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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 08:55
Éditions Liana Levi

Éditions Liana Levi

Ce roman se passe dans les Alpes Piémontaises, dans la vallée du Cervo, près de Piedicavallo dans la Province de Biella, région aux paysages époustouflants de beauté,  et lieu qui relie tous les personnages du roman : malgré la rudesse de cette vallée, c'est là qu'ils ont leurs racines.

 

Carte de la Région de Piedicavallo et Biella (site viamichelin)

Carte de la Région de Piedicavallo et Biella (site viamichelin)

Quelques photos de la Vallée du Cervo autour de Piedicavallo
Quelques photos de la Vallée du Cervo autour de PiedicavalloQuelques photos de la Vallée du Cervo autour de Piedicavallo

Quelques photos de la Vallée du Cervo autour de Piedicavallo

Ce roman raconte l'histoire terrible de toute une génération perdue qui tente de survivre dans une Italie en crise, en voyant peu à peu leur région natale se désertifier, les magasins et les usines fermer les uns après les autres, les maisons se vider, les jeunes partir en ville où ils espèrent trouver plus facilement du travail.

Rester ou partir, partir en ville ou rester dans les montagnes... abandonner ou lutter.

 

Quelques desperados résistent à leur manière mais ne savent pas s'ils ont raison de rester et continuent de douter, chaque jour...

 

Parmi eux Andrea, fils de l'ancien maire. Son rêve est de devenir marcaire, c'est à dire fermier et artisan fromager, comme l'était son grand-père, de retourner à la vie d'antan. Il veut élever des vaches grises alpines dans sa propre ferme et fabriquer son propre "maccagno". Personne, même son père, un avocat entré en politique et qui soutient le parti néo-nazi, ne croit en son projet.

 

Mais Andrea est obstiné : il veut créer son entreprise et décide de démissionner du poste provisoire qu'il occupe à la bibliothèque d'Andorno.

Il n'a pas peur ni de la solitude, ni du travail, ni du silence de la nature...

"Pour Andréa Caucino, le secret, le caché, le non-dévoilé était le fondement naturel de la beauté, et le silence, la solitude en faisaient partie. Les animaux sauvages étaient beaux, beaux aussi les yeux ronds et brillants des vaches au museau levé qui vous regardent avec un étonnement muet; beau cet endroit inconnu de tous sinon des enfants qui viennent au printemps et surtout en mai, quand fleurissent les rhododendrons".

 

Andrea est un jeune adulte  solitaire et timide, mais il peut être aussi, tenace, volontaire et très violent. Mal aimé depuis l'enfance, rejeté par ses propres parents fiers de leur ascension sociale, il est rebelle à sa façon. Il rejette en bloc ce que représente sa famille. Il faut dire qu'il n'a pas été un enfant désiré et que son frère aîné, Ermanno, qui vit actuellement en Amérique, a toujours été le préféré dans la famille, celui qui réussissait toujours tout et qui lui a volé même son anniversaire car les deux frères sont nés à un an d'écart le même jour.

 

Sebastiano et Luca, les deux amis d'enfance d'Andrea vivent aussi dans la vallée. Sebastiano a fait de la prison et son ex-femme lui interdit de revoir son fils. Luca travaille dans un garage.

 

Elsa, discrète et studieuse a du mal à terminer sa thèse sur Gramsci. Elle est revenue vivre là, parce que c'est là qu'elle a ses racines et a quitté ses amis et ses études pour être simplement à Piedicavallo. Elle attend le jour où Andrea, qu'elle connaît depuis le lycée, la regardera et l'aimera comme elle l'aime : ils ont tant à partager...

 

Et puis il y a Marina. Elsa et elle (qui ne se connaissaient pas) vivent en coloc.

Marina, à 22 ans, rêve de devenir une chanteuse reconnue par tous et de prendre une revanche sur la vie : elle espère se venger ainsi des difficultés vécues durant son enfance.

Elle n'est attirée que par l'apparence, la futilité et le succès et veut percer à tous prix.  Grâce à la télé-réalité elle va montrer au monde entier qu'elle est la meilleure...Mais elle aussi doute, part et revient sans cesse, sans savoir où elle veut se poser. 

«Ce n'est pas vrai que ce qui compte, c'est où on arrive. Ce qui compte, c'est d'où on vient.» Qui peut dire un jour adieu à ses racines sans un regard en arrière  ?

Marina est détestable, capricieuse, égocentrique, cruelle, immature, incontrôlable mais irrésistible et bouleversante surtout lorsqu'elle craque, qu'elle parle d'elle, qu'elle se libère de son enfance et puis elle a tout pour réussir car elle a une voix fabuleuse "une voix de déesse" !

Mais surtout, elle se moque éperdument des autres, de ceux qui l'aiment avec sincérité comme de ceux qui la regarde de loin.

 

Elle est si belle et si fragile qu'Andrea, malgré de nombreuses ruptures de plus en plus douloureuses, n'arrive toujours pas à cesser de l'aimer. Il faut dire qu'elle a des circonstances atténuantes. Ses parents eux-même immatures à sa naissance n'ont pas su lui apporter la stabilité et l'amour dont elle avait besoin pour grandir. Sa mère est devenue alcoolique et son père, un flambeur qui joue au poker avec l'argent des autres et draguent des minettes de son âge. Elle les déteste et les aime à la fois et n'arrive pas à couper le cordon ombilical.

Dans sa folle course au succès, Marina ne cherche en fait que leurs regards, surtout celui de son père qui n'a jamais su être là pour elle.

 

 

Andrea et Marina forment un couple mal assorti. Leur histoire d'amour destructrice dure depuis leur adolescence...ils vivaient dans le même quartier de Biella. Ils se sont aimés et quittés plusieurs fois depuis, la première fois lorsque Marina et sa mère sont partis sans dire au revoir au voisinage. Andrea n'arrive pas à l'oublier et se torture inutilement.

Lorsqu'ils se rencontrent par hasard à une fête de village, il la revoit pour la première fois après six années de silence, pendant lesquelles il a essayé de poursuivre ses études, et, il y croit !

Andrea sait pourtant qu'elle ne restera pas ici, que son avenir est à Milan ou à Rome. Son amour pour elle le transforme, le rend violent, le rend fou ! Marina "ne peut appartenir à personne, parce qu'elle ne réussit même pas à s'appartenir".

Il souffre puisqu'il a le malheur de l'aimer à la folie, mais ne peut pas s'empêcher d'espérer et la chute n'en sera que plus rude à chaque fois...

"Les sentiments ne connaissent pas d'évolution. Ils ne sont pas comme les roches calcaires érodées et façonnées par les intempéries, ni les tissus vivants des corps  qui se développent jusqu'à un certain point puis commencent à vieillir. Ils n'ont pas de gradations, pas de mesures. C'est nous qui avons besoin de les raconter et cherchons à  les faire entrer dans une histoire. Les sentiments n'ont pas d'histoire, Andrea le savait". 

 

Comment Marina qui ne rêve que de paillettes pourrait-elle survivre auprès de lui, poète et silencieux, dans la ferme isolée du monde, au milieu des bois et des vaches ?

Elle qui  "ne peut que tout détruire, y compris elle-même", saura-t-elle trouver dans le succès ce qu'elle cherche désespérement depuis toujours ?


"Elle n'avait plus besoin de lui demander si elle avait bien chanté, et il n'avait plus besoin de lui courir après partout. Ils étaient les plus forts maintenant. Plus forts que l'Italie qui coulait à pic, plus forts que leurs parents qui n'avaient pas été capables de les rendre heureux et adultes. Plus fort que Biella, que leur histoire. Ils avaient survécu. Ils étaient capables de tenir debout dans le monde en ruine, abandonné, pillé. Ils étaient deux héros."

 

 

Ce que j'en pense

 

Ce roman est prenant et empreint de réalisme. Il est empli de rage (de rage de vivre !) et de drôlerie. Il est  parfois aussi rude que les habitants de la vallée, que l'auteur connaît bien puisque c'est dans cette vallée qu'elle a ses racines familiales.

C'est un roman  qui sait aussi devenir émouvant et attendrir le lecteur quand il le faut.

 

Tous les personnages sont liés à cette vallée, par leur destin. Mais le destin est-il, pour autant, joué d'avance  pour eux ?

 

Il y a quelques longueurs dans le roman qui fait tout de même 540 pages, mais le lecteur ne s'ennuie pas pour autant, il a juste le temps de s'interroger (et l'impression de tourner en rond) mais aussitôt l'auteur avec la fougue de la jeunesse change de personnage ou de point de vue et l'histoire repart !  De plus le lecteur s'attache aux personnages (surtout à Andrea pour moi) et veut savoir comment ils vont s'en sortir. 

 

Ce roman est aussi une sorte de fresque sociale d'aujourd'hui qui nous montre le lent déclin d'une région à l'abandon mais aussi la lutte quotidienne des jeunes qui savent qu'ils ne pourront compter que sur eux-même pour s'en sortir. 

On est en 2012, dans l'Italie de Berlusconi et le chômage est très élevé.

Quel gâchis de voir toute cette jeunesse si paumée ! Tous ces jeunes se cherchent, ne savent pas où ils en sont et se contredisent sans cesse. Ils n'arrivent pas à se décider pour telle ou telle option concernant leur avenir. Ils sont désoeuvrés, ne trouvent même pas un bar ouvert le soir, n'ont comme lieu de sorties que des centres commerciaux affreux, mais devenus l'unique lien social pour les habitants de toute la vallée, alors que dehors la nature est encore si belle !

 

"Née en 1990, elle (Marina) ignorait tout du monde d'avant Berlusconi et des textos"...comme elle, la plupart des jeunes italiens de la vallée ne rêve que de télévision, de hamburgers et de boîtes de nuit.

Ils ne savent pas comment faire des projets sérieux, ni trouver du travail ou tout simplement leur propre chemin.

 

L'auteur sait créer le suspense en alternant les chapitres où on est avec Marina, ceux où l'on suit Andrea, ou un autre des personnages (parent, ami, ...). Seul Ermanno est peu décrit sauf à travers les souvenirs d'Andrea. Mais on peut dire qu'il est très présent dans le roman sans être là.

Le lecteur apprend peu à peu des bribes de passé qui peuvent expliquer tel ou tel comportement de l'un ou de l'autre des personnages. Andrea et Marina ont tous deux des comptes à régler avec leur famille et le passé. Il y a donc des rebondissements imprévus, des éléments qui éclairent d'un jour nouveau le roman.

On ne sait donc jamais ce qui va arriver et cela crée un supense permanent et donne envie de connaître la fin.

 

Voilà un beau moment de lecture... Ce n'est pas l'amour impossible entre ces deux êtres qui m'a intéressé, mais l'écriture particulière de ce roman et la rage de vivre, qui se dégage à chaque page, de ces jeunes qui veulent se réapproprier leur terre mise à mal, en ressuscitant le passé.

C'est un jeune auteur que je viens de découvrir et  je n'ai pas encore lu son précédent roman "D'acier"(2010) dont on parle beaucoup sur le net !
 

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