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Des esclaves oubliés de Tromelin, je vous en avais déjà parlé lorsque j'ai présenté ICI, le roman écrit par Irène Frain, "Les naufragés de l'île Tromelin".
Le 31 juillet 1761 l'Utile, en pleine nuit, un navire de la Compagnie française des Indes fait naufrage dans l'Océan Indien, après avoir embarqué illégalement des esclaves en chemin et avoir modifié le trajet prévu pour se rendre sur l'île Maurice.
Le navire fait naufrage en se fracassant sur les récifs coralliens de la petite "île des sables", qui n'était pas encore à l'époque positionnée avec exactitude sur les cartes et se situe à 500 kilomètres de la première terre connue. Les marins et une petite partie des cent soixante esclaves enfermés dans la cale, arrivent à rejoindre l'îlot à la nage ou accrochés à des planches et portés par les courants. Cette petite île balayée par les vents, les marées et les ouragans dévastateurs, située au large de Madagascar, devient leur refuge.
Le capitaine Lafargue perd la raison et c'est Barthélémy Castellan du Vernet qui prend la suite du commandement. Deux-cent dix marins ont survécu et seulement quatre vingt esclaves.
Le premier problème est de trouver de l'eau, puis de construire des abris et enfin, un bateau. Pour cela, ils ont besoin des esclaves qui savent nager et donc peuvent aller récupérer des outils, planches et autres matériaux sur l'épave.
Le jour du départ, le commandant ne peut pas embarquer tout le monde et seuls les blancs montent à bord. Il promet alors aux esclaves qu'il reviendra les chercher et qu'ils retrouveront leur liberté. Il leur donne même un document prouvant sa bonne foi. Mais à son retour dans la civilisation, la Compagnie des Indes ne veut pas en entendre parler et c'est seulement quinze années après le naufrage qu'en novembre 1776, Jacques Marie de Tromelin, commandant de la Corvette "la Dauphine", découvrira les seuls survivants : seules sept femmes et un bébé de 8 mois sont alors secourus.
Comment ont-ils pu survivre dans ces conditions aussi extrêmes ?
Le lecteur en apprend davantage en lisant cette bande dessinée documentaire émouvante car le récit de l'histoire du naufrage et des jours qui ont suivis, est narré par une jeune esclave survivante. Son récit des événements alterne avec celui des campagnes de fouilles qui ont eu lieu sur l'île.
En effet, Max Guérout, ancien officier de marine, créateur du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), monte plusieurs expéditions pour retrouver les traces du séjour de ces naufragés.
Le lecteur côtoie de près l'équipe qui s'est installée dans la station météo Serge Frolow, présente sur les lieux depuis les années 50 (1954 exactement) car l'auteur a pu y participer en tant que dessinateur et rester avec eux pendant un mois.
Le dessin est superbe, à la fois sobre, réaliste, détaillé et émouvant. Les archéologues trouvent des vestiges, ceux des murs en pierre ou de leurs fondations, l'emplacement d'une cuisine, divers objets utilisés pour la vie quotidienne, comme des assiettes par exemple. Ils découvrent aussi des squelettes humains.
En parallèle des fouilles à terre, une équipe fouille ce qu'il reste de l'épave.
L'auteur n'hésite pas à nous montrer que même dans ces contrées très éloignées de la civilisation, la pollution plastique est partout. De nombreux déchets sont retrouvés sur les plages apportés par les courants marins.
Les 106 pages de cette bande dessinée, sont complétées par un dossier documentaire précis, illustré par des documents historiques. Ce dossier reprend l'histoire du naufrage mais aussi les différentes campagnes de fouilles (quatre en tout) qui ont permis d'en apprendre davantage sur les facultés de survie de ce groupe d'esclaves abandonnés. L'album se termine par quelques pages qui retracent l'histoire de l'esclavage en France en quelques dates clés.
Cette bande dessinée est donc une autre manière de découvrir l'histoire terrible de ces esclaves oubliés qui complète bien le récit qu'Irène Frain en avait fait dans son roman.
Vous pouvez retrouver la chronique du squatter préféré de Dasola, "ta d loi du cine" sur le blog ICI .
Et cette lecture me permet de participer encore une fois au Booktrip en mer de Fanja (saison 3)
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