Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...
C'est cela la trahison, conclut-elle, au bord de la stupéfaction... désirer que l'un de ces étrangers soit encore vivant. Aspirer à le revoir...Elle ne peut que contempler, immobile, depuis la plage ; et cette immobilité, d'un calme apparent, cache le combat féroce qui vient d'éclater entre ses sentiments et sa raison, un bref combat qui s'achève sur une évidence : la photographie du mari qui sourit depuis un passé flou a cessé d'avoir du sens. C'est maintenant, cette nuit, face au navire qui brûle dans la baie, que le marin mort à Mers-el-Kébir, que l'homme qu'Elena Arbués a autrefois aimé, meurt enfin, pour de bon et pour toujours.
L'histoire se passe en 1942-1943 pendant la Seconde Guerre mondiale, en Espagne, dans la baie d'Algésiras, proche du rocher de Gibraltar (qui je le rappelle est un territoire britannique depuis 1704).
Elena Arbués, une jeune libraire espagnole veuve de guerre, découvre en promenant son chien sur la plage, un homme blessé qui semble avoir été ramené par la mer. Habitant à deux pas, elle décide de le transporter chez elle. Au lieu de le livrer aux anglais, elle lui ôte sa combinaison, découvre son identité... Quand il reprend connaissance, l'homme lui demande d'appeler un numéro afin qu'on vienne l'exfiltrer.
Sans qu'elle le sache, Teseo Lombardo, le vénitien, l'homme que par instinct elle a sauvé et protégé, est un plongeur de combat italien qui appartient au groupe Orsia Maggiore. Avec son équipe, il plonge sur un "maiale" (une torpille humaine biplace autopropulsée, à ogive explosive) afin de détruire les navires anglais amarrés dans la baie. Pour arriver à leurs fins, les italiens traversent la baie d'Algesiras pour atteindre le port de Gibraltar prenant ainsi le risque d'être découverts ou de devoir passer à travers le filet de protection métallique conçu pour tenir éloignés les sous-marins ennemis.
Cette rencontre va changer sa vie, car Elena va décider de les aider et se retrouver impliquée dans des opérations militaires qui la dépassent.
Le fait- elle parce qu'elle est tombée amoureuse de cet homme ?
Ou par vengeance parce que son mari a été tué au cours d'une attaque surprise des Britanniques contre la marine française à Mers-el-Kébir ?
Le fait- elle parce qu'elle admire le courage de ces hommes qui se battent pour leur patrie même s'ils ne soutiennent pas tous le Duce ? Certains d'ailleurs suivront les Alliés tandis que les autres demeureront fidèles à l’engagement de leur pays avec les Allemands.
Pour les aider, elle franchira la frontière pour prendre en photo le port, à partir de la terrasse d'un libraire ami qu'elle va aider de temps en temps, afin qu'ils puissent repérer l'emplacement exact des navires ennemis à détruire.
Mais en temps de guerre, il est difficile d'échapper à la surveillance de l'ennemi...
L'une des règles du groupe Orsa Maggiore est de tout partager avec les camarades, la suspicion comme l'espoir. Bonnes ou mauvaises, les pensées non exprimées, les tensions refoulées peuvent pourrir une situation et engendrer des problèmes...
Ceux qui pourraient mourir ensemble ont appris à vivre ensemble.
Nous tombons amoureux, en réalité de l'image de l'amour que nous avons dans la tête, nous y projetons les livres que nous avons lus, les films que nous avons vus. Nos rêves, nos désirs, nos tristesses et nos joies...
Il était sous-officier et moi son opérateur… Mais il régnait une telle camaraderie que personne ne se souciait des galons. Même pas les officiers. On s'était entraînés ensemble, on avait souffert ensemble. On courait les mêmes dangers. Je ne me souviens pas qu'un seul d'entre nous ait fait valoir une fois son grade sur les autres.
"Ce que ces quelques hommes ont fait est stupéfiant, ai-je affirmé. Vous les imaginez, la nuit, traversant la baie dans un sens puis dans l’autre ? Attaquant de la même manière, des hommes seuls contre une flotte ennemie tout entière, à Malte, à la Soude, à Alexandrie… ? Pour qu’ensuite les Anglo-Saxons méprisent les Italiens quand ils racontent la guerre au cinéma et dans les livres".
Il a paru surpris par mon point de vue sur l’histoire.
C’est pour cela que vous écrivez ce roman, pour leur rendre justice ?
- Non, je ne vise pas si haut, et je ne crois pas qu’ils en aient besoin...
Voilà un roman que je voulais lire depuis longtemps et que j'ai enfin pu emprunter à la médiathèque à cette rentrée. J'avais beaucoup aimé ma lecture du roman intitulé "Le cimetière des bateaux sans nom", du même auteur et je voulais continuer à découvrir ses œuvres.
L'auteur est fabuleux, c'est un conteur-né et même si ses romans demandent un peu de concentration pour se retrouver dans les personnages et les lieux, il sait nous tenir en haleine et nous surprendre jusqu'à la fin. N'oublions pas qu'il a été pendant plus de 20 ans journaliste lui-même et correspondant de guerre, il sait donc particulièrement de quoi il parle.
Aussi ce roman est-il à la fois, un roman historique et d'action qui s'appuie sur des événements réels, un roman d'amour avec des personnages attachants bien que fictifs, et un roman d'aventure maritime. Il a le mérite de nous parler d'un événement peu connu de la Seconde Guerre mondiale, l'intervention courageuse des plongeurs italiens super entrainés_ dont on suit la progression sous marine quasiment en apnée_ qui à eux seuls ont réussi à couler ou endommager gravement quatorze navires alliés dans le port de Gibraltar et dans la baie d'Algésiras (mais encore davantage si on compte ceux détruits par d'autres équipes de plongeurs en Alexandrie ou Malte).
Mais ce roman est aussi une enquête palpitante menée par le narrateur qui est un journaliste d'investigation espagnol qui va reconstituer petit à petit grâce aux témoignages des survivants, l'histoire d'Elena et de Teseo. C'est intéressant de découvrir comment il mène son enquête, avec qui il a des contacts, ce que lui révèle ou pas Elena de son passé. Les pages où il nous décrit ses interrogatoires alternent avec celles qui se passent pendant la guerre, le lecteur passe dont du présent au passé tout au long du roman.
Ce faisant le journaliste (le narrateur/l'auteur) interroge certains des protagonistes qu'ils soient italiens, espagnols ou anglais et nous livre son compte-rendu. Il nous fait donc passer alternativement du côté des italiens et du côté des membres de la Royal Navy, parfois dans le même chapitre, nous baladant d'un camp à l'autre, puis revenant au gré de son envie vers Elena et sa vie quotidienne à Algésiras.
C'est un roman qui nous parle avant tout de respect, de courage, de ténacité et qui nous présente les combattants italiens et Elena comme de véritables héros. En ce qui concerne les saboteurs italiens, ce qui est incroyable est de voir que certains étaient totalement opposés au fascisme mais risquaient tout de même leur vie par pur patriotisme ou tout simplement pour sauver l'honneur de leur pays. De plus, la technologie utilisée était innovante et pas du tout connue par les autres pays en dehors de l'Italie car inventée par un ingénieur italien.
Dès le début du roman on a envie de tourner les pages et de poursuivre la découverte de cette histoire, d'en savoir plus sur les sentiments d'amour qui se développent pudiquement entre Teseo et Elena, sur leur vie, sur ce qu'ils projettent de faire après la guerre, tout en étant ancrée dans la réalité d'une vie quotidienne difficile dans cette zone dangereuse du globe.
A noter, l'auteur nous fournit une carte bien utile pour se repérer dans les différents lieux stratégiques cités dans le roman.
A découvrir !
Ce roman historique de guerre et d'aventure maritime me permet de participer encore une fois au "Book Trip en mer" de Fanja ICI.
Elle est seule, en tête à tête avec ses pensées, de sorte qu'il n'y a aucune raison de refuser de l'admettre. Rien d'étrange, de maladroit, de mauvais dans ce mot, dans cette possibilité, ce soupçon. Elle trahit bien peu, si longtemps après, la femme qui depuis deux ans vit seule à côté de la mer, avec un chien et quelques livres. Que pourrait être d'autre, décide-t-elle, cet élan, ou ce désir, de rester enlacée à cet homme pour toujours ? Elle ignore ce qu'elle pensera dans deux heures, quand la clarté du jour l'éveillera complètement et éclairera sa conscience avec davantage de rudesse. Ce qui est sûr, c'est qu'à cet instant, sans aucun doute, elle désirerait mourir s'il mourait.
Cette pensée, inattendue, la fait trembler...