Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Avec la tombée de la nuit, de gros nuages lourds s'étaient accumulés au-dessus de Paris. Un vent humide s'était levé et balayait la surface du fleuve. Valentin dépassa le couvent des Célestins et laissa derrière lui les bâtiments de l'Arsenal où, malgré l'heure tardive, régnait encore un semblant d'activité. Face à lui, la masse sombre de l'île Louviers se détachait nettement sur l'enroulement lustré des eaux de la Seine. Depuis une vingtaine d'années, l'endroit servait de chantier de bois à brûler...
La nuit après le départ des ouvriers et des portefaix, le lieu devenait totalement désert.
"L'endroit idéal pour un rendez-vous discret...ou bien pour un guet-apens."
Nous sommes en automne 1830 dans la capitale.
Paris est encore meurtri par les événements qui ont eu lieu durant la Révolution de juillet qu'on a surnommé "Les Trois Glorieuses". Durant ces trois journées mémorables, les 27, 28 et 29 juillet 1830, le peuple se soulève, bâtit des barricades dans les rues, et attaque les Tuileries, provoquant la fuite et la chute de Charles X. Le duc d'Orléans, sous le nom de Louis-Philippe Ier, devient le "roi des Français" et non plus le "roi de France". Le drapeau tricolore remplace alors le drapeau blanc. Malgré l'instauration de la monarchie de Juillet, la période est instable car le nouveau régime est contesté à gauche par les républicains et les bonapartistes, frustrés par la fin prématurée des Trois Glorieuses et à droite par les légitimistes, hostiles aux principes de la nouvelle société.
C'est dans ce contexte politique instable que des morts étranges surviennent dont celui du jeune Lucien Dauvergne qui s'est jeté par la fenêtre de la demeure familiale le jour où il devait annoncer ses fiançailles. Le père étant un homme politique connu, il faut vite étouffer l'affaire et c'est le jeune inspecteur, Valentin Verne, muté récemment du service des moeurs à la brigade de Sûreté qui va être chargé de l'enquête. Cette brigade a été créée quelques années auparavant par le célèbre Vidocq.
Très vite, le jeune enquêteur suspecte que ces meurtres sont liés à un complot visant à déstabiliser le régime en place.
Il n'a pas été choisi au hasard car il a étudié les sciences, la chimie et la pharmacie entre autres, auprès d'un ami de son père avant de décider, à la mort de ce dernier, d'entrer dans la police.
Il n'a aucun mal à découvrir que les personnes décédées étaient dans un état second, comme sous l'emprise d'un médicament calmant. Et s'il s'agissait d'autre chose, il y a tant de découvertes récentes, de nouvelles substances, de nouveaux procédés médicaux...
Son enquête le mènera dans les bas fond parisien là où se pratiquent certains rituels mystérieux...
Mais qui est véritablement ce jeune policier ? Que cache-t-il à son entourage ? Et pourquoi continue-t-il à traquer en parallèle de ses enquêtes, ce criminel pédophile et cruel connu sous le surnom du Vicaire afin de sauver le jeune Damien ?
Puis, peu à peu, l'enthousiasme révolutionnaire était retombé. Un calme trompeur lui avait succédé. Les ouvriers et artisans parisiens avaient la gueule de bois. Passé l'euphorie d'une victoire qui leur avait été pour une large part confisquée, ils retrouvaient leur existence médiocre, marquée par la baisse des salaires et le durcissement des conditions de travail. Le trône avait changé d'occupant mais c'était bien la seule évolution notable. Plus d'un en avait pris conscience, non sans amertume. Sous les braises, le feu couvait encore. Et il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que le moindre incident, le plus petit prétexte pouvait suffire à rallumer l'incendie.
Allongé dans cette pièce sordide, plongé dans un sommeil éternel, le défunt affichait le masque incompréhensible d'une radieuse béatitude.
Ce qui m'a sauvé, c'était de n'être qu'un enfant. Je n'avais pas les mots pour exprimer toute l'horreur de ce qui m'arrivait, pour penser avec justesse ce cauchemar dans lequel j'avais basculé. C'est ce qu'il y a de plus déroutant, je trouve. Quand le pire reste enfermé au plus secret de votre coeur, parce que vous ne savez pas comment l'extirper sous forme d'une parole sensée ou même seulement audible. Vous n'avez alors pas d'autre choix que de l'enkyster au plus profond de vous-même. Vous vous construisez un espace intérieur où vous enfermez mentalement tout ce qui vous effraie, tout ce qui vous dégoûte et vous fait du mal...
Ce premier opus a obtenu en 2021 le Prix des Maisons de la Presse.
C'est un roman policier qu'on ne peut pas lâcher quand on commence sa lecture et dont on a une seule envie quand on le termine c'est de se procurer très vite le second opus afin de continuer à suivre ce héros attachant appelé Valentin Verne. De nombreux rebondissements maintiennent le suspense tout au long de la lecture.
Le style est fluide, les phrases à la fois simples et riches. Les chapitres alternent entre l'histoire proprement dite, l'enquête donc, et un mystérieux "journal" sur lequel je garderai le secret...
Le contexte historique qui sert remarquablement le roman en créant une ambiance très réaliste, montre que l'auteur s'est considérablement documenté sur l'époque. Tout sonne juste, la description de Paris de ses ruelles obscures à ses lieux animés (théâtre...), les personnages, les explications techniques ou scientifiques...
Le lecteur est aussitôt pris par l'ambiance, et par ce jeune héros dont on devine aussitôt qu'il cache un lourd secret. Sa soif de vérité et de justice, son côté sombre, sa pudeur, tous les éléments de sa vie se mettent peu à peu en place au fil du roman pour nous permettre d'accepter les révélations finales. Un prologue et une voix off nous permettent de découvrir peu à peu la vérité.
L'auteur mêle donc avec succès les thèmes de la science, de l'ésotérisme et de la criminalité.
Le titre vient du fait qu'à la fin du roman le jeune Valentin va être nommé à la tête d'un nouveau service, surnommé "le bureau des affaires occultes" dont il sera l'unique membre.
Un roman très addictif et une série que je compte bien continuer à découvrir sans tarder !
Un roman policier qui me permet de participer au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar".
A quoi bon coucher tout cela sur du papier ? Que puis-je espérer en faisant crisser ma plume d'oie dans le silence de cette chambre ? Où pourront bien me mener ces chemins d'encre sur la blancheur de la page ? Est-ce une issue que je cherche ? Un passage de l'ombre à la lumière ? Du néant à la vie ?
Je ne relis jamais ce que j'écris. A quoi bon ? Je laisse ma main faire, les phrases ramper sur la feuille, sinueuses, pareilles à des serpents se tordant sur la neige. Je me tiens à distance. Je me contente de regarder de loin ces entrelacements de sombres reptiles. Peut-être qu'à force de patience, ils me conduiront jusqu'à ce visage que j'espère et qui me fuit, d'aussi loin que mes souvenirs remontent...Le visage de celle qui fut ma mère.
Bien peu auraient su reconnaître, sous l'apparence paisible de ce pêcheur anonyme, le forçat qui s'était évadé plusieurs fois des bagnes de Brest et de Toulon, l'ancien chef de brigades de sûreté qui signait ses notes de services "monsieur V".
V pour Vidocq.