Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
-Ojîchan, [grand-père], pourquoi les lucioles émettent-elles de la lumière ?
Il répond :
-Pour attirer les femelles.
Je suis étonnée :
- Alors, les lucioles sont-elles mâles ?
- Oui. Les femelles sont des vers luisants. Elles émettent aussi de la lumière, mais elles ne volent pas. Les deux s'échangent des messages amoureux en clignotant.
Je m'exclame :
-Comme c'est romantique !
- Oui, dit Ojîchan. Au moins pour nous, les Japonais.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- En France, il existe une superstition étrange : ces lumières seraient les
âmes des enfants morts sans avoir reçu le baptême. Pour les gens qui
y croient, ces insectes sont bien sinistres.
Tsubaki (qui signifie Camélia en Japonais) était le titre du premier opus de cette pentalogie. C'est le nom de la petite-fille de Mariko et la plus jeune des trois enfants de Yukio. Elle est étudiante en archéologie. Elle s'est beaucoup attachée à Mariko, sa grand-mère depuis que cette dernière est veuve et vit avec eux. Elle aimait aussi beaucoup son grand-père tellement détruit par ses années passées en Sibérie.
Tsubaki se confie facilement à Mariko, lui raconte ses problèmes amoureux et ses questionnements sur l'avenir. Ce jour-là, elle lui parle de son dernier tourment. Un de ses enseignants lui propose une relation plus intime, elle croit en être amoureuse et ne sait pas quelle décision prendre car ce dernier est marié. Sans le savoir, elle va faire revivre à sa grand-mère des événements qu'elle a elle-même vécus avant la naissance de Yukio...il y a plus de 50 ans à présent. Elle n'avait que 16 ans quand elle a fait la connaissance de Ryôji Horibe, qui en avait 24. Le lecteur connait la suite et remet en place les différents événements comme on le ferait des différentes pièces d'un puzzle.
Depuis que Mariko a fait une chute, elle est victime d'hallucinations et de beaucoup de confusions mentales et sa santé décline. Mais parfois, elle a des retours de conscience, est capable de raconter ses souvenirs avec clairvoyance. Elle jette alors un regard indulgent sur la jeune fille qu'elle a été et les moments de sa vie où d'autres personnes ont abusé de son innocence, la faisant "tomber dans l'eau sucrée" ce qu'elle ne désire pas que sa petite-fille reproduise.
Je crois qu'il n'y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. Il doit y avoir un rapport entre les phénomènes qui arrivent en même temps.
Hotaru (qui veut dire luciole) est le cinquième et dernier tome de la pentalogie "Le poids des secrets" d’Aki Shimazaki. Il fait suite à Wasurenagusa (voir ICI). Au Japon, les lucioles symbolisent l'âme des personnes disparues.
Le lecteur connait à présent tous les secrets des principaux personnages.
Le puzzle s'est reconstitué peu à peu car les révélations, qui remontent à la surface de la mémoire de Mariko, comme des lucioles dans la nuit, vont éclairer peu à peu l'histoire de cette famille qui, je le rappelle, a connu deux drames majeurs du Japon du XXe siècle, le grand séisme de Kantô en 1923, et la bombe atomique durant la Seconde Guerre Mondiale, en 1945.
L'auteur termine sa pentalogie avec brio sans jamais se départir de son style fait de légèreté, de pudeur et de délicatesse pour évoquer ces vies meurtries qui se sont enchevêtrées mais qui ne se sont jamais bien éloignées les unes des autres pour partager les moments d'amour en famille.
Il est normal que le cycle se termine autour de Mariko car elle est finalement le personnage central de l'histoire familiale et nous avait déjà révélé dans le tome 3 ICI une partie de sa vie. Pas de grandes révélations cependant dans ce dernier opus, quelques redites qui ne m'ont pas dérangé car elles confirment mon intuition et lèvent le doute sur certains événements clés de l'histoire familiale.
J'ai été touchée par la tendresse qui émane de la relation particulièrement forte entre la grand-mère et sa petite-fille. Mariko lui transmet l'héritage de la famille...tout en libérant l'âme des disparus. C'est un personnage que j'ai beaucoup aimé parce qu'elle est tout simplement une belle personne et a traversé les épreuves de sa vie avec courage et détermination, mettant toujours en avant son amour pour son fils.
Comme pour chacune des pentalogies d'Aki Shimazaki, chacun des opus peut se lire séparément car il constitue une histoire dans l'histoire. Personnellement j'ai préféré les découvrir dans l'ordre, même si pour finir "le poids des secrets" j'ai relu le premier opus, lu depuis longtemps. Le point de vue décalé de chacun des personnages sur l'histoire familiale est vraiment très intéressant à découvrir.
C'est une pentalogie magnifique qui est pour moi un véritable coup de cœur et qui me donne envie de connaitre les trois suivantes pentalogies éditées depuis "Au cœur du Yamato", "L'ombre du chardon" et "Une clochette sans battant" dont le dernier opus vient de sortir en 2023.
Aki Shimazaki est une romancière née au Japon en 1954. Elle a émigré au Canada. Au départ anglophone, elle apprend le français et s'installe au Québec en 1991. Il est à noter que son œuvre est entièrement écrite en français ce qui est d'autant plus remarquable.