Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Loup Larsen n'est pas un homme...C'est un loup. Et voilà pourquoi on l'a appelé comme ça. Il y a des gens qui assurent qu'il a le coeur aussi noir que la nuit. ça n'est pas vrai. Et pour cause : il n'a pas de coeur du tout.
Lorsque le bateau sur lequel voyage Humphrey van Weyden qui est venu rendre visite à un ami, fait naufrage, ce dernier ignore que le "Fantôme" qui va le recueillir, est un bateau qui pratique la chasse aux phoques. Tout d'abord soulagé d'être au sec et hors de danger, il va très vite déchanter...
En effet, Loup Larsen le capitaine du bateau, poursuit sa route et n'a pas du tout l'intention de le ramener à terre avant de longs mois ! Voilà donc Humphrey "prisonnier" en mer sur ce bateau.
Loup Larsen est un homme brutal, mais cultivé, qui a eu une enfance plutôt malheureuse et a gravi les échelons par la force. Depuis qu'il est devenu propriétaire de son bateau, il s'est transformé en tyran et en criminel. Il ne cesse d'humilier ses hommes et les pêcheurs de phoques embarqués avec l'équipage, et quand il s'en prend à l'un d'entre eux, sa fin est proche. Certes son équipage est composé de marins durs et un peu trop épris de boissons qui sont loin d'être des enfants de coeur, et certains sont même des repris de justice...mais ils ont tellement peur de leur capitaine qu'ils se tiennent à carreau par peur des conséquences, tout en rêvant de s'enfuir ou de le tuer un jour...ce que certains tenteront de faire à plusieurs reprises à leurs risques et périls.
Humphrey van Weyden est un homme de lettres connu. Au départ, il voit avec effroi sa captivité comme une épreuve insurmontable. Tout d'abord nommé mousse, au service d'un cuisinier horrible et très sale, il va être obligé de faire ses preuves afin de contrer l'animosité que le capitaine ressent tout d'abord à son égard.
C'est certain que, venant d'un monde dans lequel il se faisait servir, son quotidien n'a à présent plus rien à voir. Lui qui est avant tout un intellectuel, doit apprendre à accomplir des tâches nettement plus terre à terre comme éplucher les pommes-de-terre et faire la vaisselle. Il doit aussi apprendre à obéir à des êtres que dans sa vie, il n'aurait pas même songer à approcher.
Mais ce qui le dérange encore davantage c'est la cruauté des actes du capitaine et sa perversité. Il est très choqué mais ne va pas tenter d'intervenir, il va essayer au contraire de suivre les conseils émis par certains des membres de l'équipage qui lui veulent du bien, et donc de faire profil bas.
De discussions en discussions, la relation entre le capitaine et Humphrey évolue peu à peu. Le capitaine est un homme intelligent qui a beaucoup lu et continue à lire, il est curieux de nature et leurs échanges vont se teinter au fil du temps d'un certain respect...mais rien n'est jamais acquis durablement avec cet homme psychologiquement dérangé et pervers.
Quand d'autres naufragés sont recueillis à bord de la goélette et parmi eux une jeune poétesse connue, Maud Brewster, les choses se gâtent carrément entre eux et la vie devient impossible alors que Loup Larsen a fait de Humphrey son second...d'autant plus que les deux hommes sont tombés sous le charme de la jeune femme.
Mais Humphrey veut avant tout aider la jeune femme et tous deux arrivent à se sauver dans un des canots de sauvetage, profitant d'un jour où le capitaine est momentanément immobilisé par une de ses terribles migraines...
Ce n'était pas une besogne facile que de servir proprement la table où étaient assis Loup Larsen, Johansen et les six chasseurs de phoques.
La pièce était étroite et les soubresauts du navire rendaient plus malaisés encore de circuler autour de cette table, comme j'y étais contraint.
Mais ce qui surtout me démontait, c'était l'absence totale de sympathie des gens que je servais...
Je mis en jeu mon amour-propre, dans un ardent désir de me faire valoir aux yeux de Loup Larsen et de lui prouver mon droit à la vie. Si bien que je réussis plus vite que je n'aurais pensé. Bien mieux. Un moment arriva où ce fut pour moi un plaisir d'atteindre le faîte du grand mât et de scruter la mer à l'aide d'une jumelle, à la recherche de nos canots.
Une crise approchait que je voyais venir avec effroi et que j'osais à peine envisager.
J'avais aimé l'écrivain dans ses oeuvres et, chaque jour, davantage, je m'éprenais de la femme. C'était fatal, dans la situation où nous nos trouvions. La malheur était, je le comprenais à des signes indiscutables, de n'être pas le seul à m'intéresser à elle : il y avait aussi Loup Larsen.
Voilà un roman qui fait aujourd'hui partie des classiques du genre.
C'est un roman d'aventure en mer, une histoire de pêche au phoque et de naufrage. Mais c'est aussi un roman psychologique très fort et prenant, car Loup Larsen et Humphrey van Weyden s'affrontent tout au long de ce périple parce qu'ils voient la vie de manière totalement différente.
Pour Loup Larsen c'est le plus fort (physiquement) qui a raison. Il s'emploie tous les jours à le prouver en terrorisant son équipage, en usant de sa force et au passage de beaucoup de cruauté car son désir le plus vif est de vaincre les autres, et surtout de les anéantir...quitte à les tuer s'il n'arrive pas à le faire par la force. Il est pour la sélection naturelle, celui qui est trop faible et ne s'adapte pas, n'a plus qu'à mourir et à laisser sa place au plus fort !
Humphrey van Weyden, lui, pense que toute vie humaine est précieuse et doit être préservée coûte que coûte. Le fort se doit donc d'aider le plus faible et les hommes d'être solidaires entre eux.
Loup Larson s'est donné comme objectif de transformer Humphrey et de lui apprendre à devenir un vrai marin/homme ce qu'il arrivera à faire finalement (et c'est ce qui le sauvera...) mais malgré les apparences, au fond de lui, il restera l'homme plein de délicatesse qu'il était, et croira jusqu'au bout aux règles qui régissent la vie en société.
Rien n'est occulté dans ce roman remarquablement écrit, qu'il s'agisse de la violence des hommes entre eux, des mutineries, des tempêtes, de la chasse aux phoques, ou de la cruauté et du cynisme du capitaine. Le lecteur a une illustration particulièrement violente de son cynisme quand George Leach et Johnson, deux membres de l'équipage qui ont tenté de tuer Loup Larson et ont échoué, voient leurs vies menacées. Ils décident alors de s'enfuir sur une chaloupe...mais Loup Larson finit par les retrouver et leur fait croire qu'il va accrocher leur canot et les sauver de la tempête qui fait rage...or il n'en sera rien, et il les laissera tout simplement se noyer à côté du bateau.
Je redécouvre l'écriture de Jack London que je n'avais pas lu depuis très longtemps avec ce roman d'aventure facile à lire et court bien qu'il s'agisse d'un roman pour adultes.
L'auteur en 1893, alors qu'il a tout juste 17 ans, embarque pour une campagne de chasse au phoque dans le Pacifique Nord avant d'écrire une nouvelle qui gagnera un prix, intitulée "Un typhon au large des côtes du Japon". C'est le récit de son expérience à bord du Sophia Sutherland. C'est ce voyage qui lui servira de trame pour écrire ce roman tout à fait réaliste. Pour décrire Loup Larsen, il s'inspirera d'un chasseur de phoque ayant réellement existé ("Alexander McLean") .
Ce roman me permet de participer encore une fois au BookTrip en mer de Fanja (saison 3).
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Bonne Lecture !
Son cri retentissant m'avait rappelé celui qui, dans la nuit, lance le grand chat-huant, vers sa proie, dont il écoute ensuite le frémissement épouvanté. Nous ne bougions pas et attendions qu'il vienne de notre côté, pour nous déplacer. Alors nous effectuions la manoeuvre inverse, la main dans la main, comme deux enfants poursuivis par un méchant ogre.
La violence qui régnait en despote sur le bateau avait sur moi un effet corrupteur. Elle travaillait à réduire à néant tout ce qui était pour moi les valeurs de l’existence. La raclée infligée par Leach à Thomas Mugridge était, du point de vue de la raison, parfaitement répréhensible. Je ne pouvais pourtant m’empêcher d’en éprouver une intense satisfaction. L’énormité de ce péché – car c’est bien de péché qu’il s’agissait – me pesait, mais je n’en tirais pas moins une jouissance morbide. Je n’étais plus Humphrey Van Weyden.