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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 06:19
Albin Michel, Terres d'Amérique / 2020

Albin Michel, Terres d'Amérique / 2020

Malgré les rumeurs, Nickel était une école et pas une sordide prison pour mineurs. Son avocat lui avait dit qu'il avait eu de la chance. Un vole de voiture c'était du sérieux. Comme il l'apprendrait plus tard, la majorité des garçons étaient ici pour des infractions sans gravité-des délits vagues, inexplicables. Certains étaient des orphelins, pupilles d'un Etat qui n'avait pas d'autre endroit où les caser.

Voilà un roman dont on a beaucoup parlé à cette rentrée et que j'ai pu lire dès le mois d'octobre, car une amie me l'a gentiment prêté. Ainsi je n'ai pas eu à le réserver à la médiathèque ni à attendre.

 

J'avais adoré découvrir le précédent roman de l'auteur, "Underground Railroad" qui relatait le périple d'une jeune esclave évadée d'une plantation en Géorgie, que je vous ai présenté sur le blog ICI. L'auteur avait déjà obtenu le prestigieux prix Pulitzer en 2017 pour ce titre. J'imagine qu'il ne s'attendait pas à recevoir à nouveau ce prix pour "Nickel Boys" cette année.  

Il pensa longtemps à la lettre que Martin Luther King Jr avait écrite dans sa cellule de la prison de Birmingham, cet appel puissant qu'il avait composé derrière les barreaux...Elwood n'avait ni papier, ni crayon, rien que des murs, et il était à cours de belles pensées sans même parler de sagesse ou d'éloquence...
Durant ces heures interminables, il se débattait avec l'équation du révérend King. "Jetez-nous en prison, nous continuerons de vous aimer...."

L'histoire se passe en Floride au début des années 60, dans une société soumise aux lois ségrégationnistes.

Le jeune Elwood Curtis est un garçon sérieux qui adore écouter les discours de paix et de tolérance de Martin Luther King. Il travaille bien en classe et gagne de l'argent dans un bureau de tabac-épicerie pour aider Harriet, sa grand-mère qui l'élève seule, depuis que ses parents ont mis les voiles une nuit...

Alors qu'il entre à présent à l'université et qu'il se rend à ses premiers cours en faisant du stop, fier de pouvoir réaliser ses rêves,  il est pris par un jeune noir qui vient de voler la voiture. Ils vont être tous deux arrêtés et personne ne pouvant prouver son innocence, tous deux condamnés. Elwood est envoyé dans une école disciplinaire pour jeunes adolescents délinquants, la Nickel Academy.

Sa vie bascule...

 

Là-bas, jeunes hommes noirs ou blancs doivent retrouver le droit chemin pour devenir des citoyens honnêtes. Mais dans les années 60, les dirigeants de ce genre de centre de redressement ne s'embarrassaient pas des droits de l'homme. C'est l'enfer que découvre le jeune adolescent du côté des bâtiments noirs. Les blancs bien qu'emprisonnés eux-aussi, sont traités différemment. La nourriture des noirs est détournée et alimente un trafic juteux, les châtiments ne sont pas les mêmes et conduisent certains jeunes noirs à la mort, une mort qui sera cachée aux familles, à qui on annoncera que le jeune a fugué et n'a pas été retrouvé. 

 

En parallèle de l'histoire que nous raconte Elwood, le lecteur découvre la vie quotidienne dans l'école, le niveau misérable des cours qui leur sont donnés, la cruauté et la violence des gardiens, les travaux d'intérêt général, les emprisonnements et bien entendu les sévices. 

Il découvre aussi comment, de nos jours, des découvertes invraisemblables ont été faites sur cette école : un cimetière non officiel a révélé que de nombreux corps y avaient été ensevelis, autant de preuves directes de l'horreur vécue par ces jeunes qui avaient le plus souvent commis des actes infimes, ou rien du tout, et qui n'étaient fautifs que du seul fait d'être nés noirs et la plupart du temps, d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. 

Elwood apprendra d'ailleurs à ses dépens que l'entraide n'existe pas et qu'il vaut mieux fermer les yeux sans chercher à comprendre ce qui se passe autour de lui et sans vouloir aider son prochain.  Il mentira à sa grand-mère pour qu'elle ne sache jamais rien des sévices qu'il a subis, ni des humiliations liés à sa condition de jeune homme noir. Il restera digne quoi qu'il arrive pour lui faire honneur et garder foi dans les paroles de Martin Luther King.

Il trouvera cependant une aide inattendue auprès de Turner...la fin nous réserve une surprise que nous n'avions pas vu venir. Mais je ne vous en dirais pas davantage. 

La majorité des garçons qui connaissaient l'existence des anneaux dans les troncs sont morts aujourd'hui. Le fer, lui, est toujours là. Rouillé. Profond dans la pulpe des arbres. Il parle à qui veut l'écouter.

Ce roman est une fiction, certes, en ce qui concerne les personnages, mais il s'inspire de faits réels. L'auteur décrit en effet des événements réels qui sont survenus à "l'Arthur G.Dozier School for Boys", une école ouverte en 1900 dans la ville de Marianna en Floride. Il dit avoir découvert l'existence de cette école en 2014 en regardant un reportage à la Télé. 

Pendant 109 ans, des garçons ont été envoyés là-bas, certains pour des faits graves (vols ou agressions) d'autres pour avoir simplement fugué, séché l'école, ou fumé. Certains n'avaient que 5 ans. Ils y restaient jusqu'à leur 18 ans, âge où ils étaient relâchés sans formation, ni travail, ni argent et souvent sans famille vers qui se tourner. Tous n'ont pas survécu aux conditions de vie inhumaines, aux sévices corporels, aux humiliations, et à la violence des relations entre garçons ou à celle des gardiens. Ceux qui ont survécu, ont pu témoigner. L'auteur s'est inspiré de leur histoire et des récits fait autour de la "maison blanche", surnommé ainsi par les adolescents, une bâtisse qui était en fait la chambre de torture, et dont beaucoup ne sont pas ressortis vivants. 

 

Ce livre est un hommage à ceux qui ont perdu la vie (plus d'une centaine de corps ont été retrouvés dans le cimetière officieux) et à ceux qui ont dû se reconstruire ensuite.

C'est un roman très fort qui ne peut nous faire oublier ce qui se passe encore aujourd'hui, cette violence perpétrée outre atlantique mais aussi chez nous, sur des êtres humains parce qu'ils sont différents. 

 

Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, nous découvrons Elwood enfant et la vie heureuse qu'il mène avec sa grand-mère. La seconde, terrible, décrit la vie quotidienne à Nickel.  La troisième partie mêle présent et passé : les souvenirs d'Elwood remontent à la surface lorsqu'il voit dans les années 2000, des images à la TV révélant une macabre découverte faite autour de l'école, le cimetière officieux. Cette partie-là demande au lecteur de bien se concentrer sur ces divers événements poignants qui s'enchainent pour mettre au jour le destin tragique vécue par Elwood...

Les lois raciales n'ont pas fini de faire parler d'elles aux Etats-Unis. L'horreur des conditions de vie décrites dans ce roman fait froid dans le dos. Les injustices, les erreurs judiciaires, sous prétexte de couleur de peau, sont injustifiables à mes yeux.

 

Un livre bouleversant d'un auteur bien décidé à faire le tour de la question raciale aux Etats-Unis et qui encore une fois, ne pourra que marquer ses lecteurs.

Il existait quatre manières de sortir de Nikel.
Un : purger sa peine. Habituellement, celle-ci était comprise entre six mois à deux ans, mais la direction avait le pouvoir discrétionnaire d'accorder une libération anticipée...
Deux : une intervention du tribunal. L'évènement magique...
Trois : la mort. Eventuellement de "cause naturelle", quoique aidée par les conditions sanitaires déplorables, la malnutrition et une impitoyable kyrielle de négligences...
Quatre, enfin : on pouvait s'enfuir. Tenter le coup et voir ce qui se passe...

Même morts, les garçons étaient un problème.
Le cimetière clandestin se trouvait dans la partie nord du campus de Nickel, sur un demi-hectare de mauvaises herbes entre l'ancien garage et la déchetterie de l'école.
...
Lorsque le cimetière clandestin fut découvert, Elwood sut qu'il serait obligé d'y retourner. Le bosquet de cèdres au-dessus de l'épaule du journaliste à la télé raviva la chaleur sur sa peau, le chant strident des cigales. Ce n'était pas si loin. ça ne le serait jamais...

L'avis de Keisha ci-dessous...

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 05:20
Gallmeister, 2018

Gallmeister, 2018

Il y a des livres ainsi, qui viennent vers nous alors qu'on ne comptait pas les lire tout de suite et même peut-être jamais...C'est le cas de celui-ci !

Juste avant le confinement, alors que je me promenais tranquillement dans mon village, voilà que ce roman que je n'avais pas voulu lire lors de sa sortie vue le sujet et ce qui en avait été dit, m'attendait, gentiment  posé sur la boîte à livres, tout neuf et encore emballé sous plastique ! Evidemment vous me connaissez à présent, je n'ai pas pu résister...

C'est ce que Papy dit toujours. Si tu commences à déformer les choses, tu risques de ne plus jamais pouvoir les reformer...et chaque jour qui passe te prive d'une partie de toi-même.

 

Julia (Turtle ou Croquette...) a 14 ans. Elle vit seule avec son père sur la côte nord de la Californie.

Depuis que sa mère est morte, celui-ci a établi des rituels bien précis, censés les rapprocher davantage mais qui en fait l'étouffent et l'angoissent. Elle n'aime pas aller à l'école et fuit toute personne, camarades de classe ou professeur (comme Anna par exemple), qui tentent de percer sa carapace et de chercher à la comprendre, espérant ainsi qu'elle s'épanche un peu plus sur ses problèmes. Elle, ce qu'elle veut avant tout...c'est passer inaperçue ! 

Son école à elle, c'est l'école de la vie, les longues balades en solitaire sur les plages ou le long des ruisseaux, dans les forêts ou dans les prairies avec pour toute compagnie, un pistolet avec lequel elle sait tirer, car son père le lui appris depuis qu'elle est toute petite. 

 

À la maison tout est différent. Son père est machiavélique et a sur elle une emprise considérable. Il est violent, abusif mais très charmeur et énormément cultivé ce qui fait qu'elle ne peut s'empêcher de l'aimer et de le détester à la fois (c'est le bien connu syndrome de Stockholm).

Il a élevé sa fille dans cette maison isolée comme si elle devait demain être attaquée par un commando et qu'il leur faudrait survivre, l'obligeant à nettoyer son arme, à la remonter dans le noir tous les jours et à l'utiliser dans des conditions extrêmes et dangereuses. 

La menace qui pèse en permanence sur Julia,  devient de plus en plus difficile à gérer pour la jeune adolescente, car la violence est bien réelle : verbale, psychologique et physique et en plus, vous vous en doutez, il abuse d'elle. C'est un être toxique à tous les sens du terme...

 

Un jour alors qu'elle a fui son père, elle s'éloigne trop de chez elle, la nuit tombe et elle se perd dans la forêt. Elle y croise deux garçons encore plus perdus qu'elle, qu'elle va donc "sauver" en leur permettant de survivre jusqu'à la levée du jour. Un des deux est Jacob, l'autre Brett, le fils d'une amie de sa mère. 

Cette amitié naissante va bouleverser la jeune fille qui décide de prendre de la distance avec sa vie de famille, et surtout avec son père, mais tout n'est pas si simple pour elle, et même si elle a appris au fil du temps à se protéger comme elle le peut, il faudra bien qu'un jour elle se libère du joug qui fait de sa vie un enfer...

Je le déteste pour quelque chose, quelque chose qu'il fait, il va trop loin et je le déteste, mais je me montre incertaine dans ma haine ; coupable, pleine de doutes et de haine envers moi-même, presque trop pour réussir à le lui reprocher ; ...
alors je franchis à nouveau les limites pour voir si j'ai raison de le détester ; je veux savoir.

C'est un roman poignant et douloureux entre le thriller et le récit réaliste, dont on ne peut décrire les détails sans entacher gravement le ressenti de celui qui ne l'a pas encore lu. Tout est question d'ambiance.

Il démarre assez lentement avec beaucoup de répétitions (les rituels dont je vous parlais au début). Peu à peu, le lecteur s'englue dans ce quotidien, oublierait presque de voir et de comprendre, ce qu'il y a à voir et à comprendre, comme l'ont fait la plupart des adultes qui ont pu un jour s'inquiéter pour Julia, y compris le grand-père aimant qui ne veut pas voir ce qui est sous ses yeux.

La solitude de cette toute jeune fille, sa façon de survivre à l'insoutenable, son combat pour s'en sortir lors de l'abandon de son père, un combat qui va l'amener à presque mourir de faim sans qu'elle puisse, par peur des représailles, accepter la main qu'on lui tend...tout dans ce roman est terriblement révoltant.

Je n'en dirai pas plus, juste que je ne suis pas prête d'oublier cette lecture...car c'est un livre fortement dérangeant ce qui explique que les avis de lecture lus ici ou là sur le net, soient énormément divers.

 

Ce roman a été le livre phénomène aux États-Unis en 2017. Il a reçu de très nombreux prix littéraires. Il est vrai qu'il est très américain, que les armes sont omniprésentes ce qui ne m'a pas particulièrement plu je le reconnais. 

J'ai trouvé aussi que parfois c'était trop et que du coup, le roman perdait en crédibilité. 

Je n'adhère donc pas en totalité à l'enthousiasme qui a suivi sa parution,  mais je ne regrette pas non plus cette lecture, difficile mais qui a su me toucher sans être pour autant un coup de cœur. 

 

A vous de vous faire votre propre opinion...si vous y arrivez. 

En attendant, vous pouvez aller lire l'avis de Marion ci-dessous...qui m'avait convaincu de le lire un jour ! 

Et celui de Violette...qui m'avait fait hésiter ! 

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 05:13
Edition 10/18, 2002

Edition 10/18, 2002

La journée s’annonçait splendide. L'orage avait lavé puis astiqué le monde. La mer était une immense tarte aux mûres et le ciel brillait comme le manteau de la Madone. L'air sentait les pins et le sel. Je distinguais les îles de Santa Barbara distantes de quarante miles, à cheval sur l'horizon comme une bande de baleines bleues. C'était le genre de journée qui torturait un écrivain, si belle qu'il savait d'avance qu'elle lui volerait toute son ambition, étoufferait la moindre idée née de son cerveau.

Voilà un livre que j'ai relu depuis un certain temps déjà (au début du confinement) et qu'il faut bien que je vous présente, d'autant plus que certains d'entre vous ont dû, à l'automne dernier, aller voir le film éponyme, adapté de ce roman.

 

Je vous ai déjà présenté sur ce blog trois romans de l'auteur :

- La route de Los Angeles ; 

- Bandini ;

- et Demande à la poussière...

J'ai retrouvé avec bonheur l'humour un peu désespéré, le regard acéré et critique, et la grande sensibilité de l'auteur.

"Au revoir, p'pa. Merci pour tout."
Il m'a vraiment dit ça. Merci pour tout. Merci pour m'avoir engendré sans lui avoir demandé la permission. Merci pour l'avoir fait entrer de force dans un monde de guerre, de haine et de fanatisme. Merci pour l'avoir accompagné à la porte d'écoles qui enseignaient la tricherie, le mensonge, les préjugés et les cruautés en tous genres...
"Au revoir, mon garçon. Donne de tes nouvelles."
Je suis sorti en pensant : "quatre moins deux égale deux", tout en me disant : pauvre Harriet, que Dieu lui vienne en aide.

Henry J. Molise est un écrivain et scénariste à ses heures, toujours fauché. Rien ne va plus dans sa vie : on ne lui offre que des scénarios pourris et il n'arrive plus à écrire.

Ses quatre enfants (Denny, Dominic, Jamie et Tina) sont tous devenus de jeunes adultes mais prennent la maison pour un hôtel-restaurant, le critiquent sans cesse, et soutiennent Harriet, leur mère,  de manière indéfectible quoi qu'il arrive.

Pourtant c'est bien lui qui est prêt à les accepter tous tels qu'ils sont, et leur sert souvent d'intermédiaire pour faire part de leur demande à leur mère.

Un soir, alors qu'il tombe des trombes d'eau, et qu'il rentre chez lui un peu soûl, sa femme lui remet entre les mains un pistolet chargé : elle a cru apercevoir un ours couché sur la pelouse du jardin. Il découvre en s'approchant qu'il s'agit d'un énorme chien de la race des chiens de traîneaux, un chien pataud, très mal élevé et particulièrement...obsédé.

 

Très vite, le chien les adopte et va semer la panique dans le quartier et dans leur vie de famille. Car bien évidemment, personne n'en veut et le chien que la famille surnommera "Stupide" va devenir le centre de tous les problèmes et de tous les règlements de compte. 

L'heure des bilans a en effet sonné pour Henry, et les enfants sont prêts à quitter le nid.

Rien ne va plus ! 

Un chien était certes une fort belle créature, mais il ne savait pas repasser les chemises ni préparer les fettuccines ou le poulet au marsala, pas davantage écrire une dissertation sur Bernard Shaw, et puis un chien a l'air sacrément idiot en bas noirs. Quand je me suis garé dans le parking d'Universal, je m'étais convaincu que Stupide devait partir.

"Mon chien stupide" est paru en 1985, deux ans après le décès de l'auteur. Je l'avais lu lors de sa sortie en France à la fin des années 80, sans doute.

Tout d'abord je tiens à vous rassurer, ne vous en faites pas pour le chien, il saura se faire aimer ! 

 

C'est un roman parfait pour passer un bon moment et garder ou retrouver le moral. L'auteur est toujours aussi critique envers lui-même car vous en doutez, Henry est bien entendu l'alter ego de Fante, avec son côté bourru mais sa sensibilité à fleur de peau, sa facilité à être de mauvaise foi tout en étant capable d'auto-critique, ses doutes et son cynisme bien connu de tous ses lecteurs.

 

C'est un roman terriblement drôle, mais également bouleversant de vérité qui sonne juste et nous fait entrer avec bonheur et souvent avec forte émotion dans cette famille sympathique, mais déjantée, et ce couple qui tente de faire face, avec leurs revenus modestes, à l'éducation de leurs enfants, tout en leur donnant des clés pour être heureux dans une Amérique divisée et compliquée. Ils se sont tellement oubliés qu'ils envisagent de partir  seuls, chacun de leur côté, prendre l'air ailleurs... 

Mais ce qui les relie est plus fort que tout : étant tous deux immigrés bien que d'origines différentes, ils ont appris à composer avec leurs ressentis et leurs a-priori, tout en rêvant de fouler à nouveau la terre de leurs ancêtres.  

Les enfants les bousculent et les obligent à avancer, à penser à l'avenir mais ils les ramènent aussi à leur solitude première, "inscrite dans leurs gènes" celle de l'exil et de l'incompréhension. 

C'est donc un livre beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air comme toujours avec John Fante.  

D'ailleurs, ce n'est pas compliqué, le lecteur ne peut pas avoir un avis mitigé sur ses romans : on aime ou on n'aime pas.

Moi vous l'aurez compris, j'aime ! 

Ecrire des scénarios était plus facile et rapportait plus de fric...
Mais quand j'entamais un roman, ma responsabilité était terrible. J'étais non seulement le scénariste, mais aussi le héros, tous les personnages secondaires, et puis le metteur en scène, le producteur, le chef opérateur. Si votre scénario aboutissait à un résultat médiocre, vous pouviez vous en prendre à un tas de gens, du metteur en scène au dernier des machinistes. Mais si mon roman faisait un flop, je souffrais seul.

Pour écrire, il faut aimer, et pour aimer, il faut comprendre. Je n'écrirai plus tant que je n'aurais pas compris Jamie, Dominic, Denny et Tina ; quand je les comprendrais et les aimerais, j'aimerais l'humanité tout entière, mon pessimisme s'adoucirait devant la beauté environnante, et ça coulerait librement comme de l'électricité à travers mes doigts et sur la page.

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 05:19
Rivages, 2017

Rivages, 2017

Leur église s'appelait le "Temple du baptême par le feu". Ce n'était pas la plus grande église de Harlem, ni même la plus petite, mais John avait été élevé dans l'idée que c'était la plus sainte et la meilleure.

Cela fait longtemps que je voulais découvrir cet auteur américain. Je l'ai lu bien avant le confinement et il est donc grand temps que je vous le présente aujourd'hui.

 

Ce premier roman, devenu un classique aujourd'hui, écrit en 1952 (titre original "Go tell it on the moutain= "Va le dire sur la montagne" en traduction littérale)  est paru en France pour la première fois en 1957  sous le titre "Les Elus du Seigneur" et publié à La Table Ronde. C'est un des premiers livres parus sur la condition des Noirs et le plus connu de l'auteur.

Il vient d'être réédité en 2017, chez Rivages avec un nouveau titre "La conversion" et une nouvelle traduction. 

C'est un roman qui présente un grand intérêt sociologique, car il est en partie autobiographique. Il est d'ailleurs considéré comme un texte fondateur pour des auteurs plus jeunes, comme Tony Morrison et Maya Angelou. 

L'auteur nous raconte à travers l'histoire de John Grimmes, un ado de 14 ans, la vie d'une petite communauté noire de Harlem au tout début du XXe siècle. Cette vie est rythmée par les sermons, les prières et les chants de Gospel. Rien à voir avec les pratiques des catholiques en Europe.

La noirceur est partout, d'abord tous les personnages sont noirs, et même leur logement misérable est envahi en permanence d'une poussière noire impossible à supprimer, et qui semble toujours se déposer sans fin sur le sol et les tapis, malgré les heures passées à nettoyer les maisons. 

 

John réalise le jour de ses 14 ans que son destin est fixé par avance : il sera prédicateur comme Gabriel, son père.  C'est ainsi, quand on est issu d'une communauté si pieuse, mais le père voudrait que ce soit son jeune fils Roy qui le devienne. Le lecteur comprendra pourquoi au cours de la lecture. 

John vit donc une véritable crise de conscience : il rêve d'être libre, de mener sa vie selon ses propres désirs. Mais il va devoir accepter le déterminisme social, tenter de se rebeller, puis durant une longue nuit de prières collectives, trouver sa propre voie...

Mon avis...

 

L'auteur s'interroge sur la religion et les non-dits familiaux sur fond de ségrégation raciale en Amérique du Nord dans les années 30. Il décrit une Amérique qui ressemble encore beaucoup à celle d'aujourd'hui et où les gens sont finalement très seuls. Le roman retrace la lutte intérieure de John qui découvre qu'il ne pourra jamais avoir la vie d'un Blanc. 

La famille de John apparaît comme une famille tourmentée par son passé, par des non-dits mais aussi par la crainte réelle que leurs enfants tombent dans la délinquance (ce qui est le cas de Roy). 

 

Le roman se déroule principalement dans une église de Harlem le jour des 14 ans de John. Il vient d'être battu par son père, qui frappe aussi la mère. Il s'interroge sur sa vie comme l'a fait à cet âge Baldwin, sur la sincérité de sa foi, sur ses attirances sexuelles particulières (il est attiré comme l'auteur par les garçons), sur sa relation aux Blancs, sur le péché et la rédemption. Il est en effet tenaillé par la culpabilité et poursuivi par le poids de ce qu'il pense être un péché.

 

Le roman est découpé en plusieurs parties distinctes. C'est un roman choral qui donne tour à tour la parole aux différents personnages. 

John occupe la première partie (et la dernière). L'auteur campe l'ambiance de la petite communauté et présente les différents personnages du livre.

Dans la seconde partie, le lecteur découvre le passé de la famille grâce à de nombreux retours en arrière. 

C'est d'abord Florence, la soeur de Gabriel, qui nous parle de sa jeunesse, puis Gabriel qui se justifie sur sa vie, et enfin Elisabeth, la mère de John...

 

Le lecteur apprend ainsi que le père devenu prédicateur, a mené une vie dissolue dans sa jeunesse et a commis des erreurs irrémédiables. Il a effet abandonné Esther, sa jeune copine, en apprenant qu'elle était enceinte. Il s'est ensuite marié avec Deborah qui n'a jamais pu avoir d'enfants, ayant été violée par une bande de Blancs durant son adolescence. Enfin, lorsqu'il quitte le sud,  Florence sa sœur, qui a quitté très tôt la famille car elle était révoltée par l'attitude de Gabriel et son côté dépravé, lui présente Elisabeth avec qui il se mariera, espérant ainsi racheter ses fautes passées...

Quand ils regardaient Deborah, ils ne voyaient que son corps disgracieux et violé. On voyait à leurs yeux qu'ils ne cessaient de s'interroger, de manière gênée et lubrique, sur la nuit où elle avait été emmenée dans les champs. Cette nuit l'avait dépossédée du droit d'être considérée comme une femme...

C'était lui qui lui avait conseillé de pleurer _si elle pleurait_ en cachette ; de ne jamais donner aux autres la possibilité d'être témoin de son chagrin, de ne jamais faire appel à la pitié d'autrui...

...elle se disait parfois que toutes les femmes étaient maudites dès le berceau ; d'une façon ou d'une autre, toutes étaient affligées du même destin cruel, elles étaient nées pour supporter le joug des hommes.

Le lecteur découvre que Gabriel n'est pas le vrai père de John.  Son vrai père s'est suicidé alors qu' Elisabeth était enceinte. Il avait été accusé à tort par les Blancs d'avoir perpétré un casse... ce qu'il n'a pas supporté. 

L'auteur lui-aussi a été éduqué par un père prédicateur, brutal qui n'était pas son père biologique et ce n'est donc pas par hasard qu'il nous parle longuement de Gabriel. Le lecteur imagine sans peine que ce prédicateur noir ressemble beaucoup à celui qui lui a servi de père. 

 

J'ai aimé le personnage de John et ses tourments de jeune ado..quand on sait que Baldwin est devenu prédicateur à 14 ans, et ce durant près de trois ans, on voit tout de suite le lien entre lui et son personnage. Et on comprend aussi mieux pourquoi il est plein de contradictions en ce qui concerne la religion.

J'ai aimé la façon dont l'auteur mêle le passé et le présent, la vie communautaire et personnelle mais aussi les réflexions sur la condition des Noirs et la condition de la femme au sein du peuple Noirs, mais aussi face au racisme des Blancs. 

 

La religion a bien entendu un très grand rôle dans ce roman.

L'auteur parle de la foi de cette famille à chaque page. Un certain mysticisme traverse le roman, qui est entrecoupé par de nombreuses références bibliques et cela m'a souvent dérangée. Cependant cela permet au lecteur d'entrer dans l'ambiance de cette petite communauté évangéliste. Les noirs étaient très croyants et pensaient tous que leur sauveur ne pouvait être que Dieu.

J'ai cependant trouvé un peu longue la toute fin, quasiment onirique, durant la nuit où John découvre quel sera son destin.

L'auteur lui-même né à Harlem en 1924 a été élevé par un père pasteur. Comme dans le cas de John, leur relation était difficile.

Son père était venu du sud après la première guerre mondiale, de nombreuses émeutes lui ayant donné envie de quitter sa région natale pour regagner le nord où il espérait ne plus connaître les conséquences de la ségrégation. Mais hélas la réalité a été toute autre et sa déception s'est reportée sur l'auteur, qui en plus (comme pour John) n'était que son fils adoptif. 

Après avoir cru au rêve d'égalité, et aux promesses diverses d'ouverture vers un autre destin, la déception ne pouvait qu'être encore plus grande, lorsque adolescent à son tour, il a découvert qu'il n'en était rien. 

Difficile ainsi de se construire une identité noire au cœur de Harlem. 

 

A lire donc, si ce sujet vous intéresse. Il n'est pas facile à lire mais il est à mon avis incontournable, quand on veut mieux comprendre l'Histoire des noirs américains. 

Vous pouvez découvrir un autre titre de l'auteur sur le blog de Eve, ICI .

J'ai juste décidé un jour que j'allais me débrouiller pour en savoir plus qu'eux, pour que pas un seul de ces salauds de Blancs nulle part puisse jamais me parler mal et me donner l'impression que je suis de la merde.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 05:17
Le Cherche Midi, 2019

Le Cherche Midi, 2019

Les Indiens sont des gens discrets et effacés. A ce propos je n'utiliserai pas dans ces pages le terme d'"Amérindiens", relativement récents. Il nous a été attribué par des Blancs bien intentionnés, de manière à faire valoir que nous étions les premiers habitants du continent qu'ils nous ont pris. De beaux esprits qui semblent soulager leur conscience en admettant, tacitement ou expressément, que nous sommes les victimes d'un génocide et d'un vol généralisé.

...ce qui vous importe, c'est de connaître le dénouement de l'histoire. Voilà bien un type de pensée linéaire, si représentatif de l'homme blanc. Il vous faut une ligne droite du début, à la fin. Alors que, dans notre culture, le monde est une courbe, avec des ellipses. Selon la tradition, les récits s'y entrecroisent...et s'imprègnent les uns des autres sans forcément aboutir...

Voici le troisième volet de la trilogie commencée avec "Mille femmes blanches", puis, "La Vengeance des mères" tous deux présentés sur ce blog. Il est écrit en sous-titre "d'après les Journaux perdus de May Dodd, et de Molly McGill, édités et annotés par Molly Standing Bear", sa descendante. 

 

Evidemment, tout pourrait être vrai dans cette série qui nous raconte l'épopée extraordinaire de ces femmes qui en 1875 auraient été retirées, sur ordre du Président Grant, de leur prison ou leur asile pour être échangées de force contre des chevaux et données à Little Wolf, un grand chef Cheyenne afin de donner une descendance à son peuple.

En fait il s'agissait d'apprendre au peuple indien comment vivaient les hommes blancs. Peu à peu ayant parfaitement intégré le monde indien, et fait de belles rencontres, des mariages heureux et des enfants, ces femmes courageuses arrachées à leur vie parfois de force, vont se trouver au cœur des grands massacres perpétrés par les Blancs.

Ensembles, elles vont se rebeller contre leur propre civilisation qui vole leurs terres aux Indiens, tue leur principale nourriture (les bisons) et veut aussi leur faire oublier leur culture pleine de sagesse. 

 

Dans ce dernier volume, les voix de May Dodd, dont nous avons lu le début des carnets dans "Mille femmes Blanches", et de Molly Mc Gill, l'héroïne de de la "Vengeance des mères" dont nous avons entendu la voix mêlée à celle de May, alternent pour nous conter l'ultime révolte de ces femmes qui réunies en milice (les Cœurs Vaillants) décident de donner un dernier assaut. Après toutes les souffrances que leur ont fait subir les blancs : anéantissement de villages entiers, tuerie des femmes et des enfants, celles dont le seul avenir est de se voir parquées dans des réserves, n'ont à présent plus rien à perdre...

 

Au début du roman on retrouve Molly Standing Bear, la descendante de Molly qui vient remettre les cahiers à Jon W. Dodd, journaliste de son état et fils de Will Dodd, le petit-fils de May qui a été le premier à publier les cahiers de sa grand-mère, dans "Mille femmes blanches". Elle ne lui fait pas encore totalement confiance et mettra du temps à lui confier la totalité des derniers carnets de Molly avec la promesse qu'il ne changerait pas un mot, pas même une virgule...

En alternant la lecture des carnets, et l'histoire actuelle de Molly Standing Bear et de Jon, le lecteur comprend mieux les difficultés du peuple indien aujourd'hui. L'auteur nous parle à travers cette histoire de la condition de la femme indienne dans les réserves. Chiffres à l'appui, on ne peut que constater que l'homme blanc  a commis un crime contre l'humanité en exterminant ces peuples pour la plupart pacifiques et aussi, en continuant à les maltraiter aujourd'hui. 

 

Le titre souligne bien que dans ce tome ce sont les femmes qui sont à l'honneur. Avec tout ce qu'elles ont vécu, elles n'ont plus peur de rien, ni des Indiens tellement plus respectueux que les blancs, ni de sauter d'une falaise, ni de se battre pour protéger leurs amies ou leurs enfants, ni de se perdre dans une violente tempête et de passer dans un monde invisible...

La culture indienne est également mise à l'honneur, avec une plongée dans ses traditions et ses croyances. 

 

Un bel hommage au peuple amérindien, à sa liberté et à sa culture, qui clôt en beauté la trilogie, même si je l'ai trouvé un peu en-dessous des précédents...il mérite d'être découvert.

Mon préféré reste toujours le premier ! 

A noter, comme dans les tomes précédents, certains personnages ont réellement existé et le roman colle au plus près à l'histoire réelle de ces peuples indiens et en particulier, à l'histoire de leur extermination. 

 

Une trilogie à lire de préférence dans la foulée pour avoir bien en tête les différents personnages. Rappelez-vous j'avais découvert le premier tome lors de sa sortie en 2000, il y a 20 ans. Puis je l'ai relu avant de découvrir le second en 2017. C'est mon seul regret d'avoir attendu entre la lecture du second et du troisième. Du coup, il m'a fallu du temps pour me replonger dans l'ambiance ! 

Depuis que la tempête nous a placés dans cette vallée, nous profitons d'un temps merveilleux, frais le matin et le soir, avec juste ce qu'il faut de chaleur le reste de la journée. Le long de la rivière, les peupliers perdent leur habit de feuilles vertes, pour revêtir du jaune, du rouge, et de l'orange. Joli, mais la saison du déclin n'est pas ma préférée, car elle annonce l'hiver et me remet en mémoire les douloureux moments de l'année écoulée.

Quel bénéfice l'humanité a-t-elle tiré de ses guerres incessantes ? Que nous ont-elles jamais apporté, à part la mort, la souffrance et le chaos ? La paix et l'harmonie entre les peuples ne sont-elles pas notre but ultime ?

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 05:20
Albin Michel, Terres d'Amérique, 2011

Albin Michel, Terres d'Amérique, 2011

Chaque fois que je repense à ce qui s'est passé, je cale toujours sur ce vieux proverbe : Ne regarde pas où tu es tombé, mais plutôt où tu as trébuché.

L'auteur que je ne connaissais pas  a obtenu à l'automne dernier le Prix du Premier Roman étranger pour son dernier livre "Les patriotes", que je lirai sans doute un jour quand les médiathèques rouvriront leurs portes. 

C'est donc en recherchant ce qu'elle avait écrit d'autres, que je suis tombée sur ce recueil de nouvelles parfait pour lire en vacances quand on veut juste lire un peu tous les soirs avant de s'endormir et durant cette période de confinement où parfois nous avons du mal à nous concentrer sur un livre trop long. 

Maintenant, il voulait entrer dans la police . Bravo ! Pendant ce temps, elle était toujours serveuse, sa propre vie était en suspens depuis près de deux ans. Elle s'efforçait de ne pas lui en vouloir ; il essayait sans aucun doute de lui montrer qu'il "pensait à l'avenir". Mais un avenir avec Ryan, ce serait comme rester en Russie. Des types dans son genre, on en trouvait dans tous les coins de rue à Dolsk, qui juraient qu'à partir de lundi, ils allaient mener une vie irréprochable.

Les personnages de ce recueil ont presque tous voulu fuir leur pays d'origine, la Géorgie ou la Russie, pour s'exiler en Amérique, mais leur nouvelle vie ne correspond pas vraiment à leurs attentes. Il en est de même pour ceux qui sont restés là-bas qui regrettent de ne pas être partis. 

Alors pour avancer dans la vie, tous s'accrochent à leurs rêves...

 

En fait je devrais dire "toutes" car ce sont essentiellement les personnages féminins que j'ai aimé dans ce recueil. Les hommes sont peu présents et leur vie n'est racontée qu'à travers le regard de leur compagne.

Ilona se retrouve dame de compagnie à son insu.

Maia est déçue par la venue de son fils Gogi qui ne comprend que tout ce qu'elle fait c'est pour lui mais qu'elle n'est pas riche pour autant et ne peut donc pas tout lui acheter et céder au moindre de ses caprices. 

Victor veut faire la connaissance d'Alina parce qu'il a été dans sa jeunesse amoureux de sa mère, mais aucun lien ne peut pour autant exister entre eux. 

Rachid est pris entre deux femmes, Asal et Goulia et les aiment toutes les deux.

Anya et Ryon s'aimaient mais il est devenu violent... 

Quand Lev accueille sa nièce chez lui, il comprend qu'elle n'a fait de détour que pour lui soutirer de l'argent, pas pour le voir.

Lera se fait tout voler par son mari parce qu'elle lui faisait une confiance aveugle.

Larissa vient passer quelques jours chez sa tante, et profite pour revoir son ancienne amie. Elle a fui son amant américain qui l'a entraîné dans une affaire pas très claire. Pour elle qui est comptable, impossible pour autant de fuir la réalité de sa faute...

Quelle autre explication donner ? pensa-t-elle. Pouvait-elle dire qu'elle avait suivi en Amérique un homme qui n'était pas son mari ? Un homme dont l'épouse était sa meilleure amie et qui avait eu une liaison avec elle uniquement parce qu'il allait bientôt quitter le pays et croyait qu'elle y resterait ?

 

Chacune de ses huit nouvelles profondément humaines, est teintée de l'espoir d'une vie meilleure et de regrets pour ce, et ceux, qu'on a laissé là-bas. C'est ce qui fait toute la force de ces récits de vie.  

Ces femmes sont prêtes à tout, même à s'unir avec un homme qu'elles n'aiment pas, pour obtenir leur carte de séjour. Elles acceptent n'importe quel boulot et travaillent souvent dans des conditions totalement inhumaines. 

L'exil les oblige à vivre éternellement entre deux mondes, deux cultures, comme si elles-mêmes étaient des êtres doubles pour toujours. 

 

J'ai trouvé que l'auteur avait beaucoup de talent, car c'est difficile d'écrire des nouvelles. Or elle arrive très vite en quelques mots et quelques phrases à nous faire entrer dans la vie de ses personnages, dans leur maison ou  leur lieu de travail, à nous faire partager les moments de joie, les incidents, les drames...

Il faut dire que l'auteur sait de quoi elle parle puisque à l'âge de huit ans, elle a tout quitté pour émigrer aux Etats-Unis avec sa famille. 

Elle nous décrit avec beaucoup de finesse et de sensibilité, mais aussi beaucoup de justesse, l'instant où tout a basculé dans leur vie, où les personnages ont compris que rien ne serait plus comme avant, qu'ils avaient été trompés parfois par ceux qu'ils aimaient le plus, mais où ils ont tenté tout de même de continuer à vivre et à espérer.  

Ne vous attendez pas à une chute vertigineuse pour chacune de ces nouvelles, juste un élément parfois a changé, un espoir est apparu, ou bien la vie continue tout simplement, comme avant.

 

J'apprends en rédigeant ses lignes que ces nouvelles avant d'être réunies dans ce recueil, ont toutes été publiées dans le "New Yorker" et "The Atlantic Monthly". 

Je me mis sur le dos. Les murs étaient drapés de gris. Les étagères et le bureau, apparaissaient comme des formes opaques entre de troubles rectangles de pénombre. Mon esprit, rendu fou à force de cogiter, était comme une porte voilée refusant de se fermer. Tu ne peux demander autant des gens, tout en attendant si peu d'eux, n'arrêtait-il pas de me dire...

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 06:19
Phébus, 2020

Phébus, 2020

Je suis contente aujourd'hui de vous parler, un peu en avant-première de ce roman, qui sort ce mois-ci en librairie, et que Babelio, lors d'une Masse Critique exceptionnelle m'a proposé de découvrir, sachant que j'aimais l'auteur. 

J'avais en effet découvert cette écrivaine américaine en lisant "La danse du temps" l'été dernier, un roman que j'avais beaucoup aimé, ce qui explique que j'ai accepté de recevoir celui-ci. 

On se demande ce qui peut bien se passer dans la tête d'un tel homme. Tellement étroit d'esprit, borné ; avec des idées si arrêtées. Il n'a aucune perspective ni ambition particulière. Il se réveille un lundi matin et la lumière qui filtre à travers la fenêtre toute mince est d'un gris terne et déprimant, les informations que diffuse le radio-réveil sont effroyablement tristes...
Micah écoute tout cela sans réagir. Le monde ne le surprend pas.

Ce roman est l'histoire toute simple de Micah Mortimer, un homme tranquille et routinier qui partage sa vie bien cadrée entre famille, loisirs et travail. A chaque jour, correspond une tâche particulière à laquelle il ne déroge jamais et, à chaque heure son temps est minuté et bien rempli. 

 

A Baltimore, il est facile pour lui de mener une vie bien réglée et son métier qui lui permet d'organiser ces journées comme il le veut, est pour lui une bénédiction.

Sa maniaquerie légendaire lui a causé (et lui cause toujours !) de nombreux tourments avec les filles et de nombreuses railleries en famille. Mais il s'en moque ! 

Il est actuellement installé à son compte et répare à leur domicile les ordinateurs en panne. Mais dans le passé, il a travaillé en entreprise et a même conçu un programme informatique d'avant-garde.

Tout cela lui laisse du temps pour s'occuper de son immeuble dans lequel il assure la maintenance, comme le ferait un concierge en échange de la gratuité de son loyer, mais aussi, lui permet d'aller courir tous les matins à la même heure et de voir tous les soirs Cass, sa petite amie qui est institutrice et qu'il a rencontré un jour où il améliorait le wifi dans son école en posant un répétiteur dans sa classe. 

 

Mais un jour, en rentrant chez lui, il découvre devant sa porte,  Brink, un jeune garçon en fugue, persuadé que Micah est son père biologique. Ce dernier a en effet entretenu une relation amoureuse avec Lorna, la mère du jeune homme, lorsqu'ils étaient tous deux à l'université. Evidemment le jeune homme a découvert une photo de leur couple et a posé la question à sa mère qui savait où Micah vivait alors qu'ils ne sont jamais revus depuis.

Or, Micah le sait, la jeune fille voulait se préserver pour son mariage et leur relation a été chaste. De plus les dates ne concordent pas, ce dont il n'arrive pas à convaincre le jeune homme...persuadé que les adultes ne lui disent pas toute la vérité.

Alors qu'il accepte de garder Brink pour une nuit chez lui, Micah, qui n'aime pas changer ses habitudes, va découvrir grâce aux événements qui vont suivre, qu'il a été aveugle à beaucoup de choses dans le passé, dont il paye aujourd'hui les conséquences...

C'est vrai qu'il avait failli se marier à plusieurs reprises. Il n'avait pas toujours pensé que le mariage était source de complications. Mais chacune de ses petites amies l'avait instruit à sa façon_ dans le mauvais sens.

Le problème avec les ex-petites amies, songea Micah, c'est que chacune d'elle vous dépouille de quelque chose. Vous dites adieu à votre première grande histoire d'amour et passez à la suivante, pour vous rendre compte que vous avez moins à donner à celle-ci. Vous avez perdu un petit fragment de vous...

Voilà un court roman (170 pages à peine) qui se lit facilement.  De plus, il n'est pas dénué d'humour et nous montre les relations humaines sous un jour terriblement réaliste. 

Les personnages sont attachants et l'auteur réussit en peu de mots, avec quelques descriptions précises de leur vie, à nous les rendre fortement sympathiques.  

 

Micah est un homme très maniaque certes, mais cela finalement n'explique pas qu'il soit très seul. Il est pourtant très généreux, adorable même avec les personnes âgées de son entourage, à l'écoute de ses clients qui ont toujours beaucoup de choses à lui raconter, et disponible pour sa grande famille et sa petite amie. 

Les idées que l'on se fait de l'autre et de ce qu'il pense, le fait que les femmes voudraient que les hommes devinent toujours tout ce qu'elles veulent, sans rien leur dire, la solitude que certain(e)s préfèrent par peur de l'échec d'une relation, l'adolescence et ses problèmes, tous ces thèmes sont abordés dans ce roman, plus profond qu'il n'en a l'air. 

 

Comme toujours Anne Tyler va à l'essentiel et provoque avec des mots simples une véritable réflexion, profondément humaine, sur la difficulté de communiquer harmonieusement avec nos proches. Elle n'a pas son pareil pour nous parler de personnages qui nous semblent familiers et proches de nous, car simplement confrontés aux réalités de la vie quotidienne. 

 

C'est un roman qui fait du bien et que l'on peut partager en famille ce qui n'est pas si fréquent finalement...

En plus la couverture est très belle et se prolonge par des rabats, ce qui ajoute un plus à ce roman qui peut faire l'objet d'un cadeau... 

Merci à Babelio et à sa Masse critique exceptionnelle pour leur confiance ce qui me permet de le partager avec vous aujourd'hui ! 

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 05:13
Editions Le mot et le reste, 2011

Editions Le mot et le reste, 2011

Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles...
Elles ont l'air si grandes, si proches et si palpitantes, comme si elles poursuivaient quelque majestueuse mission qu'il ne fut pas nécessaire de déclarer. Suivant leur course vers leur station dans le ciel, elles réduisent la pauvre agitation du monde à l'insignifiance...

Je ne sais pas combien de temps il faut pour être si pleinement imprégné par les éléments qu'on ne fait plus attention à eux. Moi-même je ne peux ignorer l'embrasement et l'ivresse de l'orage, le corps à corps avec le long souffle du vent chargé de poussière, le jeu électrique du tonnerre sur les rochers...

L'origine des cours d'eau est comme celle des pleurs, claire pour l'esprit mais mystérieuse pour les sens...

On dirait que les secrets des pouvoirs et vertus des plantes se livrent plus volontiers aux peuples primitifs, ou tout du moins on n'entend jamais parler des connaissances provenant d'une autre source. L'Indien ne se préoccupe jamais, comme le botaniste ou le poète, de l'aspect des plantes ou des liens qui existent entre elles, mais uniquement des services qu'elles peuvent lui rendre.

L'homme est un grand maladroit lorsqu'il se déplace dans les bois et aucune autre créature à l'exception de l'ours ne fait autant de bruit. Ainsi largement prévenu à l'avance, il faudrait vraiment être un animal fort stupide, ou alors très intrépide, pour ne pas rester sagement caché...

Ces récits de Mary Austin (1868-1934) font partie des grands classiques de la tradition américaine de "nature writing".

L'auteur a été amie avec Jack London entre autre. Elle s'est engagée très tôt pour la cause féministe et a fait partie des défenseurs des droits des Amérindiens. Tout un programme de vie, un engagement qui transparaît dans son oeuvre. 

 

Avec elle, vous allez chevaucher dans les déserts de l'Ouest,  du côté de la Vallée de la mort, un des endroits parmi les plus chauds du monde, où vivent pourtant près de 200 espèces végétales différentes, ou bien grimper dans les collines des Blacks Hills, en plein territoire sacré des Indiens. Mais vous prendrez aussi le temps d'observer ce qui vous entoure.

Vous allez découvrir la beauté du désert, son côté rude et sauvage, et les souffrances que les hommes endurent quand ils sont envoûtés par ces paysages grandioses à tel point qu'ils ne peuvent plus s'en passer.

 

Vous l'aurez compris, le thème de ces quatorze récits... c'est la beauté des paysages !

...mais aussi,  le soleil trop chaud et la pluie trop rare, celle qui permet à la nature de fleurir dans l'urgence et d'alimenter les sources profondes que l'homme devra ensuite prendre le temps de découvrir s'il veut survivre.

 

L'auteur décrit dans ces récits chaque plante comme si elle devait ne jamais la revoir, sa façon bien à elle de s'adapter au climat, à la sécheresse, à l'altitude. Elle fait de même avec les animaux qu'elle croise sur son chemin et repère toutes leurs minutieuses traces laissées au milieu des maigres végétaux et qui convergent toutes vers un seule ressource essentielle...l'eau !

 

Elle met aussi le même sens aiguisé de l'observation au service des hommes qu'elle croise. Ils sont là eux-aussi dans ce désert de pierres, qu'ils soient chercheurs d'or, pionniers ou chasseurs, indiens ou explorateurs...personnages attachants et souvent mutiques, immensément solitaires et libres. 

 

Elle s'attarde aussi sur les us et coutumes des indiens desquels elle a beaucoup appris pour sa survie dans ces zones si isolées du monde et s'attache à nous faire découvrir les Shoshone et les Païutes... 

 

Le pays des petites pluies est une magnifique célébration de la beauté sauvage du désert du sud-ouest des Etats-Unis. Alors que pour beaucoup il s’agit d’un territoire simplement brûlé par le soleil et dépourvu de vie, cruel et inhospitalier, Mary Austin lui insuffle une vie extraordinaire. La terre, à ses yeux, excède toujours la simple somme de ses particularités physiques et, tout en donnant des informations précises sur sa géologie, son climat, sa faune et sa flore, elle fait bien plus ressentir sa résonance, sa vibration, ce qu’elle appelle "son esprit".

Au départ ces récits ont été écrits pour être publiés dans des journaux de l'époque en épisodes. Il faut bien entendu, par leur style, les replacer dans ce contexte. J'ai eu beaucoup de plaisir à les découvrir et à me laisser transporter par la poésie des textes et leur philosophie. 

De plus,  l'auteur est sans cesse émerveillée par ce qui l'entoure. Elle est tombée amoureuse de cette nature qu'elle respecte profondément et nous transmet sa passion tout en nous invitant à la protéger nous-aussi davantage. Mary Austin était une aventurière avant l'heure, naturaliste et protectrice de l'environnement, dommage qu'elle soit encore trop peu connue aujourd'hui.

A noter : L'ouvrage a été réédité grâce au soutien du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Il est traduit par François Specq. 

 

Vous pouvez aller lire l'avis de Keisha ci-dessous. C'est elle qui m'a donné envie de le découvrir...

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 05:23
Demande à la poussière / John Fante

Dieu Tout-Puissant, désolé mais maintenant je suis athée ; et d'abord est-ce que vous avez lu Nietzsche ? Ah, ce bouquin, quel bouquin ! Dieu Tout-Puissant, je vais jouer carte sur table avec vous. Je vais vous faire une proposition. Vous faites de moi un grand écrivain, je rejoins le sein de l'Eglise. Et s'il Vous plaît, Mon Dieu, encore un petit service : faites que ma mère soit heureuse...Amen

Il était trois heures du matin à peu près. Un matin incomparable : le bleu et le blanc des étoiles et du ciel étaient comme des couleurs du désert et je me suis arrêté pour les regarder tellement elles étaient douces et émouvantes ; à se demander comment c'était possible, pareille beauté...
Tout ce qui en moi était bon s'est mis à vibrer dans mon coeur à ce moment précis, tout ce que j'avais jamais espéré de l'existence et de son sens profond, obscur.

Nous sommes dans les années 30 en Californie. Les États-Unis sombrent dans la Grande Dépression. Mais les rêveurs se retrouvent tous à Los Angeles, la ville où tout est permis et où à défaut de fortune ou de bonheur, le soleil brille toute l'année. 

 

Le récit fait suite à "La route de Los Angeles". Le lecteur retrouve avec plaisir Arturo Bandini, l'alter ego de John Fante. Il a 20 ans et rêve toujours de devenir un Grand écrivain. Il vient tout juste de s'installer dans un hôtel miteux où la taulière n'accepte pas les juifs et le tolère à peine et de loin, lui le latino-américain beaucoup trop brun, car fils d'immigrés italiens. 

Il est plein d'espoir car sa nouvelle "Le Petit Chien Qui Riait" est enfin parue et lui a rapporté un peu d'argent...mais l'argent s'est envolé et a été trop vite dépensé !  Du coup il n'arrive pas à payer son loyer, crève de faim tout en mangeant des oranges, et attend que son éditeur l'appelle pour lui annoncer qu'une de ses autres nouvelles va être enfin publiée, mais le problème est que d'autres nouvelles il n'y en a pas ! Malgré l'admiration qu'il a pour son bienfaiteur, Monsieur Hackmuth (le directeur de publication) Arturo n'arrive plus à écrire.

Il comprend très vite que pour avoir quelque chose à raconter sur sa vieille machine à écrire,  il faut qu'il sorte et affronte la vie...et surtout les femmes. Alors il va errer sans but dans les rues recouvertes de la poussière du désert proche, entrer dans les bars, côtoyer ses semblables. 

 

Un soir, il va croiser sur son chemin la belle Camilla, une serveuse mexicaine pauvre qui ne sait pas lire, et il va lui déclarer sa flamme... à sa façon.  Il est puceau, elle ne le sait pas ; il fantasme sur les femmes latino et blondes, elle est brune ; il rêve de leurs étreintes, mais il tremble à leur approche quand il ne s'enfuit pas carrément.  Camilla en aime un autre, elle voudrait elle-aussi sortir de la pauvreté, mais sa rencontre avec Arturo va déranger ses plans et ses rêves.

De plus, elle est tellement impulsive qu'elle terrorise Arturo qui en devient balourd mais reste toujours aussi facétieux...et tellement maladroit qu'il en est touchant. Leur relation est très compliquée, tumultueuse et violente car ils ont en eux tous deux trop de fougue, d'orgueil, de préjugés, de haine, de passion et de sensibilité...

Quand j'étais môme au Colorado, c'étaient Smith, Parker et Jones qui me mortifiaient avec leurs noms horribles, qui m'appelaient Rital, Wop ou Macaroni ; c'étaient leurs enfants qui me faisaient du mal, tout comme je t'ai fait du mal ce soir...
J'ai vomi à lire leurs journaux, j'ai lu leur littérature, observé leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes, visité leurs musées.
Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle, alors ils me haïssent, moi et mon père et le père de mon père, et ils aimeraient rien tant que de me faire la peau et m'humilier encore...
alors quand je te traite de métèque ce n'est pas mon coeur qui parle mais cette vieille blessure qui m'élance encore, et j'ai honte de cette chose terrible que je t'ai faite, tu peux pas savoir.

Alors je me suis mis à la machine et j'ai écrit sur tout ça, comment ça aurait dû être, ce qui aurait dû se passer, et je crachais ça en martelant les touches avec une telle violence que la machine n'arrêtait pas de s'éloigner de moi sur la table.

J'ai retrouvé avec grand plaisir le style empli d'humour, teinté d'un cynisme certain de l'auteur.  J'aime aussi sa rage de vivre !

Il n'a pas son pareil pour transformer le réel, décrire de manière poétique des moments dramatiques, raconter la vie quotidienne de ces personnes si pauvres mais éperdues du désir d'être enfin reconnues comme de véritables citoyens américains. La blessure du racisme n'est jamais bien loin dans les écrits de John Fante. 

 

Le récit est intense, tantôt passionné, tantôt empli de sensibilité et Arturo personnage central toujours à vif, tant il est sensible, tantôt loufoque, toujours tourmenté mais capable d'auto-dérision, est toujours terriblement émouvant...et attachant. 

 

Encore un livre "écrit avec les tripes et le cœur" comme le disait de l'auteur, Charles Bukowski qui en a rédigé la préface, préface également  présente dans l'édition ci-dessous dont je vous ai déjà parlé qui regroupe les trois romans que je vous ai présenté à ce jour... 

John Fante / Christian Bourgois Éditeur volume 1

John Fante / Christian Bourgois Éditeur volume 1

"Demande à la poussière", "Ask the Dust" sous son titre original a été publié pour la première fois en 1939 par l'éditeur américain Stackpole qui fut poursuivi en justice par Adolf Hitler pour avoir publié une traduction anglaise de Mein Kampf sans autorisation. A la suite de quoi l'éditeur perdit le procès et fit faillite ce qui entraîna, l'échec commercial du roman de Fante. 

Ce titre sera publié à nouveau en 1980 puis traduit en français et découvert par le public francophone en 1986. Un film au titre éponyme, tiré du roman,  est sorti en 2006. 

"Demande à la poussière"est considéré aujourd'hui comme faisant partie des deux meilleurs romans écrits sur Los Angeles, tant la ville y est présente et un personnage à part entière, avec "L'incendie de Los Angeles" (que je n'ai jamais lu) titre original"The Day of the Locust" de Nathanael West qui a lui aussi donné lieu à une adaptation cinématographique sous le titre "Le jour du fléau". Peut-être les cinéphiles le connaissent-ils ?

Los Angeles, donne-toi un peu à moi ! Los Angeles viens à moi comme je suis venu à toi, les pieds sur tes rues, ma jolie ville je t'ai tant aimée, triste fleur dans le sable, ma jolie ville.

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 05:22
Collection 10/18 2002

Collection 10/18 2002

Le vieil homme que je suis ne peut aujourd’hui évoquer ce livre sans perdre sa trace dans le passé. Parfois, avant de m'endormir, une phrase, un paragraphe, un personnage de cette oeuvre de jeunesse m'obsède : alors, dans une sorte de rêve les mots émergent et tissent autour de cette vision le souvenir mélodieux d'une lointaine chambre à coucher du Colorado...

Arturo détestait cette période, car il pouvait oublier sa pauvreté si les autres ne la lui rappelaient pas : chaque Noël était semblable, aussi désespéré que le précédent...

Poursuivons si vous le voulez bien, la découverte des œuvres de John Fante...

Le lecteur retrouve le jeune Arturo Bandini durant son adolescence. Il a 14 ans et vit dans une petite ville du Colorado. Donc le roman se situe chronologiquement avant "La route de Los Angeles" bien qu'il ait été écrit par l'auteur, après. 

 

Arturo nous conte son enfance au milieu de sa fratrie, ses jeux avec ses deux frères, August et Frederico, ses taquineries parfois violentes (c'est lui l'aîné) et sa vie quotidienne. Tous trois vont dans une école catholique où ils vivent leur vie de jeunes garçons bien que rien chez eux ne se passe comme chez les autres.

Arturo est empli de contradiction : il aime sa mère et adule son père, tout en les détestant. Il s'en prend à la bigoterie excessive de sa mère et tremble devant son  père, ce héros dont il a si peur...

A l'école, il est souvent puni ce qui occasionne encore plus de rejet du côté de ses camarades. Il souffre en particulier que la jolie Rosa, italienne comme lui, repousse ses avances et n'accepte pas de lui parler. Il est prêt à tout pour lui prouver son amour, même à voler sa propre mère qui ne possède pas grand chose pourtant. 

 

Maria, la mère est toute douceur et résignation. Entre deux repas, qu'elle organise comme elle peut, vu que le ménage vit à crédit, elle passe le temps en déroulant son chapelet, tout en regardant par la fenêtre et en rêvant à des jours meilleurs : elle remet sa vie entre les mains de Dieu, ce qu'Arturo ne supporte pas !

Il ne supporte pas non plus que les autres la considère comme une "pauvre créature". Cela l'obsède, l'attriste, le révolte...

Svevo, le père s'ennuie en famille et va au bar, jouer aux cartes et boire un verre, tout en attendant la fin de l'hiver qui l'empêche d’exercer son métier de maçon au-dehors. Excessif, il ne supporte pas la pauvreté et ne se résigne pas à son sort, voulant appartenir coûte que coûte à l'Amérique, se sentant américain plus qu'italien et ne comprenant pas pourquoi ce pays ne l'accepte pas avec tout ce qu'il a fait pour lui. 

 

L'argent manque cruellement mais encore plus durant cette période de l'année, proche de noël, que tous détestent car ils savent bien que ce noël sera comme les précédents, qu'ils rêveront devant les vitrines, à des cadeaux que jamais ils n'auront...

 

Un soir où le père a rejoint son ami Rocco, il ne revient pas à la maison. Svevo est soupçonné de fréquenter une des riches veuves de la ville pour qui il a travaillé occasionnellement...

Très vite, la nouvelle se répand dans la petite communauté et la mère tombe alors dans une terrible dépression : les trois garçons doivent à présent se débrouiller complètement seuls...

Dire qu'il était venu ici pour essayer de ramener son père à la maison ! Il avait donc perdu la tête. Pour rien au monde, il n'aurait profané l'image de son père rayonnant dans la splendeur de ce nouveau monde. Sa mère devrait souffrir ; ses frères et lui-même auraient faim. Mais leur sacrifice serait récompensé. Ah, quelle vision merveilleuse ! Comme il dégringolait au bas de la colline, bondissant sur la route et lançant parfois une pierre dans le ravin, son esprit se nourrissait voracement de la scène qu'il venait de contempler.
Mais un seul regard au visage émacié et ravagé de sa mère plongée dans un sommeil qui n'apportait aucun repos suffit à ranimer la haine qu'il éprouvait pour son père

Dans ce roman en partie autobiographique, John Fante décrit son adolescence au plus près de la réalité et, parce que le lecteur sait que la plupart des événements ont été réellement vécus par l'auteur durant son enfance, il est d'autant plus émouvant.

Ainsi John Fante a réellement vu ses parents se séparer, son père étant parti avec une autre femme ; il a réellement connu la pauvreté, le rejet des autres enfants de son âge, même de ceux issus de l'immigration. 

Le jeune Arturo n'a plus que ses rêves pour échapper à une réalité qui le dépasse. C'est un adolescent torturé mais à la sensibilité à fleur de peau.

 

John Fante nous livre encore ici un roman empli de tendresse mais aussi de cruauté. Rien n'est épargné au jeune Arturo Bandini, l'alter égo de John Fante ! 

Mais l'humour décapant de l'auteur, son talent pour nous émouvoir à travers des situations réalistes et sans pathos, ne pourra laisser le lecteur indifférent.

 

C'est  un  roman de John Fante que j'ai découvert avec plaisir car je ne l'avais jamais lu. Écrit avec simplicité et sans fioriture, il nous décrit la vie des immigrés italiens du début du XXe siècle et la difficulté pour eux de s'intégrer dans une Amérique qui ne veut définitivement pas d'eux. 

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 05:16
Gallmeister, 2019

Gallmeister, 2019

C'est ce qu'il a toujours aimé, ces instants de pureté, trouver des criques isolées en bateau, personne d'autre dans les parages, ou marcher loin en bordure de rivière, sans suivre un sentier, et trouver un bassin profond où les steelheads n'ont encore jamais été pêchées. Le silence de ces lieux.

Voici un livre-choc dont on ne peut sortir indemne surtout lorsqu'on sait que l'auteur s'est largement inspiré de sa propre vie. 
En effet dans ce roman, David Vann revisite l'histoire de sa famille en imaginant les trois derniers jours qui ont précédé le suicide de son propre père, James (Jim) survenu en 1980, alors qu'il n'avait que 13 ans. 

 

Dépressif, bipolaire, Jim alterne entre déprime, fatigue intense et euphorie durant laquelle il délire... Il a eu une belle vie, facile et aisée, ayant bien gagné sa vie comme dentiste. Mais maintenant qu'il a atteint la quarantaine, rien de va plus et il ressasse ses échecs, en particulier ses deux divorces, et ne s'en relève plus.

Aucun traitement n'arrive à le soulager de cette douleur qui paralyse ses nuits, l'empêchant de trouver le sommeil ce qui déjà en soi, pourrait rendre fou n'importe qui. Il refuse d'être interné ce qui serait l'unique solution pour le protéger et le soigner. 

Il informe d'ailleurs tous ses proches de ses intentions d'en finir...

Pourtant il aime profondément ses enfants et sa famille, mais il ne se remet pas de se retrouver encore une fois délaissé par sa compagne. Il ne veut plus faire semblant.

Pourquoi n'a-t-il jamais pu garder une femme auprès de lui ?

Qu'est-ce qui cloche dans sa vie ?

 

Retiré depuis quelques mois en Alaska, nous le découvrons alors qu'il a accepté de venir en Californie, passer un "dernier" séjour auprès des siens, de revoir ses enfants, de consulter un psy et de se laisser protéger par Doug son frère cadet qui a pour consigne de ne jamais le laisser seul.

Mais ce n'est pas du tout facile pour Doug qui se retrouve tellement impuissant à l'aider et il en est de même de leurs propres parents.

Doug cherche à lui rappeler les bons moments de leur enfance. Il lui retire son arme, que Jim porte toujours avec lui, l'emmène voir ses enfants et ses amis. 

Comme tous, Doug est en fait dans le déni, pensant improbable que Jim passe à l'acte. Mais à travers Jim et son désir de mort, tous seront confrontés à leurs propres angoisses et à leurs propres doutes...et comme tous les êtres humains, ils n'aimeront pas du tout être confrontés à leurs propres faiblesses.

Dans ce moment de vulnérabilité, Jim va devoir s'occuper de chaque membre de sa famille. Il va devoir rassurer, mais que pourrait-il y avoir d'autre que le déni en guise de réconfort ?

Il éprouve ce sentiment constant que s'il pouvait dire non correctement, le monde s'arrêterait. Les oiseaux figés dans le ciel, l'eau qui ne coulerait plus...

Encore une fois l'auteur nous laisse dévasté par cette lecture poignante et oppressante. L'immersion dans le désespoir de Jim et l'impuissance de ses proches ne peut que nous toucher en plein cœur.

Je me suis demandée à un moment donné, si j'allais poursuivre ma lecture, mais l'auteur écrit tellement bien qu'à quelque part nous voulons, comme lui, comprendre comment un père peut abandonner ainsi ses enfants alors qu'il les aime tant, ou justement parce qu'il n'y arrive plus et...qu'il les aime tant.

Nous voyons l'inéluctable arriver tout en sachant que personne ne pouvait savoir jusqu'au bout que cela allait réellement se produire, ni quand, ni où, ni comment...Le suspense est d'ailleurs bien présent car dans son délire, Jim a des envies de meurtres et on se demande aussi, si avant de se suicider, il ne va pas mettre ses menaces à exécution. 

 

L'histoire est racontée comme dans un roman sans que l'auteur n'emploie le "je" ce qui ne nous rend pas plus facile la prise de distance. Il ne prend pas partie, il ne juge pas son père. 

Chaque fois qu'il parle du petit David, âgé de 13 ans, donc de lui-même,  qui a refusé d'aller vivre un an avec son père en Alaska, (en vrai et dans le roman) on sent bien que la culpabilité n'est jamais bien loin. 

 

Ce livre est aussi une bonne occasion pour l'auteur de dire clairement que si le port d'arme n'était pas autorisé aux Etats-Unis, ce drame n'aurait jamais eu lieu. 

 

A lire quand on est en forme car évidemment malgré l'écriture superbe et tellement intense de David Vann, je ne peux pas vous dire que j'ai "aimé" ce roman...car comment "aimer" une telle histoire.

J'espère que l'écriture a été un bon exutoire pour l'auteur et lui a permis d'accepter ce drame et de pardonner à son père d'avoir commis un tel acte.

Le sujet est très dur et je réalise en écrivant ces lignes, que moi-aussi finalement je suis dans le déni, je n'ai pas envie de croire que de telles pensées puissent traverser un être humain.

Je plains de tout mon cœur ceux qui ne voient plus autour d'eux le bonheur qui pourtant est à leur porte, tellement la maladie les fait souffrir et les oblige à ne se centrer que sur leur propre personne.

A découvrir donc, si le cœur vous en dit...

David Vann est un grand auteur que je ne me lasse pas de lire malgré la dureté de ses écrits. C'est ainsi ! 

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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 05:15
10/18, 2002

10/18, 2002

Les journées étaient toutes semblables, le soleil doré jetait ses derniers feux avant de mourir. J'étais toujours seul. J'avais du mal à me rappeler semblable monotonie. Les jours refusaient de bouger...

Voilà un certain temps que je voulais lire les œuvres complètes de John Fante, un auteur que j'avais découvert dans les années 90 et beaucoup aimé à l'époque. J'ai décidé de profiter de l'été pour commencer mes lectures...

Né en 1909, à Denver, dans le Colorado, il aurait eu 110 ans cette année. Ses parents sont des immigrés italiens originaires des Abruzzes. Le jeune John Fante commence à écrire des nouvelles alors qu'il n'a que 20 ans...

En 1932, H.L.Mencken publie une de ses œuvres dans l'American Mercury, un magazine prestigieux qu'il dirige. Pendant vingt ans tous deux vont régulièrement correspondre alors qu'ils ne se rencontreront jamais. 

De 1935 à 1966, John Fante participe à la rédaction de scénarios d'une dizaine de films dans les studios d'Hollywood. 

En parallèle, il écrit et publie des romans dans lesquels il se raconte et décrit la vie familiale des immigrés italiens pauvres de seconde génération. Il raconte aussi sa vie à Hollywood et les dégâts provoqués par l'argent facile...

 

Lire John Fante c'est donc entrer dans l'histoire des Etats-Unis du début du 20ème siècle et en découvrir les excès, vus à travers le regard d'un fils d'immigrés. 

Les principaux romans de John Fante ont été réédités chez Christian Bourgois Éditeur, en deux recueils classés de façon chronologique d'écriture (et non pas de parution) ce que je trouve très intéressant pour suivre l'évolution de l'auteur...

Le premier recueil est préfacé par Charles Bukowski et sa postface est de Philippe Garnier et Charles Bukowski. Brice Matthieussent a traduit de l'anglais le recueil et écrit l'introduction générale en 1994...

Le premier recueil. Christian Bourgois Editeur, 2013

Le premier recueil. Christian Bourgois Editeur, 2013

"La route de Los Angeles" que je vous présente aujourd'hui, commencé en 1933, puis repris et terminé en 1936, n'a jamais trouvé preneur : les éditeurs américains de l'époque le trouvaient trop provoquant et de "mauvais goût". C'est le premier roman écrit par l'auteur, un roman de jeunesse imparfait qui n'a été publié qu'en 1985 en Amérique (1987 en France) soit deux ans après la mort de l'auteur. Le manuscrit a été découvert par sa femme, caché dans un tiroir fermé à clef.

Je ne l'avais jamais lu et je l'ai trouvé particulièrement percutant, mais je vous déconseille de commencer par celui-ci, si vous découvrez l'auteur pour la première fois. 

 

Dans ce roman très cru, semi-autobiographique, John Fante nous présente son alter égo imaginaire, Arturo Bandini que l'on retrouvera dans trois autres de ses œuvres. 

 

C'est un tout jeune homme (18 ans) qui vit à Wilmington en Californie avec sa famille. Il fantasme toute la journée parfois jusqu'au délire, rêve de belles voitures et de belles femmes qu'il surnomme ses "femmes". Elles sont réelles ou entrevues sur papier glacé, mais tellement belles et lui apportent un peu de l'affection dont il a tant besoin pour vivre et rompre sa solitude.  

Misogyne, il s'en prend avec beaucoup de violence verbale à sa mère, tellement bigote qu'elle passe son temps à prier devant sa fenêtre, et sa sœur aînée qui passe son temps à l'église. Ce qu'il ne supporte pas c'est qu'elles lui fassent la moindre remarque,  que ce soit à propos de son comportement, de sa tenue, ou de ses projets : il est en révolte permanente, toujours prêt à exploser. 

En plus de cette violence verbale, il est provocateur, voleur à l'occasion et menteur !

Par exemple, il va même jusqu'à affirmer que sa mère est mourante pour justifier un retard à son travail...

 

Depuis que le père est mort c'est Arturo qui doit amener de l'argent à la maison. Il multiplie les petits boulots, devenant terrassier, plongeur, débardeur, employé dans une épicerie, et ne les garde jamais bien longtemps parce que au-delà de tous les fantasmes ordinaires de ce jeune garçon passionné et empli de rage, celui pour lequel il se bat quoi qu'il advienne, c'est celui qu'il concrétisera plus tard : devenir écrivain. En attendant ce jour lointain, tout le monde se moque de lui et son oncle Franck est bien obligé de les aider financièrement...

Et Arturo (John dans la vraie vie...), pendant ce temps, fréquente assidûment la médiathèque (il est amoureux de Miss Hopkins, la bibliothécaire), emprunte Nietzsche, s'installe dans un parc pour lire tranquillement, philosophe, se prend pour Zarathoustra...

 

Cette violence qu'il ressent au quotidien, cette impossibilité qu'il a de s'intégrer vraiment dans le pays d'accueil, il faut qu'elle sorte de lui-même sous peine de l'étouffer. Il explose par moment et délire seul face à toute cette injustice : cela donne dans le roman, des scènes d'une grande violence durant lesquelles Arturo se déchaîne en trucidant des crabes, ou des fourmis...il devient alors le maître du monde, un surhomme qui réussit toutes ses entreprises ! Mais sa violence s'exprime aussi verbalement, comme nous l'avons vu envers sa famille, mais aussi lorsqu'il s'en prend aux immigrés philippins qui travaillent avec lui à la conserverie de poissons et ont osé se moquer de lui...

 

Un soir, il va se disputer plus violemment que d’habitude avec sa famille...

Chez Jim.
J'ai commandé des œufs au jambon. Pendant que je mangeais, Jim parlait.
"-Tu lis tout le temps, il m'a dit. T'as jamais essayé d'écrire un livre ?"
-Ça fait tilt. Dès cet instant j'ai voulu devenir écrivain.
"J'en écris un en ce moment même", j'ai dit.
Il a voulu savoir quel genre de livre.
"Ma prose n'est pas à vendre, j'ai répondu. J'écris pour la postérité.
- J'ignorais ça, il a fait. T'écris quoi ? Des nouvelles ? Ou de la fiction pure ?
- Les deux. J'suis ambidextre..."

Ce roman de jeunesse qui a choqué les éditeurs des  années 30, ne dresse pas un portrait très flatteur de l'Amérique...ce pays d'accueil qui a tant fait rêver les hommes. Il ne montre pas non plus les ritals (et les hommes) sous leur meilleur jour.

 

Arturo est l'anti-héros par excellence, roublard, vantard, détestable, susceptible et extrêmement raciste. Il n'hésite pas à insulter ses collègues de travail qui sont pourtant dans la même galère que lui. Il ne veut surtout pas s'intégrer et être assimilé à eux, même quand on lui tend la main alors qu'en fait il ne rêve que de devenir un véritable américain. 

Au delà de ce personnage dépeint par l'auteur, tourmenté, désespéré et tellement vantard que s'en est souvent amusant (le bel italien par excellence), le lecteur comprend qu'Arturo est plein de rage car il ne supporte plus la pauvreté, le mépris des autres envers sa famille, qu'il ne supporte plus sa condition de rital immigré dans un pays où tout est fait pour les américains, qu'il ne sait pas comment supporter autrement son existence sans avenir, ni espoir d'une vie meilleure et cette solitude qui le submerge et provoque cette émotion à fleur de peau qui déborde chez lui mais nous submerge aussi nous lecteurs...sans prévenir.

 

Au milieu de cette rage qui étouffe le jeune Arturo, des élans de tendresse font pressentir au lecteur que l'auteur est lui-même un être multiple, hypersensible et plein de rage, un être capable de tous les excès et de toutes les passions...ce que nous découvrirons en poursuivant la lecture de ses œuvres. 

Malgré la violence de certains passages, le côté "vilain garçon" d'Arturo et la façon très crue qu'il a de s'en prendre au monde qui l'entoure,  l'auteur distille dans ses pages de beaux passages tantôt émouvants, tantôt drôles et cela donne envie de continuer à le lire...

L'idée même de la prière m'a paru absurde et j'allais abandonner quand brusquement j'ai trouvé la solution de mon problème : je ne devais pas adresser ma prière à Dieu ni à personne, mais tout simplement à moi-même.
"Arturo, mon pote. Mon Arturo bien aimé. Tu souffres apparemment beaucoup, et injustement. Mais tu es courageux, Arturo...
Quelle noblesse ! Quelle beauté ! Ah, Arturo, tu es tout bonnement magnifique..."

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 05:23
Albin Michel / Collection Wiz, 2010, 2014

Albin Michel / Collection Wiz, 2010, 2014

Dans le bleu, nous étions des oies des neiges et nous volions.
De grandes belles oies à plumes blanches mêlées à une volée d'autres oies. Nous volions en formant un V, nos longs cous tendus et nos yeux pareils à des fentes dans nos étranges têtes couvertes de plumes blanches. Et nos ailes !

Au lieu de murmurer "C'est super, papa !" ou "Waouh,papa !", je reste silencieuse.
C'est drôle comme plus une personne parle, moins elle en dit.
Il y a tellement de non-dits entre nous-comme maman, la collision, l'incident de Yarrow Lake. Nous sommes tels deux aveugles se cherchant l'un l'autre dans le noir, sans parvenir à se trouver.

Voilà, un roman pour adolescents qui aborde le problème du deuil et de la difficile reconstruction après un accident.

 

Jenna, 15 ans, se trouve avec sa mère dans la voiture lorsqu'en franchissant le pont de Tappan Zee, cette dernière heurte de plein fouet le parapet, puis le camion qui arrive en face d'elles...

Sa mère et le chauffeur du camion meurent sur le coup. Quand elle se réveille, Jenna bien entendu ne se rappelle plus de rien. Elle a juste l'impression que tout est de sa faute.

Elle entre alors dans une difficile phase de reconstruction, les soins durant son hospitalisation, les visites de ses amis et de sa famille,  et puis la longue rééducation, avec les douleurs atroces, les encouragements de son entourage et du personnel médical, et aussi la volonté qui parfois lui fait défaut. Elle devra accepter la disparition de sa mère, mais aussi les manques de son propre corps qui ne répond plus à sa volonté. 

 

Le plus difficile pour elle, va être de sortir de ce qu'elle appelle "le bleu", car, ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle "plane" à cause des médicaments anti-douleurs dont elle va devoir se sevrer un jour...

Elle culpabilise et croit que l'accident a eu lieu à cause d'elle. Elle en est sûre il y avait quelque chose au milieu du pont, elle était en train de mettre un CD dans le lecteur et celui-ci ne voulait pas fonctionner. A-t-elle comme elle le croit attrapé le volant de la voiture pour que sa mère l'évite ? Ou bien, a-t-elle crié quand elle a vu cette chose vivante devant la voiture ? Tout cela est très confus, d'autant plus que la mémoire lui fait défaut comme c'est souvent le cas suite à un accident...

 

Mais voilà qu'en plus de tout le reste. Son père qu'elle n'a pas revu depuis des années, veut qu'elle parte vivre avec lui. C'est trop lui en demander ! C'est finalement chez sa tante Caroline, la sœur de sa mère, qu'elle va tenter de se reconstruire...

Mais malgré la famille aimante qui l'attend, elle ne sait pas où elle en est, se sent seule et incomprise, ne s'adapte pas à son nouveau lycée, ni à ses nouveaux professeurs. Elle se replie de plus en plus sur elle-même jusqu'à ce jour où elle va croiser Trina, une adolescente perturbée qui va lui faire faire de très mauvaises rencontres. Parce qu'avec elle, elle n'a pas besoin de parler, de raconter ce qui lui est arrivé, qu'on l'accepte dans le groupe comme elle est, elle va peu à peu accepter de boire, de se droguer, de faire l'école buissonnière et même de fuguer le soir pendant que sa tante et son oncle dorment...

Réagira-t-elle à temps ?

Saura-t-elle saisir la main tendue par Gabriel ?

Est-elle obligée de se détruire pour trouver le chemin de sa reconstruction ?

Voilà un roman pour ado très réaliste... 

L'auteur analyse avec beaucoup de finesse psychologique, le ressenti de cette jeune fille perdue, qui ne veut pas que les autres aient pitié d'elle, mais qui n'arrive pas pour autant à vaincre ses angoisses toute seule, ni à parler de ses problèmes y compris avec une psy ou sa famille.

L'auteur montre la difficulté de se reconstruire après un drame familial, un accident où on est le seul survivant, quand en plus de la souffrance, se mêle le sentiment de culpabilité.  

Le roman montre bien à quel point quand on est aussi fragile, c'est difficile de s'en sortir sans aide. Jenna a perdu tout discernement. Elle est devenue tellement vulnérable qu'elle ne se rend pas compte que Trina se sert d'elle pour arriver à ses fins, et que si c'était une véritable amie, elle ne l’entraînerait pas à commettre des actes graves...

 

Le sujet est fort, le ton de l'auteur toujours juste. Les personnages sont décrits avec beaucoup de finesse psychologique, y compris les personnages secondaires.

Pour moi qui suis adulte, ce roman est très prévisible, mais pour un ado, voir la descente aux enfers de Jenna et ses conséquences, peut faire réfléchir sur les conduites à risque que les jeunes ont parfois, en particulier, quand Jenna devient amie avec la sulfureuse Trina qui l'emmène dans des soirées où se trouvent non seulement des garçons plus âgés, mais également de l'alcool et de la drogue... 

Il faut atteindre la toute fin pour trouver un peu de positif. 

Ce livre, je l'espère, pourra aider un ado qui vit ce genre de situation traumatisante, à s'en sortir...

Tu vois, tu marches comme moi, comme si tu avançais sur une fine couche de glace.

...je me souvenais : "après l'accident", pas question de me remettre à aimer quelqu'un.
Pourquoi ? Parce qu'ils s'éloignent à tire-d'aile, vous laissant seule.
Trop risqué.

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 06:25
Rageot, 2019

Rageot, 2019

La magie ne prend pas toujours la forme de mots, de chaudrons brassant des épices ou de chats noirs arpentant de sombres ruelles. Certaines malédictions prennent leur source dans le désir ou l'injustice...

Voici un roman pour adolescents, que je viens de recevoir grâce à une Masse Critique exceptionnelle de Babelio. Je l'ai lu dans la foulée, tant il est prenant ! En effet, quand on commence à lire les premières lignes, on ne peut plus le lâcher... 

C'est un premier roman et il a été traduit de l'américain par Lilas Nord.

 

Comme tout bon roman fantastique, nous sommes tout au long de l'histoire, dans la vie réelle et dans la petite ville (fictive ?) de Sparrow que l'auteur situe en Orégon. C'est une petite ville tranquille dont le seul défaut est que ses habitants n'ont jamais aimé les étrangers. Peu à peu, le lecteur va découvrir des éléments anormaux et mystérieux qui chamboulent la vie quotidienne des personnages. 

 

Il y a deux siècles en effet, trois jeunes filles considérées comme des sorcières ont été sauvagement noyées dans le port, des pierres accrochées à leurs chevilles. Elles étaient belles, intelligentes, féministes avant l'heure, donc différentes. Elles s'intéressaient aux plantes et étaient arrivées-là, pour ouvrir une boutique de parfum. Il n'en fallait pas plus pour que Marguerite, Aurora, et Hazel Swan soient condamnées, d'autant plus qu'Hazel, la plus jeune, avait eu le malheur de tomber amoureuse d'un garçon de la région...

 

Depuis, elles reviennent toutes les trois se venger chaque été, pendant trois semaines. Elles emmènent au fond des eaux, trois jeunes hommes innocents ayant succombé à leur charme...

Mais est-ce seulement une question de vengeance ?

En tous les cas Penny Tabolt en est persuadée !  Si elles viennent chaque année, s'installer dans le corps d'une jeune fille pour mieux charmer un jeune de la région, c'est par pure vengeance. 

 

Aussi, lorsque Penny croise sur le port le charmant Bo, dont elle tombe immédiatement amoureuse, elle n'a plus qu'une idée en tête, l'éloigner de ce lieu maléfique et l'emmener avec elle sur l'île Lumière, où elle vit seule avec sa mère, dépressive depuis que le père a mystérieusement disparu.

 

De nombreux touristes, avides de sensations fortes et de spectacles morbides, arrivent par bateaux entiers, dès le 1er juin, début de la Swan Season,  et envahissent la petite ville pendant trois semaines, attendant que retentisse la cloche de la marina de Sparrow, annonçant qu'un nouveau noyé a été découvert dans les eaux du port... 

 

Bo est-il venu-là par hasard, comme il le prétend ?

Cette malédiction, que les habitants supportent depuis deux cent ans, peut-elle être brisée ?

Depuis les eaux noires du port, leur chant infiltre les rêves, imprègne l'herbe cassante qui pousse le long de falaises escarpées et les maisons qui pourrissent. Il s'installe au coeur des rochers supportant le phare ; il flotte et tournoie dans l'air jusqu’à ce qu'on ne puisse plus goûter et respirer que lui.
Voilà ce qui tire les plus fragiles de leur sommeil, ce qui les pousse à sortir de leur lit et les appelle jusqu'à la rive...

Il y a des choses que j'aime chez lui_non, ce n'est pas ça. Ça ne vient pas vraiment de lui. C'est moi. J'aime ce que je ressens auprès de lui. Le fait d'être soulagée par sa présence. Avec lui, le bourdonnement constant qui accompagne mes pensées, la douleur dans ma poitrine, s'atténuent...

Il voit la même chose en moi : un abîme de secrets si vaste, si profond, si infini qu'il suinte par les pores de ma peau. Nous les portons tous les deux. Un signe sur notre peau...
Peut-être que seuls ceux qui portent des cicatrices semblables peuvent les reconnaître chez les autres.

Voilà un roman fantastique qui ne manque pas d'originalité. Le lecteur est envoûté par l'histoire entre magie, malédiction et sorcellerie, amour, trahison et vengeance, et en tous les cas, empreinte de mystère et d'émotion.

 

Le roman est construit comme un thriller ! Il y a du suspense et le lecteur ne devine que peu à peu la vérité, et ce que cache chacun des personnages. Bien entendu, je ne vous dirai pas tout, ni non plus, quand exactement lors de ma lecture, j'ai tout compris !

 

De nombreux flash-back nous ramènent deux cent ans en arrière, auprès des trois sœurs. Puis nous revenons à la réalité, enfin, à ce que nous pensons être la réalité, et passons beaucoup de temps sur l'île Lumière, ou dans la petite ville portuaire à partager la vie quotidienne de Penny. 

 

J'ai aimé ces retours vers le passé, mais aussi le contraste entre l'angoisse qui envahit les habitants à l'approche de cette période de l'année, et le fait que les ados ont parfaitement su vaincre leurs peurs, en transformant cette malédiction annuelle, en fête. 

J'ai aimé aussi la façon dont Penny est attachée à cette île qu'elle ne veut pas quitter, alors qu'autour d'elle toutes ses amies ne rêvent que de ça. 

 

C'est aussi une belle histoire d'amour impossible, car basée sur des mensonges, mais intense et riche en émotions, et aussi une histoire de secrets, ceux que l'on garde au fond de soi et qu'on ne veut surtout pas révéler de peur de perdre ceux qu'on aime, ou qui nous aiment.

 

Un roman qui plaira beaucoup aux ados, j'en suis certaine et  qui ne peut que leur donner envie de lire...et d'aimer ! 

Le côté fantastique est si léger qu'il ne dérangera pas ceux qui n'aiment pas ce style de lecture car le lecteur est immergé dans ce cadre exceptionnel et mystérieux. Qu'il croit ou non aux légendes ou aux sorcières, il sera pris au piège dès la lecture des premiers mots... 

Mais il vous faudra patienter jusqu'au 23 avril prochain pour le trouver en librairie. Et oui, je l'ai lu vraiment en avant-première celui-là !

Pour info et pour les fans, les droits audio du roman ont déjà été vendus à Netflix...

 

Merci à Babelio et à l'éditeur pour leur confiance... 

tous les livres sur Babelio.com

Mais la magie n'avance pas en ligne droite. Elle nait de la haine. De l'amour. De la vengeance.

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18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 06:15
Quai Voltaire, La Table Ronde, 2016 /

Quai Voltaire, La Table Ronde, 2016 /

James Goodenough était un homme raisonnable, mais les pommes étaient sa faiblesse. Elles l'étaient depuis son enfance, quand sa mère le gâtait en lui donnant à croquer une pomme sucrée. Cette saveur était rare, car le sucre proprement dit coûtait cher...

...tout était prêt pour une journée de combat contre le Black Swamp. On vivait pas grâce à cette terre, non : on était en vie malgré elle. Cette terre cherchait à avoir notre peau., que ce soit avec les moustiques, la fièvre, la boue, l’humidité, la chaleur ou le froid.

En 1838, la famille Goodenough s’installe sur les terres hostiles et marécageuses du Black Swamp dans l’Ohio. 
James, le père, tente d’y cultiver des pommiers, mais chaque année de nouveaux arbres meurent, les racines asphyxiées par le trop-plein d'humidité.

Son rêve est de faire pousser d’autres variétés que les traditionnels pommiers à cidre cultivés dans la région. Il a d'ailleurs ramené avec lui du Connecticut, sa région natale, les graines d’un pommier qui donne des fruits sucrés et doux : les reinettes dorées.

Mais ces pommiers produisent moins de fruits et Sadie, la mère, se révolte contre l'obsession de son mari et son désir de vouloir à tous prix, greffer les pommiers à cidre pour qu'ils produisent des pommes à couteau.

Tous deux se disputent sans cesse à propos du verger et la violence et l'incompréhension s'installent dans le couple.


La famille est très pauvre mais souffre aussi beaucoup car la fièvre des marais emporte les enfants les uns après les autres. Sadie parle d'ailleurs souvent à ses cinq enfants disparus et, pour oublier l'ennui de sa vie quotidienne, elle boit trop. Elle fait trimer les enfants sans relâche, quand elle ne les frappe pas. La vie est rude, mais il faut trouver tous les jours de quoi nourrir la famille et se chauffer un peu pendant l'hiver. 


Ils n'ont pas beaucoup de visites, ni de distractions et vivent plutôt isolés du monde et des voisins les plus proches. Seul John Chapman arrive par la rivière sur son canoë : en fait, il passe les voir surtout pour vendre ses plants de pommiers, et évidemment tous se font avoir et s'endettent pour plusieurs années. 

Avec lui, Sadie peut discuter de tout et grâce à lui, elle peut avoir de l'eau de vie et du cidre en abondance, en échange de leur récolte de pommes ce qui n'arrange rien à la situation familiale.  


Quinze ans plus tard, la misère est toujours là, la famille se déchire et le drame éclate...

Robert s’enfuit alors de la ferme pour aller vers l’ouest. Il mène une vie d’aventurier, devenant tour à tour chercheur d’or, garçon de ferme, mineur, puis récolteur de plants en Californie, pour le compte de William Lobb. Celui-ci prélève en particulier des pousses de séquoias géants et les expédie en Europe. Robert est subjugué par ces arbres gigantesques et retrouve auprès d'eux un peu de son enfance et de la passion de son père. 


Régulièrement, parce qu'il n'oublie pas pour autant sa famille, Robert leur écrit espérant qu'après toutes ces années, il y a des survivants, mais il ne reçoit jamais aucune réponse en retour.
Ce qu’il ignore, c’est que sa jeune sœur Martha est sur ses traces et qu’elle aussi le recherche. Elle a un lourd secret à partager avec lui...

Au cours de ses voyages, Robert avait vu beaucoup de choses qui lui avait causé une souffrance au fond de la poitrine, comme une écharde de tristesse s'enfonçant dans son cœur : la grande prairie qui s'étendait à perte de vue ; un orme solitaire qui faisait que le ciel derrière semblait le plus bleu qu'il ait jamais contemplé ; une tornade dansant sur l'horizon gris-vert ; des cimes enneigées suspendues au-dessus de sa tête tels des triangles blancs. Le spectacle sous ses yeux appartenait à une autre catégorie.
Deux arbres énormes se dressaient de chaque côté de la piste...

Il revint sur ses pas, s'assit au bord de la falaise et contempla l'océan pendant plus d'une heure.
...
Il était arrivé aux confins du pays et se trouvait aussi loin de l'Ohio qu'il pourrait jamais l'être : impossible de pousser plus avant. La pensée de devoir se retourner pour regarder vers l'est l'emplissait d'une telle mauvaise conscience et d'un tel désespoir qu'il en avait des haut-le-coeur.

L'auteur nous livre ici à la fois une fresque sombre et un bel hommage. En décrivant sans concession l’histoire de cette famille de pionnier, il nous plonge dans l'ambiance particulière de leur rude vie quotidienne. Le lecteur croise des personnages authentiques, mutiques et durs, mais pugnaces et solides comme la nature qui les entoure.

 

La romancière aime les détails et les objets. Ici aussi comme dans ses précédents romans, un précieux quilt suit la famille dans son voyage, maintenant entre ses différentes membres , un lien ténu mais précieux. Il devient le témoin des années qui passent. De ravaudage en ravaudage, il traversera ainsi le pays et le temps.

 

Le lecteur s'immerge dans l'histoire de cette famille sans se forcer. D'autant plus que dans la première partie, la parole est donnée alternativement aux deux parents. 

J'ai apprécié les passages où l'auteur décrit la nature rude et sauvage, les forêts gigantesques, les grands espaces.  

Des femmes et des hommes ont eu le courage de vivre dans cette nature qui ne leur faisait pas de cadeaux, mais qui interroge sans cesse l'homme, sur sa véritable place...

 

Voilà encore un roman de Tracy Chevalier à découvrir. 

J'avais particulièrement apprécié "La dernière fugitive" et "La jeune fille à la perle". Celui-ci est à mon avis un peu en-dessous au niveau littéraire, mais très intéressant au point de vue de ce qu'il nous fait découvrir de l'histoire de l'Amérique. 

 

Si vous le désirez, vous pouvez aller lire l'avis d'Hélène ci-dessous... C'est grâce à elle que je l'ai lu et aimé !

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 06:14
Roman Seuil, 2017

Roman Seuil, 2017

Elle attend. Chaque printemps les fortes pluies arrivent, et la rivière monte, et son cours s'accélère, et la berge se désagrège toujours davantage, brunissant l'onde de son limon, mettant au jour une nouvelle couche de terre sombre. Des décennies passent. Elle est patiente, dans sa coquille de bâche bleue.

Tous les dimanches, après la messe et le déjeuner chez notre grand-père, Bill, mon grand frère, et moi, nous enfilions un T-shirt et un jean coupé, jetions notre matériel de pêche dans le pick-up Ford 1962 que nous avait acheté Grand-père, et partions vers l'ouest en sortant de Sylva...

 

L'histoire se situe à Sylva dans une petite ville des Appalaches. La rivière en crue vient de mettre à jour des ossements humains. Ils appartiennent à une jeune fille mystérieusement disparue depuis 50 ans. 

Ligeia avait débarqué de Floride un bel été en 1969. Cet été-là, Eugène et son frère Bill, vont pêcher dans la rivière tous les jours lorsqu'ils la rencontrent. Elle est libre, elle est belle, elle se baigne nue, elle leur fait découvrir ce qu'ils n'avaient encore jamais osé faire, l'amour...

 

Les adolescents sont bouleversés par cette rencontre et les moments qu'ils partagent. Cela les marquera à jamais et scellera leur destin, d'autant plus que l'audace de la jeune fille leur permet aussi de s'opposer à leur tyrannique grand-père, le seul médecin de la ville, qui s'occupe d'eux et de leur mère depuis le décès de leur père. 

Ils tombent donc sous ses charmes, font tout ce qu'elle leur demande. Eugène en vient même à voler des médicaments dans l'armoire à pharmacie de son grand-père.

 

Mais lorsque Bill, qui veut faire lui-aussi des études de médecine, et deviendra d'ailleurs un grand chirurgien, apprend que la jeune-fille a été envoyée chez son oncle et sa tante pour l'été, car elle fuguait, se droguait et consommait de l'alcool, il la laisse tomber et abandonne aussi Eugène qui va prendre tous les risques pour la satisfaire.

Car finalement sous ses airs bravaches, celle-ci porte en elle sa propre souffrance et elle est beaucoup moins libre que ce qu'elle paraît.

 

Et puis un jour, mystérieusement, Ligeia disparaît...

Les deux frères vont être obligés de revisiter le passé pour comprendre pourquoi Ligeia, que Bill avait pourtant accompagné au bus, n'y est jamais montée. 

Bill a-t-il menti ?

 

C'est là que les romans se trompent si souvent, se trompent sciemment, a-t-elle remarqué lorsqu'elle a rouvert les yeux. On fait certains choix et l'on s'éteint sans avoir jamais pu vérifier s'ils étaient bons ou mauvais.

 

Ron Rash est un conteur-né. Comme à son habitude, il nous fait entrer dans un univers très très sombre. Il aime nous parler de conflits familiaux troubles, du poids de l’héritage, de révolte, et de coins perdus.

La tension monte au fil de l'histoire !

 

Les chapitres alternent entre le passé (ce superbe été) et le présent dans lequel Eugène, devenu alcoolique et écrivain, se débat pour arriver à voir son frère toujours pris par ces activités chirurgicales.

Il veut l'interroger pour avoir des réponses claires à ses interrogations, mais ce dernier se dérobe sans cesse, comme s'il avait quelque chose à se reprocher...

 

C'est un excellent roman, moins noir tout du moins que les précédents de l'auteur, ce qui peut permettre à ceux qui ne le connaissent pas encore d'être tentés de le découvrir, d'autant plus qu'il fait à peine 200 pages et se lit très vite. 

 

Pendant quelques instants, il n'y a plus eu un son. Ni paroles, ni sirènes au loin, puis un silence toujours plus profond lorsque le climatiseur s'arrête. Le silence peut être un lieu. Ce sont les mots qui me viennent. C'est là d'ailleurs qu'une si grande part de ma vie a été vécue, que des heures vaines se sont écoulées, le bruit le plus fort, le tintement des glaçons dans un verre.
- Grand-père, c'était un monstre, pas vrai ?
- Oui, répond mon frère. Absolument.

 

Retrouvez ci-dessous, l'avis de Violette sur ce roman...

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 05:28
Philippe Rey, 2014 ; 10/18, 2015

Philippe Rey, 2014 ; 10/18, 2015

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher du soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie –, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans, et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose qu’on verra jamais.
C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois, ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas su la sauver.
Voici notre histoire.

 

Je n'avais jamais rien lu de Joyce Maynard et encore une fois ma curiosité a été piquée lorsque je l'ai trouvé à la médiathèque.

 

Pendant très longtemps, j'ai cru que ma vie se déroulerait ainsi - les hommes inventant des tours de magie pour moi - et pendant encore plus longtemps, j'ai pensé que ce devait être ça la vie, même quand cela ne l'était pas.

Nous avions découvert depuis un bon bout de temps que la vie était pleine de mystères, dont beaucoup ne seraient jamais résolus, même par le meilleur détective du monde.

 

L'histoire...

 

En juin 1979, en Californie du Nord, tout près de San Francisco, Rachel 13 ans et sa soeur Patty, 11 ans sont totalement livrées à elles-mêmes suite au divorce de leurs parents.


Depuis que leur père est parti, leur mère est dépressive. Lui est inspecteur de police et se trouve trop occupé pour venir les surveiller. Elle, travaille comme dactylo et se plonge dans un livre pour se distraire dès qu'elle peut le faire. En dehors de son travail, elle ne sort de la maison que pour se rendre à la médiathèque.

Comme la famille n'a pas de télé, les deux sœurs regardent les nouvelles à travers la baie vitrée de leurs voisins et, comme il n'y a pas le son, elles interprètent les événements à leur façon !

 

C'est ainsi qu'un jour elles voient apparaître leur père sur l'écran : il est chargé d'une enquête importante...

Déjà très occupé par ses nombreuses maîtresses, l'inspecteur Torricelli n'aura plus beaucoup de temps à consacrer à ses filles que pourtant il adore. C'est un homme très charismatique mais volage. Il tente pourtant de se fixer mais ses filles l'en dissuadent. Les instants de bonheur et de partage, à la plage ou au restaurant, deviennent de plus en plus rares au fur et à mesure que l'été passe. 

En effet, l'enquête lui prend de plus en plus de temps : le tueur s'attaque à des jeunes femmes, sportives et brunes, toujours selon le même procédé. Il sévit dans le parc du Golden Gate, tout près du quartier où habitent ses filles. C'est là qu'elles ont l'habitude d'aller jouer et de passer la journée à courir durant les vacances. Il leur fait donc promettre de ne plus y retourner. Mais c'est mal connaitre leur esprit d'aventure et la grande liberté dont elles aiment jouir, sans entraves...

 

Pour se faire mousser auprès de ses camarades de classe, Rachel n'hésite pas à donner des détails croustillants sur l'affaire, alors que jamais personne ne lui en parle à la maison. Sans le vouloir, elle se trouve propulsée sur le devant de la scène, s'intègre dans un groupe d'ados qui la rejetait pourtant jusqu'à présent, tombe amoureuse d'un des garçons, se maquille et délaisse sa sœur. 

Tandis que Rachel découvre les tourments de l'adolescence, Patty ne lui en tient pas rigueur : elle profite de sa solitude pour promener le chien des voisins et se perfectionner en basket...

Rachel est persuadée de pouvoir aider son père à traquer le tueur. Ce désir tourne tellement à l'obsession qu'elle va monter un stratagème incroyable, sans savoir que tout cela va les amener à croiser la route du véritable tueur, qui sait pertinemment qu'elles sont les filles de l'inspecteur chargé de l'enquête...

 

En quarante-quatre ans d’existence, il y a au moins une chose que j’ai apprise sur les filles de treize ans. Cette chose, je la connais pour avoir été l’une de ces adolescentes, et aussi la sœur, l’amie et l’ex-amie de plusieurs autres.
Les filles de treize ans vivent dans deux mondes séparés.

La fille de treize ans déteste sa mère. Adore son père. Déteste son père. Adore sa mère. Alors quoi ?
Les filles de treize ans sont grandes et petites, grosses et maigres. Ni l'un ni l'autre, ou les deux. Elles ont la peau la plus douce, la plus parfaite, et parfois, en l'espace d'une nuit, leur visage devient une sorte de gâchis. Elles peuvent pleurer à la vue d'un oiseau mort et paraître sans cœur à l'enterrement de leurs grands-parents. Elles sont tendres. Méchantes. Brillantes. Idiotes. Laides. Belles.

Il m’arriva alors quelque chose d’étrange :une soudaine flambée d’amour pour celle à qui je ne pensais pas souvent – ma propre mère, qu’on pouvait taxer de négligence, mais qui ne me disait jamais comment m’habiller, ne m’emmenait jamais chez le pédicure avec elle, ni n’essayait de me faire embaucher chez les pom-pom girls. En ce moment, elle devait se trouver à la bibliothèque, cherchant de nouveaux livres d’obscurs gourous indiens ou un recueil de poèmes de Sylvia Plath. Peu importait d’ailleurs. J’ai compris ce jour-là qu’en nous laissant libres de nos choix, ma soeur et moi, elle nous avait fat un grand cadeau. Patty et moi n’appartenions à personne qu’à nous-mêmes.

 

Mon avis

 

Ce roman évoque à merveille le temps de l'insouciance et les années 60 où les enfants jouaient sans cesse au-dehors, sans que leurs parents ne s'en inquiètent. Ce sont des moments heureux, inoubliables au cœur de la nature sauvage, que le lecteur partage avec les deux sœurs. 

Elles vivent en symbiose et se suffisent parfaitement à elles-mêmes.

Elles ont, surtout Rachel, une imagination débordante et remplissent les vides de leur vie en imaginant des événements improbables qui vont les conduire à commettre d'irréparables bêtises !

 

L'auteur décrit avec beaucoup de finesse, de tendresse et de réalisme ce temps particulier de l'adolescence, ses élans  incontrôlables, ses contradictions et ses émois, à tel point que le lecteur se sent proche des jeunes filles.

La construction du roman est sublime.

La fin en particulier, bâtie comme un roman dans le roman, nous relate ce qui se passe lorsque Rachel, devenue adulte et écrivain, toujours obnubilée par ce tueur qui court toujours, écrit un roman pour raconter cet été-là : c'est le roman que nous sommes en train de lire !

Longtemps après cet été-là, alors que celui qui a été arrêté à sa place purge toujours sa peine, Rachel tend dans son roman, un piège au véritable tueur en mentant sur un des éléments de l'enquête...Elle devine qu'il est autant obsédée par elle, qu'elle par lui, car elle est la seule, avec sa sœur, à avoir vu son visage. Elle sait qu'il lira le roman dès sa sortie et elle l'attend !

 

C'est un roman à la fois finement psychologique et un roman d'apprentissage avec un suspense digne d'un thriller...

J'ai aimé l'écriture simple et fluide, le ton qui sonne juste et le regard que l'auteur pose sur l'adolescence.

J'ai aimé sa façon d'aborder tout en pudeur, la vie d'une famille désunie, l'amour du père et le détachement de la mère qui finalement donnent aux deux sœurs la liberté de se construire, sans les enfermer dans un carcan, ni leur dire ce qu'elles doivent faire, ou penser...et bien sûr, j'ai aimé aussi l'amour et la complicité entre les deux sœurs. 

Un auteur que je suivrais sans nul doute et qu'il était temps que je découvre...

 

Vous pouvez lire l'avis d'Hélène ci-dessous.

 

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 07:10
Stock, 2016

Stock, 2016

Je leur raconte que sept cent quinze passagers et membres d'équipage sont morts ce jour-là. je ne leur dis pas qu'il y avait parmi eux deux sauveteurs dont les destins se sont tragiquement entrelacés. En général, ils préfèrent entendre parler des victimes, pas des sauveteurs. Ils ne savent pas encore que nous sommes une seule et même personne.

Il n'est pas rare en Antarctique de voir des choses qui n'existent pas, des montagnes qui lévitent au loin, des gratte-ciel qui s'élèvent à l'horizon. Quand la mer est plus froide que l'air, une couche se forme qui crée un mirage polaire. Plus il y a de superpositions, plus la lumière est réfractée. Des montagnes naissent de l'océan ; des falaises deviennent des châteaux...

 

Deb Gardner étudie les manchots empereurs et les manchots Adélie et pour cela, elle se rend chaque année en Antarctique où elle effectue, depuis plusieurs saisons, des missions de recensement. 

En échange de son voyage, elle joue d'abord les guides touristiques, avant d'être débarquée quelques temps, toute seule ou avec un coéquipier, sur une des îles...et d'y poursuivre ses recherches.

Nous connaissons peu de choses sur la capacité d'espérance des animaux. Nous savons qu'ils peuvent être tristes, heureux, gais et joueurs, malicieux et intelligents. Qu'ils savent collaborer dans un but commun, utiliser des outils pour obtenir ce qu'ils veulent. Malgré ce que beaucoup pensent, ils ne sont pas si différents de nous.
Cependant nous ignorons tout de leur coeur et de leur esprit. Nous ne pouvons qu'observer leur comportement.

 

Cette année, elle se trouve à bord du "Cormoran" lorsqu'elle constate que Keller Sullivan, qu'elle a rencontré quelques années auparavant et qu'elle revoit chaque année, n'est pas à bord. Il a été obligé de se joindre à l'équipage de l'Australis, un énorme bateau de croisière. 

Alors qu'elle espérait beaucoup de ce voyage sur le plan affectif, car Keller et elle, vivent une belle, mais épisodique et fragile relation amoureuse, elle apprend en même temps, qu'elle est enceinte et que l'Australis, prisonnier des glaces, se trouve en difficulté avec ses centaines de passagers à bord.

 

L'équipage du Cormoran n'a pas d'autres choix que celui de se porter au secours du paquebot et de tenter de sauver le maximum de passagers. 

Un véritable drame se joue au coeur même des eaux glaciales de l'Antarctique et touche autant les hommes que la nature environnante ...

 

Deb nous raconte à la fois son histoire d'amour pour ce pays hostile, mais si fascinant, et son amour pour Keller, qui se terminera mal, le lecteur le sait, hélas,  dès les premières pages...

 

L'étude du règne animal ne m'avait pas appris que l'espoir est pire que le chagrin.

 

Voilà un livre émouvant à plus d'un titre.

Émouvant... parce qu'il apporte une connaissance précise de l'équilibre fragile de ce continent qui risque à tout instant de disparaître, si les hommes ne prennent pas les bonnes décisions pour la planète. 

Durant la nuit antarctique, des dizaines de milliers de manchots empereurs se rassemblent pendant de longues semaines d’obscurité totale, à des températures avoisinant les moins cinquante degrés, pour couver leurs œufs. Lorsque les femelles reviennent, quatre mois après leur départ, les mâles qui ont perdu la moitié de leur poids, ne sont pas loin de mourir de faim. Pourtant, ils attendent, patients. Parce qu’ils sont ainsi programmés.

C'est peut-être ce qui nous sépare des animaux, cette incapacité à vivre simplement en suivant nos instincts, ce besoin de devenir qui nous aimerions pouvoir être.

 

Émouvant... parce que le lecteur en découvrant les moeurs des manchots, découvrent aussi la précarité de leurs conditions de vie, leur fragilité, et le mal que leur fait le tourisme de masse, et en particulier les Tours-Operators, qui n'hésitent pas à braver les interdits et à s'aventurer dans les zones protégées, pour satisfaire une clientèle de plus en plus avide de sensations fortes...et inconnues.

 

Nous continuons à mesurer les effets du tourisme sur les oiseaux. Il y a deux cents ans, les manchots avaient le continent pour eux seuls ; aujourd’hui, ils sont au contact de bactéries contre lesquelles ils n’ont aucune défense.

On a pas besoin de passeport pour visiter l'Antarctique, si bien qu'on a maintenant tout un tas de soi-disant explorateurs qui se fichent du continent, qui veulent juste faire du saut en chute libre, du ski nautique, du parapente à l'endroit le plus froid de la Terre afin de se vanter à leur prochaine soirée.

 

Le lecteur est bien sûr profondément touché par le récit du naufrage dans ce milieu hostile et froid, un milieu qui ne fait de cadeaux à personne et, où le moindre faux-pas peut provoquer la mort.

L'eau douce se transforme en glace à zéro degré ; l'eau de mer entre moins quatre et moins deux. A cette température, les chances de survie d'un homme se réduisent à quelques minutes.

 

Tout d'abord, j'ai été subjuguée par la description des paysages, de la mer, des icebergs et de ce désert de glace.

Puis j'ai eu peur un instant que l'idylle entre Deb et Keller vire trop "fleur bleue" et gâche le décor...mais cela n'a pas été le cas, car au-delà de l'histoire d'amour entre les deux héros, qui se croisent chaque année, se quittent à chaque fin de mission, s'aiment mais ne vivent presque jamais ensemble, ce roman s'attache à décrire avec réalisme la précarité de ce continent et nous donne toutes les clés pour en comprendre l'enjeu.

L'auteur nous fait pénétrer grâce à son écriture précise et fluide dans l'ambiance et le silence...

 

"Je voulais juste voler quelques instants seul avec toi".
Il coupe le moteur et laisse le canot dériver.
Après des journées de bavardages, d'annonces tonitruantes dans les haut- parleurs, du vrombissement régulier du moteur, le silence me remplit comme l'eau étanche la soif. le monde devient lisse, clair, on n'entend plus que les coups de fouet du vent sur la glace, les plongeons des manchots dans l'eau, le clapotis de l'eau...

 

Les gens qui viennent là ont tous des blessures à panser, des drames à oublier, une envie pressante de changer de vie, voire de trouver une nouvelle raison de vivre et les scientifiques n'échappent pas à la règle. Tous sont des écorchés vifs capables de tout...mais à la différence des scientifiques qui ont l'expérience et la connaissance de la fragilité du milieu et ne font pas n'importe quoi, les touristes sont prêts à partir à l'aventure, quitte à mettre les autres inutilement en danger. 

 

Le seul bémol est dans la manière dont les événements sont relatés. Le naufrage est raconté dans une succession de chapitres qui se déroulent dans un laps de temps très court d'une semaine avant le drame jusqu'au jour J. Ces chapitres alternent avec une rétrospective qui ramène le lecteur dans le passé des personnages, et remonte de plus en plus loin dans leur vie. Ce découpage crée un certain suspens, mais peut gêner éventuellement la fluidité du récit. 

 

Nous avons désormais tout un nouveau champ d’études : les effets des naufrages. La façon dont ils affectent la survie et la reproduction des manchots, tués ou blessés par les déversements de mazout, l’ingestion de plastique et autres déchets ingérés.

 

Voilà un premier roman très documenté. Il est à conseiller à tous les amoureux de la nature, en particulier à ceux qui voudraient la préserver mais se sentent parfois dépassés par les événements.

C'est un bel hommage à tous les scientifiques qui tentent de sauver l'Antarctique, ses glaces et sa faune même microscopique, et qui mettent le plus souvent leur vie et leur passion au service de la planète, pour préserver ce milieu magnifique de la pollution des hommes...

Parce que le corps de Keller appartient désormais à l’océan Austral, j’aime à croire qu’on le verra un jour, grâce à une "fata morgana", debout parmi un groupe de manchots, son bandana rouge au cou, clignant des yeux sous le soleil. Qu’il nous apercevra à son tour et sourira. Qu’il nous dira, comme il le faisait, "Fin del mundo", et que nous lui répondrons,"Principio de todo".
Le bout du monde, le début de tout.

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 06:37
Édition Autrement, 2015

Édition Autrement, 2015

Sophie Stark est une jeune réalisatrice de génie. Elle porte un regard particulier sur les gens et les événements de la vie comme si elle avait " la capacité de voir au-dessus de nos têtes et à 360 degrés".

 

Elle n'a pourtant pas le physique d'une star.

Petite et maigrichonne, elle ne sait pas se mettre en valeur et présente au monde un regard assuré qui cache en fait une nature angoissée : elle a peur d'affronter, seule, la vie réelle. Mais cela, ses proches ne le comprendront que beaucoup plus tard.

Elle apparaît comme une personne totalement insensible, opportuniste et voire manipulatrice, qui arrive toujours à ses fins sans jamais penser aux conséquences pour les autres, lorsqu'elle désire quelqu'un ou quelque chose.

 

D'ailleurs elle se moque complètement de ce que les autres pensent et n'est pas prête à tenir compte des conventions de notre société bien-pensante.

 

 

Je pensais qu'en réalisant des films, je ressemblerais plus aux autres... Mais parfois, j'ai l'impression que ça me fait ressembler encore plus à ce que je suis.

 

Pour tenter de la comprendre, le lecteur va entrer dans la vie de plusieurs personnages, dont le destin a un jour croisé celui de Sophie Stark, à leur risque et péril : tout d'abord Allison, une jeune femme tout droite sortie de sa Virginie natale dont Sophie va réussir à faire à la fois, sa maîtresse et une star, et dont la vie sera le sujet du premier film de la réalisatrice, mais qu'elle réussira à rendre terriblement malheureuse ; puis Robbie, son petit frère ; Daniel son amoureux d'adolescente, dont le désir le plus cher était de devenir basketteur professionnel ; George, producteur hollywoodien qui espère booster sa carrière en faisant un film conjointement avec elle ; Jacob, son mari, épousé au grand étonnement de tous ; Benjamin, le critique de cinéma qui la suit tout au long de sa carrière et dont le lecteur pourra lire les propos, intercalés entre les témoignages des proches. Il culpabilisera au point de cesser d'exercer son métier... 

 

Tous ont des comptes à régler avec elle : elle n'a jamais hésité à sacrifier leur relation au profit de sa création artistique, ni à pousser les acteurs jusqu'à les faire exploser, pour tout simplement obtenir le plan parfait dont elle rêvait... 

 

 

 

Sophie comprenait beaucoup mieux les gens, et la façon de les manipuler, qu'elle le laissait paraître. Au moment où j'ai ouvert la porte, elle a su qu'elle pouvait faire de moi ce qu'elle voulait.

 

C'est un roman à plusieurs voix...

 

Anna North convoque les proches de Sophie pour tenter de la comprendre et de mieux cerner son incapacité à vivre autrement qu'à travers sa caméra et sa passion. Ils tentent tous de cerner ce personnage qui les a tour à tour fasciné, ému, bouleversé, ou qu'ils ont au contraire rejeté, tant elle était insaisissable et leur faisait du mal.

Elle a voulu devenir une star à n'importe quel prix...et ses proches en sont les plus terribles victimes. Le lecteur constate qu'ils l'ont tous soit adoré ou détesté.

Pour quelqu'un qui disait ne pas comprendre les gens, elle était plutôt douée pour mettre le doigt là où ça faisait mal. En même temps, j'avais envie de lui répondre...

 

En fait, l'auteur nous livre ici une véritable étude psychologique qui nous montre que derrière l'incapacité à vivre dans la société et à en accepter les normes, se cache souvent quelqu'un de génie, incompris par son entourage et très solitaire...C'est en cela que ce roman nous touche.

 

J'ai été particulièrement touchée aussi par le sentiment d'impuissance des proches qui ne savent plus à un certain moment comment la gérer mais qui sont prêts à tout  pour céder à ses désirs, pour la voir sourire, pour lui donner un moment de bonheur, tout en sachant que ce qu'ils sacrifient à côté est énorme et qu'ils le regretteront toute leur vie. Mais en fait : ils n'ont pas le choix tant ils sont sous son emprise. 

...je voulais que ma sœur ait une belle vie. Même si elle me faisait honte à l'école, j'étais fier d'elle, d'une certaine façon. Pour moi, c'était un génie, et je pensais que nul ne s'en était encore aperçu. Je voulais que les gens le sachent.

 

Ce qui rend le roman intéressant c'est que cette analyse du personnage central est aussi un prétexte à la découverte d'eux-même car tout au long du roman, se posent des questions cruciales...

Pourquoi ont-ils été à ce point sous l'emprise de Sophie ? 

Que recherchaient-ils, eux aussi, dans cette relation souvent malsaine ?

 

Mais ce roman est aussi une interrogation sur la puissance de la création artistique et les renoncements qu'elle impose aux artistes.

 

C'est un roman tout à fait captivant, à découvrir absolument ! 

 

C'est le premier roman de l'auteur, traduit en français. Mais c'est le second que cette jeune journaliste au New York Times, née en 1983, a écrit. A mon avis on entendra encore parler d'elle dans l'avenir !

 

C'est difficile pour moi de parler de l'amour. Je pense que je le fais à travers mes films.

Vie et mort de Sophie Stark / Anna North

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 07:08
Liana Levi, 2015

Liana Levi, 2015

Un tueur de flics et un flic télépathes vont être utilisés par le FBI pour arriver à leur fin...

 

Il y a d'abord Jared Snowe, flic dans le Michigan. Sa vie bascule le jour où il se met à "entendre" ce que les autres pensent....

Cela lui vient soudainement alors qu'il est en train d'arrêter un junkie. Il se met à ressentir sa peur, puis la douleur du manque, et enfin lit dans ses pensées. Jared croit qu'il devient fou, le relâche et décide de ne parler à personne de ce qui lui arrive. 

Après un certain temps d'adaptation où l'affolement fait place peu à peu à l'acceptation, Jared Snowe se sert de ce don inattendu pour son boulot, ce qui lui vaut de se faire remarquer...

 

En parallèle, le lecteur entre dans les couloirs de la mort à des kilomètres de là. Brooks Denny, un tueur de flic, attend le jour fatidique. Lui aussi a le don de lire dans les pensées des autres et même dans celles des animaux, ce qui est plus rare.

 

Un jour, il est surpris de recevoir la visite d'une femme appartenant au FBI, Terry Dyer, qui vient le voir pour lui proposer un marché : s'il accepte d'aider le gouvernement, il aura la vie sauve...

C'est au siège de l'ONU, qu'elle va l'emmener pour lui permettre de lire dans les pensées d'un chef d'état africain, derrière une vitre sans tain,  et faciliter ainsi les négociations avec le gouvernement américain.

Mais alors qu'après la négociation, on l'emmène, bracelet électronique au pied, il lit dans les pensées d'un des flics qu'il ne retournera jamais dans le couloir de la mort, ni sera libéré, car il est prévu tout simplement de le supprimer.

Brooks Denny comprend alors qu'il a été totalement manipulé par Terry Dyer, et il réussit à s'enfuir...

 

Le gouvernement charge alors Jared Snowe de le retrouver...

Mais rien ne se passera comme prévu !

Car il ne fallait surtout pas que les deux hommes se rencontrent, le "programme" l'avait d'ailleurs strictement interdit !

 

Les deux hommes vont tout faire pour sortir du piège dans lequel le FBI a voulu les enfermer.

Ils vont tous deux se remémorer certains épisodes de leur vie qu'ils vont découvrir, non sans surprises, comme étant communs...

C'est le cas, par exemple, de ce mystérieux tatouage, strictement identique, qu'ils ne se rappellent pas d'avoir fait faire, et qu'ils ont tous deux sur l'épaule...gauche !

 

 

Ce que j'en pense

 

Si on pouvait réellement lire dans les pensées des autres, la vie deviendrait vite épouvantable ! Vous découvrirez pourquoi en lisant ce livre...

 

L'histoire débute en suivant le destin des deux personnages principaux.

Puis très vite, le roman se tranforme en un thriller, un road movie, un roman d'anticipation et surtout une critique de notre société qui est capable de surveiller tout et n'importe qui, à chaque instant, grâce aux GPS et autres technologies de pointe d'aujourd'hui.

 

De plus, c'est un roman qui ne manque pas d'humour, ce qui ne gâche rien.

 

Les personnages sont tous décrits avec beaucoup de réalisme, ce qui nous permet de les trouver justes et attachants, sauf bien sûr Terry, trop manipulatrice et machiavélique à mon goût. 

 

Voilà donc un roman agréable à lire, bien écrit et divertissant qui m'a permis de faire connaissance avec un auteur dont je n'avais jamais rien lu jusqu'à présent. 

C'est le roman idéal pour les vacances...

 

Cependant il faut noter que les vrais amateurs de SF n'y retrouveront pas ce qu'ils se doivent d'attendre d'un roman de ce genre et seront peut-être déçus.

 

Ils savent tout de vous / Iain Levison

Qui est Iain Levison ?

 

Iain Levison est né en Ecosse en 1963.

Il arrive aux États-Unis en 1971.

A la fin de son parcours universitaire, il exerce pendant dix ans différents petits boulots, de chauffeur de poids lourd à peintre en bâtiment, de déménageur à pêcheur en Alaska.

Tous ces jobs inspireront son premier livre, "Tribulations d'un précaire".

Le succès arrivera avec "Un petit boulot", devenu livre culte, et "Arrêtez-moi là !", tous deux adaptés au cinéma...

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 08:04
Editions Anne Carrière, 2009 (Pocket 2011 ; Kindle 2016)

Editions Anne Carrière, 2009 (Pocket 2011 ; Kindle 2016)

L'histoire se passe dans le Wisconsin en 1907.

 

Voilà 20 ans maintenant que Ralph Ruitt, un riche homme d'affaire,  est seul. Il est si malheureux et obsédé par sa solitude et le manque d'amour qu'il se décide à passer une petite annonce dans un journal de Chicago.  

Parmi les nombreuses réponses, il va choisir celle de Catherine Land, tout simplement parce qu'elle lui dit qu'elle est une femme simple et honnête. Des mots qu'il apprécie particulièrement vu qu'il a reçu une éducation catholique et très rigide.

 

Dans la toute petite gare de la ville, Ralph attend dans le froid mordant de l'automne, l'arrivée du train qui doit lui amener la jeune femme qu'il ne connaît que par une simple photographie et quelques lettres.

Elle est belle, elle a 34 ans et il voit tout de suite qu'elle n'a rien à voir avec la jeune femme quelconque de la photo...

 

Qui est-elle en réalité ? Que veut-elle ? Pourquoi lui a-t-elle menti en lui envoyant une photo qui n'était pas la sienne ?

 

 

Ralph n'arrive pas à se remettre de ses actions passées. Il a laissé mourir sa jeune femme dans la misère parce qu'elle l'avait trompé et quitté pour un jeune pianiste. 

Il a vu mourir sa petite fille qu'il adorait.

Il ne s'en est jamais remis...

 

Après l'avoir brutalement maltraité pendant des années, lui faisant payer les défauts et la tromperie de sa mère, il a fini par chasser Antonio, son jeune fils (mais est-ce bien son fils ?), le seul proche qui lui restait.

Mais maintenant, après toutes ces années de solitude et de culpabilité, son premier souhait est de le faire revenir à la maison. 

Ralph a d'ailleurs payé fort cher plusieurs détectives privés qui lui ont ramené de bien sombres détails sur la vie dissolue d'Antonio...

 

Mais Ralph n'est pas le seul à avoir des secrets quant à son passé. Catherine aussi ne dit pas toute la vérité ! Elle compte bien sur ce mariage pour changer définitivement de vie...

 

 

Robert Goolrick nous donne ici un roman d'une sensualité rare, mais où il est surtout question de souffrance et de solitude.

 

Les trois personnages principaux vont tour à tour se déchirer ou s'aimer. 

Ils ont tous trois une idée bien précise de ce que sera leur avenir et ont mis en place une sombre machination, mais la vie s'en mêle et les choses ne se passeront pas du tout comme prévues.

Ils ont tous, non seulement des rêves brisés, mais quelque chose à se faire pardonner, des actes inavouables. Ils sont poursuivis par leur passé qui ne leur laisse aucun répit et veulent donc essayer de se racheter de leurs fautes.

 

L'auteur nous les dépeint avec beaucoup de psychologie et leur donne une présence qui tout au long du roman ne se démentira jamais. Ils en deviennent touchants. 

Il nous montre aussi les méfaits d'une éducation trop rigide et culpabilisante, ce qui, avec l'éducation catholique et étroite inculquée par la mère de Ralph, fera le lit de toutes ses frustrations, le précipitant dans la violence, le malheur et la solitude affective, alors que c'est un homme fondamentalement bon. 

 

C'est un roman captivant où se mêlent à la fois suspense, vengeance et trahison, amour et sexe. Toutefois le lecteur est très vite averti des pensées et des actes des différents personnages...mais l'auteur arrive encore à nous surprendre jusqu'à la fin. 

 

L'écriture est simple, fluide et très imagée. Le lecteur n'a aucun mal à s'imaginer devant ces étendues enneigées, dans les chambres d'hôtels de l'époque ou au coeur des rues sombres et sordides de la ville.

 

Un très beau livre que j'ai découvert en flânant dans les rayons de la médiathèque et que j'aurais pu lire avant puisqu'il est paru depuis 2009 !

 

 

Quelques extraits...

 

"Nous aspirons tous aux choses les plus simples pensa-t-il. Quoi que l'on possède et bien que l'on voie mourir les enfants, ce à quoi on aspire avant tout, c'est la simplicité de l'amour. Ce n'était pas trop demandé que d'être comme les autres, d'avoir lui aussi quelque chose à vouloir" p .26

 

"Quel miracle. Le soleil n'avait pas cessé un instant de briller, puis la pluie s'était interrompue, et un coucher de soleil enchanteur s'était épanoui. La lumière enivrante donnait à chaque visage une aura de beauté, la douceur et la fraîcheur de l'air rendaient chaque coeur plus léger. Catherine était assise entre sa mère qui n'était pas encore morte et un soldat qui n'était pas son père dans une campagne dont elle ne souvenait plus, sur une route qu'elle voyait à peine, et elle pensait : "je suis parfaitement heureuse". C'était la dernière fois de toute sa vie qu'elle se rappelait avoir eu pareille pensée." p.34-35

 

"Elle était de retour, bien sûr, cette souffrance, il souffrait pour un garçon qui n'était même pas sa propre chair et il se demandait...pourquoi il tenait tellement à récupérer Andy. Pourtant il portait ce rêve dans son coeur depuis si longtemps que rien ne pouvait plus venir le remplacer..." p 281

 

"C'était une route sans fin, une conversation sans but. Lorsqu'on passait ses jours à discuter avec quelqu'un dont ne parlait pas la langue, comment espérer s'en faire comprendre ?" p 378

 

"Il est des choses qui attendent, se dit-elle. Tout ne meurt pas. Vivre prend du temps." p. 411

 

 

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 07:52
Sula / Toni Morrison

 

C'est un roman très court mais très riche qui raconte quarante-six années de la vie d'une petite communauté noire située dans la ville de Medallion dans l'Ohio...

Ce roman, sorti pour la première fois en 1973, juste après "L'oeil le plus bleu" (1970) et avant "Le Chant de Salomon"(1977) a permis à l'auteur de se faire connaître dans son pays.

Il n'a été traduit en français qu'en 1992, bien après "Beloved"(1987), Prix Pulitzer en 1988. 

Je rappelle qu'en 1993, le prix Nobel de littérature a été décerné à Toni Morrison pour l'ensemble de son oeuvre littéraire.

 

Dans les années 20, Sula et Nel, sont deux petites filles...

Elles habitent au coeur d'une communauté noire, installée dans un quartier périphérique situé sur les hauteurs d'une petite ville de l'Ohio.

 

Les deux petite filles ont reçu une éducation totalement différente.

Chez Nel Wright, c'est la propreté et l'ordre qui règnent et Hélène, sa mère, venue s'installer là pour fuir les siens, a tout fait pour rendre sa petite fille calme, posée, obéissante et polie et l'éloigner le plus possible de sa famille maternelle, trop dépravée à son goût (la mère d'Hélène se prostituait). Hélène est une femme rigide et peu encline à la tendresse.

Sula Peace, à l'inverse, est élevée par Hannah, une mère veuve, volage et désordonnée. Elle vit au sein d'une famille aussi bruyante que nombreuse où la vaisselle sale, reste sans fin entassée dans l'évier, et où des journaux encombrent en permanence l'entrée.

Mais dans cette maison pleine de vie, c'est Eva, la grand-mère unijambiste qui gouverne les enfants, y compris ceux qu'elle a recueilli. Elle régente aussi la vie des amis et des nombreuses personnes de passage qui viennent trouver refuge dans sa maison...pour un temps ou pour toujours. Et finalement, Sula se retrouve livrée à elle-même. Personne n'a le temps de s'occuper d'elle.

 

Lorsqu'elles se rencontrent, les deux fillettes deviennent aussitôt inséparables...

...c'est dans les rêves que les filles s'étaient jadis rencontrées....elles avaient déjà fait connaissance dans le délire de leurs rêves éveillés. C'étaient des petites filles solitaires dont l'isolement était si profond qu'il les enivrait et les précipitait dans des visions en technicolor incluant toujours une présence, quelqu'un qui, à l'égal de celle qui rêvait, partageait les délices de ce rêve.

 

Toutes deux s'inventent une vie meilleure car leur vie quotidienne est terriblement ennuyeuse. Mais le destin décide de briser leurs rêves de bonheur et le drame fera partie intégrante de leur quotidien.

Eva, la grand-mère de Sula va décider de tuer son jeune fils parce qu'il est revenu amoindri de la guerre et se retrouve incapable d'assumer sa vie.

Sula jette à l'eau un garçonnet avec lequel elle s'amusait. Toutes deux vont le regarder se noyer sans rien faire. Ensuite, elles garderont ce secret toute leur vie. 

Plus tard, Sula assistera, fascinée, au spectacle de sa mère en train de brûler vive...et de "danser" sans fin de douleur. Une image qui marquera à jamais tous les esprits dans la petite communauté. 

 

Mais Nel et Sula ne sont pas des monstres pour autant, elles ont un terrible besoin d'être aimées.

Elles s'inventent comme toutes les jeunes filles de nombreuses histoires autour de leurs futures conquêtes, découvrant leur sensualité naissante sous le regard des garçons, conquis par leurs jolies formes.

 

Elles coururent presque tout le long [...].Elles coururent sous le soleil, créant leur propre brise qui collait leurs robes contre leur peau moite[...]elles se jetèrent dans un carré d'ombre pour goûter la sueur de leurs lèvres et savourer la folie qui les avaient prises d'un seul coup...Sula posa la tête sur son bras, une natte défaite enroulée autour de son poignet. Nel, accoudée, jouait avec les hautes herbes. Leur chair, sous le tissu des robes, se tendait et frissonnait dans la fraîcheur subite, et leurs petits seins commençaient tout juste à leur faire délicieusement mal quand elles se mettaient sur le ventre.

 

Mais il faut bien grandir un jour... En 1927, Nel se marie avec Jude mettant fin à leur amitié exclusive. 

Sula veut vivre sa vie et n'entend pas rester attacher à un seul homme, ni à un foyer ou encore moins à des enfants. Elle quitte la ville. 

Le destin sépare alors les deux amies... 

Lorsque Sula reviendra après dix années d'absence, ce sera pour semer autour d'elle, petites calamités et drames en tous genres et devenir une paria pour son entourage.

Les deux jeunes femmes, qui avaient toujours tout partagé, deviennent alors rivales...

 

Sula s'était accrochée à Nel comme à ce qui se rapprochait le plus d'une autre ou d'un ego, pour découvrir ensuite qu'elle et Nel n'étaient pas une seule et même chose. Elle n'avait jamais pensé un seul instant faire souffrir son amie en couchant avec Jude. Toutes deux avaient toujours partagé l'affection des autres : comparant la façon d'embrasser d'un garçon, le baratin qu'il servait à l'une puis à l'autre. Le mariage, semblait-il, avait changé tout ça...

 

Mon avis

 

Toni Morrison nous livre dans ce court roman, deux très beaux portraits de femmes, différentes en apparence mais au fond si semblables.

L'amitié entre les deux fillettes, est au coeur de l'histoire mais reste difficile à cerner : elles ont besoin l'une de l'autre et se complètent. La vie va les séparer puisque Nel va se conformer aux désirs de sa mère et de la communauté noire, c'est à dire se marier et se consacrer à ses enfants, alors que Sula à l'inverse deviendra une paria car elle veut vivre dans la liberté et l'absence de conformité, et ne suivre que ses propres désirs sans entrave...

Quelle différence existe-t-il in fine entre la douce et soumise Nel et la violente et libre Sula ? Où se situe la limite entre le bien et le mal ?

Voilà des questions que l'auteur soulève dans ce roman...

 

Malgré les apparences (et le titre) Sula n'est pas le personnage principal du roman ; c'est bien cette petite communauté noire qui vit sur les hauteurs du village de Medallion, ces hauteurs que l'on appelle le "Fond".

Elle a une vie propre, des croyances qui régissent les relations entre les habitants. Les rumeurs y vont bon train et poussent les individus à interpréter de manière erronée les signes extérieurs, comme par exemple, l'arrivée des rouges-gorges, juste avant le retour de Sula...

Sula est le lien entre les différents personnages. Sa personnalité est suffisamment scandaleuse pour qu'elle oblige les membres de la petite communauté noire à se poser des questions et à changer leurs habitudes.

Elle devient le bouc émissaire de toute la communauté parce qu'elle est identifiée comme le mal ce qui entraîne une cohésion du groupe qui se ligue alors contre elle...

 

Les personnages secondaires ne sont pas en reste et mériteraient à eux seuls toute une histoire. 

Par exemple Shadrack, qui a perdu la tête durant la Seconde Guerre Mondiale, est l'inventeur de la Journée du Suicide qu'il a placé lui-même sur le calendrier le 3 janvier. Cette journée a pris une telle place que les jeunes couples repoussent leur mariage, les mères prient Dieu que leur enfant ne naissent pas ce jour-là... Il vit seul au bord du fleuve, pêche et vend son poisson mais il n'est pas dangereux. 

Eva, la grand-mère de Sula, est une mère dure et passionnée qui a dû se débrouiller seule lorsque Boyboy son mari est parti la laissant sans ressources avec ses trois enfants...Son destin sera marquée par le feu. 

Boyboy ne faisait que ce dont il avait envie, d'abord courir les filles, puis boire et enfin maltraiter Eva. En novembre à son départ, il restait à Eva cinq oeufs, 1.65 $, trois betteraves et aucune idée de ce qu'elle aurait dû ressentir. Les enfants avaient besoin d'elle ; elle avait besoin d'argent et besoin de mener sa vie...

Tous les personnages sont traumatisés par la guerre, par l'abandon d'un être cher, par leur condition de Noirs, par leur condition de femme, par la violence dont ils ont été témoins ou victimes, ou celle à laquelle ils se sont laissés aller,  par la vie et la misère...

Il est d'ailleurs difficile pour le lecteur de s'attacher à l'un d'eux. 

 

Les femmes sont pourtant des personnages à part : elles sont fortes, déterminées, et capables de surmonter les épreuves de la vie. 

A l'opposé les hommes sont faibles, subissent leurs attirances pour l'autre sexe, se lamentent sur leur sort et sont incapables d'assumer leurs responsabilités (en particulier leur foyer et leurs enfants) devant lesquelles ils préfèrent fuir...Il est vrai qu'après avoir vécu la guerre, le lecteur trouve normal qu'il leur en reste des traumatismes. Il est vrai aussi que c'est très difficile de trouver un emploi quand on est noir, même si on est costaud, un blanc sera toujours préféré.  

Mais la différence entre l'homme et la femme est telle qu'on peut se demander si l'amour entre eux est possible...

 

Tous les thèmes qui seront développés ultérieurement par l'auteur dans son oeuvre, sont déjà là dans ce petit roman dense et prenant qui comme toujours ne laissera personne indifférent : le racisme bien sûr et la question difficile des Noirs aux États-Unis ; la ségrégation ; l'opposition nord-sud ; la condition des femmes doublement difficile parce que noires et femmes ; les communautés confrontées aux idéaux des blancs qu'elles ne peuvent faire siennes... 

Finalement l'auteur nous explique comment la violence ne peut engendrer que la violence et le manque d'amour, le manque d'amour...

 

Heureusement, il n'y a pas que de la violence et des drames dans ce livre. Certains passages sont tout de même amusants comme par exemple l'interminable voyage vers le sud qu'entreprennent Nel et sa mère, lorsqu'Hélène apprend que sa grand-mère qu'elle aimait tant et qui l'a élevée est mourante. Mais on retrouve bien sûr dans le récit de ce voyage des passages suitants le racisme, comme la présence des wagons réservés aux blancs, l'attente interminable d'un arrêt du train pour pouvoir se rendre aux toilettes...à l'extérieur. 

 

J'ai vu que ce roman était conseillé en lecture au lycée. Pourquoi pas ? Je pense que ce court roman très dense nécessite un accompagnement et donc je le conseillerais plutôt en lecture cursive que pour une simple fiche de lecture libre.

 

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 08:22
Délivrances /Toni Morrison

Bride, l'héroïne de ce roman est une jeune femme noire et très belle. Elle travaille dans les cosmétiques où elle occupe un poste important. Elle a tout pour être heureuse, une amie qui la comprend et partage son travail, un petit ami qui la comble sensuellement et de plus, elle roule en Jaguar et tout le monde se retourne sur son passage surtout lorsqu'elle s'habille de blanc.

 

Mais le jour où Booker, son petit ami, la quitte brusquement sans explication en lui disant juste qu'elle n'est pas la femme qu'il voulait, Bride tombe des nues et entre dans une sorte de dépression où elle ne se reconnaît plus. Même son corps semble se rétrécir et redevenir celui d'une petite fille. C'est Lula Ann qui renaît dans le corps de Bride...

 

Reviennent alors à la surface les souvenirs de son enfance, les fautes qu'elles a commises et les traumatismes, en particulier l'époque où sa mère ne la regardait pas et ne la touchait jamais car elle avait honte de sa couleur de peau si noire, elle qui était métisse et claire, à tel point que la petite Lula Ann était prête à tout pour un regard, un sourire ou un regard de fierté...

 

"Je priais afin qu'elle me donne une fessée ou une gifle, rien que pour sentir son toucher. Je faisais des bêtises exprès, mais elle avait des façons de me punir sans toucher ma peau qu'elle détestait..."

 

Prête à tout en effet ! Le lecteur verra jusqu'où Lula Ann est allée pour recevoir un peu d'attention et d'amour de sa mère. Et les fautes qu'elles a commises enfant, vont la poursuivre adulte et l'empêcher d'être heureuse.

 

Bride va se désintéresser de sa carrière pour partir sur les routes à la recherche de son seul amour avec en poche seulement une adresse qu'elle a retrouvé sur une facture.

 

Elle va découvrir qu'elle ne sait rien de lui à part les moments qu'ils ont vécu ensemble. Elle ne l'a jamais questionné ni sur son passé, ni sur sa famille, ni sur ce qu'il aime faire ou pas.

En fait ils ne parlaient que du présent.

 

Elle va tomber bien bas pour pourvoir remonter le fil qui lui fera retrouver Booker. Il lui faudra laisser tomber les masques et dénouer les non-dits et les mensonges qui ont envahi sa (leur) vie.

 

Un chemin tortueux et semé d'embûches et d'imprévus. Mais elle est sûre d'une chose : Booker est l'homme qu'elle aime et qu'importe le reste... 

 

 

 

Délivrances /Toni Morrison

Au fil du roman l'auteur fait entendre plusieurs voix et tout débute par celle de Sweetness, la mère de Lula Ann. Dès le début du roman, cette voix permet de mieux comprendre en quoi la naissance de la petite Lula Ann (qui se fait maintenant appeler Bride) a été une catastrophe pour elle, dans une société trop raciste où il n'y avait pas de place pour les noirs.

 

Puis la voix de Bride se fait longuement entendre, entrecoupée par celle de Sofia, sur laquelle je ne vous dirais rien car c'est un peu la clé du roman. Ensuite vient celle de l'amie Brooklyn... 

 

L'auteur prête sa voix aux différents personnages pour mieux nous parler du problème d'identité de la population afro-américaine et de l'importance de la couleur de peau dans la réussite sociale. Celle de Bride du coup, nous apparaît plutôt amère car c'est finalement parce qu'elle est belle et noire qu'elle réussit dans le cosmétique uniquement par un effet de mode, favorisé par le monde contemporain...

 

Comme toujours l'auteur donne la parole aux enfants meurtris.

Dans ce roman qu'ils soient blancs ou noirs, ils ne sont pas épargnés par la violence des adultes, ni par le racisme ou les prédateurs sexuels...

La petite Lula Ann a une mère qui ne l'aime pas et lui en veut d'être née. Sweetness se justifie en disant qu'elle l'a élevée durement pour la préparer à ce qui l'attendait dans la vie parce sa peau était noire. En fait elle lui fait payer durement le fait que son mari soit parti, pensant qu'elle l'avait trompé et elle n'accepte pas la couleur de peau de sa petite fille, alors que grâce à la sienne, qui est claire, elle pouvait se désintéressser du problème noir.

"Elle m'a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noire comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu'on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. Y a personne dans ma famille qui se rapproche de cette couleur."

 

Le frère de Booker est enlevé, puis abusé sexuellement et on le retrouve mort ce qui, non seulement traumatisera toute la famille, mais créera un bloquage chez Booker qui ne réussira pas à trouver sa place dans sa famille (Adam et lui étaient très proches) ni dans ce monde trop violent pour lui. Il cherchera refuge auprès de Queen, sa tante. Elle seule le comprendra et trouvera les mots pour apaiser sa peine.

 

La petite Rain retrouvée sur la route par le couple qui portera aussi secours à Bride, a été chassée de chez elle par sa propre mère, parce qu'elle avait mordu un homme qui abusait d'elle. 

 

Le titre original  "God  Help the Child" (Que Dieu aide l'enfant) fait d'ailleurs référence  aux enfants...et au fait que puisque personne parmi les adultes ne les aident, il ne reste plus que Dieu...

 

Le titre français "Délivrances"  fait appel à différents sens de ce mot.

Délivrance de la mère qui vient d'accoucher, de Sofia qui sort de prison, de Brooklyn qui va pouvoir enfin occuper le poste de Bride puisque celle-ci est partie, de Bride qui cesse de se mentir et de mentir aux autres, de Booker qui va pouvoir enfin se défaire de son enfance, non pas oublier mais accepter la mort de son frère.

 

L'auteur nous parle de la souffrance et des traumatismes qui fragilisent les adultes et les empêchent de réaliser leur projet de vie. Elle nous dit clairement dans ce roman plutôt sombre qu'il faut garder espoir, car tout est possible dans la vie.

 

Elle fait dire à Queen, lors des retrouvailles de Bride et Booker :

"Ils vont tout faire capoter, se dit-elle. Chacun va s'accrocher à une petite histoire triste de blessure et de chagrin : un problème et une douleur anciens que l'existence a lâchés sur leurs êtres purs et innocents. Et chacun va réécrire cette histoire à l'infini...Quel gâchis. Elle savait d'expérience ô combien difficile, ô combien égoïste et destructible était le fait d'aimer".

 

Un livre incontournable à lire absolument car il va droit à l'essentiel.

 

Bientôt sur ce blog vous trouverez d'autres chroniques de livres de ce grand auteur américain, Prix Nobel de littérature en 1993. 

 

D'autres avis sur Lecturissime ; Jostein ; entre autres...

 

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 08:11
Roman traduit de l'anglais par Robert Demarty

Roman traduit de l'anglais par Robert Demarty

Cette oeuvre n'était pas vouée à être publiée et n'a pas été retouchée par l'auteur qui est aujourd'hui une dame âgée...

 

Je vous passe la polémique liée à sa publication, les différents protagonistes qui se justifient mais se contredisent aussi, la concomittance entre la décision de publier ce texte et le décès de la soeur de l'auteur qui jusqu'à présent s'occupait de ses intérêts...

Vous retrouverez tout cela sur le net !

 

En effet, ce roman est la première  mouture, la matrice en quelque sorte de son précédent roman "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" paru en 1960 qui a obtenu le prix Pulitzer en 1961, et est devenu un tel best-seller mondial qu'il est toujours étudié en classe, non seulement en Amérique mais aussi dans l'hexagone.

 

"Va et poste une sentinelle" a été écrit en premier, puis refusé par son éditeur qui a demandé à l'auteur de développer davantage l'enfance de la petite Scout, ce qu'elle a fait dans "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur".

Ce dernier est devenu un symbole aux États-Unis, celui de l'antiracisme. Atticus Finch y est décrit comme un père et un avocat exemplaire. Il y défend un jeune noir accusé à tort de viol.

 

Dans "Va et poste une sentinelle" au contraire, Atticus apparaît comme raciste donc à l'opposé de ses idéaux.  Il participe à des réunions du Ku Klux Klan et il est membre d’une association locale très conservatrice.

L'auteur fait donc tomber Atticus de son piédestal et les américains ne le lui pardonnent pas !

 

En résumé, tout ce qui est important à savoir pour ceux qui ont lu les deux romans, c'est que "Va et poste une sentinelle" a bien été rédigé avant "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", mais que l'action se déroule 20 ans après.

 

 

 

On retrouve donc les principaux personnages mais dans les années 50.

 

Scout est devenue presque trentenaire et se fait dorénavant appeler par son vrai prénom,  Jean Louise. Elle est de retour à Maycomb pour deux semaines. Habituellement elle vit à New York et est venue passer quelques jours de vacances avec sa famille.

Elle est toujours intelligente, sensible et pétillante comme elle était enfant mais est devenue une jeune femme indépendante et consciente de ses droits.

Elle fume et adore provoquer le conformisme de sa tante et des habitants de Maycomb en s'habillant comme elle l'entend, en sortant sans chapeau, ni gants, et en pantalon par exemple !

Mais ses frasques vous le découvrirez, vont bien au delà de l'habillement et sont à l'image de ses aventures d'enfant...

 

Atticus est toujours avocat, bien que diminué par sa maladie qui l'empêche de se servir correctement de ses mains. Il a par contre beaucoup changé et vieilli.

Alexandra, sa soeur, la tante conformiste de Scout, vit maintenant auprès de lui, depuis que Jem le grand frère de Scout, est décédé subitement de la même maladie de coeur de leur mère, ce qui a anéanti la famille...et fortement diminué Atticus.

L'oncle, lui,  fait sa vie et passe toujours beaucoup de temps à philosopher.

 

Et Calpurnia, leur nounou, qui a bien vieilli, a pris une retraite bien mérité auprès des siens.

 

Jean Louise a une liaison pas forcément très sérieuse avec son ami d'enfance Henry Clinton (surnommé Hank) devenu le bras droit d'Atticus et qui désire l'épouser. Atticus a toujours soutenu et assisté Hank durant ses études de droit et maintenant il l'a pris comme assistant.

Mais Alexandra voit d'un mauvais oeil cette union : elle ne trouve pas Hank assez bien né, pour entrer dans la famille Finch.

Ces propos choquent profondément Scout.

 

Mais elle est encore plus choquée lorsqu'elle découvre parmi les livres de chevet de son père, un fascicule raciste.

Puis elle le surprend dans une réunion d'une association locale de défenseurs de la suprématie blanche "Le Conseil des citoyens" qui regroupent les personnalités les plus racistes du comté.

Elle découvre aussi, abasourdie, qu'Henry (Hank) soutient ces mêmes idées...

Terriblement déçue, elle se sent trahie pas celui qu'elle aime par dessus tout, son père. Et elle s'interroge ?

 

Comment Atticus, cet homme intègre opposé aux discriminations et à la ségrégation raciale peut-il siéger à un conseil des citoyens, aux côtés de ceux qui prônent la haine et la supériorité des Blancs sur les Noirs ?

Comment ses idées ont-elles pu à ce point évoluer ?

 

L'affrontement entre la fille et le père est inévitable...

Atticus se justifiera en disant qu'il est obligé de faire des concessions avec ses idéaux pour pouvoir continuer à défendre les lois de son pays.

Il lui demande : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?"

 

Mais Scout se rend compte qu'elle-même a changé : sa vie à New York a modifié sa perception des choses. Là-bas, personne ne s'offusque de s'asseoir  à côté d'un homme de couleur dans le bus ou le métro.

Ce qui n'est pas du tout accepté ici par les habitants de Maycomb, est quotidien là-bas et plus personne n'y prête attention.

Elle trouve d'ailleurs les habitants de Maycomb de plus en plus étriqués.

Elle ouvre les yeux, avec douleur, sur cette petite communauté qui était son royaume d'enfant.

 

Elle sera également déçue quand elle découvre que si elle-même a toujours considéré sa nounou comme une mère de substitution, Calpurnia, elle, a toujours su rester à sa place de domestique.

 

C’est toute l’incompréhension du Nord du pays envers le Sud dans les années 50 qui s’exprime ici à travers le nouveau regard que porte Jean Louise sur la petite ville...

 

Dans ce contexte la petite Scout rebelle devenue une jeune femme indépendante ne pourra que reprendre sa liberté...

 

Aussi, n'est-il pas étonnant que dans le contexte américain d'aujourd'hui, où la question raciale apparaît plus que jamais centrale (comme chez nous d'ailleurs), ce roman ait déjà tant fait parler de lui, depuis sa sortie...


"Chacun a son île, Jean Louise, chacun a sa sentinelle : sa propre conscience. Il n'existe pas de conscience collective."

 

 

Mon avis

 

J'ai eu du plaisir à retrouver les personnages.

Mais je reprécise que ce roman est un roman différent et qu'il ne constitue pas une suite...comme cela est mentionné dans beaucoup de chroniques sur le net. D'ailleurs les deux romans peuvent être lu séparément.

Mais bon j'aime bien la comparaison entre les deux...

 

 

Le style et l'écriture ne sont pas identiques : il y a des longueurs, les dialogues en particulier sont parfois lassants. Heureusement on retrouve l'humour de l'auteur et les frasques de Scout...

On sent que ce roman n'a pas été retravaillé. Il a du coup des points communs avec le précédent. Des anecdotes sont reprises et des remarques de Scout à peine modifiées...

 

Le changement d'idée d'Atticus apparaît finalement beaucoup plus vraisemblable...car en 1950 en Amérique, nous sommes dans une période trouble où la nation se déchire autour des questions raciales. Les lois interdisant la ségrégation scolaire sont en passe d'être appliquées et divisent la population. On constate aussi que beaucoup de personnes changent de point de vue au fur et à mesure des événements...

 

Scout a une prise de conscience douloureuse des idéaux de la province. Atticus tombe de son piédestal, ce piédestal où Scout l'avait toujours placé. Elle en sortira grandie et nettement plus encline à devenir enfin adulte.

L'auteur montre d'ailleurs la difficulté de devenir adulte, qui implique souvent de rejeter en partie ses parents et le modèle de vie qu'ils nous ont donné à voir, puis d'accepter le monde tel qu'il est et non pas comme on voudrait qu'il soit.

 

La difficulté étant bien sûr de conserver son libre arbitre et la possibilité d'exprimer ses idées, même opposées à celle des autres...ce que Scout est capable de faire, heureusement, car c'est comme cela que les lecteurs l'aiment !

 

Même si j'ai moins aimé ce dernier roman que "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" où la voix de la petite Scout m'avait beaucoup touchée...c'est un roman à lire car il décrit bien l'ambiance d'une époque, la montée du racisme, le traditionnalisme de toute une frange de la population et les peurs du changement dans les années 50 en Amérique.

 

Va et poste une sentinelle  / Harper Lee

 

Qui est l'auteur ?


Nelle Harper Lee est une écrivaine américaine, née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama, où elle réside encore aujourd’hui.

Après des études secondaires, elle entre à la Faculté Huntingdon puis à la Faculté de Droit.

Là elle commence sa carrière d'écrivain en publiant des articles pour des journaux étudiants. Elle devient d'ailleurs éditrice du journal satirique du campus.

Mais n'obtenant pas ses diplômes elle part à Oxford puis revient vivre à New York où elle travaille comme employée de bureau dans une compagnie aérienne.

Ses amis la poussent à écrire.  Truman Capote, son ami d'enfance en particulier, l'emmène avec lui lors de ses recherches autour du livre qui deviendra "De sang-froid" et paraîtra en 1966.

En 1957 elle présente un recueil de nouvelles à son agent qui lui conseille de développer l'une d'entre elles. Ce sera "Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur" qui paraît en 1959 (sous le titre original "To kill a Mockingbird"). Le succès du roman est immédiat ! Il connaît un destin hors du commun et reste  à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier.

Traduit en français en 1960, il obtiendra le Prix Pulitzer en 1961. Le roman est adapté au cinéma sous le titre "Du Silence et des Ombres" en 1962. Ce film réalisé par Robert Mulligan avec Gregory Peck dans le rôle principal récolta 3 Oscars dont celui du meilleur acteur et de la meilleure adaptation ainsi qu'un prix au Festival de Cannes.

Véritable plaidoyer pour la justice,  le roman paraît en même temps que les lois en faveur de l'abolition de la discrimination scolaire et de la reconnaissance des droits civiques des afro-américains qui donnent lieu en Amérique, à des manifestatons violentes.

 

Lee Harper cesse ensuite de publier des romans. A t-elle eu peur de ne pas faire aussi bien ?

Elle fait quelques apparitions discrètes dans des journaux comme "Vogue". Le bruit court qu'elle aurait continué à écrire sous un pseudo et pour l'instant si cela est vrai, le secret est bien gardé.

 

Elle a donc créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, "Va et poste une sentinelle" (Grasset, octobre 2015)...Plus personne n'attendait un de ses écrits.

 

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 07:55
Price / Steve Tesich

 

Dans une banlieue industrielle morne et grise des années 60, à East Chicago, Daniel Price, âgé de 17 ans tente de remporter le titre de champion de lutte de l'État...Mais il n'y arrive pas parce que, dans sa tête, il abandonne quelques secondes avant la fin du combat.

Pourtant il aurait pu obtenir une bourse et poursuivre ses études. Il aurait pu ainsi quitter la ville et partir... Mais le voulait-il vraiment ?

 

Avec ses amis, William Freund (dit Freud) et Larry Misiora, Daniel passe tout son temps à parcourir la ville : parfois ils vont à la bibliothèque pour réviser leurs examens, parfois ils se rendent chez Mme Dewey, une jeune femme battue par son mari qui aiment bien sympathiser avec les jeunes de terminale...

 

Souvent, ils passent simplement du temps ensemble à discuter de leur propre vision de l'avenir qui semble tout tracé. En effet tout indique qu'ils n'auront pas de choix et que plus tard, ils travailleront à l'usine.

 

Ils savent qu'ils sont à un moment charnière de leur vie, où il leur faudra prendre des décisions importantes, prendre leur envol pour quitter l'adolescence et devenir des adultes mais ils ne veulent pas encore se poser trop de questions...

Ils vivent leurs derniers jours de lycéens et comptent bien en profiter avant l'obtention de leur diplôme.

Mais une fois le diplôme en poche les choses changent. C'est l'été et les vacances.

 

Pour Daniel tout bascule parce qu'il tombe amoureux fou de Rachel Temerson, une mystérieuse jeune femme qu'il a rencontrée par hasard un soir de balade dans un quartier chic de la ville. Elle vit avec son père, un photographe passionné mais non moins paumé...

 

Au même moment, le père de Daniel, fait régner une ambiance de plus en plus morose à la maison. Il travaille dans une usine de la ville,  la Standard Oil Company d'où il rentre souvent fatigué. En fait, il est malade et le verdict est sans appel : c'est un cancer et il doit être hospitalisé d'urgence.

Daniel fait alors passer la maladie de son père au second plan, pire il devient cynique et voit là une occasion rêvée d'amener Rachel à la maison et de pouvoir enfin, lui faire l'amour. Enfin, c'est ce qu'il imagine...car il imagine beaucoup !

Il va d'ailleurs devenir totalement obnubilé par Rachel...

Il en délaisse ses amis, fuit sa maison, la tristesse et la maladie et s'accroche à elle en voulant la forcer à l'aimer.

 

Mais Rachel est une fille changeante et instable. Ce qui lui fait plaisir un jour, elle le déteste le lendemain... Daniel s'épuise à chercher à la comprendre. De plus, elle a des secrets bien gardés.  Elle entraine l'adolescent dans une spirale infernale de déception et de frustration, alternant avec des moments de tendresse et de pur bonheur qui paraissent irréels.

Lui rêve de fusion, il prend ses illusions et ses rêves pour la réalité...

 

Daniel mettra tout en oeuvre pour la séduire, tandis que chez lui, son père, revenu de l'hôpital  parce qu'ils n'ont plus d'argent pour le soigner,  agonise et vit ses dernières heures...

Pour fuir la maladie, l'agressivité et la souffrance de son père, Daniel sort de plus en plus souvent retrouver Rachel mais sans toujours savoir ce qui l'attend auprès d'elle.  Il ne veut plus se laisser envahir par la tristesse de sa mère, et la rancoeur ou l'agressivité de son père qui harcèle sa mère sans arrêt pour la voir sourire...

 

Daniel va vivre un terrible été durant lequel il perdra peu à peu  ses amis, son père et son premier amour...et toutes ses illusions.

Il trouvera dans l'écriture une forme d'apaisement. Grâce à la bibliothécaire qui se trompe de nom en le voyant, il va changer d'identité et se permettre la liberté de devenir un autre...

 

 

Ce que j'en pense

 

La relation d'amour est au centre de ce roman initiatique, en particulier l'amour père-fils.

On sent que cette relation difficile faite d'incompréhesion mutuelle, a des racines dans le vécu de l'auteur.  L'auteur explore toute l'ambivalence des sentiments du fils envers son père malade, à un moment de sa vie où ses propres sentiments et ses pensées vont vers ses propres préoccupations d'adolescent amoureux (l'envie obsessionnelle de voir Rachel, de l'embrasser, de lui parler, de lui faire l'amour...) plutôt que vers les problèmes des adultes.

 

"J’avais l’impression d’être un monstre. Furieux, je n’arrivais pas à m’arracher à ces pensées coupables. Comment pouvais-je être si insensible ? Mon père se trouvait à l’hôpital, atteint d’un cancer. Mon père. L’hôpital. Un cancer. J’essayais d’imaginer ce que je ressentirais à sa place, à la place de ce petit homme qui, pour autant que je sache, avait passé sa vie en proie à un morne désespoir, à une tristesse sans bornes, et dont l’existence touchait maintenant à sa fin. La moindre des choses, dans un moment pareil, c’était de pouvoir compter sur l’affection de sa progéniture, son fils unique. J’essayais de penser à lui mais un sentiment de révolte teinté d’égoïsme m’en empêchait. Je voulais me concentrer sur mon bonheur, pas sur sa tragédie."

 

L'auteur exprime très clairement la peur de Daniel de ne pas arriver à s'affirmer, à se détacher de ce père qui incarne le désespoir et la mort. Les dialogues entre Daniel et son père sont terribles et les dégâts psychologiques que peuvent avoir de tels mots sur un adolescent semblent irréversibles...

 

L'amour entre Daniel et sa mère transparaît à chaque page. C'est une femme solide et équilibrée qui cherche à le comprendre tout en préservant sa liberté et ses émois. Elle accepte sa révolte, sa tristesse ou sa colère. Enfin elle acceptera son départ comme inéluctable. Il faut dire qu'elle l'avait vu dans le marc de café qu'elle sait interpréter comme elle y avait vu la maladie et la mort de son mari...
 

L'amour exclusif de Daniel pour Rachel est un amour d'adolescent qui rime forcément avec toujours. Celui qu'on a voulu non pas recevoir tel qu'il était mais forger pour qu'il ressemble à nos propres rêves...

Forcément il mène Daniel vers la déception. Car il ne se doute à aucun moment que Rachel lui ment, par omission, sur sa propre vie.

 

Il nous donne des pages très poétiques. 

 

"Je dormais, rêvant les mots que j'écrivais s'envolaient de la feuille pour pénétrer l'âme des gens que je connaissais. Le mot "aimer" se détacha du papier pour se loger dans le cœur de Rachel, où il se mit à briller".

 

"On ne peut jamais vraiment tout savoir. Il y aurait toujours des aspects de Rachel qui m'échapperaient. Le comptable en moi ne réussirait jamais à en obtenir le portrait complet simplement en additionnant les images que j'avais d'elle. Le lutteur en moi ne parviendrait jamais à l'immobiliser au sol pour la définir une fois pour toutes. Peu importait le nombre de mots que j'écrirais et de journaux que je noircirais, l'ecrivain en moi n'arriverait jamais à expliquer la souffrance qu'elle faisait naître dans mon âme, ni à trouver le moyen de m'imposer dans son coeur, à l'exclusion de tous les autres. Elle était insaisissable. "

 

Mais ces pages très poétiques alternent avec des dialogues d'une violence psychologique rare.

 

L'amour particulier entre Rachel et son pseudo-père...je n'en parlerai pas car ce serait dévoiler trop d'éléments de l'histoire.

 

Ce roman nous parle aussi d'amitié, de maladie, de vie et de mort, de jeunesse et surtout, de la fin des illusions qui marque le passage de l'adolescence à l'âge adulte...et fait qu'un individu devient ce qu'il est.

 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas un roman très optimiste et il y a beaucoup de tristesse dans ses pages, mais il se termine sur une note d'espoir puisque Daniel se métamorphose, assume sa liberté et quitte la ville et la petite vie étriquée et routinière qui lui était promise...

"Aujourd’hui, j’ai quitté l’endroit où j’ai grandi, convaincu que le destin n’est qu’un mirage. Pour autant que je sache, il n’y a que la vie, et je me réjouis à l’idée de la vivre.

Ainsi commençait le journal de James Donovan.

Et je m’en allai par le monde".

 

Il n'y a pas d'intrigue.  Seul le talent de l'auteur permet à ce roman initiatique de nous tenir en haleine. On veut savoir la suite et ce que deviendra Daniel.. Le lecteur s'attache aux personnages, au héros qui pourtant n'est pas toujours très sympathique tant il est est égoiste et narcissique, mais aussi aux personnages secondaires qui font partie intégrante de sa vie.

On a du mal à se détacher de cette lecture tant elle est réaliste et vivante.

Tous les personnages du roman sont victimes de leurs rêves et de leurs déceptions. Ils tentent d'échapper à leur vie, chacun à leur façon et c'est ce qui nous les rend si sympathiques. 

 

L'auteur sait remarquablement bien nous replonger dans l'adolescence, ses doutes, ses contradictions, ses émois, ses bouleversements émotionnels qui font de chaque instant un drame ou un éblouissement...jusqu'à ce que l'adolescent trouve sa place dans le monde.

"Chaque fois que nous apercevions Diane, c'est-à-dire souvent, sa beauté nous accablait. Nous fixions le tracé de ses dessous, respirions les effluves de son parfum et nous sentions encore plus accablés. Tous les trois nous réalisions cruellement que, de toute notre existence, quoi que nous fassions, nous ne serions jamais, au grand jamais, l'heureux qui embrasserait Diane Sinclair, et que le reste de notre vie ne serait qu'une longue et sordide quête d'un lot de consolation".

 

C'est un très beau roman sensible qui sonne juste à chaque page et que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire.

 

 

Qui est l'auteur ?

 

Stojan Tešic (Steve Tesich) est né en 1942 en Serbie. (=la Yougoslavie au moment de sa naissance).

Pendant la seconde guerre mondiale, son père s'oppose au régime communiste du général Tito et se réfugie en Angleterre. En l'absence du père, le jeune Stojan est élevé par sa mère et ses soeurs. Il s'invente un père imaginaire pour remplacer celui qu'il ne connaît pas...

Toute la famille fuit aux États-Unis et se retrouve réunie en 1957. Stojan a un peu plus de 14 ans : il devient Steve et ne parle pas un mot d'anglais...heureusement, il sera doué pour apprendre !

Après le lycée, il obtient une bourse de lutteur à l'Université d'Indiana, ce qui lui permet de poursuivre ses études de littérature russe. Puis il remplace la lutte par le cyclisme...

Il commence un doctorat à Columbia, mais ne le poursuit pas : il a décidé de devenir écrivain et en particulier dramaturge. Il se met donc à écrire des pièces de théâtre.

Pour vivre, il est d'abord travailleur social à Brooklyn, écrit des chansons, puis des scénarios dont certains seront portés à l'écran comme par exemple celui adapté du roman de John Irving, "Le monde selon Garp"...

 

 

L'auteur est décédé prématurément d'une crise cardiaque en 1996. Ses deux romans ont donc été édités à titre posthume.

 

"Price" son premier roman paraît aux États-Unis en 1982 sous le titre "Summer Crossing" : il rencontre immédiatement un succès international mais il restera inédit en France jusqu'en 2014...à part une première traduction sous le titres "Rencontre d'été" aux "Presses de la Renaissance" en 1998 qui n'a pas propulsé l'écrivain sur le devant de la scène.

"Price" est considéré comme "l'autre grand roman" de Steve Tesich.

L'autre, c'est "Karoo", paru en 2012, aux Éditions "Monsieur Toussaint Louverture" et en 2014 en Points Seuil, mais écrit des années après "Price". C'est ce roman là qui l'a fait connaître au public français.

Je n'en connaissais aucun des deux. Il ne me reste pluqu'à lire "Karoo"...

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