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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:17
Gallimard, Folio/ 2014

Gallimard, Folio/ 2014

Plus d'une fois, au cours de ma vie, j'ai fait ce que je n'avais pas décidé, et ce que j'avais décidé, je ne l'ai pas fait...
Je ne veux pas dire que pensée et décision sont sans influence sur les actes. Mais les actes n'exécutent pas simplement ce qui a été préalablement pensé et décidé. Ils ont leur source propre et sont les miens de façon tout aussi autonome que ma pensée est ma pensée, et ma décision, ma décision.

Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant...

"Le liseur" est un roman complexe et dérangeant dans lequel on retrouve plusieurs thèmes. On peut le diviser en deux parties comme s'il s'agissait de deux histoires distinctes et pourtant elles sont étroitement liées comme vous le verrez par la suite.

 

L’histoire se passe dans l'Allemagne d'après-guerre...

Michaël Berg, le narrateur, est un tout jeune homme de 15 ans quand il tombe malade en se rendant au lycée. Alors qu'il est pris d'un malaise et de vomissements dans la rue, une jeune femme va l'aider à se rafraîchir et le raccompagner chez lui. Michaël a une jaunisse qui va l'exclure de la vie pendant de longs mois.

Une fois remis, des mois après donc, sa mère l'oblige à aller remercier la jeune femme, c'est Hanna. Elle est belle, elle a trente-cinq ans, et le jeune homme qui est hanté par son souvenir, va revenir plusieurs fois chez elle jusqu'à ce que tous deux entament une relation plus intime. Il devient son amant. L'apprentissage de la sexualité et de la sensualité avec cette femme si douce et tendre, mais mystérieuse, est pour lui une belle découverte qui marquera toute sa vie,  tant elle est forte au niveau de son ressenti et de l'idéalisation qu'il en fait, sans doute lié à son jeune âge et à leur vingt ans de différence.

Pendant six mois, il va revenir tous les jours chez elle et suivre tout un  rituel qu'elle lui a imposé, tout comme elle lui impose ses horaires de visite. Il va lui faire à sa demande, la lecture à haute voix, puis ensuite seulement, ils feront l'amour et ce scénario se répète à chacune de leur rencontre.  

Un jour Hanna quitte subitement la ville sans le prévenir.  Le jeune homme ne s'en remettra jamais et n'arrivera ni à l'oublier, ni à fonder une véritable relation avec une autre femme, ce qui sera le drame de sa vie... un drame accentué par la suite de l'histoire. 

 

Sept ans après alors que le narrateur fait un stage durant ses études de droit, il retrouve Hanna dans le box des accusés, parmi cinq criminelles toutes jugées pour avoir été gardiennes dans un camp de concentration. 

Accablées par ses codétenues, Hanna n'arrive pas à se défendre et écopera de la plus lourde peine : la détention à perpétuité.

Or Michaël le sait, certains chefs d'accusation ne tiennent pas, car Hanna cache un lourd secret, qu'il vient de découvrir comme une évidence pendant le procès : elle ne sait ni lire ni écrire et ne peut donc pas avoir rédiger le rapport qui est la pièce maîtresse de l'accusation.

Doit-il intervenir pour alléger sa peine ?

Lâchement, il n'en fera rien car il ne peut entacher sa future carrière en  dévoilant son attachement à Hanna.  Mais pour comprendre la réaction d'Hanna, qui a préféré se taire plutôt que de subir une honte publique, en dévoilant son illettrisme, ainsi que la sienne, Michaël se met à écrire leur histoire...

 

A la moindre menace, je capitulais aussitôt sans condition. J'acceptais tous les torts. J'avouais des fautes que je n'avais pas commises, reconnaissais des intentions que je n'avais jamais eues. Lorsqu'elle devenait froide et dure, je mendiais pour qu'elle redevienne gentille, qu'elle me pardonne, qu'elle m'aime. Parfois j'avais l'impression qu'elle souffrait elle-même de ses excès de froideur et de raideur...

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Hanna. Mais il était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre, j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque je le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre signifiait la trahir une fois de plus...

La première partie ne doit pas être occultée par la seconde, même si finalement elle nous révèle, la clé de ce qui va suivre, et c'est là toute la force de ce roman.  

L'auteur nous parle d'amour, d'un amour véritable et sincère,  auréolé certes de mystère, mystère qui sera éclairé par la seconde partie, mais qui explique l'attitude des différents personnages, l'apparente lâcheté de Michael, comme les silences d'Hanna, sa dureté occasionnelle et son incapacité à se défendre contre des accusations infondées. 

Le roman touche du doigt le problème de l'illettrisme et de la honte ressentie par ceux qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui les exclut du monde. Hanna préfère cacher ce secret plutôt que de le dévoiler ce qui l'innocenterait en partie. 

 

Mais le principal sujet du roman reste celui abordé dans la seconde partie : c'est la question de la responsabilité ressentie par les générations futures, en ce qui concerne les actes perpétrés par les générations passées, qui ont soutenu le régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Michaël est -il responsable des actions commises par Hanna dans sa vie antérieure ?

Doit-il se sentir coupable d'être tombé amoureux d'elle... sans se douter un seul instant des crimes qu'elle avait commis pendant la guerre ? 

 

C'est en tous les cas, une lecture dérangeante quand le lecteur découvre (en même temps que le narrateur) qu'Hanna, en tant que gardienne de camp, a commis des actes horribles pendant la guerre. Alors qu'elle travaillait chez Siemens, et qu'on lui proposait une promotion, qu'elle a décliné pour n'avoir pas à avouer son secret, elle choisit de s'engager dans les SS en 1943. Elle est coupable d'avoir participé à cette violence incommensurable mais bien entendu ce qui est troublant, c'est que son parcours n'est pas celui qu'on imagine d'un bourreau.

Malgré toute l'horreur du procès et des faits qui lui sont reprochés, le lecteur se positionne du côté du narrateur et de son ressenti, de ses contradictions. Il aime toujours Hanna et ne peut en son fort intérieur la juger, et pourtant toute sa génération abhorre (et nous aussi) les actes commis par les nazis pendant la guerre.

D'ailleurs, l'auteur n'apporte pas de réponses aux nombreuses questions que le lecteur formule en découvrant que lui non plus n'arrive pas à croire à la totale culpabilité de la jeune femme et aimerait qu'elle se défende davantage. Hanna nous touche malgré nous, alors qu'on la sait pourtant capable du pire.

Les criminels nazis ne méritent pas d'être aimés et pourtant nombreux sont les bourreaux qui ont eu une famille qui ne s'est jamais doutée de leurs crimes. L'auteur en nous mettant devant cette contradiction nous oblige à comprendre le ressenti de toute une génération de jeunes allemands, d'après-guerre, qui s'est trouvé confrontée à un problème majeur de devoir "juger" les actes de leurs parents. 

La fin du roman que je ne vous raconterai pas apporte encore plus de trouble et de questionnements. C'est là toute l’ambiguïté de ce roman qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats ce qui explique que ce soit une oeuvre souvent proposée au lycée. 

Un livre à découvrir...

 

Un film éponyme a été tiré de ce roman en 2008. Perso, je n'ai pas eu l'occasion de le voir au cinéma et je le ferai maintenant que j'ai lu le livre car j'aime toujours découvrir une oeuvre en lisant d'abord le roman.

Depuis quelques années je laisse notre histoire tranquille. J'ai fait la paix avec elle. Et elle est revenue, détail après détail, et avec une espèce de plénitude, de cohérence et d'orientation qui fait qu'elle ne me rend plus triste...

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 05:14
Éditions Terra Nova, 2016

Éditions Terra Nova, 2016

Je commençais à lire à haute voix, les noms des morts gravés sur la première stèle :
- Guiseppe Oronzo Palmisano ; Donato fu Francesco Paolo Palmisano ; ...
- Ventuno..., sono ventuno ! m'interrompis une voix profonde.
Nous nous retournâmes et vîmes le vieux du banc qui s'était redressé.

Durant la Première Guerre mondiale, Donata Palmisano et Francesca Convertini attendent toutes deux leurs maris partis au Front. Pas facile la vie sans les hommes à Bellorotondo,  un petit village des Pouilles. Les femmes se débrouillent. Suite à une courte permission de leurs maris, les deux jeunes femmes se retrouvent enceintes en même temps. Quand elles deviennent veuves toutes deux, elles décident de vivre ensemble. Si Francesca est la plus heureuse des deux, c'est parce que Donata est incapable de surmonter une terrible angoisse... En effet, durant la Première Guerre Mondiale, tous les hommes de la famille Palmisano (vingt et un exactement) sont morts au combat. Il n'est pas question pour elle, si elle met au monde un garçon, de lui faire subir la malédiction qui semble peser sur la famille et dont elle a eu la confirmation en voyant son mari disparaître à son tour. 

 

Alors toutes deux imaginent un stratagème, Donata cache sa grossesse et le jour de la naissance des deux enfants,  avec la complicité du médecin de famille qui sait à quel point la famille de Donata a souffert, Francesca déclare avoir eu des jumeaux. C'est elle qui  élèvera donc Giovanna sa propre fille, et Vitantonio, le fils de son amie..avec son aide puisque les deux jeunes femmes vivent ensemble. 

Mais la vie en ce temps-là dans cette région pauvre d'Italie apporte son lot de drame. Francesca meurt toute jeune, laissant les deux petits officiellement sans mère. C'est alors que sa famille accepte que Donata, considérée comme un membre de la famille à part entière, s'en occupe,  aidé financièrement par Angela Convertini la grand-mère mise dans le secret par Francesca, ce que Donata ignore. 

Les deux enfants jouent pendant des heures avec Franco leur cousin de leur âge, dans le grand parc aménagé par la nona. Ils engrangent de fabuleux souvenirs pendant l'été qu'ils passent souvent aussi dans la famille de Donata. 

 

Rien n'est simple, car Donata se doit de garder ce lourd secret, et la vie va décidément devenir bien compliquée pour elle au fur et à mesure que les deux enfants grandissent et deviennent de plus en plus inséparables.  

Ce qu'elle ignore... c'est que certaines personnes bienveillantes, mises dans le secret, veillent sur elle et sur les deux enfants. C'est alors que la Seconde Guerre Mondiale éclate...

Franco, le cousin des enfants s'engage aux côtés des fascistes, Giovanna à l'opposé part combattre la dictature en Espagne, tandis que Vitantonio lui, continue à penser que la lutte est plus importante sur place pour défendre les intérêts des paysans pauvres, exploités et appauvris par les propriétaires terriens de la région sans scrupules...

Le dernier fils de la lignée des Palmisano réussira-t-il à échapper à sa destinée ?

La fillette [Lucia] ne bougea pas. Elle était hypnotisée par le spectacle des balles traçantes et incapable de le quitter des yeux.
- C'est comme s'il pleuvait des étoiles, dit-elle, émue.
Elle ferma les yeux et fit un voeu.
- Ces étoiles-là sont dangereuses, l'avertit Vitantonio quand un projectile explosa près de la maison.
Il la prit par la main et l'entraîna jusqu'au fond de la grotte

Dans le bourg d'Ascoli, les habitants savaient qui étaient les coupables :
- Ce sont deux fils de pute de notre pays Des gens du Mezzogiorno, de Bari, à tous les coups, ou de la vallée d'Itria L'un des deux est un géant, avec des dents noires...L'autre est encore pire : froid, cruel, sans âme. On dirait que pour lui, tout cela n'est qu'un jeu : il est vêtu de noir de la tête aux pieds et se fait appeler le Chevalier noir.
Vitantonio eut le souffle coupé, comme s'il avait reçu un coup de poing dans l'estomac.

Le roman débute de nos jours. Un couple visite un petit village des Pouilles et découvre sur le Monument aux morts de la Première Guerre Mondiale que toute une famille du village a été décimée.  C'est alors qu'un vieux monsieur qui semblait endormi sur un banc proche leur raconte l'histoire de cette famille et de la malédiction qui pesa sur eux.

A noter...Bellorotondo n'existe pas en réalité mais l'auteur s'est inspiré de nombreux petits villages des Pouilles qui eux existent vraiment ! 

 

Voilà un roman du terroir qui nous apprend beaucoup de choses sur l'histoire de l'Italie, la montée du fascisme et ses conséquences humaines. Toutes les descriptions des faits de guerre, que ce soit lors de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale, le mouvement anti-belliciste de Locotondo, le bombardement de Bari le 2 décembre 1943, l'explosion du John Harvey et la diffusion du gaz moutarde, ainsi que le soulèvement de Matera en septembre 1943, sont véridiques.

D'ailleurs le roman est un hommage à "tous ceux qui se soulevèrent contre l'alliance nazi-fasciste dans le sud de l'Italie et qui, comme bien souvent, sont les grands oubliés de l'histoire"[in note de l'auteur].

 

C'est donc à la fois une saga familiale avec des personnages attachants et un roman historique dans lequel j'ai appris beaucoup de choses sur le déroulé des événements durant les deux guerres.

Il est bien évident qu'il faut aimer ces deux côtés-là de l'histoire, la petite et la grande, pour apprécier sa lecture. Personnellement je ne me suis pas ennuyée un seul instant en le lisant mais j'ai préféré la première partie à la seconde. 

J'ai aimé les descriptions des paysages, les us et coutumes de la vie au village, les secrets et les croyances religieuses, tout ce qui fait la particularité de cette région d'Italie.  Le lecteur retrouve la chaleur humaine de ses habitants mais aussi leur côté passionné, les rivalités, les mensonges...tout ce qui faisait le sel de la vie au village. 

Je pense cependant que la traduction n'est pas parfaite ainsi dans le commentaire que j'ai mis plus haut la fillette s'avère avoir près de quinze ans alors qu'à la lecture du texte je la pensais beaucoup plus jeune mais cela ne m'a pas vraiment gênée à la lecture. 

Ce roman est facile à lire et donc parfait pour les vacances. C'est tout à fait le genre de lecture dont j'ai besoin en ce moment...

Je ne comprendrais jamais pourquoi le plus fort et le plus culotté de la classe a décidé de défendre les intérêts des va-nu pieds des Pouilles, alors que le plus minable de tous, ton âne de cousin, fait des pieds et des mains pour entrer dans les chemises noires...

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 05:15

 

En ce jour particulier où nous commémorons en France, la fin de la Seconde Guerre Mondiale, plus exactement la fin des combats en Europe contre l'Allemagne nazie, la présentation de ce livre, même si tous les événements ne se situent pas durant cette période, est un hommage personnel à tous ceux qui ont perdu la vie durant ce terrible conflit, à ceux qui ont résisté de tous temps aux régimes totalitaires et à tous ceux qui ont été emprisonnés pour leurs idées politiques opposés à un régime dictatorial... 

C'est en effet le thème principal de ce roman. 

 

Les Escales, 2019

Les Escales, 2019

Le bruissement d'un ourlet sur sa joue, la vibration du parquet sous les pas de ses frères et soeurs qui courent, le cliquetis de la vaisselle en provenance d'un lieu invisible et les souliers marron à boucles de sa mère, moulés sur ses pieds difformes. Tels étaient les premiers souvenirs de Themis.

Le roman commence dans un appartement d'Athènes en 2016. Themis vient d'y fêter avec sa famille ses 90 ans. 

Alors que tout le monde s'est retiré et qu'elle reste seule avec deux de ses petits-enfants pour ranger l'appartement, elle décide de lever le voile sur son passé, et en particulier sur sa jeunesse et sa vie de jeune femme, d'autant plus que c'est le seul patrimoine qu'elle peut leur transmettre et qu'elle a été ébranlée la veille d'apprendre que le parti d'extrême-droite avait manifesté. 

 

Le lecteur plonge alors dans le passé, tout d'abord dans les années 30 et l'enfance de Themis à Athènes, alors que sa mère s'épuise à s'occuper de ses quatre enfants, tandis que son mari prend la mer plusieurs mois d'affilée pour gagner leur pain. Puis la mère, dépressive, est placée en asile et les enfants sont alors élevés par Kyria Koralis leur grand-mère paternelle. 

Dès années après, alors qu'ils ont grandi et que la Grèce fait face à de violentes tensions, suite au retrait des troupes allemandes qui occupaient le pays pendant la Seconde Guerre Mondiale, la famille se déchire entre ceux qui soutiennent les Allemands et ceux qui résistent.

Themis est la petite dernière et observe les grands tout en se forgeant sa propre opinion. 

 

Devenue presque adulte, elle va décider de suivre l'exemple de Panos, un de ses frères...et de résister d'abord dans l'ombre puis en s'engageant elle-aussi dans l'armée communiste. 

Themis est prête à tout au nom de la liberté ! Elle a eu le temps de faire ses choix en entendant Panos se disputer avec Thanasis le frère aîné, qui lui est violemment opposé aux communistes, et engagé dans la police. Quand à Margarita, la sœur aînée, elle est tombée amoureuse d'un allemand pendant l'occupation, et a décidé de les quitter pour partir le rejoindre. 

 

En Grèce, la guerre civile éclate et de nombreux drames des deux côtés rendent le pays exsangue.

Il savait aussi bien que quiconque que cet hiver était le plus froid depuis des années. La famine faisait des milliers de victimes, chaque semaine, rien qu'à Athènes. Jusqu'à présent cependant, leur famille avait été épargnée. Il courut vers sa soeur, qui suivait toujours le corps de son amie, agitée de sanglots incontrôlables.
- Thémis, dit il en la prenant par les épaules et en calant son pas sur le sien. Tu ne peux pas l'accompagner.

Les gens commençaient à perdre leur humanité. Le schisme entre la gauche et la droite s'était approfondi, la polarisation s'était accentuée, et la ville en payait les conséquences. Jour après jour on entendait de nouveaux récits révoltants de violences et d'exécutions. Chacun ne se préoccupait plus, au quotidien, que de survivre...

Arrêtée et emprisonnée, la jeune Themis devra affronter la violence des hommes dans un camp de détention à ciel ouvert sur l'île de Makronissos. Puis elle sera transférée sur l'île de Trikeli. Là, elle va se lier d'amitié avec Aliki qui comme elle, ne veut pas signer la "dilosi", la lettre de repentance, le sésame qui leur permettrait pourtant de rentrer chez elles. Mais pour cela, il faudrait que ces jeunes femmes rebelles renient leurs convictions et elles ne veulent pas se résigner...

Jusqu'où iront-elles pour défendre leurs idées ?

Lorsque les superbes et réalistes dessins d'Aliki qu'elle avait pourtant bien cachés, sont découverts, elle est immédiatement condamnée à mort : il ne faut pas que le monde entier découvre les conditions de détention inhumaines des prisonnières politiques.

Mais avant que la sentence soit exécutée, Themis lui fera une promesse qui influencera toute sa vie future...

La vie suivait son cours cruel sur l'île de Trikeli. la nourriture était infecte, les punitions constantes et les gardes continuaient à distribuer des coups discrètement. L'île contenait encore des milliers de prisonnières, et des centaines d'enfants. Ils n'étaient pas pris en compte dans la distribution des rations de nourriture, si bien que tout le monde était sous-alimenté...

Voici un roman passionnant, qui nous fait entrer dans la vie quotidienne d'une famille grecque, ses tourments, ses secrets, ses engagements politiques et humains, ses divisions. Ce qui est intéressant c'est de voir évoluer les différents membres de la famille, enfin ceux qui restent, et de voir comment ils deviennent plus humains, plus proches les uns des autres au fil du temps et des deuils. 

Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Il faut dire que cette lecture m'a permis de mieux connaître un pays dont j'ignorai beaucoup d'éléments de l'histoire récente, à ma grande honte. 

 

L'auteur nous invite à prendre le temps d'entrer dans cette famille, de faire connaissance avec ses différents protagonistes, de comprendre ce qui les relie et les déchire. Il y a la différence de milieu social des parents, la politique, les opinions divergentes et ensuite leurs engagements. Mais, il y a surtout ce lien particulier créé par une grand-mère aimante qui remplacera la mère malade et fera tout pour accepter ses petits-enfants tels qu'ils sont, et les rendre le plus heureux possible malgré ce qu'elle devra endurer.  

 

Le roman traverse les années à des vitesses différentes, s'appuyant davantage sur les faits marquants pour la famille comme les deuils, les disputes et surtout sur l'engagement et les années d'emprisonnement de Themis. C'est elle l'héroïne du roman et le lecteur ne peut qu'être touché par son courage et sa détermination. 

Les personnages sont attachants qu'on les aime ou pas et même Thanasis finit par nous émouvoir tant on le voit évoluer au cours de l'histoire et montrer ses faiblesses. C'est justement ce qui est troublant dans ce roman : il n'y a pas d'un côté les gentils et de l'autre les méchants. Chacun en vient à douter, remet en question ses choix...

Mais au-delà de l'histoire de cette famille sur trois générations, le lecteur suit des décennies de l'Histoire de la Grèce. Comme je vous l'ai dit, le roman démarre durant l'enfance de Themis dans les années 30, on suit de près les tensions familiales et son amitié avec la petite Fotini, immigrée arrivée depuis peu dans le pays, puis c'est l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, la guerre civile de 1946 à 1949, et la dictature des Colonels de 1967 à 1974.

 

Le titre est un hommage au poète communiste grec, résistant,  emprisonné dans les camps de rééducation... Yannis Ritsos. 

Sur ce blog vous trouverez la présentation d'un autre roman de l'auteur que beaucoup d'entre vous ont lu : "l’île des oubliés" 

Pour la première fois de sa vie, Themis mesurait combien la musique avait besoin de silence pour exister. En l'absence d'interruptions, la succession de notes n'était que du bruit.

Lorsque la tyrannie menace le peuple, il doit choisir entre les chaînes et les armes.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 06:21
Albin Michel, 2019

Albin Michel, 2019

Engels a gardé de ce jour la conviction vissée que toutes les bondieuseries n'étaient que des fadaises, qu'il n'y avait pas de destin, qu'il n'y avait pas de providence, que toutes les prières du monde n'étaient que des comptines bonnes à berner les sots, à rassurer les faibles, comme les superstitions. Adieu le bon Dieu ! Adieu ses anges !

Le printemps est passé. C'était il y a trois ans.
L'argent règne sur l'Europe. Il fait et défait les empires. Les insurgés sont retournés à l'usine.
La Ligue des Justes est morte et le Manifeste communiste qu'ils avaient écrits ensemble est la proie des souris et des rats.
Mais ce n'est que partie remise. Le Maure guette le moment. Il est à pied d'oeuvre pour fonder une autre ligue...

Voici le second roman d'un auteur que j'ai découvert récemment avec "Ces rêves qu'on piétine", son premier roman, présenté ICI sur le blog. 

 

Dans celui-ci l'auteur nous fait découvrir la vie à Londres dans les années 1860, au temps de l'Angleterre Victorienne. 

Dans les rues c'est la misère, les maladies, la drogue et, face aux conditions de vie des travailleurs,  la révolte gronde.  

Pendant ce temps, les riches se remplissent les poches. Les patrons exploitent  leurs ouvriers qui s'épuisent à la tache. L'argent est roi et brise les hommes.

 

Un jour Charlotte, qui a fui son Irlande natale et la misère qui allait avec pour vivre à la ville, alors qu'elle était enceinte, et qui vient de perdre dans des circonstances tragiques son bébé, voit arriver le Docteur Malte, un médecin qu'elle connaît bien. Il l'emmène à l'étage d'une maison de banlieue. Là, une jeune bonne l'attend pour lui mettre dans les bras son nouveau-né. C'est Freddy, le fils illégitime de Karl Marx, déjà célèbre à l'époque et poursuivi par les polices d'Europe et qui ne peut avouer à sa famille sa trahison et ne veut pas s'occuper ni de la mère ni de l'enfant...

Charlotte qui a du lait, va pouvoir le nourrir et s'occuper de lui comme si cet enfant était le sien. 

 

A Londres où il s'est réfugié avec sa famille, Karl Marx est aidé financièrement par son ami Engels, directeur d'une prestigieuse usine de coton, qui malgré la crise a largement de quoi mettre son ami et sa famille à l'abri. En effet, malgré son exil, Karl Marx que tout le monde surnomme le Maure, tient à faire vivre sa famille avec un certain standing, "comme des bourgeois". 

 

Charlotte va tout faire pour rendre son "fils" heureux, sans aucune aide extérieure. Elle volera, trompera et ira même jusqu'à vendre son corps, sera obligée de déménager, mais elle ne révélera jamais à personne le secret de sa naissance... au péril de sa propre vie. 

Tandis que Karl Marx écrit avec ferveur ses théories sur la Révolution, tout en vivant une existence agréable, son fils qui ne connaît que la misère et le travail dans les usines de coton, va prendre les armes aux côtés du peuple irlandais qui se révolte contre le chômage et la faim. 

En effet, la Guerre de Sécession au loin, a entraîné une crise du coton sans précédent....le pays est exsangue. 

 

"Voilà un des secrets du plus beau bleu du monde. Et ne me demande pas pourquoi. J'en sais rien. Je sais juste que c'est vrai. C'est vrai depuis que mon père fait ça. Et mon grand-père aussi."
Freddy se déboutonne devant les cuves de tête, celles du premier rang. Toute la nuit, il va boire et pisser et parler avec Saltz.
Freddy aimerait lui ressembler.

L'auteur part d'une histoire vraie mais bien cachée. Karl Marx aurait eu en effet un fils illégitime avec sa gouvernante, Helene Demuth. L'enfant, Frederick, né en 1851, et mort sans descendance en 1929, aurait été reconnu par l'ami de Karl Marx, Friedrich Engels, Karl Marx n'ayant jamais assumé sa paternité.

 

"Le cœur battant du monde", c'est la Bourse de Londres où les investisseurs affluent et misent sur les actions ferroviaires, mais aussi la révolte des pauvres et des opprimés, sur fond de violence policière. 

Le lecteur découvre la relation particulière quasi névrotique de Karl Marx avec l'argent. Le lecteur est étonné de son mode de vie bourgeois, alors qu'il s'avère incapable de travailler, et de la légèreté avec laquelle il accepte d'être aidé par son ami, certes riche industriel par héritage, mais tout de même, c'est Engels qui paie le loyer et les dépenses pas toujours justifiées d'une famille nombreuse.

Le contraste entre les idées et les actes est tout à fait surprenant et pendant ce temps les dettes s'accumulent et l'ami doit toujours et encore les régler...

 

Engels apparaît d'ailleurs comme le personnage masculin le plus sympathique du roman. Certes il profite de son argent, il est considéré comme "le roi du coton", les banquiers tiennent compte de son avis, il est respecté pour ses décisions. Il participe aux chasses à courre, mène la belle vie, mais...à côté de ça, il pousse ses ouvrières à la révolte, les écoute, leur offre de meilleures conditions de travail, et entretient lui-même deux sœurs dont il est tombé amoureux. 

Engels aime ces slogans, ces appels à l'union, la plus large possible. Il l'encourage chez lui, dans sa propre usine. Ses ouvrières sont syndiquées. Elles sont probablement parmi les mieux payées du Lancashire et elles travaillent seulement treize heures par jour.

Karl Marx et Engels rêvent pourtant tous deux, et avec sincérité, de faire tomber le système capitaliste.

 

Freddy, le fils est un personnage attachant, mais qui ne tient pas dans le roman, la place à laquelle je m'attendais. Finalement comme dans sa vraie vie, il ne trouve pas sa place dans ce monde, d'abord parce que sa mère adoptive le cache, mais aussi parce qu'il est jeune et inexpérimenté. 

Par contre, Charlotte qui est un personnage totalement fictif, puisque dans la vraie vie, elle n'a pas de visage car on ne sait pas qui a réellement élevé Freddy lorsqu'il a été enlevé à sa mère biologique, ne peut que susciter notre admiration.

 

Donc, le coeur du roman est bien l'histoire d'une époque dont je ne savais presque rien, et l'étude psychologique des personnages réels ou fictifs, qui ont entouré Karl Marx, tandis que celui-ci écrivait avec difficulté, son ouvrage majeur. 

 

Moi qui ne suis pas particulièrement attirée par les romans historiques, je l'ai lu en quelques jours avec un grand plaisir. D'abord on apprend beaucoup de choses du contexte de cette époque. L'Angleterre était alors je le rappelle, le plus grand empire colonial du monde. 

J'ignorai beaucoup de choses comme par exemple que les Irlandais avaient été nombreux à partir pour s'engager auprès des Yankees, parce qu'on leur avait promis des terres qu'on ne leur a bien entendu jamais donné. Je ne savais que peu de choses des révoltes des fénians (ou féniens), ces nationalistes irlandais qui ont été si violemment réprimés. 

Par contraste forcément, on ne peut qu'être touchés de redécouvrir comment vivaient les plus pauvres.

 

Il faut dire que l'auteur a une belle plume et qu'il nous donne ici un roman captivant, sans faille, au rythme soutenu, véritable fresque sociale et historique, romancée et que j'ai trouvé, passionnante. 

Pour l'heure, elle dispose d'une adresse, à Eccles. C'est celle de l'usine qui porte son nom : Ermen &Engels.
Elle va bientôt savoir combien vaut son secret.
Charlotte arrache un peu de bourre au matelas. Elle la malaxe et la tasse pour en faire deux masses rondes qu'elle glisse dans sa chemise. Elle la referme puis la lace très serré pour gonfler sa poitrine.
"C'est mieux" pense-t-elle en remontant ses seins. Elle se trouve un peu plus digne et presque désirable. Il faut ça pour qu'un homme ouvre sa porte sans raison. Elle palpe ses hanches et sent le manche de son couteau de Sheffield. On ne sait jamais...

Le cimetière est comme lui : en creux. il a été bâti un peu plus bas que le reste de la ville pour échapper au regard des vivants.
Freddy rassemble les fleurs balayées par le vent. Demain, ses violettes auront probablement roulé sur la tombe d'à côté. Quelle importance ! Il ne croit ni aux messes, ni aux cierges, ni aux cieux. Les prières sont pour lui des aveux de faiblesse et les fleurs, une sottise. Aucune pelletée de terre, aucun chant même sacré ne pourra combler le vide que Charlotte laisse.

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 06:16
Gallimard / Du monde entier, 2014

Gallimard / Du monde entier, 2014

La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas passer à autre chose, bon sang ?

Je vois tellement de femmes, ici, qui s'accrochent toutes. Qui s'accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu'elles s'accrochent aux photos qu'elles conservent ou aux fragments d'enfance qu'elles apportent avec elles et déposent sur cette table.
...
Toutes redoutent de les laisser partir...

 

Les cinq jours précédents le 11 novembre 1920, à Londres, l'Angleterre attend l'arrivée du soldat inconnu, rapatrié de France.

Cet hommage douloureux est nécessaire car il unira la nation autour de la peine des familles, toutes touchées par cette terrible guerre.

Il y a les familles qui ont perdu un être cher, mais aussi celles qui ont récupéré un des leurs, vivant mais tellement meurtri dans sa chair, blessé grièvement ou amputé, traumatisé à cause des horreurs vécues et des compagnons de route disparus.

Les vivants se sentent aujourd'hui exclus de cette société où ils ne trouvent plus leur place.

 

Parmi ces familles endeuillées, trois femmes cherchent toujours comment faire face à leurs souffrances, afin de pouvoir continuer à vivre.

Il y a Ada qui a perdu Michael, son fils, dans des circonstances qu'elle ignore toujours car elle n'a reçu aucune explication. Elle se croit folle car elle le voit et l'entend, et ses visions l'isolent des autres et en particulier de son mari, qui souffre lui-aussi à sa façon.

Le lecteur apprendra au cours de sa lecture ce qui s'est réellement passé pour son fils. 

Il y a Evelyn Montfort, qui a perdu son fiancé, tué par un obus, et ne s'en remet pas. Elle essaie de comprendre Ed, son frère qui la fuit et est revenu de la guerre, mutique et renfermé. Il faut bien dire qu'en tant que capitaine, il en a vu des horreurs lui-aussi. 

Evelyn travaille au bureau des pensions et reçoit toute la journée, d'anciens soldats pour lesquels elle monte un dossier. Là-bas, elle va croiser Rowan Hind qui a besoin d'elle pour retrouver un certain Edward Montfort. 

Affolée à l'idée que son propre frère soit recherché, Evelyn va refuser de l'aider...tout en cherchant à en savoir plus. 

Il y a aussi Hettie qui travaille au Hammer-Smith Palais, où elle danse toute la soirée sur des airs de jazz et espère un jour y rencontrer l'amour, comme son amie Di. 

C'est Fred, son frère qui lui cause du souci, en restant enfermé dans sa chambre, sans chercher de travail depuis qu'il est rentré. Elle doit faire vivre toute la famille et il ne lui reste même pas de quoi s'acheter une robe.

C'est alors qu'elle rencontre Ed, qui boit trop mais danse divinement bien malgré sa jambe de bois...

 

Trois femmes, trois destins qui s'entremêlent, nous avons déjà vu ça dans des romans et ce n'est pas très original, mais l'auteur nous présente leur histoire avec beaucoup de justesse et de pudeur.

Ce n'est pas un roman très gai mais pour les vivants, heureusement... l'espoir apparaît d'un avenir meilleur.

 

"Le chagrin des vivants" nous le connaissons tous à travers notre propre histoire familiale car si nous sommes-là, c'est bien parce qu'un de nos ancêtres est revenu de cette terrible guerre, meurtri, blessé mais vivant. 

Le "travail de deuil", c'est autant accepter la disparition de l'être aimé, que celui ou celle qu'on a été et qui n'existe plus ; c'est aussi accepter que les rêves qu'on a eu ne se réaliseront jamais et comprendre que sans ce repli sur soi, aucune place ne peut être faite, ni pour la vie qui attend, ni pour d'autres possibles. 

 

J'ai trouvé intéressant de connaître le vécu de ces femmes à la fin de la Grande Guerre. Il y a peu de livres sur le sujet et que savons-nous finalement de ce qu'elles ont ressenti...

La partie documentaire, en italique dans le texte racontant comment le soldat inconnu a été choisi, déterré et ramené jusqu'en Angleterre apporte un plus dans ce roman. 

C'est un roman facile à lire, qui reste léger par rapport à d'autres sur le même sujet. Il était dans ma liste à lire depuis très longtemps...et je ne regrette pas de l'avoir découvert. Il y a quelques passages touchants mais je regrette de ne pas être entrée réellement dans l'histoire de ces femmes formidables ce qui ne m'arrive quasiment jamais lors de mes lectures. 

Je reste donc "un peu" déçue par la forme trop simple et trop bien bâtie, et par le fond trop peu approfondi, mais aussi par le fait que finalement ces trois femmes auraient pu se rencontrer puisque leurs trois histoires sont liées, ce qui n'est pas du tout le cas dans le roman. Dommage, j'aurais trouvé vraiment intéressant qu'elles le fassent. 

C'est un roman que j'ai eu du plaisir à découvrir tout de même. Au moment  de rédiger cette page, j'ai eu beaucoup de mal à trouver des extraits, sortis de leur contexte, je les trouvais trop fades. Par contre, j'aime beaucoup la couverture. 

 

En ce 11 novembre 2019, bien éloigné des commémorations de l'année dernière, je me devais de découvrir enfin cette lecture en hommage à mes grands-pères...et à tous ces soldats qui se sont battus pour notre liberté, et en souvenir de mes grands-mères, qui elles aussi ont souffert à leur manière. 

Retrouvez l'avis d'Hélène ci-dessous. Sans le faire exprès j'ai vu que j'avais choisi le même extrait qu'elle ! Il faut croire que ce passage nous a plu...

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 05:16
Albin Michel, 2019

Albin Michel, 2019

Mussolini marche lui aussi de long en large. Il se retourne.
- Et la liberté ? J'avais promis que le fascisme apporterait la liberté !
Margherita éclate de rire.
- La liberté, les Italiens s'en fichent du moment qu'ils ont un chef et qu'il leur donne de la fierté.
- Et les pauvres ?
- Les pauvres, ils veulent bouffer. C'est tout ce qu'ils attendent de toi. Aux riches, l'orgueil d'être italiens, aux pauvres, de quoi remplir l'assiette. La liberté c'est pour les philosophes, pour Benedetto Croce. La liberté, ce n'est qu'une idée!

Voilà un roman de 700 pages qui nous emmène en Italie des premières heures du fascisme à la fin de la Seconde Guerre Mondiale... 

 

Le roman débute en mai 1915 juste avant la déclaration de guerre avec l'Autriche.  Lorenzo Mori, brillant officier de l'armée italienne, et fils d'une grande famille, vient de rentrer à Vérone pour voir ses parents et revoir Julia, sa promise. Mais une surprise l'attend à son retour, elle se marie avec un autre, choisi par sa famille, alors qu'ils s'étaient jurés fidélité l'un à l'autre...

 

Au même moment en Sicile, près de Palerme, dans un tout petit village pauvre et isolé, Nino Calderone voit la ferme paternelle partir en fumée, juste un an après l'assassinat de son père. Il sait qui est l'auteur de ce crime et ce nouvel affront nécessite une vengeance d'honneur, l'obligeant à s'engager immédiatement après pour partir bien loin de celle qu'il aime en secret, Carmela...

 

Tous deux vont se retrouver compagnons d'armes, enrôlés dans les "alpini", ces célèbres troupes de l'armée italienne, spécialisées dans les combats en montagne et parfaitement formées pour se battre dans des conditions extrêmes. Ils doivent libérer les "terre irredenti", retenues par  les Austro-Hongrois.

Une guerre, écrit-il [Nino] que je n'aurais jamais imaginée, avec des canons plus longs que des trains, des obus que l'on transporte sur des chariots car ils sont trop lourds pour qu'un homme puisse les porter dans les bras"...

Mais après la guerre, tout va opposer les deux hommes...

Lorenzo devient proche du Duce et adhère à l'idéologie fasciste. Et comme tout le beau monde de Vérone est devenu fasciste, sa famille le soutient dans sa démarche. Depuis que Julia, qu'il a épousée en cachette lors d'une de ses permissions, a été tuée lors d'une manifestation, Lorenzo n'a plus goût à rien. Il découvre pourtant les joies de la paternité en rentrant de la guerre : une petite Laura est née quelques jours à peine avant la mort de Julia...

Pendant ce temps Nino est dans un hôpital militaire : il a été grièvement blessé et a perdu la mémoire. Suite à une erreur, il a été déclaré mort... Mais des mois après, il s'en sort, défiguré mais bien vivant, et il retourne en Sicile. Il arrive dans son village, le soir même où Carmela, le croyant mort,  se marie avec un écrivain plus âgé qu'elle. 

Dépité, Nino va intégrer la mafia locale, la Cosa Nostra.

Ce qu'il ne sait pas...c'est qu'il a un fils, Salvatore, né pendant la guerre.

 

Le destin va obliger plusieurs fois les deux amis à se croiser et ils sauront alors se montrer, en tant qu'anciens alpini, respectueux l'un envers l'autre.  Lorenzo en particulier, nommé préfet de Sicile par Mussolini, n'oubliera jamais qu'il doit la vie à Nino...qu'il croyait mort lui-aussi. 

Ce que j'ai aimé...

 

C'est un roman agréable à lire et tout à fait captivant. L'écriture est plaisante et le récit fluide. On ne s'ennuie pas car il alterne récits de combats, correspondances, réflexions personnelles des personnages ou de leurs proches, compte-rendus de réunions réelles ou imaginées entre les différents protagonistes. 

Tous les faits historiques sont réels et les personnages fictifs se mêlent à la grande Histoire en toute harmonie. 

Le livre est bien structuré et découpé en périodes clairement définies ce qui donne des repères au lecteur : 1915, 1924, 1940...Chaque période est elle-même divisée en courts chapitres numérotés.

Enfin, le récit est étayé de poèmes, de mots ou d'expressions en italien ce qui le rend encore plus vivant. 

 

Les personnages ne sont pas figés et évoluent au cours du temps en particulier dans leur conviction personnelle ce qui donne un roman empli d'humanité.

En suivant les personnages fictifs ou réels, on découvre aussi la vie en Italie à cette époque, les différences entre le faste des villes et la pauvreté des campagnes isolées. 

Les femmes sont mises à l'honneur dans le roman que ce soit Carmela qui saura rebondir à chaque instant pour rester fidèle à elle-même ou Laura et avant elle Julia, qui sauront  s'opposer aux idées de leur milieu, à leurs risques et périls et toutes les autres, dont on peut au passage admirer le courage et la détermination durant ces années où rien n'était acquis pour elles, en particulier dans les campagnes. 

 

Malgré le côté romancé, j'ai appris des choses que je ne savais pas dans ce roman historique.

D'abord en ce qui concerne les faits de guerre, tout ce qui est décrit dans ce roman est réaliste : les lieux et les batailles sont décrites au plus près de la réalité. Les personnages qui entourent Mussolini ont pour la plupart réellement existé.

 

Ensuite, moi qui ne connaissais que bien peu de choses sur Mussolini, à part bien sûr que c'était un dictateur, fasciste et allié à Hitler pendant la seconde guerre mondiale et qu'il avait donc participé activement à déporter des milliers de personnes dans des camps, j'ai découvert une autre facette de l'homme, certes édulcorée dans le roman, mais néanmoins suffisamment intéressante pour me donner envie de relire sa biographie en détails.

Ici on découvre Mussolini dans sa vie de soldat, puis dans sa vie politique mouvementée, son désir de pouvoir, la naissance du partie fasciste qui trouve ses adeptes dans les anciens soldats méprisés et insultés par la population, le pourquoi de son alliance avec Hitler tardivement durant la dernière guerre.

Mais on découvre aussi son entourage et l'influence qu'il a eu sur lui, que ce soit les femmes ou les hommes du parti. 

 

Ce que j'ai moins aimé...

 

En dehors de certains personnages, bien évidemment !

J'ai trouvé certains passages du roman un peu moins agréable à lire, avec des descriptions des combats moins passionnantes à mes yeux car un peu trop longs et détaillés.

De plus il y a beaucoup de personnages et il est parfois difficile de s'y retrouver. 

Ils rient. Ils ont les désirs de leur vingt ans et, au village, il n'est pas question de papillonner auprès des filles, sauf à afficher une volonté de mariage. Pères et frères veillent au grain et ont le couteau facile.

Elle danse Laura...au mois de juillet 1936, la France est en fête. Le "Front popu" a gagné les élections...
ce qui se passe ici est intéressant. La gauche au pouvoir, on va voir ce que ça va donner, la vraie gauche. Pas celle des salons et des cafés philosophiques de Montparnasse, la bonne gauche aux mains calleuses et à la voix chaude, la gauche des petits matins avec la cafetière qui passe de main en main, celle des tapes sur l'épaule...la gauche des camarades. Dans ce monde, elle se sent bien Laura.

En conclusion, je suis bien certaine que ceux qui aiment les récits historiques vont se régaler en lisant ce gros pavé. J'ai passé moi-même un excellent moment de lecture... 

Je ne regrette pas d'avoir croisé cet auteur grâce à Babelio et une masse critique exceptionnelle, et à Albin Michel, l'éditeur, que je remercie ici.

De plus, j'ai lu ce roman en avant-première car il ne sort en librairie que le 2 octobre prochain...

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21 mai 2019 2 21 /05 /mai /2019 05:11
Quai Voltaire, 2003 / Folio, 2005

Quai Voltaire, 2003 / Folio, 2005

Il me posa sur un lit de fleurs, marguerites et giroflées, myosotis et ancolies. Peu m'importaient les dégâts, seul m'importait le muguet qui caressait mon visage...
Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour je finirais dans les bras d'un homme...tout en m'inquiétant de mes plantes !

Encore une fois, Tracy Chevalier nous propose de revisiter l'histoire à travers une oeuvre d'art. Ici les six tapisseries de la Dame à la licorne, que je n'ai jamais pu aller admirer au Musée du Moyen Âge, et que vous pouvez découvrir, si vous ne les connaissez pas, sur l'article de Wikipedia que la lecture de ce roman m'a donné envie d'aller consulter... 

 

Nous sommes donc au Moyen Âge à Paris. 

Si dans la véritable histoire, on ne sait toujours pas par qui ces tapisseries ont été commandées, ni chez quel lissier des Flandres elles ont été réalisées, Tracy Chevalier fait son choix. 

C'est donc Jean Le Viste qui sera le commanditaire, les armes de sa noble famille apparaissant sur les tentures. Par contre, l'auteur invente de toute pièce le personnage du peintre qui réalisera les dessins : il s'agit de Nicolas des Innocents, un miniaturiste connu pour ses œuvres à la cour du Roi de France (Charles VIII). 

 

Dans le roman, Nicolas des Innocents est donc invité à se rendre dans la belle demeure parisienne de Jean Le Viste, afin de prendre des mesures pour réaliser six tapisseries qui décoreront et réchaufferont les murs d'une grande salle de réception.

Au départ, Jean Le Viste désire orner ses murs de scènes de bataille, mais sa femme Geneviève, persuade le peintre de ne point satisfaire sa demande...

Le jour de sa visite, Nicolas des Innocents croise la belle Claude, la fille aînée du couple. Il en tombe amoureux... Vu qu'il n'est pas du même milieu, et qu'il aime un peu trop les jeunes femmes, elle ne peut être à lui. Il le sait mais ne s'y résout pas, elle non plus. Tout sera fait pour les éloigner l'un de l'autre et préserver la jeune fille de la tentation.

Tandis que sa famille fait tout pour l'éloigner de ce peintre un peu trop entreprenant et rustre à la fois, celui-ci se rend dans les Flandres dans la famille du lissier, dans laquelle il va vivre quelques temps pour superviser les travaux. 

Là-bas, la vie est très différente et personne n'apprécie particulièrement l'orgueilleux dessinateur parisien, sauf la belle Aliénor, née aveugle, qui cultive amoureusement son jardin de fleurs, tout en aidant ses parents du mieux possible dans la réalisation des tapisseries...

" A quoi ressemble Notre-Dame de Paris ? demanda mon père. J'ai ouï dire qu'elle était encore plus grande que notre cathédrale".
Nicolas se mit à rire. "Votre cathédrale est une cabane de berger comparée à Notre-Dame. Notre-Dame, c'est le paradis sur terre. Elle a les plus belles tours, les plus formidables cloches, les plus éblouissants vitraux qui soient. Je donnerais tout l'or du monde pour en dessiner de semblables."

Ce roman choral est  très intéressant !

L'auteur n'a pas son pareil pour nous décrire les ambiances si différentes entre Bruxelles (où vit le lissier et sa famille) et la vie parisienne. Comme d'habitude, elle sait particulièrement bien nous faire entendre les bruits, sentir les odeurs et ressentir les ambiances...

L'auteur aborde aussi les relations compliquées entre les hommes et les femmes qui varient selon leur milieu social. Les femmes ont du mal à être considérées pour ce qu'elles font. Au point de vue social, il y a un fossé énorme entre les riches et les pauvres qui n'arrangent pas les relations, ni la compréhension. 

La diversité des personnages nobles ou artisans, servantes ou femmes de la noblesse, donne un rythme au roman dans lequel on ne s'ennuie pas. En effet l'auteur leur donne la parole à tour de rôle, nous permettant ainsi de mieux faire leur connaissance à travers leurs pensées les plus intimes. 

 

Les personnages féminins sont les plus attachants. Leur vie n'était pas facile. Elles sont toutes étonnamment fortes et montrent un don de persuasion étonnant !

Claude Le Viste est déjà une jeune femme rebelle et prête à enfreindre les ordres de sa mère pour vivre sa passion amoureuse. 

Aliénor, la fille du lissier, sait particulièrement bien faire fi de ses différences pour aider ses parents à l'atelier, cultiver son jardin de fleurs, travailler de nuit (puisque pour elle cela ne change rien) et aimer quand elle le désire...

Le personnage de Nicolas, si orgueilleux et prétentieux, homme à femmes, n'est pas du tout attachant car il se moque complètement des conséquences de ses folles nuits passées avec les jeunes femmes. Cependant son personnage a une place centrale dans le roman.

 

J'ai aimé découvrir les détails de la fabrication des tapisseries : le savoir-faire des lissiers est extraordinaire !

La minutie requise, les subtilités du changement de couleur, l'interprétation des dessins de l'artiste, tout est superbement expliqué. C'est une belle découverte que de voir toutes les étapes de la réalisation entre les dessins et la tapisserie finale.

La pression exercée par les riches pour obtenir leur commande sans tenir compte ni du contrat de départ, ni des délais proposés par les artisans, ni de la pénibilité au travail et des retards humains possibles, est tout à fait révoltante.

Quand on admire ces chefs-d'oeuvre et que l'on réalise tout ce que cela représente de travail humain, on ne pense pas à toutes ces petites mains qui se sont abîmées pour les réaliser, ni non plus à ces yeux qui se sont fatigués, n'apportant même pas la richesse à ceux qui les ont exécutés, et quelquefois, juste de quoi subsister...

 

J'ai aimé aussi croire que l'histoire qui nous est ainsi contée par Tracy Chevalier, est bien celle de la création de ces superbes tapisseries de la Dame à la licorne, tissées autour de 1500 et qui représentent les cinq sens, le toucher, l'odorat, le goût, l'ouïe et la vue...et pour la sixième sans aucun doute le libre arbitre, mettant ainsi la femme au centre de l'oeuvre, comme Tracy Chevalier la place au centre de son roman. 

Ses doigts sont aussi habiles que sensibles. Je me dis parfois qu'elle a des yeux au bout des doigts. Elle est capable de distinguer la laine bleue de la laine rouge car les teintures donnent à la laine des textures différentes...

C'est là un grand jour pour le lissier qui voit avec émotion cette tapisserie à laquelle il a oeuvré depuis si longtemps...enfin prête à être retirée du métier. Comme nous travaillons toujours à des bandes de tapisserie de la longueur de la main, qui sont ensuite enroulées sur une ensouple en bois, nous ne voyons jamais la tapisserie dans son ensemble avant qu'elle soit achevée.
Il faut ajouter que nous travaillons sur le revers et ne voyons l'endroit qu'en glissant un miroir au-dessous pour vérifier le travail. Ce n'est qu'après avoir coupé les fils de chaîne et posé la tapisserie sur le sol que nous la voyons terminée. Nous contemplons alors en silence le résultat de notre labeur.
Vivre pareil instant est proche de la sensation que vous avez à manger des petits radis craquants et printaniers après avoir été condamné à des mois de vieux navets.

Voilà un roman que j'ai adoré lire et découvrir, un de plus de l'auteur dont j'ai déjà lu : " A l'orée du verger" ; "La dernière fugitive" ; et "La jeune fille à la perle"

 

Ce roman entre également dans le challenge de PhilippeIl s'agissait que le titre du roman comporte le nom d'un...

 

 

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 05:20
JC Lattès, 2017

JC Lattès, 2017

J'ignorais qu'il faut traverser ce genre d'événement tragique_ la perte de ce qu'on a de plus précieux au monde_pour mesurer ce que le corps et l'âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même.
J'ignorais que lorsque cela arrive, il ne reste plus qu'à constater combien les efforts pour s'y préparer ont été inutiles.

 

L'histoire débute au Havre en 1941. La population, déjà meurtrie par la présence des allemands, se retrouve sous les bombardements anglais. Les femmes, les enfants et les vieillards n'ont qu'une solution pour sauver leur peau, fuir le plus loin possible de ce désastre.

Tous les hommes valides sont déjà partis à la guerre. C'est l'exode !

 

Le lecteur découvre une famille unie, parmi tant d'autres...
Émelie et Muguette sont deux soeurs, très proches l'une de l'autre malgré leurs différences. Elles sont toutes les deux mariées et ont chacune deux enfants.

 

Émelie est plutôt organisée et courageuse. Elle est mariée à Joffre qui a abandonné la navigation pour entretenir avec elle une école de la ville. Tous deux sont très fiers de leur travail et de leurs enfants, Jean et Lucie qu'ils élèvent strictement. 

Muguette, elle, est plus rêveuse, insouciante, frivole et extravertie que sa soeur. Son mariage avec Louis est différent. Elle l'admire beaucoup mais fait passer le bonheur de ses enfants, Joseph et Marline, avant lui.  Il faut dire que si Joseph est toujours plein d'humour Marline, elle, est devenue mutique depuis le début de la guerre...

Les deux soeurs se décident à quitter la ville. Nous les suivons dans leur fuite avec leurs enfants, et les difficultés ne manquent pas en chemin...

 

Leurs corps gisaient face contre terre, l'homme et la jeune fille, serrés l'un contre l'autre à quelques mètres du talus.
J'ai cru d'abord qu'ils dormaient, j'étais si fatiguée, depuis plus de quatre heures nous marchions chargés comme des animaux : dormir me semblait une idée logique.

 

En quelques semaines, l'insouciance qui régnait dans les familles n'est plus qu'un vieux souvenir.

Après la capitulation, quand toutes les familles sont autorisées à rentrer à la maison, Joffre est démobilisé et revient honteux de la défaite. Ces quelques semaines de guerre l'ont changé et Émelie ne le reconnait plus.  De plus, l'école est réquisitionnée par les allemands et elle se révolte de le découvrir si servile... Tous deux entrent alors en conflit. Lui qui était si droit et si intègre, voudrait rester fidèle à ses idées mais, pour sauver sa famille, il sera obligé de jouer un double jeu, à l'insu de sa femme qui se met à le détester. 

 

Chez Muguette rien ne va plus non plus. Louis a été fait prisonnier et Muguette le languit. La maison fortement détériorée après un bombardement, laisse passer le froid et l'humidité mais Muguette ne veut pas s'éloigner. Elle tombe gravement malade et le médecin découvre qu'elle est atteinte de tuberculose. Une seule solution : elle doit partir se soigner en sanatorium. Émelie décide alors d'inscrire Marline et Joseph, pour un départ en Algérie où ils seront accueillis dans des familles françaises et bien nourris, en plus d'être tenus loin de la guerre. Les quitter est un véritable déchirement... 

 

Comment faire autrement avec cette guerre qui s'éternise, les bombardements incessants des alliés sur la ville, et la peur à chaque instant de mourir ensevelis dans les caches... 

 

Une partie de moi espérait encore que c'était une mise à l'épreuve, mais l'autre partie était assez raisonnable pour comprendre que je m'étais trompé sur papa. C'est le problème avec les gens qui ne parlent pas beaucoup, on a vite fait d'interpréter de travers, on leur prête les intentions qui nous arrangent, surtout quand ces gens-là comptent énormément pour nous...

 

C'est un roman choral, dans lequel chacun des personnages prend la parole pour nous raconter comment il perçoit cette guerre.

Les propos s'entrecroisent et le lecteur comprend peu à peu le courage qui par amour, oblige certains à se taire (et les silences n'en sont que plus intenses).

Le lecteur ressent la douleur des séparations, la colère de ceux qui ne comprennent plus leurs proches, la solitude et l'espoir qui les animent et les sauvent...

Les bombardements sont incessants, le rationnement est un problème de tous les jours et qui prend de plus en plus d'énergie, mais la résistance s'organise.

La vie quotidienne durant la seconde guerre a été difficile pour tous mais encore plus dans certaines zones, comme Le Havre où se déroule l'histoire car 80 % de la ville a été rasé par les alliés pour faire fuir les occupants nazis. 

 

Voilà un roman empli d'humanité où par amour, chacun des personnages prend des décisions qui vont fortement influer sur le bonheur ou le malheur de ses proches mais les forcera à rester debout quoi qu'il advienne. 

Les personnages sont attachants bien que j'ai été surprise par la grande naïveté d'Émelie, qui pas un instant ne se doute que son mari lui cache quelque chose et joue un double jeu pour les protéger. Les femmes étaient certes tenues à l'écart dans beaucoup de familles, mais quand même ! 

 

Ce que j'ai aimé dans ce roman touchant, c'est que l'auteur ne juge pas des actes des uns ou des autres. Il expose les sentiments et les circonstances particulières qui ont obligé les personnes à prendre des décisions difficiles et à mentir à leur proche...

J'ai découvert un auteur dont j'ai beaucoup entendu parler dans la blogosphère et que je ne connaissais pas encore.

C'est chose faite à présent... et je continuerai sans doute à le lire de temps en temps.

 

La guerre était une immense vague qui nous portait de creux en crêtes, gare à ceux qui quittaient l'écume, ils seraient envoyés par le fond.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:28
Gallimard jeunesse, 2016

Gallimard jeunesse, 2016

La première fois qu'il m'avait dit qu'il m'aimait, j'avais oublié de le lui dire aussi.
J'aurais dû. Si j'avais su ce qui allait arriver et ce que j'allais découvrir sur l'amour et la guerre, je me serais arrangée pour le lui dire à ce moment-là.
C'est bien ma faute.

 

Nous sommes en Hollande, à Amsterdam en 1943.

Hanneke ne se remet pas de la mort de Bas, son petit ami...

Pour améliorer la vie quotidienne et faire vivre sa famille décemment, elle sillonne la ville sur son vélo pour fournir aux plus riches des produits introuvables et chers qu'elle se procure au marché noir.

C'est un travail que lui a demandé de faire son patron et qui est bien mieux rémunéré que celui, officiel, qu'elle est censée fournir comme réceptionniste dans l'entreprise de pompes funèbres.

Bien sûr, elle fait tout ça en cachette de ses parents, sa mère s'inquiétant déjà suffisamment lorsqu'elle a quelques minutes de retard.

Sa chance, c'est d'avoir un physique d'aryenne, ce qui lui permet de passer le plus souvent inaperçue.

 

Un jour, alors qu'elle vient de livrer une vieille dame, celle-ci lui demande un service : retrouver une jeune fille juive qu'elle cachait jusqu’à présent chez elle depuis que toute sa famille a été tuée et qui a mystérieusement disparue de sa cache. Mirjam Roodveldt n'a que 15 ans et personne chez qui se réfugier...

Au départ, Hanneke ne veut pas prendre de risques pour quelqu'un qu'elle ne connait pas. Elle finit par accepter et va finalement prendre son rôle très au sérieux. Aidé par Ollie, le grand frère de Bas, elle se retrouve enrôlée dans un groupe de résistants qui compte sur elle pour les aider, en échange des informations qu'ils vont pouvoir lui fournir...

 

Elle, qui jusqu'à présent ne s'était jamais posée trop de questions sur les désastres de l'occupation nazie dans son pays, va entrer de plein fouet dans l'horreur, découvrir les rafles, le théâtre transformé en camp de transit, la crèche où les résistants tentent de sauver quelques bébés juifs en les faisant adopter par des familles, les caches où se terrent des familles juives apeurées, car c'est l'unique chance pour eux de ne pas partir en déportation, et toutes ces familles de justes qui prennent de gros risques pour sauver des vies.

 

Mais retrouver Mirjam, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Et il ne faut avoir peur de rien !
 

Hantée par les souvenirs d'Elsbeth, son amie d'enfance, avec laquelle elle n'a plus de contact depuis que cette dernière a épousé un soldat allemand, culpabilisée par la mort de Bas, tué au front et qu'elle est persuadée d'avoir poussé à partir, Hanneke va peu à peu s'engager dans la Résistance et œuvrer avec ceux qu'elle apprend désormais à mieux connaître et qui lui font à présent confiance, comme de véritables amis. Judith, Willem, Ollie, Mina...sont prêts à donner leur vie pour leur cause ! 

 

Quand Hanneke découvre tout ce qu'elle ignorait et qui se passait à deux pas de chez elle, elle a honte : les réseaux souterrains, les photographes amateurs qui cachent leur appareil où ils peuvent, et apporteront un témoignage crucial sur les événements...les risques pris par des jeunes qui n'ont même pas 15 ans, l'âge où elle a rencontré Bas justement et où elle était, elle, encore si insouciante.

Hanneke, qui était au début du roman, une jeune fille fragilisée par la mort de son ami, ne sera plus jamais la même...

C'est en adulte responsable de ses actes et déterminée que le lecteur la retrouvera à la fin du roman. 

La guerre fait grandir trop vite les enfants et les adolescents sans aucun retour possible en arrière...


 

Voilà le problème avec mon chagrin : il ressemble à une pièce très en désordre dans une maison où il n'y a plus d'électricité...

 

Bien sûr vous l'aurez compris, l'histoire d'Hanneke et l'enquête qu'elle mène pour retrouver Mirjam, ne sont qu'un prétexte pour raconter l'histoire de la Hollande pendant l'occupation nazie. 

Ce roman est donc avant tout un témoignage réaliste sur les événements de la Seconde guerre mondiale en Hollande : tous les éléments historiques racontés dans ce roman sont en effet des faits réels.

Pour info, la Hollande est le pays d'Europe, où le plus de juifs ont été déportés pendant l'Holocauste. Soixante quinze pour cent des juifs néerlandais sont morts en camp de concentration. 

 

La recherche de la jeune fille, donne au roman une dimension particulière et un peu de légèreté. Il y a du suspense, des retournements de situation imprévus, du mystère. Les personnages sont si humains avec leurs doutes, leurs espoirs et leurs maladresses qu'ils en deviennent attachants.

 

Au delà de l'Histoire, que pour la plupart nous connaissons, l'auteur nous montre par l'exemple comment, en temps de guerre et quand la peur quotidienne prend le pas sur la raison, tout peut d'un instant à l'autre basculer et, un simple citoyen devenir un héros ou au contraire, un délateur et un criminel...

C'est donc aussi un roman qui développe des thèmes universels, comme celui de la haine, de la jalousie, de la méchanceté humaine et, à l'inverse du courage, de la solidarité, de la générosité et de l'humanité. 

 

Voilà donc un roman à mettre entre toutes les mains...et en particulier dans celles des ados. L'écriture est simple, la construction sans grande originalité ce qui en fait un livre facile, sans difficulté de lecture particulière, et qui saura toucher son public. 

 

 

Aujourd'hui 8 mai...on célèbre partout en Europe, la fin de cette guerre, à la fois si proche de nous et si éloignée pour les jeunes générations.

Je me devais d'en parler ici et ce modeste roman me paraît être un bon compromis pour un débat intergénérationnel. Un bel hommage à ceux qui se sont battus avec détermination et ont donné leur vie, pour un monde meilleur.

 

Pour ne pas oublier, jamais, et faire partager nos convictions aux ados d'aujourd'hui, pour qui la dernière guerre apparaît comme faisant partie des événements du passé...

 

Il y a tant de choses que j'aimerais oublier. Les passages les plus durs. Les vilaines blessures, sous les cicatrices, toutes ces choses que je voudrais voir disparaître en les ignorant...

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 05:30
Sonatine, octobre 2017

Sonatine, octobre 2017

J'écris ceci à l'instigation de mon avocat, M.Andrew Sinclair, qui depuis mon incarcération ici à Inverness m'a traité avec un degré de civilité que je mérite en aucune façon...

Je m'appelle Roderick John Macrae. Je suis né en 1852 et j'ai vécu tout mon temps dans le village de Culduie, dans le Ross-shire. Mon père, John Macrae, est un fermier estimé au sein de la paroisse, qui ne mérite point d'être sali par l'ignominie des actions dont je suis l'unique responsable...

 

Alors qu'il fait des recherches sur ces ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à un de ces ancêtres.

En 1869, à Culduie, un village isolé des Highlands, Roderick Macrae, âgé de 17 ans est arrêté pour avoir commis un triple homicide.

 

Dans un document, où il a consigné les faits, alors qu'il se trouvait emprisonné en attente de son procès, Roderick relate la vie quotidienne difficile de sa famille, la dureté de son père, le harcèlement que la famille a dû subir de la part de la principale victime, M.Mackenzie, surnommé Lachlan le Large, et surtout le jour où il a commis ses meurtres. 

Avait-il perdu momentanément la raison ?

Avait-il prémédité ses meurtres ? 

L'auteur pour nous aider à nous faire notre propre opinion, et reconstituer le puzzle des événements, nous transmet en direct toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports médicaux, et surtout récit de Roderick...

 

Alors... innocent ou coupable ?

A vous de trancher, mais ne croyez pas vous en tirer à si bon compte, je vous promets que ce ne sera pas si facile...

 

Les habitants de ce village possèdent dans l'ensemble un physique de souche inférieure, étant de petite taille et d'apparence généralement repoussante, ceci vraisemblablement dû à la fréquence des unions consanguines, comme en atteste la présence de certains patronymes dans la région...

 

Ce livre, présenté comme un thriller par l'éditeur, n'en est pas un pour moi. 

C'est en fait un roman social et historique qui nous montre comment était appliquée la justice au temps de la peine de mort, et lorsque les maladies mentales étaient peu connues.

Il invite le lecteur à s'interroger sur un système judiciaire d'un autre temps,  mais aussi sur la difficulté pour des êtres socialement brimés, de ne pas  avoir recours à la violence, quand ils ont besoin de se faire entendre.

Un sujet encore malheureusement trop souvent d'actualité. 

 

La couverture est très attirante et le sous-titre "Documents relatifs à l'affaire Roderick Macrae" laisse entendre qu'il s'agit d'une histoire vraie...

En fait, il n'en est rien, c'est bien un roman et l'auteur s'amuse avec ses lecteurs, en nous faisant naviguer entre réalité et fiction, et en nous faisant douter.

Tout n'est que prétexte à nous laisser croire qu'il va nous parler d'un simple fait divers, dont il aurait juste modifié certains éléments pour les rendre davantage compréhensibles. Le meurtre, les documents, les témoignages et le déroulement du procès, sont pure fiction, bien qu'ancrés dans la réalité d'une époque historique bien réelle.

 

Dès le départ, le lecteur sait que Roderick est en prison, et qu'il écrit son propre récit des faits, à la demande de son avocat, Andrew Sinclair. Le jeune homme s'exprime bien et avec intelligence. 

L'auteur alterne le passé et les extraits du récit de Roderick avec les moments que celui-ci partage dans sa cellule avec ses visiteurs, son avocat et les médecins venus l'observer. 

 

Le lecteur découvre les terribles conditions de vie des paysans des Highlands. Quand on est allé dans cette région d'Ecosse et que l'on connaît la beauté et l'âpreté des paysages sauvages, on imagine sans problèmes à quel point la vie des paysans devait y être difficile au XIXe siècle.

Ils vivaient à l'époque dans des conditions féodales, obligés de travailler durement, recevant des pénalités en cas de problème, ne pouvant prélever sur la nature que ce qu'ils étaient autorisés à prélever.

La violence régnait partout, les jeunes filles étaient fréquemment victimes de viol et les hommes étaient humiliés ouvertement de manière totalement inhumaines.

Le village constituait une petite communauté souvent sécurisante où tout le monde se connaissait, s'entraidait, se tolérait ou se détestait, la pauvreté exacerbant les jalousies et les rancœurs...

 

Alors bien sûr, quand le lecteur découvre la vie de ce jeune homme cultivé et intelligent, mais naïf, et prend connaissance des malheurs qui se sont abattus sur sa famille dès la mort de la mère, il ne peut s'empêcher de penser qu'aujourd'hui le système judiciaire saurait lui trouver quelques circonstances atténuantes.

Il s'interroge et recherche aussi quelle autre solution avait Roderick à part  la violence, pour se défendre... La victime harcelait la famille, faisant tout pour aggraver leur pauvreté en leur collant des amendes pour des actes qui avaient toujours été considérés dans le passé comme naturels. 

 

Tout dans ce roman que j'ai lu avec plaisir, est très réaliste et très bien documenté. On reste assez consterné devant les analyses psychologiques et les déductions faites par les médecins de l'époque pour prouver que Roderick était en pleine possession de ses moyens au moment des meurtres. La criminologie en était à ses débuts et les analyses psychiatriques à leurs balbutiements...

Les temps ont fort heureusement bien changé ce qui n'excuse en rien la violence des meurtres, mais permet, j'ose le croire, de mieux les comprendre et  peut-être d'en prévenir certains. 

 

A lire, si vous aimez ce mélange de social et d'histoire sur fond de crime...

A noter : ce roman a été finaliste du Booker Price en 2016. 

 

Il me demanda si je regrettais ce que j'avais fait. Je lui répondis que non et que, de toute façon, cela importait peu puisque, regrets ou pas, ce qui était fait ne pouvait être défait.

 

Un grand merci à Babelio et à l'opération masse critique pour m'avoir permis de découvrir ce roman, le premier de cet auteur écossais à être traduit en français.

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:13
La couverture, magnifique  a été réalisée par Matthieu Biasotto

La couverture, magnifique  a été réalisée par Matthieu Biasotto

Celui qui sauve une vie, sauve un monde.

 

Le roman débute à New York en pleine tempête...

Thomas Gordon, journaliste d'investigation au New-York Daily News doit sortir de chez lui pour tenter d'atteindre l'immeuble du médecin le plus proche, car les communications sont coupées depuis plusieurs jours et son fils, Andy, est gravement malade... Mais au moment où il aperçoit enfin la porte de l'immeuble, c'est l'accident et nous le retrouvons trois mois après, dans le coma...dans le box 7 de l'hôpital.

Margaret, l'infirmière qui s'occupe tous les jours de lui depuis trois mois, lui parle à  haute voix, persuadée qu'il va bientôt revenir parmi les vivants. C'est ce qui arrive le jour où elle décide de lui faire écouter un magnifique CD de musique classique.

Kate, la femme de Thomas et Ellen, sa fille, sont bouleversées par ce retour attendu mais inespéré. Elles ne lui avouent pas tout de suite que si Andy ne vient jamais le voir, c'est parce qu'il est devenu... aveugle.  

 

Alors que Tom est rentré chez lui et se remet peu à peu, il va découvrir qu'il n'est plus le même. D'étranges visions l'envahissent sans prévenir et il subit toutes les nuits des cauchemars épouvantables dans lesquels le hante le visage de deux petites filles jumelles.

Puis son état s'aggrave et son angoisse monte d'un cran, le jour où il s'aperçoit que ses visions se réalisent. Traumatisé, incapable de comprendre ce qui lui arrive, persuadé qu'il devient fou, il va finir par s'en ouvrir à Ben, son meilleur ami, journaliste d'investigation comme lui, qui va tout faire pour l'aider à y voir plus clair sur ces phénomènes paranormaux qui l'accablent.

Mais Tom n'est pas pour autant au bout de ses surprises...

 

Que ses cauchemars soient des messages, ou bien qu'ils soient simplement là pour lui révéler ce que sa conscience retenait prisonnière, que venaient-ils lui apprendre ?...
Il devait chercher plus loin. Chercher des indices...

 

En parallèle de l'histoire de Tom, le lecteur se retrouve à Paris à l'automne 1940. La ville est assiégée. Les juifs doivent se faire recenser et les listes d'attente devant les magasins pour s'approvisionner, sont de plus en plus longues.

Des familles entières de juifs sont arrêtées, ou obligées de fuir la violence et la haine. Il vaut mieux  se méfier de son voisin et même parfois de ses amis. 

 

Le jeune Simon Lewendel, encore lycéen, assiste effaré, à une arrestation en pleine rue. Terriblement choqué, alors que pourtant il est responsable de sa famille depuis que son père a été bloqué dans le sud de la France, suite à une ordonnance allemande interdisant aux juifs de regagner la zone occupée, il décide de s'engager dans la lutte et de rejoindre un groupe de résistants.

Ses deux soeurs, Pauline et Renée sont de jeunes musiciennes prodiges qui sont entrées au Conservatoire et ne peuvent quitter la capitale. Simon les laisse donc, avec sa mère, sous la protection de la famille Berger, et en particulier du père de Louis, son meilleur ami.

 

Mais dans tout le pays, c'est la descente aux enfers...

Tandis que Simon gagne la Bretagne, où il va faire la connaissance de Léo, Jeanne et  bien d'autres jeunes résistants, aider à fabriquer de faux-papiers et s'investir de plus en plus dans des actions de plus en plus dangereuses, ses deux soeurs vivent dans la peur. Les délations, les rafles et les arrestations contre les juifs se multiplient dans la ville tandis que certaines rumeurs commencent à parler d'étranges trains qui transporteraient les déportés de l'autre côté de la frontière...

Simon est fou d'inquiétude et va tout tenter pour faire sortir ses soeurs de la capitale.  

 

Tandis que le lecteur s'immerge dans le passé, et assiste impuissant au déroulement de la grande Histoire, Tom dans la vie contemporaine s'interroge sur ses pouvoirs paranormaux de plus en plus développés... 

Est-ce le hasard, ou a-t-il été choisi pour accomplir une nouvelle mission sur terre ? Que doit-il découvrir en enquêtant sur les événements passés ? Quel lien y-a-t-il entre lui... et la famille de Simon ?

 

Le jeune homme valide s'attarda un instant sur le marchepied, immobile, pour scruter les parages. Peut-être cherchait-il désespérément quelques témoins de la barbarie ennemie, avant de disparaître aux yeux du monde. Son regard croisa celui de Simon...
"Ne nous laissez pas mourir en vain. Prenez la relève".

 

Voilà un roman que j'attendais depuis longtemps, vu que je connais Rebecca virtuellement grâce à son blog, comme beaucoup d'entre-vous...et cette lecture n'en est que plus précieuse. 

Je me doutais que Rebecca écrivait bien, car elle nous en a donné maintes fois la preuve sur son blog et, cela n'a donc pas été une surprise pour moi de constater que son roman était d'une grande qualité d'écriture. Le vocabulaire n'est jamais choisi au hasard et le ton sonne toujours juste. 

C'est un roman incroyablement bien documenté et il suffit de se reporter à la fin du livre et de constater la longue liste des ressources documentaires qu'elle a utilisées, pour le comprendre.

 

Ce roman est tout d'abord un roman historique qui vous prendra aux tripes, tant il est riche en émotions. 

J'ai été captivée dès les premières pages.

Le lecteur ressent une très grande empathie pour les personnages et il s'attache à eux de plus en plus au fil des pages. Il passe par toutes les émotions et se révolte devant les horreurs perpétrés par les nazis. 

Je me suis assise auprès du feu de bois avec Jeanne et Marguerite, tandis que Simon fabriquait les faux-papiers. J'ai couru avec les familles en fuite, épuisées, pour traverser le pont avant que l'avion ennemi ne les survole...

J'ai aimé que des personnes isolées et crevant de peur, tendent tout de même une main généreuse pour aider des familles juives ou des résistants, mais je ne suis pas arrivée à pardonner à ceux qui, pour sauver leurs proches, ont commis le pire, puis se sont ensuite racheter en les aidant.

 

Ce roman est aussi un roman fantastique puisque Tom se sert des ses pouvoirs surnaturels et ne comprend pas comment il a pu se réveiller du coma avec. Le fait que Tom puisse remonter très loin dans le passé, ou se rendre dans le futur pour prévoir ce qui peut arriver à ses proches, nous permet d'entrer dans la vie intime des personnages, de connaître leurs pensées les plus secrètes et de porter un autre regard sur les horreurs de la guerre.

Si Tom devient obsédé par sa quête existentielle, au point que parfois il en oublie ses proches, il n'en est pas moins bouleversé par ces visions si réalistes et s'interroge sans relâche, invitant le lecteur à faire de même...

Et me direz-vous, qu'en est-il du fil d'argent ? Et bien je trouve que Rebecca l'a très bien expliqué sur son blog et il est inutile que j'en rajoute : il suffit de cliquer ICI et vous saurez tout ce qu'il y a à savoir...

Mais si vous le préférez, laissez-vous porter par l'histoire. Inutile d'ailleurs d'avoir votre propre avis sur la question pour vous immerger dans cette lecture ! 

 

Ce roman a été pour moi une belle découverte et j'ai eu un immense plaisir à le lire. C'est un roman pétri d'humanité qui nous parle avant tout des hommes, de leurs fragilités, de leurs peurs, de leurs croyances et des horreurs qu'ils ont été capables de commettre, ou bien au contraire, du dévouement et de l'engagement dont ils ont fait preuve.

C'est un roman à lire absolument, qui nous invite à nous souvenir et surtout à ne pas oublier...jamais !

 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 06:04
Editions Les Escales, 2005 /  First, 2011 / Livre de Poche, 2013

Editions Les Escales, 2005 / First, 2011 / Livre de Poche, 2013

L'histoire de ta mère est aussi celle de ta grand-mère et de ton arrière grand-mère. Ainsi que ta grande-tante. Leur destin était entrecroisé... Elles illustrent à la perfection ce que nous appelons la fatalité, en Grèce. Celle-ci est bien souvent le fait de nos ancêtres, et non des étoiles. Lorsque nous évoquons l'Antiquité, nous nous référons toujours au destin, mais nous ne parlons pas réellement d'une force incontrôlable. Bien sûr, certains événements capitaux semblent se produire sans raison et bouleverser le cours d'une vie, mais, en vérité, notre destinée est déterminée par les actions de ceux qui nous entourent et de ceux qui nous ont précédés.

Maria retira ses ballerines pour monter sur une chaise branlante et remarqua aussitôt une marque étrange sur son pied nu. Son cœur marqua un battement. On aurait dit qu'elle s'était brûlé l'orteil au soleil et que sa peau en pelant avait laissé une tache de dépigmentation. Il n'y avait peut-être aucune raison de s'alarmer pourtant l'angoisse commençait à la ronger.

 

En vacances en Crète avec son copain Ed, Alexis, une jeune anglaise archéologue, s'interroge sur sa vie et ses origines familiales.

Peu de temps avant de partir, elle a demandé à Sophia, sa mère, l'autorisation de se rendre dans son petit village natal situé sur la côte nord de l'île. Cette dernière, bizarrement, ne lui a jamais parlé de son enfance, ni de ce village natal, ni de sa famille...et la petite Alexis a cessé depuis bien longtemps de l'interroger à ce sujet. 

A contre-coeur, Sophia lui a remis une lettre et une adresse, celle de Fotoni, une amie de la famille, mariée à  l'aubergiste du village de Plaka, censée lui en apprendre davantage sur ses origines. 

 

Lorsque Alexis décide de s'y rendre après deux semaines de farniente avec Ed à La Canée, une station touristique du bord de mer, ce dernier ne comprend pas cet intérêt soudain pour sa famille. Malgré sa mauvaise humeur, la jeune femme décide de prendre tout son temps durant cette escapade, ce qui lui permettra de réfléchir à leur relation de couple...

 

Dès l'arrivée dans le petit village côtier, à l'heure de la sieste, elle décide de commencer la visite des lieux par la petite île de Spinalonga, poussée par une curiosité naturelle et professionnelle.

 

En songeant qu'elle était seule sur Spinalonga, Alexis se sentit gagnée par une vague de peur... Elle n'avait jamais connu un tel isolement, se retrouvant rarement à plus de quelques mètres d'un autre être humain et, à l'exception des moments où elle dormait, n'étant jamais privée de tout contact extérieur pendant plus d'une heure. Son absence d'indépendance lui apparut soudain comme une chaîne, et elle se secoua.

 

Dans cette île, des centaines de lépreux ont vécu de 1903 à 1957, retirés du monde et comme "oubliés" par la société de l'époque. Elle découvre avec stupeur, des vestiges et une ambiance qu'elle n'aurait jamais imaginé.

Dès son retour, troublée, elle prend contact avec Fotini et son mari, Stephanos chez lesquels elle est accueillie chaleureusement.

Elle n'ose dire à Fotini que sa mère ne lui a jamais parlé ni de Plaka, ni de sa famille mais la vieille femme, qui a été l'amie de sa grand-mère va lui faire des révélations surprenantes, auxquelles la jeune femme ne s'attendait pas du tout...

 

-Ma mère s'est toujours montrée très secrète sur sa jeunesse, dit-elle. Je sais seulement qu'elle est née près d'ici et a été élevée par son oncle et sa tante...
Et qu'elle est partie l'année de ses dix-huit ans pour ne jamais revenir.
- C'est vraiment tout ce que tu sais ? s'étonna Fotini. Elle ne t'a rien raconté d'autre ?

 

Alexis va comprendre quel terrible destin la lie à l'île de Spinalonga, qui était la merveilleuse Maria, dont Sophia garde une photo de mariage, et pourquoi sa mère a rompu si violemment avec son passé, au point de ne jamais lui en parler. 

En effet, Eleni sa grand-mère, a été une des habitantes de l'île...

Eleni aurait pu prédire en tous points le comportement de ses filles. Anna, l’aînée, lunatique depuis toujours, ne dissimulait jamais ses sentiments. Maria, quant à elle, plus calme et patiente, perdait ses moyens avec moins de facilité. Fidèle, chacune, à son caractère, Anna avait davantage laissé paraître sa peine que Maria au cours des jours précédents, et elle n’avait jamais autant démontré son incapacité à contrôler ses émotions que ce matin-là. Elle avait supplié sa mère de ne pas partir, l’avait conjurée de rester, à grand renfort de cris courroucés et de cheveux arrachés. Maria, en revanche, avait pleuré en silence d’abord, puis à gros sanglots déchirants que l’on entendait de la rue. Elles en arrivèrent finalement toutes deux au même point, rendues muettes par l’épuisement.

 

Ce roman, dont j'avais jusqu'à présent repoussé la lecture, est une parfaite lecture de vacances.

C'est suite au voyage de Cathyrose en Crète, ce mois de mai dernier et à ses multiples reportages-photos sur son blog, que j'ai été tentée de me plonger dans cette lecture, dont elle nous a souvent parlé. 

Le roman alterne entre la vie à Plaka et sur l'île de Spinalonga. 

 

C'est un roman facile à lire et émouvant, qui sait alterner le pathos et des moments plus légers. Le style est clair et simple, et la construction, même si elle présente quelques retours en arrière dans le temps, est parfaitement compréhensible. L'intrigue est très romanesque et empreinte de mystères, juste ce qu'il faut pour en apprécier la lecture et le déroulement, avoir envie de tourner les pages et s'attacher aux personnages (ou les détester...).

 

C'est un roman qui bien sûr nous parle de l'histoire de la Crète, de la vie quotidienne, des fêtes et des traditions du début du XXe siècle, une période où les croyances et la religion étaient encore très présentes.

Il nous parle en particulier de l'histoire de la lèpre, cette terrible maladie qu'on soigne très bien aujourd'hui, mais qu'on ne savait pas soigner en ce temps-là et qui était si contagieuse, qu'elle provoquait chez ceux qui n'en étaient pas atteints un rejet immédiat, obligeant les malades à se retirer du monde et à vivre exclus jusqu'à leur mort, dans des souffrances terribles.

J'ai trouvé que d'ailleurs l'auteur abordait remarquablement bien ce problème du rejet et de l'exclusion. Et je crois que c'est cela qui m'a plu dans ce roman. 

J'ai appris beaucoup de choses sur les différentes formes que peut prendre cette maladie qui n'est pas toujours aussi invalidante que ce qu'on imagine.

 

J'ai donc passé un bon moment de lecture sans toutefois être subjuguée car bien sûr, j'ai deviné à l'avance pas mal de chose...

De plus, tout ce qui touche à Alexis dans sa vie d'aujourd'hui et en particulier ses petits problèmes de couple, m'a laissé totalement de marbre et je suis même surprise qu'une jeune femme ayant son intelligence et sa finesse n'ait pas cherché à en savoir plus, plus tôt, sur ses origines. Mais bon, il fallait bien que l'histoire commence par un mystère. 

 

Ce roman est bâti pour émouvoir et même faire pleurer dans les chaumières... D'ailleurs je pense qu'il correspond bien à notre sensibilité féminine, ce qui ne veut pas dire que les messieurs ne peuvent pas le lire. 

Donc d'après moi, pour l'apprécier vraiment, il faut : être en vacances, avoir envie d'une lecture facile mais émouvante, aimer les secrets de famille et les sagas familiales (sans forcément être adepte des séries télé sur ce thème !), être capable d'imaginer le cadre magnifique de l'histoire, sans oublier que l'île de Spinalonga, malgré les jolies descriptions faites par l'auteur, n'était sans doute pas du tout aussi paradisiaque à cette époque que l'auteur le laisse entendre...

 

Ce roman, considéré comme un best-seller a été traduit dans 25 pays et a reçu le Prix des Lecteurs FNAC en 2013.

Il a également fait l'objet d'une série télévisée très populaire en Grèce. 

 

Libérée de son point d'amarrage, la corde se déroula d'un mouvement vif, et des gouttelettes d'eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l'unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu'au son du moteur haletant elle s'éloignait du quai pour rejoindre l'île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s'y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d'olive. L'île n'était pas loin et, quand l'embarcation approcha de l'imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd'hui encore, une force d'attraction.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 06:39
Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

Le Cherche midi éditeur, 2000 / Pocket, 2011

 

Cela fait quelque temps déjà que je voulais lire "La vengeance des mères" de Jim Fergus, un roman paru en automne dernier...qui est la suite de "Mille femmes blanches" que j'ai déjà lu lors de sa sortie en France, il y a déjà 17 ans.

Avant d'aborder cette suite dont je vous parlerai bientôt, une relecture du premier roman s'imposait donc ! 

L'histoire démarre alors que les guerres indiennes font rage en Amérique du Nord.

 

Pour favoriser la paix avec les hommes blancs, le grand chef cheyenne, Little Wolf accepte de se rendre à Washington pour rencontrer le président Grant.

Là, il lui propose un échange incroyable, des chevaux contre mille femmes blanches, afin d'assurer la pérennité de son peuple par des naissances, et de sceller la paix entre les deux peuples, l'enfant appartenant dans la tradition cheyenne, au peuple de la mère.

Les blancs pensent que grâce à ces femmes, on pourra convertir le peuple indien au monde des blancs (le pervertir serait plus juste).

Très vite le projet qui sera désigné par le nom de "Brides for Indians" (BFI) prend forme dans le plus grand secret. Une centaine de femmes se porte volontaires, en majorité des prisonnières ou des femmes enfermées en asiles. Elles sont bien décidées à aller vivre avec les cheyennes, en échange de leur liberté et elles s'engagent à rester deux ans parmi les indiens avant de pouvoir retrouver, si elles le désirent toujours à ce moment-là, le monde civilisé. 

Mais durant l'hiver 1876,  l'armée américaine, sans tenir compte de l'insertion de ces femmes blanches parmi les indiens, attaquent sans prévenir les cheyennes qui n'ont pas accepté, comme préconisé par le gouvernement, de se rendre dans les réserves. Seules quelques-unes parmi elles et quelques bébés échapperont au massacre... 

 

De même qu'ils redoutent les femmes qui expriment leurs désirs, les hommes dédaignent celles qui affichent leurs opinions_quelles quelles soient et quel qu'en soit le sujet.

 

Le roman est présenté d'une manière très agréable, sous forme de carnets intimes précisément datés, écrits par une de ces femmes, May Dodd.

May avait été internée en asile parce qu'elle avait osé avoir des enfants hors mariage, avec Harry qu'elle aimait, mais qui était d'une condition sociale inférieure à la sienne. Rejetée par sa famille, qui s'était bien sûr opposée au mariage, elle avait été enlevée en pleine nuit par sa famille, afin d'être enfermée à l'asile et ses deux enfants lui avaient été retirés. 

Les carnets de May auraient été conservés pendant des décennies dans le sac médecine du peuple cheyenne puis dans leurs archives, et enfin découverts par un de ses descendants, devenu journaliste et bien décidé à réhabiliter sa grand-mère au sein de sa famille, mais ceci n'est bien sûr que pure fiction...

 

Les blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l'immensité d'une Terre qu'ils sont incapables d'aimer, d'un vide qu'ils tentent vainement de combler.

 

May est mariée à Little Wolf,  le plus puissant des guerriers et chefs cheyenne.

Dans ses carnets, dans lesquels elle s'adresse tour à tour à Harry, à sa soeur ou à ses enfants, elle décrit le long voyage d'approche, l'arrivée au fort, l'accueil de la tribu puis les difficultés des femmes blanches pour s'adapter aux nouvelles coutumes et aux interdits, mais aussi pour se faire accepter par les autres membres de la tribu.

May décrit en détails  leurs conditions de vie chez les indiens, les croyances et les coutumes. Peu à peu le lecteur vit avec elle, au milieu de ces êtres qui ont le sens de la fête, aiment les rituels et ont toujours beaucoup d'humour et de curiosité face aux habitudes des blancs.

Mais May ne cache rien, ni des combats violents et sanguinaires entre tribus,ni de la naïveté de ce peuple ou de ses déceptions, ni des ravages occasionnés par l'alcool, ni des viols ou autres exactions... 

Elle montre bien la déchéance de ceux qui sont allés vivre dans les réserves, le problème d'identité des sangs-mêlés, la pauvreté de ceux qui viennent quémander près des forts en espérant un peu de whisky. 

Elle assiste, impuissante, à l'agonie de son peuple d'adoption...un peuple doux qui savait vivre en harmonie avec la nature. 

Le lecteur découvre (ou redécouvre) avec plaisir ce peuple naïf qui croit en la parole de l'homme blanc et au respect des traités signés...ce peuple qui veut vivre tout simplement sur ses terres, chasser et continuer à changer d'endroit pour suivre le gibier selon les saisons, tout en conservant leurs coutumes et en faisant commerce avec l'homme blanc pour avoir un peu de sucre, de café ou autres denrées dont ils ne peuvent plus se passer.

C'est un peuple tolérant, chaleureux et ouvert d'esprit, prêt à accepter le changement, généreux et respectueux des femmes et des enfants qui n'impose jamais rien aux autres.

Le roman se termine quand commence la guerre des Black Hills en 1876. 

 

 

Je vais être un peu longue mais ce roman en vaut la peine.

Jim Fergus nous offre ici à la fois une oeuvre de fiction et, un témoignage historique qui relate l'histoire des massacres perpétrés par les hommes blancs, massacres qui ont amené les peuples indiens à disparaître ou à être "parqués" dans des réserves, où l'ennui et l'alcool les attendaient. Je ne vous apprends rien.

 

Le roman part d'un événement réel, la visite du grand chef cheyenne à Washington. Les guerres indiennes font rage depuis des années et le grand chef veut la paix pour son peuple. Les colons continuent d'avancer vers l'ouest et de plus, les hommes blancs viennent de découvrir de l'or dans les Black Hills, des montagnes qui pourtant ont été données par traité "pour l'éternité" aux indiens.

 

La plupart des personnages cités ont réellement existé. C'est le cas en particulier de ceux qui ont joué un rôle dans les massacres indiens comme le général Georges Crook, très actif durant les guerres indiennes, qui n'a eu de cesse de traquer les amérindiens pour les exterminer, afin que les colons puissent s'approprier leurs terres et leurs richesses. George Armstrong Custer, ainsi que Ranald S. Mackensie sont aussi des figures incontournables de cette période de l'histoire.

Même John Gregory Bourke a lui aussi réellement existé et il a bel et bien joué un grand rôle dans les études faites sur les indiens apaches et cheyennes ce qui a permis de plaider leur cause.

 

Cette immersion au coeur du peuple cheyenne ressemble tellement à un témoignage, que le lecteur ne saurait à aucun moment dire si tel ou tel événement est réel ou fictif. Les expressions propres aux cheyennes, les noms donnés aux jeunes femmes, sont tous traduits. Un glossaire permet de retrouver tous les noms indiens à la fin. 

 

Tout sonne juste, même l'histoire d'amour imprévue entre le capitaine Bourke et la superbe May, les sentiments contradictoires des soldats qui hésitent à faire feu, le massacre des indiens en plein hiver, par des soldats pressés d'en finir, les violences commises sur ceux qu'ils considèrent comme des "sauvages".

A cela se rajoute les descriptions fabuleuses des paysages, des grandes étendues de prairies et de forêts et la découverte par ses femmes, pour la plupart citadines, de la nature sauvage et des animaux.

Jim Fergus, encore une fois, dresse des portraits de femmes inoubliables, toutes solidaires dans exil et dans cette aventure qui les terrorise. Elles s'aident à accepter ce nouveau mode de vie et à découvrir ce peuple jusque-là décrié et caricaturé.

C'est au delà de l'histoire des indiens, un roman très instructif sur les conditions des femmes américaines au XIXe siècle. Ces femmes qu'on n'hésite pas à utiliser à des fins politiques et dont personne ne se souciera par la suite...

 

Bien sûr, nous sommes épouvantés par l'histoire et nous ne pourrons que nous interroger sur la nature même des hommes, et se demander qui entre l'homme blanc et l'indien, est le véritable "sauvage". Nous ne pouvons que faire un constat effroyable puisque nous connaissons l'issue de ce massacre.

La scène, alors que les femmes se trouvent encore dans le train qui traverse les prairies, durant laquelle les hommes se divertissent en tuant des bisons, femelles ou bébés, et en les laissant en place, pour le simple jeu de tuer, est superbement décrite. 

La fin ne nous laisse aucun répit puisque Harold, un des descendants de May vit dans un HLM dans la réserve de Tongue River et que par contraste évident avec ce que nous venons de lire, nous ne pouvons que trouver sa vie, bien morne et dénuée d'intérêt.

 

J'ai maintenant le sentiment d'être également un élément si minuscule soit-il, de l'univers complet et parfait...
Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j'occupe sur cette terre, est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie.

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus se passionne très vite pour la cause indienne alors qu'il est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il avait pour projet initial d'écrire une biographie du grand chef cheyenne, Little Wolf. Il sillonne alors le Middle West américain jusqu'au Montana.

A partir d'un fait authentique, il imagine le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux indiens en 1875. 

Ce roman a obtenu le prix du premier roman étranger dès sa sortie en 2000.

De cet auteur, j'ai déjà chroniqué sur ce blog...

 

 

 

Pour en savoir plus sur l'auteur je vous invite à consulter son blog...

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:04
Bayard jeunesse / 2017

Bayard jeunesse / 2017

Amy arrêta de souffler. La musique cessa. La fillette regardait les spectateurs, un sourire ébahi barrant son visage d'une oreille à l'autre. C'était pour elle, ces applaudissements ? Incroyable. Elle ne s'attendait pas, en venant ici, à devenir elle-même l'héroïne du spectacle !

 

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu un roman pour adolescent et voilà qu'avec ce nouveau titre de Christophe Lambert, c'est chose faite ! 

 

Nous voilà partis aux États-Unis, dans les années 30. La grande Dépression a jeté des milliers de personnes sur les routes, abandonnant leurs biens et leurs maisons qu'ils ne pouvaient plus payer pour un ailleurs qui sera forcément meilleur...

La famille Gentliz est de ceux-là. La maman est morte et c'est le père qui s'occupe de Teddy, 15 ans et de sa jeune soeur, Amy. Ils sont en route pour la Californie où ils espèrent comme tant d'autres, trouver du travail. 

 

Mais alors qu'ils sont dans un camp en Arizona, une troupe de forains va croiser leur route. Bien sûr Amy veut assister au spectacle de marionnettes et Teddy, pour lui faire plaisir, va obtenir des billets gratuits contre de menus services rendus aux forains...

Mais dès le lendemain, Amy tombe soudainement malade. Teddy est persuadé que l'énigmatique Sirius, l'homme en noir, a volé l'âme de sa petite soeur... 

 

Dans la nuit, alors que le médecin du camp avoue son incapacité à soigner Amy, Teddy prend la route, bien décidé à poursuivre le groupe de forains et à leur demander des comptes.

 

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'au cours de ce voyage initiatique, il va rencontrer des personnes inoubliables comme Ducan, l'écrivain que son père a chassé de la maison, avec qui il travaillera dans les mines de charbon de Grover's Mills, Mary Jane, la jeune fille muette, dont il va tomber amoureux et qui lui racontera son histoire, et aussi ce grand homme que dans les abattoirs de Chicago, on surnomme "Le Chef", un indien aux pouvoirs immenses...

 

Tous vont participer à sa quête car vous le savez bien dans la vie...

Il n'y a jamais de hasard ! 

 

Une fois traversé les bidonvilles de la périphérie (cabanes aux toits de zinc ou en parpaings, grillagées de fil de fer barbelé, somme toute guère différentes de celles qu'on trouvait dans les camps où Teddy avait vécu), le voyageur venant de l'ouest entrait dans la cité par l'artère principale, grouillante de monde à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. A partir d'ici le vêtement de rigueur semblait être le poncho.

 

J'ai beaucoup lu Christophe Lambert dans ma vie professionnelle. Il est l'auteur de très nombreux livres jeunesse et ado. Il écrit dans tous les styles des romans d'aventure, de science-fiction, de fantasy, historique ou polar... Mais je reconnais que je n'ai jamais lu ses romans pour adultes. 

J'ai retrouvé avec plaisir son style d'écriture. Il faut dire qu'il n'a pas son pareil pour nous faire participer à l'aventure.

 

Le scénario est finement mis en place. Tout paraît crédible car l'auteur ancre son récit dans une réalité historique, celle de la Grande Dépression, un moment de l'histoire des États-Unis, peu traité en littérature jeunesse. Les conditions de vie des gens sont particulièrement bien décrites et les difficultés des petits boulots bien montrées. 

Le lecteur se laisse prendre par les personnages, tous fascinants et attachants. Teddy est un garçon courageux qui ne renoncera devant rien pour sauver sa petite soeur...même s'il est parfois aidé par une once de magie, cela ne gâche rien. 

 

Le périple est angoissant car le lecteur suit en parallèle l'avancée de l'horrible Sirius vers la réalisation de son ignoble projet...Mais chut, vous le découvrirez en lisant ces pages et je ne vous dévoilerai rien de plus de l'histoire ! 

Mais faites-moi confiance, je vous assure que vous ne regarderez plus jamais un spectacle de marionnettes de la même façon.

Voilà 588 pages qui s'avalent d'un seul coup ou presque et un roman pour adolescent que l'on peut proposer à la lecture dès 13-14 ans et offrir, les yeux fermés. 

Merci à Babelio et à son opération Masse Critique de m'avoir permis de le lire...

 

 

L'esprit de Teddy s'élève, toujours plus haut. Toute frontière abolie, il traverse plusieurs couches de terre, des canalisations, mais aussi des sédiments, des alluvions. Perforant le goudron d'un trottoir, il débouche dans une rue encombrée de Chicago, au milieu des badauds qui n'ont pas conscience de sa présence, parmi les coups de klaxon, le brouhaha des conversations, le tintement des conversations, le tintement des cloches du tramway. Puis il glisse le long d'un building. Il monte maintenant vers le ciel comme une flèche.
- Je vole ! Je vole !
- Oui, et tu peux aller n'importe où, fit la voix de Chef.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 05:50

L'oiseau l'avait suivi jusqu'à l'hospice. Il remplissait le ciel de ses ailes déployées et il riait en tournoyant au-dessus de lui. Du fond de son panier qui se balançait à droite, à gauche, Séraphin voyait tout, entendait les sons les plus lointains. "Elle va revenir", lui avait dit l'oiseau soyeux en levant ses plumes au détour du vent ; elle était partie devant et, quand elle aurait trouvé l'endroit, elle le ferait chercher. L'oiseau savait où le trouver.
"Elle va revenir", murmura-t-il, la tête tournée vers le ciel.

 

Connaissez-vous "la prison de la Petite-Roquette", cette prison parisienne initialement conçue pour recevoir des femmes et qui, de 1836 à 1932 n'a été utilisée que pour incarcérer des enfants de 7 à 21 ans...avant de devenir une prison pour femmes où 4 000 résistantes furent enfermées pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Moi je n'en avais jamais entendu parlé ou bien, je l'avoue... je l'avais oublié. 

 

Au départ, les enfants enfermés dans cette prison ont eu durant une partie de la journée une vie commune, mais dès 1838, la mode qui vient d'Amérique est à l'isolement, afin d'éviter la "corruption mutuelle" mais aussi les épidémies vues les conditions déplorables de vie.

Les enfants enfermés là, pouvaient avoir commis des crimes graves, de simples vols à l'étalage, ou être des enfants des rues, orphelins ou abandonnés, ou même encore des enfants placés au titre de la "correction paternelle" sur simple demande de leurs pères. Ils pouvaient y rester de 1 à plus de 6 mois consécutifs...

 

 

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Editions Anne Carrière, 2016 Prix Paul Féval 2016

Il a rangé sa couche, il a balayé le sol, chaussé ses sabots et maintenant, debout devant la porte, il attend. Il attend qu'un surveillant vienne et entrouvre le guichet, il attend devant une porte close, parce qu'on n'ouvre plus les portes si ce n'est un quart d'heure pour se laver dans la cour, à un moment où personne ne peut le voir et où il ne peut voir personne.
Il attend dans le silence.

 

Nous sommes en 1838, lorsque Jacques, à 11 ans, est arrêté en plein carnaval et incarcéré à la demande de son père à la Petite-Roquette. 

Terrifié, espérant sans relâche la venue de sa mère pour le "sauver", Jacques doit se rendre à l'évidence : il n'aurait jamais dû descendre de la voiture et marcher au milieu des saltimbanques, ivre d'aller en liberté dans la foule, affolant sa mère enceinte...

 

Il va faire connaissance avec Narcisse, plus âgé que lui et qui a déjà une longue expérience de la vie, puisqu'il a été arrêté pendant la révolution de juillet, Séraphin, le plus jeune enfant trouvé qui attend sa mère et reste persuadé qu'elle viendra le chercher car l'oiseau le lui a dit un jour, Octave qui n'a plus de dents malgré son jeune âge et attend qu'un père adoptif vienne le chercher (mais celui-ci attend que l'administration lui en donne l'autorisation) et Charles qui déclame toute la journée des vers de Victor Hugo en prétendant être son fils....

 

Mais très vite les enfants vont être séparés et confinés dans leurs cellules où ils recevront tout de même quelques enseignements de base et de quoi occuper leur mains.

La solitude est trop forte et les enfants y perdent ce qui leur restait de joie et d'envie de vivre...ils n'ont plus que leurs rêves pour survivre et rester libres chacun à leur manière, de traverser les murailles pour s'envoler au delà des murs...

 

 

On ne lui vole plus son pain, mais c'est pire qu'avant.
Assis par terre les jambes écartés, Séraphin ne joue plus. Le caillou qu'il a ramassé hier dans la cour, il le tient bien serré dans son poing. Il n'a pas faim de pain, il a faim de Charles, et de Jacques, et cette seule pensée le fait hoqueter plus fort...
Il est petit alors on l'oublie.

Avec en toile de fond la vie parisienne au temps de la Monarchie de Juillet, où se mêlent misère, maladies et révoltes, l'auteur retrace avec beaucoup d'humanité la vie de ces enfants délaissés par la société du XIXème siècle. 

La place de l'enfant dans la société de l'époque est bien différente de celle qu'il détient aujourd'hui. On est bien loin des droits de l'enfant et la violence au début du roman peut choquer, autant celle des surveillants qui sont d'une cruauté incroyable envers les enfants, que celle des enfants entre eux.

Seul l'abbé Crozes, en véritable humaniste tente d'alléger leur solitude et se bat contre le directeur et les surveillants pour modifier les conditions de cet enfermement.

Le contraste est frappant entre le récit de la vie quotidienne de ces enfants et les rapports officiels, rédigés par les préfets, inspecteurs et autres instances administratives qui étayent le roman. 

 

"Nous avons été émerveillés de l'activité, de l'ordre et de l'intelligence qui règnent partout.
Sans parti pris, entrez dans chaque cellule et voyez ces yeux clairs, cet air calme et résigné. Voyez comme tout est rangé, comme tout est propre : l'établi, les outils, le lit, la chaise, les livres, les cahiers d'écriture...
Interrogez le médecin : il vous dira que leur santé à tous est meilleure que dans la vie libre.
..."

M. Moreau-Christophe
Inspecteur général des prisons du royaume

 

Même si par moment, au début de ma lecture, je me suis un peu perdue dans les personnages, l'auteur passant sans prévenir de l'un à l'autre, sautant d'un événement présent au passé, ce roman est facile à lire et à comprendre.

Il nous offre de nombreux passages emplis de poésie...qui arrivent à nous faire voir l'incarcération avec les yeux des enfants, ce qui allège sa lecture mais ne nous fait pas oublier pour autant la violence quotidienne. 

 

Un livre qui ne peut nous laisser indifférent, surtout lorsque l'on songe que ces enfants des rues, ces orphelins, ces petits voleurs du siècle dernier ou de la fin du XIXème, qui devaient vivre au jour le jour dans la ville comme ils le pouvaient, ont été rayés définitivement de l'Histoire, les archives de la prison ayant été détruites lors de la démolition des bâtiments en 1974, sur l'emplacement desquels se dresse aujourd'hui une barre HLM. 

 

Ce beau roman leur rend hommage et nous invite à ne pas les oublier....

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:30
Presses de la Cité 2016 / Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

Presses de la Cité 2016 / Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

 

Nous voici à Barcelone en 1874.

Alors qu'il assiste impuissant au spectacle de l'incendie d'un immeuble, le narrateur, Gabriel Camarasa est sauvé in extremis d'un accident certain par un dénommé Antoni Gaudi. 

Revenu récemment avec sa famille de six années d'exil à Londres, Gabriel doit faire sa rentrée, justement ce jour-là, en première année à l'école d'architecture...

Arrivé à l'école, il découvre non sans surprise qu'Antoni est lui aussi étudiant en architecture.

Les deux jeunes gens, bien que de milieux sociaux différents, deviennent vite inséparables et se découvrent une passion commune pour la photographie.

 

L'immeuble qui a été incendié, abritait le journal "La Gazette du soir", principal concurrent du journal à scandales,"Les nouvelles illustrées", que détient Sempronio Camarasa, le père de Gabriel et dont la dessinatrice attitrée n'est autre que Fiona Beggs, une amie anglaise de la famille Camarasa. 

 

Sempronio Camarasa est aussitôt accusé de l'incendie.

Les rumeurs vont bon train et la famille Camarasa se retrouve fortement déstabilisée, d'autant plus que lors d'une soirée, le père de Gabriel se met en colère et gifle un vieil homme à l'apparence de mendiant, qui s'avère être en fait Eduardo Andreu, un ancien marchand d'art, ruiné par un scandale autour d'une photo truquée.

Peu de temps après,  le vieil homme est retrouvé assassiné. Tout accuse Sempronio ! 

 

Dès lors, tout va se déliter dans la vie bien rangée de Gabriel...

Alors que son père vient d'être arrêté,  il va tenter, avec l'aide de son ami Antoni mais aussi de Fiona, de découvrir tous les secrets qui entourent cette affaire, espérant ainsi rétablir la vérité, car il en est sûr , son père ne peut en aucun cas être l'assassin.

Gabriel y perdra une bonne part de sa naïveté. 

Le jeune homme avoue à Antoni, ne rien savoir sur les affaires de son père et avoir été tenu à l'écart malgré son âge. Fiona a l'air d'en savoir bien plus que lui !

Son père est-il réellement revenu de Londres à des fins politiques comme la rumeur le murmure ? 

Comment, maintenant peut-il démêler le vrai du faux et en savoir plus, à présent que son père est en prison ?

 

Le lecteur va suivre, exalté, de nuit comme de jour, les péripéties de ces jeunes gens dans une Barcelone d'une autre époque, secrète et vivante. 

Avec eux, vous irez dans les quartiers sordides ou bourgeois de la ville ; vous les retrouverez autour d'un repas de famille, dans une loge d'Opéra, ou lors d'une soirée mondaine ; vous y causerez dessins, architecture, ou drogues et politique donc, République ou coup d'état, entre autres sujets.

Vous y découvrirez le bouillonnement d'idées de la Barcelone, les luttes de pouvoir, les complots et les intrigues politiques, les petits et grands trafics.

Vous ferez connaissance avec des personnages tous plus mystérieux les uns que les autres comme, le journaliste Victor Sammartin ; Lavinia, la mère de Gabriel qui va quitter son rôle d'épouse modèle et bourgeoise pour l'occasion ; Margarida, la jeune soeur de Gabriel qui va être obligée de sortir de l'adolescence ; ou alors les mendiants de la ville, comme Canines par exemple qui semblent tenir un rôle particulier dans toute cette affaire.

Mais c'est surtout autour du mystérieux Monsieur G. que le suspense est maintenu : ce personnage est le double secret d'Antoni Gaudi...capable au grand étonnement de Gabriel, non seulement de se passionner pour le spiritisme, mais aussi de fréquenter les bas-fonds de Barcelone ainsi que des bandes de voyous et, le plus surprenant, de s'en faire respecter...

 

 

Ce roman est un thriller historique passionnant qui ne vous lâchera pas tant que vous n'aurez pas découvert tous les secrets de Barcelone et des principaux protagonistes !

Il est agréable à lire et écrit à la première personne, ce qui le rend très vivant. 

 

Bien sûr vous ne manquerez pas, comme le fait Gabriel, de mettre en doute tour à tour chacun des personnages ! Vous découvrirez que certains sont complices alors que d'autres qui vous semblaient fiables, sont des espions.

D'autant plus qu'ils cultivent tous le mystère et n'avouent que rarement leurs secrets...

 

Vous partirez sur des fausses pistes, vous mettrez en doute l'amitié d'Antoni Gaudi et vous  serez surpris non seulement par son savoir, mais aussi par son pouvoir...

En tous les cas je n'imaginais pas sous ce jour-là, celui qui allait devenir le créateur de la sublime Sagrada Familia.

 

Vous découvrirez un pan peu connu de l'Histoire de Barcelone, pendant la république et juste avant le retour de la Royauté, une période que je ne connaissais absolument pas. Les détails historiques sont distillés avec beaucoup de légèreté et ne sont en rien ennuyeux. 

 

Et en plus, vous vous baladerez dans les rues de la ville et, si vous la connaissez un peu, les plans sur la 2ème et 3ème de couverture vous aideront à vous repérer. 

 

Ce roman est un excellent thriller de vacances qui vous tiendra en haleine quelques jours (ou quelques nuits) avec ses 536 pages. 

 

Merci à Babelio et à Masse critique de m'avoir permis de découvrir ce roman et cet auteur...

Barcelona / Daniel Sanchez Pardos

Daniel Sanchez Pardos est né en 1979. Diplômé de l'Université de Barcelone, ce jeune écrivain espagnol a été bibliothécaire pendant 15 ans avant de se consacrer à l'écriture. Il a reçu de nombreuses récompenses parmi lesquelles en 2011, le Prix de la Tormenta du meilleur nouvel auteur pour son roman "Le quatuor Whitechapel" (2010).

 

Marianne Millon est traductrice. Elle est d'abord enseignante d'espagnol avant de se consacrer à la traduction de livres adultes ou jeunesse. Pour elle, la traduction est une vrai passion qu'elle a eu envie de pratiquer dès l'adolescence.

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 09:30
Edilivre, 2015

Edilivre, 2015

La guerre est là et les allemands envahissent la France : ils ont maintenant atteint la capitale. Le roman débute le 17 juin 1940 alors que le Maréchal Pétain s'adresse aux français pour les informer de la composition de son nouveau gouvernement.

 

Arlette Gravier est employée dans un grand magasin du quartier de la Madeleine, les Trois Quartiers. Tous les soirs, elle écoute Radio France en pensant à tous ses amis partis à la guerre et dont elle n'a plus de nouvelles. Parmi eux certains sont communistes et ont participé avec elle au Front populaire en 1936.  Que sont-ils devenus…Bertrand, rencontré dans les années 30 et dont elle était amoureuse ? Damien Rubot ? Julien Massis ?

Le 18 juin, alors qu'elle écoute la radio d’une oreille distraite pour tenter de quérir quelques nouvelles, elle entend, incrédule et fascinée à la fois,  le discours d’un certain général…C'est l'appel du 18 juin 1940.

 

A Paris, ville occupée, les allemands sont partout et leur présence divise la population. 

 

Il y a ceux qui s’obstinent chaque jour à paraître invisible et à ne s’occuper que de leurs affaires : se rendre à leur travail et faire ce qu’on leur dit, sans faire de vague, trouver à manger pour leur famille malgré les tickets de rationnement et les queues interminables devant les magasins d’où parfois ils reviendront bredouilles.

 

En fait ce qui caractérisait ces premiers mois de guerre, d'occupation ennemie, c'était surtout pour la population, la survenance d'immenses problèmes matériels de toutes sortes : les actes les plus ordinaires engendraient des difficultés monstrueuses...p.23

Il y a ceux qui s’interrogent sur les disparitions, sur les bruits qui courent, ceux qui écoutent Radio Londres en cachette et qui décident de se fondre dans la nuit, de raser les murs pour ne pas se faire remarquer et de s’engager…pour sortir le pays de ce chaos.

Arlette Gravier est de ceux-là. Elle assiste, impuissante à la dégradation du pays. Elle entend les rumeurs qui font état de dénonciations et de ces convois qui emmèneraient des juifs.  

Alors qu’elle a rencontré René Bertin, dont elle tombe amoureuse, elle ne peut refuser d’entrer dans la Résistance.

Elle qui est depuis longtemps incapable de "s’intégrer dans le moule" et d’avoir la vie que la société attend d’une femme : le mariage, les enfants, le rôle de mère…devient Mado et commence avec ce surnom une deuxième vie…

Instaurer une étanchéité totale, un cloisonnement irréprochable, une séparation de tous les instants entre ces vies, changer de rôle : petite vendeuse modèle dans la journée, amante délicieuse avec René le soir, membre d'une organisation non encore identifiée le reste du temps...( p.45)

 

Enfin, il y a ceux qui choisissent de se mettre du côté de l’ennemi, se pensant ainsi à l’abri, et qui n’hésitent pas à s’afficher dans les soirées aux côtés des allemands, à s’amuser, à sortir dans des lieux de débauches, voire à se faire entretenir…

Anne Laroche est de ceux-là : elle préfère fricoter du côté ennemie, de ses "amis allemands" comme elle les appelle en public. Et elle s’affiche aux bras de gradés allemands, s’enivrant sans honte.

 

Éprouvait-elle du dégoût, un soupçon de réticence à pénétrer cet univers, à impliquer sa vie d'une manière on ne peut plus voyante, dans cette démarche ? Anne Laroche ne se posait plus de questions depuis juin 1940, et jusqu'à preuve du contraire, il n'y avait pas de motifs fondés pour remettre ces orientations en question ; elles étaient efficaces, elles faisaient leurs preuves...

L'heure était à l'abandon, à tous les sens du terme.(p. 36)

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain, va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

Comment ne pas entrer en résistance dans ces temps troublés où tout s’écroule autour d’eux ?

 

Mais... à qui peut-on réellement se fier en ces temps de guerre où tous les films diffusés au cinéma sont devenus films de propagandes, où les gendarmes participent aux arrestations, où Radio Paris est devenue collaborationniste, où on rassemble des familles entières de juifs au Vélodrome du Vel d’Hiv et, enfin, où certaines femmes n’hésitent pas à se vendre pour un manteau qui les réchauffera du froid glacial de cet hiver sans fin ?

 

Arnaud Larribe, un simple métreur qui dessine des plans de constructions à usage civil…et qui a été attiré au début de la guerre, comme bon nombre de français, par les idées du Maréchal Pétain va peu à peu se révolter, choqué par la tournure des événements.

Il va en particulier tenter de remettre Anne Laroche, dont il aime la séduisante féminité et qu’il fréquentait avant-guerre, dans le droit chemin, avant de rompre définitivement avec elle et d’en être totalement soulagé…

 

 

Mon avis

 

Le lecteur retrouve dans ce roman certains personnages dont il avait (peut-être ?) déjà suivi la vie quotidienne et les engagements dans "L’embellie".

C’est ainsi que le lecteur suit un moment Julien Massis qui travaille toujours comme employé chez Renault à Billancourt mais fera partie des victimes du bombardement de mars 1942. Puis ce sera Damien Rubot, qui est ouvrier chez Citroën au quai de Javel. Il s’engagera dans la résistance et deviendra un membre actif.

La plupart ont fait connaissance en 1936, au moment du Front populaire et, ils se sont posé de nombreuses questions suite à son déclin.

 

Le lecteur les retrouve maintenant au début de la guerre dans Paris qui va vivre des mois de privation, de violence et le couvre-feu tous les soirs...Chacun d’eux va réagir aux évènements en fonction de ses engagements passés.

 

 

Voilà un roman richement documenté sur cette période trouble de l’histoire (un de plus me direz-vous). Mais celui-ci a cela de particulier qu’il est vu de l’intérieur, à travers le vécu de gens simples faisant partie du monde ouvrier.

Le lecteur participe à leurs interrogations, à leurs doutes et à leurs choix…

Ils n’ont que Radio Londres et les paroles de ce mystérieux Général de Gaule pour espérer, ce général qui semble parler "seul" mais soulèvera des montagnes…

 

La guerre, même si nous ne sommes pas au front, est omniprésente. Les batailles sont invisibles mais non moins glorieuses et pleines d’espérance.

 

Et si certains y laisseront leur vie, d’autres devront malgré tout assumer leur choix.

 

J’ai aimé suivre Arlette dans ses prises de conscience et dans son engagement quotidien, dans ses doutes et ses bonheurs de femme, mais aussi ses inquiétudes. 

L'auteur nous livre-là un superbe portrait de femme. Au départ elle ne s’engage pas pour sauver son pays, mais bien parce que c’est sa conviction profonde qu’on ne peut subir sans se révolter. Elle est la fidèle représentation de ce que les gens simples ont vécu pendant la guerre. Rien n’était dit, il fallait deviner à travers les rumeurs la part de vérité, et faire des choix difficiles qui pouvaient à chaque instant mettre sa vie en danger.

 

Comment retrouver la clarté après avoir vécu l’obscurité ?

Un roman, facile à lire et prenant qui peut être lu dès l’adolescence.

Il est découpé en deux parties : « Victorieuse obscurité » et « Incertaine clarté », rendant parfaitement claire l’intention de l’auteur de montrer cette ambiguïté si particulière à la Seconde Guerre Mondiale.


 

Une autre circonstance le frappa : les cloches de Paris sonnaient toutes ensemble le tocsin, pour fêter la libération de la ville. Damien Rubot dut essuyer les larmes qui coulèrent sur son visage : lui, athée, pur produit d’une éducation dont la religion était absente, était bouleversé par ce fond sonore désormais associé pour toujours dans son esprit à la libération de Paris.( p.99)

L’auteur

 

Stéphane Bret, âgé de 63 ans, réside à Boulogne-Billancourt. Il connaît donc parfaitement l'environnement de son roman. Il collabore régulièrement aux blogs littéraires : La Cause Littéraire, Babelio, Critiques Libres, Lecteurs Orange, Benzinemag.

"Clair-obscur" est son cinquième roman. 

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 12:46
Le dernier tigre rouge / Jérémie Guez

Prix HISTORIA du Roman Policier Historique 2014.

La liste des lauréats 2014 des Prix HISTORIA  ICI.

 

Janvier 1946. Marseille. Les militaires français sont acheminés par bateaux vers l'Asie du Sud-est pour tenter de reprendre cette zone, anciennement colonie française, gagnée par les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Un bataillon de légionnaires de toutes origines fait partie des premiers à embarquer pour rallier les troupes françaises.

On y trouve des criminels, des anciens Résistants, des mercenaires et il y a même parmi eux un ancien de la Wehrmacht, bref ce sont tous des vétérans qui ont déjà connu la guerre et se sont parfois battus les uns contre les autres. Mais tous vont là-bas pour se battre pour la France. Leur pays d'origine ne compte plus, leur passé non plus.

 

La Guerre d'Indochine durera huit ans, jusqu'en 1954. Mais c'est une guerre perdue d'avance. Les Vietnamiens ne veulent plus des colons français ! Le général Giap a paufiné sa stratégie de guerre. Les légionnaires seront sacrifiés.

 

Parmi les légionnaires, Charles Bareuil, issu d'une famille de militaire. C'est un tireur d'élite.

..." Il n'avait aucun mérite à ça. Son père l'obligeait à tirer trente cartouches par jour et le privait de repas quand il ratait sa cible..."

Sa femme, Elena, a été abattue par les Oustachi dans les Balkans. Elle portait leur enfant et il ne s'en est jamais remis.  Il s'est engagé dans la Légion étrangère pour oublier.

" A ce moment, il ne pouvait douter, lui qui n'attendait plus rien de la vie, que la Légion deviendrait sa famille."

 

Dès le début du voyage, Bareuil se retrouve au milieu d'hommes qui, comme lui ne manquent pas de courage. Leur vie est rythmée par les exercices d'entraînement et de tirs durant lesquels Bareuil se fait remarquer. Il est aussitôt enrôlé par le lieutenant Barthez avec deux de ses camarades légionnaires pour tirer sur les éventuels déserteurs...ce qui ne lui plaît guère.

 

La suite de l'histoire se poursuit d'abord à Saigon en 1946 où ils arrivent en février, après un mois de voyage, puis à Hanoï et au Tonkin dès la fin de l'année 1946.

 

Bareuil se fera de nombreux amis parfois pour peu de temps car la mort rôde autour d'eux sans les lâcher. Les légionnaires sont envoyés sur tous les fronts et doivent braver tous les dangers car les missions qu'on leur confie sont parmi les plus dangereuses.

De qui doivent-ils se méfier le plus ?  De la jungle, des villageois, des soldats ennemis ? A qui peuvent-ils faire confiance ?

 

Un jour alors que la troupe est en mission, elle tombe dans une embuscade. Le bataillon est décimé. Charles est confronté à un tireur du camp ennemi aussi bon que lui et qui va lui laisser la vie sauve alors qu'ils sont très proches... Il va alors mener une véritable enquête pour découvrir l'identité de cet homme blanc et comprendre pourquoi il l'a épargné.

Il découvrira qu'il s'appelle Joseph Botvinnik, alias "Ong Cop" ce qui signifie "le tigre" et qu'il est blanc, d'origine russe. Pourquoi alors s'est-il mis au service du Viet- Minh ? Pourquoi a-t-il rejoint les troupes du général Giap ?

 

En 1948, alors que Charles et son ami Gordov sont affectés à une nouvelle unité au Tonkin, Charles va rencontrer Hoa, une villageoise proche de leur camp. Il va tomber éperdument amoureux  d'elle. Tiraillé par sa conscience, car il n'aime pas faire partie des envahisseurs, Bareuil  bravera tous les interdits pour la retrouver la nuit.

 

Mais pendant ce temps le "tigre", assisté de son fidèle Tran, veille et se rapproche de lui. C'est un véritable combat homme à homme qui va suivre.

Du camp adverse, Hoa réussira-t-elle à aider Charles ? Ou le trahira-t-elle ?

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman historique très bien documenté qui ne cherche pas à raconter en détails tous les événements de la Guerre d'Indochine mais plutôt à recréer une ambiance. Il retrace, dans ses grandes lignes, les terribles années de guerre de la  victoire de Phu Tong Hoah (1948) à la défaite de Dien Bien Phu (1954). Mais l'auteur ne prend pas partie :  il laisse chacun s'exprimer et développer son point de vue.

 

L'attente, parfois interminable, des légionnaires alterne avec des scènes d'action et de stress terribles. L'auteur ne tombe pas pour autant dans des descriptions trop détaillées qui auraient pu alourdir les moments d'action.

 

C'est aussi un roman d'aventure puisque le lecteur est plongé au coeur de la vie de la Légion étrangère. L'auteur nous montre les conditions de vie des légionnaires et le sort terrible qui les attend face à un conflit qui les dépasse.

 

Les deux personnages masculins principaux sont  courageux et téméraires, ni héros, ni victimes, mais véridiques...de vrais hommes donc qui n'échappent pas à une certaine caricature.

L’un, Charles Bareuil veut continuer à faire la guerre et à servir son pays coûte que coûte. Il se reproche d'avoir rejoint trop tardivement la Résistance et ne peut oublier la mort de sa femme...

L’autre, Joseph Botvinnik, fait partie de l’armée vietnamienne et délivre de précieux renseignements aux ennemis mais il porte aussi un lourd secret qui ne sera dévoilé qu'à la fin (ce que j'ai trouvé dommage). Le connaître plus tôt, aurait certes enlevé une part de mystère, mais l'aurait rendu plus vivant donc plus présent dans l'histoire.

Tous deux ont fait partie de la résistance et ont vécu des drames personnels qui les ont profondément affectés.  Ils ont donc surtout des comptes à régler avec eux-mêmes.

 

Les personnages secondaires sont aussi très présents et ce milieu d'hommes tous militaires, qui ne réussit à se détendre et à oublier la mort prochaine qu'entre les beuveries et les femmes, est tout à fait ce que le lecteur imagine, peut-être à tort...

 

Je ne connaissais pas l'auteur et je ne suis pas une adepte des romans de guerre mais j'ai fait là une excellente découverte. Le sujet était difficile à traiter, le suspense pas si aisé que ça à mettre en place et c'est pour moi une réussite et un moment de lecture très plaisant.

De plus, ce qui ne gâche rien, c'est un roman très accessible... à lire donc absolument dès 15-16 ans !

 

Extraits

 

"On ne fait jamais la guerre contre les hommes qui sont en face de nous sur le champ de bataille. On fait la guerre à quelque chose de plus grand, à ceux qui commandent, pas à ceux qui exécutent".

 

"C'est une connerie de croire que les Vietnamiens n'ont pas d'histoire. La plus grande erreur que font les Français. Ils en ont une, très glorieuse, vieille de plusieurs milliers d'années. Ils y sont très attachés, c'est juste qu'ils n'en parlent pas. Leur temps est différent, ce n'est pas le même que le nôtre..."

 

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 14:17
L'autre rive du Bosphore / Theresa Révay

Prix Historia du roman historique 2014...

Pour en savoir plus sur ce prix et sur l'auteur, cliquer ICI.

 

Contexte historique

 

L'histoire nous transporte au début du XX° siècle dans la ville mythique de Constantinople (actuellement appelée Istanbul)...Partagée en deux par le Bosphore, tiraillée entre l'Europe et l'Asie, Istanbul doit accepter la chute de l'empire ottoman.

Nous sommes en novembre 1918. En Europe, l'armistice vient d'être signée, marquant la fin de la Première Guerre Mondiale, mais en Turquie, c'est le début de la guerre d'indépendance. Les Turcs ont en effet fait alliance avec l'Allemagne : ils ont donc perdu la guerre.  Les  vainqueurs se disputent l’empire ottoman.

Anglais et français, victorieux, ne se contentent pas de mouiller leurs vaisseaux dans le Bosphore, ils envahissent le pays et occupent peu à peu toute la partie européenne de la Turquie. Les grecs et les italiens occupent l'autre rive. Personne ne songe alors aux habitants de ces régions...Tous verront leur vie chamboulée à jamais. 

Les stambouliotes en particulier, aiment leur ville et souffrent de la voir envahie par les étrangers.
 

La fin du sultanat est proche : l'empire ottoman a dominé l'Europe pendant des siècles, mais aujourd'hui il s'effondre...

 

Parmi la jeune génération de turcs, ouverte pourtant depuis toujours aux communautés les plus diverses, un sentiment national prend naissance...

Les jeunes se rassemblent autour de Mustafa Kemal (Atatürk) devenu leur idole. La résistance s'organise et la lutte pour une nation turque libre et indépendante d'une part et pour une république turque d'autre part (en remplacement de l'empire) s'amplifie de jour en jour.

 

"La montagne aride avait été conquise puis perdue plusieurs fois. Elle offrait peu d'abris aux défenseurs turcs...Les déflagrations incessantes des obus soulevaient une pluie de pierres et de poussières. Hans s'adossa à la paroi de la tranchée creusée à coups d'explosifs dans le roc. Il ressentait des soubresauts jusque dans les vertèbres...C'est ici, vers l'an 1220, qu'Ertogrul avait commandé à sa horde de guerriers descendue d'Asie centrale de fonder leur foyer. Sept siècles plus tard, la jeune nation de Mustafa Kemal y combattait pied à pied pour survivre."

 

Parmi les événements marquants de cette période, les Grecs envahissent l'Anatolie et de nombreux massacres en résultent (dont le génocide arménien durant lequel les deux tiers des arméniens de l'empire ottoman furent massacrés).

 

A la fin du roman, Mustafa Kemal est au pouvoir... Il réformera la Turquie et en fera un état moderne et d'avant-garde parmi tous les peuples musulmans. Il donnera en particulier davantage de droit aux femmes.

 

 

Le roman

 

Leyla Hanim est la superbe et intelligente épouse de Selim, le dévoué secrétaire du sultan, Mehmet VI.  Elle vit dans le haremlik en compagnie de sa belle-mère, une ancienne esclave affranchie qui la contraint à respecter la tradition, mais qui va très vite se révéler, au cours du roman, être une femme ouverte et profondément compréhensive qui aime sincèrement sa belle-fille.

 

Selim, son mari, très traditionnaliste et proche du pouvoir ottoman, est occupé par son travail. Leyla et Selim ont deux adorables enfants : Ahmet et Perihan.

 

Mais voilà que leur maison est réquisitionnée pour y loger une famille française. Louis Gardelle débarque chez eux et s'installe dans la maison, le jour où, comme par hasard, Ahmet disparaît, plongeant sa mère dans l'inquiétude et l'obligeant à le chercher, seule, dans la ville... A-t-il voulu descendre jusqu'au port voir les vaisseaux ?

 

La maison occupée continue néanmoins à vivre, ce qui n'est pas toujours facile, surtout lorsque la femme et la fille de Louis Gardelle arrivent de France.

 

La situation se complique encore quand les russes blancs se réfugient en ville, fuyant la chute du tsar.

 

Et voilà que Selim doit se rendre à Paris pour parlementer autour de la survie de l'empire ottoman...laissant Leyla seule pour plusieurs longs mois.

 

Leyla rejoint la résistance et suit en cela les pas de son jeune frère, Orhan. Elle va sauver un jeune résistant grièvement blessé, en le soignant et en acceptant de le cacher au sein du haremlik. Hans Kästner est pourtant allemand d'origine. Archéologue de formation, il est tombé amoureux de la Turquie qu'il a toujours considéré comme son second pays et se bat pour elle. Partisan du général Mustafa Kemal, devenu l'idole des jeunes turcs et le symbole de la liberté, de la laïcité et de la modernité pour le peuple turc musulman, ses idées font leur chemin dans le coeur de Leyla.

 

Au retour de Selim, accusée de trahison car elle s'est mise à écrire dans un journal révolutionnaire, elle doit fuir sa famille pour éviter d'être emprisonnée.  Elle rejoint alors Hans en Anatolie et participe à la résistance nationale. Les deux jeunes gens succombent à leur amour. Ils partagent déjà tant d'idéaux : ils se laissent emporter par leur passion et prennent goût à la liberté.

 

Désormais rien n'est plus important pour Leyla que cette liberté toute neuve, pour son peuple mais aussi pour elle-même.

Mais le destin va lui réserver encore bien des épreuves...

La combattive Leyla connaîtra beaucoup de souffrance durant les cinq années durant lesquelles se déroule le roman. Sa petite fille va mourir d'une méningite foudroyante pendant son absence et elle se reprochera de ne pas avoir été là à temps, pour la tenir dans ses bras une dernière fois. Plus tard, Orhan, son jeune frère qu'elle croyait dans l'administration, va se faire tuer au combat... Que lui importe qu'il soit mort en héros, il n'est plus là, lui qu'elle avait juré de toujours protéger...

De plus, pourra-t-elle vivre pleinement sa passion  avec  Hans ?

 

 

Ce que j'en pense

 

L'auteur a habilement choisi ses personnages pour leur appartenance à diverses communautés. Ainsi le lecteur ne peut qu'adhérer aux différents points de vue de chacun sur les événements historiques décrits dans le roman...

Car le lecteur se laisse prendre à leur histoire tant ces personnages sont véridiques et leurs propos sonnent justes : aucun ne dénote dans le contexte historique ce qui rend ce roman très authentique. Le lecteur se laisse porter par la magie romanesque tout en apprenant plein de détails sur  cette période peu connue et peu décrite dans la littérature.

 

Les femmes d'abord...

 

Leyla, le personnage central du roman est une jeune femme intelligente et cultivée, à la fois respectueuse des traditions, par obligation mais aussi par conviction, et très moderne.

Son éducation lui a permis d'étudier (elle parle plusieurs langues). Elle va très vite s’investir dans le combat des femmes turques puis dans celui des nationalistes...

Leyla tentera tout au long du roman de concilier le lien très fort qui l’unit à son mari, son amour pour ses enfants, et la passion qu’elle éprouve pour Hans ce qui nous la rendra encore plus attachante.

C'est aussi une héroïne musulmane praticante dont la liberté de penser, de vivre son quotidien aurait tout à fait pu exister. Sa façon de parler d'amour, sa vision du couple, son envie de liberté et d'indépendance, son point de vue sur la société est tout à fait surprenant pour nous occidentaux qui pensions, à tort, que la Turquie en ce temps-là n'était pas si...moderne et évoluée.

L'auteur nous donne avec Leyla, un magnifique portrait de femme, très attachante.

"Élevées sans pudibonderie, les Ottomanes n’étaient pas naïves. La sexualité n’avait rien de tabou pour elles. Leyla avait eu la chance de devenir l’épouse d’un homme qui lui plaisait physiquement et sa sensualité s’était pleinement épanouie dans les premiers temps."

 

Gülbahar, la mère de Selim est une belle-mère impressionnante car très traditionaliste. C'est en fait une femme intelligente et ouverte, elle aussi. Elle saura prouver à Leyla son attachement.  Elle sait aussi garder un secret et comprendra la soif de liberté de sa belle-fille.

 

Rose, la femme française installée chez eux, découvrira en arrivant, un pays qu'elle ne comprend pas et qui lui fait peur...Plutôt rigide à cause de son éducation, elle est terrorisée par l'étranger et déteste les changements.

De plus elle ne reconnaît plus son mari tant il a changé et elle se sent seule et délaissée. 

"L'orient tournait la tête aux hommes. Tout y était trop différent. Les femmes, la liberté des moeurs, l'exotisme, le climat, le sentiment d'impunité qui venait d'être éloigné de ses proches...Comment ne pas se laisser aller à toutes sortes de faiblesses ?"

Coincée dans ses principes, elle n'hésitera pas, par jalousie, à nuire à Leyla sans pour autant mesurer les conséquences de ses actes (sa dénonciation oblige Leyla à fuir les siens) mais  aura la franchise de l'avouer...et de s'en repentir.

"-Pardonnez-moi, implora-t-elle, saisissant la main de Leyla et courbant la tête...

Bouleversée, Leyla n'avait pas de mots pour la consoler. Elle pensait à Périhan et son coeur saignait...Désormais, elle portait sa douleur au plus secret de son corps et de son âme comme elle avait autrefois porté son enfant, mais toute espérance était morte. Elle ne lui fit aucun reproche. Le ressentiment est stérile. La haine aussi."

Découvrant qu'elle est trompée (son mari a une liaison avec une jeune russe qui se prostitue pour survivre), elle quittera la ville pour rejoindre sa soeur à Smyrne.

 

Zeynep Hanim, la cousine de Leyla est une femme exceptionnelle qui s'investit dans la cause de femmes. C'est elle qui va inciter Leyla à écrire... ce qui ne sera pas sans conséquence sur son destin.

 

Les hommes maintenant...

 

Louis Gardelle, le capitaine de frégate français venu s'installer dans la maison de Leyla, a été conquis par la Turquie ce qui rend la venue de Rose, sa femme et de Marie, sa fille, problématique. Tombé sous les charmes de Nina, une jeune prostituée russe, le voilà profondément épris...pour ne pas dire obsédé par ses charmes.

Mais avec elle, il n'est pas au bout de ses surprises.

 

Hans, est un archéologue passionné par les Hittites, ces guerriers qui ont régné sur l'Anatolie et la Syrie pendant plus de mille ans. Il est intarissable à leur sujet ! Mais il est intensément passionné par la cause turque et la superbe Leyla. Toutes ces passions le détruisent peu à peu car il n'arrive pas à se projeter dans l'avenir.

"...Hans comprit qu'elle ressentait le même trouble que lui. L'attirance était là, avec son ardeur irrésistible, riche de tous les dangers et de toutes les déraisons. Il s'en voulut de lui infliger ce tumulte. Jamais leur chemin n'aurait dû se croiser. Tout cela était inconcevable et dangereux."

"Hans, lui, vivait chaque instant avec Leyla avec la même intensité que si ce devait être le dernier...il étouffait la sensation angoissante que tout cela était trop beau pour durer..."

 

Selim se montre réticent au changement et très traditionnaliste puisqu'il ira jusqu'à prendre une deuxième épouse sans en informer Leyla qu'il aime pourtant sincèrement. Mais il saura affronter sa destinée avec dignité et saura s'ouvrir au monde qui l'entoure.

Il est donc en colère quand il apprend que Leyla écrit des articles dans les journaux...

"Sa consternation se teinta de colère. Comment Leyla avait-elle osé prendre une telle initiative sans lui en demander la permission ? Parce que tu ne la lui aurais jamais accordée !  s'agaça-t-il. Ce n'était pas à l'épouse d'un secrétaire du padichah, jeune diplomate prometteur, d'écrire des papiers comminatoires à l'encontre du gouvernement..."

 

Mustafa Kemal, seul personnage qui a réellement existé est là, bien présent tout au long du roman. Finalament l'auteur nous dépeint les hommes et les femmes qui se sont battus pour lui et pour ses idées.

 

Bien d'autres personnages apparaissent au cours du roman comme Orhan, le jeune frère de Leyla,et ses compagnons de lutte, Nina la jeune russe dont Louis s'est épris... Ils auront tous un rôle important à jouer dans le destin de Leyla.

 

 

C'est un roman historique très bien écrit où le lecteur apprend pleins de détails sur cette période de l'histoire...où l'Orient et l'Occident se sont rencontrés. Dépaysement assuré !

Le lecteur voit avec ravissement la prise de pouvoir des femmes et leur rôle important dans la guerre d'indépendance.

Ce roman est plus qu'une simple histoire d'amour sur fond de fresque historique. Il nous dépeint avec beaucoup de réalisme le choc des cultures, la peur des différences, l'espoir d'une vie libre, l'idéalisme de la jeunesse, la difficulté d'abandonner les traditions pour la modernité et les désillusions nées des souffrances, des violences et de la guerre.

Il nous donne à voir un orient bien loin des clichés actuels...

 

Remarque : un glossaire permet de comprendre les quelques termes turcs qui resteraient obcurs pour vous à la lecture de ce roman...

 

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:53
Le bonheur pauvre rengaine de Sylvain Pattieu

L’auteur, historien, professeur d’histoire et romancier part d’un fait divers véridique : l’assassinat d’une jeune fille dans un appartement de la Rue de la République à Marseille en 1920.

C'est en compulsant les archives des Bouches-du-Rhône qu'il a mis la main sur ce vieux dossier, cette banale affaire de meurtre. A l’époque, ce fait divers avait fait les gros titres des journaux : il en fait tout un roman...et quel roman !

L’assassinat d’Yvonne Schmitt,  le 25 septembre 1920,  est sans doute passé relativement inaperçu dans les faits divers de l’époque car la violence était chaque jour présente depuis la Grande Guerre d’autant plus qu’elle était une femme « de petite vertu » comme l'on disait alors.

L’auteur s’appuie sur les nombreux documents d’archives pour remonter le fil de l’histoire  et nous expliquer comment et pourquoi un tel assassinat a pu avoir lieu dans un quartier bourgeois de Marseille

 

L'histoire est racontée en trois temps  (trois parties du livre) - 1 "Le meurtre" - 2 "L’enquête" et 3 "Prisons 1921-1925" encadrés d’un prologue et d’un épilogue.

 

Il nous transporte dans les quartiers populaires, au milieu de la vie grouillante du port où marins, ouvriers, mafieux et escrocs en tout genre côtoient les petites gens. Dans les pensions et les « garnis » (meublés de l’époque), dans les maisons de passe où des hommes paient pour un instant de plaisir, des drames se jouent, des femmes sont battues parfois à mort parce qu'elles ne rapportent pas assez d'argent, des règlements de compte  ont lieu...

 

L'auteur donne la parole tour à tour à chacun des protagonistes. Ainsi c’est du point de vue de chacun que le fil des événements se déroule peu à peu. Le lecteur fait connaissance avec chacun d’eux et se forge sa propre idée de la vie à Marseille au début du XXe siècle…

L'emploi du JE permets de rendre ces personnages d'une autre époque encore plus vivants. C'est uniquement lorsque l'auteur parle de Simone Marchand qu'il emploie une formule inhabituelle, le VOUS.

 

Parmi les personnages importants il y a bien sûr la victime, Yvonne Schmitt.  Issue d'un milieu ouvrier, elle a perdu sa mère très jeune. Son père se remarie et elle est maltraitée par sa marâtre. A quinze ans elle rêve « d’un homme qui ne soit pas un goujat, qui me protégerait et me ferait du bien ». Lorsqu’elle arrive à Marseille, pleine d’espoir et de naïveté, elle compte bien s’en sortir toute seule. Mais elle fait systématiquement les mauvais choix ! Depuis qu’elle a quitté sa famille, son parcours et sa beauté lui ont fait rencontrer des hommes violents et jaloux, brutaux, des proxénètes prêts à tout et âpres au gain, dont l’ambition et les rêves d’un eldorado se font au détriment des femmes qu’ils rencontrent…

 Mais malgré les difficultés du quotidien et le manque d'argent, elle garde toujours espoir ! Dès le premier instant le lecteur s’attache à elle. Elle regarde pour la première fois la ville depuis la Bonne Mère et elle est heureuse…et amoureuse de Fredval, qu’elle vient de rencontrer. Ce qu'elle ne sait pas c'est que ses jours sont comptés...

Car le destin met sur sa route deux malfrats, Albert Polge et Yves Couliou.

 

L'’appartement où elle est retrouvée morte, la nuque brisée, appartient à Simone Marchand. Celle-ci a échappé de peu à la mort en se suspendant à la fenêtre des WC. Elle pourra faire un portrait robot des assassins car les filles les ont amenés dans l’appartement après une soirée bien arrosée et pour passer la nuit avec eux. Ils payaient bien...

La Marchand, comme on l'appelle, est une femme magnifique entretenue par un bourgeois dont on ne connaîtra pas le nom et qui la quittera lorsque l’affaire sera connue du grand public de peur d’être compromis. Elle sait attirer les hommes car elle est très belle mais son cœur est pris par Fred (Fredval) un jeune homme infidèle et sans scrupule, qui fait souffrir les femmes. Simone Marchand a réussi à gravir les échelons et à s’installer dans les beaux quartiers de la ville. Elle partage son appartement avec Yvonne et toutes deux deviennent concurrentes car amoureuses  du même homme.

 

Cyprien Sodonou, le matelot africain devenu mac à Marseille traqués comme tous les noirs par les barbeaux corses de retour de la Grande Guerre et qui comptent bien reprendre leur place au soleil. Il raconte comment il en est arrivé là et comment un soir après une bagarre, il a fait la connaissance de Simone Marchand. Elle l'a chargé d'enquêter sur Fredval, son compagnon, car elle meurt de jalousie et veut savoir avec qui il entretient des relations.

 

Enfin, le commissaire de police, André Robert a perdu ses 2 fils pendant la Grande Guerre. Il se jette à corps perdu dans l’enquête et espère une certaine reconnaissance de son travail. Il soupçonne Fredval que personne n’a revu depuis la nuit du meurtre...Il aurait voulu les coincer tous (toute cette "vermine") car ils sont tous souillés par l'envie, par l'argent, par le goût du luxe...

Mais c'est finalement le commissaire Brouchier, un commissaire parisien qui va par hasard trouver les assassins.

 

Yves Couliou est issu d'une famille de petits commerçants bretons. Très tôt il quitte sa Bretagne natale pour travailler en région parisienne. Pourtant il cache un coeur sensible et rêve de retourner voir sa mère pour l'embrasser. Il est au début de sa vie professionnelle un ouvrier presque modèle mais fortement engagé dans l’univers syndical dans la banlieue nord de Paris. Puis il quitte le syndicalisme pour commencer à faire travailler sa copine pour lui. D’autres suivront… Arrêté puis déporté à Biribi (bagne situé au Sahara), torturé, il deviendra bourreau à son tour. « Dans la vie, faut être bourreau ou être victime, c’est comme ça quand tu viens du peuple » dira-t-il. Son crime le conduira à l'échafaud.

 

Albert Polge est un petit malfrat sans envergure dont la seule qualité est d'avoir une force surhumaine et de savoir montrer et se servir de ses muscles au bon moment. Il rencontre Yves Couliou et tous deux ne se quittent plus.  Ensemble ils cassent des vitrines, ils partagent le bénéfice des "filles" qu'ils font travailler dont Germaine, la petite amie de Yves. C'est Albert qui revendra les bijoux volés à Yvonne et à Simone pour  seulement 10 000 francs. Il sera condamné à perpétuité pour sa complicité dans le meurtre d'Yvonne Schmitt.

 

Dans ce livre à la fois roman historique et documentaire, l’auteur nous dévoile son talent en donnant une voix donc une vie à chacun de ses personnages !

 

Moi qui n’apprécie que modérément les romans historiques, je ne me suis pas ennuyée un seul instant et je l’ai lu d’une traite. C’est dire comme l’auteur sait s’y prendre pour rendre fascinant un fait divers banal et nous plonger dans l'ambiance d'une époque déjà lointaine.

Les documents disséminés au cours du roman facilitent la plongée dans l'histoire. Ce sont des photographies floutées des personnages, des articles de journaux, des PV d'interrogatoires, des photocopies de cartes postales.

 

Pourtant il y a de nombreux passages très rudes : la vie au bagne de Biribi par exemple où tout est dit sans tabou sur les conditions de vie des prisonniers, les sévices et les violences quotidiennes. Peuvent –ils sortir de là et rester des hommes ?

Mais aussi la violence dans les rues et celle, insupportable, faite aux femmes…

 

Finalement Yves Couliou et Yvonne Schmitt venaient tous deux du milieu ouvrier. Ils rêvaient tout simplement de s’élever dans l’échelle sociale, d’avoir plus d’argent et de vivre mieux...

 

Telle est l’affaire que les journalistes de l’époque ont titré «l'affaire de l'Athlète et Nez-pointu».

A lire absolument !

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 16:00

 

Les 13 romans de la série se déroulent sous le règne du Roi-Soleil (Louis XIV)

Toutes les jeunes filles, héroïnes de la série, vivent ou ont vécu dans le pensionnat de jeunes filles de Saint-Cyr appelé la Maison Royale.

Ce pensionnat, créé par Madame de Maintenon en 1684, la seconde épouse du Roi, s'est donné pour mission d'éduquer les jeunes filles nobles mais pauvres et de leur accorder une dot lorsqu'à 20 ans elles voudront se marier.

Le premier tome campe le décor et les principaux personnages, mais les tomes suivants racontent la destinée particulière d'une pensionnaire. C'est à travers ses yeux et ses désirs que le lecteur va en apprendre un peu plus sur l'époque de Louis XIV : les fêtes, le théâtre, les guerres de religion, la vie dans les pays étrangers, la colonisation,...mais aussi la vie quotidienne au sein du pensionnat...

 

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc

Tome 1 : Les comédiennes de Monsieur Racine. Vous pouvez lire le résumé du premier tome ICI.

 

Tome 2 : Le secret de Louise.

Grâce à ses talents de chanteuse, Louise est remarquée par la Reine d'Angleterre, qui lui demande de devenir sa demoiselle d'honneur. Elle quitte à regret Saint-Cyr et ses amies. Mais, très vite, elle fait des rencontres passionnantes et des découvertes qui vont l'aider à lever le voile sur le mystère qui entoure sa naissance...

 

Tome 3 : Charlotte la rebelle.

Charlotte décide de s'enfuir, de Saint-Cyr et de quitter cette existence, rangée qui ne lui convient pas. Une nouvelle vie l'attend à la cour de Versailles, une vie de fête, de liberté, de joie. Une découverte vient pourtant troubler son bonheur : son fiancé, François, à disparu. Charlotte ne s'avoue pas vaincue. Elle est prête à tout pour le retrouver!

 

Tome 4 : La Promesse d'Hortense.

Depuis leur rencontre à Saint-Cyr, Hortense et Simon sont amoureux. Simon propose à Hortense de s'enfuir. Hortense est tiraillée entre son coeur et sa raison. Les deux jeunes gens vont devoir vivre cachés. Mais les fuyards sont en danger..

 

Tome 5 : Le Rêve d'Isabeau.

Depuis que ses amies ont quitté Saint-Cyr, Isabeau rêve de réaliser, à son tour, son vœu le plus cher : devenir maîtresse dans la prestigieuse institution de Madame de Maintenon. Elle doit, cela, avoir une conduite irréprochable. Or elle se retrouve, bien malgré elle, au cœur d'une affaire d'empoisonnement. Isabeau voit son rêve s'éloigner...

 

Tome 6 : Éléonore et l'alchimiste.

Promise contre son gré à un vieux baron, Éléonore quitte la France et Saint-Cyr pour la Saxe. Si elle accepte ce sacrifice, c'est parce qu'il lui a promis d'aider ses sœurs dès qu'ils seront mariés. Hélas, rien ne se passe comme prévu ! En effet, Éléonore s'éprend bientôt de Johann,
un jeune alchimiste qui recherche le secret de la transmutation du plomb en or. Elle décide de tout faire pour l'aider à réaliser son rêve et se lance dans l'aventure !

 

Tome 7 : Un corsaire nommé Henriette.

Originaire de Saint-Malo, Henriette a tout d'un garçon manqué.
Amoureuse, comme son père, du vent et de la mer, elle ne rêve que de bateaux, au grand désespoir de sa mère.
À Saint-Cyr, elle se lie d'amitié avec ses compagnes de fortune, mais elle n'est pas faite pour l'étude, le calme ni la prière.
Elle décide donc de reprendre sa liberté et d'aller au-devant de l'aventure pour réaliser son destin...

 

 

 

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc
Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc

Tome 8 : Gertrude et le Nouveau Monde.

Pour sauver son amitié avec Anne, Gertrude a commis une lourde faute et purge sa peine, en prison. Mais, une opportunité s'offre à elle : partir pour le Nouveau Monde. Là-bas, elle espère retrouver enfin la liberté et le bonheur ; Pourtant elle ne se doute pas des obstacles qui ; jalonneront sa nouvelle existence...

 

Tome 9 : Olympe comédienne.

À Saint Cyr, Olympe vit repliée sur elle. Un drame dans son enfance l'a traumatisée, elle a perdu la mémoire. Mais lorsqu'elle découvre le théâtre, sa vie change. Elle intègre alors une troupe et fait la connaissance d'un jeune comédien. Tout semble aller pour le mieux. Et un jour, elle se souvient. Sera-t-elle assez forte pour affronter son passé et connaître un jour l'amour ?

 

Tome 10 : Adélaïde et le Prince noir.

Aniaba, prince d'Assinie, vit au coeur de l'Afrique. Adélaïde est pensionnaire à Saint-Cyr. Ils n'ont aucune chance de se rencontrer... mais la providence s'en mêle et une série d'événements va bouleverser leur vie. Adélaïde et Aniaba devront chacun faire preuve de patience et de courage...

 

Tome 11 : Jeanne, parfumeur du Roi.

L'année de ses dix-sept ans, Jeanne, orpheline et depuis dix ans à Saint Cyr, voit arriver son oncle. Elle se demande pourquoi il lui demande de revenir dans le sud, lui qui ne s'est jamais intéressé à elle. Il prétend que sa tante, souffrante, la réclame à son chevet. De retour dans son sud natal, Jeanne va découvrir bien des secrets et après de multiples péripéties et de belles rencontres, elle va enfin pouvoir s'adonner à sa passion pour les plantes, les fleurs et les parfums.

 

Tome 12 : Victoire et la princesse de Savoie.

Marie-Adélaïde est princesse de Savoie, duchesse de Bourgogne puis Dauphine de France. Pour parfaire son éducation, elle fait plusieurs séjours à Saint Cyr et c'est là qu'elle rencontre Victoire, la petite soeur d'Isabeau, qui deviendra sa demoiselle de compagnie.

 

Tome 13 : Gabrielle, demoiselle d'honneur.

Fuyant une existence morose, Gabrielle de Mormand a placé beaucoup d'espoir dans son arrivée à Saint-Cyr. Mais la vie y est si austère qu'elle rêve de s'en échapper. A la cour, son frère, devenu valet du roi, a une vie trépidante. Son entrée au service de Marie-Louise de Savoie, fiancée du roi d'Espagne, permettra-t-elle à Gabrielle d'être enfin libre ?

Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc
Les Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-DucLes Colombes du Roi-Soleil / Une série historique de Anne-Marie Desplat-Duc

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 16:02
Soldat Peaceful de Michael Morpugo

L'histoire se passe dans une famille anglaise, la famille Peaceful. Le père travaille comme bûcheron pour le colonel qui en échange loge sa famille.

 

Les trois frères, Big Joe, qui est handicapé mental, Charlie, l'aîné et Thomas (dit Tommo) vivent une vie agréable proche de la nature, entourés par une mère aimante. Mais à la mort de leur père, écrasé accidentellement par un arbre, les choses changent. Tommo se sent coupable, car il est persuadé que cet accident est de sa faute, son père ayant tout fait pour que l'arbre ne tombe pas sur lui.

La mère est obligée de travailler chez le colonel pour s'occuper de sa femme et les enfants sont gardés par une vieille tante. Ils jouent souvent avec Molly, une camarade de classe dont ils tombent tous deux amoureux...

A la fin de leur scolarité tous trois vont travailler à leur tour chez le colonel, Charlie voit Molly en cachette de leurs parents... Les deux jeunes gens s'aiment, mais c'est la guerre. Tommo et Charlie partent tous les deux, laissant leur mère  et Big Joe à la maison avec Molly, enceinte.

 

En France, ils vont devoir se battre dans les tranchées, voir leurs camarades tomber sous le feu de l'ennemi. Mais alors que Tommo a été sérieusement blessé lors d'une attaque, Charlie désobéit au sergent Hantley pour rester auprès de lui...Ensemble, la guerre leur paraît moins dure et plus facile à supporter. La sentence tombe, inéluctable, horrible.

 

Ce livre est construit comme un compte à rebours au cours duquel Tommo se souvient de tout ce qu'ils ont vécu durant leur enfance  avant la guerre et depuis leur engagement volontaire dans l'armée britannique. Il voudrait que cette nuit ne se termine jamais. Au matin l'attend la mort...

Le roman commence alors que Tommo entre à l'école pour la première fois et remonte dans le temps jusqu'à ce matin-là, à 6 heures du matin...

Chaque chapitre correspond à ce décompte des heures et crée une suspense qui peu à peu prépare le lecteur à l'issue fatale et terrible du récit.

 

A lire absolument cette année 2014 où on commémore le centième anniversaire de la première guerre mondiale...pour ne pas oublier les horreurs de cette Grande Guerre et toutes les vies qui y sont restées.

Ce roman fait partie de la sélection 3° (13 - 14 ans) des "Lectures pour les collégiens".

 

 

 

 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 08:05

 

Anne Green, une jeune servante âgée de 16 ans est accusée d'avoir tué son nouveau-né. En 1650, en Angleterre, l'infanticide est tout simplement puni de pendaison...sauf si un témoin peut apporter la preuve que la mère n'est pas coupable !

Or cette jeune servante a été abusée par Goeffrey, le petit-fils de son maître, Sir Thomas,  comme c'était fréquemment le cas à l'époque. Elle a fait une fausse-couche et l'enfant est mort-né.

 

Parce qu'elle est jeune et pauvre, son corps est donné après la pendaison à l'Université de médecine afin d'y être disséqué devant de nombreux étudiants.

Des médecins reconnus sont prêts à commencer la dissection lorsqu'un jeune étudiant, bègue et introverti, Robert, voit ses paupières bouger...Est-ce un simple réflexe ou un signe de vie; les médecins, alertés constatent qu'elles est en vie et  y voient aussi un signe que Dieu existe et a choisi de laisser vivre la jeune fille parce qu'elle est innocente...

 

L'auteure s'est inspirée d'une histoire vraie. Anne Green a réellement été pendue pour infanticide et sauvée.

Mais l'auteure nous fait entrer dans les pensées de la jeune fille. On l'entend nous raconter sa version de l'histoire alors qu'elle est dans une sorte de coma, allongée dans son cercueil...A-t-elle été enterrée vivante ? Est-elle en train d'arriver au paradis ? Ses interrogations et inquiétudes nous gagnent et créent un suspense quasi intolérable... Puis le récit alterne avec les événements tels qu'ils ont été transcrits par Robert, le jeune étudiant, qui doit assister à la dissection pour la première fois...

 

Le lecteur ne pourra pas rester insensible aux personnages du roman. Anne, qui a commis des erreurs mais s'en repend. Naïve, elle s'est laissée abusée parce que ses rêves lui ont permis de croire à un autre destin, mais sa lucidité, son courage et son honneteté font merveille...

Robert qui revit des événements de son passé et remontera dans ses souvenirs jusqu'à, la mort de sa mère qu'on lui a caché...

John Taylor, l'amoureux d'Anne, qui comprendra toute l'histoire et reviendra vers elle.

 

Le lecteur ne pourra pas rester insensible à ce terrible destin de femme au temps où les injustices sociales et celles faites aux femmes étaient le lot commun. C'est donc un excellent roman historique qui nous dépeint l'angleterre puritaine du temps de Cromwell.  Enfin sur ce fond historique, l'auteure nous livre une vision de la médecine, respectueuse de la religion, et le lecteur ne pourra que mesurer les progrès géants qui ont été fait depuis...

 

Attention ! Certains passages peuvent impressionner les jeunes lecteurs (l'accouchement sordide dans les latrines, le séjour en prison, le jugement et la pendaison, le début du roman où on croit Anne enterrée vivante...) surtout lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie.

Je conseille donc sa lecture à partir de 13 ans environ.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:22

Alors que la princesse Tchinza est enfin de retour au  pays Shona, elle découvre que sa mère a été enlevée par des trafiquants d'esclaves et que la vieille Bola a pris sa place de reine...
Durant la soirée Bola tente d'empoisonner Tchinza, ce qui l'oblige, elle et ses amis, à se cacher puis à s'enfuir dans la nuit, quittant encore une fois Zimbaboué...
 
Tchinza est bien décidée  à se rendre à Zanzibar pour tenter de retrouver sa mère... Grâce à l'aide de Damian, David, Kounzi et son petit esclave et ami Moutiti, elle va découvrir l'île magnifique, devenue le repère des marchands d'esclaves. David  essaie d'abord d'obtenir l'aide de l'ambassade d'Angleterre qui accepte de les cacher...
 
Mais Tchinza ne peut rester enfermée plus longtemps : elle désobéit à David et réussit à sortir de l'ambassade par une porte non gardée. Puis elle se rend au marché aux esclaves, espérant en apprendre davantage sur sa mère... Mais on  la prend pour une esclave en fuite. Enfermée et attachée au fond d'un cachot, elle va partager pour quelques heures la vie des esclaves et leurs souffrances, espérant que ses amis viennent rapidement la sauver...
 
Au fond du cachot, une vieille esclave que personne ne veut acheter, passe son temps à graver dans sa mémoire les noms des femmes de passage. Elle lui apprend que sa mère a été enfermée là quelques semaines auparavant...et qu'elle a tenté de s'enfuir. Qu'est-elle devenue ? Est-elle morte comme le soutient la vieille femme. Tchinza ne peut y croire. Elle sait dans son coeur que sa mère est vivante... Elle ne va pas tarder à découvrir qu'en effet sa mère est bien en vie et qu'elle a même été achetée par le sultan.
 
Comment Tchinza peut-elle entrer chez  le sultan qui retient Nehanda prisonnière parmi les mille femmes de son harem ? En devenant elle-même une esclave ! Elle va découvrir que Salmé, la sultane, elle même prisonnière choyée du harem, ne désire que leur venir en aide.
 
Toutes trois vont réussir finalement à s'enfuir...mais Nehanda n'est plus la même. 
 
Pourra-t-elle encore régner sur le pays Shona ?
 
Que d'aventure et de rebondissements...et de décisions importantes à prendre pour Tchinza !
 
Le lecteur est heureux de retrouver sa courageuse héroïne et ses amis. Ce tome permet de mieux comprendre la culture arabe du XIX° siècle, de voyager à travers l'Afrique et de vivre au temps du sultanat et de l'esclavage.
 
 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 13:01

 

Depuis la mort de sa mère qui était servante au château, Marie a été recueillie par le baron et la baronne de Rochecourt. Elle a eu la chance de partager l'éducation des enfants de la famille. Elle sait donc lire et écrire.

Sa passion secrète, c'est le théâtre. Elle écrit d'ailleurs une petite pièce en 5 actes où elle décrit avec humour sa vie quotidienne.

Aussi lorsque Monsieur le Baron annonce la venue de Pierre Corneille, elle ne tient plus en place : elle va pouvoir rencontrer cet homme de lettre qu'elle admire tant !

 

Malheureusement,  elle doit rester en retrait pendant toute sa visite, le baron comptant mettre en avant ses propres enfants et en particulier, Thomas le fils aîné.

 

Mais la chance est décidément du côté de Marie...

Bien que simple servante et fille de surcroît, ses écrits vont être découverts et son talent d'écriture reconnu.

 

Ce petit roman facile à lire, à l'histoire somme toute assez banale, présente un intérêt à l'école et au collège.

 

Il peut, avec les plus grands, permettre de développer le thème de l'accès à l'écriture et de l'instruction des femmes au XVIIe siècle. Il permettra aussi de mieux connaître ce siècle et la vie quotidienne chez les gens aisés mais aussi de mieux comprendre les différences de classes sociales.

 

Enfin Marie aime tant les mots que ce plaisir ne demande qu'à être partagé... en alexandrins ! De nombreux enseignants de lettres pourront proposer à leurs élèves de décrire leur vie quotidienne à la manière de...Marie !

 

L'alternance du récit des événements quotidiens et des scènes écrites par Marie donne au roman toute son originalité.

 

C'est un roman qui fait partie de la Sélection de l'Éducation nationale (4e)  mais ne manquera pas de plaire aux pré-ados à partir de 10-11 ans. Ces derniers trouveront certains mots compliqués mais il y a heureusement un lexique à la fin !

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