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Nous voici à Mulhouse dans un quartier de la ville appelé "Plein ciel".
C'est un quartier sorti de terre dans les années 60, lorsque Marcel Lods, un architecte disciple de Le Corbusier décide de subvenir aux besoins toujours plus urgent de logements urbains en concevant ces énormes barres d'immeuble.
Dans une des tours du quartier de vingt-deux étages, Emile, un vieux monsieur de 78 ans connu et aimé de tous, se jette du 17e étage. Personne ne croit au suicide et pourtant tout porte à croire que c'est le cas.
Les voisins et même le facteur sont ébranlés, et les rumeurs vont bon train. Tous culpabilisent et sont sous le choc, car personne autour de lui n'avait vu venir le drame, même Martine sa voisine qui était très proche de lui.
Une enquête est désormais en cours. Chacun s'interroge et tente de comprendre...
Que cachait Emile, pouvant expliquer cet acte désespéré ?
La vie était jusque-là bien tranquille dans ce quartier, les habitants de tout âge s'entendaient bien et sont très choqués qu'au journal télévisé on parle de ce drame comme de celui de la solitude, car Emile n'était jamais seul. Depuis deux ans qu'il était veuf, les voisins s'occupaient de lui, prenaient de ses nouvelles régulièrement et l'invitaient souvent à venir boire un café. Certes, il ne voyait plus son fils depuis longtemps et personne ne savait pourquoi.
Martine cherche à en savoir plus. Elle va être aidée dans son enquête par l'arrivée de nouveaux locataires, Loïc et Michaël, qui s'installent dans l'appartement d'Emile.
Qui sont-ils ?
Que viennent-ils faire dans cette ville éloignée de Paris où ils vivent habituellement ?
Vous le saurez en lisant ce beau roman graphique.
Ce roman graphique écrit par Pierre-Roland Saint-Dizier, journaliste et scénariste de bande dessinée et superbement illustré avec les aquarelles de Michaël Crosa, est un très belle découverte à la fois plaisante, réaliste et émouvante, bien que je n'ai jamais vécu dans ce genre de quartier.
L'histoire se passe dans les années 90, avant la généralisation d'internet et des réseaux sociaux. Les gens se parlent encore et savent vivre ensemble.
Il s'agit donc d'une chronique sociale d'un quartier d'une ville car toute l'action se passe sur place, à Mulhouse.
Bien que l'histoire démarre par un événement dramatique, ce n'est pas un récit sur la solitude mais au contraire sur les liens de voisinage, la complicité, et l'humanité qui régnaient et règnent peut-être encore dans ces grands ensembles urbains.
La vie des habitants est décrite avec justesse ainsi que les aléas de la vie quotidienne comme les pannes d'ascenseur et l'entraide qui en résulte pour ceux qui habitent aux étages les plus élevés.
L'album est un hommage au "vivre-ensemble" même si certains aspects négatifs ne sont pas développés. Il montre bien qu'en cas de drame, tous les habitants sont solidaires et que l'entraide passe avant les ragots et la violence. Même si certaines relations sociales sont un peu idéalisées, j'ai trouvé cette BD lumineuse et porteuse d'espoir.
J'ai adoré certains personnages. Henriette et Paulo son époux, qui sont des gardiens d'immeuble particulièrement humains et prévenants ; Martine, l'amie d'Emile qui en était amoureux en secret et elle de même ; les jeunes voisins, Sabri qui aime les animaux ,Luang, Alim et Maria, tous pleins de gentillesse ; et même Jean. J'ai aimé qu'Emile ait laissé des instructions précises concernant son chat qu'il donne ce n'est pas un hasard à ses voisins qui aiment les animaux, tandis que sa plante verte ira chez Martine qui les aime et en est entourée...
Tous ces personnages sont délicieusement croqués par le dessinateur, Michaël Crosa que je ne connaissais pas. Ces illustrations sont très originales, parfois en vignettes, parfois pleine page. Le lecteur se retrouve spectateur, ils voient les habitants vivre à l'intérieur de leur maison, partager des moments en famille et tout cela sur une même planche. La verticalité de l'immeuble est alors très bien rendue que ce soit dans les cages d'escalier, l'entrée avec les boites aux lettres ou lorsqu'on pénètre chez les habitants, la planche étant alors découpée de manière à former les étages. Chaque case représente une pièce de vie et nous permet de découvrir la personnalité de celui qui habite là. C'est vivant, c'est coloré, c'est même bruyant (et oui !).
Tous les lieux de vie sont donc représentés avec leur originalité propre ce qui nous permet de découvrir la richesse de la diversité humaine, de savoir qui aime les animaux, ou pas, les plantes, ou pas, qui aime les aquariums, ou la musique, qui a des jeunes enfants ou des ados. Vous avez déjà un aperçu sur la couverture de ce que ça donne !
L'ambiance est familiale, la vie quotidienne simple et teintée de douceur. La cohabitation de personnes de différentes cultures, d'horizons, d'origine ou d'âges différents ne pose pas de problème.
L'auteur pose un regard plein de tendresse et d'authenticité sur les habitants de cette tour d'immeuble sur leur vie, sur leurs rêves...et ce regard m'a profondément touchée.
Pierre-Roland Saint-Dizier nous explique à la fin de l'histoire qu'il s'est inspiré de ses propres souvenirs d'enfance car il a vécu à Mulhouse, dans le quartier des Coteaux, un quartier de grands ensembles qui regroupait 15 000 habitants, une petite ville dans la ville en quelque sorte.
Les dernières pages nous présentent les planches non achevées, les personnages réels qui ont inspiré l'auteur et bien entendu l'histoire du quartier illustrée par des photos noir et blanc.
L'histoire se passant dans un quartier de Mulhouse, ce roman graphique peut être intégré dans le challenge d'ingannmic "Sous les pavés, les pages" voir ICI.
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Bonne lecture !