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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 07:56
Danser les ombres / Laurent Gaudé

C'était il y a un peu plus de cinq ans, le 12 janvier 2010, un terrible séisme de magnitude 7.3 dévastait Haïti.

Des milliers de blessés, des disparus, 300 000 morts et un pays dévasté.

Laurent Gaudé revient sur cette catastrophe...qu'il n'a pas vécu mais qu'il essaie de reconstituer avec ce qu'il connaît du pays, de ses coutumes, de ce qu'ont vécu les vivants et...les morts.

Le résumé de l'éditeur (Quatrième de couverture)

 

"En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annoncer un décès. Très vite, dans cette ville où elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations étudiantes quelques années plus tôt, elle sait qu’elle ne partira plus, qu’elle est revenue construire ici l’avenir qui l’attendait.
Hébergée dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d’un groupe d’amis qui se réunit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose frémit qui pourrait être le bonheur, qui donne l’envie d’aimer et d’accomplir sa vie. Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence…
Pour rendre hommage à Haïti, l’île des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le passé et l’instant, les ombres et les vivants, les corps et les âmes. D’une plume tendre et fervente, Laurent Gaudé trace au milieu des décombres une cartographie de la fraternité, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l’oubli."

 

 

Les mots de l'auteur sur le site d'Actes Sud

 

"[...]J’ai écrit "Danser les ombres" pour raconter la vie courageuse, têtue, obstinée, de ces hommes et de ces femmes qui luttent chaque jour contre la dureté de la vie. Lucine, Saul et tous les amis qui fréquentent l’ancien bordel chez Fessou s’accrochent à cette idée : construire une vie animée par le désir. S’affranchir de la nécessité. Être libre et, pourquoi pas, heureux.
J’ai écrit "Danser les ombres" pour parler du séisme, de cette force qui vient mettre à bas la vie des hommes et les laisse démunis, nus.

Mais j’ai écrit "Danser les ombres", surtout, pour faire ressortir la beauté de ceux qui luttent, même petitement, même dérisoirement, ceux qui s’arcboutent pour rester debout, ceux qui continuent à croire à la fraternité et à la possibilité de l’amour."

 

 

L'histoire

 

Lucine a quitté Port-au-Prince cinq ans auparavant, pour revenir à Jacmel et y élever avec Thérèse, sa sœur aînée,  George et Alcine, les deux enfants de Nine, la soeur volage, incapable d'assumer ses responsabilités de mère.

Elle a laissé là-bas ses espoirs d'une vie meilleure, ses études et ses amis mais aussi ses luttes et ses idéaux.

Mais maintenant que Nine est morte, Lucine  est revenue en ville pour annoncer à Armand Calé, le père de George, qu'elles ont besoin d'argent pour élever le petit, et pour le rencontrer, elle doit se rendre à Piéton-ville, le quartier riche de la ville.

 

 

Lorsqu'elle retrouve sa ville, alors qu'elle appréhendait tant d'y revenir, Lucine sait qu'elle ne retournera plus jamais à Jacmel.

Tant pis pour Thérèse : elle devra s'occuper seule des petits.

Toutefois, Lucine accomplira son devoir : elle ira voir Armand Calé...demain.

 

 

En attendant, elle va marcher dans la ville et  se rendra jusqu'à la maison Kenol, pour voir Viviane, la mère de son amie Emeline, morte assassinée, la riche Viviane toujours aussi sévère et rigide.

C'est chez Viviane qu'elle rencontre Saul qu'elle n'avait pas revu depuis 5 ans. Il l'emmène chez Fessou, un ancien bordel où elle va s'installer dans une petite chambre et rencontrer le groupe d'amis qui gravitent autour du vieux Tess, un libre penseur qui a toujours rêvé de réunir les hommes. Ils se retrouvent toutes les semaines pour jouer aux dominos, boire, danser et discourir sur le monde.

 

Il y a Saul bien sûr, le fils illégitime de la maison Kenol, le mal-aimé, celui qui n'a pas voulu du nom de son père et qui a stoppé sans raison ses études de médecine mais qui se consacre néanmoins aux pauvres parce qu'ils lui ont donné leur confiance...

Saul, qui comme Lucine ne s'est jamais remis de la perte d'Emeline, sa soeur bien-aîmée, amie de Lucine, assassinée en 2004 lors des affrontements sanglants qui ont eu lieu alors que le peuple luttait pour sa liberté.

 

Pourront-ils tous les deux retrouver le bonheur et peut-être s'aimer ?

 

"Il sentait qu'à ses côtés, la vie revenait, non pas l'agitaton fébrile des jours, mais le sens profond et joyeux d'une existence que l'on veut construire.Il sentait qu'il avait envie d'être pour elle. Et que les cinq années passées seraient bientôt balayées si elle ouvrait ses bras pour qu'il pose son front sur sa poitrine, juste là..."

 

Il y a, réunis autour du vieux Tess, Pabava, qui ne parle jamais depuis qu'il a été torturé ; Jasmin le séducteur  qui ne s'intéresse qu'aux femmes mariées ; Facteur Sénèque, l'ami de Pabava ; et Ti-Sourire, une jeune fille apprentie infirmière qui vient là avec ses copines, le soir après les cours.

 

"Le vieux Tess observa le petit groupe qui était sous ses yeux. Le vieux rêve de Fessou était là : des hommes de tout âge, de toute classe sociale réunis en un établissement qui ne faisait aucune distinction entre les uns et les autres et offrait simplement à tous le temps du partage et de la conversation."

 

Mais il n'y a pas que de la joie à Port-au-Prince...il y a aussi Firmin, le chauffeur de taxi qui participe à des combats de coqs. Firmin, c'est Matrak, celui qui frappait les opposants au régime dans les caves, du temps des Duvallier...et qui est hanté par son passé.

 

Et puis il y a la petite Lily, 16 ans, enfermée dans une bulle aseptisée. Personne ne sait et ne peut la soigner. Elle veut passer un peu de temps en dehors de l'hôpital avant de mourir. Elle veut respirer au grand air, sentir les odeurs, vivre enfin et sentir palpiter la vie dans les rues...quitte à en mourir. C'est Ti-sourire qui s'occupe d'elle.

 

Le séisme les surprend tous...35 secondes aussi longues que 35 années. La tragédie n'est jamais bien loin en Haïti.

"Hommes, trente-cinq secondes, c'est un temps infini et vos yeux s'ouvrent autant que les crevasses qui lézardent vos routes et les murs des maisons. En ce jour, à cet instant, tous les oiseaux de Port-au-Prince s'envolent en même temps, heureux d'avoir des ailes, sentant que rien ne tiendra plus sous leurs pattes, et que, pour les minutes à venir, l'air est plus solide que le sol."

 

Les hommes s'organisent dans un élan de fraternité indescriptible. Mais une réplique d'une violence particulière fait s'effondrer les dernières masures encore debouts.

La terre s'ouvre, les morts rejoignent les vivants et ne les laissent pas en paix...les esprits vaudou, bienfaisants ou maléfiques sont là.

En quelques instants tout a disparu dans la poussière et les décombres. Les survivants errent dans la ville à la recherche des personnes aimées disparues à jamais.

On ne sait plus qui est en vie et qui est mort...

 

Il faudra alors chasser les morts, faire le deuil, faire danser les ombres pour que la vie puisse reprendre son cours, la vie toujours plus forte que tout.

"Adieu les ombres, il faut laisser partir tout ce qui est mort, tout ce qui a été éventé, retourné, ces vies englouties que l'on a aimé".

 

Mon avis

 

L'auteur nous livre un hommage poignant aux Haïtiens...

 

Nous les avons tous vu ces images terribles, ces files de gens démunis mais si dignes, attendant un repas, un soin, un toit peut-être. Nous avons participé de notre petit village ou de notre ville à la solidarité internationale qui s'est mise en place, chacun apportant notre pierre si petite soit elle...

 

En donnant vie à ses personnages, en nous obligeant à les suivre dans leur vie quotidienne pendant les quelques jours qui ont précédé le terrible tremblement de terre qui, il y a 5 ans, a mis par terre le pays et libéré les ombres (les morts)...l'auteur nous demande de ne pas oublier que des milliers d'entre eux vivent encore dans des camps de fortune, 5 ans après.

 

Car...

 

"Qui racontera ces héros qui avaient eux-mêmes perdu des proches, qui étaient au bord de l’épuisement, mais qui ont cherché encore et encore, crachant sur leur propre peur ?"

si ce n'est pas lui ou tous ceux, qui par leur écriture, peuvent encore toucher notre coeur.

 

Ce roman est en lice pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2015, parmi 10 finalistes.

 

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commentaires

Mimi 13/10/2015 16:19

Les livres de Laurent Gaudé sont toujours puissants en témoignage, en douleur, en réflexion, en humanité.

manou 13/10/2015 19:17

Oui c'est vrai c'est le quatrième roman que je lis de Laurent Gaudé et chaque fois son écriture est toujours aussi forte. Pourtant celui-ci a été critiqué. Certains jugent qu'il s'agit d'un roman "fabriqué" et je n'adhère pas du tout avec cette vision des choses.

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