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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La pianiste / Isabelle Amonou

Editions Dalva, 2026

Editions Dalva, 2026

Ce soir-là, elle respira plus largement, plus profondément et, pour la première fois, elle eut la prémonition d'un destin. Elle ressentit une ouverture, comme si le ciel se déchirait...
Elle vivrait avec la musique. Elle vivrait de la musique. Elle lui sacrifierait tout. Et de fait elle lui sacrifia tout. Accepta d'être déterminée par elle. De la laisser tout remplacer. Amour, famille, amitiés. Accepter d'être une mutilée de la vie...

Nous sommes à Paris à la fin des années 80.

Jeanne est une pianiste renommée qui court d'un concert à l'autre et voue toute sa vie à la musique depuis son enfance. Entre deux concerts, elle vit avec Lukas, lui aussi musicien et Léo, leur chat. 

Un soir alors que Lukas est au volant, et conduit trop vite, le couple se dispute et c'est l'accident grave et le drame. Jeanne est en vie mais doit être amputée de l'avant-bras droit. Son monde bascule, la douleur, la colère puis la rage l'habitent. Elle ne sait pas comment faire comprendre aux autres et même à ceux qui l'aiment à quel point elle est désespérée. Le couple éclate face à trop d'incompréhension. 

Sans réfléchir, elle fuit, après avoir détruit son Steinway à coup de hache, emportant tout ce qu'elle peut et son chat, sans même laisser un mot à Lukas. Elle va s'installer dans la maison de son enfance, dont elle a hérité de son père, en Bretagne, juste en face de l'île de Batz. 

Si Jeanne ne sait plus où elle en est, c'est que depuis son enfance toute sa famille lui a toujours caché beaucoup de choses sur ses origines. Ingrid, sa mère, qui était d'origine allemande et qui lui a transmis l'amour de la musique, est partie un jour sans que personne ne lui explique pourquoi.  Louis, son père, ne l'a pas fait recherchée comme il aurait du le faire...

Alors dans ce lieu tant aimé de son enfance, mais si chargé de secrets, grâce à la présence de la mer, des marées, des vagues et des rochers, dans le bruit des oiseaux et du ressac, grâce à Roger, le voisin attentif, et à Michel son cousin_ presque frère, et sa petite famille, elle va tenter de découvrir les secrets enfouis, de prendre du temps pour elle, et de se réconcilier avec son corps meurtri pour se reconstruire.

Car elle a besoin avant tout d'enfin comprendre d'où elle vient avant de devenir celle qu'elle doit être à présent même si elle ne sait pas jusqu'où vont la mener ses recherches de vérité ou sa reconquête d'elle-même...

Avant de devenir concertiste, avant de parcourir le monde de performance en récital, elle avait été cette enfant-là face à la mer. Celle qui tentait de remuer encore quelque part, au-dedans d'elle, et qu'elle avait pris grand soin de faire taire. A ses amis, à Lukas, elle prétendait ne concerner aucun souvenir de son enfance. Naturellement, c'était faux, même si les fragments, jusqu'à l'âge de sept ans, en étaient épars. Images floues, sons et couleurs de la mémoire balbutiante.

Au lycée, elle avait appris que l'ADN détermine tout. Les hommes prennent soin de leur progéniture parce qu'elle porte leur ADN. Ainsi avait fait son père. Les animaux mâles s'accouplent avec les animaux femelles pour répliquer leur ADN. Ainsi avaient fait ses parents aussi inimaginable que celui puisse paraître. Une causalité égoïste qui échappait totalement à Jeanne, mais dont Lukas, la quarantaine advenue, semblait soudainement frappé.
Alors oui, Lukas et elle étaient d'accord, mais pour des raisons différentes , et de ça non plus, on ne se méfie jamais assez.

Elle ne ferait pas acte de résilience. D'ailleurs, la résilience, en physique, référait à la capacité d'un matériau à reprendre sa forme initiale après déformation. Or, elle ne reprendrait pas sa forme initiale. Ce que son cerveau n'avait toujours pas compris.

Voilà une autrice que je ne connaissais pas alors qu'elle a déjà publié de nombreux romans noirs, des nouvelles et a même reçu un prix pour son précédent roman "L'enfant-rivière" que je n'ai jamais lu mais que j'ai bien entendu noté pour le lire prochainement. 

Ce qui m'a attiré lorsque Babelio, lors de la dernière masse critique me l'a proposé, c'est le fait que le roman se passe en Bretagne, près de l'île de Batz, un endroit que j'adore et où j'ai eu la chance de passer de merveilleuses vacances en famille il y a des années. 

J'ai tout de suite pensé que parler de musique au bord de l'océan, cela ne pouvait que donner lieu à un roman poétique, parlant de nature, de chants d'oiseaux, et du ressac et je ne me suis pas du tout trompée. 

Par contre, j'avais lu l'histoire distraitement (je ne lis jamais les 4ème de couverture) et c'est une onde de choc qui m'attendait dès les premières pages car  j'ai été happée par l'histoire, à la fois profondément choquée par la colère et la rage (bien compréhensible) de l'héroïne, mais aussi par son rejet viscéral de toute aide venant des personnes qui l'entourent et qui l'aiment. 

Et malgré (ou grâce à ?) ce premier contact plutôt difficile avec le caractère acéré de Jeanne, j'ai eu envie de connaître son histoire, de la comprendre, de la voir revenir peu à peu à la vie. Car c'est un beau portrait de femme que nous livre l'autrice, une femme forte en apparence mais beaucoup plus fragile au fond que ce qu'elle donne à voir aux autres. 

L'autrice va droit au but, sans fioritures elle emploie un style sec et percutant quasiment didactique par moment puis revient à plus de poésie, à des moments plus intimistes et même à des clins d'oeil amusants malgré la gravité du sujet.

Mais derrière ce langage dur et les mots prononcés, il y a un tout autre discours. Tout d'abord il y a beaucoup de chants d'oiseaux et de musique, des notes dessinées entre les lignes sur des portées, formant des coeurs, des spirales, des ponts. 

Il y a aussi des concertos, ceux de ces musiciens (comme Paul Wittgenstein) qui ont joué d'une seule main et des bribes de vie de ceux qui ont dû s'adapter à leur nouvel handicap (comme Beethoven ou Leon Fleisher par exemple).

Il y a des bribes de souvenirs d'enfance, heureux ou malheureux, le silence des adultes et du père, les non-dits qui font mal.

Il y a en parallèle, la vie d'Ingrid et de sa famille dans l'Allemagne nazie, Ingrid qui pour continuer à jouer et oublier les bombardements et la présence des soldats, avait fabriqué un clavier en carton.

Et il y a aussi et surtout l'envie de vivre, de trouver un nouveau sens à la vie, de s'accepter et de se reconstruire.

C'est un roman porteur d'espoir qui montre bien que si la vie peut parfois nous faire prendre un autre chemin, il ne tient qu'à nous d'accepter de le suivre.

Une romancière à découvrir ! 

Merci aux Editions Dalva, et à Babelio et sa Masse critique pour cet envoi. 

L'océan étant omniprésent dans ce roman et un personnage à part entière, ainsi que les paysages bretons, l'île de Batz, les oiseaux de mer, la nage et la plongée... les sons et la musique des différents éléments, je pense que ce roman peut être éligible sans problème au Booktrip de Fanja. 

 

Bonne Lecture ! 

Les jours suivants, elle sortit de nouveau, et peu à peu en retrouva le goût. Marcher sur le sentier des dunes entre les ajoncs et les oyats, se frotter aux chardons, s'égratigner et jurer, descendre sur la plage, s'enfoncer pieds nus dans le sable, puis à marée basse, rejoindre la rivière et la suivre sur quelques centaines de mètres, contourner les flaques et les ruisseaux laissés par la marée, rallier l'estran ratissé par les oiseaux.
Contempler la mer, jamais tout à fait de la même couleur, nuancier de bleus, de verts et de gris, d'un peintre dément tantôt calme et tantôt agitée, tantôt rageuse et tantôt discrète.
Et surtout écouter. Le vent, la mer et les oiseaux...une symphonie sauvage composée par un musicien encore plus fou que le peintre auquel il s'était associé.

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M
Malgré que je ne supporte pas la musique, tu.me donnes envie de le lire. Bisous
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