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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 06:46
Actes sud / Actes noirs, 2015

Actes sud / Actes noirs, 2015

 

Dans les années 60, dans le petit village de Finsterau en Bavière, un ivrogne déclare connaître le véritable coupable d'un double meurtre perpétré presque 20 ans auparavant. 

L'aubergiste n'y croit pas au départ mais le lendemain, une coupure de journal est retrouvée dans le porte-feuille de l'homme...qui est malencontreusement tombé derrière une chaise. 

Sur la photo illustrant l'article, le procureur Augustin paraît bien jeune, mais il est parfaitement reconnaissable.

Il vient souvent ici prendre une bière. 

L'aubergiste décide de lui répéter les mots du vagabond. 

C'est le père de la jeune Afra qui a été accusé du meurtre et il purge sa peine dans un asile de fou. 

 

Augustin accepte de réouvrir l'enquête. Pendant que les différents témoins s'expriment sur l'affaire, chapitre après chapitre, le lecteur prend connaissance des multiples dépositions ou rapports qui s'accumulent dans le dossier.

 

La jeune Afra tombe enceinte d'un soldat français, soldat qui bien sûr comme tant d'autres, ne saura jamais qu'il a eu un fils.

Elle est bien obligée de revenir chez ses parents en cette année 1944...

Elle a perdu son emploi et tout le monde la rejette pour avoir fricoter avec l'ennemi. 

 

Faut pas perdre de vue son intérêt personnel, n’oublie jamais ça. Le Français me sera plus utile qu’une bonne femme. J’ai besoin de bras, à la ferme comme à la maison. De gens à qui le travail ne fait pas peur. Je me fous complètement d’où ils viennent, les gens, et le Français, il ne me coûte presque rien.

 

Elle avait quitté le foyer des années plus tôt pour aller chercher du travail en ville et s'éloigner de l'extrême pauvreté de ses parents, Johann et Theres Zauner, les "sans terre" comme on les appellait dans le village. 

 

Très pauvres mais cependant très croyants, ils la recueillent tout en ayant honte de son comportement. Malgré sa grossesse, ils lui mènent la vie dure et même après la naissance du petit Albert, les disputes avec son père sont incessantes...et de plus en plus violentes. 

 

Un jour où la mère s'est absentée pour la journée, Afra et le petit Albert, âgé de deux ans à peine, sont retrouvés morts...

 

 

- Tu sais, Afra, je finirai par t'avoir. T'auras pas le choix. Des pauvres diables comme vous, des crève-la-faim, et ton père qui commence à travailler du chapeau. Tu peux bien me jeter dehors aujourd'hui, je vais te dire une chose, je reviendrai. je te montrerai ce que c'est un homme, un vrai. Et tu sera contente que je revienne...

 

Tout le village accuse Johann, le père. Condamné à une peine de 10 ans, il sera ensuite interné dans un asile, vu son état mental, à la demande expresse du procureur...

 

L'affaire est close !

Chez nous, on ne meurt pas assassiné, ni par un inconnu, ni encore moins par son propre père. Quand on meurt, on meurt dans son lit, que ce soit de maladie – de phtisie par exemple – ou en couches, ou simplement de vieillesse, parce qu’il est temps de s’en aller. Il peut arriver, même si c’est rare, que quelqu’un ait un accident sur son lieu de travail.

 

Voilà un polar tout à fait passionnant presque trop court (à peine 109 pages) d'un auteur que je connaissais absolument pas.

Les propos sont intenses et l'analyse des comportements humains sans concession.

Ce petit village d'après-guerre fait comme il peut pour se sortir de la pauvreté et des traditions qui l'empêchent d'évoluer vers davantage d'ouverture aux autres et de modernité.

La simplicité des gens se fait complice d'une accusation erronée...

Le coupable idéal ayant été trouvé, personne ne relève les indices démontrant le contraire, même les personnes chargées de l'enquête.

 

 

J’ai appris qu’il y a des raisons très différentes d’avouer un crime, et qu’on peut même avouer de manière très convaincante un crime qu’on n’a jamais commis. Il est parfois difficile de reconnaître la vérité, et il arrive que des policiers pourtant consciencieux n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre, ils ne sont pas différents des autres gens.

 

Le personnage principal qui est filigrane tout au long du roman est bien sûr celui de la jeune femme assasinée sauvagement avec son petit garçon.

Mais même si elle est bien la seule à nous parler de sentiments, et s'il est touché par l'horreur du carnage, le lecteur ne s'attache à aucun personnage, reste en dehors comme s'il s'agissait d'un simple reportage...

Cette façon d'appréhender les faits est tout à fait intéressante et j'ai passé un bon moment de lecture avec ce petit roman, très bien mené et idéal pour une soirée tranquille !

Un auteur à découvrir...pour les amateurs de polar !

 

Il ne savait pas combien de temps il avait déjà passé dans cette pièce. Ils l'avaient arrêté et emmené ici. Lorsque la voiture avait démarré devant la maison, il s'était retourné et avait regardé par le pare-brise arrière. Le linge, toujours sur les cordes, était comme un mur blanc infranchissable. Le vent était tombé...

 

Andrea Maria Schenkel est née en 1962 à Ratisbonne en Allemagne.

 

Elle est surtout connue pour son premier roman, inspiré d'une histoire vraie, "La ferme du crime" paru en 2006. Il s'agit de l'histoire de l'assassinat d'une famille entière de fermiers dans le hameau de Hinterkaifeck, en Bavière. Les faits se sont déroulés en 1920 et l'affaire n'a jamais été élucidée. Mais elle a replacé les événements dans les années 50. Ce roman-témoignage-reportage décrit avec précision le monde rural conservateur et catholique de l'époque. 

Plus tard, lorsqu'ils lui demandèrent : "Pourquoi le gamin ?", il leur répondit :
- Quand une chatte meurt, on tue ses petits.

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commentaires

missfujii. 27/06/2016 07:55

Fan de polar ce roman devrait me plaire, je vais voir si il l'on à la médiathèque

manou 29/06/2016 07:27

Tu le trouveras sûrement. Moi aussi je l'ai emprunté en mediathèque.

écureuil bleu 25/06/2016 22:49

CE polar a l'air intéressant mais j'ai une pile de livres à lire déjà énorme...

manou 27/06/2016 07:35

mais maintenant tu auras plus de temps...Enfin c'est ce que je dis à tous ceux sui prennent leur retraite, mais j'en suis pas sûre...Ma PAL aussi atteint une taille démesurée ! Il faut pourtant dormir la nuit...

Maryline 24/06/2016 12:18

Je ne connais pas cette auteure... Je note la référence, je le trouverai peut-être à la bibliothèque départementale... Je lis beaucoup de romans et parmi eux des policiers... En ce moment: Ténèbres, ténèbres de John Harvey
Bon week-end!
Bisous
Maryline

manou 24/06/2016 14:16

Oui tu le trouveras sûrement car moi-même je l'ai emprunté en médiathèque et la collection Actes noirs d'Actes sud est une collection incontournable...j'aime toujours les auteurs qui y sont publiés.
Bon week-end à toi aussi et merci de venir chez moi !

CathyRose 23/06/2016 20:30

C'est incroyable, je suis une grande fan de séries télévisées policières ... mais je n'ai jamais lu de roman policier, il faudrait quand même que je m'y mette ! Celui-là me paraît très bien !
Belle soirée !
Cathy

manou 24/06/2016 07:42

Je reconnais que ce n'est pas pareil ! L'image est prenante et souvent l'intrigue est révélée plus facilement dans le téléfilm. Mais en effet c'est incroyable et celui-ci est très court et ressemble à un reportage donc c'est justement très cinématographique. Tout à fait pour toi !
Bonne journée Cathy

Doc Bird 23/06/2016 18:50

Un polar court qui doit se lire d'une traite ! Ta chronique donne envie !

manou 23/06/2016 19:52

Tu le commences et tu le termines ! C'est bien vrai... et de plus je ne connaissais pas cet auteur connue en Allemagne et qui situe toujours ses romans en Bavière.

L'Espigaou 23/06/2016 18:42

En principe je n'aime pas trop les polars, mais celui ci à l'air d'être plus qu'un polar
d'après ce que j'ai compris dans ta critique c'est aussi une étude de meurs qui nous replonge dans les années 40/45.
Je viens de finir l'alchimiste, souvent on cherche bien loin ce qu'on a sous les yeux.
Passe une belle soirée
Je t'embrasse
Mary

manou 23/06/2016 19:54

J'ai beaucoup aimé l'alchimiste qui m'avait fait découvrir Coelho lors de sa sortie. Je le relis régulièrement.C'est bien vrai que parfois on ne sait pas voir ce qu'on a de plus précieux devant soi.
Belle soirée à toi aussi Mary
Bises

barbizon 23/06/2016 15:46

Merci pour le partage, ce roman a l'air poignant et glacial, le genre qui nous donne une bonne claque et dont on ne ressort pas indemne tant il doit hanter après sa lecture, j'aime ce genre de livres ou de films car je pense qu'ils décrivent aussi la face sombre de l' homme qui n'est pas toujours bien belle. Bonne journée!

manou 23/06/2016 19:56

C'est en effet une très bonne description de l'esprit qui régnait dans ce petit village pendant la guerre. De plus l'injustice qui soutend le récit nous le rend encore plus prenant...
Bonne soirée

Nell 23/06/2016 14:41

Oh! mon point d’écœurement se situe dans la dernière citation, moi qui ne ferai pas de mal à une mouche...Ce livre doit-être poignant et très énigmatique. Gros bisous, Manou, et superbe journée. Ici forte chaleur.

manou 23/06/2016 19:58

J'ai hésité à la mettre tant je l'ai trouvé dure mais les personnages sont ainsi, cruels, sûrs d'avoir eu raison de leurs actes, peu enclin à avoir un peu d'empathie tant ils ont souffert de la guerre et de la misère...
Bisous Nell. Tu as réussi à garder les pieds sur terre aujourd'hui j'espère...malgré la grosse chaleur que nous avons aussi depuis hier...

danièle 23/06/2016 11:34

voilà une critique qui donne envie d'ouvrir le livre!! je trouve aussi la dernière citation affreuse!!!
très belle journée, bises
danièle

manou 23/06/2016 13:32

Moi aussi ! c'est pour ça que je vous l'ai mis après beaucoup d'hésitation comme je le dis à Mimi...Bon après-midi !

Mimi 23/06/2016 08:42

La dernière citation est abominable ! Mais malgré tout, ce petit roman reste très tentant. Tu nous l'a bien vendu Manou. Et puis je garde en mémoire les paysages et les petits villages de Bavière que j'ai eu la chance de découvrir, il y a bien longtemps lors d'une colonie de vacances. Belle journée Manou.

manou 23/06/2016 13:31

J'ai beaucoup hésité avant de mettre cette citation mais elle reflète bien l'ambiance de ce polar très court où tout n'est horreur puisqu'on sait dès le départ que l'accusé n'est pas le coupable...même si tout l'accuse...
Bon après-midi Mimi.

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