Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Ils étaient six à progresser à la file indienne dans le sous-bois. Six bonhommes au crépuscule. Six justiciers pleins de certitude ou faisant semblant de le croire....
Florimond se souvenait de s'être tourné en direction de Saulx pendant qu'ils continuaient de progresser tous les six sous le couvert des arbres. Il s'attendait à ce que le lieutenant fasse écho à ses réticences, qu'il lui apporte son soutien. Il n'avait croisé qu'un regard vide. Un visage défait. D'une pâleur à faire peur.
En 1916, pendant la Première guerre mondiale, lors d'un vol de routine, Albert Saulx, un héros de l'aviation française connu pour sa bravoure, tombe dans une embuscade. Alors qu'il est blessé par les tirs de mitrailleuse, son avion s'écrase au sol. Lorsque les secours arrivent, ils ne peuvent que constater sa mort, mais ce ne sont pas les balles qui l'ont tué : il a été mortellement atteint par une baïonnette de l'armée allemande et une douzaine de roses rouges se trouvent répandues à ses pieds dans le cockpit. Comment est-ce possible alors qu'il était en plein vol ?
La veille, il avait émis des doutes sur une de leurs dernières interventions de groupe (que je vais garder secrète) et remis à son meilleur ami, une lettre lui demandant de ne l'ouvrir que s'il lui arrivait quelque chose.
Était-ce une simple prémonition ? Avait-il reçu des menaces ? Très vite l'enquête est classée et il est déclaré "mort au combat" car la lette est codée et même le meilleur spécialiste de l'équipe n'arrive pas à la déchiffrer...
Quinze ans plus tard, en 1931, suite à la découverte d’un message retrouvé à Beauvais, sur les restes d’un pigeon voyageur qui n'est jamais arrivé à rejoindre son destinataire car il est resté bloqué dans une cheminée, l'affaire est relancée car le message avait été expédié par Saulx lui-même.
Le colonel Saint-Léger qui était présent sur les lieux du drame et dirigeait l'équipe de Saulx, convoque ses anciens coéquipiers en leur disant qu'il a réussi à trouver qui est l'auteur du crime. Martin Clancier, Florimond Blache et Antoine Perrin hésitent mais vont répondre présents tout comme Paul Mihalesco qui est le spécialiste ayant échoué à déchiffrer la lettre codée.
Ils se retrouvent tous dans la nouvelle résidence du colonel, en Picardie, une demeure totalement isolée en pleine campagne, là où pendant les années de guerre se tenait un établissement de loisirs qui s'appelait "le paradis". La belle Sybil y chantait tous les soirs pour les officiers et comme elle était toujours vêtue de blanc, tous l'avaient surnommée, la Dame Blanche. C'était la petite amie de Saulx.
Se retrouver à cet endroit est vraiment troublant pour l'ancienne équipe, d'autant plus qu'ils sont tous responsables de la disparition de la Dame Blanche, accusée d'avoir trahie et d'avoir communiqué par signaux lumineux avec l'ennemi...
Mais dès leur arrivée, le mystère s'épaissit et l'ambiance s'avère pesante, car le colonel qui a fait bâtir sa maison en ce lieu au coeur de la forêt, semble vouer une passion malsaine pour la jeune femme disparue dont un portrait trône dans le salon et à laquelle il a consacré une chambre entière contenant divers objets et vestiges du passé, mais ce n'est pas tout...
Tout se complique quand Paul Mihalesco qui est chargé de décoder la lettre, est retrouvé mort à l'intérieur même de sa chambre fermée de l'intérieur. Puis c'est au tour du jeune Antoine de disparaître...
Le tueur de Saulx est donc parmi eux !
Bloqués par la neige, coupés du monde car sans téléphone, ces hommes qui ont tous quelque chose à se reprocher, la jeune Yvonne venue avec Martin ainsi que Suzanne et Gustave, le couple de domestique, commencent à craindre pour leur vie, tandis que l'étau se resserre...
Le poste téléphonique était installé dans le bureau. Les volets étaient tirés et l'électricité ne fonctionnant toujours pas, Gustave se dirigea à tâtons dans la pénombre et souleva le combiné. Pas de tonalité. Il raccrocha avant de faire une nouvelle tentative. Toujours rien. La tempête de la veille ou bien l'épaisse couche de neige tombée durant la nuit devait avoir endommagé les lignes téléphoniques.
La pensée qu'ils étaient coupés de tout, alors qu'un meurtre était à l'oeuvre dans la maison, lui glaça les sangs...
Il avait beau remonter en arrière, tenter de se remémorer chaque détail, chaque geste ou réaction de ses compagnons, il ne parvenait pas à comprendre comment l'impossible avait pu survenir...Mihakesco poignardé dans une chambre close...le gramophone se déclenchant tout seul, la lettre volée dans un coffre que nul ne pouvait ouvrir...
Tout cela faisait écho au meurtre inexpliqué de Saulx, et ressemblait au délire halluciné d'un dément...
Il était temps pour lui de prendre les choses en main.
Désespérant d'emprunter le tome 2 du "Bureau des affaires occultes" (du même auteur) dont j'ai présenté ici le premier tome, car pris d'assaut à la médiathèque, je me suis rabattue sur ce roman indépendant, plus récent que la série, car paru en 2025.
Dès le départ, je me suis laissée embarquer sans me faire prier dans ce nouveau polar, un huis-clos facile à lire, époustouflant tant la tension est palpable à chaque page. Il faut dire que les rebondissements sont incroyables et le mystère reste entier jusqu'à la révélation finale (j'avais toutefois deviné certaines choses en cours d'enquête). Je vous rassure, malgré les apparences, il n'y a rien de surnaturel dans les mystères qui étayent le roman, comme le pense à moment donné un des protagonistes.
De plus, c'est un très bon polar historique, bien documenté qui retrace certains des épisodes marquants de la Grande Guerre. L'auteur nous fait entrer dans l'ambiance particulière de l'entre deux guerres et l'état d'esprit de ces hommes qui ont tous connu l'horreur, ont tous quelque chose à se reprocher alors qu'ils sont considérés comme des héros.
Les différents personnages se dévoilent peu à peu en nous racontant certaines bribes de leur passé ou leur point de vue sur l'affaire qui les hantent. Et vous le découvrirez en lisant le roman, ils ont tous des liens ténus parfois ou plus profonds qui les relient...
J'ai passé un très bon moment de lecture, c'est distrayant, captivant et bien construit.
Ce roman a obtenu en 2025, le Prix Escargot Noir, un prix que je ne connaissais pas du tout qui est attribué lors du Salon du Polar de Sens.
Sa lecture me permet de participer au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar", voir le récapitulatif des lectures ICI. Et avec ce polar, je coche la case "vengeance" et "poison".
Dans mes souvenirs, il y aura toujours l'étang. L'étang et ce grand soleil étonnamment chaud pour un mois de mai dans le sud de la Bretagne.
Il y aura toujours ces libellules, frêles danseuses si belles et si fragiles, qui voletaient dans l'air léger. Il y aura ce parfum enivrant de menthe et de plantes aquatiques ondoyant mollement dans le courant. Il y aura cette lumière dorée qui venait s'écarteler à la surface de l'eau, se fragmenter en une myriade d'étoiles, à la fois proches et si lointaines.
Il y aura aussi ce grand trou noir où j'ai failli basculer...