Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
J'ai l'impression que la vie à terre n'est plus qu'un lointain souvenir et que mon quotidien sera à tout jamais lié à cette petite boîte de carbone. J'ai changé de référentiel. Je suis hors du temps. Ma vie se résume à mon bateau, c'est ma nouvelle planète. La mer est ma nouvelle réalité.
Cette BD assez longue pour mériter l'appellation de roman graphique retrace le périple de Clarisse Crémer "Cla cla" pour les intimes autour du monde, lors du Vendée globe 2020-2021 qui lui a valu le titre de "femme la plus rapide du monde".
Clarisse Crémer n'avait pas du tout rêvée durant son enfance de devenir navigatrice. Elle est née et a vécu à Paris et personne dans sa famille ne navigue en mer. Et pourtant elle décide d'abandonner son métier dans la communication pour aller vivre en Bretagne, se former et acquérir ses premières expériences, grâce à Tanguy son copain qui est passionné.
Elle fait ses premières courses. En 2017, à 27 ans, elle se lance dans sa première Mini Transat, une traversée en solitaire de l’Atlantique. Elle fait ensuite la Solitaire du Figaro en 2019. obtient des résultats et se sent à sa place en mer alors "pourquoi chercher ailleurs", se dit-elle.
Elle est finalement convoquée par le directeur du Team Banque Populaire qui lui fait confiance et en juillet 2019, elle en devient membre officiel et suit le travail de l'équipe pendant 1 an et demi avant de participer au Vendée Globe 2020-2021 à bord de l'Imoca Banque populaire.
Elle part donc le 8 novembre 2020. C'est le Covid et les festivités ne sont pas au rendez-vous. Rappelons que le Vendée Globe est un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance (autre que téléphonique).
Elle reviendra de ce premier tour du monde en solitaire après 87 jours, 2 heures, 24 minutes et 25 secondes. Elle est classée 12e au classement sur 33 bateaux au départ.
Son parcours est une aventure. Le lecteur la suit au quotidien, et ne peut que s'attacher à elle tant elle nous montre avec simplicité ses faiblesses et ses doutes.
Elle se sent parfois très seule, commet des erreurs de débutantes qui auraient pu la mettre hors course mais qu'elle parvient à corriger assez vite.
Soutenue par ses proches, et par ses sponsors, elle nous fait vivre au coeur de l'action.
Tous les aspects de la vie sur l'Imoca sont détaillés, que ce soit la nourriture, la toilette, le sommeil et les états d'âme mais aussi bien entendu les manoeuvres et les aspects techniques. J'ai beaucoup appris sur ce qui se passe en amont de la course, la préparation physique et morale du navigateur bien entendu mais aussi la vérification du bateau. Je ne connais pas ce milieu et donc tout est découverte. J'ai aimé voir l'intérieur de l'Imoca, deviner les termes techniques grâce aux dessins très explicites.
J'ai beaucoup aimé l'humour, les détails très expressifs et la douceur des illustrations. J'ai aimé aussi le personnage de Clarisse qui interrogée une fois arrivée à terre, remet les choses en place avec modestie, refuse d'être considérée comme une héroïne. Elle soulève avec humilité le fait que le milieu de la navigation est avant tout un milieu masculin et refuse d'être comparée avec les autres femmes qui se sont distinguées précédemment, les conditions nous dit-elle ne sont pas les mêmes aujourd'hui et chaque expérience, chaque victoire est unique.
J'ai beaucoup aimé les instants où elle s'émerveille d'un rien, des moments magiques où elle se sent bien et à sa place, mais si petite dans l'univers, tout en lui appartenant.
La BD aborde les problèmes liés au manque de sommeil qui peut provoquer des hallucinations qui peuvent devenir très dangereuses.
Elle aborde aussi dans ce roman graphique le problème de l'environnement, l'impact de la course sur la nature et les animaux. Elle rappelle que parfois des baleines sont heurtées par les bateaux (un système d'alerte est à l'étude mais pas 100% efficace). Elle nous parle de la pollution des mers, des déchets et des matériaux utilisés pour construire les bateaux.
J'ai été agréablement étonnée d'être aussi captivée par cette lecture (220 pages tout de même!) mais tout est fait pour qu'on se sente proche d'elle, comme si, pour un instant, c'était à chacun de nous qu'elle racontait son périple ou, comme si, elle avait écrit son journal de bord uniquement pour nous le faire lire ensuite.
Je n'avais pas eu l'occasion de lire le précédent album illustré par Maud Bénézit dont j'avais beaucoup entendu parler ("Il est où le patron ?"). Ses illustrations pleines de douceur et d'humour, l'emploi de couleurs pastels, les détails merveilleusement rendus me donnent envie de le découvrir même s'il aborde un sujet différent (le monde agricole).
Je ne suis pas étonnée que cet album ait été Lauréat 2024 du Prix Orange de la BD.
Je ne suis pas une adepte des sports nautiques bien qu'adolescente j'ai fait un peu d'initiation à la voile sur un étang de ma région, je n'ai pas eu l'occasion de poursuivre ensuite...mais bizarrement j'étais très attirée par cette BD dont j'avais beaucoup entendu parler en bien.
Et je n'ai pas été déçue. Que l'on soit néophyte ou passionné, elle est à découvrir !
Et bien entendu j'intègre cette lecture dans le Booktrip en mer 2026 de Fanja, saison 3...
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