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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La langue des choses cachées / Cécile Coulon

Editions de l'Iconoclaste, 2024

Editions de l'Iconoclaste, 2024

Il comprend pourquoi sa mère l'a envoyé à sa place : elle n'a plus l'âge de marcher jusque-là. Elle n'a plus l'âge d'affronter cette solitude, ces vallées enfoncées. Lui doit apprendre que le soleil, ici, est meurtrier, que l'eau est si froide qu'elle écrase le ventre, que la nuit les deux collines se rapprochent pour tenir entre leurs cuisses les maisons au chaud jusqu'à l'aube. Sa mère n'a plus l'âge d'entrer en ces lieux. Il le sent, depuis la pente qui tourne entre des bosquets de genêts et des corridors de fleurs de carotte. Il n'a aucun troupeau, aucun barbelé aux rives des champs, pas d'affût de chasse à l'orée des bois. Entre les basses collines, il n'y a rien que le Fond du Puits.
Il se demande s'il s'en sortira vivant.

Dans un hameau éloigné, perdu dans une vallée entre deux collines, appelé le Fond du Puits, un jeune guérisseur "le fils" est appelé au chevet d'un enfant malade. Il est inquiet car c'est la première fois qu'il doit agir seul.

Sa mère (appelée tout le long du roman, "la mère") est maintenant trop âgée pour venir jusque là à pied. C'est elle qui lui a tout appris et c'est ensemble qu'ils sont allés soigner les gens et les guérir. Parfois, il a fallu les aider à mourir. D'autre fois, elle a dû réparer tout simplement la fureur des hommes parce qu'elle seule connaissait "la langue des choses cachées", ce qu'on ne dit pas mais qui se transforme en mal être ou en maladie grave, un don qu'elle lui a transmis. 

Dès les premières pages le décor est planté. Il arrive au village à la nuit après une très longue marche. Tout est sombre, silencieux et plutôt angoissant, c'est le moins qu'on puisse dire. Seul le prêtre l'attend au bord du chemin, pour l'aider à s'installer. 

Au milieu de la nuit, alors qu'il prend un peu de repos, après avoir vu le jeune garçon et son père, on vient le chercher pour se rendre au chevet d'une vieille femme qui s'apprête à mourir. En se rendant dans cette maison, il va comprendre que des événements d'une grande violence, s'y sont déroulés, des années auparavant. En effet, en passant devant une porte fermée, il entend des cris et voit la scène comme s'il y était. Il va ainsi découvrir que sa mère est déjà venue-là dans ce hameau et y a commis une faute.

Lui qui lui avait promis "de ne laisser aucune trace de son passage" ne sait que faire et va lui désobéir. Car il va tenter de réparer le mal qui a été fait..

Mais rien ne se passera comme prévu.

Les fautes des hommes sont-elles réparables ? 

Ce travail- sa mère dit que c'est un métier comme un autre et qu'il n'y a pas de mot mieux trouvé pour définir ce qu'ils font- permet aux familles de résister aux secousses du temps et du sol, il inspire les romanciers, les pasteurs et les sorcières, il déterre les vieilles histoires et enfouit celles qui ont besoin, encore, de mûrir.
Mais si quelqu'un trouble le processus, si une voix recouvre celle des choses cachées, alors le fils sent trembler un autre monde, plus violent, plus noir, un lieu d'horreur.

La honte s'empare du fils : toujours elle et lui seront comparés, il n'est pas à la hauteur de ses pouvoirs. Il apprend, et son apprentissage passe par l'humiliation que son sang lui inflige. Trop jeune, trop doux, trop inexpérimenté...

Bien qu'il s'agisse d'un roman social noir, même très noir, qui ressemble aussi à un conte cruel pour ne pas dire très cruel, j'ai aimé retrouver l'écriture de l'autrice, sa manière particulière de nous présenter ses personnages, et le mystère qui entoure les lieux.

Cécile Coulon a en effet une manière bien à elle de dire les choses telles qu'elles sont en allant droit au but et d'entrer dans la psychologie des personnages en profondeur. "Je voulais écrire que plus on cache un événement, plus il persiste à travers les générations suivantes", nous dit-elle. 

En effet, le sujet est bien là car elle nous décrit sans fioriture les drames et les douleurs vécus, les violences tenues secrètes, et les atrocités commises qui vont se transmettre le plus souvent de génération en génération. 

Le lecteur est immédiatement immergé dans cette vallée sombre et angoissante, dans ce petit hameau éloigné de tout dans lequel tout le monde a des choses horribles à cacher. 

Le début de ma lecture était prometteur d'autant plus que la nature est bien présente et constitue même un personnage à part entière et qu'il  y a beaucoup de poésie dans ses propos. Comme dans les contes, les personnages n'ont pas de nom et le lecteur ne saura pas non plus à quelle l'époque l'histoire se déroule. Le roman pourrait aussi bien être contemporain que se dérouler au Moyen Âge ou dans un autre siècle...

Ce qui est dommage c'est que je ne suis pas entrée totalement dans cette histoire, sans doute parce que l'ambiance est très pesante, et qu'en ce moment j'ai envie de lectures plus légères, je le reconnais. J'ai gardé une certaine distance, sans doute salutaire pour moi, avec les personnages, avec les scènes de violence, les femmes et les enfants battus, les viols...et je ne me suis attachée à aucun des personnages.

J'ai trouvé dommage également d'être restée simplement spectatrice, ce qui explique que j'ai un avis un peu mitigé sur cette lecture par rapport aux autres romans de cette autrice lus précédemment que j'avais beaucoup plus appréciés malgré leur noirceur.

Le  roman est très court (134 pages) et se lit d'une traite. Sa lecture me permet de participer au challenge de la Petite Liste, "Les Gravillons de l'hiver". La liste récapitulative du challenge est ICI...

De Cécile Coulon, j'ai déjà présenté sur ce blog trois romans différents mais tous aussi marquants que j'ai davantage aimés :

- Une bête au paradis, ICI. / Prix Littéraire du Monde en 2019.

- Seule en sa demeure, ICI

- Trois saisons d'orage, ICI. / Prix des Libraires en 2017.

Bonne lecture !

Bonne lecture !

Il n'ose pas, lui, toucher ces maisons car il verrait et saurait, déjà il a fauté en suivant cet enfant, déjà il quitte sa tâche, sa mère le sait, il en est certain, d'où elle se trouve elle sent que son fils prend le mauvais chemin, qu'il détourne son attention du garçon malade, de son père violent, un instant il a peur qu'elle vienne, cette mère redoutable, finir le travail à sa place. Puis il se souvient qu'il est là, seul, sans elle.

La voix du coeur du fils répète que ce n'est pas juste.
Ce n'est pas juste.
Les mots de la mère reviennent en sa mémoire : l'équilibre.
Il pense avoir le don de l'équilibre. Il réajuste, répare, range les villages et les maisons, il trie, il compense, il égalise les peines et les soupçons.
C'est là son pouvoir : harmoniser la cruauté.

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G
Cette autrice écrit souvent des romans très sombres, trop pour moi
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G
Je n'ai lu que seule en sa demeure, que j'avais franchement aimé.<br /> Mais ce titre que tu présentes ne m'a jamais tentée, dès la promo de cette autrice que j'adore écouter parler, par rapport à l'ambiance justement très -trop -pesante pour moi... D'autant que je suis comme bien des blogueuses en période polar, donc je ne rajoute pas de noirceur si je peux !
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F
La langue des choses cachées serait-elle venimeuse et mortelle ?... Une lecture est souvent prégnante car on se lie plus ou moins aux sorts des personnages plongeant dans leurs existences, turpitudes et choix bons ou mauvais. Ici, la noirceur d'existences et d'êtres malfaisants Rééquilibrer en tant que sorcier "guérisseur", en l'occurrence, comme apprenti sorcier. <br /> Juguler le mal, c'est sans doute, comme en enfer, marcher en longeant les flammes. Pour l'heure, je ne me sens pas prêt à m'imprégner de ces tourments. Peut être aborderai je la lecture des romans de cette autrice que je n'ai jamais lu, avec un autre titre de ses œuvres.<br /> Merci pour cette présentation toujours complète pour orienter et permettre de faire son choix de lecture
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S
Ce livre-là, je l'ai arrêté en route. A l'inverse de toi, je n'ai pas du tout été immergée dans cet univers. Et cette écriture poétique n'évoque rien pour moi, je la trouve ennuyeuse.
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F
Je n'ai toujours pas lu cette autrice, mais je suis très curieuse de son écriture qui semble être sa force. Je note de commencer plutôt par un autre de ses titres.
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P
Mon fils m'a acheté ce livre, l'an dernier, pour mon anniversaire. Il en avait entendu parler en bien. Moi, je n'ai pas aimé du tout. Je suis passé à côté. <br /> Il l'a lu après moi et l'a apprécié. Comme quoi....chacun ses gouts.
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L
Coucou depuis plusieurs mois je fuis ce genre de livre. J' ai besoin de lecture en terrain connu. Bisous
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J
Je ne serais pas allée spontanément vers ce livre mais ton billet donne envie.
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L
Trop noir pour moi je pense<br /> Bisous et bonne soirée
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M
en lisant les 5 premières lignes..... je me suis dis cette histoire est douloureuse............. au bout de 10 lignes .... trés douloureuse..... je ne peux plus lire la douleur des choses cachées j'y vois telelment de choses vécues !!! il me faut de la légèreté rien que de la légèreté .<br /> passes une bonne semaine<br /> Bisous bisous<br /> <br /> PS j'ai passé a RD ma collection "Les détectives du Yorshire " il aime bien, je l'avais acheté sur tes conseils!
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M
un thème qui me plaît bien
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A
Mon mari vient de finir sa lecture. Elle vient de sortir la suite. J'apprécie beaucoup sa poésie. Bises
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M
Bonjour Manou,<br /> je ne suis guère attirée par la littérature fantastique et ésotérique...<br /> Désolée...<br /> Bisous.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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P
Bonjour Manou, Tout ceci semble très étrange. Ta présentation si bien faite me rend curieuse. Merci Manou. Douce journée. Bises
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V
Je note, ça me plait bien ce thème! Gros bisous Manou. cathy
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B
C’est noté
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E
Bonjour Manou. Pas sûr que je le lise alors. J'en ai déjà beaucoup en attente. Bonne journée et bisous
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M
Pas trop pour moi ce roman mais si je l'avais sous la main je serais tentée de le lire !<br /> Merci pour ma lecture du matin très intéressante .<br /> gros bisous et bonne journée<br /> Mitou
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M
Pour la dureté je pense au style de Sandrine Colette, très beaun très dur...<br /> Pour le moment, j'éviterai Manou
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P
Une présentation passionnante, Manou. Ce concept de 'la langue des choses cachées' et ce don transmis de mère en fils me fascinent. C'est terrible de voir comment le passé peut ressurgir avec autant de violence. Ton ressenti, même un peu mitigé sur la fin, souligne bien la force de la plume de l'autrice.<br /> Bisous et bonne journée.
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