poussières. Hans s'adossa à la paroi de la tranchée creusée à coups d'explosifs dans le roc. Il ressentait des soubresauts jusque dans les vertèbres...C'est ici, vers l'an 1220, qu'Ertogrul avait commandé à sa horde de guerriers descendue d'Asie centrale de fonder leur foyer. Sept siècles plus tard, la jeune nation de Mustafa Kemal y combattait pied à pied pour survivre."

 

Parmi les événements marquants de cette période, les Grecs envahissent l'Anatolie et de nombreux massacres en résultent (dont le génocide arménien durant lequel les deux tiers des arméniens de l'empire ottoman furent massacrés).

 

A la fin du roman, Mustafa Kemal est au pouvoir... Il réformera la Turquie et en fera un état moderne et d'avant-garde parmi tous les peuples musulmans. Il donnera en particulier davantage de droit aux femmes.

 

 

Le roman

 

Leyla Hanim est la superbe et intelligente épouse de Selim, le dévoué secrétaire du sultan, Mehmet VI.  Elle vit dans le haremlik en compagnie de sa belle-mère, une ancienne esclave affranchie qui la contraint à respecter la tradition, mais qui va très vite se révéler, au cours du roman, être une femme ouverte et profondément compréhensive qui aime sincèrement sa belle-fille.

 

Selim, son mari, très traditionnaliste et proche du pouvoir ottoman, est occupé par son travail. Leyla et Selim ont deux adorables enfants : Ahmet et Perihan.

 

Mais voilà que leur maison est réquisitionnée pour y loger une famille française. Louis Gardelle débarque chez eux et s'installe dans la maison, le jour où, comme par hasard, Ahmet disparaît, plongeant sa mère dans l'inquiétude et l'obligeant à le chercher, seule, dans la ville... A-t-il voulu descendre jusqu'au port voir les vaisseaux ?

 

La maison occupée continue néanmoins à vivre, ce qui n'est pas toujours facile, surtout lorsque la femme et la fille de Louis Gardelle arrivent de France.

 

La situation se complique encore quand les russes blancs se réfugient en ville, fuyant la chute du tsar.

 

Et voilà que Selim doit se rendre à Paris pour parlementer autour de la survie de l'empire ottoman...laissant Leyla seule pour plusieurs longs mois.

 

Leyla rejoint la résistance et suit en cela les pas de son jeune frère, Orhan. Elle va sauver un jeune résistant grièvement blessé, en le soignant et en acceptant de le cacher au sein du haremlik. Hans Kästner est pourtant allemand d'origine. Archéologue de formation, il est tombé amoureux de la Turquie qu'il a toujours considéré comme son second pays et se bat pour elle. Partisan du général Mustafa Kemal, devenu l'idole des jeunes turcs et le symbole de la liberté, de la laïcité et de la modernité pour le peuple turc musulman, ses idées font leur chemin dans le coeur de Leyla.

 

Au retour de Selim, accusée de trahison car elle s'est mise à écrire dans un journal révolutionnaire, elle doit fuir sa famille pour éviter d'être emprisonnée.  Elle rejoint alors Hans en Anatolie et participe à la résistance nationale. Les deux jeunes gens succombent à leur amour. Ils partagent déjà tant d'idéaux : ils se laissent emporter par leur passion et prennent goût à la liberté.

 

Désormais rien n'est plus important pour Leyla que cette liberté toute neuve, pour son peuple mais aussi pour elle-même.

Mais le destin va lui réserver encore bien des épreuves...

La combattive Leyla connaîtra beaucoup de souffrance durant les cinq années durant lesquelles se déroule le roman. Sa petite fille va mourir d'une méningite foudroyante pendant son absence et elle se reprochera de ne pas avoir été là à temps, pour la tenir dans ses bras une dernière fois. Plus tard, Orhan, son jeune frère qu'elle croyait dans l'administration, va se faire tuer au combat... Que lui importe qu'il soit mort en héros, il n'est plus là, lui qu'elle avait juré de toujours protéger...

De plus, pourra-t-elle vivre pleinement sa passion  avec  Hans ?

 

 

Ce que j'en pense

 

L'auteur a habilement choisi ses personnages pour leur appartenance à diverses communautés. Ainsi le lecteur ne peut qu'adhérer aux différents points de vue de chacun sur les événements historiques décrits dans le roman...

Car le lecteur se laisse prendre à leur histoire tant ces personnages sont véridiques et leurs propos sonnent justes : aucun ne dénote dans le contexte historique ce qui rend ce roman très authentique. Le lecteur se laisse porter par la magie romanesque tout en apprenant plein de détails sur  cette période peu connue et peu décrite dans la littérature.

 

Les femmes d'abord...

 

Leyla, le personnage central du roman est une jeune femme intelligente et cultivée, à la fois respectueuse des traditions, par obligation mais aussi par conviction, et très moderne.

Son éducation lui a permis d'étudier (elle parle plusieurs langues). Elle va très vite s’investir dans le combat des femmes turques puis dans celui des nationalistes...

Leyla tentera tout au long du roman de concilier le lien très fort qui l’unit à son mari, son amour pour ses enfants, et la passion qu’elle éprouve pour Hans ce qui nous la rendra encore plus attachante.

C'est aussi une héroïne musulmane praticante dont la liberté de penser, de vivre son quotidien aurait tout à fait pu exister. Sa façon de parler d'amour, sa vision du couple, son envie de liberté et d'indépendance, son point de vue sur la société est tout à fait surprenant pour nous occidentaux qui pensions, à tort, que la Turquie en ce temps-là n'était pas si...moderne et évoluée.

L'auteur nous donne avec Leyla, un magnifique portrait de femme, très attachante.

"Élevées sans pudibonderie, les Ottomanes n’étaient pas naïves. La sexualité n’avait rien de tabou pour elles. Leyla avait eu la chance de devenir l’épouse d’un homme qui lui plaisait physiquement et sa sensualité s’était pleinement épanouie dans les premiers temps."

 

Gülbahar, la mère de Selim est une belle-mère impressionnante car très traditionaliste. C'est en fait une femme intelligente et ouverte, elle aussi. Elle saura prouver à Leyla son attachement.  Elle sait aussi garder un secret et comprendra la soif de liberté de sa belle-fille.

 

Rose, la femme française installée chez eux, découvrira en arrivant, un pays qu'elle ne comprend pas et qui lui fait peur...Plutôt rigide à cause de son éducation, elle est terrorisée par l'étranger et déteste les changements.

De plus elle ne reconnaît plus son mari tant il a changé et elle se sent seule et délaissée. 

"L'orient tournait la tête aux hommes. Tout y était trop différent. Les femmes, la liberté des moeurs, l'exotisme, le climat, le sentiment d'impunité qui venait d'être éloigné de ses proches...Comment ne pas se laisser aller à toutes sortes de faiblesses ?"

Coincée dans ses principes, elle n'hésitera pas, par jalousie, à nuire à Leyla sans pour autant mesurer les conséquences de ses actes (sa dénonciation oblige Leyla à fuir les siens) mais  aura la franchise de l'avouer...et de s'en repentir.

"-Pardonnez-moi, implora-t-elle, saisissant la main de Leyla et courbant la tête...

Bouleversée, Leyla n'avait pas de mots pour la consoler. Elle pensait à Périhan et son coeur saignait...Désormais, elle portait sa douleur au plus secret de son corps et de son âme comme elle avait autrefois porté son enfant, mais toute espérance était morte. Elle ne lui fit aucun reproche. Le ressentiment est stérile. La haine aussi."

Découvrant qu'elle est trompée (son mari a une liaison avec une jeune russe qui se prostitue pour survivre), elle quittera la ville pour rejoindre sa soeur à Smyrne.

 

Zeynep Hanim, la cousine de Leyla est une femme exceptionnelle qui s'investit dans la cause de femmes. C'est elle qui va inciter Leyla à écrire... ce qui ne sera pas sans conséquence sur son destin.

 

Les hommes maintenant...

 

Louis Gardelle, le capitaine de frégate français venu s'installer dans la maison de Leyla, a été conquis par la Turquie ce qui rend la venue de Rose, sa femme et de Marie, sa fille, problématique. Tombé sous les charmes de Nina, une jeune prostituée russe, le voilà profondément épris...pour ne pas dire obsédé par ses charmes.

Mais avec elle, il n'est pas au bout de ses surprises.

 

Hans, est un archéologue passionné par les Hittites, ces guerriers qui ont régné sur l'Anatolie et la Syrie pendant plus de mille ans. Il est intarissable à leur sujet ! Mais il est intensément passionné par la cause turque et la superbe Leyla. Toutes ces passions le détruisent peu à peu car il n'arrive pas à se projeter dans l'avenir.

"...Hans comprit qu'elle ressentait le même trouble que lui. L'attirance était là, avec son ardeur irrésistible, riche de tous les dangers et de toutes les déraisons. Il s'en voulut de lui infliger ce tumulte. Jamais leur chemin n'aurait dû se croiser. Tout cela était inconcevable et dangereux."

"Hans, lui, vivait chaque instant avec Leyla avec la même intensité que si ce devait être le dernier...il étouffait la sensation angoissante que tout cela était trop beau pour durer..."

 

Selim se montre réticent au changement et très traditionnaliste puisqu'il ira jusqu'à prendre une deuxième épouse sans en informer Leyla qu'il aime pourtant sincèrement. Mais il saura affronter sa destinée avec dignité et saura s'ouvrir au monde qui l'entoure.

Il est donc en colère quand il apprend que Leyla écrit des articles dans les journaux...

"Sa consternation se teinta de colère. Comment Leyla avait-elle osé prendre une telle initiative sans lui en demander la permission ? Parce que tu ne la lui aurais jamais accordée !  s'agaça-t-il. Ce n'était pas à l'épouse d'un secrétaire du padichah, jeune diplomate prometteur, d'écrire des papiers comminatoires à l'encontre du gouvernement..."

 

Mustafa Kemal, seul personnage qui a réellement existé est là, bien présent tout au long du roman. Finalament l'auteur nous dépeint les hommes et les femmes qui se sont battus pour lui et pour ses idées.

 

Bien d'autres personnages apparaissent au cours du roman comme Orhan, le jeune frère de Leyla,et ses compagnons de lutte, Nina la jeune russe dont Louis s'est épris... Ils auront tous un rôle important à jouer dans le destin de Leyla.

 

 

C'est un roman historique très bien écrit où le lecteur apprend pleins de détails sur cette période de l'histoire...où l'Orient et l'Occident se sont rencontrés. Dépaysement assuré !

Le lecteur voit avec ravissement la prise de pouvoir des femmes et leur rôle important dans la guerre d'indépendance.

Ce roman est plus qu'une simple histoire d'amour sur fond de fresque historique. Il nous dépeint avec beaucoup de réalisme le choc des cultures, la peur des différences, l'espoir d'une vie libre, l'idéalisme de la jeunesse, la difficulté d'abandonner les traditions pour la modernité et les désillusions nées des souffrances, des violences et de la guerre.

Il nous donne à voir un orient bien loin des clichés actuels...

 

Remarque : un glossaire permet de comprendre les quelques termes turcs qui resteraient obcurs pour vous à la lecture de ce roman...

 

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:53
Le bonheur pauvre rengaine de Sylvain Pattieu

L’auteur, historien, professeur d’histoire et romancier part d’un fait divers véridique : l’assassinat d’une jeune fille dans un appartement de la Rue de la République à Marseille en 1920.

C'est en compulsant les archives des Bouches-du-Rhône qu'il a mis la main sur ce vieux dossier, cette banale affaire de meurtre. A l’époque, ce fait divers avait fait les gros titres des journaux : il en fait tout un roman...et quel roman !

L’assassinat d’Yvonne Schmitt,  le 25 septembre 1920,  est sans doute passé relativement inaperçu dans les faits divers de l’époque car la violence était chaque jour présente depuis la Grande Guerre d’autant plus qu’elle était une femme « de petite vertu » comme l'on disait alors.

L’auteur s’appuie sur les nombreux documents d’archives pour remonter le fil de l’histoire  et nous expliquer comment et pourquoi un tel assassinat a pu avoir lieu dans un quartier bourgeois de Marseille

 

L'histoire est racontée en trois temps  (trois parties du livre) - 1 "Le meurtre" - 2 "L’enquête" et 3 "Prisons 1921-1925" encadrés d’un prologue et d’un épilogue.

 

Il nous transporte dans les quartiers populaires, au milieu de la vie grouillante du port où marins, ouvriers, mafieux et escrocs en tout genre côtoient les petites gens. Dans les pensions et les « garnis » (meublés de l’époque), dans les maisons de passe où des hommes paient pour un instant de plaisir, des drames se jouent, des femmes sont battues parfois à mort parce qu'elles ne rapportent pas assez d'argent, des règlements de compte  ont lieu...

 

L'auteur donne la parole tour à tour à chacun des protagonistes. Ainsi c’est du point de vue de chacun que le fil des événements se déroule peu à peu. Le lecteur fait connaissance avec chacun d’eux et se forge sa propre idée de la vie à Marseille au début du XXe siècle…

L'emploi du JE permets de rendre ces personnages d'une autre époque encore plus vivants. C'est uniquement lorsque l'auteur parle de Simone Marchand qu'il emploie une formule inhabituelle, le VOUS.

 

Parmi les personnages importants il y a bien sûr la victime, Yvonne Schmitt.  Issue d'un milieu ouvrier, elle a perdu sa mère très jeune. Son père se remarie et elle est maltraitée par sa marâtre. A quinze ans elle rêve « d’un homme qui ne soit pas un goujat, qui me protégerait et me ferait du bien ». Lorsqu’elle arrive à Marseille, pleine d’espoir et de naïveté, elle compte bien s’en sortir toute seule. Mais elle fait systématiquement les mauvais choix ! Depuis qu’elle a quitté sa famille, son parcours et sa beauté lui ont fait rencontrer des hommes violents et jaloux, brutaux, des proxénètes prêts à tout et âpres au gain, dont l’ambition et les rêves d’un eldorado se font au détriment des femmes qu’ils rencontrent…

 Mais malgré les difficultés du quotidien et le manque d'argent, elle garde toujours espoir ! Dès le premier instant le lecteur s’attache à elle. Elle regarde pour la première fois la ville depuis la Bonne Mère et elle est heureuse…et amoureuse de Fredval, qu’elle vient de rencontrer. Ce qu'elle ne sait pas c'est que ses jours sont comptés...

Car le destin met sur sa route deux malfrats, Albert Polge et Yves Couliou.

 

L'’appartement où elle est retrouvée morte, la nuque brisée, appartient à Simone Marchand. Celle-ci a échappé de peu à la mort en se suspendant à la fenêtre des WC. Elle pourra faire un portrait robot des assassins car les filles les ont amenés dans l’appartement après une soirée bien arrosée et pour passer la nuit avec eux. Ils payaient bien...

La Marchand, comme on l'appelle, est une femme magnifique entretenue par un bourgeois dont on ne connaîtra pas le nom et qui la quittera lorsque l’affaire sera connue du grand public de peur d’être compromis. Elle sait attirer les hommes car elle est très belle mais son cœur est pris par Fred (Fredval) un jeune homme infidèle et sans scrupule, qui fait souffrir les femmes. Simone Marchand a réussi à gravir les échelons et à s’installer dans les beaux quartiers de la ville. Elle partage son appartement avec Yvonne et toutes deux deviennent concurrentes car amoureuses  du même homme.

 

Cyprien Sodonou, le matelot africain devenu mac à Marseille traqués comme tous les noirs par les barbeaux corses de retour de la Grande Guerre et qui comptent bien reprendre leur place au soleil. Il raconte comment il en est arrivé là et comment un soir après une bagarre, il a fait la connaissance de Simone Marchand. Elle l'a chargé d'enquêter sur Fredval, son compagnon, car elle meurt de jalousie et veut savoir avec qui il entretient des relations.

 

Enfin, le commissaire de police, André Robert a perdu ses 2 fils pendant la Grande Guerre. Il se jette à corps perdu dans l’enquête et espère une certaine reconnaissance de son travail. Il soupçonne Fredval que personne n’a revu depuis la nuit du meurtre...Il aurait voulu les coincer tous (toute cette "vermine") car ils sont tous souillés par l'envie, par l'argent, par le goût du luxe...

Mais c'est finalement le commissaire Brouchier, un commissaire parisien qui va par hasard trouver les assassins.

 

Yves Couliou est issu d'une famille de petits commerçants bretons. Très tôt il quitte sa Bretagne natale pour travailler en région parisienne. Pourtant il cache un coeur sensible et rêve de retourner voir sa mère pour l'embrasser. Il est au début de sa vie professionnelle un ouvrier presque modèle mais fortement engagé dans l’univers syndical dans la banlieue nord de Paris. Puis il quitte le syndicalisme pour commencer à faire travailler sa copine pour lui. D’autres suivront… Arrêté puis déporté à Biribi (bagne situé au Sahara), torturé, il deviendra bourreau à son tour. « Dans la vie, faut être bourreau ou être victime, c’est comme ça quand tu viens du peuple » dira-t-il. Son crime le conduira à l'échafaud.

 

Albert Polge est un petit malfrat sans envergure dont la seule qualité est d'avoir une force surhumaine et de savoir montrer et se servir de ses muscles au bon moment. Il rencontre Yves Couliou et tous deux ne se quittent plus.  Ensemble ils cassent des vitrines, ils partagent le bénéfice des "filles" qu'ils font travailler dont Germaine, la petite amie de Yves. C'est Albert qui revendra les bijoux volés à Yvonne et à Simone pour  seulement 10 000 francs. Il sera condamné à perpétuité pour sa complicité dans le meurtre d'Yvonne Schmitt.

 

Dans ce livre à la fois roman historique et documentaire, l’auteur nous dévoile son talent en donnant une voix donc une vie à chacun de ses personnages !

 

Moi qui n’apprécie que modérément les romans historiques, je ne me suis pas ennuyée un seul instant et je l’ai lu d’une traite. C’est dire comme l’auteur sait s’y prendre pour rendre fascinant un fait divers banal et nous plonger dans l'ambiance d'une époque déjà lointaine.

Les documents disséminés au cours du roman facilitent la plongée dans l'histoire. Ce sont des photographies floutées des personnages, des articles de journaux, des PV d'interrogatoires, des photocopies de cartes postales.

 

Pourtant il y a de nombreux passages très rudes : la vie au bagne de Biribi par exemple où tout est dit sans tabou sur les conditions de vie des prisonniers, les sévices et les violences quotidiennes. Peuvent –ils sortir de là et rester des hommes ?

Mais aussi la violence dans les rues et celle, insupportable, faite aux femmes…

 

Finalement Yves Couliou et Yvonne Schmitt venaient tous deux du milieu ouvrier. Ils rêvaient tout simplement de s’élever dans l’échelle sociale, d’avoir plus d’argent et de vivre mieux...

 

Telle est l’affaire que les journalistes de l’époque ont titré «l'affaire de l'Athlète et Nez-pointu».

A lire absolument !

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 16:00

 

Les 13 romans de la série se déroulent sous le règne du Roi-Soleil (Louis XIV)

Toutes les jeunes filles, héroïnes de la série, vivent ou ont vécu dans le pensionnat de jeunes filles de Saint-Cyr appelé la Maison Royale.

Ce pensionnat, créé par Madame de Maintenon en 1684, la seconde épouse du Roi, s'est donné pour mission d'éduquer les jeunes filles nobles mais pauvres et de leur accorder une dot lorsqu'à 20 ans elles voudront se marier.

Le premier tome campe le décor et les principaux personnages, mais les tomes suivants racontent la destinée particulière d'une pensionnaire. C'est à travers ses yeux et ses désirs que le lecteur va en apprendre un peu plus sur l'époque de Louis XIV : les fêtes, le théâtre, les guerres de religion, la vie dans les pays étrangers, la colonisation,...mais aussi la vie quotidienne au sein du pensionnat...

 

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc

Tome 1 : Les comédiennes de Monsieur Racine. Vous pouvez lire le résumé du premier tome ICI.

 

Tome 2 : Le secret de Louise.

Grâce à ses talents de chanteuse, Louise est remarquée par la Reine d'Angleterre, qui lui demande de devenir sa demoiselle d'honneur. Elle quitte à regret Saint-Cyr et ses amies. Mais, très vite, elle fait des rencontres passionnantes et des découvertes qui vont l'aider à lever le voile sur le mystère qui entoure sa naissance...

 

Tome 3 : Charlotte la rebelle.

Charlotte décide de s'enfuir, de Saint-Cyr et de quitter cette existence, rangée qui ne lui convient pas. Une nouvelle vie l'attend à la cour de Versailles, une vie de fête, de liberté, de joie. Une découverte vient pourtant troubler son bonheur : son fiancé, François, à disparu. Charlotte ne s'avoue pas vaincue. Elle est prête à tout pour le retrouver!

 

Tome 4 : La Promesse d'Hortense.

Depuis leur rencontre à Saint-Cyr, Hortense et Simon sont amoureux. Simon propose à Hortense de s'enfuir. Hortense est tiraillée entre son coeur et sa raison. Les deux jeunes gens vont devoir vivre cachés. Mais les fuyards sont en danger..

 

Tome 5 : Le Rêve d'Isabeau.

Depuis que ses amies ont quitté Saint-Cyr, Isabeau rêve de réaliser, à son tour, son vœu le plus cher : devenir maîtresse dans la prestigieuse institution de Madame de Maintenon. Elle doit, cela, avoir une conduite irréprochable. Or elle se retrouve, bien malgré elle, au cœur d'une affaire d'empoisonnement. Isabeau voit son rêve s'éloigner...

 

Tome 6 : Éléonore et l'alchimiste.

Promise contre son gré à un vieux baron, Éléonore quitte la France et Saint-Cyr pour la Saxe. Si elle accepte ce sacrifice, c'est parce qu'il lui a promis d'aider ses sœurs dès qu'ils seront mariés. Hélas, rien ne se passe comme prévu ! En effet, Éléonore s'éprend bientôt de Johann,
un jeune alchimiste qui recherche le secret de la transmutation du plomb en or. Elle décide de tout faire pour l'aider à réaliser son rêve et se lance dans l'aventure !

 

Tome 7 : Un corsaire nommé Henriette.

Originaire de Saint-Malo, Henriette a tout d'un garçon manqué.
Amoureuse, comme son père, du vent et de la mer, elle ne rêve que de bateaux, au grand désespoir de sa mère.
À Saint-Cyr, elle se lie d'amitié avec ses compagnes de fortune, mais elle n'est pas faite pour l'étude, le calme ni la prière.
Elle décide donc de reprendre sa liberté et d'aller au-devant de l'aventure pour réaliser son destin...

 

 

 

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc
Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc

Tome 8 : Gertrude et le Nouveau Monde.

Pour sauver son amitié avec Anne, Gertrude a commis une lourde faute et purge sa peine, en prison. Mais, une opportunité s'offre à elle : partir pour le Nouveau Monde. Là-bas, elle espère retrouver enfin la liberté et le bonheur ; Pourtant elle ne se doute pas des obstacles qui ; jalonneront sa nouvelle existence...

 

Tome 9 : Olympe comédienne.

À Saint Cyr, Olympe vit repliée sur elle. Un drame dans son enfance l'a traumatisée, elle a perdu la mémoire. Mais lorsqu'elle découvre le théâtre, sa vie change. Elle intègre alors une troupe et fait la connaissance d'un jeune comédien. Tout semble aller pour le mieux. Et un jour, elle se souvient. Sera-t-elle assez forte pour affronter son passé et connaître un jour l'amour ?

 

Tome 10 : Adélaïde et le Prince noir.

Aniaba, prince d'Assinie, vit au coeur de l'Afrique. Adélaïde est pensionnaire à Saint-Cyr. Ils n'ont aucune chance de se rencontrer... mais la providence s'en mêle et une série d'événements va bouleverser leur vie. Adélaïde et Aniaba devront chacun faire preuve de patience et de courage...

 

Tome 11 : Jeanne, parfumeur du Roi.

L'année de ses dix-sept ans, Jeanne, orpheline et depuis dix ans à Saint Cyr, voit arriver son oncle. Elle se demande pourquoi il lui demande de revenir dans le sud, lui qui ne s'est jamais intéressé à elle. Il prétend que sa tante, souffrante, la réclame à son chevet. De retour dans son sud natal, Jeanne va découvrir bien des secrets et après de multiples péripéties et de belles rencontres, elle va enfin pouvoir s'adonner à sa passion pour les plantes, les fleurs et les parfums.

 

Tome 12 : Victoire et la princesse de Savoie.

Marie-Adélaïde est princesse de Savoie, duchesse de Bourgogne puis Dauphine de France. Pour parfaire son éducation, elle fait plusieurs séjours à Saint Cyr et c'est là qu'elle rencontre Victoire, la petite soeur d'Isabeau, qui deviendra sa demoiselle de compagnie.

 

Tome 13 : Gabrielle, demoiselle d'honneur.

Fuyant une existence morose, Gabrielle de Mormand a placé beaucoup d'espoir dans son arrivée à Saint-Cyr. Mais la vie y est si austère qu'elle rêve de s'en échapper. A la cour, son frère, devenu valet du roi, a une vie trépidante. Son entrée au service de Marie-Louise de Savoie, fiancée du roi d'Espagne, permettra-t-elle à Gabrielle d'être enfin libre ?

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc
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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 16:02
Soldat Peaceful de Michael Morpugo

L'histoire se passe dans une famille anglaise, la famille Peaceful. Le père travaille comme bûcheron pour le colonel qui en échange loge sa famille.

 

Les trois frères, Big Joe, qui est handicapé mental, Charlie, l'aîné et Thomas (dit Tommo) vivent une vie agréable proche de la nature, entourés par une mère aimante. Mais à la mort de leur père, écrasé accidentellement par un arbre, les choses changent. Tommo se sent coupable, car il est persuadé que cet accident est de sa faute, son père ayant tout fait pour que l'arbre ne tombe pas sur lui.

La mère est obligée de travailler chez le colonel pour s'occuper de sa femme et les enfants sont gardés par une vieille tante. Ils jouent souvent avec Molly, une camarade de classe dont ils tombent tous deux amoureux...

A la fin de leur scolarité tous trois vont travailler à leur tour chez le colonel, Charlie voit Molly en cachette de leurs parents... Les deux jeunes gens s'aiment, mais c'est la guerre. Tommo et Charlie partent tous les deux, laissant leur mère  et Big Joe à la maison avec Molly, enceinte.

 

En France, ils vont devoir se battre dans les tranchées, voir leurs camarades tomber sous le feu de l'ennemi. Mais alors que Tommo a été sérieusement blessé lors d'une attaque, Charlie désobéit au sergent Hantley pour rester auprès de lui...Ensemble, la guerre leur paraît moins dure et plus facile à supporter. La sentence tombe, inéluctable, horrible.

 

Ce livre est construit comme un compte à rebours au cours duquel Tommo se souvient de tout ce qu'ils ont vécu durant leur enfance  avant la guerre et depuis leur engagement volontaire dans l'armée britannique. Il voudrait que cette nuit ne se termine jamais. Au matin l'attend la mort...

Le roman commence alors que Tommo entre à l'école pour la première fois et remonte dans le temps jusqu'à ce matin-là, à 6 heures du matin...

Chaque chapitre correspond à ce décompte des heures et crée une suspense qui peu à peu prépare le lecteur à l'issue fatale et terrible du récit.

 

A lire absolument cette année 2014 où on commémore le centième anniversaire de la première guerre mondiale...pour ne pas oublier les horreurs de cette Grande Guerre et toutes les vies qui y sont restées.

Ce roman fait partie de la sélection 3° (13 - 14 ans) des "Lectures pour les collégiens".

 

 

 

 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 08:05

 

Anne Green, une jeune servante âgée de 16 ans est accusée d'avoir tué son nouveau-né. En 1650, en Angleterre, l'infanticide est tout simplement puni de pendaison...sauf si un témoin peut apporter la preuve que la mère n'est pas coupable !

Or cette jeune servante a été abusée par Goeffrey, le petit-fils de son maître, Sir Thomas,  comme c'était fréquemment le cas à l'époque. Elle a fait une fausse-couche et l'enfant est mort-né.

 

Parce qu'elle est jeune et pauvre, son corps est donné après la pendaison à l'Université de médecine afin d'y être disséqué devant de nombreux étudiants.

Des médecins reconnus sont prêts à commencer la dissection lorsqu'un jeune étudiant, bègue et introverti, Robert, voit ses paupières bouger...Est-ce un simple réflexe ou un signe de vie; les médecins, alertés constatent qu'elles est en vie et  y voient aussi un signe que Dieu existe et a choisi de laisser vivre la jeune fille parce qu'elle est innocente...

 

L'auteure s'est inspirée d'une histoire vraie. Anne Green a réellement été pendue pour infanticide et sauvée.

Mais l'auteure nous fait entrer dans les pensées de la jeune fille. On l'entend nous raconter sa version de l'histoire alors qu'elle est dans une sorte de coma, allongée dans son cercueil...A-t-elle été enterrée vivante ? Est-elle en train d'arriver au paradis ? Ses interrogations et inquiétudes nous gagnent et créent un suspense quasi intolérable... Puis le récit alterne avec les événements tels qu'ils ont été transcrits par Robert, le jeune étudiant, qui doit assister à la dissection pour la première fois...

 

Le lecteur ne pourra pas rester insensible aux personnages du roman. Anne, qui a commis des erreurs mais s'en repend. Naïve, elle s'est laissée abusée parce que ses rêves lui ont permis de croire à un autre destin, mais sa lucidité, son courage et son honneteté font merveille...

Robert qui revit des événements de son passé et remontera dans ses souvenirs jusqu'à, la mort de sa mère qu'on lui a caché...

John Taylor, l'amoureux d'Anne, qui comprendra toute l'histoire et reviendra vers elle.

 

Le lecteur ne pourra pas rester insensible à ce terrible destin de femme au temps où les injustices sociales et celles faites aux femmes étaient le lot commun. C'est donc un excellent roman historique qui nous dépeint l'angleterre puritaine du temps de Cromwell.  Enfin sur ce fond historique, l'auteure nous livre une vision de la médecine, respectueuse de la religion, et le lecteur ne pourra que mesurer les progrès géants qui ont été fait depuis...

 

Attention ! Certains passages peuvent impressionner les jeunes lecteurs (l'accouchement sordide dans les latrines, le séjour en prison, le jugement et la pendaison, le début du roman où on croit Anne enterrée vivante...) surtout lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie.

Je conseille donc sa lecture à partir de 13 ans environ.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:22

Alors que la princesse Tchinza est enfin de retour au  pays Shona, elle découvre que sa mère a été enlevée par des trafiquants d'esclaves et que la vieille Bola a pris sa place de reine...
Durant la soirée Bola tente d'empoisonner Tchinza, ce qui l'oblige, elle et ses amis, à se cacher puis à s'enfuir dans la nuit, quittant encore une fois Zimbaboué...
 
Tchinza est bien décidée  à se rendre à Zanzibar pour tenter de retrouver sa mère... Grâce à l'aide de Damian, David, Kounzi et son petit esclave et ami Moutiti, elle va découvrir l'île magnifique, devenue le repère des marchands d'esclaves. David  essaie d'abord d'obtenir l'aide de l'ambassade d'Angleterre qui accepte de les cacher...
 
Mais Tchinza ne peut rester enfermée plus longtemps : elle désobéit à David et réussit à sortir de l'ambassade par une porte non gardée. Puis elle se rend au marché aux esclaves, espérant en apprendre davantage sur sa mère... Mais on  la prend pour une esclave en fuite. Enfermée et attachée au fond d'un cachot, elle va partager pour quelques heures la vie des esclaves et leurs souffrances, espérant que ses amis viennent rapidement la sauver...
 
Au fond du cachot, une vieille esclave que personne ne veut acheter, passe son temps à graver dans sa mémoire les noms des femmes de passage. Elle lui apprend que sa mère a été enfermée là quelques semaines auparavant...et qu'elle a tenté de s'enfuir. Qu'est-elle devenue ? Est-elle morte comme le soutient la vieille femme. Tchinza ne peut y croire. Elle sait dans son coeur que sa mère est vivante... Elle ne va pas tarder à découvrir qu'en effet sa mère est bien en vie et qu'elle a même été achetée par le sultan.
 
Comment Tchinza peut-elle entrer chez  le sultan qui retient Nehanda prisonnière parmi les mille femmes de son harem ? En devenant elle-même une esclave ! Elle va découvrir que Salmé, la sultane, elle même prisonnière choyée du harem, ne désire que leur venir en aide.
 
Toutes trois vont réussir finalement à s'enfuir...mais Nehanda n'est plus la même. 
 
Pourra-t-elle encore régner sur le pays Shona ?
 
Que d'aventure et de rebondissements...et de décisions importantes à prendre pour Tchinza !
 
Le lecteur est heureux de retrouver sa courageuse héroïne et ses amis. Ce tome permet de mieux comprendre la culture arabe du XIX° siècle, de voyager à travers l'Afrique et de vivre au temps du sultanat et de l'esclavage.
 
 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 13:01

 

Depuis la mort de sa mère qui était servante au château, Marie a été recueillie par le baron et la baronne de Rochecourt. Elle a eu la chance de partager l'éducation des enfants de la famille. Elle sait donc lire et écrire.

Sa passion secrète, c'est le théâtre. Elle écrit d'ailleurs une petite pièce en 5 actes où elle décrit avec humour sa vie quotidienne.

Aussi lorsque Monsieur le Baron annonce la venue de Pierre Corneille, elle ne tient plus en place : elle va pouvoir rencontrer cet homme de lettre qu'elle admire tant !

 

Malheureusement,  elle doit rester en retrait pendant toute sa visite, le baron comptant mettre en avant ses propres enfants et en particulier, Thomas le fils aîné.

 

Mais la chance est décidément du côté de Marie...

Bien que simple servante et fille de surcroît, ses écrits vont être découverts et son talent d'écriture reconnu.

 

Ce petit roman facile à lire, à l'histoire somme toute assez banale, présente un intérêt à l'école et au collège.

 

Il peut, avec les plus grands, permettre de développer le thème de l'accès à l'écriture et de l'instruction des femmes au XVIIe siècle. Il permettra aussi de mieux connaître ce siècle et la vie quotidienne chez les gens aisés mais aussi de mieux comprendre les différences de classes sociales.

 

Enfin Marie aime tant les mots que ce plaisir ne demande qu'à être partagé... en alexandrins ! De nombreux enseignants de lettres pourront proposer à leurs élèves de décrire leur vie quotidienne à la manière de...Marie !

 

L'alternance du récit des événements quotidiens et des scènes écrites par Marie donne au roman toute son originalité.

 

C'est un roman qui fait partie de la Sélection de l'Éducation nationale (4e)  mais ne manquera pas de plaire aux pré-ados à partir de 10-11 ans. Ces derniers trouveront certains mots compliqués mais il y a heureusement un lexique à la fin !

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 18:12

 

Paru en 1987, ce roman fascinant a reçu le "Grand prix des lectrices de Elle" en 1988...

J'ai profité des vacances pour faire une relecture de ce superbe roman à la fois biographie, roman et documentaire historique et sociologique.

 

 

 

Ce roman est parue depuis le début de l'année 2013 en version abrégée et en deux volumes pour les ados à partir de 12 ans.

 

 

 

L'histoire

 

Selma Raouf Bey, née en 1911, est la dernière princesse Ottomane. En effet, c'est, par sa mère, la petite fille du sultan Mourad V. Elle aurait pu être sultane...mais l'Histoire en a décidé autrement.

 

Quand le récit débute, Selma vit à Istambul, avec ses parents, Hatidjé sultane et Haïri Raouf Bey, et son frère, Haïri (il a reçu par tradition le même prénom que son père).  Selma est une enfant vive et rieuse,  avide de tout comprendre, joueuse et pleine d'imagination. Elle se laisse facilement emporter par ses jeux et oublie alors convenance et tradition. Mais cette petite fille au caractère bien trempé cache beaucoup de sensibilité et un manque total de confiance en elle.

 

Malgré son enfance dorée dans les palais turcs, elle se révolte contre la misère et rêve de voyager surtout vers l'Europe car elle admire tout dans l'occident : les vêtements, les bijoux, les coutumes, la liberté des femmes.

 

Elle est également en adoration devant sa mère qu'elle trouve parfaite et qui est très belle...Selma aime aussi d'un amour sans bornes son père. Mais souvent elle se sent seule, mal aimée et aimerait qu'on s'occupe d'elle davantage et que ses parents lui montrent plus  d'affection...mais les épanchements ne sont pas tolérés à la cour.

 

A la fin de la première guerre mondiale, les puissances européennes détrônent le dernier sultan : le sultanat est définitivement aboli. Le général Mustafa Kemal (Atatürk) prend le pouvoir...et condamne la famille ottomane à un douloureux exil.

 

Hatidjé sultane est obligée de  partir au Liban (persuadée que son peuple va la rappeler). Mais l'univers de Selma s'écroule quand elle comprend que son père ne se joindra pas à eux. En effet les maris des sultanes (les cadines) ne sont pas obligés de les suivre. Selma, le coeur brisé, sans nouvelle de celui qui, croit-elle, les a abandonné, va être obligée de s'adapter à l'école, où elle découvre le racisme, la violence et l'isolement, mais aussi l'amitié. Elle n'a que 7 ans.

 

Devenue adolescente, dans la Beyrouth libre qui est alors sous mandat français, elle trouve un peu de joie à sortir du cocon familial trop étouffant et tombe amoureuse mais, déçue, elle finit par accepter d'épouser  Amir, le radjah de Badalpour, qu'elle ne connaît pas.

 

Elle part donc pour les Indes et quitte sa mère...pour s'installer à Lucknow. Là-bas, elle va aller de surprise en surprise car la vie est si différente  de la  Turquie et encore plus du Liban. Malgré le faste retrouvé, son prince indien n'est pas du tout à la hauteur de ses attentes. Les traditions sont encore plus présentes et étouffantes dans ces familles musulmanes indiennes.  Selma a du mal à s'intégrer à la famille, à communiquer et à être comprise, même par ses servantes. Elle trouve cependant un apaisement à s'occuper des autres mais là encore elle reste pour tous "l'étrangère".

 

Enfin, les événements l'obligent à quitter les Indes : l'empire britannique vit ses derniers jours et la violence entre groupes indépendantistes hindous et musulmans est partout. Elle demande à Amir d'aller accoucher, pour sa sécurité et celle de l'enfant  à Paris. Amir accepte mais, ce qu'Amir ne sait pas, c'est qu'elle ne reviendra jamais.

 

A Paris l'attendent la liberté, l'amour mais aussi la guerre...et,  surtout son tragique destin.

 

Ce que j'en pense

 

L'auteur de ce roman est la propre fille de Selma, journaliste et écrivaine connue en Europe, née à Paris en 1940. Elle raconte sa vie à elle dans la suite du roman intitulé "Les jardins de Badalpour" que je n'ai pas encore lu.  Elle a vécu dans un orphelinat avant de retrouver, à 20 ans, son père. Découvrant qui elle était, elle a cherché à retrouver ses racines et c'est alors qu'elle a voulu reconstruire la vie de sa mère, la petite princesse turque...

 

C'est un roman très émouvant qu'on a du mal à lâcher tant il est prenant. Les personnages sont chacun, pour des raisons très différentes, très attachants...Les détails sociologiques ou politiques sont faciles à comprendre. Et malgré le nombre de pages, il n'y a pas de longueur, l'histoire alternant les moments heureux et malheureux sans tomber dans le pathos, les descriptions des paysages, des personnages, des lieux, des événements historiques...

 

Parmi les personnages du roman on retiendra Selma, bien sûr, même si on sait que l'auteur a reconstitué son histoire. C'est une femme très volontaire prête à se battre contre les injustices et la cause des femmes. Le lecteur est de tout coeur avec elle et ne peut que comprendre qu'après avoir vécu une enfance dorée à la cour ottomane en Turquie et une adolescence quasi "libre" au Liban, elle ait refusé de porter le voile, de se soumettre aux traditions musulmanes, puis qu'elle ait voulu retrouver sa liberté en quittant les Indes pour Paris. On ne peut qu'être touchée par son tragique destin et on reste là avec l'impression d'un terrible gâchis.

 

Zeynel, l'eunuque fidèle et protecteur qui rêve d'être son père car il a toujours adoré Hatidjé sultane...nous en apprend davantage sur la vie des eunuques et leurs immenses pouvoirs dans la société ottomane de l'époque.

 

Hatidjé sultane, est ce que l'on pourrait appeler, une maîtresse femme. Sa témérité est tout à fait respectable. Elle a du mal à accepter la fin de l'empire après s'être battue avec courage et volonté  pour le conserver, mais aussi pour aimer et comprendre son peuple.  Elle éduque ses enfants avec sévérité et selon les traditions de l'empire. Mais elle les aime aussi énormément car elle fait tout pour eux et leur bonheur, même si  elle ne doit pas le montrer...

 

La vie des femmes dans le harem est superbement décrite. Le lecteur imagine sans problème l'ambiance : les odeurs, les couleurs, les rires mais aussi les passions qui s'y déchainent  et ne peut qu'être fasciné par le pouvoir incroyable de ces femmes qui semblent prisonnières mais qui, en cachette, gèrent tout avec patience et détermination.

 

A lire absolument !

 

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 05:53

André habite avec ses frères et soeurs, et son père, dans un petit village du Massif Central,  bien tranquille en apparence, situé en pleine montagne sur le plateau, où tous les habitants, des fermiers pour la plupart, sont pauvres.

Le climat est rude et il faut travailler dur 3 mois durant pour pouvoir vivre toute une année. Tous, même les enfants, savent ce qui se passe dans l'ombre des maisons : les habitants cachent des "anciens testaments" c'est-à-dire des juifs qui fuient les nazis. Ils arrivent par le train, débarquent chez M. Perrin, le pasteur, et se retrouvent logés dans les fermes isolés des alentours. On leur donne de faux papiers. Les enfants vont à l'école. En cas de danger tous le village s'organise et les cache...en silence. On est en 1942, en zone libre.

 

André est à la gare avec son frère lorsqu'il voit débarquer sur la quai une magnifique jeune fille à la chevelure rousse. Il tombe immédiatement sous son charme. Il faut dire qu'à 14 ans, les distractions sont rares dans les montagnes. Quelques fêtes viennent rythmer l'année suite aux travaux d'été ou durant le long hiver.

Pour elle, surnommée Simone, mais qu'il va baptiser en secret Rebecca (car il a vu un R brodé sur son mouchoir), il va décider d'entrer dans la Résistance. Il connaît bien le plateau ; il sait où se cacher ; il court rapidement et peut servir de messager en cas de danger... En cachette de son père et de son frère il s'engage peu.

Pour elle, avec qui il se lie d'amitié, pour la voir sourire, maintenant qu'il connaît son histoire, il déplacerait les montagnes ! Il est amoureux...mais la guerre va décider de leur destin à tous deux, surtout lorsque les "boches" gagnent la zone libre et s'installent au village pour se refaire une santé dans les montagnes...

 

L'histoire débute avec André, âgé alors de 77 ans. Il se rend à la commémoration organisé dans son village pour rendre hommage à la communauté protestante du plateau qui a aidée les juifs à fuir les persécutions nazis en les cachant et a ainsi sauvé des centaines d'adultes, d'adolescents et d'enfants souvent déjà orphelins. Ils ont évité la déportation et on pu gagner d'autres pays pour y vivre en attendant la fin de la guerre.

L'auteur raconte ce qui s'est réellement passé dans le village de Chambon-sur-Lignon durant la deuxième guerre mondiale.  Tous les habitants du village se sont opposés au nazisme en souvenir du temps où eux-même était persécutés en tant que protestants.  Les descriptions  s'appuient sur les propres souvenirs familiaux de l'auteur...sa famille étant originaire du plateau. Seule l'histoire d'amour est inventée mais elle aurait pu exister...

 

C'est un roman qui permettra aux ados d'aujourd'hui, pour qui la guerre et la déportation sont très éloignés de leurs préoccupations quotidiennes, de se pencher sur les ressources humaines mises en oeuvre par les hommes pour sauver des vies. Car ce n'est pas la guerre qui est  le centre du roman mais bien l'humanité, le courage, la solidarité et l'amour, et ce bien au delà des croyances religieuses.

A lire à partir de 12 ans.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 16:56

dame-blanche.jpg

 

Une fin, digne des deux tomes précédents !! Une série vraiment agréable à lire.

 

Joeffrey a du partir vers ses terres, abandonnant Ysée à Semur. Imprudemment elle décide de s'amuser et participe à la course des chausses. Mais voilà qu'elle croise ses ennemis, les Coquillards. Elle n'a qu'une solution celle de s'enfuir. Comment prévenir son maître de la direction qu'elle a prise puisqu'ils n'ont pas prévu de solution de replis ?

Elle veut pourtant à tout prix retrouver Joffrey. Elle va donc cacher un message codé pour lui fixer un autre rendez-vous.

Pour se reposer et cesser d'errer dans le brouillard au risque de se perdre, elle s'arrête dans une auberge. Là elle surprend un complot... contre le roi ?! Affolé, elle n'a que le temps de regarder celui qui parle et croit reconnaître le regard noir de son père... ce regard qui apparaît dans les terribles cauchemars qu'elle fait depuis qu'elle est toute petite. Il se fait appeler "Monce" croit-elle entendre...La voilà obligée de filer à nouveau mais les hommes la poursuivent. Ils ont repéré les chausses claires de Pénitence...

Elle va sauver sa peau sans le savoir en se faisant embauchée comme menestrel chez un drapier.

 

En attendant le retour de Joffrey, Ysée a l'idée d'organiser un pas d'armes, qui lui permettrait de laver son honneur en une seule fois. Ils se retrouvent enfin pour le préparer et doivent choisir ensemble le thème du pas qui sera théâtralisé. Le défi sera de libérer la "Dame blanche" qu'Ysée "déguisée en fille" va incarner.

Le pas est un succès immense. Tous les seigneurs du royaume s'y précipite et Joffrey en sort victorieux...

Mais Ysée n'est pas encore au bout de ses surprises : Blanche la fiancée de Joffrey est dans les tribunes ; Ysée comprend que celui qu'elle considère comme son père est en réalité le dauphin Louis, futur Louis XI et qu'il voyage sous une fausse identité car il est en danger (son propre père veut sa perte). Il promet cependant à Ysée de la libérer de son couvent...Mais que fera-t-elle de cette liberté si elle n'annonce pas à Joffrey qu'elle est une fille et qu'elle l'aime éperdument !!

Mais ce qu'elle ne sait pas c'est que Joeffrey le sait...depuis longtemps ! Et ce qu'il manigance en secret va êtrre une surprise de taille...pour elle !

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 16:50

les-diamants-bleus.jpg

 

Les brigands les ont surpris sur la route alors qu'ils s'enfuyaient du couvent. Heureusement, Ysée a revêtu les habits de son jeune frère Odet ! Avec ses cheveux courts on la prend pour un véritable garçon et elle décide de se faire appeler Ysengrin.  Mais voilà que pour sauver sa peau et celle de son frère, elle a proposé aux brigands d'entrer dans leur bande...comme crocheteuse !

Ils l'ont "pris au mot" et l'emmènent sous les yeux ébahis d'Odet. Heureusement ils ignorent qu'elle est une fille et il s'avère qu'elle est habile crocheteuse. Tous les brigands (ou presque) l'acceptent dans la bande sans se méfier. De plus, pour éviter la violence, elle devient leur ménestrel attitré : elle attire les gens dehors pendant que les brigands s'introduisent dans les auberges (ainsi il n'y a plus de morts ou de blessés). Elle sauve aussi un cheval de l'incendie qu'elle nomme Pénitence et qu'elle garde pour elle. Mais pour Ysée c'est dur de courir les chemins, de voir la violence des brigands prêts à tuer pour effacer leurs traces. Elle ne pense qu'à fuir et petit à petit, elle élabore un plan pour ...

Grâce à ses frères qui veulent la secourir, elle réussit à faire croire à son propre enlèvement. Mais voilà que sa route croise celle de Joeffrey qui intervient pour la (le) sauver !

Et elle poursuit sa route, sous son apparence de garçon, au service de celui qu'elle aime en secret. Elle sera son fidèle ménestrel, palefrenier et non-écuyer !
Les voilà tous deux sur les routes du nord où Joffrey doit rejoindre son père.
Mais les routes sont semées d'embûches de toutes sortes et c
'est l'aventure et le danger qui les attend en chemin...

 

Encore un tome riche en péripéties. Même s'il y a quelques invraissemblances, des rencontres inévitables pour l'histoire, et que le lecteur peut prévoir, l'intrigue est là et le lecteur se régale. L'auteur sait aussi ménager ses surprises...

L'écriture est simple mais les éléments historiques et littéraires bien présents ce qui enrichit le texte.

C'est donc un roman très accessible qui peut être lu dès 11 ans et qui pourra être exploité pleinement l'année de 5° (le Moyen âge est au programme) par les enseignants d'histoire et de français.

Les filles adorent ! Elles s'identifient à l'héroïne...

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 16:09

yséeL'histoire

 

Ysée est heureuse dans sa famille adoptive. Abandonnée à la naissance, elle a été confiée au couvent puis les soeurs l'ont mise en nourrice chez Perrenote, déjà mère de 5 garçons. Ysée aime courir la campagne avec ses frères comme un vrai garçon manqué.  Elle ne sait rien de ses origines et rêve à ce que sera son avenir : elle sera guérisseuse comme sa mère ou bien guerrière, ou peut-être soigneuse d'animaux ! 
Mais alors qu'elle n'a que 12 ans, le destin en décide tout autrement :  le maire de Châtillon, un homme beaucoup plus âgé qu'elle, se met en tête de la demander en mariage. Veuf, il gère avec entrain les affaires de ce duché de Bourgogne mais rêve d'avoir de nombreux enfants que sa première femme ne lui a pas donné. Elle refuse... mais en 1453, l'avis d'une jeune fille ne compte pas. En l'abscence de ses parents ce sont ses  tutrices qui doivent donner leur accord. Et les tutrices en question sont les soeurs du couvent de Douix. De plus Perrenote leur a fait croire qu'Ysée était morte...Elles acceptent le mariage en échange d'un petit bois attenant au couvent.

Malgré le secours de ses frères, qui s'opposent ouvertement au maire lors des élections, Ysée ne pourra pas empêcher que le malheur s'abatte sur sa famille adoptive. Sa mère, guérisseuse, va être accusée de sorcellerie, ses frères vont perdre un à un leur travail... Qui menace ainsi son bonheur et sa famille ? Que peut-elle faire pour tout arranger à part... entrer au couvent ?

Mais c'est oublier qu'Ysée depuis qu'elle est toute petite a horreur d'être enfermée et qu'elle sait aussi profiter avec ruse de toutes les situations.

Chut... je ne vous dirai pas pourquoi ?

 

Ce que j'en pense :

 

Une série prometteuse...un tome 1 excellent qui se lit d'une seule traite. Il y a de l'amour, de l'aventure, de l'imprévu et du suspense.

Ysée, notre héroïne est très attachante : fougeuse, elle se révolte contre les traditions et les mensonges et veut être libre.

Le lecteur entre dans le Moyen âge sans s'en apercevoir. Il découvre l'emprise de l'Église, la vie de la cité, le rôle de la noblesse...

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 14:24

marainne de guerre

 

 

Etienne, jeune poilu de 22 ans est parti à la guerre depuis 2 ans. Comme beaucoup de jeunes soldats, il a dû quitter sa famille (sa tante qui l'a élevé) et sa région (l'auvergne) pour rejoindre Verdun, puis l'Alsace où il doit se battre dur face aux allemands.  Il reçoit des lettres et des colis de sa "marraine", une inconnue qui s'est portée volontaire pour le soutenir  comme beaucoup d'autres jeunes femmes l'ont fait pendant la Grande Guerre.  

Qui est-elle ? De penser à elle, Etienne garde le moral et l'envie de se battre pour vivre même s'il ne sait pas toujours pourquoi il est là, ni à quoi sert cette guerre, ni pourquoi il doit tuer des jeunes de son âge simplement parce qu'ils vivent de l'autre côté des barbelés. Il en a assez de voir mourir ses compagnons, de vivre dans la boue, la saleté et le froid, et de manger n'importe quoi...Il en a assez d'avoir peur.

Lors d'une permission, il décide de se rendre à St-Etienne et de rejoindre le petit village de sa "marraine" pour essayer de la rencontrer... Il redoute pourtant  de lever le voile sur elle et ses mystères !

 

Un bon petit roman de 90 pages sur la guerre. Il décrit bien l'état d'esprit de ces poilus prêts à mourir pour la patrie. Il décrit dans les détails la vie quotidienne dans les tranchées. Il montre bien que l'espoir de jours meilleurs a pu aider les soldats à surmonter de terribles épreuves. Il ne cache rien de la guerre, ni de la peur ou de la mort, même si on voit bien que volontairement l'auteur a voulu qu'Etienne survive à ses blessures. Le lecteur ne sait pas si le médecin sauvera sa jambe mais au fond, cela n'a plus d'importance du moment que la vie est là. On ne sait pas non plus si Etienne fera partie de ses milliers de poilus qui n'ont jamais plus été comme avant et n'ont pas réussi à être heureux...et à oublier cette "boucherie" une fois rentré chez eux.

 

Ce roman facile à lire, étayé de lettres et écrit au présent, pourra  être lu par des ados faibles lecteurs et faire partie d'une bibliographie sur la Première Guerre Mondiale. Il peut être aussi une bonne introduction pour les bons lecteurs pour entrer dans la lecture de romans historiques sur ce thème.

 

A lire dès la quatrième.

 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 15:43

shan-sa-la-cithare-nue.jpg

 

 

L'histoire :

 

Le roman nous conte la vie quotidienne de deux personnages ayant en commun, l'amour de la cithare, un art traditionnel de la civilisation chinoise. Ils vivent séparés dans le temps (de près de 200 ans) mais vont être réunis par cet instrument...et vivre une histoire d'amour impossible.

 

Celle que nous appelerons la "Jeune Mère" tout au long du roman, met au monde une petite fille dans des conditions inhumaines en pleine tuerie. On est en l'an 400. La Chine se déchire. Le nord et le Sud se combattent. Les dynasties se succèdent...

La jeune mère est pourtant l' héritière des Hautes Portes, un illustre clan de la plaine du Milieu. Elle joue divinement bien de la cithare car elle a de plus hérité de l'instrument de la grande poétesse Cai Yan.

Un jour alors qu'elle est sur le point de se marier, elle est enlevée par Liu, un capitaine de guerre qui l'emmène avec elle sur les champs de bataille et la retient prisonnière. C'est lui le père ! 

Malgré ses origines de paysan pauvre, son ambition le pousse vers le pouvoir et il gravit rapidement les échelons. Il deviendra capitaine puis gouverneur et enfin empereur de la dynastie Song. Elle l'attend car il est souvent absent parfois plusieurs années. Il lui donnera enfin un fils.

Les luttes pour le pouvoir sont éloignées de toute morale et semblent ne jamais finir...Elle ferme les yeux, ne veut pas savoir, s'interroge quand même ...

En attendant, cloitrée dans sa belle demeure, elle s'occupe de ses deux enfants et elle peint des tableaux superbes d'une poésie extraodinaire ou bien, elle joue de la cithare...

L'arrivée de la première femme va lui ouvrir les yeux...Mais c'est déjà trop tard.

Son époux ne tiendra aucun compte de ses sentiments et se servira de ses enfants comme monnaie d'échange...pour son pouvoir. Elle ne pourra rien faire même si pour la première fois de sa vie, elle se rebelle.

La fin de la jeune mère est terrible. Devenue veuve, mais déclarée morte, ayant perdu son fils, elle finira sa vie dans le  monastère de la Grande Compassion, celui où sa fille s'est retirée,  sans pour autant réussir à se rapprocher d'elle...Quel destin de femme !

 

Près de deux siècles plus tard, on est en l'an 581. Shen Feng est un apprenti luthier timide et pauvre. Enfant, alors qu'il pleurait sur le cadavre d'une femme, peut-être sa mère, il a été recueilli  par son maître qui lui a tout appris de son art. Mais l'art et la musique ne sont plus en vogue et les commandes de cithares se  font rares. En ville, un célèbre antiquaire lui propose de devenir riche en fabriquant une fausse cithare qui serait aussi belle que celle de la poétesse Cai Yan, au point d'être vendue comme telle. Pour cela il lui faut un bois très spécial. Tout d'abord, il refuse.

Puis lorsqu'il découvre que son ami Shu Bao a besoin d'argent pour s'enfuir avec sa compagne, une nonne qui attend un enfant de lui...il change d'avis et décide de l'aider. Tous deux vont alors profaner un tombeau près du monastère de la Grande Compassion...

Dérangés après une nuit de labeur passée à creuser, ils ramèneront pour tout trèsor,  le couvercle d'un sarcophage, bois précieux qui peut servir à fabriquer une cithare mais ne permet pas de gagner de l'argent dans l'immédiat...

Peu de temps après, Shu Bao et sa compagne sont arrêtés. Le vieux maître décide de retourner dans le nord pour mourir chez lui. Shen Feng, triste et solitaire décide alors de commencer à travailler le bois. Il réveille le fantôme de l' impératrice, si belle, qu'il en tombe amoureux bien qu'il soit seul à la voir. Mais il  est recherché,  il doit s'enfuir et tout  quitter...

 

Ce que j'en pense :

 

Le lecteur est sous le charme de la musique, du faste de la cour impériale ou de la cité interdite. Il se perd dans les personnages ou dans les lieux et parfois dans le temps...mais ne s'ennuie jamais !

La cithare est le lien entre tous les personnages. Elle adoucit les guerriers, réunit les coeurs et les membres de la famille. Elle traverse les temps puisque nous la retrouvons dans le dernier chapitre, dans le monde moderne.

Les personnages sont attachants comme toujours dans les romans de Shan Sa, et les femmes d'une touchante fragilité, savent être fortes et déterminées.

Le roman est un méli mélo de fantastique, de croyances et de légendes...

C'est un roman plein de poésie où la musique et la beauté, véritables sources d'harmonie,  tiennent la première place et aident les hommes à faire face aux aléas de leur existence.

A lire absolument pour ceux qui aiment les romans sur la Chine !

 

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 14:30

Auteur = Frédéric Lenormand alias Loredan

 la-nuit-de-san-marco.jpg

 

 

Revenue au couvent, Léonora ne va pas y rester bien longtemps...

Voilà encore une fois notre héroïne, Léonora, obligée de mener l'enquête au coeur de la Sérénissime...Mais cette fois elle emmène sa meilleure amie Cornélia avec elle à Venise.

 

 

L'histoire

Un noble est mystérieusement poignardé en pleine séance du Grand Conseil au Palais des Doges.

Mille cinq cents nobles étaient présents mais bien sûr personne n'a rien vu...

Le seul indice, un poème (horrible) parlant de la mer, écrit par un ancien doge enterré depuis 10 ans, est retrouvé sur la victime. 

D'autres meurtres vont suivre...

Bien sûr le scandale doit être étouffé et l'inquisiteur rouge Saverio Barbaran charge Léonora de mener l'enquête. La discrétion est de mise !

La voilà obligée de s'habiller en femme du peuple, de fréquenter une diseuse de bonne aventure, de s'afficher avec des voyous, de sauter sur les toits à la poursuite d'un bandit, bref, de s'attirer de nombreux ennuis comme par exemple  se faire enfermer dans la prison des Plombs pour visiter le palais de nuit et découvrir le terrible secret que renferme ses sous-sols...

 

Mais était-ce bien utile qu'elle décide d'épouser un malfrat pour permettre à Cornélia d'épouser celui qu'elle aime ??

 A vous de voir en lisant ce polar toujours aussi distrayant que le tome 1 !

 

Ce que j'en pense

 

Léonora est toujours un personnage aussi attachant, intrépide, courageuse, en avance sur son temps, elle défie toutes les convenances et elle est prête à tout pour échapper à l'emprise de ses parents qui veulent lui trouver un mari à tous prix !  Bien sûr, elle seule est capable d'élucider une affaire aussi complexe et elle découvrira sans problème le coupable du meurtre...

 

Le style est toujours aussi vivant et romantique. Le roman est  bourré d'anecdotes amusantes et de descriptions des lieux magiques de Venise...

 

Bref ce polar se lit d'une traite et permet un bon moment de détente intelligente car le lecteur y apprend plein de choses sur l'histoire de la République de Venise, ses forces mais aussi ses faiblesses, sur les fêtes et les traditions, sur les valeurs qui étaient celles de la noblesse du XVIII°.

 

Remarque : Il n'est pas nécessaire d'avoir lu le premier tome pour comprendre le second.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 18:26

Auteur = Frédéric Lenormand alias Loredan (pseudonyme d'un célèbre patricien vénitien !).

 

leonora-agent-du-doge.jpg

 

En 1762, Venise, la Cité des Doges, est à l'apogée de sa splendeur.
Léonora Agnela Immacolata, surnommée Pucci, jeune orpheline élevée dans un couvent d'ursulines à Vicence apprend que sa mère la fait demander dans la cité. Elle quitte ses amies, dont Cornélia sa préférée, et les religieuses, pour Venise où elle n'est jamais allée.
Reçue plutôt froidement par sa nouvelle famille, elle est supposée être la fille illégitime de Dalla Frascada, un riche noble de Venise dont elle ignorait l'existence jusqu'à présent.
Elle comprend que si on la fait revenir du couvent si vite, c'est pour servir les intérêts de son père qui désire la marier rapidement à un des six fils d'une riche famille.
Mais son père est jeté en prison dans la célèbre prison des Plombs au dessus du Palais des Doges d'où seul, le célèbre Casanova a pu s'échapper !  
Pour sauver ce père qu'elle ne connaissait pas quelques temps avant (mais est-il vraiment son père ??), la jeune fille va s'efforcer de démêler les fils d'une intrigue machiavélique...
Pour cela elle devra comprendre les conventions et valeurs morales des vénitiens qui ne sont pas toujours en rapport avec celles de l'orphelinat où elle a été élevée !!
Mais, comme elle ne manque pas de caractère, elle va savoir s'entourer de qui il faut pour arriver à ses fins...
Faire libérer son père en prouvant son innocence, en apprendre plus sur sa naissance et surtout ne pas se marier !
 
Le lecteur se régale d'un bon polar : meurtres, jalousie, complots sont au rendez-vous...
En même temps, il visite Venise, découvre sa vie quotidienne, ses palais, ses fêtes et même l'élection du Doge. Il entre dans les salons de la noblesse et découvre les tricheries et manigances amoureuses...
Bref, le lecteur apprend beaucoup de détails sur la vie à Venise au XVIII° siècle.
 
Une série policière très romanesque et très plaisante à lire, doublée d'une intrigue passionnante !
A lire pour un bon moment de détente et pour entrer dans la magie de la Sérénissime
 
 

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 06:10

rachel.jpgA Paris en 1830 ce n'est pas facile de vivre dans une famille nombreuse, et pauvre de colporteur (marchand ambulant). Il faut faire l'aumône dans la rue ou vendre des babioles. Mais Elisa survit car au fond d'elle même elle ne doute pas qu'elle aura un avenir meilleur.

Dès sa plus tendre enfance elle aime les mots, réciter des fables, des poèmes ou des extraits de théâtre pendant que sa soeur chante dans la rue.

Un jour elle et sa soeur, sont  remarquées par un "monsieur", un certain Alexandre Choron, qui est professeur d'art dramatique, musicien et pédagogue. Il décide de les prendre sous son aile protectrice, de leur apprendre à lire et à écrire, de les éduquer à la vie en société et pendant deux ans, il va peu à peu les former dans son école d'artistes. Petit à petit, aidée tour à tour par ceux qui croient en elle comme Saint-Aulaire, puis par Samson, et par Ancelin, qui s'éprend de la jeune fille, elle va montrer à tous ce dont elle est capable. Elle, la petite juive noiraude et maigrichonne n'aura de cesse de travailler jusqu'à ce qu'elle monte au plus haut c'est-à-dire à la Comédie française !

Le théâtre sera sa vie. Elle deviendra Rachel, la comédienne connue de tous, capable de tous les émouvoir... une grande tragédienne, la plus grande de son temps !

 

L'auteur se propose de retracer la vie de la grande comédienne non pas au temps de sa gloire ni de sa vie d'adulte mais durant son enfance et son adolescence, au moment où elle est le plus vulnérable et émouvante.

Le récit romancé est très simple. Il est entrecoupé (en italique) de remarques et de souvenirs de Rachel qui alors malade et atteinte de tuberculose, se repose dans le midi au soleil (ce que l'on sait en lisant le prologue).

Il nous fait découvrir le théâtre et la condition des artistes de l'époque.

La vie de cette comédienne hors pair ne pourra que toucher et émouvoir les adolescentes qui aiment les histoires vraies.

 

Un peu d'histoire :

 

rachel2.jpg

 

Elisabeth Félix a réellement existé. Les grands évènements de son enfance et de son adolescence sont retracés dans ce roman. Lorsqu'elle entre à la Comédie française, son premier rôle dans "Camille" (de Racine) lui assure le succès. Grâce à elle, les tragédies sont remises au goût du jour et le théâtre fait salle comble ! A 20 ans, elle devient sociétaire du Théâtre Francais (la Comédie Française) et gagne le salaire le plus important de toute la profession.

Elle fera des tournées dans tous les pays d'Europe et jusqu'en Russie. Elle traversera l'Atlantique pour une tournée en Amérique qu'elle devra pourtant interrompre car la fatigue des voyages de l'époque aggrave sa maladie.

 

Elle fut la tragédienne favorite de Victor Hugo.

Sa vie privée est très agitée. Elle multiplie les conquêtes et les amants.

Elle eut deux fils hors mariage issus de ses liaisons avec des nobles dont un est le petit-fils de Napoléon. Elle les élèvera, par respect pour leur père, dans la religion catholique. Mais elle, malgré les multiples pressions dont elle a fait l'objet, n'a jamais renié ni sa religion, ni ses ancêtres.

 

A sa mort, près de 40 000 personnes assistèrent à ses obsèques tous d'origine différentes : artistes ou comédiens, hommes du monde, ouvriers, juifs et non-juifs, elle les a tous réunis ! 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 14:24

la reine des cipayes

C'est un roman historique fascinant, inspiré d'évènements réels qui retrace l'histoire extraordinaire d'une princesse indienne au destin hors du commun.

 

L'auteure, philosophe et romancière nous donne là un véritable chef d'oeuvre !

 

Moi qui n'aime pas particulièrement les romans historiques mais qui adore lire les destins de femme peu communs, j'ai été littéralement happée par la lecture de ce roman que j'ai lu de bout en bout sans m'arrêter. Il est difficile en effet  de le quitter avant la dernière page.

 

Depuis j'ai revisité l'histoire de l'Inde pour constater que par le roman on en apprend souvent "plus" que dans les livres d'histoire...

 

Elevée par un père veuf au milieu de garçons,  Lakshmi Baï, que ses proches appellent Chabili ("la chérie"), n'est pas comme les autres filles : elle n'a peur de rien, joue avec des garçons, apprend à manier l'épée et est prête à faire voler en éclat la tradition pour devenir une jeune femme libre...

Elle, dont le destin tout tracé par les astrologues, est de devenir reine, devient  veuve à 30 ans, et  deviendra guerrière pour sauver sa cité lors de la révolte des Cipayes.

 

L'auteure nous plonge en plein XIX° siècle, lorsque les Cipayes firent la guerre à leurs maîtres blancs, les anglais de la Compagnie des Indes orientales ( "John Company"). Les Cipayes alors soldats indigènes  faisant partie de la compagnie se révoltent devant trop de brimades, d'exploitation et d'humiliations. 

A cette époque la Compagnie des Indes n'hésitait pas à détroner les rajas pour annexer leur Etat. Les administrateurs, dont certains ne cherchent pas à comprendre les coutumes locales, commettent de graves erreurs.

Ce qui déclanche la révolte est simplement lié à un interdit alimentaire incompris. En effet le bruit court que  les nouveaux fusils vont être alimentés de cartouches contenant de la graisse de porc (interdit aux musulmans)  et/ ou  de boeuf (animal sacré en Inde), impossible pour les soldats de porter à leurs  lèvres ces cartouches  sans devenir impurs. Or Il faut obligatoirement  les décapsuler avec les dents pour pouvoir les utiliser !

 En 1857, cinquante cipayes sont condamnés aux travaux forcés pour avoir refusé d'utiliser ces fusils ! Le lendemain, le régiment entier se mutine et les révoltés marchent sur Dehli, puis sur Lucknow. La répression est terrible, les prisonniers sont massacrés à coups de canons...

 

Au début opposée à la guerre et horrifiée par les massacres survenant des deux côtés, la reine de Jhansi, pour sauver son royaume, finit par prendre le commandement. Elle  devient le chef militaire des Cipayes.

 

Pendant deux ans, la guerre qui fut qualifiée depuis de première guerre d'indépendance de l'Inde, mit le pays à feu et à sang car les paysans rejoignent rapidement les soldats.

 

Cette révolte a fait trembler l'empire britannique car il était très implanté commercialement là-bas. Les évènements sont d'ailleurs largement commentés dans le roman  par deux correspondants de presse, Karl Marx et Friedrich Engels. 

 

Suite à cette révolte, même si la rebellion a fini par être écrasée, la Compagnie cesse de dominer les Indes et le pays devient officiellement une colonie de l'empire britannique.

 

Celle que les anglais appelaient "Jeanne d'arc"  mourut à cheval, habillée en garçons, une épée dans chaque main, en femme libre ! 

 

La reine des Cipayes est toujours vénérée en Inde et les enfants apprennent à l'école la chanson qui célèbre sa gloire, car elle est morte en héroïne...

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 16:06

balzac-et-la-petite-tailleuse-chinoise.jpg 

Au début de l’année 1971, Luo et le narrateur ont respectivement 18 et 17 ans lorsqu’ils sont envoyés au « Phénix du Ciel», une zone de montagne comprenant une vingtaine de villages, située près de Yong Jing, au bord du fleuve Ya,  pour y faire leur « rééducation ». Coupables d’être fils de dentiste et de médecin, ils sont condamnés  à se rendre dans les montagnes comme tous les jeunes intellectuels de l’époque.

En effet, depuis la fin de l’année 1968, le président Mao a changé profondément le pays en interdisant la lecture de livres autres que le petit livre rouge et les manuels scolaires (de propagande), en décidant de fermer les universités et d’envoyer à la campagne les jeunes intellectuels, tous issus de familles riches donc bourgeoises,  pour y être rééduqués par les paysans pauvres.

Isolés dans le village le plus haut perché de la région, les deux jeunes gens vivent dans une maison sur pilotis qui fut durant plusieurs années leur résidence et le témoin de leurs jeunes années.

Grâce à au petit réveil de Luo, possédant un coq qui bouge à chaque seconde, ils deviennent rapidement respectés par le chef du village qui tombe en adoration devant l’objet.

Cependant la vie quotidienne est rude : il leur faut supporter l’isolement, les saisons, la rusticité de leur vie, comprendre les réticences et les peurs des paysans devant l’inconnu (le roman débute sur l’épisode inénarrable du violon !), travailler dur et dans des conditions très difficiles (porter des seaux en bois sur le dos, contenant de l’ « engrais naturel » liquide, monter des pentes vertigineuses, extraire du charbon…), et tenir le coup moralement et physiquement. Heureusement il ya le violon anti déprime dont sait jouer le narrateur, les talents de conteur de Luo qui vont leur permettre d’avoir régulièrement deux jours de congés par mois pour se rendre à la ville visionner un des films en plein air, et revenir ensuite le raconter aux paysans, subjugués !

C’est lors d’une descente dans un village proche où, un de leur ami d’avant, le « binoclard », fils d’un écrivain et d’une poétesse, effectue sa rééducation,  que leur vie bascule (enfin celle de Luo et par ricochet celle du narrateur puisque Luo est son ami de toujours) : ils rencontrent sur leur chemin, le tailleur…et font quelques semaines plus tard, la connaissance de sa fille, une vraie princesse, la Petite Tailleuse. Elle commence par soigner Luo avec des plantes lors d’une terrible crise de paludisme, et les deux jeunes gens tombent amoureux.

C’est à cette période que les deux garçons découvrent que le « binoclard » cache une valise dans sa chambre. Persuadés que celle-ci contient des livres interdits, ils ne lui laisseront aucun répit, lui rendront moult services…jusqu’à ce que celui-ci cède et leur en prête un, un livre de Balzac !

La lecture du livre leur ouvre les yeux sur le monde extérieur, l’amour et ses plaisirs… Luo part au petit matin retrouver la petite tailleuse et découvre l’amour, le narrateur recopie des extraits du livre à l’intérieur de sa veste en peau pour ne pas oublier les mots, avant de rendre le livre comme promis…

Les deux jeunes gens deviennent obsédés par l’existence de cette valise et sont prêts à tout pour en connaître le contenu…Lorsqu’ils apprennent  la libération proche du « binoclard », ils en viennent même à monter tout un scénario pour la voler !

Sous leur torche électrique, ils découvrent tous les grands auteurs occidentaux !

Mais Luo ne sait pas encore que sa vie est en train de basculer et qu’il va vivre le plus grand malheur de toute son existence. Lui qui désire tant transformer la Petite tailleuse, va voir son rêve se réaliser…

Un roman envoûtant, indescriptible, dont la lecture m’avait captivé voilà déjà quelques années et que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire pendant mes vacances. Il a obtenu de nombreux prix littéraire. Par contre je n'ai jamais vu le film qui a été inspiré par ce roman. J'ai toujours peur d'être décue par l'image qui ne reflète pas forcément ma réalité.

Il peut être lu dès l’âge de 14 ans par les ados qui découvriront ainsi tout un pan de l’histoire de la Chine tout en suivant l’histoire de ces jeunes privés de tout sauf d’espoir…

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