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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Finistère / Anne Berest

Albin Michel 2025

Albin Michel 2025

Je ne pouvais rien changer à ce que nous avions vécu jusqu'ici ensemble, lui et moi, mais je pouvais tracer le portrait de mon père, celui d'un être mystérieux, silencieux, qui fascinait ses amis, ses collègues, les membres de sa famille, jusqu'à aujourd'hui. Pour cela, il me fallait partir très loin en arrière. Bien avant ma naissance. Tenter de comprendre les moments où l'histoire avait commencé à s'écrire, pour lui, pour moi. Nos points de rencontre, au-delà du temps. 
Comprendre pourquoi les choses étaient devenues si difficiles entre nous. Pourquoi nous n'arrivions plus à nous parler...

Dans ce roman autobiographique, dans lequel l'autrice remonte la lignée paternelle jusqu'à son arrière-grand-père, je vous invite à voyager jusque dans le Finistère comme l'indique le titre. 

Alors que l'autrice est en pleine promotion de son roman précédent "La carte postale" (voir ma chronique ICI) dans lequel elle retrouvait la trace de sa famille maternelle, elle apprend que son père est atteint d'un double cancer. Elle décide alors d'interroger ce père taiseux et pudique sur sa vie, espérant se rapprocher ainsi de lui. Elle ne sait pas alors que sa quête va lui donner matière à écrire ce nouveau roman. 

Le roman débute par la vie de l'arrière-grand-père, Eugène Bérest. Il va se battre pour que les agriculteurs bretons soient payés au juste prix pour leur travail alors qu'à la ville (Paris) tout le monde s'arrache leurs bons produits. Mais sans syndicat ou structure pour les représenter, les négociants en profitent pour leur imposer les prix les plus bas pour leurs beaux artichauts qui supplantent même les petits violets provençaux dans la capitale, mais aussi pour les autres légumes cultivés en province. Eugène créera la première coopérative agricole, la Bretonne ! 

Le grand-père, également appelé Eugène, décidera à la grande déception de son père de ne pas reprendre l'entreprise mais de faire des études. Elève brillant, il deviendra professeur de latin et de grec après avoir fait une classe de prépa à Paris. Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et il sera obligé de retourner dans son pays natal. Tout en continuant à enseigner, il deviendra maire de Brest dans les années 70. 

Pierre ensuite son fils et père de Anne, perpétuera la lignée d'engagement politique de ses ancêtres. Particulièrement doué en mathématiques et en Sciences, il suivra la voie de son père en s'inscrivant en Prépa à Paris. Très vite, il s'engagera en politique à l'extrême gauche, vivra pleinement les événements de mai 68 et rencontrera sa femme alors qu'il est entré à l'Ecole polytechnique. Lélia et lui auront trois filles, dont Anne, l'autrice, celle du milieu et qui peut-être à cause de sa place dans la fratrie, aura du mal à trouver sa voie.

Les filles ont une éducation formidable et très libre, culturellement très ouverte et très riche. Elles ont la chance d'avoir deux parents chercheurs très pris par leurs recherches, un père qui a été trotskiste mais elles ne le savent pas, une mère ayant milité au MLF, de nombreux amis à la maison pour des fêtes mémorables. Malgré la distance, les parents les emmènent en Bretagne à toutes les vacances et elles apprennent à pêcher, se baignent, goûtent les plaisirs de la région natale de leur père et celle de leurs ancêtres.

Mais alors pourquoi Pierre et elle  se sont-ils éloignés l'un de l'autre depuis qu'elle est devenue femme ? Elle pense l'avoir déçue car elle n'a pas suivi une voie dont il rêvait peut-être pour elle. Il la pense futile, elle a besoin de tout cela pour exister en tant que femme et être regardée. 

Elle tente dans ce roman de le découvrir et aimerait bien renouer le dialogue avant qu'il ne soit trop tard...

Il y avait entre les pères et les fils une lutte silencieuse, car ces pères-là avaient été des dieux, des héros de légende, ils avaient combattu le Mal, sans que l'on puisse douter en rien de la pureté de leurs combats. C'étaient des pères indépassables, insurmontables.
Et dans les veines de leurs enfants coulait le sang du combat, agité par les récits de cette guerre de Troie. Maintenant que ces enfants étaient devenus adultes, ils voulaient eux-aussi aller se battre.

Je me demande si c'est de la folie, ou simplement de la bêtise, de croire que rien ne change.

Mais on peut réparer ce qui est manqué, car, quand on s'intéresse à eux, les fantômes surgissent du passé, pour parler aux vivants.

J'aime beaucoup la plume d'Anne Berest. Elle sait mêler sa vie intime et ses réflexions personnelles à la Grande Histoire. 

J'ai déjà lu d'elle La fille de son père, voir ma chronique ICI et La carte postale, voir ma chronique ICI. J'ai également lu le roman qu'elle a écrit avec sa soeur Claire intitulé "Gabriele" que je n'ai pas encore pris le temps de vous présenter. Je suis très en retard pour présenter mes chroniques littéraires...  

Le roman nous transporte dans le Finistère, en particulier à Saint-Pol-de-Léon et à Brest, puis à Paris et dans la région parisienne et aussi à Céreste dans le Luberon. 

Les hommes de cette famille sont admirables, intelligents, novateurs. Pierre, son père qui est au centre du roman, ne fait pas exception à la règle. Il est chercheur en mécanique des solides à l'école polytechnique. Je ne vais pas vous expliquer quels étaient les sujets de ses recherches mais il est question à quelque part en mathématiques de la théorie des bifurcations et donc en parallèle, des moments de la vie où nous bifurquons vers d'autres chemins que ceux qui ont été tracés par nos ancêtres. Parfois, comme c'est le cas pour Anne, cette bifurcation, conduit à un éloignement.

J'ai aimé qu'elle remercie ses parents de leur avoir montré ce qu'est l'amour dans un couple, l'importance du respect de la personnalité de chacun, de les avoir éduquées en toute liberté en les laissant choisir leur voie et vivre comme elles l'entendaient. Il y a cependant dans ce livre beaucoup de regrets comme si l'autrice était passé à côté, ne savait pas grand chose finalement de ce père taiseux qui ne parlait jamais de l'engagement politique de sa jeunesse, ni de sa peine ressentie à la mort de son meilleur ami, ou encore de son frère prématurément disparu alors qu'il était enfant...

C'est un roman sur la transmission parfois silencieuse, celle qui imprègne les générations futures et les obligent à se construire en étant soit pour soit contre, à poursuivre donc le chemin ou à s'en affranchir comme si leurs ancêtres veillaient à ce qu'ils ne s'écartent pas de que qui a déjà été tracé pour eux. 

C'est un bel hommage à ses parents, à son père surtout bien entendu, et un beau message d'amour même si au fond je suis restée sur ma faim car pas un instant l'autrice ne se dévoile vraiment. Il y a des petites phrases qui m'ont fait pensé qu'elle allait le faire mais elle reste en surface. Elle n'analyse pas ce pourquoi elle écrit ce livre finalement c'est-à-dire qu'elle ne cherche pas à comprendre réellement pourquoi elle et son père ont été séparés par la vie. Elle s'en approche quand elle dit que sa vie à elle, celle qu'elle avait choisi, lui apparaissait futile mais on sent dans le roman qu'elle n'arrive pas à pousser plus avant cette idée (peut-être par pudeur ?). Et j'ai trouvé ça dommage car je n'ai pas été touchée par ses propos comme je m'y attendais car ils sont restés trop factuels. Certains passages sont tout de même émouvants, d'autres amusants. 

Ce qui est positif c'est que la grande Histoire est bien présente et que tous les événements décrits s'appuient sur des recherches minutieuses et véridiques. L'autrice s'est considérablement documentée pour évoquer l'engagement politique de ses ancêtres et celui de son père durant les années 60-70. J'ai cependant trouvé ces pages un peu longues : mai 68, Pierre devenu trotskiste puis appartenant aux Jeunesses communistes Révolutionnaires.

Il est bizarre d'ailleurs qu'il n'en ait jamais parlé autour de lui pendant plusieurs décennies, ni à sa femme, ni à ses filles. Pourquoi tous ces secrets, quelles déceptions ou traumatismes cachent- ils en vérité... Nous ne le saurons jamais.

J'ai par contre vraiment aimé la jeunesse et la vie du grand-père et de l'arrière-grand-père qui m'ont davantage intéressée, tout comme l'histoire de la Bretagne, sans doute parce que je ne connaissais pas tout ce que l'autrice nous raconte à ce sujet, qu'il s'agisse de la création de la première coopérative agricole, de la découverte de Paris quand on vient de province, de l'occupation allemande ou encore de la destruction de la ville de Brest et de sa difficile reconstruction. 

J'ai donc à la fois aimé cette lecture car certains passages sont tout à fait agréables à découvrir...et un avis un peu mitigé sur d'autres passages de ce roman largement autobiographique.

La jeunesse fasciste espérait encore et toujours que les affrontements avec les gauchistes pourraient provoquer une vraie guerre civile, qui déboucherait sur un renversement du monde, un nouvel ordre. Pour cela, il fallait en passer par la violence. 

On dit que ceux qui perdent un frère ou une soeur dans l'enfance développent une propension au mystère, aux existences doubles, parfois antagonistes, comme s'ils cherchaient à incarner plusieurs vies à la fois. Mon père portait en lui cette dualité. Il avait vécu, d'une certaine manière, pour deux. 
D'un côté il était cet étudiant sérieux préparant l'Ecole polytechnique. De l'autre, il avait un nom de code, une identité clandestine, participant à des actions politiques secrètes dont, jusqu'à ce jour, il n'avait jamais livré aucun détail, à personne.

En devenant mère à mon tour, j'ai fait l'apprentissage d'une éducation discutable bien que consciencieuse, d'une assistance inévitablement défaillante, malgré les meilleures intentions du monde. Et chaque geste, chaque mot_ qu'il soit voulu ou omis_ laisse sur les enfants l'empreinte d'une relation sans cesse imparfaite, et de ce fait infiniment cruelle...

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G
Je ne suis pas fan des romans autobiographiques sur les lignées parentales... je passe.
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L
En général j'aime bien les autobiographies. Comme je n'ai pas lu la carte postale, je vais peut-être commencer par là, s'ils l'ont à la médiathèque.<br /> Tu es restée sur ta faim car l'auteure ne se dévoile pas totalement. Pas simple en tous cas, surtout que très souvent, on n'a pas vraiment conscience des raisons profondes de nos actes.<br /> Gros bisous<br /> Lavandine
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S
Je l'ai dans ma PAL mais toujours pas lu ! Je crois que les avis un peu mitigés que je lis ici où là me font le laisser en bas de la pile.
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G
J'ai toujours eu du mal avec les romans autobiographiques, et en plus là si tu restes sur ta faim
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T
"La carte postale" m'a beaucoup plu, ce texte-ci me tente moins, peut-être parce qu'on publie tant d'explorations du passé familial que le genre lasse un peu. Les réserves que tu exprimes me confirment dans l'idée que ce livre peut attendre un véritable désir de le lire.
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S
Bonsoir Manou, son histoire est particulière et elle n'avait peut-être pas l'envie de tout dévoiler et de garder une certaine distance avec ses lecteurs..Bises, Sylvie
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C
merci beaucoup de ta présentation et ton avis<br /> je ne suis pas tentée mais surement très bien ce livre <br /> belle soirée<br /> bisous<br /> patricia
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E
Bonjour Manou. J'ai bien aimé La carte postale, mais ton avis mitigé sur celui-ci ne m'incite pas à le lire. Bonne journée et bisous
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C
il est difficile de parler de soi, et même une autrice peut éprouver certaines difficultés à se "donner" d'où la pudeur de remonter vers ces aïeux qui sont ses racines ...<br /> amitié .
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F
Comme je ne suis pas très récits autobiographiques, je vais rester concentrée sur les autres romans de cette fameuse Anne Berest que je n'ai toujours pas lue. Si si, c'est possible !:)
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P
Je me méfie des romans (auto)biographiques. Souvent, ça n'intéresse que la famille de l'auteur. <br /> Je n'ai lu que "La carte postale" de cette auteure.
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M
Bonjour Manou,<br /> ce livre m'intéresse, je le télécharge.<br /> Merci pour ta présentation.<br /> Bises.<br /> Bonne soirée,<br /> Mo
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M
Un livre qui semble sympathique, mêlant en effet l'histoire personnelle à la Grande Histoire, et rendant hommage aux parents et grands-parents.
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J
L'autrice est passée à La Grande librairie mais cela ne m'avait pas vraiment donné envie de lire ce livre là. En revanche, j'aimerais bien lire La carte postale.
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G
Ce roman me plairait aitant que "la carte postale", partie chez ma soeur.<br /> Tu aimerais sans doute aussi Cezembre" de Helène Gestern, que j'ai partagée cet hiver, sur le même thème de la recherche du père, de la généalogie
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P
Chère Manou, Toujours une belle présentation que tu fais de chacune de tes lectures.<br /> Merci beaucoup. je te souhaite une bonne fin de journée. Bises
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A
Coucou, <br /> Tres belle lecture, merci pour le partage.
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M
Une belle présentation de ce livre...Un jour peut-être!
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B
bonjour Manou , ah oui le titre j'aime ++++ et bon après hi hi hi , merci pour ton com si gentils gros bisous belle journée a+
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S
Je n'apprécie les romans autobiographiques qu'à petite dose, et je pense que j'y trouverai pas mon compte ici au vu de tes réserves. La carte postale m'intéresse davantage, cela me permettra de découvrir la plume de cette autrice.
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