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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Grindadráp / Caryl Férey

Gallimard Série Noire, 2025

Gallimard Série Noire, 2025

Couché sur le flanc, prenant l'eau par tous les pores, le navire ne respire plus. Je croise le regard d'Ayleen, qui comme moi a valdingué dans le poste de pilotage, et je réprime ma panique. Car ce que nous voyons nous épouvante : balloté à la renverse, incapable de se redresser, l'eau s'infiltre partout dans le Mogwai et nous sommes à la merci de la prochaine vague, de la prochaine lame qui, nous propulsant encore, va nous plonger la tête sous l'eau. Nous allons sombrer...

Alors qu'ils sont seize à bord du Mogwai, un bateau de Sea Shepherd ("le berger des mers", une organisation militante écologiste qui défend les écosystèmes marins, la biodiversité et lutte contre la pêche illégale, et en particulier la chasse à la baleine...) et qu'ils sont sur le point d'immobiliser le Skeid, un bateau-usine norvégien parti à la chasse (illégale donc) aux cétacés en dépit des lois internationales, une méga tempête s'annonce.

Ayleen Flaherty, la jeune capitaine irlandaise va tout faire pour sauver son équipage et s'approcher des îles Féroé, les côtes les plus proches. C'est en catastrophe qu'elle y arrive. Ils ne seront que deux survivants Ayleen et le jeune Gab(riel), ancien soigneur au Marineland d'Antibes, ami des orques, qui embarquait pour la première fois en tant que plongeur. Ils ne sont pas du tout les bienvenus sur l'île, car l'ONG est connue pour son engagement écologique (et politique). C'est  Eirika, la journaliste du coin qui les accueille et va les emmener chez elle. Ils sont traumatisés par les évènements récents et la perte de leurs amis dans des conditions tragiques, et ont besoin avant tout de repos. 

L'île après la tempête n'est que désolation. Les gens restent cloitrés chez eux, les toitures des maisons ont été en partie détruites par la violence des éléments, les rues sont encombrées et personne ne peut circuler. 

Le port n'est plus que débris de bateaux et la baie entière est noire de cétacés tous agonisants ou morts. La veille en effet a eu lieu une Grindadráp, une chasse traditionnelle à la baleine, interrompue par la tempête. Habituellement même en l'absence de quotas officiels, une centaine de cétacés sont tués lors d'une chasse, là ils sont près de mille... 

Et, pour ajouter encore à la noirceur du tableau, au milieu des corps des cétacés, essentiellement des globicéphales noirs (= des dauphins pilotes), le capitaine Soren Barentsen vient de découvrir le corps de Bent Hansen, le chef de Grind, couvert de plaies étrangement profondes. Un seul fait est clair : il a été assassiné. C'est lui qui avait imposé une formation et un permis spécial pour avoir le droit (et le devoir) de tuer rapidement les animaux sans les faire souffrir...

Soren est chargé d'enquêter sur l'affaire. Il est arrivé sur l'île depuis peu, afin de se reconstruire après un drame et vient de s'installer dans une petite maison au fond d'un fjord tranquille où il se trouve être le voisin d'Eirika.

Mais mener ses investigations s'avère plus que compliqué, car les îles sont coupées du monde à cause de la tempête et il ne peut obtenir d'aide de personne, son jeune assistant étant aveuglé par l'amour. De plus, les hommes sont mutiques et la météo ne facilite pas les choses, même si la tempête se calme peu à peu.

Les pêcheurs se taisent car ils ont peur que les deux activistes dénoncent la violence du dernier grind et que cela nuise à leur image sur la scène internationale. Déjà dans le passé, après le grind de 2021, un boycott de leur pêche avait eu lieu.

Mais vous en doutez, ils ont aussi des choses à cacher...en particulier celui qui se fait appeler le Viking et qui a "la tradition de ses aïeux dans le sang". 

C'est alors qu'un second cadavre est retrouvé dans une des baies. C'est celui d'Heri Petersen, le ministre local de la Pêche, qui travaillait comme ingénieur à la Pêcherie. Il était depuis des années, ami avec Dale, le chef d'entreprise de l'usine.

Lui aussi présente des plaies multiples et étrangement profondes. 

Est-ce l'oeuvre d'un orque tueur ? D'une "bête" inconnue sortie des ondes ou amenée -là par la tempête ? Les deux activistes arrivés sur l'île sont-ils impliqués ? 

Les rumeurs vont bon train et enflamment peu à peu la population déjà traumatisée par la tempête...

La baie entière est noire d'animaux, les dizaines de bateaux qui les ont rabattus forment une masse compacte dans leur dos, infranchissable, et pour leurs sonars, effrayante ; les hommes tapent contre les coques dans un tintamarre de kermesse, agitent cloches et crécelles, s'époumonent dans des sifflets et des cornes de brume, poussant les cétacés à fuir devant eux et, bientôt, à s'échouer sur le rivage, où les tueurs les attendent...

Je ne peux pas croire à un monstre marin qui rôderait dans les eaux de l'archipel, ou qui se vengerait_ la nature ne se venge pas, elle réagit à nos inconséquences...Mais il se passe quelque chose sur cette île, c'est sûr. Et je ne suis pas certain de vouloir savoir quoi.

Je connaissais en fait cet auteur, écrivain voyageur mais je l'avais oublié. J'ai en effet lu dans le passé (ça date à présent !) certains de ses romans jeunesse. Il a écrit des dizaines de livres pour adultes et je n'avais jamais eu l'occasion de le lire. Son précédent roman "Okavango", que je n'ai toujours pas lu, avait entre autre fait beaucoup parler de lui.

Dans Grindadráp, l'auteur nous emmène dans les îles Féroé, au milieu de paysages magnifiques et sauvages. Mais l'endroit n'a rien d'accueillant pour autant car la nature s'y déchaine. Les pages qui décrivent la tempête (l'ouragan je devrai dire) sont vraiment impressionnantes et je les ai lu presque en apnée.

C'est un polar très noir mais aussi un roman d'aventure maritime écologique, et un huis clos très addictif. 

Je découvre la plume de cet auteur et je ne peux comparer avec aucun autre de ses romans mais j'ai trouvé qu'il arrivait particulièrement bien à créer une ambiance et à nous transporter au cœur de l'action : le vent violent, le froid, le sentiment d'être seul au monde au milieu de l'océan ou au bord de la falaise...la beauté des paysages malgré les éléments qui se déchainent. Tout est impressionnant de réalisme.

Le roman est dur, les hommes féroïens semblent tous être des brutes, parfois c'est cependant un peu caricatural mais cela ne m'a pas dérangé. Ils sont présentés comme des êtres violents, proches de l'image que l'on peut se faire des anciens vikings. La manière dont ils traitent les étrangers (et les femmes en particulier) ne présagent rien de bon et créent un malaise indéfinissable dès l'arrivée des rescapés du naufrage sur l'île, d'autant plus que dès les premières pages du roman, le lecteur a pris en amitié Gab(riel), le plongeur en apnée, ami des orques, et Ayleen, la jeune capitaine (...et aussi Julia qui malheureusement va faire partie des premières victimes lors de la tempête).

Les sentiments d'amour, d'amitié ou simplement de respect mutuel qui animent quelques-uns des personnages même s'ils n'apportent pas grand chose à l'intrigue, ont le mérite d'apporter un peu de légèreté à l'ambiance pesante du roman. De plus, certains des personnages sont profondément marqués par leur passé ce qui les rend attachants. 

L'intervention d'une étrange silhouette dont le visage est masqué par un capuchon et d'une mystérieuse bête dont je ne vous dirai rien de plus, car vous devinerez très vite de qui il s'agit, ajoute à l'ambiance générale de peur, et au mystère qui plane autour des deux cadavres, tout en mettant en avant certaines légendes des pays nordiques.

J'ai par contre trouvé l'intrigue en elle-même un peu légère, facile à découvrir donc. Elle semble être un simple prétexte pour parler du Grindadráp . 

J'avais entendu parler de ces chasses à la baleine traditionnelles appelées sur place les "grind" mais je n'en connaissais ni le terme, ni l'organisation. Elles ont toujours lieu une fois par an, autrefois c'était durant tout l'été et pour nourrir la population, aujourd'hui pour le simple plaisir de la chasse et du maintien d'une tradition. Ce roman, par les scènes décrites qui sont tout à fait épouvantables (et même parfois à peine soutenables), nous en apprend davantage sur ce que je nommerai un massacre organisé en toute bonne foi. En effet, les lois des îles Féroé échappent aux lois européennes (et internationales) en ce qui concerne la protection de la nature, la chasse et la pêche entre autre, ce que j'ignorai. Les bateaux rabattent donc les cétacés vers la baie où ils seront incapables de se défendre dans les eaux devenues trop peu profondes. Là, ils sont attrapés avec des crochets et tués avec des couteaux. Ensuite les animaux sont dépecés et la "viande" distribuée aux habitants. Mais elle est considérée comme impropre à la consommation car elle est chargée en métaux lourds...d'où l'intrigue du présent polar dont je ne vous dirai rien de plus. 

Je connaissais bien entendu certaines des actions de Sea Sheperd (les médias en ont beaucoup parlé lors de l'arrestation de Paul Watson entre autre). Ce roman est présenté comme un hommage à leurs actions autour de la protection des baleines (mais aussi du coup comme un hommage à tous les activistes, quelle que soit leur cause). L'auteur le dédie aussi à l'apnéiste Pierre Robert de Latour, aux orques et à l'ethnologue, Jean Malaurie. 

Il s'agit donc dans ce roman, en plus de dénoncer bien entendu cette pratique ancestrale du Grindadráp, de parler avant tout d'écologie et de protection de la nature, mais aussi de relations humaines en milieu clos, de corruption, de fanatisme religieux, de détournement des lois, des difficultés économiques de ces superbes îles Féroé qui dépendent du Danemark et bien entendu de la protection urgente des cétacés et de nos océans. 

Lire l'avis de Ghislaine ICI, qui l'a aimé et de Sandrine ICI qui l'a moins aimé et qui le compare avec d'autres titres qui semblent encore davantage intéressants à lire (merci à elle pour cette ouverture). Enfin, d'autres avis sont sur Babelio ICI

La lecture de ce livre me permet de participer au Book Trip en mer de Fanja...

J'apprendrais plus tard pourquoi les orques sont dotées d'une capacité mystérieuse à faire jaillir les émotions de ceux qui les côtoient, qu'elles soient libres ou captives.

Bonne lecture !

Bonne lecture !

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G
Encore un auteur que je n'ai jamais lu, alors que Condor traine dans ma PAL depuis des années...<br /> Je n'avais pas entendu parler de cette parution...<br /> Le sujet de ce Grind, je le connais un peu, par des images abominables dans un film de Yann Arthus Bertrand... Et je ne suis pas sûre d'avoir envie de "revivre" ces images en lecture.<br /> Par contre, j'ai toujours aussi le projet de lire Okavango.
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V
Je ne suis pas une adepte de l'auteur mais je pense que j'ai fait mauvaise pioche, j'y reviendrai un jour sans doute...
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S
Bonjour Manou, je passe te faire un petit coucou avant mon départ en vacances, j'espère que les tiennes se sont bien déroulées, je connais bien ces massacres de baleines car je suis toute l'activité du sea sheperd et j'ai le plus grand respect pour Paul Watson qui a pu être libéré ! Ces massacres gratuits sont au-delà des mots, révoltants ! Je te dis à bientôt, bises, Sylvie
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E
Bonjour, bel été en ce moment ni trop chaud ni trop froid ! Bisous
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E
Je te souhaite une bonne journée pas trop caniculaire ! Bisous
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S
Bonjour Manou , bonne pause à toi alors , profites bien :)
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E
Bonjour, j'ai du mal à lire avec cette chaleur et je regarde la télévision tout en dormant à moitié ! Bisous et bon weekend
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M
Ta page est comme toujours très intéressante et donne envie encore une fois de tourner les pages de ce livre
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B
Ta chronique est excellente Manou (comme à ton habitude) par contre, je ne sais pas si je le lirai... Peut-être... mais pas pour le moment.<br /> Je te souhaite d'agréables vacances. Désolée pour ta pause mais j'avais gardé tes news n'ayant pas eu le temps de les lire plus tôt.<br /> Bisous.<br /> Bernadette.
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E
Bonjour, ton livre est sûrement passionnant mais aussi effrayant ! Bisous
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R
Bonjour Manou,<br /> Bonnes vacances, ça fait du bien de se déconnecter ...<br /> A bientôt, bises
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Y
C'est Mme qui me parle livre, moi, pas .... BD.<br /> En vacances elle a lu Sylvain Tesson.<br /> Celui qui entre autre a écrit « les piliers de la mer ».<br /> Les « stack ». <br /> Papa était assis à côté de son père, en classe de primaire.<br /> Un petit village de l'Aisne. Où Philippe est né.<br /> Papa l'aidait pour les mathématiques.<br /> Et lui, pour les sciences dites humaines, histoire géo, je crois.<br /> Bonne pause, sûrement de visites chez toi, long séjour, petits enfants.<br /> Amic@lement. ✅ Yann
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E
Trop sensible pour lire des livres qui font peur ! Je ne nie pas l'intérêt. Bisous
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V
Je n'ai jamais tellement accroché avec cet auteur même si j'aime les romans noirs qui nous font voyager...
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F
Bonjour Manou,<br /> Glaçant mais certainement captivant si l'on s'en remet à tes impressions de lecture.<br /> Lutter contre les traditions ancrées depuis des siècles dans la culture populaire d'une nation ou d'un groupe ethnique, reste souvent infructueux et suscite le plus souvent une vive hostilité chez ceux qui sont ainsi mis en cause. Et là, les risques sont létaux s'ajoutant aux périls résultants du déchaînement des éléments.<br /> Je pense que je lirai volontiers ce roman en dépit de la charge émotionnelle que son contenu peut comporter.<br /> Merci pour cette présentation.<br /> Amitiés des Farfadets du Poitou.
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E
Bonjour Manou. Je ne connaissais pas ces chasses à la baleine, moi qui rêve d'en voir. Pas sûr que je lise ce livre. Bonne journée et bisous
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A
Un auteur à découvrir. Bis s
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M
Bonjour Manou,<br /> Le genre de thriller que j'aime bien...<br /> Merci pour la présentation.<br /> Bises.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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C
J'y pensais pour le Booktrip en mer de Fanja. J'ai arrêté de lire Ferey il y a très longtemps, après avoir lu Haka et Utu. La violence gratuite m'avait déplu. Mais j'essaierai bien avec un de ses derniers, pour voir où il en est. Je vais lire le billet de Sandrine.
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M
Vous êtes plusieurs à me parler de violence gratuite...je ne peux pas comparer aves ses autres romans pour adulte donc je verrai quand je lirai d'autres titres de cet auteur. Merci pour ton passage ici...
A
Ah ces coutumes ancestrales, empreintes de barbarie ! Je ne me lance pas dans Caryl Ferey dont les livres sont, semble-t'il, assez violents. Pourtant, le thème m'intéresse.
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