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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Les Années glorieuses 1 : Le Grand Monde / Pierre Lemaitre

Calmann-Lévy, 2022 / Livre audio, 2022 / Le Livre de poche 2023

Calmann-Lévy, 2022 / Livre audio, 2022 / Le Livre de poche 2023

_ La paix, c'est quand même mieux que la guerre...
_ Ça dépend. Parce qu'il y a guerre et guerre. Par exemple en France, les gens se foutent complètement de se qui se passe ici parce qu'il n'y a que des militaires de carrière. Tant que les appelés du contingent ne viendront pas crever dans les rizières, pour les Français, la paix ou la guerre, ça sera la même chose, parce que ça ne changera rien à ce qu'ils ont dans leur assiette.

Le roman débute en mars 1948 au Liban à Beyrouth.

Toute la famille Pelletier s'est réunie pour fêter l'anniversaire de la création de la savonnerie familiale que les parents (Louis et Angèle) ont monté dans les années 20, dès leur arrivée de France. Le lecteur fait donc tout de suite connaissance avec chacun des membres de la famille. Au départ modeste, la savonnerie est devenue très vite florissante et elle assure à la famille un certain niveau de vie. Les quatre enfants Jean, Etienne, François et Hélène sont de jeunes adultes prêts à quitter le nid familial mais aucun ne veut s'engager à reprendre le flambeau. 

Le premier à partir pour Paris a été François. Il doit normalement poursuivre ses études à Normal Sup mais il abandonne très vite les cours pour vivre sa passion, le journalisme et, alors qu'un crime est perpétré dans un cinéma lors de sa présence dans les locaux, il réussit à se faire embaucher par un journal dans lequel il pourra couvrir la rubrique des faits divers, dont ce crime. Mais il découvre qu'il est très difficile de se faire une place dans ce milieu... 

L'ainé Jean, surnommé Bouboule à cause de son embonpoint, est marié à Geneviève, la fille du receveur des postes de Beyrouth. Le couple quitte le Liban à son tour pour Paris, quelques mois seulement après François. Là bas, Jean espère mieux réussir sa vie que lors de ses tentatives précédentes. Son père avait en effet décidé de lui transmettre l'entreprise familiale mais tout cela n'était pas fait pour lui...Ses échecs n'ont fait que le diminuer moralement davantage auprès de ses parents, de sa fratrie et surtout de sa femme. Il est psychologiquement très fragile et ne maîtrise plus sa colère lorsqu'il est acculé. Il devient alors terriblement angoissé et peut commettre des actes gravissimes, mais je vous laisse découvrir lesquels et en quoi consiste son côté noir et pervers.  

Quand Etienne décide lui-aussi de partir pour rejoindre Raymond, son amant, qui s'est engagé dans la légion en Indochine pour combattre les Vietminh, sa mère est effondrée car elle le sait fragile, mais sa soeur Hélène dont il est très proche, l'est encore davantage. Arrivé là-bas rien ne se passera comme prévu. Etienne se sent très seul et étouffe dans cette ville qui semble pourtant loin de la guerre mais dont il est finalement prisonnier. Raymond parti en mission reste introuvable et personne ne veut rien lui dire qui expliquerait sa disparition. Le travail à l'Agence des monnaies est ennuyeux et très vite Etienne va découvrir un trafic juteux et dangereux sur lequel il va enquêter afin d'essayer de le stopper : l'affaire des piastres. 

Hélène enfin se décide à quitter en catimini la famille. Elle est devenue la maîtresse de son professeur de maths par ennui mais finalement s'ennuie avec lui, d'autant plus qu'il ne la respecte pas. Arrivée à Paris où elle veut s'inscrire aux Beaux-Arts, elle embarrasse ses frères qui sont bien trop occupés et qui n'avaient pas prévu son arrivée. De plus, ils sont petitement logés et ne veulent pas l'héberger... 

Tous vont aller de déception en déception dans leurs projets respectifs ! 

Grâce à la guerre, les Français trafiquaient de la piastre. Les sociétés, le capitalisme local profitaient de ce trafic pour s'enrichir, pour se gaver, mais il y avait pis.
Le Viêt-Minh était parvenu à entrer dans le système.
À profiter du trafic de la piastre pour s'équiper.
Ça voulait dire une chose, une seule, terrible, d'une importance tragique.
Dans la guerre qui les opposait, La France, sans le savoir, finançait le Viêt-Minh.

Le coeur de sa vie, c'était l'amour, ce qui tombait mal. La petite société de Beyrouth dans laquelle baignait la famille Pelletier était trop civilisée pour le rejeter en raison de ses préférences sexuelles, mais trop bourgeoise pour l'accepter sans arrière-pensée. Aussi Etienne s'était-il toujours senti dans un entre-deux dont sa propre famille était, en quelque sorte, la miniature.

Voilà le premier opus de la nouvelle série de Pierre Lemaitre "Le Grand monde" que je voulais lire depuis longtemps et qui était  enfin disponible à la médiathèque avant l'été (après de longs mois d'attente sur réservation).  Il s'agit d'une tétralogie intitulée "Les années glorieuses" et j'aurai donc l'occasion de vous présenter les tomes suivants très bientôt, enfin j'espère.

De l'auteur, j'ai déjà lu "Les enfants du désastre", trilogie se passant pendant l'entre-deux-guerres que vous pouvez retrouver sur mon blog. "Au revoir là-haut", ICI"Couleurs de l'incendie" ICI et "Miroir de nos peines" ICI.

Je ne regrette pas ma patience. C'est un roman qui mêle de manière astucieuse une saga familiale, des enquêtes criminelles, des scandales financiers, l'Histoire de l'Indochine pendant la Guerre avec son lot de guérilla d'une grande violence, ses trafics en tous genres et celle de la France durant les Trente Glorieuses avec son lot de problèmes_ des tickets de rationnement toujours en cours en passant par les grèves des mineurs et les manifestations liées au chômage d'après-guerre et aux pénuries en tout genre, manifestations violemment réprimées par la police de l'époque. 

Nous voyageons de chapitre en chapitre entre Beyrouth, Paris et Saïgon. Trois villes donc dans des lieux totalement différents. 

Dans cet opus, l'auteur met Saïgon en avant pendant la Guerre d'Indochine et ne cache rien des cruautés de part et d'autres, ni du scandale lié à l'affaire des piastres  grâce auquel des gens hauts placés s'enrichissent en montant des projets fictifs. L'auteur se serait inspiré du personnage de François-Jean Armorin, un journaliste disparu dans une catastrophe aérienne, qui a réellement existé et aurait mis au jour ce trafic juteux pour certaines personnes en France, ou en Indochine. Cette affaire des piastres aurait permis de financer l'achat d'armes à destination du VietMinh et servait donc avec l'argent français... à tuer des soldats français.

A Paris, on découvre les faits divers et la manière dont ils sont traités à l'époque des Trente Glorieuses. De Beyrouth par contre on ne saura pas grand chose dans cet opus, peut-être dans le suivant ?

Le plaisir de retrouver Pierre Lemaitre a été entier pour moi quand je pense que j'ai failli l'abandonner pour toujours après avoir lu le premier opus de sa précédente série qui m'avait à l'époque énormément dérangée. J'avais failli à maintes reprises en arrêter la lecture, comme quoi la persévérance permet de faire de belles découvertes.

Tout d'abord la lecture de ce roman est facile et fluide, et les chapitres sont courts.

L'auteur est un conteur et un "manipulateur" hors pair et le lecteur se laisse prendre avec délice par ses propos finissant même par ne plus être choqué par rien, enfin presque en ce qui me concerne surtout en ce qui concerne Jean / Bouboule, c'est comme si notre jugement était engourdi. Je finis par aimer le regard ironique et truculent qu'il porte sur les gens et les événements. 

Les personnages sont bien décrits et très crédibles sauf peut-être quelques-uns des personnages secondaires. Bien entendu, j'ai trouvé un peu caricaturale Geneviève, l'épouse de Jean, mais elle est tellement impossible à vivre, tellement odieuse (et pas très futée) que ses frasques finissent par devenir carrément amusantes. 

Les dialogues sont savoureux et les relations parents- enfants parfois émouvantes. 

J'ai été immédiatement immergée dans l'histoire, car les différents chapitres nous permettent d'alterner les lieux et les personnages, les rebondissements sont bien présents, et inattendus, ce qui fait monter le suspense et donne envie de poursuivre la lecture.  De plus, comme vous le verrez si vous n'avez pas encore lu cet opus, des ponts sont bâtis entre cette série et la précédente et j'ai trouvé cette idée très originale. 

La lecture de cet opus me donne envie de continuer la lecture de cette série et je viens comme par hasard de trouver le second opus disponible à la médiathèque la semaine dernière...

Lire l'avis de Jean-Paul (Fandol sur Babelio) sur son blog ICI, celui de Ghislaine (Cancie sur Babelio) qui partage le même blog voir ICI, voir l'avis de Dasola ICI de  Violette ICI, de Brigitte / Ecureuil bleu ICI et de bien d'autres...que j'oublie je m'en excuse. 

Cette lecture me permet de participer encore une fois au challenge de Philippe "Séries et trilogies de l'été" (voir ICI) et l'édition comprenant 592 pages (768 pages dans l'édition de poche)  au challenge de Sibylline "Les pavés de l'été"  (voir ICI). 

Bonne Lecture ! Bonne Lecture !

Bonne Lecture !

Personne ne se serait passé des services de ce médecin qui était une institution, même si on ne savait jamais qui, de lui ou de la maladie, serait le plus dangereux.
- C'est un imbécile..., lâcha le garçon.
- Non, c'est un con.
- C'est pareil.
M. Pelletier s'arrêta de jouer.
- Non, c'est pas pareil. Si tu expliques trois fois un truc à quelqu'un et qu'il ne le comprend pas, c'est un imbécile. Mais si, à la fin, il est certain de l'avoir compris mieux que toi, alors, tu as affaire à un con.
Le garçon fit une petite moue.
​​​​​​​- Oui, dans ce cas, pas de doute. Doueiri est vraiment un con.

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R
Merci pour cet échange<br /> Bonne semaine Manou<br /> Rose
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