Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Pour changer un peu des romans, je vais vous présenter aujourd'hui une bande dessinée documentaire que l'on peut sans hésiter classer dans les romans graphiques car elle fait tout de même 183 p.
L'autrice nous plonge dans son univers professionnel, au cœur d'une équipe scientifique internationale d'archéologues, tous passionnés par leur métier, et nous emmène de l'Arabie Saoudite au Kazakhstan explorer les steppes désertiques pour y faire des découvertes incroyables, dont le grand public n'a jamais entendu parler vous vous en doutez.
Bien loin de l'image que la plupart d'entre nous se fait, parfois depuis l'enfance, de l'archéologie, il n'y pas de découvertes grandioses du style de celles que l'on peut exposer dans la vitrine d'un musée, mais des découvertes suffisamment importantes pour faire l'objet de recherches et de publications dans le monde scientifique.
Le lecteur se retrouve au cœur des équipes, participe à la vie quotidienne, aux interrogations et aux doutes des chercheurs mais aussi à quelques-unes de leurs difficultés lors des fouilles par exemple ou de l'accueil dans les différents pays.
Ils vivent au cœur du désert loin de tout, et doivent parfois faire face à des imprévus, ou à des rencontres pas très engageantes, tout cela dans un confort minimaliste qui ne les dérange pas une seconde car le but de leur présence est ailleurs.
Les chercheurs que l'on découvre dans cette BD viennent tous d'horizons différents, ont tous des spécialités originales dans des domaines dont on n'imaginait parfois même pas l'existence. Ils sont chercheurs au CNRS, géologues, géographes, cartographe, géoarchéologue, dessinateur, préhistorien entre autres...ou étudiants, et tous ensemble, ils vont faire des découvertes majeures.
La BD est en effet centrée sur la découverte de constructions de grande dimension, bizarrement bien plus visibles du ciel qu'au sol, dont la forme les interpelle car elle leur rappelle un cerf volant d'où leurs noms de Kites, plus précisément de "desert kites" ou cerfs-volants du désert qui leur est donné.
Ces constructions sont constituées de longs murs de pierre se réunissant pour former un enclos, lequel est entouré par des logettes. Inutilisées et oubliées depuis des siècles, elles se retrouvent partout dans le désert et cela dans plusieurs pays ce que vous découvrirez au fil de cette lecture. Elles ont été mises en évidence pour la première fois au Proche-Orient, dans les années 30, par Antoine Poidebard, pionnier de l’archéologie aérienne comme nous l'expliquent les premières planches.
De quand datent-elles et à quoi pouvaient-elles bien servir ?
Non, non, n'insistez pas je ne vais pas tout vous dire, ce serait gâcher votre plaisir de la découverte !
Voilà une lecture plaisante dans laquelle on ne s'ennuie pas un seul instant, car c'est le récit d'une aventure vécue par des archéologues passionnés.
Les chercheurs sont présentés les uns après les autres et nous les suivons de leur dernier voyage en Syrie en 2010 avant le conflit armé que l'on connait et ses tristes suites... jusqu'en Jordanie, en passant par l'Arménie, l'Arabie Saoudite. C'est intéressant de voir comment ils travaillent en équipe, de prendre connaissance de leur démarche, des hypothèses émises par chacun selon sa spécialité, de voir comment leurs idées évoluent au fur et à mesure de leurs découvertes mises en commun.
La lecture est agréable car le texte est fluide et ne présente aucune difficulté particulière même pour les novices que nous sommes. Tout est expliqué de manière à ce que l'ensemble soit intéressant tout en restant didactique, mais sans être pour autant ennuyeux.
Bien entendu, il y a pas mal de personnages car les équipes de chercheurs ne sont pas forcément les mêmes d'une mission scientifique à l'autre et d'un pays à l'autre. Il y a aussi des étudiants qui se greffent sur les équipes pour parfaire leurs connaissances et finaliser leur thèse. Bien que la plupart soit bien identifiables, vous allez peut-être vous perdre dans leur nom ou leur spécialité mais finalement cela n'est pas très grave car le principal c'est la manière dont les chercheurs vont mener leurs investigations sur le terrain, leurs découvertes lors des fouilles et tout ce qu'ils font autour.
Le lecteur, même ne connaissant pas le désert, entre immédiatement dans l'ambiance. Une carte montre l'emplacement de tous les "desert kites" dans cette partie du monde et une frise chronologique permet de se repérer dans le temps.
Je ne vais pas vous mentir, si vous n'êtes pas un minimum intéressé par l'archéologie, inutile de vous pencher sur cette BD, quoique...je reste persuadée que l'immersion dans le désert et la manière dont le récit est raconté tant par le texte que par l'image, pourrait vous plaire car il vous fait aussi voyager dans des contrées peu connues.
Si vous hésitez encore, vous pouvez aller visionner les premières planches sur le site de l'éditeur ICI.
Vous êtes curieux de nature, vous voulez en savoir plus sur l'archéologie moderne et la manière dont les chercheurs d'aujourd'hui arrivent à monter des projets, et à poursuivre leurs recherches pour trouver des réponses à leurs questions...alors cette BD est faite pour vous !
De cette autrice, Séverine Laliberté, je vous avais déjà présenté sur le blog : "Hippie Trail" (voir ICI), un roman graphique dans lequel elle nous plongeait dans son histoire familiale. Je vous rappelle qu'elle est archéologue au CNRS, alors vous vous doutez bien qu'elle sait de quoi elle parle car encore une fois son récit sent l'histoire vécue. Elle a elle-même parcouru les routes du Proche-Orient et fait partie du projet "Globalkites" site ICI, dont elle nous parle aujourd'hui, un projet qui a bénéficié du soutien financier et institutionnel du CNRS entre autre, bien entendu en accord avec les autorités des pays concernés et en partenariat avec les équipes scientifiques des institutions locales. Tout cela est développé à la fin de la Bande dessinée.
Nicola Gobbi est un dessinateur italien. Invité par l'équipe à participer aux fouilles, il a réussi la prouesse de restituer le travail des archéologues dans les détails et au plus près de la réalité. Mais il a su aussi tenir compte de la personnalité de chacun, de l'originalité de leur spécialité et bien entendu de leur passion. On voit bien que le dessinateur a été accueilli dans l'équipe, a dessiné à leur côté et d'ailleurs il se présente et décrit ses contacts avec l'équipe, non sans humour, dans quelques planches noir et blanc à la fin de la BD.