Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
La ville, ce matin, était transparente. Rose et bleue, dans l'air immobile. Chaud déjà, mais pas encore poisseux. Marseille respirait sa lumière. Comme les consommateurs, à la terrasse de la Samaritaine, la buvaient, avec insouciance, jusqu'à la dernière goutte de café au fond de leur tasse. Bleu des toits, rose de la mer. Ou l'inverse. Jusqu'à midi. Après, le soleil écrasait tout, quelques heures. L'ombre comme la lumière. La ville devenait opaque. Blanche. C'était à ce moment que Marseille se parfumait d'anis.
Babette, la jeune journaliste amie de Fabio Montale dont nous avons fait connaissance dans les précédents opus, ICI et ICI, travaille depuis des années sur un reportage autour de la Mafia et de ses liens avec les milieux politiques et financiers. Elle est sur le point de dévoiler toute l'affaire (avec liste de noms à l'appui) lorsqu'elle contacte Fabio qu'elle n'a pas revu depuis son départ de Marseille. Elle a de gros ennuis et très peur car elle est poursuivie par de redoutables tueurs et a été obligée de fuir l'Italie où tous ses amis et son amant, Gianni, un avocat spécialisé dans les procès de la Mafia, ont été assassinés. Elle est allée se cacher chez Bruno, un ami de jeunesse qui élève des chèvres au fin fond des Cévennes.
Alors qu'il avait décidé de prendre du recul, Fabio se voit confier ce dossier brûlant car Babette lui envoie des cassettes contenant toutes ses découvertes. Il se dépêche d'en faire faire des copies, car lui ne sait pas utiliser un ordinateur, et prend connaissance en diagonale de leur contenu. Il n'hésite pas un instant à l'aider mais va se retrouver lui aussi poursuivi par les tueurs et obligé de révéler où elle se cache sous peine de voir mourir les uns après les autres tous ceux qu'il aime dans des circonstances particulièrement cruelles.
Or... il l'ignore. Mais la Mafia continue à faire pression sur lui pour qu'il la recherche et révèle sa planque. Il faudra bien qu'il la retrouve avant eux, s'il n'est pas déjà trop tard...
Va-t-il craquer et révéler ce qu'il sait, ou voir disparaître peu à peu tous les amis qui lui restent ?
C'était une des ces nuits à la con où, dans son lit, tous les détails prennent une dimension démesurée, où l'on n'arrive plus à se raisonner, à comprendre, à admettre. J'avais connu ça plusieurs fois déjà, avec d'autres femmes. Mais jamais avec une douleur aussi intense...
Nous ne sommes beaux que par le regard de l'autre. De celui qui nous aime...
Quel gâchis Babette. Quel gâchis.
Mais elle n'était pas responsable de tout ça, Babette. Elle n'était qu'un détonateur. Et moi, je me découvrais tel que j'étais en réalité. Inattentif aux autres, même à ceux que j'aimais. Incapable d'entendre leurs angoisses, leurs peurs. Leur envie de vivre encore un peu, et heureux. Je vivais dans un monde où je ne leur faisais pas de place. Je les côtoyais, plus que je ne partageais...
Je ne savais pas montrer, même dans les pires moments, combien en réalité, j'étais attaché à eux. Je ne savais pas le dire non plus. Je croyais que tout allait de soi. L'amitié. L'amour...
Je n'avais jamais tout donné à personne.
Cet opus est une véritable descente aux enfers au coeur de la cruauté des hommes de la Mafia et de leurs magouilles financières. On voit bien que l'auteur, ancien journaliste, s'est largement documenté à ce sujet car tout sonne juste et c'est cela qui est glaçant.
Lors de ma précédente lecture, à sa sortie, j'avais été moins marqué par ce troisième opus. Même si j'ai eu du plaisir à retrouver Fabio Montale, ce héros attachant bien que toujours autant pessimiste et désabusé, j'ai trouvé la lecture de ce dernier opus plus "difficile" car c'est un roman d'une grande noirceur où la mort plane à chaque page. Peut-être aurai-je du différer sa relecture au lieu de le faire pendant les vacances ?
On retrouve bien entendu Fabio, qui cette fois en plus d'être pessimiste, se sent totalement impuissant et coupable et semble en plus être dépassé par la situation ; Fonfon et Honorine, qui sont amoureux (comme quoi il n'y a pas d'âge...) ; mais aussi une nouvelle commissaire, jeune et passionnée, qui croit en la justice.
Marseille est toujours là mais n'occupe pas cette fois le devant de la scène même si on continue à déguster de petits plats et à rêver d'une balade en bateau.
L'ambiance est dès le début du roman plus noire, plus glauque, plus violente mais également plus intimiste, car Fabio se remet en question, s'interroge sur ce qu'a été sa vie, se recentre autour de lui, de son ressenti, des gens qui comptent ou ont compté pour lui. C'est une belle personne, un être vrai, un personnage inoubliable, tant il est sensible, fragile car désabusé mais surtout terriblement humain.
La fin est très noire comme on pouvait s'y attendre et le constat fait autour de la présence de la Mafia dans le sud-est, de ses prolongements au niveau de toutes les couches de la société est toujours criant de réalisme bien que l'auteur ait tenu ses propos il y a désormais plus de 25 ans, rien n'a changé et tout a même empiré, je pense.
Pour info, encore une fois le titre "Solea" fait référence à un morceau de Miles Davis, inspiré du flamenco, ce qui nous rappelle à quel point la musique fait partie de la vie de notre héros, Fabio mais aussi de l'auteur qui dans cet opus ne manque pas encore une fois de nous donner envie d'élargir notre culture musicale et littéraire en nous offrant de nombreux extraits.
Cet opus qui clôt la trilogie marseillaise avec brio est l'avant dernier roman écrit par l'auteur (voir sa biographie ICI). Il pourrait se lire indépendamment des deux autres opus sans problème, mais ce serait dommage de le faire. Il me permet de participer à nouveau au challenge d'Ingannmic "Sous les pavés, les pages" (voir ICI) même si la ville de Marseille est un peu moins présente dans cet opus que dans les deux précédents.
La relecture de cette trilogie me donne envie de découvrir les autres écrits de l'auteur, ses nouvelles, ses poèmes.
Un journal qui n'a pas de morale n'est pas un journal. Oui, et une société sans morale n'est plus la société. Un pays sans morale non plus. Il était plus simple d'envoyer les flics déloger les comités de chômeurs dans les A.N.P.E. que de s'attaquer aux racines du mal. Cette saloperie qui rongeait l'humanité jusqu'à l'os.
La lecture de cette trilogie qui est parue en un seul volume de 816 pages, en 2006 (voir ICI), me permet de participer au challenge de ta d loi du cine, "squatter" chez dasola, voir le lien ICI. Il était temps car ce challenge se termine le 22 septembre !
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