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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 06:12
L'Asiathèque, 2020

L'Asiathèque, 2020

L'auteur Chi Ta-wei est un auteur de romans Fantastique et de Science-fiction, connu mondialement. Il s'est toujours engagé pour défendre la cause homosexuelle sur l'île de Taiwan. Il a été découvert en France lors de la sortie en 2015 de son roman, "Membranes", que je n'ai pas lu.

 

"Perles" est un recueil de nouvelles "queer". Il a fallu que je cherche la signification exacte de ce terme sur internet car je l'avoue, je n'en avais qu'une vague définition. Je vous renvoie sur le net si vous voulez en savoir davantage. 

Mais qu'importe les mots, ces nouvelles nous emmènent dans le monde particulier de l'auteur, un monde qui laisse une large place à l'imaginaire, un monde peuplé de personnages tous aussi originaux les uns que les autres : des faunes, des sirènes, des androïdes et autres créatures... Ces mondes nouveaux ressemblent étrangement au nôtre, mais diffèrent par la réflexion que ses habitants humains ou pas, effectuent au quotidien pour essayer de se sortir de trop de technicité, de trop de normes, de trop de superficialité dans les rapports humains.

L'auteur nous invite à inventer d'autres relations entre personnes et à réfléchir sur le genre, le sexe et sur notre rapport à l'autre. C'est un recueil dont certaines nouvelles ont été écrites il y a 20 ans, à l'aube de l'an 2000, et qui s'avère déjà d'une grande modernité en ce qui concerne le regard porté sur notre société, ses tabous et ses aprioris. 

 

A la fin de chacune de ces nouvelles, l'auteur propose en guise de postface, une courte analyse de ses écrits, et il nous décrit précisément les circonstances de leurs créations. Il donne aussi des clés pour mieux comprendre le message qu'il a voulu adresser aux lecteurs.

Ce court texte m'a bien aidé à réaliser toute la teneur de son engagement. Mais néanmoins, je le reconnais, je n'ai pas tout compris des références littéraires ou cinématographiques dont il s'est inspiré dans certaines de ses nouvelles. A relire un jour donc pour aller plus loin ! 

La première nouvelle, intitulée "Perles" est celle qui a donné son nom au recueil.  Elle permet de se mettre dans l'ambiance, mais j'avoue l'avoir relu à nouveau, après avoir terminé le recueil pour l'apprécier vraiment, car j'avais l'impression d'être passée à côté lors de ma première lecture.

Dans un monde post-apocalyptique, très différent du nôtre, tous les parents ont disparu suite à l'intervention des "Trois étoiles", des mystérieux extraterrestres en forme de globes qui ont déversé sur la terre une pluie mauve. Deux hommes adultes s'installent ensemble et nouent une relation sans tabou dans ce nouveau monde devenu plus tolérant. Mais la FPI (la fréquence des rapports intimes) n'est pas la même pour tous les deux et bientôt l'un des deux fait une autre rencontre ce qui dans cette société ouverte n'est pas un problème. Je ne vous dirai rien de plus, juste que ces personnages qui n'ont rien d'humain car leur corps s'emboîte comme des legos, nous parlent avec leurs propres mots, de tolérance, de différence, d'adaptabilité à l'autre...

Une belle leçon de vie et d'amour.

Pourquoi les parents ont tous disparus : parce que ce sont toujours eux les responsables directs des angoisses, des peurs et des cauchemars de leurs enfants (et sous-entendu donc, de leurs aprioris).

Depuis le Ravage, il était né chez les survivants une crainte existentielle selon laquelle n'importe quel type de relation intime pouvait conduire à une catastrophe. Tout individu doté d'un peu de bon sens préférait se constituer en unité close, refusant de s'ouvrir aux autres.

Dans "L'après-midi d'un faune", le lecteur entre dans un univers plus réaliste. A-so s'éloigne de chez lui le jour de son anniversaire pour se rendre à la campagne.  Là, il rencontre son double. Ils deviennent un temps très proches à tel point que K (qui est fan de Kafka) lui offre une belle montre à gousset qui a appartenu à sa famille. Mais cette montre est en quelque sorte diabolique...car elle va le pousser à commettre l'irréparable et A-so sera poursuivi par la culpabilité et n'arrivera plus à rien dans sa vie.

Un texte déroutant mais intéressant qui aborde le sujet de l'attachement à un être qui pourrait être considéré comme notre double ou bien plutôt comme l'autre facette de nous-même, et deviendrait donc indispensable à notre vie future au fur et à mesure qu'on le découvre, d'où l'impossibilité de le détruire sans nous détruire nous-même. Je ne sais pas si je m'explique bien ! 

Le tic-tac de la montre à gousset ressemble à un rire cruel et moquer, réveillant sans relâche ses angoisses, l'empêchant d'oublier cette histoire cauchemardesque. Dans ses souvenirs c'est ainsi que tout a commencé...

"La guerre est finie" est la nouvelle que j'ai préféré dans le recueil. 

Je reconnais qu'elle est beaucoup plus abordable quand on ne connait pas l'univers de l'auteur. Il faudrait commencer d'ailleurs pas sa lecture dans le recueil. Le lecteur part cette fois encore dans le futur, oh pas très lointain parce que nous sommes en 2025 et que nous faisons connaissance avec Meimei, un être humanoïde  "aDome" qui a été créé de toute pièce pour satisfaire son mari, un soldat parti faire la guerre stellaire.

Meimei est triste de ne savoir rien faire toute seule et elle s'ennuie quand son mari est absent. Elle a été créée je le rappelle, de toute pièce en fonction de ses goûts et ses fantasmes à lui. Un jour, elle rencontre par hasard Lola, une "aDome" comme elle qui sait cuisiner, s'occuper, penser par elle-même, bref être indépendante. Alors que peu à peu toutes deux sympathisent et deviennent inséparables, le mari de Meimei rentre car la guerre est finie. C'est alors que Meimei réalise qu'elle n'est que la proie de son mari. Elle le quitte pour s'installer avec Lola.

J'ai eu du plaisir à découvrir cette  nouvelle où le lecteur entre peu à peu dans les pensées et dans le corps de cet être fabriqué de toute pièce, mais qui n'a rien à voir avec un robot. Le ton est tout en pudeur et il y a des moments emplis de poésie quand toutes deux montent sur le toit et découvrent les étoiles et donc les beautés du monde extérieur. Nous sommes dans de la SF mais Meimei, bien que totalement artificielle est capable de penser et de comprendre que son bonheur n'est pas auprès de son mari trop conformiste et égoïste, mais bien auprès de Lola qui seule la respecte et l'accepte comme elle est, avec ses qualités et ses défauts.

Une belle découverte ! 

En 2020, un après-midi de printemps, quelqu'un m'a mise en service, en posant ses lèvres sur le miennes...ais

Dans "Eclipse" l'auteur nous raconte dans un futur encore une fois post-apocalyptique, la vie de deux frères dont on ne saura pas le nom. Il y a le Grand et le Petit ! Tous deux s'amusent dans le château d'eau qui se trouve sur les toits...et sont très proches, mais un jour Petit Frère disparait et la vie devient différente pour Grand Frère qui a perdu son jumeau. La ville est envahie par des insectes de toutes formes et le Grand s'amuse à les capturer pour les enfermer dans le château d'eau où ils trouvent avec bonheur chaleur et humidité et se multiplient. Beaucoup de gens se nourrissent de ces insectes ce qui est interdit car dit-on les gens peuvent contracter une maladie très grave en les avalant...

Au moment de son départ Petit Frère a remis à son frère jumeau, une boîte emplie de dessins les représentant tous les deux, nus, or il avait été le seul à poser. Pourquoi son frère les a-t-il dessinés ensembles, qu'est-ce que cela signifie ?

Je pense n'avoir pas tout compris lors de la lecture de cette nouvelle inquiétante mais riche en symboles. D'après moi, la maladie évoquée serait le SIDA et les deux frères les deux faces d'une seule et même personne.

La  nouvelle "Au fond de mon oeil, au creux de ta paume, une rose rouge va bientôt s'ouvrir" est celle dont le titre m'a le plus attiré car je l'ai trouvé plutôt poétique mais cela ne reflète en rien l'histoire.

Un préposé est mandaté pour enquêter sur une nouvelle drogue très puissante, le miroir noir. Cette drogue est fabriquée par une multinationale, la SM. Bien entendu une autre multinationale intervient aussi dans l'affaire en s'opposant à la SM. J'avoue que je me suis totalement perdue dans cette nouvelle déroutante. L'usage de cette drogue entraine des effets surprenants, modifiant en profondeur la nature des hommes...c'est tout ce que je peux vous dire en résumé.

Enfin, la dernière nouvelle, "la comédie de la Sirène", nous permet d'entrer dans le monde de Disney dont vous connaissez tous je pense la version de la Petite Sirène. Un Prince échoué sur une plage découvre une de ces charmantes et envoutantes créatures et bien entendu, elle va succomber à ses charmes. mais pour devenir une femme ordinaire il lui faut un baiser...

Le recueil se termine en beauté et légèreté avec cette fable qui ne manque pas d'humour et qui fait intervenir le narrateur au cœur même du récit. C'est une fable bien entendue totalement antiféministe, mais cela n'enlève en rien le plaisir des petites filles de la découvrir dans le monde de Disney et le nôtre d'en lire cette nouvelle version, revue et corrigée.

Elle voulait se métamorphoser en humaine. Mais voilà : à en croire les légendes, toutes celles qui, jadis, avaient nourri pareilles intentions avaient connu une fin tragique.

Un recueil que j'ai donc trouvé inégal mais que j'ai eu du plaisir à découvrir.  Si vous êtes fans de SF ou de littérature asiatique, n'hésitez pas à lire des auteurs taiwanais, ils aiment la culture française et de nombreuses références de notre culture étayent toujours leurs écrits. 

Les nouvelles ont été traduites du chinois par Olivier Bialais, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay et Pierrick Rivais, une tâche pas facile pour eux que je salue ici.

Merci à l'éditeur pour sa confiance et pou son envoi ! 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 05:16
Editions Lamiroy, 2020

Editions Lamiroy, 2020

C'est l'anniversaire de Lola et en faisant un court bilan de sa vie, suite à une discussion intéressante avec Gus, un ami de longue date,  elle se rend compte qu'elle n'a réalisé aucun de ses rêves.

Mais peut-on commencer à vivre à 60 ans ?

Bien entendu vu son métier cela parait bien difficile car Lola fait le trottoir depuis ses seize ans et elle n'a eu jusqu'à présent qu'un seul but dans la vie, c'est de ramener le plus d'argent possible à Marco, son mac pour qu'il soit gentil avec elle.

Mais voilà qu'à présent, il commence à ramener plus souvent à la maison, d'autres jeunes filles qui ressemblent étonnamment à celle que Lola était à 16 ans, quand elle rêvait encore de devenir chanteuse.

Alors, même si elle sait bien qu'elle n'a plus le charme de son adolescence, et qu'il est bien trop tard pour elle,  elle décide que pour ces jeunes filles-là tout sera différent et qu'elles auront la chance qu'elle n'a pas eu à leur âge...

 

Cette nouvelle se lit d'une traite. L'écriture est agréable et fluide, l'histoire nous surprend à chaque page car les différents éléments se mettent en place peu à peu, laissant le temps au lecteur de les assimiler et se bâtir son "film intérieur". La chute n'en sera que plus surprenante... 

Peut-on commencer à vivre à 60 ans, la réponse est oui évidemment, mais je ne vous dirai rien de la façon dont Lola (Marguerite) va réussir à changer de vie...

A vous de le découvrir ! 

Voici un petit livre de 45 pages à peine qui m'a permis de découvrir l'écriture de Philippe Desterbecq.  

Philippe possède trois blogs. Le premier dans lequel il nous présente ses lectures s'appelle "D'un livre à l'autre" ; le second nous parle de sa passion des plantes et des jardins, mais aussi de ses voyages "Des nouvelles de moi"; le troisième, né récemment, "Cdubelge" est consacré comme son nom l'indique à la découverte de la Belgique, son pays...

 

J'ai appris depuis peu qu'il avait publié plusieurs livres et donc je n'ai pas pu attendre plus longtemps pour découvrir l'un d'entre eux.

J'espère vous avoir donné envie de faire de même ! 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 05:18
Arléa, 2017

Arléa, 2017

T. était un grand voyageur. Le courrier électronique était le seul lien à peu près stable qui me maintenait à lui, toujours en déplacement au bout du monde. J'attendais ses mails comme si ma vie en dépendait.

Je suis persuadée que l'amour nous modifie, biologiquement. J'ignore quelle révolution interne il provoque, mais je crois qu'il entraîne des agglomérations cellulaires, des déplacements d'énergie, des polarisations qui s'inscrivent dans notre chair et y rayonnent bien après qu'elle a été désertée. Une place s'inscrit en creux, un manque, que plus rien, ensuite, ne parvient à combler...

Voici un auteur que j'aime beaucoup et que je n'hésite pas un instant à lire quand je croise un de ses écrits.

J'ai adoré lire "La part du feu" ; "Eux sur la photo"; "Portrait d'après blessure"...trois romans de l'auteur que j'ai présenté sur ce blog. 

 

Ce recueil d'une centaine de pages à peine, regroupe deux textes qui nous parlent de deux moments de la vie, autour de la rupture amoureuse.

 

L'auteur retrace dans le premier texte intitulé "Un vertige" les sentiments qui envahissent la narratrice lors de sa rupture amoureuse avec un homme  avec qui elle a entretenu une relation épisodique mais qui a duré plusieurs années.

Elle nous décrit son ressenti, sa sidération quand elle comprend que l'histoire s'arrête-là. Bien évidemment chacun va vivre les événements différemment selon son caractère, les circonstances et même si, il y a quelques éléments communs à tous les être humains délaissés, je n'ai éprouvé aucune empathie pour elle, qui d'ailleurs n'a pas de nom dans le livre.

On est dans le cas classique, si je puis dire, d'un homme qui aime ailleurs et ne veut (ne peut) pas choisir car il est déjà marié et d'une femme qui attend et espère...j'ai trouvé que la narratrice se complaisait un peu trop dans sa douleur. 

 

Dans le second qui ne fait pas 20 pages et s'intitule "la séparation", l'auteur aborde le même thème mais sous une histoire et un angle différent puisqu'il s'agit d'une autre narratrice et d'un autre couple et que tout part d'un soir où il lui dit : "Je ne sais plus" et tout vacille.

Plus juste à mes yeux, cette courte analyse montre bien les doutes qui s'insinuent peu à peu dans leur relation jusqu'à la détruire...alors qu'ils s'aiment toujours. 

 

Ces deux textes font part du ressenti, du doute, de la destruction que représente une séparation, du déni d'amour, de la désagrégation d'une relation...rien de bien gai me direz-vous, mais je vous rassure, bien entendu, l'auteur nous parle aussi du processus inverse, de l'émerveillement de l'amour (qui lui aussi provoque un vertige), de l'attente, de l'idéalisation, des espoirs...

 

C'est un livre très intimiste et personnel, écrit de façon très littéraire qui m'a cependant laissé au bord du chemin.

J'ai eu l'impression de passer à côté et je ne suis pas entrée un seul instant dans l'histoire ceci étant peut-être dû au confinement. 

J'ai pourtant aimé retrouver la belle plume de l'auteur et son écriture toute en finesse. 

Je crains que lui et moi ne soyons, au fond, jamais capables de cesser de nous aimer. Et je sais désormais qu'il faudra aussi accepter ce qui a précédé la séparation, et composer avec le souvenir, à la fois doux et effroyable, de ces six mois d'amour absolu qui m'ont donné le sentiment de marcher au-dessus du sol.

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 05:25
Le Dilettante, 2017

Le Dilettante, 2017

Tu es arrivée les bras chargée : des fleurs, un gâteau, du champagne, des cadeaux pour les enfants...Et les enfants étaient si heureux.
Si heureux...Pas à cause des cadeaux, à cause de ta présence. C'était la première fois que le monde extérieur s'invitait chez nous, la première fois que quelqu'un montait nous voir, c'était la vie qui revenait.

Un jour, il a plus été capable de monter dans le camion tout seul. Il a même pas fait semblant d'essayer. Il s'est assis devant le marchepied et il a attendu que je vienne. Ho, que je lui ai fait, tu bouges tes fesses mon gros père. Mais à sa façon qu'y m'a regardé, j'ai baissé la tête. Je l'ai porté jusqu'à sa place et y s'est couché comme de rien n'était, mais moi, ce jour-là, j'ai calé en démarrant.

Lorsque je regarde la bibliographie d'Anna Gavalda, je me dis que depuis "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" paru en 1999, qui avait été pour moi un vrai coup de cœur, bien avant que j'ai ce blog et qui m'avait permis de découvrir l'auteur, j'ai été souvent déçue par ses écrits.

La lecture de "Billie" que j'ai présenté ici, m'avait même carrément détournée de l'auteur, ce qui explique que depuis, j'ai hésité à la lire...

Heureusement "Fendre l'armure" m'a permis de renouer avec plaisir avec son écriture.

 

Il s'agit d'un recueil de sept nouvelles toutes différentes sur le thème de la solitude, du deuil mais aussi des rencontres. 

Que l'on connaisse leur prénom ou qu'ils s'expriment en disant "je", les personnages de ces histoires qui pourraient être vraies, se livrent à nous et racontent leur histoire. Ils tentent d'y voir clair dans leur vie, ils se confient et acceptent de casser leur carapace protectrice, d'où le titre du recueil.

 

Chacun est différent, tant au point de vue social que générationnel et s'exprime donc selon son propre mode de langage.

Il y a la jeune fille "cabossée" au langage cru mais qui est amoureuse de la poésie ; le jeune homme meurtri qui revient du mariage de son ex-petite amie, ; le père convoqué en urgence par la directrice de l'école de son fils (très drôle) ; la veuve devenue alcoolique alors qu'elle a deux enfants à charge ; l'homme d'affaire qui se retrouve à Séoul, seul, et songe à son ami disparu ;  le camionneur qui prend sa journée lui qui ne s'absente jamais, pour aller enterrer son chien (je crois bien que c'est celle que j'ai le plus aimé, elle est poignante) ; et une escapade "amoureuse" à deux à Mc Do, à la délicieuse chute ("Happy Meal" très drôle) que je vous laisse découvrir...

 

L'auteur rend toutes ces voix tellement authentiques que c'est un vrai bonheur de lire ces nouvelles. Elle porte sur eux un regard empli de tendresse et d'empathie et le lecteur ne peut qu'être profondément touché par tous ces personnages. 

C'est bien vrai, comme je l'ai lu ici ou là sur le net, qu'au fond tout cela est pétri de bons sentiments, mais je me suis laissée prendre par ces destinées particulières...tant elles sonnent justes.  

Un recueil à découvrir pour se faire du bien !

Et comme j'étais beau...Pardon, comme ce portrait était beau. Si beau que j'osais à peine me reconnaître.
...
Et sous ce lavis à l'encre de Chine, une très jolie écriture, très élégante et très harmonieuse me légendait ainsi :
"Nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie."

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 05:17
Librinova, 2018

Librinova, 2018

Le pire ennemi de l'ordre de l'Etoile universelle était le temple de l'Araignée. Ce temple, dédié aux forces du Mal était riche et puissant, et visait à asservir l'humanité tout entière. Il régnait sur la toile tentaculaire d'Internet et sur l'empire médiatique. Quelques chefs d'état lui avaient fait allégeance sous le sceau du secret, et de très nombreux autres en étaient devenus le jouet à leur insu.

Vous savez tous qu'Internet, les réseaux sociaux, la télévision et la téléphonie sont sous notre contrôle absolu. Je vous rappelle qu'au-delà de la manipulation de l'information, ces outils nous permettent de modifier les comportements puisqu'ils détournent les individus de leur intention initiale...

...la quasi-totalité des foyers humains disposent d'un écran de télévision, avec des émissions adaptées selon le niveau culturel de chacun, pour le bien-être de tous...

Noah et Marie perçoivent un signal particulier un soir de lune montante. L'étoile universelle leur envoie un signe qu'ils sont prêts à entendre : voilà pourquoi ils comprennent son message ! 

Ils doivent partir aussitôt vers l'Ouest !

Comme l'étoile a pulsé trois fois... cela signifie qu'ils vont devoir éprouver un bonheur intense trois fois, avant d'arriver à leur destination, une destination au départ totalement inconnue pour eux.

C'est dans un petit village près de l'océan, qu'ils finissent par arriver. Là-bas, ils sont attendus par celui que tous appellent le "Maître".  Lors d'une cérémonie impressionnante, tous deux sont adoubés : ils font partie à présent de l'Ordre de l'Etoile universelle. Les voilà maintenant disposés à travailler tous les jours sur eux-mêmes, pour évoluer...

Cinq ans plus tard, on leur demande de trouver un moyen de partager leur nouvelle sagesse, leur vision du monde et leurs découvertes, pour aider les autres à marcher sur le bon chemin...Ils décident de s'adresser prioritairement aux enfants ! 

 

Tandis qu'en France près de Grenoble, Noah et Marie comprennent ce qu'on attend d'eux, de l'autre côté de l'océan, à New-York, le président du lobby du serpent de la Grande pharmacopée, s'apprête à prendre la parole devant les douze lobbies du syndicat international de l'abondance et de la sécurité.

Bien entendu, son discours est totalement opposé à celui de nos deux héros...

Mais ce que tous les douze ignorent, c'est qu'en Turquie, une gigantesque base militaire abrite en son sein, le quartier général du Temple de l'araignée...prêt à intervenir ! 

 

Voici une nouvelle qui se lit d'une traite.  Bien qu'elle soit assez complexe dans son déroulé, le lecteur n'a pas besoin d'en savoir plus pour entrer dans l'histoire. 

Elle aborde en 11 chapitres, sous la forme d'un conte philosophique et initiatique, le thème des valeurs que nous transmettons à nos enfants et donc à travers eux aux générations futures, valeurs qui pourraient servir de base à celles de la société de demain. 

Évidemment, l'auteur revisite à sa manière le mythe bien connu d'Arachné. Il s'attaque à notre civilisation moderne et en particulier à son côté mercantile pour démontrer que si nous ne faisons rien, notre société qui est en crise au niveau mondial, peut à tout instant exploser. Il est donc d'après lui plus que nécessaire de se ressaisir et que les hommes retrouvent au plus vite leur intégrité, leur sincérité et surtout leur liberté.

 

Pour arriver à ses fins, l'auteur nous embarque dans un monde imaginaire, mais est-il si imaginaire que ça ?! Vous n'aurez aucun mal comme moi,  à trouver à travers ses mots, de quoi et de qui il veut parler, même si je suis bien certaine que je n'ai pas forcément tout compris...Ce sont bien des rouages de notre monde qu'il nous parle, des problèmes liés à la mondialisation, de l'emprise des lobbies (les douze ressemblent étrangement aux nôtres) et du fait que nous nous éloignons de plus en plus de ce qui faisait l'essence même de notre existence. 

Un point de vue intéressant sur notre monde, sous forme de conte à lire et à découvrir dès 16 ans. 

Merci à Librinova de m'avoir fait découvrir cette nouvelle et cet auteur que je ne connaissais pas. 

 

Dans une pièce, une toute petite flamme, ne vient-elle pas seule à bout de l'ombre ? ...
Les prises de conscience des hommes gagnaient beaucoup de terrain sur l'absurdité du matérialisme qui ne faisait que faire miroiter l'illusion du bonheur...

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 06:55
Thebookedition.com, 2017

Thebookedition.com, 2017

Un beau matin...
Ou peut-être une nuit, qui sait ?
Une "idée" est partie en voyage...

Extrait du poème introductif d'Eglantine-Lilas, "Une idée, un livre" p.4

 

Cela fait un mois exactement que je vous ai parlé de cette anthologie parue aux éditions thebookedition.com.

La souscription est terminée et a déjà permis de faire un bilan très positif dont vous trouverez les détails sur le site des Anthologies éphémères ICI.

Mais l'opération continue en direct sur le site de l'éditeur et une version numérique existe aussi pour les fans. 

 

J'ai reçu cette anthologie il y a quelques jours à peine, et depuis je picore ici ou là les écrits avec un grand plaisir. Les écrits sont variés : certains m'ont fait rire, d'autres m'ont ému, tous m'ont fait rêver !

 

Voici aujourd'hui une petite sélection pour vous donner l'eau à la bouche si je puis dire...car elle est autour du thème de l'eau !

N'y voyez aucun favoritisme de ma part...

D'ailleurs certaines personnes citées sont pour moi de parfaites inconnues et je compte bien aller leur rendre visite pour faire leur connaissance.

J'espère surtout que les extraits choisis vous plairont et vous donneront envie de faire de même.

Vous trouverez les liens vers les blogs ou sites de auteurs en cliquant tout simplement sur leur nom. 

 

Tout d'abord, un coup de coeur pour moi...ce poème que je publie ici sans autorisation de l'auteur... mais je ne pense pas que Balaline, que je ne connais pas encore, m'en tienne rigueur, car je viens de voir qu'elle a déjà publié son texte, ainsi que l'illustration, sur son blog...

 

 

 

 

 

 

Fanfan crée le suspense en nous emmenant sur la barque de deux pêcheurs, et vous ne saurez qu'à la fin qui est le narrateur de l'histoire...

...j'ai toujours rêvé de faire de beaux voyages, sur de grands navires. Faire le tour du monde, visiter les îles, tutoyer les beaux poissons bariolés. Je ne craignais rien pas même les requins...

Extrait du texte de Fanfan "Marine" p. 231

 

Eglantine-Lilas nous offre un conte intitulé "La cruche"...dans lequel une cruche, désespérée parce qu'on ne la regarde jamais, décide de profiter d'une nuit sans lune...pour se sauver.

Seulement voilà, comment faire lorsqu'on est pas plus bête qu'une autre, mais qu'on est quand même une cruche ?

Extrait du texte d'Eglantine-Lilas "La cruche" p. 24

 

Cathycat nous raconte l'histoire d'une petite goutte d'eau qui un jour d'orage atterrit dans un joli jardin, au milieu des fleurs...

Ploc, ploc, ploc, ploc...
S'égrainent des gouttes sur un rythme de métronome. Une gouttière fuit quelque part.
Ploc, ploc, ploc, Blob.

Extrait du texte de Cathycat "Petite goutte" p.173

 

Certains jettent des bouteilles à la mer...comme nous le raconte Martine.

Quand la mer était calme, ça allait à peu près, mais je ne vous dis pas lorsqu'il y avait la tempête, je me suis fait des montées et des descentes d'enfer.

Extrait du texte de Martine "D'une plage à l'autre" p. 227

 

Il est aussi question de bateaux chez Josette...

Quand ils se croisaient
Les bateaux se racontaient
Leurs traversées leurs tempêtes
Et ce que leur apprenaient les mouettes...

Extrait du poème de Josette " Le petit bateau" p.66

 

Et de plages...

Vous pourrez faire quelques pas sur le sable avec Carole Chollet, et y laisser votre trace...

Trace que tout efface. Trace de vie qui va
...
Extrait du poème de Carole Chollet "Des pas sur le sable"

 

Et Océane, 13 ans, vous raconte une jolie légende...dans laquelle vous apprendrez, qui a rencontré la princesse Jade, lorsqu'elle s'est aventurée hors du palais.  

Quoi !
Vous n'avez jamais entendu parler du "lac de la princesse Jade" ?
Laissez-moi vous raconter la légende...

Extrait du texte d'Océane "Le lac de la princesse Jade" p.16

 

Les illustrations ne sont pas en reste : dessins, aquarelles, photographies mais ce sera l'objet d'un prochain article. Car je ne compte pas en rester là ! 

 

Comme je vous l'ai déjà dit, les auteurs se sont livrés avec leur cœur pour que ce projet aboutisse...et c'est ce qui compte.

A plusieurs, on est plus fort et on va plus loin ! 

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 06:06
L'Asiathèque, 2017

L'Asiathèque, 2017

Pouvoir observer Taipei avec le regard de l'écrivain est l'une des raisons pour lesquelles je reste ici. Ce tout petit bassin, pour une raison inexplicable, possède une longue histoire, il y afflue des migrants et des gens de passage venus des quatre coins du monde...
Tous ces gens sont venus à Taipei avec leurs racines culturelles propres, sans avoir à l'origine l'intention d'y demeurer, mais ils ont fini par donner naissance à une deuxième génération, puis à une troisième...
De part son destin particulier, Taipei possède une fascinante nature théâtrale. Or les écrivains aiment par-dessus tout les lieux dramatiques.

 

L'année dernière déjà, je vous avais présenté plusieurs livres publiés par l'Asiathèque, un éditeur que je remercie ici pour m'avoir fait découvrir ses publications que j'ai toujours lu avec un immense plaisir. 

J'ai pu ainsi  découvrir "Halabeoji" de Martine Prost ; "Nuages mouvants" racontée par Hsieh Hai-meng ; "Histoire de Dame Pak" un roman coréen du XVIIIe siècle ; et "L'art de la controverse" des nouvelles de Park Hyoung-su. Tous ces livres sont chroniqués sur le blog. 

Jusqu'à présent, je n'avais visité Taipei qu'en me promenant dans les pages de Sylvie qui vit à Taïwan et que vous connaissez surtout par son surnom "Barbizon". Elle est l'auteur du blog MAYA in Taiwan, un blog que je suis depuis un certain temps maintenant et toujours avec grand plaisir, et que certains d'entre vous connaissent aussi.

 

Et voilà que m'apparaît un autre aspect de cette ville que je découvre en lisant les quinze nouvelles de ce recueil, des nouvelles qui ne se lisent pas du tout les unes après les autres comme on le ferait des chapitres d'un roman, mais qui se dégustent au plein sens du terme...

 

En effet, sept d'entre elles sont écrites par Shu Kuo-chih, bien connu à Taïwan pour ses chroniques gastronomiques.

Ces dernières, courtes mais toutes aussi délicieuses, s'intercalent entre les huit autres et nous livrent d'authentiques recettes taïwanaises, tout en nous racontant la vie des différents quartiers et de ces petites échoppes où nombreux sont ceux qui se retrouvent, parfois au coeur de la nuit, pour tromper leur faim. Mais quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ces échoppes créent surtout du lien social, donnent l'impression d'être encore à la maison et permettent ainsi de tromper angoisse et sentiment de solitude.

Quel que soit le moment où vous lirez ces pages, et même si vous sortez à peine de table, vous saliverez à la lecture de ces ingrédients qui font toute la différence, que vous désiriez prendre...au marché de Huashan, un petit déjeuner avec un lait de soja fumant (et toujours trop chaud) ; un en-cas en milieu de nuit en allant déguster des vermicelles sautés dans l'échoppe du marché de Lungch'üan, à moins que vous ne préfériez le curry Wuyün du marché de nuit de l'Université normale ; une bonne soupe de nouilles au boeuf, réconfortante et parfumée de la rue Chunghsiao ou, un plat de nouilles épicées de la mère Liu de T'ienmu ; ou une simple friandise comme par exemple, une truffe de la chocolaterie artisanale de la rue Yungk'ang. 

Je vous assure que vous allez avoir envie de vous rendre sur place sans tarder !

 

Dans son échoppe, on rencontre de vieux habitués, mais aussi énormément de jeunes employées qui préfèrent généralement les nouilles aux autres plats. A peine sont-elles entrées dans l'échoppe que mère Liu leur lance un "Que voulez-vous manger, Mademoiselle? " Immédiatement l'atmosphère du restaurant se réchauffe. On se croirait à la maison, tant et si bien qu'un voyageur depuis longtemps loin de son foyer pourrait verser une larme ou deux, s'il n'y prenait garde.

 

Courtes ou longues et quel qu'en soit le thème, les huit autres nouvelles nous plongent dans la vie quotidienne des habitants de la ville. Ils sont parfois natifs de l'île et connaissent la ville comme leur poche, ou bien ils arrivent de presque toutes les régions continentales proches. Ils cherchent alors à s'adapter à la ville, à se repérer dans ses douze districts, à poursuivre des études, à trouver des amis, un travail, l'amour parfois...quitte à se battre. Parfois ils ne vont croiser que violence, désillusion, tristesse ou solitude.

Le contraste entre les autochtones et les continentaux venus s'installer récemment est bien décrit, ou parfois simplement suggéré, mais le lecteur ne peut que constater que l'incompréhension règne. Tous les habitants ont en effet une perception bien différente de ce qui les entoure. Il leur faut donc se confronter à cette ville unique en son genre, à la fois engluée dans ses traditions et infiniment moderne.

Toutes les nouvelles reflètent le mal de vivre de ses habitants, de sa jeunesse très souvent désabusée, mettent à jour les problèmes de racisme et d'intégration, la violence des relations, l'incompréhension et la solitude qui en découle. Mais de tout cela naît l'espoir fou de remodeler cette ville afin de faire disparaître ses problèmes. 

 

Vous en saurez plus sur les croyances en lisant la plus longue des nouvelles "Une histoire de toilettes" qui nous fait entrer dans les us et coutumes et la vie quotidienne des commerçants pauvres de l'ancien marché de Chungwaet.  C'est l'histoire, à la fois angoissante, emplie d'humour et non dénuée d'une certaine poésie du jeune Moustique, obligé de se lever la nuit pour se rendre aux toilettes publiques de son quartier...

 

Je ne vais pas vous résumer toutes les nouvelles du recueil d'autant plus que Mimi , du blog "Mes petites boîtes" vient de le faire samedi dernier sur son blog, Audrey, du blog Que Lire ? nous a elle aussi donné jeudi dernier son ressenti  et hier, c'est Yv qui à son tour a mis en ligne sa chronique. C'est dire l'intérêt de ce recueil...

 

Je vais simplement vous parler, si vous le voulez bien,  de trois nouvelles qui m'ont particulièrement marqué.

La première nouvelle qui ouvre le recueil  et qui nous plonge donc dans l'ambiance de Taipei est "Le petit bassin de Taipei" (écrite par Jane Jian). Sans doute autobiographique, cette nouvelle nous fait entrer dans la vie d'une jeune fille de 15 ans qui vient de s'installer en ville. Rejetée par les autres, elle a du mal à s'adapter à cette vie citadine si éloignée de celle de sa région d'origine. La solitude est poignante et le lecteur voudrait l'aider à ne plus avoir le mal des transports qui l'oblige à s'enduire de crèmes et autres huiles et la fait souffrir.

Mais un jour, elle découvre grâce à son imagination débordante, un havre de paix et, au coeur de cette bousculade qu'est devenue sa vie, une autre voie commence pour elle à se dessiner...

 

Le village pauvre mais attachant où j'ai grandi m'a permis de m'affirmer pour la première fois. Il a façonné imperceptiblement mon tempérament, ma personnalité et ma dignité, il m'a incitée à rechercher la beauté et l'amour. Surtout l'amour.
[...]
Tout ce que ce modeste village m'a enseigné me permet aujourd'hui de vivre avec honneur et d'être moi-même, quelles que soient les difficultés que je rencontre dans l'endroit où je me trouve.

 

La seconde nouvelle que j'ai beaucoup aimé est "Ca, cette pluie de chagrin" de Walis Nokan.

Dans cette nouvelle, Ch'en-Pao-lo, un jeune garçon est venu de la campagne pour finir ses études à la ville. Il est hébergé chez sa soeur aînée, qui travaille. Un jour en sortant de l'école où il ne subit que brimades et moqueries de la part des autres, il décide d'aller rendre visite à sa soeur sur son lieu de travail pour lui apporter un cadeau. Ce qu'il découvre lui fait comprendre qu'elle aussi, à sa façon, subit les brimades des autres...

 

La pluie continue à déferler sur la ville, comme si elle chantait pour eux la complainte du chagrin et du désespoir. Quelque part dans les rues, un frère et une soeur traînent le pas, la démarche incertaine, et puis on ne sait pas lequel des deux lâchent "On y va ! Sinon on va attraper froid !"

 

La troisième, "La carte d'identité d'un inconnu" de Chi Ta-Wei, est celle que j'ai préféré. Sa construction, déjà est particulière et nous fait entrer par petites touches dans la vie de ce jeune homme homosexuel qui est arrêté une nuit par un jeune policier pour un simple contrôle d'identité. Mais rien ne se passe comme prévu. Il n'a pas ses papiers d'identité, donne un faux nom et en plus vient de se faire teindre les cheveux. Mais ce qui explique qu'il n'est pas conscient de la gravité de sa situation et qu'il répond par monosyllabe au policier, c'est qu'il est angoissé par l'attente des résultats du test VIH qu'il vient de passer... 

 

Ne me demandez pas quelle partie du corps de l'autre j'ai touchée. Je n'ai pas bien vu. Ne me demandez pas non plus qui est cet homme sur lequel j'ai tiré. Je n'en suis pas sûr...Je sais simplement que je suis très fatigué, que je n'ai plus qu'à attendre de me retrouver face à la solitude d'un bol de nouilles instantanées. Je n'ai que vingt-cinq ans.

 

Ce recueil est donc une façon originale de découvrir ces écrivains taïwanais.  Ils nous font, à travers leurs écrits, visiter la ville pour peu que vous acceptiez de vous y perdre avec eux.

Comme d'habitude j'ai lu la préface à la fin ! Je sais cela peut paraître bizarre, mais j'ai toujours fait comme ça car je veux découvrir d'abord les textes, quitte à les reprendre si je vois ensuite que je suis passée à côté de quelque  chose. 

Les nouvelles et chroniques sont écrites par Jane Jian - Lin Yao-teh - Walis Nokan - Lo Yi-chin - Wu Ming-yi - Chi Ta-wei - Chang Wan-k'ang - Chou Tan-ying - Shu Kuo-chih

Le recueil est traduit du chinois (Taïwan) sous la direction de Gwennaël Gaffric, qui est aussi l'auteur de la très instructive préface : "Taipei, histoire et histoires" où le lecteur apprend beaucoup sur les traditions, l'histoire de la ville mais aussi les auteurs...

Les traductions sont l'oeuvre de Olivier Bialais, Marie-Paule Chamayou, Mélie Chen, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay, Marie Laureillard, Damien Ligot, Lise Pouchelon et Chingjin Wu-Soldani

 

L'écriture implique une distance, elle nous invite, après avoir donner libre cours à nos émotions, à faire la part des choses, à réfléchir sur les causes de cette barrière psychologique qui se dresse entre nous et les autres, à dépasser les tensions entre villes et campagnes...

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 07:45
Mon Petit Éditeur, 2017

Mon Petit Éditeur, 2017

 

Nous avons tous rêvé un jour de repartir en arrière pour tenter de modifier le cours de notre destin...

Et si nous n'avions pas pris telle ou telle décision, si nous n'avions pas fait telle rencontre à tel moment précis, si nous avions habité ailleurs, fait d'autres études, vécu dans une autre famille ou tout simplement à une autre époque...

Quelle aurait été notre vie ?

C'est ce que nous propose de vivre, Stéphane Bret dans la première partie de son livre "Triplicata", une première partie constituée de trois nouvelles qui nous permettent d'entrer dans la vie du héros, dénommé S., un jeune adolescent, à l'aube de devenir adulte et de prendre en main son avenir.  Mais dans chacune de ces nouvelles, la décennie à laquelle appartient S., ses rencontres, ses lieux de vie, ses études vont le mener sur des chemins différents et le faire évoluer vers d'autres possibles.

Y gagnera-t-il davantage d'humanité ? Je vous laisse le découvrir...

 

Au détour de l'aventure, le lecteur de ma génération va reconnaître ici ou là des événements de notre jeunesse, notre éducation, la censure, les années post-68 plus permissives, les livres où les films qui nous ont permis de découvrir le monde...

Cette plongée dans le passé de notre adolescence et de nos années d'étudiants, pour ceux qui ont eu la chance de faire des études, a été pour moi un véritable délice.

 

Se fondre dans la masse, observer l'anonymat des règles édictées par des inconnus, renoncer à la part de soi-même la plus précieuse, la plus créative, la plus émouvante. C'était l'impératif à atteindre...Être éduqué équivalait alors à mourir un peu.

 

Dans la première version de sa vie, S. a été élevé dans l'excellence, sa famille pensant ainsi le préparer à réussir en tout et à s'approcher de plus en plus de l'élite. Mais sa curiosité naturelle le pousse à observer les gens et il constate très vite que ce qu'il voit n'a rien à voir avec ce qu'on lui a fait croire dans son enfance. La société évolue dans ces années d'après-guerre et les jeunes gens se cherchent une nouvelle façon de vivre, différente de celle préconisée par leurs parents. Aussi lorsque S. rencontre Anaïs, une femme insolente et si élégante, altière même et beaucoup plus âgée que lui, et qu'elle lui affirme qu'il est déjà, de par sa tenue et ses lectures, le reflet de ce qu'il va devenir plus tard, il décide de préparer sa mutation et de se décharger des nombreux préjugés liés à son éducation...

 

...S. avait pu effectuer, en direct, un constat rédhibitoire : la pratique des chiffres, des courbes de croissance, des taux de rendement, mutilaient gravement un homme, s'il ne prenait pas l'infime précaution d'installer en quelque sorte un univers de sauvegarde, un escalier de secours en cas d'incendie, un monde dans lequel l'évasion et le plaisir n'avaient pas perdu droit de cité.

 

Dans sa seconde vie, nous sommes plutôt vers la fin des années 60 et durant les années 70. Le monde entier cherche à laisser derrière lui les vieux principes archaïques, tant en matière d'éducation qu'au niveau des arts et de la création en général. De nombreuses censures continuent à ralentir la vie intellectuelle. Mais la télévision devient peu à peu un moyen incontournable de faire entrer la culture dans tous les foyers.

L'époque est à la révolution sociale et politique. S., jeune adolescent, découvre avec bonheur la librairie "La joie par les livres" à Paris. Il va y faire la rencontre d'une jeune étudiante en psychologie. Elle lui fait connaître divers auteurs, dont Wilhelm Reich, qui bouleverse le jeune homme et changera sa vie et ses aspirations en profondeur...

 

Il eut le sentiment que l'on s'adressait à lui, intimement, personnellement, que l'auteur débusquait tous les faux-semblants derrière lesquels les hommes s'abritaient pour mieux dissimiler leur désarroi et les accompagner vers la réalisation de leurs désirs.

 

La troisième version est plus courte. S. nous emmène dans le monde de l'argent et de l'apparence. Il n'a qu'une envie c'est devenir un "tueur" , rechercher les rassemblements "people" et dominer autrui par son argent afin de séduire de plus en plus souvent et facilement des jeunes femmes afin de vérifier ainsi son pouvoir...

Arrivera-t-il à réussir sa vie tout de même ? 

 

Ces trois nouvelles constituent une intéressante réflexion sur la vie et les choix que nous sommes amenés à faire.

Elles nous permettent de plonger dans les décennies passées et de revivre les différentes options qui ont été offertes aux jeunes (d'un milieu aisé et citadin) en fonction des orientations de la société mais aussi de l'évolution du monde à tous points de vue.

J'ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture et je pourrais même dire que j'ai savouré ce petit recueil, au ton souvent désuet, qui je trouve est d'une grande profondeur. Les souvenirs de ma propre jeunesse, de ses découvertes culturelles et de ses nombreuses interrogations ne sont bien sûr pas étrangers à ce plaisir de lecture, bien que je ne sois pas issue du même milieu social que le héros.

 

 

La seconde partie du recueil, "Des vies en abyme" nous permet de lire une nouvelle tout à fait originale.

Quels sont les liens qui unissent les différents personnages ? Est-ce leurs interrogations qui les rapprochent, le fait d'avoir besoin les uns des autres ou d'être tous un peu perdus dans leur vie ?

En fait, encore une fois, il n'y a pas de hasard... 

Tous ces êtres qui mettent à jour leurs failles alors qu'à priori, ils ont tout pour être heureux, ne peuvent que nous toucher et nous amener à nous interroger sur ceux qui nous entourent, nos amis, notre famille ou nos connaissances...

Est-ce nous qui avons besoin d'eux pour exister et se sentir plus forts, ou l'inverse ? Quels sont les liens cachés et tus qui nous relient aux autres ?

 

René Lecerf, ancien magistrat, (il était juge d'application des peines) s'est toujours demandé où est le juste milieu en matière de justice. Son indépendance d'esprit l'a obligé à prendre une retraite anticipée. Farida sa compagne est avocate. Après une première rencontre houleuse et des débats passionnés, ils vivent ensemble depuis une décennie et forment un couple agréable qui suscite de nombreuses jalousies dans leur entourage.

 

Farida était fière d'avoir réussi à aimer cet homme, et d'avoir réussi à tisser des liens à nuls autres pareils.

 

En fait, s'ils organisent souvent des dîners, c'est parce que cette convivialité, ces repas entre amis, leur renvoient une image positive d'eux-même. Pourtant il n'en a pas toujours été ainsi, et leur vie a souvent été chaotique. Farida en particulier, qui a pris pour modèle, Gisèle Halimi s'est toujours battue pour le droit des femmes et la liberté dans le couple. D'origine tunisienne, son enfance n'a pas favorisé son émancipation et seul son oncle l'a soutenu lorsqu'elle a voulu réaliser ses rêves...

Ce soir-là, ils attendent Céline, une amie divorcée, libraire passionnée qui s'interroge en se préparant pour la soirée, sur le rôle que tous deux ont joué dans son existence. N'est-ce pas à cause d'eux finalement, qu'elle s'est sentie souvent inférieure et jalouse de leur couple, et qu'elle doit de vivre encore seule, en reniant son homosexualité latente ? 

 

En fait, chacun reformule les événements de sa vie à sa manière. Ce qui est humain... c'est de toujours s'attribuer le beau rôle !

Un petit recueil à découvrir... 

Je remercie l'auteur de sa confiance qui m'a permis de le découvrir en avant-première. 

 

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:11
La confusion des sentiments / Stefan Zweig

Quant à moi je ne pouvais pas bouger, j'étais comme frappé au cœur. Passionné et capable seulement de saisir les choses d'une manière passionnée, dans l'élan fougueux de tous mes sens, je venais pour la première fois de me sentir conquis par un maître, par un homme ; je venais de subir l'ascendant d'une puissance devant laquelle c'était un devoir absolu et une volupté de s'incliner.

 

Au soir de sa vie professionnelle, un éminent professeur de philologie reçoit de la part de ses élèves et collègues de l'université, un livre d'hommage le remerciant pour ses trente années de professorat et ses nombreuses oeuvres et discours...

Mais ce qui manque dans cet hommage, c'est l'essentiel de sa vie, ce qui l'a surtout marqué dans sa jeunesse et qui explique son parcours intellectuel, c'est le secret qu'il porte en lui depuis plus de quarante ans.

 

Alors qu'il n'avait que 19 ans, il a été en effet fasciné par la personnalité d'un de ses professeurs d'université. Cette rencontre sera décisive et suscitera chez lui un mélange d'admiration, d'idolâtrie, de soumission et d'amour. 

 

Il entreprend alors de nous raconter ces années d'étudiant, ses désirs d'alors, son attachement pour ce maître qui pourtant souvent ne lui apportait que souffrance et questionnement, cachant son mal-être derrière un mariage de convenance, changeant d'humeur constamment au gré de ses sentiments, trop souvent cruel envers le jeune homme naïf et en quête d'approbation et d'amour qui ne comprenait rien et nageait en pleine confusion.

 

A cette époque, sa jeunesse et son manque d'expérience ne lui ont pas permis de comprendre le mélange de sentiments qu'il éprouvait pour son professeur jusqu'au jour où, le professeur lui livra un secret douloureux à porter... avant de disparaître pour toujours.

 

Ce qu'il sait avec certitude aujourd'hui... c'est qu'il n'a jamais aimé quelqu'un d'autre aussi fort, ni plus que lui.

La question me tourmentait. Je sentais brûler en moi comme une soif de mieux connaître cet homme au double aspect. Et obéissant à une inspiration subite, à peine eût-il quitté sa chaire en passant devant nous sans nous regarder, que je courus à la bibliothèque et demandai ses publications.

 

Avec beaucoup de pudeur et l'écriture pleine de délicatesse et de finesse qu'on lui connaît, Stefan Zweig retrace les affres de cette passion dévorante, mais interdite.

Il montre bien les difficultés du vieux professeur à réfréner ses désirs, face aux contraintes et aux tabous de la morale de l'époque. 

 

Ce court roman, souvent considéré comme une nouvelle, est paru en 1927 mais il connut aussitôt un succès fulgurant.

Freud a lui-même salué la manière dont cette passion était restituée, un véritable triangle oedipien pour certains, un livre sur la passion amoureuse pour d'autres, un livre sur le désir homosexuel sans nul doute possible... 

 

Ce livre est souvent considéré comme le chef-d'oeuvre de Stefan Zweig et il fallait que je le relise, que je me laisse porter par la beauté de cette écriture, qui à chaque instant sonne juste. 

C'est en effet un très beau livre que je vous conseille de lire si vous ne l'avez pas encore fait ou de relire à l'occasion.  

 

L’après-midi, me trouvant pendant une heure seul avec sa femme, j’éclatai tout à coup en une sorte d’explosion hystérique et, lui prenant les mains, je m’écriai :
"Dites-moi, pourquoi me hait-il tant ? Pourquoi me méprise-t-il ainsi ? Que lui ai-je fait ? Pourquoi chacune de mes paroles l’irrite-t-elle à ce point ? Que dois-je faire ? Aidez-moi. Pourquoi ne peut-il pas me souffrir ? Dites-le moi, je vous en supplie ! "
Alors, un œil perçant, étonné de cette explosion sauvage, me regarda. "Ne pas vous souffrir ?" Et en même temps un rire fit claquer ses dents, un rire qui jaillit comme une pointe si méchante et si acérée que, malgré moi, je reculai.
"Ne pas vous souffrir ?" répéta-t-elle encore une fois, tout en regardant avec colère mes yeux hagards.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 07:14
Le livre de poche,2015

Le livre de poche,2015

Précisément, au dessus de ma tête, la constellation magique de la Croix du Sud était fixée dans l'infini, avec d'éblouissants clous de diamant, et il semblait qu'elle se déplaçât, alors que c'était le navire seul qui créait le mouvement, lui qui, se balançant doucement, la poitrine haletante, montant et descendant comme un gigantesque nageur, se frayait son chemin au gré des sombres vagues.

Roman traduit par Alzir Hella et Olivier Bournac.

Préface de Romain Rolland.

Postface de Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent.

 

 

Ce court roman, souvent considéré comme une nouvelle, nous fait entrer dans l'univers psychologique des personnes atteintes de ce que nos voisins allemands appellent "l'amok".

Il s'agit d'un brusque accès de folie constaté pour la première fois chez les Malais par les Hollandais qui est une sorte de "rage incontrôlable", entraînant un comportement violent et meurtrier proche du délire. L'amok prend fin par la mise à mort de l'individu.

 

 

 

...un Malais, n'importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage...il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie...tout comme j'étais assis dans ma chambre...et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue...il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où...Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l'abat avec son kris [poignard malais], et l'odeur du sang le rend encore plus violent...

 

Sans doute connaissez-vous déjà l'histoire ?

 

Le narrateur a réussi à obtenir in-extremis, une cabine sur le paquebot "Oceania" pour rentrer chez lui en Europe.

En pleine nuit, alors qu'il profite de la tranquillité du pont, il reçoit les confidences d'un homme étrange, un médecin viennois en grande détresse, l'obscurité et la solitude des deux hommes favorisant les confidences, tout en préservant  leur anonymat. 

 

Alors qu'il pratiquait dans un petit village d'Indonésie, le médecin lui confie qu'il a vu un jour arriver chez lui, une dame anglaise toute drapée dans sa dignité, pour lui demander un grand service : celui de se faire avorter alors que son mari était sur le point de rentrer et qu'elle ne l'avait pas vu depuis de longs mois. Il s'agissait pour elle d'une question d'honneur et même de vie ou de mort. 

 

J'étais là-bas dans mon trou maudit, j'étais là-bas comme l'araignée dans son filet, immobile depuis déjà des mois. C'était précisément après la saison des pluies. Pendant des semaines et des semaines, l'eau avait clapoté sur mon toit. Personne n'était venu ; aucun européen ; chaque jour, j'avais passé le temps assis chez moi, avec mes femmes jaunes et mon bon whisky. J'étais alors au plus bas ; j'étais complètement malade de l'Europe ;

 

Pris d'un cynisme certain, le médecin tombe sous le charme de cette femme rigide, froide et surtout hautaine, incapable de s'abaisser à un peu d'humanité, et qui ne se résout pas à lui demander cette intervention comme un service qu'il lui rendrait, lui qui a tant besoin d'un peu de chaleur humaine.

Sous prétexte d'avoir prêté serment, il n'accepte pas. 

 

Mais, dès le départ de la dame qui avait tout prévu sauf son refus, le remords l'envahit et ne cesse de le torturer. 

Il sait bien que la jeune femme devant son refus, n'aura d'autre recours que de visiter une faiseuse d'anges.  Alors devenu fou,  il la poursuit jusqu'en ville et n'aura de cesse que de la retrouver... 

 

Cette passion vire à l'obsession, jusqu'à entraîner chez lui un comportement proche de l'amok.

 

Dans cette longue nouvelle d'une incroyable intensité, Stefan Zweig découpe l'histoire en épisodes (en plusieurs nuits), nous faisant entrer peu à peu dans l'ambiance psychologique, le suspense et la touffeur oppressante du récit...

Encore une fois, il réussit comme personne à décrire les sentiments humains tels qu'ils sont.

Peu à peu le narrateur comprend comment ce médecin, dont on ne saura jamais ni l'âge, ni le nom, a pu ainsi basculer dans la folie,  au bout de sept années de solitude passées en Malaisie à ne soigner que les gens du village, loin de toute civilisation.

 

La fin est sublime et c'est tout simplement du grand art ! 

Un classique que je vous invite à revisiter si vous le désirez...

 

 

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:14
Gallimard / Scripto, 2009

Gallimard / Scripto, 2009

Un coup de blues...n'hésitez pas à vous plonger dans les nouvelles de Roald Dahl. 

 

Ce recueil, traduit par Jean-François Ménard s'adresse d'abord aux ados et c'est l'occasion à cette rentrée des classes de leur rappeler que cet auteur, qu'ils connaissent tous pour avoir lu la plupart de ses livres, ou vu des films adaptés de ses livres, aurait eu 100 ans cette année.

 

Mais c'est un recueil intéressant aussi pour les adultes car il contient deux récits autobiographiques et inédits, et deux fictions, résumant à eux quatre toutes les qualités de ce grand écrivain.

 

 

"Le cygne" est une nouvelle très dure qui met en scène la cruauté de l'enfance. Deux pré-ados, armés et jouant aux durs, terrorisent un troisième plus faible mais non idiot. Jusqu'où ira leur méchanceté et leur sadisme...

 

Peter Watson, attaché entre les rails, savait à présent qu'ils n'allaient pas le libérer. Ces deux-là étaient des fous dangereux. Ils ne vivaient que dans l'instant, jamais ils n'envisageaient les conséquences de leurs actes...
Il se tint immobile, considérant ses chances de s'en sortir. Elles étaient plutôt bonnes...

 

Dans "La merveilleuse histoire d'Henri Sugar", vous découvrirez comment cet homme riche qui n'a jamais travaillé et s'ennuie dans sa petite vie étriquée, va décider de prendre exemple sur un yogi qui a le pouvoir de voir les objets, les yeux fermés.  

Après des mois d'entrainement, Henri Sugar va réussir à gagner beaucoup d'argent en jouant dans les Casinos du monde entier...

C'est mal me direz-vous.

Et bien... vous vous trompez !

 

 

C'était avec des jeux aussi bêtes qu'Henry et ses amis essayaient de vaincre l'ennui mortel qu'ils éprouvaient à être à la fois riches et oisifs. Henry lui-même, comme vous l'avez peut-être remarqué, n'hésitait pas à tricher un peu avec les amis lorsque l'occasion s'en présentait.
...
A présent que vous avez une idée générale du genre d'homme qu'était Henri Sugar, je peux commencer mon histoire...

 

Dans "Coup de chance" qui a donné son titre au recueil, l'auteur nous explique comment par hasard, et grâce à des rencontres déterminantes, il est devenu écrivain pour notre plus grande chance à nous, lecteurs...

 

Il évoque son enfance difficile en pensionnat et nous amuse en nous transcrivant les remarques de ses professeurs d'anglais.

Puis il évoque sa vie d'adulte jusqu'à sa rencontre avec C.S. Forester. 

 

J'ai encore tous mes bulletins scolaires de cette époque, plus de cinquante ans après, et je les ai relus un par un, essayant d'y découvrir un indice prometteur pour un futur écrivain de fiction. La première matière à regarder était évidemment la composition anglaise. Mais, dans cet exercice, je n'avais suscité à l'école primaire que des commentaires plats et neutres, à part un seul qui attira mon attention...."Voir le commentaire à la rubrique boxe".

 

Dans la dernière, "C'est du gâteau" écrite en 1942, et qui l'a révélé comme écrivain, il relate son accident d'avion, alors qu'il était pilote de chasse pour la R.A.F. et qu'il survolait la Libye durant la seconde guerre mondiale, ainsi que son séjour à l'hôpital...

 

C'était une voix de femme.
- Vous avez trop chaud, maintenant, dit-elle, et je sentis une main qui essuyait mon front avec un mouchoir. Il ne faut pas que vous vous mettiez dans des états pareils.
Elle disparut et je ne vis plus que le ciel, qui était d'un bleu pâle. Il n'y avait pas un seul nuage et les chasseurs allemands étaient partout. Ils étaient au-dessus, au-dessous, de tous les côtés, je ne pouvais aller nulle part, je ne pouvais rien faire...

 

Les deux nouvelles de fiction sont excellentes, à la fois poétiques, drôles, emplies de suspense, émouvantes et pleines de malice...du grand Roald Dahl. 

Les deux récits autobiographiques nous interpellent : Comment peut-il parler ainsi de lui-même, avec un tel recul, nous émouvoir tout en nous faire rire de ses (més)aventures  ?

 

A lire à partir de 13-14 ans...surtout si vous n'avez jamais rien lu de lui, et sinon pour simplement lui rendre hommage.

 

 

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 08:02
Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

"NON PAS CONVAINCRE MAIS VAINCRE : là est la quintessence de la controverse. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons".

ainsi commence le recueil...

 

Voilà réunies dans ce recueil, six nouvelles toutes regroupées sous le thème de l'art de la controverse, comme l'indique le titre. 

Mais ne vous y trompez pas, sous leurs aspects combatifs, les héros de ces nouvelles sont tous des êtres fragiles, profondément meurtris par leur éducation et par leur passé...

 

- Dans "l'art de la controverse" (nouvelle qui a donné son nom au recueil), le narrateur retrouve lors d'un forum sur l'Extrême-Orient, l'éminent professeur Hyeon qu'il rêvait depuis longtemps de rencontrer. Mais au moment où, invité dans le bureau de ce dernier, il trouve enfin un sujet qui lui permettra de ne pas sombrer dans le ridicule, le professeur Hyeon se met à lui raconter l'histoire du magnifique sabre qu'il possède, sabre ayant appartenu à un amiral du pays de Yan, au temps des Royaumes Combattants.

S'en suivent de délicieuses joutes oratoires où chacun ira de sa ruse, cherchant sans relâche le point faible de l'autre, pour gagner...

Le narrateur, pourtant formé à l'art de la controverse depuis son plus jeune âge par son père, n'aura de cesse de faire appel à ses souvenirs pour s'en sortir...

Mais y-aura-t-il bien un gagnant ?

Cette nouvelle a reçu en Corée le Prix de la meilleure nouvelle en 2014, prix décerné par un jury de critiques littéraires. 

 

- Dans "Par ici, par là", le lecteur retrouve Yang, un paysan de 50 ans qui vit tranquillement dans un petit hameau.  Il n'a jamais rien changé au rituel de sa vie quotidienne, rassurante et bien réglée, même depuis que ses enfants ont quitté la maison. Tous les matins, il part travailler dans les champs et les rizières pour faire vivre sa famille. Depuis toujours, pour s'y rendre, il emprunte un chemin "par ici", qui passe à côté du moulin. 

Mais une idée lui trotte dans la tête. Et si ce matin, il prenait ce chemin "par là", qui passe contre le moulin aussi, mais de l'autre côté ! 

Heureusement pour lui, Yang ignore totalement ce qui l'attend...

 

Ce matin, avant de s'orienter par ici, Yang s'arrête, en proie à une étrange sensation. De même que l'eau d'un lac paisible est troublée par la chute d'un caillou, des rides se forment sur la surface d'ordinaire étale de son cœur.
Ce tourment étreint quiconque est placé devant un choix [...]
Après une brève hésitation, il resserre son emprise sur le manche de la faucille et dirige ses pas vers le chemin par là. (p. 39)

 

- Dans la nouvelle "Lapins mode d'emploi", un couple est perturbé par l'amour inconsidéré que la femme porte à ses deux lapins. 

 

Supposons que pour mieux comprendre ceux qu'on aime, chacun se mette à la place de l'autre. Le genre humain disparaîtrait alors en trois semaines. (p.67)

 

C'est ce qui va arriver à la femme du narrateur...

Pour comprendre pourquoi ses deux lapins sont morts, peut-être empoisonnés par une des herbes du jardin, elle décide de se mettre à leur place.

Très vite, elle s'accroupit et observe avec ses grands yeux les herbes et les alentours.

Son époux ne la reconnaît plus et n'en revient pas !

Du salon , je la vois cueillir des pissenlits, des laiterons et du trèfle blanc...
Quelle douleur que de constater que votre compagne depuis plus de trente ans est devenue à la faveur d'une sieste, une authentique lapine ! (p.63 )

 

Et si lui aussi à son tour, voulait se mettre à la place de sa femme pour mieux la comprendre ?

 

- Dans "Krabi", le narrateur, pour sauver une relation amoureuse, décide d'emmener sa petite amie dans la station touristique de Krabi, un lieu où il a eu beaucoup de joie dans le passé avec sa mère, tout d'abord, puis tout seul lors de ses précédentes vacances. 

Là, au bord de la mer, dans cette petite station de Thaïlande, tout aurait pu bien se passer pour eux deux, mais voilà que tout tourne à la catastrophe...au plein sens du terme !

"Oui, c'était comme ça"...se répète-t-il, mais... hélas pour lui, ça ne l'est plus !

 

- Dans "Le chauffeur de taxi et l'économiste", il est question de la loi de Murphy. Mais oui, vous vous rappelez cette loi dite en bon français "de l'emmerdement maximum"...

En effet le pauvre économiste se retrouve durant un trajet en ville, dans un taxi, prisonnier d'un chauffeur qui ne cesse pas un instant de lui conter ses nombreux déboires et autres catastrophes dont sa vie n'est qu'une succession ininterrompue...

 

- Enfin dans "Menace sur le territoire", Beomsu, le narrateur a bien du mal à conserver un espace vital digne de ce nom lors de son voyage en train. C'est d'abord un voyageur qui ressemble à un repris de justice qui s'assoit près de lui, puis c'est une femme d'une cinquantaine d'années au derrière imposant...finalement c'est un vieillard. 

Les souvenirs reviennent le hanter.

Enfant le narrateur a vécu dans la rue, il lui a fallu se battre avec sa mère pour un peu d'espace pour dormir. Pendant longtemps sa mère avait préféré fuir, ce que Beomsu prenait pour de lâcheté.

Mais peu à peu en luttant contre ce vieillard qui envahit son espace vital, dans ce train qui file sans se soucier des enjeux qui se jouent dans ses entrailles, Beomsu va comprendre qu'il s'est trompé...qu'en fait sa mère était très forte. Vous verrez pourquoi...

 

J'ai passé un moment formidable avec ces héros capables d'autodérision qui sont tous vulnérables et donc si humains que le lecteur ne peut que s'attacher à eux et comprendre ce qu'ils vivent au quotidien ! 

 

Qui est l'auteur ?

 

Park Hyoung-su est né en 1972 à Chuncheon, en Corée du sud.

Après un baccalauréat en littérature coréenne, il poursuit des études supérieures.

Il fait ses débuts littéraires en 2000 en écrivant pour le magazine littéraire coréen Hyundae Munhak.

Il est actuellement enseignant à l'Université de Corée. 

Sa particularité  est d'être  un écrivain résolument moderne. Il appartient à un groupe de jeunes auteurs qui s'attache à casser les codes du récit traditionnel. 

Ces nouvelles captivantes en sont une preuve. 

Elles sont originales et pleines d'imagination, parfois même, proches du fantastique.

De plus elles sont bourrées d'humour et ne manquent pas non plus de poésie.

Si elles nous touchent de près, c'est parce que l'auteur ne parle que de personnes ordinaires, mais il sait rendre le récit des événements totalement désopilant et déforme la réalité jusqu'à l'absurde...

Dans ces nouvelles, le lecteur touche de près à l'injustice de la condition humaine et c'est par l'autodérision que l'auteur nous permet d'aborder des sujets gravissimes, encore d'actualité dans son pays (mais aussi dans le nôtre), comme par exemple, la vie dans la rue pour un enfant, l'inégalité devant la justice quand on n'a qu'un avocat commis d'office pour se défendre, la perte de la mère et le vide qui s'en suit et qui ne sera jamais comblé empêchant parfois pour toujours d'être heureux, les blessures et les humiliations subies durant l'enfance par un père trop rigide...

 

Park Hyoung-su est traduit pour la première fois en France dans le cadre de l'année France-Corée.

Il faut noter au passage le travail remarquable des traducteurs qui ont su préserver l'ambiance particulière de ces nouvelles en les rendant accessibles à notre culture occidentale.

 

Merci aux Éditions "L'Asiathèque" pour cet instant de lecture...magique. 

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 07:52
Sula / Toni Morrison

 

C'est un roman très court mais très riche qui raconte quarante-six années de la vie d'une petite communauté noire située dans la ville de Medallion dans l'Ohio...

Ce roman, sorti pour la première fois en 1973, juste après "L'oeil le plus bleu" (1970) et avant "Le Chant de Salomon"(1977) a permis à l'auteur de se faire connaître dans son pays.

Il n'a été traduit en français qu'en 1992, bien après "Beloved"(1987), Prix Pulitzer en 1988. 

Je rappelle qu'en 1993, le prix Nobel de littérature a été décerné à Toni Morrison pour l'ensemble de son oeuvre littéraire.

 

Dans les années 20, Sula et Nel, sont deux petites filles...

Elles habitent au coeur d'une communauté noire, installée dans un quartier périphérique situé sur les hauteurs d'une petite ville de l'Ohio.

 

Les deux petite filles ont reçu une éducation totalement différente.

Chez Nel Wright, c'est la propreté et l'ordre qui règnent et Hélène, sa mère, venue s'installer là pour fuir les siens, a tout fait pour rendre sa petite fille calme, posée, obéissante et polie et l'éloigner le plus possible de sa famille maternelle, trop dépravée à son goût (la mère d'Hélène se prostituait). Hélène est une femme rigide et peu encline à la tendresse.

Sula Peace, à l'inverse, est élevée par Hannah, une mère veuve, volage et désordonnée. Elle vit au sein d'une famille aussi bruyante que nombreuse où la vaisselle sale, reste sans fin entassée dans l'évier, et où des journaux encombrent en permanence l'entrée.

Mais dans cette maison pleine de vie, c'est Eva, la grand-mère unijambiste qui gouverne les enfants, y compris ceux qu'elle a recueilli. Elle régente aussi la vie des amis et des nombreuses personnes de passage qui viennent trouver refuge dans sa maison...pour un temps ou pour toujours. Et finalement, Sula se retrouve livrée à elle-même. Personne n'a le temps de s'occuper d'elle.

 

Lorsqu'elles se rencontrent, les deux fillettes deviennent aussitôt inséparables...

...c'est dans les rêves que les filles s'étaient jadis rencontrées....elles avaient déjà fait connaissance dans le délire de leurs rêves éveillés. C'étaient des petites filles solitaires dont l'isolement était si profond qu'il les enivrait et les précipitait dans des visions en technicolor incluant toujours une présence, quelqu'un qui, à l'égal de celle qui rêvait, partageait les délices de ce rêve.

 

Toutes deux s'inventent une vie meilleure car leur vie quotidienne est terriblement ennuyeuse. Mais le destin décide de briser leurs rêves de bonheur et le drame fera partie intégrante de leur quotidien.

Eva, la grand-mère de Sula va décider de tuer son jeune fils parce qu'il est revenu amoindri de la guerre et se retrouve incapable d'assumer sa vie.

Sula jette à l'eau un garçonnet avec lequel elle s'amusait. Toutes deux vont le regarder se noyer sans rien faire. Ensuite, elles garderont ce secret toute leur vie. 

Plus tard, Sula assistera, fascinée, au spectacle de sa mère en train de brûler vive...et de "danser" sans fin de douleur. Une image qui marquera à jamais tous les esprits dans la petite communauté. 

 

Mais Nel et Sula ne sont pas des monstres pour autant, elles ont un terrible besoin d'être aimées.

Elles s'inventent comme toutes les jeunes filles de nombreuses histoires autour de leurs futures conquêtes, découvrant leur sensualité naissante sous le regard des garçons, conquis par leurs jolies formes.

 

Elles coururent presque tout le long [...].Elles coururent sous le soleil, créant leur propre brise qui collait leurs robes contre leur peau moite[...]elles se jetèrent dans un carré d'ombre pour goûter la sueur de leurs lèvres et savourer la folie qui les avaient prises d'un seul coup...Sula posa la tête sur son bras, une natte défaite enroulée autour de son poignet. Nel, accoudée, jouait avec les hautes herbes. Leur chair, sous le tissu des robes, se tendait et frissonnait dans la fraîcheur subite, et leurs petits seins commençaient tout juste à leur faire délicieusement mal quand elles se mettaient sur le ventre.

 

Mais il faut bien grandir un jour... En 1927, Nel se marie avec Jude mettant fin à leur amitié exclusive. 

Sula veut vivre sa vie et n'entend pas rester attacher à un seul homme, ni à un foyer ou encore moins à des enfants. Elle quitte la ville. 

Le destin sépare alors les deux amies... 

Lorsque Sula reviendra après dix années d'absence, ce sera pour semer autour d'elle, petites calamités et drames en tous genres et devenir une paria pour son entourage.

Les deux jeunes femmes, qui avaient toujours tout partagé, deviennent alors rivales...

 

Sula s'était accrochée à Nel comme à ce qui se rapprochait le plus d'une autre ou d'un ego, pour découvrir ensuite qu'elle et Nel n'étaient pas une seule et même chose. Elle n'avait jamais pensé un seul instant faire souffrir son amie en couchant avec Jude. Toutes deux avaient toujours partagé l'affection des autres : comparant la façon d'embrasser d'un garçon, le baratin qu'il servait à l'une puis à l'autre. Le mariage, semblait-il, avait changé tout ça...

 

Mon avis

 

Toni Morrison nous livre dans ce court roman, deux très beaux portraits de femmes, différentes en apparence mais au fond si semblables.

L'amitié entre les deux fillettes, est au coeur de l'histoire mais reste difficile à cerner : elles ont besoin l'une de l'autre et se complètent. La vie va les séparer puisque Nel va se conformer aux désirs de sa mère et de la communauté noire, c'est à dire se marier et se consacrer à ses enfants, alors que Sula à l'inverse deviendra une paria car elle veut vivre dans la liberté et l'absence de conformité, et ne suivre que ses propres désirs sans entrave...

Quelle différence existe-t-il in fine entre la douce et soumise Nel et la violente et libre Sula ? Où se situe la limite entre le bien et le mal ?

Voilà des questions que l'auteur soulève dans ce roman...

 

Malgré les apparences (et le titre) Sula n'est pas le personnage principal du roman ; c'est bien cette petite communauté noire qui vit sur les hauteurs du village de Medallion, ces hauteurs que l'on appelle le "Fond".

Elle a une vie propre, des croyances qui régissent les relations entre les habitants. Les rumeurs y vont bon train et poussent les individus à interpréter de manière erronée les signes extérieurs, comme par exemple, l'arrivée des rouges-gorges, juste avant le retour de Sula...

Sula est le lien entre les différents personnages. Sa personnalité est suffisamment scandaleuse pour qu'elle oblige les membres de la petite communauté noire à se poser des questions et à changer leurs habitudes.

Elle devient le bouc émissaire de toute la communauté parce qu'elle est identifiée comme le mal ce qui entraîne une cohésion du groupe qui se ligue alors contre elle...

 

Les personnages secondaires ne sont pas en reste et mériteraient à eux seuls toute une histoire. 

Par exemple Shadrack, qui a perdu la tête durant la Seconde Guerre Mondiale, est l'inventeur de la Journée du Suicide qu'il a placé lui-même sur le calendrier le 3 janvier. Cette journée a pris une telle place que les jeunes couples repoussent leur mariage, les mères prient Dieu que leur enfant ne naissent pas ce jour-là... Il vit seul au bord du fleuve, pêche et vend son poisson mais il n'est pas dangereux. 

Eva, la grand-mère de Sula, est une mère dure et passionnée qui a dû se débrouiller seule lorsque Boyboy son mari est parti la laissant sans ressources avec ses trois enfants...Son destin sera marquée par le feu. 

Boyboy ne faisait que ce dont il avait envie, d'abord courir les filles, puis boire et enfin maltraiter Eva. En novembre à son départ, il restait à Eva cinq oeufs, 1.65 $, trois betteraves et aucune idée de ce qu'elle aurait dû ressentir. Les enfants avaient besoin d'elle ; elle avait besoin d'argent et besoin de mener sa vie...

Tous les personnages sont traumatisés par la guerre, par l'abandon d'un être cher, par leur condition de Noirs, par leur condition de femme, par la violence dont ils ont été témoins ou victimes, ou celle à laquelle ils se sont laissés aller,  par la vie et la misère...

Il est d'ailleurs difficile pour le lecteur de s'attacher à l'un d'eux. 

 

Les femmes sont pourtant des personnages à part : elles sont fortes, déterminées, et capables de surmonter les épreuves de la vie. 

A l'opposé les hommes sont faibles, subissent leurs attirances pour l'autre sexe, se lamentent sur leur sort et sont incapables d'assumer leurs responsabilités (en particulier leur foyer et leurs enfants) devant lesquelles ils préfèrent fuir...Il est vrai qu'après avoir vécu la guerre, le lecteur trouve normal qu'il leur en reste des traumatismes. Il est vrai aussi que c'est très difficile de trouver un emploi quand on est noir, même si on est costaud, un blanc sera toujours préféré.  

Mais la différence entre l'homme et la femme est telle qu'on peut se demander si l'amour entre eux est possible...

 

Tous les thèmes qui seront développés ultérieurement par l'auteur dans son oeuvre, sont déjà là dans ce petit roman dense et prenant qui comme toujours ne laissera personne indifférent : le racisme bien sûr et la question difficile des Noirs aux États-Unis ; la ségrégation ; l'opposition nord-sud ; la condition des femmes doublement difficile parce que noires et femmes ; les communautés confrontées aux idéaux des blancs qu'elles ne peuvent faire siennes... 

Finalement l'auteur nous explique comment la violence ne peut engendrer que la violence et le manque d'amour, le manque d'amour...

 

Heureusement, il n'y a pas que de la violence et des drames dans ce livre. Certains passages sont tout de même amusants comme par exemple l'interminable voyage vers le sud qu'entreprennent Nel et sa mère, lorsqu'Hélène apprend que sa grand-mère qu'elle aimait tant et qui l'a élevée est mourante. Mais on retrouve bien sûr dans le récit de ce voyage des passages suitants le racisme, comme la présence des wagons réservés aux blancs, l'attente interminable d'un arrêt du train pour pouvoir se rendre aux toilettes...à l'extérieur. 

 

J'ai vu que ce roman était conseillé en lecture au lycée. Pourquoi pas ? Je pense que ce court roman très dense nécessite un accompagnement et donc je le conseillerais plutôt en lecture cursive que pour une simple fiche de lecture libre.

 

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 07:11

 

Voilà un recueil de nouvelles original et contrasté...

 

Je ne connaissais pas l'auteur et j'ai pioché ce livre dans les rayons de la médiathèque parce que j'ai trouvé la couverture attirante.

 

L'intérêt d'emprunter ce type de recueil, quand on a peu de temps devant soi, est de pouvoir lire une nouvelle entière tous les jours.

Mais le grand intérêt de lire des nouvelles, c'est le changement d'ambiance et le fait que dans un recueil il y a forcément des coups de coeur...

 

Là c'est particulièrement réussi ! Ce recueil aurait pu être écrit par des auteurs différents tant les styles et les ambiances se succèdent...et ne se ressemblent pas !

 

Dans la première, "L'histoire commence à Falloujad", une femme pleure au milieu des décombres de sa ville. Elle a perdu toute sa famille et est miraculeusement "sauvée" par le mystérieux Fadi, qui n'est autre qu'un djin. Il l'aide à se cacher et à s'enfuir loin des combats...

 

"Concerto pour une résurrection" est un récit fantastique. Des stars, toutes mortes, se retrouvent dans le métro...Le narrateur ne sait plus où il en est : il a des découvertes à faire !

 

"Elle" est une enquête sur une série de meurtres...mais c'est aussi un récit fantastique.

 

"Éclairage sur un mythe urbain : la Dame Blanche dans toute sa confondante réalité" est bourré de personnages décalés.

 

"Dans la terre" est la seule nouvelle réellement SF du recueil et une vraie réussite. Un mystérieux individu essaie de créer un personnage à partir de la boue de son bunker...quête évidemment désespérée.

 

"Jack et l’homme au chapeau" s'inspire d'un conte bien connu... tout en démontant le mécanisme des contes avec humour car Jack est un ado qui se trouve obligé, par l'homme au chapeau,  de faire ses devoirs...Décalage garanti !

 

"Le Siècle des lumières"…est une uchronie et un conte. Un enfant libère une fée qui était captive des humains. Mais l'amitié peut-elle exister entre eux ? Les hommes et les fée pourront-ils, grâce à lui, se réconcilier ? C'est plutôt triste...

 

Dans "De l’art de l’investigation", un détective est chargé de retrouver l'or dérové de 3 frères (3 nains). Devinerez-vous qui est le coupable ?

 

Enfin, "Le cirque des ombres"...clot  en beauté le recueil car le cirque et le public sont un peu particuliers !

 

En guise de conclusion, une interview exclusive de l'auteur où il ne répond pas vraiment aux questions posées... tout à fait réussie !

 

Ces nouvelles sont un mélange de réalité et de surnaturel, donc de fantastique, de fantasy, un peu de science-fiction...de l'humour, du suspens, de l'émotion.

Bref une vraie découverte...que je conseille fortement aux amateurs de nouvelles.

 

Surtout un conseil qui s'applique à la lecture de toutes les nouvelles en général :

Ne pas les lire à la suite l'une de l'autre comme on le ferait pour les divers chapitres d'un roman...mais se laisser imprégner par l'ambiance de chacune avant de passer à la suivante...

Bonne lecture !

 

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