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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

La porteuse de lettres / Francesca Giannone

Albin Michel, 2025 (496 p.) / Le livre de Poche, 2026 (576 p.)

Albin Michel, 2025 (496 p.) / Le livre de Poche, 2026 (576 p.)

Anna regardait autour d’elle, Roberto serré contre sa poitrine, en se disant que cette maison était trop vaste pour trois personnes, et que les plafonds étaient d’une hauteur excessive à son goût. Elle était convaincue que l’amour n’a nul besoin d’une abondance de chambres à fermer à clé : les premières années de leur mariage, ils les avaient passées dans un appartement de trois pièces plutôt exiguës et basses, et pourtant ils avaient été heureux – oh oui, comme ils l’avaient été ! Trop d’espace accroît la distance entre les cœurs : les princesses ont-elles jamais été heureuses en leurs châteaux ?

En juin 1934, Anna quitte le nord de l'Italie pour s'installer avec Carlo son mari à Lizzanello, un petit village des Pouilles, où il est heureux de retrouver son frère aîné Antonio, sa belle-soeur et leur petite Lorenza, ainsi que la maison familiale. 

Carlo est l'enfant du pays et retrouve très vite ses marques malgré sa longue absence. Anna est originaire du Nord de l'Italie et va se sentir très vite isolée et étrangère dans ce petit village écrasé par le poids des traditions et de la religion au sein duquel tout le monde regarde ce que fait et pense son voisin. 

Anna est réellement différente des autres femmes. Elle est plus libre et ne se laisse pas dicter son comportement. Elle ne fréquente pas l'église, aime lire et se prélasser dans le joli jardin de la maison familiale, et veut tout comprendre de ce qui se passe autour d'elle, posant ses questions directement aux intéressés. 

N'ayant aucun espoir de retrouver un poste d'institutrice, elle ne conçoit pas, malgré la présence de son petit Roberto, de rester à la maison et elle décide donc, contre l'avis de Carlo de postuler pour le poste de factrice du village. Elle va réussir l'examen public et elle devient la première factrice, un métier considéré par les habitants comme un métier d'hommes.  

D'abord à pied, puis à bicyclette elle qui est toujours considérée comme une étrangère, va peu à peu arriver à se faire apprécier par les habitants, aidant les uns à déchiffrer leur courrier, écrivant les réponses pour d'autres, s'arrêtant ici ou là pour boire un café et écouter un instant les habitants isolés lui raconter un pan de leur vie.

Pendant vingt ans, elle va apporter dans les familles les lettres des enfants partis à la guerre, les télégrammes annonçant des bonnes ou moins bonnes nouvelles, des lettres d'amour dont les mots seront parfois cachées sous les timbres, des nouvelles de ceux qui sont partis à l'étranger pour ne plus revenir.

Petit à petit, au fil du temps, certains commencent à la saluer, d'autres à la respecter... elle va entrer peu à peu dans leurs secrets sans se douter que, sous son propre toit, les secrets sont également bien présents et qu'elle-même va devoir garder pour elle ce qu'elle ne peut arriver à exprimer ouvertement.

Pendant ce temps, Carlo renoue avec son passé, tout en développant son projet de cultiver la vigne...

Personne ne sait écouter comme les fleurs, vous savez ? Je leur parle chaque jour. Je leur confie mes souvenirs de jeunesse, mes peurs, mes petites joies et mes remords. Surtout mes remords. (Elle fit une pause.) Comme les bons amis, les fleurs ne jugent jamais. Vous en avez, vous, de vrais amis ?

- Il n'y a qu'une seule personne qui puisse te sauver, lui dit Anna d'un ton sévère. Et tu sais qui c'est ?
Sa nièce la regarda, presque craintive, puis secoua la tête.
- C'est toi-même, dit Anna en pointant son doigt sur sa poitrine. C'est toi seule qui peux te sauver. Il n'y a pas de prince qui tienne, crois-moi.

Ces paroles l’avaient troublée : depuis toujours, sa mère lui répétait qu’une femme ne devient complète que quand elle trouve un mari, que c’est l’homme qui sauve et protège, et que si on naît femme, on ne va nulle part toute seule. Et ses amies au lycée pensaient la même chose : si elles étudiaient, c’était uniquement pour trouver le meilleur parti possible, affirmaient-elles avec coquetterie. Pour chacune d’elles, « ce qu’elles voulaient faire plus tard », c’était avoir une belle maison à tenir en ordre et bien propre, un bon mari qui gagnait bien sa vie et des enfants en bonne santé. Elle ne les avait jamais entendues évoquer autre chose quand elles parlaient de l’avenir.

L'autrice s'est inspirée de la vie de son arrière-grand-mère qui était factrice pour retracer l'histoire d'Anna. Ce roman qui est un best seller en Italie depuis sa sortie, a obtenu le prix Bancarella des libraires en 2023 et a été traduit dans 39 pays.

Le roman se divise en trois parties : juin 1934- décembre 1938 / avril 1945 - juin 1949 / novembre 1950- mai 1952 plus un prologue et un épilogue. 

C'est avant tout un roman d'amour. Il y a en fait plusieurs histoires d'amour et de passion qui s'entrecroisent. Il est question de secrets de famille, d'amour fraternel ou d'amour interdit, de relations père-enfant parfois compliquées et de partages littéraires...

Il est aussi question de la montée du fascisme et de la propagande déployée jusque dans les devoirs scolaires de la petite Lorenza, de la guerre et des jeunes qui doivent partir au front et ne reviendront jamais, de la place de la femme dans la famille et la société, du droit de vote des femmes et de celui de vivre libre sans dépendre d'un homme financièrement mais aussi de certains événement propres à l'histoire de l'Italie comme la réforme agraire et la redistribution des terres agricoles ayant entrainées de nombreuses manifestations. 

J'ai aimé le personnage d'Anna qui est une belle personne, rebelle pour l'époque et qui ne reculera devant rien. C'est une femme libre, passionnée, amoureuse qui porte aussi des chagrins en elle mais qui va soutenir son mari même si parfois elle n'est pas en accord avec ses actes ou ses décisions tout en lui disant en face ce qu'elle en pense. Elle va, suite à ce qui arrive à son amie Giovanna, décider de créer une "Maison des femmes" pour venir en aide à celles qui sont dans le besoin, seules, sans ressources, ne sachant ni lire ni écrire, parfois battues ou humiliées par leur mari...une réalisation moderne et d'avant-garde...

Les frères Antonio et Carlo sont unis par beaucoup de complicité, ce qui complique leur relation d'adulte et les met souvent en retrait par rapport aux autres.

Il y a de nombreux non-dits, des jalousies, mais aussi de la loyauté et beaucoup d'humanité dans ce roman bien écrit et bien traduit ce qui explique sans nul doute son succès. 

C'est une belle saga familiale qui se lit facilement sans prise de tête avec des personnages authentiques et terriblement humains. Et je vous parie qu'à la fin de cette lecture vous ne penserez plus qu'à une seule chose, confectionner de ce pas un délicieux pesto maison ! 

Etant donné que l'édition de poche de ce roman comprend 576 pages, sa lecture me permet de participer pour la première fois au challenge de Sibylline " les pavés de l'été" voir son blog ICI. 

 

 

Bonne Lecture ! 

Et puis, combien de lettres du front avait-elle dû lire à des parents, des sœurs, des épouses, des fiancées aux yeux battus et à l’air anéanti. Ces jeunes gens, souvent Anna ne les connaissait même pas… Elle en avait peut-être croisé un ou deux dans le village, et encore, elle n’en était pas sûre. Mais leurs paroles restaient gravées dans sa mémoire.

La vérité, comme tu me l’as dit une fois, se trouve entre les lignes. Et tu sais ce qu’il y a entres les miennes ? C’est que je risquais de t’aimer plus que je n’avais jamais aimé Carlo.
Et je ne pouvais pas permettre que cela arrive. Carlo ne le méritait pas...

Comme chaque fois qu’elle pensait à son mari, Anna sentit une ombre tomber sur elle. Presque deux ans s’étaient écoulés depuis sa mort, et elle n’aurait pas su dire ce qui lui faisait le plus mal : voir le monde continuer à tourner sans lui, ou sentir que jour après jour elle s’habituait à son absence.
Quand elle s’apercevait qu’elle l’avait oublié pendant toute une heure, ou que quelque chose la faisait rire, elle se sentait envahie d’un brûlant sentiment de culpabilité. « Combien de temps après la perte d’un amour a-t-on le droit de recommencer à rire ? » se demanda-t-elle.

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M
Je note le titre, ce roman me plairait bien!
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M
Quel thème intéressant !
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A
Je viens de terminer une saga familiale qui ne m'a pas passionnée : Les Malrazza. Je n'en relirai pas de sitôt malgré ton enthousiasme et ta passion du pesto ;-)
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G
Ca a l'air intéressant et la couverture est une vraie invite. Tu as eu le temps de lire pendant ta pause ?<br /> Je me demande si tu prends des notes pendant ls lecture...
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C
bonjour Manou<br /> j'aime beaucoup le titre, une autre approche de la "factrice" !!<br /> Et non, dans le sud aussi chaud depuis 3 jours, 26 degrés à 4h du mat et 36 l'aprem !!<br /> bisous
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F
*La porteuse de lettres* c'est une jolie définition qui ferait bon écho aux porteurs d'eau d'antan ; transporter ce qui est vital ou essentiel comme les nouvelles des autres, proches ou moins proches qui se sont éloignés et que l'on a perdu de vue... La communication aujourd'hui si facile mais aussi stérile et en certains cas mensongère, excessive, flatteuse, violente.<br /> Ce roman, par son sujet, doit être captivant. Je prends note et le commande pour ma liseuse que j'ai un temps délaissé dans le tiroir de ma table de nuit. <br /> Amicales pensées des farfadets du Poitou.
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I
Je sais avoir lu un billet sur ce titre ailleurs récemment, mais impossible de me souvenir sur quel blog... ah ça y est j'ai trouvé : https://toursetculture.com/2026/05/16/la-porteuse-de-lettres-francesca-giannone/
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T
C'est noté pour une prochaine visite à la bibliothèque ou en librairie. Un destin de femme intéressant, merci Manou.
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C
comme quoi, "être femme" a de tout temps soulevé du questionnement ... j'aime ces tempéraments insoumis aux règles sensées les "gérer" ...<br /> à lire !<br /> amitié .
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P
Bonjour Manou, tu me tentes bien ! Ce roman semble parfait pour l’été.<br /> Bises<br /> Anne
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A
Je l'avais noté sans sauter le pas, mais je suis de plus en plus curieuse de découvrir cette protagoniste de caractère en avance sur son temps. Quant au contexte historique, il semble exploité avec justesse.
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F
Eh bien je n'avais pas repéré ce best-seller italien, mais ça a l'air d'une saga historique et romantique parfaite pour l'été.:)
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B
Je me le suis procuré en livre de poche. Je vais le lire. Je sais aussi que mes filles et petites filles vont l'adorer. Je le sens. Il a énormément de succès ce roman.<br /> Ta chronique est excellente Manou comme toutes tes chroniques d'ailleurs.<br /> Je te souhaite une agréable semaine.<br /> Bisous.<br /> Bernadette.
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P
J'avais déjà remarqué cette saga italienne. Tu as apprécié et tu en parles bien, alors, pourquoi pas?
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L
Une époque essentielle pour les fei. Bisous
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M
En effet, c'est un portrait de femme courageuse et intéressante.
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A
Un bon livre mais un peu épais. Je vais en lire un de 500 pages en Alsace ce sera bien. Bises
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G
Bonjour Manou<br /> Merci pour la présentation de ce livre......<br /> Bon après-midi, Bises !!!
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M
Bonjour Manou,<br /> Il m'a assez tentée pour que je le télécharge.<br /> Une histoire d'amour me changera des polars et des romans de SF...<br /> Merci pour la présentation.<br /> Bisous.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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L
Je l'ai lu le mois dernier, j'ai bien aimé<br /> Bisous et bonne semaine
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