Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Du jour où il a décidé de fonder une famille, notre père s'est refusé à repartir à la "grande pêche", celle qui lui faisait quitter la terre pendant des jours, pendant des semaines, pendant des mois. Car, même s'il aimait la mer d'un amour si fort que je ne saurais trouver les justes mots pour le dire, il voulait nous voir grandir, être là pour nous aider à souffler les bougies, nous apprendre à faire nos lacets, nous engueuler pour les mauvaises notes, nous taquiner avec notre mère, être le témoin de nos bonheurs er consoler nos peines Il voulait des choses simples et petites, celles qui font une vie simple et heureuse. Pour ça il a réussi je crois. Mais je ne voudrais pas parler à sa place.
Alors que Pierre le narrateur vient d'apprendre qu'il va être papa d'une petite fille, sa mère l'appelle pour lui annoncer que son père Jean, l'unique marin-pêcheur de St-Jacques du village, n'est pas rentré. L'Ar c'hwil, son coquillier blanc et bleu, vient de sombrer. Seul Khalid, son employé a été retrouvé vivant, faisant la planche en attendant les sauveteurs "pour voir les étoiles une dernière fois avant de mourir". Il travaillait avec Jean depuis vingt ans et a pu donner des précisions sur les circonstances du naufrage.
Jean chérissait la mer mais il aimait aussi profondément ses trois fils, Pierre, Clément et Julien ainsi que sa femme Marie-Lou. Après l'espoir, puisque son corps n'est pas retrouvé, la famille se réunit pour se soutenir et se souvenir.
Pierre s'interroge. Qui était vraiment ce père que tous ont idéalisé ? Pourquoi était-il parfois si ténébreux ? Et c'est pour le savoir qu'il décide de raconter son histoire et la leur puisque les deux sont intimement liées.
Il raconte l'enfance du père, sa jeunesse puis son désir de devenir pêcheur malgré l'opposition du grand-père qui était gendarme. Leur enfance à eux, leurs jeux, les rites familiaux et puis le rêve du père d'avoir son propre bateau.
La vie de pêcheur n'est pas de tout repos mais autour du bateau, il y a la famille qui attend, une famille unie avec ses secrets, ses drames et ses peines. Il y a des combats et des crises économiques, il y a la Bretagne et ses valeurs inébranlables. Et il y a ce père qui toute sa vie leur cachera un lourd secret...
Car voilà qu'un jour un homme se présente, c'est un ancien CRS et il a des choses à leur révéler.
Cette rencontre va remettre en question tout ce qu'ils croyaient savoir sur leur père. Alors qu'ils sortiront de là ébranlés, ils chercheront à le comprendre avant de découvrir enfin la vérité, étonnante mais révélatrice des valeurs qui unissent les marins entre eux.
Au début des années 1990 ça a été très dur pour le monde de la pêche. Plus personne ne s'en sortait, surtout les côtiers, c'est eux qui morflaient le plus. Ils prenaient la concurrence des Espagnols, des Anglais, des navires-usines. Il n'y avait plus de prix et le carburant était monté en flèche à cause de la guerre du Golfe...
ça a fini par péter début 94...
L'auteur est né en 1984 dans les Côtes-d'Armor. Il aime la mer, les ports, et les pêcheurs et a choisi de nous parler de leur métier et de leur amour incommensurable pour les bateaux et pour la mer malgré les risques et les difficultés du métier.
L'ambiance décrite par l'auteur est bien celle de la Bretagne avec ses paysages sauvages mais une Bretagne loin des clichés habituels pour touristes. Le lecteur se déplace donc de Kersaint à Brest ou à Rennes, de Morlaix à Landunvez, en mer d'Iroise et même jusqu'à Paris...
J'ai aimé la délicatesse et la lucidité avec laquelle l'auteur nous décrit les personnages. Ils sont touchants et terriblement humains. C'est une famille unit dans la vie comme dans le drame.
Jean le père est une belle personne, un être généreux. Il élève ses fils avec de belles valeurs et va les accepter tels qu'ils sont, accepter leur choix de vie, ne se souciant que de leur bonheur et de celui de sa femme. Il y a beaucoup d'amour, de respect et de tendresse au fil des pages dans leur relation et l'histoire de cette famille sonne juste à chaque page. Il aime sa famille plus que tout donc, mais reste un homme taiseux.
L'auteur mêle, de manière non linéaire, l'histoire de la famille aux événements sensibles de la seconde moitié du XXe siècle, en particulier aux manifestations de colère des pêcheurs qui, dans les années 90, ne sentaient ni écoutés, ni compris par la grande majorité de la population et par le gouvernement en place. Ces crises terribles qui ont eu lieu suite à l'ouverture de la concurrence européenne ont particulièrement touchées la Bretagne et le monde de la pêche.
L'auteur retrace ces événements réels mais aussi le terrible naufrage de l'Amoco Cadix qui a bouleversé la vie des bretons.
Il dresse aussi un tableau réaliste du métier de pêcheur, rude, passionné, périlleux, les hommes étant à la merci de la mer et de ses dangers. Un lien indestructible unit les pêcheurs. Leur monde est leur seconde famille et leurs valeurs les obligent à s'entraider quoi qu'il advienne mais aussi à ne pas révéler les secrets des uns ou des autres pour rester fidèles à leur valeur.
Mon seul bémol est que j'ai trouvé un peu long le récit du CRS bien qu'il soit nécessaire car il raconte tout un pan de l'histoire sociale et économique de notre pays.
Après un début qui met en place les différents personnages, l'auteur sait créer le suspense en laissant apparaitre au grand jour, les doutes qui assaillent la famille. Il faudra au lecteur lire la totalité de la seconde moitié du roman pour en apprendre davantage et connaitre la vérité et qui était vraiment ce père que les trois fils ont si fortement aimé.
Le roman est ponctué de chants de marins bretons (à écouter en le lisant ?!) et de références de livres et d'auteurs à connaitre (je vous laisse découvrir les circonstances précises dans lesquelles l'auteur en parle).
J'ai aimé ce roman qui malgré quelques longueurs est une véritable ode à la mer, aux relations familiales, à la relation père- fils.
Un roman qui me permet de participer encore une fois au Book Trip en mer de Fanja (saison 3).
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Je vois sa main. Elle est celle d’un homme encore jeune. Elle caresse la coque d’Ar c’hwil qui n’a jamais vu la mer. Ar c’hwil est calé sur des linteaux. Ar c’hwil est tout de chêne et d’acier. C’est la dernière vérification. Bientôt, une grue soulèvera les grosses sangles noires qui l’entourent et le placera sur le camion du convoi exceptionnel qui le mènera au port. Là-bas, une autre grue le prendra, le soulèvera comme de rien. Elle pivotera sur elle-même. Elle allongera son bras. Elle fera descendre le câble de métal, et, tout doucement, elle le déposera. Ar c’hwil touchera l’eau. Le sel de la mer viendra se frotter à la peinture toute neuve. Avant de gonfler, le bois se contractera une seconde comme le corps fait au moment du premier bain des vacances d’été...