Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
Neuman était ailleurs : ces tambours, ces coups, ce rythme hypnotique sorti du fonds des âges, c'était l'indlamu, la danse de guerre zouloue. Ali, un instant revit son père, quand il dansait, sans arme, dans la poussière du KwaZulu...
La violence des tambours, ces voix graves et tristes qui sortaient de terre à l'approche du combat, la main de son père sur sa tête d'enfant...sa main chaude et rassurante, son sourire de père déjà si fier de son fils, tout lui revenait comme un boomerang parti au bout de l'univers.
Nous sommes en Afrique du Sud.
Le cadavre d'une jeune étudiante blanche est retrouvé au fin fond du jardin botanique du Cap. Son visage est méconnaissable et l'autopsie révèle qu'elle a subi des coups particulièrement violents. Elle a également absorbé une drogue inconnue par les services de police. De plus, c'est la fille d'un ancien champion de rugby faisant partie de l'équipe des Springboks.
Ali Neuman, chef de la police criminelle et ses deux coéquipiers, Brian Epkeen, et Dan Fletcher, sont chargés de l'enquête et doivent faire toute la lumière sur ce crime horrible. Ils savent tout de suite qu'ils mettent le doigt sur une enquête plus complexe que d'habitude qui dissimule d'autres trafics que ceux qui sont déjà connus.
L'enquête de police commence donc dans les beaux quartiers de la ville mais se poursuivra ensuite dans les townships, les quartiers pauvres en périphérie de la ville, les débits de boissons clandestins (shebeens) et autres lieux mal famés.
Les services policiers de la ville sont dépassés par la délinquance qui touche même les plus jeunes, les trafics et la violence. La prostitution est partout et les règlements de compte entre les différents gangs sont quotidiens. En plus de ce tableau peu réjouissant, le pays a du mal à se relever de l'Apartheid et de ses conséquences politiques, de son lot tenace de discriminations raciales et d'injustices. La pauvreté met des familles entières à la rue. A tout cela se rajoute le SIDA dont on ne sait encore que trop peu de choses, une maladie qui stigmatise les communautés minoritaires et les viols.
Ali va chercher à en savoir plus sur cette nouvelle drogue, le "tik", une substance particulièrement addictive et aux effets dévastateurs dont le trafic clandestin semble bien rodé (des labos clandestins tournent à plein régime), et avoir des ramifications politiques dans l'histoire passée de la ville.
Ali Neuman est un zoulou. Enfant il a du fuir le KwaZulu, le bantoustan où vivait sa communauté, pour échapper aux miliciens de l'InKatha qui se battait pour leur indépendance, contre l'ANC (le Congrès National Africain), le parti dont Nelson Mendela deviendra le président.
Il a perdu son frère et son père qui ont été massacrés. Lui-même a subi des violences dont il ne peut parler au grand jour, mais qui rendent sa vie amoureuse compliquée. Même sa mère n'est pas au courant de ce qu'il a subi et le lecteur apprend, au fil de l'enquête à mieux comprendre certaines scènes, ses silences et ses engagements...
En parallèle de son enquête, Ali doit faire face à ses recherches concernant sa mère. Elle a été récemment agressée par une bande de jeunes vivant apparemment dans la rue, alors qu'elle connaissait pourtant l'un d'entre eux, Simon, depuis son enfance.
Voilà pourquoi il envoie ses deux coéquipiers sur la piste des tueurs sans se douter dans quoi ils vont mettre les pieds...
Les meurtres ravivaient un passé trouble, volontairement occulté au nom de la réconciliation nationale. La chute du Mur, l’inéluctabilité de la mondialisation et la personnalité hors norme de Mandela avaient eu raison de l’apartheid et des guerres intestines._
Entre les lignes des rédactions les plus conservatrices, il y avait en filigrane la salissure historique du viol d'une Blanche par un Noir, cette vieille idée de promiscuité où biologie et politique se mêlaient.
Zina avant jeté son coeur du haut d'un pont il y a longtemps et attendait qu'une petite fille vienne le ramasser_ elle, toujours.
Les années d'apartheid étaient passées, des années d'adulte : le combat l'avait rendue comme le bois des cannes que son père sculptait pour elle. En saluant ses ennemis politiques, le président Mandela avait mis fin aux massacres mais le monde, au fond, n'avait fait que se déplacer : l'apartheid aujourd'hui n'était plus politique mais social - et elle toujours en haut du pont, penchée sur son grand coeur tombé.
A l'instar de la violence, l'Afrique du Sud était ravagée par le VIH. Vingt pour cent de la population porteuse du virus, une femme sur trois dans les townships, et des perspectives effrayantes : deux millions d'enfants perdraient leur mère dans les année à venir et l'espérance de vie, qui avait déjà baissé de cinq ans, allait perdre quinze ans de plus, et tomber à quarante ans à l'horizon 2020.
Quarante ans...
Depuis ma lecture de Grindadrap (voir ICI ma chronique) je voulais continuer à découvrir l'auteur. Comme vous avez été nombreux à me parler de "Zulu" c'est celui-ci que j'ai choisi. C'est un roman noir, très noir qui a reçu plusieurs prix littéraires : Le Grand Prix de la Littérature Policière en 2008, puis le Grand Prix des Lectrices de Elle, et celui de Quais du Polar, en 2009, ce que je découvre en rédigeant ces lignes.
J'ai beaucoup appris en le lisant sur l'Afrique du Sud post apartheid. Je le reconnais j'ai très peu lu sur ce pays, et très peu suivi l'actualité depuis.
L'auteur nous présente un pays dévasté, encore empreint de violence et de racisme anti noir. On sent qu'il a fait des recherches très précises avant de situer son roman dans cette région du globe. J'ai dû par contre compléter mes connaissances en faisant mes propres recherches autour de certains sigles dont j'avais oublié la signification mais on trouve tout sur internet, n'est-ce pas donc ce n'est pas un problème car cela peut se faire en dehors de la lecture.
Le style de l'auteur est fluide et la construction du roman assez classique. Le fait qu'il passe d'une personne à l'autre ne m'a pas gêné. Il décrit avec précision l'ambiance dans les différents quartiers de la ville et nous décrit les personnages avec assez de détails pour qu'on les suivent ensuite lorsqu'ils réapparaissent au fil de l'histoire. Il faut tout de même rester concentré sous peine de les confondre car ils sont nombreux. La conséquence a été que j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages principaux, à ressentir de l'empathie pour eux.
Je dois avouer que moi qui suis pourtant adepte des romans policiers et romans noirs pour me changer les idées entre deux lectures plus exigeantes, j'ai tout de même été par moment carrément écœurée par certaines scènes de violence et de pure cruauté (par exemple la scène du barbecue, dont je ne vous donnerais pas davantage de détails). Je me suis demandée si j'allais poursuivre la lecture, c'est dire.
Ce roman n'est donc pas recommandé aux âmes trop sensibles. C'est pourtant un livre nécessaire qui nous décrit avec beaucoup de détails une situation complexe, un pays qui doit reprendre ses marques, panser ses plaies et se remettre politiquement parlant de l'Apartheid.
J'espère que la situation s'est améliorée maintenant que les années ont passé car le portrait qui est fait par l'auteur de l'Afrique du Sud est terrifiant. C'est un pays meurtri par les guerres entre blanc (la guerre des Boers) et entre noirs (l'inkatha contre l'ANC) et entre noir et blanc, l'apartheid.
Un film éponyme, réalisé par Jérôme Salle est sorti en 2013 avec Orlando Bloom et Forest Whitaker. Peut-être l'avez vous vu ? Moi non.
Un roman noir qui me permet de participer au challenge d'Alexandra, (je lis, je blogue), "Un hiver polar" et de cocher la case "trafic de drogue" dans le tableau ci-dessous ce qui me donne un point bonus supplémentaire.
Après des années de recherches, l'équipe avait mis au point une nouvelle molécule capable de guérir les maux dont souffraient des millions d'Occidentaux _ anxiété, dépression, obésité... _ un produit qui garantirait un chiffre d'affaires faramineux.
Restait ) tester le produit.
Avec ces townships qui débordaient de jour en jour, l'Afrique du Sud et la Région du Cap en particulier constituaient un vivier de premier choix...
on testerait des cobayes dociles et sans attaches, des gamins des rues, dont personne ne se soucierait.
Pour limiter les risques, on leur inoculait le virus du sida, extrêmement efficace. L'avantage était double : L'espérance de vie des sujets était limitée et la maladie, endémique en Afrique du Sud, n'éveillerait pas les soupçons en cas de pépins...