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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La Belle de Joza / Kveta Legatova

Éditions Noir sur Blanc, 2008 / Libretto, 2014

Éditions Noir sur Blanc, 2008 / Libretto, 2014

Mon savoir universitaire ne signifiait rien. Les leçons utiles, je les ai reçues ici. J’ai vu des chaumières à moitié vides, littéralement bues par la brute épaisse, des enfants battus et sous-alimentés, des petits vieux courbés, mais aussi des hommes fourbus, victimes de l’intempérance et de l’avidité des femmes. J’ai rencontré des mentalités arriérées, de l’égoïsme dépravé, une avarice insensée, et, d’un autre côté, une humilité angélique, la patience, la vaillance et l’amour.
Le monde de l'âme humaine, avec ses deux pôles irréconciliables, tournait ici comme une roue de moulin.

L'histoire débute à Brno, capitale de la région historique de Moravie, et actuellement de la région tchèque de Moravie-du-Sud. Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, Eliška est une jeune femme médecin à l'avenir prometteur. Amoureuse de Richard, son chef de service à l'hôpital où elle travaille, elle se contente de sa situation sans se poser de questions. C'est pourtant un homme marié, et père de deux enfants.

Très vite, durant l'occupation nazie, elle accepte de participer à la Résistance et apporte à une adresse précise toujours la même, de mystérieuses enveloppes bien cachées au fond d'un panier chargé de victuailles. Sa mission lui semble d'une facilité étonnante, tout est parfaitement réglé à la minute près.

Mais un jour, lorsqu'elle arrive dans l'immeuble, elle comprend qu'elle doit changer ses plans et se réfugier chez un couple qui lui apprend que les destinataires habituels ont été arrêtés.

Elle n'a alors pas le choix...

Son meilleur ami, Slávek, organise sa fuite. Puisque leur réseau a été découvert et que son amant a fui avec sa famille à l'étranger, elle doit accepter ce qui est prévu pour elle : se cacher sous un faux nom pour sauver sa peau, et s'enfuir dans les montagnes de Moravie avec Joza, qu'elle a récemment soigné de ses blessures à l'hôpital. Ce jeune homme défiguré, et considéré comme un idiot dans son village, (et qu'elle a comparé au "bossu de Notre-Dame" quand elle l'a vu pour la première fois) est une force de la nature.

Elle va devoir l'épouser et découvrir sa vie rude et sans confort, dans un village totalement isolé aux moeurs et aux croyances ancestrales, peuplés de rustres et d'alcooliques. 

Le voyage, l'installation, et les semaines qui vont suivre, seront pour elle très éprouvantes car elle devra renoncer à tout ce qu'elle a été et tout ce qu'elle a aimé pour redécouvrir les tâches dévolues aux femmes : cuisiner, allumer le feu, coudre, s'occuper du jardin potager. 

Mais elle va de jour en jour, apprécier de plus en plus cette vie simple, la beauté des montagnes et des paysages, et la douceur de vivre...et découvrir chez Joza qu'elle méprisait et rejetait au départ, un être sur qui elle peut compter, tellement différent des autres hommes de sa région. Lui est sobre, tendre, protecteur très respectueux et délicat. Il semble comprendre leurs différences et les accepter. Il s'avère être un formidable conteur, prêt à tout pour la rendre heureuse, lui qui n'a reçu un peu d'amour que de sa mère.

Elle va peu à peu lâcher prise avec le passé et accepter de faire connaissance avec deux femmes tellement différentes d'elle, comme Zena qui a aidé Joza à installer la maison, et Lucka, une guérisseuse surprenante.

Toutes deux ont des choses à lui apprendre...

Joza était tendre, tout simplement. C'était dans sa nature d'être tendre...
La tendresse en tant que qualité fait partie de la richesse des sentiments humains et peut rester inexprimée. Manifester ses sentiments, c'est, en réalité, dépasser un obstacle.
La tendresse de Joza était aussi naturelle que sa circulation sanguine. Je m'y étais habituée, finalement, si bien que, s'il avait cessé d'être tendre pour n'être plus que poli, je me serai sentie comme un chien battu.

Et je perçus encore nettement autre chose. Je ne voulais pas revenir. Je passerai ma vie avec Joza. Si je ne l'avais pas rencontré grand-mère, je n'aurais jamais compris le mystère des vieux époux qui ont toujours vécu ensemble et qui, côte à côte, prennent à la fin de leur voyage tombe commune

Voilà un roman très court mais prenant tant l'histoire est belle, délicate, et étonnante. 

C'est tout d'abord une belle histoire d'amour platonique, entre deux êtres que tout oppose car ils n'appartiennent pas au même milieu social, mais qui vont se découvrir en prenant leur temps et s'apporter beaucoup mutuellement dans le plus grand respect. Joza a été vendu par ses parents à l'âge de 15 ans. Il s'avère être plein de délicatesse et pas si idiot que ça. On le considère comme tel dans le village parce qu'il est différent, intègre, sobre, poète et conteur à ses heures.

J'ai trouvé son personnage très émouvant car il n'attend rien de leur relation et donne tout comme le ferait un enfant. 

C'est un roman social et historique puisqu'il nous décrit la vie dans les montagnes durant la Seconde guerre mondiale. Les coutumes ancestrales, les bagarres, la domination masculine, les secrets de famille. Le village sera un temps épargné mais vous vous en doutez, la guerre finira par arriver à sa porte. 

C'est aussi un roman initiatique car en découvrant peu à peu l'amour qui nait entre eux, Eliška et Joza vont peu à peu guérir des blessures de leur enfance. Leur amour imprévu, pur et vrai comme il en existe peu, est alors pour eux une parenthèse magique dans un lieu préservé de la guerre et des horreurs qui se déroulent en Europe. 

Enfin c'est un récit intimiste et introspectif, tout en pudeur, car la narratrice n'est autre que Eliška et celle-ci se révèle à elle-même de page en page. Elle découvre ce qu'est le bonheur simple, sincère, dépouillé de toutes fioritures que la société moderne, factice, lui attribue.  

Pour info, le roman a été comparé (voir la quatrième de couverture) à l'histoire de la Belle et la Bête. 

J'ai été happée dès les premières pages par l'écriture fluide, poétique, délicate et émouvante de cette autrice dont je n'avais jamais entendu parler. 

Un film intitulé " Želary" a été tiré de ce roman. Peut-être l'avez vous vu ? 

A noter : de nombreuses notes de bas de pages identifient précisément certains des personnages cités et expliquent certains mots et références. 

Retrouvez l'avis de Sylire ICI, Aifelle ICI et Kathel ICI et depuis vendredi Sacha ICI. 

Cette lecture me permet de participer pour la seconde fois au challenge "Une rentrée à l'Est" organisé par Sacha, voir son blog ICI. 

 

 

Je me sentais abandonnée, vouée aux grâces et disgrâces que voudrait bien m'accorder ce village inexistant. Mes vieilles certitudes étaient détruites par les grondements de la rivière, dispersées par l'air saturé d'odeurs inconnues, noyées dans des trombes de couleurs allant du léger roux de la terre jusqu'au ciel changeant, en passant par les teintes de vert les plus nuancées.

Qui est l'autrice ?

Kveta Legàtovà, de son véritable nom Vera Hofmanova, est née en Moravie en 1919 et morte à Brno en 2012. Avant la guerre, elle étudie le tchèque et l'allemand, puis les maths et la physique. Après ces études littéraires et scientifiques, elle devient enseignante. Les autorités communistes qui voient en elle un "cas problématique" l'affectent dans les montagnes. 

Dès le lycée, elle a écrit sous un pseudo des pièces radiophoniques. Mais c'est avec "La Belle de Joza" paru au début des années 90 (et en 2008 en France) et de "Ceux de Želary" qui a obtenu  le Prix National tchèque de littérature, qu'elle rencontre le succès... à plus de 80 ans. 

Je marche comme un soldat au rythme du tambour. Mon âme m'a abandonnée. Elle erre sur des versants montagneux et monte la garde auprès d'inutiles tombeaux.

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C
Et bien non je n'ai pas vu ce film, et n'en ai même jamais entendu parler !<br /> C'est aujourd'hui une belle histoire que tu nos présentes, très poétique en effet.<br /> Comme quoi ne pas avoir d'à priori, ne pas forcément se fier à une première impression, cette jeune femme, au fil du temps, découvrira une autre facette de ce garçon, on a tellement parfois tellement vite fait de cataloguer les gens !<br /> Belle semaine Manou, bisous.<br /> Cathy
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G
Tu lis à une cadence effrénée <br /> Merci pour cette suggestion dont tu nous parles ce ma
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G
Pardon lire ce matin <br /> Bonne semaine <br /> Rose
M
Une belle histoire que tu me donnes envie de lire. Bisous
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