Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Et le nid de maisons décrépites de son rêve récurrent se matérialisa tout à coup. Des constructions en pierre aux toits d'ardoise qui tenaient encore debout en s'agrippant l'une à l'autre. Le soleil les incendiait. Il resplendissait avec tant de puissance qu'on se serait cru en juin plutôt qu'en novembre. Dans cette lumière, même les montagnes avaient l'air nouvelles. Elle-même, peut-être, pouvait devenir nouvelle...
Parce qu'ici, finalement, c'était "l'après".
Dans la commune d'Alma en Italie, se trouve un petit hameau perdu dans la montagne dans lequel ne vivent plus que deux habitants : Basilio, l'artiste du coin qui n'a pas pu poursuivre ses études et s'est retrouvé peintre en bâtiment pour gagner sa vie tout en restaurant les peintures de l'église, et Bruno, l'enfant du pays, devenu l'instituteur du village.
C'est à pied qu'il faut grimper pour atteindre Sassaia, en prenant l'escalier qui part entre deux maisons et en traversant la forêt de châtaigniers. Une fois arrivé sur les lieux, le calme attend le visiteur, ainsi que les chants des oiseaux, les paysages époustouflants de beauté, les arbres et les vues sur les sommets.
C'est par là qu'Emilia et son père Riccardo arrivent un beau jour de 2015 pour installer Emilia dans la maison de sa tante, Iole, une maison abandonnée depuis des années. La jeune trentenaire a besoin de s'éloigner de la civilisation et de tous ceux qui connaissent son secret et ce qu'elle cache de son lourd passé : elle vient à peine de sortir de prison...
Bruno habite juste en face et ne peut s'empêcher de les observer à travers ses rideaux. Il faut dire qu'Emilia ne passe pas inaperçue avec ses superbes cheveux roux et ses taches de rousseur, son jean déchiré, sa doudoune vert fluo et ses Dr Martens violets.
Il n'en revient pas de voir le père repartir et la laisser seule, là dans cette maison triste et poussiéreuse, loin de tout réseau, avec l'électricité qui fonctionne à peine dans une seule pièce.
Un jour, il est inévitable qu'ils se rencontrent.
Ce sont deux paumés de l'existence, deux enfants meurtris dans des corps d'adulte, deux êtres à qui on a volé l'adolescence...mais qui n'arrivent toujours pas à expliquer pourquoi aux autres, à se dévoiler, à parler de leur passé.
Ils vont apprendre à se connaître, à s'apprivoiser, à aimer mais ils ne savent pas encore que l'amour a besoin de sincérité et que la jalousie des autres, leur regard destructeur, leur passé tout comme "l'après" impossible à gérer, et qui les encombrent, vont se mettre peu à peu en travers de leur bonheur...
Combien de temps devront-ils payer pour leurs erreurs ? Et si parler du passé pouvait leur permettre de vivre...tout simplement, et de se pardonner à eux-mêmes ?
Elle lui raccrocha au nez parce qu'elle était peut-être en train de pleurer, et que pleurer devant les autres, ça ne se fait pas. Les vieilles règles étaient toujours en vigueur.
1- On ne pleure pas.
2- On ne balance pas.
3- On ne revient pas sur la parole donnée.
4- On ne déballe rien sur sa famille.
C'étaient les piliers de leur éducation. Emilia les répéta dans sa tête pour ne pas tomber.
Ce n'est pas vrai qu'après on continue.
Après il y a les conséquences.
Et la première, la plus importante dans la vie d'Emilia, ce fut une sourde, une implacable rage.
Tu trouveras plus dans les bois que dans les livres.
Les arbres et les rochers t'enseigneront des choses qu'aucun maître d'école ne te dira.
Le silence, avait-elle pensé. C'est ça l'enseignement. Le silence et la lumière, et l'hiver qui s'achève.
Voilà un roman magnifique qui a été pour moi un véritable coup de coeur. Je l'ai lu le coeur serré de bout en bout en ayant du mal à faire des pauses tant l'histoire est prenante et émouvante.
Ces deux êtres fracassés par la vie pour des raisons différentes sont particulièrement attachants. Leur détresse profonde nous touche en plein coeur. Ils ont tous deux choisis la solitude pour se punir d'être encore en vie.
C'est Bruno qui prend la parole pour nous raconter leur histoire et celle d'Emilia. Entre deux chapitres où il emploie le "je", la narration se fait à la troisième personne.
J'aime la plume de Silvia Avallone dont j'ai déjà lu :
- Marina Bellezza présenté ICI avec lequel j'avais découvert l'autrice en 2015.
- La vie parfaite présenté ICI
et le superbe D'Acier, présenté ICI son premier roman que j'avais également énormément aimé.
J'aime sa plume puissante, directe, profonde qui va droit au cœur. J'aime la manière dont elle aborde les problèmes de société.
Elle présente toujours ses personnages avec beaucoup de finesse et d'humanité, sans porter de jugement, sans nous dire ce que nous devons en penser, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs désirs de solitude, leurs colères. Elle les montre tels qu'ils sont sans rien cacher de leurs actes, de leur culpabilité ou du mal-être qui les paralysent...ni de leurs moments de bonheur. J'aime les mots qu'elle leur permet de dire, et les pensées qui les traversent, si humains et réalistes.
Le lecteur apprend par petite bribes minuscules disséminées ici ou là au fil du récit, les événements qui ont marqué leur vie. Il assemble les différentes pièces du puzzle, comprend la solitude de Bruno, l'amitié indéfectible qui relie Emilia à Marta, l'attitude du père d'Emilia, tellement protecteur et aimant.
Il y a des scènes poignantes, des dialogues incroyablement réalistes qui sonnent toujours justes, et des descriptions émouvantes.
L'ambiance du lieu est extrêmement bien rendue. Le lecteur ressent le regard malveillant des habitants du village qui jugent avant de connaître, condamnent ce qu'ils ne comprennent pas.
L'autrice aborde de nombreux thèmes autour de la famille, de la responsabilité, de la maladie, du deuil, de l'adolescence, du harcèlement, de la jalousie mais aussi celui de la protection de l'enfance, et des conditions d'incarcération ou de placement des enfants mineurs.
Un roman à découvrir assurément, porteur d'espoir...car "Tout finit par passer. Et si ça ne passe pas, ça change".
Lire l'avis d'Alex ICI.
Le paradoxe était celui-ci : l’événement principal de sa vie, elle ne pouvait pas le penser. Ni se rappeler, ni le raconter, ni rien. Elle devait faire comme s’il n’avait pas eu lieu. Mais elle le sentait : inamovible, compact à la hauteur de son coeur. Comme un caillot d’obscurité, un bout de graphite aiguisé. Et dangereux aussi. Mortel comme une tumeur quiescente, un projectile qui n’a pas explosé. Elle devait le garder en elle, en faisant attention à ne pas trop le remuer, le titiller. Parce que s’il s’ouvrait, s’il explosait, le noir l’envahirait entièrement, jusqu’à la paralysie.
Il y a des trous que tu ne peux pas combler.
Qui resteront là pour toujours, noirs et profonds.
Pourtant, situ le veux, tu pourras construire une vie autour. Comme l'herbe repousse au bord des cratères. Comme on peut orner des puits avec des pots de fleurs.
Ta vie sera toujours un anneau autour de ce gouffre. Tu as le courage d'accepter ça ?
Si vous aimez une personne, vous ne pouvez pas faire abstraction de ce qu'elle est, et a été. Vous ne pouvez pas la diviser en parties, choisir celles qui vous conviennent. Vous devez l'accepter toute entière.