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Bizarrement, cela le rassurait d’être de retour dans ce monde virtuel. Un sentiment d’évasion, de sécurité, même s’il n’était qu’illusoire. La sérénité du poisson qui se déplaçait sans interruption d’un côté de l’aquarium à l’autre était, d’une certaine manière, réconfortante, comme si, en dépit de son essence éphémère, ce monde offrait aussi une sorte de pérennité. Dans la peau de Chas, il se sentait plus optimiste, convaincu qu’il pourrait en faire bien plus dans ce monde-ci qu’à l’extérieur.
Nous sommes en Californie à Orange County.
Mickaël Kapinsky vient de reprendre son travail pour la police scientifique après un long arrêt pour raison personnelle. Il est photographe et fixe sur la pellicule les détails des scènes de crime. Certaines personnes de son équipe voient son retour d’un mauvais œil. D’autres comme Janey sont heureux de le retrouver.
Si les enquêtes en cours lui permettent bien de se distraire de sa dépression et de reprendre confiance en lui, elles ne suffisent pas à lui faire oublier ses soucis d'argent.
En effet, depuis que Mora, sa femme, est morte six mois auparavant, il n’arrive pas à faire son deuil. Elle lui a laissé en héritage une superbe maison, bien placée et très chère, mais il n’arrive pas à rembourser le prêt, ni à continuer à l’entretenir. Il a donc été obligé de congédier tout le personnel. Et il vient de décider aussi de la mettre en vente pour pouvoir rembourser le prêt, et c'est pour lui un véritable crève-cœur vu tous les souvenirs qu’il a dans ce lieu dans lequel il a partagé tant de belles choses et de moments heureux avec Mora.
Mickaël doit aussi signifier à sa thérapeute qu’il n’a plus les moyens de continuer à la voir. Angela lui propose alors de participer à une expérience qu’elle mène virtuellement. Il s'agit d'une thérapie de groupe organisée au cœur même d’un "jeu vidéo" qui réunit déjà plus de 14 millions de membres tant il a du succès : "Second Life". Mickaël n’y connait rien mais fini par être tenté.
Lorsqu'il décide de s'inscrire sur "Second Life", il reconnait tout de suite le logo du site. Il sait qu'il l'a déjà vu quelque part. Il entre dans cet univers virtuel avec prudence guidé par son psy au départ puis par Janey qui en fait déjà partie et lui propose de l'aider à se repérer en lui faisant "visiter" le site.
Il se souvient alors que c'est chez la première victime, Arnold Smitts, qu'il a vu le logo de "Second Life". C'était un comptable soupçonné d’entretenir des liens avec la mafia. Le FBI qui a un énorme dossier sur lui, n’a jamais réussi à apporter la preuve qu’il a tenu pendant au moins vingt ans, les comptes de la mafia. Que faisait-il dans ce monde virtuel ?
Certes dans ce monde parallèle, on peut recommencer une nouvelle vie, changer d’apparence, de sexe, assouvir tous ses fantasmes, échapper à ses soucis, avoir plein d’amis qui ne posent jamais aucune question et tout cela dans des lieux aussi improbables qu’originaux, sur des îles paradisiaques comme dans des clubs très très privés, où le sexe et l’argent règnent en maître.
Mais ce que Mickaël ne sait pas, c’est qu'en décidant d'enquêter de l'intérieur, il va tomber dans un piège, un piège qui va mettre sa vie en péril, d’autant plus qu’il s'approche beaucoup trop près de la vérité.
Il découvre en particulier que deux des personnes assassinées dans la vie réelle sur lesquelles la police scientifique enquête, l’ont été aussi dans le monde virtuel, juste avant. Leur avatar a en effet été tué et toutes les informations les concernant ont été totalement effacées ainsi que leur argent, mystérieusement envolé…
Qui se cache derrière ces actions surprenantes ?
Quel danger courent Mickaël (dont l’avatar se nomme Chas) et Janey (Twist dans la vie virtuelle) qui se font passer pour des détectives privés dans "Second Life" ?
Mickaël glissa le flash dans la griffe de son appareil photo et enfila un masque chirurgical avant de s’avancer dans la pièce pour commencer à photographier le corps. Il se déplaça autour avec méthode, cadrant large avant de se rapprocher pour les gros plans des blessures, sur la poitrine et dans le dos, le visage, le sang sur le tapis, les éclaboussures sur les murs.
Enfin, une fois que les policiers furent sortis, il photographia la pièce elle-même.
Quelqu’un est en train de descendre des gens pour leur argent, Janey. De l’argent dont personne ne soupçonne l’existence, planqué sur des comptes dans Second Life. De l’argent dont la disparition ne sera signalée par personne puisqu’il ne devrait pas être là.
Je n’avais jamais lu de roman de Peter May quand je suis tombée sur ce titre à la médiathèque. Comme je voulais un titre facile à lire pour les dernières vacances et que j’avais vu qu’il y avait beaucoup de dialogues, je n’ai pas hésité une seconde à l'emprunter.
Comme vous en doutez, il se passe en partie dans la vie réelle et en partie sur "Second Life", dans la vie virtuelle donc, ce qui m'a beaucoup surprise car je ne pensais pas que cette partie-là serait autant développée.
La partie réelle est très bien écrite, prenante, réaliste. Nous vivons au cœur des enquêtes menées par la police scientifique. Les différents membres de l’équipe ont tous leur propre caractère et sont très bien décrits par l’auteur qui jette sur eux un regard acéré et plein d’humour. J’ai trouvé tout de suite Mickaël très sympathique et crédible dans son rôle de flic dépressif qui n’arrive pas à retrouver le moral depuis le décès de sa femme et qui ne sait pas comment sortir de ses problèmes personnels et financiers.
Mais à cause de la partie virtuelle, j’ai un avis mitigé sur ce roman. Il y a certes des dialogues savoureux, de l’humour et des scènes chocs mais bon je ne suis pas née de la dernière pluie et même si les scènes de sexe virtuelles sont très explicites, ce n’est pas ça qui m’a perturbée. Non... ce qui m’a empêché d’adhérer totalement aux propos de l'auteur, c’est que j’ai trouvé beaucoup trop de longueurs, ne connaissant pas vraiment les codes qui régissent le fonctionnement de ces jeux. Heureusement, même si beaucoup d’abréviations sont employées, elles sont toutes expliquées dans un lexique en début d’ouvrage et comme j’ai une bonne mémoire et que la plupart sont finalement très faciles à comprendre, cela ne m’a pas gêné. J'ai trouvé aussi que certaines situations étaient vraiment tirées par les cheveux.
J'ai cependant trouvé positif que l'auteur, au travers de ce polar, fasse une critique intéressante de l'engouement pour le monde virtuel et mette au jour les travers de ceux qui les pratiquent en excès. Là, il est question de blanchiment d'argent, d'interférences entre la vie réelle et virtuelle qui fait perdre le sens des réalités, et d'excès en tous genres qui permettent aux joueurs de s'exprimer librement, de commettre des actes sans s'encombrer de morale, qu'il s'agisse de dire tout simplement aux autres ce que l'on pense, ou de s'adonner à des pratiques sexuelles déviantes.
La lecture de ce thriller me permet de participer encore une fois au challenge d’Alexandra « Un hiver polar » et de cocher la case "police scientifique".
Etrangement, cet univers l’avait complètement séduit, et Chas avait rapidement pris son autonomie. En revanche, il y avait au moins une chose que Mickaël et Chas partageaient, c’était un sentiment de malaise croissant vis-à-vis des similitudes entre les meurtres d’Arnold Smitts et de Maximillian Thrust. Mickaël savait qu’il aurait dû prévenir la police à propos de ce qu’ils avaient découvert. Mais il savait aussi que Janey avait raison. Ils risquaient de se faire rembarrer.