Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Londres ressemblait à Calcutta par certains aspects mais en moins honnête...
Les secteurs aisés étaient colorés en bleu et les pauvres en différentes nuances de rouge, avec les rues les plus misérables en cramoisi profond. Dans un rayon d'un mile à Whitechapel il n'y avait guère de bleu, et les plus rouges étaient bourrés d'étrangers, essentiellement des Juifs, une centaine de milliers qui fuyaient la terreur sanglante des pogroms qui semblaient se produire sans cesse dans les Russies. Persécutés et sans un sou, ils étaient venus en Angleterre...
Nous sommes en 1922, le roman débute alors que Sam Wyndham vient de quitter Calcutta pour tenter de se défaire définitivement de son addiction à l'opium, une addiction qui le poursuit depuis plusieurs années, depuis qu'il séjourne en Inde. Il laisse donc pour un temps son travail et son coéquipier Satyendra qui part dans sa famille.
Sam se retrouve donc, bien diminué et moralement perturbé au coeur de l'Assam, une région perdue de l'Inde où il vient d'être accueilli dans un ashram. Là, les soins mis en place ne sont pas de tout repos et le manque d'opium est évidemment très douloureux, l'obligeant à se lever la nuit pour aller boire une tisane infâme censée compenser les effets secondaires du manque.
Mais même là-bas son passé le poursuit...
En 1905, alors qu'il était tout jeune policier à Scotland Yard, à Londres, il travaillait dans les quartiers populaires. Il avait eu à élucider le meurtre de la jeune Bessie (Elisabeth Drummond) qu'il connaissait bien, mystérieusement perpétré alors que l'appartement était fermé de l'intérieur. Il a laissé condamner par ses supérieurs le voisin juif, Vogel, seul capable vu la configuration des lieux, de remonter chez lui à partir de la chambre de la jeune femme, par la gouttière, après avoir fermé la porte. De plus, on avait retrouvé l'arme du crime, dans son appartement, sous son lit.
Sam Wyndham n'avait pas pu apporter la preuve de son innocence, bien qu'il connaisse le coupable qui était le patron de Bessie, Jérémiah Caine. Il avait tué la jeune femme car elle avait deviné certains secrets le concernant et devenait désormais dangereuse pour lui. Il s'était ensuite enfui du pays avant que Wyndham puisse le faire arrêter. De plus, tous les témoins de l'affaire avaient été supprimés mystérieusement les uns après les autres.
Et voilà que dix-sept ans après, dans cette région éloignée de tout, ce n'est pas une hallucination (un des effets du manque), c'est bien cet assassin qu'il aperçoit à la gare en arrivant...
Voilà que peu de temps après, un des pensionnaires de l'ashram est mystérieusement retrouvé mort dans la rivière proche. Tout le monde en déduit qu'il s'agit d'un simple accident, mais Sam n'y croit pas un instant, et son trouble augmente quand il réalise que cet homme, en pleine nuit, a la même corpulence que lui et que donc c'est lui-même qui était visé par le tueur.
Dès lors, Sam n'a de cesse que de rechercher l'assassin de Bessie...
C'est arrivé sur le quai. Comme un coup de tonnerre. Une décharge électrique de terreur. Le temps d'un battement de coeur j'ai croisé un fantôme, un mort, un homme que j'ai vu pour la dernière fois il y a presque vingt ans. Son regard a traversé le hall de la gare pour me transpercer. Plus vieux, ravagé par le temps, mais toujours avec la même froide fixité. Certes, avec les années la mémoire joue des tours, mais il est difficile d'oublier le visage de l'homme qui a essayé de vous tuer.
Ce n'est pas la première fois que je suis forcé de méditer sur la nature de mes compatriotes. Nous aimons nous voir comme une race noble, architecte du plus grand empire que le monde ait jamais connu, mais notre comportement reste enraciné dans la mentalité étroite de cette petite île humide d'où nous venons...
Nous sommes outragés à l'idée qu'un homme avec une teinte de peau différente puisse avoir la témérité de manger dans la même pièce que nous, en négligeant allègrement le fait que ce pays est le sien et que nous y sommes les étrangers.
Ce roman fait suite à :
- L'attaque du Calcutta-Darjeeling présenté ICI sur mon blog.
- Les princes de Sambalpur, présenté ICI sur le blog.
- Avec la permission de Gandhi, présenté ICI sur le blog.
C'est donc la quatrième fois que le lecteur retrouve Samuel Wyndham (dit Sam) ancien membre de Scotland Yard et le sergent Satyendra Banerjee son adjoint d'origine indienne qui a fait des études en Angleterre.
Je rappelle ici qu'il vaut mieux lire la série dans l'ordre. Les événement passés ont de l'importance non pas pour comprendre l'enquête qui est indépendante des précédentes, mais pour mieux appréhender les personnages et leur évolution personnelle.
C'est encore une fois un polar addictif sans temps mort, dont l'action se partage dans cet opus, entre Londres et l'Inde. Le rythme est donné par l'alternance des chapitres et la double enquête menée à deux époques différentes.
J'ai aimé me retrouver dans cette ambiance particulière, propre à l'auteur et retrouver son humour et le regard acéré qu'il porte sur ses personnages.
Il ne nous cache rien du racisme anti-juif qui sévissait dans l'Angleterre du début du 20ème siècle, alors que les Juifs fuyaient la Russie pour venir se réfugier dans les bas quartiers des grandes villes européennes (certains bateaux débarquaient à Londres), ni de celui qui touche les indiens qui malgré leur révolte, leur désir d'indépendance, et le mouvement non-violent mené par Gandhi, doivent encore subir le mépris des colons britanniques qui n'ont toujours pas compris que leur empire court à sa perte. Les rapports entre les différentes communautés sont remarquablement bien décrits.
J'ai préféré l'ambiance indienne à celle des faubourgs de Londres et pourtant l'auteur les met admirablement bien en parallèle. Le lecteur ne peut qu'assister impuissant à la similitude des situations. Les juifs sont rejetés parce qu'étrangers fuyant la misère, venus quérir un emploi et le droit de vivre alors que les anglais ont déjà tant de mal eux-aussi à survivre. Quand la presse s'en mêle, ils tiennent lieu de boucs émissaires. Les indiens n'ont toujours pas le droit de vivre libres dans leur propre pays colonisé.
A cela, l'auteur ajoute une bonne dose de mystère en nous permettant d'assister au suicide collectif des étourneaux à Jatinga, et aux tristes prémonitions d'un fakir.
La relation entre Sam Wyndham et Satyendra que l'on retrouve seulement à la fin du roman, a beaucoup évolué, mais ce dernier même s'il se rebelle et a pris de l'assurance, n'oublie pas ce qui le relie à Sam.
J'espère mettre moins de temps à me procurer l'opus suivant, "Les ombres de Bombay", traduit en français il y a déjà deux ans, mais qui n'est toujours pas dans ma médiathèque.
J'ai présenté récemment du même auteur, Les fugitifs (voir ICI) qui est un roman indépendant.
Retrouver l'avis de Keisha ICI, Dasola ICI et Alex ICI qui a présenté récemment le 4ème volet mais je n'ai pas trouvé ses chroniques pour les précédents.
La lecture de ce roman policier me permet de participer encore une fois au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar", voir le récapitulatif des lectures ICI.
Et avec ce polar, je coche la case "flic dépressif".
Je m'arrête, stupéfait par ce que je vois. Un soleil ambré se lève, passant du rouge sang à l'or. Au-dessous une tapisserie de collines verdoyantes s'étend vers un horizon bleu et les vallées entre elles sont enveloppées dans une brume matinale soyeuse. Au loin apparait Jatinga...
L'air est frais, la brise de l'aube apporte le parfum des fleurs sauvages.
La semaine dernière je n'aurais rien remarqué de tout cela.