Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Tas de canailles ! leur crie-t-il. A quoi vous sert de brailler ? ...
Vous me traitez de mouchard ? Et bien oui, j'en suis un. Mais vous l'êtes aussi, puisqu'il n'y en a pas un seul d'entre vous qui ne soit venu offrir de me vendre ses camarades, dans l'espoir d'une impunité que je puis ni ne veux accorder...
Cette biographie nous permet de découvrir la vie de celui qui s'appelait de son vrai nom François-Eugène Vidocq. Une vie qui ressemble à un roman d'aventure !
Je ne vais pas vous donner tous les détails et m'emmêlerai peut-être un peu dans la chronologie des événements car l'auteur lui-même fait de fréquents retours en arrière...
Né à Arras en 1775, Vidoq meurt à Paris en 1857, à l'âge de 82 ans.
Pourtant très aimé et protégé par sa mère, élevé dans un milieu aisé et cultivé, il commence très tôt ses larcins en volant son propre père, un homme très sévère et violent qui le corrige souvent. Son père était un boulanger aisé d'Arras qui lui a donné une éducation stricte et rigoureuse, mais Vidocq ne craint pas les sanctions, et n'a aucun scrupule pour se sortir des situations les plus difficiles. Pour pouvoir ouvrir la caisse de la boutique discrètement, il a astucieusement copié la clef à l'identique. Quand son père s'en aperçoit, il le met dehors. Il va alors continuer à commettre de menus larcins, exercera différents métiers. Il finit par s'engager dans l'armée pour déserter ensuite... Une fois de retour chez lui, il sera arrêté et emprisonné à la prison de Douai. Il n'y restera pas longtemps car il va s'évader et reprendre sa vie de bandit, jusqu'à ce qu'un jour, il se retrouve enchainé à d'autres hommes, en plein Paris sous les yeux d'une foule hostile. Il n'oubliera jamais cet instant... Il vient d'être condamné à huit ans de travaux forcés pour "faux en écriture" un faux qu'il n'a pas commis. Il parviendra encore à s’évader à deux reprises du bagne de Brest (il n'a que 22 ans) puis de celui de Toulon, aidé le plus souvent par d'autres bagnards qui l'admiraient.
Une légende est née !
Fatigué de ses cavales incessantes, Vidocq propose en 1809 à François-Louis Dubois, alors commissaire général de la Police à Lyon, de devenir leur principal informateur en infiltrant les milieux mafieux. Vidocq lui fournit une liste impressionnante de criminels, tous recherchés et ayant pris la ville de Lyon pour "théâtre de leurs exploits". Il n'a pas hésité un seul instant à trahir ses anciens "amis" rencontrés en prison ou au bagne, pour arriver à ses fins.
Il est si efficace dans ce rôle d'informateur qu'il sera nommé, sous Napoléon, le premier chef de la célèbre Brigade de sûreté, l'ancêtre de la Police judiciaire française en 1812. Elle est composée entièrement d'anciens brigands...reconvertis. Il y restera des années durant les règnes de Louis XVIII puis de Charles X.
Il est ensuite gracié par le roi Louis XVIII en 1818 mais bientôt il sera soupçonné à nouveau d'organiser lui-même certaines actions criminelles et d'en tirer les bénéfices.
C'est en 1827 qu'il décide, ayant été écarté de la police (en fait il aurait démissionné) de devenir écrivain et de publier ses mémoires. Il ne se démonte pas et crée en 1832 la première agence privée de renseignements qui va remporter un franc succès. Il va y employer uniquement des gens issus du même milieu que lui...pour mieux infiltrer les réseaux mafieux et les faire tomber.
Il a de nombreux ennemis parmi les policiers honnêtes offusqués qu'un ancien forçat soit autant médiatisé.
Je ne vais pas vous raconter tous les détails de sa trépidante vie, mais vous dire qu'on voit bien que l'auteur Eric Perrin, en excellent historien, s'est considérablement documenté pour pouvoir nous faire découvrir ce héros manipulateur, opportuniste, arrogant, provocateur et sans scrupules qui n'a pas hésité à trahir ses meilleurs amis mais qui trouvait injuste que le petit voleur d'un pain ( pour manger) se retrouve emprisonné au même titre que l'assassin et dans les mêmes conditions.
La première condition pour s'évader du bagne est une évidence : il faut s'assurer de la discrétion et de la bonne volonté de son camarade de "couple", chaque nouveau forçat étant accouplé obligatoirement avec un ancien pour une durée de trois ans. Ils dorment côte à côte, mangent à la même gamelle et effectuent ensemble les mêmes travaux. Leurs deux chaînes respectives sont réunies par trois anneaux métalliques que l'on appelle des "organeaux".
Vidocq est "accouplé" à un vigneron des environs de Dijon, condamné à vingt-quatre ans de bagne pour récidive de vol avec effraction. Ce malheureux, ne se rappelle même plus pourquoi il est là...
Si Victor Hugo, pour camper son Jean Valjean a retenu de l'histoire de Vidocq l'injustice dont il se prétendit la victime, Balzac, plus proche de la vérité, a démasqué chez le futur chef de la Sûreté l'ambitieux plein de faconde qui constate le train que mène la société, y joue son jeu comme tout le monde et passe avec succès du vice à la vertu estampillée, de la classe d'en-bas à celle d'en-haut...
Vidocq devient le serviteur de ses ennemis.
Si Pasquier a eu cette idée de constituer une brigade avec Vidocq à sa tête, c'est au fond parce que l'ancien forçat demeurait à ses yeux un individu peu recommandable et qu'il ne souhaitait pas le mêler trop ouvertement à la police. Le préfet aurait-il voulu recruter un homme aussi bien initié aux astuces des voleurs et assassins, il ne l'aurait pas trouvé...
En général je ne lis jamais de biographies mais la lecture récente du tome 1 du polar intitulé "Le bureau des affaires occultes", ICI sur mon blog m'a donné envie d'en apprendre davantage sur Vidocq qui est cité à plusieurs reprises dans le roman.
Qui était Vidocq en réalité ? Quelle est la part de réalité et la part de mythe autour de ce personnage ? Comment un ancien bagnard a-t-il pu devenir un personnage incontournable dans la Police de l'époque ?
Eric Perrin tente de répondre à ces questions, de démêler le vrai du faux...et de nous montrer le vrai visage de ce célèbre bagnard, mouchard et grand policier, car sa légende a été abondamment édifiée grâce à ses mémoires qu'il a lui-même écrites et dans lesquelles il s'arrange souvent avec la réalité et se fait plus beau que ce qu'il a réellement été.
Pour cela l'auteur s'attache à comparer sans cesse ses propres découvertes avec les propos tenus par les précédents biographes et ceux écrits par Vidocq lui-même afin de nous apporter un nouveau point de vue.
Le livre se lit facilement. L'époque, le contexte historique et la personnalité du personnage principal sont vraiment intéressants. L'auteur n'hésite pas à entrecouper son récit de toutes sortes d'anecdotes amusantes et de scènes fort réalistes, ce qui le rend vraiment plaisant à découvrir.
Le lecteur ne peut qu'être conquis par l'histoire de ce criminel devenu non seulement policier, mais un personnage marquant de la police française et reconnu pour ses méthodes novatrices (il utilisa en effet le premier la balistique et la médecine légale). De plus il a largement contribué à faire baisser la criminologie en France.
Les romanciers que ce soit Balzac (avec Vautrin) ou Hugo (avec Jean Valjean) ou encore Eugène Sue (dans Les mystères de Paris) se sont inspirés de son personnage pour créer les leurs. L'auteur n'hésite pas à citer certains extraits de leurs oeuvres. Et plus récemment d'autres biographes, de nombreux films et une série TV ont achevé de faire de ce bagnard, un héros.
L'auteur Eric Perrin (1963- 1996) était journaliste français, présentateur de radio et de TV. Sa première biographie, Le Maréchal Ney avait obtenu le Grand Prix de la Fondation Napoléon en 1993. En 1995, il a signé l'un des meilleurs livres sur Vidocq réédité plusieurs fois depuis.
Si vous n'aimez pas les biographies ou si comme moi vous n'avez pas envie d'aller lire l'intégralité des mémoires de Vidocq, vous pouvez aller écouter le podcast sur Radio France, en cliquant ICI. Ce podcast a été produit dans le cadre d'une série d'émissions intitulée "Héros du roman noir français", en 1991.
La lecture de cette biographie me permet de participer encore une fois au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar", voir le récapitulatif des lectures ICI.
Et de cocher la case "VIP".
Retrouvez l'avis de Den La Pérégrine, Ici sur son blog.
Veuf pour la seconde fois, Vidocq se console dans les bras de belles actrices...
Il ne compte pas que sur son physique et ses qualités pour séduire la gent féminine. A chacune de ses maîtresses, en échange de son portrait, il remet un holographe qui la désigne comme son "unique" héritière. A son décès, toutes ces jeunes filles apprendront qu'elles n'ont droit à rien et que la fortune de Vidocq n'existe pas.