Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Il existe des rages bruyantes : cris, braillement et déferlements d'insultes accompagnées de postillons. Et il existe des rages discrètes : menaces voilées, invectives murmurées. Et enfin, il existe des rages silencieuses : aucun son, fureur ravalée.
Ce sont des rages meurtrières.
Il n'y a rien à dire, rien à faire, à part tuer.
Telle est la rage qui habite Danny...
Nous voilà à Las Vegas en 1997.
Danny Ryan est devenu riche et il a su mettre à profit l'argent volé au cartel mexicain et comme on le lui avait promis, cela lui a permis aussi de tirer un trait sur son passé. Lui qui avait commencé sa vie comme simple docker, puis qui s'était vu obligé de rallier la mafia irlandaise avant de fuir Providence, pour sauver sa famille et sa peau, est devenu à présent un véritable homme d'affaire qui gère le groupe Tara dont il est actionnaire, un groupe qui possède des casinos qui lui rapportent beaucoup d'argent. Danny cherche à vivre désormais "honnêtement dans un monde malhonnête".
Il a une très jolie maison dans laquelle il vit avec Ian, son fils et il est un père désormais comblé. Les années ont passé et il peut à nouveau aimer, sans oublier pour autant Terri, la mère de Ian, ni Diane. C'est vers Eden qu'il se tourne à présent. C'est une femme discrète qui ne veut pas dévoiler leur liaison pour qu'ils la vivent tous deux en paix.
Mais, alors que Danny est déjà propriétaire sur le Strip de deux hôtels luxueux fréquentés par des richissimes hommes d'affaire, voilà qu'il se met en tête d'en acheter un troisième dans lequel il veut réaliser un complexe touristique démesurément ambitieux, à la hauteur de ses rêves les plus fous. Pour cela, il doit passer devant son concurrent direct, Vern Winegard, qui ne manque pas de lui en vouloir, déclenchant entre eux une véritable "guerre". C'est ce qui arrive quand on a trop d'ambition et qu'on veut aller trop loin. Cet achat va réveiller les vieilles rancœurs et les jalousies puis la rumeur va amplifier les problèmes. Son passé va resurgir alors que Danny le pensait à présent bien loin derrière lui.
En parallèle aux difficultés rencontrés par Danny, l'auteur nous rappelle certains faits du passé en nous plongeant dans le procès du jeune Peter Moretti Jr. qui avait tué sa mère et son amant, responsables du meurtre de son père, et cela durant la guerre des gangs. C'est dans ce contexte violent que Danny avait décidé de s'enfuir précipitamment de sa région natale, Providence, dix ans auparavant.
Nous suivons aussi la vie quotidienne de Chris qui s'est sauvé lui-aussi de Providence en laissant sa femme et Jack, son fils, se débrouiller seuls avec la dette qu'il ne pouvait pas rembourser. Il coule à présent des jours heureux pendant que le clan Moretti oblige sa femme à travailler gratuitement. Jack, devenu adulte, lui en veut et se lance à sa recherche.
Danny qui ne voulait pas avoir à régler ses comptes comme le font habituellement tous les mafieux va encore une fois, pour préserver sa famille, devoir employer les grands moyens...
Arrivera-t-il un jour à vivre enfin en paix ?
Danny sait que toute la ville en parle.
La confrontation dans le hall.
Les enchères.
Le rejet de son offre de paix.
- Avant il était jaloux de toi, dit Madeleine. Maintenant il te hait.
Éternelle question, a-t-il songé. Valait-il mieux avoir une grosse part d'un petit gâteau ou une petite part d'un gros gâteau ?
Ce troisième opus clôt la trilogie en beauté.
Il était temps que je vous le présente car j'avais totalement oublié de le faire (!) et ce roman fait suite à "La Cité en flammes" présenté ICI et "La Cité des rêves", présenté ICI il y a déjà un certain temps !
Le roman commence par une fête celle des 10 ans de Ian, une fête démesurée lors de laquelle tout le beau monde de Las Vegas est présent ainsi que les anciens amis appartenant à la famille irlandaise qui se rassemblent donc pour l'occasion.
La famille s'est dispersée, seul Ned est resté près de Danny et protège le petit garçon ainsi que Madeleine (la mère de Danny) qui vit avec eux. Parmi eux, seul Kevin a dilapidé son argent sans réfléchir. Il est tombé dans le piège de Las Vegas, les Quatre Redoutables : l'alcool, les femmes, la came et le jeu !
Le lecteur retrouve donc les personnages des précédents romans avec plaisir même si ce sont des mafieux pour la plupart et découvre de nouveaux personnages comme Joshua qui est vraiment très attachant lui aussi. L'auteur dresse leur portrait avec beaucoup de minutie, nous décrivant avec réalisme leurs qualités et leurs défauts. Ainsi par exemple quand il nous parle du concurrent de Danny, Vern, le lecteur pressent bien avant que les problèmes apparaissent que cet homme minutieux et travailleur qui a eu une enfance maltraitée, mais est devenu une sorte de génie très inventif, mais pas du tout reconnu, ne pourra pas accepter de se faire doubler et en ressentira beaucoup de rancoeur...il veut malgré les apparences devenir "le centre du pouvoir sur le Strip".
Le roman est bien rythmé et passe même à la toute fin à la vitesse supérieure. Il explore bien le thème du pouvoir et de l'argent qui fait perdre la tête aux plus raisonnables en leur donnant envie d'en avoir toujours davantage. Et ils se trouvent plein de bonnes raisons pour cela.
Certes l'auteur n'échappe pas à certains clichés, on sait à quoi s'attendre quand on vit à Las Vegas, mais cela ne m'a pas dérangée.
La vengeance est donc encore une fois au rendez-vous ainsi que la corruption, l'injustice, et les manigances les plus machiavéliques. L'auteur nous décrit ce monde mafieux avec beaucoup de réalisme : la violence, le code d'honneur qui l'anime, mais aussi le désir de paix qui parfois donne espoir que toute cette violence s'arrête. C'est un roman dans lequel les différents protagonistes se posent beaucoup de questions et qui est donc moins riche en actions et en rebondissements que les deux précédents opus. Les choses évoluent et lorsque c'est la génération suivante qui prend la relève, les relations de pouvoir ont évolué et ne sont plus les mêmes...
J'ai lu dans la presse littéraire que cette trilogie dont le héros est Danny Ryan, était la transposition moderne des tragédies grecques d'Eschyle ou de l'épopée de Virgile. L'auteur compare le destin de Danny à celui d'Enée, fuyant Troie en cendres pour fonder Rome (alors encombré comme Danny à la fin du premier opus d'un père âgé et d'un jeune fils). A vous d'en juger... mon analyse de la trilogie ne va pas jusque là, j'en suis bien incapable car il me faudrait à présent relire ces tragédies pour en établir un parallèle ce que je n'ai pas l'intention de faire cet été.
Quoi qu'il en soit, Danny est un véritable héros attachant, intègre, qui tient aux valeurs morales que son père lui a inculquées. Il restera finalement fidèle à lui-même jusqu'à la fin de sa vie et c'est pour cela que cette trilogie est intéressante.
L'auteur a déclaré après avoir publié plus de 30 romans dont certains ont été adaptés au cinéma, qu'il arrêtait avec ce roman ses projets d'écriture pour se consacrer à la politique. Il le confirme dans ses remerciements à la fin du livre. Heureusement pour moi, il me reste encore pas mal de ses romans à découvrir mais ses fans, paraît-il, le regrettent déjà...
Finalement, c'est une bonne chose que j'ai oublié de vous en parler car cela permet de remettre cet auteur à l'honneur et de plus, la lecture de cette trilogie me permet de participer au challenge de Philippe "Séries et trilogies de l'été" voir ICI sur son blog.
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Bonne lecture !
Danny regarde le bâtiment s’écrouler.
Celui-ci semble frissonner, tel un animal sur lequel on aurait tiré, puis il s’immobilise un instant, comme s’il ne pouvait accepter sa mort, et enfin il s’effondre. Il ne reste du vieux casino qu’une tour de poussière qui monte du sol, évoquant la démonstration de magie ringarde, poussée à l’extrême, d’un prestidigitateur de seconde zone.
"Ils appellent ça une implosion", songe Danny.
Un effondrement de l'intérieur.
Comme tous les effondrements, non ?
La plupart en tout cas....