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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 05:15
10/18, 2002

10/18, 2002

Les journées étaient toutes semblables, le soleil doré jetait ses derniers feux avant de mourir. J'étais toujours seul. J'avais du mal à me rappeler semblable monotonie. Les jours refusaient de bouger...

Voilà un certain temps que je voulais lire les œuvres complètes de John Fante, un auteur que j'avais découvert dans les années 90 et beaucoup aimé à l'époque. J'ai décidé de profiter de l'été pour commencer mes lectures...

Né en 1909, à Denver, dans le Colorado, il aurait eu 110 ans cette année. Ses parents sont des immigrés italiens originaires des Abruzzes. Le jeune John Fante commence à écrire des nouvelles alors qu'il n'a que 20 ans...

En 1932, H.L.Mencken publie une de ses œuvres dans l'American Mercury, un magazine prestigieux qu'il dirige. Pendant vingt ans tous deux vont régulièrement correspondre alors qu'ils ne se rencontreront jamais. 

De 1935 à 1966, John Fante participe à la rédaction de scénarios d'une dizaine de films dans les studios d'Hollywood. 

En parallèle, il écrit et publie des romans dans lesquels il se raconte et décrit la vie familiale des immigrés italiens pauvres de seconde génération. Il raconte aussi sa vie à Hollywood et les dégâts provoqués par l'argent facile...

 

Lire John Fante c'est donc entrer dans l'histoire des Etats-Unis du début du 20ème siècle et en découvrir les excès, vus à travers le regard d'un fils d'immigrés. 

Les principaux romans de John Fante ont été réédités chez Christian Bourgois Éditeur, en deux recueils classés de façon chronologique d'écriture (et non pas de parution) ce que je trouve très intéressant pour suivre l'évolution de l'auteur...

Le premier recueil est préfacé par Charles Bukowski et sa postface est de Philippe Garnier et Charles Bukowski. Brice Matthieussent a traduit de l'anglais le recueil et écrit l'introduction générale en 1994...

Le premier recueil. Christian Bourgois Editeur, 2013

Le premier recueil. Christian Bourgois Editeur, 2013

"La route de Los Angeles" que je vous présente aujourd'hui, commencé en 1933, puis repris et terminé en 1936, n'a jamais trouvé preneur : les éditeurs américains de l'époque le trouvaient trop provoquant et de "mauvais goût". C'est le premier roman écrit par l'auteur, un roman de jeunesse imparfait qui n'a été publié qu'en 1985 en Amérique (1987 en France) soit deux ans après la mort de l'auteur. Le manuscrit a été découvert par sa femme, caché dans un tiroir fermé à clef.

Je ne l'avais jamais lu et je l'ai trouvé particulièrement percutant, mais je vous déconseille de commencer par celui-ci, si vous découvrez l'auteur pour la première fois. 

 

Dans ce roman très cru, semi-autobiographique, John Fante nous présente son alter égo imaginaire, Arturo Bandini que l'on retrouvera dans trois autres de ses œuvres. 

 

C'est un tout jeune homme (18 ans) qui vit à Wilmington en Californie avec sa famille. Il fantasme toute la journée parfois jusqu'au délire, rêve de belles voitures et de belles femmes qu'il surnomme ses "femmes". Elles sont réelles ou entrevues sur papier glacé, mais tellement belles et lui apportent un peu de l'affection dont il a tant besoin pour vivre et rompre sa solitude.  

Misogyne, il s'en prend avec beaucoup de violence verbale à sa mère, tellement bigote qu'elle passe son temps à prier devant sa fenêtre, et sa sœur aînée qui passe son temps à l'église. Ce qu'il ne supporte pas c'est qu'elles lui fassent la moindre remarque,  que ce soit à propos de son comportement, de sa tenue, ou de ses projets : il est en révolte permanente, toujours prêt à exploser. 

En plus de cette violence verbale, il est provocateur, voleur à l'occasion et menteur !

Par exemple, il va même jusqu'à affirmer que sa mère est mourante pour justifier un retard à son travail...

 

Depuis que le père est mort c'est Arturo qui doit amener de l'argent à la maison. Il multiplie les petits boulots, devenant terrassier, plongeur, débardeur, employé dans une épicerie, et ne les garde jamais bien longtemps parce que au-delà de tous les fantasmes ordinaires de ce jeune garçon passionné et empli de rage, celui pour lequel il se bat quoi qu'il advienne, c'est celui qu'il concrétisera plus tard : devenir écrivain. En attendant ce jour lointain, tout le monde se moque de lui et son oncle Franck est bien obligé de les aider financièrement...

Et Arturo (John dans la vraie vie...), pendant ce temps, fréquente assidûment la médiathèque (il est amoureux de Miss Hopkins, la bibliothécaire), emprunte Nietzsche, s'installe dans un parc pour lire tranquillement, philosophe, se prend pour Zarathoustra...

 

Cette violence qu'il ressent au quotidien, cette impossibilité qu'il a de s'intégrer vraiment dans le pays d'accueil, il faut qu'elle sorte de lui-même sous peine de l'étouffer. Il explose par moment et délire seul face à toute cette injustice : cela donne dans le roman, des scènes d'une grande violence durant lesquelles Arturo se déchaîne en trucidant des crabes, ou des fourmis...il devient alors le maître du monde, un surhomme qui réussit toutes ses entreprises ! Mais sa violence s'exprime aussi verbalement, comme nous l'avons vu envers sa famille, mais aussi lorsqu'il s'en prend aux immigrés philippins qui travaillent avec lui à la conserverie de poissons et ont osé se moquer de lui...

 

Un soir, il va se disputer plus violemment que d’habitude avec sa famille...

Chez Jim.
J'ai commandé des œufs au jambon. Pendant que je mangeais, Jim parlait.
"-Tu lis tout le temps, il m'a dit. T'as jamais essayé d'écrire un livre ?"
-Ça fait tilt. Dès cet instant j'ai voulu devenir écrivain.
"J'en écris un en ce moment même", j'ai dit.
Il a voulu savoir quel genre de livre.
"Ma prose n'est pas à vendre, j'ai répondu. J'écris pour la postérité.
- J'ignorais ça, il a fait. T'écris quoi ? Des nouvelles ? Ou de la fiction pure ?
- Les deux. J'suis ambidextre..."

Ce roman de jeunesse qui a choqué les éditeurs des  années 30, ne dresse pas un portrait très flatteur de l'Amérique...ce pays d'accueil qui a tant fait rêver les hommes. Il ne montre pas non plus les ritals (et les hommes) sous leur meilleur jour.

 

Arturo est l'anti-héros par excellence, roublard, vantard, détestable, susceptible et extrêmement raciste. Il n'hésite pas à insulter ses collègues de travail qui sont pourtant dans la même galère que lui. Il ne veut surtout pas s'intégrer et être assimilé à eux, même quand on lui tend la main alors qu'en fait il ne rêve que de devenir un véritable américain. 

Au delà de ce personnage dépeint par l'auteur, tourmenté, désespéré et tellement vantard que s'en est souvent amusant (le bel italien par excellence), le lecteur comprend qu'Arturo est plein de rage car il ne supporte plus la pauvreté, le mépris des autres envers sa famille, qu'il ne supporte plus sa condition de rital immigré dans un pays où tout est fait pour les américains, qu'il ne sait pas comment supporter autrement son existence sans avenir, ni espoir d'une vie meilleure et cette solitude qui le submerge et provoque cette émotion à fleur de peau qui déborde chez lui mais nous submerge aussi nous lecteurs...sans prévenir.

 

Au milieu de cette rage qui étouffe le jeune Arturo, des élans de tendresse font pressentir au lecteur que l'auteur est lui-même un être multiple, hypersensible et plein de rage, un être capable de tous les excès et de toutes les passions...ce que nous découvrirons en poursuivant la lecture de ses œuvres. 

Malgré la violence de certains passages, le côté "vilain garçon" d'Arturo et la façon très crue qu'il a de s'en prendre au monde qui l'entoure,  l'auteur distille dans ses pages de beaux passages tantôt émouvants, tantôt drôles et cela donne envie de continuer à le lire...

L'idée même de la prière m'a paru absurde et j'allais abandonner quand brusquement j'ai trouvé la solution de mon problème : je ne devais pas adresser ma prière à Dieu ni à personne, mais tout simplement à moi-même.
"Arturo, mon pote. Mon Arturo bien aimé. Tu souffres apparemment beaucoup, et injustement. Mais tu es courageux, Arturo...
Quelle noblesse ! Quelle beauté ! Ah, Arturo, tu es tout bonnement magnifique..."

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commentaires

Eve-Yeshé 08/09/2019 14:10

il y a longtemps que je veux découvrir ses livres mais dépassée en ce moment :-)
un conseil pour commencer? Celui-ci ou "Mon chien stupide" sur lequel je lorgne depuis pas mal de temps
il me semble qu'un film est en cours ou doit sortir (Yvan Attal Charlotte Gainsbourg que j'adore) ?
bon dimanche à toi!

manou 08/09/2019 15:58

Comme je le conseille plus bas il vaut mieux commencer par "Demande à la poussière" ou "Un chien stupide "...J'ai vu aussi qu'un film allait sortit bientôt. Je ne regrette pas de reprendre son oeuvre, je me régale :) bon dimanche à toi aussi (j'ai déjà baladé ce matin alors cet am avec le fort vent du nord, on va rester un peu tranquille....)

daniel10 04/09/2019 17:08

Je vais le commander au père Noël. Si je dis que je connais pas tu vas répondre comme à Philippe D ci-dessous : Incroyable !
Bonne journée à toi - daniel10

manou 05/09/2019 08:10

Je taquine très souvent Philippe que je connais depuis longtemps et qui connait plein d'auteurs que je ne connais pas ou que je n'ai jamais lu ! Il y en a tant et tant que nous n'aurons pas assez d'une vie pour tous les lire, tu ne crois pas ? Bonne journée à toi

écureuil bleu 04/09/2019 09:25

Bonjour Manou. Je ne connais pas du tout cet auteur et ta chronique donne envie de le découvrir. Bonne journée et bisous

eliane roi 03/09/2019 23:19

Ce livre a l'air d'être en fait le reflet de la société actuelle, bien qu'écrit au début du 20ème siècle. La violence, la rébellion de ce jeune homme ne sont pas sans rappeler des événements récents en France, au Japon..... C'est un jeune comme la planète en comporte des milliers. Révolté, en colère contre tout, mais aussi avec des bons côtés et de vrais sentiments. Il doit être très agréable à lire. Merci Manou pour ce partage.

manou 04/09/2019 08:37

Voilà exactement pourquoi cet auteur a été réédité récemment et ne se "démode" pas...hélas on ne peut que constater que très peu de choses ont changé ! il fait partie des classiques incontournables qui nous parle différemment de l'Amérique par rapport à Cavanna par exemple, plus jeune et d'une génération plus proche de nous...bisous

Philippe D 03/09/2019 21:51

Je ne connais pas du tout l'auteur. Je n'en ai jamais entendu parler !
Bonne fin de soirée.

manou 04/09/2019 08:33

Incroyable ! Il est très connu parmi les auteurs italiens immigrés en Amérique :) Maintenant tu en as entendu parler...

Durgalola 03/09/2019 20:49

J'ai souvent hésité à le lire. Je note pour ma prochaine visite à la médiathèque. Bises

manou 04/09/2019 08:37

Commence par un plus récent "un chien stupide" ou bien "demande à la poussière" tu n'es pas obligée de les lire comme moi dans l'ordre chronologique...bises

maggie 03/09/2019 20:43

Je l'ai lu jeune mais je le relirai peut-être :-) tu en donnes envie

manou 04/09/2019 08:38

C'est exactement ce que j'ai eu envie de faire de relire son oeuvre mais celui-là je ne l'avais jamais lu et je ne regrette pas de l'avoir fait...

lemenuisiart 03/09/2019 19:07

C'est bien de lire, mais pas le temps actuellement

manou 04/09/2019 08:39

Je trouve toujours le temps et je le trouvais quand je travaillais, même si à l'époque je lisais moins :) c'est ainsi Christian

CathyRose 03/09/2019 17:06

Un auteur dont je n'avais jamais entendu parler, et un livre qui doit être assez dur, il est vrai que ça ne devait pas facile d'être un immigré à cette époque.
Bel après-midi, bisous !
Cathy​​​

manou 04/09/2019 08:41

Il fait partie des auteurs classiques parmi les auteurs immigrés italiens, alors ce n'est pas du tout le genre que tu lis d'habitude mais malgré tout peut-être que parmi tous les titres que je présenterai tu seras tentée par un, qui sait...je comprends en tous les cas, l'important est d'avoir du choix. bisous

Maryline 03/09/2019 15:24

Un sujet intéressant que celui des italiens immigrés en Amérique. Mais tu dis de ne pas commencer par ce livre ci, que me conseilles-tu pour découvrir cet auteur?
Bisous

Maryline 04/09/2019 11:09

Merci Manou, c'est noté!
bisous

manou 04/09/2019 08:41

"Demande à la poussière" ou encore mieux "un chien stupide", j'en parlera d'ici quelques semaines :) bisous

Renée 03/09/2019 15:14

Je retiens mais pas pour le moment, il a l'air très imbus de lui-même dans sa prière...sourire. Bisous

manou 04/09/2019 08:42

Il y a des passages très drôles qui alterne avec des propos plus graves :) bisous

sotis 03/09/2019 14:18

je ne connais pas cet auteur, je le chercherais la prochaine fois que je vais à la bibliothèque!!! bisous

manou 04/09/2019 08:42

Il ne peut pas plaire à tous mais c'est un classique à présent ! bises

FéeLaure♥ 03/09/2019 12:51

Je ne connais pas du tout. Un livre qui doit être assez dur à lire, j'avoue que je préfère me détendre quand je lis mais merci à toi de nous faire découvrir tous ces livres.
Bisous et douce journée

manou 04/09/2019 08:44

Je comprends bien puisque tu aimes lire le soir. Moi le soir je lis des poèmes et des choses plus douces. Sinon en été je ne lis que le matin tôt avant de partir balader. Je suis très matinale, c'est ainsi et tout le monde dort encore au moins deux heures encore, parfois plus après que je me sois levée ! bisous

eMmA MessanA 03/09/2019 09:57

Je n'ai jamais lu cet auteur. Tu en parles à merveille !
Pour tous les Arturo du monde... ;)

manou 04/09/2019 08:45

J'ai été marquée par son écriture et sa rage quand je l'ai découvert dans mes jeunes années :)

marine D 03/09/2019 09:36

J'aurais du mal sans doute à lire ce livre il me rappellerait trop les excès de certaines personnes violentes et pleines d'envie que j'ai pu connaître dans le passé mais je peux comprendre la souffrance des émigrés dans un monde aussi cruel pour les faibles !

manou 04/09/2019 08:45

Il y a un temps pour tout Marine...je comprends qu'en ce moment tu aies besoin de lire des choses plus douces et non violentes. bisous

Mimi 03/09/2019 08:53

La vie d’exilés est toujours pleine de ressentiments avant d’être digérée et acceptée, trouver sa place est un parcours du combattant... Je ne connais pas cet écrit de John Fante, mais c’est un auteur que j’apprécie beaucoup, il dépeint parfaitement l’american way of life et tous ses travers.

manou 04/09/2019 08:47

Je ne regrette pas d'avoir décidé de le relire et du coup j'ai découvert ce titre que je n'avais pas lu à l'époque puisqu'il a été publié en France après tous les autres et j'avais du passer à autre chose entre temps :) bisous

danièle 03/09/2019 08:32

Un roman qui doit être intéressant, mais je ne ressens pas beaucoup d'empathie pour ce jeune homme.
Merci pour cette excellente rubrique.
Bonne journée, bises

manou 04/09/2019 08:48

Tout à fait d'accord avec toi mais ce jeune homme c'est l'auteur, il ne nous demande pas de l'aimer...bises

Golondrina63 03/09/2019 07:45

Tu es parfaite dans ce dédale colonial pour en parler
Merci merci
Mais j'avoue que ce n'est pas ce que je recherche pour nourrir mon esprit en ce moment
Bisous
Bonne journée

manou 04/09/2019 08:49

Moi pas particulièrement, mais je reconnais avoir eu pas mal de lectures difficiles cet été sans l'avoir fait exprès je m'en suis aperçue après. Bisous

Doc Bird 03/09/2019 07:42

Je ne connaissais pas du tout cet auteur que tu me fais découvrir. Son roman inspiré de sa vie montre bien la difficulté de s'intégrer quand on est immigré, ainsi que la violence qui rejaillit à certains moments quand on cherche sa place.

manou 04/09/2019 08:50

C'est exactement ça ! Et bien un jour peut-être tu te laisseras tenter :)

moqueplet 03/09/2019 07:04

une lecture assez dure me semble-t-il.....et pour le tour de France il y a de plus en plus de monde sur les routes...passe un bien doux mardi

manou 04/09/2019 08:50

La vie des immigrés est forcément dure...bises

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