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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Un monde à refaire / Claire Deya

Les Editions de l'Observatoire, 2024 / Le livre de poche, 2025

Les Editions de l'Observatoire, 2024 / Le livre de poche, 2025

Ne fais pas d'histoires...
Personne n'avait envie d'entendre. Pourtant ce qu'elle avait à raconter, ce n'étaient pas des histoires, mais l'Histoire avec un grand H et toutes ses minuscules, l’Histoire comme elle peut être dégueulasse, l’Histoire qui ne va pas dans le sens du progrès, ni de l’idée qu’on voudrait se faire de l’humanité, l’Histoire qui n’aurait jamais dû admettre cet enfer, l’Histoire qu’il ne faudra jamais oublier.
Lorsqu’elle avait entendu cette exhortation désespérante pour la première fois, elle ne savait pas à quel point elle la suivrait partout. Leur histoire n’intéressait personne. Celle des résistants, oui, la leur, non. On voulait des héros, pas des victimes. Et pourtant, autour d’elle, en camp, elle n’avait vu que des héroïnes...

Nous voilà à Hyères durant le printemps 1945. C'est presque l'été, les troupes allemandes ont quitté la région pour retourner à Berlin, mais la paix n'a pas encore été signée. 

Après la guerre qui a duré cinq ans, les habitants de la région n'ont qu'une envie c'est de vivre, malgré les restrictions et le pays entier à reconstruire. Les prisonniers, les déportés rescapés des camps commencent à revenir chez eux. Ils espèrent retrouver leurs maisons et leurs proches dont ils sont sans nouvelles mais rien n'est simple dans ces temps d'après-guerre. 

Tout le monde aspire à se promener sur la plage, à se baigner et prendre du bon temps, mais le mur de la Méditerranée construit en 1942 est toujours là et les mines qui le parcourent et qui devaient empêcher l'avancée des alliés, sont toujours enfouies dans le sable. Il y en a des millions !

C'est donc un travail de fourmi qui attend les hommes...

Fabien, un ancien résistant qui a perdu sa femme pendant la Résistance, mène l'opération de déminage. Il a formé un petit groupe de volontaire pour à défaut de les désamorcer apprendre à trouver puis à dégager les mines enfouies.

Parmi eux dans le groupe, il y a des prisonniers allemands qui espèrent en faisant acte de bravoure qu'on les libère plus tôt que leur camarade. En fait, ils n'ont pas eu le choix, ils ont faim, ils vivent dans des conditions inhumaines et sortir du camp est pour eux la seule manière de tenir le coup et plus si possible. Lukas est un des prisonniers allemands qui cache aux français qu'il comprend leur langue et qui n'a qu'une envie celle de s'évader pour retrouver la femme qu'il aime en secret...

Vincent lui, est médecin. Il a été emprisonné en Allemagne et s'est évadé en prenant une fausse identité. Il vient de rentrer et ne désire qu'une seule chose, retrouver Ariane, celle qu'il aime qui a cessé de lui écrire et dont il n'a plus aucune nouvelle. Parce qu'il veut se rapprocher des allemands, qui détiennent d'après lui des informations sur Ariane, et à cause de qui, pense-t-il, elle a disparu, il décide de se faire embaucher dans l'équipe de démineurs espérant ainsi la retrouver et assouvir sa vengeance.  

Un jour dans un car, il croise la jeune Saskia. Elle vient d'être libérée de Birkenau et elle a perdu toute sa famille en déportation. Lorsqu'il découvre qu'elle ne peut regagner sa maison, occupée désormais par une famille inconnue, il décide de l'héberger dans son immeuble où une chambre est vacante le temps qu'elle réapprenne à vivre. Elle aussi voudrait retrouver Rodolphe avec qui elle était fiancée avant la guerre. Mais elle veut se laisser du temps. Elle veut aussi découvrir pourquoi sa maison est désormais habitée et qui parmi ses connaissances a trahi et dénoncé sa famille... 

Le destin des différents personnages est en marche. Ils ont tous vécus la guerre différemment et ont tous un passé à retrouver, des réponses à découvrir qui ne seront pas forcément celles qu'ils attendaient mais l'envie de continuer à vivre est la plus forte...

Avant la guerre, il était léger, son esprit survolait les problèmes, d'un sourire il désamorçait n'importe qu'elle ombre. Il n'était plus le même. Il avait peur de la gravité qu'il y avait en lui. Son amertume, ses désillusions sur le genre humain, ses impulsions furieuses pour se venger...

- Vous savez, Saskia, il n'y a que pendant la guerre qu'on voit, de manière aussi crue, le pire de l'être humain. Mais c'est aussi pendant la guerre et seulement là, que certains atteignent le sublime.

Il n'y avait pas eu que les délateurs, il y avait aussi eu ceux qui avaient indiqué, parqué, surveillé, poussé dans des wagons tous les innocents envoyés à la mort. Et aujourd'hui, ceux qui revenaient n'étaient pas considérés, respectés, aimés. Les philosophes allemands, les écrivains, les scientifiques, leurs Prix Nobel, toute la culture allemande n'avait servi à rien...

Voilà un premier roman très intéressant qui nous parle de l'après-guerre avec réalisme et qui soulève un pan de l'histoire de ma région que je ne connaissais pas.

Je n'avais en effet jamais rien lu sur les opérations de déminage et ses difficultés et très peu finalement sur la reconstruction du pays dans une société totalement désorganisée. J'ignorai que ces hommes qui avaient ainsi risqué leur vie quotidiennement pour déminer les plages, n'avaient pas été considérés comme des héros et avaient obtenu tout à fait tardivement un statut leur permettant en cas de décès de mettre leur famille à l'abri, la moindre des choses me semble-t-il...

L'autrice s'est remarquablement documentée sur le sujet et a su retranscrire l'ambiance particulière qui règne dans cette équipe cosmopolite, alors que la guerre est finie. 

Tous les personnages sont attachants parce qu'ils ont du mal à trouver leur place qu'ils sortent du maquis, des camps, qu'ils aient perdu des proches, ou qu'ils fassent partie des ennemis, ils sont tous perdus dans ce nouveau monde qui s'ouvre à eux mais où la guerre ne peut être oubliée. L'autrice sait particulièrement bien les décrire avec beaucoup de psychologie et d'humanité, ce qui nous permet de les comprendre en profondeur et de ne pas porter de jugement sur leurs réactions et sur leurs actes.

C'est une période douloureuse pour tous sauf pour ceux qui ont profité de la guerre et de la présence des ennemis dans la région. Rien n'est simple à vivre, quoi qu'il advienne, les hommes sont emplis de peurs et de contradictions, partagés entre les doutes et l'envie de faire confiance à nouveau aux êtres humains qui les entourent. 

Ils doivent réinventer leur vie, retrouver le goût de vivre, obtenir des réponses à leurs questions. Ils doivent aussi accepter de dévoiler leurs secrets et de tendre la main vers ceux que la vie leur permet de croiser car s'ils risquent leur vie, ils n'en sont pas moins vivants et humains. 

J'ai aimé les sentiments d'amitié et d'appartenance au groupe qui émergent dans l'équipe des démineurs au delà de leur nationalité et de leur ressentiment. J'ai aimé les réflexions autour d'une réconciliation possible puisque ces hommes forment une équipe,  courent le même danger et doivent se faire confiance pour rester en vie alors qu'ils étaient ennemis hier. On ne peut s'empêcher d'espérer qu'une  réconciliation entre les peuples soit possible...

J'ai aimé que chacun des personnages ait des secrets qu'il ne peut avouer, des peurs insurmontables, des désirs inavouables.

C'est un premier roman intense que j'ai lu quasiment d'une traite pourtant il fait plus de 400 pages et j'y ai trouvé quelques longueurs parce que je languissais de savoir comment chacun des protagonistes allaient pouvoir survivre...à son passé. Même si je m'attendais à certains des événements, je n'ai pas été déçue de les découvrir car à chaque page, ce qui prime, c'est l'humanité des propos, les réflexions que l'autrice nous soumet pour nous faire réfléchir.

Mon seul bémol c'est que les descriptions de la région ne sont pas assez abouties, car même si on se retrouve sur la plage, cela pourrait être sur n'importe quelle plage finalement et j'ai trouvé ça dommage. La ville n'est décrite qu'au tout début du roman et ensuite ce sont les hommes qui prennent toute la place. Mais le message d'amour et d'espoir est si fort qu'il occulte tout le reste. 

Ce roman a obtenu le Grand Prix RTL - Lire en 2024. Il a déjà trouvé son public et c'est un premier roman à découvrir. Une postface permet de comprendre pourquoi l'autrice a eu envie d'écrire ce livre mais je ne vous dirai rien à ce sujet...

A la fin, il restera toujours une rivalité, même entre les plus opprimés. C'est là le génie malsain des oppresseurs : inciter les humiliés à se battre entre eux, plutôt que contre ceux qui les humilient.

Le deuil d'un être capital est insoutenable. Mais le deuil de tous ceux qu'on a le plus aimés, comment y survivre ? Combien de temps peut-on tenir en se retrouvant seule au monde, un monde qu'on ne reconnait plus et qui ne considère pas la perte de ceux que vous aimiez comme intolérable ?

Les mines étaient conçues pour exploser, pas pour être apprivoisées.

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C
pas pour moi mais j'ai lu ta chronique avec grand intérêt<br /> bisous<br /> patricia
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G
Un sujet interessant et d'actualité, reconstruire quand tout est desorganisé, des actes volontaires individuels ou attendre les décisions d'Etat...<br /> le style me semble tres naturel..un peu trop pour de la litterature ?
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G
Je note. Un contexte et une région intéressante... J'ignorais tout de ce fameux "mur de la méditerranée"...
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C
Je retiens le nom de ce roman que je lirais avec grand plaisir, bonne soirée bisous
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T
Pour moi, le déminage reste lié au film La Scoumoune (José Giovanni, 1972), où l'on fait appel à des prisonniers de droit commun "volontaires" pour ces opérations dangereuses... <br /> Scène où le "démineur" professionnel leur dit "ah non, là je ne peux rien faire, il faut mieux dégager cette bombe et son détonateur, je suis pas assez payé pour risquer ma peau, moi!" (je cite de mémoire).<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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S
Je me suis souvent interrogée sur le retour de Juifs déportés dans leurs maisons occupées par des gens qui se présentent comme étant hors de cause... Ils arrivent peut-être à s'en convaincre eux-mêmes, mais à partir du moment où ils ont profité, innocents, ils ne sont pas. Mais apparemment, le sujet principal est le déminage.
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A
Nous allons passer quelques jours à Hyères après le mariage. Merci pour le conseil de lecture. Bises
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E
Bonjour Manou. Ta belle chronique m'a donné envie de le lire et je note le titre. Bonne journée et bisous
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G
J'en avais entendu parler, tu me le remets en mémoire.
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F
Par moment, je m'éloigne un peu des romans autour de la guerre, mais là le point de vue focalisé sur l'après-guerre est plutôt intéressant, et puis si c'est plein d'humanité, ça ne peut que me plaire. Direction la bibli en croisant les doigts !
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P
Je suis plutôt tenté par ce roman qui m'est inconnu ! Merci de la présentation.
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D
Adjugé, vendu ! j'adore . je le note .<br /> <br /> Bises
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M
J'avais beaucoup entendu parler de ce livre l'an dernier et l'auteure était allée dans plusieurs médiathèques et librairies de la région.<br /> Je le lirai certainement un jour !<br /> Merci pour cet article très intéressant.
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M
Bonjour Manou.<br /> Ce livre me tente, je viens de le télécharger pour ma liseuse...<br /> Bisous.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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R
YOu have given us the strong emotions of this novel. Thank you for your review. Have a wonderful day.
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C
la guerre finie, il en reste des choses à découvrir et ce livre semble très bien décrire "l'humain" qui y survit ... d'où qu'il soit issu, le monde a tellement changé que rien n'est facile, et pourtant ils ont eu "la chance" de survivre dit-on !<br /> longtemps après les faits, j'aime qu'une jeune écrivaine s'y penche encore donc, je note les références .<br /> amitié .
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M
Tout un pan d'histoire qu'il ne faut pas oublier!
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L
Ici tout était détruit à 95% par les bombardements anglais. Ma famille a beaucoup parlé de tout ce qu ils ont vécu. J ai d ailleurs vécu dans les cité transitoires d après guerre. Chaque région a été marquée. Bisous
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A
Il est vrai que l'immédiate après-guerre est plutôt passée sous silence.
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M
C'est tout un pan de l'Histoire qui me touche !<br /> Merci Manou
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