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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 11:01
L'inaperçu de Sylvie Germain

J'ai découvert Sylvie Germain il y a des années de cela lors de la parution de son roman "Jours de colère" qui a obtenu le prix Femina en 1989, puis par "La pleurante des rues de Prague" paru en  1991 et enfin par "Magnus" prix Goncourt des lycéens en 2005, romans dont je ferai un résumé bientôt...c'est promis car j'aurai du plaisir à les relire ! J'ai lu aussi ce printemps "Petites scènes capitales" que j'ai beaucoup aimé.

 

Dans "L'inaperçu" paru en 2008 aux Editions Albin Michel (puis en poche en 2010), elle raconte l'histoire des Bérynx, une famille ordinaire à qui la vie n'a pas fait de cadeaux et qui tente de se reconstruire après un terrible deuil.

 

Mais quand, et commence une famille ?

 

Depuis la mort accidentelle de son mari, Sabine tente de diriger seule l'entreprise familiale et d'éduquer le mieux possible ses quatre enfants. Il a Henri l'aîné, les jumeaux, Hector et René, dont on parlera peu et puis Marie surtout. Elle était présente dans la voiture de son père lors du drame car elle s'y endormait souvent après avoir joué. Elle a été grièvement blessée dans l'accident et a dû être amputée d'un pied. Enfant difficile, mal comprise par ses grands-parents, elle se réfugie souvent dans l'imaginaire et s'est inventée une amie, la petite Zoé.

 

Comme tous les ans, Sabine va passer la période de noël avec ses beaux-parents. Ses parents à elle, cela fait bien longtemps qu'elle ne les voit plus. Le plus dur pour elle c'est de rester polie, de faire comme si tout allait bien, tout en maintenant à distance les tendances autoritaires de Charlam, son beau-père.

 

Elle rencontre dans des circonstances particulières que je ne raconterai pas mais qui suscitent immédiatement l'intérêt du lecteur, un être très différent d'elle, Pierre-Ephrem Zébreuse. Il a 32 ans, vit de petits boulots et s'est fait embauché pour les fêtes par un grand magasin parisien : il se déguise en père noël pour attirer le client. Les enfants de Sabine d'ailleurs se font  prendre en photos avec lui.

 

Prise d'une subite intuition, elle lui propose un poste dans son entreprise. Pierre va devenir au fil des jours de plus en plus indispensable et un ami véritable, ami qui toutefois gardera un silence total sur son passé. Personne ne saura rien sur ses origines et sa famille (sauf le lecteur !). Sabine respecte son silence... Au fond ce qui compte pour elle, c'est le présent.

 

Des années plus tard, les enfants sont désormais de jeunes adultes, lors d'une fête organisée en l'honneur de leur grand-père, devenu veuf à son tour, ils organisent un spectacle-diaporama largement inspiré par les shadocks !

 

Pierre y a toute sa place. Il est devenu un confident pour la petite Marie, un grand frère pour Henri, un ami pour Sabine et sa gentillesse fait merveille, mais l'aime-t-on pour autant ? Seul Charlam ne supporte pas la situation. Il le soupçonne, lui qui n'est rien, d'être devenu l'amant de Sabine. Charlam commet alors l'irréparable, un geste gratuit mais très humiliant : il lui crache au visage.

Figé de stupeur, le lecteur comprendra plus tard pourquoi, Pierre s'enfuit.

"Surtout ne riez pas" a-t-il dit à Sabine lorsqu'il la rencontre pour la première fois sur le quai.  Cette simple phrase résume à elle seule tout le drame de la vie de Pierre.

 

Sabine le fait d'abord rechercher, puis lorsque les recherches sont abandonnées faute d'une piste valable en dehors de ses habits retrouvés dans les bois, elle fait vider son appartement, rend les clés au propriétaire...

Chacun essaie d'oublier le vide laissé par son absence, tente de vivre sans lui. Chacun emporte en secret un morceau de la vie de Pierre "volé dans l'appartement". Sabine emporte la photo du père noël, Marie, des écrits d'une certaine Zélie, trouvés dans la table de nuit, Henri plus tard prendra le poster de Rothko qui illuminait le réveil de Pierre tous les matins.

 

Car il a suffit que Pierre  disparaisse pour que chacun dans la famille arrive enfin à avancer dans sa vie : Sabine changera radicalement de vie ; Marie écrira et illustrera des albums pour enfants qui auront un rapport direct avec Pierre ; Henri deviendra reporter journaliste ( ou témoin itinérant si vous préférez) ; les jumeaux reprendront l'entreprise familiale délaissée par leur mère. Eux seuls ne conprendront pas ce que Pierre représentait pour les autres membres de la famille.

La mort de Georges avait créer un vide que Pierre-Ephrem avait réussit à combler. Le départ de Pierre obligera tous les membres de la famille à composer avec son départ pour ne pas revivre le manque.

 

Qu'est-il arrivé à Pierre ? Le choc lui a fait perdre la mémoire. On l'a placé dans un hôpital psychiatrique. Lorsqu'il sort enfin, reconstruit, il va immédiatement retourner chez Sabine.

Mais une nouvelle Madame Bérynx gère la maison, une personne qu'il a bien connue et qui lui apprend que Sabine a déménagé et que personne ici ne souhaite plus sa présence... 

 

Les mots de Sylvie Germain sont comme d'habitude empreints de poésie.  Elle trouve les mots justes pour nous parler du deuil, de l'absence, des secrets de famille enfouis au plus profond de l'inconscient familial qui parfois l'ont été volontairement, parfois parce que l'enfant présent ne les a pas compris.

 

Elle décrit avec réalisme des relations familiales difficiles et dressent, sans concessions des portraits de femmes trop parfaites pour être honnêtes... Tous les personnages sont mis à nu, sans exception !

 

Ce roman nous touche car il nous parle de l'intérieur de nous-même, des non-dits, du côté sombre de notre personnalité, des blessures laissés par nos proches et par la vie, des sentiments cachés inavoués pour le bien d'autrui ou par culpabilité...et cela même si on ne s'identifie pas aux personnages, si cette famille ne ressemble aucunement à la nôtre, si rien de ce qu'on vit ne ressemble à leur vie...

 

C'est tout cela l'inaperçu...

C'est à la fois ce qu'on ne voit pas mais aussi ce qu'on ne comprend pas ou ce qu'on n'a pas encore deviné...

 

Ce qu'on ne voit pas dans ce roman c'est la tristesse de Sabine qui pour une simple dispute autour d'un billet gagnant, a perdu son mari, son amant, son compagnon de route et le père de ses enfants. Mais, au fait, l'aimait-elle vraiment ? Pourquoi formaient-ils un couple si mal assorti ?

Elle a beaucoup douté d'elle-même et de leur couple après sa mort brutale : Georges avait-il une maîtresse ? Qui est l'inconnue qui fleurit régulièrement l'arbre où sa voiture s'est encastrée ? Elle ne pourra jamais le deviner car Georges a emporté son secret avec lui...

 

Ce qu'on ne voit pas non plus c'est tout ce que Marie a perdu dans l'accident en plus de son pied. Ce que sa mère ne devine pas c'est qu'elle a assisté à l'accident en direct, c'est qu'elle croit même être coupable de l'accident car c'est lorsque son père l'a vu dans le rétroviseur se relever de la banquette arrière qu'il a perdu le contrôle de la voiture. Marie a aussi entendu de drôles de phrases prononcées par son père en colère, mais personne ne peut les deviner. Quel était le secret  de Georges ? Ce secret l'a-t-il empêché d'être heureux dans sa vie ? A-t-il indirectement contribué au malheur de Sabine et de ses enfants ?

 

Ce qu'on ne comprend pas non plus, c'est l'acharnement du grand-père contre sa propre belle-fille alors qu'il devrait être admiratif pour tout ce qu'elle réussit à faire, toute seule.

 

Ce qu'on ne comprend pas surtout ce sont les sentiments cachés de la tante Chut qui n'aime pas le bruit...car elle porte un si lourd secret qu'elle ne peut vivre autrement que dans la solitude, la frustration et les regrets.

 

Et Andrée dans tout ça, belle-mère pas très sympathique pourtant, mais qui a perdu un fils dans l'histoire et qui n'arrive pas à combler le vide de sa vie parce qu'elle est toujours dans l'ombre autoritaire et intolérante de son mari...

 

C'est un  très beau roman que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire même si je n'ai pas adhéré complètement au personnage de Sabine dont je n'ai pas (encore !) deviné tous les mystères...

La construction originale du roman, avec des zooms sur certains personnages, puis sur d'autres, paraît un peu fouillis au départ et peut dérouter le lecteur, mais au fur et à mesure que l'inaperçu est aperçu (!) ou deviné par le lecteur, le puzzle se met en place et on se laisse guider par ce qu'on comprend des personnages et  de l'histoire personnelle de chacun.

Il faut absolument connaître et lire Sylvie Germain !

De plus dans ses romans transparaît toujours l'Histoire, ce qui est le cas ici, avec le personnage de Céleste, même si, par rapport à Magnus, ce n'est qu'un passage du livre il a toute sa place et toute son importance dans le déroulement de cette "saga" familiale.

 

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