Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Au cours de l'hiver qui suivit l'été de la révolte des Sioux, de gros blocs de pierre tombèrent des yeux de l'Indien et restèrent là, gisant au pied de la falaise.
L'Indien pleurait. Il pleurait la défaite de son peuple. Il abaissait le regard sur les terrains de chasse que celui-ci ne foulerait plus jamais, contemplait les eaux claires qui ne porteraient jamais plus leurs esquifs et observait les îles et les rivages où plus jamais ne brûleraient leurs feux de camp.
L'indien se dressait au-dessus du Ki-Chi-Saga, figé dans la peine, captif de ses chaînes de pierre. Il ne versait pas des larmes humaines, ce n'était ni de l'eau ni quelque liquide volatil qui sortait de ses yeux. Il versait des larmes de pierre, des larmes solides, impérissables, éternelles comme la falaise elle-même.
Le roman commence à la fin de l'année 1856, juste avant Noël. Karl Oskar et Kristina n'ont pas vu passer les années, depuis qu'ils ont mis les pieds pour la première fois dans le Nouveau monde.
Leur ferme prospère et les enfants grandissent. Ils sont désormais installés dans une nouvelle maison plus solide, plus grande et plus confortable qui ne laisse plus passer le froid de l'hiver. Karl Oskar a quasiment fini de défricher toute sa propriété et il note consciencieusement toutes ses récoltes dans un carnet. La famille s'est encore agrandie et Kristina, très fatiguée par ses grossesses successives, en vient à souhaiter de ne plus tomber enceinte. Elle en fait le souhait même si elle sait que cela n'est pas une attitude en accord avec sa foi. Ce qu'elle ne sait pas par contre, c'est qu'une nouvelle grossesse pourrait attenter à sa vie...
Karl Oskar qui se sent en confiance quant à l'avenir, a décidé de moderniser leur vie quotidienne et en particulier celle de Kristina. Le progrès est maintenant à leur porte et ils peuvent se le payer. Elle a déjà une machine à coudre et la cuisine est éclairée par une lampe à pétrole. Il décide donc de faire l'acquisition d'une magnifique cuisinière à bois qui va devenir la reine du foyer.
Pendant ce temps, le Nouveau Monde change. En 1858, le Minnesota devient le trente-deuxième état des États-Unis d’Amérique. Les suédois deviennent de véritables citoyens américains et les hommes vont prendre le chemin des bureaux de vote pour la première fois de leur vie.
Karl Oskar va d'ailleurs se passionner pour la politique du pays. Mais voilà que leur existence est à nouveau menacée : la guerre de Sécession éclate dans les états du sud du pays.
Lui qui désire s'engager et servir son nouveau pays, est refoulé lorsqu'il passe la visite médicale à cause de sa jambe blessée qui l'empêche de courir. Kristina opposée à cette guerre, est contente de ce refus d'autant plus qu'elle sait qu'elle a besoin de lui car les aînés sont bien trop jeunes encore pour tenir la ferme et qu'elle voit sa santé décliner. Il vaut mieux finalement qu'il reste chez lui car d'autres problèmes et d'autres responsabilités l'attendent...
En 1862, les tribus Sioux du Minnesota se soulèvent : le gouvernement ne leur a pas payé la somme promise en échange de leurs terres attribuées aux émigrants. Ils ont faim, et ne peuvent plus chasser sur leurs territoires. Ils sèment alors la terreur en massacrant au hasard les habitants des fermes isolés, y compris femmes et enfants...plus de mille colons seront ainsi tués.
Les années passent, faites de moments de bonheur, de deuils et de drames...
Ils transformèrent le pays qui les avait accueillis et édifièrent à l'intention d'eux-mêmes une société nouvelle.
L'Etat qu'ils construisirent fut le trente-deuxième état à être admis dans la République d'Amérique du Nord, tandis qu'eux-mêmes devenaient citoyens des États-Unis.
Mais cela ne suffit pas à leur assurer la paix et la sécurité dans leur nouvelle patrie...
L'homme n'avait qu'une seule patrie. Or Kristina avait perdu la sienne. Mais elle n'avait plus le mal du pays, elle ne regrettait plus ce qu'elle avait perdu : elle en avait repris possession de la seule façon dont dispose celui qui a laissé tomber dans un puits trop profond un objet d'une valeur inestimable...
En l'espace de sept ans, sept cents villes furent fondées dans le Territoire et le nombre de ses habitants passa de six à cent cinquante mille. Depuis le traité de 1851 les Sioux, tout l'espace situé à l'ouest du Mississipi était ouvert à la colonisation.
Cet opus, "Au terme du voyage" clôt en beauté "La saga des émigrants", une saga qui je le rappelle ici, a été élue "meilleur roman suédois du 20e siècle".
Je l'ai trouvé encore davantage émouvant que les précédents.
C'est une saga bien écrite, intéressante tant au point historique qu'au niveau social. Et ce ressenti ne se dément pas au fil de la lecture car je n'y ai pas trouvé une once de longueur ou d'ennui malgré quelques passages difficiles, violents ou très émouvants. C'est sans nul doute parce que c'est une peinture très juste et humaine de l'histoire de ces pionniers. J'ai cependant entre deux volumes pris un peu de temps pour lire autre chose, mais sans cesse mon esprit revenait auprès des membres de cette famille, tous aussi attachants les uns que les autres et je voulais très vite connaître la suite.
J'ai beaucoup appris sur l'histoire de la Suède au 19e siècle mais aussi sur l'histoire et la vie de ces pionniers qui ont tout bravé avec courage pour venir s'installer dans le Nouveau monde, même si je ne peux m'empêcher d'avoir un pincement au coeur quand je pense aux peuples autochtones qui n'ont plus trouvé ensuite leur place sur leurs propres terres. Peut-on en accuser les pionniers ? La plupart ignorait l'importance que ces terres avaient pour les indiens. Eux ne voulaient que travailler et ne demandaient qu'à vivre de leur travail sans se poser de questions.
La saga véhicule de belles valeurs de respect, de pugnacité, d'amour, et montre bien l'importance de la transmission aux générations futures. Les pionniers ont beaucoup de reconnaissance pour le pays qui les a accueilli. La saga montre aussi comment en douceur, les jeunes générations s'approprient les lois et les coutumes du pays, tout comme la langue et peu à peu se mêlent à d'autres peuples pour former un nouveau peuple plus riche, porteur du passé respectif de leur famille et du pays d'origine de leurs parents.
Une belle leçon sociale à méditer... tout en quittant le coeur serré cette famille de pionnier que j'ai eu du plaisir à suivre durant tout l'été.
La lecture de ce tome me permet de participer encore une fois au challenge de Philippe, les séries et trilogies de l'été (voir ICI) et à celui de Sibylline, les épais de l'été (voir ICI) puisque ce tome a plus de 500 pages en Livre de poche.
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De plus, n'hésitez pas à aller lire les avis d'Ingannmic ICI, de Keisha ICI...et autres avis sur la blogosphère.
Ils étaient des intrus, dans ce pays. D'autres en avaient été chassés pour leur faire place.
La Saga des émigrants, parue en Livre de poche est composée actuellement de cinq tomes :
1. Au pays, présenté ICI
3. La Terre bénie, présenté ICI.
4. Les Pionniers du Minnesota, présenté ICI (qui comprend "Les Pionniers du lac Ki-Chi-Saga" et "L'Or et l'Eau" de la précédente édition parue en 8 tomes chez Gaïa).
5. Au terme du voyage (qui comprend "Les Épreuves du citoyen" et "La Dernière Lettre au pays natal" de la précédente édition parue en 8 tomes chez Gaïa) que je vous présente aujourd'hui et qui clôt la série.