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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 16:23
La malédiction du bandit moustachu / Irina Teodorescu

La narratrice retrace l'histoire de ses parents et avant eux, de leurs ancêtres, depuis les temps lointains où Gheorghe Marinescu, petit bourgeois moustachu, a fait tomber sur leur lignée une malédiction qui doit durer jusqu'en l'an 2000...

Qu'a-t-il fait pour mériter pareille punition ?

 

Il a tout simplement rencontré, chez le barbier, un autre moustachu, un simple bandit me direz-vous, certes, mais redresseur de tort, qui, à la manière de Robin des Bois, vole les riches pour donner aux pauvres. Mais lui les égorge aussi...et est activement recherché !

 

Les deux hommes sympathisent et Gheorghe lui propose le gîte et le couvert pour quelques jours afin qu'il puisse dormir dans un vrai lit et se restaurer tout en se cachant...en attendant que les avis de recherche à son encontre, placardés sur les murs de la ville,  disparaissent.

 

Mais en fait Gheorghe a sa petite idée et enferme le bandit moustachu dans sa cave, lui promettant de revenir sous peu. Mais une fois obtenu le précieux renseignement lui permettant de connaître l'endroit où le bandit cache le reste de son butin  (non distribué aux pauvres), il ne revient pas et le bandit meurt de faim lançant sur lui la malédiction. Tous les premiers de la lignée seront voués à disparaître...

 

Mais Gheorghe n'a que faire de tout cela...maintenant le voilà riche !

 

Mais il n'est pas riche bien longtemps, car peu de temps après, il meurt lors d'une partie de chasse, victime d'une balle perdue...

 

C'est le début d'une longue, longue liste de Marinescu qui vont avoir à subir la malédiction : d'abord le fils de Gheorghe, puis le fils de Maria (dite "la cadette"), sa fille cadette.

Ensuite Maria (dite "la Cochonne"), sa petite fille, décide de partir en pèlerinage à Jérusalem. Lorsqu'elle arrive au bout de deux ans, elle va aussitôt prier devant le mur Saint et tombe d'inanition au bout de trois jours. Elle est alors recueillie par un moine qui passe ses journées à prier et la charge, en échange du gîte et du couvert d'arroser ses pétunias : elle va les laisser mourir (les pétunias mais aussi le moine !). Délaissant alors la maison, elle s'empare du coffre caché, sous les pétunias du jardin, et revient, riche mais ayant annulé par ses actions, l'effet même de ses prières.

 

L'histoire se répète, encore et encore...jusqu'en l'an 2000, malgré les nombreuses tentatives de la famille pour rompre cette funeste malédiction.

 

Mon avis

 

C'est un roman qui se rapproche du conte ou de la fable, à la fois plaisant, touchant et loufoque. Il se lit rapidement, son rythme est soutenu et le lecteur a à peine le temps de se repérer, qu'il passe déjà au chapitre suivant.

 

Ce qui rend la lecture un peu plus perturbante, ce sont les noms des personnages, car malgré les surnoms très imagés, les prénoms sont toujours les mêmes de génération en génération, et le lecteur ne sait pas toujours en lisant le début d'un chapitre de qui on parle, ni à quelle génération on se place, sans que pour autant, il ne s'égare vraiment.

 

Heureusement les chapitres sont courts et de nombreux détails viennent éclairer le récit. Certains détails par exemple, permettent au lecteur de comprendre le contexte historique ce qui lui sert alors de repères. Il y a d'abord la Grande Guerre, puis la montée du fascisme et la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à l'arrivée du communisme.

 

La vie des Marinescu évolue. Du fiacre, ils passent à la voiture par exemple. Certains vont même s'éloigner de leur Roumanie natale pour voyager.
 

Entre les chapitres où la narratrice parle de ses ancêtres, s'intercalent des chapitres où elle parle de ses propres parents, seule génération qu'elle approfondit. Elle nous parle en particulier de son frère par qui va se terminer la malédiction.

 

Ces retours fréquents dans le temps, où elle parle de ses géniteurs perturbent un peu le lecteur qui met du temps à comprendre de qui il s'agit, car les noms au départ ne sont pas dévoilés... Dans ces chapitres-là, l'auteur emploie le "je", ou bien "lui" pour parler de son père, et "elle" pour parler de sa mère.

Il faudra d'ailleurs attendre les tous derniers chapitres pour faire vraiment le lien entre la narratrice et la famille Marinescu, connaître son nom et ce qui est arrivé à son frère aîné.

 

De la fin d'ailleurs, parlons-en : on quitte subitement le rire et le loufoque pour le drame. Les événements survenus dans la famille, bien qu'amusants et savamment racontés, nous avaient jusque là laissé plutôt indifférents, car au fond la malédiction paraissait justifiée... et ces personnages tous plus abominables les uns que les autres, grossiers, perturbés, alcooliques, pervers et cruels (et les femmes ne sont pas en reste !) mais là, dans les derniers chapitres, on change de ton...

 

Ce n'est pas étonnant que l'auteur ait déjà écrit un recueil de nouvelles car la chute de ce roman est très proche de celle d'une nouvelle.

 

Je vous conseille de relire les passages où la narratrice parle de ses parents en terme de "elle" et de "lui" pour faire le lien et comprendre toute la portée de ce premier roman.

 

Un auteur à découvrir et à suivre absolument !

Ce roman a obtenu à l'automne 2014 par la Société des Gens de Lettres (SDGL), le Prix André Dubreuil du premier Roman.

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commentaires

Desse 04/02/2015 15:41

Sans votre article, c'est sans doute un livre à côté duquel je serais passée, et pourtant, je vais me le procurer!

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