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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La saga des émigrants 2 : La traversée / Vilhelm Moberg

Le Livre de poche 2003

Le Livre de poche 2003

Le capitaine de la "Charlotta" avait un peu pitié de ces pauvres rats des champs sortis des trous où ils étaient bien à l'abri pour se lancer sur les flots pendant des mois. Certains n'avaient peut-être même pas mis les pieds sur une barque à fond plat, jamais vu d'étendue d'eau plus grande que leur lavoir _ et voilà que, d'un seul coup, ils s'avisaient de traverser l'Océan ! Ces pauvres diables ne supportaient généralement pas la mer...

Après avoir dépeint dans le premier opus présenté ICI, la vie des paysans suédois dans la région éloignée du Småland, et expliqué pourquoi un petit groupe de villageois a décidé d'émigrer en Amérique du Nord, l'auteur nous raconte leur éprouvante traversée de l'Atlantique. Pour eux qui ont tout quitté, laissant derrière eux, famille, amis et maison, et qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau, il s'agit d'une épreuve terrible. 

Karl Oscar et la petite troupe du village embarquent sur la Charlotta à destination de l'Amérique. C'est en fait un tout petit bateau qui n'a pas l'air en très bon état ce qui ne manque pas d'inquiéter les soixante dix-huit passagers qui montent à bord. Mais c'est un bateau qui a fait ses preuves et après une longue carrière, s'est spécialisé dans le transfert d'émigrés ce qui est tout de même rassurant pour eux. 

La vie à bord devient très vite compliquée. Les hommes et les femmes sont séparés, l'entrepont se trouve très vite trop petit et l'air y devient irrespirable. Les paysans qui ne sont jamais montés sur un bateau attrapent tous très vite le mal de mer et, la promiscuité aidant, d'autres maladies et des poux ce qui dégoûte profondément Kristina qui a toujours été très à cheval sur la propreté pour elle et les siens.

De plus, personne n'est habitué à l'oisiveté. Pour occuper ses journées, Robert tente d'apprendre l'anglais et ne comprend pas pourquoi les mots sont écrits deux fois et différemment dans son livre (il découvrira plus tard la phonétique). Il tente aussi de l'apprendre à Elin, la fille d'Ulrika, mais elle pense comme le lui a dit Danjel, l'oncle de Kristina, qu'arrivée là-bas Dieu lui donnera la capacité de comprendre et parler la langue spontanément sans aucun effort de sa part. Quand il n'apprend pas l'anglais, Robert observe les marins et les manœuvres et tente d'en apprendre davantage sur le vocabulaire maritime. 

Durant la traversée, les vents leurs sont contraires, ce qui retarde considérablement l'avancée du bateau et ils devront essuyer plusieurs tempêtes dont une particulièrement violente pendant laquelle les passagers verront leur dernière heure arriver. Mais le capitaine est un vieux loup de mer qui sait ce qu'il fait. 

Tout cela allonge considérablement le voyage de plusieurs semaines et a pour conséquence que nombre de passagers perdent espoir tandis que d'autres sont victimes du scorbut. Comme le savait le capitaine Lorentz, certains n'y survivront pas et ne verront jamais leur rêve d'atteindre l'Amérique se réaliser...mais ce ne sont pas toujours ceux qui semblaient les plus affaiblis, ni ceux que l'on croyait perdus...

Nous sommes partis et presque rien n'est comme je l'avais imaginé. Mais peu importe ce qu'il adviendra de nous, je ne changerai pas d'avis. Ce que l'homme peut faire de plus stupide, c'est de regretter des actes, qui ne peuvent être modifiés. Il est possible que j'aie fait notre malheur...si les choses tournent mal je ne pourrai rejeter la faute sur personne d'autre. [Karl Oskar]

Un petit oiseau pénétra dans l'existence des émigrants et transforma leur existence en pensée et en rêve. Il apportait à ces gens de la terre temporairement en mer un message leur parlant du sol, des fleurs, des arbres de la forêt et des blés dans les champs. Ses ailes étaient vertes comme les feuilles de bouleau venant d'éclore, son cou blanc comme la linaigrette des près, les couleurs de ses plumes étaient celles de la terre et de ce qui poussait dessus. Il venait de la partie du globe dont Dieu avait fait la demeure des hommes et des bêtes, c'était pourquoi il était des leurs...

Ils furent surpris de constater qu'ils pensaient toujours à la Suède comme à leur pays. Pourtant, aucun d'eux n'avait plus de foyer sur cette terre à laquelle ils avaient tourné le dos. Ils avaient tous quitté leurs anciennes demeures pour en chercher de nouvelles. Pourtant la Suède demeurait "leur pays". C'était étrange et ils réfléchirent longtemps à ce fait.

J'ai aimé poursuivre la découverte de cette saga familiale, sociale et historique.

Malgré la longueur du voyage, les détails donnés sur la vie quotidienne difficile, la promiscuité, les altercations diverses, les descriptions de la vie sur le bateau en particulier des tempêtes et des maladies... l'auteur a su susciter notre intérêt. Il nous permet de suivre chacun des personnages dans ses doutes et ses espoirs alors qu'ils réalisent qu'ils ont vraiment quitté leur pays et que c'est pour toujours.  L'auteur étudie leur comportement avec réalisme mais aussi beaucoup d'humanité et une once de tendresse. Il nous montre comment chacun occupe son temps et évolue dans ses pensées. L'auteur sait mettre suffisamment de suspense lors des passages dramatiques pour relancer notre intérêt de lecteur. 

Le roman met l'accent sur Karl Oscar (et son groupe). En voyant Kristina affaiblie par sa nouvelle grossesse, et ses enfants amaigris, car les vivres et l'eau vont être rationnés au cours du voyage,  il a peur pour eux et commence à culpabiliser d'avoir rêver à une nouvelle vie, et à une nouvelle terre à cultiver. J'ai aimé la manière dont l'auteur,  avec sa plume très réaliste, nous décrit les affres qui le traversent.  

Robert le jeune frère est influençable et ses connaissances de l'Amérique acquises à partir d'un livre, vont s'agrandir avec les récits d'un certain Fredrik Mattsson, surnommé "l'Américain" mais qui en fait, vous le découvrirez, n'a jamais mis les pieds en Amérique...ce que le lecteur pressent très vite. Il apprend beaucoup aussi des marins en observant et en les écoutant et le vocabulaire marin n'a quasiment plus de secrets pour lui.

Ulrika est tellement soulagée de laisser derrière elle sa triste réputation de prostituée qu'elle est en pleine santé, elle n'attrape même pas des poux, et même si Kristina continue à la tenir à distance, la traversée va voir évoluer leurs relations. 

Quant à Danjel, il se contente de prier mais la traversée mettra sa foi à rude épreuve.

Vous l'aurez compris l'auteur centre son récit sur les personnages, et leur vie sur le bateau. Le lecteur est immergé dans la vie quotidienne des immigrés et par moment il a comme eux, besoin d'air, il a du mal à tenir sur ses deux jambes quand le bateau tangue et craint pour sa vie les jours de tempête...et cela pendant les dix semaines de traversée. C'est long mais très réaliste et le lecteur ne peut s'empêcher de penser à tous ceux qui ont ainsi tout laissé derrière eux pour partir avec courage et espoir recommencer à vivre ailleurs, fuyant dans le cas des Suédois et durant le 19e siècle injustice et pauvreté en espérant un avenir meilleur pour eux et leurs proches. 

Autant vous dire que le lecteur est soulagé quand la veille de la Saint-Jean avec des semaines de retard, la Charlotta vient s'amarrer dans le port de New York et comme pour toutes les séries, je n'ai qu'une envie c'est de découvrir très vite le tome 3 ! 

Retrouvez l'avis d'Ingannmic ICI, de Keisha ICI (qui a présenté les deux premiers opus ensemble), Alexandra ICI  et de Fanja ICI. Et j'en oublie certainement, désolée ! 

La lecture de cet opus qui nous fait voyager en mer entre la mer Baltique, la Mer du Nord, la Manche, l'Océan Atlantique...me permet de participer une nouvelle fois au Book Trip en mer de Fanja.

et puisque ce roman appartient à une série, je participe aussi au challenge de Philippe, les Séries et trilogies de l'été, voir ICI

Bonne lecture ! Bonne lecture !

Bonne lecture !

"L'ivresse de la Terre" s'empare des passagers de la "Charlotta". L'existence à bord leur avait fait perdre la joie de vivre et l'énergie. L'ivresse de la Terre leur rend leurs forces. Ils voient à nouveau de la verdure...

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