Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Qu'est-ce qu'elle croyait, la Parisienne ? Que j’allais y offrir le thé au salon ? Qu'on allait grignoter des petits fours ? Ça se pointe sans prévenir chez les gens, ça tortille les fesses et ça vient vous faire la leçon ! Si seulement cet abruti de Corniaud y avait arraché un bifteck au mollet, mais y faisait qu'aboyer, cette jappette. J'ai fini par y envoyer la poêle sur le museau pour le faire taire. J'ai failli attraper la fille, c'est pas passé loin, dommage. « Il n'avait pas l'air bien ! » qu'elle a dit, cette morveuse. « Pas l'air bien ! » Pauv' petit chéri, va ! Ça fait dix ans qu'il a « pas l'air bien ». Y fait ça pour emmerder le monde, juste pour nous rendre la vie impossible. Qu'est-ce qu'y ont tous à le plaindre, celui-ci ?
Ils sont sept frères, Fabien et Rémy, 14 ans, Pierre et Paul, 13 ans, Victor et Max, 11 ans, trois couples de jumeaux et Yann le petit dernier, 10 ans qui vivent dans une maison isolée dans la forêt avec leurs parents, les Doutreleau, et leur chien.
Quelque temps auparavant, une assistante sociale est venue à la maison alertée par le fait que Yann est arrivé à l'école sans cartable. Elle se fait éjectée verbalement par la mère, plutôt violemment. Le père reste invisible. Elle comprend que non seulement les parents sont pauvres, mais peu aimants.
Dans la nuit, Yann qui ne dort pas, surprend une dispute entre ses parents. Il réveille ses six frères et leur annonce qu'ils doivent tous fuir, le père a en effet menacé de tous les tuer le lendemain matin. Intelligent et en avance pour son âge, le petit frère réellement petit en taille va les guider toujours vers l'Ouest espérant gagner l'océan.
Ils vont marcher inlassablement, fatigués et affamés, malgré la pluie glaçante et leur peur de la nuit. Heureusement, ils vont être aidés dans leur périple par de nombreux personnages, l'assistante sociale d'abord, puis un camionneur qui les transporte sans poser de questions, une boulangère qui leur donne du pain, une étudiante qui comme eux se rend à Bordeaux, un écrivain, un épicier qui les dépose devant l'océan...
En chemin, ils ont dû faire preuve de ruse et faire confiance à leur jeune frère et aux gens qu'ils ont rencontrés.
Mais ils se retrouvent piégés dans une maison. Le propriétaire mécontent a fait scellé la porte du garage et couper l'électricité pensant que sa maison était squattée par des gitans, il est raciste et ne supporte pas cette idée. Les enfants ne peuvent plus en sortir, les placards sont vides et il n'y a rien à manger et de plus, il y fait froid et noir. Au moment où les secours arrivent, Yann se faufile à l'extérieur et disparait.
Personne ne le reverra jamais...
— D'où c'est que vous venez comme ça ? Vous vous êtes sauvés ?
Silence. Alors là je me suis dit : mes lascars, votre affaire est pas bien claire.
Ma première idée, c'était de les déposer tous à la gendarmerie du patelin. Seulement je savais pas où ce qu'elle était, cette fichue gendarmerie, et puis ça m'obligeait à faire demi-tour. Vous avez déjà fait demi-tour avec un trente-cinq tonnes, vous qui causez si bien ? Alors j'ai dit : allez, va pour Périgueux. Y a soixante bornes, une heure de route à tout casser, tu les déposes là-bas. J'ai eu tort, je le sais maintenant, mais c'est facile à dire après. Y'a que ceux qui font rien qui se trompent pas.
Ce roman jeunesse s'adresse en priorité aux 9-12 ans. Ce titre a obtenu le Prix Sorcières en 2000. Je sais qu'il est encore aujourd'hui étudié en cycle 3 (CM1/CM2). Je l'avais découvert à sa sortie en 1999 car j'aimais beaucoup cet auteur et je le lisais souvent à cette époque. Il avait beaucoup de succès en collège parmi les préados et les ados.
Le roman vous l'aurez sans peine deviné, si vous avez lu mon résumé, est une réécriture moderne du conte bien connu de Charles Perrault, Le petit Poucet. Il y a bien entendu de nombreuses différences puisque les enfants quittent tout seuls leur milieu familial, et n'ont pas besoin de petits cailloux pour trouver leur chemin. Ils vont prendre le train (je ne vous raconterai pas comment). Ils vont être aidés par des gens du peuple et c'est le riche homme d'affaires qui va jouer le rôle de l'ogre en décidant d'enfermer les enfants dans sa maison pourtant inhabitée.
C'est un roman choral qui donne la parole tour à tour à chacun des enfants et aux différentes personnes rencontrées au fil du voyage mais aussi aux gendarmes arrivés sur les lieux. Elles s'expriment comme si on les interrogeait et qu'elles doivent faire une déposition afin d'apporter leur témoignage pour faire avancer l'enquête. En fait toutes les personnes témoignent de ce qu'elles ont vu ou compris et de la présence (ou pas) de Yann, le plus jeune des enfants qui a disparu.
Le lecteur découvre la personnalité de chacun, ce qu'il a fait de bien pour aider les enfants. Il découvre aussi la fratrie et les différentes manières dont chacun des frères va faire confiance à Yann au point de le suivre sans discuter, mais aussi ce que chacun d'entre eux aurait aimé ou préféré faire à la place. C'est très intéressant de vivre chacun des événements en changeant au fur et à mesure de point de vue. Les personnages rencontrés au fils des pages ainsi que les frères de Yann nous apparaissent tous comme très humains et très attachants malgré leurs faiblesses... ils ont tous cru bien faire.
Seul Yann restera mystérieux même si la fin nous donne quelques indications sur ce qu'il va devenir.
C'est un roman très émouvant et poétique que j'avais beaucoup aimé lors de ma première lecture et que j'ai vraiment aimé relire à nouveau. Il n'a pas pris une ride tant il est intemporel. Le roman nous parle d'enfance maltraitée, de rêves d'un ailleurs meilleur et des effets du manque d'amour parental sur les enfants, mais l'auteur sait apporter un peu de légèreté en y mettant une pointe d'humour et ce n'est qu'à la toute fin du roman que le lecteur découvrira la vérité sur les parents Doutreleau.
A découvrir et à faire découvrir, car malgré le sujet ce n'est pas un livre triste...
Je ne dirai rien parce qu'on est dans le même camp, toi et moi. Parce que tu ne fais pas ça pour jouer. Parce que tu as un beau sourire malgré ta tête carrée. Peut-être aussi parce que tu as posé ta veste sur ton petit frère qui dort...
On m'accuse de cruauté. Je crois rêver. Ces personnes sont entrées chez moi, or, voyez-vous, ça ne vous semblera peut-être qu'un point de détail, mais il se trouve que je ne les y avais pas conviées. D'autres que moi en auraient pris ombrage et se seraient fâchés. Moi non. J'ai tenu un raisonnement de bon sens, voyez-vous : ces jeunes gens désiraient entrer (ils le désiraient même très vivement puisqu'ils l'ont fait au prix de périlleuses acrobaties, comme vous ne l'ignorez pas). Parfait. Puisque tel était leur souhait, j'aurais eu mauvaise grâce à les contrarier, n'est- ce pas ? Je n'ai donc rien entrepris pour les faire sortir, bien au contraire, j'ai même veillé à ce qu'ils profitent longuement de leur séjour.
Ce roman existe en version Dyscool pour les enfants souffrant de dyslexie. Le texte intégral peut se trouver sur internet en version.pdf.
Je l'ai pour ma part "audiolu" comme on dit actuellement, donc écouté en version audio, version lu par Marie Nonnenmacher et Thierry Kazazian dont j'ai adoré le ton et la voix.
J'ai en effet voulu tester encore une fois un des livres numériques et audio, proposé par ma médiathèque en ville. Je pense continuer à lire avec ce support, pendant mes vacances, lorsque je ne peux pas emprunter de livres et que j'ai épuisé ma réserve de livres de poche. Quand je ne suis pas chez moi, je ne peux pas rendre les livres empruntés dans les délais et mon budget ne me permet pas d'acheter tout ce que j'ai envie de lire. L'écoute pour ce livre court est d'environ deux heures en tout. J'ai trouvé cela très reposant et j'ai fait des pauses et quelques retours en arrière pour réécouter certains passages que je trouvais particulièrement poétiques.
— T'as perdu ta langue ? Où tu comptes aller comme ça ? Où étais-tu caché ?
Pas de réponse. Et toujours ce sourire. C'était très étrange. L'idée m'est venue que cet enfant n'était pas réel, qu'il sortait tout droit d'un conte. Que j'avais le droit d'y entrer pour un instant. Qu'il voulait bien m'y accepter. À condition bien sûr que je cesse de poser des questions idiotes.
Je me suis assis à côté de lui, avec mille précautions, de peur de briser l'enchantement.