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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Rosa candida / Audur Ava Ólafsdóttir

Rosa candida / Audur Ava Ólafsdóttir

Voilà le troisième roman de Audur Ava Ólafsdóttir, auteur dont j'ai déjà parlé dans ce blog lors de la lecture de son second roman "L'embellie".

"Rosa candida" a reçu de nombreux prix dont en Islande : Le Prix culturel DV de littérarure 2008 et le Prix littéraire des femmes ; en France : Le Prix Page des Libraires 2010 et le Prix des Amis du Scribe 2011 et au Quebec, le Prix des libraires du Quebec.

 

L'histoire est pourtant toute simple...

 

Arnljótur, 22 ans, fête son départ de la maison familiale. Son père tente de préparer un bon repas, Jósef, son frère jumeau, autiste depuis sa naissance, s'est habillé comme un jour de fête...puis père et fils embarquent pour l'aéroport et se font leurs adieux. Le père, un vrai papa-poule, est inquiet mais aimant. Il tente de faire un deuil difficile depuis le tragique accident de sa femme, accident à la suite duquel Jósef a du être placé en foyer.

 

Si Arnljótur renonce à poursuivre des études comme le voudrait son père, ce n'est pas par manque de moyens financiers ou intellectuels, mais simplement parce que sa passion est ailleurs : il aime  les fleurs  et en particulier, les roses...Cette passion lui a été transmise par sa mère qui cultivait des centaines de plantes différentes dans sa serre.

 

Il a donc décidé de quitter les paysages de laves désertiques et de landes de son pays natal  pour le continent où il doit travailler dans un monastère afin de réhabiliter le jardin ancestral, actuellement à l'abandon.

Il quitte l’Islande pour le continent, loue une vieille voiture et fait 2000 kilomètres ne transportant dans sa malle que trois boutures de Rosa candida, une rose à 8 pétales, sans épines, que sa mère aimait cultiver et qu'il compte bien transplanter dans l'antique jardin du monastère.

 

Le lecteur ne saura jamais où se trouve ce charmant jardin, situé au dessus d'un joli village de pierre, dans un pays méridional où les habitants parlent une langue étrange, menacée de disparition, comme le village d'ailleurs où ne vivent plus que des personnes adultes et âgées pour la plupart, les jeunes étant tous partis. Heureusement il y a le monastère...

Dans de vieux livres de botanique, Arnljótur a retrouvé une représentation de ce jardin appelé le Merveilleux Jardin des Roses Célestes, où s'étendait auparavant une roseraie magnifique : il se met courageusement à la tâche, redonnera vie à ce jardin et saura gagner l'amitié des moines qui reprennent goût à la promenade et désertent petit à petit la bibliothèque pour l'extérieur...

 

Si Arnljótur a hésité à partir c'est surtout parce qu'il laisse derrière lui sa toute petite fille de neuf mois à peine, Flóra Sól, petite fille qu'il a eu après une liaison rapide d'un soir avec Anna, une amie d'un de ses amis, lors de son anniversaire. Flóra Sól est née, par un des hasards de la vie le jour de la mort de sa grand-mère...Mais est-ce vraiment un hasard ?

 

Arnljótur s'intègre peu à peu à la vie du village où il fait bon vivre et se lie avec les moines en particulier avec le Frère Thomas,  un abbé cinéphile et amateur de bon vin qui deviendra son confident et son menstor.

 

Un jour Anna lui demande au téléphone s'il peut se charger de Flóra Sól pendant un mois pour qu'elle finisse de rédiger son mémoire et puisse passer ses examens de génétique.

 

Il faudra à Arnljótur un long chemin initiatique, non seulement pour devenir vraiment père mais aussi pour appréhender la vie de famille...

 

Ce bouleversement inattendu va le faire changer en profondeur mais tout en douceur...

Arrivera-t-il à faire le deuil de sa mère dont il était si proche ?

Réussira-t-il à être un bon père ?

L'amour peut-il durer toute une vie se demande-t-il ?

 

 

Ce que j'en pense

 

Avec délicatesse et pudeur, l'auteur nous touche au plus profond de nous même. Le lecteur se laisse emporté par cette histoire d'amour paternel et d'amour tout court.

Il ne se passe rien d'important dans ce roman mais tout est dans les non-dits, dans  les informations sur les êtres distillées au compte-goutte, dans les doutes et les interrogations de ces jeunes adultes un peu perdus mais qui recherchent tous l'amour et doivent trouver seuls le chemin qui mène à lui.

Avec beaucoup de douceur, la vie quotidienne est racontée dans les moindres détails. Beaucoup de moment se passent autour de la constitution des repas, des courses, des dialogues de tous les jours.

 

Tout en cultivant comme le Candide de Voltaire, son jardin, Arnljótur trouvera un apaisement et sa place dans la vie.

La fin ouverte laisse espérer que les rêves de chacun puissent devenir réalité.

 

Le lecteur qui a déjà lu des romans de Audur Ava Ólafsdóttir, reconnaîtra donc dans celui-ci, son goût pour les voyages initiatiques, les repas et la cuisine, les langues, la filiation, et les relations de couple problématiques, les êtres simples qui prennent la vie comme elle vient et acceptent les autres comme ils sont ...

C'est un roman apaisant...peut-être trop beau pour être vrai, dirons certains, mais est-ce un crime de rêver un peu à un monde où tout le monde serait aimant pour les autres !

 

Car même si je reconnais que le héros à une certaine candeur, l'auteur ne tombe pas pour autant dans la mièvrerie. Tous les personnages sont très attachants et leurs propos sonnent juste.

 

C'est d'ailleurs plutôt qu'un roman, une sorte de conte philosophique moderne pour les grands ados et les adultes. La première partie est d'ailleurs un vrai voyage à travers des contrées inhospitalières (une forêt si dense que notre héros pense s'y perdre) et semées d'embûches et de rencontres inattendues...

Arnljótur doit grandir, faire des choix de vie, devenir adulte et un père aimant...tout en se posant une foule de questions sur la vie, la mort, le désir, l'amour...et chercher des réponses auprès du très érudit Frère Thomas avec qui il passe des soirées mémorables.

 

Là où je le trouve très attachant c'est qu'il représente la perfection à laquelle tout le monde aspire : c'est un fils parfait qui sait écouter et comprendre son père, un frère protecteur, un amant respectueux de sa femme et un père adorable et terriblement émouvant.

Ajouter à cela son côté désintéressé...son bonheur quotidien est si simple qu'il nous donne à voir un bonheur que nous pourrions tous atteindre si nous nous donnions la peine d'accepter les autres comme ils sont et de nous simplifier la vie.

 

Ce roman est de plus très facile à lire : je l'ai commencé et je l'ai fini dans la journée !

A lire donc dès 16-17 ans...

 

Extraits

 

" Je me retrouve en pleine forêt, littéralement encerclé de toutes parts par les arbres, sans la moindre idée de l'endroit où je me suis fourré. Est-ce qu'un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d'arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre  ce que c'est d'attendre pendant toute sa jeunesse que pousse un seul arbre ?" (p.87)

 

"Anna s'endormit dès qu'elle eut posé la tête sur l'oreiller, ce qui était bien compréhensible vu qu'elle avait mis au monde un enfant tout entier ; elle était épuisée et meurtrie. J'aurais voulu lui dire quelque chose de joli, mais elle était trop fatiguée pour écouter. Je pouvais imaginer que ça devait être drôle de se réveiller le vendredi matin pour aller à l'hôpital accoucher d'un enfant."(p.124)

 

" Le village est construit sur une éminence rocheuse et j'aperçois tout de suite le monastère, au sommet du rocher. Cela paraît invraisemblable que l'on puisse trouver là-haut un jardin qui figure dans tous les manuels consacrés à la culture des roses depuis le Moyen Âge". (p.141)

 

" Le monastère est accessible à pied, tout en haut de la colline ; un sentier raide y monte depuis le village. Qui aurait pu s'attendre à trouver une roseraie en un tel endroit, bien au-dessus du niveau de la mer et au sommet d'un rocher ?  Je ne vois pas le jardin aussitôt, car il est enfermé sur trois côtés par les murs du monastère, le seul côté ouvert donnant sur le village." (p 158)

 

 

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M
J'ai terminé ce livre cette nuit, chaque soir j'avais du mal à le poser... J'ai adoré ce voyage initiatique.... C'est le thème du jardin qui m'a attirée avec sa mystérieuse rose à 8 pétales, puis l'histoire des personnages m'a captivée et la fin m'a surprise... Tous les ingrédients pour moi d'un bon roman, dont j'aime beaucoup le style d'écriture en plus!<br /> bisous
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M
Tu m'as fait rire ! Je n'arrive plus à lire jusqu'au milieu de la nuit mais je le faisais souvent quand j'étais plus jeune:) Je l'avais aussi lu d'une traite et beaucoup aimé...C'est un auteur que j'apprécie beaucoup moi aussi...bisous et merci de venir réveiller mes vieux articles
B
Effectivement on n'arrive pas à "décrocher de la lecture". Très beau et je me sens concerné très profondément
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M
Moi aussi ce roman m'a beaucoup touché...Je crois que nous ne sommes pas les seuls ! Bonne soirée